Programme 2026 : un des colloques

— Programme complet —


LES "FRANCES ANGLAISES" (1259-1558) :

INDIVIDUS, RÉSEAUX, INSTITUTIONS, ÉCRITURES


DU SAMEDI 23 MAI (12 H) AU MERCREDI 27 MAI (14 H) 2026

[ colloque de 4 jours ]


Sacre d'Henri VI - BnF, ms. fr. 83, fol. 205, détail
Image reproduite depuis Wikimedia Commons (domaine public)


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Mehdi SKHIRI


ARGUMENT :

Ce colloque propose de repenser le concept de "France anglaise" en le déclinant au pluriel, afin de mieux rendre compte de la diversité des formes de présence et de pouvoir anglais en France entre 1259 et 1558. Plutôt qu'un ensemble homogène, il s'agira d'explorer la multiplicité des situations, des cadres institutionnels et des expériences vécues "entre deux rois", ainsi que la manière dont elles ont été écrites, représentées et interprétées dans les sources.

Même si la Normandie occupera une place de choix, l'approche adoptée sera comparative, confrontant différentes régions et périodes pour analyser les similitudes et singularités des "Frances anglaises". Elle vise à dépasser les cadres nationaux et les lectures téléologiques pour saisir, au plus près des acteurs, la complexité des relations entre les deux royaumes. En privilégiant une perspective ascendante, le colloque s'intéressera aux individus et aux communautés confrontés aux structures du pouvoir, mais aussi aux manières de s'y adapter, de les négocier ou de les contester. Une attention particulière sera aussi portée à la construction historique et narrative de ces espaces, à travers les chroniques, annales et documents qui ont façonné leur mémoire et leur légitimité.

Une vingtaine d'intervenants et intervenantes, mêlant jeunes chercheurs et chercheurs confirmés, croiseront leurs analyses au fil de communications, d'échanges collectifs et d'une table ronde. Les auditeurs, intéressés par les relations entre l'Angleterre et la Normandie sont les bienvenus à cette rencontre.

L'après-midi du samedi 23 mai sera consacrée à une visite du château de Caen réaménagé après deux ans de travaux.


MOTS-CLÉS :

Aquitaine, Chroniques médiévales, Écriture de l'histoire, Frances anglaises, Guerre de Cent-Ans, Légitimation politique, Moyen Âge, Normandie (Lancastrienne), Propagande, Souveraineté


CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 23 mai
Midi
"HORS LES MURS" — AU CHÂTEAU DE CAEN
ACCUEIL DES PARTICIPANTS & DÉJEUNER LIBRE

Après-midi
"HORS LES MURS" — AU CHÂTEAU DE CAEN
Visite guidée du château de Caen et présentation des résultats des dernières fouilles, par Jean-Marie LEVESQUE & Alban GOTTFROIS ; Visite libre de l'exposition temporaire "Le château des photographes"

Soirée
Présentation du Centre, du colloque, du séminaire en parallèle et des participants


Dimanche 24 mai
Matin
Rémy AMBÜHL & Fabien PAQUET : Avant-propos et introduction générale

FABRIQUE & INSTALLATION DES "FRANCES ANGLAISES" (I)
Zoé PLAZA-LEROUX : La révolte gasconne de 1253-1254 : noblesse de marche et fabrique des "Frances anglaises"
Guillaume TERRASSON : La tradition allodiale de la Gascogne anglaise, au miroir des seigneuries ecclésiastiques (1259-1318). Le cas d'Amanieu II d'Armagnac, archevêque d'Auch (1261-1318)

Après-midi
FABRIQUE & INSTALLATION DES "FRANCES ANGLAISES" (II)
Guilhem PÉPIN : La principauté d'Aquitaine du Prince Noir (1362–1372) : une dépendance anglaise ou un État autonome ?
Katy BENNETT : Kings of England, France, or dukes of Aquitaine ? Legitimising "English" authority in the south-west, c. 1340–1453


Lundi 25 mai
Matin
FACE AUX "FRANCES ANGLAISES" : COLLABORATIONS ET RÉSISTANCES (I)
Adrien DUBOIS & Laurence JEAN-MARIE : Les élites caennaises et le roi d'Angleterre (1417-1450)
Benoît NAVARRO : Les réseaux marchands bordelais au service de la couronne anglaise : une mobilisation opportuniste ?
Eleanor BAILEY : Conceptualising and Experiencing "English Frances", 1417-1437 : a macro-micro-historical approach [visioconférence]

Après-midi
FACE AUX "FRANCES ANGLAISES" : COLLABORATIONS ET RÉSISTANCES (II)
Christophe FURON : Une présence protéiforme : Anglais et Gascons tenant le "parti" anglais dans la Gascogne française (1418-1453)
Fabien PAQUET : L'installation de la domination anglaise en Normandie vue du cloître : le cas de Fécamp
Emmanuel JOHANS : Les Armagnacs, une vassalité partagée entre rois d'Angleterre et rois de France (1360-1418)

Deux recherches en cours : posters d'étudiants de master de l'université de Caen, par Jules ALMIN et Baptiste FLIN


Mardi 26 mai
Matin
ADMINISTRER ET GÉRER LES "FRANCES ANGLAISES"
Jérémie VEYSSEYRE : Construire un réseau public et privé : Pierre Surreau, trésorier de la Normandie anglaise (1423-1435) [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]
Lydwine SCORDIA : Nouvelles recherches sur l'intriguant Jehan Marcel, le financier du duc de Somerset à la veille du siège de Rouen (1449)
Amable SABLON DU CORAIL : Deux chancelleries en compétition (1422-1453)

Après-midi
VISIONS ARMAGNACS ET BOURGUIGNONNES
Aleksandr LOBANOV : Combattre pour la "France Anglaise" : l'alliance anglo-Bourguignonne vue au niveau personnel
Pierre COURROUX : Les chroniqueurs "armagnacs" face à la présence anglaise en France (1415-1444)
Bertrand SCHNERB : "En consideracion des services qu'il nous a fais". Les dons de terres aux partisans bourguignons sous la régence du duc de Bedford (1422-1435)


Mercredi 27 mai
Matin
FINIR LES "FRANCES ANGLAISES" ?
Anne CURRY : La trêve de Tours en 1444 : le début de la fin ou la fin du début ?
Rémy AMBÜHL : Une reddition "honteuse et même traîtresse" ? Un examen critique des récriminations en Angleterre après la chute de Rouen (1449)

Table ronde conclusive et perspectives, avec Boris BOVE, Anne CURRY & Jean-Marie MOEGLIN

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Rémy AMBÜHL
Rémy Ambühl est docteur en histoire et professeur associé d'histoire médiévale à l'université de Southampton. Ses recherches portent sur la politique et l'éthique de la guerre en France, en Angleterre et en Bourgogne aux XIVe et XVe siècles. Il a notamment publié une monographie sur les prisonniers aux Presses universitaires de Cambridge (2013). Plus récemment, il a co-édité une chronique inédite couvrant les guerres anglaises en France de 1415 à 1429 : A soldiers' chronicle of the Hundred Years War : College of Arms Manuscript M9 (Boydell Press, 2022), et co-dirigé une collection de sources sur la guerre de Cent Ans : Documenting warfare : Records of the Hundred Years War, edited and translated in honour of Anne Curry (Boydell Press, 2024). Il prépare actuellement une monographie sur la chute de Rouen en 1449.

Fabien PAQUET
Fabien Paquet est docteur en histoire et maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Caen Normandie (CRAHAM, UMR 6273). Il est directeur de l'Office Universitaire d'Études Normandes (OUEN, MRSH) et il a notamment codirigé deux colloques de Cerisy : Maîtriser le temps et façonner l'histoire. Les historiens normands aux époques médiévale et moderne (Presses universitaires de Caen, 2022) et 1023-2023 : le Mont Saint-Michel en Normandie et en Europe (en cours de publication aux Presses universitaires de Caen). Ses travaux portent sur la Normandie à la fin du Moyen Âge, sur l'histoire politique du royaume de France aux XIVe-XVe siècles, sur le monde monastique à la fin du Moyen Âge et sur l'historiographie médiévale.


Emmanuel JOHANS : Les Armagnacs, une vassalité partagée entre rois d'Angleterre et rois de France (1360-1418)
En 1243, le comte Bernard V d'Armagnac prête hommage à Bordeaux au roi d'Angleterre Henri III, qui le reçoit en tant que duc de Guyenne. Par le traité de Paris de 1259, ce dernier est lui-même obligé de livrer hommage au roi de France Louis IX pour la Guyenne. En 1390, le futur Bernard VII fournit directement l'hommage au roi de France Charles VI, dont, devenu comte d'Armagnac, il sera le connétable en 1415. Entre les XIIIe et XVe siècles, les Armagnacs illustrent bien cette classe de grands seigneurs gascons, dont la vassalité est d'emblée placée dans un entre-deux entre les couronnes de France et d'Angleterre, et dont l'allégeance peut fluctuer au gré des rapports de force régionaux ou de la puissance de leurs seigneurs, les rois-ducs Plantagenêts et les rois Capétiens. Si, au tournant des XIIIe et XIVe siècles, le comte armagnacais Bernard VI bascule dans le camp français, le lien théorique avec le duc aquitain n'est jamais interrompu. En 1360, le traité de Brétigny, ratifié à Calais, rétablit d'ailleurs de manière brutale pour Jean Ier d'Armagnac l'hommage au nouveau prince d'Aquitaine, Edouard de Woodstock. De cet épisode, qui ne dure que huit ans, les comtes d'Armagnac suivants en gardent une "méfiance" vis-à-vis de leurs souverains Valois, qui s'exprime, aux périodes de "déception", par des tentatives de rapprochement avec l'Anglais, sous Jean II et Bernard VII. De la seconde moitié du XIVe siècle au début du XVe siècle, l'insertion armagnacaise dans l'obédience française connaît une étape décisive. Pourtant, les relations entre rois et comte restent dans le cadre diplomatique du système vassalique hérité du XIIIe siècle, laissant aux Armagnacs trois options principales, l'hommage à un Anglais, souverain en Guyenne, au même, mais avec la réserve qu'il se soumette lui-même à l'hommage au roi Valois, ou enfin de manière immédiate à un roi de France, conquérant de la Guyenne.

Bibliographie sélective
Les Armagnacs et le Rouergue. L'ascension d'une dynastie princière (1274-1418), Paris, Éditions des Aigles, 2021, 522 p.
"Foix et Armagnac, de l'alliance au conflit (XIIIe-début XIVe siècle)", dans Claudine Pailhès (dir.), Un siècle intense au pied des Pyrénées (1209-1309), Actes du colloque tenu à Foix du 23 au 25 octobre 2009, Foix, Archives départementales de l'Ariège, 2010, p. 61-81.
"Les Plantagenêts et l'ordre du Temple dans le Maine", dans Martin Aurell, Ghislain Baury, Vincent Corriol et Laurent Maillet (dir.), Les Plantagenêts et le Maine. Territoires, relais et représentations du pouvoir, Actes du colloque de Le Mans Université et de la Société historique et archéologique du Maine (2018), Rennes, PUR, 2022, p. 120-127.

Jérémie VEYSSEYRE : Construire un réseau public et privé : Pierre Surreau, trésorier de la Normandie anglaise (1423-1435)
Dans la mesure où la guerre représente l'une des dépenses les plus lourdes de la fin du Moyen Âge, Charles VII et Henri VI se sont entourés de professionnels sachant manier d'importantes sommes d'argent pour assurer le bon fonctionnement de la machine fiscale. D'un côté, Jacques Cœur pour le royaume de Bourges, de l'autre, Pierre Surreau pour la Normandie lancastrienne. Le trésorier de la Normandie anglaise apparaît presque comme un miroir du grand argentier du roi. Si le souvenir de Jacques Cœur s'est maintenu par les écrits de ses contemporains, Pierre Surreau a laissé, quant à lui, son empreinte dans les archives de la pratique. En témoigne son inventaire après-décès où les objets précieux se confondent avec les papiers entreposés dans sa demeure rouennaise. Ainsi, ces papiers décrits laissent un bref aperçu du réseau du trésorier. L'étude du réseau de Pierre Surreau tend à mesurer d'une part les relations entre Français, d'autre part entre Français et Anglais au sein de l'administration lancastrienne ? L'intégration de la famille Surreau dans la capitale de la Normandie lancastrienne ? Finalement, existe-t-il un "réseau lancastrien" en Normandie ? Au côté de l'inventaire après-décès, les actes du tabellionage de Rouen sont également mobilisés. Enfin, un petit nombre d'actes de la Chambre des comptes de Paris témoigne du lien important entre affaire publique et privée. La question du réseau est par ailleurs pertinente dans le contexte de la première moitié du XVe siècle, c'est-à-dire, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, puis la coexistence des trois France : anglaise, bourguignonne et delphinale.

Jérémie Veysseyre est doctorant allocataire en histoire médiévale depuis 2024 à l'université de Rouen Normandie sous la direction de Boris Bove. Sa thèse s'intitule : "L'argent de la guerre : Pierre Surreau trésorier de la Normandie anglaise (1422-1435)".


SOUTIENS :

• Maison de la Recherche en Sciences Humaines (MRSH) | Université de Caen Normandie (Unicaen)
• Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales (CRAHAM, UMR 6273) | Université de Caen Normandie (Unicaen)
• UFR Humanités & Sciences Sociales (HSS) | Université de Caen Normandie (Unicaen)
• University of Southampton
• Yorkist History Trust

Programme 2026 : un des colloques

— Programme complet —


QUELLES SCIENCES DE LA TERRE À L'HEURE DE L'ANTHROPOCÈNE ?


DU JEUDI 14 MAI (19 H) AU MERCREDI 20 MAI (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]



SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Élise SIMON


ARGUMENT :

Nous n'avons jamais autant parlé de Terre !

"Anthropocène", "système Terre", "limites planétaires", "Gaia", "zones critiques", sont autant de vocables et de concepts qui se multiplient et montrent combien le rapport des humains à leur unique planète est devenu un sujet d'interrogation. Le défi de léguer aux générations futures une Terre "vivable" oblige les sociétés humaines à composer avec un système Terre désormais perturbé par leur activité. Les sciences de la Terre ont un rôle absolument central à jouer, non seulement car elles sont génératrices de savoirs, de récits et de représentations sur la Terre mais aussi car la finitude des ressources, les débordements des modes d'organisation de nos sociétés et les limites de régulation de la partie habitable de notre planète appellent à inventer de nouvelles manières de l'habiter.

Ce colloque a pour ambition de réfléchir à la place des sciences de la Terre dans ce nouveau régime climatique et géologique qu'est la période actuelle, une période où l'histoire des humains et l'histoire du temps long de la Terre se rencontrent, non sans friction. Il permettra de débattre des tensions qui les tiraillent, entre d'un côté une science "neutre", centrée sur la production de connaissances sur la planète et de l'autre une science au service de transformations risquées d'une planète dont le fonctionnement intégré nous échappe encore grandement.

Ce colloque souhaite explorer une autre voie que cette opposition, permettant de redonner toute leur place à des sciences de la Terre qui devraient être sur le devant de la scène, autrement qu'en étant suspectes de contribuer à l'épuisement des ressources ou à la pollution généralisée de l'atmosphère et des sols. Permettant aussi de remettre de l'humain dans les sciences de la Terre, et de la Terre dans les sciences de l'homme et de la société.

Nous proposons une approche très éclectique associant sciences naturelles et sciences humaines et sociales pour redéfinir ce que devraient être des sciences de la Terre au service du nouveau régime géologique et les aider à trouver le statut "politique" qu'elles devraient acquérir pour affronter les nombreux défis de demain.

Quatre journées seront consacrées à des thèmes transverses alimentés chacune par deux présentations orales et des tables rondes. Une sortie de terrain agrémentera le séjour et permettra des dialogues et débats "Hors les murs". Les thèmes sont les suivants : La Terre et le Vivant ; Récits et représentations sur la Terre ; Le temps : temps des humains, temps de la Terre, Les ingénieurs de la Terre. Cette rencontre est ouverte aux auditeurs intéressés par les sujets traités et par l'expérience unique que permet Cerisy.


MOTS-CLÉS :

Anthropocène, Environnement, Géoingénierie, Géologie, Habitabilité, Ressources, Sciences de la Terre, Temps


CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 14 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 15 mai
LA TERRE CETTE INCONNUE
Matin
Laurent JOLIVET : La lithosphère : fonctionnement d'un système dynamique, source de vie et de nos sociétés
Sébastien DUTREUIL : Quelle est la nature de la Terre ? Réflexions sur les effets de cette question dans les savoirs et politiques de l'environnement

Après-midi
"Cerisy géologique : un château sur une plage", par Cécile ROBIN-GUILLOCHEAU

La place du vivant dans les sciences de la Terre, table ronde animée par Cécile ROBIN-GUILLOCHEAU, avec Isabelle DANIEL, Jean-Dominique LEBRETON, Guillaume LE HIR et Grégory QUENET

Qu'est-ce que le "système Terre" ?, table ronde animée par Nicolas ARNAUD, avec Magali ADER, Jeanne ETELAIN et Pierre SEPULCHRE

Soirée
MUSÉE PÉTRIFIÉ, installation-performance de Duncan EVENNOU | Présentation


Samedi 16 mai
RÉCITS ET REPRÉSENTATIONS DE LA TERRE
Matin
John TRESCH : La terre humaine — de Gaïa à Hildegarde
Giovanni ALOISI : Quand l'océan a une crise d'asthme

Après-midi
"Gaïagraphie, exposition", exposition présentée par Alexandra ARÈNES et Jérôme GAILLARDET

Imaginaires et représentations de la Terre, table ronde animée par Sébastien SOUBIRAN, avec Charlotte BIGG, Pierre SANS-JOFRE et Alexandre SCHUBNEL

Soirée
Lectures sur la Terre, par Lénaïg CARIOU et Jeanne ETELAIN | Présentation


Dimanche 17 mai
"HORS LES MURS"
"Voyage dans le temps géologique", animée par Cécile ROBIN-GUILLOCHEAU
8h : Départ de Cerisy en autocar
9h : Arrêt 1 - Géosite de Fresville [La notion d'archives sédimentaires et de leurs représentativités du temps, lecture du contrôle astronomique du climat dans les temps anciens (autour de 195 millions d'années - Sinémurien / Jurassique inférieur)]
11h45 : Pique-nique
13h : Arrêt 2 - Géosite du Rozel [Mise en place du chronomètre biologique des temps longs de l'histoire de la Terre (vers 540 millions d’années - Cambrien)]
16h : Arrêt 3 - L'estuaire de l’Ay [Le temps des Humains, les effets du changement climatique et la question de l'Anthropocène]
17h : Départ vers Cerisy (arrivée vers 18h)


Lundi 18 mai
TEMPS DE LA TERRE, TEMPS DES HUMAINS
Matin
François GUILLOCHEAU : Le temps long de la Terre
Bernadette BENSAUDE-VINCENT : Pourquoi temps paysage ? [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]

Après-midi
Comment nous reconnecter aux temps longs ?, table ronde animée par Jérôme GAILLARDET, avec Nicolas ARNAUD, Philippe AGARD et Olric de GÉLIS

Habitabilité de la planète et résilience des sociétés : des perspectives inconciliables ?, table ronde animée par Verónica CALVO VALENZUELA, avec Jérôme GAILLARDET, Grégory QUENET et Olivier RAGUENEAU

Soirée
"Quand la Terre se fait menaçante : soirée cinéma sur le risque volcanique", suivie d'une table ronde animée par Soraya BOUDIA en présence de Stéphane GUILLOT et Nestor HERRAN


Mardi 19 mai
LES INGÉNIEURS DE LA TERRE
Matin
Olivier VIDAL : Une Terre de ressources minérales et d'énergie, mais à quel coût ?
Soraya BOUDIA : Les violences de l'anthropocène

Après-midi
Façonner la Terre par la géoingénierie. Un horizon indépassable ?, table ronde animée par Nicolas ARNAUD, avec Philippe FREYSSINET, Marion LEMOINE-SCHONNE et François RAVETTA

Faire entrer les sciences de la Terre en politique, table ronde animée par Soraya BOUDIA, avec Jérôme GAILLARDET, Patrice MANIGLIER et Sylvie OLLITRAULT


Mercredi 20 mai
Matin
Rapport d'étonnement des jeunes chercheurs, avec Ilias ALAOUI-MDGHRI, Marie BELLAND, Yann BRUNET, Alexis GEISLER-ROBLIN, Louis ICARD, Anna MACKENZIE-PEERS, Vivien MAI YUNG SEN, Loïs MALLET, Mélissa MICOUD, Fosco SALVADO FERRER et Piero TELLERIAS MELGAREJO

Roger GOUDIARD : Le Grand site de France de Bibracte

Nicolas ARNAUD, Soraya BOUDIA, Jérôme GAILLARDET & Cécile ROBIN-GUILLOCHEAU : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Nicolas ARNAUD
Nicolas Arnaud est directeur de recherche hors classe au CNRS. Géochronologue il a consacré son activité de scientifique à comprendre les processus de déformation des continents et de formation des reliefs en lien avec la tectonique des plaques. Il est directeur de l'Institut National des Sciences de l'Univers au CNRS depuis 2018 et a particulièrement accompagné la construction des infrastructures de recherche et d'observation de la zone critique de la Terre, en France et en Europe. Il a fondé et dirigé l'Observatoire de recherche méditerranéen de l'environnement de Montpellier (OREME) et a cofondé avec le CNRS-Liban l'Observatoire Libano Français de l'Environnement.

Soraya BOUDIA
Soraya Boudia est professeure à l'université Paris-Cité, membre du Cermes3. Historienne et sociologue des sciences et de l'environnement, ses travaux portent sur les rapports entre science et politique, en particulier sur les risques environnementaux globaux. Médaille d'argent du CNRS en 2024, elle co-dirige le programme national de recherche (PEPR) Risques.
Publications
Gouverner un monde toxique, Quae, 2019.
Residues. Thinking Through Chemical Environments, Rutgers, 2021.

Jérôme GAILLARDET
Jérôme Gaillardet est professeur de sciences de la Terre à l'Institut de physique du globe de Paris et membre honoraire de l'Institut Universitaire de France. Géochimiste, spécialiste de la géochimie des fleuves, médaille d'argent du CNRS 2018, il travaille le concept de zone critique au travers en particulier la mise en réseau d'observatoires long-terme de l'environnement et leur insertion dans la société.
Publication
La Terre Habitable ou l’épopée de la zone critique, Éditions La Découverte, 2023.

Cécile ROBIN-GUILLOCHEAU
Cécile Robin-Guillocheau est professeure de sciences de la Terre à l'université de Rennes, dans le laboratoire de Géosciences. Sédimentologiste, spécialiste de la dynamique des bassins sédimentaires, elle travaille sur les reconstitutions paléogéographiques de l'Afrique sur les 300 derniers millions d'années et sur les facteurs de contrôle de l'enregistrement sédimentaire : la tectonique, l'eustatisme et les flux sédimentaires. Largement investie également dans la formation des futurs enseignants de SVT en collège et lycée, elle est présidente du jury de l'agrégation de SVT. Elle a également obtenu le prix 2004 "Charles Jacob, James Hall, Paul Fallot-Jérémine" de l'Académie des Sciences – Institut de France et le Prix BOURCART 2018 de la Société Géologique de France.


Magali ADER
Magali Ader est professeure de sciences de la Terre à l'Institut de physique du globe de Paris et a été membre du bureau de la Geochemical Society et de ses comités d'éthique et de Diversité Equity Inclusion de 2017 a 2023. Géochimiste, elle travaille sur la co-évolution des cycles du carbone et de l'azote et des écosystèmes depuis l'apparition de la vie sur Terre. Elle a acquis la conviction que la prise de conscience de la profondeur historique des interactions entre les écosystèmes et leurs habitats est un ancrage puissant pour sortir du sentiment d’impuissance et inspirer des stratégies de mitigation et remédiations respectueuses de notre environnement.
Publications
Pellerin Alice et Ader Magali, "L'importance du vivant dans les cycles du carbone et de l'azote", in K. Benzerara & C. Thomazo, Les interactions entre la géosphère et la biosphère, ISTE Éditions, pp.205-226, 2025.
Magali ADER, Vincent BUSIGNY et Christophe THOMAZO, "Les grands cycles biogéochimiques", in P. Philippot, La Terre archéenne et protérozoïque, ISTE Éditions, pp.231-265, 2025.

Bernadette BENSAUDE-VINCENT : Pourquoi temps paysage ?
Cet exposé développe l'idée qu'il existe diverses formes du temps en plus du temps chronologique. Il montre que l'anthropocène nous oblige à repenser une nouvelle cosmologie dans laquelle le concept de paysage peut nous aider.

Bernadette Bensaude-Vincent est philosophe, historienne des sciences, professeure émérite à l’université Paris 1 Pantheon Sorbonne.


Lectures sur la Terre, par Lénaïg CARIOU et Jeanne ETELAIN
Avec l'Anthropocène, la Terre, sol originaire de l'expérience, se dérobe désormais sous nos pieds dans une cascade de cycles biogéochimiques perturbés par les activités humaines extractivistes : Comment dire la Terre ? De quoi la Terre est-elle le nom ? Que signifie habiter ? Dans cette lecture polyphonique de Jeanne Etelain et Lénaig Cariou, la poésie rencontre la philosophie pour tenter de répondre à ces questions et surtout inventer un nouveau vocabulaire, un nouveau langage, une nouvelle pensée de la Terre à la hauteur de nos défis présents.

MUSÉE PÉTRIFIÉ, installation-performance de Duncan EVENNOU
MUSÉE PÉTRIFIÉ est une installation-performance qui déploie un musée fictionnel imaginé par Anne-Sophie Milon et Jan Zalasiewicz. À partir des archives de la British Geological Survey, fossiles, carottes géologiques, coupes stratigraphiques et roches collectés depuis le XIXe siècle, le projet interroge le devenir d'un musée dans des centaines de millions d'années : que resterait-il de nos collections et de nos catégories ? Des images géologiques transformées en textiles composent un environnement immersif inspiré des cabinets d'amateurs, où les surfaces se superposent comme des strates. Le public y circule dans un espace où se brouillent les frontières entre art et géologie. Pendant une heure, l'acteur Duncan Evennou active l'installation par la parole, tissant récits géologiques et spéculations contemporaines pour esquisser de nouvelles manières de raconter la Terre.


SOUTIENS :

• Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) | Université Paris Cité
• PEPR Risques (IRiMa) | CNRS
• Université de Rennes

Publication 2025 : un des ouvrages


Beautés vitales. Pour une approche contemporaine de la beauté

BEAUTÉS VITALES

POUR UNE APPROCHE CONTEMPORAINE DE LA BEAUTÉ


Anne-Lise WORMS, Clélia ZERNIK (dir.)


Inscrite dans le temps long de l'histoire, la notion de beauté serait intimidante, aliénante, parfaitement relative, historiquement et culturellement située, et donc impraticable, voire poussiéreuse. À quoi bon, pourquoi donc parler — encore — de "beauté" ? L'hypothèse que nous soutenons réaffirme à l'inverse les enjeux d'universalité, d'humanisme, de plaisirs et d'émotions qui sont spécifiques à la beauté. En nous appuyant sur une réinterprétation de la notion de beauté, nous pensons possible, et même nécessaire, de retrouver dans celle-ci une vitalité, une valeur, un pouvoir de transformation et d'orientation capables de nous interroger sur la manière de nous confronter aux enjeux d'aujourd'hui, car, loin d'être mortifère, la beauté peut être, selon nous, l'opérateur d'un futur commun, d'un monde habitable.
Les contributions que nous avons réunies pour ce volume sont issues du colloque "Beautés vitales. Pour une approche contemporaine de la beauté", initié par la chaire Beauté·s de l'université PSL et organisé en partenariat avec l'université de Rouen Normandie, qui s'est tenu du 15 au 22 juillet 2022 au Centre culturel international de Cerisy. Les approches relèvent de domaines de recherche volontairement varié (sciences de l'Antiquité, philosophie, sociologie du soin, sciences cognitives, musique, photographie, cinéma, etc.). La notion de beauté retrouve ainsi une centralité et une dimension prospective qui nous paraissent essentielles, aujourd'hui.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°700]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Rouen et du Havre

ISBN : 979-10-240-1926-0

Nombre de pages : 284 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 15 €

Année d'édition : 2025

Témoignage

— Tous les témoignages —


"QUELQUES ÉCHOS D'UNE DIXIÈME SAISON À CERISY"

RENCONTRE AVEC VIVIANE HAMON


Cette année fut celle de sa seizième venue à Cerisy, lors du colloque La Nature, levier de transformation écologique : de la sensibilité à l’adaptation des territoires qui a clôturé la saison 2025. Les directrices, Isabelle Laudier et Diane de Mareschal (Institut pour la recherche | Groupe Caisse des Dépôts), l'ayant invitée à être l'un de cinq grands témoins de ce colloque, Viviane Hamon a choisi de répondre à cette mission en portant un regard réflexif sur dix années consécutives de fidélité à Cerisy (2020/Covid exclue), et d'en comprendre les ressorts…

Géraud Guibert, Isabelle Laudier, Barbara Blin-Barrois,
Edith Heurgon, Viviane Hamon, Nicolas Hossard,
Alexandre Monnin, Diane de Mareschal


Cette invitation fut donc l'occasion d'établir des liens avec les quatre autres colloques auquel j'ai assisté pendant l'été 2025 (Métamorphoses par le paysage ; Philosophies comptables, pour recomposer un monde écologique ; Hartmut Rosa : accélération, résonance, énergies sociales ; La proximité comme projet), mais aussi de remonter dans le temps en incluant dans le corpus trois autres colloques particulièrement marquants à mes yeux : Quelles transitions écologiques ? (2015) ; Le renouveau du sauvage (2023) ; Vers des politiques des cycles de l'eau (2024).
Nota : La mise en forme qui suit comporte des références aux communications et activités du colloque d'octobre 2025 sur la nature, sans autre précision ; pour le cas contraire, les colloques de référence sont cités.

Résonance et énergies sociales, la magie du lieu

Au premier rang des motivations qui me conduisent chaque année à Cerisy, il y a sans nul doute le plaisir des nouvelles rencontres, mais aussi — peut-être surtout — celui des retrouvailles, des complicités qui parfois se transforment en amitiés solides, des engagements communs, comme autant de précieuses ressources qui permettent de se sentir moins seule face aux enjeux environnementaux et aux combats écologiques.

Comme l'a si bien exprimé Thomas Fabre à l'issue du colloque Hartmut Rosa, Cerisy est un lieu particulièrement propice à la résonance et à l'émergence d'énergies sociales, grâce à la magie du château et au sentiment d'y être bienvenue, mais aussi grâce à la nature qui l'entoure. Reviendrais-je si souvent à Cerisy si Cerisy n'offrait pas ces potentielles résonances propices à la rencontre ?

La construction collective d'une cartographie sensible des limites du parc de Cerisy, sous la houlette de Jean-Jacques Terrin et Émilie Gascon, a permis à chacun d'explorer son propre rapport au lieu et à ce qu'il engendre.

Par-delà les frontières disciplinaires, le croisement des savoirs

Cerisy offre un espace irremplaçable de mise en commun des savoirs, de dialogue entre sciences de la nature et sciences humaines et sociales, philosophie, littérature, expression artistique… Loin des visions partielles, superficielles ou biaisées, cela permet d'éviter bien des pièges du prêt-à-penser, d'éclairer les controverses, de penser la complexité, de nourrir sa propre pensée. Mon "premier" Cerisy en 2015 — une décade consacrée aux transitions écologiques — avait donné le la, pour le meilleur et pour le pire de mes angoisses éco-anxieuses. De l'exégèse de l'encyclique Laudate Si' par Gaël Giraud aux travaux de Philippe Bihouix sur les mirages de la croissance verte, des considérations de Mathilde Szuba sur les quotas individuels carbone à la discussion autour des travaux de Raphaël et Catherine Larrère, les débats furent toujours passionnés.

Plus récemment, les travaux du géochimiste Jérôme Gaillardet m'ont entraînée vers l'insoupçonné à deux reprises. En 2024, son introduction remarquable du colloque Vers des politiques des cycles de l'eau a fait voler en éclat mes connaissances scolaires basiques : des cycles de l'eau au pluriel, des temporalités et des distances d'une longueur insoupçonnée, des profondeurs inconnues. Cette année, des échos en étaient perceptibles dans la communication de Dominique Bourg, évoquant les rivières volantes de la canopée amazonienne si bien photographiées par Salgado.

En mai 2025 (Métamorphoses du paysage), le concept de zone critique présenté par le même Jerôme Gaillardet m'a fait percevoir l'incommensurabilité de ce qu'il reste à découvrir sous nos pieds. C'est ainsi que quelques intervenants ont fini de lever les doutes et interrogations que pouvait susciter une lecture littérale du titre "La nature comme levier", en insistant à plusieurs reprises sur le fait que planter des arbres et protéger la biodiversité n'est que la face émergée de l'iceberg des nécessaires transformations.

Ces doutes quant au titre du colloque avaient d'ailleurs été bien entamés par les propos d'introduction de Vincent Piveteau et Lucile Schmid, confirmant ainsi que la première matinée d'un colloque cerisyen — toujours déterminante — ne doit faire l'impasse ni sur un cadrage précis, ni sur les définitions à partager.

Lors de ce colloque, plusieurs intervenants se sont attachés à poser ces définitions et à décrire leur cadre conceptuel, en particulier lors des capsules de retours d'expérience. Ainsi Damien Lejas a pris le temps de définir ce qu'il faut entendre par "restauration écologique" ou "renaturation", tandis que Zoé Raimbault présentait en détail les fonctionnalités écologiques de sols avant de revenir sur quelques expérimentations.

À mes yeux, ces temps de cadrage et de définitions sont pleinement caractéristiques d'un colloque de Cerisy réussi qui, loin de s'adresser uniquement à une coterie de spécialistes, cherche au contraire à jeter des ponts vers une diversité d'auditeurs et de sensibilités. Une vigilance que tous les directeurs de colloques devraient garder à l'esprit.

Où atterrir ? Le contact avec le terrain et les savoirs ordinaires

L'une des autres caractéristiques des colloques de Cerisy est la place habituellement donnée aux témoignages et aux visites de terrain (intitulés "HORS LES MURS"), comme autant d'occasions de mise à l'épreuve des savoirs académiques. Cela offre des moments souvent privilégiés comme l'arpentage dans l'archipel des îles Chausey, suivie d'un retour vers Granville en compagnie des dauphins (Métamorphoses du paysage).

Donner du temps aux savoirs vernaculaires, au modeste, à l'expérience située, voire à ce qui peut être considéré comme insignifiant, me semble essentiel. En effet, cela apporte une autre compréhension des choses, sensible, souvent inspirante quand la question "Où atterrir ?", telle que posée par Bruno Latour, reste entière en particulier sur les sujets écologiques et démocratiques.

Les jardins privés ont été brièvement évoqués par Gwenaël Boidin, en relation avec les errements de la loi ZAN, rejoignant une présentation détaillée des potagers pavillonnaires de Caen par Maxime Marie, lors du colloque La proximité comme projet. La question de la (non)-transmission des savoirs ordinaires — cuisiner, jardiner — a été discutée lors de la présentation de Lucie Brice Mansencal, réveillant un souvenir, lié au colloque Quelles transitions écologiques ? : j'en étais repartie rassurée et fière d'avoir transmis ces savoirs à mes enfants.

Il est donc toujours dommage que certains retours de terrain n'aient pas tout le temps nécessaire pour un complet développement. J'aurais ainsi aimé passer plus de temps sur les questions d'aménagement face au recul du trait de côte, exposées par Régis Leymarie (Conservatoire du littoral), questions qui avaient déjà été présentes à travers une exposition prospective de l'avenir du bourg des Genêts, dans la baie du Mont-Saint-Michel, commanditée par le C|A.U.E de la Manche (Métamorphoses du paysage).

La vertu de ces visites et témoignages est également de mettre en valeur les énergies sociales, telles que conceptualisées par Hartmut Rosa. Celles qui permettent de se retrousser les manches dans les territoires. Une démocratie du faire avec peu, qui agit avec l'expertise des élus locaux et des habitants, comme en a témoigné Jean-François Caron (Métamorphoses du paysage), un fidèle de Cerisy.

Faire ensemble, faire avec, ne pas faire à la place mais encourager à faire et accompagner. Peut-être y trouver des pistes pour contrer le sentiment d'impuissance qui habite aujourd'hui massivement les maires. À cet égard, la visite de Saint-Sauveur-Villages (La proximité comme projet), en compagnie de sa maire, Aurélie Gigan, n'a pas manqué de surprendre les chercheurs : de la pratique du crochet et du tricot dans les locaux de la médiathèque créée avec les moyens du bord et avec des habitants bénévoles, à la plantation d'une vigne dans le parc municipal avec un agriculteur s'imaginant en viticulteur normand !

La tension urbain/rural : un éléphant dans la pièce quand il est question de nature

"Et si le rural n'était pas l'arrière-pays de l'urbain ? Si plutôt c'était l'urbain qui était l'arrière-pays du rural". Ce cri du cœur de Somhack Limphakdi, lors du colloque Philosophies comptables, pour recomposer un monde écologique, met au jour de manière saisissante une aporie qui, me semble-t-il, traverse nombre de colloques de Cerisy.

Il y a pour moi, issue du monde rural et vivant depuis toujours dans le rural, l'évidence d'un gouffre entre les représentations du monde spécifiques aux urbains, et celles qui existent dans la ruralité. Comme si nos attachements au monde n'étaient pas les mêmes, et nos renoncements acceptables non plus. Il s'ensuit le constat d'un profond problème démocratique, tout particulièrement s'il est question de nos engagements et responsabilités vis-à-vis de l'environnement, surtout quand les injonctions au changement semblent fort éloignées des réalités rurales.

Peut-on se satisfaire de l'angle de la sécession, et réfléchir à "Prendre la clé des champs", comme nous y a invité Sébastien Marot à deux reprises cet été (Métamorphoses du paysage & Philosophies comptables, pour recomposer un monde écologique) ? La notion de biorégionalisme, apporte-t-elle un début de réponse pour réduire cette tension ? Elle court de colloque en colloque depuis quelques années, et a sans doute été abordée trop brièvement lors du dernier en date.

Au fil des colloques 2025, à ma grande surprise, la notion de cosmogonie est venue s'installer de manière insistante dans mon esprit sans doute en quête d'un renouveau des approches et des discours inspirants. Le colloque Hartmut Rosa ne m'a pas apporté les réponses simples dont je rêvais, l'aurait-il pu ? Mais il m'a permis de comprendre qu'il reste possible de ménager des lieux et des circonstances où la résonance peut advenir, lieux qui laissent évidemment de la place à la nature me semble-t-il.

Habiter le monde en changeant de regard : vers une nouvelle cosmogonie accueillante pour les non-vivants

Roberto Casati, en introduction au colloque Métamorphoses du paysage, nous a conduit dans les fonds marins pour nous inviter à nous décentrer, en regardant le monde comme le ferait une raie manta, un mollusque ou un dauphin.

Au fil des colloques de Cerisy, s'installe une question insistante, celle de la place que nous accordons aux non-humains. C'était ainsi toute la puissance du colloque Le renouveau du sauvage qui, loin d'être uniquement focalisé sur le réensauvagement, posait des questions essentielles sur les droits des animaux et de la nature en général. Ainsi, les interrogations éthiques liées au droit à la vie privée des animaux, pucés ou captés par des pièges photographiques, ont largement occupé les chercheurs.

La puissance du droit — autre découverte cerysienne — peut également contribuer à ce changement de regard. Ainsi, quand il a été question du droit de l'humain à un environnement sain à propos de la lagune de Mar Menor, je me suis demandé quels seraient les bases, et l'intérêt pour la nature, d'un droit à une espèce humaine non prédatrice.

Si ces pistes semblent aujourd'hui incompatibles avec notre ethos occidental, et sans doute encore plus avec celui de la technostructure et de bon nombre de nos décideurs politiques, c'est peut-être par ce biais que la nécessaire révolution des représentations pourrait advenir et nous guider vers les renoncements nécessaires.

C'est en tout cas, ce que je continuerai de venir explorer à Cerisy dès 2026 et son premier colloque Quelles sciences de la Terre à l'heure de l'anthropocène ? (programme de la saison 2026). En attendant un jour peut-être un colloque autour des travaux du Pacte civique pour une transition juste, en compagnie de quelques sociologues centrés sur la débrouille en milieu rural.

Publication 2025 : un des ouvrages


Du Droit à la Littérature

DU DROIT À LA LITTÉRATURE

REVUE DROIT ET LITTÉRATURE, N°9


Sandra TRAVERS DE FAULTRIER (dir.)


Avec le concours de Nicolas DISSAUX, Yves-Édouard LE BOS et Laurent LOTY


Là où se déploie le monde on trouve le droit, on trouve la littérature. Deux disciplines enracinées dans l'histoire et ayant pour tâche de rendre visible, de donner forme à un réel insaisissable et cependant résistant. La démarche Droit et littérature établit un dialogue entre ces "formes formantes" que sont ces langues constituantes et accompagnantes. Dialogue qui a été institué lors du colloque de Cerisy à partir d'objets tantôt personnifiés tels l'auteur, le bâtard, la nature, tantôt notionnels telles la justice, la laïcité, le droit. Il l'a été également à partir de l'étude des genres littéraires que ceux-ci relèvent du roman, de la poésie ou d'une narratologie embrassant le témoignage, les essais, les récits.
Universitaires (qu'ils soient littéraires, historiens, juristes, philosophes), magistrats, écrivains (qui peuvent être universitaires, magistrats, historiens), avocats, historiens et philosophes, forts de cette pensée à la croisée de dynamiques trop souvent jugées étrangères l'une à l'autre, ont tenté de répondre à "la créance de sens" d'un monde "qui va", d'un "monde qui ne va pas" comme à celle que leur pratique induit réflexivement. Ce n'est que superficiellement que la dimension critique semble dominer ce dialogue. La dimension créatrice de cette pratique qui permet de saisir un droit et une littérature en mouvement, émancipe valeurs, genres, normes de toute tentation de rigidification, nourrit la vie "en train de se faire".


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2024) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°701]


Articles à l'unité disponibles sur CAIRN.INFO

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : LGDJ-éditions | Lextenso

Collection : Revue Droit et Littérature, n°9

ISBN : 978-2-275-15878-5

Nombre de pages : 472 p.

Prix public : 25 €

Année d'édition : 2025

Publication 2025 : un des ouvrages


Comprendre la route. Imaginaires, Sens, Innovations

COMPRENDRE LA ROUTE

IMAGINAIRES, SENS, INNOVATIONS


Mathieu FLONNEAU, Frédéric MONLOUIS-FÉLICITÉ (dir.)


Venu à Cerisy par la route, un groupe réunissant des experts, des spécialistes du monde académique, des professionnels et des artistes a abordé la route comme vecteur commun et universel de mobilité et d'échanges. Ses imaginaires, ses sens, ses innovations et ses appropriations ont été analysés, discutés.
Avec empathie et réflexion, dans un contexte de contestation, à l'heure de la transition écologique et dans un temps d'urgence au cours duquel la route doit se réinventer, ses perceptions et ses réalités ont été explorées. Représentée au cinéma, en photographie ou en littérature, la route a été également posée comme un lieu de conflits politiques et sociaux. Sous les regards de deux grands témoins éclairés, l'historienne-médiologue Catherine Lavenir et l'écrivain Aurélien Bellanger, les travaux restitués dans cet ouvrage permettent d'éclairer un enjeu peu exploré mais essentiel.
Ce colloque entendait prendre date dans l'actualité : la reconnaissance de l'intelligence et de la permanence des routes (et des rues), d'hier à aujourd'hui et demain, est un point de départ de la réflexion contemporaine sur les mobilités.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2023) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°699]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Loubatières

ISBN : 978-2-86266-834-5

Nombre de pages : 296 p.

Illustrations : N & B

Prix public : 25 €

Année d'édition : 2025

PRESSE / MÉDIAS

• Jean-Marc OFFNER : Tenir la route ? Un impensé urbanistique contemporain [enregistrement audio, de l'intervention présentée lors du colloque, en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]

Publication 2025 : un des ouvrages


La pensée de Marc Richir. Une phénoménologie du réel

LA PENSÉE DE MARC RICHIR

UNE PHÉNOMÉNOLOGIE DU RÉEL


Patrick LANG, Joëlle MESNIL, Jean-François PERRIER (dir.)


Lors de ce colloque de Cerisy (24-30 juillet 2022), les auteurs ont multiplié les points d'entrée dans une œuvre réputée difficile d'accès, s'efforçant d'articuler sa présentation à d'autres approches passées ou contemporaines, relevant de divers champs disciplinaires abordés par Marc Richir. Les intervenants ont mis en évidence la nature de l'apport du phénoménologue à la phénoménologie, mais aussi différents questionnements relevant d'approches aussi diverses que l'esthétique, la psychopathologie, l'épistémologie et le politique.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°698]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Jérôme Millon

Collection : Krisis

ISBN : 978-2-84137-440-3

Nombre de pages : 320 p.

Prix public : 30,00 €

Année d'édition : 2025

Publication 2025 : un des ouvrages


L'Oulipo. Générations

L'OULIPO

GÉNÉRATIONS


Marc LAPPRAND, Dominique RAYMOND, Christophe REIG, Alain SCHAFFNER (dir.)


C'est sur le lieu même de la naissance de l'Oulipo que s'est tenu le colloque "L'Oulipo : générations", à Cerisy-la-Salle, en juillet 2023. Cette rencontre internationale a permis de mettre en évidence la vitalité du groupe, que le grand âge ne semble en rien entamer. Parallèlement aux contributions théoriques, passage obligé de la critique oulipienne, s'est dégagée une thématique commune "au fil des générations", but premier de ce colloque. Toujours bien vivant, l'Oulipo continue de susciter l'intérêt et la curiosité d'un lectorat qui lui aussi s'est renouvelé au fil du temps. La critique oulipienne lui a emboîté le pas : les débats qui ont animé ce colloque, dont les actes ici présents témoignent, se renouvellent sans relâche.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2023) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°697]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Classiques Garnier

Collection : Colloques de Cerisy - Littérature, n°13

ISBN : 978-2-406-18867-4

Nombre de pages : 390 p.

Prix public : 32,00 €

Année d'édition : 2025

Publication 2025 : un des ouvrages


Claude Cahun. L'unique en son genre

CLAUDE CAHUN. L'UNIQUE EN SON GENRE


François LEPERLIER, Françoise PY, Georges SEBBAG (dir.)


Les écrits et les photographies de Claude Cahun (1894-1954) ont un étrange pouvoir de séduction et de révélation. Y sont exaltés notre part d'inconnu, notre goût de la liberté et toute une alchimie de nos inclinations féminines et masculines. Claude Cahun affiche sa volonté d'être unique en son genre quand elle déclare : "J'ai la manie de l'exception" et "Je veux changer de peau". Comment la nièce de Marcel Schwob et la fan d'Oscar Wilde a-t-elle façonné son moi unique, ses changements de peau et ses travestissements ? Comment, avec sa compagne Suzanne Malherbe, s'est-elle improvisée croqueuse de mode ? Elle qui aurait aimé être comédienne ou danseuse, comment s'est-elle muée en photographe ? Comment, sous l'occupation allemande, cette surréaliste off a-t-elle risqué sa vie dans l'île de Jersey sans se prendre pour une héroïne ? Bien qu'on l'élève aujourd'hui au rang d'icône féministe et lesbienne, Claude Cahun demeure absolument inclassable, ainsi que le montre et l'illustre l'ouvrage collectif Claude Cahun. L'unique en son genre.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°696]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Jean-Michel Place éditeur

Collection : Surréalisme années 2020

ISBN : 978-2-38358-018-8

Nombre de pages : 232 p.

Illustrations : N & B

Prix public : 27 €

Année d'édition : 2025

Publication 2025 : un des ouvrages


Balzac et les disciplines du savoir. Sciences et représentation

BALZAC ET LES DISCIPLINES DU SAVOIR

SCIENCES ET REPRÉSENTATION


Éric BORDAS, Andrea DEL LUNGO, Pierre GLAUDES (dir.)


Balzac a conçu une forme littéraire inédite, qui intègre dans la fiction les savoirs de son temps. Ces savoirs multiples ne sont pas uniquement traités comme des sources d'inspiration ou des éléments purement référentiels, mais ils constituent aussi des paradigmes d'analyse scientifique qui fondent la création littéraire. Le roman devient ainsi, pour la première fois dans son histoire, une forme de connaissance du réel, connaissance complémentaire mais aussi autre par rapport aux disciplines scientifiques. Cet ouvrage propose d'observer la relation de la littérature au savoir à travers un vaste spectre disciplinaire, visant à placer l'œuvre dans son contexte culturel et scientifique et à en analyser les actualisations possibles.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°695]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Classiques Garnier

Collection : Colloques de Cerisy - Littérature, n°12

ISBN : 978-2-406-18735-6

Nombre de pages : 492 p.

Prix public : 48,00 €

Année d'édition : 2025