Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


CLAUDE CAHUN, INCLASSABLE ET EXEMPLAIRE


DU LUNDI 22 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 28 AOÛT (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]



PRÉSENTATION VIDÉO :


ARGUMENT :

Claude Cahun est à la fois essayiste, photographe et poète. Largement autobiographique, son œuvre qui va de 1910 à 1954 échappe aux tentatives de classification. Elle est à resituer, avec ses amitiés fortes, dans le contexte surréaliste, mais aussi dans un ensemble plus large qui participe de la modernité culturelle et politique.

Ce colloque interrogera l'héritage de Claude Cahun aussi riche que paradoxal, ses apports artistique, philosophique et littéraire. Nombre de créateurs ou de penseurs se réclament de sa réflexion anticipatrice sur les questions de genre, d'identité sexuelle et personnelle. Sa quête de soi, son exigence critique et sa volonté éthique nous offrent des arguments pour penser notre présent et des motifs pour agir.

Les années quatre-vingt ont vu la découverte de Claude Cahun. Puis avec la propagation de son œuvre est arrivée la consécration. Le temps est venu de confronter les différentes représentations, les modèles d'interprétation qui ont été proposés. Ce retour aux sources devrait permettre de lever des malentendus et de réévaluer la place de Claude Cahun dans le champ contemporain.


MOTS-CLÉS :

Arts, Autobiographie, Éthique, Genre, Identité, Modernité, Photographie, Poésie, Surréalisme


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 22 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 23 août
MÉTAMORPHOSE DE L'IDENTITÉ ET SUBVERSION DES GENRES. L'AUTOFICTION, L'AUTOREPRÉSENTATION
Matin
François LEPERLIER : La réception de Claude Cahun et la querelle des interprétations [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]
Georges SEBBAG : La différence Claude Cahun

Après-midi
Eve GIANONCELLI : Claude Cahun et la question du genre
Tirza TRUE LATIMER : L'Autre Féminité


Mercredi 24 août
POÉTIQUE DE L'OBJET, COLLAGES, PHOTOGRAPHIES ET PHOTOMONTAGES
Matin
François LEPERLIER : Le concept de "personne" chez Claude Cahun
Elza ADAMOVICZ : Claude Cahun et le photomontage : miroir narcissique ou arme de guerre ?

Après-midi
Cristiana SORRENTINO : Repartir de la matérialité de l'archive. Nouvelles perspectives d'analyse de l'œuvre photographique de Claude Cahun
Silvia MAZZUCCHELLI : Claude Cahun : le parti pris des choses

Table ronde, à partir des deux premières thématiques abordées : La question du genre et La photographie

Soirée
Les extravagants, Pierre Albert-Birot et Claude Cahun : lectures croisées, par Charles GONZALÈS


Jeudi 25 août
CLAUDE CAHUN, SES AFFINITÉS ET SES RÉSEAUX D'AMIS
Matin
Monique SEBBAG : Entre Colette et Simone Weil, Claude Cahun. Trois femmes sans pitié
Atsuko NAGAÏ : Claude Cahun et l'Angleterre — entre l'antipathie et l'affinité

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 26 août
THÉÂTRE ET THÉÂTRALITÉ CHEZ CLAUDE CAHUN
Matin
Masao SUZUKI : Les tableaux vivants renversés : le regard dans les autoportraits de Claude Cahun [visioconférence]
Junko NAGANO : L'univers carnavalesque chez Claude Cahun par le prisme du masque et de la marionnette [visioconférence]

Table ronde, animée par Masao SUZUKI, Junko NAGANO & Françoise PY sur Théâtre et théâtralité chez Claude Cahun

Après-midi
Françoise ARMENGAUD : Claude Cahun et le chemin des chats

Lectures de textes de Claude Cahun, par Charles GONZALÈS


Samedi 27 août
POÉTIQUE, POLITIQUE ET ÉTHIQUE : DE CONTRE-ATTAQUE À LA RÉSISTANCE À JERSEY. LES TRACTS SURRÉALISTES
Matin
Michel CARASSOU : Claude Cahun ou la difficulté de dire l'homosexualité
Eve GIANONCELLI : Anarchisme, révolution et héroïsme chez Claude Cahun

Après-midi
Hervé SANSON : Claude Cahun au miroir du Mercure de France : influences, (ré)investissements et persistances
Monique SEBBAG : Le malaise ontologique de Claude Cahun
Lissia AMACH : Dieu dans l'œuvre et la vie de Claude Cahun : entre l'intime et le politique

Soirée
Patrick VIRET : Présentation de son film en cours de réalisation : Claude Cahun : l'art de résister


Dimanche 28 août
Matin
Synthèse, Table ronde et Discussion générale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

François-LEPERLIER : La réception de Claude Cahun et la querelle des interprétations
Après avoir été longtemps méconnue, Claude Cahun a suscité un intérêt toujours plus considérable, bénéficié d'une réception académique, institutionnelle et médiatique impressionnante, tant en France que sur le plan international. Les travaux littéraires et photographiques ont été rendus accessibles, plusieurs biographies ont été publiées. On ne compte plus les études, les expositions, les films, qui lui furent consacrés et qui l'ont imposée non seulement comme l'une des grandes figures de la modernité, mais entre toutes celle qui a pu anticiper sur bien des problématiques de la pensée contemporaine. Dans un contexte revendicatif qui porte en avant la question féministe, associée à la déconstruction des identités sexuelles et sociétales, l'œuvre et la démarche de Claude Cahun se sont avérées d'une grande pertinence. Toutefois, elle a fait l'objet de lectures souvent unilatérales et partisanes, qui se sont imposées pour elles-mêmes, quitte à négliger certains aspects essentiels d'une œuvre multiple et complexe. Une quarantaine d'années après la mise à jour des œuvres de Claude Cahun, le moment est venu d'effectuer un inventaire critique et de repenser sans concession les différents modèles d'interprétation dont on dispose. À cet effet, il convient de reprendre appui, de manière rigoureuse, sur les grandes thématiques propres à Claude Cahun, au premier chef la puissance de l'imaginaire et la métamorphose du réel, tout en faisant valoir la continuité d'un trajet intentionnel, poétique, éthique, philosophique et politique.

François Leperlier est professeur de philosophie honoraire, université de Rouen. Découvreur de Claude Cahun, il lui a consacré un grand nombre d'ouvrages.
Publications
Claude Cahun, Catalogue, Co-direction J.V. Aliaga, Jeu de Paume-Hazan, 2011.
Claude Cahun. L'exotisme intérieur, Fayard, 2006.
Claude Cahun. Écrits, Jean-Michel Place, 2000.
Claude Cahun, Photopoche-Nathan, 1999.
Claude Cahun Photographe, Jean-Michel Place/Paris-Musées, 1995.
"Charles Baudelaire, Claude Cahun, Clément Magloire-Saint-Aude", The International Encyclopedia of Surrealism, Bloomsbury Publishing, Londres, 2019.

Françoise PY
Françoise Py est maître de conférences en histoire de l'art à l'université Paris 8. Elle collabore régulièrement à la revue Mélusine dont elle a dirigé plusieurs numéros ainsi qu'au site éponyme.
Dernières publications
Endre Rozsda, Avec José Mangani, Revue Mélusine numérique, n°1, janvier 2019.
L'or du temps — André Breton 50 ans après, Avec Henri Béhar, Actes d'un colloque de Cerisy, Mélusine, n°40, 2017.
De l'art cinétique au net art : hommage à Frank Popper, L'Harmattan, Coll. "Eidos", 2017.

Georges SEBBAG : La différence Claude Cahun
Claude Cahun a hérité de deux monstres littéraires : elle a été la nièce réelle de Marcel Schwob et une nièce putative d'Oscar Wilde. Mais pour éclairer son paysage mental, il faut remonter jusqu'au dessinateur Jean-Jacques Grandville, au philosophe Max Stirner (auteur de L'Unique et sa propriété), au philosophe Jules de Gaultier (à qui on doit les concepts de "bovarysme" et de "différenciation") et à l'essayiste Remy de Gourmont. C'est à cette condition qu'on pourra mieux comprendre ses aphorismes "Je veux changer de peau", "Ôtez Dieu il reste Moi", "J'ai la manie de l'exception" ou encore sa déclaration sur "le Carnaval perpétuel". On pourra mieux imaginer comment Claude Cahun s'est formée, comment elle a façonné son moi unique et ses travestissements, comment Suzanne Malherbe et elle se sont improvisées croqueuses de mode, comment elle s'est photographiée et a démembré ses clichés, comment elle a été une surréaliste, mais une surréaliste off, etc.

Georges Sebbag est écrivain, docteur en philosophie, commissaire d'exposition. Il a publié une vingtaine d'ouvrages sur le surréalisme et plusieurs essais sur le temps. Coéditeur de The International Encyclopedia of Surrealism en trois volumes.
Dernières publications
Dix cahiers surréalistes : avril 1924, Éd. Domaine Jean-Michel Place – DI-LECTA, 2021.
Gombrowicz mentaliste, Éditions Tinbad, Coll. "Essai", 2021.
Bataille Leiris Einstein, Le moment Documents, avril 1929-avril 1931, Jean-Michel Place éditeur, 2022.


Elza ADAMOVICZ : Claude Cahun et le photomontage : miroir narcissique ou arme de guerre ?
Dans les années 1920 la société française connaît de profonds bouleversements dans le concept du sujet, les enjeux de la sexualité, l'ordre phallocentrique. Aux nouvelles interrogations, nouveaux moyens d'expression : le photomontage reflèterait les fissures, contradictions, interrogations de la réalité contemporaine. Cette intervention portera d'abord sur une discussion du photomontage des années 1920-30 comme outil de critique sociale et de libération, suivie de l'analyse des dix photomontages de Claude Cahun accompagnant son texte Aveux non avenus (1930). Parmi les questions qui seront abordées : la pratique du photomontage chez CC s'inscrit-elle dans un contexte purement individualiste, intimiste et narcissique (le scrapbook) ou dans un cadre plus large, celui des enjeux sociaux des années 1920 ? Si le photomontage est défini comme arme de guerre contre le Père, exposant les fractures de la vie sociale et psychique, quelles stratégies de détournement sont exploitées par Cahun ? Finalement, dans la galerie des photomontages de l'avant-garde des années 1920-30, quel dialogue établir entre les photomontages de Cahun et ceux de Hannah Hőch, John Heartfield ou Nusch Eluard ?

Elza Adamowicz est Professeure Émérite à Queen Mary University of London. Elle est l’auteure de nombreuses études sur l’avant-garde européenne, dada et le surréalisme.
Publications
Surrealist Collage in Text and Image : Dissecting the Exquisite Corpse (1998, 2004).
Ceci n'est pas un tableau : les textes surréalistes sur l'art (2004).
Dada Bodies : Between Battlefield and Fairground (2019).
The Eye of the Poet : André Breton and Visual Art (2022).

Lissia AMACH : Dieu dans l'œuvre et la vie de Claude Cahun : entre l'intime et le politique
La communication explorera, dans l'œuvre et la vie de Cahun, la place et la signification de la figure de Dieu — "ce curieux entre tous les curieux" pour reprendre les termes de Nietzsche — dont le regard et droit de regard sont particulièrement gênants, aux yeux de l'artiste. Cette figure fascinante, qui cloisonne le monde intérieur et extérieur, réel et onirique, physique et métaphysique, fait couler l'encre de notre artiste qui lui consacrera des passages entiers, notamment dans Aveux non Avenus, où elle questionne l'existence et la pertinence d'une figure divine unique et "hors de soi" et où elle ébranle les préceptes et dogmes religieux communs. Nous verrons, ici, comment l'indéfinition de la question religieuse et divine constitue une nécessité politique et offre la possibilité d'un nouvel intime. Cette exploration et analyse de Dieu seront également l'occasion d'étudier les liens de Cahun avec les approches ésotériques, la philosophie bouddhiste et yogique, nourris, notamment, durant sa période de rapprochement et de participation à l'Union des Amis des Arts Ésotériques et à la Société Théosophique.

Enseignante d'anglais et de culture littéraire à l'université-Paris-Est Créteil, Lissia Amach conduit actuellement ses recherches doctorales, en études françaises, au sein de l'université de Birmingham. Sa thèse s'intitule : "Les Mythes des Frontières Humaines. Le genre, la race et la religion dans la pensée cahunienne".

Françoise ARMENGAUD : Claude Cahun et le chemin des chats
Claude Cahun aime les chats. Elle vit avec eux et leur organise en toutes circonstances la meilleure vie possible. Elle est leur semblable et ils sont ses semblables. Elle reconnaît à sa mère souffrante une "hypersensibilité de chat" ; elle-même déclare procéder, lors de certaines actions de Résistance à Jersey, "à la manière des chats". Les relations avec eux sont souvent "télépathiques". Mais les chats ne deviennent jamais le Chat idéalisé. Pour elle, le chat n'est pas à proprement parler un objet littéraire ni une occasion de spéculation ésotérique. Cependant elle n'hésite pas à parler d'affinités entre chats et femmes ou de l'"exploitation du chat par la femme et de la femme par le chat". C'est dans les photos — autoportraits avec chats : "Chat d'aveugle", "Le chemin des chats" — que s'exprime la confiance envers les chats : se laisser guider par eux sur les voies de la découverte de l'inconnu.

Françoise Armengaud a enseigné la philosophie du langage et l'esthétique à l'université de Paris-Ouest-Nanterre. Elle a travaillé sur la littérature consacrée aux animaux et sur la condition qui leur est faite.
Publications
Apprendre à lire l'éternité dans l'œil des chats, Les Belles Lettres, 2016.
"Thérèse Plantier, poète animaliste et féministe", in Marie-Christine Brière (dir), "Jusqu'à ce que l'enfer gèle". Hommage à Thérèse Plantier, L'Harmattan, 2017.
Mémoires de Dame Pelote chatte de Montaigne, La Bibliothèque, 2019.

Michel CARASSOU : Claude Cahun ou la difficulté de dire l'homosexualité
Pionnière dans divers domaines, Claude Cahun le fut aussi dans la défense de l'homosexualité en participant à la publication d'Inversions, la première revue de ce type publiée en France. La première partie évoque le contexte dans lequel est créée la revue : la situation juridique, le vécu des homosexuels, la perception de l'homosexualité par l'opinion, la naissance d'une littérature homosexuelle. Une comparaison sera faite avec la situation en Allemagne qui fait figure de précurseure (et modèle ?) en la matière. En deuxième partie sont présentés le rôle joué par Claude Cahun dans la revue (simple rappel, la question ayant été traitée ailleurs), puis la conception de l'homosexualité qu'elle défend, étayée sur les thèses d'Havelock Ellis, enfin le type de militantisme "gay" qu'elle envisage. La troisième partie s'attache à la répression qu'ont subie la revue et ses animateurs, et cherche à comprendre le silence de Claude Cahun qui n'a jamais plus évoqué cette expérience malheureuse.

Michel Carassou, titulaire d'un doctorat en littérature moderne de l'université de Paris-Sorbonne, a toujours travaillé à la fois comme éditeur et comme chercheur. Après avoir été directeur éditorial de CNRS Éditions, il a créé et codirigé les éditions Paris-Méditerranée, puis en 2005 les éditions Non Lieu. En tant que chercheur, ses publications portent sur les avant-gardes littéraires et artistiques, Dada et le surréalisme, René Crevel, Jacques Vaché, Benjamin Fondane. Il s'est également intéressé à l'histoire des revues littéraires et à l'histoire de l'homosexualité au XXe siècle.
Dernières publications
Le Surréalisme par les textes (avec Henri Béhar), Classiques Garnier, 2013.
Inversions. Une autre histoire de la première revue gay française, Non Lieu, 2016.
Benjamin Fondane, Le Lundi existentiel et le dimanche de l'histoire, Non Lieu, 2021.

Eve GIANONCELLI : Claude Cahun et la question du genre
Cette communication propose d'explorer le processus de subjectivation de Claude Cahun à l'aune de la question du genre. Il s'agit de comprendre la façon dont, tant dans le choix de son pseudonyme, ses premières réalisations photographiques, et sa production au sein du mouvement surréaliste, Claude Cahun se constitue comme sujet de connaissance et de création à travers un positionnement réélaboré par rapport à la subjectivité féminine, donnant naissance à une subjectivité féminine autre. Nous analyserons la manière dont ce processus se joue entre neutralisation et subversion des normes de genre, permettant à Cahun de se poser et de s'affirmer singulièrement dans des traditions artistiques et intellectuelles qui se sont constituées à partir de l'exclusion du sujet féminin ou qui ont pu accueillir une telle forme d'affirmation mais non sans ambiguïté — à l'image des surréalistes.

Eve GIANONCELLI : Anarchisme, révolution et héroïsme chez Claude Cahun
Alors qu'elle considérait que "les étiquettes sont méprisables", Claude Cahun a elle-même caractérisé son engagement lors de la lutte menée contre l'occupant nazi à Jersey d'"anarchiste". D'où l'intérêt de se pencher sur cette question, jusqu'alors assez peu explorée. Il s'agit de comprendre les ressorts et les formes d'expression de cet anarchisme cahunien. Comment relève-t-il d'une forme de subjectivité individualiste qui s'articule en même temps à un sens et une visée collectifs, reposant sur une opposition à toutes les formes d'imposition ? Nous montrerons que l'un des intérêts majeurs de cette question réside dans ce qu'il révèle du sens du politique chez Cahun, et par-là même sa dimension fondamentalement éthique. En ce sens, il est également le ciment d'une posture révolutionnaire qui fait de Cahun une héroïne.

Eve Gianoncelli est docteure en science politique de l'université Paris 8 et chercheure affiliée à la Maison Française d'Oxford. Elle est l'auteure d'une thèse portant sur les processus de constitution problématiques de femmes, parmi lesquelles Claude Cahun, comme intellectuelles au XXe siècle, bientôt disponible sous forme d'ouvrage, sous le titre Le genre de la pensée. Figures du devenir intellectuelle au XXe siècle (Rennes, PUR, coll. "Archives du féminisme", 2022). Elle a publié plusieurs articles sur Claude Cahun parmi lesquels "Les voies de la (re)connaissance : Claude Cahun, artiste et intellectuelle au miroir transatlantique", Genre, sexualité, société, n°16, automne 2016 [en ligne] ; "La poudre à canon et la mèche allumée : Claude Cahun/Lucy Schwob et Suzanne Malherbe/Marcel Moore : un couple de femmes avant-gardiste", Les études sociales, n°170, p. 179-202.

Silvia MAZZUCCHELLI : Claude Cahun : le parti pris des choses
Les objets nous regardent. "C'est l'objet qui nous pense" dit Jean Baudrillard. Les trames de la vie sont parsemées d'objets : ils nous accompagnent, ils deviennent des coffres de nos souvenirs, ils se couvrent de notre émerveillement. Suspendus entre les "objets d'affection" de Man Ray, nés de combinaisons de choses incongrues mais capables de générer un nouveau sens, et les "machines célibataires" de Michel Carrouges, les objets de Claude Cahun, donnent vie à une nouvelle perception des choses, ce qui ne les rigidifie pas dans une définition, mais tente de les placer dans un univers en mutation. Comme son identité, ils échappent à toute tentative de définition : "J'ai la manie de l'exception", écrit-elle dans Aveux non avenus (1930). Les objets de Cahun évoquent l'accumulation d'éléments hétérogènes typiques du surréalisme, mais ils deviennent aussi le moyen de montrer une identité fragmentée, sous la forme d'objets éphémères en voie de disparition, ne survivant que grâce aux photographies qui les représentent. Cette présentation vise à étudier ces différents composants en référence aux objets conçus par Claude Cahun, à partir de la conception de l'objet surréaliste, passant de la réinterprétation de l'idée de machine célibataire par Deleuze et Guattari dans l'Anti-Œdipe (1972), jusqu'à la contemporanéité.

Silvia Mazzucchelli est docteur en théorie et analyse des textes de l'université de Bergame. Elle a publié deux essais consacrés à Claude Cahun, intitulés Claude Cahun et Suzanne Malherbe : l'immaginario di un sodalizio (Sestante, 2012) et Oltre lo specchio. Claude Cahun e la pulsione fotografica (Johan & Levi, 2013). Elle a édité Les Paris sont ouverts (Wunderkammer, 2018) et rédigé l'essai d'introduction à la traduction italienne du pamphlet. Elle fait partie de la rédaction du magazine en ligne Doppiozero et s'occupe de la rubrique dédiée à la photographie.

Atsuko NAGAÏ : Claude Cahun et l'Angleterre — entre l'antipathie et l'affinité
Pour Claude Cahun, l'Angleterre a été l'unique pays étranger qui lui a fourni des références implicites ou explicites profondément liées à des questions existentielles qu'elle posait dans ses créations écrites et photographiques. Le pays jouissait d'un pouvoir paternaliste et oppressif aux niveaux diplomatique et intérieur, tandis que Cahun y a trouvé aussi des artistes ou des mouvements sociaux qui résistent au dirigisme et protègent à leur manière les libertés individuelles. Il est d'ailleurs possible que son intérêt pour la culture anglaise l'ait aidée à trouver dans la neutralité une aisance relative à son existence. C'est dans l'histoire de sa relation complexe avec la société et la culture anglaises qu'on devrait situer aussi sa collaboration un peu énigmatique avec les surréalistes anglais au moment de l'Exposition Internationale du surréalisme à Londres en 1936.

Atsuko Nagaï est Professeur à l'université Sophia, Tokyo. Doctorat ès lettres à l'université d'Angers. Études sur le surréalisme, Gracq, Malraux, Sartre et al.. Traductrice en japonais de trois livres de Julien Gracq.
Publications
Claude Cahun (en japonais), Suiseisha, 2011.
"Désarmement de Gracq (1940-1950)", Julien Gracq et la guerre, Classiques Garnier, 2021.

Junko NAGANO : L'univers carnavalesque chez Claude Cahun par le prisme du masque et de la marionnette
Dans le mouvement théâtral d'avant-garde du début du XXe siècle, on opposait le monde du masque et de la marionnette au monde du réalisme ou du naturalisme des théâtres populaires. Cette nouvelle forme théâtrale a été en partie influencée par A. Jarry (Ubu Roi, 1896) ou par G. Craig (sa théorie sur la "surmarionnette" et sa revue The Mask, 1908-29). Au printemps 1929, Claude Cahun a joué au théâtre du "Plateau" dirigé par P. Albert-Birot. Les techniques spécifiques de cette forme théâtrale étaient les jeux stylisés de scène et le maquillage blanc. En plus de cette brève aventure, Cahun elle-même a mis des masques ou a pris des poses de poupée dans plusieurs autoportraits et photomontages. Son œuvre protéiforme et ses textes littéraires pourraient être considérés comme "le carnaval perpétuel" qui était un rêve d'enfance.

Junko Nagano est Professeur à l'université des arts d'Osaka. Études de l’esthétique et de l'art, principalement le sublime et la métaphore du genre, l'opéra et son genre, performance artistique, etc.
Publications
La flûte enchantée : L'énigme de la reine de la nuit, Arina-shobō, 2007.
Traduction en japonais, Carolyn Korsmeyer, Gender and Aesthetics : An Introduction, Sangensha, 2009.
"Autoportrait et théâtralité : Relations de Claude Cahun avec l'avant-garde théâtral", Bulletin de la Faculté des lettres, Université de Kobe, 2014.

Hervé SANSON : Claude Cahun au miroir du Mercure de France : influences, (ré)investissements et persistances
L'on sait que Claude Cahun publia sa première œuvre littéraire, Vues et visions, dans le Mercure de France du 16 mai 1914 sous le pseudonyme de Claude Courlis. Elle y publiera également plusieurs articles, tels "La Salomé d'Oscar Wilde" ou "Le procès Billing et les 47 000 pervertis du Livre noir" dans le numéro du 1er juillet 1918. Elle y publiera par la suite sa "Chanson sauvage" dans le numéro du 15 mars 1921, un certain nombre des contes formant l'ensemble Héroïnes dans celui du 1er février 1925, puis ses "Éphémérides" dans celui du 1er janvier 1927. Il est indéniable que la "famille intellectuelle" qui publia dans les colonnes de la prestigieuse revue exerça sur Claude Cahun une influence considérable. Ainsi, Rémy de Gourmont, Henri de Régnier, poète proche du symbolisme, ou plus encore, Jules de Gautier qui y tint durant de nombreuses années la chronique philosophique, furent des modèles pour l'écrivaine en herbe. Le bovarysme, doctrine philosophique défendue par ce dernier, entendu comme une tendance de l'esprit humain à rechercher une échappatoire à la réalité en créant une image embellie de soi-même, falsification seule apte à l'acceptation de son destin, inspirera l'auteure d'Aveux non avenus ou la photographe de l'entre-deux-guerres. Cette communication tâchera de retracer les diverses influences subies par la créatrice, et de dégager les enjeux de ces années de formation : l'héritage du Mercure de France a-t-il perduré au-delà des années de jeunesse, et joué un rôle essentiel dans l'œuvre ultérieure ?

Hervé Sanson, docteur ès lettres, spécialiste des littératures francophones du Maghreb, est chercheur associé à l'ITEM (CNRS). Auteur d'entretiens avec Habib Tengour, intitulés La Trace et l'écho. Une écriture en chemin (Le Tell, Algérie, 2012), il a collaboré à l'édition critique et génétique des Portraits d'Albert Memmi, publiée chez CNRS éditions en 2015, sous la direction du professeur Guy Dugas. Il a publié en 2017, en collaboration avec Albert Memmi, Penser à vif. De la colonisation à la laïcité, aux éditions Non-Lieu. Éditeur scientifique d'un inédit de Mohammed Dib, Le Vœu de la septième lune, paru chez El Kalima (Alger) en décembre 2019, il a coordonné en outre un numéro de la revue Europe sur Mohammed Dib, paru l'été 2020, et collaboré à l'édition scientifique du dernier manuscrit, inachevé, d'Assia Djebar, à paraître aux Presses de la Sorbonne nouvelle au printemps 2021. Enfin, il coordonne sur le plan scientifique l'édition critique et génétique des nouvelles de Mohammed Dib, à paraître chez CNRS éditions en 2023.

Monique SEBBAG : Entre Colette et Simone Weil, Claude Cahun. Trois femmes sans pitié
Trois figures de femme hors normes, phénoménales, aussi distantes l'une de l'autre que les sommets d'un triangle équilatéral. Trois générations, Colette née en 1873, Simone Weil en 1909, Claude Cahun en 1894, à sa place préférée, l'entre-deux. Tout semble les opposer : la première selon la chronologie, Colette, valorise la vie, la grande santé, la solidité charnelle, matérielle, elle est le oui absolu au monde sensible, tandis que la troisième, Simone Weil, veut avant tout réussir sa mort, et n'a que "dégoûtation" pour l'impureté du corps et même de l'âme ; entre les deux, Claude questionne, doute, balance. Comparée à ces volontés entières et têtues, elle est humaine dans sa fragilité, ses incertitudes, son déchirement. Alors que Colette se veut bête parmi les bêtes et Simone ange parmi les anges, Claude se débat entre son âme et son corps, bascule d'Éros à Thanatos, des jeux de l'immanence aux appels de la transcendance. L'une personnifie l'amour de soi, l'autre la haine de soi, notre Claude incarnant à coup sûr l'interrogation sur soi. Colette culmine en gloire nationale, Simone a l'aura d'une sainte, Claude est l'héroïne de mieux en mieux connue. La confrontation de Claude Cahun avec les deux autres figures d'exception pourrait contribuer à la comprendre. Toutes les trois se sont échappées des cloisons du genre ; leur moi idéal est ailleurs, par-delà le féminin et le masculin. Cette libération passe par une extrême sévérité, un combat contre soi ; contre l'inertie, la paresse, et contre la pitié, cet instinct maternel désarmant. Aveux non avenus : "Je suis femme. La pitié me met en goût de consoler. Mais comme après tout je suis un homme, et prompt à mordre, méfie-toi, cela ne va pas sans quelque brutalité". Sans pitié et avec quelque brutalité elles imposent leurs choix à leur entourage, il s'agit de se sauver et même Simone Weil a sa part de cruauté. Vue de cette place d'entre ces deux, entre l'éclatante vitalité de l'écrivaine de plus en plus célèbre et l'ascétisme de la vierge vouée de plus en plus au crucifié, Claude incarnerait non seulement la recherche d'un équilibre, mais encore la résistance à la vague montante du nihilisme annoncé par Nietzsche, qui mène à la féminisation compassionnelle d'aujourd'hui.

Monique SEBBAG : Le malaise ontologique de Claude Cahun
Cahun, l'héroïne inconnue est de plus en plus reconnue. Ses mises en scène, ses masques, ses moi multiples et son couple lesbien font sa célébrité. Cependant, comme le propre du masque est de dissimuler, il faut parier que l'essentiel de Claude Cahun est le secret qui la hante : on peut lire Aveux non avenus comme un aveu déguisé du conflit intime qui la tourmente. Son dilettantisme, son bovarysme, son goût de la provocation, l'excès de son jeu narcissique cachent une fragilité, un besoin d'unité, de pureté, d'authenticité. Lorsqu'elle dit manquer de confiance en soi, c'est pour ne pas avouer un malaise plus profond, qui n'est pas d'ordre psychologique mais ontologique. Comment aurait-elle confiance en soi, elle qui doute d'être quelque chose comme un "je", comme un "soi" ? Elle ne souffre pas de n'être ni femme ni homme, ni homo ni hétéro ; elle a tranché, elle se sent bien dans l'entre-deux, dans le neutre. Mais elle ne se sent pas toujours à l'aise dans le paraître et l'éparpillement ; il lui arrive de vouloir fuir le public, pour tenter de se trouver. Son secret est qu'elle aspire à l'Être et à l'Un. Salomé la sceptique est malade de son scepticisme, Cahun voudrait savoir Qui elle est et qu'elle Est. En relisant les écrits d'après-guerre, on découvre une Claude Cahun guérie du scepticisme. Il y a des faits véridiques qu'elle veut faire connaître. Elle est affirmative, elle déclare son credo, et la question se pose : qu'est-ce qui l'a métamorphosée en un moi aussi sûr de soi ? Qu'est-ce qui a fait tomber le masque du "soldat sans nom" et lui a garanti qu'elle était en plein dans la réalité ? En somme, je propose d'accompagner Claude Cahun dans son manque et dans sa rencontre de la vérité.

Monique Sebbag est professeur agrégée de philosophie et critique d'art. Elle a collaboré avec la galerie Thessa Herold notamment pour l'importante anthologie Auteurs. Elle a contribué en 2017 au catalogue de l'exposition Somos plenamente libres, sur dix-huit femmes artistes surréalistes dont Claude Cahun, au musée Picasso de Malaga et en 2021 à celui de l'exposition Quoniam au musée des Beaux-Arts de Trouville. Elle a publié Procès surréalistes chez Jean-Michel Place et, avec Georges Sebbag, Galerie Mouradian, 41 rue de Seine. Elle donne des conférences de philosophie et d'histoire de l'art.

Cristiana SORRENTINO : Repartir de la matérialité de l'archive. Nouvelles perspectives d'analyse de l'œuvre photographique de Claude Cahun
Cette intervention, qui s'appuie sur les résultats d'une recherche menée au Jersey Archive (St. Helier, Jersey), où est abritée la plus importante collection de Claude Cahun, se fonde sur la nécessité de lire l'œuvre photographique de Cahun à partir de la matérialité de l'archive, en proposant une lecture inédite par rapport aux perspectives d'analyse plus spécifiquement théoriques de l'œuvre de l'artiste, prédominantes dans le contexte historiographique contemporain. À cet égard, nous tenterons d'analyser quelques aspects importants qui émergent de cette étude, en problématisant une série de questions, y compris théoriques, qui ont jusqu'à présent caractérisé le débat historiographique. Que signifie, dans l'étude de l'œuvre photographique de Claude Cahun, repartir de l'archive ? Que peut encore nous dire ce type de recherche ? Et qu'est-ce qui peut confirmer ou infirmer ce qui est important que nous savons déjà ?

Cristiana Sorrentino est historienne de la photographie et doctorante à l'université de Florence. Elle a consacré son mémoire de maîtrise à l'œuvre photographique de Claude Cahun, publiant les premiers résultats de la recherche (Ripensando all'opera fotografica di Claude Cahun a partire da fonti e contesti) en 2017 dans la revue RSF. Rivista di studi di fotografia.

Masao SUZUKI : Les tableaux vivants renversés : le regard dans les autoportraits de Claude Cahun
Nous allons essayer de situer les photographies de Claude Cahun par rapport à ce que Michel Poivert appelle "les images auxquelles on ne croit pas", autrement dit les photographies mises en scène, dont l'exemple typique est le tableau vivant. Mais la théâtralité de Cahun est paradoxale. À la différence des tableaux vivants, ses autoportraits, qui n'imitent rien de précis, n'indiquent jamais clairement ce qu'ils mettent en scène. En outre le sujet photographié — Cahun elle-même — défie assez souvent le spectateur de son regard provocateur, tandis que les personnages d'un tableau vivant se plongent (ou font semblant de se plonger) dans le rôle qui leur est attribué. En nous appuyant sur cette théâtralité particulière, nous voudrions montrer que l'acte photographique de Cahun se situe au carrefour des pratiques populaires (et vernaculaires) et de l'avant-gardisme.

Masao Suzuki est Professeur à l'université Waseda (Tokyo). Il a soutenu sa thèse de doctorat consacrée à la question du hasard objectif dans l'œuvre d'André Breton à l'université Paris VII. Il a publié des articles sur le surréalisme dans plusieurs revues (en France notamment dans Pleine Marge).
Ouvrages publiés au Japon
Le Surréalisme, une pluralité convulsive (2007).
Gherasim Luca, stratégie de Non-Œdipe (2009).
Gisèle Prassinos, paradoxes d'une femme-enfant (2018).

Tirza TRUE LATIMER : L'Autre Féminité
Une photographie prise par Suzanne Malherbe vers 1915 montre la jeune Lucy Schwob assise à sa table d'écriture, un appareil photo sur le côté et, en face d'elle, un volume relié en cuir intitulé L'Image de la femme. L'ouvrage illustrée, réalisée en 1899 par Armand Dayot, répertorie les images de la beauté féminine, de la statuaire classique aux portraits de grandes dames jusqu'à l'époque de l'enfance de Lucy et Suzanne. Les accessoires de cette photographie — le livre Image de la Femme et l'appareil photo avec lequel les deux complices vont produire d'innumérables images alternatives — plantent le décor d'une longue carrière de résistance aux orthodoxies de toutes sortes, y compris de la "féminité". Peu après cette mise en scène, le couple fait ses premiers pas délibérés vers l'incarnation de quelque chose d'autre, cherchant d'autres modèles de sociabilité, de créativité, d'affiliation "familiale", de résistance, et d'amour propres aux femmes. En produisant à deux des ouvrages tels que Vues et visions (1919) et Aveux non avenus (1931), elles ont introduit une nouvelle logique générative — le "singulier pluriel" — bien adaptée à leur besoin "d'exister autrement". Cette conjonction impropre, singulier pluriel, décrit le dynamique entre les deux artistes, demi-sœurs "incestueuses", qui cultivent chacune des pratiques distinctes, développées dans leurs échanges l'une avec l'autre. Le dialogue entre le moi et "l'autre moi" est toujours un point de départ et un point de retour. Le singulier pluriel, en même temps, permet l'ouverture au-delà de chacune et au-delà du couple Schwob/Cahun Malherbe/Moore. Il relie les deux artistes aux fraternités et sororités singulières qui mettent en scène d'autres modes de pensée, de création, et de vie. Ici, je mets l'accent sur les sororités — en particulier, l'entourage de l'héritière Américaine, écrivaine symboliste, promoteur bouddhiste, Grace Constant-Lounsbery. Lounsbery, de presque vingt ans leur ainée, a pris sous son aile Claude Cahun et Marcel Moore dès leur arrivée à Paris au début des années vingt. Avec ses proches collaboratrices lesbiennes, actives dans les pratiques ésotériques et spectacles "exotiques", elle introduisit les deux rebelles de Nantes à tout un réseau de soutien. À leur tour, Cahun et Moore — avec leurs expériences photographiques, littéraires, et théâtrales — vont donner un élan aux ambitions de Lounsbery et son milieu féminin radical.

Tirza True Latimer est Professeur émérite en histoire de l'art, California College of the Arts, San Francisco.


BIBLIOGRAPHIE :

• ALIAGA Juan Vicente & LEPERLIER François, Claude Cahun, Jeu de Paume, 2011.
• CAHUN Claude : Écrits, édition présentée et établie par François Leperlier, Jean-Michel Place, 2002.
Claude Cahun et ses doubles, Exposition Nantes, Médiathèque Jacques Demy, Éditions MeMo, 2015.
• LEPERLER François, Claude Cahun : l'écart et la métamorphose, Jean-Michel Place, 1992.
• LEPERLIER François, Claude Cahun : l'exotisme intérieur, Fayard, 2006.
• "Pierre Albert Birot. Claude Cahun", Europe, n°1056, avril 2017.

Pour élargir les recherches

• BÉHAR Henri & PY Françoise (dir.), L'or du temps — André Breton 50 ans après, Colloque de Cerisy (2016), L'Âge d'Homme, 2017.
• SEBBAG Georges, Memorabilia : constellations inaperçues : Dada & surréalisme, 1916-1970, Le Cercle d'Art, 2010.

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


FRANCISCO VARELA, UNE PENSÉE ACTUELLE

AUTOPOÏÈSE, ÉNACTION, PHÉNOMÉNOLOGIE


DU SAMEDI 13 AOÛT (19 H) AU VENDREDI 19 AOÛT (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Natalie DEPRAZ, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Michel BITBOL, Amy COHEN-VARELA, Natalie DEPRAZ, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, Claire PETITMENGIN, Jean PETITOT


ARGUMENT :

Francisco Varela a contribué de manière significative au développement du champ des sciences cognitives en proposant, dès les années 70, avec son professeur Humberto Maturana, la formulation de sa théorie du vivant, l'autopoïèse, dont la résonance a été déterminante, au-delà même du champ de la biologie, dans les domaines artistiques et éducatifs. Dans les années 80-90, du sein des théories de l'émergence, il a construit une nouvelle théorie : l'énaction. Au contact de la phénoménologie, il a forgé une approche novatrice de la conscience à partir de la dynamique neuronale tout en lui étant irréductible : la neurophénoménologie. Parallèlement, il fondait le Mind and Life Institute, lieu de dialogue avec le Dalaï Lama et de réflexion sur les liens possibles entre sciences et pratiques contemplatives, notamment la méditation.

20 ans après sa disparition, il est essentiel de revisiter sa pensée et de mesurer son influence dans les nombreux champs et disciplines actuels qui font fructifier sa pensée. Il a été présent à Cerisy, notamment lors de la rencontre de 1981 "L'auto-organisation : de la physique au politique" (Seuil, 1983), qui ouvrit un programme de recherche auquel il contribua et puisa nombre de ses inspirations.

Ce colloque propose un dialogue entre sciences naturelles et sciences humaines, art et science, science et philosophie. Il sera aussi l'occasion, grâce à diverses performances artistiques, de réfléchir à une mise en pratique de l'interdisciplinarité. Ouvert à toutes celles et ceux que la pensée de Francisco Varela intéresse, il s'agit d'en étudier la force et le rayonnement international en donnant la parole à ses proches, à des collaboratrices et collaborateurs scientifiques et philosophes, ainsi qu'à des "méditants" bouddhistes. Enfin, seront diffusées des vidéos témoignant des contextes de vie dans lesquels son travail s'est déployé et a mûri, au gré de ses multiples interactions.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2021, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2021 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Art et science, Autopoièse, Bouddhisme, Conscience, Création artistique, Émergence, Énaction, Épistémologie, Interdisciplinarité, Méditation, Neurophénoménologie, Philosophie, Phénoménologie, Pratiques contemplatives, Sciences cognitives, Sciences humaines, Sciences de l'éducation, Varela (Francisco)


CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 13 Août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants, ainsi que du Foyer de création et d'échanges


Dimanche 14 août
Matin
Amy COHEN-VARELA : Ouverture

UNE VISION ÉLARGIE DE LA SCIENCE
Jean-Pierre DUPUY : Francisco Varela, penseur de l'autonomie [visioconférence]
Valérie BONNARDEL : Couleur, expérience humaine et cyborgisme

Après-midi
Shaun GALLAGHER : Reenacting ethics : Joining Varela's adventure
Urban KORDEŠ : Horizons of Becoming Aware

Soirée
Autour du film Monte Grande : What Is Life ? de Franz Reichle
Claudia VÁSQUEZ GÓMEZ : Un projet artistique à Monte Grande


Lundi 15 août
Matin
MÉDITATION EN ACTION ET NATURE DE L'ESPRIT
Matthieu RICARD : Empathie et Compassion [vidéo]
Alan WALLACE : Toward a Renaissance in Contemplative Inquiry within the World's Religions [vidéo]
Amy COHEN-VARELA : Francisco Varela et la conversation transformatrice [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]

Après-midi
Alexis LAVIS : Francisco Varela, interprète du dharma [visioconférence]

ÉNACTION ET ART
Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Approcher l'émergence, l'autopoïèse et l'énaction d'un point de vue phénoménologique dans la création artistique et en pédagogie


Mardi 16 août
LA PENSÉE DE FRANCISCO VARELA, SOURCE D'INSPIRATIONS ARTISTIQUES ET ÉDUCATIVES
Matin
Célio PAILLARD : L'émergence entre : l'accumulation comme stratégie de création
Michèle DUZERT : Le FOYER. Le moment présent comme foyer de sens [visioconférence]

Après-midi
DÉTENTE


Mercredi 17 août
UNE SIGNATURE VARÉLIENNE : L'ÉNACTION
Matin
Pierre LIVET : Varela, son influence et son évolution…
John PROTEVI : Questions politiques dans la pensée de Francisco Varela

Après-midi
Hervé BRETON : L'énaction : perspective expérientielle et située
Charles LENAY : Énaction et interaction : la question du possible
Olivier GAPENNE : Que peut l'énaction pour la raison ?

Soirée
Autour de la création, discussion animée par Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, avec Célio PAILLARD et Claudia VÁSQUEZ GÓMEZ


Jeudi 18 août
LA PHÉNOMÉNOLOGIE À SES LIMITES
Matin
Jean PETITOT : Que signifie naturaliser la phénoménologie ? [vidéo + visioconférence]
Tom FROESE : Enaction as an irruption of consciousness

Après-midi
Michel BITBOL : La dialectique du corps et de la conscience : une traduction métaphysique de la neurophénoménologie [visioconférence]
Natalie DEPRAZ : La cardiophénoménologie. Ou comment raffiner la neurophénoménologie ?
Antoine LUTZ : Impact de la prise de conscience sur la perception et la douleur : exploration neurophénoménologique et computationnelle

Soirée
Présentation des œuvres artistiques créées pendant le colloque


Vendredi 19 août
Matin
Rapport d'étonnement et bilan

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Approcher l'émergence, l'autopoïèse et l'énaction d'un point de vue phénoménologique dans la création artistique et en pédagogie
Les concepts d'émergence, d'autopoïèse et d'énaction ont fait leur chemin, et inspiré nombre de travaux dans différentes disciplines scientifiques, notamment en sciences cognitives, en phénoménologie, en sciences de l'éducation. Je m'intéresse pour ma part à la création artistique et à la pédagogie, et je présenterai quelques idées sur la façon dont ces concepts peuvent s'appliquer dans ces cadres.

Ivan Magrin-Chagnolleau est chercheur au CNRS, au sein du laboratoire PRISM à Marseille. Il se consacre à la recherche et à l'enseignement universitaires, en particulier en art et en philosophie. Il s'intéresse particulièrement au processus créatif et à sa phénoménologie, au lien entre art et spiritualité, et à l'importance de réhabiliter l'amour comme une valeur essentielle. Il se consacre également à la création artistique, notamment pour le cinéma, le théâtre, la photographie, la musique et l'écriture.
Publications
"Hasard et Création", in Le hasard, le calcul et la vie, Thierry Gaudin, Marie-Christine Maurel & Jean-Charles Pomerol (dir.), Colloque de Cerisy (2019), ISTE Éditions, Collection "Systèmes d'information, web et société", pp. 161-175, 2021.
"L'énaction dans la création artistique : théâtre, cinéma et performance", in Action, Énaction, Xavier Lambert (éd.), L'Harmattan, Collection "Ouverture Philosophique", pp. 213-224, 2017.


Michel BITBOL : La dialectique du corps et de la conscience : une traduction métaphysique de la neurophénoménologie
L'une des tâches que Francisco Varela a assigné à la neurophénoménologie est de dissoudre, et de ne surtout pas essayer de résoudre, le "problème difficile" de l'origine physique de la conscience. Car, selon lui, c'est la formulation même de ce problème qui nous égare. C'est l'énoncé standard (physicaliste) du "problème difficile" qui suffit à en faire un faux mystère. Mais une telle dissolution du "problème difficile" de la conscience est très exigeante pour les chercheurs. Elle les invite à quitter leur position d'observateurs détachés ou de penseurs neutres, et à s'auto-transformer jusqu'à reconnaître qu'ils ne sont pas distincts du thème de leur quête. Elle ne laisse aucune place au "problème difficile" dans le champ du discours, et le transplante entièrement sur le plan des pratiques et des attitudes. Il en résulte que la dissolution neurophénoménologique du "problème difficile" de la conscience s'est exposée à être ignorée ou tenue pour une simple esquive par les philosophes analytiques de l'esprit. Comment surmonter cet obstacle ? Comment restituer toute sa force argumentative à la neurophénoménologie ? Je propose pour cela de lui adjoindre une traduction métaphysique qui la rende suffisamment homogène aux termes du débat sur la conscience en philosophie de l'esprit. Bien sûr, je n'ignore pas ce qu'il y a de paradoxal à vouloir réintégrer l'espace de la métaphysique, pour mieux faire comprendre une position aussi délibérément anti-métaphysique que la dissolution neurophénoménologique du problème de la conscience. J'esquisserai alors deux stratégies pour surmonter ce paradoxe. La première stratégie est d'explorer les potentialités de la traduction en général, et de l'appliquer à la traduction métaphysique proposée ici. Comme l'écrit Barbara Cassin, la traduction n'est pas (ou ne devrait pas être) une transposition de concepts fixes d'une langue à une autre ; la traduction est (ou devrait être) une manière de faire communiquer deux mondes "en inquiétant l'un par l'autre". Ici, je n'essaierai donc pas de transposer les mots de la neurophénoménologie dans le vocabulaire de la spéculation métaphysique, mais d'inquiéter la métaphysique en lui demandant de trouver en elle la ressource d'exprimer ses antipodes. La deuxième stratégie consiste à conserver le bénéfice d'un passage du discours à la manière d'être, typique de la neurophénoménologie, dans cette tentative de réinscrire une manière d'être dans le discours. Pour cela, une conception dynamique et participative de la relation entre le corps et la conscience est formulée. Elle s'appuie sur le concept Varélien de "dialectique cybernétique", et correspond étroitement à l'"intra-ontologie" du dernier Merleau-Ponty : une réflexion sur ce que c'est que d'être, loin des disciplines de la contemplation des étants. En fin de parcours, j'essaierai de montrer que cette métaphysique du corps et de la conscience ne s'inscrit nullement en faux contre la décision neurophénoménologique de suspendre toute théorisation du "problème difficile" de la conscience. Au contraire, elle a la capacité de conforter la neurophénoménologie dans sa décision d'inscrire la recherche en sciences cognitives dans une dynamique de vie vécue qui conditionne la dissipation du problème de la conscience à la transformation de l'être conscient.

Michel Bitbol est chercheur en philosophie de la physique, en philosophie de la connaissance, et en philosophie de l'esprit. Il est Directeur de recherche émérite CNRS aux Archives Husserl, ENS, Paris. Ayant fait ses études dans plusieurs universités à Paris, il a reçu successivement un doctorat en médecine en 1980, un doctorat d'État en physique en 1985, et une Habilitation à diriger des recherches en philosophie, en 1997. Il a poursuivi des recherches scientifiques de 1978 à 1990, puis, à partir de 1990, il s'est tourné vers la philosophie de la physique. Il a d'abord traduit et commenté des textes d'Erwin Schrödinger. Il a ensuite publié plusieurs livres sur une lecture néo-kantienne de la mécanique quantique, ainsi que sur une philosophie des sciences relationnelle. En 1997, l'Académie des Sciences Morales et Politiques lui a remis son prix Grammaticakis-Neumann de philosophie des sciences. Par la suite, il a concentré sa quête sur la philosophie de l'esprit, et sur ses éventuelles connexions avec la physique quantique. Il a travaillé en collaboration étroite avec Francisco Varela dans le sillage de ce travail. Puis il a approfondi cette direction de recherche, en développant une conception de la conscience inspirée par la phénoménologie et par une épistémologie de la connaissance en première personne. Plus récemment, s'appuyant sur sa double approche de la philosophie des sciences et de la philosophie de l'esprit, il s'est engagé dans le débat contemporain sur les nouvelles propositions métaphysiques développées sous la bannière du "réalisme spéculatif".
Publications
Mécanique quantique, une introduction philosophique, Flammarion, 1996.
Schrödinger's philosophy of quantum mechanics, Kluwer, 1996.
L'aveuglante proximité du réel, Champs-Flammarion, 1998.
Physique et philosophie de l'esprit, Champs-Flammarion, 2000.
De l'intérieur du monde, Flammarion, 2010.
La conscience a-t-elle une origine ?, Flammarion, 2014.
La pratique des possibles, une lecture pragmatiste et modale de la mécanique quantique, Hermann, 2015.
Maintenant la finitude, peut-on penser l'absolu ?, Flammarion, 2019.

Valérie BONNARDEL : Couleur, expérience humaine et cyborgisme
"L'abeille imagine la fleur et la fleur imagine l'abeille", Francis Huxley(1)
Dans leur ouvrage L'inscription corporelle de l'esprit. Science cognitive et expérience humaine(2) publié en 1993, Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch proposent une nouvelle conception de la cognition qualifiée d'énactive. L'énaction propose une théorie de la cognition basée sur le principe selon lequel les organismes vivants sont des systèmes autonomes, doués d'auto-organisation et générateurs de signification qui donne lieu à l'origine co-déterminée de la cognition et de l'environnement dans lequel l'organisme est situé(3). Pour notre propos, la position de l'énaction s'inscrit dans un contexte non-dualiste et tente de réconcilier les oppositions traditionnelles (sujet-objet, corps-esprit, soi-autres, etc.) et, ce faisant, offre une voie intermédiaire entre l'opposition "objectivisme computationnel" et le "subjectivisme neurophysiologique". Les principes et l'intérêt de l'approche enactive seront illustrés dans le domaine de la vision colorée qui possède une signification immédiate dans l'expérience humaine en termes de perception, cognition et d'ésthétisme.
(1) cité par Francisco Varela dans Monte Grande 2014 Monte Grande : "What is life", Dir. Franz Reichle (2004).
(2) L'inscription corporelle de l'esprit. Science cognitive et expérience humaine est publiée en 1993 aux éditions du Seuil, "La couleur des idées". Il s'agit d'une traduction de The embodied mind. Cognitive Science and Human experience, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, publié en 1991. Une seconde édition révisée est publiée en 2016. Varela F. J., Thompson E. & Rosch E. (2016), The Embodied Mind Cognitive Science and Human Experience. Revised Edition, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts.
(3) Pour une discussion détaillée du concept d'énaction, et plus généralement de la pensée varelienne, on se référera au numéro spécial de la revue Constructivist Foundations, Volume 13 (1), "Missing the woods for the trees : neglected aspects of Francisco Varela's work".

Après avoir réalisé son travail doctoral sous la direction de Franciso Varela à l'Institut des Neurosciences (Université Pierre et Marie Curie), Valérie Bonnardel a poursuivi des recherches au laboratoire de Psychologie Expérimentale à l'université de Cambridge (Royaume-Uni). Son travail de recherche concernait les aspects psychophysiques de la vision colorée chez l'homme. À l'exception d'une année passée en Inde pour mener une étude sur les aspects cognitifs et culturels de la couleur, l'ensemble de sa carrière d'enseignante s'est effectuée au Royaume-Uni. Depuis ces dernières années, elle enseigne dans le département de Psychologie à l'université de Winchester où il lui a été possible de développer un cours destiné aux étudiants de troisième année, intitulé "Embodied Cognition and Contemplative Practice Studies".
https://www.researchgate.net/profile/Valerie-Bonnardel

Amy COHEN-VARELA : Francisco Varela et la conversation transformatrice
L'Institut Mind and Life et son organisation sœur, Mind and Life Europe, sont le fruit du dialogue entre le neuroscientifique Francisco Varela et Tenzin Gyatso, le quatorzième Dalaï-lama. Les dialogues organisés par Mind and Life — plus de 40 depuis 1987 — sont orientés sur l'axe entre la pensée scientifique occidentale et la philosophie et la psychologie bouddhistes. Cette conférence examine les motivations de Francisco Varela pour fonder Mind and Life ; celles-ci coïncident avec une des idées fondamentales de sa pensée : celle de faire dialoguer plusieurs domaines — la science occidentale, la phénoménologie et le bouddhisme — afin d'élargir le champ d'une compréhension plus ample de l'esprit et de la conscience. Mais pour réussir cet élargissement, il faut un type de dialogue très spécifique en relation avec l'approche énactive de la cognition et du sens.

Amy Cohen Varela, impliquée dans Mind & Life depuis sa création, est présidente du conseil d'administration de Mind & Life Europe. Également psychologue clinicienne, Amy a étudié la littérature comparée dans les universités Brown et Columbia aux États-Unis avant de s'installer à Paris au début des années 1980, où elle a obtenu un DESS de psychologie clinique à l'université de Paris 7 avec une spécialité en théorie et pratique psychodynamiques. Elle a en parallèle suivi une formation à la psychanalyse.

Michèle DUZERT
Michèle Duzert a été au cours de sa carrière, professeure invitée à l'École Supérieure de Commerce de Rennes (France) et professeure au Centre National d'Enseignement à Distance (France). Elle a axé ses développements pédagogiques autour de la dynamique créative de l'expérience vécue. Initiant ses étudiants, au travers de "salons collaboratifs", à l'Art de Connaître pour développer chez eux une autonomie issue d'une confrontation à l'inconnu, à l'autre, à soi-même, et leur permettre de devenir des "managers pionniers". Réalisatrice, productrice et auteure d'un film sélectionné en 1993 au Festival International du Film Scientifique de Palaiseau et du Film de la Communication du Management de Biarritz "Le cercle créatif dans l'entreprise", elle s'est inspirée de ses multiples rencontres et collaborations avec Francisco Varela, pour publier en 2016 un livre sur l'autonomie intitulé "Vivre ensemble son autonomie" aux éditions L'Harmattan. Cheminant inlassablement sur le chemin de l'apprenance, Michèle Duzert travaille aujourd'hui à la rédaction de nouveaux écrits.

Tom FROESE : Enaction as an irruption of consciousness
The human lifeworld is built upon the supposition that our subjective experience, as such, enables us to guide our actions. This existential starting point appears to be in tension with experimental science, which does not discover anything but material processes inside our embodiment. The tension can be dissolved by accepting that measurements cannot provide a complete description of human nature : they can only ever measure another conscious subject in terms of their material body. Recognizing this fundamental methodological limitation opens the possibility of operationalizing subjectivity indirectly in terms of this incompleteness of embodiment and the associated uncertainty of its measurement. In particular, the concept of "irruption" is introduced to refer to how subjective involvement in bodily processes corresponds to an increase in their indeterminacy, as measured by entropy. The concept of irruption thereby provides a fresh perspective on Varela’s (1991) intriguing notion of a "hinge" : "the hinge that articulates enaction consists of fast non-cognitive dynamics wherein a number of alternative microworlds are activated. These hinges are the sources of both common sense and creativity in cognition". It is proposed that, on this basis, we can envision a reboot of neuro-phenomenology.

Dr. Tom Froese, Embodied Cognitive Science Unit ; Okinawa Institute of Science and Technology Graduate University ; 1919-1 Tancha, Onna-son, Okinawa 904-0495, Japan.
Publications
Froese Tom, and Shigeru Taguchi, 2019, "The Problem of Meaning in AI and Robotics: Still with Us after All These Years", Philosophies 4, n°2, 14 [https://doi.org/10.3390/philosophies4020014].
Froese Tom, 2018, "Book Review : Ecology of the Brain : The Phenomenology and Biology of the Embodied Mind", Front. Psychol, n°9, 2174 [https://doi.org/10.3389/fpsyg.2018.02174].

Shaun GALLAGHER : Reenacting ethics : Joining Varela's adventure
In his book Ethical Know-How : Action, Wisdom and Cognition, Varela addresses two problems : (1) how to explain habits as a form of negotiating an embodied, everyday living in the world ; and (2) how to understand ethical know-how (or ethical expertise) without relying on the concept of self. He describes this as an adventure : "Ethics is a new terrain for me, and what I have to say here must be taken in the sphere of adventure more than anything else". In contrast to overly rationalistic/cognitivist accounts that focus on judgment, he seeks an embodied/enactivist account — closer to the immediacy of everyday action and immediate, intuitive coping. In this adventure, he is influenced by phenomenology, pragmatism, Charles Taylor, Hubert Dreyfus, and the Confucian thinker Mencius. In his attempt to work out a concept of mindful expertise, Varela's analysis is framed very much in terms set by Dreyfus in his analysis of skilled coping and expertise. The worry is to defeat an overly cognitivist account with a richly embodied (sensory-motor) one. Surprisingly, neither Dreyfus nor Varela consider the role of affect or emotion. Varela mentions it in passing only twice. If cognitivist ethics is one extreme to avoid, I suggest that emotivist ethics is another, but that one shouldn't avoid it by simply ignoring the issue ; one has to address the question of affect in this context. What role does affect play in an enactive account of the responses of a moral agent ? I argue that we can find clues in some of Varela's other work that will help us develop a concept of affective attunement that defines ethical know-how.

Shaun Gallagher est Moss Professor of Excellence in Philosophy, University of Memphis (USA), et Professorial Fellow at the University of Wollongong (AU). Son travail se situe à l'intersection de la tradition phénoménologie et des sciences cognitives.
Publications
How the Body Shapes the Mind, Oxford, 2005.
Enactivist Interventions, Oxford, 2017.
Action and Interaction, 2020.

Olivier GAPENNE : Que peut l'énaction pour la raison ?
La raison et ses déclinaisons opératoires que sont notamment le raisonnement, l'analyse, l'intuition, la résolution de problème ont été massivement appréhendés depuis une épistémologie formaliste et computationnelle. À l'exception de rares travaux comme ceux de Claire Petitmengin sur l'intuition, l'approche énactive de ces activités cognitives reste encore largement à construire en particulier sur le volet empirique, concret. Cette intervention tentera de donner des pistes pour avancer dans ce projet.

Olivier Gapenne a obtenu un doctorat en psychologie cognitive en 1994. Depuis 1997, il est enseignant-chercheur (professeur des universités depuis 2010) en sciences cognitives à l'université de technologie de Compiègne (UTC). Il a dirigé le groupe Cognitive Research and Enaction Design pendant 7 ans jusqu'en 2012 au sein du laboratoire Costech. Le thème central de sa recherche était l'étude expérimentale et la modélisation de l'activité perceptive émergente via l'usage des technologies dites de substitution sensorielle. De 2006 à 2009, il a co-organisé avec John Stewart une université d'été CNRS sur le thème "constructivisme et énaction: un nouveau paradigme pour les sciences cognitives" qui a donné lieu à la publication de l'ouvrage Enaction aux MIT Press en 2010. Il a été directeur de l'école doctorale de l'UTC entre 2012 et 2017 puis directeur adjoint de l'université jusqu'en décembre 2020. Depuis 2019, il dirige une nouvelle équipe dédiée à la conception des futurs environnements d'analyse et de production du renseignement (intelligence design).

Urban KORDEŠ : Horizons of Becoming Aware
In their seminal work On Becoming Aware, Depraz, Varela, and Vermersch pave the way for empirical phenomenology, that is, the intersubjective and data-based study of subjective experience. The authors identify and describe the gesture of becoming aware as a concrete experiential process ; they outline the principle phases of the gesture and list concrete examples. This presentation will attempt to further analyse the characteristics of the gesture. It will be argued that — despite the common temporal structure — there is a plethora of ways in which one can turn toward one’s experience and that the specific characteristics of this gesture intrinsically determine the resulting impression. Thus, instead of experience-in-itself (i.e., experience as an independent object of observation), it is only possible to access experience as manifested through a specific horizon of reflection. It is argued that the horizon of reflection co-determines experiential phenomena that end up being observed and reported ; at the same time, it itself forms an element of experience and is therefore amenable to phenomenological investigation.

Charles LENAY : Énaction et interaction : la question du possible
Les difficultés à l'origine de la fracture apparue entre les approches varéliennes de l'énaction qui se développent actuellement autour de l'idée de sense-making et les approches de l'école de Maturana qui maintiennent une rigoureuse clôture organisationnelle de l'autopoïèse, peuvent se comprendre à partir de la question d'une naturalisation de l'expérience du possible. Je proposerai une piste pour résoudre cette question à partir d'une approche interactionniste prenant au sérieux l'altérité de la rencontre entre différentes clôtures organisationnelles. À l'appui de ces idées, je présenterai une étude expérimentale minimaliste des conditions de la constitution de l'expérience d'une séparation dans un champ de possibles.

Charles Lenay est professeur de sciences cognitives et philosophie, COSTECH (Connaissance, Organisation et systèmes Techniques) à l'université de technologie de Compiègne. Il consacre l'essentiel de ses recherches aux interactions entre organismes vivants et à la constitutivité biologique et technique de l'expérience humaine.

Pierre LIVET : Varela, son influence et son évolution…
Varela a associé ses innovations conceptuelles (et scientifiques) à des créations de termes utilisant des préfixes comme "auto-" ou "en-" (auto-organisation, autonomie, en-action, em-bodiement). Alors qu'"auto-" pourrait sembler lié à une clôture, "en-" est lié à une nécessaire prise en compte d'un milieu qui peut être accueillant, voire à l'effacement de la clôture du soi (voie du milieu). Que reste-t-il de cette trinité dans les reprises de l'en-action par l'extended mind ? Il semble qu'un tel couple soit nécessaire pour nous penser comme des êtres sociaux. Mais on rencontre alors non pas une clôture de ces interactions sociales, mais bien une limite, celle de nos capacités à en gérer la complexité — qui combine le préfixe "cum-", ce "avec quoi" nous vivons, et ce qui nous déborde.

Pierre Livet est Professeur émérite à l'université d'Aix-Marseille.
Publications
Processus sociaux et types d'interactions, avec B. Conein, Hermann Éditeurs, 2020.
"Emotions, Beliefs and Revision", in Emotion Review 8 (3), p. 240-249, 2016.
Les êtres sociaux, avec F. Nef, Hermann Éditeurs, 2009.
Émotions et rationalité morale, PUF, 2002.
La communauté virtuelle, Éditions de l'Éclat, 1994.
"La fascination de l'auto-organisation", L'auto-organisation. De la physique au politique, Paul Dumouchel, Jean-Pierre Dupuy (dir.), Colloque de Cerisy, Seuil, 1983.

Célio PAILLARD : L'émergence entre : l'accumulation comme stratégie de création
Basée sur ma démarche artistique, cette communication exposera une manière particulière de recourir à l'émergence pour produire des œuvres originales, à travers des stratégies d'accumulation. On verra d'abord comment la création par accumulation produit un monde plutôt qu'une histoire unique et est ainsi un moyen d'ouvrir le champ interprétatif. Cela questionnera à la fois le statut d'œuvre et celui de l'auteur : comment faire autorité lorsqu'on met en place des processus d'autopoïèse ? Il sera aussi beaucoup question de processus de perception, à la fois comme problématique de recherche plastique et comme mode d'accès à l'œuvre.

Célio Paillard est artiste, chercheur. ATER, il enseigne à l'université Aix-Marseille et fait partie du laboratoire LESA. Auteur en 2010 d'une thèse sur l'apparition de l'art numérique en France, il poursuit ses recherches sur ce sujet ainsi que sur les arts sonores et émergents. Son travail plastique multiforme met en œuvre texte et son dans des créations vidéo, sonores, des objets, installations et dispositifs narratifs et génératifs.
Sélection de publications
"Faire émerger l'œuvre", article publié dans Action/énaction : l'émergence de l'œuvre d'art, sous la direction de Xavier Lambert, Paris, L'Harmattan, 2017.
""L'art numérique" : théories manifestes et pratiques singulières", Revue Études Littéraires (Canada), Volume 44, numéro 3, automne 2014, p. 123-138.
"Imaginaires des arts numériques et imaginaires des œuvres", publié dans Poétique(s) du numérique 2, Éditions l'Entretemps, Lavérune (34), 2013.

Jean PETITOT : Que signifie naturaliser la phénoménologie ?
Au cours des années 1990, j'ai co-organisé avec Francisco Varela, Jean-Michel Roy et Bernard Pachoud un séminaire au long cours sur la naturalisation de la phénoménologie. Ces travaux ont débouché sur la publication en 1999 de l'ouvrage Naturalizing Phenomenology : Issues in contemporary phenomenology and cognitive science (Stanford University Press). Plusieurs façons de concevoir les relations entre la phénoménologie husserlienne comme eidétique descriptive et les neurosciences cognitives y sont développées. Je me propose de revenir sur ces réflexions.

Né en 1944 à Paris, directeur d'études retraité à l'EHESS, Jean Petitot est un spécialiste des modèles mathématiques en sciences cognitives. Il a appliqué les théories des singularités et des bifurcations constitutives des modèles morphodynamiques de René Thom à divers aspects du structuralisme, à la phénoménologie de la perception et aux neurosciences cognitives. Ces recherches l'ont conduit à un programme de naturalisation de la phénoménologie husserlienne. Il est également un philosophe des sciences et a été dans ce domaine l'un des réintroducteurs de la philosophie transcendantale en mathématiques et en physique modernes.
Publications
Petitot J., 1999 (ed. with F. Varela, J.-M. Roy & B. Pachoud), Naturalizing Phenomenology : Issues in Contemporary Phenomenology and Cognitive Science, Stanford, Stanford University Press.
Petitot J., 2002, "Eidétique morphologique de la perception", Naturaliser la phénoménologie, J. Petitot, F. Varela, J.-M. Roy, B. Pachoud (eds), CNRS Éditions, Paris, 427-484 [en ligne].
Petitot J., 2004, "Géométrie et Vision dans Ding und Raum de Husserl", Des lois de la pensée aux constructivismes, M.-J. Durand-Richard (ed.), Intellectica, 2004/2, 39, 139-167 [en ligne].
Petitot J., 2010, ""Le hiatus entre le logique et le morphologique". Prédication et perception", Semiosis and Catastrophes. René Thom's Semiotic Heritage, W. Wildgen, P.A. Brandt (eds), Peter Lang, Bern, 141-166 [en ligne].
Petitot J., 2014, "Landmarks for neurogeometry", Neuromathematics of Vision, G. Citti, A. Sarti (eds), Springer, Berlin, Heidelberg, 1-85 [en ligne].
Petitot J., 2017, Elements of Neurogeometry. Functional Architectures of Vision, Lecture Notes in Morphogenesis, Springer.
Colloques de Cerisy
(dir.) 1982, Logos et théorie des catastrophes (à partir du travail de René Thom).
(dir.) 1988, Rationalité et objectivités.
(dir.) 1990, Avec Fernando Gil et Heinz Wismann, 1790-1990 - Le destin de la philosophie transcendantale.
(dir.) 1996, Avec Paolo Fabbri, Umberto Eco : au nom du sens.
"Auto-organisation, criticité et temporalité", in Jean-Pierre Dupuy. Dans l'œil du cyclone, Carnets Nord, 2008..

John PROTEVI : Questions politiques dans la pensée de Francisco Varela
Dans cette présentation, je diviserai l'œuvre de Varela en trois périodes — l'autopoïèse, l'énaction, et l'incarnation radicale — dont chacune est marquée par un concept d'émergence et par une question politique. Varela refuse l'utilisation de l'autopoïèse comme modèle de l'émergence synchronique des systèmes sociaux parce que les systèmes deviennent obsédés par les frontières physiques, conduisant à une guerre civile, comme dans le cas de Chile en 1973. Concernant l'énaction, il s'agit de l'émergence diachronique, la production de nouvelles structures fonctionnelles de la cognition incarnée. La question politique est la distribution de l'entrainement pour l'acquisition de compétences. Ici, je commenterai les concepts évolutionnaires de la plasticité et de la construction de niches. Concernant l'incarnation radicale, il s'agit de l'émergence "transversale" d'une rencontre comme intégration momentanée des systèmes distribués de cerveau-corps-environnement. Une rencontre concrète se produit dans un contexte social à court terme entre des sujets corporels formés à long terme par des processus sociaux et développementaux. Avec le tournant vers l'affect, nous aborderons les questions politiques de la perception sociale concrète (ce qui a été nommé récemment "phénoménologie critique" : Beauvoir, Fanon et d'autres penseurs).

John Protevi est professeur au département d'études françaises à Louisiana State University à Baton Rouge. Il est diplômé de Loyola University of Chicago (1990), avec une thèse sous la direction de John Sallis.
Dernières publications
Political Affect, Minnesota, 2009.
Edges of the State, Minnesota, 2019.


BIBLIOGRAPHIE :

• F. Varela, Principles of Biological Autonomy, Elsevier/North-Holland, New York, 1979, 306 pp (en français : Autonomie et Connaissance : Essai sur le Vivant, Seuil, Paris, 1988).
• H. Maturana and F. Varela, Autopoiesis and Cognition : The realization of the living, Boston, 1980, 141 pp.
• F. Varela, "L'auto-organisation : de l'apparence au mécanisme", in L'auto-organisation. De la physique au politique, Colloque de Cerisy, Éditions du Seuil, 1983.
• H. Maturana and F. Varela, The Tree of Knowledge : A new look at the biological roots of human understanding, Shambhala/New Science Library, Boston, 1987 (en français : L'Arbre de la Connaissance, Addison-Wesley France, Paris, 1994).
• F. Varela, Connaître Les Sciences Cognitives, tendances et perspectives, Éditions du Seuil, Paris, 1988.
• F. Varela, E. Thompson and E. Rosch, The Embodied Mind : Cognitive science and human experience, MIT Press, Cambridge, 1991 (en français : L'Inscription Corporelle de l'Esprit, Seuil, Paris, 1993).
• F. Varela, Un Know-how per l'ettica, The Italian Lectures 3, Editrice La Terza, Roma, 1992 (en français : Quel savoir pour l'éthique ? Action, sagesse et cognition, Éditions La Découverte, Paris, 1996).
• F. Varela and J.-P. Dupuy (Eds.), Understanding Origin : Scientific Ideas on the Origin of Life, Mind, and Society (A Stanford University Interational Symposium), Boston Studies Phil. Sci., Kluwer Assoc., Dordrecht, 1992.
• J. Hayward and F. Varela (Eds.), Gentle Bridges : Dialogues between the Cognitive Sciences and the Buddhist Tradition, Shambhala Publishers, 1992 (en français : Passerelles : Entretiens avec des scientifiques sur la nature de l'esprit, Albin Michel, 1995).
• M. R. Anspach & F. Varela, "Le système immunitaire : un "soi" cognitif autonome", in Introduction aux sciences cognitives, Colloque de Cerisy, Éditions Gallimard, Coll. "Folio Essais", 1992 (réédition en 1995 et 2004).
• F. Varela, Invitation aux Sciences Cognitives, Éditions du Seuil, "Points Sciences", 1996.
• F. Varela (Ed.), Sleeping, Dreaming and Dying : Dialogues between the Sciences and the Buddhist Tradition, Wisdom Book, Boston, 1997 (en français : Dormir, Rêver, Mourir, NIL Éditions, Paris, 1998).
• F. Varela and J. Shear (Eds.), The View from Within : First-Person Methodologies in the Study of Consciousness, Special Issue, Journal of Consciousness Studies, 6(2-3), 1999 (also available as book : Imprint Academic, London, 1999).
• J. Petitot, F. Varela, B. Pachoud and J.-M. Roy (Eds.), Naturalizing Phenomenology : Contemporary Issues in Phenomenology and Cognitive Science, Stanford University Press, Stanford, 1999.
• J. Hayward and F. Varela (Eds.), Gentle Bridges : Conversations with the Dalai Lama on the Sciences of Mind, Shambhala Publishers, 2001.
• N. Depraz, F. Varela and P. Vermersch, On Becoming Aware : Steps to a Phenomenological Pragmatics, Benjamin Publishing, Advances in Consciousness Research, New York, 2003.
• S. Brier and J. Bopry (Eds.), Francisco J. Varela 1946-2001, Special Issue, Cybernetics & Human Knowing, 2004 (also available as book : Imprint Academic, London, 2004).
• C. Petitmengin (Eds.), Ten Years of Viewing from Within : The Legacy of Francisco Varela, Special Issue, Journal of Consciousness Studies, 2009 (also available as book : Imprint Academic, London, 2009).
• F. Varela, Le cercle créateur - Écrits (1976-2001), Seuil, Paris, 2017.


SOUTIENS :

• Équipe de recherche interdisciplinaire sur les aires culturelles (ERIAC, EA 4705) | Université de Rouen Normandie
Archives Husserl (UMR 8547) | CNRS / ENS
• Laboratoire Perception Représentations Image Son Musique (PRISM, UMR 7061 | CNRS) / Institut Créativité et Innovations (InCIAM) / Mission interdisciplinarité(s) | Aix-Marseille Université
Mind & Life Europe

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


ÉDOUARD GLISSANT, LA RELATION MONDIALE


DU MARDI 2 AOÛT (19 H) AU JEUDI 11 AOÛT (14 H) 2022

[ colloque de 9 jours ]



DIRECTION :

Sam COOMBES, Tiphaine SAMOYAULT, Christian UWE

Avec le concours de Sylvie et Mathieu GLISSANT


ARGUMENT :

Fidèle à l'idée que les lieux nous constituent, Édouard Glissant a fait de la Caraïbe le site d'une expérience permettant de penser simultanément la spécificité de l'histoire antillaise et les liens souterrains qui la relient au monde. Avec les concepts de créolisation, de trace, ou de pensée archipélique, l'expérience et l'imaginaire caribéens déjouent le piège d'une pensée "aveugle au jeu du monde" pour inscrire précisément la possibilité d'une histoire-monde. Poétique, romanesque, théâtrale, critique, mais aussi philosophique, politique et très transversale dans les espaces et les questions qu'elle aborde, l'œuvre se trouve convoquée, par-delà l'espace littéraire, dans une pluralité de champs. Si celle-ci intéresse depuis plusieurs années les sciences humaines, de nombreux échos se font entendre hors du champ académique : dans les arts, l'écologie, le droit des minorités… Du Japon au Mexique, comme en attestent de récentes traductions, une extension planétaire de ses idées s'opère. C'est que l'œuvre d'Édouard Glissant s'emploie bien à penser le monde, ou plutôt ce qu'il appelle, dès 1981 et Le Discours antillais, "la Relation mondiale".

Souhaitant constituer un lieu de débat critique ouvert à toutes les disciplines, ce colloque consacré au poète et penseur de la Relation entend offrir, dix ans après sa mort, l'occasion de lire patiemment son œuvre et d'interroger d'un œil nouveau les principes et les horizons de sa poétique afin de dessiner les perspectives qu'ouvre cet imaginaire dans un monde inconnu. De longue durée (presqu'une décade), cette rencontre, ouverte à celles et ceux que ces questions intéressent, invite à une aventure de pensée qui sera sans doute mémorable, dans la mesure où Glissant peut nous aider à comprendre les troubles contemporains et à faire face aux défis posés à la communauté, à ses liens, à l'écologie et aux nouvelles façons de dire l'histoire. À côté des conférences et des tables rondes suivies de débats, seront mis en place des ateliers de traduction ainsi que des représentations ou mises en voix de textes (de Glissant, mais aussi d'autres écrivains présents).


MOTS-CLÉS :

Avenir, Glissant (Édouard), Monde, Mondialité, Pensée, Relation, Traduction, Transversalité


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 2 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants, ainsi que du Foyer de création et d'échanges


Mercredi 3 août
Matin
ÉCRIRE EN PRÉSENCE DES LANGUES DU MONDE
Tiphaine SAMOYAULT : Ouverture

Glissant en traduction, table ronde animée par Tiphaine SAMOYAULT, avec Giuseppe SOFO et Beate THILL

Après-midi
GÉO ET ÉCO-POÉTIQUE
Cécile CHAPON : Le vivant comme relais pour un imaginaire du monde
Christina KULLBERG : Écopoétique et résonance chez Glissant [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]
Romuald FONKOUA : Poétique et esthétique [visioconférence]


Jeudi 4 août
Matin
ÉDOUARD GLISSANT ET LES SCIENCES HUMAINES
Loïc CÉRY : Édouard Glissant, des savoirs à la création [visioconférence]

Glissant dans les sciences humaines, table ronde animée par Christian UWE, avec Christine CHIVALLON et Sonia DAYAN-HERZBRUN

Après-midi
LE DIALOGUE DES ARTS ; LE MUSÉE D'ÉDOUARD GLISSANT
Géraldine BANARÉ : Édouard Glissant et les plasticiens : Vivre la matière inextricable du monde ! [visioconférence]
Zahia RAHMANI : Quand le sensible donne forme à la voix : faire advenir un art sans théorie

Glissant et les arts, table ronde animée par Zahia RAHMANI, avec Sylvie GLISSANT

Soirée
Carthage. Avec Édouard Glissant, en présence du réalisateur Jean-Denis BONAN
Extrait de l'Abécédaire Glissant (Patrick Chamoiseau), par Mathieu GLISSANT


Vendredi 5 août
Matin
GLISSANT AU QUOTIDIEN
Jacques LEENHARDT : Dans l'enchevêtrement des disciplines et des écritures : parcours avec Édouard Glissant

Conversation entre Jacques LEENHARDT et Tiphaine SAMOYAULT

Après-midi
Promenade dans le Havre de Régneville composé de bancs de sable, de 870 hectares de vasières à marée basse


Samedi 6 août
Matin
L'ATLANTIQUE NOIR
Manthia DIAWARA : Présentation du film-documentaire A Letter from Yene

Glissant et l'atlantique noir, table ronde animée par Sam COOMBES, avec Mary GALLAGHER et Cyril VETTORATO

Après-midi
POÉTIQUES DE LA LITTÉRATURE-MONDE
Cyril VETTORATO : La terre le feu l'eau et les vents, geste anthologique et poème-monde
Caroline SOUKAÏ : Écrire en Relation : enrhizomer le monde

Soirée
Théâtre Chaos opéra : une lecture d'Histoire de nègre d'Édouard Glissant : une aventure théâtrale inédite, à l’initiative de Greg Germain, avec le musicien Thierry ROUSTAN et les comédiennes Sophie BOUREL et Lolita MONGA, et la participation de Maurice THÉRON


Dimanche 7 août
Matin
CRÉOLISATION ET MONDIALISATION
Serge BOURJEA : "Écrire en relation" : Place de René Depestre — "Nègre racine d'arc-en-ciel" — dans Le Discours antillais
Ana KIFFER : Le temps des coupures : Édouard Glissant et le Brésil

Après-midi
ÉCRIRE EN RELATION
Valérie OZOUF : Édouard Glissant et les batoutos
Charles FORSDICK : Du Tout-Monde à la littérature-monde

Soirée
"Littérature, musique, arbres", lectures dans le parc du château, en commun avec le Foyer de création et d'échanges : "Que peut la littérature pour les arbres ?", avec Colette CAMELIN, Cécile CHAPON et Edith HEURGON


Lundi 8 août
Matin
DÉTENTE

Après-midi
Ateliers de traductions : exercices pratiques en compagnie de traducteurs, avec Charles FORSDICK (anglais), Giuseppe SOFO (italien) et Beate THILL (allemand)

Soirée
Musique et poésie, animée par Sylvie GLISSANT, avec le concours de la comédienne Sophie BOUREL et du musicien Thierry ROUSTAN, avec des lectures de Sara AGGAZIO, Cécile CHAPON, Rachel COHEN, Ava GLISSANT, Marie-Lise LORTHIOIS, Takayuki NAKAMURA, Christian UWE, Sebald VAN DER WAAL et Paul VOIGT


Mardi 9 août
Matin
MÉMOIRE ET HISTOIRE I
Lise GAUVIN : Édouard Glissant et la pratique/poétique du balan
Célestin LEBA : La paratopie créatrice dans la relation mondiale chez Glissant
Christian UWE : La catégorie de la Relation et ses enjeux politiques

Après-midi
MÉMOIRE ET HISTOIRE II
Sam COOMBES : La Créolisation glissantienne à l'ère des nationalismes résurgents
Mary GALLAGHER : La pensée de la créolisation à l'épreuve des résurgences totalitaires


Mercredi 10 août
Matin
RELIER LES LIEUX DU MONDE
Amanda MURPHY : Le multilinguisme : poétiques de l'ailleurs
Sonya POSMENTIER : La relation mondiale dans les archives de l'ethnopoétique
Takayuki NAKAMURA : Poétiques de Glissant contre la pensée du système

Après-midi
Marie JOQUEVIEL-BOURJEA : Le "Tableau de la diaspora" : une carte à (dé)jouer la Relation
Dénètem TOUAM BONA : Une approche spectrale des cosmologies

Soirée
Dans l'entre-rives, animée par Dénètem TOUAM BONA


Jeudi 11 août
Matin
Synthèse des jeunes chercheurs, par Sara AGGAZIO, Camille BRASSEUR, Coralie CUSTOS QUATREVILLE, Allan DENEUVILLE, Annette HUG, Clément LAURELLI, Sebald VAN DER WAAL, Paul VOIGT et Guillaume WAVELET

Discussion générale

Extrait de l’Abécédaire Glissant (Patrick Chamoiseau), par Mathieu GLISSANT

Après-midi
DÉPARTS


PRESSE / MÉDIAS :

• "À Cerisy, plongée dans l'œuvre d'Édouard Glissant lors d'un colloque de dix jours", interview réalisé par Cécile BAQUEY (France Télévisions) — Mis en ligne le 3 août 2022 sur le site Outre-mer la 1ère, le portail des Outre-mer.

• "Quand le pouls du monde bat à Cerisy", article publié par Valérie MARIN LA MESLÉE (Le Point) — Mis en ligne le 7 août 2022 sur le site lepoint.fr.

• Reportage vidéo réalisé par Cécile BAQUEY (France Télévisions) — Mis en ligne le 7 août 2022 :


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Sam COOMBES
Sam Coombes est Maître de conférences à l'université d'Edimbourg. Il est l'auteur de The Early Sartre and Marxism (Lang, 2008), Edouard Glissant A Poetics of Resistance (Bloomsbury, 2018), et Diasporic Trajectories. Charting new critical perspectives (Taylor&Francis, 2019, co-édité) ainsi que de nombreux articles dans les domaines des études postcoloniales et de la pensée politique. Il co-dirige le réseau de recherche Diaspolinks consacré à l'étude des cultures diasporiques.

Tiphaine SAMOYAULT
Tiphaine Samoyault vit à Paris où elle enseigne la Littérature comparée à l'EHESS après avoir été professeure à la Sorbonne nouvelle et à Paris 8. Ses thématiques de recherches sont la littérature mondiale, la traductologie, les relations entre littérature et autorité. Elle est l'autrice d'essais, de récits et de traductions littéraires. Elle collabore à de nombreuses revues littéraires (membre du comité de rédaction de la revue Po&sie) et dirige le journal en ligne En attendant Nadeau.
Publications récentes
Bête de Cirque, Seuil, 2013.
Roland Barthes, Seuil, 2015.
Traduction et violence, Seuil, 2020.

Christian UWE
Christian Uwe est Maître de conférences en études culturelles et littérature comparée à l'université du Minnesota, États-Unis. Ses recherches se situent au croisement de l'esthétique et du politique, particulièrement dans les littératures caribéennes, subsahariennes et françaises. Il est l'auteur d'une monographie intitulée Le Discours choral : essai sur l'œuvre romanesque d'Édouard Glissant (Peter Lang, 2017), ainsi que d'une étude à paraître aux Presses de l'université de Montréal intitulée L'Archive paradoxale : penser l'existence avec le roman francophone subsaharien.


Serge BOURJEA
Spécialiste de l'œuvre de Paul Valéry à laquelle il a consacré de très nombreux ouvrages et articles, Serge Bourjea est Professeur émérite à l'université Paul-Valéry (Montpellier 3). Enseignement à l'étranger : E.E.S.L., Antanarivo, Madagascar ; Université Fédérale et Université de l’État, Rio de Janeiro, Brésil ; Université de Dakar, Sénégal ; Rice University, Huston, Texas, USA ; U.C.L.A, Californie, USA ; I.F.C. de Suzhou et Université de Hangzhou, Chine. Collaborateur de nombreuses revues littéraires en France comme à l'étranger, il consacre aujourd'hui l'essentiel d'une critique génétique qu'il nomme "ichnographique", aux "écritures" de la modernité, qu'elles soient françaises ou francophones, verbales ou picturales.
Bibliographie
2020. René Depestre, Cahier d'un art de vivre – Cuba (1964-1978), Édition établie, préfacée et annotée par Serge et Marie Bourjea (en collaboration avec l'ITEM/CNRS – axe "Manuscrits francophones" et le fonds francophone de la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges), Actes Sud, coll. "Archives privées".
Serge Bourjea, "Un Arc-en-ciel pour l'Occident chrétien : l'avenir d'un spectre", in revue Siècle 21 – Littérature & Société, n°33, pages 141-156. Paris, Automne-hiver 2018.
Serge Bourjea, "Jorge Amado et René Depestre : une amitié dans l'Histoire", in René Depestre, Le Soleil devant, (M. Joqueviel-Bourjea éd.), p.353-396, Hermann, coll. "Vertige de la langue", Paris, 2015.
Serge Bourjea, "Le "cri atone" d'Édouard Glissant", in L'Écriture et le sacré (J.-F. Durand éd.), p. 247-267, P.U.L.M., Montpellier, 2002.

Loïc CÉRY : Édouard Glissant, des savoirs à la création
Pister les liens denses de l'œuvre d'Édouard Glissant avec les sciences sociales nécessite avant tout d'envisager la question dans le sens d'une réciprocité active, celle qui a innervé à la fois la continuelle immersion de l'écrivain dans les savoirs de son temps, mais aussi l'approche et souvent l'usage de sa pensée qui n'a cessé de s'amplifier, par les praticiens des sciences humaines en général. Un double mouvement d'innutrition réciproque dont il est aisé de retracer l'itinéraire, au seuil d'une investigation qui doit nécessairement interroger les rapports complexes de Glissant aux savoirs, depuis sa méfiance avouée envers les "catégories héritées" dans Le Discours antillais, aux avancées les plus inattendues d'une forge notionnelle qui s'est étendue jusqu'à ses derniers essais. Pour autant, le renouvellement continuel de cette pensée pose aussi et peut-être avant tout des problématiques de corpus, et la nécessité de considérer l'ensemble de sa production comme un tout insécable (justement bien au-delà des essais), dépassant volontairement la si commode et pourtant si hasardeuse dichotomie entre pensée spéculative et création littéraire qui, dans le cas d'Édouard Glissant, s'avère pleinement inopérante. Le pari pour les critiques comme pour les lecteurs, de considérer cette œuvre comme une entité unitaire et étendue, ne doit plus intimider mais au contraire stimuler l'accès au propos ambitieux d'un auteur qu'on a tôt fait de réduire outrageusement à la sphère postcoloniale. Quitte à relire ses nombreux ouvrages comme les moments d'un immense "texte-recherche" édifié face au réel, selon l'expression stimulante d'Ivan Jablonka.

Loïc Céry dirige le CIEEG (Centre international d'études Édouard Glissant) au sein de l'Institut du Tout-Monde fondé par Édouard Glissant en 2006. Spécialiste de Saint-John Perse et d'Édouard Glissant, il a fondé les revues La nouvelle anabase et Les Cahiers du Tout-Monde. En 2020, il a publié une étude critique en deux volumes intitulée Édouard Glissant, une traversée de l'esclavage (Éditions de l'Institut du Tout-Monde, coll. "Idées").

Cécile CHAPON : Le vivant comme relais pour un imaginaire du monde
À une époque où il n'a jamais autant été question de liens — liens francs ou insidieux qui entravent, "liens qui libèrent", liens furtifs qui renouent avec d'anciennes formes de résistance —, il s'agira de revenir sur la notion de "relais", développée par Édouard Glissant au cœur de sa définition de la Relation qui "relie (relaie), relate" (Poétique de la Relation, Paris, Gallimard, 1990, p. 187). J'envisagerai la manière dont l'auteur construit des images-relais et des personnages-relais qui étayent concrètement l'imaginaire du monde et la critique de la mondialisation, en me concentrant plus particulièrement sur les images végétales et élémentaires. Arbres, herbes, fleurs, roches, volcans prennent au fil des romans la consistance de pigments ou de signes reconnaissables mais toujours en mouvement, instables dans leur combinaison et dans leur manière d'ancrer le texte et d'engager la mémoire, la perception et l'agir des personnages. À partir d'une ébauche de cartographie du vivant dans l'œuvre romanesque plus particulièrement, j'analyserai comment cette attention à la texture vivante se fait relais de l'imaginaire pour penser et convoquer le monde contemporain, sur un mode qui va au-delà d'un rapport symbolique, métaphorique ou anthropomorphique aux formes du vivant, et qui nuance les paradigmes du rhizome et de l'archipel le plus souvent convoqués pour illustrer la pensée de la Relation chez Glissant.

Cécile Chapon est maîtresse de conférences en littérature comparée à l'université de Tours. Elle a soutenu en 2019 une thèse intitulée "Le Figuier d'or : intertextualités classiques et représentations de l'oralité dans l'espace caribéen (Alejo Carpentier, Édouard Glissant, Derek Walcott)", et parmi ses publications figurent plusieurs articles consacrés aux romans d'Édouard Glissant. Ses recherches actuelles portent sur les notions de traditions et de lieux dans les littératures des Amériques, et sur le rapport entre langages et paysages en contexte caribéen.

Christine CHIVALLON
Christine Chivallon est anthropologue et géographe, directrice de recherche 1ère classe au CNRS. Ses recherches portent sur les questions de cultures, mémoires et matérialité et s'intéressent au pouvoir des médiations matérielles dans les représentations sociales. Elles sont principalement consacrées aux univers caribéens et aux sociétés à fondement esclavagiste des Amériques, notamment au travers des mémoires de l'esclavage. Elles comportent également un important volet théorique et épistémologique engagé dans une démarche réflexive sur les outils d'analyse du chercheur. Voir le lien : http://www.passages.cnrs.fr/spip.php?article98.
Publications
L'esclavage. Du souvenir à la mémoire, Paris, Karthala, 2012.
"L'humain-l'inhumain : l'impensé des nouveaux matérialismes", École de l’anthropocène de Lyon, 2021.

Sonia DAYAN-HERZBRUN
Sonia Dayan-Herzbrun est Professeur émérite en sociologie politique et en études féministes à l'université de Paris. Auteure de nombreux ouvrages et articles, elle dirige la revue Tumultes et collabore régulièrement au journal en ligne En attendant Nadeau dont elle est membre du comité de rédaction. Elle est également membre de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF) et de la Caribbean Philosophical Association qui lui a décerné en 2016 le Prix Frantz Fanon pour l'ensemble de son œuvre et de sa carrière. Ses premiers travaux ont porté sur le rapport entre mythe et mémoire à propos de l'histoire du mouvement ouvrier. Ses recherches portent maintenant d'une part sur l'agir politique des femmes au Moyen-Orient, de l'autre sur l'introduction du paradigme décolonial dans les sciences sociales.

Charles FORSDICK : Du Tout-Monde à la littérature-monde
Édouard Glissant a figuré parmi les signataires du manifeste, publié dans Le Monde en mars 2007, qui prônait un décloisonnement de la production littéraire, une mise en relation des différentes littératures d'expression française et la naissance d'une "littérature-monde en français". Glissant a également contribué à un chapitre — sous la forme d'un entretien — au volume Pour une littérature-monde paru chez Gallimard dans la même année. Cette intervention a pour but d'explorer le rôle de l'écrivain martiniquais dans cette nouvelle tendance littéraire qui se voulait post-nationale, voire mondiale. Honorant régulièrement le festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo de sa présence, Glissant a contribué à la transformation de la "littérature voyageuse" en "littérature-monde". Son influence se montre en particulier dans ce trait d'union (césure ou forme de relation ?) qui crée le nouveau mot composé, et fait partie intégrante de la production néologique de Glissant lui-même (Chaos-monde, Tout-monde, Totalité-monde, Pensée-monde…). Mais cette influence reste-t-elle plutôt superficielle chez une tendance littéraire qui s'est avérée en fin de compte médiatique et sans conscience multilingue ? Comment y intégrer activement la pensée glissantienne pour dépasser un monolinguisme francophone et imaginer une littérature écrite, traduite et enfin lue "en présence de toutes les langues du monde" ?

Charles Forsdick est professeur de littérature française à l'université de Liverpool et spécialiste de la littérature de voyage, de l'exotisme, et de la littérature postcoloniale et exophone.
Publications
Victor Segalen and the Aesthetics of Diversity : Journeys between Cultures, Oxford, 2000.
Travel in Twentieth-Century French and Francophone Cultures : The Persistence of Diversity, Oxford, 2005.
Co-auteur de Toussaint Louverture : A Black Jacobin in the Age of Revolutions, Pluto, 2017.

Lise GAUVIN
Écrivaine et professeure émérite à l'université de Montréal, Lise Gauvin est Membre de l’Académie des lettres du Québec, dont elle fut la présidente en 2008 et 2009, et du Parlement des écrivaines francophones. Elle a reçu en 2020 la Grande Médaille de la Francophonie de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.
Publications
La Fabrique de la langue. De François Rabelais à Réjean Ducharme, "Points", Seuil, 2004.
Chez Riopelle. Visites d'atelier, L'Hexagone, 2005.
Lettres d'une autre, "Typo", Gallimard, 2007.
L'imaginaire des langues - Entretiens avec Édouard Glissant, Gallimard, 2010.
Le roman comme atelier, Karthala, 2019.
Et toi, comment vas-tu ? - Roman, Leméac, 2021.

Marie JOQUEVIEL-BOURJEA
Marie Joqueviel-Bourjea est Professeure en littérature française contemporaine à l'université Paul-Valéry (Montpellier 3), responsable au RIRRA 21 du programme de recherche transversal "Recherche en création – Recherches transdisciplinaires en poïétique : méthodologies, enjeux & savoirs inhérents aux processus créatifs". Spécialiste de poésie, elle interroge plus largement les écritures d'aujourd'hui dans une perspective à la fois poétique et poïétique. Sa recherche s'intéresse également aux arts plastiques et aux relations intermédiales entre poésie et peinture à la Modernité — notamment dans l'espace du livre de dialogue. Elle est également animatrice d'ateliers d'écriture depuis 25 ans à l'université et responsable depuis 2009 du Diplôme Universitaire d'Animateur d'Ateliers d'Écriture de l'UPVM.
Travaux en lien avec le colloque
2020. René Depestre, Cahier d'un art de vivre – Cuba (1964-1978), Édition établie, préfacée et annotée par Serge et Marie Bourjea (en collaboration avec l'ITEM/CNRS – axe "Manuscrits francophones" et le fonds francophone de la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges), Actes Sud, coll. "Archives privées".
2015. René Depestre, le soleil devant (Marie Joqueviel-Bourjea éd.), volume issu du colloque de mai 2014 à la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges (sld MJB & Serge Bourjea), Paris, Hermann, coll. "Vertige de la langue", 418 p.
2018. "Alléluia pour un homme-banian", dossier "René Depestre" sld Tirthankar Chanda, in revue Siècle 21, Littérature & Société, n°33, automne 2018, p. 112-130.
2015. "Un "devenir-tendre"", in René Depestre, le soleil devant, sld MJB, Paris, Hermann, p. 43-74.
2014. ""Encore une mer à traverser" : René Depestre, étonnant voyageur de la "mondialité"" [texte issu d’une communication donnée au congrès annuel du Conseil International des Études Francophones à Montréal (Canada) en juin 2010], in L'Érotisme solaire de René Depestre. Éloge du réel merveilleux féminin, sld Michèle Aquien, Paris, L'Harmattan, coll. "Espaces littéraires", p. 63-95.

Ana KIFFER
Ana Kiffer est professeure au Programme de Pós-Graduação en Literatura, Cultura e Contemporaneidade de la PUC-Rio et au Programme d'Études Contemporains de l'Art à l'université Fédéral Fluminense (UFF). Elle a été Directrice de Programme au Collège International de Philosophie de 2006-2012 et a coordonné, entre 2007 et 2012, l'Accord de coopération CAPES-COFECUB entre la PUC-Rio et Paris VII. Ses recherches actuelles portent sur l'effort de relecture de la notion poétique et conceptuelle de la Relation chez Édouard Glissant, en ciblant l'importance de cette notion pour penser les nouvelles affections politiques. Depuis 2021, elle coordonne la collection "Édouard Glissant" pour la maison d'Édition Bazar do Tempo, Rio de Janeiro, Brasil, dont le premier livre publié, en 2021, a été Poétique de la Relation, traduit par Eduardo Jorge et Marcela Levi, et préfacé par Ana Kiffer et Edimilson Pereira de Almeida. À sortir : une sélection du Discours Antillais faite par Sylvie Glissant, Jacques Leenhardt et Ana Kiffer, traduit par Thiago Florêncio et préfacé par Jacques Leenhardt et Tiganá Santana en 2022, en 2023 Les entretiens de Bâton Rouge et La Philosophie de la Relation.

Christina KULLBERG : Écopoétique et résonance chez Glissant
Cette communication s'interroge sur l'écopoétique dans l'œuvre de Glissant à partir du concept de la résonance. Glissant propose une écopoétique ancrée dans la matérialité concrète du paysage, menant à une épistémologie intuitive de l'ailleurs et de l'avenir pourtant imprévisible. Le but sera ici d'explorer la fonction de la sonorité pour entretenir la relation entre pensée et paysage afin de comprendre comment l'écopoétique de Glissant s'articule en partie comme une pratique d'écoute. D'une part, on verra comment le son devient vecteur pour faire résonner présent et passé. D'autre part, on analysera la manière dont l'écriture glissantienne s'engage dans un procédé paradoxal, voire contradictoire, qui consiste à faire de la dénomination locale du lieu, une poétique de l'extension et de la profusion qui résonne ailleurs.

Christina Kullberg est professeure de littératures françaises à l'université d'Uppsala, spécialiste de littérature caribéenne et de récit de voyage. Parmi ses publications on retrouve de nombreux articles sur la littérature antillaise contemporaine (Glissant, Condé, Chamoiseau, Ina Césaire, Fanon, etc.) et sur la relation de voyage au XVIIe siècle, ainsi que deux monographies, The Poetics of Ethnography in Martinican Narratives : Exploring the Self and the Environment (2013) et Lire l'Histoire générale des Antilles de J.-B. Du Tertre : exotisme et établissement aux îles (2020).

Célestin LEBA : La paratopie créatrice dans la relation mondiale chez Glissant
L'essai glissantien présente selon l'approche littéraire de Dominique Maingueneau une paratopie créatrice, c'est-à-dire une pensée mondiale "entre l'écrivain et la société, l'écrivain et son œuvre, l'œuvre et la société". Autrement dit il s'agit d'une "manière [pour Glissant] de "s'insérer" dans l'espace littéraire et la société (…) [en construisant] en effet les conditions de sa propre création". Cela semble s'expliquer par le développement de certaines binarités que Glissant examine tantôt sous la forme d'une relation, tantôt sous la forme d'une opposition ou d'une consécution. Il revient dès lors à expliquer comment cela se manifeste concrètement dans Poétique de la Relation, Traité du Tout-monde et Philosophie de la Relation.

Bibliographie
Glissant, Édouard, Poétique de la Relation, Poétique III, Paris, Gallimard, 1990.
Glissant, Édouard, Traité du Tout-monde, Poétique IV, Paris, Gallimard, 1997.
Glissant, Édouard, Philosophie de la Relation, Poésie en étendue, Paris, Gallimard, 2009.
Langlet, Irène, L'Abeille et la Balance. Penser l'essai, Paris, Garnier, 2016.
Maingueneau, Dominique, Le discours littéraire. Paratopie et scène d'énonciation, Paris, Armand Colin, 2004.
Née, Patrick, Le Quatrième genre : l'essai, Rennes, PU Rennes, coll. "Interférences", 2018.

Amanda MURPHY
Amanda Murphy est Maîtresse de conférences en anglais et traduction à l'université Sorbonne Nouvelle. Elle est l'auteure d'une thèse en littérature comparée qui s'inscrit sous le signe de la pensée de la Relation : "Écrire, lire, traduire entre les langues: défis et pratiques de la poétique multilingue". Ses articles incluent "The Border Poetics of Theresa Hak Kyung Cha" paru dans l'ouvrage collectif Reading(s) Across Borders (2020) et "Poétiques hétérolingues : le queering des langues" paru dans la revue de genere (2020).

Takayuki NAKAMURA
Takayuki Nakamura est maître de conférences à l'université Waseda (Tokyo). Il est l'auteur d'un livre en japonais intitulé Édouard Glissant : zen-sekai no bijonÉdouard Glissant : la vision du Tout-Monde)aux Éditions Iwanami (2016) et le traducteur d'une version japonaise de Faulkner, Mississippi (Inscript, 2012).

Giuseppe SOFO
Une pensée archipélique ne peut se construire qu'à travers la lecture plurielle d'un discours. La pensée de Glissant ne peut ainsi être appréhendée véritablement qu'à travers une lecture plurilingue, c'est-à-dire "en présence de toutes les langues" (Glissant, 2005 : 37) et de tous les imaginaires. Glissant a écrit que : "La traduction s'exerce comme une mise en rapports" dans laquelle "nous n'enjambons pas seulement la distance d'une langue à une autre, nous entrons dans le mystère d'une multi relation où toutes les langues du monde (…) trament pour nous des chemins démultipliés qui sont en réalité les échos de la multiplicité" (s.d.), et sa pensée est l'espace idéal d'expression de ces "échos de la multiplicité". Ce que je propose, c'est d'aller explorer cette "inimaginable réserve que procurent les langues du monde" (Glissant, 1990 : 234) pour étudier ce qui se passe à l'intérieur de l'écriture de Glissant, une fois que son œuvre est traduite et déplacée, en me focalisant surtout sur les traductions de Soleil de la Conscience et Introduction à une poétique du Divers en anglais, espagnol et italien. Plutôt qu'essayer de définir et limiter ces échos, je vais alors essayer de tracer cette multiplicité, pour entrer dans ce "mystère d'une multi relation" qui peut nous en dire beaucoup sur l'œuvre de Glissant, ainsi que sur une possible méthode de lecture des textes entre les langues de toute littérature caribéenne.

Bibliographie
Édouard Glissant, Poétique de la relation : Poétique III, Paris, Gallimard, 1990.
Édouard Glissant, La Cohée du lamentin : Poétique V, Paris, Gallimard, 2005.
Édouard Glissant, "Traduction et relation", Feuillet volant manuscrit, Carnet bleu, Boîte 13 (Ormerod), NAF 28894 Fonds Édouard Glissant, Bibliothèque nationale de France, s.d.

Caroline SOUKAÏ : Écrire en Relation : enrhizomer le monde
Le poète travaille à "enrhizomer" le monde selon Édouard Glissant dans le Traité du Tout-Monde (Poétique IV, Paris, Gallimard, 1997). Le rhizome glissantien, qui s'oppose à la racine unique qui fige, cherche l'incertain du devenir-autre, ainsi que l'entendaient Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux (Paris, Éditions de Minuit, 1980). Artisan et voix de l'imprévisible tant les rhizomes qu'il génère rencontrent l'écho — opaque mais ouvert — de l'ailleurs, l'écrivain, selon Glissant, fait dès lors émerger un dire-archipel qui ancre autant dans le lieu primordial de l'écriture qu'il en expulse. L'enjeu est donc d'entendre comment les Poétiques glissantiennes, à la suite du Discours antillais, s'avèrent poélitiques, en cela qu'elles proposent d'accéder aux mouvements du monde, d'entrer en Relation.

Caroline Soukaï est docteure en littérature comparée de Sorbonne Université et a rédigé une thèse intitulée "De l'insularité en tant que mode de décryptage : Patrick Chamoiseau, Ananda Devi, V. S. Naipaul", Paris IV - Sorbonne, 2017. Ses recherches portent sur les concepts poétiques forgés par Édouard Glissant, en tant qu'instruments d'exégèse comparatiste.

Beate THILL
Beate Thill est née dans une famille franco-allemande. Depuis 1983 elle est traductrice littéraire vers l'allemand, avec une spécialisation dans la littérature francophone de la Caraïbe et de l'Afrique. C'est elle qui introduit la pensée et la littérature de Glissant en Allemagne, en collaboration intensive avec l'auteur, à partir de La case du commandeur jusqu'à la Philosophie de la Relation.
Publications
Traductions de Glissant : La case du commandeur, Die Hütte des Aufsehers (1983), Le discours antillais, Zersplitterte Welten – Der Diskurs der Antillen (1986), Le quatrième siècle, Die Entdecker der Nacht (1991), Mahagony, Mahagony (1989), Faulkner Mississippi, Faulkner Mississippi (1997), Traîté du Tout-Monde, Traktat über die Welt (1999), Introduction à une Poétique du Divers (extraits), Kultur und Identität (2005), La terre magnétique, Das magnetische Land (2010), Philosophie de la Relation, Philosophie der Weltbeziehung (2021).
Une petite anthologie de poésies, prise de la Poésie complète, sous le titre de Schwarzes Salz.
Ainsi que les textes publiés avec Patrick Chamoiseau : Quand les murs tombent et L'intraitable beauté du monde.
Toutes les traductions ont été publiées par Verlag Das Wunderhorn, Heidelberg.

Cyril VETTORATO : La terre le feu l'eau et les vents, geste anthologique et poème-monde
En caractérisant ce qui devait devenir l'ultime ouvrage paru de son vivant, La terre le feu l'eau et les vents, comme une anthologie de poésie, Édouard Glissant tendait un piège malicieux aux lecteurs à venir de cet objet tout en écarts et en débordements. Puisque "Rien n'est vrai, tout est vivant" — titre d'une conférence de 2010 placé ici en exergue — alors ni les ratios qui président habituellement au geste anthologique, ni même la poésie elle-même, ne se présenteront avec le visage escompté. Aucun ordre chronologique ici, ni aucun classement par pays ou par continent ; des poèmes, oui, tels que nous l'entendons, mais aussi bien d'autres objets verbaux qui déjouent les cartographies génériques. C'est que le poème, s'il y en a un, est à chercher à l'échelle du livre lui-même, véritable forme-sens à traverser contre le courant de nos habitudes de lecture, fruit forcément étrange d'une dispositio d'un genre nouveau.

Cyril Vettorato est maître de conférences en littératures comparées à l'université de Paris. Ses recherches portent sur les poésies contemporaines de la diaspora africaine aux États-Unis, au Brésil et dans la Caraïbe, et plus particulièrement sur la relation qu'elles établissent entre l'écriture, l'oralité et à la performance. Il est l'auteur de Poésie moderne et oralité dans les Amériques noires (2018) et de nombreux articles sur ces mêmes thématiques.


BIBLIOGRAPHIE :

Poésie

Glissant É., Poèmes complets, Gallimard, Paris, 1994.
Glissant É., La terre, le feu, l'eau et les vents. Une anthologie de la poésie du Tout-monde, Galaade/Institut du Tout-monde/Maison de l'Amérique latine, Paris, 2010.

Œuvre romanesque

Glissant É., La Lézarde, Seuil, Paris, 1958.
Glissant É., Le Quatrième Siècle, Seuil, Paris, 1964.
Glissant É., Malemort, Seuil, Paris, 1975.
Glissant É., La Case du commandeur, Seuil, Paris, 1981.
Glissant É., Mahagony, Seuil, Paris, 1987.
Glissant É., Tout-monde, Gallimard, Paris, 1993.
Glissant É., Sartorius. Le Roman des Batoutos, Gallimard, Paris, 1999.
Glissant É., Ormerod, Gallimard, Paris, 2003.

Œuvre dramatique

Glissant É., Monsieur Toussaint, Seuil, Paris, 1961.
Glissant É., Le Monde incréé, Gallimard, Paris, 2000.

Essais choisis

Glissant É., Soleil de la conscience, Seuil, Paris, 1956.
Glissant É., L'Intention poétique, Seuil, Paris, 1969.
Glissant É., Le Discours antillais, Seuil, Paris, 1981.
Glissant É., Poétique de la Relation, Gallimard, Paris, 1990.
Glissant É., Faulkner, Mississippi, Stock, Paris, 1996.
Glissant É., Introduction à une poétique du divers, Gallimard, Paris, 1996.
Glissant É., Traité du Tout-monde, Gallimard, Paris, 1997.
Glissant É., La Cohée du Lamantin, Gallimard, Paris, 2005.
Glissant É., Une nouvelle région du monde, Gallimard, Paris, 2006.
Glissant É., Mémoire des esclavages. La fondation d'un Centre national pour la mémoire des esclavages et de leurs abolitions, Gallimard/La Documentation française, Paris, 2007.
Glissant É. & Séma S., La Terre magnétique. Les errances de Rapa Nui, l'île de Pâques, Seuil, Paris, 2007.
Glissant É. & Leupin A., Les Entretiens de Bâton Rouge, Gallimard, Paris, 2008.
Glissant É., Philosophie de la Relation, Gallimard, Paris, 2009.
Glissant É. & Gauvin L., L'Imaginaire des langues, Gallimard, Paris, 2010.


SOUTIENS :

• Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL - UMR 8566) | EHESS / CNRS
Institut du Tout-Monde

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


SÉRIES TÉLÉ PAR-DELÀ LES FRONTIÈRES :
APPROCHES TRANSNATIONALES ET TRANSCULTURELLES


DU DIMANCHE 24 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 30 JUILLET (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]



PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Ariane HUDELET, Sébastien LÉFAIT, Sarah SEPULCHRE, Dennis TREDY


ARGUMENT :

Vingt ans après le colloque de Cerisy (*) qui fut fondateur pour l'étude des séries télévisées en France, ce colloque rassemblera universitaires et créateurs pour réfléchir à la mondialisation du phénomène des séries en lien avec l'avènement du streaming et du binge-watching (visionnage marathon). Les intervenants interrogeront la manière dont les séries prennent en charge et éclairent les problématiques transculturelles aujourd'hui. La complexité et l'ampleur narrative, ainsi que le nombre potentiellement élevé de personnages permettent notamment aux séries de représenter les échanges entre différents pays et cultures, de modéliser, esthétiquement et narrativement, la complexité des enjeux transnationaux aujourd'hui. L'évolution des modes de production et de diffusion éclaire aussi notre rapport aux produits culturels, notamment la mondialisation du marché des biens culturels, avec notamment l'affirmation de nouvelles zones de création influentes comme la Corée par exemple. D'un point de vue méthodologique, la conversation transnationale sur les séries sera aussi reliée à une réflexion sur les nouvelles pratiques de recherche sur les images en mouvement, en particulier les essais vidéo. Ce colloque est ouvert à celles et ceux que les séries télé passionnent.

(*) Les séries télévisées, colloque dirigé par Anne Roche et Martin Winckler, du 14 au 21 août 2002.


MOTS-CLÉS :

Culture, Diffusion, Essais vidéo, Frontière, Globalisation, Médias, Mondialisation, Multiculturalisme, Production, Séries télévisées, Télévision, Transnational


CALENDRIER DÉFINITIF :

Dimanche 24 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Lundi 25 juillet
Matin
Tristan MATTELART : Penser les enjeux de l'internationalisation des séries télévisées : 50 ans de controverses théoriques
Marta BONI : Le principe d'incertitude dans les séries : une tendance transnationale ? [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]

Après-midi
Dominique MEMMI : Les Séries entre inquiétudes transnationales et traitement "local"
Dennis TREDY : Des algorithmes sans frontières, ou comment Netflix tente de "transnationaliser" les séries nationales et leurs publics

Soirée
Ariane HUDELET : Essai vidéo et enjeux transnationaux — projection et discussion


Mardi 26 juillet
Matin
Maryse PETIT : Le brouillage des frontières dans les séries Bron / The Bridge et Tunnel
Stéphane BENASSI : Bron, The Bridge, Tunnel : migration d'une matrice sérielle

Après-midi
Gilles MENEGALDO : Utopia (série britannique, Channel 4, 2013-2014) et sa reprise américaine (Amazon Prime Video, 2020) : les raisons du remake raté d'une série culte
Hélène BREDA : S'initier à la sexualité dans et par les séries télévisées. Regards croisés sur Sex Education (UK) et Sexify (Pologne)


Mercredi 27 juillet
Matin
Pierre BEYLOT : Que refait le remake sériel ? Broadchurch et ses déclinaisons transnationales : Malaterra et Gracepoint
Marjolaine BOUTET : La réception transnationale de Holocaust (NBC, 1978) : l'américanisation de la Shoah en questions

Après-midi
DÉTENTE


Jeudi 28 juillet
Matin
Fabienne DARLING-WOLF : Imaginaires 2.0 : nostalgie, connexions, et nouveaux publics à l'ère du numérique
Florent FAVARD : The Shape of Things to Come : quelle(s) structure(s) narrative(s) pour les séries de SVoD ?

Après-midi
Hülya UĞUR TANRIÖVER : Des "ghettos roses" aux marchés internationaux : la popularité des séries turques
Ludivica TUA : Masculinité(s) et pouvoir dans les séries nationalistes turques


Vendredi 29 juillet
Matin
Florence CABARET : De Criminal Justice (BBC, 2008), à The Night Of (HBO, 2016), à Une si longue nuit : changements ethniques et changements de perspectives
Céline MASONI : Imaginaire(s) mafieux en circulation

Après-midi
Isabelle LABROUILLÈRE : La représentation des espaces frontaliers et du corps migrant dans la mini-série Eden réalisée par Dominik Moll
Dimitra Laurence LAROCHELLE : Décoder l’Autre : la réception des fictions sérielles turques par les Grecs


Samedi 30 juillet
Matin
Table ronde des scénaristes, animée par Sarah SEPULCHRE, avec Sylvie COQUART-MOREL (Des soucis et des hommes), Vania LETURCQ (Pandora) et Vincent POYMIRO (En Thérapie)

Ariane HUDELET, Sarah SEPULCHRE & Dennis TREDY : Compte-rendu du colloque

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Ariane HUDELET : Essai vidéo et enjeux transnationaux — projection et discussion
Succession (HBO, 2018-) nous offre le spectacle de la déliquescence morale et familiale des 1% les plus riches, incarnés par la famille Roy, propriétaire d'une multinationale de médias et divertissements. Avec brio, la série exhibe les luttes intestines en vue de la succession du patriarche Logan Roy, à la santé déclinante. Si l'essentiel de la série se déroule aux États-Unis, principalement à New York où se trouve le siège de l'entreprise Waystar-Royco, la série nous dépeint plus largement un capitalisme mondialisé qui abolit les frontières et les distances. Cette communication s'attachera à la manière dont la série représente cette internationalisation de la richesse, et dépeint l'éradication des distances ou des différences culturelles pour les ultra riches. Loin de proposer une forme de "pornographie de la richesse" ("wealth porn") à la manière d'autres séries récentes (Big Little Lies, The Morning Show, The Undoing), Succession nous propose des voyages toujours similaires, des sites de pouvoir et de richesse dont la diversité s'estompe sous les effets du luxe mondialisé, à l'arrière-plan des tourments familiaux qui occupent toujours le devant de la scène. L'exemple de Succession et sa représentation d'une richesse internationalisée seront replacés dans un contexte plus vaste : l'histoire de la production de la série elle-même, et celui d'une histoire plus longue de la mondialisation et du capitalisme.

Ariane Hudelet est professeure en études anglophones, spécialiste de culture visuelle, notamment des séries télévisées américaines (XXIe siècle), et de l'adaptation cinématographique et télévisuelle d'œuvres littéraires. Elle co-dirige la revue TV/Series et a publié de nombreux articles sur les séries américaines (Treme, Masters of Sex, The Good Wife, Mad Men, The Knick, Fargo).
Publications
La Sérialité à l'écran (co-dir.), PUFR, 2020.
Exploring Seriality on Screen (co-dir.), Routledge, 2021.
The Wire. Les règles du jeu, PUF, 2016.

Dennis TREDY : Des algorithmes sans frontières, ou comment Netflix tente de "transnationaliser" les séries nationales et leurs publics
C'est en janvier 2016 que Reed Hastings, PDG et co-fondateur de Netflix, a choqué le public présent au Las Vegas Consumer Electronic Show en annonçant que son service de streaming serait désormais disponible dans 130 pays du monde — la plupart lançant même le service pendant son discours — faisant ainsi de Netflix "la première chaîne de télévision globale". Sur le moment, Hastings semblait imaginer que leur offre de séries américaines et britanniques de qualité et l'arrivée de grands acteurs et réalisateurs du cinéma anglophone sur leur service séduiraient aussi les nouveaux publics internationaux. Cela dit, les choses se sont passées autrement, et bien que Netflix semble avoir toujours su s'adapter aux effets et aux entraves inattendus de leur grand projet transnational, leur notion même d'une "télévision globale" s'est fortement modifiée depuis ce grand lancement. Quel aura été alors l'impact de tous ces changements et corrections de tir sur l'offre actuelle de productions internationales sur Netflix ? Le service a-t-il réussi son pari de créer une "télévision globale" et a-t-il vraiment "transnationalisé" les séries nationales du monde ? La suprématie des productions américaines sur Netflix est-elle toujours d'actualité, et le public américain se nourrit-il désormais et de manière inédite d'un régime de séries internationales ? Surtout, cet effort de plaire, algorithmes à l'appui, au plus grand nombre à l'échelle planétaire a-t-il changé la définition même d'une "bonne série" selon Netflix, s'adressant alors au "plus petit dénominateur commun", au détriment des ambitions "prestige TV" soulignées par Reed en 2016 ?

Dennis Tredy est maître de conférences en littérature américaine à l'université de la Sorbonne Nouvelle et enseignant d'adaptation filmique à Sciences Po Paris. Il est également co-fondateur de la Société Européenne des Études Jamesiennes (ESJS). Il a publié de nombreux articles sur James et d'autres auteurs américains, bon nombre de ses publications traitant l'adaptation filmique ou télévisuelle des auteurs américains et britanniques, tels que James, Poe, Forster, Austen, Orwell, Burgess et Nabokov, entre autres. Il publie également des études sur la série télévisée américaine, notamment sur la sitcom, sur l'adaptation des émissions radio au milieu du vingtième siècle, et sur la représentation des femmes, des minorités et de la contreculture dans les années 1950, 1960 et 1970.
Publications
Reading Henry James in the Twenty-First Century (2019).
Henry James and the Poetics of Duplicity (2013).
Henry James's Europe : Heritage and Transfer (2011).


Pierre BEYLOT : Que refait le remake sériel ? Broadchurch et ses déclinaisons transnationales : Malaterra et Gracepoint
Saluée par la critique et le public, la série britannique Broadchurch créée par Chris Chibnall (ITV, 2013-17) a connu deux déclinaisons transnationales le temps d'une seule saison : aux États-Unis avec Gracepoint (Fox, 2014) et en France, avec Malaterra réalisée par Jean-Xavier de Lestrade (France 2, 2015). Au-delà des similitudes et des différences de scénario, de lieux et de distribution, ce cas de figure nous amène à nous interroger sur ce que "refait" le remake sériel. Le terme de remake est-il lui-même approprié pour une production sérielle ? Sur quoi porte la transposition : développement de l’intrigue et des personnages ? Rôle des décors et des paysages ? Incarnation par des acteurs différents (ou au contraire, identiques, dans le cas de David Tennant qui reprend dans la version américaine le rôle qu'il tenait dans la version originale) ? Spécificités nationales liées aux comportements sociaux ou aux règles de procédure policières et judiciaires ? Des falaises du Dorset aux rivages de la Corse ou de la Californie, on analysera les effets de cette transposition d'une matrice sérielle : on examinera en particulier la façon dont elle affecte l'agencement narratif de la série et la construction des identités nationales à laquelle elle participe.

Pierre Beylot est professeur en Études cinématographiques et audiovisuelles à l'université Bordeaux Montaigne où il est responsable du Master "Approches historiques et socioculturelles du cinéma et de l'audiovisuel". Il a participé au premier colloque de Cerisy, Les séries télévisées en 2002, et les a analysées dans plusieurs articles et ouvrages, notamment Les Séries policières (co-dir., 2002) ; Le Récit audiovisuel (2005) ; "Homeland / Hatufim : intertextualité sérielle et transfert culturel", in Mise au Point (2015) et "Comment définir l'identité d’une série ? Le cas de Homeland", in Troubles en séries (2020).

Marta BONI : Le principe d'incertitude dans les séries : une tendance transnationale ?
De plus en plus, les séries télé présentent des personnages marginaux : des femmes, des adolescent(e)s, des queers. Ainsi, par la création d'expériences de doute, de désorientation ou d'échec, de nouvelles manières de concourir à la "structure de sentiment" de crise de l'ère contemporaine apparaissent. Cette contribution portera sur les lieux et les modes de circulation transnationaux de cette tendance. Aux États-Unis — notamment avec Netflix ou Amazon Prime Video — l'incertitude est devenue une importante stratégie de marché, à lire dans le cadre d'un "humanisme libéral" des plateformes. Nous pouvons donc nous demander comment celle-ci s'inscrit suivant ou s'écartant des logiques de "proximité culturelle" dans les pays européens, sur le plan de la production et de la réception ?

Marta Boni est professeure agrégée au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'université de Montréal, où elle enseigne et dirige des recherches sur le cinéma et la télévision. En 2015 elle a fondé le Labo Télé qui prône une approche pragmatique et intersectionnelle des séries, avec une attention particulière pour les liens entre les formes et les technologies de la télévision à l'ère du numérique.

Hélène BREDA : S'initier à la sexualité dans et par les séries télévisées. Regards croisés sur Sex Education (UK) et Sexify (Pologne)
Cette communication propose de comparer deux séries diffusées sur la plateforme Netflix, dont le thème commun est la découverte de la sexualité par de jeunes gens en contexte scolaire ou estudiantin. La première, Sex Education (UK, 3 saisons), se caractérise par une représentation diverse et inclusive d'identités de genre comme d'orientations sexuelles. La seconde, Sexify (Pologne), se saisit de la question du plaisir féminin dans un contexte relativement conservateur. Il s'agira ici de comprendre comment, dans l'un et l'autre cas, une approche progressiste dotée d'une portée pédagogique permet d'aborder une variété de situations individuelles encore rarement prises en compte dans les médias. L'articulation entre des analyses de contenu et une étude de réception mettra en lumière l'importance des enjeux sociaux sous-tendus par ces représentations, autour de la notion philosophique de "lutte pour la reconnaissance".

Hélène Breda est Maîtresse de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication au LabSIC (Université Sorbonne Paris Nord) et chercheuse associée à l'IRCAV. Elle est l'autrice d'une thèse consacrée à la notion de "tissage narratif" dans les séries télévisées étatsuniennes (2015). Ses recherches actuelles portent sur la représentation des identités culturelles dans la fiction et les médias ainsi que sur la réception d'œuvres (pop-)culturelles, notamment dans sa dimension genrée.

Florence CABARET : De Criminal Justice (BBC, 2008), à The Night Of (HBO, 2016), à Une si longue nuit : changements ethniques et changements de perspectives
Entre la minisérie britannique Criminal Justice (BBC, 2008) et son adaptation étatsunienne The Night Of (HBO, 2016), plusieurs changements d'identités ethniques sont intervenus dans la réécriture des personnages de cette enquête policière et judiciaire. Le jeune Ben Coulter (Ben Whishaw) est devenu Nasir Khan (Riz Ahmed) tandis que d'autres personnages autour de lui se sont vus attribuer une filiation ethnique différente de celle des personnages d'origine (les parents de l'accusé, la jeune femme rencontrée dans le taxi, les avocat(e)s qui le défendent, le détenu qui devient son mentor). Ces modifications seront l'occasion d'interroger la mise en fiction de deux univers nationaux où la "minorité modèle" indo-pakistanaise découvre que son statut est remis en cause dans un monde où la crainte du terrorisme islamiste ébranle différemment les relations inter-ethniques que les deux scénarios redessinent également.

Florence Cabaret est Maître de conférences à l'université de Rouen et membre du laboratoire ERIAC. Elle travaille sur les romans et films de la diaspora indienne de langue anglaise, et sur la représentation des personnages qui incarnent cette diaspora dans les séries télévisées britanniques et étatsuniennes. Elle a co-édité plusieurs numéros de la revue en ligne TV/Series avec Sylvaine Bataille, Claire Cornillon et Virginie Douglas. Elle traduit également les romans et essais d'Hanif Kureishi (chez Christian Bourgois).

Fabienne DARLING-WOLF : Imaginaires 2.0 : nostalgie, connexions, et nouveaux publics à l'ère du numérique
Si le tournant numérique accentue la mondialisation des publics et facilite la création de nouveaux imaginaires construits grâce à un accès plus rapide et varié aux productions internationales, il est aussi fondé sur des relations de pouvoir ayant influencé, en amont des développements technologiques, les échanges culturels transnationaux. Toute analyse de la reconfiguration de la télévision à l'heure du numérique doit donc nécessairement prendre en compte l'impact de ces relations historiques et (trans)culturelles sur les publics et sur leurs modes d'engagement avec la culture populaire "mondiale". Cette communication propose une réflexion sur ces thèmes : quel effet ont ces relations sur les modalités d'inclusion (ou d'exclusion) de différentes zones de création dans l'imaginaire de publics divers ? Pour quels publics ces nouvelles problématiques transnationales sont-elles le plus profondément perturbatrices ?

Fabienne Darling-Wolf enseigne l'étude des médias à Temple University (Philadelphie, États-Unis). Ses recherches portent sur les problématiques d'influence transculturelle et leur négociation "locale" dans différents contextes, notamment au Japon, en Europe et aux États-Unis.
Publication
Imagining the global : Transnational media and popular culture beyond East and West, University of Michigan Press, 2015.

Florent FAVARD : The Shape of Things to Come : quelle(s) structure(s) narrative(s) pour les séries de SVoD ?
Les séries des plateformes de SVoD augurent d'une nouvelle ère de la "télévision", ou plutôt, des "petits écrans", où la fiction audiovisuelle ne cesse de se réinventer. La question qui sera posée ici porte sur la forme même de ces fictions, à l'heure de leur livraison en blocs saisonniers (sur Netflix), du mélange des modèles économiques et culturels dans un cadre transnational, et de l'articulation de grandes franchises transmédiatiques (notamment sur Disney+). Quelles sont les conséquences pour ces objets dont la sérialité se trouve reformatée, reformulée, recadrée, au gré d'un calendrier qui dépasserait les frontières et les grilles de programmes locales ? Il s'agira notamment de s'interroger sur la structure narrative de ces séries, sur la façon dont elles déploient leur monde fictionnel, et sur leur capacité à générer une nouvelle expérience sérielle qui se voudrait, peut-être, "universelle".

Maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication à l'IECA de Nancy, Florent Favard se spécialise dans la complexité narrative des séries télévisées et des franchises cinématographiques contemporaines. Ses recherches se focalisent actuellement sur la narration sérielle des services de streaming, et sur les liens entre sérialité et worldbuilding.
Publications
Écrire une série TV, PUFR, 2019
Le récit dans les séries de science-fiction, Armand Colin, 2018.

Isabelle LABROUILLÈRE : La représentation des espaces frontaliers et du corps migrant dans la mini-série Eden réalisée par Dominik Moll
Cette intervention se proposera d'analyser la dimension esthétique et narrative de la représentation du corps migrant et des espaces frontaliers dans Lampedusa de Marco Pontecorvo, et Eden de Dominik Moll, deux mini séries européennes respectivement produites par la Rai et Arte, mais aussi dans Stateless d'Emma Freeman et Jocelyn Moorehouse, série australienne co-produite par Cate Blanchett que la diffusion sur Netflix a promue sur le plan international. Nous nous demanderons notamment si l'approche chorale adoptée dans ces œuvres, en diffractant la réalité par le prisme de lieux et de personnages singuliers, permet de les envisager "non pas comme un miroir de la société, mais comme un dispositif qui reflète des manières de voir et qui peut donc bouleverser les stéréotypes" (Olivier Estève, Sébastien Lefait, La question raciale dans les séries américaines). Nous chercherons ainsi à interroger la façon dont ces séries tentent d'embrasser une réalité plurielle et labile, et d'ainsi questionner notre regard en opposant à la stérilité du stéréotype la possibilité d'un nomadisme de la pensée.

Isabelle Labrouillère est maître de conférences à l'École Nationale Supérieure d'AudioVisuel, école interne à l'université Toulouse Jean Jaurès. Ses travaux de recherche portent notamment sur la représentation de l'identité et de l'altérité ("La défiguration comme geste de re/création : figures en miroir et trouble des formes dans Stolen Face, Four-Sided Triangle et Curse of Frankenstein de Terence Fisher") et ses derniers articles interrogent de façon plus précise la question du corps à l'écran chez Christopher Nolan ("L'écriture de la peau dans Memento (Christopher Nolan, 2000) : du mutisme du corps tatoué à son devenir image") ou chez des réalisatrices telles que Su Friedrich ou Barbara Loden ("Barbara Loden's Recovered Voice : from Wanda's Mutism to the Piece's "Pensiveness"" (Wanda, Barbara Loden, 1970)).

Dimitra Laurence LAROCHELLE : Décoder l’Autre : la réception des fictions sérielles turques par les Grecs
Depuis le début des années 2000, la production et l'exportation des feuilletons télévisés turcs vers l'étranger est en constante expansion, accordant ainsi à l'industrie sérielle turque un rôle de leader sur la scène médiatique internationale. Les feuilletons télévisés turcs proposent un monde imaginaire de consommation mondialisée et d'amour romantique qui défie les frontières nationales. Toutefois, ce qui différencie les feuilletons turcs des biens culturels similaires produits ailleurs, c'est qu'ils proposent une modernité alternative caractérisée non seulement par des rôles de genre et des structures sociales traditionnelles, mais aussi par le conservatisme social. À travers cette présentation, je souhaite discuter une partie des résultats de ma recherche empirique concernant la représentation des identités genrées et des structures conjugales et amoureuses projetées par les feuilletons turcs ainsi que leur réception par les publics féminins grecs. Plus précisément, mon objectif est de mettre en évidence les modes de résistance des femmes grecques face aux hiérarchies dominantes imposées par le système patriarcal à travers leur lecture de ces textes médiatiques particuliers. Comment la résistance aux hiérarchies dominantes se produit-elle à travers la lecture de ces textes proposant une modernité alternative et qu'est-ce que cela nous apprend sur la condition des femmes qui consomment des feuilletons turcs en Grèce ?

Dimitra Laurence Larochelle est chercheuse postdoctorale à l'université Polytechnique Hauts-de-France. Après trois masters en sociologie (Université de Paris), en anthropologie (Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis) et en communication (Université Panthéon Assas), elle a effectué sa thèse sur la réception des fictions sérielles turques par les publics féminins grecs à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Elle est Youth Representative de l'Association Internationale de Sociologie (AIS) aux Nations Unies, membre du bureau du CR 14 (Sociologie de la Communication, de la Connaissance et de la Culture) de l'AIS et éditrice associée des revues internationales Art Style | Art & Culture International Magazine et THESIS. Ses publications portent sur les fictions sérielles, l'interculturalité, le genre, les rapports entre culture populaire et politique, le numérique et l'étude des fans.

Céline MASONI : Imaginaire(s) mafieux en circulation
Dans un environnement pluri-sémiotisé, où circulent de multiples images et récits du crime organisé, issus de multiples cultures, comment les productions sérielles participent-elles de la fabrication ou de la composition de nos représentations et façonnent-elles nos imaginaires ? À partir de quelles associations d'éléments visuels et audiovisuels, langagiers, narratifs et discursifs ? Vers la production de quel(s) invariant(s) ou de quelles variations ? Sur la base des approches anthropologiques et structurales des représentations sociales, nous revisiterons le lien entre culture(s) et représentation(s), en vue d'interroger les reconfigurations symboliques et sémantiques que les objets sériels offrent ou imposent à nos systèmes culturels d'interprétation.

Céline Masoni, Maître de conférences en sciences de la communication est membre du LIRCES (Laboratoire Interdisciplinaire Récits, Cultures et Sociétés) de l'université Côte d'Azur. Croisant analyses du récit et du discours, esthétique et études visuelles, elle interroge les pratiques créatives irriguées par la circulation de textes et d'images dans un environnement médiatique multi-sémiotisé. Elle a co-fondé, avec Manuela Bertone, l'ORC, Observatoire du Récit Criminel : orc.hypotheses.org.

Tristan MATTELART : Penser les enjeux de l'internationalisation des séries télévisées : 50 ans de controverses théoriques
La circulation des séries par-delà les frontières nationales a suscité, depuis la fin des années 1960, de vives controverses. Les séries américaines exportées aux quatre coins du monde constituent-elles les agents d'une hégémonie culturelle ou des sources d'inspiration pour les producteurs des autres pays ? Comment sont-elles réappropriées par leurs téléspectateurs à l'étranger ? L'apparition de nouveaux centres d'exportation télévisuels contribue-t-elle à un monde culturellement multipolaire ? Dans quelle mesure l'avènement du web a-t-il transformé les rapports de pouvoir régissant la circulation transnationale des séries ? C'est à l'examen de ces questions que se consacrent plusieurs courants théoriques, souvent antagonistes. Cette communication reviendra sur ces différentes façons de penser l'internationalisation des séries, en s'appuyant sur quelques-uns des textes les plus représentatifs de chacun de ces courants.

Tristan Mattelart est professeur à l'Institut français de presse de l'université Paris 2 Panthéon-Assas et chercheur au Centre d'analyse et de recherche interdisciplinaires sur les médias (Carism). Après avoir, depuis les années 1990, travaillé sur les enjeux attachés aux processus de transnationalisation des médias, de l'information et des produits culturels, il explore aujourd'hui la façon dont ces processus sont reconfigurés par l'avènement de plateformes numériques aux ambitions globales.

Dominique MEMMI : Les Séries entre inquiétudes transnationales et traitement "local"
On dit communément que le cinéma est un art "populaire" par l'ampleur quantitative et sociale de la réception dont il est capable de bénéficier. La chose paraît encore plus évident pour les Séries, a fortiori depuis le début des années 2000 : quand on a vu leur horizon de réception s'élargir considérablement et s'internationaliser. L'hypothèse qu'on voudrait tester ici, c'est que ce produit culturel spécifique tire les conditions de félicité de sa réception du fait d'être pris dans une tension entre la participation à des questionnements et "air du temps" internationaux, et une surenchère — que la longueur de la série permet de nourrir — sur les caractères nationaux de ses récits et personnages, ce qui confère à la série à la fois une sorte de "marque" de fabrique et un séduisant exotisme. Le meilleur exemple en serait sans doute les déclinaisons israélienne, américaine, québécoise et française respectivement de Betipoul (2005-2008), In Treatment (2008-2010), En thérapie (2012-2014) et En analyse (février-mars 2021). Mais nous voudrions tester cette hypothèse avant tout sur la Série Killing Eve (2018-2021) qui à la fois participe fortement de l'ère post MeToo (elle-même jalonnée par plusieurs films allant dans le même sens) tout en en américanisant les traits. C'est alors que les Séries se confirment comme un formidable matériau pour le sociologue et l'historien, à condition d'accepter qu'elles ne sont pas un reflet du réel… mais qu'elles constituent une manière (nationale, ou prétendue telle) de le penser.

Dominique Memmi est directrice de recherche au CNRS, en sciences sociales, et auteur d'une dizaine d'ouvrages et de nombreux articles. Une réflexion ininterrompue sur l'évolution du statut du corps, au cœur de la société mais aussi des sciences sociales, lui a permis de mettre en valeur la succession depuis le milieu du XXe siècle des modes d'exercice de la domination sociale, à partir notamment de ce qu'en réfracte la production cinématographique sur laquelle elle a publié aussi bien dans des revues ou des ouvrages de cinéma (Vertigo, Cinémaction, Le corps filmé) que de sciences sociales (Le Mouvement social, Politix, Politique La Revue, Culture et musées).
Publications sur la production cinématographique
"Corps à corps et domination rapprochée : ou comment le cinéma 'réfléchit' le monde social", Culture et musées, n°7, 2006, pp. 81-95.
"'S'en sortir' ou pas : contes cinématographiques et impatience sociale", in Carole Aurouet (dir.), Contes et Légendes à l'écran, Cinémaction, n°116, Paris, Corlet Éditions, 2005, pp. 42-50.
Domination de classes
"Une situation sans issue ? Maîtres et domestiques dans le cinéma anglais et français", Cahiers du genre, n°35, 2003, pp. 209-236.
"La recomposition du masculin dans les classes populaires : une issue à la domination sociale ? À propos de Billy Eliot, de Full Mounty et de quelques autres dans le cinéma réaliste anglais depuis 40 ans", Le Mouvement social, n°198, janvier-mars 2002, pp. 151-154.
"L'introuvable 'peuple' dans le cinéma français", CinémAction, n°110, 2004, pp. 46-51.
"Alien ou les dents de l'Autre", Vertigo, n°16, 1997, pp. 183-188.
"Journal intime de Nanni Moretti ou le miroir aux intellectuels", Politix, n°30, vol. 8, 1995, pp. 178-182.
"Reprise de Hervé le Roux ou : ce monde que nous avons perdu", Politique La Revue, n°7, janvier-février-mars 1998, pp. 83-86.
Domination de sexes
"Entre domination physique et domination symbolique : La Leçon de piano", in CURAPP, La gouvernabilité, Paris, Puf, 1996, pp. 45-62.
"Naturaliser la domination masculine ou comment ne pas en sortir", Cahiers du genre, n°29, 2000, pp. 128-135.
"Nommer le sexuel à l'écran depuis le milieu des années 1970" (avec Nathalie Nikolic), in Andrea Grunert (dir.), Le corps filmé, Paris, Corlet Éditions, 2006.
"La leçon de piano", Politique La Revue, n°1, juillet-août-septembre 1997, pp. 95-97.

Gilles MENEGALDO : Utopia (série britannique, Channel 4, 2013-2014) et sa reprise américaine (Amazon Prime Video, 2020): les raisons du remake raté d'une série culte
Utopia (2014, Channel 4), scénarisé par Dennis Kelly et mis en scène par Mark Mundsen est une série britannique qui comporte deux saisons de 6 épisodes d'une heure. C'est un thriller paranoïaque et conspirationniste qui dénonce, entre autres, la collusion entre le pouvoir politique, certains trusts industriels et une mystérieuse organisation, le "Network", qui vise à stériliser une bonne partie de l'humanité pour sauver l'autre. La dimension apocalyptique est présente et apparaît graduellement mais il s'agit plutôt d'une apocalypse annoncée et temporairement évitée. Malgré les éloges critiques, l'attribution d'un prix et l'enthousiasme des fans, la série n'est pas reconduite pour une troisième saison, en raison de la trop faible audience. Le projet d'un remake pour HBO avec David Fincher n'aboutit pas, mais Amazon Prime confie un nouveau projet à Gillian Flynn qui scénarise 8 épisodes (au lieu de 10 initialement prévus). De nouveau la série n'est pas reconduite pour une deuxième saison. La série de Channel 4 est très ancrée dans le contexte anglais, mais comporte aussi une dimension transnationale, d'abord dans l'univers diégétique qu'elle met en scène (la dimension mondiale de l'épidémie, les contextes historiques et politiques, les références à plusieurs cultures, plusieurs langues), ensuite dans sa dimension intertextuelle, enfin au niveau des publics de nombreux pays qui ont contribué à faire d'Utopia une série culte par le biais en particulier des réseaux sociaux. Le remake produit par Amazon est interrompu avant de pouvoir développer son univers fictionnel qui de ce fait est nettement moins transnational (en dehors de quelques références ponctuelles). Ce qui frappe, c'est l'américanisation de la série diffusée en pleine pandémie et qui s'exprime de différentes manières, en particulier par le choix des lieux, les références politiques, sociales et culturelles, mais aussi par l'ajout de personnages. La dimension transnationale s'exprime cependant autrement, dans les collaborations d'artistes, en particulier par l'apport de l'artiste brésilien João Ruas, créateur des romans graphiques Dystopia et Utopia qui sont au cœur de l'intrigue. La réflexion portera enfin sur l'arrêt prématuré des deux séries et tentera aussi d'analyser les raisons de l'échec de la reprise américaine, pâle reflet de la série anglaise originelle.

Gilles Menegaldo est Professeur émérite de littérature et cinéma à l'université de Poitiers. Fondateur et ancien directeur du département "Arts du spectacle". Éditeur ou co-éditeur de 35 ouvrages collectifs et auteur de 140 articles dont trois publiés sur les séries TV: Deadwood, The Frankenstein Chronicles, The Prisoner et d'un sur la sérialité.
Dernières publications
Tim Burton, a Cinema of Transformations, PULM, février 2018.
Spectres de Poe dans la littérature et dans les arts (avec Jocelyn Dupont), Colloque de Cerisy, Le Visage vert, décembre 2020.
Le goût du noir dans la fiction policière contemporaine (avec Maryse Petit), Colloque de Cerisy, PU Rennes, juillet 2021.
Dark Recesses in the House of Hammer (avec Mélanie Boissonneau et Anne-Marie Paquet-Deyris), Peter Lang, janvier 2022.

Maryse PETIT : Le brouillage des frontières dans les séries Bron / The Bridge et Tunnel
La série policière suédo-danoise Bron / The Bridge, comme sa reprise (pour la première saison) franco-britannique Tunnel, commence par la mise en évidence de la radicalité de la frontière, coupure géographique qui s'applique aux corps des victimes. La collaboration sera nécessaire, de chaque côté de cette frontière, pour des enquêteurs que tout oppose. Chacun devra la traverser quotidiennement, et ainsi mettre en cause cette radicalité. Bientôt, c'est la frontière elle-même qui va se déplacer : distance dans les rapports sociaux des personnages, failles dans leurs comportements, ruptures dans leurs environnements, qu'il leur faudra à chaque fois, surmonter d'une manière ou d'une autre pour que la recherche de la vérité puisse progresser. Au fil des saisons, les intrigues des deux séries se différencient, explorant néanmoins ces limites géographiques et politiques imposées par l'Histoire, mais que les histoires humaines ne cessent de transgresser.

Ludivica TUA
Doctorante en Science de l'information et de la communication à l'université Toulouse Jean Jaurès (LERASS), en co-direction avec l'université Aix-Marseille, Ludovica Tua travaille sur les séries télévisées turques à sujet historique, et notamment sur celles diffusées par la chaîne étatique TRT. Ces dernières sont étudiées sous le prisme du nationalisme et du genre, afin de saisir les enjeux identitaires et politiques qu'elles véhiculent et leur affinité avec le gouvernement turc actuel.

Hülya UĞUR TANRIÖVER : Des "ghettos roses" aux marchés internationaux : la popularité des séries turques
Malgré l'arrivée tardive de la télévision, on observe une adaptation rapide des producteurs et des publics à la culture télévisuelle en Turquie. Sur l'exemple des grands succès américains comme Dallas puis des telenovelas brésiliens, les séries nationales commencent à conquérir les écrans. Considérées au départ comme des genres destinés aux femmes, pour mieux les enfermer dans des "ghettos roses", ces séries acquièrent en peu de temps une popularité non seulement nationale mais aussi internationale. Nous partagerons, dans le cadre de ce colloque, les résultats de plusieurs recherches que nous avons réalisées depuis vingt-cinq ans sur la production (et l'exportation) des séries turques d'une part et sur les discours qu'elles véhiculent ainsi que leur réception, de l'autre, afin de mieux comprendre leur popularité et le rapport de cette popularité avec les orientations politiques au sens général.

Hülya Ugur Tanriöver, est professeure émérite en radio, télévision et cinéma (Université Galatasaray d'Istanbul et Université Giresun), elle travaille dans le domaine de la sociologie du cinéma et de la télévision ainsi que celui des études de genre. Elle est aussi conseillère de différentes organisations de femmes et de cinéma et participe en activiste à leurs travaux et actions.


BIBLIOGRAPHIE :

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• Mittell, Jason, Complex TV : the Poetics of Contemporary Television Storytelling, New York, New York University Press, 2015.
• Sepulchre, Sarah (dir.), Décoder les séries télévisées, 2e édition, Louvain, DeBoeck, 2017.
• Soulez, Guillaume, Quand le film nous parle. Rhétorique, cinéma, télévision, Paris, PUF, 2011.
• Thompson, Ethan & Mittell, Jason (eds.), How to Watch Television, New York, New York University Press, 2013.
• Wells-Lassagne, Shannon, Television and Serial Adaptation, New York, Routledge, 2017.


SOUTIENS :

• Laboratoire de recherche sur les cultures anglophones (LARCA, CNRS UMR 8225) | Université Paris Cité
Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
Aix-Marseille Université
• Université catholique de Louvain (UCLouvain)

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


LA PENSÉE DE MARC RICHIR : UNE PHÉNOMÉNOLOGIE DU RÉEL ?


DU DIMANCHE 24 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 30 JUILLET (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]


Gérard Bordé, Ronald Bruzina, Jean-Marc Mouillie,
Natalie Depraz, Marc Richir et Guy Van Kerckhoven
Colloque de Cerisy sur Eugen Fink (1994)


PRÉSENTATION VIDÉO :


ARGUMENT :

Cette rencontre interdisciplinaire se donne pour objectif d'approfondir la pensée du phénoménologue belge Marc Richir (1943-2015), en travaillant deux axes majeurs de son œuvre. D'une part, il est l'un des très rares phénoménologues à ne pas avoir rejeté définitivement l'apport structuraliste, tout en en limitant le champ où celui-ci peut légitimement être mobilisé. Il a ainsi conçu une "architectonique" organisée autour des deux pôles entre lesquels sa réflexion n'a cessé de se déployer : le symbolique et le phénoménologique. D'autre part, contre toute une tendance post-moderne et hyper-nominaliste de la pensée contemporaine, il n'a cessé de chercher à comprendre comment un langage peut dire un réel qui se tienne véritablement hors langage. C'est ainsi que László Tengelyi a pu dire au sujet de la phénoménologie richirienne qu'elle s'ancre dans le réel, sans jamais pour autant succomber à une conception naïve ou dogmatique qui se résumerait à un pur idéalisme ou à un pur réalisme.

C'est en réfléchissant à cette tension entre un "réalisme auquel aucun idéalisme […] ne s'oppose" (L. Tengelyi) et un idéalisme transcendantal compris comme "phénoménologie du réel" (A. Schnell) que peut se comprendre l'apport de Richir dans différents champs disciplinaires : phénoménologique, esthétique, épistémologique et politique.


MOTS-CLÉS :

Esthétique, Langage, Phénoménologie, Politique, Richir (Marc), Réel, Schnell (Alexander), Structuralisme, Symbolisme, Tengelyi (László), Transcendantal


CALENDRIER DÉFINITIF :

Dimanche 24 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Lundi 25 juillet
Matin
Sacha CARLSON, Patrick LANG, Joëlle MESNIL, Jean-François PERRIER & Alexander SCHNELL : Introduction
Sacha CARLSON : Richir et la musique

Après-midi
Alexander SCHNELL : La question de l'affectivité chez Marc Richir [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]
István FAZAKAS : De l'excès du vécu aux pulsations de l'affectivité. De l'infigurable dans l'apparaître


Mardi 26 juillet
Matin
ANIMALITÉS
Jean-Sébastien PHILIPPART : La phénoménologie richirienne à l'épreuve des animalités
Jean-François PERRIER : Marc Richir est-il un penseur de l'anthropocène ? Humanité et animalité du second degré

Après-midi
VARIA
Joëlle MESNIL : Marc Richir et Jean Laplanche, une convergence singulière
Patrick LANG : La relation mère-nourrisson selon Scheler, Sartre et Richir


Mercredi 27 juillet
Matin
ESTHÉTIQUE PHÉNOMÉNOLOGIQUE
Anna YAMPOLSKAYA : Lucian Freud et la phantasia richirienne
Ricardo SÁNCHEZ ORTIZ DE URBINA : Expérience réelle artistique et expérience réelle esthétique chez Marc Richir [texte lu par Sacha CARLSON]

Après-midi
DÉTENTE


Jeudi 28 juillet
Matin
ANTHROPOLOGIE ET PHÉNOMÉNOLOGIE
Paula ANGELOVA : Paysages affectifs : figures d'une anthropologie phénoménologique de Marc Richir
Florian FORESTIER : Comment trahir Richir ?

Après-midi
POÉSIE
Serge MEITINGER : L'énigme du monde à l'œuvre : Melville, Richir et quelques autres
Antonino MAZZÙ : "L'explication orphique de la Terre". Marc Richir interprète de Mallarmé


Vendredi 29 juillet
Matin
ÉPISTÉMOLOGIE
Carlos LOBO : Schématisme, modalités et institution de l'idéalité
Aurélien ALAVI : La décohérence quantique au regard du Malin Génie

Après-midi
ART ET SCIENCES
Guy VAN KERCKHOVEN : Au sein du "laboratoire phénoménologique". Recueillements et promesses

Marc Richir : à la croisée des sciences et des arts, table ronde animée par Sacha CARLSON


Samedi 30 juillet
Matin
Table ronde : Marc Richir et sa postérité

Discussion générale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Sacha CARLSON : Richir et la musique
Aux dires mêmes de Richir, la musique a toujours été un élément important dans ses propres réflexions, même s'il regrettait également de ne pas pouvoir y accéder de manière technique. On explorera ici le rapport de la pensée de M. Richir à la musique selon deux versants complémentaires : d'une part, en approfondissant les quelques ébauches de phénoménologie de la musique que l'on trouve dans les textes de Richir. D'autre part, en examinant la musicalité qui affleure dans la pensée même de Richir : ce qui nous conduira à formuler l'hypothèse d'une homologie entre l'architectonique richirienne et la "pensée" musicale.

Sacha Carlson est musicien et philosophe. Spécialiste de phénoménologie, d'esthétique et de philosophie classique allemande, il enseigne actuellement à l'université Côte d'Azur.
Publications
M. Richir, L'écart et le rien. Conversations avec Sacha Carlson, 2015.
Genèse et phénoménalisation. La question de la phénoménologie chez le jeune Richir, Mémoires des Annales de phénoménologie, 2020.
Signes, sons et sens. Essai de poétique phénoménologique, Mémoires des Annales de phénoménologie, 2022.

Patrick LANG : La relation mère-nourrisson selon Scheler, Sartre et Richir
La contribution se concentrera sur un sujet précis de l'anthropologie philosophique, à savoir le moment de l'humanisation du nourrisson par l'échange des regards avec la mère. Ce motif a été étudié selon des perspectives différentes, mais complémentaires, par Scheler dans Nature et formes de la sympathie, par Sartre dans le premier tome de L'Idiot de la famille, et par Marc Richir dans de nombreux écrits à partir de 2004. Il s'agira donc de confronter ces approches.

Patrick Lang est chercheur au Centre atlantique de philosophie (EA7463 CAPhi), maître de conférences, directeur du département de philosophie de l'université de Nantes (2018-2021), secrétaire de l'Association internationale de phénoménologie. Diplômé de la faculté d'économie politique (Diplom-Volkswirt) de la Ludwig-Maximilians-Universität de Munich (Allemagne), docteur de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, agrégé de philosophie, agrégé d'allemand.
Publications récentes
"Judaïsme et christianisme chez Max Scheler", in D.-E. Levinas & Ph. Capelle-Dumont (dir.), Judaïsme et christianisme dans la philosophie contemporaine, Paris, Éditions du Cerf, 2021, p. 83-93.
"Cultivating the Sense of Emotional Identity with the Living Universe", in C. Gutland, X. Yang & W. Zhang (dir.), Scheler und das asiatische Denken im Weltalter des Ausgleichs, Scheleriana vol. 6, Nordhausen, Bautz, 2019, p. 200-213.
"Réalité et réalisme dans la pensée de Max Scheler", Annales de Phénoménologie - Nouvelle série, n°17, 2018, p. 32-56.
Max Scheler, Trois essais sur l'esprit du capitalisme, Traduction et notes, précédé de P. Lang, Sauvés par le travail ? Max Scheler et la critique de la déraison économique (p. 7-127), Nantes, Cécile Defaut, 2016, 300 p.

Joëlle MESNIL : Marc Richir et Jean Laplanche, une convergence singulière
À première vue, rien ne laissait supposer que le psychanalyste Jean Laplanche qui a presque toujours opposé son approche de l'inconscient freudien à une compréhension phénoménologique puisse s'accorder avec la pensée de Marc Richir. Pourtant, une longue étude, dont j'exposerai ici l'essentiel, met clairement en évidence une convergence exceptionnelle entre la façon dont le psychanalyste et le phénoménologue mènent à bien leur lecture critique de Freud tout en déplaçant selon les mêmes lignes de partage les frontières conceptuelles les plus communément admises par le père de la psychanalyse lui-même.

Joëlle Mesnil est Pychologue clinicienne dans la fonction publique hospitalière, désormais retraitée. Membre de l'Association internationale de phénoménologie. Diplômée en philosophie de la faculté de Nanterre (1971). Docteur de l'université Paris 7 en psychopathologie (1988).
Publications récentes
2018, L'être sauvage et le signifiant. Marc Richir et la psychanalyse, MJW Fédition.
2017, "La notion d'existential symbolique chez Marc Richir : vers un nouveau réalisme phénoménologique en psychopathologie", in Annales de Phénoménologie - Nouvelle série, n°16, 2017 [en ligne].

Jean-François PERRIER : Marc Richir est-il un penseur de l'anthropocène ? Humanité et animalité du second degré
Dans L'écart et le rien, Richir défend l'idée que notre époque est celle de l'homogénéisation et de l'auto-domestication intégrale des êtres humains. Cet "enfer d'un monde sans dehors", intimement lié au développement du capitalisme planétaire, prend l'allure d'une "terrible utopie négative" où ni le sens ni le langage ne parviennent à se spatialiser et à se temporaliser. Aux yeux de Richir, il en va de la mort "de cette civilisation qui est née de [la] révolution néolithique", où la barbarie détruit tant les êtres humains que notre écosystème. Derrière l'apparente proximité de la pensée richirienne avec le récit de l'anthropocène se cachent néanmoins plusieurs différences fondamentales. Afin d'éclairer ces différences, il nous semble d'abord nécessaire de revenir sur la conception richirienne de l'animalité et de l'humanité : l'institution symbolique peut agir en l'humain comme une animalité de second degré. Nous défendrons ensuite l'idée selon laquelle le capitalisme procède selon Richir à une complète animalisation des êtres humains en ne laissant plus aucune place à la liberté humaine. Nous insisterons pour conclure sur le lien qu'entretient cette liberté avec la question du politique.

Jean-François Perrier est professeur de philosophie au Cégep François-Xavier Garneau et docteur en philosophie (dir. Sophie-Jan Arrien et Alexander Schnell). Ses domaines de recherche sont la phénoménologie, la philosophie politique et l'éthique animale. Après avoir consacré son mémoire de maîtrise à la pensée de Jacques Derrida, il a soutenu une thèse intitulée "Entre rencontre et malencontre. Esquisse d'une phénoménologie du politique chez Marc Richir". Il est rédacteur des comptes rendus en français pour la revue Symposium de la Société canadienne de philosophie continentale et membre de l'Association internationale de phénoménologie et du Laboratoire de philosophie continentale.
Publication récente
S.-J. Arrien, J.-S. Hardy & J.-F. Perrier (éds.), Aux marges de la phénoménologie. Lectures et percées dans l'œuvre de Marc Richir, Hermann, Paris, 2019.


Aurélien ALAVI
Aurélien Alavi est étudiant à Paris I Sorbonne. Détenteur d'un Master en philosophie contemporaine (portant sur Richir, l'affect et la réminiscence), il est membre de l'Association internationale de phénoménologie.
Publications récentes
"Institution philosophique et institution mythique ; quel régime de pensée pour l'aventure du sens ?", dans Annales de Phénoménologie, nº18, 2019, pp. 151-227.
"Le réalisme spéculatif et la phénoménologie : comment donner sens, avec Husserl et par-delà Husserl, à ce qui passe toute évidence représentationnelle ?", dans Eikasia, nº95, 2020, pp. 147-192.
""Cachez ce Zeit que je ne saurais voir !" Ce qu'il y a encore de présent sous le flux perceptif (Husserl, Levinas, Richir)", dans Annales de Phénoménologie, nº19, 2020, pp. 143-222.

Paula ANGELOVA : Paysages affectifs : figures d'une anthropologie phénoménologique de Marc Richir
Dans les divers axes de l'anthropologie phénoménologique élaborés par Sartre, Merleau-Ponty, Levinas et Blumenberg, la réflexion phénoménologique selon Richir touche bien à des "structures" de la facticité humaine et des "tréfonds" de l'humain débordant le champ de l'expérience effectuable. Partant des Fragments phénoménologiques sur le temps et l'espace et des autres textes de Richir, on explorera ici le terrain d'une géologie transcendantale de la spatialité existentiale concernant les questions de l'intériorité et de l'extériorité. En zigzag, on poursuivra le déploiement du paysage archaïque de l'espace interne enfoui dans les profondeurs de nos expériences jusqu'à la constitution d'un terrain historique de la vie commune comme une inscription quasi géographique de l'histoire dans un sol terrestre [Erdboden].

Paula Angelova est docteur en philosophie (dir. Dimitri Ginev) et co-éditrice de la revue internationale DIVINATIO. Entre 2018 et 2019, elle a activement pris part à la mise en place de l'Archive Marc Richir à Wuppertal. Elle est membre de l'Association internationale de phénoménologie, Institut für Transzendentalphilosophie und Phänomenologie, AUC Interpretationes.
Publication récente
P. Angelova, J. Andreev & E. Lensky (éds.), Das interpretative Universum, Verlag Königshausen & Neumann, Würzburg, 2017.

István FAZAKAS : De l'excès du vécu aux pulsations de l'affectivité. De l'infigurable dans l'apparaître
Depuis ses premières fondations par Husserl, la phénoménologie se donne la tâche d'analyser le vécu comme le lieu de l'apparaître. Or, comme on le sait — et ce fut précisément le coup d'envoi de la phénoménologie husserlienne — le vécu en question doit être pensé comme déjà dirigé vers son objet, l'apparaissant. Mais peut-on accéder au vécu avant qu'il soit travaillé par l'intentionnalité objectivante, voire par l'intentionnalité en général ? Comment décrire le lieu de l'apparaître avant même qu'il soit téléologiquement orienté vers tel ou tel (type d') apparaissant ? Et quel genre d'apparaître correspond-t-il à ce niveau ? La phénoménologie nova methodo de Marc Richir permet précisément de répondre à ces questions en libérant — par une épochè spécifique — l'affectivité pulsative en deçà de l'intentionnalité instituée et un clignotement phénoménologique de la phantasía habitée par ses pulsations.

István Fazakas, docteur en philosophie (co-tutelle entre la Bergische Universität Wuppertal et l'université Charles de Prague), est membre des Archives Marc Richir à l'université de Wuppertal, de l'Association internationale de phénoménologie et de l'Institut für Transzendentalphilosophie und Phänomenologie.
Publications récentes
Le clignotement du soi. Genèse et institution de l'ipséité, Association internationale de phénoménologie, coll. "Mémoires des Annales de phénoménologie", Wuppertal, 2020.
"Das archaische Selbst und seine Stiftungen", Phänomenologische Forschungen, 2021/1, pp. 47-70.
"En deçà de l'horizon – la part affective du monde", in Karel Novotný & Cathrin Nielsen (Hg./eds./éd.), Die Welt und das Reale/The World and the Real/Le monde et le réel, Nordhausen, Bautz, 2020, pp. 31-50.
"Le labyrinthe d'air. La structure des fantasmes dans l'anthropologie phénoménologique de Marc Richir", in Bodea C., Popa D. (eds.), Describing the Unconscious. Phenomenological Perspectives on the Subject of Psychoanalysis, Zeta Books, Bucharest, 2020, pp. 177-200.

Florian FORESTIER : Comment trahir Richir ?
Est-il possible de produire un discours phénoménologique dont le statut soit pleinement légitimé ? Le phénoménologue peut-il se prémunir de prendre l'accident pour l'essence, ou de manquer ce qu'il y a sans doute toujours d'accidentel dans l'essence, d'être le jouet de toutes formes de précompréhensions, que celle-ci soit symbolique, herméneutique, epochale ? Pour Heidegger, ou d'une autre façon Derrida, il s'agissait plutôt en effet de traverser la phénoménologie pour trouver en elle le secret de son impossibilité et finalement ne garder d'elle qu'un écho plus ou moins spectral. Avec le parti-pris d'une réduction hyperbolique et d'une stratégie d'élucidation en zigzag, appuyée sur la mise à jouer de registres architectoniques, Marc Richir entend poursuivre la phénoménologie à même son infondation. Mais pour ce faire, il met en œuvre un attirail conceptuel lourd qui menace toujours de recouvrir les concrétudes qu'il cherche à dégager. L'objet de cette intervention est d'interroger la possibilité de poursuivre le mouvement de pensée de Richir sans s'inscrire dans sa langue et sa conceptualité. Quelle langue la phénoménologique peut-elle mettre en œuvre pour capter quelque chose de cette épaisseur que je ne veux pas plus appeler fondement qu'infondation, mais par laquelle se réverbère malgré tout un écho de la fondation ? Quel discours peut "performer" le phénoménologique après la légitimation — mais pas tout à fait hors de — la légitimation ? Que serait une phénoménologie-fiction ?

Florian Forestier est conservateur à la Bibliothèque nationale et docteur en philosophie. Spécialiste de la phénoménologie contemporaine, il a consacré des travaux à la question de la singularité dans la philosophie française contemporaine (et aux fondements spéculatifs de la phénoménologie, et consacré plusieurs ouvrages à mesurer et discuter la portée de la refonte de la phénoménologie transcendantale proposée par Marc Richir (La phénoménologie génétique de Marc Richir, phaenomenologica, 2014, Le réel et le transcendantal, Jérôme Millon, 2015, Le grain du sens, Zetabooks, 2016). L'objet de ses travaux actuels est le statut et le type de discours philosophique susceptible de venir après la philosophie première. Il est également écrivain, auteur de recueils de nouvelles et de poèmes en prose (La boite, et Paysage, Éditions Hervé Roth, 2008, préfacé par Jean-Luc Nancy) et du roman Basculer (Belfond, 2021). Enfin, il a consacré un essai (Désubériser. Reprendre le contrôle, Éditions du Faubourg, 2020) aux effets de la transformation numérique sur le travail.

Carlos LOBO : Schématisme, modalités et institution de l'idéalité
Sous le titre de "phénoménologie de l'institution de l'idéalité", Marc Richir cherche à prolonger les tentatives husserliennes de fondation phénoménologique de la logique. L'analyse critique de la variation eidétique le conduit ainsi à distinguer deux registres de modalités, en particulier deux registres du possible : celui des purs possibles imaginaires garnissant l'extension eidétique, correspondant peu ou prou à une extension de concept selon la logique fregéenne, et celui de possibles relevant d'un niveau plus instable et plus fondamental. Nous nous engageons alors dans un feuilletage de modalités buissonnantes dont l'opérateur phénoménologique réside dans ce que Richir nomme "schématisme phénoménologique".

Carlos Lobo est ancien Directeur de programme au Collège international de philosophie, associé à plusieurs laboratoires, dont les Archives Husserl et le Centre Gilles-Gaston Granger. Il dirige la revue Intentio.
Publications
J. Bernard & C. Lobo (dir.), Weyl and the Problem of Space, Springer, 2019.
F. Jedrzejewski, C. Lobo & A. Soulez (dir.), Écrire comme composer, Le rôle des diagrammes en musique, Delatour, 2021.
L. Boi & C. Lobo (dir.), When Form becomes Substance. Power of Gestures, Diagrammatical Intuition and Phenomenology of Space, Springer, 2022.

Antonino MAZZÙ : "L'explication orphique de la Terre". Marc Richir interprète de Mallarmé
Les lecteurs de M. Richir savent que sa longue méditation philosophique a manifesté un intérêt constant pour ce qui était à ses yeux l'énigme de la langue poétique, un intérêt, voire une fascination telle qu'il lui arrivait de considérer que la langue qui serait la plus apte à exprimer la phénoménologie nova methodo serait précisément celle de la poésie. Dans ses derniers textes — en pensant ici à ses Propositions buissonnières (2016) —, la pensée d'une phénoménologie de la poésie recroisée avec celle d'une poétique de la phénoménologie cristallise dans l'interprétation de quelques textes brefs, eux-mêmes énigmatiques, célèbres cependant, dans lesquels Mallarmé livre ou, du moins laisse entrevoir, quelques éléments de sa poétique. Ces textes — tantôt issus de la Correspondance, tantôt de proses réflexives — ont fait l'objet de toutes les attentions depuis quelque cent-cinquante ans. Nous nous proposons de méditer à notre tour la pensée poétologique du dernier Richir considérée toutefois sur la toile de fond de quelques autres interprétations majeures de Mallarmé (R. Barthes, H. Friedrich, Y. Bonnefoy notamment). Nous entendons dégager certains des enjeux proprement philosophiques portés par l'écriture poétique.

Antonino Mazzù est professeur de philosophie à l'université libre de Bruxelles. Élève de M. Richir, sa thèse de doctorat portait sur l'œuvre de Husserl.
Publications récentes
Littéralité du pas. André du Bouchet, La Crypte, Hagetmau, 2020.
Traduction des premières œuvres poétiques de Franco Fortini, à paraître à Bruxelles en 2022 sous le titre de Feuille de route - Poésie et erreur.

Serge MEITINGER : L'énigme du monde à l'œuvre : Melville, Richir et quelques autres
Partant de quelques lectures d'œuvres littéraires faites par Richir et que je dirais "allégoriques", celles de Conrad, de Melville et de Dostoïevski (à travers Hannah Arendt pour ce dernier), qui interrogent à égalité le substrat de l'œuvre et celui du monde à l'œuvre, je suivrai la démarche têtue et persévérante du philosophe vers la mise en lumière du phénomène de langage (qui est aussi phénomène en langage) jusqu'à l'observation particulière du "cas Mallarmé" (dans les Propositions buissonnières) où le poète autant que le penseur (le poète en tant que penseur, le penseur mimant le poète) redécouvrent l'énigme du monde dans la souveraine tessiture du hasard, du sublime et du soi.

Serge Meitinger est Professeur des universités retraité (Université de la Réunion), il a travaillé sur la poésie française et francophone moderne et contemporaine et les rapports de la poésie avec la philosophie. Il a participé à une vingtaine de colloques de Cerisy entre 1985 et 2016, dont la décade Paul Ricœur (1988), Eugen Fink (1994, dirigé par Marc Richir) et Henri Maldiney (2014).

Jean-Sébastien PHILIPPART : La phénoménologie richirienne à l'épreuve des animalités
La question de l'animalité (ou plutôt des animalités) n'occupe pas, en termes de déploiement, une place importante dans l'œuvre de Marc Richir. L'étude la plus fouillée se retrouve dans Phénoménologie et institution symbolique, publiée en 1988. Mais la discrétion de l'énigme animale ne la réduit pas au négligeable. Au contraire, l'animalité, subissant des déplacements dans l'œuvre se faisant, finira, au cours de la maturité richirienne, par permettre de saisir le passage à l'humanisation, c'est-à-dire d'analyser le "moment" du sublime, dont on connaît toute la portée chez notre phénoménologue. Notre contribution se propose de mieux comprendre cette place discrète réservée aux animaux, mais également d'interroger cette proposition à laquelle le conduiront ses travaux, contrastant d'une certaine manière avec 1988, et que la suite des années 2000 sanctionnera : "pour l'essentiel, les comportements animaux sont quasi-machiniques" (L'écart et le rien, 2015). Aussi, nous verrons que cette perspective qui semble condamner, sur le sujet, la phénoménologie au silence, pose des problèmes qui en appellent à leur reprise. Or il se pourrait bien que cela soit le jeune Richir (1975) qui nous aide à approcher ce qui échappe au travail de la maturité: non pas la poussée vitale, mais l'instinct.

Jean-Sébastien Philippart est titulaire d'un DEA en philosophie et enseigne la philosophie à l'École Supérieure des Arts Saint-Luc de Bruxelles. Il a publié en 2013, dans la revue en ligne Implications Philosophiques, son premier travail sur l'animalité chez Marc Richir.

Ricardo SÁNCHEZ ORTIZ DE URBINA : Expérience réelle artistique et expérience réelle esthétique chez Marc Richir
La réflexion de Marc Richir sur l'esthétique et l'art se déploie à partir de son commentaire du célèbre texte de Husserl, Phénoménologie de la conscience esthétique, dans la "Revue d'esthétique" de J. M. Place, de 1999, et jusqu'à son dernier livre, Propositions buissonnières, où il parle de Mallarmé. Dans ses Fragments phénoménologiques sur le langage, de 2008, il traite du mythe et la poésie ; et dans Sur le sublime et le soi II, de 2011, on trouve une profonde analyse de l'infigurable en peinture. La conscience esthétique (et le plaisir esthétique qui en découle) est du non présent, et, par conséquent, il ne s'agît pas d'une "modification" de l'intentionnalité objective, mais du mode d'apparition dans la phantasia. Mais alors il n'y a plus de conscience parce que ce niveau originaire est le territoire de l'Inconscient Phénoménologique. Pour M. Richir, on commence par l'expérience du réel (esthétique), au niveau originaire inconscient de la formation des sens, et on descend, par transposition, jusqu'à l'expérience des phantaisies perceptives (expérience du réel artistique), car des telles phantaisies perceptives avec identité sont à la base de la construction d'une œuvre d'art. Il ne reste qu'une objection. Comment comprendre alors la des-objectivation de l'œuvre d'art, qui se déroule dans le parcours inverse du champ intentionnel (et non dans le parcours de haut en bas, comme le fait le langage), puisque l'art est une connaissance impropre ?

Ricardo Sánchez Ortiz De Urbina est Professeur Émérite de l'université de Valladolid (Espagne).
Publications
2009, Safo y sus discípulas, Madrid, Ediciones del Oriente y del Mediterráneo.
2011, L'obscurité de l'expérience esthétique, "Annales de phénoménologie".
2014, Estromatología : teoría de los niveles fenomenológicos, Madrid, Éd. Brumaria-Eikasía.
2021, Orden oculto : ensayo de una epistemología fenomenológica, Oviedo, Éd. Eikasía.

Alexander SCHNELL : La question de l'affectivité chez Marc Richir
L'objectif de cette intervention est de présenter — dans ses grandes lignes — la "phénoménologie de l'affectivité" de Marc Richir. Son idée de base est que nous vivons en permanence, dans les possibilités imprévisibles de notre existence, un "surplus affectif" qui renvoie à un "moment" du sublime. Ce "moment" peut être "négatif" ou "positif". Dans le "moment positivement sublime", il y a la possibilité de la "rencontre", dans le "moment négativement sublime", il y a "malencontre". En arrière-plan se trouve la conception kantienne selon laquelle l'entendement échoue à maîtriser ce surplus, tandis que la raison est capable d'y résister et de s'en édifier. La conception richirienne de l'affectivité sera d'abord reconstituée eu égard à ses différentes sources dans l'histoire de la phénoménologie avant que ne soit présenté son rôle dans tout sens se faisant (Sinnbildung).

Alexander Schnell est actuellement professeur de philosophie à l'université à Wuppertal après avoir été enseignant-chercheur en France pendant plus de 15 ans. Il est le fondateur et le directeur des Archives Marc Richir à Wuppertal. Il dirige (ou a dirigé) jusqu'à présent dix thèses de doctorat consacrées à l'œuvre et la pensée de Marc Richir. Ses travaux portent sur la phénoménologie transcendantale et la philosophie classique allemande.
Publications sélectionnées
Der frühe Derrida und die Phänomenologie, Frankfurt am Main, Klostermann, "Rote Reihe", 2021.
Le clignotement de l'être, Paris, Hermann, "Le Bel Aujourd'hui", 2021.
Die phänomenologische Metaphysik Marc Richirs, Frankfurt am Main, Klostermann, "Rote Reihe", 2020.
Phénoménalisation et transcendance. La métaphysique phénoménologique de Marc Richir, Mémoires des Annales de Phénoménologie (vol. XVI), Dixmont, Association Internationale de Phénoménologie, 2020.
Qu'est-ce que la phénoménologie transcendantale ? Fondements d'un idéalisme spéculatif phénoménologique, "Krisis", Grenoble, J. Millon, 2020.
Le sens se faisant. Marc Richir et la refondation de la phénoménologie transcendantale, avec une préface de Guy van Kerckhoven, Bruxelles, Ousia, 2011.

Guy VAN KERCKHOVEN : Au sein du "laboratoire phénoménologique". Recueillements et promesses
Habitant au Contadour, village côtoyant La Rochegiron, où M. Richir se réfugiait pendant les mois d'été, je suis devenu un témoin priviligié du "laboratoire phénoménologique", combien vivant, duquel a jailli son œuvre. Lors de nos promenades aux "Fraches", que M. Richir aimait tant, un dialogue phénoménologique très vif s'est noué. L'enjeu de nos échanges fut sans exception l'apport de la phénoménologie finkienne à une "refondation" de la phénoménologie, et notamment sa remise "en jeu" des présuppositions ontologiques "opératoires" au sein de l'héritage husserlien. Le but de cette communication est de renouer avec ce dialogue et de le prolonger en mettant à profit les travaux plus récents sur la Phänomenologische Werkstatt de Fink.

Guy van Kerckhoven est professeur émérite à l'université de Louvain. Ancien collaborateur des Archives-Husserl à Louvain et chercheur de la A. von Humboldt Stiftung (Bonn) à la Dilthey-Forschungsstelle de Bochum, il a édité la VI. Méditation cartésienne de E. Fink et de E. Husserl, les volumes sur Psychologie als Erfahrungswissenschaft de W. Dilthey, les volumes de Fink sur Epilegomena zu I. Kants Kritik der reinen Vernunft et Textentwürfe zur Phänomenologie 1930-32, ainsi que deux monographies portant sur "la vie et l'œuvre de W. Dilthey" et sur "le développement de la phénoménologie fribourgeoise" par Fink. Ces recherches et publications se situent au point d'intersection entre la phénoménologie husserlienne et le mouvement herméneutique, issu du "cercle de Göttingen" (G. Misch, H. Lipps). Plus récemment, il a publié une série de contributions à une "phénoménologie de la rencontre". Avec la collaboration de F. Alfieri et de J. Giubilato, il prépare la publication — imminente — des deux derniers volumes de la Phänomenologische Werkstatt de Fink.
Publications récentes
Epiphanie. Reine Erscheinung und Ethos ohne Kategorie, Transkript Verlag Bielefeld, 2009.
H. Lipps : Fragilität der Existenz. Phänomenologische Studien zur Natur des Menschen, Alber Verlag, Freiburg/München, 2011.
L'attachement au réel. Rencontres phénoménologiques avec W. Dilthey et le cercle de Göttingen (G. Misch, H. Lipps), Mémoires des Annales de phénoménologie, 2007 et Wuppertal, 2020.
De la rencontre. La face détournée, Hermann, Paris, 2012.
Le présent de la rencontre. Essais phénoménologiques, Hermann, Paris, 2014.
"Einander zu ereignen". Rilkes diskrete Phänomenologie der Begegnung, Alber Verlag, Freiburg/München, 2020.

Anna YAMPOLSKAYA : Lucian Freud et la phantasia richirienne
Comment la peinture peut prétendre "fonctionner comme la chair" ? N'y a-t-il pas de différence insurmontable entre la matière picturale et la chair vivante ? La phénoménologie richirienne de la phantasia perceptive nous offre l'instrument conceptuel qui permet d'approcher cette singulière prétention qui est celle du peintre Lucian Freud. Ces "naked portraits" me font entrer en contact avec la chair grâce à la phantasia infigurable, fugace et protéiforme du peintre affecté par l'altérité irréductible de cette chair. Cette phantasia ne peut être "perçue" que par une autre phantasia, éveillée par le tableau. Je me trouve impliqué dans la rencontre interfacticielle entre le peintre et son modèle. C'est grâce à cette rencontre triangulaire que je me ressens en tant que charnel, vivant et donc vulnérable et mortel.

Anna Yampolskaya est directrice de recherche au sein du Centre de la sociologie fondamentale à l'université nationale de recherche "École des hautes études en sciences économiques", Moscou, Russie. Parmi les autres sujets son dernier livre explore les liens entre l’esthétique phénoménologique et le formalisme russe. En collaboration avec Sacha Carson elle a traduit en russe la première Méditation de Richir.
Publication
Iskusstvo fenomenologii [L'art de la phénoménologie, en russe], Ripol-Klassik, Moscou, 2018.


BIBLIOGRAPHIE :

Livres de Marc Richir (sélection)

Phénomènes, temps et êtres. Ontologie et phénoménologie, J. Millon, coll. "Krisis", Grenoble, 1987.
Phénoménologie et institution symbolique. Phénomènes, temps et êtres II, J. Millon, coll. "Krisis", Grenoble, 1988.
La crise du sens et la phénoménologie. Autour de la Krisis de Husserl, suivi d'un "Commentaire de l'Origine de la géométrie", J. Millon, coll. "Krisis", Grenoble, 1990.
Phénoménologie en esquisses. Nouvelles fondations, J. Millon, coll. "Krisis", Grenoble, 2000.
Fragments phénoménologiques sur le temps et l'espace, J. Millon, coll. "Krisis", Grenoble, 2006.
Fragments phénoménologiques sur le langage, J. Millon, coll. "Krisis", Grenoble, 2008.
L'écart et le rien. Conversations avec Sacha Carlson, J. Millon, Grenoble, 2015.

Littérature secondaire sur Marc Richir

• A. Schnell, Le sens se faisant. Marc Richir et la refondation de la phénoménologie transcendantale, Ousia, Bruxelles, 2011.
• A. Schnell, Phénoménalisation et transcendance. La métaphysique phénoménologique de Marc Richir, Mémoires des Annales de Phénoménologie (vol. XVI), Dixmont, Association Internationale de Phénoménologie, 2020.
• R. Alexander, Phénoménologie de l'espace-temps chez Marc Richir, J. Millon, Grenoble, 2013.
• F. Forestier, La phénoménologie génétique de Marc Richir, Springer, coll. "Phaenomenologica", 2014.
• H.-D. Gondek & L. Tengelyi, Neue Phänomenologie in Frankreich, Suhrkamp, Frankfurt am Main, 2011.
• S. Carlson, Genèse et phénoménalisation. La question de la phénoménologie chez le jeune Richir, Mémoires des Annales de Phénoménologie (vol. XVI), Dixmont, Association Internationale de Phénoménologie, 2020.
• J. Mesnil, L'être sauvage et le signifiant. Marc Richir et la psychanalyse, MJW Fédition, Paris, 2018.
• S.-J. Arrien, J.-S. Hardy & J.-F. Perrier (éds.), Aux marges de la phénoménologie. Lectures et percées dans l'œuvre de Marc Richir, Hermann, Paris, 2019.
• István Fazakas, Le clignotement du soi. Genèse et institutions de l'ipséité, Mémoires des Annales de Phénoménologie (vol. XIII), Dixmont, Association Internationale de Phénoménologie, 2020.

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Programme complet


BEAUTÉS VITALES

POUR UNE APPROCHE CONTEMPORAINE DE LA BEAUTÉ


DU VENDREDI 15 JUILLET (19 H) AU JEUDI 21 JUILLET (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]


HygroScope : Meteorosensitive Morphology
Achim Menges in collaboration with Steffen Reichert
Institute for Computational Design
Transsolar Climate Engineering


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Anne-Lise WORMS, Clélia ZERNIK

SECRÉTAIRE :

Justin JARICOT


ARGUMENT :

Il pourrait paraître incongru, voire intempestif ou inactuel, de réfléchir à la notion de beauté : celle-ci serait en effet poussiéreuse, intimidante, aliénante, voire parfaitement relative et, pour toutes ces raisons, impraticable. L'hypothèse dont l'on propose de débattre réaffirme à l'inverse les enjeux d'universalité, d'humanisme, de plaisirs et d'émotions qui sont spécifiques à la beauté. En prenant appui sur une réinterprétation de la notion de beauté, l'objectif est de retrouver dans ce concept une vitalité, une valeur, un pouvoir de transformation et d'orientation capable de nous interroger sur la manière de nous confronter aux enjeux d'aujourd'hui.

Le colloque, initié par la Chaire Beauté·s de l'université PSL et organisé en partenariat avec l'université de Rouen Normandie, cherchera à articuler beauté et vie, et se déclinera selon quatre orientations : la beauté au cœur de la vie et du vivant ; la beauté comme forme vivante ; vitalité de la beauté : la beauté comme patrimoine d'innovation ; la beauté vitale.

Loin d'être mortifère, la beauté est l'opérateur d'un futur commun, d'un monde habitable. Sans restriction en termes de discipline ou de méthodologie, ce colloque ouvert à un large public réunira des personnalités académiques et artistiques de premier plan qui proposeront des communications et tables rondes suivies de débats, ainsi que de propositions artistiques.


MOTS-CLÉS :

Beauté, Diversité, Esthétique, Image, Innovation, Musique, Peinture, Universalité, Vitalité


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 15 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et de participants


Samedi 16 juillet
BEAUTÉS DANS LA VIE
Pour Platon, la beauté est à chercher dans un monde d'Idées, ce qui transforme de ce fait la notion en une norme extérieure, coupée du vivant et de la vie. À l'inverse, il serait possible de penser la beauté dans son émergence au sein du vivant, de sa multiplicité et de sa temporalité. Cette journée aura pour objectif de proposer une conception alternative de la beauté étroitement conçue dans ses rapports avec la vie.
Matin
Anne-Lise WORMS : Plotin contre Platon : chercher la beauté dans le vivant et dans la vie
Rémi MERMET : Le style, la forme, la vie : sur l'actualité de l'esthétique
Claudine SAGAERT : "L'herbe et la bête". Philosophie de la "mauvaise" graine à la bestiole

Après-midi
Sophie COHEN-BODÉNÈS : Déchiffrer les signaux symboliques de la seiche avec l'IA
Norberto M. GRZYWACZ : L'expérience de la beauté dans le cerveau
Natacha GIAFFERI-DOMBRE : Circulations des canons esthétiques et mondialisation


Dimanche 17 juillet
LA BEAUTÉ COMME FORME VIVANTE
Une fois émancipée du canon, la beauté peut se penser comme forme plastique et mouvante. La forme est dès lors à concevoir comme accueillante et plurielle, et non plus comme figée, atemporelle et contraignante. Dans cette journée, il s'agira d'envisager la beauté dans sa dimension évolutive et vivante.
Matin
Claudine COHEN : Morphologie, diversité, beauté du vivant. De Richard Owen à Stephen Jay Gould
Chiara VECCHIARELLI : L'image vitale, une tension de surface

Après-midi
Elie DURING : Sublime formel et beauté survitale
Bertrand PRÉVOST : Beautés animales : ordre ou expression ?
Carole MAIGNÉ : La beauté comme forme vivante en photographie

Soirée
Présentation du film L'Île invisible par sa réalisatrice Keiko COURDY


Lundi 18 juillet
UN PARADIGME MUSICAL ?
En suivant l'idée selon laquelle la beauté peut être comprise comme forme vivante, nous pourrions concevoir à présent la beauté à partir d'un paradigme musical et sortir ainsi du primat de l'image et du pictural. Cette troisième journée sera donc consacrée aux pensées de la musique qui renouvellent l'élaboration du concept de beauté.
Matin
Pierre SAUVANET : Beautés jazz(s)
Catherine GUESDE : L'écoute de la noise : une éducation à la beauté du sonore ?
Guilhem MARION : Structures dans la musique, structures dans le cerveau : vers une nouvelle définition de la culture musicale ?

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
La ligne et le cercle, soirée musicale proposée par Nicolas WORMS (Compositeur à l'Opéra National de Paris), en compagnie d'Umadevi NAGESWARA RAO


Mardi 19 juillet
BEAUTÉS VITALES
Si la beauté est aussi essentielle à la vie, c'est qu'elle nous permet de surmonter les catastrophes, de faire société et de traverser les épreuves intimes. La beauté est vitale en tant qu'elle est nécessaire à la vie et, réciproquement, elle nous éclaire sur ce qu'est véritablement la vie. Pourrait-on, dès lors, soutenir qu'aujourd'hui la beauté "sauvera le monde" ? Cette journée explorera l'idée d'une thérapie par la beauté, et se prolongera dans l'écoute de l'intimité de récits d'expériences.
Matin
Gisèle DAMBUYANT : Beauté et vulnérabilité [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]
Sylviane BALUSTRE-D'ERNEVILLE : La beauté inclusive, pour la reconstruction d'une vie meilleure
Catherine BAROIN : Vieux et laid, mais sage : éloges romains de la laideur

Après-midi
Clélia ZERNIK : La Beauté après la catastrophe
Frédéric WORMS : La beauté au cœur des relations. La beauté réellement vitale [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]

Soirée
"HORS LES MURS" — HEURES MUSICALES DE L'ABBAYE DE LESSAY (abbatial de Lessay)
Stabat Mater | Scarlatti - Dvorak, concert sous la direction de Simon-Pierre Bestion, avec l'ensemble La Tempête


Mercredi 20 juillet
VITALITÉ DE LA BEAUTÉ : LA BEAUTÉ COMME PATRIMOINE D'INNOVATION
Une fois la beauté soustraite à la rigidité qu'on lui attribue traditionnellement, elle peut être appréhendée non plus comme une valeur incontestable et incontestée, mais comme un levier et un partenaire de création et d'innovation. Hériter de la beauté des temps qui nous précèdent ne suppose pas seulement déférence et vénération, mais nous engage, par son exemplarité, à inventer les nouvelles voies de son expression. Cette quatrième journée sera l'occasion d'articuler beautés et futurs, en évoquant les potentiels différents champs d'innovation de la beauté.
Matin
Camille COUVRY : Beautés vitales (extra)ordinaires : appropriations intimes et sociales des pratiques esthétiques dans trois enquêtes [visioconférence]
Philippe BONNIN : Poétique du jardin japonais : la villa et les jardins de Katsura
Samuel BIANCHINI : Beautés oscillantes. La recherche de mouvements comportementaux expressifs pour les objets d'arts robotisés

Après-midi
Didier NECTOUX : Beauté minérale. Source d'inspiration, de création
Daniel CARVAJAL PEREZ : Gérer et concevoir le Patrimoine de création Dom Pérignon


Jeudi 21 juillet
CLÔTURE
Matin
Rapport d'étonnements des doctorants, par Célia BOUTILIER, Éva CARPIGO, Mathias DAMBUYANT, Pablo FONTOURA, Guilhem MARION et Léna OSSEYRAN
Conclusion des directrices
Débat général et perspectives

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Anne-Lise WORMS : Plotin contre Platon : chercher la beauté dans le vivant et dans la vie
Lorsque nous nous référons à la "beauté grecque", nous pensons généralement à ce qu'elle pouvait avoir de "normé" : symétrie, proportions, mesure, harmonie. De fait, nombreux sont les textes, philosophiques ou non, mais aussi les œuvres d'art de l'antiquité grecque ou romaine — et leurs multiples réceptions jusqu'à nos jours — dans lesquels ces notions constituent les seuls et uniques critères de beauté. Il est pourtant nécessaire d'interroger cette représentation, elle-même normée, de "la" beauté grecque. En prenant appui sur la critique, par Plotin, de conceptions du beau présentes chez Platon comme chez d'autres philosophes, notamment les Stoïciens, nous nous demanderons pourquoi il faut aussi, et peut-être même avant tout, chercher la beauté dans le vivant et dans la vie.

Anne-Lise Worms est Maître de conférences (HDR) en langue et littérature grecques anciennes à l'université de Rouen Normandie (ÉRIAC, Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles). Directrice-adjointe de l'école doctorale HMPL, elle est responsable du programme doctoral recherche-création en art (programme RADIAN). Ses recherches portent sur les conceptions de la beauté dans l'art, la littérature et la philosophie anciennes ainsi que sur les relations entre philosophie et écriture dans l'Antiquité.
Publications
Plotin, Traité 1 [I, 6], Du Beau. Introduction, traduction, commentaire, notes et index, par A.-L. Darras-Worms, Éditions du Cerf, collection "Les Écrits de Plotin", Paris, 2007.
"La beauté d'Hélène ou la médiation du beau dans les Traités 31 (V, 8) et 48 (III, 3) de Plotin", Revue Methodos, Savoirs et textes, 2010 [Revue de l'UMR 8163 (CNRS/Univ. Lille III) "Savoirs, Textes, Langages"].
Contribution à la revue Mouvement-Transition sur le thème de la beauté : "Les Grecs, la beauté, la vie", juillet 2012.
Plotin, Traité 31 [V, 8], De la Beauté intelligible. Introduction, traduction, commentaire, notes et index, par A.-L. Darras-Worms, Éditions Vrin, collection "Les Écrits de Plotin", Paris, 2018.

Clélia ZERNIK : La Beauté après la catastrophe
Décrivant les photographies que Naoya Hatakeyama a réalisées sur les décombres du tsunami de 2011 dans sa région natale de Rikuzentakata, Philippe Forrest écrit : "Il y a une beauté dans l'horreur. C'est ainsi. (…) Le pur ravage que le monde inflige aux hommes fait éclore une sorte de sidérante splendeur parmi un paysage de pleurs" (Retour à Tokyo). Par-delà l'obscénité de cette beauté dans l'horreur, la beauté n'est-elle pas le signe, l'indice que nous pouvons être sauvés malgré l'horreur, qu'il y a possibilité de revivre après l'horreur ? En nous appuyant sur différentes propositions d'artistes japonais, nous étudierons en quoi la beauté peut aider à surmonter une catastrophe, retisser les liens d'une communauté ravagée et réinscrire le futur au cœur de nos vies.

Normalienne, agrégée et docteur en philosophie de l'art, Clélia Zernik est professeur d'esthétique aux Beaux-arts de Paris. Ses recherches portent sur le cinéma et l'art contemporain japonais. Elle est Présidente de la chaire Beauté.s de l'université PSL.
Publications
Zernik Clélia, Akira Kurosawa. Les Sept Samouraïs, Yellow Now, avril 2013, 113 pages.
Zernik Clélia, L'œil et l'objectif, La psychologie de la perception à l'épreuve du style cinématographique, Vrin, juin 2012, 344 pages.
Zernik Clélia, Perception-cinéma : les enjeux stylistiques d'un dispositif, Vrin, septembre 2010, 128 pages.
Zernik Clélia & Zernik Eric, L'attrait des fantômes, Yellow Now, octobre 2019, 112 pages.
Zernik Clélia & Zernik Eric, L'attrait des cafés, Yellow Now, juin 2017, 112 pages.
Sous la direction de Ferrier Michaël, Créer avec Fukushima, entretien avec des artistes japonais, Thierry Marchaisse Éditions, mars 2021.


Sylviane BALUSTRE-D'ERNEVILLE : La beauté inclusive, pour la reconstruction d'une vie meilleure
Parce que la beauté aide à se sentir mieux et à s'en sortir mieux, la Fondation L'Oréal soutient aussi, grâce au programme "Beauty For a Better Life", la mise en place de soins de beauté et de bien-être gratuits en milieu médical et social, prodigués par des socio-esthéticien(ne)s spécialement formé(e)s. Les soins de beauté et de bien-être permettent aux personnes vulnérables de reprendre confiance en elles, d'améliorer leur estime, leur combativité, leur relation aux autres, à être actrices de leur mieux-être et ainsi de se réinsérer dans la société et se projeter dans un avenir meilleur. Ces moments privilégiés associent aux soins de beauté (soins du visage, soins des mains et des pieds, modelage, maquillage) des conseils techniques, une écoute et un moment de détente.

Sylviane Balustre-d'Erneville est Directrice du Fonds L'Oréal pour les Femmes et du Programme Beauté Inclusive de la Fondation L'Oréal.

Catherine BAROIN : Vieux et laid, mais sage : éloges romains de la laideur
La figure de Socrate comme modèle du sage laid a été bien étudiée, en particulier par Paul Zanker (dans son ouvrage paru simultanément en allemand, Die Maske des Sokrates : Das Bild des Intellektuellen in der antiken Kunst, Münich, 1995), et en anglais. Mais il existe aussi des figures romaines de philosophe et de sage vieux et laid, notamment celle du stoïcien Claranus, qui apparaît dans les Lettres à Lucilius de Sénèque. Nous essaierons de voir en quoi une telle figure est paradoxale et se distingue à la fois de l'allure (skhêma) attribuée traditionnellement au philosophe dans les traditions grecque et romaine, de l'aspect et du comportement des Cyniques, mais aussi de l'apparence attendue de l'homme de bien dans la morale romaine commune.

Catherine Baroin est Maître de conférences HDR en langue et littérature latines à l'université de Rouen Normandie. Elle est membre de l'ERIAC (Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles) et membre associé d'ANHIMA (Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques, UMR 8210). Ses travaux, menés dans une perspective anthropologique, portent sur la mémoire, le rapport des Romains au monde grec, les vêtements et le corps.
Publications
"La beauté du corps masculin dans le monde romain : état de la recherche récente et pistes de réflexion", dans L'histoire du corps dans l'Antiquité : bilan historiographique (journée de la SOPHAU), DHA, Supp. 14, F. Gherchanoc (éd.), 2015, p. 31-51.
"Boiterie et boiteux dans le monde romain à l'époque classique", dans Handicaps, malformations et infirmités dans l'Antiquité, Pallas, 106, 2018, p. 257-274.
Avec Florence Gherchanoc, "Composer, dire et représenter le corps de la plus belle des femmes. Hélène et quelques autres : de la fragmentation à l'unité d'un corps parfait en Grèce et à Rome", dans Corps en morceaux. Démembrer et recomposer les corps dans l'Antiquité classique, F. Gherchanoc et S. Wyler (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020, p. 117-132.

Samuel BIANCHINI : Beautés oscillantes. La recherche de mouvements comportementaux expressifs pour les objets d'arts robotisés
Le geste parfait. Rien de plus simple pour un robot ? C'est dans sa nature même, si ce n'est qu'il s'agira alors plus d'une action optimale que d'un geste. En effet, un geste exprime aussi une manière de faire ou d'être, une personnalité. Pourtant, on peut apprécier la beauté d'un geste à sa capacité d'ajustement lui permettant de tirer le meilleur parti d'une situation, comme dans le sport. Force est de constater cette tension entre optimisation et expressivité à l'endroit du geste voire du mouvement. Et nous ne parlons même pas de "la beauté du geste" qui comporte également une dimension désintéressée, souvent symbolique voire morale… Les robots peuvent revêtir bien des apparences mais, au regard de l'ensemble des artefacts, leur spécificité tient au fait qu'ils bougent, qu'ils agissent. Comment qualifier ce qui pourrait être de l'ordre de la beauté pour de tels objets en prenant fondamentalement en compte la manière dont ils s'activent ? Alors que la vectorisation par la tâche et l'optimisation règnent dans le champ de la robotique industrielle, comment, au contraire, envisager des qualités expressives, par le mouvement, pour des objets artistiques robotisés non-anthropomorphes ? Entre efficacité et expressivité, l'esthétique de ces "objets à comportements" est bien sous tension, elle oscille, peut-être est-ce là même la perspective incertaine à explorer.

Samuel Bianchini est artiste et enseignant-chercheur (PhD-HDR) à l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD) - Université Paris Sciences et Lettres (PSL), où il dirige le groupe de recherche Reflective Interaction d'EnsadLab (laboratoire de l'EnsAD) sur les dispositifs interactifs et où il est également co-responsable de la Chaire arts et sciences mise en place en 2017 avec l'École polytechnique et la Fondation Daniel et Nina Carasso.
Publications
En co-direction avec Erik Verhagen, l'ouvrage collectif Practicable. From Participation to Interaction in Contemporary Art, Éd. MIT Press, 2016.
En co-direction avec Emanuele Quinz, l'ouvrage collectif Behavioral Objects 1 - A Case Study : Céleste Boursier Mougenot, Sternberg Press, 2016.
Sites web
reflectiveinteraction.ensadlab.fr
dispotheque.org
mitpress.mit.edu/books/practicable
mitpress.mit.edu/books/behavioral-objects-i

Philippe BONNIN : Poétique du jardin japonais : la villa et les jardins de Katsura
Dépoussiérer l'idée de beauté, qu'elle soit académique ou qu'elle impose une tyrannie contemporaine tout aussi réductrice et excluante, nécessite de prendre du champ. Il nous faut faire l'effort d'interroger d'autres univers esthétiques, de ceux qui nous sont totalement étrangers, dans l'espace ou dans le temps. Il nous faut explorer leur système symbolique propre. Le jardin japonais en est un exemple puissant, dès lors qu'on fait l'effort de dépasser les clichés occidentaux qui le réduisent au jardin sec, et qu'on s'intéresse alors à la panoplie de concepts et de procédés dont il dispose.

Philippe Bonnin est Directeur de recherches émérite au CNRS. Architecte et anthropologue, il a créé le réseau de recherche franco-japonais JAPARCHI.
Publications récentes
Vocabulaire de la spatialité japonaise 日本の生活空間, CNRS Éditions, 2014.
Katsura et ses jardins, un mythe de l'architecture japonaise, Éditions Arléa, 2019.
La beauté du seuil : esthétique japonaise de la limite, CNRS Éditions, 2021.

Daniel CARVAJAL PEREZ : Gérer et concevoir le Patrimoine de création Dom Pérignon
Comment la transmission de connaissances peut aider les concepteurs du secteur du luxe à réinventer les objets et l'expérience des marques tout en restant ancrés dans son patrimoine ? Cette question ouverte dans les sciences de gestion et de la conception intéresse le domaine du luxe, tout particulièrement la Maison Dom Pérignon en constante quête de renouvellement. En effet, innover sans trahir les traditions est à l'origine de plusieurs tensions. Dans cette présentation, nous montrons comment la transmission d'un "patrimoine de création" peut aider les concepteurs du secteur du luxe à surmonter ces tensions. En étudiant celui de la Maison Dom Pérignon et ceux contenus dans divers livres de la haute cuisine, nous mettons en évidence trois caractéristiques de ce patrimoine de création qui constituent autant d'axes de recherche. Premièrement, nous décrivons les effets positifs sur l'originalité et l'efficacité opérationnelle que la transmission d'un patrimoine de création peut avoir sur les collectifs de concepteurs conduisant des projets d'innovation. Deuxièmement, en faisant appel aux théories de la conception, nous construisons un modèle formel mettant en relation les structures de connaissance et les types de générativité qu'un patrimoine de création peut provoquer. Nous montrons qu'un même domaine peut en contenir plusieurs, qu'un même patrimoine de création peut favoriser plusieurs types de générativité qui pourraient sembler en principe incompatibles, et que ces différents types de générativité peuvent évoluer à travers le temps. Finalement, nous montrons que la conception d'un patrimoine de création exige des interactions entre concepteurs expérimentés et concepteurs récepteurs afin de formaliser, réorganiser et partager un langage du connu et un langage de l'inconnu. Ce dernier est composé des éléments du premier.

Daniel Carvajal Perez est responsable du patrimoine œnologie de la Maison Dom Pérignon où il pilote des projets de conception d'objets et d'expériences qui mettent le patrimoine au service de la création et de l'innovation. Il est titulaire d'un diplôme en ingénierie de bioprocédés (Universidad Nacional de Colombia), d'un master en sciences de la vigne et du vin (Université de Reims Champagne-Ardenne), et d'un doctorat en sciences de gestion mené en partenariat avec la Maison Dom Pérignon et la chaire Théorie et Méthodes de Mines ParisTech (Mines ParisTech, PSL Sciences et Lettre).

Claudine COHEN : Morphologie, diversité, beauté du vivant. De Richard Owen à Stephen Jay Gould
La morphologie transcendantale, qui émerge en Allemagne à la fin du XVIIIe siècle de manière conjointe dans les milieux scientifiques et artistiques, a ouvert une importante réflexion sur la structure, la diversité et la beauté des formes vivantes : des naturalistes et paléontologues tels que Richard Owen, D'Arcy Wentworth Thompson et Stephen Jay Gould, en sont à différents titres les héritiers. Nous montrerons comment ces auteurs ont conjugué, chacun dans le contexte intellectuel et scientifique qui lui est propre, une approche de la forme et du mouvement et une réflexion sur la reconstitution paléontologique avec le devenir et la diversité des formes vivantes. Nous nous intéresserons d’autre part à la manière dont leurs œuvres scientifiques ont pu s'inspirer d'œuvres artistiques, mobiliser l'intérêt des artistes de leurs temps, et parfois susciter leurs collaborations. Nous nous attacherons notamment à l'œuvre théorique et artistique du sculpteur anglais Benjamin Waterhouse Hawkins, pour la mise en scène des principes anatomiques de Richard Owen non seulement dans la grande exposition des reconstitutions d'animaux fossiles à Crystal Palace (1854) mais aussi dans son traité d'anatomie comparée du squelette des animaux vertébrés et de l'Homme, destiné aux élèves des écoles des Beaux arts (1859).

Claudine Cohen est Directrice d'Études à l'EHESS et Directrice d'Études cumulante à l'EPHE / PSL Université, 3e section SVT Laboratoire Biogéosciences.

Sophie COHEN-BODÉNÈS : Déchiffrer les signaux symboliques de la seiche avec l'IA
Les beaux motifs que nous percevons dans la nature sont une fenêtre pour comprendre le code interne du système visuel. Selon l'hypothèse du codage efficient, un motif est attractif car il correspond à la structure géométrique du système visuel et qu'il est traité de façon plus efficiente. Dans notre projet réunissant Cognition Animale, Neurosciences Computationnelles et Intelligence Artificielle, nous utilisons un nouvel animal modèle prometteur : la seiche, Sepia officinalis dont la peau est un "réseau de neurones visible à l'œil nu". Elle possède la capacité de reproduire sur sa peau avec mimétisme les motifs qu'elle perçoit dans son environnement, les cellules pigmentaires de sa peau étant sous contrôle des neurones moteurs. Nous menons une série de trois expériences pour déchiffrer ses représentations mentales et leur réflexion en motifs analogiques sur la peau. Grâce à la Vision Artificielle et au Deep learning nous analysons les images extraites de films capturant la réponse pigmentaire de 5 seiches se camouflant sur des fonds visuels en lien avec le concept de Beauté (la récursion, les fractales, les Patterns de Turing et les illusions). Le but ultime serait de modéliser son algorithme de vision biologique pour le transcrire en algorithme de vision artificielle.

Sophie Cohen-Bodénès est doctorante au Laboratoire des systèmes perceptifs (LSP) de l'École Normale Supérieure (ENS - PSL) dans le cadre d'un contrat doctoral financé par la Chaire Beauté.s PSL-L'Oréal de l'université PSL. Elle est diplômée du "Cogmaster", Master recherche en Sciences Cognitives (ENS-EHESS-Université Paris Descartes) et d'un Master recherche en Histoire de l'Art (Université Paris I-Panthéon Sorbonne). L'objectif de sa thèse est de proposer une explication sur l'origine cognitive de la perception esthétique dans une perspective en psychologie évolutionniste. Elle étudie la vision des motifs et des couleurs et la communication visuelle chez les animaux (céphalopodes et poissons) grâce à des expériences comportementales.
Publications
Cohen-Bodénès S., Perception of Animal and Turing Patterns, Abécédaire de la Beauté, Chaire Beauté.s, PSL-L'Oréal, 2021.
Cohen-Bodénès S. & Neri P., La perception humaine et animale des Pattern de Turing : vers une quête des universaux esthétiques, Chaire Beauté.s, PSL-L'Oréal, 2021.
Cohen-Bodénès S. & Neri P., Apprendre à déchiffrer les tableaux illusionnistes que la seiche, maîtresse dans l'art du camouflage, arbore sur sa peau, Chaire Beauté.s, PSL-L'Oréal.

Camille COUVRY : Beautés vitales (extra)ordinaires : appropriations intimes et sociales des pratiques esthétiques dans trois enquêtes
Des élections de Miss à la socio-esthétique en passant par les trajectoires esthétiques durant le confinement du printemps 2020, trois enquêtes sociologiques offrent des focales distinctes pour appréhender les significations concrètes pour les individus des pratiques de beauté (extra)ordinaires et ce qu'elles recèlent de "vital". Nous expliciterons à partir de ces enquêtes comment certaines personnes se saisissent des pratiques esthétiques et du travail de l'apparence dans leur construction (ou reconstruction) identitaire, intime et sociale. Les différents résultats révèlent des dynamiques d'appropriation corporelle et identitaire, voire d'empowerment par la beauté et montrent comment les pratiques d'embellissement sont souvent mobilisées en lien avec des préoccupations de santé dans une recherche dite de bien-être, d'estime de soi ou encore de lien social.

Camille Couvry est post-doctorante en sociologie à l'université de Rouen Normandie (Dysolab) où elle travaille actuellement sur les trajectoires sportives et alimentaires de pratiquant(e)s de fitness. Précédemment, elle a été responsable scientifique à l'IDEFHI d'un projet portant sur la socio-esthétique dans le champ du handicap. Ces travaux prolongent ses recherches doctorales portant sur le corps et les pratiques esthétiques dans les concours de beauté.
Publications
2020, "Le travail corporel dans le contexte des élections de Miss : vers un travail esthétique rémunéré", Recherches sociologiques et anthropologiques, 51, 2 : 11-35 (en ligne).
Couvry C. et Braizaz M., 2019, "Optimiser sa beauté, s'approprier esthétiquement son corps : succès et échecs au sein des élections de Miss", Ethnologie française, 4/176 : 689-702 (en ligne).

Gisèle DAMBUYANT : Beauté et vulnérabilité
Quelle place peut prendre la beauté en situation de vulnérabilité ? Si on peut présupposer que le rapport à la beauté est secondaire en situation de fragilité, de précarité ou d'exclusion, elle s'avère paradoxalement encore plus fondamentale. En effet, ressource centrale de tout individu, elle devient vitale pour la personne vulnérable en participant à sa construction, sa continuité, sa recomposition voire sa reconstruction identitaire. De quoi mettre au débat un "parcours de soins thérapeutiques par la beauté".

Maître de conférences HRS, habilitée à diriger des recherches en sociologie à l'université de Paris 13 - Sorbonne, Gisèle Dambuyant s'intéresse à trois champs distincts dans cette discipline. La sociologie du corps et de la précarité, en examinant les conditions d'existence des publics vulnérables. La sociologie des professions, en analysant le secteur du travail et de l'intervention sociale. La sociologie des formations, en questionnant la place de l'université française dans ce secteur.
Publications
Quand on n'a plus que son corps, Paris, A. Colin, 2006.
"Réalités et projets de vie des sans-abri : lorsque le corps devient l'ultime ressource", Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, n°197, 2, p. 259-270, 2013.
"L'intervention sociale auprès des plus démunis : prendre en charge le corps vulnérable et le sentiment de honte", Pensée plurielle, n°44, p. 85-95, 2017.
"Les cent ans de professionnalisation du travail social à l'épreuve du corps vulnérable : réponses pratiques et enjeux de formation", Les 100 ans de professionnalisation du travail social. Enjeux situés et défis, Revue Politiques Sociales, 1 et 2, 2019.
"Bouleversements des prises en charge, adaptation des pratiques et complexité des mesures de protections", Empan, 2019/4, n°116, p. 66-73, 2019.

Elie DURING : Sublime formel et beauté survitale
Le sublime nous écrase et nous élève en même temps ; on peut chuter et même s'effondrer vers le haut. La simultanéité de ces mouvements contraires s'accompagne d'un sentiment d'apesanteur caractéristique de ce qu'on pourrait appeler le sublime formel — un sublime non pathétique, délivré des entraînements vitaux du ravissement et de l'effroi. Les constructions axonométriques et les figures "multistables" en offrent une sorte d'équivalent visuel. Et lorsqu'une ambivalence affective se trouve concentrée dans l'éclat d'une image poétique comme celle du "regret souriant" de Baudelaire, le sens se met à osciller sur place, le sentiment s'intensifie en même temps qu'il s'allège, révélant la "beauté formelle du malheur" (Bachelard). En suivant cette suggestion, nous tâcherons de cerner l'expérience d'une beauté sensible et survitale, accordée à la condition "excentrique" de l'humain (Plessner).

Elie During est maître de conférences en philosophie à l'université Paris Nanterre. Il enseigne également à l'École des Beaux-arts de Paris. Ses recherches portent sur le thème de la simultanéité au croisement de la métaphysique, de l'art et de la science.
Publications
Faux raccords : la coexistence des images, Actes Sud, 2010.
Le Futur n'existe pas, B42, 2014.
Glenn Gould, Éditions de la Philharmonie, 2021.
Éditions critiques de Bergson : Durée et simultanéité, PUF, 2009 et Le souvenir du présent, PUF, 2012.
Édition critique de Bachelard : La dialectique de la durée, PUF, 2022.
Avec E. Alloa, il a dirigé le volume Choses en soi : métaphysique du réalisme, PUF, 2018.

Natacha GIAFFERI-DOMBRE : Circulations des canons esthétiques et mondialisation
L'usage de l'esthétique comme outil d'affirmation culturelle est une démarche commune à l'ensemble des populations humaines à travers l'histoire. La valorisation du corps comme proprement humain, entre nature et surnature, passe par des procédures techniques et symboliques qui visent, par des marquages divers, à la distinction comme à l'inscription au sein d’un groupe. Dans les sociétés les plus stratifiées, la coexistence de cultures légitimes et de cultures populaires ou de contrecultures, permet de lire comme un palimpseste le feuilletage complexe des positionnements de chacun dans une "toile" qui est aujourd'hui numérique. Loin d'être cantonnée à des aires d'expression culturelle closes sur elles-mêmes, la beauté est l'objet d'intenses circulations, d'emprunts et d'échanges. Il nous faudra analyser comment se déploient ces trajectoires et dans quels cadres, entre identité et appartenance, transcendance et matérialisme, goût de l'ailleurs et risque d'appropriation culturelle.

Anthropologue spécialisée du corps, de la race et des univers postcoloniaux (Amériques noires, Haïti), Natacha Giafferi-Dombre a également dirigé de 2008 à 2016 une galerie d'art populaire, naïf et singulier, la Galerie Marassa Trois. Dans les années 1990, elle prit part aux performances interactives du groupe Plexi-Girls, présentées notamment à la Galerie Patricia Dorfmann accompagnées de vidéos et d'un environnement sonore, et à propos desquelles le critique Paul Ardenne notait combien "le travail de regard est le vecteur de ces infimes sensations échangées avec le public" (L'image corps, p. 370).

Norberto M. GRZYWACZ : The experience of beauty in the brain
After the Enlightenment, beauty was seen as subjective. However, recent cognitive-neuroscience research on the way that the brain processes aesthetic values and thus, beauty, suggests that the individualized expression of taste arises objectively. Four areas of the brain form a network that processes aesthetic values. An important area for individuality is the Basal Ganglia, which contributes to the learning of values, aesthetic or otherwise. This form of learning allows people to adapt to their environments, families, societies, and cultures. The learning also helps each person adapt the aesthetic values to the needs of their own body. The relevant signals that come from the body reach the brain through the Anterior Insula, another of the four areas of the brain that work to process aesthetic values. These signals influence the learning of values with information on the individual's motivation to act. Therefore, the learning process allows the optimization of values for the unique context of each person. Far from being arbitrary and subjective, aesthetic values may be objectively ideal from an evolutionary perspective.

Norberto M. GRZYWACZ : L'expérience de la beauté dans le cerveau
Après la période des Lumières, la beauté a été considérée comme subjective. Pourtant, le développement des recherches cognitives récentes sur la façon dont le cerveau traite les valeurs esthétiques suggère que l'expression individualisée du goût surgit objectivement. Quatre zones du cerveau travaillent au traitement des valeurs esthétiques. Une zone importante pour l'individualité est celle des ganglions de la base. Cette zone contribue à l'apprentissage des valeurs esthétiques. Cet apprentissage permet aux personnes de s'adapter à leur environnements, familles, sociétés et cultures. L'apprentissage aide à l'adaptation des valeurs esthétiques aux nécessités des corps de chaque personne. Les signaux qui proviennent du corps arrivent au cerveau par l'insula antérieure, une autre des quatre zones du cerveau qui travaille au traitement des valeurs esthétiques. Ces signaux influencent l'apprentissage des valeurs avec l'information sur la motivation individuelle à agir. Ce processus d'apprentissage fait émerger des valeurs optimales pour le contexte unique de chaque personne. Ainsi, loin d'être arbitraire, l'individualité des goûts esthétiques est adaptée au contexte multiple dans lequel la personne vit. Les valeurs esthétiques sont objectivement adaptées d'un point de vue évolutif (traduction : Norberto M. Grzywacz).

Norberto Grzywacz est un chercheur scientifique et un dirigeant universitaire travaillant aux États-Unis. Il enseigne actuellement à la Loyola University Chicago. En 2022, il est invité à l'École Normale Supérieure, dans le Laboratoire des Systèmes Perceptifs. Sa formation universitaire est interdisciplinaire en physique, mathématiques, neurosciences et intelligence artificielle. Jusqu'à il y a dix ans, ses recherches portaient sur la neuroingénierie, les neurosciences computationnelles, la perception et la physiologie du système visuel du cerveau. Plus récemment, il a étudié le système de valeurs du cerveau, en se concentrant particulièrement sur les valeurs esthétiques. Son équipe de recherche, hautement interdisciplinaire, comprend des scientifiques, des ingénieurs, des mathématiciens, des psychologues, des sociologues, des artistes visuels, des musiciens et des architectes.
Publications
Aleem, H, and N.M. Grzywacz (2022), "The Temporal Instability of Aesthetic Preferences", Psychology of Aesthetics Creativity and Arts, In Press.
Miles, S.A., D.S. Rosen, and N.M. Grzywacz (2022), "Behavioral Evidence of a Harmonic Surprise Effect on Preference in Popular Music", Current Research in Behavioral Sciences, In Press.
Pombo, M, H. Aleem, and N.M. Grzywacz (2022), "Multiple Axes of Visual Symmetry : Detection and Aesthetic Preference", Journal of Experimental Psychology : Human Perception and Performance, In Press.
Grzywacz, N.M., and H. Aleem (2022), "Does Amount of Information Support Aesthetic Values ?", Frontiers in Neuroscience, 16.
Miles, S.A., D.S. Rosen, S. Barry, D. Grunberg, and N. Grzywacz (2021), "What to Expect When the Unexpected Becomes Expected : Harmonic Surprise and Preference Over Time in Popular Music", Frontiers in Human Neuroscience, 15, 201-210.
Grzywacz, N.M. (2021), "Stochasticity, Nonlinear Value Functions, and Update Rules in Learning Aesthetic Biases", Frontiers in Human Neuroscience, 15, 210-236.
Aleem, H., I. Correa-Herran, and N.M. Grzywacz (2020), "A Theoretical Framework for How We Learn Aesthetic Values", Frontiers in Human Neuroscience, 14, 345-362.
Correa-Herran, I., H. Aleem, and N.M. Grzywacz (2020), "Evolution of Neuroaesthetic Variables in Portraits Paintings throughout the Renaissance", Entropy, 22, 146-167.
Aleem, H., M. Pombo, I. Correa-Herran, and N.M. Grzywacz (2019), "Is Beauty in the Eye of the Beholder or an Objective Truth ? A Neuroscientific Answer", Mobile Brain-Body Imaging and the Neuroscience of Art, Innovation and Creativity, Volume 10 of Springer Series on Bioand Neurosystems, J. Contreras-Vidal, D. Robleto, J.G. Cruz-Garza, J.M. Azorin, and C.S. Nam (Eds.), 101-110, Springer International Publishing.
Miles, S.A., D.S. Rosen, and N.M. Grzywacz (2017), "A Statistical Analysis of the Relationship Between Harmonic Surprise and Preference in Popular Music", Frontiers in Human Neuroscience, 11, 263-276.

Catherine GUESDE : L'écoute de la noise : une éducation à la beauté du sonore ?
L'historien d'art John Ruskin envisageait la pratique du dessin comme un exercice permettant d'aiguiser l'œil à la beauté de la nature. Peut-on, sur un mode similaire, envisager l'écoute de certains genres musicaux comme une propédeutique à une écoute plus attentive des sons naturels ? La noise, genre bruitiste expérimental et volontiers abrasif, né des suites de la révolution industrielle et faisant écho aux fracas des sons urbains, semble a priori à l'opposé d'un tel projet. Pourtant, ce genre musical qui travaille à rebours de nos horizons d'attente — qu'ils concernent la forme que doit prendre la musique comme art, ou l'évolution d'une pièce donnée — invite à une éducation de l'écoute et un affinement de l'ouïe, dont les enjeux pourraient excéder le cadre de l'écoute des œuvres-mêmes. En articulant une enquête auprès de performers noise à des questions d'esthétique environnementale, cette présentation s'attachera à dessiner les contours de l'écoute de la noise, avec pour horizon son élargissement à l'écoute des sons naturels.

Catherine Guesde est docteure en philosophie, chercheuse associée à HiPhiMo (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Ses recherches portent sur des formes marginales de musiques populaires, notamment le metal extrême et la noise. Membre du comité de rédaction de La Vie des idées et de Volume, la revue des musiques populaires, elle est également critique musical et musicienne.
Publications
Catherine Guesde & Pauline Nadrigny, The Most Beautiful Ugly Sound in the World. À l'écoute de la noise, Éd. Musica Falsa, 2018.
Catherine Guesde (dir.), L'Esthétique, Éd. Lambert-Lucas, 2021.
Catherine Guesde (dir.), Penser avec le punk, Puf, 2022.

Carole MAIGNÉ : La beauté comme forme vivante en photographie
La vitalité en photographie semble dès l'abord faire problème : enregistrer, fixer, sont des gestes sans lesquels la photographie n'est pas, mais semblent aller contre la vitalité, interrompant le flux de la vie, figeant son mouvement. La dimension morbide et mortifère de la beauté en photographie, son association intime avec l'embaumement sont des topoï répandus. Contre eux, on ne se réfugiera pourtant pas dans l'extrême diffusion de l'image photographique, comme si l'usage ou le marché des images garantissaient de facto la vitalité de ce medium. On cherchera plutôt dans la texture même de l'image photographique une beauté vitale et ceci dans une double direction : celle de la lumière sculptée et celle de la mémoire vive qu'engage une image photographique face à une autre. Pour ouvrir cette voie, il faudra cesser de circonscrire la photographie à la saisie d'un objet, à une "prise" de vue, et y voir le travail d'une forme inventive parce qu'imaginative, qui dans l'enregistrement même ouvre au-delà de l'objet. Dans le cas de la photographie, questionner la beauté comme forme vivante, c'est discuter son supposé réalisme : l'image photographique n'est pas belle parce que l'objet pris est beau, ni bien cadré, elle est une forme vivante car elle ne s'est jamais réellement soumise au régime naturaliste de l'empreinte qu'on lui a prêté.

Carole Maigné est professeure ordinaire de philosophie générale et systématique à l'université de Lausanne. Ses recherches portent sur les philosophies allemande et autrichienne des XIXe et XXe siècles. Elle s'intéresse tout particulièrement à la philosophie de la culture (Warburg, Kracauer, Cassirer), à l'esthétique de la photographie et à la philosophie de l'art (formalisme esthétique, école viennoise d'histoire de l'art, Wölfflin, Klein).
Publications
Philosophie de la culture. Textes clés, avec Matthieu Amat, Vrin, 2022.
A dirigé les dossiers "Austrian Herbartism", Meinong Studien / Studies (2021) et "Philosophie de la photographie", Archives de Philosophie (2022).
A co-dirigé, avec Enno Rudolph et Magnus Schlette, le dossier "Logos", Zeitschrift für Kulturphilosophie (2020).

Guilhem MARION : Structures dans la musique, structures dans le cerveau : vers une nouvelle définition de la culture musicale ?
Les œuvres composées au sein de différentes époques, lieux, ou groupes sociaux reposent sur différentes structures grammaticales. La théorie musicale s'est donnée la tâche de définir ces structures et a donné lieu à un certain nombre de traités. Comme pour les langues, ces structures changent entre les styles musicaux et de récentes découvertes en sciences cognitives ont permis de démontrer que les structures musicales présentes dans certains corpus sont aussi présentes dans le cerveau de leurs auditeurs. Cette présentation s'attardera à poser un cadre théorique clair pour expliquer comment de telles découvertes ont pu être faites, préciser comment le cerveau peut extraire et mémoriser les structures de la musique, questionner les conséquences cognitives que cela engendre et penser le lien entre ces idées et la notion de culture musicale.

Guilhem Marion a une formation musicale du Conservatoire à rayonnement régional de Lyon en composition, écriture et guitare Jazz. Il possède aussi une maîtrise de musicologie de l'université Lyon 2 Lumière ainsi qu'un master d'informatique musicale de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM). Il est aujourd'hui doctorant au Laboratoire des Systèmes Perceptifs au sein de l'École normale supérieure de Paris. Son travail, entre sciences cognitives, informatique et musicologie, consiste à comprendre les mécanismes cognitifs culturels supportant la perception musicale, comment ils sont construits, encodés dans le cerveau et évoluent au cours de la vie.

Rémi MERMET : Le style, la forme, la vie : sur l'actualité de l'esthétique
On a beaucoup glosé, ces vingt dernières années, sur le soi-disant "malaise" qui se serait emparé de l'esthétique philosophique, telle qu'on la pratique depuis la fin du XVIIIe siècle. La discipline est en effet prise sous le feu croisé des cultural studies et des approches biologisantes de la beauté (que ce soit sous la figure de l'esthétique évolutionniste ou de la neuro-esthétique), les unes lui reprochant sa cécité idéologique, les autres son manque d'objectivité. Pourtant, au regard de son dynamisme actuel, rien ne paraît accréditer l'idée d'un adieu irrévocable qu'il faudrait prononcer à l'endroit de cet héritage fondamental des Lumières. Au contraire, une triple conjonction au sein de la pensée contemporaine — celle de la renaissance du concept de style dans les sciences humaines, du foisonnement de la critique philosophique des "formes de vie", et d'un intérêt renouvelé pour la question de la perception et des affects — revivifie le projet de l'esthétique. Plus exactement, en opérant un retour à son sens originaire d'étude de notre expérience sensible, l'esthétique semble aujourd'hui se poser comme l'un des lieux les plus adéquats pour penser nos manières d'habiter le monde, redonnant ainsi — telle est du moins mon hypothèse — toute sa puissance critique au problème de la beauté.

Rémi Mermet est docteur en philosophie et en histoire de l'art, et chercheur associé au Centre d'histoire des philosophies modernes de la Sorbonne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Ancien post-doctorant auprès de la Chaire Beauté.s PSL-L'Oréal, ses recherches portent essentiellement sur l'esthétique et la "science de l'art" germaniques, la philosophie d'Ernst Cassirer ainsi que sur le renouveau du concept de "style" dans la pensée contemporaine.
Publications
Avec Danièle Cohn (dir.), L'Histoire de l'art et ses concepts. Autour de Heinrich Wölfflin, Paris, Éditions Rue d'Ulm, 2020.
"Cassirer et Panofsky : un malentendu philosophique", Labyrinth : An International Journal for Philosophy, Value Theory and Sociocultural Hermeneutics, 22/1, 2020, pp. 56-78.
"L'objet de l'art : Cassirer et Fiedler", Recherches germaniques, 51, 2021, pp. 137-156.
Bibliographie
Gernot Böhme, Aisthétique : pour une esthétique de l'expérience sensible, Dijon, Les presses du réel, 2020.
Danièle Cohn & Giuseppe Di Liberti (dir.), Esthétique : connaissance, art, expérience, Paris, Vrin, 2012.
Estelle Ferrarese & Sandra Laugier, Formes de vie, Paris, CNRS Éditions, 2018.
Marielle Macé, Styles : critique de nos formes de vie, Paris, Gallimard, 2016.
Jacques Rancière, Malaise dans l'esthétique, Paris, Galilée, 2004.
Jean-Marie Schaeffer, Adieu à l'esthétique, Paris, Mimésis, 2016 (éd. révisée et augmentée).

Didier NECTOUX : Beauté minérale. Source d'inspiration, de création
Aujourd'hui, associer le minéral à la beauté nous entraîne immanquablement vers les mondes de la joaillerie ou de la "lithothérapie". Et pourtant les ressources minérales sont nécessaires à toutes les activités humaines. L'étude de leurs compositions et de leurs propriétés permet d'envisager des fonctions, des applications nouvelles dans tous les domaines de l'industrie, de l'art et de l'artisanat. Leurs couleurs, formes et textures sont une source inépuisable d'inspiration pour les créateurs. Les références sont partout, mais seul l'œil du minéralogiste arrive à bien les identifier.

Depuis 10 ans, Didier Nectoux est conservateur du Musée de Minéralogie de l'École des Mines de Paris. Docteur en géologie de l'ingénieur, il débute sa carrière comme ingénieur de recherche dans l'industrie, la poursuit en tant qu'enseignant chercheur durant 20 ans à l'école des Mines d'Alès. Pendant les dernières années, Il y exerce deux fonctions : l'une en tant que responsable du Musée, l'autre en tant que créateur et responsable de formation d'ingénieurs par apprentissage dans le domaine de l'éco-construction. Passionné de vulgarisation des sciences de la Terre, Didier Nectoux s'emploie, aujourd'hui, à faire connaître le musée de minéralogie de l'École des Mines de Paris et ses collections qui constituent l'un des plus beaux ensembles au monde. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation, d'un MOOC sur les minéraux et dispense de nombreuses conférences à travers la France.
Publications récentes
Curiosités Minérales, Éditions Omniscience, 2015.
Le système poétique des éléments, Éditions Invenit, 2017.
Passion Minéraux, Éditions Nathan, 2021.
Monde minéral (titre provisoire), Éditions Gallimard, à paraître.

Bertrand PRÉVOST : Beautés animales : ordre ou expression ?
À partir d'une relecture de l'œuvre du zoologiste suisse Aldolf Portmann (1897-1982), on tentera d'éclairer d'une lumière nouvelle la question des beautés animales pour la détacher doublement et de toute question d'ordre (symétrie, régularités, géométrie… : l'animal architecte) et de toute question intentionnelle (projection, plan… : l'animal ingénieur). Tel est sans doute le cadeau que nous offre Portmann : celui de donner pleine consistance au statut profondément subtil de la beauté animale, qui perd en objectivité ce qu'elle gagne en expressivité — ce que le zoologiste nommait une "apparence authentique" ; soit une "fonction vitale" qui ne se laisse réduire ni à une forme organique ni à un vêtement extérieur, mais qui n'en jouit pas moins d'une existence autonome.

Bertrand Prévost est historien de l'art et philosophe, maître de conférences HDR à l'université Bordeaux Montaigne (Dépt. d'Arts plastiques).
Publications
La peinture en actes. Gestes et manières dans l'Italie de la Renaissance (2007).
Botticelli. Le manège allégorique (2011).
Peindre sous la lumière. Leon Battista Alberti et le moment humaniste de l'évidence (2013).
Marqueterie générale. Hubert Duprat (2020).
Au cœur des pierres (avec le photographe Raphaël Salzedo) (2020).
Ses travaux autour de Portmann sortiront prochainement sous le titre L'élégance animale (Fage, 2022).

Claudine SAGAERT : "L'herbe et la bête". Philosophie de la "mauvaise" graine à la bestiole
À distance extrême de la lumière platonicienne ou plotinienne, "l'absolue laideur" de la matière (Plotin) donne à penser d'obscurs "plurivers", des mondes hétérogènes évocateurs de l'enfer. Au ras des sols et dans les sous-sols, herbacées et "petites bêtes" se développent, se propagent et pullulent. Perçues disgracieuses, affreuses et difformes, elles sont considérées comme inutiles et nocives. Ainsi de la "mauvaise" graine à la "mauvaise" herbe, des plantes rudérales aux plantes adventices, de l'insecte répugnant au nuisible grouillant, de la bestiole à la vermine, ces vivants, qui dit-on, souillent, détruisent et contaminent, sont résumés, selon l'expression de François Dagognet, à des "moins-êtres". L'énonciation de leurs dites qualités négatives est déjà en elle-même une arme pour justifier le mépris qu'on leur porte. En conséquence, ces "envahisseurs" et "destructeurs" sont à des fins hygiénistes, économiques ou esthétiques, la cible d'une "extermination" sans état d'âme (Thierry Hoquet, Catherine Chalmers). Pourtant à bien y regarder, l'importance de leur rôle dans la biodiversité n'est-elle pas sans conteste (Jean-Marc Drouin) ? Quant à leur présumée laideur, ne relève-t-elle pas d'une projection relative à notre peur de l'immaîtrisable ? De même, "mauvaises" herbes et bestioles ne font-elles pas œuvres d'artiste et ne sont-elles pas par là même des modèles pour les créateurs que nous sommes (Vinciane Despret, Lois Weinberger) ? Mais alors, ne peut-on pas défendre que "rien n'est beau" si ce n'est leurs tiges souterraines, leurs racines aériennes (Deleuze), leurs brillants hiéroglyphes, leurs dessins bizarres ou leurs coquetteries étranges (Jules Michelet) ? À l'image du pyrophore (Antón Arrufat), insecte de la famille des termites et des cafards, ne faut-il pas reconnaître de ce fait que la lumière immanente de ce microcosme qui éclaire la matière, l'embellit ?

Claudine Sagaert enseigne la philosophie en D.N.M.A.D.E. (diplôme des métiers d'art et du design). Ses recherches au sein du Laboratoire Babel de l'université de Toulon portent sur les représentations du corps dans une approche pluridisciplinaire : philosophie, esthétique et anthropologie.
Publications
Histoire de la laideur féminine, Paris, Éditions Imago, Préfacé par David Le Breton et Postfacé par Georges Vigarello.
La Nymphoplastie, une chirurgie de l'intime, Paris, Édition Le murmure (2022).
A co-dirigé avec Emmeline Gros, Normes et transgressions, "Traverses", 2017.
A collaboré à de nombreux ouvrages dont La Fabrique la laideur, Florence Bancaud (dir.), PUP, 2021 ; La Psychologie des beaux et des moches, Jean-François Marmion (dir.), Paris, Éd. Sciences Humaines, 2020 ; L'humiliation, Christophe Regina, Lucien Faggion, Alexandra Roger (dir.), Éditions Garnier, 2019 ; Tous Malades, Florence Fix (dir), Paris, Orizons, 2018.

Pierre SAUVANET : Beautés jazz(s)
On fait d'abord le choix d'une beauté non visuelle, mais sonore. La beauté est le plus souvent associée à la vue, dans l'espace, mais qu'en est-il de l'ouïe, dans le temps ? On fait ensuite le choix d'une musique qui n'est pas toujours associée à la beauté. La notion de beauté dans le jazz du second XXe siècle est pourtant vitale — beauté paradoxale qui se nourrit historiquement de toutes les tensions et déchirures. Entre autres, Thelonious Monk (Ugly Beauty, 1967) fait le pari que l'oxymore soit pertinente, tandis qu'Ornette Coleman (Beauty Is A Rare Thing, 1960) nous rappelle que le beau n'est pas le joli ni l'agréable. L'improvisation serait-elle cette beauté libre (au sens plus ou moins kantien du § 16 de la troisième Critique) ? On fait enfin le choix d'ouvrir le sens musical, de l'esthétique à l'éthique : la beauté jazz en tant que beauté vitale, c'est aussi celle d'un style de vie, d'une exigence de l'existence.

Agrégé de philosophie, ancien élève de l'ENS Fontenay-Saint-Cloud, Pierre Sauvanet est professeur d'esthétique à l'université Bordeaux Montaigne, où il dirige l'UR ARTES (24141). Ses recherches (qui s'appuient aussi sur une pratique) portent sur une approche philosophique des phénomènes rythmiques.
Publications
Le Rythme et la Raison, Kimé, 2000.
Jazzs, avec Colas Duflo, MF, 2008.
L'Insu. Une pensée en suspens, Arléa, 2011.

Chiara VECCHIARELLI : L'image vitale, une tension de surface
Comment penser la surface de l'image et avec celle-ci la beauté, à l'heure où l'œuvre d'art devient un organisme vivant qui se crée à travers un tissu de relations ? Dans notre communication, nous proposerons de travailler cette question à la lumière du concept de tension superficielle en laquelle se rejoignent les notions de surface et de relation. En mobilisant l'ontologie relationnelle de Gilbert Simondon pour penser l'œuvre qui se donne dans la relation au vivant, nous allons suggérer de situer le discours autour de la beauté sur la limite tendue de l'être, là où il en va d'un potentiel qui porte pour nous, dans l'image, la réalité de la relation.

Frédéric WORMS : La beauté au cœur des relations. La beauté réellement vitale
La beauté est vitale parce que la vie est relationnelle, telle est la thèse défendue dans cette conférence. C'est parce que la vie est relationnelle que les vivants s'apparaissent les uns aux autres sans que cette apparition pourtant cesse d'être vitale c'est-à-dire active et polarisée, attirante ou repoussante, car tout ce qui est vital est aussi mortel. Ainsi, la beauté est la norme de cette apparition des vivants entre eux et avec leur milieu, à la fois détachée du contact immédiat et ouverte à la contemplation, mais aussi valorisée au point que la beauté et la laideur traversent toutes les dimensions de la vie s'apparaissant à elle-même, jusqu'aux actions et au savoir. Les vivants humains poussent au plus loin ces deux directions de la beauté, au point d'oublier leur origine vitale, mais y revenir est nécessaire et fournit une boussole dans les philosophies de la beauté mais aussi de la vie.

Frédéric Worms, professeur de philosophie à l'École normale supérieure-PSL a été nommé directeur de cet établissement en mars 2022. Il travaille sur les relations entre les vivants, ainsi que sur l'histoire de la philosophie française contemporaine, de Bergson à aujourd'hui, et défend un "vitalisme critique". Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont récemment Vivre en temps réel et Le vivable et l'invivable avec Judith Butler. Il a été membre du CCNE pendant huit ans et codirige la collection "Questions de soin" aux PUF, et produit sur France culture l'émission "Le pourquoi du comment : philosophie". Il a participé à de nombreuses rencontres à Cerisy et a notamment co-dirigé Le moment du vivant avec Arnaud François en 2012 (publié aux PUF, coll. "Philosophie française contemporaine", 2016).


BIBLIOGRAPHIE :

La beauté du seuil. Esthétique japonaise de la limite, Itō Teiji, traduit et documenté sous la direction de Philippe Bonnin, CNRS Éditions, 2021.
Le cinéma est mort, vive le cinéma !, Antoine De Baecque, Gallimard, 2021.
La beauté d'une ville, controverses esthétiques et transition écologique à Paris, Collectif, Pavillon de l'Arsenal et Wildproject, 2021.
Dans l'œil du désastre. Créer avec Fukushima, Michaël Ferrier, avec la participation de Hervé Couchot, Amandine Davre, Élise Domenach, Bénédicte Gorrillot et Clélia Zernik, Éditions Marchaisse, 2021.
Pour un humanisme vital, Frédéric Worms, Odile Jacob, 2019.
Sur le régime de création sur-contemporain, Vincent Bontems & Armand Hatchuel, Rapport du projet-pilote : Étudier les régimes de création. Théories, terrains, similitudes et convergences, Programme PSL : Création, Cognition et Société (CCS), 2019.
Lost in Maths, Sabine Hossenfelder, Les Belles Lettres, 2019.
Plotin, Traité 31 [V,8], De la Beauté intelligible, Anne-Lise Worms, Éditions Vrin, 2018.
Histoire de la laideur féminine, Claudine Sagaert, Préface de David Le Breton, Postface de Georges Vigarello, Imago, 2015.
• "Beauté, classe sociale et empowerment. Les jeunes femmes de classes populaires dans les élections de Miss en Normandie", Camille Couvry, Thèse de doctorat, 2015, Université de Rouen Normandie.
Vocabulaire de la spatialité japonaise, Philippe Bonnin, Nishida M. & Inaga S. (dir.), Paris, Éditions du CNRS, 2015.
Éléments d'esthétique, Pierre Sauvanet, Ellipses, 2014.
Le Futur n'existe pas : rétrotypes (avec Alain Bublex), Élie During, Éditions B42, 2014.
• "Cosmique cosmétique. Pour une cosmologie de la parure", Bertrand Prévost, Images Re-vues [En ligne], 10 | 2012.
Beauté fatale, Mona Chollet, La Découverte, 2012.
100 000 ans de beauté, Collectif, sous les directions scientifiques de Pascal Picq, Georges Vigarello, Marc Nouschi et Françoise Gaillard, Éditions Gallimard, 2009.
Quand on n'a plus que son corps : soin et non-soin de soi en situation de précarité, Gisèle Dambuyant, Armand Colin, 2006.


SOUTIEN :

Chaire Beauté·s | PSL

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


LEVINAS ET MERLEAU-PONTY : LE CORPS ET LE MONDE


DU MERCREDI 6 JUILLET (19 H) AU MARDI 12 JUILLET (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]


"Chemin de philosophie" à Kyōto en automne
[© Université Rikkyo — Photolibrary]


ARGUMENT :

Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) et Emmanuel Levinas (1906-1995) reprennent l'héritage de Husserl et de Heidegger en opérant une réhabilitation du corps et du monde sensible dont les conséquences en philosophie et en éthique sont considérables. Il y a des différences notables entre la phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty ou sa description de la structure ontologique du monde et la pensée de Levinas qui fait de la rencontre d'autrui le point de départ de l'éthique. Toutefois, en insistant sur la corporéité du sujet et en l'inscrivant dans un tissu social, ils renouvellent l'un et l'autre la conception de la condition humaine, qui n'est plus pensée seulement à la lumière de la liberté.

Ce colloque franco-japonais accueillera plusieurs traducteurs de l'œuvre de Levinas et de Merleau-Ponty et permettra de faire le point sur la réception de ces phénoménologues au Japon. Nous accorderons une attention particulière à la manière dont ils contribuent à renouveler la réflexion sur le soin, l'habitation de la Terre et la philosophie de l'animalité, ainsi que l'esthétique.


MOTS-CLÉS :

Altérité, Animalité, Corporéité, Écophénoménologie, Imagination, Milieu, Monde, Nature, Phénoménologie, Traduction


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 6 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 7 juillet
I. LE RÉVEIL DU MONDE SENSIBLE
Matin
Corine PELLUCHON & Yotetsu TONAKI : Introduction
Annabelle DUFOURCQ : Les corps fantastiques de la phénoménologie [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]

Après-midi
Masumi NAGASAKA : Levinas et sa transformation du concept de l'expérience [vidéo]
Yasuhiko SUGIMURA : Descente en deçà de l'être : Levinas et Nishida entrecroisés


Vendredi 8 juillet
II. L'HABITATION DE LA TERRE
Matin
Corine PELLUCHON : De l'habitation de la Terre de Levinas à l'ontologie de la chair de Merleau-Ponty : perspectives éco-phénoménologiques
Tetsuya KONO : Le "corps-météo-monde" : le translucide et le tournant chez Merleau-Ponty

Après-midi
"HORS LES MURS" — À L'IMEC (abbaye d'Ardenne de Caen)
Visite de l'abbaye

La traduction et les traductions, table ronde avec Yotetsu TONAKI (Société japonaise des études lévinassiennes et les Cahiers des études lévinassiennes), et les traducteurs de Derrida en anglais : Peggy KAMUF, Michael NAAS et Pascale-Anne BRAULT

Nao SAWADA : L'écologie et l'existence : l'héritage phénoménologique chez André Gorz

Soirée
"Les grands soirs" : La philosophie de l'habitation de la Terre, table ronde présentée par François BORDES, avec Tetsuya KONO et Corine PELLUCHON [en savoir plus]


Samedi 9 juillet
III. CORPORÉITÉ, SOIN ET VULNÉRABILITÉ
Matin
Yasuhiko MURAKAMI : Levinas et le monde sans failles : le soutien aux enfants des quartiers pauvres [visioconférence]
Tetsuo SAWADA : Folie de la vision : la question du narcissisme dans la pensée phénoménologique de Merleau-Ponty

Après-midi
Emmanuel de SAINT AUBERT : La portance chez Merleau-Ponty
Dorothée LEGRAND : Les corps parlants de Levinas et Merleau-Ponty — lecture psychanalytique
François-David SEBBAH : Levinas et Butler

Soirée
Augustin BERQUE : De la nature chez Merleau-Ponty et chez Imanishi [lecture de textes]


Dimanche 10 juillet
Matin
IV. ÉCONOMIE ET POLITIQUE
Toshihiro FUJIOKA : Levinas et la pensée économique
Claire DODEMAN : Penser l'engagement politique avec Merleau-Ponty
Gilles HANUS : L'inactualité du politique chez Levinas

Après-midi
V. LES HUMAINS ET LES AUTRES QU'HUMAINS
Yotetsu TONAKI : De l'"infime différence entre l'homme et le non-homme" chez Levinas
Orietta OMBROSI : Le face-à-face de Levinas avec l'"animal" et la critique de Derrida


Lundi 11 juillet
VI. LANGAGE, VÉRITÉ ET ESTHÉTIQUE
Matin
Alexis CADORET : Lecture d'un texte personnel

Après-midi
Masato GODA : Terre, Au-dessus des eaux, Arche naufragée… Merleau-Ponty et Levinas lecteurs de Proust
Jocelyn BENOIST : Rompre le silence de la phénoménologie


Mardi 12 juillet
CONCLUSION DU COLLOQUE
Matin
Synthèse par les doctorants et les étudiants, avec Thierry BILLETTE DE VILLEMEUR, Alexis CADORET, Alice GIAROLO, Moe MIYAKE, Hengkang MO, Élisabeth PELLENQ, Dominique PENSO-ASSATHIANY, Maiko SAKAI, Yasuyuki SANO et Antonia SCHIRGI

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Corine PELLUCHON : De l'habitation de la Terre de Levinas à l'ontologie de la chair de Merleau-Ponty : perspectives éco-phénoménologiques
La description phénoménologique de notre immersion dans le monde sensible que l'on trouve, avec des différences importantes, chez Levinas et chez Merleau-Ponty offre des perspectives très riches pour penser notre habitation de la Terre en dépassant le dualisme nature/culture propre aux philosophies de la liberté qui ont eu tendance à concevoir l'humain comme un empire dans un empire, radicalement séparé des autres vivants. Leur phénoménologie évite également les difficultés liées aux notions classiques de l'éthique environnementale, à savoir la notion de valeur intrinsèque de la nature et celle d'éco-centrisme. En effet, ces deux notions reconduisent le dualisme nature/culture, objet/sujet, moi/monde, et n'intègrent pas l'écologie à une réflexion sur notre condition humaine, contrairement à la phénoménologie de la corporéité de Levinas dont nous étudierons le concept de "nourritures" qui désigne les choses à la fois naturelles et culturelles dont nous vivons. Bien que Levinas estime que le point de départ de l'éthique soit le rapport à autrui et qu'il sépare le monde des nourritures de l'éthique et de la justice, sa compréhension de l'existant implique d'interroger notre usage de la nature et des autres vivants et d'assigner des limites à notre droit d'en user comme bon nous semble. Enfin, l'approche phénoménologique, qui est une approche à la première personne, et non une description extérieure et en troisième personne, permet de penser la valeur attribuée aux autres vivants comme étant le fruit d'une rencontre entre moi et le monde. Il s'agira d'apprécier la fécondité de l'éco-phénoménologie, à laquelle l'ontologie de la chair de Merleau-Ponty ouvre la voie, renouvelant en profondeur les humanités environnementales.

Corine Pelluchon est professeur de philosophie à l'université Gustave Eiffel et Fellow au The New Institute à Hambourg. Spécialiste de philosophie morale et politique et d'éthique appliquée (médicale, environnementale et animale), elle a publié une douzaine de livres qui sont pour la plupart traduits dans d'autres langues.
Dernières publications
Manifeste animaliste. Politiser la cause animale, Alma, 2017, Rivages, 2021.
Éthique de la considération, Seuil, 2018, 2021.
Pour comprendre Levinas. Un philosophe pour notre temps, Seuil, 2020.
Réparons le monde. Humains, animaux, nature, Rivages, 2020.
Humains, animaux, nature. Quelle éthique des vertus pour le monde qui vient ?, avec G. Hess et J.-P. Pierron (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann, 2020.
Les Lumières à l'âge du vivant, Seuil, 2021.

Yotetsu TONAKI : De l'"infime différence entre l'homme et le non-homme" chez Levinas
Comment approcher des questions sur les "autres qu'humains" dans la perspective de l'"humanisme de l'autre homme" de Levinas ? On se demande souvent, en effet : les animaux ont-ils le visage auquel nous devons répondre ? Qu'en est-il des robots qui semblent pouvoir établir un dialogue avec les hommes ? Avant de répondre directement à ce type de questions, il faut repérer le terrain permettant d'orienter les réflexions du point de vue lévinassien. À ce sujet, l'expression "infime différence entre l'homme et le non-homme", que Levinas utilise dans un passage de Totalité et infini est fortement importante. Le "non-homme" se trouve déjà au cœur de l'œuvre lévinassienne. On peut même dire que les analyses phénoménologiques qu'il développe dans ce livre majeur s'accompagnent toujours d'un effort de mesurer cette "infime différence". Notre communication tentera de dégager certains lieux, ou certains seuils pour ainsi dire, pour examiner les questions des autres qu'humains.

Yotetsu Tonaki est Maître de conférence à l'université Rikkyo, Japon, où il enseigne la philosophie européenne.
Publications
Projet lévinassien. Totalité et infini et la plurivocité de l'humain [japonais], Keiso Shobo, Japon, 2021.
Éditeur, Le singulier et l'universel. Nouvelles perspectives de la philosophie d'Emmanuel Levinas [japonais], Hosei University Press, 2022.
Collectif, Arrachement et évasion : Levinas et Arendt face à l'histoire, Vrin, 2013.
A traduit en japonais les trois volumes d'Œuvres d'Emmanuel Levinas.


Jocelyn BENOIST : Rompre le silence de la phénoménologie
La phénoménologie a poursuivi l'idéal d'une parole du sensible, transformé par là-même en phénomène, c'est-à-dire apparition de quelque chose. Pour un tel point de vue, l'être du sensible, à la limite, s'épuise dans le sens de ce qui serait censé y apparaître. Si cette opération réussit, elle conduit à une forme d'insonorisation du matériau sensible qui, pour ainsi dire assourdi au profit de son sens, ne s'y entend plus. Dès lors, une entreprise d'abord placée sous le signe de la restitution d'une voix au phénomène s'achève systématiquement dans une valorisation du silence : un silence plein de sens à défaut d'être plein de bruit. On relira suivant ce prisme le projet merleau-pontyen d'une "sigétique" et verra comment Levinas s'y oppose à travers son traitement très original de la question du son. L'enjeu sera de cerner la possibilité d'une philosophie réaliste du sensible, au-delà de (et contre) la phénoménologie.

Jocelyn Benoist est Professeur de philosophie contemporaine et de la connaissance à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Publications
Le Bruit du sensible, Éd. du Cerf, 2013.
Logique du Phénomène, Éd. Hermann, 2016.
L'Adresse du Réel, Éd. Vrin, 2017.

Augustin BERQUE : De la nature chez Merleau-Ponty et chez Imanishi
Merleau-Ponty et Imanishi ont en commun une approche de la nature qui évoque fortement la mésologie (l'Umweltlehre selon Uexküll, le fûdogaku 風土学 selon Watsuji), sans toutefois que ni l'un ni l'autre ne s'en réclame dans sa propre conception de la nature. Si Merleau-Ponty a bien consacré une partie de son cours de 1957-1958 aux thèses d'Uexküll (qualifiées de "descriptions"), Imanishi pour sa part ne mentionne ni celles-ci ni celles de Watsuji dans aucun de ses écrits majeurs, bien que son propre concept central, l'écospécie (sumiwake 棲み分け), ait beaucoup à voir avec le contre-assemblage (Gegengefüge) uexküllien et la médiance (fûdosei 風土性) watsujienne. On examine ici dans quelle mesure les propres thèses de chacun des quatre auteurs répondent au principe de la mésologie : l'être se crée en créant son milieu (δημιουργοῦν τὰ περιέχοντα, ἑαυτὸ δημιουργεῖ τὸ ὄν).

Augustin Berque, géographe et orientaliste, est directeur d'études en retraite à l'EHESS. Membre de l'Academia europaea, il a été en 2009 le premier Occidental à recevoir le Grand Prix de Fukuoka pour les cultures d'Asie, et en 2018 le lauréat du Prix Cosmos international.
Publications
Recouvrance. Retour à la terre et cosmicité en Asie orientale (2022).
Dryades et ptérodactyles de la Haute Lande. Dessins et légendes (2022).

Claire DODEMAN : Penser l'engagement politique avec Merleau-Ponty
Penser l'engagement politique avec Merleau-Ponty (Pourquoi s'engage-t-on ? Que met-on en gage lorsqu'on le fait ?) exige de confronter les textes politiques de ce dernier aux fondements phénoménologiques explorés en d'autres lieux par le philosophe. De fait, il n'est d'engagement ordinaire qu'en vertu d'une dimension corporelle plus originaire de l'existence, sol permanent de mes actions. L'essence double de l'engagement ("être pris par" et "prendre part à") donne à voir une liberté concrète contre l'alternative entre une appartenance objective à un monde et la liberté d'un pouvoir-être d'où s'absente toute passivité. L'engagement ainsi conçu structure en conséquence l'existence elle-même, et c'est depuis ce socle philosophique qu'il devient possible d'appréhender les engagements particuliers dans l'action historique.

Agrégée de philosophie, docteure en philosophie de Normandie Université, accueillie précédemment par l'équipe de recherche "Identité et Subjectivité" pour la rédaction de sa thèse de doctorat sous la direction d'Emmanuel Housset, Claire Dodeman enseigne actuellement au lycée Lavoisier de Mayenne. Elle est désormais membre associée de l'équipe de recherche.
Publications
"L'individu et l'histoire : l'engagement politique selon Colette Audry et Maurice Merleau-Ponty", in L'intervalle du pouvoir, postérité politique de Maurice Merleau-Ponty, sous la direction de Jérôme Mélançon, Éd. Kimé, pp. 25-41 (à paraître, 2022).
"Le dilemme du cynique et du coquin. Merleau-Ponty face au réalisme politique en 1945-1946", Revue Tumultes, 2021/1, n°56, juin 2021, pp. 13-32.
"Claude Lefort lecteur de Merleau-Ponty : de "l'expérience prolétarienne" à la "chair du social"", Rue Descartes, 2019/2, n°96, pp. 108-116.
"Qu'est-ce qu'une philosophie militante ? Phénoménologie et engagement dans la pensée de Merleau-Ponty", Les Études phénoménologiques - Phenomenological Studies, n°3, Centre d'études phénoménologiques / Université catholique de Louvain, Éditions Peeters, janvier 2019, pp. 71-84.

Annabelle DUFOURCQ : Les corps fantastiques de la phénoménologie
La question de la relation entre les sujets, leur incarnation et l'imaginaire sera au cœur de cette conférence. On peut contester l'idée que toute la phénoménologie repose sur le primat de la perception et de la présence. Elle se définit plutôt comme la philosophie qui a voulu tenir ensemble les idées et le sensible sans sacrifier les ambitions des premières et la richesse, l'opacité, la chair et les relativités du second. Ce projet a constitué un des ressorts décisifs des différents visages et évolutions de la phénoménologie husserlienne et de ses nouveaux avatars chez les héritiers-dissidents de Husserl. Il y a dès le départ une incarnation fantastique et en droit multiple de la phénoménologie du fait même du rôle clef qu'elle doit accorder aux variations et à l'aura imaginaire des sensations. Nous examinerons comment ce thème du corps et des corps imaginaires (fantômes, mythes, Weltbilder, chair du monde, réalité et son ombre, chimère et animot) se déploie comme l'une des clefs du projet phénoménologique même de Husserl. Il sera aussi question de la manière dont la phénoménologie s'est inventée et fantasmée et des chemins qui s'ouvrent à elle aujourd'hui : je plaiderai pour un usage plus conscient et assumé de cette pluralité des corps fantastiques dans le champ phénoménologique.

Annabelle Dufourcq est Maîtresse de conférences HDR et Associate Professor à l'université Radboud, Pays-Bas, département de métaphysique et anthropologie philosophique.
Publications
La dimension imaginaire du réel dans la philosophie de Husserl, Springer, Phaenomenologica, 2010.
Merleau-Ponty : une ontologie de l’imaginaire, Springer, Phaenomenologica, 2012.
The Imaginary of Animals, Routledge, 2021.

Toshihiro FUJIOKA : Levinas et la pensée économique
Y a-t-il une relation entre la philosophie de Levinas et la science économique au sens strict ? Rien n'est moins sûr. S'il est vrai qu'il ne mentionne presque jamais d'économistes (une exception importante est évidemment Marx), sa pensée contient toutefois beaucoup d'éléments qui trouvent tout naturellement leur place dans cette discipline. Dans son article "Le Moi et la Totalité" (1954), Levinas souligne en effet l'importance de l'argent et de la "justice économique" qu'il rend possible. Ce point de vue qu'il gardera même jusqu'aux années 1980 est d'autant plus remarquable que cette justice, fondée sur la quantification et la comparaison, tranche avec l'éthique de la responsabilité envers autrui. Notre intervention essaiera de faire le point sur la "pensée économique" chez Levinas, en construisant ses dialogues possibles avec des auteurs socio-économiques (Marx, Mauss, Simiand, etc.).

Toshihiro Fujioka est Maître de conférence à la Faculté des arts et des lettres de l'université de Tokyo. Parallèlement aux recherches sur Levinas et aux traductions de ses textes, il traduit également des auteurs comme Alain Caillé et Marc Augé.
Publications
"Lévinas et Rosenzweig face au paganisme", Cahiers d'Études Lévinassiennes, n°8, Institut d'Études Lévinassiennes, 2009, pp. 53-77.
Levinas et l'éthique du lieu (japonais), Presse universitaire de Tokyo, 2014.

Masato GODA : Terre, Au-dessus des eaux, Arche naufragée… Merleau-Ponty et Levinas lecteurs de Proust
Dans l'Autrement qu'être ou au-delà de l'essence (1974), Emmanuel Levinas mentionne Merleau-Ponty quatre fois ; toutes les fois qu'il le mentionne, il s'agit toujours de l'"historicité fondamentale" de Merleau-Ponty : "le regard questionnant n'est que l'impossible synchronisation de l'inassemblable, l'historicité fondamentale de Merleau-Ponty, à laquelle la diachronie de la proximité a déjà échappé" (AQE, p. 76). Si tel était le cas, on pourrait y centrer la problématique "Levinas vs Merleau-Ponty". Or, qu'est-ce que l'"historicité fondamentale" dont parle Merleau-Ponty ? D'abord je m'efforce d'y répondre en lisant le texte de Merleau-Ponty sur Husserl : "Le philosophe et son ombre" dans les Signes (1960). L'"historicité fondamentale" y est liée avec la "Terre" qui est "la matrice de notre temps comme de notre espace" (S., p. 294). Comme on le sait bien, Husserl lui-même l'appelle "Ur-Arche". Celle-ci n'est pas absente chez Levinas selon qui "Il n'est pas interdit à l'"extra-ordinaire" de la responsabilité pour autrui, de flotter au-dessus des eaux de l'ontologie" (AQE, p. 221). Dans ces conditions, je voudrais en deuxième temps me demander ce que signifierait l'"au-dessus des eaux de l'ontologie" par rapport à la "Terre" de Merleau-Ponty.

Masato Goda est Professeur de la section philosophie à l'université Meiji.
Publications
La pensée de Levinas. Berceau de l'espérance (1988).
Lire Levinas (2000).
Jankélévitch. Aux confins de la rhapsodie (2004).
A traduit Totalité et infini, Autrement qu'être ou au-delà de l'essence de Levinas, Humanisme et terreur de Merleau-Ponty.

Gilles HANUS
Gilles Hanus dirige les Cahiers d'études lévinassiennes et enseigne la philosophie dans le secondaire. Il est l'auteur de nombreux articles et de neuf livres.
Publications
Relief de la mémoire, Liber 2021/22.
Quelques usages de la parole, Hermann, 2019.
L'épreuve du collectif, Verdier, 2016.
Échapper à la philosophie ? Lecture de Lévinas, Verdier, 2012.
L'un et l'universel. Lire Lévinas avec Benny Lévy, Verdier, 2007.

Tetsuya KONO : Le "corps-météo-monde" : le translucide et le tournant chez Merleau-Ponty
La philosophie de Merleau-Ponty ne semble pas avoir de théorie du désir. Pourquoi a-t-il négligé le problème du désir ? Ma réponse est que le but ultime de la philosophie de Merleau-Ponty est d'ouvrir "les portes de la perception" qui limitent notre accès au monde et de vivre dans le monde sans rien désirer. C'est le monde de l'éternel recommencement sans aucune mémoire ni histoire. C'est le monde dans lequel rien ne se répète jamais, et dans lequel ni le but ni le sens ne sont encore nés, mais restent potentiels à tout moment. Dans ce monde, personne ne peut avoir de désir parce qu'un désir prend place par une comparaison de plus de trois choses. Une comparaison a besoin de mémoire et d'histoire. La philosophie de Merleau-Ponty sert à percevoir et à célébrer ce monde de l'éternel recommencement.

Tetsuya Kono est Ph.D (Philosophie). Professeur au département de l'éducation, Collège of Arts de l'université Rikkyo, Japon. Ses principaux intérêts de recherche sont la phénoménologie, la philosophie de l'esprit et la psychologie philosophique. Il s'intéresse également à la philosophie de l'environnement et à l'éthique environnementale.
Publications
Phénoménologie de l'environnement (2016)
Phénoménologie des frontières (2014)

Dorothée LEGRAND : Les corps parlants de Levinas et Merleau-Ponty — lecture psychanalytique
Alors que les linguistes auront détaillé la distinction entre le langage, la langue et la parole, Maurice Merleau-Ponty aura préféré, sur fond de silence, la parole parlante à la parole parlée, et Emmanuel Levinas aura lui insisté sur l'irréductibilité du Dire au Dit. Chaque fois est en jeu un rapport du parlant non seulement à lui-même et au monde, mais aussi, inextricablement, à l'autre — chaque fois est en jeu une éthique, donc. Orientées par la psychanalyse qui pose l'hypothèse d'un inconscient structuré comme un langage et fonde sa pratique sur la parole et l'écoute, psychanalyse qui conçoit le langage comme structure et la parole comme adresse, nos lectures nous amèneront à considérer cette (ou ces) éthique(s) d'un point de vue temporel : parlant, à quelle histoire (à venir) sommes-nous assujettis, de quelle histoire (à venir) sommes-nous les sujets, à quelle histoire (à venir) pouvons-nous répondre, de quelle histoire (à venir) pouvons-nous assumer la responsabilité ?

Dorothée Legrand est chercheur en philosophie (CNRS, Archives Husserl, École Normale Supérieure, Université Sciences et Lettres de Paris). Elle est aussi psychologue clinicienne et psychanalyste (IHEP - Institut des Hautes Études en Psychanalyse), et pratique en libéral et auprès des personnes exilées, avec les associations MigrENS et Le Chêne et l'Hibiscus. Depuis 2014, elle anime le séminaire "Articulations philosophiques et psychanalytiques" à l'École Normale Supérieure de Paris. En 2019, elle a publié une monographie Écrire l'absence - Au bord de la nuit chez Hermann.

Masumi NAGASAKA : Levinas et sa transformation du concept de l'expérience
Dans son manuscrit relatant son cours sur Heidegger conduit de 1964 à 1965, Heidegger – la question de l'Être et l'Histoire, Derrida présente brièvement une esquisse de la transformation de la notion d'expérience chez Hegel, Heidegger et Levinas. Cet exposé tentera d'éclaircir l'enjeu de cette ébauche en faisant apparaître son arrière-plan, notamment en se référant à "Hegel et son concept de l'expérience" de Heidegger. Derrida y suggère la possibilité de localiser la notion lévinassienne d'"expérience" au-delà de celles de Hegel et de Heidegger, en la liant à la notion du "passé" qui ne devient jamais le présent. La question consiste à comprendre en quel sens Levinas est désigné comme un déconstructeur de la philosophie de la présence et comment cette déconstruction ouvre la notion nouvelle d'expérience.

Masumi Nagasaka, docteur en philosophie et maître de conférences à l'université de Waseda, étudie la phénoménologie française en tant qu'héritière de la philosophie transcendantale et de la phénoménologie allemandes. Sa thèse de doctorat porte sur La foi dans la méfiance — "la possibilité de l'impossibilité" chez Derrida, à travers sa lecture de Husserl, Heidegger et Levinas (2013).

Orietta OMBROSI : Le face-à-face de Levinas avec l'"animal" et la critique de Derrida
Cette communication portera sur la question hyperbolique du visage de l'animal. Il s'agira de souligner les défis qu'elle représente, en insistant aussi tout particulièrement sur l'urgence de l'interrogation de Jacques Derrida à propos de Levinas : "le fait que le penseur juif qui passe, sans doute à juste titre, pour le plus soucieux d'éthique et de sainteté en ce siècle, Emmanuel Levinas, n'a pas fait de l'animal au moins une grande interrogation au cœur de son œuvre" est, aux yeux de Derrida, une énigme. Il a du mal à comprendre que le philosophe de l'altérité et de l'éthique ne se soit pas réellement interrogé sur "l'animal". Cela le préoccupe plus que la constatation des défaillances et des dénégations des autres philosophes abordés et questionnés dans L'animal que donc je suis. Il conviendra de se demander pourquoi. Enfin, nous nous attarderons sur la réponse donnée par Levinas, où le serpent devient le centre, voire l'exemple, de son argumentation ainsi que de la critique serrée de Derrida vis-à-vis de l'énigmatique et problématique aveu levinassien : "je ne sais pas si le serpent a un visage".

Orietta Ombrosi est Maître de Conférences au Département de Philosophie, Sapienza Université de Rome, où elle enseigne Philosophie Morale. Elle a obtenu son Ph.d à l'université Paris X-Nanterre, a enseigné aux Départements de Philosophie de l'université de la Méditerranée, de l'université de Bologne et à Divinity School, The University of Chicago.
Dernières publications
Avec R. Zagury Orly, Derrida-Levinas. An Alliance awaiting the political, fran./angl., Mimesis International, 2018.
Le collectif Nuclear Power. A scientific and philosophical issue from 1945 to today, ita./angl., Mimesis, 2020.
Le bestiaire philosophique de J. Derrida, PUF, 2022, à paraître.

Emmanuel de SAINT AUBERT : La portance chez Merleau-Ponty
Merleau-Ponty caractérise l'être humain comme "une autre manière d'être corps". Ce style qui fait notre chair est marqué par la relation et l'ouverture : la relation au monde et à autrui, elle-même plongée dans (et rendue possible par) notre ouverture, dans le désir et la foi perceptive, à une indétermination polymorphe — l'espace et le temps, la profondeur, l'horizon, le silence, et plus largement toutes les figures de ce que Meleau-Ponty en vient à nommer "l'être". L'être n'est ni monde ni chair mais en "porte" la manifestation et les relations, l'existence et la coexistence. C'est cette "portance" qui sera ici interrogée, ainsi que son absence ou son contraire, selon une approche dialectique et critique. Car si l'être ouvre notre chair et la travaille, c'est aussi en la déstabilisant, dans une contingence et une adversité où la bascule entre sens et non-sens, profondeur et abîme, verticalité et vertige, est toujours possible, sinon imminente.

Emmanuel de Saint Aubert est directeur de recherche au CNRS, à l'École Normale Supérieure. Parallèlement à ses travaux sur Merleau-Ponty, il développe une anthropologie de la portance attentive à ses enjeux ontologiques, éthiques et cliniques.
Publications
Être et chair II. L'épreuve perceptive de l'être : avancées ultimes de la phénoménologie de Merleau-Ponty, Paris, Vrin, 2021.
"Introduction à la notion de portance", in Archives de philosophie, Tome 79, 2016, n°2, pp. 317-343 [en ligne].
"La chair ouverte à la portance de l'être", in Alter, n°23, "Anthropologies philosophiques", 2015, pp. 168-185 [en ligne].
Être et chair I. Du corps au désir : l'habilitation ontologique de la chair, Paris, Vrin, 2013.

Nao SAWADA : L'écologie et l'existence : l'héritage phénoménologique chez André Gorz
Préoccupés par la destruction de l'environnement, la plupart des penseurs écologiques critiquent l'anthropocentrisme. Or, pour André Gorz, l'écologie ne s'oppose pas seulement à l'humanisme, mais sollicite même l'humanisme dans la mesure où elle envisage avant tout l'émancipation humaine liée à nos modalités de vie et de travail. Il s'agit, en effet, d'une discipline anticapitaliste et subversive. Ainsi, la question de l'autonomie existentielle joue un rôle prépondérant dans l'écologie politique et socialiste, qui nous semble s'enraciner dans l'existentialisme sartrien dont la question du sujet (sa liberté, son aliénation et sa générosité) est inséparable de celle de l'éthique. On peut repérer également l'influence de Husserl et Merleau-Ponty chez Gorz. Nous nous proposons de relever l'héritage phénoménologique et existentialiste dans la pensée écologique gorzienne.

Nao Sawada est Professeur à l'université Rikkyo (Tokyo) et Docteur en philosophie à l'université de Paris I, Panthéon-Sorbonne. Sa thèse s'intitule "Écriture et morale: Question éthique chez Sartre". Ses domaines de recherche concernent la littérature et la philosophie.
Publications
Jean-Luc Nancy : étude de partage (en japonais, 2013).
L'Appel à l'aventure : lecture éthique de Sartre (en japonais, 2002).
A traduit Les Mots, Les Chemins de la liberté de Jean-Paul Sartre, Sarinagara de Philippe Forest ainsi que Le livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa.

Tetsuo SAWADA : Folie de la vision : la question du narcissisme dans la pensée phénoménologique de Merleau-Ponty
Il va sans dire que la notion centrale de la phénoménologie de Merleau-Ponty est le "corps" : le "corps phénoménal" (Phénoménologie de la perception) et la "chair" (Le visible et l'invisible). La spécificité de sa discussion consiste en ceci que, dans ses Cours de Sorbonne et Le visible et l'invisible, il introduit la notion freudienne (et aussi piagétienne) de "narcissisme" au moment de la constitution phénoménologique de ce "corps". La question qui se pose dans cette perspective est de savoir dans quelle mesure et pour quelle raison il se réfère à cette notion qui apparemment s'éloigne de la phénoménologie au sens général. En vue d'éclaircir cette question, cet exposé examinera tout d'abord l'approche merleau-pontienne du "narcissisme" et ensuite précisa son statut dans la théorie merleau-pontienne du "corps".

Tetsuo Sawada est Docteur (Philosophie à l'université Paris XII sous la direction de Marc Richir) et Maître de conférences au Département de l'éducation de Tohoku University. Il travaille sur la phénoménologie et l'anthropologie de Maurice Merleau-Ponty et de Marc Richir. Il est également traducteur des textes de Richir.
Publications
Merleau-Ponty. Phénoménologie et pathologie (en japonais, 2012).
Aux marges de la phénoménologie. Lectures de Marc Richir (éd. S.-J. Arrien, J.-S. Hardy et J.-F. Perrier, Hermann, 2019).
Phénoménologie de l'enfance. Merleau-Ponty à la Sorbonne (en japonais, 2020).

Yasuhiko SUGIMURA : Descente en deçà de l'être : Levinas et Nishida entrecroisés
Si l'on comprend "l'être" au sens heideggérien, l'orientation majeure de la pensée de Lévinas est caractérisée, bien évidemment, par la formule d'"au-delà de l'être". Il ne faut pas pourtant oublier que cette pensée a frayé en même temps une voie tout à fait singulière qui nous mène à la descente "en deçà de l'être", dont le témoignage le plus insolite se trouve dans sa réduction de toutes les choses au fait brut qu'"il y a", existence sans existant, où seul le "poids" de l'être s'impose. La démarche des philosophes de l'École de Kyoto, tels que Nishida et Tanabe, paraît, à première vue, diamétralement opposée à cette descente vers le fond absolument hylétique de la réalité, dans la mesure où elle semble consister dans le dépassement de l'être par ce qu'ils appellent le "néant absolu". Cependant, par le fait qu'ils ont élaboré cette conception à travers la relecture singulière de la khôra platonicienne, nous pouvons attendre de leur philosophie du néant absolu une contribution originale à la thématique de l'hylétique primordiale. Notre conférence a pour objectif de le montrer par différents biais.

Yasuhiko Sugimura est professeur de philosophie de la religion à l'université de Kyoto. L'intérêt principal de ses recherches est de concevoir une possible "philosophie de la religion" à l'ère postmoderne sous la double inspiration de la philosophie contemporaine française (Ricœur, Lévinas, Derrida, Henry, etc.) et de la philosophie de l'École de Kyoto (Nishida, Tanabe, Nishitani).
Publication
A co-édité La philosophie japonaise. Le néant, le monde et le corps, J. Vrin, 2013.


RAPPORT D'ÉTONNEMENT :

Antonia SCHIRGI : Levinas, Merleau-Ponty et le ping-pong

Un château, un lieu extraordinaire, la philosophie, Levinas, Merleau-Ponty, le Japon, la France et une doctorante autrichienne. Les discussions intensives, les rencontres et … une cave avec une table de ping-pong. Le tennis de table est un jeu que je ne pratique pas habituellement, mais qui s'intègre tout naturellement dans l'expérience cerisyenne. Il n'est pas seulement un jeu qu'on peut pratiquer à Cerisy, mais, en même temps, une activité qui démontre certains éléments de la philosophie discutée pendant le colloque. Un colloque sur le corps et le monde, un jeu pratiqué par des êtres corporels, dans une cave, en interaction avec la matérialité (la raquette, la balle, la table, les autres corps), avec le monde.

Un soir on commence le jeu à cinq. Une certaine disharmonie se manifeste. Que s'est-il passé ? Le jeu de ping-pong présuppose une certaine façon de percevoir, de se mouvoir ou certaines habitudes sensorimotrices. Avec Merleau-Ponty, on peut dire qu'un jeu de ping-pong — réalisé par des personnes qui le pratiquent régulièrement — est un moment où "le corps habituel peut se porter garant pour le corps actuel" (Merleau-Ponty, Maurice, 1945, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, p. 98). Autrement dit, la praxis, incorporée dans le schéma corporel, s'applique tout naturellement. Les non-habitués doivent apprendre à se mettre en place, à interagir avec les choses et à percevoir les mouvements d'une façon qui permette une réponse adaptée

Repartons de notre groupe ; certains joueurs ou joueuses ont besoin de commencer par ré-apprendre le jeu, d'autres sont plus professionnels. Pour les premiers, commence un moment d'enseignement ou de ré-enseignement. Re-commencer à jouer est une manière de se souvenir d'une habitude antérieure, d'une praxis incorporée dès l'enfance, quasiment oubliée, quasiment perdue. Même si cette perte n'est pas comparable avec la tragédie de la perte de diverses possibilités corporelles après une grave lésion, comme Merleau-Ponty l'a décrite quand il cherche une manière de comprendre philosophiquement le phénomène du membre fantôme, la différence entre des pratiques possibles pour certains et des pratiques possibles pour moi, qui devient évidente dans cette expérience, peut être comprise de la même façon. Pendant une longue période sans jouer au ping-pong, pouvoir y jouer est devenu une possibilité générale, quelque chose que l'on peut faire, pas plus quelque chose que je peux faire.

Pour rendre cette praxis ré-accessible au corps, nous commençons spontanément par un cours de tennis de table. L'enseignement des capacités motrices contient l'étrange nécessité d'expliciter quelque chose qu'en général on n'explicite pas et qui n'est pas facilement accessible à la conscience. Il se réfère à la praxis, aux puissances inscrites dans le schéma corporel. Notre professeur de ce soir-là est quelqu'un qui sait enseigner. Ce savoir lui-même peut être compris comme une praxis. L'enseignant a appris à rendre la praxis accessible à la conscience de soi et à la conscience des autres. Il sait expliciter la façon de travailler la raquette, d'interagir avec la balle, de se comporter envers la table et envers l'autre. Pour nous, les élèves, l'apprentissage est un processus au sein duquel ce nouveau savoir surpasse la conscience, ne reste plus quelque chose qu'on peut décrire de façon technique, mais quelque chose que le corps sait faire ; c'est une praxis qui devient lentement accessible ou ré-accessible au corps comme puissance motrice ; les corps commencent à s'habituer, la praxis commence à se (ré-)installer dans le schéma corporel. Un échange entre les joueurs commence et les interactions deviennent plus longues. On apprend à percevoir la balle dans sa puissance de se mouvoir d'une certaine façon — voir le mouvement, écouter le cliquètement quand la balle touche la table et quand elle est touchée par la raquette. On sent les interactions de la raquette avec la main et de la raquette avec la balle. La raquette dans la main devient quelque chose avec laquelle on joue la balle, quelque chose qui devient partie de notre motricité. D'une certaine façon la raquette devient parti de mon schéma corporel, même si ce système commun est fragile. Jouer implique voir, mais en même temps prévoir ; prévoir le mouvement de la balle et le mouvement de l'autre. Prévoir est une manière de surpasser le monde concret, d'imaginer le mouvement et l'avancement du jeu. Prévoir l'avancement du jeu est prévoir une future situation qui "apparaît flottante" devant moi. Le corps joue avec les avancements possibles et les potentiels mouvements de lui-même — le corps est un corps virtuel, un "corps phantastique" (Annabelle Dufourcq).

Il y a encore plusieurs aspects d'un jeu de ping-pong que l'on peut analyser avec la philosophie de Merleau-Ponty, particulièrement la relation entre les joueuses et les joueurs. Je voudrais juste mentionner un dernier aspect : un jeu comme celui-ci est une expérience commune à plusieurs personnes qui jouent ensemble, qui vivent une situation ensemble. Cette situation est plus que l'activité de jouer et plus que la "situation" sur la table, mais contient aussi cet être ensemble et l'ambiance — la cave avec son odeur agréable d'un lieu avec une longue histoire. Finalement, l'expérience en commun ne s'est pas limitée au jeu de ping-pong, c'est tout le colloque qui a été une vraie expérience en commun. Une expérience qui présuppose qu'on la vive ensemble, qu'on soit corporellement co-présent dans cette petite partie du monde, dans ce colloque sur le corps et le monde. Cette expérience en commun est quelque chose qui dépasse l'échange d'information, la discussion, même si elle est intense. C'est une expérience particulière ; elle est perçue de façon d'autant plus particulière après deux années marquées par la crise sanitaire et les restrictions prises pour l'endiguer. Mon travail philosophique discute justement cette différence, la différence graduelle entre les expériences en face à face et les rencontres à "distance".


BIBLIOGRAPHIE :

Emmanuel LEVINAS

Œuvres complètes, Paris, IMEC/Grasset, T. 1. Carnets de Captivité et Autres Inédits, 2008 ; T. 2, Parole et Silence et Autres Conférences inédites, 2011 ; T. 3, Éros, littérature et philosophie, 2013 ; T. 4 à paraître incluant Totalité et Infini.
Quelques réflexions sur la philosophie de l'hitlérisme (1934), Paris, Payot-Poche, 1997.
De l'évasion (1935), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 1998.
De l'existence à l'existant (1947), Paris, Vrin, 2002.
En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger (1949), Paris, Vrin, 1998.
Totalité et Infini. Essai sur l'extériorité (1961), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio Essais", 1994.
Difficile liberté (1963), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 2003.
Humanisme de l'autre homme (1972), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 1987.
Autrement qu'être ou au-delà de l'essence (1974), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 1996.
Noms propres (1976), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio Essais", 1987.
Le Temps et l'Autre (1979), Paris, PUF, "Quadrige", 1983.
De Dieu qui vient à l'idée (1982), Paris, Vrin, 2004.
Entre nous. Essais sur le penser à l'autre (1991), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 1993.
Dieu, la mort et le temps (1993), Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 1995.
Hors sujet, Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 1997.
Les Imprévus de l'histoire, Paris, Le Livre de Poche, "Biblio-Essais", 2000.

Cahiers d'études lévinassiennes : https://levinas.fr/cahiers-detudes-levinassiennes/

• Yasuhiko Murakami & Mao Naka, "Dans une culture sans Dieu. Levinas au Japon", Cahiers d'études lévinassiennes, "Messianisme", 2005, n°4, p. 409-438.

Maurice MERLEAU-PONTY

Œuvres, Sous la direction de Claude Lefort, Paris, Quarto/Gallimard, 2010.
Structure du comportement (1942), Paris, PUF/Quadrige, 2018.
La Phénoménologie de la perception, Paris, NRF, Gallimard, 1945.
Éloge de la philosophie, Leçon inaugurale faite au Collège de France, le jeudi 15 janvier 1953, NRF, Gallimard, 1953.
Signes, NRF, Gallimard, 1960.
Le Visible et l’invisible, Publié par Cl. Lefort, Paris, Gallimard, 1964, 1998.
L'Œil et l'esprit, Gallimard, 1960.
La Prose du monde, Paris, Gallimard, 1969.
La Nature. Notes. Cours du Collège de France, Établi et annoté par D. Séglard, Paris, Seuil, 1995.
Causeries 1948, S. Ménasé, Paris, Seuil, 2002.
Merleau-Ponty. Avec un texte inédit de Merleau-Ponty, La nature ou le monde du silence, Sous la dir. d'E. de Saint Aubert, Paris, Hermann, 2008.

PHILOSOPHIE JAPONAISE

• Bernard Stevens, Topologie du néant. Une approche de l'école de Kyōto, Peeters, 2000.
• Bernard Stevens, Invitation à la philosophie japonaise : autour de Nishida, Paris, CNRS Éditions, 2005.
• "Phénoménologie japonaise", Philosophie, 2003, n°79.
Aufnahme und Antwort. Phaenomenologie in Japan I, Hrsg. Y. Nitta / T. Tani, Koenigshausen & Neumann, 2011.
• "Philosopher au Japon aujourd'hui", Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2011/3, Tome 136.


PARTENARIAT :

• Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)


SOUTIENS :

Rikkyo University
• Société japonaise des études lévinassiennes
• Laboratoire interdisciplinaire d'étude du politique - Hannah Arendt (LIPHA)

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


LA MER, NOUVEL HORIZON DES ÉNERGIES


DU MERCREDI 29 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 3 JUILLET (14 H) 2022

[ colloque de 4 jours ]


"Il est […] lui seul la lumière de cette mer", Jules Michelet
© Arseni Mourzenko


DIRECTION :

Martine BARTOLOMEI, Francis BEAUCIRE, Arnaud PASSALACQUA


ARGUMENT :

Cinquante ans après la publication du rapport Meadows, on assiste à une démultiplication de facteurs indiquant que l'espèce humaine atteint les limites du monde qui l'accueille. Longtemps considérée comme mystérieuse et menaçante, la mer réapparaît dans le jeu de la globalisation, amorcé dès la Renaissance, grâce aux échanges transocéaniques. Depuis, elle accompagne les mouvements de l'économie, des relations internationales et de l'industrialisation, jusqu'à devenir le support essentiel des échanges commerciaux d'une société où porte-conteneurs et câbles sous-marins figurent dans la pénombre du tableau. Le tournant écologique projette sur la mer une lumière nouvelle en l'érigeant comme un front pionnier appelé à s'ouvrir grâce aux énergies marines. Si la plupart des centrales marines demeurent expérimentales et méconnues, les éoliennes en mer focalisent l'attention et deviennent, bien au-delà des cercles experts, un thème de débat familier. Cette position particulière peut s'expliquer par leur lien avec les éoliennes terrestres, objets courants et toujours plus contestés, mais aussi par leur taille gigantesque. En outre, ces solutions énergétiques peuvent se heurter à d'autres dynamiques sociales comme les enjeux liés à la biodiversité, aux ressources en matériaux ou au caractère recyclable des dispositifs.

Pour envisager l'extension à la mer de la production électrique, il faut admettre que le milieu marin, loin d'être un espace vide, est investi, habité, imaginé et projeté. Sans parler des pratiques, de la pêche aux plaisanciers, nombre des regards construits sur la mer s'ancrent dans les imaginaires du monde industriel, si l'on pense par exemple au rôle du chemin de fer dans la découverte des littoraux et dans l'avènement des loisirs et l'installation d'une population nombreuse à proximité des côtes. L'émergence des énergies marines vient donc renouveler les relations que l'on entretient avec cet espace et pose la question de l'avenir de nos rapports avec la mer. C'est donc aussi un enjeu de démocratie qui se joue. Il suppose la recherche d'innovations des formes et modalités de décision, comme beaucoup de problèmes soulevés par les défis énergétiques et climatiques. C'est dans ce contexte et sur la base d'une confrontation d'expériences que ce colloque, réunissant des intervenants de divers horizons disciplinaires et professionnels, proposera un débat de société, ouvert à des auditeurs intéressés par le sujet.


MOTS-CLÉS :

Climat, Débat public, Démocratie, Écologie, Énergie renouvelable, Éoliennes, Industrie, Limites, Mer


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 29 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 30 juin
QUAND L'ÉNERGIE (RE)DEVIENT PALPABLE
Matin
Le retour de l'énergie sur nos territoires et dans nos imaginaires ?
Retour historique sur les processus de mise à distance, de concentration et d’invisibilisation des lieux de production d’énergie, notamment par l’électrification, table ronde avec Sylvain ALLEMAND (Journaliste), Francis BEAUCIRE (Géographe, Univ. Paris I Panthéon-Sorbonne) et Arnaud PASSALACQUA (Historien, Univ. Paris-Est Créteil) [La mer, l'énergie et l'action publique : quelques perspectives historiques — enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]

Nouveaux imaginaires, nouvelles matérialités et nouveaux territoires de l'énergie, table ronde animée par Annaïg OIRY (Géographe, Univ. Gustave Eiffel), avec Alain NADAÏ (Socio-économiste, Cired) et Grégoire WALLENBORN (Physicien et philosophe, Univ. libre de Bruxelles)

Après-midi
De la terre à la mer : ce que change la maritimité aux enjeux énergétiques
Sylvain ALLEMAND : Autour de Paysages et énergies
Paul NEAU (Ingénieur écologue, négaWatt) : La mer, nouvel horizon des énergies renouvelables

Éolien terrestre, éolien en mer : quels liens ?, entretien entre Arnaud PASSALACQUA et Sylvain ROCHE (Économiste, Sciences Po-Bordeaux)

Soirée
Retour sur les débats publics éoliens en mer
Projection du documentaire Des voix dans le vent – Épisode 1 (ANEKDOTA Productions)
Retour sur le débat normand, avec Francis BEAUCIRE
Retour sur le débat EOS, avec Martine BARTOLOMEI
Discussion et commentaires, avec Annaïg OIRY (Géographe, Univ. Gustave Eiffel) et Patrick MOQUAY (ENSP Versailles)


Vendredi 1er juillet
"HORS LES MURS" — VISITES DE TERRAIN
Matin
Phare de Gatteville
Objet technique et paysage marin : du phare à l'éolienne ?, avec Vincent GUIGUENO (Historien, Musée du Quai Branly)

Après-midi
Saint-Vaast-la-Hougue
Enjeux de paysage : projets de parc éolien, avec Auréline DOREAU (CLER), Emmanuel FAUCHET (Directeur CAUE 50), Stéphanie LANGEVIN (Paysagiste, CAUE 50) et Damien LEVALLOIS (Dreal de Normandie)

Soirée
L'éolien flottant nous porte-t-il toujours plus loin ? Le grand large et les abysses, dialogue animé par Martine BARTOLOMEI (Journaliste), entre Alexis DARQUIN (Chef de projet énergies renouvelables – éolien offshore, Equinor) et Jean-Claude DAUVIN (Océanographe, Univ. de Caen)


Samedi 2 juillet
MER ET ÉNERGIE, INSTALLER LE DÉBAT DE SOCIÉTÉ DANS LE TEMPS LONG
Matin
Un débat oui, mais avec qui ?
Jean-Eudes BEURET (Économiste, Agrocampus-Ouest) : Itinéraire d'un projet gâté en Baie de Saint-Brieuc : la confiance, comment la construire, comment l'anéantir ?

Quels horizons pour le débat ?
Nicolas BOILLET (Juriste, Univ. de Bretagne occidentale) : Les instruments juridiques du développement de l'éolien en mer : programmation, planification, participation

Après-midi
Olivier LABUSSIÈRE (Géographe, CNRS) & Alain NADAÏ (Socio-économiste, Cired) : Le montage en cours d'un observatoire socio-économique de l'arrivée des éoliennes en mer
Denis LACROIX (Prospectiviste, Ifremer) : De l'énergie à l'écosystème : vues prospectives sur les énergies marines renouvelables

Soirée
Jeux "sérieux" autour de l'énergie et du climat, animés par Arnaud PASSALACQUA & Luc PICOT (CNDP), avec Hugo CORDIER (Politiste)


Dimanche 3 juillet
AU-DELÀ DE L'ÉNERGIE, LES NOUVEAUX HORIZONS DE LA MER
Matin
Synthèse et ouverture
Gilles DEBIZET (Urbaniste, Univ. Grenoble Alpes) : Comment un territoire absorbe un grand parc éolien en mer ? [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]

Quelles pistes pour la participation citoyenne au débat de société sur les énergies et pour l'action publique ?, table ronde animée par Francis BEAUCIRE, avec Yves ASSELINE (Maire de Réville), Catherine KERSUAL (CESER Normandie) et Manuela MAHIER (Maire de La Hague)

Denis LACROIX (Prospectiviste, Ifremer) : Perspectives pour le colloque "Futurs de l'océan, des mers et des littoraux" (Cerisy, du 17 au 23 septembre 2022)

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Arnaud PASSALACQUA : La mer, l'énergie et l'action publique : quelques perspectives historiques
La mer s'impose aujourd'hui comme un nouvel horizon des énergies, d'abord par les projets éoliens, puis, peut-être, par les perspectives d'autres énergies marines : hydroliennes, algocarburants… Ce déplacement des lieux de production énergétique vers la mer rappelle les relations anciennes tissées entre le déploiement des convertisseurs énergétiques de l'époque industrielle, les espaces qu'ils occupent et l'image de puissance et de souveraineté qu'ils portent. L'industrialisation a mis à distance les convertisseurs, jusqu'à les réduire en un nombre assez faible de centrales nucléaires en France, reliées par le réseau électrique aux lieux de consommation. De même, le pétrole est venu de loin, voire de la mer, sans que nous nous interrogions sur son ancrage dans nos territoires. L'énergie a ainsi disparu du paysage contemporain en même temps que sa consommation s'est accrue.
Que se joue-t-il donc lorsque les énergies renouvelables viennent perturber cette configuration territoriale, en se déployant en de petits objets, atomisés et de faible puissance ? La tentation n'apparaît-elle pas, pour les industriels comme pour l'État, de reprendre la main en poussant au déploiement d'objets toujours plus gros et puissants, dont l'icône est l'éolienne en mer ? Dès lors, ce sont les lignes historiques des liens entre l'action publique d'État et la mer qui se dessinent au loin : recherche de la puissance par l'extension au-delà du continent et imaginaire d'un territoire vide, susceptible d'être investi pour les usages réputés légitimes car au service de la puissance.
Cette intervention, en guise d'introduction au colloque, propose une première approche de ces éléments en les mettant en tension sur un long terme historique.

Arnaud Passalacqua est historien, professeur en aménagement de l'espace et urbanisme à l'École d'urbanisme de Paris (Lab'urba/LIED). Ses travaux portent sur les transports et les mobilités dans la longue durée. Ils utilisent des perspectives transversales pour proposer une compréhension des enjeux contemporains fondés sur le temps long : espace public, circulation transnationale, innovation... Il travaille également sur des questions énergétiques, en lien avec les mobilités, notamment l'enjeu du rationnement fondé sur le carbone. Il a été membre de la commission particulière du débat public chargé du débat sur les parcs éoliens en mer au large de la Nouvelle Aquitaine.


Jean-Eudes BEURET : Itinéraire d'un projet gâté en Baie de Saint-Brieuc : la confiance, comment la construire, comment l'anéantir ?
Initié en 2011, le Parc éolien de Saint-Brieuc fut un projet gâté, marqué notamment par une coopération exemplaire entre le développeur et la pêche professionnelle, source de nombreux ajustements et d'une co-appropriation du projet. Dépassant une simple négociation, la concertation permet alors de produire des proximités et une confiance qui portent l'acceptation. Dès 2017, cette patiente construction est mise à l'épreuve d'innovation technologiques qui redessinent le projet, puis de controverses scientifiques, d'engagements jugés non tenus par les uns et non tenables par les autres, de difficultés créés par une co-appropriation qui se révèle ne pas être l'horizon rêvé de l'acceptation. Si les parties prenantes puisent dans les proximités construites par le processus pour surmonter les premières épreuves, la perte de confiance les engage ensuite dans un conflit marqué une montée en échelle qui, que le projet soit mis en œuvre ou non, en fera un projet "gâté". Cas d'étude de la construction d'un intérêt général territorialisé de 2011 à 2015, le processus a ensuite été analysé en 2018 puis en 2022 : cette recherche en longue période nous permet d'identifier les déterminants de l'évolution de l'acceptation, les effets des dynamiques concertatives et conflictuelles, puis d'en tirer des enseignements opérationnels. Nous identifierons notamment quelques conditions sine qua non sans lesquelles l'horizon des énergies, en mer, pourrait rester singulièrement bouché.

Jean-Eudes Beuret est économiste, professeur à l'Institut AGRO, à Rennes (Agrocampus-Ouest), au département "Économie Gestion Société" et au pôle halieutique. Rattaché à l'UMR CNRS "Espaces et Sociétés" 6590, ses recherches portent sur la conduite de la concertation pour la gestion des ressources naturelles, de l'environnement et des territoires. Il travaille notamment sur les processus de construction de l'acceptabilité d'infrastructures liées aux Énergies Marines Renouvelables ou d'Aires Marines Protégées.
Publications
Beuret J.-E., Cadoret A., "Aires protégées, éoliennes, transport : comment concilier enjeux locaux et globaux sur le littoral ?", VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, Vol. 17, n°3, décembre 2017 [en ligne].
Beuret J.-E., Cadoret A., Rey-Valette H., "Développement durable en zones côtières : comment territorialiser l'intérêt général environnemental ? Un cadre d'analyse", Développement Durable et Territoires, Vol. 7, n°3, 2016.
Beuret J.-E., "La confiance est-elle négociable ? La construction d'un intérêt général territorialisé pour l'acceptation des parcs éoliens offshore de Saint-Brieuc et Saint-Nazaire", Géographie Économie et Société, Vol. 18, n°3, 2016.

Nicolas BOILLET : Les instruments juridiques du développement de l'éolien en mer : programmation, planification, participation
Les objectifs actuels de la transition énergétique font du développement de l'éolien en mer une source d'énergie indispensable au mix énergétique d'ici 2050. Face à un cadre juridique éclaté, mobilisant le droit de l'énergie, le droit de l'environnement et le droit de la mer et du littoral, les pouvoirs publics ont progressivement simplifié et adapté les régimes juridiques applicables aux énergies renouvelables en mer. La loi ESSOC du 10 août 2018 a notamment constitué une avancée importante en permettant d'apprécier la localisation et la pertinence des projets lors de débats publics. Néanmoins, la planification de l'éolien en mer et l'appropriation des projets par le public représentent deux écueils potentiels pour la transition énergétique. Alors que le gouvernement envisage une planification écologique, le cas de l'éolien en mer démontre la nécessité d'améliorer l'articulation entre la programmation énergétique, la prise en compte de l'environnement marin et la planification de l'espace maritime.

Nicolas Boillet est juriste, maître de conférences en droit public, HDR, à l'université de Bretagne occidentale. Il est membre de l'UMR 6308 AMURE. Ses recherches portent principalement sur le patrimoine naturel et culturel, la planification de l'espace maritime et les énergies renouvelables en mer. Il dirige le master Droit des activités maritimes de l'Institut universitaire européen de la mer et de la faculté DEGAES (UBO).
Publications
N. Boillet, "Le droit de l'exploitation de l'énergie et de l'eau", titre 76, in Droits maritimes, coll. "Dalloz Action", Dalloz, 2021, p. 1696-1715.
N. Boillet, "Quelles avancées pour la planification des énergies marines renouvelables en mer ?", Énergie, Environnement, Infrastructures, LexisNexis, n°2, février 2019, p. 20-26.
N. Boillet, "L'avis conforme relatif aux parcs naturels marins et les projets d'énergies marines renouvelables. Autour du cas du parc éolien en mer Dieppe-Le Tréport", Droit maritime français, n°803, juin 2018, p. 565-576.

Gilles DEBIZET : Comment un territoire absorbe un grand parc éolien en mer ?
Synthèse conclusive et orientée du colloque
La mer constitue le dernier espace de la conquête énergétique. L'État planifie d'immenses parcs éoliens au large des côtes : il décide de leur taille et de leur localisation avant d'en confier la construction et l'exploitation à des entreprises européennes censées minimiser le prix de l'électricité au bénéfice conjoint d'une transition écologique et des consommateurs français. Il renouvelle aussi le mythe d'eldorado énergétique que le charbon puis le pétrole et, plus récemment, le nucléaire ont incarné. Cette synthèse relit les 3 journées du colloque au prisme de notion de territoire. Entrelacs de ressources et d'acteurs, le territoire côtier s'efforce d'ajuster les caractéristiques du parc éolien à ses propres dynamiques (résidentielles, touristiques, halieutiques, industrielles…) ; les écarts d'éloignement de la côte entre les différents parcs éoliens l'illustrent. Caisse de résonnance des contestations, le débat public travaille — a fortiori lorsqu'il est houleux — opère cet ajustement. Scène d'émergence et de confrontation d'idées, le débat public amorce des récits territoriaux plus ou moins partagés qui faciliteront — ou pas — la construction ultérieure de projets de territoire dont le parc éolien serait un composant et non plus le reflet d'une intrusion et d'une impuissance (face à l'État). Ainsi, la planification étatique des grandes infrastructures de production énergétique est à considérer comme une phase d'un long et délicat processus par lequel les territoires absorbent ces infrastructures.

Gilles Debizet est enseignant-chercheur en urbanisme à l'université Grenoble Alpes (UGA). Au sein du laboratoire PACTE, ses travaux portent sur l'intégration des enjeux environnementaux dans la fabrique de la ville et des territoires. Depuis quelques années, il analyse la territorialisation de l'énergie et l'assemblage des systèmes reliant la production d'énergie renouvelable et sa consommation. Il participe à la programmation et à l'évaluation de la recherche française sur l'énergie auprès de l'ADEME, de l'ANR et du CNRS. Il a coordonné les ouvrages Scénarios de transition énergétique en ville (Documentation Française) et Local Energy communities (Routledge).

Denis LACROIX : De l'énergie à l'écosystème : vues prospectives sur les énergies marines renouvelables
Les technologies d'énergies marines renouvelables sont devenues depuis deux décennies des composantes d'importance croissante de la sécurité énergétique des pays maritimes. Au départ, il s'agissait de transposer la technologie des parcs éoliens terrestres à des sites favorables en mer. Dès les premières installations de parcs marins, il est apparu une double interaction. D'abord, avec le milieu naturel, car l'espace marin est à trois dimensions avec un milieu riche au plan biologique et en évolution permanente. Ensuite, avec les usagers de la mer et les riverains, souvent peu pris en compte dans les décisions d'aménagement des parcs. L'expérience acquise sur le terrain en Europe et les dispositifs d'information et de débat ont permis une meilleure concertation autour des projets en cours ou à venir. L'approche prospective permet d'éclairer les choix d'aménagement et d'esquisser des trajectoires d'évolution.

Ingénieur agronome spécialisé en aquaculture et docteur en sciences animales, Denis Lacroix est chercheur à l'IFREMER, en charge depuis 2006 de la fonction de veille et de prospective auprès de la direction générale de cet institut. Il a participé à de nombreuses études de prospective portant sur les énergies marines renouvelables (2008), l'environnement à 2100, les ressources marines minérales profondes, la montée du niveau de la mer… Il est membre de plusieurs réseaux de prospectivistes, français et européens.

Alain NADAÏ
Alain Nadaï est socio-économiste, directeur de recherche (DR2 CNRS) au Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement (CIRED - CNRS). Ses recherches ont porté sur les controverses environnementales (taxation carbone énergie, écolabels de produits) ainsi que sur les politiques de l'environnement, de l'énergie et du paysage. Elles se concentrent aujourd'hui sur les enjeux sociaux, institutionnels et territoriaux de la transition énergétique, sujet sur lequel il a contribué à la rédaction du rapport du GIEC sur les énergies renouvelables (SRREN, 2011) et coordonné plusieurs projets de recherche et ouvrages, dont récemment Energy transitions : a Socio-technical Inquiry (Palgrave McMillan, 2018).

Paul NEAU : La mer, nouvel horizon des énergies renouvelables
En 1991, le premier parc éolien en mer (et le premier parc éolien terrestre en France) entrait en fonctionnement au Danemark. Aujourd'hui une douzaine de pays européens accueillent environ 120 parcs d'éoliennes en mer, la plupart sous la forme d'éoliennes posées au fond de la mer, quelques-uns avec des éoliennes flottantes. Nous avons ainsi des retours d'expériences significatifs. La France a été pionnière mondiale dans l'exploitation de l'énergie marémotrice, avec l'usine de la Rance (Ille-et-Vilaine). Les sites propices sont rares et les impacts environnementaux majeurs. Les autres énergies renouvelables marines incluent les hydroliennes (exploitation des courants marins), l'énergie des vagues et l'énergie thermique des mers. L'énergie éolienne est aujourd'hui, avec le solaire, un moyen de production d'électricité moins couteux que les énergies fossiles et fissiles. Les mers constituent des horizons privilégiés pour l'exploitation des énergies renouvelables, éolien en tête, pour une planète peu émettrice de gaz à effet de serre.

Paul Neau est ingénieur en énergie et environnement et membre de la compagnie des négaWatts ; l'association négaWatt promeut une transition énergétique (pas qu'électrique) basée sur la trilogie : sobriété, efficacité énergétique et développement du mix des énergies renouvelables, permettant une France 100% renouvelables en 2050 : negawatt.org/Scenario-negaWatt-2022.

Sylvain ROCHE
Docteur en sciences économiques de l'université de Bordeaux, Sylvain Roche est ingénieur de recherche à la chaire TRENT (Transitions Énergétiques Territoriales) de Sciences-Po Bordeaux. Enseignant-chercheur associé au centre Émile-Durkheim, il mène des recherches sur la décarbonation du secteur maritime et la marinisation des systèmes énergétiques. Il coordonne le futur cahier énergie du Comité scientifique régional sur le changement climatique AcclimaTerra, dont la publication est attendue pour début 2023.

Grégoire WALLENBORN
Grégoire Wallenborn a une formation diversifiée et interdisciplinaire comprenant la physique, la philosophie, l'histoire des sciences, les STS, la sociologie, les études politiques et les sciences de l'environnement. Depuis une vingtaine d'années, il s'intéresse notamment à la demande d'énergie, et plus récemment aux questions sociotechniques de l'énergie. Il est chercheur-enseignant à l'Institut de gestion de l'environnement et d'aménagement du territoire à l'université libre de Bruxelles.


BIBLIOGRAPHIE :

• Allemand (S.), Paysages et énergies, une mise en perspective historique, Paris, Hermann, 2021.
• Balaud (L.) & Chopot (A.), Nous ne sommes pas seuls. Politique des soulèvements terrestres, Paris, Le seuil, 2021.
• Beuret (J.-E.) & Cadoret (A.), "Aires protégées, éoliennes, transport : comment concilier enjeux locaux et globaux sur le littoral ?", VertigO, vol. 17, n°3, 2017.
• Bouvet (Y.) & Page-Jones (K.) [dir.], Discours sur la mer. Résistances des pratiques et des représentations, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020.
• Evrard (A.) & Pasquier (R.), "Territorialiser la politique de l'éolien maritime en France. Entre injonctions étatiques et logiques d'appropriation", Gouvernement et action publique, vol. 7, n°4, 2018, p. 63-91.
• Grimault (J.), "Spatialisation et territorialisation du grand éolien en France : le gigantisme contre l'utopie ?", Bulletin de l'association des géographes français, vol. 97, n°4, 2020, p. 529-546.
• Guigueno (V.) & Goven (F.), Phares. Monuments historiques des côtes de France, Paris, Éditions du patrimoine, 2013.
• Labussière (O.) & Nadaï (A.), "Recomposer la mer pour devenir offshore : le projet éolien de Veulettes-sur-Mer", Natures Sciences Sociétés, vol. 22, n°3, 2014, p. 204-218.
• Lacroix (D.), "Le rôle de la prospective dans le lancement d'une politique de développement des énergies marines renouvelables en France de 2000 à 2015", Sciences Eaux & Territoires, n°22, 2017, p. 50-55.
• Monaco (A.) & Prouzet (P.) [dir.], Governance of Seas and Oceans, Londres, ISTE-Wiley, 2015.
• Nadaï (A.) & Labussière (O.), Politiques éoliennes et paysages, Rapport de recherche, Cired, 2010.
• Nadaï (A.) & Wallenborn (G.), "Transformations énergétiques sous contrainte écologique forte", Multitudes, vol. 2019/4, n°77, 2019, p. 43-53.
• Oiry (A.), "Conflits et stratégies d'acceptabilité sociale autour des énergies marines renouvelables sur le littoral français", VertigO, vol. 15, n°3, 2015.
• Oiry (A.), "Les littoraux", Documentation photographique, Paris, CNRS Éditions, 2021.
• Roche (S.), Réenchanter le maritime par la promesse énergétique: technologies, trajectoires, discours, Thèse de doctorat en sciences économiques, sous la direction de Claude Dupuy et Sylvie Ferrari, Université de Bordeaux, 2019.


SOUTIEN :

• Commission nationale du débat public (Cndp)

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


LES LITTÉRATURES EXPOSÉES, QUELLE HISTOIRE ?

DES PREMIÈRES MAISONS D'ÉCRIVAINS AUX EXPOSITIONS NUMÉRIQUES


DU LUNDI 20 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 26 JUIN (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]



PRÉSENTATION VIDÉO :


ARGUMENT :

De nos jours, la littérature et son histoire font fréquemment l'objet d'expositions. De façon à mieux connaître ce mode de circulation particulier de la littérature, ce colloque se propose de brosser l'histoire, qui demeure largement méconnue, des expositions relatives à la littérature, du début du XIXe siècles à nos jours. Selon quelles modalités particulières les expositions ont-elles contribué à la diffusion de la culture littéraire ? Qui sont les concepteurs de ces expositions ? Quelle a été la place de ces expositions dans la programmation des institutions qui les accueillent ? Quels ont été les écrivains, les œuvres ou les courants littéraires qui ont bénéficié du plus de faveur ? Qu'expose-t-on de façon privilégiée (auteur, style, texte, œuvre, courant, pensée, esprit) ? Quelles sont les évolutions notables dans les catalogues ? Réunissant des universitaires issus de différentes disciplines et des responsables et des concepteurs d'exposition (commissaires, scénographes, médiateurs…) à travers des exposés, des retours d'expérience et des tables rondes, le colloque se clôturera sur un atelier commun destiné à rêver sur la base de matériaux concrets réunis par les participants une exposition sur l'histoire de ces expositions.

Faisant appel à des spécialistes de littérature, de muséologie, d'histoire culturelle et des sciences de l'information et de la communication, les contributions s'interrogeront sur les différentes formes d'exposition qui ont pris la littérature pour objet, en fonction d'angles d'approches répartis de manière à couvrir l'ensemble des enjeux soulevés par cette forme culturelle. Il fera une place importante aux concepteurs d'expositions (muséographes, commissaires, conservateurs, etc.). Le colloque se concentrera sur le domaine francophone : d'une part, les expositions organisées dans des pays de langue française ; d'autre part, les expositions organisées à l'étranger sur la littérature française ; enfin, les expositions à sujets non littéraires mais intégrant des éléments ou des rapports à la littérature. Une communication vers des publics potentiels sera effective, notamment vers les maisons d'écrivains de Normandie, dont plusieurs représentants seront invités lors d'une table ronde.

Ce colloque s'inscrit dans le cadre des travaux des RIMELL (Recherches interdisciplinaires sur la muséographie et l'exposition de la littérature et du livre). Le réseau conduit pour la période 2020-2023 un programme de recherche visant à cartographier les modes d'exposition de la littérature. La plateforme litteraturesmodesdemploi.org constitue l'interface fédérant ces recherches.


MOTS-CLÉS :

Archives, Auteurs, Bibliothèque, Catalogue, Commissaire, Conservateur, Exposition, Histoire, Institutions culturelles, Littérature, Maisons d'écrivains, Médiateurs, Médiathèques, Muséographe, Numérique, Œuvres, Patrimoine, Programmation, Scénographes


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 20 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 21 juin
EXPOSITIONS LITTÉRAIRES ? [présentation]
Matin
David MARTENS (KU Leuven) et Isabelle ROUSSEL-GILLET (Université d'Artois) : Introduction. Une historiographie de l'exposition de la littérature ?
Camille VAN VYVE : Exposer le patrimoine littéraire : l'hier et l'aujourd'hui

Après-midi
Rencontre : Jérôme GAME (Poète), avec Anne-Christine ROYÈRE (Université de Reims)

Table ronde, animée par Serge CHAUMIER (Université d'Artois), avec Virginie SASSIER-LACOUR (Centre des monuments nationaux) et Marcela SCIBIORSKA (Bibliotheca Wittockiana, Bruxelles)


Mercredi 22 juin
QUELLES INSTITUTIONS ? [présentation]
Matin
Jean DAVALLON : Institution muséale & institution littéraire [vidéo]

Rencontre : Sonia DERZYPOLSKI et Alice LESCANNE (Artistes), avec Bertrand BOURGEOIS (Université de Melbourne) [Imaginer la maison-musée de Michel Houellebecq : Alice Lescanne et Sonia Derzypolski entre pastiche et parodie]

Après-midi
Retours d'expériences : Stéphanie CUDRÉ-MAUROUX (Bibliothèque nationale suisse, Berne) [L’exposition virtuelle Jean Starobinski. Relations critiques]

Table ronde, animée par Julie BAWIN (Université de Liège), avec Laurence BOUDART (Archives et Musée de la Littérature, Bruxelles) [Exposer la littérature en tant que centre d'archives : une histoire et des défis] et Stéphanie CUDRÉ-MAUROUX (Bibliothèque nationale suisse, Berne)

Soirée
Table ronde autour des Maisons d'écrivains, animée par Bertrand BOURGEOIS (Université de Melbourne), avec Bénédicte DUTHION (Normandie littéraire), Yves GAGNEUX (Maison Balzac) et Anne SUDRE (Maison de Chateaubriand, La Vallée-aux-Loups)


Jeudi 23 juin
CONCEPTIONS COLLECTIVES DES EXPOSITIONS [présentation]
Matin
Marie-Sylvie POLI (Université d'Avignon) : Le dispositif du texte expographique dans les expositions sur des sujets littéraires [texte lu par Isabelle ROUSSEL-GILLET]

Table ronde, animée par Isabelle ROUSSEL-GILLET, avec Jean-Pierre MONTIER et Aurélie MOUTON-REZZOUK (Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3) [Exposer la marionnette : engagement et responsabilités]

Après-midi
Échanges autour de l'exposition de textes, réalisée par des élèves du Collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy, en leur présence

Retour d'expérience : Anne-Hélène RIGOGNE (Bnf)

Table ronde, animée par Martine THOMAS-BOURGNEUF (Muséographe), avec Monique PAUZAT (Scénographe) et Jean-Michel PONTY (Scénographe)

Soirée
Table ronde MEDIATION, animée par Carole BISENIUS-PENIN (Université de Lorraine), avec Marlène BERTRAND (IMEC) et Delphine DUPENLOUP (Archipel Butor - Lucinges) [Les actions de médiation culturelle menées autour du livre d'artiste]


Vendredi 24 juin
FORMES DE MÉDIATIONS ET D'ACTIONS CULTURELLES [présentation]
Matin
Carole BISENIUS-PENIN (Université de Lorraine) : Littérature en régime expositionnel et institutions culturelles : un art des médiations ?

Table ronde, animée par Jessica de BIDERAN (Université de Bordeaux), avec Sophie BERTRAND (BnF), Séverine BOMPAYS (Musée Hèbre & Maison de Pierre Loti), Isabelle DEGRANGE (BnF) et Inga WALC-BEZOMBES (Maison Victor Hugo)

Après-midi
Visite libre de la Maison Barbey d'Aurevilly


Samedi 25 juin
CATALOGUES ET AUTRES PUBLICATIONS [présentation]
Matin
David MARTENS (KU Leuven) & Marcela SCIBIORSKA (Bibliotheca Wittockiana, Bruxelles) : Les catalogues d'expositions littéraires. De la liste au beau livre (résumé) [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]
Corentin LAHOUSTE (UCLouvain) : Quand l'écrivain(e) s'empare du catalogue : Yannick Haenel et ses troubles dans le genre

Après-midi
Entretien, animé par Marcela SCIBIORSKA (Bibliotheca Wittockiana, Bruxelles), avec Nathalie LÉGER (IMEC)

Atelier collectif de préparation d'une exposition sur l'histoire des expositions littéraires [présentation]


Dimanche 26 juin
Matin
Atelier collectif de préparation d'une exposition sur l'histoire des expositions littéraires (suite) [présentation]

Discussion générale et Clôture

Après-midi
DÉPARTS


PRÉSENTATION DES JOURNÉES :

Journée 1 — Expositions littéraires ?
Les expositions relatives à la littérature peuvent adopter différents sujets et angles d'approches, de la perspective monographique centrée sur un écrivain à une exposition portant sur une œuvre particulière, un courant ou un fait de l'histoire de la littérature. À ces approches qui recoupent peu ou prou les formes de l'histoire littéraire s'adjoignent les utilisations de la littérature et des écrivains dans des expositions portant sur d'autres réalités, de la peinture aux sciences. Quelles ont été les évolutions des pratiques en la matière au cours de l'histoire, ainsi que celles des expôts privilégiés ou écartés (objets, documents, manuscrits, livres, images…) pour leur donner corps ?


Journée 2 — Quelles institutions ?
Certains lieux sont plus spontanément dévolus à l'organisation d'expositions concernant la littérature, tout particulièrement les bibliothèques. Mais les lieux accueillant de telles expositions sont éminemment variés, qu'il s'agisse de maisons d'écrivains, de médiathèques, de bibliothèques locales, régionales ou nationales, ou encore de musées d'art et d'histoire ou de galeries. Chacune de ces institutions est régie par ses propres contraintes et priorités, ainsi que par ses traditions, et un rapport particulier à tel ou tel auteur ou à la littérature de façon plus générale. Quelles sont les spécificités de ces différentes institutions, et comment et pourquoi les types d’exposition qu'elles accueillent ont-elles évolué au cours de leur histoire ?


Journée 3 — Conceptions collectives des expositions
La réalisation d'une exposition est un travail résolument collectif, qui ne se réduit nullement à l'intervention d'un commissaire ou d'un artiste. Pour aboutir, même lorsqu'elle est d'envergure modeste, une exposition fait appel à de multiples compétences et corps de métier, des conservateurs aux conseillers scientifiques qui les secondent éventuellement en passant par les graphistes, les scénographes ainsi que par un corps de métier moins visible en corps, celui des muséographes, souvent indépendants. S'agissant spécifiquement de l'écosystème des expositions touchant à la littérature, quelles sont les spécificités des types d'interventions de chacun(e) ? Comment interagissent entre eux ces différents acteurs, selon les types d'expositions et les institutions qui les accueillent ? Enfin comment ces partages de tâches se sont-ils transformés au cours de l'histoire de ces expositions ?


Journée 4 — Formes de médiations et d'actions culturelles
Les expositions s'inscrivent de façon générale au sein de programmations globales, dont elles constituent une pièce, le plus souvent un fleuron. Ces programmations s'accordent le plus souvent aux expositions, de façon à les accompagner et à en assurer, de diverses manières, la médiation vers les publics. Qu'en est-il s'agissant d'une matière telle que la littérature ? Quelles sont les formes et les spécificités de la médiation dès lors qu'il s'agit d'exposition relatives à la littérature ? Qu'en est-il de la part dévolue au numérique, et notamment aux déclinaisons numériques de ces expositions ? Quelles procédures sont mises en place à l'intention des publics spécifiques (scolaires, en situation de handicap, etc.) ? Quelles actions culturelles dans ou hors les murs ? Enfin, comment la part prise par cette médiation a-t-elle évolué, notamment par rapport à l'histoire de la médiation dans les musées ?


Journée 5 — Catalogues et autres publications
Le catalogue d'exposition présente, s'agissant de littérature, une spécificité particulière en ce qu'il constitue un retour à la forme livresque, qui continue d'être considérée comme le médium central de la diffusion de la littérature. Dans quelle mesure les catalogues d'exposition du littéraire présentent-ils des spécificités par rapport aux catalogues d'autres types d'exposition (d'art, d'histoire, de sciences…) ? Comment le terme et la forme du catalogue sont-ils questionnés ? Dans quelle mesure émanent-ils des institutions muséales ou d'éditeurs ? Quels sont ces éditeurs et contributeurs ? Quels sont les circuits de diffusion de ces ouvrages, en dehors des boutiques de musées ?


Journée 6 — Atelier collectif de préparation d'une exposition portant sur l'histoire des expositions littéraires
Plutôt qu'une synthèse de colloque, il s'agit de réinvestir autrement les documents échangés, questionnés lors des 5 jours, documents mis à disposition en amont sur une interface ainsi que tout au long du colloque. Chacun choisira un des 5 ateliers proposés et la restitution des ateliers clôturera le colloque.


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

David MARTENS
David Martens enseigne la littérature française à l'université de Louvain (KULeuven). Il s'intéresse notamment aux formes de patrimonialisation de la littérature, notamment sous la forme de l'exposition. Il a fondé le site litteraturesmodesdemploi.org et le réseau des RIMELL (Recherches interdisciplinaires sur la muséalisation et l'exposition de la littérature et du livre), qui fédèrent les recherches sur ces questions. Il a récemment assuré la co-direction d'un numéro de Culture et musées sur la patrimonialisation de la littérature (en ligne​), et d'un numéro de la revue Captures consacré à la façon dont la littérature inspire certaines expositions (en ligne). Il a en outre fondé et dirigé la revue Interférences littéraires et est actuellement membre de la rédaction de la revue Histoires littéraires. Il a organisé à Cerisy les colloques L'écrivain vu par la photographie (2014) ainsi que Portraits de Pays. Textes, images, sons (2019).

Isabelle ROUSSEL-GILLET
Lectrice assidue de Michel Butor, Annie Ernaux et JMG Le Clézio, auxquels elle a consacré plusieurs essais, Isabelle Roussel-Gillet accompagne depuis 2010 la création d'expositions et conduit des ateliers d'écriture au sein du Master Expographie-Muséographie d'Artois, master professionnel co-dirigé avec Serge Chaumier à Arras. Avec le Master MEM ont été conçus une trentaine des dispositifs et programmes muséographiques dont certains valorisant la littérature. Commissaire de quatre expositions pour le Musée des manuscrits du Mont St Michel Scriptorial d'Avranches (2008-2013), co-commissaire de l'exposition Signé Jean-Philippe Toussaint au musée des Beaux-arts d'Arras (2020), elle a par ailleurs conçu le catalogue sur le fonds de livres d'artistes de Michel Butor pour la Fondation Martin Bodmer (Genève, 2016). Les liens entre littérature et musée l'ont conduite à penser une petite anthologie de textes que les écrivains ont situé dans un musée. Après deux colloques dirigés à Cerisy (Dali. Sur les traces d'Eros et Penser et agir pour l'interculurel), ce troisième colloque à Cerisy avec David Martens réunit ses deux cœurs de métiers : la littérature et la muséographie.
Bibliographie sélective en lien avec la muséographie, l'exposition du livre d'artistes ou la médiation muséale
Ouvrages
Le goût des musées, avec Serge Chaumier, Gallimard, Mercure de France, 2020 [Voir l'article "Le (dé)goût des musées" mis en ligne dans l'Atelier de théorie littéraire de Fabula en 2021 et l'entretien sur fabula.org/actualites/article97728.php].
Pratiques de commissariat d'exposition, avec Serge Chaumier (dir.), Éditions Complicités/OCIM, 2017.
Les Livres partagés de Mylène Besson, Michel Butor et Colette Deblé, Échos et intimité, Université Dijon, 2017.
Articles
Préface pour Mylène Besson, en complicités, Catalogue consacré aux livres d'artistes de cette même peintre, L’archipel Michel Butor, Lucinges, 2022.
"De l'autonomie à l'émancipation en master expographie-muséographie ?", avec C. Couturier, J. Masclet, Colloque de Brest 2019, p. 19-21, juin 2018, (Faire) coopérer pour (faire) apprendre ?, Xème colloque QPES - Questions de Pédagogies dans l’Enseignement Supérieur [en ligne].
"Pour une visitaction, des élèves de CAP à la terminale filment au musée", La visite scolaire au musée, dirigé par Cora Cohen-Azria. Version numérique de l’ouvrage suite à une journée d'études au musée d'art moderne le LAM, Université Lille 3 et OCIM OCIM, Office de Coopération Muséales, 2019, p. 53-64.
"Du musée au roman de Jessie Burton, une maison miniature comme dispositif esthétique actif", Colloque "La miniature", Université d'Artois, 2017, La miniature, dispositif artistique et modèle épistémologique, Rodopi/Brill, 2018.
"Des visiteurs émancipés, des lycéens et étudiants filment au musée", La Lettre de l'OCIM, février- janvier 2018, pp. 12-15.
"Parcours et expositions de livres d'artiste avec Michel Butor", Dix-huit Lustres, Hommages à Michel Butor, sous la direction d'Amir Biglari et Henri Desoubeaux, Classiques Garnier, 2017, pp. 161-176.
"Gestione, valorizzazione e promozione dei Beni Culturali", A cura di Nicoletta Bonacasa e Cristina Costanzo, sul sito OADI. Segue link per il download dell'Ebook.
"Récits brefs en mouvement, du métro au musée", Le Format court. Récits d’aujourd’hui, Sabrinelle Bedrane, Claire Colin, Christine Lorre-Johnston (dir.), Colloque Cerisy 2015 [conférence en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture].
"Le Clézio invité du Louvre, Subtils décalages au montage", La Quinzaine littéraire, n°1051, décembre 2011, p. 4 [Dossier complet dans les Cahiers Jean-Marie Le Clézio].
Bibliographie complète
textesetcultures.univ-artois.fr/annuaire-des-membres/professeurs-et-mcf-habilites/isabelle-roussel-gillet


Julie BAWIN
Julie Bawin est professeure d'histoire de l'art contemporain à l'université de Liège où elle dirige l'ensemble des enseignements et de la recherche dans le domaine (http://web.philo.ulg.ac.be/shaec/). Spécialisée dans l'étude des collections et des expositions d'artistes, elle a publié, en 2014, un ouvrage de référence sur L'artiste commissaire (Paris, Éditions des archives contemporaines). Membre de nombreux groupes de recherche et de société savantes, elle est présidente-fondatrice du groupe de recherche FNRS "Musées et art contemporain" et elle dirige, depuis 2017, le Musée en Plein Air du Sart Tilman à Liège. À la croisée de l'histoire de l'art et de la muséologie, nombreux de ses travaux portent sur les expositions d'auteur. À ce titre, elle collabore, avec David Martens, sur un projet portant sur la figure de l'écrivain commissaire.

Sophie BERTRAND
De formation littéraire académique à la Sorbonne (DESS Lettres modernes option "édition" de la Faculté de Lettres), Sophie Bertrand a réalisé un mémoire de 3e cycle portant sur "Rachilde ou le féminisme à rebours" dirigé par Jacques Noiray. Depuis 2001, Sophie Bertrand travaille dans le secteur du livre : en lien direct avec les acteurs de l'édition française sur des projets internationaux (Chef de projet, Bureau international de l'édition française) et au sein du monde des bibliothèques au niveau national dans le domaine du patrimoine numérisé à la Bibliothèque nationale de France (Chef du service "Coopération numérique et Gallica", Bibliothèque nationale de France). Depuis 2019, Elle assure aussi les fonctions de maître de conférences associé à la Sorbonne. Elle codirige avec Hélène Védrine les Masters 1 et 2 "Création éditoriale multi-supports" de la Faculté de Lettres.
https://experts.bnf.fr/page_personnelle/sophie-bertrand

Jessica de BIDERAN
Maîtresse de conférence à l'université Bordeaux Montaigne, Jessica de Bideran est en charge de plusieurs programmes de recherche qui interrogent, par la mise en réseau de professionnels et la mise en pratique de programmes de numérisation, l'impact du numérique sur la diffusion et la réception des objets patrimoniaux. Après une thèse consacrée aux restitutions infographiques de sites historiques, ses recherches en sciences de l'information et de la communication se consacrent à l'étude des pratiques numériques au sein des institutions culturelles comme au processus de médiation numérique.
Publications
"Quand le numérique fait musée", Revue française des sciences de l'information et de la communication, n°16.
"Numérisation et extension du patrimoine littéraire. Réflexions à propos de "Mauriac en ligne"", La Fabrique du patrimoine écrit, Chapitre 6, Fabienne Henryot (dir.), Presses de l'Enssib.
Scénographies numériques du patrimoine, Ouvrage collectif codirigé avec Patrick Fraysse et Julie Deramond, Éditions universitaire d'Avignon.

Carole BISENIUS-PENIN
Carole Bisenius-Penin est Maître de conférences HDR de littérature contemporaine à l'université de Lorraine, membre du Centre de recherche sur les médiations (CREM) et de l'OMEC (Observatoire des médiations culturelles, Montréal), ses travaux portent sur la résidence d'auteurs et les dispositifs de médiation culturelle. Elle est également responsable scientifique de divers contrats de recherche (Résidence d'auteurs, création littéraire et médiations culturelles en Grande Région, Observatoire du milieu littéraire franco-luxembourgeois…), tout en gérant un laboratoire hors les murs (Crem) incluant une résidence d'écrivain au sein d'un musée en Moselle (Récit'Chazelles, Maison Robert Schuman, 2016) et au sein d'une institution culturelle au Canada (Maison de la littérature, Québec, 2017). Elle a fondé deux sites consacrés aux formes de médiation de la littérature (lalorrainedesecrivains.univ-lorraine.fr et obslit.huma-num.fr) et dirigé un dossier de la revue Culture & Musées portant sur les résidences d'écrivains et d'artistes. Elle intervient en tant qu'experte scientifique au niveau national pour diverses institutions françaises (Direction de la Culture, du Patrimoine et de la Mémoire, Région Grand Est, Nouvelle-Aquitaine…) et au niveau international (Le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture-FRSC), tout en enseignant la création littéraire à l'université. Depuis 2020, elle co-dirige le Prix littéraire Frontières-Léonora Miano crée par l'université de Lorraine et l'université de la Grande Région.

Séverine BOMPAYS
Séverine Bompays occupe des postes de direction de musées depuis plus de 16 ans et seconde actuellement le conservateur des musées municipaux de la Ville de Rochefort dans la gestion du musée Hèbre et la restauration de la maison de Pierre Loti. Ce fleuron du patrimoine rochefortais fermé au public depuis 2012 bénéficie en effet d'une réhabilitation complète pour une ouverture prévue en 2023, année du centenaire de la mort de l'écrivain. Dans le cadre de ce projet, Séverine Bompays est notamment chargée d'organiser le fonctionnement futur et concevoir, avec l'équipe chargée des publics, les outils de communication et de médiation à venir.

Laurence BOUDART
Laurence Boudart est traductrice et docteure en lettres modernes. Elle dirige les Archives & Musée de la Littérature (Bruxelles) et est l'autrice d'une soixantaine d'articles et de communications scientifiques portant principalement sur les lettres belges et les questions liées à la conservation et la valorisation du patrimoine littéraire. Elle a publié récemment l'essai Martine, une aventurière du quotidien (Les Impressions nouvelles, "La Fabrique des héros") et est co-autrice de plusieurs ouvrages critiques, anthologiques et monographiques portant sur la littérature belge francophone. Elle est directrice de la collection scientifique "Archives du Futur", membre du comité de lecture de la collection patrimoniale "Espace Nord" et du comité scientifique de la revue Textyles, consacrée aux lettres belges.

Bertrand BOURGEOIS
Bertrand Bourgeois est Maître de conférences HDR en littérature et langue françaises à l'université de Melbourne, ses recherches portent sur les liens entre littérature et arts visuels, ainsi que sur les pratiques de réécritures modernes et contemporaines d’écrivains du XIXe siècle. Il a co-fondé et co-dirige le carnet de recherches Maisons de Poètes / Homes of Poets.

Stéphanie CUDRÉ-MAUROUX
Stéphanie Cudré-Mauroux est cheffe suppléante des Archives littéraires suisses (Bibliothèque nationale suisse, Berne). Elle a publié avec Michaël Comte Les Approches du sens (Dogana), les essais sur la critique de Starobinski. Elle a créé le Cercle d'études Jean Starobinski et son Bulletin annuel. Elle est également éditrice à La Dogana où elle a publié des textes d'Yves Bonnefoy, Pierre Chappuis, Sylviane Dupuis, Jacques Réda, Jean Roudaut ou Frédéric Wandelère.

Isabelle DEGRANGE
Isabelle Degrange est chargée de collections en Gastronomie, Chimie et Physique à la Bibliothèque nationale de France. Diplômée de Sciences Po Paris en 2002, elle a d'abord travaillé en librairie et dans l'édition. Elle a rejoint la BnF en 2010 comme chargée de mission pour la direction de la Diffusion culturelle puis comme adjointe au chef de service des Éditions. Elle a coordonné la médiation numérique Gallica de 2016 à 2021.

Delphine DUPENLOUP
Delphine Dupenloup est Chargée des publics et de la communication à l'Archipel Butor - Manoir des livres. L’Archipel Butor est une bibliothèque patrimoniale composée de trois îlots tous basés à Lucinges (Haute-Savoie) : le Manoir des livres, la maison d'écrivain Michel Butor et la bibliothèque de lecture publique. Dédié à l'héritage de Michel Butor et aux livres d'artiste, l'Archipel Butor se consacre au fonds dont il est dépositaire et en assure la conservation et la valorisation à travers ses collections et les actions de médiation culturelle menées. Le Manoir des livres accueille ainsi trois expositions temporaires par an et propose une programmation culturelle permettant à l'ensemble des publics de découvrir et de s'approprier les lieux et le livre d'artiste.

Bénédicte DUTHION
Bénédicte Duthion est Docteur ès lettres modernes, Membre associé du laboratoire CÉRÉdI de l'université de Rouen Normandie et Présidente du réseau des maisons d'écrivain et des patrimoines littéraires en Normandie. Ses thèmes de recherche sont l'Épistolaire, journaux intimes et écrits personnels (XIXe siècle) et Patrimoines et littérature (XIXe-XXe siècles).
Publications
Jardin & littérature (dir.), Actes de colloque, Région Normandie, Institut Européen des Jardins et Paysages, Éditions des Falaises, Paris & Rouen, 2020.
Héloïse et Abélard, entre passion, raison et religion, Catalogue d'exposition, Éditions du Centre des Monuments nationaux, Paris, 2001.
"L'atelier photographique de Jersey (1852-1855)", dans Florence Naugrette & Françoise Simonet-Tenant (dir.), Juliette Drouet épistolière, Paris, Eurédit, 2019, p.129-139.
Site Internet
Contribution à l'enrichissement du site dédié à la correspondance de Juliette Drouet, www.juliettedrouet.org, par l'apport du corpus de lettres transcrites pour sa thèse "Édition critique de la correspondance de Juliette Drouet à Victor Hugo durant les premières années de l'exil (décembre 1851 - février 1854)".

Jérôme GAME
Jérôme Game est un écrivain, poète et essayiste français auteur d'une vingtaine d'ouvrages. Également présenté sous forme de performances, conférences ou installations sonores et visuelles (créations radiophoniques, spatialisations, expositions de vidéo- ou photopoèmes), son travail explore les formes de l'expérience contemporaine rapportées à celles des énoncés comme des récits, à l'intersection des mots, des sons, et des images. La liste de ses ouvrages et de ses créations est disponible sur le site jeromegame.com.

Corentin LAHOUSTE
Corentin Lahouste, docteur en langues et lettres de l'UCLouvain (Belgique), est chercheur postdoctoral au sein du Centre de Recherche sur l'Imaginaire (CRI) de cette même université. Sa thèse, soutenue en mars 2019, a donné lieu à l'ouvrage Écritures du déchainement. Esthétique anarchique chez Marcel Moreau, Yannick Haenel et Philippe De Jonckheere (Classiques Garnier, 2021). Ses travaux, qui portent sur la littérature contemporaine de langue française, ont tout particulièrement trait aux liens entre littérature et politique de même qu'à la complexité et diversification médiatiques de l'acte poétique. Il est actuellement associé au programme de recherches HANDLING (ERC) porté par la professeure Anne Reverseau et est aussi un membre actif de l'équipe du projet Littératures modes d'emploi, réseau de recherches appliquées international, pionnier en matière d'étude des expositions de la littérature et du livre. Il a par ailleurs codirigé, avec Myriam Watthee-Delmotte, le premier volume critique consacré à l'œuvre de l'écrivain français Yannick Haenel, paru chez Hermann, en 2020, sous le titre Yannick Haenel, la littérature pour absolu.

David MARTENS & Marcela SCIBIORSKA : Les catalogues d'expositions littéraires. De la liste au beau livre
La place du catalogue dans l'économie de l'exposition et de l'offre culturelle proposée par les espaces muséaux et autres lieux d'exposition est le fruit d'une histoire qui se situe à la croisée de celle des expositions, des traditions qui s'y sont déployées et ont bien évidemment évolué, ainsi que de l'histoire du livre et de ses transformations, notamment en matière de traitement des illustrations, mais pas uniquement. Une manifestation sensible de ces évolutions dans l'histoire des catalogues d'exposition réside dans le recours, précisément, au terme même de "catalogue", auquel sont préférés des termes tels que "vrai livre" ou "ouvrage accompagnant l'exposition". Cette mutation est le fruit de l'histoire du catalogue, qui passe d'une liste de pièces éventuellement commentées, et dotées d'une préface, présentant peu d'illustrations, à des ouvrages de plus en plus richement illustrés, de plus en plus proches du beau livre. De nos jours, les catalogues deviennent de plus en plus souvent des livres pensés et conçus comme relativement autonomes de l'exposition que leur parution accompagne éventuellement, jusqu'à, dans certains cas, devenir des livres d'artistes à part entière. Si la liste des pièces, colonne vertébrale de cette forme d'ouvrages, demeure, ce qui fut le catalogue s'est transformé et a multiplié aujourd'hui ses déclinaisons et a diversifié son rapport à l'exposition.

Aurélie MOUTON-REZZOUK
Aurélie Mouton-Rezzouk est maître de conférences en Études Théâtrales à l'Institut d'Études Théâtrales de l'université Sorbonne-Nouvelle Paris 3, membre de l'Institut de Recherches en Études Théâtrales IRET (EA 3959) et du groupe de recherche Topologiques qui se consacre aux lieux du spectacle vivant. Elle est également membre du Comité exécutif de la SIBMAS (Société Internationale des Bibliothèques et Musées des Arts du Spectacle). Ses recherches croisent muséologie et théâtrologie. Elle est co-commissaire, avec Joël Huthwohl (BnF), de l’exposition "objectif marionnettes" à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon (mars-septembre 2022) et prépare, pour 2023, une exposition consacrée à la marionnette de création pour le Centre National du Costume de Scène et de la Scénographie.
Dernières publications
"Les arts de la marionnette au musée, Collections marionnettiques et politiques du spectacle vivant", Culture et musée, n°39, 2020.
"Un musée de la marionnette, pour quoi faire?", avec Xavier de la Selle, dans La marionnette, objet de musée et patrimoine vivant, Éditions de la Province de Liège, 2019.
Des lieux pour penser, musées, théâtres, bibliothèques, avec François Mairesse et Flore Garcin-Marrou, ICOFOM, 2018.
Le musée par la scène, avec Pauline Chevalier et Daniel Urrutiaguer, Éditions Deuxième Époque, 2018.

Monique PAUZAT
Enseignante et commissaire d'exposition, Monique Pauzat signe avec Jean-Michel Ponty de très nombreuses scénographies d'expositions dans des lieux muséaux ou des bibliothèques en France et à l'étranger. Particulièrement sollicitée pour des événements liées au livre et à l'édition, elle intervient régulièrement pour des journées d'étude et de formation et a participé à l'ouvrage collectif Exposer la littérature, Éditions du Cercle de la librairie.

Marie-Sylvie POLI : Le dispositif du texte expographique dans les expositions sur des sujets littéraires
Mon approche de la notion de "texte expographique" dans les expositions sur des sujets littéraires se situe dans l'interdisciplinarité des sciences de l'information et de la communication, plus particulièrement en muséologie de terrain. J'identifie cette notion comme l'ensemble des énoncés texte/image ou des supports graphiques, numériques, conçus par les concepteurs de l'exposition pour communiquer avec les visiteurs et perçus comme tels par ces derniers. Pour la discuter ici je me baserai sur un corpus de quatre expositions qui se sont tenues dans des contextes institutionnels variés, en organisant leurs discours expographiques sur des objets de littérature distincts : un poète incontesté, un roman emblématique, le fonds muséographique d'un écrivain de renom, une rencontre littérature-peinture à caractère pédagogique. En partant du postulat que dans l'exposition telle que pensée depuis les années 1980 comme un média, le texte expographique s'inscrit dans un flux mouvant de conventions sociolinguistiques, éditoriales et culturelles, je propose d'analyser comment, dans le champ des littératures exposées, ce dispositif peut autant se soumettre à une grammaire héritée des usages que s'en libérer. Car le texte expographique s'inspire de la littérature et de ses acteurs que les expositions sur des sujets littéraires valorisent inéluctablement. Dès lors, chaque dispositif de "texte expographique" influence l'expérience culturelle et intime du visiteur lecteur.

Marie-Sylvie Poli est professeure de sciences de l'information et de la communication émérite à l'Université d'Avignon, LCC - Laboratoire Culture & Communication EA 7542. Ses travaux de recherche portent notamment sur les dispositifs des écritures de transmission des savoirs dans les musées ou dans les expositions ainsi que sur la pragmatique de l'expérience de visite au musée. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Culture et Musées. Elle a codirigé le Programme international de doctorat "Muséologie, médiations, patrimoine" Avignon Université / Université du Québec à Montréal.

Jean-Michel PONTY
Professeur à l'École nationale d'art de Bourges, éditeur et musicien, Jean-Michel Ponty conçoit avec Monique Pauzat de très nombreuses scénographies d'expositions liées au livre et à l'édition dans des lieux muséaux ou des bibliothèques en France et à l'étranger. Responsable d'un Post-diplôme "Arts et création sonore", il intègre création et dispositifs sonores dans sa pratique de scénographe.

Anne-Hélène RIGOGNE
Anne-Hélène Rigogne est conservateur général des bibliothèques honoraire. Chef du service des expositions de la Bibliothèque nationale de France de 2013 à 2018, elle a conduit en tant que chargée de production, la réalisation d'une trentaine d'expositions temporaires et permanentes au sein de cet établissement patrimonial. Certaines d'entre elles ont été marquantes dans l'histoire des expositions littéraires "Brouillons d'écrivains" (2001), "L'Enfer de la bibliothèque" (2007). Elle a participé à l'ouvrage Exposer la littérature, Éd. du Cercle de la Librairie, 2015.

Anne-Christine ROYÈRE
Anne-Christine Royère est maîtresse de conférences en littérature des XXe et XXIe siècles à l'université de Reims Champagne-Ardenne. Ses travaux portent sur les poésies interartiales et intermédiales (poésie et arts visuels, poésie et arts sonores, poésie performance, poésie exposée), sur l'exposition comme pratique artistique et littéraire et sur l'histoire et les matérialités du livre de création du XIXe au XXIe siècle (pratiques bibliophiliques et livre d'artiste).

Marcela SCIBIORSKA
Marcela Scibiorska est médiatrice à la Wittockiana, musée des arts du livre et de la littérature à Bruxelles. Après avoir achevé sa thèse, intitulée "Les Albums de la Pléiade. Histoire et analyse discursive d'une collection patrimoniale" à la KU Leuven et Sorbonne Université, elle a travaillé sur les portraits de pays illustrés à la Guilde du Livre à l'université de Lausanne, ainsi que sur le maniement des images concrètes par les écrivains d'avant-garde dans le cadre de l'ERC Handling à l'UCLouvain. Elle s'intéresse plus largement aux modes de patrimonialisation de la littérature, aux liens entre textes et images dans la construction de l'image d'auteur, aux rapports entre littérature et publicité, ainsi qu'aux collections éditoriales.

Martine THOMAS-BOURGNEUF
Conceptrice d'expositions pour ce qui est de leurs contenus — ce que, dans le jargon, on appelle muséographe ou commissaire d'exposition — Martine Thomas-Bourgneuf a plusieurs fois exposé littérature et littérateurs (Apollinaire, Proust, Guéhenno), sans pour autant en être spécialiste. Ses références se trouvent là : https://www.interflou.net.

Camille VAN VYVE : Exposer le patrimoine littéraire : l'hier et l'aujourd'hui
Les institutions culturelles ont une marge de manœuvre réelle, mais étroite, dans la quantité d'expositions qu'elles peuvent présenter au public. Les présupposés culturels qui sous-tendent leur politique d'exposition varient selon les temps et les lieux et font qu'une exposition n'est jamais un geste neutre. Cette communication entend esquisser la politique d'exposition de huit institutions francophones qui placent l'exposition de la littérature, de l'écriture et du livre au centre de leurs activités (plus précisément les Archives et Musée de la Littérature, la Wittockiana, la Bibliothèque nationale de France, l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine, la Bibliothèque publique d'information, les Archives littéraires suisses, la Fondation Martin Bodmer, la Fondation Jan Michalski). Une analyse historique et transversale des thématiques, des mises en scène et des modes de communication privilégiés nous permettra de dégager quelques tendances récentes dans le monde muséal et littéraire.

Camille Van Vyve est aspirante F.R.S.-FNRS à l'université libre de Bruxelles, à la Faculté de Lettres, Traduction et Communication. Son sujet de thèse porte sur la patrimonialisation de la littérature à travers des expositions temporaires dans le monde francophone, sous la direction de Prof. Laurence Brogniez (ULB) et Prof. David Martens (KU Leuven). Membre du réseau RIMELL (Recherches Interdisciplinaires sur la Muséographie et l'Exposition de la Littérature et du Livre), et des groupes de recherches PatrimoniaLitté et Philixte.


SOUTIENS :

• Direction régionale des Affaires culturelles Normandie (DRAC)
• Recherches interdisciplinaires sur la muséographie et l'exposition de la littérature et du livre (RIMELL)
• Unité de Recherche Textes et Cultures (UR 4028) | Université d'Artois
KU Leuven

Programme 2022 : un des colloques

Programme complet


MOLIÈRE EN HÉRITAGE : USAGES D'UN MYTHE (XVIIe-XXIe SIÈCLES)


DU LUNDI 20 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 26 JUIN (14 H) 2022

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Joël HUTHWOHL, Tiphaine KARSENTI, Guillaume PEUREUX, Martial POIRSON


ARGUMENT :

Dans le cadre des célébrations du quadri-centenaire de la naissance de Molière en 2022, ce colloque invite à réfléchir sur les enjeux des appropriations variées inspirées par cette figure mythique du patrimoine culturel français.

Dans une perspective internationale, interdisciplinaire et ouverte sur les expérimentations en recherche-création, ce colloque a pour ambition d'examiner les usages — bibliophiliques, patrimoniaux, politiques, artistiques, scientifiques, commerciaux — de Molière, envisagés à partir des dispositifs esthétiques et idéologiques, pédagogiques, voire industriels, qu'il inspire depuis sa mort jusqu'à aujourd'hui.

Trois axes de réflexion seront privilégiés :

Usages mémoriels de Molière : émanant d’institutions patrimoniales, de sociétés savantes, d'amateurs érudits, etc. ; associés à des circonstances commémoratives ou non ; relevant d'une mémoire officielle ou d'initiatives individuelles ; répondant à une vocation culturelle ou marchande.
Médiations moliéresques : élaboration de dispositifs pédagogiques, muséographiques, numériques, ou créations scéniques, filmiques, plastiques prenant Molière et son œuvre pour objets.
Transferts culturels d'une "gloire nationale" : soit dans le cadre d'une politique de diffusion internationale du patrimoine théâtral français (traductions, tournées, résidences d’artistes français à l'étranger, accueil dans le réseau des instituts culturels français ou de la francophonie), soit dans le cadre d'appropriations de l'œuvre moliéresque à l'étranger (mises en scène, traductions, réécritures).


MOTS-CLÉS :

Acteur, Adaptations, Appropriations, Auteur, Colonies, Commémoration, Culture populaire, Exposition, Humanités numériques, Identité culturelle, Médiation culturelle, Mémoire, Molière, Moliérisme, Mythe, Patrimoine, Spectacle, Théâtre, Tournées, Transferts culturels, XVIIe siècle


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 20 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 21 juin
POLITIQUES DU PATRIMOINE : COMMÉMORER, EXPOSER, JOUER
Matin
Introduction générale au colloque, avec Joël HUTHWOHL, Tiphaine KARSENTI, Guillaume PEUREUX et Martial POIRSON, suivie d’un dialogue avec Georges FORESTIER [visioconférence], "2022. Année Molière"
Joël HUTHWOHL : Molière. Un portrait, des portraits
Anne JÉRÔME : Les fêtes du Tricentenaire de Molière, une entreprise pédagogique à la Comédie-Française

Après-midi
Humanités numériques
Litte_bot : dialoguer avec Dom Juan, table ronde avec Rocio BERENGUER, Joël HUTHWOHL et Julien SCHUH

Data-Molière. Ce que nous apprennent les Registres de la Comédie-Française, Atelier Registres de la Comédie-Française, interface Molière, avec Annick CHEKROUN-STEILER, Charline GRANGER, Sarah HARVEY [visioconférence], Tiphaine KARSENTI et Agathe SANJUAN


Mercredi 22 juin
LIEUX DE MÉMOIRES
Matin
Molière en BD, entretien avec Catherine MORY [visioconférence], Martial POIRSON et Clotilde THOURET

"Le petit clystère" : un fanzine étudiant autour de Molière, table ronde avec Annick CHEKROUN-STEILER, Charline GRANGER, Tiphaine KARSENTI et Guillaume PEUREUX

Catherine CESSAC : L'expodcast Les Musiques de Molière

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Projection du docu-fiction Brûler Molière ? (J. Malaterre, 2018)


Jeudi 23 juin
MÉDIATIONS ET APPROPRIATIONS CULTURELLES
Matin
Jacqueline RAZGONNIKOFF : Le Paris de Molière
Charline GRANGER : Érudition, manie, passion : la construction de l'ethos du moliériste à la fin du XIXe siècle [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur Canal U]
Alexandra IVARS : "Instruire et plaire" : Molière personnage de littérature jeunesse
David SCHWAEGER : Un exemple précis et heuristique de mythologie moliéresque : le dessin animé Molierissimo [Canal + et France 3 (1989-1990)]

Après-midi
Échanges autour de l'exposition de textes, réalisée par des élèves du Collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy, en leur présence

Clotilde THOURET : Héritages de Molière : usages numériques, usages polémiques
Anna ROLLAND : Parler de Molière, parler pour Molière : présences du dramaturge sur Twitter (2020-2021)
Benjamin DANG : Ahmed le subtil, Scapin des temps modernes

Soirée
Dénouer (ou ne pas dénouer) Tartuffe : le texte à l'épreuve de la scène, projection-débat avec Armelle TALBOT


Vendredi 24 juin
MOLIÈRE À TRAVERS LE MONDE : TOURNÉES, TRADUCTIONS, ADAPTATIONS, RÉAPPROPRIATIONS
Matin
Clément HERVIEU-LÉGER : Le Saint Patron en sa Maison et en tournées [visioconférence]

Après-midi
Molière dans le Monde (1)
Corinne FLICKER : Molière aux colonies : réception, traductions, adaptations et mises en scène de Molière en Indochine (1920-1958)
Lujiao ZHANG : Les tribulations d'un Molière en Chine


Samedi 25 juin
MOLIÈRE À TRAVERS LE MONDE : TOURNÉES, TRADUCTIONS, ADAPTATIONS, RÉAPPROPRIATIONS
Matin
Molière dans le Monde (2)
Ons TRABELSI : Personnages moliéresques arabes : le dédoublement comme modèle de transposition
Rezvan ZANDIEH : Molière et son double iranien

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 26 juin
Matin
Synthèse conclusive

Après-midi
DÉPARTS


"HORS LES MURS" — À L'INSTITUT NATIONAL D'HISTOIRE DE L'ART (INHA)

Jeudi 13 octobre 2022

EXPOSER ET FAIRE REVIVRE MOLIÈRE

14 h. Exposer Molière, table ronde avec les commissaires des expositions Molière 2022 : Véronique MEUNIER [Molière en costumes (Moulins, CNCS)], Agathe SANJUAN [Molière, le jeu du vrai et du faux (BnF-Richelieu)], Laurence DECOBERT [Molière en musiques (Bibliothèque-Musée de l'Opéra)] et Martial POIRSON [Molière, la fabrique d'une gloire nationale (Versailles, Espace Richaud)]

16 h. Mettre en scène Molière comme au XVIIe siècle, dialogue avec Antoine FONTAINE (Scénographe) et Michael BOUFFARD (Historien et metteur en scène)


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Catherine CESSAC
Directrice de recherche émérite au CNRS (CESR-CMBV), Catherine Cessac est spécialiste de la musique française des XVIIe et XVIIIe siècles, et s'intéresse plus particulièrement au compositeur Marc-Antoine Charpentier. Elle a publié l'édition critique Marc-Antoine Charpentier, Musiques pour les comédies de Molière aux Éditions du Centre de Musique Baroque de Versailles en 2019 et a été conseillère scientifique de l'expodcast Les Musiques de Molière (CMBV, France-Musique, Comédie-Française, Château de Versailles) mise en ligne en 2021.

Annick CHEKROUN-STEILER
Agrégée de Lettres Modernes, Annick Chekroun-Steiler enseigne le français au lycée franco-allemand de Buc dans les Yvelines où elle est également en charge d'un atelier théâtre. Elle poursuit actuellement un master 2 à l'Institut d'Études Théâtrales de Paris 3. Elle a suivi le séminaire d'histoire du théâtre "Molière 17/21, Fabriques d'un mythe" qui a donné lieu à la création d'un fanzine sur Molière.

Benjamin DANG : Ahmed le subtil, Scapin des temps modernes
En 1984, Alain Badiou écrit Ahmed le subtil, sous-titré Scapin 84. Cette pièce est née des évènements qui ont marqué l'été 1984 : des mesures et des exactions dirigées contre les immigrés, des faits divers sordides concernant des jeunes Arabes ou des jeunes gens de banlieue. La pièce est donc une réaction, et même une révolte, une contestation. L'engagement politique de l'auteur transparaît dans le sous-titre, car Scapin incarne un archétype qui l'a profondément marqué. Dans une interview à Chantal Boiron, Alain Badiou proclame son envie de proposer un type théâtral moderne issu de la lignée des Sganarelle, des Arlequins et des esclaves de Plaute ou d'Aristophane, capables de débrouiller les affaires, de se faire moteurs des intrigues et même à devenir les maîtres de leur maître. C'est de là qu'est né Ahmed, ce Scapin des temps modernes, archétype moliéresque taillé pour s’emparer des problèmes sociaux et politiques de chaque époque.

Enseignant exerçant dans le secondaire et docteur ès littérature et langue françaises, Benjamin Dang consacre sa thèse aux figures de bouffons dans le théâtre du XXe siècle. Sa recherche porte plus précisément sur le théâtre et plus généralement sur les formes du grotesque moderne et de l'humour. Sa recherche articule l'histoire du spectacle avec l'anthropologie de l'imaginaire.

Corinne FLICKER
Agrégée de lettres modernes et maitresse de conférence HDR en Littérature française du XX-XXIe siècle, théâtre, à Aix-Marseille Université, Professeure associée à l'université Nationale du Vietnam à Hanoi, membre du CIELAM (Centre Interdisciplinaire d'Étude des Littératures d'Aix-Marseille), fondatrice et directrice de la Maison du Théâtre d'Aix-Marseille Université, Corinne Flicker est spécialiste de théâtre moderne et contemporain et des transferts d'esthétiques théâtrales de 1860 à l'extrême contemporain. Elle est l'auteure de nombreuses publications sur le théâtre français et francophone en Indochine.
Publications
Théâtres français et vietnamien : un siècle d'échanges (1900-2008). Réception, adaptation, métissage, Aix-en-Provence, PUP, coll. "Textuelles", 2014.
Le Théâtre français et l'Indochine, Revue d'Histoire du Théâtre, n°264, oct.-déc. 2014.
Le Théâtre français et francophone en Indochine, Revue La Francophonie en Asie-Pacifique, n°3, Université Nationale du Vietnam à Hanoi et PUP, 2019.

Charline GRANGER : Érudition, manie, passion : la construction de l'ethos du moliériste à la fin du XIXe siècle
Moliéromanes, moliérophiles et moliérolâtres : qui sont ces "moliéristes", dont le discours mêle l'érudition à des déclarations d'amour passionnées pour Molière ? À quelles stratégies, sociales et éditoriales, la détermination d'une identité moliériste obéit-elle et pourquoi ? À partir des années 1820, une forme nouvelle du culte rendu au dramaturge se développe progressivement, grâce à l'essor de politiques culturelles visant à valoriser et à centraliser les archives disséminées en France. La revue Le Moliériste, créée par Georges Monval en 1879, apporte aux érudits qui y contribuent une notoriété inédite, qui excède pourtant leur statut de "savants". Appartenant à la fois à l'élite intellectuelle, à la notabilité administrative et aux cercles mondains parisiens, ces moliéristes tirent parti de la figure du collectionneur monomane, alors en vogue, pour prendre l'ethos de véritables personnages : le moliériste devient un type. Cet ethos est le gage de leur succès, direct ou indirect, par l'intermédiaire de satires parfois virulentes qui leur permettent paradoxalement d'acquérir une grande popularité.

Ancienne élève de l'ENS de Lyon, agrégée de lettres modernes, Charline Granger est actuellement post-doctorante à l'université Paris Nanterre sur le programme des Registres de la Comédie-Française. Elle est l'auteure d'une monographie parue en 2021 aux Classiques Garnier, L'Ennui du spectateur. Thermique du théâtre (1716-1788). Ses recherches portent principalement sur le théâtre des XVIIe et XVIIIe siècles et sa réception ; les contextes scientifiques du discours sur la scène ; l'histoire de la Comédie-Française.

Alexandra IVARS : "Instruire et plaire" : Molière personnage de littérature jeunesse
Cette communication analyse, à partir d'un corpus varié, la représentation de Molière en littérature jeunesse. Il s'agit de comprendre la manière dont le dramaturge, par le biais de la fiction, passe du statut d'auteur classique, dans tous les sens du terme, à celui de personnage propre à susciter l'intérêt d'un jeune lectorat. Notre étude vise à montrer l'alliance entre dimension didactique et dimension poétique, qui est au cœur des textes étudiés. En effet, tout en manifestant une exigence de rigueur historique, ces ouvrages témoignent de la créativité et de la pertinence de la réappropriation moderne, qui permettent d'entretenir la mémoire de Molière sans figer son image.

Alexandra Ivars est professeur du second degré, doctorante en Littérature Générale et Comparée à Aix Marseille Université sous la direction de Crystel Pinçonnat, sa thèse s'intitule : "Théoriser le meilleur, imaginer : la dystopie comme machine à penser".
Champs de recherche : littératures de l’imaginaire (SFFF), littérature jeunesse, valeur de l'œuvre littéraire, littérature et politique.

Anne JÉRÔME : Les fêtes du Tricentenaire de Molière, une entreprise pédagogique à la Comédie-Française
En janvier 1922, Émile Fabre organise les fêtes du Tricentenaire de Molière à la Comédie-Française. Les notes de travail de cet administrateur présentent la commémoration de Molière sous un angle privilégié puisqu'il nous plonge à la fois dans la préparation et dans le déroulement du Tricentenaire, et témoigne de son excellente réception. Il s'agit ici d'en étudier la dimension pédagogique significative. La grande exposition iconographique et bibliographique mise en place par le bibliothécaire Jules Coüet, la représentation du 16 janvier offerte à l'Université et aux grandes écoles de Paris, de même que le défi artistique de faire jouer en un mois 28 des pièces de Molière, participent entre autres de l'intention d'éclairer le plus large public possible sur l'histoire et l'œuvre de Molière.

Élève de troisième année de l'École nationale des chartes, Anne Jérôme prépare une thèse d'établissement consacrée à l'édition des mémoires d'Émile Fabre, administrateur-général de la Comédie-Française (1915-1922). Elle termine cette année un master 2 à l'université Paris 1, sous la direction de Pascale Goetschel, en soutenant un mémoire sur l'administration d'Émile Fabre à la Comédie-Française (1915-1936).

Jacqueline RAZGONNIKOFF : Le Paris de Molière
Jean-Baptiste Poquelin, contrairement à ce que certains pensent, est un véritable enfant de Paris. Né et élevé dans le centre commercial et culturel de la capitale, il en a absorbé tous les apports (des charlatans du Pont-Neuf aux pittoresques marchands des Halles), il a fréquenté le Marais de la famille Béjart, et, malgré ses treize années de province, pendant lesquelles il est devenu Molière, son retour à Paris le mène dans les meilleurs endroits (Louvre, théâtres et hôtels particuliers) et son œuvre reflète son attachement à la grande ville, tandis qu'il fait rire le public parisien, dont il est si proche, tout autant que les courtisans, aux dépens des provinciaux, une recette qui fait toujours mouche. Il s'agit donc de parcourir en imagination, dans un Paris qui a bien changé, les lieux fréquentés et évoqués par Molière, d'y retrouver sa trace, et, comme le dit si bien Mascarille, dans Les Précieuses ridicules, "Pour moi, je tiens que hors de Paris, il n'y a point de salut pour les honnêtes gens".

Jacqueline Razgonnikoff est historienne du théâtre et plus particulièrement de la Comédie-Française. Études de Lettres classiques à l'université de Liège (Belgique). Bibliothécaire-archiviste à la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française (1976-2007). Ouvrages, articles et contributions à des colloques sur Molière, la Comédie-Française, la pratique théâtrale, le théâtre de l'Époque révolutionnaire, le Théâtre romantique. Participation à la publication de textes de théâtre (Théâtre de Dufresny, Théâtre de Chamfort, d'Alexandre Dumas, pièces d'Olympe de Gouges, de Ducis, …). Commissaire d'expositions.
Dernières publications
La Comédie-Française, histoire de la salle Richelieu de 1790 à nos jours, Paris, Artlys, 2014.
Le Paris de Molière, Paris, Éditions Alexandrines, 2017.
François-René Molé, biographie, Paris, Classiques Garnier, 2022.

Anna ROLLAND : Parler de Molière, parler pour Molière : présences du dramaturge sur Twitter (2020-2021)
Molière est omniprésent sur la plateforme Twitter : les références au dramaturge y sont, chaque jour, extrêmement nombreuses, et cette omniprésence ne saurait s'expliquer uniquement par le fréquent recours à la périphrase "langue de Molière". L'auteur est souvent placé au cœur de discussions, parfois houleuses, relatives à la culture française et à son rayonnement, au niveau scolaire et à son abaissement présumé, ou encore à la langue française et à son supposé déclin. Qu'il soit convoqué comme objet de débat, exemple, ou argument d'autorité, Molière est l'instrument d'une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes qui se joue sur le réseau social et implique des particuliers, des universitaires, des éditorialistes, ou encore des institutions comme la Comédie-Française. J'analyserai dans cette communication, en appliquant les méthodes de l'analyse de discours, quelques-uns des débats moliéresques ayant connu une grande audience en 2020 et 2021, soit avant "l'année Molière", mais au cœur d'une pandémie marquée par un usage massif de Twitter.

Agrégée de Lettres modernes, rattachée à l'école doctorale Arts, Lettres, Langues et à l'unité de recherche du CELLAM, Anna Rolland mène depuis septembre 2020 un doctorat consacré à la notion de "complaisance" dans la littérature du XVIIe siècle, sous la direction de François Trémolières (Université Rennes 2) et d'Anne Régent-Susini (Université Paris III - Sorbonne Nouvelle). Son travail se propose d'analyser, à travers une observation des usages de cette notion, les oppositions, porosités et transferts esthétiques et axiologiques qui se jouent entre plusieurs champs littéraires et sociaux du siècle (en portant notamment dans son étude une attention particulière au champ mondain et à la comédie de Molière). Anna Rolland a proposé en novembre 2020, lors de la Journée des doctorants du CELLAM organisée par l'association AdHoc, une communication intitulée "Les ambiguïtés d'Alceste : complaire et se complaire dans Le Misanthrope de Molière (1666)". Elle participera en juin 2022 au séminaire international "Corps et sociabilités — apparences et sociabilités dans un long XVIIIe siècle", et y proposera une réflexion portant sur les relations entre "complaisance", apparences et sociabilité dans la comédie de Molière.

Julien SCHUH
Julien Schuh est maître de conférences à l'université Paris Nanterre. Il dirige plusieurs projets en humanités numériques, en particulier dans le domaine de l'application de l'intelligence artificielle aux textes littéraires (Modèles et Outils d'Apprentissage Profond & Boîte à Outils d'Intelligence Artificielle).

David SCHWAEGER : Un exemple précis et heuristique de mythologie moliéresque : le dessin animé Molierissimo [Canal + et France 3 (1989-1990)]
Le premier contact des "millennials" de la génération des années 80 et suivantes avec Molière s'est, sans nul doute, effectué grâce à une petite production animée du nom de Molierissimo diffusée dans les années 90. Celle-ci narre les aventures de Quentin, un jeune magicien ayant rejoint la troupe de Poquelin. Au premier abord, il pourrait prêter à sourire de vouloir méditer sur un dessin animé dans le cadre d'un colloque sur les usages du mythe de Molière. Cette petite médiation pour enfant, destinée à populariser le plus célèbre des dramaturges français auprès du jeune public, peut paraître simpliste. Il nous semble, au contraire, qu'elle est un outil heuristique remarquable pour comprendre les mécanismes qu'emploie l'inconscient collectif pour construire le mythe national qui s'est tissé autour de Molière.

David Schwaeger conduit, à l'université de Paris 3 - Sorbonne Nouvelle, sous la direction de Gilles Declercq, un doctorat sur une lecture psychanalytique de l'œuvre de Molière. Il a enseigné au sein de l'Institut d'Études Théâtrales en tant que doctorant contractuel, ATER et y enseigne actuellement en tant que chargé de cours. Il s'est formé à la mise en scène et à la pratique théâtrale au Cours Simon (Paris) puis au Théâtre-école du Parvis des Arts (Marseille). Également journaliste à Fréquence Protestante et chroniqueur littéraire et théâtral pour le journal Réforme, il suit parallèlement à ses activités une formation à la psychanalyse pratique. Il est membre participant du groupe Espace Analytique.

Ons TRABELSI : Personnages moliéresques arabes : le dédoublement comme modèle de transposition
Molière est considéré comme un auteur classique du répertoire arabe moderne et comme l'auteur le plus joué depuis l'importation du théâtre occidental. Son intégration à ce répertoire se fait à partir de différents procédés de réécriture et de transposition. Le procédé du "dédoublement des personnages", récurrent dans la littérature classique arabe et dans le théâtre d'ombres, représente un exemple de cette démarche d'appropriation consistant essentiellement à emprunter des procédés à la comédie moliéresque et aux formes héritées du théâtre traditionnel. Le théâtre de Molière devient alors une source permettant de s'adresser au public avec son langage et ses références mais aussi à travers un dispositif scénique moderne.

Ons Trabelsi est docteure en arts du spectacle. Elle a soutenu une thèse sur les adaptations et les traductions de Molière en arabe (Liban, Égypte, Tunisie, 1847-1967) sous la direction de Christian Biet à l'université Paris Nanterre. Elle enseigne actuellement à l'université de Lorraine.

Rezvan ZANDIEH : Molière et son double iranien
À la seconde moitié du XIXe siècle, le théâtre moderne est introduit en Iran au travers de Molière, et cela, tant par le biais de la dramaturgie que de la mise en scène. Pourquoi cette introduction est-elle réalisée par le genre de la comédie et particulièrement celle de Molière ? Le fait que le premier dramaturge de l'histoire du théâtre moderne iranien soit surnommé "Molière oriental" n'est-il pas significatif, voire emblématique ? Ainsi, dans cette intervention, nous chercherons à savoir dans quel contexte la traduction et l'adaptation des pièces de Molière ont influencé l'émergence de la littérature dramaturgique. Ainsi nous verrons comment et pourquoi le théâtre moliéresque a inspiré le théâtre de deux précurseurs de la dramaturgie moderne iranienne : Mirzâ Fathali Âkhund zâde et Mirzâ Âqâ Tabrizi. Jouant un rôle décisif, à la fois dans la formation de la littérature dramaturgique mais aussi dans sa propagation, ces deux figures sont à l'origine de cette littérature dans l'histoire du théâtre moderne iranien.

Rezvan Zandieh est docteure et chargée de cours en études théâtrales à l'université Paris III Sorbonne Nouvelle. Ses recherches portent sur la relation entre le corps et le pouvoir dans le domaine de la performance ainsi que celui du théâtre. Elle travaille notamment sur le théâtre et la performance en Iran. Parallèlement à ses recherches, Rezvan poursuit ses pratiques artistiques en tant qu'actrice et vidéo- artiste.
Dernière publication
"Molière en Iran", dans Molière hors de l'hexagone, Brigitte Prost (dir.), Édition DOMENS, juin 2022.

Lujiao ZHANG : Les tribulations d'un Molière en Chine
Si quelques lettrés découvrent Molière à la fin du XIXe siècle en Chine, ce n'est qu'avec le Mouvement de la Nouvelle culture en 1919 que son théâtre se diffuse, car il prend un rôle important dans le renouvellement culturel et littéraire de cette période cruciale. Ce transfert culturel se fait sous deux aspects : la traduction au niveau microstructural ; la réécriture au niveau macrostructural et l'adaptation des comédies moliéresques dans le contexte chinois du premier XXe siècle. Molière est alors transformé et adapté en modèle correspondant à l'imaginaire collectif des Chinois. Cette étude de la réception de Molière en Chine permettra de comprendre la popularité actuelle de Molière en Chine.

Lujiao Zhang est doctorante au Laboratoire ÉCRITURES de l'université de Lorraine. Sous l'encadrement du Professeur Anne-Élisabeth Spica, elle prépare une thèse portant sur des éléments tragiques et l'innovation dramaturgique dans les comédies de Molière.


SOIRÉE :

Dénouer (ou ne pas dénouer) Tartuffe : le texte à l'épreuve de la scène, projection-débat avec Armelle TALBOT
Garantie d'allégeance au pouvoir royal et à ses capacités de discernement, le dénouement du Tartuffe est directement tributaire de l'histoire tumultueuse de la pièce, de son interdiction à sa réécriture. Parce que le texte y porte l'empreinte très directe du contexte, la fin de la pièce constitue un véritable défi pour la mise en scène. Que faire, plusieurs siècles après sa rédaction, de ce happy end de complaisance ? Doit-on le croire ou y faire croire ? Doit-on prêter foi à la gloire immortelle du Souverain représenté par l'Exempt ou la mettre en perspective de l'absolutisme monarchique ou de la convention théâtrale ? Doit-on se féliciter de l'unité familiale qu'a permis de restaurer in extremis le rex ex machina ou ne s'agirait-il encore que d'un faux-semblant, d'une ruse hypocrite ? Ce sont toutes ces questions que nous voudrions explorer à travers quelques exemples de mise en scène du Tartuffe empruntés à la scène européenne des XXe et XXIe siècles.

Armelle Talbot est maîtresse de conférences en arts du spectacle à l'université Paris Cité, membre du laboratoire CERILAC et directrice de la revue électronique thaêtre. Ses derniers travaux portent sur l'œuvre de Rainer Werner Fassbinder, sur les représentations du travail au théâtre et au cinéma ainsi que sur les rapports entre théâtre et Histoire. Depuis la rentrée 2020, elle tient avec ses étudiants un carnet de recherche collaboratif intitulé "La servante" qui porte notamment sur les effets de la crise sanitaire sur le spectacle vivant.


BIBLIOGRAPHIE :

• Forestier, Georges, Molière, Paris, NRF Gallimard, "Biographies", 2018.
• Poirson Martial (dir.), Ombres de Molière. Naissance d’un mythe littéraire à travers ses avatars du XVIIe siècle à nos jours, Armand Colin, "Recherches", 2012.
• Poirson, Martial, Molière. La Fabrique d'une gloire nationale, Seuil, Beaux livres, 2022.
• Zékian, Stéphane, L'Invention des classiques. Le "siècle de Louis XIV" existe-t-il ?, Paris, CNRS, 2012.


SOUTIENS :

Université Paris Nanterre
• Unité de recherche "Histoire des arts et des représentations" (HAR) | Université Paris Nanterre
• Centre des Sciences des littératures en langue française (CSLF, EA 1586) | Université Paris Nanterre
Université Paris 8 | Vincennes - Saint-Denis