Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

La tenue de ce colloque est confirmée. Toutes les précautions seront prises pour assurer sur place, dans un esprit de responsabilité mutuelle, la sécurité sanitaire (voir charte sanitaire adaptée à la situation 2021).

Nous nous réjouissons de vous retrouver à Cerisy !

La direction du CCIC et du colloque


PSYCHANALYSE ET MÉDECINE, ENTRE CORPS ET LANGAGE


DU SAMEDI 21 AOÛT (19 H) AU SAMEDI 28 AOÛT (14 H) 2021

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Martine DOMBROSKY, Agnès DUTHOIT, Houchang GUILYARDI, Josette OLIER, Geneviève VIALET-BINE


ARGUMENT :

"La psyché est étendue. N'en sait rien…"
S. Freud

Dans le livre Qu'est-ce que le corps pour la psychanalyse ? nous pouvons lire sous la plume du Dr. Houchang Guilyardi que "Le corps ne ment pas, sous-entendant que, à travers ses organes éprouvés, le corps énonce une vérité du sujet, invisible à la conscience". Un tourbillon secoue en permanence les mondes de la médecine et de la psychanalyse. Deux mondes qui se côtoient depuis plus d'un siècle, depuis que Freud et les analystes freudiens posèrent la question de leurs relations : Ferenczi pensait que "pour la médecine, divisée en tant de spécialités, la psychanalyse est une bénédiction, car elle recommande, dans toute forme de maladie, de traiter le malade aussi bien que la maladie". La pratique médicale travaille à la disparition du symptôme en tant que dysfonctionnement organique, la psychanalyse, quant à elle, considère le symptôme comme porteur de la vérité du sujet. De quelles complexités inconscientes les corps tentent-ils de s'extraire en multipliant symptômes, passages à l'acte, actes manqués et maladies ? Patients, médecins, psychanalystes parlent-ils du même corps ?

Ce colloque sera l'occasion, au fil de la semaine, de confronter les différentes approches et pratiques dont la clinique hospitalière, et d'aborder, développer en quoi (le) corps et (le) langage sont irrémédiablement tissés à tous les âges de la vie d'un sujet.


MOTS-CLÉS :

Acte analytique, Cancer, Conversion, Corps, Désir, Deuil, Épigénétique, Éthique, Freud (Sigmund), Jouissance, Lacan (Jacques), Libido, Maladies auto-immunes, Psychosomatique, Pulsions, Pulsion de mort, Somatose, Structure, Symptômes, Transfert, Trauma


CALENDRIER PROVISOIRE :

Samedi 21 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 22 août
PSYCHANALYSE ET MÉDECINE : QUELS RAPPORTS ? — Animatrice : Josette OLIER
Matin
Houchang GUILYARDI & Patrick GOUDOT : Chassés-croisés. Discours médical et discours analytique
Michelle MOREAU RICAUD : Écoute analytique (et) écoute médicale "augmentée" : l'effet Balint

Après-midi
Arlette MEYER : Loi Santé et bioéthique
Thierry du PUY-MONTBRUN : Pavane pour un corps défunt ?

Exposition de photographies, avec Candice CELLIER


Lundi 23 août
CORPS ET JOUISSANCE — Animateur : Jean-Jacques CHAPOUTOT
Matin
Danièle LÉVY : Organique, psychique, quelle articulation ?
Geneviève VIALET-BINE : Conversions hystériques et "somatoses"

Après-midi
Madeleine GUEYDAN : De la trace au langage, l'objet "a" dans le dessin d'enfant ou la création artistique
Marielle DAVID : Le corps, le tissu, le langage


Mardi 24 août
CORPS ET STRUCTURE — Animatrice : Agnès DUTHOIT
Matin
Psychanalystes à l'hôpital. Cartel de clinique analytique hospitalière, table ronde avec Nathalie ALVAREZ [Le désir, et alors ?], Martine DOMBROSKY [Deux corps en présence], Agnès DUTHOIT [D'une plainte à l'autre : "ça fait mal ! j'ai mal de-dents, je n'en peux plus de ne pas dire…"], Christine FARDEAU [Interactions maladies inflammatoires chroniques endoculaires et psychisme], Christian JODEAU [L'inflammation intra-oculaire : un phénomène psychosomatique ?] et Michèle NEY

Après-midi
Houchang GUILYARDI : Névrose, psychose et somatose
Jean-Pierre LEBRUN : Le transgenre : enfant modèle de la société des individus [visioconférence]
Josette OLIER : États de corps
Françoise BESSIS : Cancer et trauma — les enjeux d'une thérapie analytique

Soirée
Conte, avec Florient AZOULAY


Mercredi 25 août
LANGAGE ET CORPS — Animatrice : Sophie DUNOYER
Matin
Josette OLIER : Le désir du patient

Présentation clinique : cancer et lichen plan, "Les infortunes de Violette", atelier de clinique analytique avec Jean-Jacques CHAPOUTOT, Martine DOMBROSKY, Sophie DUNOYER de SEGONZAC et Josette OLIER

Alain VANIER : Le corps et son double

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
"Donner corps au langage musical - transmission et transformation", concert avec Antoine PIERLOT (violoncelle)


Jeudi 26 août
ÉTHIQUE ET CORPS — Animatrice : Geneviève VIALET-BINE
Matin
Anne-Laure BOCH : La médecine moderne entre hyperpuissance et désillusions
Catherine VANIER : Psychanalyse auprès des bébés prématurés

Après-midi
Monique BYDLOWSKI : Être psychanalyste chercheur dans une maternité hospitalière (Hôpital Antoine Béclère). Trente année d'expérience
Florence FREDOUILLE : Les enjeux de passage d'un discours à un autre dans la prise en charge par le médecin de l'infertilité


Vendredi 27 août
PSYCHANALYSE ET MÉDECINE : QUELLE ÉTHIQUE ?
Matin
Jean-Pierre WINTER : Que profane la laïcité de la psychanalyse
Sophie DUNOYER de SEGONZAC : Chirurgie de l'obésité. Une intervention dans le réel qui ferait castration symbolique ?

Après-midi
Ghislaine BOUSKELA : Urgence et fin de vie, une clinique du paradoxe
Hélène C. PRIEST : Expériences langagières de rencontre auprès des réanimés


Samedi 28 août
LE MOMENT DE CONCLURE… — Animatrice :  Josette OLIER
Matin
Houchang GUILYARDI : Le moment de conclure…

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Françoise BESSIS : Cancer et trauma — les enjeux d'une thérapie analytique
Pour un certain nombre de malades, le cancer, par la brutalité de sa découverte, la mort qu'il présentifie, constitue un trauma à la fois corporel et psychique réactualisant une histoire traumatique jusque-là retranchée ; cette ouverture psychique, si elle est accueillie par un autre, le psychanalyste, permet souvent un trajet inédit, l'émergence d'un sujet incarné, source de renaissance et même d'une véritable naissance à l'expérience de se sentir vivant. Ce texte témoigne, à partir de ma pratique pendant plus de vingt ans au Centre Pierre Cazenave, psychisme et cancer, du caractère d'autant plus précieux et vital d'un tel trajet, pour le malade, qu'il est immergé dans les contraintes et les souffrances de cette maladie grave et de ses traitements, et soumis à l'objectivation nécessaire du corps organique par la médecine.

Publications
Bessis F., "Pré-texte", 1992, in L. L. Lambrichs, Le Livre de Pierre, psychisme et cancer, Paris, Le Seuil, 3e éd., 2011, p. 313-340.
Bigras J., Cazenave P., Bessis F., "À propos du cancer, "La maladie du nourrisson dans l'adulte"", in La Revue française de psychosomatique, Paris, juin 1994, p. 47-64.
Bessis F., "Le travail thérapeutique avec Loïc — De l'abord transférentiel du trauma à l'émergence du sujet", Intervention aux Nouvelles Journées scientifiques 2014 du Centre Pierre Cazenave, intitulées "Cancer et trauma : travail, soin et créativité", texte paru dans Corps en discordance, somatoses et psychoses, sous la direction d'Houchang Guilyardi, éd. APM-ECP Sciences, 2017, p. 253-273.
Bessis F. (2019), "Rester vivant avec la maladie. Naître à l'occasion de la maladie", in Le Psychanalyste, la santé, le vivant, Actes des Journées des Ateliers, samedi 27 et dimanche 28 janvier 2018, Paris, 2019, Fédération des Ateliers de Psychanalyse.
Bessis F. (2019), "Fécondité de la clinique du trauma dans la rencontre avec le patient atteint de cancer", Psychiatrie, Psychanalyse et Sociétés, vol. 8.
Le Coq Héron, n°180, "Psychisme et Cancer", Ce numéro a publié les travaux de l'équipe du Centre Pierre Cazenave, exposés au cours des Journées scientifiques de 2004.

Anne-Laure BOCH : La médecine moderne entre hyperpuissance et désillusions
La médecine moderne est formidable. Mais… Il semble qu'il y ait un mais! Ce mais est à l'origine de l'immense questionnement de l'éthique biomédicale, qu'on peut résumer de la sorte : "La médecine soigne-t-elle bien l'homme ?". Dans cette phrase, "bien" peut être entendu sous l'acception de "correctement". De façon plus angoissante, on peut aussi se demander si c'est bien "l'homme" que soigne la médecine moderne. Analysé, objectivé, réduit à un tas moléculaire ou à un réseau de neurones, ce à quoi la médecine apporte tous ses soins est-il encore digne de tant d'efforts, de tant d'amour ?

Anne-Laure Boch est neurochirurgien, docteur en philosophie, praticien hospitalier, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.
Publications
Médecine technique, médecine tragique, Séli Arslan, 2009.
"Généalogie de l'amour en médecine", in Geoffroy M. et Fiat E. (éd.), Questions d'amour. De l'amour dans la relation soignante, Paris, Lethielleux, "Parole et Silence", 2009.
"Le Frankenstein de Mary Shelley : pas d'amour pour la créature technoscientifique", Alliage, n°65, 2009, p. 124-135.
"Quand la médecine engendre des handicapés. Une nouvelle Némésis médicale", Le Débat, n°174(2), mars 2013, p. 146-158.
"État végétatif chronique : que "construit" la médecine ?, Éthica Clinica, n°72, 2013, p. 18-28.
"La médecine technoscientifique dépassée par ses monstres", in C. Masson et C. Desprats-Péquignot (éd.), Monstres contemporains : médecine, société et psychanalyse, Paris, In Press, 2015.
"Confusion des malades, confusion des médecins : la perplexité anxieuse règne dans nos hôpitaux", Approches, n°167, septembre 2016, p. 77-84.
"L'homme augmenté, l'homme diminué : fascination/répulsion face au sujet neurochirurgical", in C. Lindenmeyer (éd.), L'Humain et ses prothèses. Savoirs et pratiques du corps transformé, CNRS Éditions, 2017.

Ghislaine BOUSKELA : Urgence et fin de vie, une clinique du paradoxe
La médecine désinvestit le moment de la fin de vie, le percevant plutôt comme le signe de son échec. La psychanalyse, en se distinguant des différents modèles ayant contribué à la création des soins palliatifs, offre au sujet l'occasion de prendre son temps, de s'en saisir. C'est dans l'articulation du corps au langage, grâce à une modification de la temporalité, que quelque chose de la vérité du désir, peut émerger.

Ghislaine Bouskela est psychanalyste et psychologue clinicienne. Elle est membre de l'Association Psychanalyse et Médecine et analyste praticienne d'Espace analytique. Elle travaille depuis 10 ans dans l'unité de soins palliatifs et équipe mobile de l'hôpital d'Arpajon.

Monique BYDLOWSKI : Être psychanalyste chercheur dans une maternité hospitalière (Hôpital Antoine Béclère). Trente année d'expérience
Dans la tradition freudienne la psychanalyse est une recherche ; mon hypothèse de travail et mon propos ont été d'appliquer la méthode psychanalytique à la compréhension des mécanismes intimes et largement inconscients qui conduisent au désir d'enfant, à la procréation humaine et aux conditions d'accueil de l'enfant nouveau-né. Le concept de transparence psychique chez la femme enceinte a été ainsi développé dans les situations les plus habituelles. Des mécanismes inconscients importants à repérer peuvent être responsables d'impasses du processus biologique de procréation (par exemple l'infertilité sans substrat organique qui conduit trop rapidement à la PMA) voire à des drames (par exemple les dépressions post natales, le déni de grossesse et même l'infanticide). Nous aurons l'occasion de réfléchir à la méthodologie qui inclut nécessairement une certaine participation / formation du personnel médical et soignant essentielle en milieu hospitalier ; et aussi à l'avenir des "nouvelles procréations".

Monique Bydlowski est médecin psychiatre psychanalyste. Ancien chef de clinique des hôpitaux de Paris. Directeur de recherche honoraire à l'INSERM.
Principaux ouvrages
La dette de vie ; itinéraire psychanalytique de la maternité, Troisième et dernière éd., 1997, Presses universitaires de France éditeur.
Je rêve un enfant, essai sur l’expérience intérieure de la maternité, Odile Jacob éd., 2000.
Les enfants du désir, Odile Jacob éd., 2008.
Devenir Mère à l’ombre de la mémoire non consciente, Odile Jacob éd., 2019.

Marielle DAVID : Le corps, le tissu, le langage
Après l'épreuve de la naissance, le bébé est soutenu dans les bras de sa mère: il perçoit un filet, un tissu qui le sauve d'une chute et de l'angoisse. S'y inscriront les traces des expériences de plaisir et l'entrelacement des mots constitueront sa psyché.

Publication
Marielle David, Champ de l'amour et du désir, PUF, 2003.
Site
https://www.lefauteuildupsychanalyste.com/

Sophie DUNOYER de SEGONZAC : Chirurgie de l'obésité. Une intervention dans le réel qui ferait castration symbolique ?
Comment prendre en charge des patients qui n'ont pas de demande et veulent court-circuiter la question de la castration en s'en remettant à l'Autre médical ? Celui qui le fera à leur place, pensent-ils. Chimère bien sûr qu'il s'agira de déjouer en introduisant de la pensée et du questionnement analytique. Il faut les accueillir là où ils en sont, même si c'est par le biais d'un dispositif médical et les amener à construire une demande par eux-mêmes, se confronter à la douloureuse question des pulsions, faire reculer la dépendance, renoncer à la jouissance tyrannique de l'aliment, pour accéder à une position de sujet désirant, sujet qui serait alors en position de choisir et non plus d'être l'objet de l'Autre. Mais, changer les habitudes alimentaires n'est pas si simple, changer de corps non plus. Nous tentons de repérer ce qui opère ou ce qui échoue dans ce montage.

Psychologue et psychanalyste, Sophie Dunoyer travaille dans un centre de consultation en addictologie, drogues licites et illicites, depuis 1980 (CSAPA) à Saint Denis (93) puis dans un service de maladies infectieuse (SMIT) depuis 1995 à l'hôpital Delafontaine à Saint Denis. Depuis 2010, dans le service de chirurgie bariatrique de Saint Denis toujours, elle s'occupe de patients en obésité morbide ayant des troubles addictifs alimentaires. Elle a écrit de nombreux articles sur les addictions, le VIH et l'obésité.

Florence FREDOUILLE : Les enjeux de passage d'un discours à un autre dans la prise en charge par le médecin de l'infertilité
Vérité, sujet, jouissance, voilà ce qui aura pu échapper à la médecine lorsqu'elle aura eu à répondre à la demande de faire disparaître une situation clinique d'infertilité en utilisant les outils dont elle dispose, ceux de la médecine moderne, et qui pourra être retrouvé incarné dans des situations inexpliquées d'échec thérapeutique, autant d'impasses, comme un effet de retour du discours dans lequel elle est prise. Aidé de l'outil d'investigation qu'est la psychanalyse, le médecin devrait pouvoir saisir la signification de la demande qui lui est faite. Ainsi, dans son mode de réponse à cette demande, il devrait pouvoir dans certains cas quitter le discours du Maître dans lequel sa fonction le place, pour se placer dans un autre discours, adressé à l'Autre désirant qu'est le sujet qui formule cette demande. Quels pourraient être les enjeux de passage entre ces discours?

Florence Fredouille est gynécologue, psychanalyste, doctorat de recherche en psychopathologie et psychanalyse.
Travaux
Le don d'ovocytes en France : une question pour la psychanalyse, Thèse soutenue sous la direction d'Alain Vanier, Inédite, 2017.
"La procréation médicale assistée: les enjeux de passage entre médecine et psychanalyse", in Figures de la psychanalyse, n°39, p. 209-222, 2020.

Madeleine GUEYDAN : De la trace au langage, l'objet "a" dans le dessin d'enfant ou la création artistique
L'homme tient son humanité d'un certain régime symbolique ou signifiant. Le développement technique contemporain et la digitalisation suggèrent que tout ce qui possède un corps peut être transformé en une structure de données, mais la dématérialisation consiste à libérer les signes des liens qu'ils entretiennent avec leur origine. C'est ainsi que les choses disparaissent en tant qu'incarnées. Lacan au contraire souligne que "l'inconscient est un savoir, un savoir-faire avec lalangue. Et ce qu'on sait faire avec lalangue dépasse de beaucoup ce dont on peut rendre compte au titre du langage". Lalangue, qui a des effets sur le corps, nous amène à la clinique de la trace chez l'enfant avec le dessin, chez l'adulte avec des créations singulières. Décrypter, en pistant l'objet "a", le passage de la trace au langage sera notre recherche.

Bibliographie
Freud S., 1895, Esquisse d'une psychologie scientifique, Érès, 2011.
Freud S., 1919, L'inquiétante étrangeté, Paris, Gallimard, 2005.
Lacan J., Encore, Le séminaire XX, Paris, Le Seuil, 1975.
Lacan J., Le transfert, Le séminaire VIII, Paris, Le Seuil, 1991.
Pesenti-Irrmann M., "La direction de la cure avec l'enfant", in Figures de la psychanalyse, Érès, 2011.

Houchang GUILYARDI & Patrick GOUDOT : Chassés-croisés. Discours médical et discours analytique
Dialogue, confrontation, interaction de deux discours qui s'entrecroisent et interagissent au chevet du patient.
Le Pr Goudot, ancien chef du service de Stomatologie et Chirurgie maxillo-faciale à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, nous fera part de son expérience de chirurgien face à des situations aussi variées que la reconstruction faciale, les dysmorphies, les cancers, les problèmes fonctionnels, qui attentent à l'intégrité du visage et touchent au regard.
Le psychanalyste dira ce qu'il en est pour lui de la place et de la vie du sujet au milieu de ces fracas, dans lequel le visage ne coïncide souvent pas à l'image qu'il s’en fait.
Nous entendrons le choc de ce qui constitue le quotidien d'un service de chirurgie dans lequel une équipe de psys a su trouver sa place, depuis de nombreuses années.

Dr. Houchang Guilyardi est ancien psychiatre des Hôpitaux, psychanalyste, fondateur et président de l'Association Psychanalyse et Médecine.

Pr. Patrick Goudot est ancien Chef du service de Stomatologie et Chirurgie Maxillo-faciale à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Houchang GUILYARDI : Névrose, psychose et somatose
La vie des corps… Petits bobos et grandes douleurs. Rhumatismes et fracas mortels, maladies auto-immunes et impasses, répétitions, dépressions… Les positions psychiques y sont radicalement dissemblables.
Et l'on persévère, malgré tout, à se faire croire que le corps est indépendant du psychique. Déconnecté.
Tache aveugle de la théorie, l'hôpital est un continent de somatoses, à la dérive. Loin d'incarner un jeu intellectuel, méconnaître les positions psychiques dans la structure véhicule de pesantes conséquences cliniques, thérapeutiques et sociales.

Publications
"La psychose somatique", in Le trimestre psychanalytique, n°5, Publications de l'Association freudienne, 1988.
"Clinique du fracas et pulsion de mort : lésions, sutures et jouissances", in La Clinique lacanienne, n°6, 2003/1, p. 165-182.
"Fracture et renaissance", in Le Coq-Héron, n°180, 2005/1, p. 35-41.
"Cristaux d'angoisse I", in La livre de chair au vif du sujet, Paris, A.P.M. Éditions, 2012, p. 43-55.
"Psychoses somatiques et psychoses psychiques" , in Corps en discordance. Somatoses & psychoses, Paris, edpsciences/APM, Collection "Le Corps a ses raisons", 2017, p. 63-90.
"Guérison et structure : frustration, castration, privation", in Analyse Freudienne Presse, n°25, 2018/1, p. 47-53.

Danièle LÉVY : Organique, psychique, quelle articulation ?
Freud n'a jamais séparé le psychique de l'organique. Mais il a démontré par la pratique que l'un et l'autre ne marchent pas d'un même pas. La notion de pulsion devait servir d'intermédiaire ("concept-limite entre le psychique et le somatique" et "mesure de la quantité de travail imposée au psychique en conséquence de sa liaison au corporel"), Métapsychologie, mais selon Freud lui-même elle n'a jamais atteint le stade du concept, celui qui induit de nouvelles découvertes. "Les pulsions sont notre mythologie", déplore-t-il encore en 1932. Lacan s'efforcera d'avancer le travail de conceptualisation dans son séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964). En prenant appui sur sa lecture, n'y aurait-il pas moyen de déceler dans la clinique de Freud et dans les textes explorant l'Au-delà du principe de plaisir (1921-1929), une ou plusieurs idées sous-jacentes de la façon dont l'organisme et le psychique agissent l'un sur l'autre ? Encore faut-il admettre qu'il existe une vie psychique et qu'elle a sa dynamique propre…

Danièle Lévy est psychanalyste, à Paris et Troyes. Agrégée de philosophie (1969). Assistante à l'université Paris VIII (1970-1977). Membre de l'École freudienne de Paris jusqu'à sa dissolution en 1981. Membre du Cercle freudien depuis 2000 et du Comité de rédaction de la Revu Che Vuoi ? de 2006 à 2016. Entre-temps, 1999-2000, elle travaille dans une association destinée à penser la place de la psychanalyse et des psychanalystes dans le monde d'aujourd'hui (APUI, Association pour une instance), 1999 à 2010. Séminaires de formation dans plusieurs associations psychanalytiques. Tous explorent les relations entre la clinique psychanalytique et le travail de conceptualisation. Assure des supervisions d'équipes dans diverses institutions de soin et de soutien : Emmaüs, ADAPEI (enfants handicapés), Solidarité femmes, Soins palliatifs à domicile, Cancérologie, SOS Amitiés...
Publications
D. Levy, "Le savoir agit, la vérité surgit", in L'Acte entre transfert et savoir, Ed. APM, 2011.
D. Levy, "À propos des articulations entre corps et langage", in La livre de chair, Ed. APM, 2012.
D. Levy, "Charcot, Freud et le transfert", in Folies à la Salpêtrière, Ed. APM-EDP Sciences, 2015.
D. Levy, "La vérité qui guérit", in Qu'est-ce que le corps pour la Psychanalyse ?, Ed. APM-EDP Sciences, 2016.
D. Levy, Quel genre de psychothérapie est la psychanalyse ? Communication au Cercle freudien, Dijon, 2 décembre 2017.
D. Levy, "De la voix à l'extase", in Vous avez dit Jouissance ?, Ed. APM-Erès, 2019.
Et de nombreux articles dans plusieurs revues de psychanalyse (Le discours psychanalytique, Ornicar, L'information psychiatrique, Che Vuoi ? Ainsi que L'Agenda de la psychanalyse (87-88), une recension du mouvement psychanalytique dans la France de ces années-là (épuisé).

Michelle MOREAU RICAUD : Écoute analytique (et) écoute médicale "augmentée" : l'effet Balint
Si la psychanalyse a fécondé tous les champs de la culture, la médecine scientifique, résistant de toutes ses forces, n'a longtemps pas été influencée par elle. Ces deux champs, Psychanalyse et Médecine, se sont séparés depuis l'invention freudienne. Mais depuis la deuxième guerre mondiale et jusqu'à nos jours, le mouvement freudien a fait un certain retour dans sa patrie d'origine et a pu, par exemple, modifier l'écoute des patients par les médecins praticiens : c'est l'œuvre d'un pionnier, Michael Balint, qui a créé une formation spécifique via le groupe qui porte son nom. Je souhaite aborder avec vous cette innovation dans l'éducation médicale, toujours actuelle et interroger les voies par lesquelles cela a pu se produire.

Michelle Moreau Ricaud est Psychanalyste, membre du Quatrième Groupe. Chercheuse associée du CRMPS Université Denis Diderot. Membre de la Société Médicale Balint.
Bibliographie
Balint, M. (1930), "Crise de la pratique médicale", traduction de J. Dupont, Le Coq Héron, n°95, 1985.
Balint, M. (1957), Le Médecin, son malade, la maladie, Paris, Payot, traduction de J.-P. Valabrega, 1960, PUF ; Payot, 1961.
Balint, M., Balint, E. (1961), Techniques psychothérapeutiques en médecine, traduction de J. Dupont, J.-P. Valabrega, Paris, Payot, 1970.
Balint, M. (1965), Amour primaire et technique psychanalytique, traduction de J. Dupont, R. Gelly, S. Kadar, Paris, Payot, 1972.
Balint, M. (1968), Le défaut fondamental, traduction de J. Dupont, M. Viliker, Paris, Payot, 1971.
Missenard, A. & coll., L'expérience Balint : histoire et actualité, Paris, Dunod, 1982.
Moreau Ricaud, M., Michael Balint. Le renouveau de l'École de Budapest, Toulouse, Erès, 2000 et 2007.
Moreau Ricaud, M., "Michael Balint : un pont entre la psychanalyse et la médecine", Le corps a ses raisons…, Actes du Colloque, 2001, A.P.M. Éditeur.
Moreau Ricaud, M., "Cinquante ans de groupe Balint", Topique, 2001.
Moreau Ricaud, M., "Balint", in Contou Terquem (Dir.), Dictionnaire Freud, Robert Laffont, "Bouquins", 2015.
Moreau Ricaud, M., "The Ferenczi - Balint filiation", Chapter 25, Influence on Contemporary Psycho-analytic Traditions, A. Dimitrijevic, G. R. M. Cassullo, J. Frankel (Eds.), New York, Routledge, 2018.

Josette OLIER : États de corps
"Nous sommes un redoutable mélange d'acides nucléiques et de souvenirs, de désirs et de protéines. Le siècle qui se termine s'est beaucoup occupé d'acides nucléiques et de protéines. Le suivant [le 21ème siècle donc] va se concentrer sur les souvenirs et les désirs. Saura-t-il résoudre de telles questions ?" disait François Jacob en 1997. À l'hôpital, l'écoute psychanalytique de la parole de sujets atteints de maladies organiques nous a donné à ressentir, en effet, que "le corps et l'esprit sont une seule et même chose vue sous deux angles différents", ainsi que l'écrivait Spinoza. Ceci, pour le plus grand bénéfice des patients. Et des soignants.

Josette Olier, psychologue clinicienne, psychanalyste, co-fondatrice de l'A.P.M., ancienne consultante en Oncologie Médicale à la Pitié-Salpêtrière (Paris) d'abord ; puis dans le Service de soins de suite de l'Hôpital "Les Cheminots" de Ris-Orangis (91).
Bibliographie
"Le corps comme lieu de savoir", in L'Acte, entre transfert et savoir, A.P.M. éditions, Collection "Le Corps a ses raisons", 2011.
"Lorsque les marqueurs montent… hiéroglyphes du corps ?", in Le Corps a ses raisons…, A.P.M. éditions, 2001.

Hélène C. PRIEST : Expériences langagières de rencontre auprès des réanimés
À partir de mon expérience clinique auprès des malades en réanimation et en m'appuyant sur les travaux de Joseph Gazengel, La psychanalyse et les réanimés : les vêtir de paroles, il s'agit de montrer comment les paroles, les mots, la voix et les silences qu'on peut offrir au corps des réanimés les font renaître. Comment devenir lucidement attentif à ce que disent ou crient les corps allongés des malades en réanimation, si perdus qu'ils soient. Interroger à partir des vécus sensoriels et émotionnels des malades réanimés et de ceux des psychologues cliniciens qui s'aventurent à leur chevet, leurs expériences langagières de rencontre. Comment le psychanalyste, auprès des réanimés privés de la capacité de communiquer avec l'outil qu'est le langage parlé, va devoir faire œuvre de création avec l'offre de ses propres paroles ?

Hélène C. Priest est psychologue clinicienne, psychanalyste, et présidente de l'Association pour le Maintien du Lien psychique en Soins intensifs.
Bibliographie
Actes des Journées d'étude d'AML Soins intensifs, sous la direction d'Hélène C. Priest : La parole en réanimation, 28 février 2013 ; Les corps en réanimation. Que nous apprennent-ils ?, 10 avril 2015.
Joseph Gazendel, La psychanalyse et les réanimés : les vêtir de paroles, L'Harmattan, 2017.
Hélène C. Priest, Hélène Vienet & Joseph Gazendel (coord.), Le soin psychique en réanimation, Éditions Seli Arslan, 2019.
Hélène C. Priest, "Expériences de sensorialités, entre douleur et désir de vivre", in Revue In Analysis, Revue Transdisciplinaire de Psychanalyse et Sciences, sous le direction de Raphaël Minjard, publiée par Elsevier Masson, Ms. Réf. N° INAN-D-20-00051, juin 2020.

Thierry du PUY-MONTBRUN : Pavane pour un corps défunt ?
La pratique médicale montre que la maladie se substitue au malade, que le corps n'est plus qu'un objet de science, oubliant que c'est l'homme lui-même dans son entièreté qu'on abandonne à ce processus réducteur. Le corps n'est plus entendu : la science est sourde à son langage. Elle a quitté son statut d'incontournable et précieux serviteur pour celui de maître — d'un maître absolutiste faisant de la "réalité" scientifique la totalité du réel. Comment en est-on arrivé là, à cette exterritorialité du corps qui menace aujourd'hui le fondement même de notre humanité ? C'est ici que la philosophie vient en aide en montrant le rôle de la doctrine dualiste dans ce clivage radical. Heureusement, il reste à la médecine d'autres approches philosophiques qui disent le "corps-chair", corps totalité de l'être — insaisissable par la science. Les méconnaître sonnerait le chant d'un corps et, partant, d'un homme défunt.

Thierry du Puy-Montbrun est médecin (Proctologie médico-chirurgicale) et docteur en philosophie pratique (Université Paris-Est Gustave Eiffel).
Bibliographie
Platon, "Phédon, Timée, Lois", in Platon Œuvres complètes I et II, Gallimard, La Pléiade, 1989.
Descartes, "Méditations, Discours de la Méthode", in Descartes, Œuvres et lettres, Gallimard, La Pléiade, 1953.
Renaud Barbaras, La perception, Hatier, "Optiques philosophiques", 1994.
Michel Henry, Incarnation, une philosophie de la chair, Seuil, 2000.
Thierry du Puy-Montbrun, La confusion des corps, Connaissances et Savoirs, 2017.

Alain VANIER : Le corps et son double
Ces phénomènes qui ont beaucoup intéressé les cliniciens au XIXe siècle et au début du XXe ne sont pas sans éclairer les liens du sujet à son corps. Leur relatif oubli aujourd'hui n’est pas sans rapport avec les évolutions récentes de la médecine scientifique.

Alain Vanier est Psychanalyste, membre d'Espace analytique (A.F.P.R.F.) ; professeur émérite des Universités, ancien directeur du Centre de Recherches psychanalyse, Médecine et Société (CRPMS), IHSS, Université de Paris ; ancien psychiatre des hôpitaux.

Catherine VANIER : Psychanalyse auprès des bébés prématurés
Comment comprendre la place du psychanalyste dans un service aussi technique et de médecine de pointe que celui de la réanimation néonatale où sont hospitalisés les grands prématurés ? Nous aborderons les aléas du travail possible avec les médecins, l'impact des machines et des soins sur le corps d'un bébé, et les effets de la réanimation sur la constitution du sujet.

Catherine Vanier est Docteur en Psychologie, psychanalyste et membre d'Espace analytique.

Geneviève VIALET-BINE : Conversions hystériques et "somatoses"
Je tenterai quelques réflexions sur ces états du corps que sont les conversions hystériques et "somatoses" ainsi que sur les mécanismes psychiques qui en rendent compte. Si les conversions font large consensus dans la communauté analytique, leur fonctionnement méritait d'être rappelé pour marquer la différence d'avec les "somatoses". Cet effort d'éclaircissement s'impose tant la confusion règne si on n'y apporte pas un peu de rigueur. Je vous propose donc au travers de la clinique de frayer un chemin dans les différentes références théoriques rendant compte de la désorganisation des fonctions somatiques et lésions d'organe. Avec comme fil rouge cette interrogation : ces atteintes du corps ne tentent-elles pas une suppléance dans le Réel au signifiant non advenu dans le symbolique ?

Geneviève Vialet-Bine est maître de conférences honoraire des universités, membre de l'APM en charge des Enseignements, Membre du CRDP et psychanalyste.
Publications
"Conversions hystériques et somatoses", in Revue de Psychologie Clinique, n°45 - "Quand le corps fait signe", Éditions EDPScience, 2018.
"Corps et langage, quand la parole prend corps", in Revue de la clinique lacanienne, n°22 - "Psychosomatique", Éditions Érès, 2013.
"Paroles singulières du Corps", in Qu'est-ce que le corps pour la psychanalyse?, sous la direction de H. Guilyardi, APM Éditions, 2013.
"Masochisme et pulsion de mort : les 3 masochismes", in CHE VUOÏ, n°32, Éditions L'Harmattan, 2009.
"La structure dans tous ses états", in Revue de la clinique lacanienne, n°13, Éditions Érès, 2006.


Psychanalystes à l'hôpital. Cartel de clinique analytique hospitalière, table ronde avec Nathalie ALVAREZ [Le désir, et alors ?], Martine DOMBROSKY [Deux corps en présence], Agnès DUTHOIT [D'une plainte à l'autre : "ça fait mal ! j'ai mal de-dents, je n'en peux plus de ne pas dire…"], Christine FARDEAU [Interactions maladies inflammatoires chroniques endoculaires et psychisme], Christian JODEAU [L'inflammation intra-oculaire : un phénomène psychosomatique ?] et Michèle NEY
Être psychanalyste dans un service hospitalier de chirurgie est une gageure. Bien que très différent, le dispositif asymétrique de la séance d'analyse mis en place par Freud (patient allongé, tournant le dos au thérapeute), reste le cœur de l'entretien avec le malade dans sa chambre d'hôpital. Par sa présence, par son attention et son écoute large, sans questionnement, sans jugement, le psychanalyste recrée, dans un lieu différent, les éléments indispensables de la séance type, facilitant une relation de parole qui laisse les signifiants vivre et se déplacer librement d'un inconscient à l'autre. L'un parle, l'autre se tait… ou en tout cas l'autre se fait support silencieux (ou presque) d'une parole inédite, toujours nouvelle, la parole du patient.

Nathalie ALVAREZ : Le désir, et alors ?
La maladie somatique n'épargne aucune structure. Elle est parfois celle qui fait tenir ensemble le Réel, le Symbolique et l'Imaginaire et souvent l'agent désintricateur de la pulsion de vie et de la pulsion de mort. Les patients dont je parlerai ne témoignent pas d'entame corporelle. Le corps souffrant qu'ils livrent à la médecine est présenté comme un corps purement organique qu'il s'agit de guérir, sans détour par la vérité. Si le psychanalyste tient le bout du désir et le médecin le bout de la demande et dans bien des cas la demande recouvre le désir, alors il convient d'interroger ce désir. Désir inconscient du sujet souffrant et désir de l'analyste.

Publications
"La bouche et l'oreille : d'un bord à l'autre", in Corps en discordance, sous la direction de Houchang Guilyardi, Éditions APM/EDP Sciences, 2017.
"Peut-on empêcher Saturne de dévorer son fils", in Vous avez dit jouissance ?, sous la direction de Houchang Guilyardi, Éditions APM/Erès, 2019.

Martine DOMBROSKY : Deux corps en présence
À l'hôpital, ça se balade : d'un point du corps à l'autre, d'un organe à l'autre, d'un symptôme à l'autre, mais au bout du compte il s'agit toujours de la même chose : des points de fixations inconscients qui freinent ou arrêtent la dérivation nécessaire des pulsions… Que l'on soit à l'hôpital ou en cabinet, il y a toujours deux corps en présence… Il y a du corps, toujours. Même dans une chambre d'hôpital, froide, si peu hospitalière, il y a du corps et, dès que vous entrez dans cette pièce, il y a deux corps en présence, celui de l'analyste et celui du patient. Celui de l'analyste tente de se faire léger, discret, mais sa présence, son épaisseur, sa consistance s'imposent dès le premier instant. Et ça, le patient en est atteint, il l'entend. Je donnerai compte de ceci, au travers de plusieurs situations cliniques ; de ces rencontres surprenantes dans des lieux parfois improbables, de cette diversité, de ce chaos que contient l'hôpital ; des odeurs, des bruits, des silences où un peu de vérité du sujet va trouver son chemin.

Publications
"Le corps en première ligne", in Corps en discordance, sous la direction de Houchang Guilyardi, Éditions APM/EDP Sciences, 2017.
"Sois sage, Ô ma douleur…", in Vous avez dit jouissance ?, sous la direction de Houchang Guilyardi, Éditions APM/Erès, 2019.

Agnès DUTHOIT : D'une plainte à l'autre : "ça fait mal ! j'ai mal de-dents, je n'en peux plus de ne pas dire…"
Qu'est-ce qu'une bouche lorsqu'il n'y a pas de réponse universelle de la douleur à un symptôme ? Là où "ça" parle (les maux) nécessite d'être entendu, déposé. La bouche, carrefour aérodigestif, lieu de satisfaction des besoins, élue dans les rites amoureux, écrin des dents qui disent notre jeunesse comme notre fin, nous convoque médecin, psychanalyste, auprès d'un être en souffrance aux prises avec son angoisse. Expériences cliniques : Je partirai de l'itinéraire de patients atteints de maladies dites "sans cause" jusqu'à leur arrivée erratique en consultation de psy à l'hôpital général et, présenterai ces parcours suivis pour certains d'entre eux pendant plus de cinq ans.

Agnès Duthoit est psychanalyste, membre de l'Association Psychanalyse et Médecine et, de l'A.L.I.
Publication
"Entre vie et mort, histoire d'un fil", in Corps en discordance, sous la direction de Houchang Guilyardi, Éditions APM/EDP Sciences, 2017.

Christine FARDEAU : Interactions maladies inflammatoires chroniques endoculaires et psychisme
Les maladies inflammatoires chroniques endoculaires, dites uvéites auto-immunes, sont la cinquième cause de cécité dans les pays riches, et se caractérisent par une évolution sous forme de poussées par récidive inflammatoire. En de multiples aspects, elles interagissent avec le psychisme. Tout d'abord par la menace anxiogène de la fonction visuelle. Ensuite par l'aspect récidivant de l'uvéite qui peut surprendre le patient qui peut se sentir menaçé en permanence. Par les modifications de situation socio-professionnelle souvent destabilisantes, déclassantes. Par les effets psychotropes de nombreux médicaments anti-inflammatoires, en première ligne la corticothérapie prise par voie générale. Enfin le caractère rare, chronique, récidivant, de ces entités ophtalmologiques, peut générer un sentiment de culpabilité. Les rencontres Psychanayse et Médecine sont l'occasion de construire une évaluation de ces interactions.

Christine Fardeau est Consultant Référent concernant les Uvéites, pour la prise en charge médicale et chirurgicale ; Rapporteur pour le site d'Ophtalmologie de l'Hôpital Pitié-Salpétrière auprès de la Haute Autorité de Santé pour intégrer le Centre de Maladies Rares OPHTARA, en 2011 et 2017 ; Porteur du projet de création du programme d'"Éducation Thérapeutique du Patient atteint d'uvéite" dans le 3ème plan national Maladies Rares, accepté par la DGOS en janvier 2020.

Christian JODEAU : L'inflammation intra-oculaire : un phénomène psychosomatique ?
Lors de leur rencontre avec le psychanalyste, les patients hospitalisés pour des uvéites ou des inflammations intra-oculaires parlent de ce qui vient bouleverser leur vie, une perte de vision brutale et imprévue, la crainte de la cécité, l'angoisse face à la dépendance. Ces patients parlent également des circonstances d'apparition du trouble visuel et de ce qu'ils y rattachent, d'une histoire familiale souvent marquée par un deuil ou une séparation, de l'hospitalisation et de ce qu'elle représente pour eux. La présence du psychanalyste à l'hôpital rend possible une parole sur soi moins contrainte et un discours singulier qui viennent dessiner un contexte psychique aux frontières du corps et du langage.

Christian Jodeau est psychanalyste, membre de l'Association Lacanienne Internationale.
Publications
"Du forclusif au discordant", in Corps en discordance, sous la direction de Houchang Guilyardi, Éditions APM/EDP Sciences, 2017.
"Encore … mais pas trop !", in Vous avez dit jouissance ?, sous la direction de Houchang Guilyardi, Éditions APM/Erès, 2019.


Présentation clinique : cancer et lichen plan, "Les infortunes de Violette", atelier de clinique analytique avec Jean-Jacques CHAPOUTOT, Martine DOMBROSKY, Sophie DUNOYER de SEGONZAC et Josette OLIER
La "présentation de malade" est une tradition, aussi bien dans la médecine classique que dans la psychiatrie. Dans le cadre des activités de l'Apm, et dans un but de transmission, Houchang Guilyardi a pratiqué cette discipline à la Salpêtrière, avec des patients atteints de maladie somatique, devant un public averti, psy confirmés et psy en formation.
C'est à partir de l'un de ces longs entretiens analytiques, celui d'une patiente prise en charge à l'hôpital, depuis une dizaine d'années, pour un cancer de la langue et un lichen plan, que nous avons tenté d'aborder la clinique du somatique. Elle a subi nombre de traitements, d'interventions chirurgicales et présente de fortes tendances suicidaires qui alertent les médecins.
Nous avons là un matériel d'une richesse inouïe qui nous a servi de pré-texte pour un travail de longue haleine… et nous avons tenté, dans un aller et retour permanent entre la théorie qui nous nourrit et la clinique qui nous enseigne, d'enrichir nos questionnements, et de laisser surgir certaines trouvailles.


"Donner corps au langage musical - transmission et transformation", concert avec Antoine PIERLOT (violoncelle)
J'ai imaginé un programme sur le thème de la transmission articulé autour des suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach. La transmission d'un langage musical à travers les siècles, la transmission des savoir-faire qui permettent à ce langage de se faire entendre, la passation d'interprète à interprète, la transformation… Ainsi se joindront à Bach Pablo Casals, Gaspar Cassado et Benjamin Britten.

Nommé aux victoires de la musique dans la catégorie "révélation soliste instrumental", élu "révélation classique" par l'ADAMI, Antoine Pierlot est lauréat de la fondation de France et de la fondation Natixis. Concertiste soliste, chambriste, sa discographie reflète l'éclectisme de ses choix musicaux, de Bach à Beffa, en passant par Mendelssohn, Chopin, Fauré, Britten…


BIBLIOGRAPHIE :

• Sous la direction d'Houchang Guilyardi, ouvrages collectifs dans la collection "Le Corps a ses raisons", APM éditions :
- "L'Anorexique, le médecin et le psychanalyste", 2010.
- "L'Acte, entre transfert et savoir", 2012.
- "La Livre de chair, au vif du sujet", 2012.
- "Qu'est-ce que le corps pour la psychanalyse ?”, 2013.
- "Folies à la Salpêtrière. Charcot, Freud, Lacan" (EDP Sciences), 2015.
- "Qu’est-ce que la guérison pour la psychanalyse ?" (EDP Sciences), 2016.
- "Corps en discordance. Somatoses et Psychoses" (EDP Sciences), 2017.
- "Vous avez dit Jouissance ?" (Erès), 2019.

• Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique, PUF, 1966.
• Jean Clavreul, L'ordre médical, Seuil, 1978.
• Sandor Ferenczi, Introduction à la question de l'analyse profane de S. Freud, "Essaim", érès, 2005.
• Sigmund Freud, Psychanalyse et médecine, ou la Question de l'analyse profane, "Folio", Gallimard, 1998.
• Jacques Lacan, "La place de la psychanalyse dans la médecine”, Intervention au Collège de médecine, 1966.
• Jacques Lacan, "Le symptôme", Conférence de Genève, 1975, Le Bloc-notes de la psychanalyse, 1985.
• Jean-Pierre Lebrun, De la maladie au malade. Psychanalyse et médecine dans la cité, érès, 2017.
• Joyce McDougall, Le théâtre du corps, "Folio", Gallimard, 2003.
• Donald Winnicott, "La maladie psychosomatique", La Lettre de la SPF, 2020.


SOUTIEN :

• Association Psychanalyse et Médecine (APM)


BULLETIN D'INSCRIPTION


Les inscriptions à ce colloque pour les auditeurs sont maintenant ouvertes. Au regard des informations concernant l'évolution de la crise sanitaire et de notre capacité d'accueil, celles-ci pourront être mises sur une liste d'attente.


Avant de remplir ce bulletin, consulter la page Inscription de notre site.

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Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

La tenue de ce colloque est confirmée. Toutes les précautions seront prises pour assurer sur place, dans un esprit de responsabilité mutuelle, la sécurité sanitaire (voir charte sanitaire adaptée à la situation 2021).

Nous nous réjouissons de vous retrouver à Cerisy !

La direction du CCIC et du colloque


MANDIARGUES : ÉCRIRE ENTRE LES ARTS


DU MERCREDI 11 AOÛT (19 H) AU MERCREDI 18 AOÛT (14 H) 2021

[ colloque de 7 jours ]


Photographie de Bona, André Pieyre de Mandiargues, Plage de Tecolutla, Veracruz, 1958 [détail], in André et Bona Pieyre de Mandiargues, Correspondances, Mexique-Italie, 1958-1959, Éditions Filigranes, coll. "Saison", 22, 2005.


DIRECTION :

Alexandre CASTANT, Pierre TAMINIAUX, Iwona TOKARSKA-CASTANT


ARGUMENT :

Ce colloque étudie l'œuvre littéraire (romans et nouvelles, poésie, théâtre), mais aussi esthétique (écrits sur l'art) d'André Pieyre de Mandiargues (1909-1991), dans sa relation à la modernité, aux avant-gardes historiques puis à l'époque contemporaine et actuelle. Il propose une approche transversale des études mandiarguiennes, évidemment liées à la littérature mais aussi aux autres arts (peinture, photographie, cinéma, théâtre, musique, son, radiophonie…), en développant des perspectives et des points de vue originaux et novateurs.

Ainsi l'on abordera d'abord l'œuvre de Mandiargues en liaison avec les avant-gardes ou les mouvements littéraires qu'elle revisite, traverse ou annonce (baroque, fantastique, surréalisme, nouveau roman…) en véhiculant des notions qui restent d'une particulière modernité dans le récit, la poétique, le langage (intertextualité, visualité, images mentales, spécularité…) et, en analysant aussi ses rencontres avec de nombreux écrivains et poètes contemporains. Puis, l'on dépassera les fondations surréalistes de Mandiargues pour étudier ses références classiques, par exemple élisabéthaines, romantiques ou impressionnistes, et, symétriquement, pour se projeter dans le futur et penser son actualité poétique et fictionnelle.

Dès lors, seront proposées des analyses de l'œuvre, poétique et esthétique, de Mandiargues en liaison avec la peinture (de l'École métaphysique italienne au surréalisme, de l'art brut au matiérisme), mais aussi avec la photographie, le cinéma ou le théâtre (à travers les adaptations cinématographiques de ses récits ou les mises en scène de ses pièces) ainsi que des études, en relation avec l'art le plus actuel, qui développeront des points de vue novateurs sur des sujets, reconnus comme procédant de la poétique mandiarguienne, ou résolument inédits.

Enfin, une attention sera tout particulièrement portée à son cosmopolitisme (l'Italie, le Mexique, Barcelone, le Japon…) et à la traduction qu'il a pratiquée à de nombreuses reprises (Octavio Paz, W.B. Yeats, Filippo De Pisis, Yukio Mishima…).

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Arts, Baroque, Cabinet de curiosités, Cinéma, Cosmopolitisme, Fantastique, Fiction, Images, Intertextualité, Livre d'artistes, Mystère, Peinture, Photographie, Poésie, Surréalisme, Théâtre, Traduction


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 11 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants, ainsi que du Foyer de création et d'échanges


Jeudi 12 août
POÉSIE, FICTION
Matin
Alexandre CASTANT, Pierre TAMINIAUX & Iwona TOKARSKA-CASTANT : Introduction
Iwona TOKARSKA-CASTANT : Poésie, cristallisation, abstraction
Claude LEROY : Fleurs de Pieyre. Les trois naissances de la Jacinthe

Après-midi
Marie-Paule BERRANGER : Poésie scopique et genèse de l'écriture
Birgit WAGNER : L'Archéologue, Gradiva et l'impact des images
Les "Archives Mandiargues" de l'IMEC, présentation conçue par Claire PAULHAN

Soirée
Voyage dans les images, par Sibylle PIEYRE DE MANDIARGUES, animée par Patrick LE BESCONT


Vendredi 13 août
CORRESPONDANCES LITTÉRAIRES
Matin
Anne GARRIC : Détraquement textuel et "hachis de mots" : Le Musée noir de Mandiargues, un style de décadence
Eugenia GRAMMATIKOPOULOU : Dans le sillage de l'écriture mandiarguienne : filiations et affinités

Après-midi
Cédric MONG-HY : Les démons de l'anatomie : orgies et organes imaginaires. Jeux d'influence chez André Pieyre de Mandiargues, Leonor Fini et Georges Bataille [visioconférence]
Jean-Claude MARCEAU : Esthétique du baroque et affirmation du désir : la perversion revisitée par André Pieyre de Mandiargues et Gilles Deleuze
Bahia DALENS : Constellations épistolaires mandiarguiennes

Soirée
Entretien inédit avec Gérard Macé, À propos d'André Pieyre de Mandiargues, documentaire radiophonique d'Alexandre Castant et L'Atelier sonore d'esthétique de l'École nationale supérieure d'art de Bourges


Samedi 14 août
CABINET DE CURIOSITÉS (ESTHÉTIQUES, POÉTIQUES)
Matin
Lecture de textes critiques de Mandiargues à propos de l'art moderne, par Pierre TAMINIAUX
Alain CHEVRIER : Un gastropoète : l'art culinaire chez Mandiargues

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 15 août
COSMOPOLITISME
Matin
Marie-France BOROT : La ville est un songe, Mandiargues entre errance et Thanatos
Kacper Wiktor NOWACKI : Mandiargues et ses traces argentines

Après-midi
Pierre TAMINIAUX : Mandiargues et le Mexique : de l'art à la poésie
Antonio LAVIERI : Une communauté de traducteurs. Bona, Pieyre de Mandiargues et les autres
Marc KOBER : Le Japon nu et simple raconté par Mandiargues

Soirée
Lecture bilingue (français-italien) de quelques extraits d'Isabella Mora, par Lise CHAPUIS


Lundi 16 août
ARTS
Matin
Julie BERNARD : Quand la plume devient pinceau : itinéraire d'un écrivain-peintre au cœur de la cité métaphysique
Roberta SAPINO : "L'imposant, redoutable et prodigieux théâtre" : André Pieyre de Mandiargues écrivain et dramaturge

Après-midi
Inmaculada ILLANES ORTEGA : Mandiargues - Dubuffet : relations esthétiques
Marie JOQUEVIEL-BOURJEA : "…cet effort tendu vers la merveille…" : accompagner Les Rougets d'André Pieyre de Mandiargues
Suzanne DUMOULIN : Bona : au delà du surréalisme


Mardi 17 août
PROSPECTIVE
Matin
Misao HARADA : Autogénération du récit dans Marbre ou les mystères d'Italie d'André Pieyre de Mandiargues [visioconférence]
Lise CHAPUIS : Isabella Mora, la mort, la poésie : scénographie italienne

Après-midi
Cæcilia TERNISIEN : Héritages et filiations
Alexandre CASTANT : Le Film (sonore) qui n'a pas eu lieu
Stéphanie JAMET : La syncope ou Le théâtre de la mort

Soirée
Érik BULLOT : Le Quatuor ambigu (2020), film inspiré par l'œuvre et la vie de Mandiargues


Mercredi 18 août
Matin
Alexandre CASTANT, Pierre TAMINIAUX & Iwona TOKARSKA-CASTANT : Conclusion
Discussion générale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS :

Julie BERNARD : Quand la plume devient pinceau : itinéraire d'un écrivain-peintre au cœur de la cité métaphysique
En 1926, André Pieyre de Mandiargues (1909-1991) erre dans les rues de Paris avec son ami Henri Cartier-Bresson et voit, dans la vitrine d'une galerie d'art, un tableau de Giorgio de Chirico. Cette rencontre fortuite avec "le mythe moderne" cristallise celle plus personnelle, celle d'un artiste en devenir. En 1933, Mandiargues "le myope" se rapproche donc de l'Italie, déambule dans la "Cité métaphysique" et exprime l'idée que "la vision doit précéder le mot". Dans ces "années sordides", Mandiargues "le muet", s'émerveille, laisse libre cours à son imagination, expérimente la pratique intermédiale où l'écriture devient peinture. Sa parole devient plastique, ses mots, des couleurs, sa plume, un pinceau.

Certifiée en Lettres Modernes, Julie Bernard prépare actuellement une thèse en littérature italienne sous la direction de Marie-José Tramuta (Université Caen Normandie) intitulée "Les mots et les choses dans l'œuvre théâtrale d'Alberto Savinio". Son mémoire de Master Recherche, soutenu en 2012 et dirigé par Marie-Paule Berranger, interrogeait les relations entre André Pieyre de Mandiargues et l'École métaphysique et avait pour titre "André Pieyre de Mandiargues : rencontre(s) avec l'École métaphysique".
Publications
"Angélique ou la nuit de mai, roman protéiforme d'Alberto Savinio", Actes de la journée d'études des jeunes chercheurs du LASLAR - EA 4256, organisée le 23 mars 2017 à la MRSH de l'université de Caen Normandie, p.27-40 [en ligne].
"L'intermédialité au service du "dilettantisme" chez Alberto Savinio", Journée d'études des jeunes chercheurs organisée le 16 juin 2016, Congrès SIES 2016 à Amiens (à paraître).
"Ronconi à l'œuvre de Savinio", Colloque international “Luca Ronconi, maître d'un théâtre sans limites", Paris, 1-2 décembre 2016, organisé par l'université Paris 8 et le Labex Arts-H2H (à paraître).

Marie-Paule BERRANGER : Poésie scopique et genèse de l'écriture
Dans ses nombreux carnets, Mandiargues inscrit des associations de mots où l'on reconnaît, rétrospectivement, les matrices de récits, de poèmes en vers ou en prose. Un même caractère "visionnaire", pour reprendre un terme que la critique picturale du Deuxième Belvédère érige en critère d'élection. Mandiargues dit procéder par "cristallisation d'images maintenues en état de vibration" : leurs ondes de choc ne semblent pas se propager de la même façon vers le récit et vers le poème. Cette puissance d'engendrement de la vision nous servira de point de départ pour examiner la façon dont les sons prenant le relais deviennent conducteurs, soit que l'élaboration de scènes visuelles évolue par amplifications et associations vers le conte, soit que substitutions de mots et combinaisons de sonorités conduisent au poème. Tout est affaire de degrés, cependant, comme le montrent, tantôt l'incrustation de séquences sonores récurrentes et de mots-emblèmes dans le récit, tantôt l'enchâssement d'une liste de noms, noyau matriciel du poème dans une structure temporelle, non sans tremblements de genre.

Marie-Paule Berranger est professeure à l'université de la Sorbonne Nouvelle.
Publications
"À quoi tient la poésie dans le récit : les contes cruels d'André Pieyre de Mandiargues", Actes du colloque de 2013 réunis par Christine Dupouy, La Poésie entre vers et prose, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2016, p. 171-187.
"Le Croiseur noir : de la guerre froide au soleil d'Éros", Communication au colloque André Pieyre de Mandiargues, le poète, Abbaye d’Ardenne, déc. 2012.
"Les Carnets de création", in Plaisir à Mandiargues, Colloque du centenaire de la naissance du poète (mai 2009), textes réunis par Marie-Paule Berranger et Claude Leroy, Hermann, juin 2011, 411 pages.
"Je mourrai sans désaimer", Bernard Noël, André Pieyre de Mandiargues, Europe, janvier-février 2011, p. 285-288.
"André Pieyre de Mandiargues sur son Belvédère", in Tradizione e constestazione III, Canon et anti-canon. À propos du surréalisme et de ses fantômes, textes réunis par Catherine Maubon, Alinea editrice, 2009.

Marie-France BOROT : Regarder Barcelone, A. Pieyre de Mandiargues à l'œuvre
"Obstinément visuelle", selon les termes d'Alexandre Castant, l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues manifeste un certain désir d'écrire comme on peint en établissant entre les éléments des rapports de tonalité capables de faire surgir l'évidence du transitoire et du contingent. Dans le labyrinthe des bas-fonds exotiques du Barrio chino (Quartier chinois) de Barcelone, le narrateur de La Marge n'a de cesse de lier les fils de son histoire aux accidents du paysage urbain qu'il regarde en coloriste coruscant. Après Jean Genet, Claude Simon et bien d'autres, c'est en analyste des formes et des composantes chromatiques qu'il participe à la construction du mythe de Barcelone qui, chez lui, relève du mythe sacrificiel.

Marie-France Borot, professeur à l'université de Barcelone, membre de l'École de psychanalyse des Forums du Champ Lacanien, explore un espace critique qui confronte esthétiques et poétiques à une perspective analytique.
Publications récentes
"Un rêve d'Eugène Delacroix : végéter auprès de George Sand", in Evocar la literatura francesa y francófona de la modernidad, M. Carmen Figuerola (éd.), Universidad de Lleida, Pagès editor, 2019.
"Parcours du Voleur", in Les grains de sable seront doux comme le sucre, Christophe Balagna, Gérard Dasturgue (éd.), Ceres, Les Presses Universitaires, Institut Catholique de Toulouse, 2017.
"Stendhal, une âme rêveuse", in Sous le regard de Stendhal. Promenade à travers la nature et les arts, Encarna Medina Arjona (éd.), Euredit, 2017.
"Le voyage des arts : Dalí renaissant", in Entre l'Italie et l'Espagne. Les arts du voyage, Giovanni Dotoli, Encarnación Medina, Mario Selgaggio (éd.), Edizioni Universitarie Romane, Roma, 2017.
"Délires géologiques et autres. Les paysages de Salvador Dalí", in Jardins littéraires et méditerranéens, Encarna Medina Arjona (éd.), Peter Lang, Berne 2016.
"Les Thyrses d'Éros", in Périples et parages. L'œuvre de Frédéric Jacques Temple, Colloque de Cerisy, Marie-Paule Berranger, Pierre-Marie Héron, Claude Leroy (éd.), Hermann Éditeurs, 2016.
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Érik BULLOT : Le Quatuor ambigu
À la suite d'ateliers, de rencontres et d'échanges menés au cours d'un séminaire qui s'est tenu en 2019-2020 à l'École nationale supérieure d'art de Bourges, les étudiants ont réalisé un film collectif, intitulé Le Quatuor ambigu, inspiré par l'œuvre et la vie de Mandiargues, sous la direction d'Érik Bullot. Il convoque la présence fantomatique de quatre artistes qui ont accompagné la vie et l'œuvre de Mandiargues : Leonor Fini, Bona, Leonora Carrington, Meret Oppenheim. Langage d'objets, lecture télégraphique, puissance visionnaire, dissonance, et ornement sont quelques-uns des motifs de ce film qui tente l'impossible saut entre littérature et cinéma.

Érik Bullot est cinéaste et théoricien. Auteur de nombreux films à mi-chemin entre le documentaire et le film d'artiste, il enseigne le cinéma à l'École nationale supérieure d'art de Bourges.
Publications
Le film et son double. Boniment, ventriloquie, performativité, Mamco, 2017.
Roussel et le cinéma, Nouvelles Éditions Place, 2019.

Alexandre CASTANT : Le Film (sonore) qui n'a pas eu lieu
Cette communication aura pour sujet le cinéma : dans la biographie de Mandiargues (sa découverte du septième art), dans son œuvre (il en est parfois question), et, à travers évidemment les adaptations de ses récits à l'écran (La Marée, La Marge, La Motocyclette, Tout disparaîtra…). De nombreuses questions apparaîtront alors, aussi bien sur la difficulté qui existe à adapter une écriture aussi "visuelle", mais aussi à travers la restitution que l'on trouve, dans son écriture, du rapport audiovisuel (entre l'image et le sonore, donc). Si les archives audiovisuelles de l'écrivain, les films qui ont été faits à propos de ou autour de lui, procèderont aussi de notre corpus pour mieux appréhender, précisément, cette relation entre l'image, le texte et le son, un élément, topographique, en sera enfin le symbole sémiologique : le Passage Pommeraye, sa fortune poétique et cinématographique.

Alexandre Castant est Professeur d'histoire de l'art contemporain à l'École nationale supérieure d'art de Bourges, il a soutenu une thèse de doctorat, en 2000, sur l'esthétique de l'image d'André Pieyre de Mandiargues (Esthétique de l'image, fictions d'André Pieyre de Mandiargues, Publications de la Sorbonne, coll. "Esthétique", Paris, 2001) et publié de nombreux articles sur l'œuvre de l'écrivain. Il est par ailleurs l'auteur de plusieurs livres sur l'histoire de l'art et l'esthétique de l'image et des arts sonores.

Lise CHAPUIS : Isabella Morra, la mort, la poésie : scénographie italienne
Publiée en 1973, créée en 1974 par la Compagnie Renaud-Barrault, la pièce Isabella Morra agence dans le lieu et le temps réduits du théâtre un ensemble de lignes de force italiennes qui sous-tendent l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues. On verra comment l'auteur y fait jouer topos, références et résonances entre les arts en un texte charnu, une langue hybride aux registres divers. Mise à mort d'une poétesse, cette pièce est aussi et surtout mise en scène de la poésie, et en particulier des poèmes d'Isabella di Morra dans la traduction d'André Pieyre de Mandiargues, dont on étudiera les choix poétiques avant d'évoquer la version italienne de la pièce réalisée par Bona, épouse de l'auteur, comme en reflet.

Lise Chapuis a soutenu une thèse de doctorat en littérature comparée intitulée "La "matière" d'Italie dans l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues" et publié divers articles sur l'auteur. Après une carrière enseignante, elle se consacre aujourd'hui à la traduction d'œuvres littéraires italiennes.
Dernières traductions parues
Borgo vecchio, de Giosuè Calaciura, Éditions Notabilia, 2019.
Robledo, de Daniele Zito, Éditions Christian Bourgois, 2019.
Malacqua, de Nicola Pugliese, Éditions Do, 2018.
Le livre des monstres, de J. Rodolfo Wilcock, Éditions de l'Arbre vengeur, 2018.

Alain CHEVRIER : Un gastropoète : l'art culinaire chez Mandiargues
L'art culinaire chez Mandiargues est infiltré par une sensualité et une sexualité se voulant transgressive, comme il se doit dans les parages du surréalisme, mais toujours très contrôlée. On passera en revue et on analysera les descriptions d'aliments exotiques, de plats singuliers, de repas baroques, et de conduites alimentaires perverses qu'il a proposées dans ses œuvres en vers et en prose, sans omettre de les confronter aux goûts que manifestait ce voyageur hédoniste dans la vie réelle.

Alain Chevrier a publié des travaux sur l'histoire des formes poétiques et sur le surréalisme. Il est membre de l'Oucuipo (Ouvroir de Cuisine Potentielle).
Dernières publications
La Matière et l'esprit : la littérature scatologique au XVIIIe siècle (2018).
Quelques (Couacs 6) (2019).
Zuppa inglese. Menus / poèmes (2020).
Quoi (Couacs 7) (2021).

Bahia DALENS : Constellations épistolaires mandiarguiennes
Parmi les correspondants d'André Pieyre de Mandiargues, on trouve des écrivains et des poètes, mais aussi des peintres et sculpteurs, des critiques, des journalistes, des éditeurs, ou encore des cinéastes et des compositeurs. L'auteur, pourtant réservé, s'y révèle dans ses sujets et dans son style, à la fois pudique et chaleureux, et des constellations épistolaires se déploient à travers ses lettres, faites d'échanges portant sur la création et d'entrelacements d'affects privés et de considérations artistiques ou professionnelles. Observer ces correspondances permet ainsi de cartographier un réseau de sociabilités propre à une famille artistique choisie, et d'y observer la circulation d'idées et d'affects, support à de nombreux commentaires critiques pour l'auteur des Belvédère.

Bahia Dalens prépare depuis 2015 une thèse de doctorat intitulée "André Pieyre de Mandiargues ou l'écriture du trouble", inscrite à l'université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle sous la direction de Marie-Paule Berranger. En 2019, elle est intervenue à plusieurs reprises lors d'événements scientifiques, portant notamment sur la notion d'invention, l'avant-garde ou encore les études génétiques, pour présenter les œuvres d'André Pieyre de Mandiargues et de Bona.

Suzanne DUMOULIN : Bona : au delà du surréalisme
Après son mariage avec André Pieyre de Mandiargues en 1947, Bona s'installe à Paris en 1950 et fréquente le groupe surréaliste. Cette communication visera d'abord à présenter la proximité de Bona avec le groupe surréaliste, puis la manière dont l'artiste développe la singularité de son œuvre dès la fin des années 1950. Si les œuvres de Bona sont encore aujourd'hui peu visibles, un magnifique texte d'André Pieyre de Mandiargues nous révélait déjà les évolutions du travail de l'artiste en 1971. Les récentes recherches ont montré l'activité prolixe de cette artiste méconnue, soulignant l'originalité du travail de Bona, au-delà de son appartenance au groupe surréaliste. Nous étudierons notamment le cosmopolitisme de Bona et ses influences mexicaines, ainsi que sa technique artistique unique, les tableaux cousus collés.

Bibliographie
Croset Magali, "Bona, l'art et la littérature : les enjeux d'une poétique du fil", Thèse de doctorat, Université de Chambéry, 2005.
Dumoulin Suzanne, "Bona, Artiste surréaliste ?", Mémoire de Master 1 recherche en Histoire de l'Art, sous la direction de Fabrice Flahutez, Université de Paris Nanterre, 2018.
Mandiargues Bona de et Alain Vircondelet, Bonaventure, Éditions Stock, Paris, 1977.
Pieyre de Mandiargues André, Bona, l'amour et la peinture, Skira, Les Sentiers de la création, Genève, 1971.
Ponge Francis, Bona : panorama de vingt-cinq ans d'imagination et de création, Galerie de Seine, Paris, 1976.

Anne GARRIC : Détraquement textuel et "hachis de mots" : Le Musée noir de Mandiargues, un style de décadence
Le Musée noir révèle le goût prononcé d'André Pieyre de Mandiargues pour les thèmes de prédilection de la littérature fin-de-siècle des années 1890. Aussi choisira-t-on d'interroger, dans ce recueil de 1946, certains faits de style que l'on qualifiera de "décadents", en s'appuyant plus précisément sur la lecture du "Tombeau d'Aubrey Beardsley ou Les fashionables chinois". Il conviendra d'étudier une sorte d'hystérie du style mandiarguien, à travers plusieurs formes d'outrance linguistique, de surenchère syntaxique et, sur le plan lexical, dans la quête du mot rare et son jaillissement. On s'attachera par ailleurs à commenter les processus de dégradation référentielle et de perversion sémantique, opérés notamment au moyen de systèmes analogiques, dans les parties descriptives et dans le traitement des références intertextuelles. On verra ainsi comment l'écriture des contes met en œuvre, dans une représentation "métadécadente", un protocole stylistique de frelatage et de détraquement.

Agrégée de lettres modernes, Anne Garric prépare actuellement une thèse de doctorat en langue française dont la perspective est stylistique, sous la direction de Christelle Reggiani (Sorbonne Université). Intitulée "Styles de la malséance", elle porte sur un corpus d'œuvres de prose narrative de Georges Bataille, Jean Genet et André Pieyre de Mandiargues.
Publication
Anne Garric, ""L'homme du parc Monceau" d'André Pieyre de Mandiargues. Dénaturation du référent humain, altération linguistique et dépravation discursive", Roman 20-50, vol. 66, n°3, 2018, p. 143-155.

Eugenia GRAMMATIKOPOULOU : Dans le sillage de l'écriture mandiarguienne : filiations et affinités
Les récits d'Olivier Perrelet "Philine" (1967) et de Jacques Almira "Anna O'Hara" (1979) rendent hommage à André Pieyre de Mandiargues de manière bien plus complexe que nous laisse soupçonner la dédicace laconique qu'ils mettent en exergue à leurs textes. L'allure des deux héroïnes "en communication avec l'animal, le végétal et le minéral" et leur cheminement irrévocable vers un éclatement catastrophique, "panique et funèbre" (Deuxième Belvédère, 1958), reprennent des thèmes et des motifs récurrents chez Mandiargues. De même, la cadence et le style des deux épris (ou héritiers) de ce "surréaliste des marges" (Leroy, 1984) répercutent la "poétique du désastre" (Castant, 2001) qu'a élaborée Mandiargues et célèbrent sa figure préférentielle de "délicieuse(s) et sale(s) gamine(s)" (préface d'APM aux Petites filles criminelles) victime(s) du "terrorisme" de la nature et du merveilleux.

Professeure assistante et directrice du laboratoire de littérature comparée du département de langue et de littérature françaises de l'université Aristote de Thessalonique, Eugenia Grammatikopoulou a soutenu sa thèse "La création selon André Pieyre de Mandiargues : une "cosmogonie individuelle"" en 2007. Elle a contribué au n°5 de la revue Roman 20-50 (2009) consacré à Mandiargues ; elle a aussi préfacé et traduit un choix de poèmes et récits de l'auteur dans des revues littéraires grecques.

Misao HARADA
Docteure, professeure à l'université internationale Kaïchi (Japon), Misao Harada a soutenu sa thèse en mars 2013, sur "La Cohérence du texte chez André Breton" à l'université Paris III, sous la direction du Professeur Henri Béhar. Elle s'intéresse notamment aux relations entre les éléments graphiques et l'écriture de l'œuvre d'André Breton et a participé aux colloques de Cerisy : Poésie et politique au XXe siècle (2010) et L'or du temps — André Breton 50 ans après (2016).
Publications
"André Breton et l'"illustration photographique" - découverte d'un médium", dans Études de langue et littérature françaises, n°64.
"L'amour compassionnel" chez André Breton ou exprimer autrement le politique", dans Poésie et politique au XXe siècle, Henri Béhar & Pierre Taminiaux (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2011.
"André Breton critique d'art : l'exemple de Watteau", dans L'or du temps — André Breton 50 ans après, Henri Béhar & Françoise Py (dir.), Colloque de Cerisy, Mélusine, n°XXXVII, Éditions L'Âge d'Homme, 2017.

Inmaculada ILLANES ORTEGA : Mandiargues - Dubuffet : relations esthétiques
Mandiargues a déclaré son admiration pour l'œuvre de Jean Dubuffet dans plusieurs articles et textes critiques consacrés à la création d'un artiste qu'il qualifie de "visionnaire". Bien des aspects sembleraient pourtant éloigner l'art brut prôné par Dubuffet, volontairement simple et refusant toute érudition des spécialistes, de l'artifice et la théâtralité chers à l'écrivain. Mais, malgré toutes les différences qui les séparent, on retrouve dans les œuvres de ces deux créateurs des traces d'une sensibilité commune, que nous nous proposons d'étudier, et qui concerne trois questions particulières : l'importance du regard (sur les objets et sur la nature), le goût de la matière (formes, couleurs et textures, surtout minérales), et un commun intérêt pour le mur comme espace privilégié d'expression esthétique.

Inmaculada Illanes Ortega est Professeure titulaire au Département de Philologie Française de l'université de Séville et membre du groupe de recherche Littérature-Image-Traduction (Universités de Séville et de Cadix), sa recherche en littérature contemporaine s'articule autour de trois axes principaux : les relations écriture-peinture et les études sur la nouvelle et sur le genre fantastique. Dans ce cadre, plusieurs de ses travaux ont été consacrés à l'œuvre narrative d'André Pieyre de Mandiargues.
Publications
(2009) "Monsieur Mouton ou l'amour des sens", Roman 20-50. Revue d'étude du roman du XXe siècle, Hors série 5, 91-106.
(2006) "Escritura e imagen en la narrativa de André Pieyre de Mandiargues", Literatura-Imagen 3. Estudios comparativos : Representaciones culturales, cromáticas y visuales en la escritura, Sevilla, Secretariado de Publicaciones, 41-64.
(2005) "Del poema en prosa al relato poético", Anales de Filología Francesa, 13, 201-211.
(2004) "Un homenaje literario a Aubrey Beardsley", Estudios de Lengua y Literatura Francesas, 15, 211-247.

Stéphanie JAMET : La syncope ou Le théâtre de la mort
Les derniers soubresauts de vie de Dona Lavinia d'Alba donnent lieu au Théâtre de la mort. Par la syncope, mais surtout par l'état de présence-absence qui la caractérise, André Pieyre de Mandiargues révèle la puissance érotique d'un corps qui se meurt. Quels liens possibles peuvent être tissés entre l'image de l'évanouie et la représentation de la syncope dans l'art contemporain ?

Historienne de l'art, Stéphanie Jamet est professeure à l'École Nationale Supérieure d'Art de Bourges. Ses recherches actuelles portent sur les états résistance et les notions de production/dé-production dans la représentation du sommeil et de la syncope.
Publications
Out-and-Out (Ecstasies) d'Istvan Balogh, Éditions des presses du réel, 2012.
Regards sur le sommeil, en collaboration avec l'historienne de l'art moderniste Véronique Dalmasso, Éditions Le Manuscrit, 2015.
Actes de la journée d'étude La syncope dans la performance et les arts visuels / Syncope in Performing and Visual Arts (2017), avec le philosophe et performer Fred Dalmasso.
Continuant ses interrogations en dialogue avec Véronique Dalmasso, elle travaille actuellement à l'écriture de La syncope. Vertige de l'art à paraître aux Presses universitaires du Septentrion, publication qui prolonge l'exposition Syncopes et Extases. Vertiges du temps qu'elle a organisée au Frac Franche-Comté en 2019.

Marie JOQUEVIEL-BOURJEA : "…cet effort tendu vers la merveille…" : accompagner Les Rougets d'André Pieyre de Mandiargues
Étrange collaboration d'André Pieyre de Mandiargues avec plus d'une centaine de peintres et de plasticiens contemporains… Paradoxale, surtout, puisque posthume. L'entreprise revient aux éditions Fata Morgana qui, au début des années 2000, ont proposé à plusieurs artistes de fêter le mille et troisième ("mille et tre") numéro de la Maison en accompagnant Les Rougets de Pieyre de Mandiargues. Initialement engagée auprès d'une douzaine de plasticiens, l'aventure s'est poursuivie d'elle-même, pour compter, aujourd'hui, cent six collaborations ayant donné lieu à des volumes au format invariable (vingt pages de format 24x16 cm), dont les exemplaires constituent tous des originaux (entre six et trente par artiste). La collection est désormais clôturée, au terme d'une "pêche miraculeuse" qui aura duré une quinzaine d'années… Cette communication cherchera à comprendre comment le texte de Mandiargues, sorte de petit poème en prose, a pu générer et entretenir autant d'enthousiasme créatif, et susciter, à partir de ces "ravissants animaux" dont la couleur "hésite entre le bronze et le vermeil", des collaborations aussi diversifiées qu'inventives.

Agrégée de Lettres Modernes, Marie Joqueviel-Bourjea est Professeure des Universités à l'université Paul-Valéry Montpellier 3. Spécialiste de poésie contemporaine, elle s'intéresse plus largement aux écritures d'aujourd’hui. Sa recherche, que relaie un enseignement en Lettres et en Esthétique, s'attache également aux arts plastiques et aux relations qu'entretiennent poésie et peinture à la Modernité, singulièrement dans les dialogues qu'elles mettent en œuvre dans l'espace du livre d'artiste.
Dernières publications (sous sa direction)
NU(e) : une revue, des voix, la poésie. Une esth/éthique de la rencontre, Actes, Hermann, 2019.
Revue NU(e), n°67 : Paul Louis Rossi, Collectif, 2018.
Poésie sur les ondes. La voix des poètes-producteurs à la radio, P.-M. Héron, M. J.-B. & C. Pardo (éd.), PUR, 2018.
Philippe Claudel, un art du silence, M. J.-B., J. Cauville & P. Bonnet (éd.), Hermann, 2017.
Dany Laferrière, écrirevoir, Hermann, 2017.
Dernières études
"&", in Gérard Titus-Carmel : l'épreuve & la nécessité, (sld) S. Bédouret-Larraburu, M.-A. Bissay, I. Chol & S. Forero Mendoza, Actes du colloque organisé à l'U. de Pau (novembre 2018), revue Triages, 2019.
"Jacques Réda : l'imminence et l'extravagance de danser", in Articuler danse et poème : enjeux contemporains, (sld) B. Bonhomme, A. Godfroy, R. Lefort & J. Vellet, Actes du colloque organisé à l'U. Nice Côte d'Azur (octobre 2017), L'Harmattan, 2018.
"[…] des éclats qui captent et retiennent les regards […]", in Jean-Paul Michel : la surprise de ce qui est, (sld) M. Bishop & M. Gosztola, Actes du colloque de Cerisy (juillet 2016), Classiques Garnier, 2018.

Marc KOBER : Le Japon nu et simple raconté par Mandiargues
La relation de Mandiargues au Japon semble évidente par une commune esthétisation de la mort et du sexe. Comme l'écrit Mandiargues, tout cela est d'une "simplicité impitoyable". Or, rien n'est simple dans le processus d'acculturation du monde japonais au monde de Mandiargues : aucune culture asiatique ne le séduit aussi durablement. Mascarets, Sous la lame et Le Deuil des roses forment un itinéraire déconcertant. Pourtant, les arts visuels et scéniques du Japon ont sans doute favorisé ici la mutation générale du style de Mandiargues vers un récit de plus en plus cruel et froid, où l'intrigue s'estompe au profit d'une approche géométrique de la mort. Nous voudrions indiquer dans notre communication la fécondité et les limites de la médiation culturelle des arts japonais dans l'œuvre de Mandiargues en interrogeant la notion de "simplicité" mise en avant par l'auteur.

Co-fondateur en 1990 de la revue La Révolte des chutes, puis membre actif des revues Supérieur Inconnu et La Sœur de l'Ange, Marc Kober est par ailleurs auteur d'une monographie sur l'écrivain égyptien Georges Henein (Éditions H. Champion, 2014), de L'Archipel des Osselets (Fayard, 2000) et de trois recueils de poèmes (Rougier V. Éditions). Normalien, agrégé de lettres modernes, maître de conférences en littérature française et comparée à l'université Paris 13.

Antonio LAVIERI
Professeur de Linguistique française et traduction à l'université de Palerme, Antonio Lavieri est Honorary Fellow à l'université d'Oxford (Magdalen College). Fondateur et Président de la Société Italienne de Traductologie et membre de l'équipe "Multilinguisme, Traduction, Création" de l'Institut des textes et manuscrits modernes (ENS-CNRS), il dirige en Italie les collections d'études traductologiques et comparatistes "Strumenti Nuova Serie" et "DieciXuno" (Mucchi). À partir des fonds manuscrits de l'IMEC, il a eu l'occasion de travailler sur les pratiques hybrides, multilingues et collaboratives de Bona de Mandiargues et des Surréalistes.
Publications
Esthétique et poétiques du traduire, 2005.
Translatio in fabula. La letteratura come pratica teorica del tradurre, 2016 [2007].
Il a traduit en italien le théâtre de Paul Valéry (Mondadori, Milano 2014).

Claude LEROY : Fleurs de Pieyre. Les trois naissances de la Jacinthe
Entre fin 1965 et début 1966, dans le malaise que provoque en lui chaque tournant, André Pieyre de Mandiargues a composé Jacinthes. Cette suite de treize poèmes, recueillie dans Ruisseau des solitudes (1968), garde trace d'une traversée initiatique au cours de laquelle le parfum érotique des jacinthes blanches se mêle à leurs métamorphoses. Selon la légende, la fleur est née du sang d'Hyacinthe, amant d'Apollon. Puis le nom de la hyacinthe a passé de la fleur à une pierre précieuse, tandis que la fleur se voyait attribuer le nom "terrible" de jacinthe. La deuxième métamorphose n'étant soutenue par aucun mythe, le poète comble cette lacune par une alchimie des signes. Brouillant sexes et règnes, joignant l'art du lapidaire à celui du fleuriste, il a "retourné comme un sac/ Le sexe pâle de la jacinthe". La plantant enfin sur son église, par une troisième métamorphose il change la jacinthe en fleur de Pieyre.

Claude Leroy est Professeur émérite à l'université Paris Nanterre.
Publications sur Mandiargues
Ouvrage personnel : Le mythe de la Passante de Baudelaire à Mandiargues, PUF, 1999.
Articles : "Le passage Mandiargues", Cahiers du XXe siècle, n°6, 1976 ;
"Éros palimpseste", Revue des Sciences Humaines, n°193, 1984 ;
"André Pieyre de Mandiargues ou le montreur de merveilles", dans La Beauté du merveilleux, dir. A. Gaillard, Presses universitaires de Bordeaux, 2011.
Édition : Écriture ineffable et autres poèmes, Poésie / Gallimard, 2010.
Ouvrage collectif : Plaisir à Mandiargues, dir. avec M.-P. Berranger, colloque du centenaire, Hermann, 2011.

Jean-Claude MARCEAU : Esthétique du baroque et affirmation du désir : la perversion revisitée par André Pieyre de Mandiargues et Gilles Deleuze
Si, pour Mandiargues, "l'écrivain est une sorte de voyant émerveillé", il s'en faut que son écriture, souvent marquée par l'excès, puisse être rabattue sur cette seule maxime surréaliste. Son œuvre participe en effet pleinement du mouvement de la culture, en traduisant les forces pulsionnelles qui l'animent en ses profondeurs, et entre par là même en résonance avec les débats qui, dans le champ de la psychanalyse et de la philosophie, renouvellent le freudisme en repensant, à partir de l'œuvre de Sade, le concept de perversion. Il s'agira, à travers la lecture de ses deux romans : La Motocyclette et La Marge, qui reçut le prix Goncourt en 1967, d'examiner comment l'écriture mandiarguienne développe une esthétique du baroque qui recroise les affinements du concept de perversion chez Jacques Lacan et Gilles Deleuze.

Jean-Claude Marceau, docteur en philosophie de l'université Paris 1, a soutenu une thèse intitulée "Deleuze et Lacan : l'entre-deux de l'inconscient". Ses champs d'intérêts sont la phénoménologie, la psychanalyse lacanienne, la schizo-analyse et le surréalisme, sur lequel il a publié divers articles dans des revues littéraires, ainsi qu'un livre intitulé Unica Zürn et l'Homme-Jasmin : le dit-schizophrène.

Cédric MONG-HY : Les démons de l'anatomie : orgies et organes imaginaires. Jeux d'influence chez André Pieyre de Mandiargues, Leonor Fini et Georges Bataille
Mandiargues, Fini et Bataille se connurent et se croisèrent sous les auspices d'un érotisme noir qui se traduit dans des images littéraires et picturales conversant les unes avec les autres par citation, allusion ou glissement. Cette communication se propose d'explorer les relations entretenues dans ce trio sulfureux. Plus particulièrement, elle s’attardera ici sur les délires organiques et anatomiques qui se déploient tant dans l'œuvre peint et dessiné de Fini que dans les récits de Mandiargues (entre autres "Les mines de Carmaux" et "Le sang de l'agneau") et de Bataille (notamment Histoire de l'œil et Histoire de rats). Il s'agirait ainsi de détecter et de savourer, dans ces trajectoires singulières, le goût des écarts informes de la nature et le souci de leur mise en vue.

Cédric Mong-Hy est docteur en littérature française et diplômé des Beaux-Arts. Il est professeur à l'École Supérieure d'Art de La Réunion, où il a enseigné l'esthétique et la sémiologie de l'image. Une large partie de ses écrits publiés porte actuellement sur l'œuvre de Bataille, lire principalement : Bataille cosmique – Georges Bataille : du système de la nature à la nature de la culture (Lignes, 2012).

Kacper Wiktor NOWACKI : Mandiargues et ses traces argentines
Cette communication essayera d'examiner l'empreinte argentine dans l'œuvre cosmopolite de Mandiargues. Tout d'abord, nous voudrions expliquer son début littéraire en Argentine et les circonstances de la publication de ses premiers récits en espagnol dans la revue Sur dans les années 1950. Nous tracerons ce parcours grâce aux correspondances de Roger Caillois, Octavio Paz ou José Bianco. Puis, nous analyserons un choix de textes critiques inédits de Mandiargues concernant les écrivains argentins comme Borges, Cortazar et Pizarnik et leur fascination commune pour Edgar Allan Poe et la figure du double. Nous étudierons de quelle façon les récits brefs de Mandiargues inscrivent ou rejettent les éléments du réalisme magique argentin. Enfin, nous présenterons le sort des traductions de Mandiargues à la lumière de ses correspondances avec Alejandra Pizarnik publiées en 2019 et les échanges critiques entre les deux écrivains.

Kacper Wiktor Nowacki, docteur en littérature comparée, a soutenu sa thèse "La dynamique de l'érotisme : étude comparative des romans La Marge d'André Pieyre de Mandiargues et La Pornographie de Witold Gombrowicz" (cotutelle université de Perpignan / université de Bergame). Passionné par l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues, il a participé aux colloques "Plaisir à Mandiargues" organisé en 2009 par l'université de Caen et "Mandiargues, le poète" organisé par l'IMEC en décembre 2012. En 2014, il a collaboré à l'organisation du premier colloque international sur Witold Gombrowicz à Buenos Aires, où il a effectué les recherches. Il a publié des articles sur André Pieyre de Mandiargues (Roman 20-50, "La Rencontre", "Actes" 2014 ; La décomposition : dynamiques et horizons, ouvrage collectif, PUP, 2019).

Roberta SAPINO : "L'imposant, redoutable et prodigieux théâtre" : André Pieyre de Mandiargues écrivain et dramaturge
Cette communication a pour ambition de mettre en avant une composante de la personnalité artistique de Mandiargues qui demeure en grande partie à découvrir : son activité d'écrivain pour le théâtre et de dramaturge. À travers l'analyse non seulement des pièces écrites et publiées par Mandiargues, mais aussi de quelques mises en scène de textes mandiarguiens réalisées du vivant de l'auteur, nous souhaitons mettre en valeur la participation de Mandiargues à un réseau de professionnels de l'art dramatique qui l'aurait aidé à développer une certaine conscience artistique dans le domaine théâtral, voire une véritable identité de dramaturge.

Roberta Sapino est chercheuse postdoctorale à l'université de Turin. Elle a soutenu une thèse de doctorat intitulée "André Pieyre de Mandiargues : une éthique du témoignage" (Université de Turin, Université de Nantes) et publié divers articles sur l'auteur.
Publications
""Pour mon plaisir à moi d'user de mon langage" : Isabella Morra entre l'Italie et la France", in Seduzioni teatrali nelle culture romanze, dir. P. Adinolfi & F. Bermejo Calleja, 2019.
""Un enfant des vagues et du cri des mouettes" : rencontres de l'homme avec la nature dans l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues", in Crossways Journal, n°2.1, 2018.
"Mythes, souvenirs, amours vénitiens. Reflets lagunaires dans l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues", in Profili romanzi. Modelli strutture e paradigmi di uno spazio culturale, dir. P. Calef, 2018.
""Nous passions entre des réalités étranges" : André Pieyre de Mandiargues lecteur de Filippo de Pisis", in Intrecci romanzi. Trame e incontri di culture, dir. O. Abbati, 2016.

Pierre TAMINIAUX : Mandiargues et le Mexique : de l'art à la poésie
Cette intervention se concentrera sur les Pages Mexicaines, un ouvrage publié à titre posthume qui traite du voyage long de quatre mois que Mandiargues et Bona firent au Mexique en 1958. Le voyage occupe en effet une place importante dans les écrits critiques de Mandiargues, et l'Amérique latine dans son ensemble, se place au premier plan de ses préoccupations à la fois artistiques et littéraires. Dans la mesure où l'auteur se situe à bien des égards dans une mouvance esthétique qu'on pourrait qualifier de post-surréaliste, on insistera ainsi sur la relation constante et soutenue de la culture mexicaine au surréalisme et, plus spécifiquement, à un imaginaire baroque et magique qui ne pouvait qu'attirer Mandiargues, notamment à travers l'œuvre d'Octavio Paz dont il sera question, même de manière succincte, dans cette communication. Celle-ci sera également établie sur une série de photographies personnelles de différents lieux qui sont représentatifs de l'espace culturel mexicain, marqué depuis toujours par l'art précolombien. En conclusion, on insistera sur le fait que le voyage, chez Mandiargues, s'incarne de manière privilégiée dans la forme du fragment autobiographique, plutôt que sous la forme du récit linéaire proprement dit. Le fragment est ainsi constitutif d'une expérience humaine et culturelle saisie dans son caractère éphémère. En ce sens, il renvoie à une perception poétique du monde de l'autre.

Pierre Taminiaux est professeur de littérature française et francophone du XXe et du XXIe siècles à Georgetown University.
Publications
Surmodernités : entre rêve et technique, L'Harmattan, 2003.
Littératures modernistes et arts d'avant-garde, Honoré Champion, 2013.
Du surréalisme à la photographie contemporaine : au croisement des arts et de la littérature, Honoré Champion, 2016.
Révolte et Transcendance : Surréalisme, situationnisme et arts contemporains, L'Harmattan, 2018.

Cæcilia TERNISIEN : Héritages et filiations
Quels écrivains André Pieyre de Mandiargues hante-t-il ? Explorant à sa suite les formes littéraires qui émeuvent, questionnant à sa manière la conscience mythique et la surnature, ou imitant son style baroque, ses thèmes obsessionnels et son érotisme noir…, Gérard Macé, Alain Jouffroy et Bernard Noël, mais aussi Dominique Noguez, Claude Mathieu, Pascal Quignard, Georges Olivier Châteaureynaud, Hubert Haddad et encore Simon Libérati, sont les auteurs qui, parfois nourris de littérature symboliste, surréaliste et romantique, souvent contre la réglementation de l'imaginaire et pour une écriture dissidente au-delà des genres, nous permettront de mettre en lumière la modernité de l'œuvre de Mandiargues. Nous nous proposons ainsi de relire son œuvre dans les interlignes des écrivains qui la citent, lui rendent hommage, écrivent en palimpseste et revendiquent son héritage.

Cæcilia Ternisien, agrégée et docteur en littérature et langues françaises, a consacré sa thèse à l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues (L'Entrelacs du corps et du romanesque, Hermann, 2016). Ses travaux sont consacrés en particulier à la poétique narrative, au romanesque, à la genèse textuelle, à la phénoménologie chez les romanciers des XXe et XXIe siècles. Elle est l'auteur d'une vingtaine d'articles parus notamment dans les revues Littérature, Poétique, Roman 20-50. Elle est membre du comité de rédaction des revues Roman 20-50 et nord'.

Iwona TOKARSKA-CASTANT : Poésie, cristallisation, abstraction
À suivre l'évolution, sur près d'un demi-siècle, des recueils poétiques de Mandiargues, leur métamorphose apparaît comme évidente : elle tend vers une concision formelle, parfois à la limite de l'abstraction, vers une forme de jeu avec les mots, proche des combinatoires. C'est cette évolution que la présente communication étudiera. D'une poésie inspirée par les élizabéthains, les romantiques allemands ou encore Lautréamont, l'écrivain évoluera, avec le temps, vers plus de dépouillement dans une écriture qui, dans Jacinthes par exemple, et malgré son chromatisme, deviendra en quelque sorte blanche. À cet égard, les poètes à propos desquels il écrit dans les décennies 1960-1970 (Bernard Noël, Denis Roche ou Jacques Roubaud) témoignent aussi de cette évolution inattendue, mais toujours féconde.

Après une thèse de doctorat en lettres sur André Pieyre de Mandiargues en 1997 (Université Paris X Nanterre), et publié de nombreux articles sur son œuvre, Iwona Tokarska-Castant a co-dirigé, avec Éric Dussert, l'édition de la correspondance entre André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan (Gallimard, coll. "Les Cahiers de la NRF", Paris, 2009).

Birgit WAGNER : L'Archéologue, Gradiva et l'impact des images
Le récit L'Archéologue, dans Soleil des loups (1951), est évidemment une réécriture de Gradiva de Jensen (1903), déjà le titre l'indique, puisque le protagoniste de Gradiva, Norbert Hanold, fait aussi la profession d'archéologue. Or, si dans Gradiva, le parcours du protagoniste est un chemin vers la guérison de son trouble, magistralement analysé par Freud, le récit de Mandiargues prend exactement la direction contraire, c'est-à-dire d'un état de perfection statuaire à la déliquescence corporelle.
En plus, il y a l'impact des images (dans un sens large, des statues sont aussi des images, une réalité visible) : la Gradiva de Jensen et "la bella cesarina di cera" chez Mandiargues, dont le narrateur et Bettina subissent la vision plutôt qu'ils la contemplent (vision mortelle pour les deux). Quel est le rôle de l'image visuelle pour la littérature ?

Birgit Wagner, professeur des littératures française et italienne à l'université de Vienne. Présidente de l'Association Internationale Blaise Cendrars de 2012 à 2014.
Publications
"Strates de la mémoire. Une lecture de la trilogie "Les Eaux mortes", "Un cimetière indien" et "L'Enclos"", in M.-P. Berranger, P.-M. Héron et C. Leroy (éd.), Périples & parages. L'œuvre de Frédéric Jacques Temple, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2016, p. 443-453.
"Lis de mer et tours aux Sarrasins. Mandiargues et Ernst Jünger", in M.-P. Berranger et C. Leroy (éd.), Plaisir à Mandiargues, Paris, Hermann, 2011, p. 297-310.
Contribution au colloque "André Pieyre de Mandiargues le poète", Université de Caen Normandie (6-7 décembre 2012), Titre de l'intervention : "L'Âge de craie : glissements progressifs des pronoms personnels" (actes du colloque pas encore publiés).
https://homepage.univie.ac.at/birgit.wagner/php/wordpress/


BIBLIOGRAPHIE :

Œuvre d'André Pieyre de Mandiargues

Poésie
L'Âge de craie, suivi de Dans les années sordides, Astyanax et Le Point où j'en suis, Poésies complètes, Tome I, Poésie / Gallimard, 2009.
Écriture ineffable, précédé de Ruisseau des solitudes, de L'Ivre Œil et suivi de Gris de perle, Poésies complètes, Tome II, édition établie par Claude Leroy, Poésie / Gallimard, 2009.

Récits, nouvelles et romans
La Motocyclette, Gallimard, 1963.
La Marge, Gallimard, 1967.
L'Anglais décrit dans le château fermé, Gallimard, 1979.
Tout disparaîtra, Gallimard, 1987.
Récits érotiques et fantastiques, vie et œuvre par Sibylle Pieyre de Mandiargues, avant-propos de Gérard Macé, Gallimard, coll. "Quarto", 2009.

Théâtre
Isabella Morra, Gallimard, 1973.
La Nuit séculaire, Gallimard, 1979.
Arsène et Cléopâtre, Gallimard, 1981.

Essais
Les Monstres de Bomarzo, avec des photographies de Glasberg, Grasset, 1957.
Le Belvédère, Grasset, 1958.
Deuxième Belvédère, Grasset, 1962.
Troisième Belvédère, Gallimard, 1971.
Bona l'amour et la peinture, Skira, coll. "Les Sentiers de la création", 1971.
Le Cadran lunaire, Gallimard, 1972.
Arcimboldo le merveilleux (en coll. avec Yasha David), Robert Laffont, 1977.
Aimer Michaux, Fata Morgana, 1983.
Quatrième Belvédère, Gallimard, 1995.
Ultime Belvédère, Fata Morgana, 2002.
Les Rougets, Fata Morgana, 2003.

Traductions
• Octavio Paz, La Fille de Rappacini, Mercure de France, 1972.
• Filippo de Pisis, 11 + 1 poèmes, Fata Morgana, 1983.
• W. B. Yeats, Le Vent parmi les roseaux, Fata Morgana. 1984.
• Yukio Mishima, Madame de Sade, Gallimard, 1976.
• Yukio Mishima, L'Arbre des tropiques, Gallimard, 1984.

Entretiens
Le Désordre de la mémoire, entretiens avec Francine Mallet, Gallimard, 1975.
Un Saturne gai, entretiens avec Yvonne Caroutch, Gallimard, 1982.

Correspondance
• Bona et André Pieyre de Mandiargues, Correspondances, Filigranes, coll. "Saison", n°22, 2005.
• "Écris-moi tes hauts faits et tes crimes", correspondance avec Nelly Kaplan, 1962-1991, Tallandier, 2009.
• André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan, Correspondance 1947-1968, édition établie, annotée et préfacée par Éric Dussert et Iwona Tokarska-Castant, Gallimard, coll. "Les Cahiers de la NRF", 2009.
• Leonor Fini et André Pieyre de Mandiargues, L'Ombre portée. Correspondance 1932-1945, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Le Promeneur, 2010.
• André Pieyre de Mandiargues et Alejandra Pizarnik, Correspondance Paris - Buenos Aires 1961-1972, commentaires de Mariana Di Cio, Ypsylon, 2018.
• André Pieyre de Mandiargues et Francis Ponge, Lettres familières 1950-1980, édition établie, annotée et présentée par Gérard Farasse, La Rochelle, Éditions Himeros, 2011.

Bibliographie critique (sélection)

• Bona et André Pieyre de Mandiargues, Correspondances, Filigranes, coll. "Saison", n°22, 2005.
• Castant Alexandre, Esthétique de l'image, fictions d'André Pieyre de Mandiargues, Publications de la Sorbonne, 2001.
• Castant Alexandre et Tokarska-Castant Iwona, Visions de Mandiargues – Modernité, avant-garde, expériences, Filigranes Éditions, coll. "Essai", Trézélan, 2020.
• Gras-Durosini Dominique, Mandiargues et ses récits : L'écriture en jeu, L'Harmattan, 2006.
• Grossman Simone, L'œil du poète. Pieyre de Mandiargues et la peinture, Paris-Caen, Lettres Modernes-Minard, coll. "Archives des lettres modernes", n°273, 1999.
• Laroque-Texier Sophie, Lecture de Mandiargues, L'Harmattan, 2005.
• Leroy Claude, Le mythe de la passante de Baudelaire à Mandiargues, PUF, 1999.
• Mallard Alain-Paul et Pieyre de Mandiargues Sibylle, André Pieyre de Mandiargues / Pages mexicaines, Gallimard / Maison de l'Amérique latine, 2009.
• Patriarca Francesco et Sibylle Pieyre de Mandiargues, L'Appartement, Filigranes, 2004.
• Pierre José, Le Belvédère Mandiargues, Adam Biro / Galerie Artcurial, 1990.
• Stétié Salah, Mandiargues, Seghers, 1978.
• Taminiaux Pierre, Littératures modernistes et arts d'avant-garde, Honoré Champion, 2013.
• Ternisien Caecilia, Mandiargues. L'Entrelacs du corps et du romanesque, coll. "Savoir Lettres", Hermann, 2016.

Ouvrages collectifs, revues, catalogues (sélection)

De la bibliothèque de Bona et André Pieyre de Mandiargues, catalogue de la Librairie galerie Emmanuel Hutin, 2005.
• André Pieyre de Mandiargues, De La Motocyclette à Monsieur Mouton, sous la direction d'Yves Baudelle et de Caecilia Ternisien, Roman 20-50, n°5, avril 2009.
• André Pieyre de Mandiargues, Europe, n°981-982, janvier-février 2011.
Plaisir à Mandiargues, sous la direction de Marie-Paule Berranger et de Claude Leroy, Hermann, 2011.
L'Œil d’un poète, collection André et Bona Pieyre de Mandiargues, catalogue de la vente chez Christie’s, 24 octobre 2011.


SOUTIEN :

• École nationale supérieure d'art de Bourges (ENSA Bourges)


PARTENARIAT :

• Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)


BULLETIN D'INSCRIPTION


Les inscriptions à ce colloque pour les auditeurs sont maintenant ouvertes. Au regard des informations concernant l'évolution de la crise sanitaire et de notre capacité d'accueil, celles-ci pourront être mises sur une liste d'attente.


Avant de remplir ce bulletin, consulter la page Inscription de notre site.

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Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

La tenue de ce colloque est confirmée. Toutes les précautions seront prises pour assurer sur place, dans un esprit de responsabilité mutuelle, la sécurité sanitaire (voir charte sanitaire adaptée à la situation 2021).

Nous nous réjouissons de vous retrouver à Cerisy !

La direction du CCIC et du colloque


LEÏLA SEBBAR
D'UNE RIVE L'AUTRE, CROISER L'INTIME ET LE POLITIQUE


DU LUNDI 2 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 8 AOÛT (14 H) 2021

[ colloque de 6 jours ]


Une koubba près de Tiaret (aquarelle, mai 2010) © Sébastien Pignon


DIRECTION :

Aline BERGÉ, Sofiane LAGHOUATI

Avec la participation de Leïla SEBBAR


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Ferroudja ALLOUACHE, Catherine BRUN, Mireille CALLE-GRUBER, Anne DONADEY, Michel LARONDE, Martine MATHIEU-JOB, Christine PELTRE


ARGUMENT :

Née en 1941 dans l'Algérie coloniale, d'un couple mixte d'instituteurs qui l'éduquent dans la langue et la culture française laïque, Leïla Sebbar se rend en France pour ses études de lettres, puis s'engage dans le soulèvement de mai 1968, qui aiguise sa conscience des formes de domination sociale et genrée. Les mouvements de libération des femmes accompagnent son entrée dans le champ effervescent des littératures, des revues et de la critique des années 1970 et l'incitent à nouer durablement l'intime et le politique aux réalités du monde postcolonial : affirmation de nouveaux imaginaires, écritures inédites et métisses, personnelles et collectives, documentées et intermédiales. D'une rive l’autre, Leïla Sebbar lit, écrit, enquête, assemble. Essayiste, romancière, nouvelliste, elle interroge les liens complexes qui se trament à la croisée des temps, des guerres et des histoires d'exils, du local et du mondial, du féminin et du masculin, des langues et des cultures.

Doublé d'une exposition qui replacera le livre au carrefour des pratiques et des métiers, le colloque vise à réunir autour de l'auteure plusieurs témoins et relais de la genèse, de l'essor et des enjeux transculturels de l'œuvre : lectures, tables rondes et performances y feront ainsi entendre en langues, en gestes et en partage d'écoutes, la singularité et la portée de ses cheminements.


MOTS-CLÉS :

Algérie(s) / France, Archives, Arts / Littératures / Édition, Collectifs, Enfances, Exils, Féminismes, Genre(s), Imaginaires, Langues cultures, Minorités, Orients / Occident, Représentations / Situations (post)coloniales, Sebbar (Leïla), Violences


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 2 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants, ainsi que du Foyer de création et d'échanges


Mardi 3 août
Matin
Aline BERGÉ & Sofiane LAGHOUATI : Ouverture du colloque

RACONTER, TRAMER, FUGUER
Michel LARONDE : Leïla Sebbar et l'écriture du roman : carrefours, nœuds, treillage

Après-midi
SHÉRAZADE, AUJOURD'HUI
Madeleine DOBIE : Shérazade en 1982
Mildred MORTIMER : Shérazade, la fugueuse et Isabelle Eberhardt, la vagabonde : deux personnages clés dans l'œuvre de Leïla Sebbar

Sofiane LAGHOUATI : Présentation de l'exposition "Ce qui se trame : sur le métier de Leïla Sebbar"

Vernissage de l'exposition


Mercredi 4 août
Matin
DIRE, INTERDIRE : ENTRE LES LANGUES
Martine MATHIEU-JOB : Écrire (sur) le silence
Hervé SANSON : Le nœud des langues chez Leïla Sebbar : désaliéner l'identité enfin

Après-midi
RÉSISTANCES ET TRANSGRESSIONS
Ferroudja ALLOUACHE : Celles qui disent non : voix de fugueuses, de rebelles dans l'œuvre de Leïla Sebbar
Manon PAILLOT : Leïla Sebbar au miroir d'Isabelle l'Algérien

Karima BERGER : Les fenêtres de Leïla Sebbar [lecture-performance]

Soirée
En commun avec le Foyer de création et d'échanges


Jeudi 5 août
Matin
IMAGES, IMAGINAIRES REVISITÉS, TEXTES / IMAGES / PASSAGES
Christine PELTRE : La "mémoire infidèle" : le regard d'un écrivain sur les peintres de l'Orient
Karin SCHWERDTNER : Des cartes postales et (des traces) du voyage chez Leïla Sebbar [visioconférence]

Après-midi
FEMMES ET COLLECTIFS, L'INTIME ET LE POLITIQUE … ARCHIVES ET TÉMOIGNAGES
Martine SAGAERT : Leïla Sebbar - Michelle Perrot : chambres plurielles, chemins singuliers

Femmes en mouvement, Années MLF, table ronde animée par Audrey LASSERRE, avec Dominique DOAN & Luce PÉNOT (Éditions Textuel) [La forme et l'image à "Histoires d'elles"] et Leïla SEBBAR

Soirée
Adèle OAMSEL : Silences enfances [lecture-performance]


Vendredi 6 août
Matin
ÉDITION : RELAIS, TRANSMISSION
Anne DONADEY : Le généreux travail d'édition de Leïla Sebbar
Ida KUMMER : Une polyphonie de voix : réflexions sur les œuvres collectives et la mission éditoriale de Leïla Sebbar [visioconférence]

Après-midi
CHEMINS D'EXIL, COMPAGNIES NOMADES
Aline BERGÉ : Le détour de la Terre : écopoétique, écopolitique de Leïla Sebbar

Éditeurs, éditrices, table ronde animée par Sofiane LAGHOUATI, avec Marie-Noël ARRAS (Revue Étoile d'Encre & Éditions Chèvre-Feuille Étoilée), Elisabeth DALDOUL (Éditions Elyzad) et Patrice RÖTIG (Éditions Bleu Autour)


Samedi 7 août
Matin
ALGÉRIES / FRANCES, MÉDITERRANÉES MONDES
Catherine BRUN : Le "s" d'Algéries [visioconférence]

RELAIS, TRANSMISSIONS : ÉCOLES
Kamila SEFTA : Les paradoxes de l'école de la République

Après-midi
EXPOSER, DÉPOSER, RECONFIGURER
Dalila ABIDI : Étrangère au berceau
Sabrinelle BEDRANE : Genèse des recueils algériens. Entretien avec Leïla SEBBAR
Anne SCHNEIDER : Mémoires du texte : l'œuvre de Leïla Sebbar au prisme de ses archives

Soirée
Lectures de Leïla SEBBAR


Dimanche 8 août
Matin
Aline BERGÉ & Sofiane LAGHOUATI : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS :

Dalila ABIDI : Étrangère au berceau
Je me suis inspirée du titre du recueil de Christian Bobin, Prisonnier au berceau, pour intituler le texte de ma communication. Prisonnier volontaire d'une terre jamais abandonnée, le poète y chante l'amour de sa ville natale. Leïla Sebbar se nourrit elle aussi du lien qui la rattache à son berceau, mais ce lien rappelle aussi qu'elle y est étrangère. Étrangère au berceau, Leïla Sebbar l'est assurément par l'exil linguistique que lui impose son père. Étrangère au berceau, elle l'est aussi par la distance sociale, culturelle et géographique qui l'éloigne de sa famille algérienne. Nous reviendrons sur des scènes qui se répètent sous sa plume. Ces scènes inscrites dans un rituel familial cher à l'auteure constituent de véritables motifs originels qui éclairent subtilement l'œuvre sebbarienne : il y est question de l'attachement à la terre natale, de l'exil de la langue, du sort des femmes, de la misère en terre colonisée…

Née en 1966 au Creusot, Dalila Abidi enseigne les lettres dans un lycée dijonnais. Sensible à la question de l'interculturalité entre les deux pays, elle a travaillé sur les traces de la migrance franco-algérienne dans les écrits de femmes. Elle a également publié des nouvelles dans la Revue Étoile d'encre (aux éditions du Chèvrefeuille étoilée) : L'exil ou la misère, La galette des rois, Les ballerines noires… Elle a participé à l'ouvrage collectif co-dirigé par Leïla Sebbar et Martine Mathieu-Job, L'Algérie en héritage.

Nora ACEVAL
C'est à l'Institut Charles Perrot d’Eaubonne, lors d'un colloque autour de "l'Imaginaire du Jeune Méditerranéen", que se fit ma rencontre avec Leila Sebbar. C'était il y a plus de vingt ans. Nous sommes originaires de la même région d'Algérie, celle des Hauts-Plateaux du Sud-Ouest dont la ville de Tiaret fut jadis la capitale administrative. Leila est née à Aflou, petite ville entourée des immenses terres steppiques et de pâturage où les nomades transhumants de Tousnina, mon village natal, se rendaient durant les périodes hivernales. Les contes que je présente en vidéo sont puisés du patrimoine oral de ces régions. Ils m'ont été transmis dans la langue de ma mère, l'arabe, qui est aussi la langue paternelle de Leila. Tous collectés et traduits en français par mes soins, le plus souvent je les raconte plutôt dans cette langue. Mais en hommage à mon amie je les dirai également dans la langue d'origine. Un conte grivois tiré des "Contes libertins du Maghreb" (auteure Nora Aceval, préface de Leila Sebbar et illustrations de S. Pignon, Ed. Al Manar) et un conte de sagesse inédit.

Nora Aceval conteuse et auteure est née dans une ferme en Algérie sur les Hauts Plateaux du Sud-Ouest, d'une mère arabe et d'un père français. Au sein de ce monde rural, parsemé de tentes nomades de sa tribu maternelle des Ouled Sidi Khaled, elle hérita de l'art de conter. Sa mémoire releva en arabe un riche répertoire de contes populaires qu'elle transmet en France, en français. Passionnée, elle continue d'arpenter sa terre natale pour enregistrer les récits traditionnels. Ce travail anthropologique vise à sauvegarder tout un imaginaire fertile ancestral ; tout un édifice que seule la mémoire peut cimenter. Nora a traduit et publié plusieurs Albums Jeunesse et recueils de contes.
www.noraaceval.com
Bibliographie
2020, Contes soufis de la tradition populaire, Ed. Al Manar Alain Gorius.
2018, Le moulin magique et autres contes du Maghreb, Illustrations : Diane de Bournazel, Ed. Al Manar.
2017, Réédition, Contes libertin du Maghreb, Illustrations : Sébastien Pignon, Ed. Al Manar Alain Gorius.
2013, La femme de Djha, Illustrations : Sébastien Pignon, Ed. Al Manar Alain Gorius (Neuilly/Seine).
2011, La chamelle et autres contes libertins du Maghreb, Illustrations : Sébastien Pignon, Ed. Al Manar.
2011, Contes d’Algérie, Livre CD, Illustrations : Marcellino Truong, Musique : Nasro Beghdad, Ed. Milan.
2007, Le prince tisserand, Illustrations : Laureen Topalion, Ed. du Sorbier, Album, PRIX SAINT-EXUPERY 2008.

Ferroudja ALLOUACHE : Celles qui disent non : voix de fugueuses, de rebelles dans l'œuvre de Leïla Sebbar
Si les femmes qui lisent sont dangereuses, celles qui racontent le sont tout autant. Les figures féminines, dans l'œuvre de Leïla Sebbar, occupent une place centrale dans l'espace discursif. La critique littéraire persiste à réduire les voix féminines à celles de femmes maghrébines, figures d'immigrées, de migrantes, de femmes de première ou de seconde génération. Cette approche, de tendance sociologique, situe et réduit l'œuvre et l'écrivaine à la croisée de deux cultures, deux langues: l'Algérie et la France, l'arabe et le français. Or, les conteuses et fugueuses, les rebelles et aventurières des récits de Sebbar participent à la fabrique d'une fiction jouant sur l'inattendu, rompant avec la conception binaire. Shérazade, Samira, Dalila racontent des histoires, déconstruisent les clichés, faisant voler en éclat la perception monolithique qui les catégorise. L'écriture est elle-même mise en abyme: plurielle, dialogique, métissée, elle invite à repenser les multiples ancrages fictionnels, les cadres spatio-temporels.

Ferroudja Allouache est Maître de conférences en Littératures française et francophones à l'université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis (EA 7322 Fablitt). Son domaine de recherche concerne la francophonie, l'histoire et la mémoire de la littérature, la généalogie et l'archéologie, les archives et la presse française en période coloniale. Elle a publié Archéologie du texte littéraire dit francophone 1921-1970 (2018) et est co-auteure de manuels de littérature parus chez CLE International.

Sabrinelle BEDRANE : Genèse des recueils algériens. Entretien avec Leïla SEBBAR
Leïla accepte de nous laisser pénétrer dans les coulisses de la création des recueils collectifs qu'elle a dirigés et auxquels elle a contribué. Nous en avons choisi quatre pour les étapes qu'ils représentent. Selon Leïla, le dernier en date L'Algérie en héritage (Bleu autour, 2020), correspond en effet à l'achèvement d'un parcours, celui de l'aventure algérienne commencée il y a vingt-trois ans, en 1997, avec Une enfance algérienne (Gallimard, Coll. "Haute Enfance"). En 2007, dix ans après, paraissait C'était leur France, en Algérie, avant l'Indépendance (Gallimard, Coll. "Témoins"), huit auteurs récidivant (dont Leïla) puis, neuf ans plus tard, Une enfance dans la guerre, Algérie 1954-1962 (Bleu autour, 2016), avec, cette fois, douze auteurs renouvelant l'aventure (toujours dont Leïla).
Nous lui poserons par conséquent les questions suivantes : Peut-on parler d'un vivier d'autrices/d'auteurs pour ces volumes collectifs, en somme d'un réseau constitué au fil des années ? Comment perçois-tu, chère Leïla, cette aventure algérienne : comme une succession de recueils distincts ou comme autant d'îles dessinant Al Djaza'ir ?
Nous avons choisi ces quatre ouvrages car s'y côtoient des communautés déchirées durant la guerre d'Algérie. Te vois-tu aux commandes d'une Singer imaginaire, cousant ensemble des vies séparées ? S'agissait-il pour toi de fixer un passé sans le figer et d'atténuer les différences entre ces communautés en les présentant à hauteur d'enfant ? Était-ce un but recherché ou une conséquence dans ton cheminement d'écrivaine ? Ces livres collectifs sont sur ton chemin pour venir à quelque chose de l'Algérie que tu ne connaissais pas. Y as-tu trouvé les Algéries différentes dont tu étais friande ? Qualifierais-tu ces recueils de boucliers (tu te protégeais) ou de tremplins (vers tes écrits personnels dont la récente Lettre à mon père) ?
D’autres questions surgiront sur la fabrique concrète de ces volumes : Les autrices/auteurs ont-ils voulu connaître leurs "voisins de recueil" ? J’ai cru comprendre, en tant que participante, que c'était secret. Confirmes-tu ? Quels refus as-tu essuyés et pour quelles raisons ? Tu as, je crois, chère Leïla, des histoires à raconter…

Sabrinelle Bedrane est maîtresse de conférences à l'université Sorbonne Nouvelle en littérature française/francophone, XXe/XXIe siècles. Elle a publié récemment un entretien avec Leïla Sebbar dans L'Algérie, traversées (Hermann, 2018, Actes d’un colloque de Cerisy) et codirigé Danièle Sallenave, une écriture impliquée (Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2018) ainsi que Le Format court. Récits d'aujourd'hui (Classiques Garnier, 2019, Actes d’un colloque de Cerisy) dans lesquels figure un entretien avec Leïla Sebbar sur le genre de la nouvelle. Elle a participé au numéro spécial de la revue CELAAN consacré à Leïla Sebbar publié à New York en 2016 ainsi qu'à L'Algérie en héritage, récits réunis par Martine Mathieu-Job et Leïla Sebbar (Bleu autour, 2020).

Aline BERGÉ : Le détour de la Terre : écopoétique, écopolitique de Leïla Sebbar
À la traversée de l'œuvre désormais fort ample et protéiforme de Leïla Sebbar, il est deux constantes de son écriture qui n'ont pas encore à ce jour retenu l'attention de la critique, alors qu'elles ont gagné en visibilité avec le temps, au fil des publications et à la lumière des ouvrages collectifs, des documents et des images qui les accompagnent : sa relation à la terre et au corps élémentaire du monde, et le motif du détour. En interrogeant la diversité et le croisement de leurs figures, on s'attachera en particulier à montrer que le détour de la Terre n'est pas seulement contraint — par les guerres, l'exil, les violences en tous genres — dans l'œuvre de Leïla Sebbar : qu'il est aussi choisi et cultivé comme tel, non seulement par les personnages de ses premiers livres, mais aussi dans la variété de ses écrits ultérieurs, dans les plus personnels comme dans ses collectifs. Qu'il ouvre selon les cas un horizon de fuite, un terrain d'enquête ou un lieu d'utopie, de travail, de vie et de poésie. L'écopoétique de Leïla Sebbar est aussi, en des instants de fulgurance, le lieu existentiel et réflexif d'une écopolitique qui s'invente et qui s'ancre par des gestes qui s'impriment dans la terre : qui ne sait qu'à l'initiative de Shérazade, à la sortie des arènes d'Orange, Jessye Norman chante pieds nus dans les vignes, la nuit, pour l'Afrique ?

Maître de conférences à l'université Sorbonne Nouvelle et membre de l'UMR 7172 THALIM, Aline Bergé mène des recherches interdisciplinaires en littératures et études françaises et francophones (poésie, récit, essai) et SHS, à la croisée des arts, des études culturelles, des études postcoloniales, des études de genre et des humanités environnementales.
Publications
Philippe Jaccottet, trajectoires et constellations – Lieux, livres, paysages, Lausanne, Payot, 2004.
En co-dir. avec M. Collot, Paysage & Modernité(s), Bruxelles, Ousia, 2007.
En co-dir. avec M. Collot et J. Mottet, Paysages européens et mondialisation, Seyssel, Champ Vallon, 2012.
En co-dir. avec B. Alazet, section "Littérature française XXe (France et francophonie)" du Dictionnaire universel des Créatrices, M. Calle-Gruber, B. Didier et A. Fouque (dir.), Paris, Éditions des femmes, 3 vol., 2013, édition numérique revue et augm. 2015.
Sur les relations entre la France et l'Algérie, articles sur les œuvres d'Assia Djebar et de Zahia Rahmani et communications sur l'œuvre de Leïla Sebbar et ses enjeux, à paraître : "Arrière-paysages des migrantes : compagnies de Leïla Sebbar" (autour de l'aventure collective d'Histoires d’elles, un parcours diachronique sur les ouvrages collectifs, 2014) ; "Du genre féminin à l'échelle du monde : quelques correspondances intercontinentales et transculturelles" (à partir de Lettres parisiennes, 2014) ; "Le parlement des mondes en FLE : la littérature et l'histoire en commun", Gayatri Chakarvorty Spivak dans le siècle. Politiques de lecture et écriture pour refonder l'imagination critique, M. Calle-Gruber et S.-A. Crevier-Goulet (dir.), Actes du Colloque international de l'université Sorbonne Nouvelle, 20-22 juin 2018, Calcutta / London / New York, Seagull Books.
A organisé en mars 2019 en Sorbonne une table ronde avec Leïla Sebbar, Silvia Baron Supervielle, Ying Chen et Maryam Madjidi, "Littératures francophones, langues du monde, formes de vie", dans le cadre du colloque interuniversitaire de l'université Sorbonne Nouvelle-USPC, Les francophonies dans la mondialisation, entre transmission et recherche (Films Productions Sorbonne Nouvelle).

Karima BERGER : Les fenêtres de Leïla Sebbar [lecture-performance]
Il s'agit d'un portrait libre de Leïla Sebbar, inspiré de ma lecture de son œuvre, et de ce que je sais de sa vie. Ce portrait ne sera pas une analyse littéraire. Il évoquera de façon sensible l'univers de l'écrivaine peuplé d'images (photos, dessins…) et de voix autres (les auteurs de la série des livres collectifs) comme autant de "fenêtres" éclairant ses chambres intérieures (le père, les femmes, la langue, la guerre…) et ses refus politiques de l'oubli et du déni.

Karima Berger est écrivain franco-algérienne. Ses romans et essais sont inspirés par sa double culture et la confrontation des langues, des sens et des croyances qu'elle implique. La figure de l'étranger la conduit à interroger l'épreuve de l'exil et ses capacités spirituelles d'enracinement.
Publications
Hégires, Actes Sud, 2017.
Mektouba, Albin Michel, 2016.
Les Attentives, Un dialogue avec Etty Hillesum, Albin Michel, 2014, Éd. de poche, 2018.
Toi, ma sœur étrangère. Algérie-France, sans guerre et sans tabou, Le Rocher, 2012, avec Christine Ray.
Rouge Sang Vierge (nouvelles), Éditions El Manar-Alain Gorius, 2010.
Éclats d'islam. Chroniques d'un itinéraire spirituel, Albin Michel, 2009.
Filiations dangereuses, Chèvrefeuille Étoilé, 2008, Prix Alain Fournier.
La chair et le rôdeur, Éd. de L'Aube, 2002.
L'enfant des deux mondes, Éd. de L'Aube, 1998, prix du Festival du premier roman.

Catherine BRUN : Le "s" d'Algéries
Dans "Procès d'une sous-culture dominante" (1984), Mostefa Lacheraf estimait Leïla Sebbar coupable de ne s'identifier nationalement à l'Algérie qu'à haute voix, quand son œuvre, complaisamment apatride, se délecterait de la condition exilique. Et de fait, Mes Algéries en France (2004), Journal de mes Algéries (2005) et ses suites (jusqu'en 2008), Voyage en Algéries autour de ma chambre (2008) outragent ostensiblement l'invariabilité codifiée des noms propres géographiques, qui n'ont couramment qu'un nombre, pour leur opposer un pluriel irrégulier. C'est à examiner les implications de ce coup de force linguistique et politique que cette communication s'attellera.

Catherine Brun est Professeure à l'université Sorbonne Nouvelle. Littéraire, ses travaux se situent au croisement des disciplines. Depuis son Pierre Guyotat. Essai biographique (Léo Scheer, 2005), ils portent sur les rapports de la littérature et du politique, le théâtre contemporain, l'écriture de la guerre d'Algérie, la littérature algérienne de langue française, la mémoire du terrorisme.

Dominique DOAN : La forme et l'image à "Histoires d'elles"
J'ai rejoint l’équipe d'"Histoires d'elles" (1977-1980) à la sortie du numéro zéro comme Luce Pénot avec qui je travaille comme graphiste indépendante. Nous mettons au point la maquette avec les contraintes de production d'un mensuel distribué en kiosque. C'est aussi l'occasion pour moi de m'exprimer en images, montages photos et reportages. À la suite de cette expérience nous participons à la réalisation du livre Des femmes dans la maison. Anatomie de la vie domestique (Nathan, 1981).

Madeleine DOBIE : Shérazade en 1982
Comme beaucoup de lecteurs et lectrices, les premiers textes de Leïla Sebbar que j'ai rencontrés furent les deux premiers tomes de la trilogie Shérazade. Celle-ci a fêté ses 17 ans en 1982 mais elle est restée jeune, incarnant la quête d'indépendance adolescente et une identité doublement minorisée qui n'a rien perdu de son actualité. Shérazade est tout de même le produit d'un contexte historique — celui du tournant des années 1980, et du parcours biographique, professionnel et intellectuel de sa créatrice. Cette intervention situe Shérazade dans ce contexte historique et biographique ; elle se penche notamment sur le rôle structurant des rapports intergénérationnels entre militants de la gauche et du mouvement des travailleurs immigrés et une nouvelle génération qui allait devenir celle des "beurs". Elle considère aussi le rapport entre le style saisissant du roman — par exemple l'incorporation de listes et de fragments — et les différents projets de recherche et d'écriture que Leïla Sebbar poursuivait à cette époque — en particulier son travail pour la revue spécialisée sur l'immigration Sans Frontière (1979-86). Shérazade est souvent lu en parallèle avec d'autres romans des années 1980 qui évoquent la marginalité sociale et la culture hybride des enfants d'immigrés en France, mais il prédate la plupart de ces textes. Le resituer dans le contexte de 1982 fait ressortir sa profonde originalité dans le paysage culturel de l'époque.

Madeleine Dobie est professeure de lettres françaises et de littérature comparée à la Columbia University. Ses recherches et son enseignement portent sur la culture dans des contextes coloniaux, sur les littératures maghrébines et antillaises et sur les dimensions culturelles de la migration et la diaspora. Elle est l'auteure de Foreign Bodies : Gender and Language in French Orientalism (2001, 2003), Trading Places : Colonization and Slavery in 18th-Century French Culture (2010) et, avec Myriam Cottias, Relire Mayotte Capécia, une femme des Antilles dans l'espace colonial français (2012) ainsi que de nombreux articles. Elle a édité/co-édité, entre autres, Maryse Condé, a Writer for Our Times (Yale French Studies, 2021), Remembering Assia Djebar (Romanic Review, 2017) et Africans in France, France in Africa (Comparative Studies in South Asia, Africa & the Middle East, 2006). Elle travaille actuellement sur un livre intitulé Beyond Violence : Culture, Politics and the Algerian New Wave.

Anne DONADEY : Le généreux travail d'édition de Leïla Sebbar
Peu d'écrivains font montre du mélange de générosité de cœur, d'humilité, et d'ouverture d'esprit nécessaires pour soutenir les œuvres d'autres auteur(e)s. Au fil des ans, Leïla Sebbar promeut les œuvres d'autres nouvellistes à travers la direction d'une dizaine de volumes collectifs. Ces volumes collectifs reviennent sur certains thèmes de prédilection de l'auteure comme l'enfance, le rapport aux parents, et la guerre d'indépendance algérienne. Surtout, ils reflètent la volonté de créer un territoire pluriel par la littérature. Ils rassemblent écrivains de tous bords, dépassent les clivages binaires, et offrent des espaces de "vivre ensemble" littéraire qui ouvrent des portes pour l'élaboration possible de reconceptualisations des relations multiculturelles.

Anne Donadey est professeure de français et d'études féminines à San Diego State University en Californie (États-Unis). Elle est l'auteure d'un livre sur les œuvres d'Assia Djebar et de Leïla Sebbar, Recasting Postcolonialism : Women Writing between Worlds (Heinemann, 2001), d'un livre sur les représentations de la guerre d'indépendance algérienne au cinéma, The Algerian War in Film Fifty Years Later, 2004-2012 (Lexington, 2020) et de l'article "L'expression littéraire de la transmission du traumatisme dans La Femme sans sépulture d'Assia Djebar", in Assia Djebar, littérature et transmission, W. Asholt, M. Calle-Gruber & D. Combe (dir.), Colloque de Cerisy (Presses Sorbonne Nouvelle, 2010).

Ida KUMMER : Une polyphonie de voix : réflexions sur les œuvres collectives et la mission éditoriale de Leïla Sebbar
Depuis 1996, Leïla Sebbar a dirigé une vingtaine d'ouvrages collectifs, rassemblant des écrivaines et des écrivains autour de thématiques prolongeant et amplifiant son propre travail. La démarche qui les sous-tendait m'a interrogée par sa singularité et sa complexité alors que je participais à trois d'entre eux : l'écrivaine les a conçus dans un désir d'archiver, de rassembler des souvenirs autobiographiques, accompagnés quelquefois de photos ou de textes courts et manuscrits, comme un écho à sa propre expérience. L'on y retrouve les questions chères à l'auteure : l'exil, l'enfance, la langue, le monde colonial et post-colonial, les questions de genres et de générations, le pays natal et le pays perdu. Cette approche qui s'inspire de l'archéologie consiste à réunir par l'écriture, des témoins aussi divers que possible, des traces (photos, objets, textes) d'un moment et d'un lieu précis, étroitement liés aux secousses de l'histoire du Maghreb. Elle offre donc une multiplicité de points de vue et produit une sorte de capsule spatio-temporelle d'un monde souvent disparu, comme par exemple : "C'était leur France, en Algérie avant l'indépendance", Éditions Gallimard, Coll. Travail éditorial de mémoire, à la croisée du personnel et du collectif, il engendre des ascendances et des descendances, il crée du semblable et du différent, du pluriel et du singulier ; il a en particulier pour mission, selon les mots de l'auteure elle-même de "lutter contre l'amnésie" et selon ceux de Denise Brahimi, "d'abolir ce qui divise". À propos de ces textes autobiographiques collectifs, Leïla Sebbar affirme : "Avec la présence des autres auteurs, je peux finalement me permettre de dire "je". Ils sont une espèce de protection. Il y a aussi le fait que ces textes collectifs sont conçus par des auteurs qui sont les derniers d'une situation coloniale qui n'existe plus. Ils représentent le passage d'un monde à un autre…" (Leïla Sebbar, entretien CELAAN, 2016).

Ida Kummer enseigne la littérature comparée à la New School University à New York. Elle dirige également la Section française à l'École Internationale des Nations Unies. Née en Tunisie, immigrée à Paris à l'âge de 12 ans, puis aux États-Unis à 25 ans, son écriture se concentre sur les flux entre ces trois lieux, leurs intersections avec l'Histoire et avec son itinéraire personnel. Elle co-dirige la revue CELAAN, publiée par Skidmore College (Centre d'études de la littérature et des arts d'Afrique du Nord). Elle a coordonné le numéro spécial de cette revue consacré à Leïla Sebbar en 2016. Elle a participé à trois des collectifs dirigés par Leïla Sebbar : Enfances tunisiennes, Elyzad 2010 ; Le Pays natal, Elyzad, 2013 ; Enfances juives en Méditerranée musulmane, Bleu Autour, 2013.

Sofiane LAGHOUATI
Conservateur et Chercheur qualifié au Musée Royal de Mariemont (Belgique), Sofiane Laghouati est coresponsable de la réserve précieuse (période 1830-aujourd'hui). Commissaire d'une dizaine d'expositions, il est également professeur invité à l'université de Louvain-La-Neuve en Belgique où il enseigne, depuis 2010, les littératures francophones ainsi que l'histoire du livre et de son graphisme. Éditeur scientifique et auteur d'ouvrages et d'articles portant tout aussi bien sur la littérature, les archives, les livres d'artistes que les arts graphiques, il codirige avec Myriam Watthee-Delmotte (Académie Royale de Belgique) et David Martens (Katholieke Universiteit Leuven) la plateforme numérique Littératures Modes d'emploi et, avec ce dernier, le groupe de recherche international RIMELL (Recherches Interdisciplinaires sur la Muséographie et l'Exposition de la Littérature et du Livre).

Michel LARONDE : Leïla Sebbar et l'écriture du roman : carrefours, nœuds, treillage
Tout commence par la Parole. Toute parole, quelle qu'elle soit, intime et partagée, ruminative ou performative, se mue en écriture. Filtrée par le roman, la parole de Leïla Sebbar se transforme en histoire (racontée), puis en Histoire (vécue), directement (personnellement) et indirectement (collectivement). L'organisation et le fonctionnement de l'écriture de la parole sont abordés ici dans un esprit structural. J'observerai les effets que la parole produit sur la forme, qui vont du style parasitaire (conversations en suspens, phrases elliptiques, signes diacritiques, coupures, traces) à l'aspect ruminatif (mono- dia- pluri-logue) d'où ressort une écriture fortement marquée. Pour finir, je mentionnerai quelques exemples de l'extension du maillage de l'écriture du roman à d'autres genres de textes de l'auteure, une pratique que j'ai appelée ailleurs l'intratextualité de l'œuvre (Leïla Sebbar, 2003).

Michel Laronde, professeur émérite d'Études Françaises et Francophones à l'université d'Iowa, a introduit aux États-Unis le domaine des cultures postcoloniales des immigrations en France avec Autour du roman beur. Immigration et identité (1993). Suivent deux volumes d'articles sur le sujet, L'Écriture décentrée, La langue de l'Autre dans le roman contemporain en 1996 et Leïla Sebbar en 2003 puis Postcolonialiser la Haute Culture à l’École de la République en 2008. "L'Histoire dans la fiction. Les massacres du 17 Octobre 1961 à Paris" (titre provisoire) est en cours de publication.

Martine MATHIEU-JOB : Écrire (sur) le silence
Toute une partie de l'œuvre de Leïla Sebbar se trouve nouée à un manque, un silence fondateurs : ceux de l'arabe non transmis par le père. Les textes convoquent les moments volés qui ont permis l'interception de bribes de cette langue, restée délibérément incompréhensible, par une enfant dont la présence silencieuse pouvait être oubliée. À ces souvenirs premiers se superposent ceux d'autres situations d'interceptions à la dérobée de propos tenus entre immigrés arabes dans un square, dans un café parisien par une observatrice tout aussi silencieuse, toujours en retrait, avide de retrouver adulte l'émotion de l'enfant en présence de cette langue pénétrante et inintelligible : langue du secret et du sacré, entraperçue par effraction. Des récits fictifs doublent ces souvenirs par des anecdotes tout aussi symboliques aptes à circonscrire sans jamais les combler les trous, les blancs du discours paternel. Bien qu'obstinément liée au père, l'arabe devient langue imaginaire se situant sur la polarité symbolique du maternel, sorte de langue originelle à jamais perdue, se passant de toute élaboration en système parce que fondée sur l'immédiateté du sensible.

Martine Mathieu-Job est Professeur émérite de littératures française et francophones à l'université Bordeaux Montaigne.
Domaines de recherches : Littératures coloniales et postcoloniales de l'océan Indien et du Maghreb ; Écritures de la Méditerranée.
Ouvrages : Les littératures émergentes ; Axel Gauvin ; Mouloud Feraoun ; Albert Camus ; Les récits mémoriels liés à l'Algérie.
Derniers ouvrages publiés
Mon cher Albert. Lettre à Camus, Tunis, Elizad, "Sous les remparts", 2021.
L'Algérie en héritage (co-dir. avec Leïla Sebbar), Saint-Pourçain-sur-Sioule, Bleu autour, 2020.
Albert Camus. Correspondance avec ses amis Bénisti. 1934-1958 (co-dir. avec Jean-Pierre Bénisti), Saint-Pourçain-sur-Sioule, Bleu autour, 2019.
À l'école en Algérie. Des années 1930 à l'Indépendance (dir.), Saint-Pourçain-sur-Sioule, Bleu autour, 2019.

Mildred MORTIMER : Shérazade, la fugueuse et Isabelle Eberhardt, la vagabonde : deux personnages clés dans l'œuvre de Leïla Sebbar
Shérazade, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts (1982) et Les carnets de Shérazade (1985), deux romans consacrés aux pérégrinations d'une jeune fille d'immigrés maghrébins et un recueil de nouvelles, Isabelle l'Algérien (2005), retraçant la vie d'Eberhardt en Algérie ont des thèmes en commun : 1) le parcours de la jeune fille qui cherche à frayer son propre chemin en fuyant une société marquée par des contraintes ; 2) la lecture et l'écriture comme outils dans la quête identitaire ; 3) la découverte d'autrui ainsi que de nouveaux espaces géographiques à travers le voyage initiatique ; 4) la jeune fille marginalisée par sa naissance ; 5) l'Algérie vue comme une patrie à la fois réelle et imaginaire. Finalement, cette analyse qui comprend des écrits séparés par deux décennies nous permettra de discerner l'évolution littéraire de l'écrivaine.

Mildred Mortimer est professeure émérite de littérature francophone à l'université du Colorado (Boulder, États-Unis). Ses ouvrages critiques sur le Maghreb comprennent : Women Fight, Women Write : Texts on the Algerian War ; Maghrebian Mosaic : A Literature in Transition ; Mouloud Mammeri : écrivain algérien. Elle a traduit deux romans de Leïla Sebbar en anglais, La Seine était rouge et Le Silence des Rives.

Adèle OAMSEL : Silences enfances [lecture-performance]
Adèle Oamsel (Adeline Olivier), autrice et éducatrice spécialisée, propose une lecture-performance autour des essais de Leïla Sebbar : On tue les petites filles (Stock, 1978), Le pédophile et la maman (Stock, 1980), et du numéro 358 de la revue Les Temps Modernes que cette dernière a dirigé sous le titre Petites filles en éducation (mai 1976). Ces trois ouvrages constituent une des genèses de Silences enfances, roman en cours d'écriture. L'autre genèse se situe dans la période où elle a exercé en protection de l'enfance, auprès des juges des enfants du tribunal de Bobigny. À Cerisy, elle donnera à entendre le premier chapitre, centré sur l'archéologie des violences faites aux femmes, c'est à dire, celles faites aux petites filles, notamment les violences sexuelles, l'inceste.

Adèle Oamsel (Adeline Olivier) a été formée au CNR de Nantes, puis à l'ERACM, école nationale de théâtre. Elle performe, écrit des pièces, des poèmes : un second recueil a paru en novembre 2020 aux éditions Alidades. Elle anime des ateliers d'écriture et de jeu. Parallèlement, elle est éducatrice spécialisée. Elle a travaillé dans la protection de l'enfance en Seine-Saint-Denis puis aujourd'hui dans une unité de pédopsychiatrie, dans les Hauts-de-Seine. Tout en poursuivant l'écriture de Silences Enfances.
http://www.m-e-l.fr/adeline-olivier,ec,904
https://www.theatre-contemporain.net/biographies/Adeline-Olivier/

Manon PAILLOT : Leïla Sebbar au miroir d'Isabelle l'Algérien
Le personnage d'Isabelle Eberhardt traverse littéralement l'œuvre de Leïla Sebbar. Elle est "toujours là", "partout où [elle] écrit", au croisement de l'intime et du politique. Travestie en cavalier arabe, elle transgresse tous les interdits occidentaux, vivant en accord avec la terre d'exil qu'elle s'est choisie : l'Algérie. Elle est Si Mahmoud Saadi, jeune lettré arabe nomade parcourant à cheval le désert. Isabelle est une "compagne de route fidèle" permettant à Leïla Sebbar de renouer avec la terre paternelle, avec sa langue et son peuple. La jeune Russe apatride trouve en Algérie "l'exil heureux", le "pays selon son cœur", face inversée de l'exil problématique de Leïla Sebbar. Elle permet de faire le pont entre les deux rives de la Méditerranée en réalisant dans la fiction cette réconciliation intime. Comment Leïla Sebbar raconte-t-elle ce compagnonnage obsédant ? À la croisée de chemins menant invariablement au père, Isabelle est toujours une énigme à déchiffrer.

Manon Paillot est professeure agrégée de lettres modernes et exerce en lycée (Seine Saint-Denis). Elle a travaillé en Master à Paris IV-Sorbonne sur l'œuvre de Leïla Sebbar et plus particulièrement sur le rapport entre Isabelle Eberhardt et Leïla Sebbar dans les recueils Isabelle l'Algérien et Écrivain public.
Publications
"La quête du père", in Je ne parle pas la langue de mon père suivi de L'arabe comme un chant secret, Préface de Marie-Hélène Lafon, Illustrations de Sébastien Pignon, Bleu autour, 2016.
"Leïla Sebbar au miroir d'Isabelle l'Algérien, "Devenir l’autre, corps, plume et âme"", in Ida Kummer (ed.), CELAAN, vol. 13, n°2-3, Fall. 2016, "Leïla Sebbar".
Leïla Sebbar et Isabelle Eberhardt, Nouvelles et récits de Leïla Sebbar : Préface, édition et Postface de Manon Paillot, Illustrations de Sébastien Pignon, Bleu autour, 2021.

Christine PELTRE : La "mémoire infidèle" : le regard d'un écrivain sur les peintres de l'Orient
Dans le texte qu'elle a consacré au peintre Gustave Guillaumet, pour le catalogue de l'exposition de 2019, Leïla Sebbar a poursuivi le dialogue fécond qu'elle n'a cessé d'engager avec la peinture orientaliste, "si décriée" autour d'elle, pour "ce lien entre colonialisme, exotisme et orientalisme" : "j'entendais tout cela que je partageais en partie. Mais…". C'est à ce "mais" que l'on voudrait revenir ici en examinant le concours d'un écrivain à la réception de l'orientalisme artistique, en général réservée aux historiens de l'art. Très attaché aux motifs, aux textures, ce regard pourtant n'est pas celui d'un œil d'atelier et interprète les œuvres au miroir de débats contemporains, par exemple autour de l'image de la femme, l'un des fils rouges de la trilogie de Shérazade. On confrontera la voix singulière de Leïla Sebbar avec celle d'autres écrivains, tels Rachid Boudjedra ou Mathias Enard, qui se sont aussi exprimés sur les représentations de l'Orient.

Christine Peltre est Professeur émérite en Histoire de l'art contemporain à l'université de Strasbourg, agrégée de Lettres classiques.
Publications
Les arts de l'Islam. Itinéraire d'une redécouverte, Gallimard, 2006.
Femmes ottomanes et Dames turques. Une collection de cartes postales (1880-1930), Bleu autour, 2014.
Le Voyage en Afrique du Nord. Images et mirages d'un tourisme, Bleu autour, 2018.
Les Orientalistes, Hazan, 1997, 2018.
Directrice de l'ouvrage collectif : La Croisière. Imaginaires maritimes (XIXe-XXIe siècle), Mare&Martin, 2020.

Luce PÉNOT
Luce Pénot est graphiste indépendante en collaboration avec Dominique Doan, directrice de création à l'agence Textuel, et fondatrice des Éditions Textuel avec Marianne Théry. Graphiste à "Histoires d'elles", elle découvre le premier numéro zéro et adhère immédiatement à cette liberté de penser dans ce groupe de femmes. Plus tard, elle y propose une nouvelle forme visuelle, un objet entre presse quotidienne et magazine, adoptant ainsi une posture singulière dans le féminisme et dans le journalisme.

Martine SAGAERT : Leïla Sebbar - Michelle Perrot : chambres plurielles, chemins singuliers
Associant leur expérience et leur analyse singulière aux autres voix, puisant aux sources écrites et orales, picturales et photographiques, Leïla Sebbar et Michelle Perrot contribuent au récit historiographique des femmes. Elles participent d'une même "valorisation du collectif" et construisent une sorte d'"agora égalitaire" (Christine Bard). Dans son Histoire de chambres (2009) en neuf chapitres, Michelle Perrot élabore une typologie de "la chambre occidentale, surtout française". Du Silence des rives (1993) à Dans la chambre (2019), Leïla Sebbar fait vivre des chambres ancrées de part et d'autre de la Méditerranée. L'historienne et l'écrivaine écoutent les paroles muettes et les secrets retenus. Et Leïla Sebbar de partager la nostalgie d'une chambre véritablement privative, qui ne prive pas, qui ne restreigne pas, une chambre vide comme celle imaginée par la plasticienne Marion Baruch (Voir Michelle Perrot, Le Chemin des femmes, 2019), ouverte sur tous les possibles, matrice d'une "chambre à soi" avec vue sur la mer.

Martine Sagaert est professeure émérite à l'université de Toulon. Outre ses différentes publications sur la littérature du XXe siècle et en particulier sur l'œuvre d’André Gide, outre ses recherches sur "médecine et écriture", elle a travaillé sur l'histoire littéraire des femmes et publié avec Yvonne Knibiehler Les Mots des mères du XVIIe siècle à nos jours (Laffont, "Bouquins", 2016).

Hervé SANSON : Le nœud des langues chez Leïla Sebbar : désaliéner l'identité enfin
Depuis une vingtaine d'années, Leïla Sebbar, de père algérien, de mère française, née en Algérie durant la période coloniale, éduquée à l'école française, n'a eu de cesse d'interroger son identité hybride, placée sous le sceau du paradoxe. Je ne parle pas la langue de mon père (2003) et L'Arabe comme un chant secret (2007 ; 2010) explorent la question identitaire à partir de la problématique de la langue fantôme, "l'arabe", que le père, instituteur-en-la-langue-française ne lui a pas transmise. Dans ces deux œuvres, rassemblées en un seul volume assorti de commentaires critiques et d'une iconographie (2016), une véritable phantasmatique des langues se fait jour : entre français (de France, mais aussi d'Algérie), et "arabe" (langue ainsi désignée par Sebbar), quelle langue couve sous la phrase habitée de Leïla Sebbar ? Que se fabrique-t-il dans cette œuvre qui pratique le "pas de côté", et que nous dit cette dernière des identités que recèle l'écriture ?

Hervé Sanson, docteur ès lettres, spécialiste des littératures francophones du Maghreb, est chercheur associé à l'ITEM (CNRS). Auteur d'entretiens avec Habib Tengour, intitulés La Trace et l'écho. Une écriture en chemin (Le Tell, Algérie, 2012), il a collaboré à l'édition critique et génétique des Portraits d'Albert Memmi, publiée chez CNRS éditions en 2015, sous la direction du professeur Guy Dugas. Il a publié en 2017, en collaboration avec Albert Memmi, Penser à vif. De la colonisation à la laïcité, aux éditions Non-Lieu. Éditeur scientifique d'un inédit de Mohammed Dib, Le Vœu de la septième lune, paru chez El Kalima (Alger) en décembre 2019, il a coordonné en outre un numéro de la revue Europe sur Mohammed Dib, paru l'été 2020, et collaboré à l'édition scientifique du dernier manuscrit, inachevé, d'Assia Djebar, à paraître aux Presses de la Sorbonne Nouvelle en 2021. Enfin, Il coordonne sur le plan scientifique l'édition critique et génétique des nouvelles de Mohammed Dib, à paraître chez CNRS éditions en 2021.

Anne SCHNEIDER : Mémoires du texte : l'œuvre de Leïla Sebbar au prisme de ses archives
Le dépôt en juillet et septembre 2013 des archives de Leïla Sebbar à l'IMEC, Institut des Mémoires de l'Édition Contemporaine dans l'abbaye d’Ardenne de Caen, m'a permis en tant que chercheuse de l'université de Caen-Normandie, sous partenariat avec l'IMEC, travaillant depuis longtemps sur cette autrice, d'effectuer des recherches sur son œuvre, de la revisiter et de la relire d'une façon différente. En effet, la cartographie opérée par la conservation des archives de Leïla Sebbar ouvre des perspectives touchant à la fois à la lecture de son œuvre dans sa globalité et dans le détail de sa création. Dans la mesure où Leïla Sebbar a elle-même classé ses documents : photographies, lettres, cartes postales, manuscrits, dessins, journaux, cartes, albums photos, notes, croquis, dessins, feuilles, contrats d'édition, coupures de presse issues d'Algérie ou de France, on peut considérer que cette architecture infra-textuelle a créé une mémoire du texte qui offre une focalisation renouvelée sur certains aspects de son œuvre. Cette redécouverte pour la chercheuse motive le dépôt d'un projet de recherches dont les premiers éléments seront présentés.

Anne Schneider est maîtresse de conférences en langue et littérature françaises à l'université de Caen-Normandie, LASLAR EA 4256. Elle travaille sur la littérature de jeunesse francophone et sur les questions de genre. Ses recherches sur Leïla Sebbar sont les suivantes : "Leïla Sebbar, des prémisses à la quête de soi", Association internationale des études françaises, LVIe Congrès, 6-9 juillet 2004, École normale supérieure, Paris, Actes du Congrès, in Revue de l'AIEF, 2 mai 2005, pp. 403-423 et Anne Schneider, La littérature de jeunesse migrante, Récits d'immigration de l'Algérie à la France, coll. "Espaces Littéraires", L'Harmattan, 2013.

Karin SCHWERDTNER : Des cartes postales et (des traces) du voyage chez Leïla Sebbar
Privilégiant la notion de photo-passage empruntée à Arlette Farge, nous souhaitons penser plus avant chez Sebbar, dans la perspective de la trace, le rapport entre texte, image et voyage, focalisant en particulier sur deux albums avec cartes postales : Voyage en Algéries autour de ma chambre (2008), dernier volet de "la trilogie du côté de [s]on père", et Femmes d'Afrique du Nord. Cartes postales (1885-1930) (2006), en collaboration avec Jean-Michel Belorgey. Il s'agira de montrer, d'une part, comment ces albums témoignent chez Sebbar de son expérience de "voyage" propre, et d'autre part, comment, à leur tour, ils se disposent à faire voyager.

Karin Schwerdtner est professeure agrégée à l'université Western, au Canada, où elle enseigne en Études françaises. Auteure de La femme errante (2005), elle a également codirigé La lettre trace du voyage à l'époque moderne et contemporaine (PU de Nanterre, 2019) et Risques et regrets. Les dangers de l'écriture épistolaire (Nota bene, 2015). Son livre Le (beau) risque d'écrire (Nota bene, 2018) comprend une interview avec Leïla Sebbar. Elle a récemment fait paraitre "Leïla Sebbar : son œuvre, ses lettres, ses fragments (entretien)" dans la revue Épistolaire (2020).

Kamila SEFTA : Les paradoxes de l'école de la République
Par paradoxes, j'entends la contradiction entre, d'une part, l'accès au savoir offert par l'école de la République, qui se veut universelle et, d'autre part, la négation de la diversité linguistique dans les écoles en Algérie, qui conduit certains élèves autochtones à éprouver un sentiment d'exclusion, car une partie de leur identité est occultée. De ce fait, certains élèves sont heureux d'aller à l'école et d'y recevoir un savoir, grâce au dévouement de leurs enseignants, mais ils sont en porte-à-faux vis-à-vis de l'enseignement qu'ils reçoivent. Leïla Sebbar esquisse cette situation dans son livre Je ne parle pas la langue de mon père : son père, instituteur à l'école de la République, lui parle le français, mais pas l'arabe. L'école de la République visait à former des élèves dont les cadres de pensée soient semblables à ceux des écoliers vivant sur le territoire métropolitain. Néanmoins, l'absence d'intégration des spécificités culturelles de l'Algérie coloniale a été l'une des causes de l'échec partiel de ce projet. Des enfants espagnols, italiens, algériens… ont été à cette école et maîtrisent aujourd'hui la culture française, mais nombre d'entre eux, tels Assia Djebar, Mouloud Feraoun, ou Kateb Yacine, soulignent qu'une partie de leur identité n'a pas été enseignée à l'école.

Née en Algérie en 1949, scolarisée à Alger de l'école maternelle à l'université, Kamila Sefta vit à Paris depuis 1971. Maître de conférences en didactique des langues à l'université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, actuellement à la retraite.
Dernières publications relatives au colloque
"À la recherche de mon père", dans Une enfance dans la guerre. Algérie 1954-1962, Leïla Sebbar (dir.), Bleu autour, 2016.
"Le paradoxe de la République", dans À l'école en Algérie des années 1930 à l'Indépendance, récits inédits réunis par Martine Mathieu-Job, Bleu autour, 2018.


Exposition "Ce qui se trame : sur le métier de Leïla Sebbar"

Si les Moires de la mythologie grecque filent le destin de l'humanité, ce sont des tisserandes qui s'affairent sur le métier à tisser imaginaire de Leïla Sebbar : celles d'Aflou, sur le Djebel Amour où elle est née en 1941 d’un couple mixte d'instituteurs dans l'Algérie coloniale. À l'instar de ces licières réputées pour leurs tapis de haute laine, Leïla Sebbar travaille à nouer les fils de chaîne individuels aux fils de trame communs.

De l'essai à l'ouvrage collectif, de la nouvelle au roman jusqu'au récit de soi, il lui a fallu démêler l'écheveau des raisons qui l'ont menée à l'écriture en passant d'abord par la recherche en littérature, avec une thèse sur Le Mythe du bon nègre (1973), puis par l'engagement féministe dans l'aventure éditoriale d'Histoires d'elles (1977-1980) et deux enquêtes retentissantes sur les violences faites aux femmes depuis l'enfance.

Tout en cultivant son tropisme pour le travail collectif, Leïla Sebbar trace un chemin d'écriture singulier durant lequel elle fait passer des navettes entre la culture française de sa mère et celle de son père algérien qui ne lui est pas donnée d'emblée mais qu'elle recompose à force d'investigations. Avec une rare acuité, elle traque les traces indicielles et les objets qui témoignent ou éclairent, tour à tour, une communauté de destins, les chiasmes et les ressacs de l'histoire ou encore le parcours exceptionnel de personnalités qui, à l'image d'Isabelle Eberhardt, ont pris le risque de l'Autre.

L'exposition propose de s'intéresser aux livres et objets de Leïla Sebbar, colligés jusqu'au vertige du collectionnisme, qui accompagnent et interrogent dans "la chambre à soi" de l'écrivaine le travail de la mémoire et de l'écriture.


BIBLIOGRAPHIE :

• Site officiel et journal en ligne de Leïla Sebbar : http://www.leila-sebbar.fr
• Archives de Leïla Sebbar à l'IMEC (Abbaye d'Ardennes, Caen) [fonds de 78 boîtes en dépôt depuis 2013].
• Association Silence, on lit ! : https://www.silenceonlit.com
Féminismes en revue, de 1950 à nos jours (ouvert en juin 2020) : https://femenrev.persee.fr — Pour la revue Sorcières. Les femmes qui vivent : https://femenrev.persee.fr/collection/sorci
• Wafae Karzazi, Leïla Sebbar. Une écrivaine à la recherche de soi, Thèse de doctorat en études françaises, Université de Montréal, 2005 [en ligne, mars 2017].
• Ida Kummer (ed.), CELAAN, vol. 13, n°2-3, Fall. 2016 : "Leïla Sebbar".
• Audrey Lasserre, Histoire d'une littérature en mouvement : textes, écrivaines et collectifs éditoriaux du Mouvement des femmes en France (1970-1981), Thèse de doctorat en Littérature et civilisation françaises, Université Sorbonne Nouvelle, 2014 [en ligne, nov. 2017].
• Michel Laronde (dir.), Leïla Sebbar, Paris, L'Harmattan, 2003.
• Dominique Le Boucher, Traversières. Dialogues avec Leïla Sebbar, Paris, Marsa, 2015.
• Ghyslain Lévy, Catherine Mazauric, Anne Roche (dir.), L'Algérie, traversées, Actes du colloque de Cerisy (2017), Paris, Hermann Éditeurs, 2018.
• Anne Schneider, La littérature de jeunesse migrante. Récits d'immigration de l'Algérie à la France, Paris, L'Harmattan, 2013.
• Karin Schwerdtner, Le (beau) risque d'écrire. Entretiens littéraires, Québec, Nota Bene, 2017.


SOUTIENS :

Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 — UMR 7172 THALIM (CNRS-ENS-USN) ; Commission de la recherche [CR] ; Direction des affaires internationales [DAI]
Musée Royal de Mariemont (Belgique) — RIMELL
• Wallonie-Bruxelles International (Belgique) [WBI]


BULLETIN D'INSCRIPTION


Les inscriptions à ce colloque pour les auditeurs sont maintenant ouvertes. Au regard des informations concernant l'évolution de la crise sanitaire et de notre capacité d'accueil, celles-ci pourront être mises sur une liste d'attente.


Avant de remplir ce bulletin, consulter la page Inscription de notre site.

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Ces renseignements figureront sur la liste des participants qui sera remise lors du colloque.


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Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


LES AUTRES NOMS DU TEMPS


DU SAMEDI 24 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 30 JUILLET (14 H) 2021


"Le changement d'heure" (n°59) © Gilbert Garcin - Galerie Camera Obscura


DIRECTION :

Vincent BONTEMS, Étienne KLEIN


ARGUMENT :

Nous méditons sur le temps sans vraiment savoir à quoi nous avons affaire : est-il une substance ? un fluide ? une invention ? une illusion ? De nombreuses locutions familières suggèrent qu'il s'agirait d'une entité physique autonome, tandis que d'autres, aussi nombreuses et non moins éloquentes, laissent penser qu'il ne serait qu'une production de notre conscience, ou bien un aspect des processus naturels, voire une simple construction culturelle.

Au fond, à quoi le temps ressemble-t-il vraiment ? Est-il tel que le langage le raconte ? Comme nous croyons le percevoir ou le vivre ? Comme le représentent les équations des physiciens ? Comme le pensent les philosophes ? Comme le mesurent les horlogers ? Est-il même raisonnable de supposer que toutes ces conceptions renvoient à une réalité unique ?

Le but de ce colloque est de procéder à une expérience de pensée collective et transdisciplinaire : si l'on se passait du mot "temps" dans telle ou telle discipline ou domaine, que se passerait-il ? Quels autres mots faudrait-il utiliser ? Quel bénéfice en escompter en termes d'élucidation conceptuelle ? Quel serait le prix à payer en termes d'obscurité ou de contre-intuitivité ?

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Culture, Évolution, Histoire, Irréversibilité, Langage, Mémoire, Processus, Rythme, Tempo, Temps


CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 24 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 25 juillet
Matin
Alain CONNES : Y a-t-il du temps dans les mathématiques ?
Étienne KLEIN : Et si le paramètre t n'était pas le temps ?

Après-midi
François JULLIEN : Peut-on se passer de penser le temps ? [visioconférence]
Francis WOLFF : Fiat nunc. "Que le maintenant soit ! Et le monde fut". Le big bang métaphysique

Soirée
K2, une journée particulière, projection puis discussion avec François DAMILANO (cinéaste et alpiniste) [visioconférence]


Lundi 26 juillet
Matin
Vincent BONTEMS : Le temps comme obstacle épistémologique
Roland LEHOUCQ : Que devient le temps dans l'espace-temps ?

Après-midi
Jean-Pierre DUPUY : Le terme [visioconférence]
Isabelle SERÇA : Qu'a perdu et retrouvé Marcel Proust ?


Mardi 27 juillet
Matin
Virginie van WASSENHOVE : Le temps est-il un "cas" de conscience ? [visioconférence]
Gérard BERRY : Le temps formel, de la physique à l'informatique et à la musique

Après-midi
DÉTENTE


Mercredi 28 juillet
Matin
Pierre-Marie POUGET : L'idonéisme : un autre nom du temps, indissociable de la compréhension des autres
Hartmut ROSA : Aliénation et Résonance. Trois niveaux et deux modes d'expérience du temps

Après-midi
Daniel S. MILO : Les autres noms du futur. De l'invention de demain ou réchauffement climatique [visioconférence]
Armand HATCHUEL : L'autre nom du temps : l'inconnu. Chronicité, chrononomie, chronométrie
Gilles COHEN-TANNOUDJI : Cosmogonie quantique, le nom de l'autre temps ?

Soirée
Le temps suspendu, par Chloé MOGLIA (artiste et trapéziste)


Jeudi 29 juillet
Matin
Jacques JACOT : Réflexions d'horloger en guise d'introduction à la journée
Silvia de CESARE : Peut-on penser l'évolution en biologie sans le temps ?

Après-midi
François ROUSSEL : Le tempo d'une pensée. Descartes à contretemps
Alexei GRINBAUM : Le non-temps des machines apprenantes

Soirée
L'essence du tempo, par Geneviève LAURENCEAU (violoniste)


Vendredi 30 juillet
Matin
Christophe BOUTON : Existe-t-il un plus petit dénominateur commun aux différents discours scientifiques et philosophiques sur le temps ?
Elie DURING : La simultanéité e(s)t la forme du temps

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Gérard BERRY : Le temps formel, de la physique à l'informatique et à la musique
Le temps est évidemment essentiel dans toutes les théories et pratiques de la physique, comme le montreront plusieurs autres présentations à ce Colloque. Il y est généralement présenté sous la forme d'une flèche linéaire, la flèche du temps. Mais, si elle est naturelle pour les phénomènes physiques, cette représentation s'avère trop limitée à la fois pour l'informatique et pour la musique, les deux se rejoignant dans l'informatique musicale. Nous montrerons d'abord que la répétition d'événements quelconques à des instants quelconques (mètres, pas, battement de cœur, clics souris, réception de messages réseau) gagne beaucoup à être traitée de façon homogène avec celle de la seconde, ce que les approches liées à la flèche du temps ne font pas en général. Cette constatation a conduit à la création de nouvelles logiques temporelles pour bien en parler, ainsi qu'à de nouveaux langages informatiques permettant de décrire formellement, de programmer et de vérifier le comportement temporel des circuits et des logiciels informatiques. Ces nouveaux langages, créés pour la plupart en France sont devenus essentiels pour les systèmes cyber-physiques, ceux qui commandent et contrôlent informatiquement de façon très précise des processus matériels complexes (avions, trains, robots, etc.). Nous étendrons ces approches et techniques au domaine apparemment bien différent de la synthèse de musique par logiciel et ordinateur. Nous verrons comment utiliser nos approches généralisées des phénomènes temporels pour coupler harmonieusement interprètes humains et musiques synthétiques dans deux domaines, la musique contemporaine et la co-improvisation homme / machine en jazz. Pour la musique contemporaine, un sujet d'importance majeure est la relation entre rigueur formelle de la partition et liberté temporelle de l'interprétation, pour laquelle les variations de tempo jouent un rôle prépondérant. Nous présenterons le système Antescofo d'accompagnement automatique qui permet de faire suive en temps réel les musiciens par l'accompagnement synthétique au lieu faire l'inverse comme au XXe siècle, ce qui limitait grandement l'expressivité. Antescofo est maintenant disponible pour les amateurs et conservatoires, sous la forme de l'application Metronaut sur téléphones et tablettes. Nous présenterons enfin le système ImproteK qui permet une co-improvisation dynamique entre l'interprète et l'ordinateur en jazz. Ces deux systèmes, développés à l'IRCAM, peuvent aussi travailler ensemble et seront illustrés par des démonstrations en vidéo.

Vincent BONTEMS : Le temps comme obstacle épistémologique
Le recours au mot temps constitue-il un obstacle épistémologique pour la réflexion scientifique ? Dans "Le problème du temps historique", l'historien de l'art Erwin Panofsky proposait de distinguer entre un temps chronologique et un temps historique afin de ne pas confondre ce qui relève de la simultanéité chronologique et de la contemporanéité historique. Il définissait ainsi la "contemporanéité relative" comme objet de son analyse. En radicalisant son dispositif théorique par l'abandon définitif du mot temps et en le prolongeant par l'élaboration de règles de changement de référentiels historiques au sein de l'ordre chronologique (dans l'esprit des analyses de Reinhart Koselleck sur le présentisme et l'historicisme), nous défendrons que le mot "temps" conserve néanmoins une application légitime, quoique limitée, dans les sciences historiques en tant que conjonction du repérage d'un événement (ou de durées) et de la restitution d'une dissymétrie entre le passé et l'avenir (obligeant à envisager plusieurs futurs de l'événement). En nous appuyant sur une réflexion de Jules Vuillemin, consécutive aux discussions autour de son ouvrage Nécessité ou Contingence, nous montrerons que cette position conduit à un dilemme entre deux métaphysiques opposées qui font probablement un usage abusif de la notion de temps. Cette stratégie de déflation des usages légitimes du mot temps est-elle réservée aux sciences historiques ? En nous basant sur une expérience de pensée du mathématicien Émile Borel, nous tâcherons au contraire de montrer qu'elle est transposable aux sciences physiques et qu'elle éclaire des dérives métaphysiques analogues au sein de certaines interprétations de la cosmologie relativiste (univers-bloc) ou de la mécanique quantique (mondes multiples) qui tendent à en faire une éternité ou un "hyper-temps".

Christophe BOUTON : Existe-t-il un plus petit dénominateur commun aux différents discours scientifiques et philosophiques sur le temps ?
La notion de temps est utilisée dans des champs très divers, qui vont de la philosophie aux sciences de la nature en passant par les sciences humaines. On parle ainsi de "temps physique", de "temps géologique", de "temps biologique", de "temps historique", de "temps social", etc. Cette plurivocité soulève plusieurs questions qui seront abordées à partir de quelques études de cas : les différents sens du temps impliqués dans ses différents usages réfèrent-ils à la même chose ? Sont-ils compatibles entre eux ? Et si oui, permettent-ils de dégager un ou des points communs, des invariants, qui permettrait de préciser ce que veut dire le mot "temps" ?

Christophe Bouton est professeur de philosophie à l'université Bordeaux Montaigne, membre du centre SPH. Ses recherches portent sur l'histoire de la philosophie allemande, les théories de l'histoire (XIXe et XXe siècles) et sur la question du temps dans la philosophie contemporaine.
Principales publications sur le temps
Temps et liberté, Presses Universitaires du Mirail, 2007 (trad. anglaise Time and Freedom, Northwestern University Press, 2014).
Le temps de l'urgence, Le Bord de l'eau, 2013.
Temps de la nature, nature du temps. Études philosophiques sur le temps dans les sciences naturelles, Volume collectif édité avec Philippe Huneman, CNRS éditions, 2018.
L'accélération de l'histoire. Des Lumières à l’Anthropocène, Éditions du Seuil, À paraître en 2021.

Elie DURING : La simultanéité e(s)t la forme du temps
Tout serait plus simple s'il nous manquait un mot pour dire le "temps" ! Pour notre malheur, ce mot existe, aiguisant notre perplexité devant l'objet fuyant qu'il paraît désigner. Ce sentiment se dissipe quelque peu si l'on s'avise que le temps n'est pas un objet, une sorte d'"éther" processuel dont il y aurait sens à se demander s'il "existe", s'il est "un" ou "multiple", comment il s'y prend pour "passer", ou s'il est susceptible d'"accélérer" ou de "ralentir", etc. Les difficultés resurgissent si l'on reconnaît qu'il n'est peut-être pas davantage un concept, un instrument intellectuel permettant de catégoriser et de classifier une diversité de phénomènes ou de traits "temporels" en les rapportant à des plans d'expérience hétérogènes (vécu et mesure, consciences et horloges, etc.). Je montrerai que s'il n'est pas un concept, le temps est pourtant à coup sûr une forme. Comme tel, il a moins affaire à des objets ou des domaines d'expérience qu'à des significations. Il y a deux grandes manières d'envisager cette forme temps. On peut le faire, classiquement, en y voyant la forme du changement, articulant succession et permanence : c'est le problème de la persistance. On peut le faire, et c'est plus rare, en y voyant une enveloppe du devenir rassemblant en faisceau une multiplicité de flux de durée plus ou moins dispersés : c'est le problème de la coexistence. Je m'intéresserai à ce second problème du point de vue d'une question aiguisée par la théorie de la relativité : quelle réalité accorder à la simultanéité à distance ? Je défendrai l'idée que c'est précisément au moment où la simultanéité est réputée relative au choix d'un système de référence que son usage temporel acquiert une véritable portée formelle, en nous forçant à en généraliser le concept au-delà de ses figures locales ou globales: telle est la vraie leçon des jumeaux de Langevin. Enfin j'indiquerai comment un certain nombre de caractères habituellement associés à la seule dimension du successif (tels que la continuité, l'indétermination ou l'accélération) sont mieux compris si on les réfère d'emblée à la dimension du simultané. En renversant une formule de Kant, le "temps" pourrait bien s'avérer la plus intéressante des idées dérivées du simultané.

Elie During est maître de conférences en philosophie à l'université Paris Nanterre.
Publications
Faux raccords : la coexistence des images, Actes Sud, 2010.
Le Futur n'existe pas, B42, 2014.
Plusieurs éditions critiques de Bergson : Durée et Simultanéité (Puf, 2009), Le Souvenir du présent et la fausse reconnaissance (Puf, 2012).
Avec E. Alloa, a dirigé Choses en soi : métaphysique du réalisme, PUF, 2018.
À paraître en 2021 : une nouvelle édition de La Dialectique de la durée de Bachelard.

Alexei GRINBAUM : Le non-temps des machines apprenantes
Un phénomène qui, dans le langage du mythe, est exprimé par la locution "révéler un choix divin", se dit différemment à un autre niveau d'interprétation, dans l'explication des décisions prise par l'intelligence artificielle. Sur l'exemple de xAI (Explainable AI), problème d'explication dans l'apprentissage machine, cette intervention mettra en évidence un mélange intriqué des temporalités qui accompagne toute construction d'un récit explicatif.

Alexei Grinbaum est philosophe et physicien. Chercheur au laboratoire Larsim du CEA-Saclay, il est spécialiste de l'information quantique. Depuis 2003, il s'intéresse aux questions éthiques liées aux nouvelles technologies, notamment aux nanotechnologies, à l'intelligence artificielle et à la robotique. Il a été coordinateur pour la France de l'Observatoire européen des nanotechnologies et partenaire du projet européen "Recherche et innovation responsables en pratique" (RRI-Practice). Il est également Membre du Comité national pilote d'éthique du numérique et de l'IA et de la Commission d'éthique de la recherche en numérique (Cerna).
Publications
Mécanique des étreintes, Encre Marine, 2014.
Les robots et le mal, Desclée de Brouwer, 2019.

Jacques JACOT : Réflexions d'horloger en guise d'introduction à la journée
L'histoire des techniques utilisées en horlogerie est marquée par la recherche de la meilleure stabilité de marche d'une montre à une époque où les bateaux n'avaient pas d'autre moyen qu'une horloge pour repérer leur longitude sur le globe terrestre. De nos jours, les fonctions de la montre sont fort diverses : reflet de l'appartenance de son propriétaire à une catégorie de personnes dans la société, instrument servant à la ponctualité de son détenteur, indication sur le style de vie de son propriétaire, etc… Notre besoin de précision de la marche de la montre existe encore, mais il va de soi que la montre doit indiquer l'heure qu'il est sans défaillance! À celui qui la fabrique de trouver les bons critères pour concevoir un produit qui plaira à ses clients. En général nous souhaitons que notre montre soit toujours à l'heure sans jamais devoir la régler, même si elle reste quelques jours sur notre table de nuit. Nous verrons quelques écueils à vaincre pour que cet instrument soit robuste et comment les ingénieurs doivent analyser les fonctions à satisfaire pour y parvenir. Nous devons formaliser clairement les besoins des clients, même s'ils ne les ont jamais exprimés et nous serons jugés sur l'attractivité des produits mis sur le marché. Ce challenge requiert la mise en pratique de méthodes de conception qui se rapprochent fortement de celles de la démarche scientifique : définir clairement les objectifs à atteindre, construire une réponse à la demande formulée et mettre à l'épreuve la solution trouvée. Ici point de vérité à découvrir sur la nature du "temps", mais des réponses plus ou moins idoines aux besoins de se repérer dans des rythmes et des durées qui vont évoluer avec le public cible.

Ingénieur de formation, Jacques Jacot a travaillé à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne dans les asservissements pour robots d'assemblage de haute précision avant de faire 20 ans dans l'industrie dans la conception d'installations de production et de produits microtechniques alliant de la mécanique de précision, de l'électronique de mesure et du logiciel embarqué. Engagé ensuite comme professeur à l'EPFL à Lausanne il a mené un groupe de chercheurs travaillant sur mandats de l'industrie et s'est occupé de la formation d'ingénieurs universitaires. Depuis sa retraite, il continue de remplir des mandats de consulting en technologie de pointe pour des entreprises.

Étienne KLEIN : Et si le paramètre t n'était pas le temps ?
Chacun sait en effet que c'est Isaac Newton qui a introduit en physique la variable t dans les équations de la dynamique et qu'il a choisi de la baptiser "temps". Nous sommes tellement habitués à cette représentation qu'elle nous semble naturelle, au point que nous ne pensons plus à poser cette simple question : à partir de quelles connaissances antérieures a-t-il pu reconnaître le temps même sous les traits d'un être mathématique aussi rachitique ? En toute logique, il aurait dû nommer le paramètre t d'une autre manière, puisque ce temps physique, qu'il inventait, n'a aucune des propriétés que nous attribuons d'ordinaire à l'idée de temps. S'agit-il là du vrai temps, ou seulement d'une mutilante caricature ? Le paramètre t ne désigne-t-il qu'un temps amaigri, amputé ou incomplet, voire tout à fait autre chose que le temps ?

Étienne Klein est philosophe des sciences, directeur de recherches au CEA. Il dirige le Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière du CEA et est membre de l'Académie des technologies. Il anime tous les samedis sur France-Culture "La conversation scientifique".
Publications
Matière à contredire, essai de philo_physique, Champ-Flammarion, 2018.
Ce qui est sans être tout à fait, essai sur le vide, Actes Sud, 2019.

Roland LEHOUCQ : Que devient le temps dans l'espace-temps ?
La notion de chronologie est fondée sur une échelle de temps construite par accumulation de durées successives, réputées identiques. Elle a été totalement chamboulée par l'espace-temps des relativités restreinte et générale d'Einstein : l'ordre chronologique peut être renversé, la durée dépend de l'observateur, des horizons peuvent limiter la possibilité même d'une mise en relation des événements. En outre, dans la cosmologie moderne, dérivée de la relativité générale, il est question d'un "temps cosmique". Comme l'expansion de l'Univers est accélérée, il existe un "horizon des événements" que les objets lointains finiront par franchir, faisant petit à petit disparaître les indices de cette expansion et la possibilité même de la définition d'un temps cosmique.

Daniel S. MILO : Les autres noms du futur. De l'invention de demain ou réchauffement climatique
Trahir le temps I : le siècle. Le temps et un et indivisible ; pour le rendre intelligible, il faut le charcuter. Inventé vers 1600, le siècle a été adopté en 1800, quand la fin d'une ère coïncida avec la raison métrique. Depuis, les historiens ne cessent d'en nier le sens tout en étant incapables de s'en priver. Ils ont raison : plus les tranches temporelles sont arbitraires, donc neutres, plus elles sont heuristiques. L'histoire comme science est concomitante à la périodisation en siècles.
Trahir le temps II : le futur. La flèche du temps commence au Big Bang et s'arrête au présent ; le futur appartient au néant. La faculté de se projeter dans ce néant, de faire des plans, et de les partager avec autrui, a jailli en Afrique il y a 60000 ans. Parce qu'inexistant, l'à-venir sécrète des options à la chaîne. L'excès est né de la cuisse du futur.

Daniel S. Milo est né en Israël en 1953. Ex-EHESS, il compte à son actif neuf livres, trois vidéoarts et quatre productions théâtrales.
Aspects de la survie culturelle (thèse, 1986) traite du jugement de la postérité.
Trahir le temps (histoire) (1991) étudie en les manipulant quelques modes de découpage du temps : siècle, génération, décade, coupure avant-après JC, l'An Mil.
L'Invention de demain (2011) propose de voir en ce moment le small bang. Le livre développe le lien causal entre futur et excès.
Voir www.TooMuch.Us et Good Enough : The Tolerance for Mediocrity in Nature and Society (2019).

Pierre-Marie POUGET : L'idonéisme : un autre nom du temps, indissociable de la compréhension des autres
Le mathématicien-philosophe Ferdinand Gonseth (1890-1975) pense "en plein champ". Sa philosophie se caractérise au premier chef par le souci de l'idoine, de ce qui, dans la situation, convient au mieux. Pareil souci la tourne vers l'avenir à même son présent enrichi des leçons du passé. Elle place tout acquis, si élaboré et fiable soit-il, sous le sceau du révisable. Un "je ne sais quoi que l'on atteint d'aventure" la tient constamment ouverte à une éventuelle remise en question qui peut l'atteindre jusqu'en ses bases. De tels remaniements se sont produits et rien n'empêche qu'il s'en produira encore. Ils retentissent si profondément sur tous les aspects de l'expérience humaine, qu'ils entraînent le passage d'une époque à une autre. Dans ces conditions, tout nous laisse penser que l'idonéisme soit un autre nom du temps, indissociable de quelques autres. Nous nous proposons de le confirmer en nous appuyant sur les grandes lignes de cette philosophie.

Pierre-Marie Pouget, docteur en philosophie et professeur émérite, est président de l'Association Ferdinand Gonseth, fondée en 1971. Auteur de 28 ouvrages et de nombreux articles, il s'est spécialisé dans l'étude de la pensée gonséthienne. Ses centres d'intérêt tournent autour de l'histoire des sciences et de leur méthodologie.
Publications
Pour un nouvel esprit philosophique d'après l'œuvre de Ferdinand Gonseth, L'Aire 1994.
Haltes sur des chemins de campagne, une approche de Heidegger, L'Aire, 1995.
Ferdinand Gonseth, une manière suisse de philosopher, Muse 2014.
L'individualisme, source de danger et d'espoir, L'Harmattan, 2015.
Migrants, incarner les valeurs humaines. Mondialiser l'hospitalité, Chronique sociale, 2017.
Remise en question des croyances monothéistes. Croire autrement, Edilivre, 2019.

Hartmut ROSA
Directeur du Max-Weber-Kolleg / Institut d'études avancées à l'université de Erfurt, Harmut Rosa est titulaire d'une chaire de sociologie générale et théorique à l'université Friedrich-Schiller de Iéna, en Allemagne. Docteur honoris causa de l'université de sciences humaines d'Utrecht, il a travaillé comme professeur associé à la New School for Social Research de New York et à la FMSH/EHESS de Paris. De 2008 à 2018, il co-dirige également le journal Time and Society.
Publications
Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive (2012, 2014).
Résonance : une sociologie de la relation au monde (2018).

François ROUSSEL : Le tempo d'une pensée. Descartes à contretemps
Dans le cadre d'un colloque consacré aux "autres noms du temps", les raisons de se pencher sur quelques cheminements cartésiens tiennent à leur complexité et à leur équivocité eu égard à diverses dimensions temporelles entrecroisées, et ce sous un double éclairage :
- un aspect proprement philosophique et métaphysique qui a été naguère l'objet d'analyses fort denses, voire techniques sinon scolastiques, où les rapports entre les notions d'instant, de moment, de durée, de mémoire, d'accoutumance sont loin d'être simples et où, de manière schématique, s'opposent une interprétation "instantanéiste" des thèses cartésiennes les plus radicales concernant l'idée d'une "création des vérités éternelles" reliée à celle d'une "création continuée", et une interprétation plus complexe faisant droit aux significations équivoques que recouvre le terme de "temps" selon qu'il relève de la "substance étendue" (res extensa) ou de la "substance pensante" (res cogitans) ;
- un aspect rhétorique et politique qui manifeste une stratégie d'écriture, de circulation, de diffusion et éventuellement de publication des thèses cartésiennes très attentive aux contextes de réception et à leurs effets escomptés ou redoutés. Dans l'enchaînement ordinaire qui va de l'écriture à la publication (s'exposer aux jugements d'un public "lettré"), les textes projetés et promis par Descartes ont souvent fait l'objet de retards, de retardements, de contretemps parfois très calculés, parfois imprévus sinon imprévisibles, jusqu'à en suspendre indéfiniment la publication. Et au delà d'une éventuelle tendance à la procrastination, cette attitude ne tient pas seulement à une "prudence" par ailleurs compréhensible et légitime face aux risque de censure et de possible persécution relativement à telle thèse métaphysique, physique ou théologique. Il y a un étrange voire paradoxal rapport de Descartes au temps de la promesse et simultanément de la défiance à l'égard de toute projection ou anticipation qui retrancherait quelque chose d'une libre disposition de soi, comme si le moment propice à l'exposition d'une idée devait toujours être différé ou suspendu, comme en attente.

Isabelle SERÇA : Qu'a perdu et retrouvé Marcel Proust ?
Le temps est le personnage principal de l'œuvre de Proust, comme le montre le titre général, À la recherche du temps perdu ou le titre du dernier tome, Le Temps retrouvé. La Recherche se termine d'ailleurs par le mot "temps", qui résonne avec celui qui ouvre l'œuvre — "longtemps". Il est donc légitime de se tourner vers ce spécialiste du temps, d'étudier la représentation thématique et la mise en forme stylistique qu'il en donne pour apporter une contribution littéraire à ce colloque interdisciplinaire. Ce faisant, on s'empare des enjeux cognitifs de la littérature, qui nous permet de penser quelque chose d'aussi insaisissable que le temps. C'est le pari du programme ProusTime, "penser le temps avec Marcel Proust, des sciences humaines aux sciences exactes en passant par les arts", dont on dira un mot.

Isabelle Serça est professeure à l'université de Toulouse-Jean Jaurès. Elle a participé au Dictionnaire Marcel Proust (Champion, 2004), a publié Les coutures apparentes de la Recherche (Champion, 2010) et a dirigé (avec G. Henrot) Marcel Proust et la forme linguistique de la Recherche (Champion, 2013) et, avec M. Bonazzi et C. Narjoux, La langue de Maylis de Kerangal : "Étirer l'espace, allonger le temps" (EUD, 2017). Son dernier livre (Esthétique de la ponctuation, Gallimard, "Blanche", 2012) pose la ponctuation comme un objet esthétique en littérature et dans les arts. Elle anime le programme transdisciplinaire Idex ProusTime qui vise à penser le temps à partir de la Recherche avec une équipe de chercheurs de tous horizons ; la publication du Dictionnaire ProusTime est prévue en janvier 2022 aux éditions Le Pommier. Elle organise régulièrement des manifestations interdisciplinaires sur le temps et sur la mémoire qui conjuguent des points de vue divers pour le public universitaire comme pour le grand public.

Virginie van WASSENHOVE : Le temps est-il un "cas" de conscience ?
Si l'on se passe du mot "temps" en neurosciences, le cerveau devient une architecture figée sans conscience, sans souvenir, sans perception, sans attente, sans pensée, bref sans "moi". Le cerveau, matière organique molle, est aussi un système à la dynamique endogène complexe qui doit être explicable selon les lois de la physique. Une approche physicaliste pourrait considérer que le cerveau permet, métaphoriquement, le mouvement — de la motricité corporelle aux constructions logiques de la pensée. Cependant, elle n'explique pas la phénoménologie, la réalité psychologique, ou même la signification de la pensée qui accompagnent la vie consciente humaine (et aussi, en grande partie, animale). Le temps n'échappe pas à cette limitation : décrire l'entropie du système cerveau dans le référentiel de l'observateur externe fournit une description de son vieillissement ou de son entropie sans rendre compte de la phénoménologie associée (consciente ou non). L'approche fonctionnaliste en neurosciences de la cognition considère que la structure et les règles endogènes qui régissent les capacités mentales — génératrices de la conscience — reposent sur des cartes cognitives. Ces cartes générées par l'activité des neurones permettent la construction d'un système de coordonnées espace-temps abstrait au sein du cerveau. L'hypothèse est donc que le temps psychologique, comme cas de conscience, implique la génération neuronale d'une carte cognitive mesurable.

Publications
Gauthier B., Pestke K., van Wassenhove V. (2019), "Building the Arrow of Time… Over Time : A Sequence of Brain Activity Mapping Imagined Events in Time and Space", Cerebral Cortex, 29(10), 4398-4414.
Kononowicz T. W., Roger C., van Wassenhove V. (2019), "Temporal metacognition as the decoding of self-generated brain dynamics", Cerebral Cortex, 29(10), 4366-4380.
Grabot L., van Wassenhove V. (2017), "Time order as psychological bias", Psychological science, 28(5), 670-678.
Van Wassenhove V. (2016), "Temporal cognition and neural oscillations", Current Opinion in Behavioral Sciences, 8, 124-130.
Kösem A., Gramfort A., van Wassenhove V. (2014), "Encoding of event timing in the phase of neural oscillations", Neuroimage, 92, 274-284.
Van Wassenhove V. (2009), "Minding time in an amodal representational space", Philosophical Transactions of the Royal Society B : Biological Sciences, 364(1525), 1815-1830.

Francis WOLFF : Fiat nunc. "Que le maintenant soit ! Et le monde fut". Le big bang métaphysique
Le temps est-il définissable ? Autrement dit, le temps est-il conceptualisable ou relève-t-il d'une intuition inanalysable ? Pourrait-on faire entendre à un esprit parfaitement rationnel mais hors du temps ce qu'est le temps ? La plupart des philosophes modernes en ont douté. Encore faut-il montrer ce qui, du temps, résiste au concept. C'est ce que nous nous proposons d'abord de faire en recourant à une méthode négative : mener le plus loin possible la réduction logique du temps et mesurer l'impasse à laquelle cette entreprise se heurte. On réduit donc d'abord les déterminations du temps-devenir (présent, passé, futur), qui dépendent de la situation temporelle d'un sujet, aux relations objectives entre entités temporelles (simultanéité, antériorité). On réduit ensuite ces relations elles-mêmes à des relations logiques (relation d'équivalence et relation d'ordre). On réduit ensuite ces relations à des principes rationnels. On parvient finalement à trois concepts et à trois principes rationnels : d'un côté les concepts d'existence (qui n'est pas un concept stricto sensu), celui d'état du monde (comme ensemble des états de choses compatibles), et celui de monde (comme ensemble des états du monde incompatibles) ; et d'un autre côté le principe de contradiction et les principes que j'appellerai de raison identificatrice et de raison "altérisatrice". On se heurte alors à deux difficultés insurmontables qui signent la réintroduction nécessaire du temporel dans le logique : les différents états du monde ne peuvent pas à la fois exister et déterminer le suivant ; un même état de chose ne peut pas à la fois exister dans le monde et dans un état du monde. Or ces deux contradictions sont dues l'une et l'autre à l'impossibilité de conceptualiser le "maintenant". Mais inversement, elles révèlent qu'il suffirait de se donner l'existence du "maintenant" pour se donner l'existence du temps et même celle du monde. Un seul fiat nunc s'avère ainsi suffisant à produire l'existence d'un monde spatio-temporel. On en conclut que le "maintenant" est l'équivalent métaphysique du big bang physique.

Francis Wolff est professeur émérite de philosophie à l'École normale supérieure (Paris). Il a aussi été professeur aux universités de São Paulo (Brésil) et de Nanterre.
Publications sur le temps
"Aristote face aux contradictions du temps", in Aristote et la pensée du temps, Presses de l'université de Nanterre.
A dirigé le numéro spécial de la Revue de métaphysique et de morale, 4, 2011 sur "Temps physique, temps métaphysique", avec une contribution intitulée : "Le temps comme concept hybride".
Dire le monde, 3ème ed. augmentée, Hachette-Pluriel, 2020.


Le temps suspendu, par Chloé MOGLIA (artiste et trapéziste)
La suspension du corps, comme celle du souffle, entraîne la sensation que le temps aussi se suspend, voire se dilate. Suspension rime avec cessation. En effet, une certaine activité s'arrête : on a cessé de courir partout. On n'avance plus, ayant troqué le plan horizontal de nos habitudes et de nos cheminements pour une verticale sèche qui ne mène nulle part. Dans ce nulle part, il n'y a finalement qu'à bien se tenir pour survivre et, si la magie opère, pour observer. Notre rapport à l'agir change : agitation, action et cogitation tendent à se dissoudre. Si nous y prêtons attention, un espace et un temps s'ouvrent. Cela se déploie dans le silence, entre le lourd et le léger, entre le grave et le moins grave, entre des matières à forte densité et le si peu palpable des nuages. Afin de partager ces observations, je présenterai la performance Horizon et raconterai plus en détail où me mènent ces observations qui relient l'effort, le souffle, le poids, les idées et les récits, l'attention, le corps, les sens, le temps, le vertige et les peurs

Chloé Moglia étudie suspendue dans le vide. Elle s’intéresse particulièrement aux sensations de dilatation et de contraction du temps, aux variations du poids et aux fluctuations de l’attention dans les différents régimes d’activité qu’offre la suspension. Elle déploie une grande part de ses activités dans le domaine du spectacle, des arts visuels et de la performance, au sein du Rhizome (www.rhizome-web.com)
Publication
Pratiquer la question, Revue Esquisse(S), n°15.


SOUTIENS :

• Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Fondation suisse d'études
Horlogerie Audemars Piguet

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


MUSIQUES SACRÉES EN NORMANDIE : RITES ET PRATIQUES
( XIIe - XXIe SIÈCLES )


DU DIMANCHE 18 JUILLET (19 H) AU JEUDI 22 JUILLET (14 H) 2021


Missale ad usum Montis Sancti Michaelis, XIIIe s., Bibliothèque patrimoniale, Ville d'Avranches, Ms 42 f. 437


DIRECTION :

Jean-Baptiste AUZEL, Georges-Robert BOTTIN, Jean-François DETRÉE, François NEVEUX


ARGUMENT :

Les importantes collections encore conservées de manuscrits liturgiques, le récit des visites pastorales, nous montrent que, dès le XIIIe siècle, la vitalité de la musique religieuse est grande dans les églises et abbayes normandes mais, aussi, que grandes sont les difficultés quotidiennes rencontrées dans sa mise en œuvre. Cependant, sa pratique a été, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, un élément structurant de la vie musicale régionale, notamment par le cadre pédagogique qu'elle offrait. Il faut attendre une autre époque, la fin du XIXe siècle, pour qu'un regard historique soit porté par quelques érudits et musicologues sur cette longue histoire.

Depuis la fin du XXe siècle, l'intérêt des musicologues français s'est peu à peu porté sur la vie musicale des provinces françaises, puis, sous l'impulsion d’historiens, les musiciens d'église sont devenus un objet d'étude, en particulier en ce qui concerne le XVIIIe siècle, comme en témoigne l'enquête Muséfrem en cours ("Musiciens d'Église en 1790").

La Normandie a toute sa place dans cette réflexion que ce colloque voudrait mener, sur une longue durée, allant du cadre rituel et institutionnel défini au Moyen Âge jusqu'aux pratiques contemporaines, où se rejoignent l'évolution liturgique, depuis Vatican II, et un contexte culturel où la musique sacrée retrouve étonnamment sa place.

Trois axes se dégagent pour faire un point historiographique sur la musique sacrée en Normandie :
1. Les cadres de la pratique de la musique sacrée : rites, livres et répertoires, typologie des communautés et des musiques ;
2. Les acteurs de la musique sacrée : les professionnels, les organistes, les compositeurs, les assemblées ;
3. Les instruments de la musique sacrée : l'orgue, l'harmonium, les autres instruments et leurs représentations.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Abbaye, Chant, Compositeur, Concert, Création, Église, Festival, Interprétation, Liturgie, Musique, Orgue, Usages


CALENDRIER DÉFINITIF :

Dimanche 18 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Lundi 19 juillet
I - LES RÉPERTOIRES ET LES RITES, DU MOYEN ÂGE À NOS JOURS
Matin
Jean-Baptiste AUZEL : Présentation
Jean-François DÉTRÉE : De l'ordinaire au cérémonial
Guillaume ANTOINE & Louis CHEVALIER : Le chant liturgique du Mont Saint-Michel (XIe-XVe siècles)
Laurence BRISSET & Océane BOUDEAU : Autour du tropaire de Saint-Évroult

Après-midi
Frère Maximilien LAUNAY : Le répertoire des Prémontrés de l'abbaye de Mondaye
Christine NEVEU : Au Mont Saint-Michel, le chant des Fraternités Monastiques de Jérusalem

Soirée
"HORS LES MURS" - À COUTANCES
Concert à la chapelle du Sacré-Cœur du collège Guérard (Institut Jean-Paul II de Coutances), musique sacrée normande des XIXe et XXe siècles (Vincent GENVRIN, Françoise MASSET & Julie HASSLER)


Mardi 20 juillet
Matin
Georges-Robert BOTTIN : Les cantiques de pèlerinages dans la Manche (fin XIXe et début XXe siècle)
Bruno CENTORAME : La musique religieuse à l'Institut Saint-Paul de Cherbourg (début XXe siècle)

Après-midi
"HORS LES MURS" - À L'ABBAYE DE LA LUCERNE
SÉANCE PUBLIQUE
Visite de l’abbaye, avec Nicolas LECERVOISIER
Nicolas LECERVOISIER : L'abbé Lelégard et le patrimoine musical normand

II - MUSICIENS ET INTERPRÈTES
Présentation générale de l'enquête Muséfrem en Normandie
Pierre MESPLÉ : Les maîtres de musique des cathédrales normandes
Jean-François DÉTRÉE : Présentation de l'orgue de la Lucerne
Dominique DUMONT, François MOREAU & François NEVEUX : Conférence-Concert à l'orgue autour d'œuvres de compositeurs normands (XVIIIe-XXe siècles)

Dîner sur l'herbe

Soirée
"HORS LES MURS" - À L'ABBAYE DE LA LUCERNE
Concert Festival musical de l'abbaye de la Lucerne : musique médiévale normande (Ensemble De Caelis, dir. Laurence BRISSET)


Mercredi 21 juillet
III - AUTOUR DE L'ORGUE
Matin
Maurice ROUSSEAU : Les Orgues Portatifs à tuyaux polyphones en Normandie
François NEVEUX : Histoire des orgues de Bayeux (XVIIIe-XIXe siècles)
Bernard JEHAN : Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892

Après-midi
"HORS LES MURS" - SÉANCE ILLUSTRÉE DE MUSIQUES TENUES EN L'ÉGLISE DE CERISY-LA-SALLE
SÉANCE PUBLIQUE
Fabrice SIMON : Paul Allix, un organiste compositeur à Cherbourg au XXe siècle [conférence illustrée à l'orgue]
Bernard JEHAN & François LEMANISSIER : Que sait-on des orgues de Saint-Lô ?
François LEMANISSIER : Organiste d'église aujourd'hui, témoignage
"Essai de restitution de la liturgie paroissiale à Cerisy-la-Salle au début du XXe siècle", concert commenté par Henri VALLANÇON, Guillaume ANTOINE et Georges-Robert BOTTIN

Soirée
François DUPOUX : L'harmonium au-delà des salons parisiens [concert-conférence]


Jeudi 22 juillet
IV - DES PRATIQUES EN ÉVOLUTION
Matin
Maurice ROUSSEAU : L'orgue à rouleaux dans les églises, 1800-1850

Musique sacrée et ses usages aujourd'hui, entre cultuel et culturel, table ronde avec Jean-Baptiste AUZEL, Jean-François DETRÉE, Daniel JAMELOT, Christophe JEANSON, François NEVEUX et Maurice ROUSSEAU

Jean-Baptiste AUZEL, Georges-Robert BOTTIN, Jean-François DETRÉE & François NEVEUX : Conclusions générales

Après-midi
DÉPARTS

CONCERTS "POST-COLLOQUES"
- Cathédrale de Coutances (17h) : Récital d'orgue, par François LEMANISSIER et François NEVEUX
- Église Saint-Pierre de Coutances (21h) : "Psaumes et cantiques en français dans la Normandie du XVIIe siècle", par Le Trésor d'Orphée


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Guillaume ANTOINE & Louis CHEVALIER : Le chant liturgique du Mont Saint-Michel (XIe-XVe siècles)
Sanctuaire consacré à saint Michel et lieu de vie canoniale (v. 708) et monastique (966), le Mont Saint-Michel posséda au Moyen-Âge une riche liturgie en partie héritée de l'ordo de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon diffusé en Normandie au XIe siècle. Son cursus canendi est présenté dans plusieurs livres liturgiques, parmi lesquels un missel et un évangéliaire-nocturnal pourvus d'une notation carrée sur lignes ; le rôle des officiers de la liturgie nous est connu par les prescriptions des ordinaires et du cérémonial de l'abbaye. Après avoir établi le catalogue des sources nécessaires à l'étude du chant du Mont Saint-Michel au Moyen-Âge, nous étudierons le chant propre de l'abbaye et sa notation, puis les circonstances de son exécution lors des offices, des processions et des drames liturgiques au long de l'année.
Bibliographie
A. Colk Santosuosso, Letter Notations in the Middle Ages, Ottawa, The Institute of Mediaeval Music, 1989.
D. M. Dolan, Les drames liturgiques de Pâques en Normandie et en Angleterre au Moyen-Âge, Paris, Presses universitaires de France, 1975.
Millénaire du Mont Saint-Michel, T1 : Histoire et vie monastique, J. Laporte (dir.), Paris, Lethielleux, 1967.

Diplômé en direction de chœur et paléographie musicale de l'École internationale du Chœur grégorien de Paris, chef de chœur de la Schola Collegium Normannorum, Guillaume Antoine est prêtre du diocèse de Coutances. Il participe chaque année au "Festival de musique du Mont Saint-Michel et sa baie Via Aeterna".

Chercheur postdoctoral (CRAHAM-Centre Michel de Boüard. Université de Caen Normandie), Louis Chevalier a soutenu en 2019 à l'université de Caen Normandie une thèse d'histoire consacrée à l'étude et à l'édition critique et numérique des deux ordinaires liturgiques du Mont Saint-Michel (XIVe-XVe s.).

Laurence BRISSET & Océane BOUDEAU : Autour du tropaire de Saint-Évroult
Un des principaux monuments musicaux du répertoire normand, le tropaire de l'abbaye de Saint-Évroult (Paris, BnF, lat. 10508), copié au XIIe siècle, comprend un répertoire de tropes de l'ordinaire de la messe, mais aussi d'autres chants pour la messe, notamment des proses. L'objectif de cette communication sera de présenter ce manuscrit en insistant sur ses particularités. Très répandus au Moyen Âge, les tropes, qui consistent en des ajouts textuels et/ou musicaux à un chant préexistant, fascinent par leur procédé de composition et leur inventivité. La notation musicale avec laquelle le manuscrit a été noté sera également étudiée. Cette notation dite "normande", sous-famille des notations françaises, comporte certaines caractéristiques qui s'amenuiseront au XIIIe siècle avec la généralisation des portées et la standardisation des notes qui marquent une certaine homogénéisation notationnelle.

Après ses études au CNSMDP, Océane Boudeau a soutenu sa thèse consacrée à l'office de la Circoncision de la cathédrale de Sens (EPHE, 2013). Elle bénéficie actuellement d'un contrat de recherche auprès de l'Universidade Nova de Lisbonne. Outre son intérêt pour la musique liturgique dans les sources médiévales portugaises et espagnoles, elle continue à travailler sur le plain-chant de la France septentrionale.

Bruno CENTORAME : La musique religieuse à l'Institut Saint-Paul de Cherbourg (début XXe siècle)
Créé en 1907, l'Institut Saint-Paul de Cherbourg est l'héritier du collège de Valognes, séminaire sous l'Ancien Régime ; en 1918, Georges Grente, son supérieur, futur cardinal et membre de l'Académie française, fut sacré évêque du Mans à l'église Notre Dame du Vœu de la ville. Durant l'entre-deux-guerres, l'on y relevait le soin apporté aux cérémonies religieuses, ainsi que la qualité de la vie musicale due au chanoine Jean Richard (1876-1957), professeur d'anglais, directeur et préfet des études à partir de 1930. Maître de chapelle, organiste — un orgue Mutin Cavaillé-Coll fut mis en place dans la chapelle en 1924 — il était également professeur de piano et d'harmonium et constitua une chorale renommée (70 choristes en 1939) ainsi qu'une formation orchestrale jouant des œuvres de Lully, Rameau, Grétry, Mozart, Schumann, Mendelssohn… Le répertoire de la chorale, d'un grand éclectisme (Josquin des Prés, Bach, Haendel, Scarlatti), allait du chant grégorien à Guilmant et Déodat de Séverac. Les compositeurs contemporains cherbourgeois Joseph Noyon et Paul Allix étaient mis à l'honneur, mais l'orientation générale des dernières années tendait vers la polyphonie palestrinienne, ainsi en était-il durant les offices de la Semaine Sainte.

Bibliographie
Le Mémorial de l'Institut Saint-Paul de Cherbourg (1919-1959)
Bruno Centorame, L'Institut Saint-Paul de Cherbourg, Art de Basse-Normandie, n°102 consacré à l'abbé Marcel Lelégard, Caen, 1995.

Jean-François DÉTRÉE : De l'ordinaire au cérémonial
Les "antiquaires" qui, dans les premières années du XIXe siècle, se sont interrogés sur l'histoire de la musique en Normandie ont, d'emblée, posé leurs recherches dans le contexte d'une histoire culturelle dominée par la double référence aux figures du sacré et du profane : d'une part, celle des premiers siècles de christianisation et, d'autre part, celle des invasions scandinaves. À la première, appartiendrait la longue tradition du chant religieux ; à la seconde, celle d'une hypothétique tradition de musique épique. L'une et l'autre se trouvent inscrites dans des rituels certes différents, mais tous les deux placés sous le signe de la mémoire : rituel liturgique qui fait mémoire de la Révélation, et rituel profane qui ferait mémoire de l'histoire des hommes. Si les contours du second volet de cette histoire musicale restent encore très incertains, les sources relatives au premier sont abondantes (manuscrits notés, cérémoniaux, iconographies) et justifient de l'interroger sur la longue durée, ce qui sera l'objet de ce colloque. Ces musiques sacrées n'étant rendues possibles et nécessaires qu'en référence aux rituels dont elles sont l'expression sonore, la dualité "rites et pratiques" s'est imposée comme un fil directeur pour l'orientation des recherches et le choix des communications. En le suivant, nous verrons que, loin d'avoir un caractère immuable, les répertoires et les usages ont subi l'influence des évolutions culturelles et sociales du monde profane, reliant ainsi les deux facettes de la vie musicale.

Après des études de philosophie et de sciences politiques (mais aussi de musique), Jean-François Détrée est nommé, en 1970, organiste titulaire du grand orgue de la cathédrale de Coutances. En marge de ses activités professionnelles, il publie régulièrement des articles relatifs à l'histoire de la musique en Normandie et valorise divers aspects de patrimoine par des restitutions d'œuvres, des expositions ou l'organisation de concerts. Une synthèse de ce travail est proposée dans la publication de Musiciens et musique en Normandie (2010). Depuis 2014, il participe au réseau MUSEFREM (Musiciens d'Église en France à l'époque moderne).
Bibliographie
P. Aubry, La musique et les musiciens d'église en Normandie au XIIIe siècle, 1906.
C. Davy-Rigaux, B. Dompnier, D.-O. Hurel, Les cérémoniaux catholiques en France à l'époque moderne, 2009.
Base MUSEFREM (URL pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/orne) : Départements de l'Eure (Pierre Mesplé), de la Manche (Jean-François Détrée) et de l'Orne (Sylvie Granger).

François DUPOUX : L'harmonium au-delà des salons parisiens
Le XIXe siècle, avide d'émotion, ne tarda pas à faire naître un nouvel instrument à clavier qui, comme l'orgue, était à sons tenus certes, mais doté d'expression. En 1943 François-Alexandre Debain déposait le brevet qui devait lui donner son nom : l'harmonium. Adopté par la grande famille de la musique de chambre, il fit les plus belles heures des salons parisiens du seconde empire. Mais, très vite, les facteurs d'instruments de plus en plus nombreux ont vu en lui un succédané de l'orgue et inondant de leur production, églises, chapelles et autres oratoires lui ont conféré la réputation largement répandue qu'on lui connaît encore aujourd'hui, confinant à la caricature. Après avoir séduit compositeurs, interprètes et mélomanes, l'harmonium — et sa fabrication — allait de l'atelier à l'usine, apporter sa contribution au renouveau de la musique religieuse et aux essors industriels, sociaux, et pédagogiques qui ont illustré son époque. La Normandie en est un exemple clair, simple et attachant.

Bibliographie
Dieterlen Michel, L'harmonium, Thèse de doctorat D'État, Presses universitaires du Septentrion, Novembre 2000.
Revue de l'association "L'harmonium français", numéros 3, 4, 7, 9 14, 23 (harmonium.fr).

Bernard JEHAN : Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892
Pendant un demi-siècle, à Coutances, une famille de six facteurs d'orgues sur deux générations a construit des instruments pour la Manche, la France et même l'étranger. Pierre Ménard (1799-1886) travaille comme ouvrier en facture d'orgues à Paris. En 1839, après six mois chez Cavaillé-Coll, il revient à Coutances et ouvre un atelier. Il forme son demi-frère Célestin (1820-1887) qui, tout juste ouvrier, ouvre à son tour un atelier. Deux cousins de Ménard, Eugène Orange (1825-1887) et Henri Laforge (1838-…) apprennent avec lui le métier. Eugène Orange menuisier et facteur d'orgues dispose d'un atelier. En 1857, Ménard et Orange fournissent à Cavaillé-Coll un petit orgue de 6 jeux-8 tirants. Cette collaboration va durer plus de vingt ans. Émile Ménard fils de Célestin (1850-1892) et Auguste Orange (1859-1895) fils de Eugène deviennent à leur tour facteurs d'orgues. Actuellement, en France, 17 de leurs instruments sont en service et 7 d'entre eux bénéficient d'une protection au titre des Monuments Historiques.

Bernard Jehan, prêtre en retraite, s'intéresse particulièrement à l'histoire des orgues de la Manche. Il a publié, en 1990, Les orgues de Notre-Dame de Carentan (épuisé) entretenus par Ménard-Orange. Il publie en 2020, Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892.

Frère Maximilien LAUNAY : Le répertoire des Prémontrés de l'abbaye de Mondaye
Forte d'une histoire multiséculaire, l'abbaye de Mondaye a hérité d'une tradition musicale et chorale propre à son ordre des chanoines réguliers de Prémontré. Néanmoins, la réforme liturgique initiée par la constitution Sacrosanctum Concilium (SC) du concile Vatican II l'a conduite à adapter l'office divin "de telle sorte que ceux à qui il est confié puissent en profiter plus largement et plus facilement" (SC 90). L'office choral célébré quotidiennement est donc le reflet d'une telle recherche théologique et pastorale : abandon, maintien ou rétablissement du chant grégorien ; choix d'une traduction française du psautier ; sélection de compositions d'antiennes et d'hymnes… La présente contribution veut établir un portrait musical, entre héritage et adaptation, de la communauté de Mondaye.

Frère Maximilien Launay, o.praem., est chantre de l'abbaye de Mondaye depuis 2014. Après un cursus à l'Institut supérieur de liturgie (de l'Institut Catholique de Paris), il est titulaire, en juin 2020, d'une licence canonique en théologie liturgique et sacramentaire.

Bernard JEHAN & François LEMANISSIER : Que sait-on des orgues de Saint-Lô ?
Répondre à cette question consistait à citer Lepingard, 1882, donnant des informations de 1663 à 1842 pour Notre-Dame de Saint-Lô et l'on parlait de l'orgue construit par Debierre en 1885. À l'église Sainte-Croix, on citait la reconstruction de Debierre en 1892. La mise à jour de nouvelles archives permet d'en savoir plus sur l'installation d'un orgue Barker-Verschneider en l'église Sainte-Croix en 1865, agrandi par la suite, et relevé par Gloton en 1933. À Notre-Dame, en 1857, Cavaillé-Coll fournit un devis de reconstruction de l'orgue. En 1929, Gloton installa une soufflerie électrique et l'orgue actuel fut inauguré en 1968. La chapelle du Collège de Saint-Lô maintenant détruite possédait un orgue de 11 jeux (1886-1908), transféré à Percy en 1916. La chapelle du Bon-Sauveur, en 1905, avait un petit instrument de 5 jeux, un Orgue Portatif de Debierre, anéanti en 1944. L'institut d'Agneaux avait un orgue endommagé en 1944, suivi d'un projet de reconstruction en 1963. Enfin récemment quatre petits orgues ont été installés sur Saint-Lô.

Bernard Jehan, prêtre en retraite, s'intéresse particulièrement à l'histoire des orgues de la Manche. Il a publié, en 1990, Les orgues de Notre-Dame de Carentan (épuisé) entretenus par Ménard-Orange. Il publie en 2020, Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892.

François Lemanissier, organiste titulaire de Notre-Dame et de Sainte-Croix de Saint-Lô (depuis septembre 1980), ainsi que de la Cathédrale de Coutances (à partir d'avril 2020).

François LEMANISSIER : Organiste d'église aujourd'hui, témoignage
En un temps où la fonction de l'organiste semble de plus en plus être réduite à portion congrue — celle de donner la note au chant ou de combler les creux éventuels durant l'office, il paraît souhaitable de repenser le rôle éminent de l'orgue et de l'organiste dans la liturgie. Nourri d'une relecture de divers textes officiels en vigueur concernant les attentes de l'organiste liturgique, le témoignage du musicien saint-lois François Lemanissier veut contribuer à redonner à l'orgue toute sa place, en s'attachant à faire de l'organiste un serviteur exigeant et réfléchi de l'Église d'aujourd’hui.

François Lemanissier, organiste titulaire de Notre-Dame et de Sainte-Croix de Saint-Lô (depuis septembre 1980), ainsi que de la Cathédrale de Coutances (à partir d'avril 2020).
Bibliographie
Collectif, Charte des organistes (28 novembre 2000).
Pape François, Discours prononcé devant une délégation d'organistes, 31 décembre 2013.
Victor Hugo, "Dans l'église de***", in Les Chants du Crépuscule.
René Huyghe, "L'art entre le visible et l'invisible", Revue des deux mondes, janvier 1987.

Pierre MESPLÉ
Pierre Mesplé est agrégé d'Histoire, doctorant en Histoire moderne au CHEC (Centre d'Histoire "Espaces et Cultures") - EA 1001 [Université Clermont Auvergne], et membre du réseau Muséfrem.
https://chec.uca.fr/article574.html
Publication
"La Révolution, un accélérateur de carrière pour les musiciens de la cathédrale de Chartres ?", Siècles, n°45 | 2018 [en ligne].

Christine NEVEU : Au Mont Saint-Michel, le chant des Fraternités Monastiques de Jérusalem
Le concile Vatican II est, avec le concile de Trente, l'un des événements majeurs de l'histoire de l'Église catholique à l'époque moderne. Dans l'un et l'autre cas, il y fut question de doctrine, de liturgie et de mesures à prendre pour réagir face à l'évolution du monde et de la société. Les nouveaux usages de la musique liturgique, définis par le concile Vatican II, concernent les communautés séculières et régulières ainsi que l'ensemble des communautés nouvelles qui sont apparues ou se sont développées dans les années qui ont suivi. Les Fraternités Monastiques de Jérusalem, fondées en 1975 à Paris et implantées au Mont Saint-Michel depuis 2001, en sont l'un des exemples. La physionomie du chœur formé par cette communauté, tout autant que son répertoire, et sa démarche spirituelle, intimement liée au geste musical — entre traditions et modernité — méritent une attention particulière. C'est sur cette originalité que cette communication s'attachera à projeter quelques lumières.

Christine Neveu est chanteuse, chef de chœur, formatrice à la pratique vocale. Elle assure la fonction de maître de chant au Mont Saint Saint-Michel auprès des Fraternités Monastiques de Jérusalem depuis mars 2002. Elle a assuré la même fonction pendant plusieurs années auprès des religieuses du Carmel d'Avranches et de celui de Saint-Pair.
Bibliographie
Olivier Landron, Le catholicisme français au rythme du chant et de la musique, Paris, 2014.
Frédéric Lenoir, Les communautés nouvelles, Paris, 1988.
André Gouzes & René Poujol, Sylvanès, histoire d'une passion, Paris, 2010.
Pierre-Marie Delfieux, La liturgie et nos liturgies, Paris, 2009.

Maurice ROUSSEAU : Les Orgues Portatifs à tuyaux polyphones en Normandie
Louis Debierre et Successeurs 1871-1965
Géographie & Histoire
Une alternative aux harmoniums, un produit d'appel pour un grand-orgue ; un complément à des orgues existants. Les cinq départements de Normandie sont un territoire particulièrement pourvu de ces instruments (39 exemplaires sur plus de 400) : les exemplaires présents y couvrent pratiquement toute la production du n°16 au n°433 (avant dernier).
Utilisation
Orgue d'accompagnement par excellence, c'est l'orgue à la portée de tous les organistes y compris les plus amateurs, et dans tous les cas de figures avec une efficacité redoutable.
Évolution technique et esthétique
Des formules aux facettes multiples sous des dehors plutôt "discrets". Louis Debierre, fidèle à son comportement de chercheur toujours à l'affût — techniquement, le "Portatif à soufflerie indépendante" (1er brevet) puis l'application du "nouveau système de tuyaux à notes multiples" (2ème brevet) connaissent des mises à jours et des évolutions constantes au moins dans la période Louis Debierre, dans le sens d'une qualité sur tous les domaines et des impératifs de robustesse et d’entretien réduits au minimum.

Maurice ROUSSEAU : L'orgue à rouleaux dans les églises, 1800-1850
L'orgue à rouleaux et la tonotechnie qui va avec ne sont pas des inventions du XIXe siècle mais on les voit se répandre dans les églises à cette époque, essentiellement dans les paroisses rurales. Son fonctionnement est simple, il n'y a pas besoin de savoir lire la musique, juste les titres et savoir disposer le rouleau au bon endroit. Une synthèse de la composition des têtes de lectures donne un aperçu des notes "utiles" dans la musique d'orgues populaire de cette époque. L'analyse des rouleaux donne les éléments de la liturgie pratiquée dans les campagnes. Le répertoire est organisé de cette façon : les messes avec quelquefois un offertoire, une entrée, une sortie à la mode de l'époque ; Les autres offices tels que les vêpres, avec le Magnificat, les antiennes de la Sainte vierge ; Les hymnes et les proses ; Les cantiques. Il ne s'agit pas d'accompagnements mais de ritournelles d'introduction pour les cantiques, et de la partie non chantée par le chantre au cours des offices. L'expansion de l'harmonium, la publication des accompagnements du plain-chant et la réforme grégorienne seront fatales à l'orgue à rouleaux.

Fabrice SIMON : Paul Allix, un organiste compositeur à Cherbourg au XXe siècle
Paul Allix (1888-1960) est un organiste-compositeur et un pédagogue qui a marqué la ville musicale de Cherbourg. Son œuvre témoigne de l'évolution du langage musical dans la première partie du XXe siècle. Il a composé plusieurs pièces pour piano, orgue, ainsi que des mélodies qui ont été publiées et aussi des œuvres vocales religieuses non publiées.

Fabrice Simon a étudié l'orgue, l'improvisation et l'écriture musicale avec Yves Barreda (ancien titulaire des Orgues de la Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg). Il est entré ensuite dans la classe d'orgue de Louis Thiry au Conservatoire National de Région de Rouen, maître unanimement apprécié et admiré avec lequel il a étudié notamment l'œuvre d'Olivier Messiaen. Il a occupé les fonctions d'organiste titulaire des orgues de la Basilique Sainte-Trinité de 1997 à 2008. Il est actuellement cotitulaire des orgues la cathédrale de Bayeux et enseignant au collège-Lycée Jeanne d'Arc de Bayeux.


Présentation générale de l'enquête Muséfrem en Normandie

Depuis le début des années 2000, l'enquête Muséfrem (Musiques d'Église en France à l'époque moderne) réunit historiens et musicologues autour d'un objet commun : les professionnels de la musique et les institutions ecclésiales qui les emploient à la fin de l'Ancien Régime. Cette communication s'attachera a faire le point sur l'avancement des travaux pour ce qui concerne la Normandie. Elle présentera quelques grands corps de musique mais cherchera aussi à mettre en lumière le parcours de quelques femmes et hommes employés comme musiciens par ces églises à la veille de la Révolution.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


AUX ORIGINES DU JE : L'ŒUVRE DE PIERA AULAGNIER


DU JEUDI 15 JUILLET (19 H) AU JEUDI 22 JUILLET (14 H) 2021



DIRECTION :

Jean-François CHIANTARETTO, Aline COHEN DE LARA, Florian HOUSSIER, Catherine MATHA


ARGUMENT :

Grande figure de la psychanalyse, internationalement reconnue pour ses apports théoriques majeurs, Piera Aulagnier occupe une place centrale dans l'histoire du mouvement psychanalytique. Co-fondatrice du Quatrième Groupe, qui marque la rupture avec Lacan sur les questions liées à la formation des analystes, son œuvre se situe au croisement des deux courants majeurs ayant animé la psychanalyse après Freud. Entre le retour à Freud prôné par Lacan, mettant l'accent sur le langage, et l'héritage de Ferenczi, prolongé et renouvelé par Winnicott, mettant l'accent sur le rôle de l'environnement, elle propose une conception inédite de la construction psychique du sujet.

Piera Aulagnier a ainsi profondément renouvelé la pratique clinique des psychanalystes, notamment dans l'approche de la psychose. Mais elle a tout autant renouvelé la théorie freudienne, en particulier dans son approche des origines de la vie psychique et de l'articulation psyché/soma.

Les conférenciers invités sont des psychanalystes de différentes obédiences, sollicités non comme spécialistes de l’œuvre de Piera Aulagnier, mais pour témoigner de l'importance de cette œuvre dans leur propre démarche théorique et clinique. Ce colloque, dans l'esprit de colloques précédemment tenus à Cerisy(1), est animé par le projet de rendre plus visible la spécificité de la psychanalyse dans l'aire culturelle francophone. Le public visé sera le même : les psychanalystes, les professionnels de la santé et chercheurs se référant à la psychanalyse, mais aussi tous ceux qui s'intéressent authentiquement à la psychanalyse et à sa place dans la société contemporaine.

(1) Écriture de soi, écriture des limites [2013], Écritures de soi, écritures du corps [2015], L'écriture du psychanalyste [2016], La psychanalyse : anatomie de sa modernité (À partir des travaux de Laurence Kahn) [2018], Psychanalyse et culture : l’œuvre de Nathalie Zaltzman [2019].


MOTS-CLÉS :

Contrat narcissique, Histoire et mémoire, Langage et pensée, Parcours identificatoire, Processus originaire, Pulsion de mort, Violence de l'interprétation


CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 15 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 16 juillet
Matin
Ghyslain LÉVY : Gorgö ou la métamorphose de Narcisse
Yves LUGRIN : Avec Piera Aulagnier, "le temps de Ferenczi" pourrait-il venir ?

Après-midi
Dominique TABONE-WEIL : La mort à l'origine


Samedi 17 juillet
Matin
René KAËS : L'Entresujets dans l'entremonde. Penser le lien avec Piera Aulagnier

Après-midi
Mireille FOGNINI : Mes rencontres théorico-cliniques avec La violence de l'interprétation
Ellen CORIN : Possession, vous dites ? Aulagnier à la croisée des chemins [texte lu]


Dimanche 18 juillet
Matin
Pierrette LAURENT : Une métapsychologie de la rencontre
Dominique BOURDIN : Processus originaire et parcours identificatoire

Après-midi
Evelyne TYSEBAERT : Le Je. Ontologie de la vie d'âme


Lundi 19 juillet
Matin
Claire DE VRIENDT-GOLDMAN : Le tréfonds des mémoires
Isabelle LASVERGNAS : Ouvrir la clé du langagier

Après-midi
DÉTENTE


Mardi 20 juillet
Matin
Catherine CHABERT : Se construire un passé

Après-midi
Catherine MATHA : Condamné à désirer ?
Florian HOUSSIER : Déni du temps, déni des origines


Mercredi 21 juillet
Matin
Jean-François CHIANTARETTO : Le secret de la pensée
Emmanuelle CHERVET : Le plaisir de penser

Après-midi
Aline COHEN DE LARA : Une rencontre tardive et pourtant déjà là


Jeudi 22 juillet
Matin
Bilan du colloque

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Dominique BOURDIN : Processus originaire et parcours identificatoire
Dans le modèle par lequel Piera Aulagnier réinterroge la métapsychologie freudienne, le fond représentatif est défini par le concept "d'originaire" où l'activité représentative repose sur le pictogramme "qui ignore l'image de mot et a comme matériau exclusif l'image de la chose corporelle". Sa théorie des processus représentatifs propose une "métapsychologie de la représentation" dont elle livre une forme très construite dans son ouvrage de 1975 La violence de l'interprétation, en s'intéressant au travail de métabolisation, selon les trois processus originaire, primaire et secondaire. Le travail de métabolisation de l'originaire repose sur l'oscillation entre le "prendre en soi" et le "rejeter hors soi". Nous partirons de cette élaboration des premières formes de représentation pour interroger la notion de parcours identificatoire, en étant notamment attentifs à la potentialité psychotique et à l'auto-altération de soi, mais aussi à la constitution des défenses primaires et à leurs effets.

Dominique Bourdin est psychanalyste (SPP), agrégée de philosophie, docteur en psychopathologie fondamentale, titulaire d'une maîtrise de lettres classiques et d'une maîtrise de théologie. Elle a contribué aux Dictionnaire freudien de Claude Le Guen (PUF 2009) et au Dictionnaire Freud de Sarah Terquem-Contou (Robert Laffont, Bouquins, 2015).
Publications
La psychanalyse de Freud à aujourd'hui, Bréal, 2000, réédition 2013.
L'oubli, Dynamique du fonctionnement psychique, Armand Colin, 2004.
"Penser les temps préhistoriques de la vie psychique", in L'originaire et l'archaïque, RFP, 2017.

Catherine CHABERT : Se construire un passé
Se construire un passé, changer tout en restant le même, cette tâche paradoxale que Piera Aulagnier considère comme déterminante aux commencements de la vie d'adulte, me semble concerner tout engagement analytique. Les axes définis dans cette perspective, les enjeux des opérations mobilisées, et les concepts très particuliers qu'elle propose recèlent une formidable force d'attraction: la constitution du fond de mémoire, la création d'une légende fantasmatique, les liaisons entre le temps et les affects, entre narcissisme et pulsion de mort … autant de composantes fondamentales mises à l'épreuve dans et par le transfert, celui du patient et celui de l'analyste.

Catherine Chabert est psychanalyste, membre titulaire de l'Association psychanalytique de France, Professeur émérite à l'université Paris-Descartes. Ses travaux sont très centrés sur le féminin, le masochisme et la mélancolie mais aussi sur le transfert et la méthode psychanalytique. Par ailleurs, elle a également réalisé des recherches en psychopathologie qui ont donné lieu à la publication du Traité de psychopathologie (en 4 tomes Les névroses, Narcissisme et dépression, Les psychoses, Psychopathologies des limites, Dunod, 2008/2010). Elle a dirigé et contribué à de nombreux ouvrages collectifs (derniers parus : Les mères incertaines (2018), Régressions (2019), Folies paternelles (2020). Elle est l'auteur de Féminin mélancolique (2003), L'amour de la différence (2011), La jeune fille et le psychanalyste (2015), Maintenant il faut se quitter (2017). Dernier ouvrage paru : Les belles espérances. Le transfert et l'attente, PUF, "Le fil rouge", Octobre 2020.

Emmanuelle CHERVET : Le plaisir de penser
Lors du débat de 1976 dont les actes ont été publiés sous le titre Comment l'interprétation vient au psychanalyste (Major, 1977), Piera Aulagnier s'intéresse à l'interprétation dans le cadre de la névrose : l'interprétation réalise par un surinvestissement une élaboration psychique de la crise éveillée chez l'analyste par l'entendu venant du patient. Elle insiste sur la nécessité du plaisir lié à cette élaboration qui rétablit l'équilibre de l'écoute de l'analyste. Pour elle, au-delà de son contenu particulier, l'interprétation vise toujours le processus dans son ensemble. La violence de l'interprétation a été publié l'année précédente. La lecture croisée des deux propos me semble dégager la représentation d'un versant progrédient de l'interprétation qui rapproche pour l'analyste le travail avec la névrose de celui qui s'adresse aux situations dites non-névrotiques.

Emmanuelle Chervet, psychiatre, psychanalyste formateur de la SPP. Elle s'est intéressée au fonctionnement de pensée de l'analyste, travail dont est issu en particulier un rapport au Congrès des Psychanalystes de langue française sur le thème de l'interprétation : "Patient et interprète, le domaine intermédiaire", Rapport du 77e CPLF, RFP, 2017-5. On peut lire aussi "Les "sensations de processus". Remarques sur l'association libre et le rôle des sensations internes chez Freud", RFP, 2016-4.

Jean-François CHIANTARETTO : Le secret de la pensée
Penser en secret, penser le secret, mais aussi et surtout : la pensée comme (lieu du) secret. La théorie de la pensée proposée par Piera Aulagnier ne se réduit pas à l'idée d'un "droit au secret" comme "condition pour pouvoir penser". Je proposerai de l'envisager comme l'association d'une métapsychologie des processus de pensée de l'analyste en séance — dans la perspective ouverte par Ferenczi —, et d'une théorie inédite du penser, comme expérience de la solitude et de la transgression.

Jean-François Chiantaretto est psychanalyste (Quatrième Groupe) et professeur de psychopathologie (Université Sorbonne Paris Nord). Tous ses ouvrages et travaux abordent la question de l'interlocution interne, de la clinique des limites à l'écriture. Son dernier livre : La perte de soi (Campagne Première, 2020). Il vient par ailleurs de diriger avec G. Gaillard, les actes du colloque de Cerisy : Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman (Ithaque, 2020).

Aline COHEN DE LARA : Une rencontre tardive et pourtant déjà là
Comme les adolescents, les analystes ont eux aussi besoin de Se construire un passé, "ce travail de construction-reconstruction permanent d'un vécu passé (…) nécessaire pour nous orienter et investir ce moment temporel insaisissable que nous définissons comme présent". De La violence de l'interprétation, aux pictogrammes, en quoi est-il parfois nécessaire de s'approprier plus finement des concepts d'apparence si familiers, alors même qui relèvent d'un territoire et de sous-bassement théoriques quelque peu étrangers à l'analyste en séance. Par-delà les écoles analytiques, l'œuvre de Piera Aulagnier s'impose pourtant face à certaines situations, ce que je tenterai de montrer à travers des extraits de cures.

Aline Cohen de Lara est professeure de psychologie clinique et de psychopathologie à l'université Sorbonne Paris Nord, psychanalyste, membre de la SPP et co-directrice de la Revue française de psychanalyse. Ses recherches portent sur la psychopathologie des enfants, adolescents et jeunes adultes, notamment les pathologies de l'agir lorsque l'expression de la destructivité externalisée vient interpeller l'environnement et questionne l'intériorisation du surmoi. Elle a codirigé plusieurs ouvrages, dont La destructivité chez l'enfant, avec L. Danon Boileau, Monographies et Débats de Psychanalyse, Paris, Puf, 2014, et numéro de la RFP, dont "Pourquoi la guerre ?" et "Lacan aujourd'hui".
Publications
"Déliaison de vie ?", dans Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman, dir. J.-F. Chiantaretto & G. Gaillard, Colloque de Cerisy, Les Éditions d'Ithaque, 2020.
"Quelques considérations actuelles sur "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre"", dans Quelques motifs de la psychanalyse. À partir des travaux de Laurence Kahn, dir. O. Bombarde, C. Matha & F. Neau, Colloques de Cerisy, Les Belles Lettres, 2020.
"Fais pas ci, fais pas ça : un surmoi impatient", dans "L'impatience", RFP, Paris, Puf, n°2, 2018.
"Sentiment de persécution et intériorisation du surmoi", dans Persécutions, dir. André J., Petite bibliothèque de psychanalyse, Paris, Puf, 2018.

Ellen CORIN : Possession, vous dites ? Aulagnier à la croisée des chemins
Mon point de départ sera la brève introduction que Piera Aulagnier a écrite à un article décrivant un rituel de possession par les esprits en Afrique centrale, un article qu'elle a fait republier dans la revue Topique en 1978. Le fil conducteur qu'elle propose est celui de la causalité à l'œuvre dans ce rituel, et plus particulièrement celui de la "cause" de la guérison. Son commentaire ouvre sur deux lignes de questionnement que je voudrais explorer avec les participants. Comment penser la "vérité" de la théorie et son impact tant sur l'analyste que sur son patient ? Et dans quelle mesure l'idée que la cure analytique est un "travail de culture", comme le propose Nathalie Zaltzman, peut-elle servir de point d'appui à cette réflexion ? Qu'en est-il alors de l'universalité de la théorie psychanalytique ? Comment la penser ? Et qu'en est-il de la "réalité" ?

Ellen Corin est psychanalyste clinicienne, membre de la Société psychanalytique de Montréal. Elle a été professeur aux départements d'anthropologie et de psychiatrie de l'université McGill. Ses recherches l'ont conduite en République du Congo, où elle a notamment travaillé avec les groupes de possession par les esprits, et en Inde où elle s'est entre autres intéressée à l'ascétisme et aux parcours de vie des ascètes. L'article évoqué dans le résumé est : "Zebola. Une psychothérapie communautaire en milieu urbain", paru dans Topique, n°22, en 1978. Parmi ses publications récentes, on peut citer "The power of traces", dans Ethos, 2020 ; "L'actualité des mythes indiens et leur mise en abîme", dans Quelques motifs de la psychanalyse. À partir des travaux de Laurence Kahn, Colloque de Cerisy, 2020 ; "Inerties nomades, la force de la pulsion de mort", à paraître dans Notes per la psichoanalisi.

Claire DE VRIENDT-GOLDMAN : Le tréfonds des mémoires
Le tréfonds des mémoires peut s'appréhender notamment par les concepts développés par Piera Aulagnier de pictogrammes originaires et de fond représentatif forclos des traces sensorimotrices. Cette activité de représentation étant potentiellement active toute la vie durant, j'aimerais en illustrer les expressions chez le bébé, ainsi que dans le travail psychanalytique avec les patients adultes. Je tenterai de montrer combien ces traces viennent s'inviter dans les agirs — sensorimoteurs et langagiers — et dans les manifestations de la sphère somatique. Mon intérêt portera également sur l'utilisation clinique du pictogramme de rejet. Il me semble que si l’analyste peut accompagner ce mouvement transférentiel initial — primordial ou précoce dans l'histoire du patient — et tolérer qu'il nous fasse vivre par là l'expérience douloureuse expulsée hors soi, alors la relation thérapeutique peut advenir. Elle se nouera autour de l'intrication prudente des pulsions qui, bien que destructrices, sont essentielles à l'équilibre énergétique et structural du psychisme.

Claire De Vriendt-Goldman est pédopsychiatre, psychanalyste titulaire à la Société belge de psychanalyse. Ancienne cheffe du Service de Psy périnatale à l'Hôpital Chirec-site Delta à Bruxelles, elle y preste encore des consultations en périnatalité. Par ailleurs, elle exerce en libéral à Bruxelles. Elle consacre du temps à la formation à la Société belge de psychanalyse, au Gercpea (belgo-franco-luxembourgeois) et au Brussels Brazelton Center.
Publications
"Écrit originaire de soi : fils sensori-moteurs et émotionnels dans la trame psychique", C. De Vriendt-Goldman, in Écritures de soi, écritures du corps, Colloque de Cerisy, Hermann, 2016.
"Apport et richesse de l'échelle de Brazelton dans l'observation des nourrissons nés prématurément", M.P. Durieux et C. De Vriendt-Goldman, in Devenir, volume 30, 2018.
"Couleurs originaires du féminin et du masculin", C. De Vriendt-Goldman, in Revue française de Psychanalyse, "Bisexualités et genres", volume 83, 2019/5.

Mireille FOGNINI
Textes de Piera Aulagnier
Piera Castoriadis-Aulagnier, La violence de l'interprétation, PUF, 1975.
Piera Aulagnier, "100 fois sur le métier (on remet son écoute)", Revue Topique, n°100, 2007/3, p. 9-19.
Piera Aulagnier, Article dans Corps et Histoire (Aix en Provence, 1985), Belles-Lettres, 1986.
Textes autour de l'œuvre de Piera Aulagnier
Revue Topique, n°74 (2001), n°76 (2001), n°82 (2003, Ch. Voyenne), n°87 (2004, G. Haag) et n°100 (2007).
Collectif IVe Groupe Nouvelles perspectives en psychanalyse à partir de Piera Aulagnier, In Press, Fév. 2018.
Publications de Mireille Fognini
"Dramaturgie d'un "Je" entre l'ombre et l'objet (1999) (ou les destins d'une "ombre parlée" de mère dans l'advenir d'un sujet)", in Revue Topique, n°71, 03-2000, "Femmes", p. 109-123.
"Le pictogramme de l’originaire", in Des psychanalyses en séance, Éditions Gallimard, Folio, Fév. 2016, p. 75-77.
"La violence de l’interprétation", in Des psychanalyses en séance, Éditions Gallimard, Folio, Fév. 2016, p. 188-193.
"La polyphonie du rêve", in Des psychanalyses en séance, Éditions Gallimard, Folio, Fév. 2016, p. 92-97.
"L'alambic des corps : des transformations entre corps perçus, corps pensés et corps pensants (1998)", in Revue Tribune psychanalytique de Lausanne, n°2, 2000, "Moi-Corps", p. 109-123.
"L’impossible partage (2006)", in Revue Tribune psychanalytique de Lausanne, n°7, 2007, "Liaisons fraternelles", p. 55-74.
"Fritz A. : d'une identification à des mythes comme quête d'une identité en souffrance (conférence, 1993)", in Le cancer, Éditions EDK, 2000, p. 105-134.
"Incidences de traumatismes-gigognes dans l’évolution d’un sujet confronté à différents traumatismes néonatals (conférence, La Martinique, déc. 2002), in Revue Le Coq Héron, "Résilience et rémanence des traumatismes", n°181, 2005.
"De quelques prisons d’infortune des "corps psychiques"", in Journal de la psychanalyse de l'enfant, n°1, "Expressions corporelles et souffrance psychique", PUF, 2012, p. 181-196.

Florian HOUSSIER : Déni du temps, déni des origines
À partir d'un jeune patient adolescent désireux de changer de sexe, nous articulons notre propos avec le déni de toute temporalité autre qu'immédiate, mêlant un passé peu représenté dans le discours à une réduction du temps du processus adolescent à celui d'une opération chirurgicale. Ce fantasme de maturation magique s'apparente à un passage à l'acte sur la temporalité adolescente comme sur le corps, créant les conditions d'une intense confusion identificatoire. Cette problématique clinique aux limites du travail de subjectivation s'inscrit dans la préoccupation de P. Aulagnier, dans le texte "Se construire un passé", qui considère tant le refus du changement corporel que la revendication de nouvelles valeurs démontrant l'absurdité du monde des adultes.

Florian Houssier est psychologue clinicien, psychanalyste et Professeur de psycholopathologie à l'université Sorbonne Paris Nord (UTRPP) et président du Collège International de L'Adolescence (CILA). Il travaille sur les problématiques du recours et du passage à l'acte, de la violence et de la délinquance; ses travaux sont centrés sur la psychopathologie de l'adolescent et de l'adulte, la cure de l'adolescent ainsi que sur l'histoire de la psychanalyse.
Publications
Anna Freud et son école. Créativité et controverses, Campagne Première, 2010.
Meurtres dans la famille, Dunod, 2013.
Freud adolescent, Campagne Première, 2018.
Freud étudiant, Campagne Première, 2019.
Psychanalyse de la pop culture, Éditions érès, 2020.

René KAËS : L'Entresujets dans l'entremonde. Penser le lien avec Piera Aulagnier
Nous sommes toujours entre, entre deux, ou entre plusieurs, dès l'origine, avant même que nous naissions "inter faeces urinasque". Nous sommes entre le couple et le groupe qui nous investit et que nous sommes condamnés à investir, et "l'exigence d'être à soi-même sa propre fin". Notre Moi, habile tisseur de compromis, serviteur de deux maîtres et sans doute de plusieurs, se tient entre deux instances. Le sujet est un sujet divisé, décentré qui se construit en nous avec ce qui se joue et se noue dans l'espace de l'entresujets ancré dans ce que P. Klee appelait l'entremonde. Le sujet est sujet du groupe, il advient comme Je dans ces espaces. Ces propositions sont issues de mes recherches sur la réalité psychique dans les ensembles plurisubjectifs. Mon propos sera de situer en quoi la rencontre avec la personne et la pensée de Piera Aulagnier a été pour moi déterminante pour penser le lien intersubjectif et les alliances inconscientes.

René Kaës a exercé une activité de psychanalyste, de psychodramatiste et d'analyste de groupe. Il est ancien professeur de psychologie et psychopathologie cliniques.
Publications
Kaës R. (1993), Le groupe et le sujet du groupe. Éléments pour une théorie psychanalytique des groupes, Paris, Dunod.
Kaës R. (1994), La parole et le lien. Les processus associatifs dans les groupes, Paris, Dunod (nouvelles éditions en 2005 et 2010).
Kaës R. (2009), Les alliances inconscientes, Paris, Dunod.

Isabelle LASVERGNAS : Ouvrir la clé du langagier
Nous insisterons dans notre relecture de l'œuvre de Piera Aulagnier sur les traces originaires d'un langagier, et les voies de passage chez l'infans non encore parlant vers les signifiants de l'autre et l'entrée dans le langage. Nous nous appuierons sur la clinique de la psychose et son contact privilégié avec des expériences sensori-affectives primaires non symbolisées qui hantent le langage du psychotique.

Isabelle Lasvergnas, Psychanalyste, directrice générale du Groupe psychanalytique du Mont-Royal (GPMR). Ses deux principaux axes de recherche portent sur le travail de l'écoute analytique et les préliminaires psychiques de l'entrée dans le langage.
Publications récentes
"Penser dans la déliaison", in Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman, Colloque de Cerisy, Les Éditions d'Ithaque, 2020.
"Transcrire la trace", in L'écriture du psychanalyste, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2018.
"Temporalité psychique des premières rencontres et noyaux inconscients transmis dans la cure. La fonction conservatoire des entretiens préliminaires", in Revue Filigrane, 2018.
"L'abime des mots", in Lettres du divan, Liber, 2017.
À paraître en 2021 (I. Lasvergnas, dir.), Les antichambres du langage.

Pierrette LAURENT : Une métapsychologie de la rencontre
"Vivre, c'est expérimenter de manière continue ce qui résulte d'une situation de rencontre." (VI, p. 33)
Au début des années 80, en lisant La violence de l'interprétation, tout un univers s'ouvre à moi. Je m'accorde vite avec le concept de potentialité qui donne une place à la temporalité là où la structure l'immobilise, ainsi qu'avec celui du contrat narcissique, prémices d'une métapsychologie de l'intersubjectivité. Dix ans plus tard, mon travail avec P. Aulagnier me familiarise avec l'activité de ce fond originaire représentatif et son action sur les processus primaires et secondaires. Cette conception permet non seulement l'approche analytique du psychotique mais aussi celle des enfants avec autisme et celle des groupes. Je tenterai de questionner le lien entre ce fond représentatif originaire, les conceptions du moi-corporel de G. Haag et la notion de groupalité psychique chez R. Kaës.

Pierrette Laurent est psychanalyste, membre du IV° Groupe. Psychiatre et pédo-psychiatre retraitée. A exercé en CMPP et en IME.
Bibliographie
Haag G., 2018, Le Moi corporel. Autisme et développement, Puf.
Kaës R., 1993, Le groupe et le sujet du groupe. Éléments pour une théorie psychanalytique du groupe, Dunod.
Publication
2019, Conduire un groupe de psychothérapie d'enfants, érès.
Atrticles
2021, "Un groupe bien particulier, relaté par A. Freud", P. Laurent, D. Lhôtellier (sous la dir.), Groupe et sensorialité. Le groupe à l'épreuve des sens, érès, à paraître en mai.
2020, "Les intuitions ferencziennes d'un fonctionnement psychique archaïque", De décrire et d'écrire, Le Coq-Héron, 243, érès, p.96-102.
2018, "Pictogramme, identifications intra-corporelles et Moi-corps", Actes du Quatrième Groupe, Nouvelles perspectives en psychanalyse à partir de l'œuvre de Piera Aulagnier Actes 7, Paris, In Press.

Ghyslain LÉVY : Gorgö ou la métamorphose de Narcisse
"Il y a au-dedans de nous, dit Platon dans le Phédon, je ne sais quel enfant médusé". C'est précisément cet infantile qui m'intéresse ici, ce chemin du Narcisse qui s'arrête sur Gorgö. De quel enfant s'agit-il quand la demande d'enfant rencontre aujourd'hui les réponses d'une science de tous les possibles ? "Quel désir, pour quel enfant ?" interroge Piera Aulagnier quand les désirs inconscients rencontrent leur réalisation dans la réalité, au nom d'une fabrication idéologique du vivant, et qui décrète la bonne adaptation du sujet médusé à sa réalité future.

Ghyslain Lévy est psychanalyste, membre du Quatrième Groupe. Il est l'auteur de nombreux livres, dont L'Invention psychanalytique du temps (L'Harmattan, 1996), Au-delà du Malaise. Psychanalyse et barbaries (Érès, 2000), L'Ivresse du pire et Le Don de l'ombre (Campagne Première, 2010 et 2014). Il a co-dirigé L'Algérie, traversées (Hermann Éditeurs, 2018), Colloque de Cerisy (2017).

Yves LUGRIN : Avec Piera Aulagnier, "le temps de Ferenczi" pourrait-il venir ?
Dès l'aube des années 1970, avec l'introduction du registre pictographique de l'originaire, de la fonction d'un Je historien et de la potentialité psychotique, P. Aulagnier complète la métapsychologie freudienne de l'appareil psychique, conduit au plus fondamental d'une rencontre transférentielle riche en éprouvés dont l'exploitation dans la dynamique de la cure relève d'une formation analytique repensée à la lumière de la cohérence de ces avancées. P. Aulagnier sera entendue. Dans les années 1927-1932, S. Ferenczi repère déjà dans sa pratique l'insistance d'un champ archi-originaire tissé de mnèmes organiques-psychiques (réactions émotionnelles — plaisir-déplaisir — dans le corps). Le recours à cette étape protopsychique du fonctionnement psychique sous l'impact d'expériences traumatiques précoces, confère une visée traumatolytique à la cure et impose une révision de la formation classique de l'analyste. On le sait, du temps de Freud il ne sera pas entendu. Piera Aulagnier aurait-elle donc réussi là où Ferenczi semble avoir échoué ? Ou plus simplement a-t-elle pu, elle, pleinement déployer sa pensée du fait d'un triple privilège ? En puisant profondément dans l'enseignement de Lacan, en s'en séparant ensuite, en étant alors accompagnée de "quelques autres" précieux, F. Perrier et W. Granoff tout particulièrement ?

Yves Lugrin est psychanalyste à Paris, membre de la Société de Psychanalyse Freudienne. Doctorat de psychologie clinique consacré à une présentation critique de la notion de Forclusion du Nom-du-père (1978).
Publications
Impardonnable Ferenczi, malaise dans la transmission, Éditions Campagne-Première, 2012.
Ferenczi sur le divan de Freud, une analyse finie ?, Éditions Campagne-Première, 2017 (ouvrage à paraître sous peu chez Routledge).
Articles récents
"L’analyste mal accueilli et la/sa pulsion de mort", Coq-Héron, n°237.
"Dès le foetal … l'organisme commence à penser", Lettres de la SPF, n°43.
"Freud Ferenczi … la métapsychologie en partage", Montréal 2019 (à paraître).
Bibliographie
Piera Aulagnier, Naissance d'un corps, origine d'une histoire. Corps et histoire, Éditions Belles Lettres, 1986.
Sándor Ferenczi, L'enfant mal accueilli et sa pulsion de mort, O.C., Tome IV, Payot, 1982.

Catherine MATHA : Condamné à désirer ?
La psyché pour P. Aulagnier est impensable en dehors de la rencontre avec un autre/des autres désirants. Dans "Remarques sur le masochisme primaire" (1968), elle propose de définir ce qui entre en jeu quand l'énergie devient Psyché, quand un principe purement économique doit, pour fonctionner, s'énoncer comme désir. Éros et Thanatos prennent dès lors deux formes d'énonciations : désir de plaisir et désir de non-désir. Tout processus d'investissement mobilisant aussitôt un désir de non-désir, le but de la psyché sera de maintenir le conflit comme investissable. "Condamné à investir", à penser, la souffrance résultant de cette contrainte est le prix à payer pour ce faire (1982). Une Psyché qui cherche avant tout à se garder dans le champ du désir et de l'investissement des autres pour elle, n'est-elle pas une autre manière d'envisager le masochisme tel que décrit par Freud ?

Catherine Matha est Maître de conférences (Sorbonne Paris Nord) et psychanalyste. Ses travaux portent sur les fonctions et les destins du masochisme à l'adolescence et après, les problématiques de l'acte à l'adolescence, les figures de la dépression et de la mélancolie, la question de l'inscription corporelle et de l'écriture, les dispositifs thérapeutiques.
Publications
Les attaques du corps à l'adolescence. Approche psychanalytique en clinique projective, Dunod, 2018.
Blessures de l'adolescence, avec Fanny Dargent, PUF, 2011.
Co-direction
Quelques motifs de la psychanalyse. À partir des travaux de Laurence Kahn, avec Odile Bombarde et Françoise Neau, Colloque de Cerisy, Les Belles Lettres, 2020.
L'écriture du psychanalyste, avec Jean-François Chiantaretto et Françoise Neau, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2018.
Écritures de soi, Écritures du corps, avec Jean-François Chiantaretto, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2016.

Dominique TABONE-WEIL : La mort à l'origine
Un désir de non-vie dénié mais actif se penche-t-il sur le berceau des sujets dotés de ce que Piera Aulagnier appelle une potentialité psychotique ? Comment un sujet dont la mère a été endeuillée, alors qu'elle l'attendait, de la mort d'une aînée ainsi que de celle de son propre père, va-t-il répondre à ce que Piera Aulagnier nomme la triple question des origines et à laquelle la réponse devrait être : "À l'origine de la vie est le désir du couple parental auquel la naissance de l'enfant fait plaisir" ? Comment est mise en jeu, pour la mère et pour l'enfant, cette haine du désir qui en est le seul destin possible quand l'expérience de satisfaction n'est pas au rendez-vous ? Enfin, la substitution du désir de mort au désir de vie, de la haine à amour, à l'aube de la vie, corrompant la fonction de représentation dès l'originaire, a-t-elle un lien avec la confusion des langues qui est à l'œuvre dans les situations d'abus sexuel ?

Dominique Tabone-Weil est psychiatre depuis une vingtaine d'années, psychanalyste membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, après avoir été, pendant une vingtaine d'années également, médecin urgentiste. Elle a publié divers articles dans la Revue Française de psychanalyse, dans les Débats en psychanalyse (elle fait partie du Comité de Rédaction), dans Psychiatrie Française et dans Les enfants de la psychanalyse. Elle a participé à l'ouvrage paru en Folio : Des analystes en séance et a également écrit un roman chez Stock : L'homme-sœur (1981).

Evelyne TYSEBAERT : Le Je. Ontologie de la vie d'âme
Dégagé d'une allégeance religieuse ou spiritualiste, le terme freudien de vie d'âme paraît à la fois utile et à propos pour explorer le Je tel que le conçoit et le théorise Piera Aulagnier. La construction du Je (principalement — mais pas seulement — développée dans La violence de l'interprétation) est d'une grande rigueur théorique. Elle est précédée de l'édifice conceptuel qui rend compte des étapes des processus de représentation dès l'origine de la vie psychique, ainsi que de leur imbrication tout au long du parcours identificatoire et de la vie du sujet. La métapsychologie freudienne s'y voit adjoindre les propres développements et prolongements de Piera Aulagnier. Les notions telles que rencontre, complémentarité, emprunt, potentialité … mériteraient à elles seules leur approfondissement critique. Mais le fonctionnement du Je, sa relation au monde, au plaisir et à la souffrance, soulève en outre de multiples questions ontologiques porteuses d'une puissance intense d'émotion — terme pris ici en référence à son sens étymologique de "mouvoir hors de", "faire bouger". Bref, un bouleversement de la tranquillité de penser, de la fausse sécurité donnée par des concepts devenant des objets érotiques parfaits, risquant de faire observer autrui avec les verres de l'abstraction. La métaphore freudienne de l'âme humaine m'aidera à montrer comment Piera Aulagnier va vers ce qui chez l'humain est le plus questionnant, le plus surprenant ; comment aussi elle fait bien sentir que le Je, celui de l'autre et celui de l'analyste, reflète les replis de l'être secret, sentant, parlant, pensant et se questionnant. Ce dernier sera toujours infiniment plus que tout ce que nous pourrons jamais connaître de lui. L'étendue des interrogations ontologiques sera entrevue au cours d'un périple à travers le livre Les destins du plaisir.

Evelyne Tysebaert est psychanalyste à Liège. Proche de Piera Aulagnier, elle a été membre du IVème Groupe jusqu'en 2011. Elle est l'auteur de nombreux articles dans La revue française de psychanalyse, Penser/Rêver, Topique, Libres cahiers pour la psychanalyse, Psychanalyse et psychose.


BIBLIOGRAPHIE :

OUVRAGES
• AULAGNIER P., Un interprète en quête de sens, Paris, Ramsay, 1986.
• AULAGNIER P., L'apprenti-historien et le maître-sorcier. Du discours identifiant au discours délirant, Paris, PUF, 1984.
• AULAGNIER P., Les destins du plaisir. Aliénation – amour – passion, Paris, PUF, 1979.
• CASTORIADIS AULAGNIER P., La violence de l'interprétation. Du pictogramme à l'énoncé, Paris, PUF, 1975.

PRINCIPAUX ARTICLES
• AULAGNIER P., "Le concept de potentialité autistique" (conférence inédite, présentée par Christine Voyenne, Topique 82, Les idéaux et le féminin, 143-158, Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 2003.
• AULAGNIER P., "Les mouvements d'ouverture dans l'analyse des psychoses", Topique 76, Pratiques cliniques, 7-17, Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 2001.
• AULAGNIER P., "Le potentiel, le possible et l'impossible : catégories et repères du champ clinique", Topique 62, Définir les souffrances, 7-23, Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 1997.
• AULAGNIER P., "L'interprétable et l'interprété", Topique 61, Apprentissage de la psychanalyse, 391-401, Paris, Dunod, 1996.
• AULAGNIER P., "Voies d'entrée dans la psychose", Topique 49, Penser l'originaire, 7-29, Paris, Dunod, 1992.
• AULAGNIER P., "Paris-La Plata : Correspondance avec Horacio Marin", Topique 47, Piera Aulagnier 2, 17-32, Paris, Dunod, 1991.
• AULAGNIER P., "Troubles psychotiques de la personnalité ou psychose ?", Topique 47, Piera Aulagnier 2, 5-15, Paris, Dunod, 1991.
• AULAGNIER P., "Le temps de l'interprétation", Topique 46, Piera Aulagnier 1, 173-185, Paris, Dunod, 1990.
• AULAGNIER P., "Quel désir, pour quel enfant", Topique 44, Quels droits pour la psyché ?, 201-206, Paris, Dunod, 1989.
• AULAGNIER P., "Se construire un passé", Journal de la psychanalyse de l'enfant 7, Le narcissisme à l'adolescence (Colloque de Monaco), 191-220, Paris, Bayard Éditions, 1989.
• AULAGNIER P., "Cent fois sur le métier… (on remet son écoute)", Topique 41, Le métier de psychanalyste, 7-18, Paris, Dunod, 1988.
• AULAGNIER P., "Sources somatique et discursive de nos représentations de la réalité", Journal de psychanalyse de l'enfant 3, Psychanalyse de l'enfant? (Colloque de Monaco), Paris, Bayard Éditions, 1987.
• AULAGNIER P., "Naissance d'un corps, origine d'une histoire", in AULAGNIER P. et al., Corps et histoire, IVemes Rencontres psychanalytiques d'Aix-en-Provence, Paris, Les Belles Lettres, 1986.
• AULAGNIER P., "Coïncidences temporelles", Psychanalyse à l'université 10, 203-207, Paris, Éditions Aurepp Réplique, 1985.
• AULAGNIER P., "Telle une 'zone sinistrée'", Adolescence 1, T. 2, Expériences psychotiques, 9-21, Paris, G.R.E.U.P.P., 1984.
• AULAGNIER P., "Temps vécu, histoire parlée", Topique 31, Les historiens et leurs versions I, 5-14, Paris, Epi, 1983.
• AULAGNIER P., "Du transfert à la passion aliénante", Topique 23, Sans titre, 119-135, Paris, Epi, 1979.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "Le choix des critères dans l'œuvre de Freud", Topique 21, Repères, 3-21, Paris, Epi, 1978.
• AULAGNIER P., "Le travail de l'interprétation. La fonction du plaisir dans le travail analytique", in MAJOR R. (dir.), Comment l'interprétation vient au psychanalyste, 13-37, Paris, Aubier-Montaigne, 1977.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., VALABREGA J-P., ZALTZMAN N., Topique 18, Trajets analytiques, 3-9, Paris, Epi, 1977.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "À propos du transfert : le risque d'excès et l'illusion mortifère", in Savoir, faire, espérer, 417-440, Bruxelles, Publications des Facultés Universitaires Saint-Louis, 1976.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "L'histoire d'une demande et l'imprévisibilité de son futur (remarques actuelles)", Revue française de psychanalyse, Tome XXXXIX, n°1-2, L'avenir de la psychanalyse, 87-102, Paris, PUF, 1975.
• CASTORIADIS AULAGNIER P., "À la quête du perdu", Topique 7-8, L'objet perdu, 5-8, Paris, PUF, 1971.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "L'interprétation psychanalytique dans la théorie et dans la pratique", Compte-rendu du Congrès de psychiatrie et de neurologie de langue française, 63eme session, 287-311, Milan, 1970.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "Aspects théoriques des perversions", in Sexualité humaine, 215-229, Paris, Aubier-Montaigne, 1970.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "Demande et identification", L'inconscient 7, L'identification, 23-65, Paris, PUF, 1968.
• AULAGNIER P., "Remarques sur le masochisme primaire", Arc 34, Freud, 47-54, Paris, 1968.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "La perversion comme structure", L'inconscient 2, La perversion, 11-41, Paris, PUF, 1967.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "La spécificité d'une demande ou la première séance", in Interprétation 2, I, Montréal, Service de recherche de l'hôpital des Laurentides, 1967.
• AULAGNIER-SPAIRANI P., "Remarques sur la féminité et ses avatars", in AULAGNIER-SPAIRANI et al., Le désir et la perversion, 53-89, Paris, Éditions du Seuil, 1967.
• AULAGNIER-SPAIRANI P., "Angoisse et identification", Rivista sperimentale di Freniatria e Medicina legale delle Alienazionani mentali 89, fasc.1, 13-30, 1965.
• AULAGNIER-SPAIRANI P., "Remarques à propos de la structure maniaco-dépressive", Recherches sur les maladies mentales, 93-115, Paris, 1961.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


L'ENCHANTEMENT QUI REVIENT


DU MARDI 6 JUILLET (19 H) AU MARDI 13 JUILLET (14 H) 2021


Lumières © Jean-Paul Thibaud


DIRECTION :

Rachel BRAHY, Jean-Paul THIBAUD, Nicolas TIXIER, Nathalie ZACCAÏ-REYNERS

En présence d'Yves WINKIN


ARGUMENT :

La notion d'enchantement se prête à une grande diversité d'usages qui ne se réduisent pas à des antonymes du "désenchantement du monde" au sens de Max Weber. Qu'en est-il de ces approches contemporaines et quelles en seraient les vertus heuristiques ? S'agit-il de poser un constat sur le monde contemporain, tour à tour enchanté et désenchanté ? D'évoquer des expériences spécifiques, au caractère quelque peu magique ? De s'intéresser à des lieux, scènes, processus, "modes d'être" ou régimes d'interactivité particuliers ? La labilité du terme ouvre à de multiples terrains d'investigation, tant théoriques que pratiques.

Lors de ce colloque, la notion d'enchantement sera explorée dans ses liens avec le vivant ; ses proximités avec les notions voisines d'ambiance, de présence et/ou de résonance ; la rencontre avec des fictions, des formes d'arts ou de vies alternatives ; des descriptions de fantasmagories urbaines ; ou encore au travers de quelques manifestations des puissances de l'imaginaire. L'imbrication des approches, des problématiques et des concepts s'imposera également comme un axe de travail, ouvrant à des confrontations, des mises en situation ou en découverte avec tous les participants.


MOTS-CLÉS :

Ambiance, Art, Enchantement, Fictions, Imaginaire, Présence, Rêve, Résonance, Situation, Vivant


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 6 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 7 juillet
PANORAMA DES FORMES D'ENCHANTEMENT
Matin
Rachel BRAHY, Jean-Paul THIBAUD, Nicolas TIXIER & Nathalie ZACCAÏ-REYNERS : Introduction
Yves WINKIN : Paysages enchantés : une cartographie [conférence d'ouverture]

Après-midi
Jean-Michel BAUDOUIN : Grammaire et régimes ordinaires de l'enchantement
Emmanuelle LALLEMENT : De l'enchantement au désenchantement (et vice versa)
Colette CAMELIN : Du désenchantement à l'enchantement (en 1913 et aujourd'hui)

Soirée
Alain DAMASIO : Intervention performée, avec la participation de Yan PÉCHIN


Jeudi 8 juillet
LES VIES DE L'ENCHANTEMENT
Matin
Virgule matinale, avec Pavel KUNYSZ : Étudier l'ineffable. Âmes, esprits et autres fantômes d'un hôpital abandonné

Véronique SERVAIS : Expériences d'enchantement dans le rapport au vivant
Jean-Paul THIBAUD : L'enchantement, une intonation de la vie [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
Vinciane DESPRET : Puissances de la fiction : Cat's cradle avec Ursula Le Guin et Donna Haraway
Dominique ROODTHOOFT & Nora DOLMANS : "L'éponge & l'huître", ou que faire des crasses qui nous traversent ? Une visite guidée [spectacle-rencontre]

Soirée
Autour du film POETRY (réal. Lee Chang Dong, Corée du Sud, 2010)


Vendredi 9 juillet
Matin
POÉSIE ET PRÉSENCES
Olivier LABUSSIÈRE : Les enchantements de Lucrèce
Rachel BRAHY : Pour une socio-anthropologie de la présence (1)
Nathalie ZACCAÏ-REYNERS : Pour une socio-anthropologie de la présence (2)

Après-midi
VILLES, TRACES ET IMAGINAIRES
Nicolas TIXIER : À la recherche de l'enchantement
Virginie MILLIOT : Glaneurs de mémoires et de rêves sur le vieux marché aux puces de Bruxelles
Éric LE COGUIEC : Pratiques furtives dans la ville et nouvelles affordances

Soirée
Marc BERDET : Brasilia, capitale de l'enchantement ou du désenchantement ? [visioconférence]


Samedi 10 juillet
CHUCHOTEMENTS, MURMURES ET SONORITÉS
Matin
Virgule matinale, avec Sébastien DEPERTAT

Giuseppe GAVAZZA : "Entre son et songe" [performance]
Luca PATTARONI : Politique de l'enchantement
Patrick ROMIEU : De la voix chuchotée aux murmures du monde. Approche anthropologique de quelques dérives enchantées

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 11 juillet
AMBIVALENCES DE L'ENCHANTEMENT
Matin
Virgule matinale, avec Luca PIDDIU : Le "Mervelet". Persistances et résistances de quartier

Marc BREVIGLIERI : Chants célestes (Maroc)
Robin SUSSWEIN : L'imaginaire, l'intime, le réel. Perspective sociologique sur les conditions suffisamment bonnes pour animer des êtres absents

Après-midi
Patrick CORILLON : Un pied dedans, un pied dehors

Bibliothèque éphémère principalement des publications de Cerisy en lien avec le colloque

Soirée
Belinda CANNONE : La surprésence


Lundi 12 juillet
DISPOSITIFS D'ENCHANTEMENTS
Matin
Virgule matinale, avec Laurent VALDÈS

Denis VIDAL : Entrenchantements. Une approche anthropologique de la notion d'enchantement
Dominique MEMMI : L'image enchantée des sommets vaut-elle pour tous ?

Après-midi
Marion HENDRICKX : Enchantement à l'hôpital : un atelier conte en psychiatrie
Fabrice CLÉMENT : Plus jamais ça ! L'ultra-endurance : entre enchantement et réalité

Discussion générale, introduite par Yves WINKIN


Mardi 13 juillet
Matin
Petit-déjeuner enchanté et sans fin
Échanges collectifs, perspectives de valorisation/prolongations

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jean-Michel BAUDOUIN : Grammaire et régimes ordinaires de l'enchantement
La communication proposée exploite des "carnets d'enchantement" tenus par des jeunes adultes ou des adultes en reprise d'étude à l'université de Genève ces trois dernières années (une quarantaine sur 2017/2019). Le corpus d'étude ainsi constitué définit un éventail diversifié d'expériences investies par les individus comme des moments d'enchantement. La communication proposera d'abord une étude raisonnée en terme de cartographie systématique de ces "régimes ordinaires" et ensuite un repérage de leurs ingrédients constitutifs, dans la perspective de l'élaboration d'une grammaire ordinaire de l'enchantement : modes ludiques et genres sérieux, topographies et temporalités associées, répertoires d'engagements et formes de croyances, dimensions professionnalisées et cultures d'approfondissement, types de ritualisation, classes d'intensité, pratiques individuelles et pratiques collectives.

Bibliographie
Baudouin J.-M. (2010), De l'épreuve autobiographique, Berne, Peter Lang.
Baudouin J.-M. (2018), "Formation, recherche biographique et régimes de temporalités", in Maubant P. (Ed.), Les temps heureux des apprentissages, Nîmes, Champ Social Éditions.
Belin E. (2001), Sociologie des espaces potentiels, Louvain-la-Neuve, De Boeck.
Lavadinho S. (2012), Le renouveau de la marche urbaine : Terrains, acteurs et politiques, Doctorat en Géographie, HAL Id : tel-00737160.
Winkin Y. (2001), "Propositions pour une anthologie de l'enchantement", in P. Rasse, N. Midol et F. Triki, Unité-Diversité. Les identités culturelles dans le jeu de la mondialisation, Éditions L'Harmattan, Paris, pp. 169-179.

Marc BERDET : Brasilia, capitale de l'enchantement ou du désenchantement ?
Inaugurée en 1960, Brasilia est souvent interprétée comme incarnant la traduction régionale d'une idéologie moderniste. La capitale du verre et du béton serait la simple application locale des grands principes formulés par les Congrès Internationaux de l'Architecture Moderne (CIAM), ceux d'une architecture fonctionnelle. De manière contradictoire, elle a aussi été critiquée comme le symptôme d'une déviance irrationnelle, baroque voire surréaliste de l'esthétique sobre et socialement utile du modèle moderniste — déviance stupéfiante qui en fait exploser la sobriété. Ces deux positions s'opposent donc. Et pourtant, en considérant toutes deux le modernisme comme passé de mode, que ce soit dans la sévère réduplication de ses formes ou dans son excroissance difforme, elles ont une chose en commun : elles envoient l'expérience de Brasilia dans les oubliettes de l'histoire. Je voudrais proposer ici une autre hypothèse, qui, introduite à titre d'hypothèse de travail, aimerait présenter Brasilia comme capitale d'un modernisme baroque consistant, et même peut-être comme capitale d'une modernité baroque qui n'a pas eu la chance de pouvoir se déployer dans l'histoire — sauvant, à la manière benjaminienne qui m'est chère, l'imaginaire d'un pays du futur propre au Brésil des années 1960, et peut-être à l'Amérique latine tout entière. De fait, les traits modernistes désenchantés du plan urbanistique de Lúcio Costa sont tout aussi évidents que les traits baroques et enchanteurs de l'architecture de Oscar Niemeyer. Mais on peut aussi interpréter le monumentalisme de Niemeyer comme une subjugation toute classique du citadin par des formes massives, et le "Plan pilote" et l'"Axe monumental" de Costa comme une tentative de fusion baroque avec la nature. Insistant sur la dimension politique de l'épistémologie (pointant, dans le cas présent, l'épistémologie d'un futur qui est aussi celle d'un futur perdu), j'essaierai de montrer combien passer à côté de ce chiasme, ce qui revient en général à dénigrer la dimension baroque, réduisant Brasilia au plan de Le Corbusier pour la ville de Paris (en quoi consiste la position de l'anthropologue nord-américain James Holston), ou en insistant sur le caractère baroque avec l'habituelle intention péjorative (en quoi consiste la position de l'architecte suisse Max Bill), revient à projeter des préjugés ethnocentristes sur la ville, niant qu'elle est, essentiellement, moderniste et baroque, et qu'une telle esthétique baroque de la modernité représente la chance d'une modernité alternative — celle du baroque, elle-même refoulée de l'histoire. C'est ainsi que, à l'aide de documents d'archives (photographies et films d'époque, archives des projets, de leur discussion et de leur réception dans la critique et les médias, témoignages des contemporains…), je proposerai un voyage dans l'espace de Brasilia et l'histoire de sa réception, pour essayer de décoder, entre enchantement et désenchantement, les signes de ce futur perdu.

Marc Berdet est professeur visitant au département de design de l'université de Brasilia, où il travaille sur l'imaginaire des villes et l'expérience urbaine dans le sillage de Walter Benjamin et de Siegfried Kracauer. Il travaille à la traduction, l'appareil critique et l'introduction de la correspondance entre Walter Benjamin et Siegfried Kracauer.
Publications
Fantasmagories du capital. L'invention de la ville marchandise, Paris, La Découverte / Zones, 2013.
Walter Benjamin. La passion dialectique, Paris, Armand Colin, 2014.
Le chiffonnier de Paris. Walter Benjamin et les fantasmagories, Paris, Vrin, 2015.
Bibliographie sélective
Benjamin Walter, L'origine du drame baroque allemand, Paris, Flammarion, 2009.
Braga Milton, O concurso de Brasília, São Paulo, Cosac Naify, 2010.
Croce Benedetto, Bréviaire d'esthétique, Paris, Éditions du Félin, 2005.
Costa Lucio, Registro de uma vivencia, São Paulo, Ed 34 / SESC, 2018.
D'Ors Eugenio, Du baroque, Paris, Gallimard, 1968.
Deleuze Gilles, Le pli. Leibniz et le baroque, Paris, Minuit, 1988.
Echeverria Bolivar, La modernidade de lo barroco, México, Era, 1998.
Echeverria Bolivar, Modernidad y blanquitud, México, Era, 2010.
Ferro Sergio, Arquitetura e trabalho livre, São Paulo, Cosac Naify, 2006.
Forty Adrian e Andreoli Elisabetta, Arquitetura moderna brasileira, Londres, Phaidon, 2004.
Kim Lina e Wesely Michael, Arquivo Brasília, São Paulo, Cosac Naify, 2010.
Lucio Costa. Um modo de ser moderno, São Paulo, Cosac Naify, 2005.
Pedrosa Mario, Dos murais de Portinari aos espaços de Brasília, São Paulo, Perspectiva, 1981.
Sarduy Severo, Barroco, Lisboa, Vega, 1989.
Wölfflin Henrich, Principes fondamentaux de l'histoire de l'art, Paris, Parenthèses, 2017.
Wölfflin Henrich, Renaissance et baroque, Paris, Parenthèses, 2017.
Xavier Alberto e Katinsky Julio, Brasília. Antologia crítica, Cosac Naify, São Paulo, 2012.
Xavier Alberto, Depoimento de uma geração. Arquitetura moderna Brasileira, Cosac Naify, São Paulo, 2003.
Ressources internet
https://www.vitruvius.com.br

Rachel BRAHY & Nathalie ZACCAÏ-REYNERS : Pour une socio-anthropologie de la présence
Il est un vaste ensemble d'expériences rétives au vocabulaire de la modernité qui, pour trouver un chemin vers la conscience et le partage, s'appuient sur des ressources associées à l'esthétique, la magie ou le religieux. Parmi ces expériences, nous nous intéressons, en particulier, à la sensation — ou au sentiment — d'une co-présence ou d'une présence dans le monde. Celle-ci peut se manifester alors même que le sujet ou l'objet perçu n'est pas disponible dans l'ici et le maintenant. À partir des travaux de la pragmatique esthétique (Schaeffer, Dewey, Gell, …) et de la phénoménologie sociale (Schütz) en particulier, nous explorons les outils sociologiques qui permettraient de saisir certaines dimensions de ces expériences vécues que d'aucuns qualifient d'"enchantées". Les terrains convoqués pour mettre à l'épreuve ces premières élaborations théoriques sont des lieux d'engagement subjectif aussi variés que, par exemple, l'atelier créatif (théâtre ou écriture) ou l'espace végétal extérieur (jardin, parc ou forêt). Une hypothèse structurante de notre propos est, en effet, que cette sensation de présence/co-présence — ou pour le dire autrement d'un "monde qui parle" — suppose l'entrée dans un lieu "autre" (un espace potentiel, une aire de jeu, des coulisses, une hétérotopie, …). Les conditions d'accès et les caractéristiques propres à ces lieux sont donc à explorer, tout comme les processus internes subjectifs associés à ces logiques et expériences de (co-)présences (émerveillées, effervescentes ou enchantées). De même, la perte, individuelle et collective, que peut représenter l'anéantissement de ces logiques et expériences mérite l'examen, tout comme les dérives et dangers qu'elles peuvent comporter, tant pour la vie psychique que sociale et politique.

Rachel Brahy est docteure en sciences politiques et sociales et coordinatrice scientifique de la Maison des sciences de l'Homme (ULiège). Elle est également maître de conférences à la Faculté des sciences sociales de l'ULiège où elle dispense des cours de médiation sociale et culturelle. Ses recherches s'ancrent dans une socio-anthropologie de l'agir humain, en portant une attention particulière à l'expérience sensible du commun et à la façon dont les politiques (sociales, culturelles et de la ville) permettent (ou non) d'éprouver de telles expériences.
Dernier ouvrage
S'engager dans un atelier-théâtre. À la recherche du sens de l'expérience, Éditions du Cerisier, 2019.

Nathalie Zaccaï-Reyners est chercheure qualifiée du Fonds national de la recherche scientifique belge, professeure à l'université libre de Bruxelles et directrice du Groupe de recherche sur l'action publique. Elle poursuit des travaux en sociologie morale et épistémologie des sciences sociales où elle interroge les ressorts de l'intercompréhension et de la transmission de l'expérience. Elle s'intéresse en particulier au rôle de l'imagination dans le cadre de relations asymétriques, notamment dans le domaine des relations institutionnelles et des relations de soin.
Publication
Au prisme du jeu. Concepts, pratiques, perspectives, L. Mermet & N. Zaccaï-Reyners (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2015.

Marc BREVIGLIERI : Chants célestes (Maroc)
Dans l'univers végétal d'une oasis du Maroc présaharien des femmes âgées, viennent quotidiennement collecter des plantes spontanées aux pouvoirs nombreux. Notre intervention se penchera sur la délicate attention que suppose l'effectuation de ces gestes de collecte pour lesquels la tradition anthropologique a eu bien peu d'égards. Pour déployer notre analyse, on essaiera de relier ces gestes techniques à des chants d'espérance (tangift) qui éclairent au passage la riche composition de l'arrière-plan cosmologique oasien. Un travail filmique nous aidera à nous mettre en présence de ces femmes en collecte et de leurs chants célestes.

Marc Breviglieri est professeur associé à la Haute École Spécialisée de Suisse Occidentale (HETS-Genève) et chercheur au Centre de recherche Ambiances Architectures Urbanités (CNRS). Ses thèmes de recherche touchent aux configurations et aux aménagements variés de l'habitation humaine, aux apprentissages de la vie commune, aux dimensions liant corps et espace et, enfin, aux questions d'ordre affectif, éthique et politique posées par l'expérience du soin.

Colette CAMELIN : Du désenchantement à l'enchantement (en 1913 et aujourd'hui)
La spirale est un mouvement enchanteur car elle s'approche de points connus pour avancer plus loin. C'est le mouvement même de la vie, des galaxies à l'ADN — et de la pensée. Ainsi je propose de repasser par la problématique "enchantements et désenchantements" en 1913 pour éclairer des voies contemporaines. Nous avions interprété la culture de 1913 comme une tension entre, d'une part, une floraison intellectuelle et artistique européenne "enchantée" (Stravinski et Debussy, Apollinaire, Cendrars, Proust, Kandinsky, Macke et Marc, Matisse et Picasso, Pound, Freud, Bergson…) et, de l'autre, le "désenchantement" face aux destructions sociales, naturelles et spirituelles, que Péguy attribuait au "monde moderne" dans L'Argent. En 1913, les forces créatrices arrivent à un point d'incandescence au bord du désastre, tandis que croît par ailleurs la pulsion de mort. Aujourd'hui la civilisation thermo-industrielle, qui a montré son efficacité pendant la Première Guerre mondiale, est parvenue au point de menacer l'existence même des vivants, parmi lesquels les humains. Face aux dangers actuels, l'enchantement devient vital pour habiter le monde d'aujourd'hui et de demain car il ouvre des possibles à la fois esthétiques et éthiques. Ses "fétiches d'Océanie et de Guinée" enchantaient Apollinaire, à quels fétiches nous adresser aujourd'hui, peut-être sont-ils proches de nous ?

Colette Camelin est professeure émérite de littérature française à l'université de Poitiers. Elle a consacré plusieurs livres à l'œuvre de Saint-John Perse notamment Éclat des contraires, poétique de Saint-John Perse (CNRS, 1998) ; La "rhétorique profonde" de Saint-John Perse, avec Joëlle Gardes-Tamine (Champion, 2002) ; L'imagination créatrice de Saint-John Perse (Hermann, 2007). Elle a édité Les premiers écrits sur l'art (Gauguin, Moreau, sculpture) de Victor Segalen, en collaboration avec Clara van den Bergh (Champion, 2011). Elle a organisé à Cerisy, avec Marie-Paule Berranger, le colloque "1913 cent ans après : enchantements et désenchantements" (Hermann, 2015) et, avec Muriel Détrie, "Victor Segalen, « attentif à ce qui n'a pas été dit »" (Hermann, 2019).
Bibliographie
Despret Vinciane, Habiter en oiseau, Actes Sud, 2019.
Morizot Baptiste, Manières d'être vivant, Actes Sud, 2020.
Pinson Jean-Claude, Pastoral : de la poésie comme écologie, Champ Vallon, 2019.
Vinclair Pierre, Agir non agir éléments pour une poésie de la résistance écologique, Corti, 2020 ; La Sauvagerie, Corti, 2020.

Belinda CANNONE
Belinda Cannone est romancière et essayiste. Elle a enseigné la littérature comparée à Caen jusqu'en 2020. Dans son œuvre d'essayiste, elle développe notamment trois grands axes: le désir de vivre et le désir charnel (L'écriture du désir ; Petit éloge du désir ; Le Baiser peut-être ; Le Nouveau nom de l'amour), l'émerveillement (Un Chêne ; S'émerveiller ; La Forme du monde) et le féminisme (La Tentation de Pénélope).

Fabrice CLÉMENT : Plus jamais ça ! L'ultra-endurance : entre enchantement et réalité
Selon deux des Grands Récits contemporains, la théorie économique classique et la théorie de l'évolution, nos comportements obéiraient à un certain "calcul" visant à empêcher toute dépense inutile. Toutefois, les travaux des anthropologues ou des historiens mettent souvent en évidence des actions qui paraissent échapper à ces lois supposées du fonctionnement vital. Pour tenter de percer cette part maudite de nos comportements, je propose de m'attarder sur une activité humaine qui semble exemplaire dans sa manière de nier ces grands principes d'économie : les courses de montagne de longue distance, ou ultra-trails. Comment en effet faire sens d'efforts qui peuvent durer plusieurs jours, dans des conditions climatiques et des parcours souvent très difficiles, avec une récompense qui semble se confondre avec le soulagement "d'en avoir terminé". Une phénoménographie de ces participants de l'extrême permet de mettre en évidence des épisodes vécus où le merveilleux affleure régulièrement : hallucinations, états de pleine conscience, sentiment de présence, "flow", expérience de fusion avec ses compagnons d'aventure, etc. En explorant leurs limites physiques, les athlètes sont ainsi amenés à ressentir des expériences qui sont littéralement hors du commun.

Après une formation en anthropologie et en sociologie, Fabrice Clément s'est tourné vers la philosophie de l'esprit puis la psychologie du développement pour tenter de mieux saisir la manière dont les croyances naissent et meurent. Aujourd'hui professeur à l'université de Neuchâtel, il y a co-fondé un centre de sciences cognitives dont les recherches remettent en question la scission traditionnelle entre les sciences humaines et les sciences naturelles.
Publications
Les Mécanismes de la croyance, Paris, Droz, 2006.
La Sociologie cognitive (avec L. Kaufmann), Paris, Maison des Sciences de l'Homme, 2011.
Foundations of Affective Social Learning (avec D. Dukes), Cambridge University Press, 2019.

Patrick CORILLON : Un pied dedans, un pied dehors
Présentation d'une dizaine de ses interventions artistiques dans le cadre de commandes publiques en milieu urbain. La question centrale de ces interventions est : "Comment un espace imaginaire peut-il nourrir un espace politique ?". Comment créer des imaginaires qui ne sont pas là comme lieux de consolation pour mieux fuir une réalité quotidienne, mais qui au contraire parviennent à placer cette réalité dans une perspective large qui nous donne de la hauteur. Comment la vie dans un espace public régi par les rythmes de l'époque peut-elle s'ancrer dans un temps long ; non sous l'autorité du poids de l'Histoire, mais dans l'épaisseur d'histoires et de légendes millénaires. Bref, comment la métaphore peut-elle devenir un enjeu de la vie en commun ?
Site internet: www.corillon.net

Vinciane DESPRET : Puissances de la fiction : Cat's cradle avec Ursula Le Guin et Donna Haraway
"Quelles histoires racontons-nous lorsque nous racontons d'autres histoires ?" demande la philosophe américaine Donna Haraway dans son livre Vivre avec le trouble. Elle continue plus loin "Quelles histoires font des mondes ? Quels mondes font des histoires ? Cela compte aussi". Nous sommes nombreux à avoir la conviction qu'il nous faut d'autres récits pour apprendre (ou réapprendre) à mieux habiter le monde, et pas seulement des récits humains. Des récits qui peuvent nous rendre sensibles à la façon dont des êtres s'engagent dans la vie les uns des autres et nous donnent l'envie de nous engager, autrement, à notre tour. La science-fiction a cultivé ce genre de narrations — on pensera par exemple aux nouvelles de Ursula Le Guin, que ce soit celle de "La théorie du fiction-panier" — pour une réinvention du passé — ou celles qui composent le recueil des Quatre vents du désir, et dont la première ("L'auteure des graines d'acacias") explore un possible du futur avec des animaux écrivains. Haraway elle-même inventera un monde de compostistes, celui des Camille, où les compagnonnages multispécifiques prennent la figure de métamorphoses symbiotiques. Inspirée par elles, faisant relais de mondes ainsi devenus possibles, j'imagine des scientifiques du futur tantôt envisageant que les constructions des wombats d'Australie auraient une valeur religieuse, tantôt se chargeant de traduire des écrits à l'encre de poulpe découverts sur des fragments de poterie. S'agit-il d'enchantement ? Ces découvertes fabulées ne forment en fait qu'une légère inflexion, une sorte d'intensification de ce que certains scientifiques nous ont déjà proposé. L'enchantement serait-il alors une des formes du relais que nous pourrions donner à leurs travaux ? À moins qu'il ne s'agisse de tout simplement prolonger leur geste : celui de résister à la désanimation des vivants non-humains.

Vinciane Despret est une philosophe des sciences belge, professeur à l'université de Liège et à l'université libre de Bruxelles. En 1997, elle a souteny sa thèse "Savoir des passions et passions des savoirs" auprès d'Isabelle Stengers. Son travail est devenu une référence dans les courants de pensée de l'écologie, de l'activisme, ou du territoire.
Publication
Les animaux : deux ou trois choses que nous savons d'eux, V. Despret, R. Larrère (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2014.
Bibliographie
Ursula Le Guin, "The author of the acacia seeds. And other extracts from the Journal of the association of therolinguisitics", in The Compass Rose : Stories, Harper and Collins, 2005, p. 3-14.
Didier Debaise, "Le récits des choses terrestres", Corps-Objet-Image, 5, 2020.
Michel Serres, Le contrat naturel, Flammarion, coll. "Champs", 1990.

Giuseppe GAVAZZA : "Entre son et songe" [performance]
"Entre son et songe" est une composition musicale originale divisée en quatre parties :
Haut-parleurs humains : radios vivantes
Une performance collective utilisant des récepteurs radio portables, des oreillettes et des êtres humains. Les personnes, portant des oreillettes reliées à leurs radios portables syntonisées sur le même canal, essayant de reproduire le programme radio — en utilisant leur voix, leur corps et des objets — deviennent un chœur de haut-parleurs humains. Au bout d'un moment, une sorte de coordination entre les interprètes se produit spontanément. La performance peut se produire n'importe où et n'importe quand, sous la forme d'une performance spontanée et participative, ou peut être coordonnée à grande échelle par une émission de radio selon un palimpseste spécifique.
Clouds sound !
Un peu dans l'esprit des Paroles Gelées de Rabelais, mais sans combat (Faites des rêves, pas la guerre !). Suspendu à des ballons ancrés, je vais installer quelques dizaines de haut-parleurs de poche (un pour chaque ballon) qui diffuseront des voix qui racontent leurs rêves. L'installation fonctionnera de jour et/ou de nuit. Les voix qui narrent les rêves seront, à mon souhait, celles des participants au colloque : voix recueillies lors d'entretiens, éventuellement anonymes, réalisés pendant la résidence ou précédemment, selon des modalités à convenir. Après l'atterrissage, le même orchestre de poche sera utilisé pour interpréter ma nouvelle composition :
Le Château des voix timides
Création qui sera composée pendant les jours de résidence du colloque.
META Choir Cerisy
Une performance collective que j'ai conçue et présentée pour la première fois à META, Black Mountain College, N.C., en mai 2002. Tous les participants ont été invités à interpréter la partition : des instructions simples sur une ligne de temps, sous la direction des cloches et d'une grande horloge sur le mur. Chacun joue son rôle : réciter, chuchoter, chanter des mots tels que le nom, la date de naissance, les noms des proches, le signe du zodiaque, des souvenirs d'enfance, des émotions, les rêves...
Le concert, d'une durée de quelques minutes, peut être joué une fois ou les jours suivants à la même heure, toujours ouvert à tous ceux qui veulent y participer. Je vais écrire la partition pour META Choir Cerisy pendant les jours de résidence du colloque.

Giuseppe Gavazza, a étudié la composition, le piano, la musicologie et la musique électronique. PhD et compositeur en résidence ACROE-ICA de Grenoble, il enseigne au Conservatoire de Cuneo et est chercheur permanent AAU Cresson à Grenoble. Au cours de ses nombreuses résidences, il a collaboré avec des artistes de tous genres, produisant environ 150 projets.

Marion HENDRICKX : Enchantement à l'hôpital : un atelier conte en psychiatrie
L'hôpital n'est pas a priori un endroit propice à l'enchantement. C'est le lieu du corps, du concret, du protocole. Dans ce lieu de vie et de mort, que le patient aborde avec appréhension, est-il possible d'avoir les conditions d'expériences d'enchantement ? À partir d'un atelier conte en psychiatrie, je montrerai comment des soignants créent un espace/temps à part, "séparé", qui permet de sortir du protocole hospitalier, tout en le respectant. Un système de poupées russes se met en place pour contenir cet espace/temps : la hiérarchie hospitalière devant être sensibilisée pour être porteuse de l'enchantement des soignants qui eux-mêmes porteront celui des patients. Le médium du conte, par les représentations multiples et préexistantes qu'il véhicule, tant culturelles, patrimoniales, éducatives que thérapeutiques, permet cette contenance et cette convergence, bien que les objectifs des intervenants (hiérarchie, soignants, patients) soient parfois diamétralement opposés.

Marion Hendrickx est psychiatre au Groupement des Hôpitaux de l'Institut Catholique de Lille et doctorante en sociologie à l'université libre de Bruxelles.

Olivier LABUSSIÈRE : Les enchantements de Lucrèce
L'œuvre de Lucrèce, De la nature, peut être lue comme un manuel d'initiation à l'imperceptible. Elle initie à ce qui dans le sensible fait importer l'imperceptible. La course des atomes est imperceptible, leurs transformations manifestent des réalités sensibles. "Le visible ouvre sur l'invisible dont il procède" (A. Gigandet). Le visible n'est pas le lieu d'une mise en ordre du monde, il est le lieu d'un enchantement, d'un chant du monde. Ce chant poétique est nécessaire à la constitution et au déploiement de ce savoir physique. Il l'anime. La physique lucrétienne ne se réduit pas à la pluie serrée et droite des atomes. Ce grand écoulement est ponctué de formes tourbillonnaires qui le ralentissent, lui confèrent des éclats locaux, en célèbrent le mouvement général d'évolution. Cette lecture de l'œuvre de Lucrèce s'inscrit dans une préoccupation contemporaine pour une approche non anthropocentrée des milieux de vie.

Olivier Labussière est géographe, chercheur au CNRS, rattaché au Pacte, laboratoire de sciences sociales à Grenoble. Ses thèmes de recherche touchent aux relations entre énergie, espace et sociétés dans le contexte contemporain de scénarios bas carbone. L'analyse du déploiement de nouvelles technologies de l'énergie (à terre, en mer, en sous-sols), des politiques qui les sous-tendent et des luttes qu'elles suscitent offre une entrée privilégiée pour suivre la redéfinition des politiques environnementales contemporaines et celles de nos milieux de vie.

Emmanuelle LALLEMENT : De l'enchantement au désenchantement (et vice versa)
La communication proposera d'articuler une anthropologie du phénomène festif contemporain à une anthropologie de l'enchantement. Enchantement et phénomène festif entretiennent des liens étroits. La notion d'enchantement permet en effet de saisir la logique de l'événementialité festive qui a en partie caractérisé la fabrique matérielle et symbolique des villes depuis le début des années 2000. Dans certains événements festifs urbains étudiés ("Nuits Blanches", "Paris-Plage" notamment) se retrouve une volonté de suspension, dans un temps et un espace codifiés, de l'incrédulité habituelle, pour faire advenir un "effet de ville". À la fois éphémère mais structurante dans la gestion des espaces et des temps de la ville, cette politique du festif a été largement critiquée: ne participait-elle pas à la lente dérive du festif vers l'événementiel ? La fête est ainsi désenchantée. Cependant qu'en est-il de l'enchantement quand il n'y a plus de fêtes en ville ? Quand tout rassemblement festif est interdit ? Une anthropologie du désenchantement festif permet de documenter le rapport au festif, révélé en creux comme essentiel en période de crise sanitaire et sociale. C'est peut-être au cœur de cette crise que l'enchantement de la fête revient.

Emmanuelle Lallement est anthropologue des mondes contemporains. Professeure des universités à l'Institut d'Études Européennes de l'université Paris 8, membre du Laboratoire Architecture, Ville, Urbanisme, Environnement (LAVUE), elle mène plus particulièrement des recherches en anthropologie urbaine sur la fabrication de la ville par l'événementiel festif, les situations d'échange marchand et les mobilités dans le cadre de la globalisation. Elle est responsable de l'axe "Penser la ville contemporaine" de la Maison des Sciences de l'Homme Paris-Nord.
Publications
La ville marchande. Enquête à Barbès, Téraèdre, 2010.
Paris Résidence Secondaire, Belin, 2013.
A dirigé en 2018 le numéro 38 de la revue Socio-Anthropologie "Éclats de fête".

Éric LE COGUIEC : Pratiques furtives dans la ville et nouvelles affordances
Le concept d'infiltration quand il est relié aux pratiques de la ville, résonne avec les concepts de dérive ou de déambulation. Il questionne l'objectivisme du savoir urbaniste et plus largement une fabrique fonctionnaliste de la ville. Il existe pourtant d'autres formes d'infiltration dans l'espace public, qui ne sont pas associées à la marche et qui désignent autant d'invitations à redessiner des trajectoires d'action. Si marcher repotentialise le contexte urbain et fait resurgir ce que la ville utilitariste exclut, rester immobile peut aussi perturber l'ordre établi et questionner les liens entre les besoins des individus et les affordances. Que ces pratiques de la ville soient mobiles ou immobiles, celles-ci, tout en critiquant les programmes urbains, sont aussi motivées par le jeu.

Éric Le Coguiec est docteur en architecture et auteur de travaux portant sur les relations entre architecture et politique. Ses recherches portent sur les dérives de l'urbanisme tactique, sur l'impact des media sociaux sur la production architecturale, sur les enjeux épistémologiques et méthodologiques de la recherche en architecture. Il a enseigné au Canada à l'École de design (Université du Québec à Montréal) et à la Azrieli School of Architecture and Urbanism (Carleton University, Ottawa). Il est actuellement professeur à la Faculté d'architecture de l'université de Liège et responsable du laboratoire ndrscrLab | Architecture et politique.

Dominique MEMMI : L'image enchantée des sommets vaut-elle pour tous ?
Depuis le milieu des années 70, le cinéma américain abandonne les "loosers" (Taxi driver, La Valse des pantins, Un après midi de chien, Vol au dessus d'un nid de coucou) pour des "winners", le plus souvent d'origine modeste, sinon populaire (les 6 Rocky, les deux Creed, mais aussi Fighting, Bleed for this, Chasing Mavericks, etc…). Et — sauf exceptions "excusables" et explicables ! — la réussite est au rendez vous. Au "pire", on assiste à une demi-victoire mais où l'honneur est sauf. Mais cette mythologie ne vaut pas pour tous, pas pour toutes. Quel est le principe de légitimité et de réenchantement de l'"envie de parvenir" socialement ?

Virginie MILLIOT : Glaneurs de mémoires et de rêves sur le vieux marché aux puces de Bruxelles
Le marché du jeu de Balle de Bruxelles est un marché aux puces unique en Europe, du fait de son organisation et de sa place dans l'imaginaire citadin. Il est ouvert non seulement le week-end mais tous les jours de la semaine et représente pour nombre de Bruxellois, "l'âme" de la ville même. À la différence d'autres marchés, où les objets sont triés, réparés et mis en valeur en amont, on trouve sur la place tout ce qui sort des maisons des défunts. Sont entassés et exposés dans des cartons, des objets de peu parfois intimes, des archives personnelles, des photographies : le "brol" de toute une vie. Des habitués, artistes, collectionneurs, glaneurs de mémoire viennent chaque jour y chercher matière à rêver, à créer, ou s'efforcent de "sauver tout ce qui peut l'être". Les objets sont saisis comme des déclencheurs d'imaginaire, d'à-venir créatif ou comme des objets-signes, messages d'outre-monde. Nous montrerons que l'écologie de ce marché offre des prises matérielles propices à des expériences d'enchantement, caractérisées ici par un brouillage temporel sur le mode de la "synchronicité", de la vision ou de la présence.

Virginie Milliot est maître de conférences en anthropologie à l'université de Paris Nanterre et membre du Lesc (UMR 7186). Elle développe depuis une dizaine d'années des recherches sur les occupations informelles de l'espace public, les sociabilités, mobilisations et formes d'organisation qui émergent depuis la rue, dans le Nord Est parisien.
https://lesc-cnrs.fr/fr/cb-profile/userprofile/213
https://hal.archives-ouvertes.fr/search/index/?q=virginie+Milliot

Luca PATTARONI : Politique de l'enchantement
Cette intervention se propose d'explorer les moments d'infléchissement politique de l'enchantement, c'est-à-dire les processus où se joue le passage d'une utilisation subversive et critique des formes d'intensification de l'expérience sensible à des formes instrumentales visant le renforcement d'un ordre établi ou encore l'expansion des logiques consuméristes. Plus qu'un infléchissement historiquement linéaire, tel que suggéré par exemple dans les dénonciations récurrentes de la société du spectacle, il faut considérer des oscillations plus fines, saisissant ensemble les modalités de capture de l'enchantement et la relance régulière de son potentiel subversif. Pour ouvrir à une pragmatique de ces infléchissements — noyau d'une sociologie de l'ambivalence — nous nous pencherons de manière symétrique sur deux grands domaines d'articulation de l'enchantement et du capitalisme, d'articulation autour des questions de créativité et d'habiter : d'une part, le passage des dérives situationnistes aux expériences réglées du tourisme contemporain (et en particulier la mise en équivalence des puissances esthétiques et de la contre-culture) ; d'autre part, la relance d'une puissance d'émerveillement (et d'habitation) en réponse à la mise en garantie des indicateurs écologiques et la financiarisation du traitement de la crise écologique. Au final, il s'agira de penser le travail politique de l'enchantement comme une attention critique à la résonnance démocratique des expériences sensibles, leur pouvoir de différenciation (créativité) et d'attachement (habiter).

Luca PIDDIU
Luca Piddiu est assistant d'enseignement et candidat au doctorat au sein de l'Institut GEDT et de la Faculté des Sciences de la Société de l'université de Genève. Sa thèse en aménagement et urbanisme porte sur les controverses relatives aux projets d'aménagement (notamment de densification) en périmètre urbain. À travers des études de cas en Belgique et en Suisse, cette recherche s'attache à comprendre les dynamiques transformatrices de la fabrique urbaine résultant d'oppositions habitantes, parmi lesquelles les ordres de justification, les mises en récit géographiques et la mobilisation des attachements relevant d'un habiter urbain non-dense. Sa thèse est dirigée par le professeur Laurent Matthey.

Patrick ROMIEU : De la voix chuchotée aux murmures du monde. Approche anthropologique de quelques dérives enchantées
Si toute anthropologie digne de ce nom ne peut être fondée que sur une ethnographie rigoureuse nous conviendrons que la surface sémantique de la notion d'enchantement, fortement enchâssée dans la tradition littéraire et culturelle, dépasse de beaucoup les échelles admises de l'anthropologie de terrain. Nous passerons outre cette difficulté en approchant le passage qualitatif sous entendu par l'enchantement en visant directement la "mise au chant" qu'il revendique. Qu'en est-il alors de cet emprunt à la chose acoustique validée par l'universel des cultures ? L'idée même du chant étant bien trop étroite nous élargirons notre enquête à tout ce qui peut faire chant dans un contexte contemporain de plus en plus ouvert aux renouveaux de l'expérience acoustique. Dans cette perspective, tout instant sonore peut être convoqué pour transiter d'une rive à l'autre du tonus acoustique, ouvrant dés lors à des dispositifs de reconfiguration quasi immédiate des réalités. En transitant des voix de tête aux fondements mêmes de l'expérience vive, sous les lignes de flottaison des régimes de représentation et de discursivité, la puissance sonore impose d'emblée des cosmogonies éphémères susceptibles de candidater au statut d'enchantement. Nous tenterons d'ordonner ces hypothèses par la traversée de trois situations ethnographiques aux contextes assez différenciés.

Patrick Romieu est anthropologue. Il travaille depuis plusieurs décennies à la conceptualisation d'une anthropologie sonore d'inspiration phénoménologique fortement appuyée sur la réflexibilité de l'expérience de terrain. Il interroge particulièrement la manière dont l'expérience sonore, infra notionnelle et infra linguistique par définition, interroge les régimes de discursivité et l'écriture même de l'anthropologie. Il est chercheur honoraire au sein de l'équipe Cresson du laboratoire AAU et responsable scientifique de l'Observatoire sonore de Haute Provence aCousson4.

Dominique ROODTHOOFT : "L'éponge & l'huître", ou que faire des crasses qui nous traversent ? Une visite guidée [spectacle-rencontre]
Que faire des crasses qui nous traversent ? C'est la question que s'est posée Dominique Roodthooft (bien avant la Covid 19 !) en se sentant peu à peu devenir comme une éponge gonflée de "tous les maux du monde" qu'elle n'arrivait plus à dégorger. Une amie, à qui elle confiait sa sensation, lui a répliqué non sans humour qu'elle pouvait choisir entre l'éponge qui absorbe tout ou l'huître qui filtre et peut même d'une crasse fabriquer une perle. À partir de la métaphore de l'éponge et de l'huître (qui en réalité sont tous les deux des animaux filtrants), différents créateurs et différentes créatrices ont été sollicités pour interroger et activer artistiquement le concept de filtrage(1) : à quoi fait-on attention, que choisit-on de garder, d'éliminer, d'ignorer ou de transformer dans ce qui nous traverse ? Le résultat du spectacle prend la forme d'une visite guidée parmi des œuvres (cartographies, documents sonores et films) et les commentaires de chacun des participants (artistes, philosophes, psychanalystes, militants). Devant chaque œuvre, la guide met son casque et relaye leur parole par le procédé du verbatim (qui consiste à répéter exactement ce qu'elle entend dans ses écouteurs). Dominique Roodthooft développe ce procédé depuis 2009, date à laquelle elle a commencé sa recherche autour de la transmission de la pensée et des savoirs auprès d'un grand public.
Concept : Dominique Roodthooft — Production : le CORRIDOR (BE)
(1) Le texte de Yves Citton : Ontologie du filtre et du filtrage fut distribué à chacun des participants au départ de leur recherche.

Véronique SERVAIS : Expériences d'enchantement dans le rapport au vivant
Dans nos sociétés, de nombreuses personnes font l'expérience, dans leurs rencontres avec des animaux ou la nature, de "moments suspendus" que nous avons qualifiés, avec A. Halloy et à la suite d'E. Belin (2002), d'expériences enchantées (Halloy & Servais, 2014). L'étude de ces rencontres enchantées nous a amenés à parler de "dispositifs d'enchantement" pour désigner des aménagements culturels mettant en relation des dispositions intérieures, qu'ils contribuent à faire advenir, et des affordances présentes dans l'environnement. L'enchantement se manifeste dans un travail d'intégration créatrice de l'expérience, qui peut survenir, mais pas toujours, lorsque certaines conditions sont remplies. Après être revenue rapidement sur le travail mené avec A. Halloy, l'exposé vise à montrer la productivité que les notions tirées de cette approche dispositive de l'expérience ont apporté à la compréhension de rencontres animales d'une part et du travail thérapeutique avec des animaux d'autre part.

Bibliographie
Halloy Arnaud & Servais Véronique (2014), "Enchanting Gods and Dolphins : A Cross‐Cultural Analysis of Uncanny Encounters", Ethos, 42(4), 479-504.
Belin Emmanuel (2002), Une sociologie des espaces potentiels. Logique dispositive et expérience ordinaire, Bruxelles, De Boeck.

Robin SUSSWEIN : L'imaginaire, l'intime, le réel. Perspective sociologique sur les conditions suffisamment bonnes pour animer des êtres absents
À partir d'une enquête ethnographique réalisée auprès de collectif d'initiation à la "communication animale intuitive", nous explorons la question des conditions de possibilité d'une "expérience d'enchantement". Nous montrons comment, dans ce cas, l'enchantement s'appuie sur une transformation progressive du cadre pragmatique de l'activité, et proposons une analyse des conditions sociales et langagières de cette transformation.

Robin Susswein est, depuis 2020, chargé de recherche à la Ligue bruxelloise pour la santé mentale. Diplômé d'un Master en sociologie (ULB) en 2015, il réalise de 2015 à 2019 une recherche doctorale au Casper (USL-B) portant sur les recompositions des pratiques de soin psychiatrique autour de la norme d'"autonomie". Ses intérêts de recherche portent sur les conceptions de la personne dans le champ de la santé mentale ainsi que sur les "dispositifs d'enchantement", objet d'un mémoire de Master en 2015 et d'un article en 2020.
Publications
Robin Susswein, La "Communication Intuitive" et ses initiés. Approche ethnographique d'une technique de développement personnel impliquant l'animal, Mémoire présenté en vue de l'obtention du grade de Master Sociologie à finalité spécialisée, sous la direction de Mme la Professeure Nathalie Zaccaï-Reyners, Bruxelles, Université Libre de Bruxelles, 2015.
Robin Susswein et Edgar Tasia, "S'initier au merveilleux", EspacesTemps.net [En ligne], Travaux, 2020 | Mis en ligne le 7 avril 2020 (https://www.espacestemps.net/articles/sinitier-au-merveilleux/ ; DOI : 10.26151/espacestemps.net-34ck-vy73).

Jean-Paul THIBAUD : L'enchantement, une intonation de la vie
Que se passe-t-il quand on aborde l'enchantement en termes d'ambiance ? L'enchantement ne procéderait-il pas d'une mise en ambiance spécifique qui augmente notre attachement à la vie ? N'a-t-on pas affaire à l'installation d'une tonalité affective singulière qui nourrit notre faculté de sentir et accroît notre puissance d'agir ? Cette perspective permettra d'aborder la question de l'atmosphérisation du monde et de la mise en condition sensible de l'expérience, du pouvoir d'emprise d'une ambiance et de sa capacité à activer une puissance de vie. Il s'agira d'approcher l'enchantement comme un mouvement d'intensification de la sensibilité aux milieux de vie. On pourra également se demander si l'on n'assiste pas actuellement à une forme spécifique d'enchantement du monde que l'on pourrait qualifier d'étrange : un "étrange enchantement" ou une "étrangeté enchantée" qui découvre à nouveaux frais la composition sensible de mondes possibles. Que pourrait donc être cette écologie ambiantale de l'enchantement, attentive à la vitalité et à la précarité des milieux en devenir ?

Jean-Paul Thibaud est sociologue de formation, directeur de recherche CNRS au CRESSON (UMR 1563 Ambiances, Architectures, Urbanités). Son domaine de recherche porte sur la théorie des ambiances urbaines, les sensibilités contemporaines aux enjeux socio-écologiques, la perception ordinaire en milieu urbain, l'ethnographie sensible des espaces publics, l'anthropologie du sonore, les méthodologies qualitatives in situ. Il dirige actuellement le programme ANR SENSIBILIA Sensibilités à l'épreuve de l'Anthropocène.
Derniers ouvrages
Thibaud Jean-Paul, 2015, En quête d'ambiances, Genève, MétisPresses.
L'usage des ambiances, Colloque de Cerisy (2018), Hermann, 2021 (en co-direction avec D. Tallagrand et N. Tixier).

Nicolas TIXIER : À la recherche de l'enchantement
L'habiter se fabrique de multiples façons. Voir et dire ces fabriques reste un des enjeux majeurs pour comprendre ce qui fait patrimoine dans les usages, mais aussi dans les capacités d'un lieu à se renouveler tout en gardant ce qui le rend singulier et dont l'ambiance en est un catalyseur autant qu'un révélateur. À partir des travaux sur les modes d'existence d'Étienne Souriau, relus par David Lapoujade, on regardera comment il est possible d'entrevoir dans un cadre projectuel une approche rétro-prospective des ambiances d'un lieu, cherchant en quelque sorte un ré-enchantement possible. Pour incarner ces propositions, on s'appuiera sur un projet urbain que nous avons développé avec l'artiste Didier Tallagrand : "L'affaire de l'aqueduc de la Reine Pédauque" (Toulouse, France).

Nicolas Tixier est architecte. Professeur à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble et professeur invité à l'École Supérieure d'Art Annecy Alpes. Chercheur au CRESSON (UMR 1563 Ambiances, Architectures, Urbanités), il en est le directeur depuis 2018. Il mène parallèlement une activité de projet au sein du collectif BazarUrbain. Entre héritage et fiction, il interroge les territoires et leur fabrique par les ambiances.
Derniers ouvrages
Traversées urbaines, villes et films en regard, MétisPresses, 2015.
L'usage des ambiances, Colloque de Cerisy (2018), Hermann, 2021 (en co-direction avec D. Tallagrand et J.-P. Thibaud).

Laurent VALDÈS
Dans le cadre de cette virgule matinale, Laurent Valdès explorera certaines images qui habitent sa mémoire, la nourrissent. Séquences orphelines tournées en Super 8 et qui n'ont trouvé place dans aucun travail jusqu'à présent, mais dont le souvenir, prégnant, lui donne le sentiment de les connaître par cœur, car toujours résonnantes. Cette relation entre sa mémoire et l'image, ces lieux et son corps, n'est pas sans produire une oscillation, une forme de danse qui l'enchante, le structure, aiguisant ses sens et son appétence au sensible.

Laurent Valdès est artiste et vidéaste. Diplômé des Beaux-Arts de Genève en cinéma, il complète sa formation par un master en arts visuels à l'actuelle HEAD quelques années plus tard. Sa démarche artistique, liée à l'espace et la narration, est présentée dans le cadre de performances, d'installations, de mises en scène ainsi que par le livre. Il mène également un travail de recherche sur les mémoires de "l'habiter" dans lequel il questionne toutes les traces, aussi bien matérielles que littéraires ou audiovisuelles. Questionnements qu'il applique à Hong Kong et au Japon où il a séjourné à plusieurs reprises.

Denis VIDAL : Entrenchantements. Une approche anthropologique de la notion d'enchantement
Partant de situations ethnographiques variées dont j'ai été le témoin mais où j'ai pu être, aussi, parfois, quelque peu impliqué (miracles, interactions avec des divinités ou avec des robots), je voudrais proposer un certain nombre d'hypothèses sur la manière dont l'enchantement s'institue, s'expérimente et se diffuse dans un milieu donné.

Yves WINKIN : Paysages enchantés : une cartographie
Dans le courant des années 90, vont surgir tant en Europe qu'aux États-Unis des propositions de théories de l'enchantement. Je songe en particulier à Enchanting a Disenchanted World de Georges Ritzer (1999), à The Enchantments of Technology de Lee Worth Bailey (2005), qui n'a curieusement rien à voir avec le célèbre article d'Alfred Gell, "The Technology of Enchantment and the Enchantment of Technology" (1992), qu'Yves Citton va faire connaître en langue française en le publiant dans son Technologies de l'enchantement. Pour une histoire multidisciplinaire de l'illusion (avec Angela Braito, 2014). Deux contributions majeures mais relativement méconnues devront encore être "cartographiées" : Une Sociologie des espaces potentiels. Logique dispositive et expérience ordinaire d'Emmanuel Belin (2002) et "On the Elementary Forms of Socioerotic Life" de Sasha Weitman (1998).

Professeur extraordinaire émérite de l'université de Liège et Professeur honoraire du Conservatoire national des arts et métiers, Yves Winkin a proposé une "anthropologie de la communication" fondée sur une démarche ethnographique (La Nouvelle Communication, 1981 ; Erving Goffman : les moments et leurs hommes, 1988 ; Anthropologie de la communication, 2001). Il a été directeur adjoint de l'École normale supérieure de Lyon, directeur de l'Institut français de l'Éducation et directeur du musée des Arts et Métiers.
Publications
Y. Winkin (dir.), Bateson : premier état d'un héritage, Colloque de Cerisy, Éditions du Seuil, 1988.
J. Dubois, P. Durand, Y. Winkin (dir.), Le Symbolique et le Social. La réception internationale de la pensée de Pierre Bourdieu, Colloque de Cerisy, Éditions de l'université de Liège, 2005 [réédition : Presses universitaires de Liège, 2015].
"Communiquer à Cerisy", in S.I.E.C.L.E Colloque de Cerisy. 100 ans de rencontres intellectuelles de Pontigny à Cerisy, Colloque de Cerisy, Institut Mémoires de l'édition contemporaine, 2005.
"Les multiples mondes de Howard Becker", in Howard Becker et les mondes de l'art, Colloque de Cerisy, Les Éditions de l'École polytechnique, 2013.
"Les vieux qui marchent (encore). Auto-ethnographie prospective", in Le génie de la marche. Poétique, savoirs et politique des corps, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2016.
Réinventez les musées ?, Éditions MkF, 2020.


BIBLIOGRAPHIE :

• Belin Emmanuel, 2002, Une sociologie des espaces potentiels. Logique dispositive et expérience ordinaire, Bruxelles, De Boeck Université.
• Bennet Jane, 2001, The enchantement of modern life, Princeton University Press.
• Bourgeois Catherine, Brahy Rachel et Zaccaï-Reyners Nathalie (coords.), 2020, "Effervescence et enchantement : scènes, organisations et expériences", Traverse coordonnée pour la revue Espaces-Temps (à paraître).
• Brahy Rachel, 2019, S'engager. À la recherche du sens de l'expérience, Cerisier, Mons.
• Clément Fabrice, 2006, Les mécanismes de la crédulité, Genève, Droz.
• Despret Vinciane, 2020, Habiter en oiseau, Actes Sud.
• Halloy Arnaud et Servais Véronique, 2014, "Enchanting Gods and Dolphins : A Cross-Cultural Analysis of Uncanny Encounters", ETHOS, vol. 42, n°4, p. 479-504.
• Heindrickx Marion, 2012, Petit traité d'horreur fantastique à l'usage des adultes qui soignent des ados, Toulouse, Érès.
• Labussière Olivier, 2013, "Flux, ambiances et ré-enchantement du monde. Étude à partir de Malicroix d'Henri Bosco", Ambiances. Environnement sensible, architecture et espace urbain, UMR 1563 - Ambiances Architecturales et Urbaines, pp.1-11.
• Mannoni Octave, 1969, Clefs pour l'imaginaire : ou l'Autre scène, Paris, Le Seuil.
• Mermet Laurent et Zaccaï-Reyners Nathalie (sld.), 2015, Au prisme du jeu. Concepts, pratiques, perspectives, Paris, Hermann, "Colloque de Cerisy".
• Nahoum-Grappe Véronique, 2010, Vertige de l'ivresse : Alcool et lien social, Descartes & Cie.
• Schaeffer Jean-Marie, 1999, Pourquoi la fiction ?, Paris, Gallimard.
• Susswein Robin et Tasia Edgar, 2020, "S'initier au merveilleux", Espace-temps.net.
• Thibaud Jean-Paul, 2015, En quête d'ambiances, Genève, MétisPresses.
• Tixier Nicolas, 2020, "Heritage / Fiction. For a retro-prospective of dwelling-in-ambiances", in D. Masson & M. Novak (dir.), Ambiances, Alloaesthesia, actes du 4e Congrès international ambiances, décembre 2020.
• Vidal Denis, 2016, Aux frontières de l'humain, Paris, Alma éditeur.
• Winkin Yves, 2002, "Propositions pour une anthropologie de l'enchantement", in Rasse Paul, Midol Nancy et Triki Fathi (dir.), Unité-Diversité. Les identités culturelles dans le jeu de la mondialisation, p. 169-179, Paris, L'Harmattan.
• Winnicott Donald W., 1997 [1971], Jeu et réalité, l'espace potentiel, 1ère trad. française, 1975, réédition collection Gallimard/Collection de l'Inconscient.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


JULIA KRISTEVA : RÉVOLTE ET RELIANCE

HUMANITÉS, LITTÉRATURE, PSYCHANALYSE


DU SAMEDI 26 JUIN (19 H) AU SAMEDI 3 JUILLET (14 H) 2021



DIRECTION :

Sarah-Anaïs CREVIER GOULET, Keren MOCK, Nicolas RABAIN, Beatriz SANTOS

Avec la participation de Julia KRISTEVA


ARGUMENT :

Cette rencontre se propose comme une traversée dans l'œuvre protéiforme de Julia Kristeva. Toujours en acte, la pensée qu'elle déploie est à l'écoute des bouleversements de l'histoire, des théories et des disciplines, tout comme des enjeux contemporains et des questions éthiques. Conçue dans les mouvements de révolte et de reliance, elle prend ancrage au cœur même de ce qui relie l'intime et le social-historique : là est la force créative d'une œuvre dont le rayonnement dépasse cultures et disciplines.

L'exigence de la vision humaniste de l'auteure oblige à suivre l'héritage des Lumières : c'est en confrontant les points de vue que, dans le vaste ensemble de leurs enchevêtrements, la complexité se dévoile. De la signifiance au récit intertextuel, de l'inscription inconsciente aux limites de la vie, de la révolte adolescente à la violence des pouvoirs de l'horreur, des portraits littéraires aux expressions esthétiques et artistiques, du besoin de croire à la pulsion de savoir, les trois volets de ce colloque (humanités, littérature, psychanalyse) permettront de considérer à sa juste mesure la singularité du parcours kristévien.

Sans pour autant prétendre à l'exhaustivité, les réflexions éclairées par le débat avec de nombreux penseurs tant français qu'étrangers permettront d'entretenir un dialogue privilégié avec celle qui se définit comme un "monstre de carrefours" et qui est assurément, non seulement une personnalité hors pair, mais aussi l'une des intellectuelles les plus importantes de notre temps.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Croyance, Esthétique, Éthique, Fictions, Kristeva (Julia), Langage, Psychanalyse


CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 26 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 27 juin
Matin
Carin FRANZÉN : L'œuvre de Julia Kristeva — un antidote au vide symbolique dans la culture contemporaine
Discutante : Keren MOCK

Jean-François RABAIN : Julia Kristeva lectrice d'Aragon
Discutant : Nicolas AUDE

Après-midi
Éthique et médecine, table ronde animée par Danièle BRUN, avec Jean-Claude AMEISEN [visioconférence], Eivind ENGEBRETSEN [visioconférence] et Lawrence D. KRITZMAN [visioconférence]

Le génie féminin de Julia Kristeva par Philippe Sollers (film de Georgi K. Galabov et Sophie Zhang, 32 min), présentation par Keren MOCK puis projection du film

Soirée
Samuel DOCK : "Cette nuit instillée de jour : la vérité de Kristeva, le roman de Julia", animée par Keren MOCK


Lundi 28 juin
Matin
Perspectives contemporaines sur la chôra, table ronde animée par Carin FRANZÉN, avec Sarah-Anaïs CREVIER GOULET, Miglena NIKOLCHINA et Audrey RICHARD-BURTEY

Après-midi
Alice JARDINE : At the risk of thinking [visioconférence] [vidéo en ligne]
Discutante : Keren MOCK

Soirée
Lectures, animées par Nicolas RABAIN, avec Charlotte CASIRAGHI, Sihem HABCHI et Teodor KOTOV


Mardi 29 juin
Matin
Dialogue — Modératrice : Sarah-Anaïs CREVIER-GOULET
Marie-Christine LALA : Les mutations du sémiotique entre langue, sujet et discours
Dominique DUCARD : L'implexité du langage

Après-midi
Dialogue — Modérateur : Samuel LEPASTIER
Brigitte MOÏSE-DURAND : Besoin de croire à l'adolescence et le Père de la préhistoire individuelle
Nicolas RABAIN : Adolescence et révolte

Les territoires de la fiction, table ronde animée par Michal BEN-NAFTALI, avec Marilia AISENSTEIN [visioconférence], Pierre-Louis FORT (Une éclosion de questions) [vidéo en ligne] et Keren MOCK

Soirée
"HORS LES MURS" — À L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE COUTANCES
STABAT MATER, concert organisé par Jean-François DÉTRÉE, avec Pauline JAMBET (récitante), Élise LÉONARD (orgue) et Françoise MASSET (soprano) [présentation]


Mercredi 30 juin
Matin
Marian HOBSON : Les années 60 : un même son de cloche ? [visioconférence]
Discutante : Rachel BOUÉ-WIDAWSKY

Dialogue — Modérateur : Samuel LEPASTIER
Jean-Louis BALDACCI : Reliance et sublimation dans l'esthétique et dans la clinique
Françoise COBLENCE [texte lu]

Après-midi
Modératrice : Danièle BRUN
Julia KRISTEVA : Prélude à une éthique du féminin [enregistrement audio en ligne sur le site de Julia Kristeva]


Jeudi 1er juillet
Matin
Dialogue — Modératrice : Beatriz SANTOS
Frédéric MAGET : Le biographe et l'analyste : lecture(s) colettienne(s) de Julia Kristeva
Cecilia SJÖHOLM : Kristeva, la radicalisation et le renouvellement du sujet

Après-midi
Martin RUEFF : Le langage poétique : l'avenir d'une révolution [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Discutante : Sarah-Anaïs CREVIER GOULET

Dialogue — Modérateur : Nicolas RABAIN
Karine ROUQUET-BRUTIN : Julia Kristeva et la question du matricide de la langue natale
David UHRIG : Le "pathos" du Neutre


Vendredi 2 juillet
Matin
Dialogue — Modérateur : Nicolas RABAIN
Gilbert DIATKINE : Signifiance et pulsion de mort
Laurent DANON-BOILEAU : Exil, mélancolie, sublimation

Griselda POLLOCK : Julia Kristeva et Marilyn Monroe : entre la politique, l'éthique et l'esthétique [vidéo puis visio]
Discutante : Beatriz SANTOS

Après-midi
Lettres, Arts et Cinéma, table ronde [visioconférence] animée par Régis SALADO, avec Bernadette BRICOUT (Un Abécédaire pour Julia Kristeva), Frédéric OGÉE (Julia Kristeva et la culture européenne) et Martin RUEFF (Le laboratoire d'idées et de solidarités)

Soirée
Écrivains : témoignage et écriture, animée par Keren MOCK & Beatriz SANTOS, avec Michal BEN-NAFTALI, Philippe FOREST et Tiphaine SAMOYAULT


Samedi 3 juillet
Matin
Dostoïevski, l'auteur de ma vie, discussion entre Nicolas AUDE et Julia KRISTEVA

Rapport d'étonnements, par Nicolas AUDE et Sébastien TALON

Bilan des travaux

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Marilia AISENSTEIN
Philosophe de formation, Marilia Aisenstein est psychanalyste, titulaire formateur de la Société Hellénique de Psychanalyse et de la Société de Psychanalyse de Paris dont elle a été présidente. Elle s'est essentiellement impliquée dans l'Association Internationale en étant Représentant de l'Europe au Comité Exécutif et président du Comité des Nouveaux Groupes. Elle a beaucoup écrit en Grec et en Anglais sur le corps, le transfert, la maladie psychosomatique. Une traduction de son dernier livre est sous presse aux Éditions d'Ithaque sous le titre : Désir, Douleur, Pensée.

Nicolas AUDE
Ancien élève de l'ENS de Paris (2008), agrégé de Lettres modernes (2013), Nicolas Aude est docteur en littérature comparée de l'université Paris Nanterre. Sa thèse, en cours de publication, s'intitule "Les Aveux imaginaires. Scénographie de la confession dans le roman du XIXe siècle (Angleterre, France, Russie)". Ses recherches actuelles portent sur Fédor Dostoïevski et la littérature mondiale.

Jean-Louis BALDACCI : Reliance et sublimation
Les notions d'abjection et de reliance de Julia Kristeva se proposent d'enrichir la compréhension et le traitement des "nouvelles maladies de l'âme" que rencontre de nos jours la psychanalyse. En recoupant la notion freudienne de sublimation, elles permettent à la métapsychologie d'interroger les champs de la créativité et de l'esthétique.
Bibliographie
Kristeva J., Les nouvelles maladies de l'âme, Paris, Fayard, 1993.
Kristeva J., La reliance ou de l'érotisme maternel, Revue Française de Psychanalyse, 5-2011, pp. 1559-1570.
Kristeva J., Autour d'Emile Benveniste, ouvrage collectif, Coll. "Fiction et Cie", Paris, Seuil, 2016, pp. 97-151.
Kristeva J., Je me voyage, entretiens avec Samuel Dock, Paris, Fayard, 2016.

Jean-Louis Baldacci, psychiatre, psychanalyste, membre titulaire formateur de la Société psychanalytique de Paris, a dirigé le Centre de Consultations et de Traitements Psychanalytiques Jean Favreau de 2000 à 2015.
Publication
"Dépasser les bornes". Le paradoxe du sexuel, PUF, 2018.

Rachel BOUÉ-WIDAWSKY
Rachel Boué-Widawsky est psychanalyste à New York. Elle est membre de IPA (International Psychoanalytic Association), de IPTAR (Institute for Psychoanalytic Training and Research), responsable éditoriale des recensions étrangères de la revue JAPA (Journal of American Psychoanalytic Association) et membre du comité éditorial de IJP (The International Journal of Psychoanalysis). Elle enseigne psychanalyse, littérature et cinéma à l'École de Médecine de NYU. Elle a publié des ouvrages en français sur l'œuvre de Nathalie Sarraute. En continuité avec ses recherches sur les formes littéraires de phénomènes prélangagiers, elle a publié des articles de psychanalyse sur Julia Kristeva et André Green. Elle prépare actuellement un essai psychanalytique sur la représentation clinique des phénomènes pré-psychiques.
Publications
Psychanalyse
"Maternal Eroticism and the Journey of a Concept in Julia Kristeva's Work", Julia Kristeva, The Library of Living Philosophers, edited by Sara G. Beardsworth, Southern Illinois University Press, 2020.
"Maternal Eroticism or the Necessary Risk of Madness", Eroticism, Developmental, Cultural, and Clinical Realms, edited by Salman Akhtar, Routledge, 2019.
"Green's Theory of Representation Revisited", André Green Revisited, Representation and the Work of the Negative, edited by H. Levine and G. Reed, Routledge, 2018.
"Review of Julia Kristeva's Psychoanalytic Work", JAPA, 62: 61-67, 2014.
"Le temps psychanalytique", 74ème Congrès des Psychanalystes de Langue Française, 2014/2.
Recensions
"What Nazizm has Done to Psychoanalysis" (Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse), by Laurence Kahn, JAPA, 66.1, 2020.
"Being and Gender, Man/Woman after Lacan" (L'Être et le genre, homme/femme après Lacan), by Clotilde Leguil, JAPA, 65: 568-571, 2017.
"A Part of Oneself in the Other's Life" (Une part de soi dans la vie des Autres), by Danièle Brun, JAPA, 63: 1262-1265, 2015.
"The Power of Aging" (Le pouvoir du vieillir), by François Villa, JAPA, 63: 191-93, 2015.
"The Malaise" (Le Malêtre) by René Kaës, JAPA, 61: 1256-59, 2013.
Littérature
L'éloquence du silence, Paris, L'Harmatan, 2009.
Étude de Enfance de Nathalie Sarraute, Paris, 2000.
Nathalie Sarraute, la sensation en quête de parole, Paris, L'Harmattan, 1997.

Danièle BRUN
Danièle Brun est Professeur émérite à l'université Paris 7-Denis Diderot ; Psychanalyste, Membre d'Espace analytique ; Présidente de la Société "Médecine et Psychanalyse" (SMP).
Publications
L'enfant donné pour mort, nouvelle édition 2013, Parents comment vivre une guérison, Aubier-Psychanalyse.
La passion dans l'amitié, Paris, Éd. Odile Jacob, 2005, Poche, Odile Jacob, 2014.
Mères majuscules, Paris, Éd. Odile Jacob, 2011.
L'insidieuse malfaisance du père, Paris, Éd. Odile Jacob, 2013.
Une part de soi dans la vie des autres, Paris, Éd. Odile Jacob, 2015.
Rester freudien avec Lacan, Paris, Éd. Odile Jacob, 2016.
L'Empreinte du corps familial, Mémoire des cicatrices, Éd. Odile Jacob, 2019.
À paraître le 4 juin 2021, Retrouver la féminité, Éd. Odile Jacob, 2021.

Bernadette BRICOUT
Ancienne élève de l'École Normale Supérieure, Bernadette Bricout est professeur émérite de littérature orale à l'université de Paris. Elle a été de 2009 à 2015 vice-présidente de l'université Paris Diderot à la vie culturelle et à l'université dans la ville. Elle est depuis 2019 professeur invitée à l'université de Wuhan. Elle est par ailleurs conceptrice et animatrice des Amphis 21 à Sciences Po. Ces cycles de conférences, culturels et géopolitiques, qu'elle a créés en 1997 ont été suivis par plus de quinze mille auditeurs. Ils ouvrent des perspectives sur les grandes questions du XXIe siècle. Bernadette Bricout a publié notamment Le Savoir et la Saveur. Henri Pourrat et le Trésor des contes (Gallimard, coll. "Bibliothèque des Idées"), La clé des contes (Seuil), La mémoire de la maison (Albin Michel), ainsi qu'une soixantaine d'articles. On lui doit une édition critique de la collecte orale d'Henri Pourrat (Récits et contes du Livradois). Elle a dirigé également des ouvrages collectifs : Le regard d'Orphée. Les mythes littéraires de l'Occident et Mémoires du siècle (Seuil). Bernadette Bricout est chevalier de la Légion d'honneur.

Charlotte CASIRAGHI
Charlotte Casiraghi est présidente des Rencontres Philosophiques de Monaco, une association qu'elle a fondée en 2015 avec les philosophes Joseph Cohen, Robert Maggiori et Raphael Zagury-Orly, et dont Julia Kristeva est membre d'honneur depuis sa création. Son ouvrage, Archipel des passions, co-écrit avec Robert Maggiori et publié aux éditions du Seuil en 2018 est traduit en espagnol, italien, allemand et coréen. Elle a également préfacé plusieurs ouvrages dont : Enfance et Violence de Boris Cyrulnik (Éditions Rencontres Philosophiques de Monaco, 2019), La femme et le sacrifice. D'antigone à la femme d'à côté d'Anne Dufourmantelle (Éditions Denoël, 2018), L'érotisme maternel et son sens aujourd'hui de Julia Kristeva (Éditions Rencontres Philosophiques de Monaco, 2017). Titulaire d'une licence en philosophie, elle poursuit actuellement un Master en Philosophie à l'Institut Catholique de Paris.

Laurent DANON-BOILEAU : Exil, mélancolie, sublimation
L'exil est fauteur de déracinement psychique. Mais il peut également être source de déploiement. Et, de ce point de vue, il dispose de l'une au moins des qualités inhérentes aux objets de la psychanalyse telle que le transfert, le refoulement ou la pulsion. Il peut être fléau ou bienfait, la pire ou la meilleure des choses. Dans ses formes les plus connues, tel qu'il apparaît d'ordinaire, c'est un drame responsable de mélancolie. Pourtant, à certaines conditions, il peut aussi constituer une incitation décisive à la sublimation. L'œuvre de Julia Kristeva permet d'approcher la valence paradoxale de l'exil qui n'est ni nostalgie ni exode mais exigence de travail de traduction et de perlaboration entre terre (et langue) maternelle et terre et langue d'asile. C'est dans cette perspective que s'inscrira cette intervention.

Laurent Danon-Boileau est linguiste, psychanalyste, écrivain. Ancien élève de l'ENS de Lyon (ex-Saint-Cloud), Agrégé d'Anglais, Docteur d'État en linguistique; Professeur émérite à Paris Descartes (acquisition et pathologie du langage de l'enfant); Membre titulaire formateur à la Société Psychanalytique de Paris; Lauréat du prix Maurice Bouvet (2005).
Publications
- Romans -
La stupeur, Seuil, 1979.
Un homme ficelé, Denoël, 1982.
Romain, l'égaré, Gallimard / L'arpenteur, 1987.
- Récits -
"Les sans-vie", in Action Poétique, 1973.
"L'enfant qui rêvait d'être loup", Illustrations de Michel Tyszblat, Del Luca, 2003.
"Un accident de Vélo sans conséquence", in Sur Mon Vélo, 2007.
"Quelques contes brefs et un peu cassés", in Fario, n°9, 2010.
"Dans la lumière d’été", in Fario, n°13, 2014.
- Récits pour enfants -
"Joyeux anniversaire, Professeur Victor", Bayard Presse, 2003.
"Un petit bruit de Mistigri", Bayard Presse, 2005.
- Essais -
Produire le fictif, Klincksieck, Paris, 1982.
Énonciation et référence, Paris-Gap, Ophrys, 1987.
Du texte littéraire à l'acte de fiction, Paris-Gap, Ophrys, 1995.
Christian David, coll. "Psychanalystes d'aujourd'hui", PUF, 1998.
Troubles du langage chez l'enfant, "Que sais-je ?", PUF, 2004.
Le sujet de l'énonciation, 2e édition augmentée, Paris, Ophrys, 2007.
L'enfant qui ne disait rien, Paris, 2e édition augmentée, Odile Jacob, 2010.
Des enfants sans langage, Odile Jacob, 2002 – Traduction Anglaise : The silent Child, OUP, 2001.
La parole est un jeu d'enfant fragile, Odile Jacob, 2007 — Traduction Anglaise : Children without language : from dysphasia to autism, 0UP, 2005.
Voir l'autisme autrement, Odile Jacob, 2012.
Le Non-Moi, "Bibliothèque de l'Inconscient", Gallimard, 2017.
Directions d'ouvrages et de revues
Co-Fondateur de la revue de linguistique générale Faits de Langues (PUF, Ophrys, Peter Lang).
Ancien Directeur des Débats en Psychanalyse (PUF).
Co-responsable de l'ouvrage Des psychanalystes en séance, "Folio", Gallimard, 2015.
Directeur de la collection "Le silence des sirènes" aux Éditions Fario.
Références bibliographiques
Kristeva J. (1987), Soleil noir. Dépression et mélancolie, Folio, Gallimard.
Kristeva J. (1994), Le temps sensible - Proust et l'expérience littéraire, Gallimard.
Kristeva J. (2001), Étrangers à nous-mêmes, Folio, Gallimard.

Gilbert DIATKINE : Signifiance et pulsion de mort
Tout au long de son œuvre, Julia Kristeva a soutenu que la pulsion de mort parvenait à se signifier à travers le langage. Or, pour Freud, la pulsion de mort est essentiellement silencieuse. Julia Kristeva résout cette contradiction en développant le concept de "signifiance", c'est-à-dire la capacité de signifier qu'a tout système de signes. Elle distingue en effet deux modalités de la signifiance, le sémiotique et le symbolique. La pulsion de mort ne signifie rien au niveau sémantique, mais elle s'exprime à travers le sémiotique. Le sémiotique fait constamment effraction dans l'ordre symbolique, dans le langage et à tous les niveaux de l'architecture signifiante d'une société. Cette effraction produit ce préalable à la spatialité que Julia Kristeva appelle la "chora". En clinique, la pulsion de mort se signifie non seulement par la destructivité, mais par la dislocation de la capacité de parole, et par l'inhibition fantasmatique.

Gilbert Diatkine est psychanalyste, membre titulaire formateur de la Société Psychanalytique de Paris.
Dernières publications
Diatkine G. (2020), "Un modèle de la cure d'enfant", Rev.franç.Psychanal., 84 (1), pp. 45-57.
Diatkine G. (2020), "Les civilisations n’ont plus de surmoi !", Psychologie clinique et projective, 26, pp. 13-30.
Diatkine G. (2020), "La bonne humeur", Psychanalyse et psychose, 20, mars 2020, pp. 45-56.
Diatkine G. (2020), L"'auto-analyse, destin possible de la fin de la cure ? L'auto-analyse et les très longues cures", Rev.franç.Psychanal., 84(3), pp. 641-651.
Diatkine G. (2020), "Reconstruction", in Nacht S., "Les manifestations cliniques de l'agressivité et leur rôle dans le traitement psychanalytique", Extraits choisis et commentés par Gilbert Diatkine, Rev.franç.Psychanal., 84(5), pp. 1167-1179.
Diatkine G. (2020), L'histoire d'amour de l'homme aux loups, in Léandri M.-L. et Parat H. (Eds.), Amour. Débats en psychanalyse, PUF, Paris.
Références bibliographiques
Kristeva J. (1969), Sèméiotikè. Recherches pour une sémanalyse, Éditions du Seuil, "Points essais", Paris.
Kristeva J. (1974), La révolution du langage poétique. L'avant-garde à la fin du XIXe siècle : Lautréamont et Mallarmé, Éditions du Seuil, "Points", Paris, 2018, 634 p.
Kristeva J. (1987), Soleil noir. Dépression et mélancolie, Folio essais, Paris, 257 p.
Kristeva J. (1989), "À quoi bon des psychanalystes en temps de détresse qui s'ignore ?", in Kristeva J. (1993), Les nouvelles maladies de l'âme, Fayard, Paris.
Kristeva J. (1993), Les nouvelles maladies de l'âme, Fayard, Paris.
Kristeva J. (1996), Sens et non-sens de la révolte. Pouvoirs et limites de la psychanalyse I, Fayard, Paris, 501 p.
Kristeva J. (2007a), ""Parler en psychanalyse". Des symboles à la chair et retour", Rev.franç.Psychanal., 5/2007, pp. 1509-1496.
Kristeva J. (2007b), Cet incroyable besoin de croire, Bayard, Paris, 188p.
Kristeva J. (2016), Le linguistique, l'universel et le "pauvre linguiste", in Fenoglio I., Coquet J.-C., Kristeva J., Malamoud C. & Quignard P., Autour d'Émile Benveniste, Éditions du Seuil, Paris, 391 p.

Dominique DUCARD : L'implexité du langage
Penser la complexité du langage exige du linguiste d'adopter un point de vue sémiologique qui traverse les domaines des humanités, des sciences sociales et des sciences de l'esprit. Pour reprendre le questionnement du sens provoqué par la sémanalyse dans les années 1970, nous confronterons le modèle épistémologique de la linguistique de l'énonciation (Culioli) et la conception de la signifiance selon Julia Kristeva, construite sur la double instance du sémiotique/symbolique et le dédoublement du texte en génotexte et phénotexte, les deux approches se rejoignant dans une référence commune à la khōra platonicienne. Cela nous conduira à introduire la notion de milieu interne du langage, dans la perspective d'une théorie de l'énonciation visant l'activité signifiante de langage, dans ses deux dimensions (inter)subjective et transindividuelle, de l'intime au commun.

Dominique Ducard enseigne la sémiologie et la linguistique à l'université Paris-Est Créteil. Ses travaux de recherche portent sur l'activité signifiante de langage dans l'exercice de la parole et du discours, à travers l'étude des textes, et, plus largement, sur l'activité symbolique de représentation liée au langage, dans la perspective d'une sémiologie interprétative (R. Barthes, J. Kristeva) fondée sur une théorie de l'énonciation (Culioli).

Eivind ENGEBRETSEN
Eivind Engebretsen est professeur et vice-doyen de la Faculté de médecine de l'université d'Oslo. Il est titulaire d'une chaire de recherche en santé globale auprès de l'Alliance Européenne Circle U. Il a travaillé pendant plusieurs années à l'introduction des théories de Julia Kristeva dans le domaine des humanités médicales. Il est l'auteur d'environ 200 publications. Sa dernière publication, coécrite avec la Professeure Mona Baker (à paraître à l'automne 2021 chez Cambridge University Press), est une monographie intitulée Rethinking evidence in the time of pandemics.

Philippe FOREST
Après avoir enseigné dans plusieurs universités britanniques, Philippe Forest est aujourd'hui professeur de littérature à l'université de Nantes. Certains de ses premiers travaux ont été consacrés à Philippe Sollers et à la revue Tel Quel : Philippe Sollers, Seuil, 1992 ; Histoire de Tel Quel (1960-1982), Seuil, 1995 ; De Tel Quel à L'Infini. Nouveaux essais, Cécile Defaut, 2004. Il a également préfacé le volume des "grands entretiens d'artpress" consacré à Julia Kristeva en 2014. Il est l'auteur de nombreux essais consacrés à la littérature et à l'art dont les principaux ont paru aux éditions Gallimard ou Cécile Defaut. Il est enfin l'auteur de neuf romans parus aux éditions Gallimard dont L'Enfant éternel (1997), Sarinagara (2004), Le Chat de Schrödinger (2013) et Je reste roi de mes chagrins (2019). Son œuvre est traduite ou en cours de traduction dans une douzaine de langues.

Pierre-Louis FORT
Maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise et membre du laboratoire Agora de l'UCP, Pierre-Louis Fort consacre l'essentiel de ses recherches à la littérature française des XXe/XXIe siècle et à la littérature de jeunesse.
Publications
Ma mère, la morte, l'écriture du deuil chez Yourcenar, Beauvoir et Ernaux, Imago, 2007.
Critique et littérature, Gallimard, 2008.
Simone de Beauvoir, Essai, coll. "Libre cours", PU de Vincennes, 2016.
Codirection
(Re)découvrir l'œuvre de Simone de Beauvoir : du Deuxième Sexe à La Cérémonie des adieux, avec J. Kristeva, P. Fautrier et A. Strasser, Éditions du Bord de l'eau, 2008.
La France et l'Algérie en 1962, avec C. Chaulet Achour, Karthala, 2014.
Annie Ernaux, un engagement d'écriture, avec V. Houdart-Merot, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2015.
Sur l'œuvre de J. Kristeva
Il a préparé le volume La Haine et le pardon, Fayard (2005) et a écrit plusieurs articles consacré à ses travaux, en français ("Du "monstre de carrefour" au "monstre sacré" : pour une esthétique du thyrse chez Julia Kristeva" ou en anglais ("At the crossroads of language and identity : Julia Kristeva's bilingualism »).
Il travaille plus précisément sur son œuvre romanesque : il a ainsi conduit deux entretiens avec Julia Kristeva à propos de sa conception du roman dans L'Infini et vient de terminer un article sur ce sujet à paraître prochainement dans The philosophy of Julia Kristeva (Sarah Beardsworth ed., Volume XXXVI in the Library of Living Philosophers series, Open Court Publishing Company, USA).

Carin FRANZÉN : L'œuvre de Julia Kristeva — un antidote au vide symbolique dans la culture contemporaine
Face aux malaises d'une culture dirigée par le capitalisme global, appauvrissant la singularité du sujet et sa capacité de critique et de résistance, il est devenu de plus en plus urgent de retrouver les moyens d'une reliance entre sujets pour mieux résister à une nouvelle normativité qui incite chacun à se soumettre à une flexibilité à tout prix. Cette communication montrera comment Kristeva, par son renouvellement de la tradition humaniste à travers la psychanalyse, l'art et la littérature, nous offre une remise en cause essentielle de ces "nouvelles maladies de l'âme", donnant sur une autre structuration de la subjectivité et de la personne ainsi qu'une pratique de plasticité ouverte à de nouvelles transformations.

Après sa thèse de doctorat sur la poétique psychanalytique de Julia Kristeva (soutenu à l'université de Stockholm en 1995), Carin Franzén a dédié ses recherches en littérature comparée à des études où l'œuvre de Kristeva a une place centrale.
Publication
"An Antidote to the Crisis of Contemporary Culture : Rereading Kristeva on Duras", in The Philosophy of Julia Kristeva, éd. Beardsworth & Auxier (à paraître en août 2020).

Marian HOBSON : Les années 60 : un même son de cloche ?
Les penseurs français qui percent dans les années 60 et 70 ont une caractéristique commune : tout se passe comme s'ils développaient des vocables singuliers qui marqueraient leur style. Pourtant ceux-ci sont repris par d'autres de leurs contemporains, qui participent ainsi comme dans un nœud d'échos, de relais. Et cela sans former nécessairement un groupe par l'orientation de leur pensée. Cette communication cherchera à établir ce que pourrait indiquer cette particularité, et si c'en est une.

Marian Hobson a été maître assistante, Université de Genève (1973-1976) ; Fellow Trinity College, Université de Cambridge (1977-1992) [la première femme Fellow] ; Professeure, Université de Cambridge (1982-1992) ; Professeure, Queen Mary University of London (1992-2005). Depuis, elle est professeure émérite.
Visiting Professor : Université de Paris 7 (1997), University of Johns Hopkins (1996, 2005, 2006), University of Michigan (2006), University of Harvard (2007).
Visiting Lecturer : East China Normal School (automne 2011), Shang’Hai, Jiao Tong University, Institute for Advanced Study in European Culture (2016).
Publications
The object of art : the theory of illusion in 18th century France, Cambridge, Cambridge University Press, 1982, 2006 ; en français : L'art et son objet : Diderot, la théorie de l'illusion et les arts en France au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 2007 ; publié en chinois, East China Normal Press Ltd, 2019.
Jacques Derrida : opening lines, London, Routledge, 1998 ; publié en turc, 2004.
Diderot and Rousseau : Networks of Enlightenment, articles édités par Kate E. Tunstall and Caroline Warman, Oxford, Voltaire Foundation, 2011 ; publié en chinois, 2014, East China Normal Press Ltd.
Diderot, Lettre sur les aveugles, Lettre sur les sourds et muets, éditées avec notes, Paris, Flammarion, 2000.
Diderot, Le Neveu de Rameau, édité avec notes, Geneva, Droz.
Denis Diderot's Rameau's Nephew : a Multi-Media Edition, Cambridge, 2014. Édité par Marian Hobson. Traduit par Kate E. Tunstall et Caroline Warman. Musique jouée par des étudiants du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, sous la direction de Pascal Duc, qui a choisi les morceaux. Les notes ne sont pas identiques à l'édition publiée chez Droz.

Alice JARDINE : At the Risk of Thinking
At the Risk of Thinking est la première biographie de Julia Kristeva. Cet ouvrage destiné à un vaste lectorat anglophone a pour but de rendre plus accessible le travail de Kristeva en liant son parcours personnel, depuis son enfance en Bulgarie communiste jusqu'à sa vie d'intellectuelle publique internationale, à l'histoire de ses idées. Alice Jardine va partager quelques réflexions à propos de son travail biographique qui, sans hésiter à mettre en évidence la complexité de l'écriture de Kristeva, souligne surtout l'appel de Kristeva à une renaissance urgente d'une pensée interdisciplinaire audacieuse afin de comprendre — et d'agir dans — le monde d'aujourd'hui.

Alice Jardine est professeur de langues et littératures romanes et d'études des femmes, du genre et de la sexualité à Harvard University, aux États-Unis. Sa biographie intellectuelle de Julia Kristeva, At the Risk of Thinking : An Intellectual Biography of Julia Kristeva paraît chez Bloomsbury Press en janvier 2020. Parmi ses autres publications : The Future of Difference, Gynésis : Configurations of Woman and Modernity, et Living Attention : On Teresa Brennan. D’autre part, avec Thomas Gora et Leon Roudiez, Alice Jardine a traduit Desire in Language : A Semiotic Approach to Literature and Art de Julia Kristeva.

Marie-Christine LALA : Les mutations du sémiotique entre langue, sujet et discours
La rencontre avec l'œuvre de Julia Kristeva participe de la même curiosité ardente, constante et partagée, qui fait traverser les domaines du savoir contemporain dans les sciences de l'homme, délivrant à la fois les risques et les richesses de toute perspective transdisciplinaire. En particulier, l'horizon sémiologique des sciences du langage suscite des interrogations critiques, toujours renouvelées, sur les mutations du sémiotique. Dès les années 1970, les travaux de Kristeva se portent sur les épistémologies de la linguistique pour placer au centre les rapports du sujet à la langue. Leur regard pionnier sur l'apport de Benveniste n'a fait que se confirmer dans les récentes études des manuscrits de ce grand linguiste du discours, des langues et du langage. Dans ce dialogue, nous souhaitons examiner à nouveaux frais certains concepts proposés par Kristeva, comme la dyade sémiotique/symbolique, tout en mesurant le chemin parcouru dans le champ de la linguistique de l'énonciation.

Marie-Christine Lala est maître de conférences-HDR en sciences du langage et en langue et littérature françaises à l'université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Ses publications portent en particulier sur l'analyse linguistique du texte littéraire et sur les écritures des XX-XXIe siècles (Bataille, Leiris, Duras, Quignard, Echenoz, Guyotat…). Elle est l'auteure de Georges Bataille, Poète du réel (Bern, Peter Lang, 2010) – monographie issue de ses séminaires au Collège international de philosophie. Le domaine de ses recherches postule l'extension d'une sémantique discursive où l'énonciation et la linguistique textuelle autorisent l'émergence de nouveaux concepts en analyse du discours.

Samuel LEPASTIER
Samuel Lepastier est psychiatre, docteur (HDR) en psychologie, membre titulaire de la SPP, ancien professeur associé à l'université Paris Nanterre.

Keren MOCK
Diplômée de psychologie clinique et de philosophie, traductrice, docteur ès Lettres, Keren Mock enseigne à Sciences-Po Paris et à l'université de Paris. Après avoir assuré, pendant plusieurs années, la charge de cours d'hébreu moderne à l'ENS de Paris, elle a été lauréate en 2016 de la Visiting Junior Scholar Fellowship du France Stanford Center for Interdisciplinary Studies. Issu de sa recherche doctorale, son premier ouvrage, Hébreu, du sacré au maternel (CNRS Éditions, 2016) préfacé par Pierre-Marc de Biasi et Julia Kristeva, interroge la genèse de l'hébreu moderne comme nouvelle langue maternelle. Pour l'année 2020-2021, elle a obtenu le statut de chercheuse associée à la BnF et une bourse de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah dans le cadre d'une recherche sur les archives d'André Schwarz-Bart, en collaboration avec l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS/ENS UMR 8132).
Ouvrage
Hébreu, du sacré au maternel, Préfaces de Pierre-Marc de Biasi et Julia Kristeva, Paris, CNRS Édition, 2016, 360 p.
Quelques publications
"Language and Sacredness in The Quest for Subjectivity", in The Philosophy of Julia Kristeva, Library of Living Philosophers, S. G. Beardworth (ed.), LaSalle, Ilinois, Open Court (à paraître en 2020), ch. 20, p. 467-480.
"Freud et la langue maternelle : une définition par le négatif", in Cliniques méditerranéennes, n°101 (1), (à paraître en 2020), pp. 127-138.
"Mélancolie des origines", in Meurtre de la mère, coll. "Présent de la psychanalyse", P. Merot (ed.), Paris, Puf, 2019, p. 93-109.
"La nature du nom : modification, conservation et dégénérescence", in J. Baumgarten, I. Rosier-Catach et P. Totaro (dir.), Spinoza, philosophe grammairien : le Compendium grammatices linguae hebraeae, Paris, CNRS Éditions, 2019, p. 185-201.
"Dans l'ombre de l'objet : Le deuil au risque du double", in Research in Psychonalysis, 2018/2, n°26, p. 121a-129a (en français et anglais).
"The Need to Believe and the Archive : Interview with Julia Kristeva", in V. Shemtov, A. Weitzman (dir.), Dibur, 3, 2016, Stanford University [en ligne].

Brigitte MOÏSE-DURAND
Psychiatre et psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, Brigitte Moïse-Durand anime avec Julia Kristeva et Marie-Rose Moro le séminaire "Besoin de Croire" depuis huit ans à la Maison de Solenn (Hôpital Cochin, Paris).

Frédéric OGÉE
Frédéric Ogée est professeur de littérature et d'histoire de l'art britanniques à l'université de Paris (anciennement université Paris Diderot), dont il a été Vice Président en charge des relations internationales de 2007 à 2017. Ses principaux domaines de recherche sont l'esthétique, la littérature et l'art au long du XVIIIe siècle, sur lesquels il a donné de nombreuses conférences en Europe, Amérique du nord, Australie, Chine et Corée du sud, et publié plusieurs ouvrages. En 2006-07, il fut commissaire de la première exposition sur William Hogarth au Louvre. Il vient de terminer un livre sur le portraitiste anglais Thomas Lawrence, qui paraîtra en février 2022 (Paris, Cohen & Cohen) et travaille à une anthologie d'écrits d'artistes britanniques. De 2014 à 2017, il a été membre du conseil consultatif de la Tate Britain à Londres et depuis 2014, il est membre du Conseil scientifique de la Ville de Paris. En 2018-19, il a été Kress Fellow en histoire de l'art au Clark Art Institute, puis Professeur invité à Smith College, tous deux dans le Massachusetts.
Principales publications
Better in France ? The circulation of ideas across the Channel in the 18th century, Bucknell University Press, 2005.
Diderot and European Culture, a collection of essays, Oxford, 2006, re-issued 2009.
J.M.W. Turner, Les Paysages absolus, Paris, Hazan, 2010.
Jardins et Civilisations, Valenciennes, 2019 (issue d'une conférence à l'Institut Européen des Jardins et Paysages).

Griselda POLLOCK : Julia Kristeva et Marilyn Monroe : entre la politique, l'éthique et l'esthétique
En 1954, Willem de Kooning a peint une image triste et poignante intitulée Marilyn. Après avoir terminé une série de six peintures hiératiques intitulées Woman / Femme (1950-53) qui pourrait bien faire référence à l'émergence d'une "star" du cinéma américain, à savoir Marilyn Monroe en tant qu'icône cinématographique du début des années 1950, ce "portrait" de 1954 "dément" les "êtres éclatés, féroces, drôles et inaccessibles quoique massacrés par l'artiste", pour reprendre les mots de Julia Kristeva décrivant la série Woman en 1977. "Mais si elles avaient été créées par une femme ?", demande-t-elle à la fois. Dans cette conférence, nous esquisserons un discours "kristévien" sur la création artistique et l'esthétique de la différence sexuelle à travers l'image (représentation) et les pratiques de l'art (processus et matérialité), en montrant comment les différents écrits de Kristeva proposent des façons de croiser le marxisme, le féminisme et la psychanalyse freudienne permettant de repenser la politique et l'éthique de l'esthétique. Nous considérerons l'image créée par Marilyn Monroe à travers une lentille historique de l'art féministe, façonnée par différentes théorisations psychanalytiques de la créativité.

Jean-François RABAIN : Julia Kristeva lectrice d'Aragon
En relisant l'œuvre d'Aragon, comme celle de nombreux écrivains, Julia Kristeva nous fait découvrir le sens de l'expérience littéraire. Elle nous montre que bien au-delà de son aspect formel la littérature est d'abord une expérience, c'est-à-dire une découverte de l'apparition dans la langue d'un innomé jusqu'alors, enraciné dans le vécu, le passionnel et l'archaïque. La littérature comme expérience de la vie psychique croise ainsi l'expérience de la psychanalyse. On parcourra avec elle l'écriture poétique d'Aragon qui lie la jouissance sexuelle à la jouissance de la langue. Aragon conduit cette désidentification du sexe et de la langue jusqu'à l'ivresse du mensonge. Chez l'écrivain, le mentir-vrai, les jeux identitaires, le temps éclaté, s'ajoutent à la virtuosité extrême des mots. En lisant Aragon, Julia Kristeva nous place devant une interrogation, une révolte contre l'identité, identité du sexe et du sens, une autre structuration de la subjectivité. Aragon et le surréalisme ont poussé à l'extrême la rencontre de la littérature avec l'impossible. En renonçant au rôle du beau langage, à la poésie décorative, en se faisant exploratrice des ressources mêmes du verbe — que dire ? comment dire ? que signifie dire ? faire et défaire le sens — la littérature surréaliste explore les impasses de la conscience et s'associe à la folie. Écriture automatique, libre-association, une écriture-pensée a voulu voyager jusqu'aux limites du sens et aux limites de la conscience.

Jean-François Rabain est psychiatre et psychanalyste, ancien membre de la Société Psychanalytique de Paris et membre de l'APRES, Association pour la recherche et l'étude du surréalisme.
Bibliographie
J. Kristeva, Sens et non-sens de la révolte, Fayard, 1996.

Karine ROUQUET-BRUTIN : Julia Kristeva et la question du matricide de la langue natale
J'ai toujours été frappée par les échos jubilatoires que déclenchait la lecture du texte de Julia Kristeva "Écrire en français" dans les groupes de jeunes chercheurs étrangers rassemblés autour de cette tâche : écrire, transcrire, traduire leur recherche en français(1). Sans aucun doute, il s'agissait là d'un moment épiphanique. S'ouvrait alors, travaillée au forceps par les métaphores et le jeu des oxymores, une chambre intime, subjective, donnant corps à une scène jusqu'ici inouïe. Serait-ce la scène du "matricide" annoncée par l'affirmation : "Il y a du matricide dans l'abandon d'une langue natale"(2) ?
(1) Dans les ateliers "Écrire la recherche en français", que j'ai animés à la Cité internationale Universitaire de Paris et dans le Centre de Formation des Doctorants à Paris Diderot Sorbonne Cité.
(2) Kristeva, Julia, "Écrire en français", Tu parles !? Le français dans tous ses états, Flammarion, Paris, 2001, p. 63-74.

Karine Rouquet-Brutin est Docteure es Lettres sous la direction de Julia Kristeva. Enseignante de littérature, psychopédagogue, elle a travaillé en Institution Psychiatrique, Médico-pédagogique, et Psychanalytique.
Publication
L'alchimie thérapeutique de la lecture. Des larmes au lire, Paris, L'Harmattan, 2000.
Articles
Avec Diana Cheaib et Susanne Muller, "Partir étudier ailleurs, passer une frontière, trouver une langue", Les discours meurtriers aujourd'hui, Colloque de Cerisy, juillet 2018.
"La mise en place du destinataire intérieur dans divers travaux d'écriture en Institution Psychiatrique ou dans un cadre thérapeutique", Écriture et psychose. Lire l'illisible, sous la direction de Laurence Aubry, PUP, 2018.
"France, ma souffrance !", Actes du Xème séminaire de la Francophonie, Uma leia &meia, Université Feira de Santana (Brésil), 2015.
"Passer une frontière, trouver une langue", Violence politique, traumatisme, processus d'élaboration et de création, Éditions Academia, Coll. "Intellection", n°21, L'Harmattan, 2012.
"Destins métisses et constructions identitaires : l'appel à l'autre langue, l'autre culture", Exils, migrations, création, sous la direction d'Évelyne Hanquart-Turner, Indigo et côté-femmes éditions, 2008.

Martin RUEFF : Le langage poétique : l'avenir d'une révolution
Il est temps pour les poètes et les poéticiens de relire le triptyque constitué par Sémiotiké (1969), Le Langage, cet inconnu (1969) et La Révolution du langage poétique (1974). On y découvre une théorie du sens et du langage qui prend le poème comme théâtre des opérations, et une théorie du poème aussi puissante que généreuse. Au sommet de ce triangle siège La Révolution du langage poétique, livre difficile et excitant. On fait l'hypothèse que la sémanalyse permet de répondre au "hiatus" du sémantique et du sémiotique sur lequel n'aura cessé de butter Emile Benveniste. On suggère aussi que les thèses de psychanalyse développées par la suite dans l'œuvre de Julia Kristeva trouvent leur origine dans les théories de la sémanalyse.

Martin Rueff (1968) enseigne à l'université de Genève. Poète, traducteur, philosophe, il est l'auteur de nombreux essais et de plusieurs livres de poésie. Il est co-rédacteur en chef de la revue Po&sie (directeur : Michel Deguy). Il a récemment publié Foudroyante pitié et A coups redoublés (Mimesis, 2018, livres distingués par le prix La Bruyère de l'Académie française), s'est chargé de l'édition de Le Corps et ses raisons de Jean Starobinski (octobre 2020, Paris, Le Seuil). Il participe à la retraduction des œuvres d'Italo Calvino chez Gallimard. Dernier livre de poèmes : La Jonction (Caen, Nous, 2019). Prochain livre de poèmes à paraître : Verticale ponte (Modoinfoshop, Bologna, septembre 2021).

Cecilia SJÖHOLM : Kristeva, la radicalisation et le renouvellement du sujet
Julia Kristeva a démontré que la radicalisation est l'une des dispositions psychiques les plus troublantes du XXIe siècle. Ce qui est défini en tant que radicalisation aujourd'hui — l'adhérence à des systèmes d'exclusion, la volonté d'user de la violence afin d'atteindre des buts idéologiques, la volonté de détruire ceux qui sont opposés, etc. — constitue certainement l'une des maladies les plus paralysantes de notre temps. Dans cette conférence, il s'agira de se demander comment Kristeva définit la radicalisation en termes de "désordre d'idéalité" ; nous nous appuierons pour cela sur son travail autour de l'abjection, de l'antisémitisme, de la misogynie et de toutes les formes de rejet de l'altérité. Ainsi, l'usage des théories psychanalytiques par Julia Kristeva nous montre en quoi il est encore pertinent de travailler sur le sujet et la subjectivité, et comment la psychanalyse pourrait fournir une voie possible contre la radicalisation.

Cecilia Sjöholm est professeur d'esthétique à l'université de Södertörn à Stockholm. Elle a publié largement sur l'histoire de l'esthétique, notamment en conjonction avec la politique et la psychanalyse.
Publications
Doing Æsthetics with Arendt ; How to see Things, Columbia University Press (2015).
Kristeva and the Political, London, Routledge (2005).
The Antigone Complex ; Ethics and the Invention of Feminine Desire, Calif, Stanford University Press (2004).

David UHRIG : Le "pathos" du Neutre
Soucieux de retrouver un "dédoublement initial" au cœur des œuvres qu'il a commentées, Blanchot a décrit avec une extrême acuité phénoménologique la limite transcendantale — et non psychologique — de tout projet littéraire. Comme l'a souligné Roland Barthes dans son cours sur Le Neutre, cette manière de concevoir la littérature n'est possible qu'à la condition de faire du langage "quelque chose d'atopique". Rien n'oblige à accepter une conception de la littérature en vertu d'une transparence dont Blanchot lui-même a pu souligner "le statut ambigu et non innocent : il y aurait une opacité de la transparence…". En nous appuyant sur cette idée d'André Green que "c'est par l'affect que le moi se donne une représentation irreprésentable de lui-même", nous chercherons à définir ce que Julia Kristeva n'a pas hésité à désigner comme le "pathos" blanchotien.

David Uhrig a débuté ses recherches, sous la direction de Julia Kristeva, il y a vingt-cinq ans. Au croisement de la philosophie et de la psychanalyse, le recueil Pulsions du Temps (Fayard, 2013), traduit en anglais sous le titre Passions of our time (Columbia University Press, 2018), est le fruit de son travail éditorial. Enseignant à New York University, David Uhrig est spécialiste de l'œuvre de Maurice Blanchot dont il a révélé la genèse complexe et contradictoire (Chroniques politiques des années 30, Gallimard, 2017).


Perspectives contemporaines sur la chôra, table ronde avec Sarah-Anaïs CREVIER GOULET, Miglena NIKOLCHINA et Audrey RICHARD-BURTEY
Nous réfléchissons dans un séminaire théorico-clinique depuis deux ans sur la thématique de la "chair des mots" autour du travail de Julia Kristeva et avec elle. La chair des mots serait définie au XVIIe siècle par Baltasar Gracian comme "intense profondeur des mots" et, dans notre pratique psychanalytique, permettrait d'amener notre écoute au cœur du conflit ou du trauma psychosexuel en repérant au plus près la co-présence pulsion-langage.
Pour cette table ronde, nous souhaitons mettre en perspective et articuler la chôra avec la chair des mots. Il s'agirait de rester dans notre chair de psychanalyste et d'éclairer ce pont sémantique de chôra linguistique à chair des mots psychanalytiques. Nous partons ainsi de l'hypothèse que la chair des mots serait l'équivalent psychanalytique de la chôra définie dans "la révolution du langage poétique" comme "un dialogue qui traite des commencements : l'articulation de processus et de pulsions primaires qui seraient le matériau d'où émerge le langage".
Dans la chôra mais aussi dans la chair des mots, nous serions du côté du sémiotique, d'une expérience qui est un indicateur mais ne vient pas encore symboliser.
Dans notre pratique ce serait ainsi ces moments souvent épiphaniques de jaillissement d'une sensation transféro contre-transférentielle que l'analyste va restituer afin de laisser une trace, amorcer un mouvement pulsionnel qui amènera vers un mouvement psychique qui sera restitué peut-être par des mots sans en être la finalité.

Miglena Nikolchina est professeure au département d'histoire et de théorie littéraires de l'université de Sofia, Bulgarie. Son écriture théorique est à la croisée de la littérature, de la philosophie, des études politiques et de la théorie féministe. Beaucoup de ses articles sur Julia Kristeva.
Publications
Matricide in Language : Writing Theory in Kristeva and Woolf, 2004.
Lost Unicorns of the Velvet Revolutions : Heterotopias of the Seminar, 2013.

Audrey Richard-Burtey est psychiatre et psychanalyste, membre adhérent de la SPP, de la SEPEA, et médecin directeur du CMPPU d'Aix-En-Provence. Elle co-anime depuis septembre 2017 un séminaire d'étude et de recherche clinique et théorique avec Julia Kristeva intitulé La chair des mots.
Bibliographie
Aisenstein M., "La chair des mots", in J. Press, I. Nigolian (dir.), Corps parlant, corps parlé, corps muet, In Press, 2016.
Freud S. (1888), "Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organique et hystériques", in Résultats, idées, problèmes, T.1, Puf, 1984.
Freud S. (1890), "Le traitement psychique", in Résultats, idées, problèmes, T.1, Puf, 1984.
Freud S. (1893-1895), Études sur l'hystérie, Puf, 1956.
Freud S. (1933), Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984.
Green A., Le discours vivant : la conception psychanalytique de l'affect, Paris, Puf, 1973.
Kristeva J., "Les métamorphoses du "langage" dans la découverte freudienne", in Sens et non sens de la révolte, Fayard, 1996.
Kristeva J., "La chair des mots", in B. Chervet (dir.), L'interprétation, monographies et débats de psychanalyse, Puf, 2012.
Kristeva J., "L'affect, cette "intense profondeur des mots", in Pulsions du temps, Fayard, 2013.
Winnicott D. W., "L'esprit et ses rapports avec le psyché-soma", in De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot, 1969.


"HORS LES MURS" — À L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE COUTANCES
STABAT MATER, concert organisé par Jean-François DÉTRÉE, avec Pauline JAMBET (récitante), Élise LÉONARD (orgue) et Françoise MASSET (soprano)

Jean-Pierre Leguay (né en 1939), Prélude VIII pour orgue (1965-1969)
Giovanni Felice Sances (1600-1679), Pianto della Madonna (1670). Séquence attribuée au franciscain italien Jacopone da Todi (1230-1306), Stabat Mater dolorosa
Louis Marchand (1669-1732), Récit extrait du Premier Livre d'orgue (1700)
Christophe Marchand (né en 1972), Pietà – Stabat Mater en hommage à Michael Radulescu (2018)

En 1977 paraît dans la revue Tel Quel le texte "Héréthique de l'amour" de Julia Kristeva. Il est republié six ans plus tard sous le titre "Stabat Mater" dans l'ouvrage Histoires d'amour (Gallimard, 1983, coll. "Folio"). Divisé en deux colonnes, cet essai se partage entre parole autobiographique de l'autrice sur son expérience de la maternité et étude approfondie du culte virginal dans le christianisme à partir de l'ouvrage de l'historienne britannique Marina Warner, Alone of All Her Sex : the Myth and Cult of the Virgin Mary (1976). De manière très originale et inédite, la réflexion historique est entrelacée avec une réflexion psychanalytique autour de la figure de la mère, faisant écho au livre de la psychanalyste Ilse Barande, Le maternel singulier. Corps virginal, pouvoir de la Regina Mater, libido maternelle, amour comme miséricorde, visages de la Mater dolorosa : autant d'aspects paradoxaux de la figure virginale qui sont abordés dans la colonne de droite, tandis que la colonne de gauche accueille les tourments de la jeune mère apprivoisant son nouveau-né. Si la réflexion est centrée d’abord sur le lien mère-fils, elle s'ouvre dans les dernières pages du texte sur la relation mère-fille: "Le rapport à l'autre femme est en train de poser à notre culture, massivement depuis un siècle, la nécessité de reformuler ses représentations de l'amour et de la haine […]". Les notes du Stabat Mater du compositeur baroque Pergolèse résonnent et nous font entrevoir, à travers la musique, cette éthique hérétique de l'amour maternel.

Pauline JAMBET
Pauline Jambet commence sa formation d'Art Dramatique à l'ERAC après avoir obtenu un Master 2 de philosophie à la Sorbonne. Depuis la fin de ses études en 2010, elle a travaillé entre autres avec Cécile Backès, Catherine Marnas, Arnaud Anckaert, Clara Chabalier et le plasticien Théo Mercier. Pauline Jambet a également écrit et mis en scène une petite forme théâtrale: MICRO CR€DIT programmée à la Comédie de Béthune puis au Festival off d'Avignon chez Artéphile en 2017. En 2018, elle joue dans la nouvelle pièce de Guillermo Pisani : J'ai un nouveau projet à la Comédie de Caen et rejoint l'équipe de Justine Heynemann pour la reprise des Petites Reines au théâtre Tristan Bernard. Elle collabore très régulièrement à de nombreuses lectures publiques et radiophoniques, notamment pour la SGDL, la BNF et France Culture, ainsi qu'à l'enregistrement de livres audio (Editis). Elle a également participé aux Correspondances de Manosque aux côtés de Juliette Armanet et Barbara Carlotti ainsi qu'à la performance sonore Les Spécialistes mise en scène par Emilie Rousset au Maillon de Strasbourg. Elle est actuellement en création du prochain spectacle d'Alexandre Markoff et du Grand Colossal Théâtre ainsi que de la prochaine pièce de Jean-Michel Rabeux : L'Orang-Outang bleue.


BIBLIOGRAPHIE :

Julia Kristeva, romancière

• Kristeva J. (1991), Le Vieil Homme et les loups, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1992), Les Samouraïs, Paris, Gallimard, coll. "Folio".
• Kristeva J. (1996), Possessions, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2004), Meurtre à Byzance, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2008), Thérèse mon amour : Sainte Thérèse d'Avila, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2015), L'Horloge enchantée, Paris, Fayard.

Essais linguistiques et littérature

• Joyaux J. (1969), Le Langage, cet inconnu – Une initiation à la linguistique, Paris, Éditions SGPP (Réédité sous le nom de Julia Kristeva en 1981 aux Éditions du Seuil, coll. "Points").
• Kristeva J. (1969), Σημειωτική – Recherches pour une sémanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1974), La Révolution du langage poétique. L'avant-garde à la fin du XIXe siècle : Lautréamont et Mallarmé, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1977), Polylogue, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1994), Le Temps sensible – Proust et l'expérience littéraire, Paris, Gallimard.

Autres essais

• Kristeva J. (1974), Des Chinoises, Paris, Éditions Des femmes.
• Kristeva J. (1980), Pouvoirs de l'horreur. Essai sur l'abjection, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1983), Histoires d'amour, Paris, Éditions Denoël, coll. "L'Infini".
• Kristeva J. (1987), Soleil noir – Dépression et mélancolie, Paris, Gallimard, NRF.
• Kristeva J. (1988), Étrangers à nous-mêmes, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1993), Les Nouvelles Maladies de l'âme, Paris, Fayard.
• Clément C. & Kristeva J. (1998), Le Féminin et le sacré, Paris, Stock.
• Kristeva J. (1996), Sens et non-sens de la révolte – Pouvoirs et limites de la psychanalyse, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1997), La Révolte intime – Pouvoirs et limites de la psychanalyse II, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1998), L'Avenir d’une révolte, Paris, Calmann-Lévy, coll. "Petite Bibliothèque des Idées".
• Kristeva J. (1999), Le Génie féminin, tome I : Hannah Arendt, Paris, Folio.
• Kristeva J. (2000), Le Génie féminin, tome II : Melanie Klein, Paris, Folio.
• Kristeva J. (2002), Le Génie féminin, tome III : Colette, Paris, Folio.
• Kristeva J. (2001), Au risque de la pensée, La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube.
• Kristeva J. (2003), Lettre ouverte au président de la République sur les citoyens en situation de handicap, à l'usage de ceux qui le sont et ceux qui ne le sont pas, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2005), La Haine et le Pardon, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2007), Cet incroyable besoin de croire, Paris, Bayard.
• Kristeva J. & Vanier J. (2011), Leur regard perce nos ombres, Paris, Fayard.
• Kristeva J. & Sollers Ph. (2015), Du mariage considéré comme un des beaux-arts, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2016), Je me voyage – Mémoires. Entretiens avec Samuel Dock, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2016), Beauvoir présente, Paris, Fayard, coll. "Pluriel".

Textes en ligne de Julia Kristeva

http://www.kristeva.fr/textes.html

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


EDGAR MORIN, LE SIÈCLE


DU MERCREDI 16 JUIN (19 H) AU MERCREDI 23 JUIN (14 H) 2021


Edgar Morin à l'Abbaye d'Ardenne de Caen, Octobre 2010
© IMEC / Pascale Butel-Skrzyszowski


DIRECTION :

Claude FISCHLER, Pascal ORY


ARGUMENT :

Le 8 juillet prochain on célèbrera le centième anniversaire d'Edgar Morin. Cet événement est une belle occasion pour revenir, au cours d'un colloque consacré à l'ensemble de son œuvre, sur un itinéraire atypique, une pensée non-conformiste, et des engagements souvent pionniers.

Au-delà de la biographie, au reste très riche, d'un intellectuel présent dans les débats de société de la fin des années 1930 au début des années 2020, il s'agira ici de considérer une sélection de moments-clés où la voix de Morin, seule ou en groupe, a exprimé un "point de vue documenté" : le livre Autocritique et la revue Arguments, Chronique d'un été et L'Esprit du temps, les enquêtes, hors-normes mais aussi exemplaires, de Plozevet et de La rumeur d'Orléans, Le Paradigme perdu et La Méthode, Introduction à la pensée complexe et Pour une politique de civilisation, etc. Chemin faisant, on entreprendra aussi de préciser, autant que faire se peut, la situation nationale et internationale, d'un chercheur, d'un directeur de recherches, d'un auteur, transdisciplinaire au point d'en être inclassable.

La diversité de ce parcours, l'actualité de ces travaux, seront reflétés par un programme qui associe témoignages et analyses, scientifiques et écrivains, monde de la culture et monde de l'économie.


MOTS-CLÉS :

Complexité, Crise, Culture de masse, Dialogique, Écologie, Europe, Global, Humanologie, Marrane, Méthode, Morin (Edgar), Transdisciplinarité


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 16 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 17 juin
Matin
SALUTS À EDGAR (I)
Étienne KLEIN : Edgar Morin, une question de temps
Gil DELANNOI : La complexité. Thème et variations

Après-midi
SALUTS À EDGAR (II)
Mauro CERUTI : Edgar Morin. Le défi de la complexité et l'humanisme planétaire [visioconférence]
Entretien avec Edgar MORIN et Véronique NAHOUM-GRAPPE [visioconférence]

Soirée
EN PARTENARIAT AVEC L'INSTITUT NATIONAL DE L'AUDIOVISUEL (INA)
Entretien de Pascal ORY avec Catherine GONNARD (INA) : audition et projection commentées d'extraits d'émissions de radio et de télévision sur et avec Edgar Morin


Vendredi 18 juin
Matin
VOUS AVEZ DIT SOCIOLOGIE ?
Pascal ORY : Edgar Morin, au centre de la marginalité
Monique PEYRIERE : Edgar Morin et l'âme du cinéma

Après-midi
CHRONIQUE D'UN ÉTÉ, ET AU-DELÀ
Entretien avec Edgar MORIN et Régis DEBRAY [visioconférence]
Laurent MARTIN : Sociologie de la culture et sociologie des médias dans les années 1960 : Edgar Morin et la culture de masse

Soirée
Extraits commentés de Chronique d’un été, par Monique PEYRIERE


Samedi 19 juin
Matin
DE QUELQUES USAGES DE LA PENSÉE MORINIENNE
Nelson VALLEJO-GOMEZ & Leonardo RODRIGUEZ ZOYA : Sur la réception de l'œuvre d'Edgar Morin en Amérique latine [visioconférence]
Edith HEURGON : La voie de la métamorphose : une pensée prospective à l'âge du vivant ?

Après-midi
ORGANISATIONS ET ENTREPRISES
Une expérience de chercheur sur la pensée complexe en entreprise, entretien animé par Dinah LOUDA, avec Maxime MASSEY [ESCP] (La complexité et l'intrapreneuriat]
Table ronde avec des dirigeants d'entreprises et d'organisations, animée par Dinah LOUDA, avec Jean-Louis BANCEL [Président d'honneur du Crédit coopératif], Jean-Marie FESSLER [Institut Montparnasse] [visioconférence], Olivier LECOINTE [Délégué du Cercle des Partenaires de Cerisy] et Jean-François NOGRETTE [Veolia]


Dimanche 20 juin
Matin
SOCIOLOGIE DU PRÉSENT (I)
Nicole LAPIERRE : De la fête aux enquêtes. Une rencontre décisive [visioconférence]
Bernard PAILLARD : Renouer avec Plozevet : à la recherche de l'interaction chercheurs/citoyens

Après-midi
SOCIOLOGIE DU PRÉSENT (II)
André & Évelyne BURGUIÈRE : À Plodemet (Plozevet) comme à Orléans, la femme agent secret, agent troublant de la modernité [visioconférence]
Jean-François DORTIER : Voyage en humanologie

Soirée
Relecture psychanalytique de La rumeur d'Orléans, par Béatrice LEHALLE


Lundi 21 juin
Matin
UNE PENSÉE PLANÉTAIRE
Pascal ROGGERO : Le "goût vif de l'univers" d'Edgar Morin : cheminement et interrogations d'un "morinien" [visioconférence]
Anna TRESPEUCH-BERTHELOT : Les sensibilités écologiques d'Edgar Morin [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
VERS UNE BIO-ANTHROPOLOGIE
Claude FISCHLER : Du "socio-diag" à la "bio-anthropologie" fondamentale
Massimo PIATTELLI PALMARINI : La biologie systémique d'Edgar Morin [visioconférence]

Soirée
L'année a perdu son printemps [inédit, déposé à l'IMEC]. Présentation du manuscrit par Pascale BUTEL-SKRZYSZOWSKI (Directrice des collections, IMEC). Lecture d'extraits


Mardi 22 juin
Matin
UN DISCOURS DE LA MÉTHODE
François L'YVONNET : Edgar Morin : la méthode d'avant La Méthode
Daniel BOUGNOUX : Le tourbillon trublion de La Méthode

Après-midi
"HORS LES MURS" — EDGAR MORIN À L'IMEC (abbaye d'Ardenne de Caen)
• Intervention d'Antoine PETIT (Président-directeur général du CNRS)
• Le fonds Edgar Morin à l'IMEC, par Nathalie LÉGER (Directrice générale de l'IMEC), Pascale BUTEL-SKRZYSZOWSKI (Directrice des collections, IMEC) et François BORDES (Délégué à la recherche, IMEC), avec la participation d'Edgar MORIN [visioconférence]
• La bourse Edgar-Morin, par Jean-Louis BANCEL (Président d'honneur du Crédit coopératif), avec Pierre-Alexandre DELORME & Ekaterina ODÉ (Lauréats des bourses Edgar Morin IMEC/Crédit coopératif)
• Visite de l'abbaye d'Ardenne et présentation d'archives du fonds Edgar Morin
• Collation dans les jardins de l'abbaye


Mercredi 23 juin
Matin
Cynthia FLEURY : Les méthodes viennent à la fin [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Claude FISCHLER & Pascal ORY : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSONANCES :

"Cher vieil Edgar", par Daniel BOUGNOUX, publié en ligne dans la rubrique "Le randonneur" du site "La Croix" (3 juillet 2021)

"Rencontres humanoligiques au château", par Jean-François DORTIER, publié en ligne sur le blog "L'Humanologue" (22 juillet 2021)


RÉSUMÉS & BIO-BILIOGRAPHIES :

Daniel BOUGNOUX : Le tourbillon trublion de La Méthode
Le premier volume (lu circa, 1980) de La Méthode, "La Nature de la nature", m'avait sidéré par sa force, son courage intellectuel : un auteur connu comme sociologue avait ainsi eu l'énergie de se documenter assez pour plonger dans le tableau inouï des mécanismes à l'œuvre dans l'univers, qu'il semblait embrasser… J'adhérais à cet impetus cosmique, qui ouvrait grandes les fenêtres ; mais je rencontrais aussi les objections de ses critiques ou rivaux, qui blâmaient des complaisances de langage, ou une fantaisie peu compatible avec la rigueur scientifique. Comment, en recherche et en pédagogie, placer le curseur entre l'imagination et la raison, l'enthousiasme du néophyte et une froide démonstration ?

Daniel Bougnoux, philosophe, professeur émérite à l'université des Alpes, connaît bien Cerisy où il a dirigé cinq colloques, dont celui consacré en 1986 à Edgar Morin, Arguments pour une méthode (en co-direction avec Serge Proulx et Jean-Louis Le Moigne). Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, on peut aussi le suivre sur le blog "Le Randonneur" hébergé par La Croix.

Jean-François DORTIER : Voyage en humanologie
Comprendre les humains, leur vie, leurs mœurs, ce qu'ils ont dans la tête et dans le cœur, ce qui les fait courir, ce qui les pousse à s'associer ou à s'entre-déchirer : voilà l'humanologie. C'est étudier l'humain sous toutes ses facettes; traquer la nature humaine derrière la multiplicité de ses manifestations. Cette approche transdisciplinaire s'inscrit dans le prolongement de la théorie de la complexité d'Edgar Morin. Elle remonte aux origines des sciences humaines et de la philosophie. L'humanologie puise ses ressources dans tous les savoirs disponibles : les sciences humaines (sociologie, psychologie, histoire, linguistique, etc.), l'éthologie (car les êtres humains sont aussi des animaux), la biologie (car ils sont aussi des êtres vivants), mais aussi la philosophie, la littérature, les documentaires, et l'auto-observation.

Jean-François Dortier est le fondateur du magazine Sciences Humaines. Il est l'auteur de nombreux ouvrages (Dictionnaire des sciences humaines, Les sciences humaines, Panorama des connaissance, L'homme cet étrange animal, Après quoi tu cours ?, etc.). En 2020, il a créé le Mook trimestriel L'Humanologie dont il est l'unique rédacteur.

Claude FISCHLER : Du "socio-diag" à la "bio-anthropologie" fondamentale
Après La Rumeur d'Orléans (1969), Edgar Morin souhaite développer ce qu'il a appelé une "sociologie du présent". Il entame une réflexion théorique et méthodologique inspirée d'abord par la socio-ethnographie de longue haleine qu'il a menée à Plozévet puis par l'expérience du "commando d'intervention sociologique" lancé sur Orléans. En 1971, il obtient un financement privé pour créer un Groupe de Diagnostic Sociologique voué à l'étude "à chaud" de "l'événement et de la crise" et lance immédiatement des enquêtes de "sociologie du présent et de l'événement". Mais tout en lançant et pilotant (de plus en plus à distance) notre équipe de jeunes chercheurs, il s'investit de plus en plus dans le dialogue entamé en Californie avec Jacques Monod, dans la biologie et la théorie générale des systèmes. Après le colloque de Royaumont sur L'Unité de l'Homme (1972), il rédige fiévreusement Le paradigme perdu : la Nature Humaine, qui annonce ou préfigure La Méthode

Claude Fischler est directeur de recherche émérite au CNRS. En 1970, il est recruté par Edgar Morin, qui crée un "Groupe de Diagnostic Sociologique". Après son entrée au CNRS, il inaugure une approche fondamentalement transdisciplinaire de l'alimentation humaine qu'il développera ensuite au sein, puis à la tête, de l'ancien laboratoire d'Edgar Morin (devenu — provisoirement — "Centre Edgar Morin"). Outre divers ouvrages sur l'alimentation, Claude Fischler a publié près de deux cents articles dans des revues de diverses disciplines.
Bibliographie
Edgar Morin, Claude Fischler, Philippe Defrance et Lena Petrossian, 1981, La croyance astrologique moderne : diagnostic sociologique, Lausanne, L'Age d'Homme (réédition de 1971, Le Retour des Astrologues, Paris, Club de l'Obs).
Nicole Lapierre, Edgar Morin et Bernard Paillard, 1973, La femme majeure : nouvelle féminité, nouveau féminisme, Paris, Club de l'Obs, Éditions du Seuil.
Nicole Benoît-Lapierre, Philippe Defrance, Claude Fischler et Bernard Paillard, 1973, Deux études de sociologie événementielle, Paris, CORDES.
Bernard Paillard (avec la coll. de C. Fischler), 1981, La damnation de Fos, Paris, Seuil.
Claude Fischler (dir), 1979, La Nourriture : pour une anthropologie bioculturelle de l'alimentation, Communications, 31.
Claude Fischler, 1990 [1993, 2001], L'Homnivore, Paris, Odile Jacob.
Claude Fischler (dir), 2013, Les alimentations particulières : mangerons-nous encore ensemble demain ?, Paris, Odile Jacob.

Cynthia FLEURY : Les méthodes viennent à la fin
Cette conférence analyse ce que la "Méthode" peut devoir à Nietzsche et qu'est-ce que signifie "clore" la Méthode par l'éthique ? Puis trois caractéristiques de la "connaissance de la connaissance" sont définies : 1) la complexité sur fond d'abîme ; 2) la conception de la pensée et du sujet derrière le "computo" ; 3) la dialectique entre physique et généalogie. Enfin, la Méthode se présente comme une pensée de la vie, de la médecine et de la démocratie.

Cynthia Fleury est professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la Chaire du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.

Edith HEURGON : La voie de la métamorphose : une pensée prospective à l'âge du vivant ?

"L'espérance n'est pas une certitude, elle doit croître parallèlement avec la désespérance,
l'idée de métamorphose est devenue salutaire, peut-être la plus importante désormais."
Edgar Morin, Les trois principes d'espérance dans la désespérance, 2007
"Bactéries, virus, champignons, plantes, animaux, nous sommes toutes et tous une même vie,
Nous sommes toutes et tous le papillon de cette énorme chenille qu’est la Terre."(1)
Emanuele Coccia, Métamorphoses, Payot Rivages, 2020.

Dès 1960, Edgar Morin, dans son enquête sur Plozévet, fait un diagnostic critique qui chevauche les frontières disciplinaires, se rapproche du lointain, se distancie du proche, établit un dialogue entre pensée chercheuse et réalité concrète. Constatant que la sociologie, fondée sur le temps historique, peine à penser le présent et se trouve "mutilée d'avenir", il invite à une prospective capable de révéler l'individualité d'un peuple et la singularité du devenir en nous enracinant à la Terre. Dans une série de textes qui ponctuent l'avancée de sa conscience écologique(2), il plaide pour un bouleversement de nos rapports à l'homme, aux autres vivants et à la nature, en intégrant l'apport décisif de la biosphère. Affirmant que les interactions entre les êtres vivants ne sont pas uniquement de conflit, de compétition, de concurrence, de dégradation et de déprédation, mais aussi d'interdépendances, de solidarités et de complémentarités, il préconise une réforme de la connaissance, de la pensée et de la vie. Au-delà du développement, même durable, gardant la possibilité du progrès, il invite à un dépassement des Lumières(3) et énonce trois principes d'espérance. Sa prospective repose alors sur l'idée de métamorphose(4) et sur l'ambition de changer la voie (Il n'y a pas de solution prête à l'avance, mais il y a une voie). Dans la pandémie liée au Coronavirus(5), il voit la confirmation que l'imprévisible peut advenir. Il tire les leçons de cette combinaison de crises, dégage 9 défis (dont celui de la sauvegarde écologique) et énonce 5 politiques (dont une politique de la Terre pour un humanisme régénéré). Parallèlement, dans Où suis-je ?, qui fait suite à Où atterrir ?, Bruno Latour voit dans le confinement "une chance à saisir pour les terrestres : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons pouvoir nous envelopper — à défaut de nous développer à l'ancienne !". Edgar Morin est-il un pionnier de la prospective du présent(6) ? Comment faire converger les capacités régénératrices qui s'opposent aux forces de destruction pour qu'elles puissent se déployer largement ? Comment susciter la montée d'une force planétaire capable d'entamer la métamorphose nécessaire ?

(1) Emmanuele Coccia, Métamorphoses, Payot Rivages, 2020, Voir aussi les publications de Baptiste Morizot (Manières d'être vivant, Actes Sud, 2021) et de Vinciane Despret (Habiter en oiseau, Actes Sud, 2000).
(2) Edgar Morin, L'an I de l'ère écologique en dialogue avec Nicolas Hulot, Tallandier, 2007.
(3) Corine Pelluchon, Les lumières à l'âge du vivant, 2021.
(4) Un système qui n'arrive pas à traiter ses problèmes vitaux, ou bien se désintègre, ou bien arrive à se métamorphoser en un métasystème plus riche, plus complexe, capable de traiter ces problèmes.
(5) Edgar Morin avec Sabah Abouessalamn, Changeons de voie. Les leçons du Coronavirus, Denoël, 2020.
(6) Edith Heurgon, Alain Raymond, Tous Volontaires au Monde, jardiniers du bien commun : solidarité, citoyenneté, mobilité, hospitalité. Une prospective du présent à deux voix, Hermann, 2019.

François L'YVONNET : Edgar Morin : la méthode d'avant la Méthode
Il ne s'agit pas tant de dresser une histoire de la Méthode, avec sa préhistoire et ses grandes étapes (du genre : genèse et transformation), que d'être attentif à ce qui la fera naître. La "méthode" est inséparable de la vie d'Edgar Morin. Elle ne nait ni d'un rêve (comme celle de Descartes), ni d'une invention (à la manière de Poincaré), elle est commandée, si l'on peut dire, par ses premières recherches portant sur des objets inclassables, qui le conduiront à balayer certaines habitudes de pensée, à élaborer de nouvelles approches : son travail sur la mort, publié en 1948, est à cet égard exemplaire. Commandée aussi par les événements : son engagement communiste le mènera bientôt à prendre la mesure de ce qu'est une pensée "fanatique", avec ses blocages mentaux, qui sécrète des idéologies auxquelles elle s'aliène, comme elle peut sécréter des dieux qui exigent d'elle le "sacrifice de l'intellect" (songeons à Autocritique).

François L'Yvonnet est professeur de philosophie et éditeur (aux éditions de l'Herne). Membre du comité scientifique de la Chaire "Edgar Morin" à l'ESSEC. Membre associé de la Chaire sur l'Altérité à la Fondation Maison des Sciences de l'Homme (FMSH), à Paris. Il a dirigé le Cahier de l'Herne "Edgar Morin" (2016).
Dernière publication
François Jullien, une aventure qui a dérangé la philosophie, Grasset, 2020.

Laurent MARTIN : Sociologie de la culture et sociologie des médias dans les années 1960 : Edgar Morin et la culture de masse
Une sociologie des médias émerge en France au début des années 1960, animée en particulier par le Centre d'études de communication de masse (CECMAS) que Georges Friedmann crée au sein de la sixième section de l'EPHE, devenue EHESS en 1975. Roland Barthes, Christian Metz, Edgar Morin s'intéressent très tôt à la problématique du "divertissement" et aux médias audiovisuels. Or, cette sociologie est progressivement éclipsée par la montée en puissance de la sociologie "critique" de Pierre Bourdieu et sa théorie de la légitimité culturelle. Où se situent les termes du débat, comment évoluent les rapports de force intellectuels et institutionnels, comment penser les rapports entre industries culturelles et politique culturelle, quelle est la position propre d'Edgar Morin sur les questions touchant à la sociologie de la culture et des médias à cette époque, ce sont ces questions que nous essaierons de traiter dans le cadre de cette communication.

Bibliographie
Edgar Morin, Les Stars, Seuil, 1957.
Edgar Morin, L'Esprit du temps, Grasset, 1962 et 1976.
Collection de la revue Communications.
Emmanuel Lemieux, Edgar Morin, l'indiscipliné, Paris, Le Seuil, 2009 [rééd. en poche, coll. "Points", 2020].

Pascal ORY : Edgar Morin, au centre de la marginalité
L'un des traits les plus distinctifs d'Edgar Morin est son indistinction disciplinaire. Son rattachement initial au CNRS l'a classé "sociologue", ses méthodes d'investigation pourraient le rattacher à l'anthropologie, les médias lui donnent du "philosophe", il a lui-même mis en avant des identités scientifiques métisses (telle "socio-anthropologie"), le tout au prix d'un statut, à l'arrivée, de solitaire populaire. On essaiera de mesurer ce qu'il entre d'une dialectique avec l'époque, politique et culture mêlées, dans cet itinéraire singulier comme dans l'invention, homologique, de ses objets d'étude, qui a fait souvent de ce chercheur atypique un pionnier des sciences sociales, pas toujours reconnu par elles.

Pascal Ory, de l'Académie française, est professeur émérite d'histoire à la Sorbonne (Paris 1). Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages portant sur l'histoire culturelle et politique des sociétés contemporaines (XVIIIe-XXIe siècles), parmi lesquels une anthologie commentée : Edgar Morin, l'unité d'un homme (Collection "Bouquins", 2018). Dernier ouvrage paru : Qu'est-ce qu'une nation ? Une histoire mondiale (Gallimard, collection "Bibliothèque des histoires", 2020).

Bernard PAILLARD : Renouer avec Plozévet : à la recherche de l'interaction chercheurs/citoyens
Enquêteur engagé par Edgar Morin en 1965 pour son enquête à Plozévet, j'ai renoué avec les Plozévétiens depuis la fin des années 1990. Ces retours ont pris des formes diverses en fonction d'opportunités et de possibilités institutionnelles, budgétaires et autres, mais jamais avec l'intention de mener une véritable enquête même de type participative. Pourquoi ? Mon approche fut d'abord motivée par la volonté de comprendre et de surmonter les incompréhensions entre enquêteurs et enquêtés, entre chercheurs et citoyens qui s'étaient manifestées à la suite des enquêtes et, singulièrement, après la publication de Commune en France. La métamorphose de Plozévet. Elle s'inspire aussi de certaines propositions déontologiques formulées par Edgar Morin lors de sa propre enquête, mais sans jamais avoir été vraiment mises en œuvre. Enfin, elle s'inscrit dans le mouvement plus général de médiation scientifique et de partage des connaissances scientifiques avec leur mise en débat.

Bernard Paillard est directeur de recherche émérite au CNRS. Suite à sa collaboration avec Edgar Morin à Plozévet, il a été recruté par le CNRS comme collaborateur technique, et lui fut attaché en vue de constituer une section de "sociologie du présent" au sein du Centre d'études des communications de masse (CECMAS). Celle-ci s'étant étoffée au début des années 1970 avec la création du "groupe de diagnostic sociologique", différentes enquêtes furent menées, dont celle sur le complexe portuaire, industriel et urbain de Fos-sur-Mer. Ce travail orienta ses recherches futures, jusqu'à ses retours à Plozévet.

Monique PEYRIERE : Edgar Morin et l'âme du cinéma
"Le monde sans âme des machines est un monde peuplé d'âmes. L'Homme ne peut vivre avec ses choses que s'il leur donne une âme, ou s'il les imprègne de la sienne" écrit Edgar Morin dans son projet de thèse déposé auprès de Georges Friedmann en 1951 lors de son entrée au CNRS. Dès lors Morin s'attache, dans ses ouvrages et dans de nombreux articles, à produire une analyse de la "machine cinéma", dissidente des orthodoxies marxistes et freudiennes, mettant ainsi en place des éléments de méthode qui dessinent les contours d'une théorie singulière du cinéma, aux ambitions épistémologiques et phénoménologiques. Cette communication souhaite rendre compte du milieu fécond de la recherche en cinéma dans ces années 1950, où se croisent journalistes, chercheurs, auteurs, cinéastes et institutionnels engagés dont Edgar Morin est un des acteurs majeurs, avant d'assumer la coréalisation, avec Jean Rouch, du film Chronique d'un été.

Massimo PIATTELLI PALMARINI : La biologie systémique d'Edgar Morin
Depuis son "immersion" dans la biologie au Salk Institute, Edgar Morin s'est persuadé que la biologie devait devenir une composante essentielle des sciences de l'homme. Il voulait développer une bio-anthropologie et une bio-sociologie. Avec son vieil ami, le Prix Nobel Jacques Monod, Edgar Morin créa le Centre Royaumont pour Une Science de l'Homme et Massimo Piattelli Palmarini en devint le directeur. Plusieurs colloques et plusieurs publications suivirent. Les dernières décennies ont vu se développer considérablement la "system biology" et la génétique humaine en liaison avec les comportements et les bases de la culture. Jacques Monod avait déclaré que comprendre l'enveloppe génétique de la culture (selon ses propres mots) était l'objectif le plus important et le plus ambitieux de la science. Dans cet exposé, l'on tentera de résumer les progrès récents dans ce cadre, qu'Edgar Morin avait bien anticipés.

Massimo Piattelli Palmarini est actuellement professeur de linguistique et science cognitive à l'université de l'Arizona. Il a été le directeur du Centre Royaumont pour Une Science de l'Homme, créé par Edgar Morin et Jacques Monod qui en étaient les présidents. Sous la direction d'Edgar Morin et de Massimo Piattelli Palmarini, le livre de 1974 L'Unité de l'Homme a connu plusieurs éditions et traductions dans d'autres langues. Les domaines de recherche et de publications de Massimo Piattelli Palmarini, depuis plusieurs années, sont la bio-linguistique et la prise de décisions. Son livre Choix, décisions et préférences : quatre leçons au Collège de France publié en 2006 aux Éditions du Seuil traite de la prise des décisions.

Pascal ROGGERO : Le "goût vif de l'univers" d'Edgar Morin : cheminement et interrogations d'un "morinien"
Le "goût vif de l'univers", cette belle formule empruntée à Ernest Renan caractérise bien l'Edgar Morin que je connais. Depuis que je l'ai découverte il y a près de trente-cinq ans maintenant, son "œuvre-vie" n'a pas cessé de me fasciner, m'interpeller et me mobiliser. La lecture de La Méthode fut un moment décisif pour moi, le point d'une bifurcation existentielle après laquelle la pensée complexe n'a pas cessé de m'habiter. J'ai consacré une bonne partie de mon activité universitaire à l'utilisation de cette pensée dans ma recherche en sciences sociales, à son enseignement auprès de nombreux étudiants et à sa diffusion auprès du grand public. C'est de ce cheminement qu'on pourrait dire "morinien" dont je voudrais témoigner ici.

Pascal Roggero est Agrégé de sciences sociales, Docteur en sociologie, Professeur des universités en sociologie à l'université Toulouse-Capitole, Chercheur à l'IDETCOM, Responsable du CR 5 "Sociologie de la complexité" de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française, Co-fondateur de la Revue Nouvelles Perspectives en Sciences Sociales, Co-responsable du programme SOCLAB et Responsable du Master 2 "Ingénierie de la transition des territoires" à l'université Toulouse Capitole.

Anna TRESPEUCH-BERTHELOT : Les sensibilités écologiques d'Edgar Morin
Dans ses efforts à construire une pensée "écologisée", Edgar Morin s'est abreuvé à diverses sources : l'étude des sciences — en particulier l'écologie, le dialogue au fil des amitiés intellectuelles — avec Serge Moscovici, Ivan Illich, André Gorz, etc. — et l'observation critique de son temps — du naufrage du Torrey Canyon (1967) jusqu'au discours de Greta Thunberg à la tribune de l'ONU (2019). Ses propositions théoriques et poétiques n'ont cessé de s'enrichir de ces échanges pour appréhender au plus près la crise écologique. Elles tissent aujourd'hui un fil d'Ariane précieux pour nous guider dans un demi-siècle de sensibilités environnementales, à la fois siennes et collectives.

Anna Trespeuch-Berthelot est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Caen Normandie, membre du laboratoire HisTeMé, ex-CRHQ (EA 7455) et du CA de l'Association pour l'Histoire de la Protection de la Nature et de l'Environnement (AHPNE). Historienne des engagements intellectuels, elle étudie la circulation des alertes environnementales depuis 1945.
Publications
Anna Trespeuch-Berthelot, "Lettre ouverte aux habitants d'une planète mourante. Circulation des idées et des symboles dans les réseaux transnationaux de l'écologie politique naissante", Ventunesimo Secolo, Milano, FrancoAngeli Edizioni, vol. 46, 2020, p. 79-100.
Anne-Claude Ambroise-Rendu, Anna Trespeuch-Berthelot et Alexis Vrignon (dir.), Luttes locales, enjeu global ? Une histoire des conflits environnementaux XIXe-XXIe siècles, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2018.
Anna Trespeuch-Berthelot, "La genèse de l'agriculture biologique en France et en Allemagne de l'entre-deux-guerres aux années 1970 : circulations transnationales et cultures politiques", in A. Lensing, B. Metzger et O. Hanse (dir.), Mission écologie : tensions entre conservatisme et progressisme dans une perspective franco-allemande, Bern, Peter Lang éd., 2018, p. 91-114.
Anna Trespeuch-Berthelot, L'Internationale Situationniste. De l’histoire au mythe (1948-2013), Paris, Presses universitaires de France, 2015.
Anna Trespeuch-Berthelot, "La réception des ouvrages "d'alerte environnementale" dans les médias français (1948-1975)", Le Temps des médias Revue d'histoire, Paris, Nouveau Monde éd., automne 2015, n°25, p. 104-119.


BIBLIOGRAPHIE :

Outre les ouvrages publiés d'Edgar Morin (trois cent quatre sept références à la date du 1er janvier 2021 dans le catalogue général "auteurs" de la BNF, y compris les rééditions mais non compris les documents audio-visuels) :

EDGAR PAR MORIN
Autocritique (1959), Le Seuil, 2012.
Journal de Californie (1970), Le Seuil, 1983.
Journal d'un livre : juillet 1980-août 1981, Inter éditions, 1981.
Une année Sisyphe, Le Seuil, 1995.
Journal de Plozevet : Bretagne 1965, L'Aube, 2001.
• (avec Grappe-Nahoum, Véronique, Vidal Sephira, Haïm), Vidal et les siens (1989), Le Seuil, 2019.
Le vif du sujet (1969), Le Seuil, 1992.
Mes démons (1994), Stock, 2008.
Edwige, l'inséparable, Fayard, 2009.
Journal 1962-1987, Le Seuil, 2012.
Journal 1992-2010, Le Seuil, 2012.
Le cinéma un art de la complexité, articles et inédits 1952-1962, Nouveau Monde éditions, 2018, ouvrage édité et présenté par Monique Peyriere et Chiara Simonigh.
Les souvenirs viennent à ma rencontre, Fayard, 2019.

DEUX COLLOQUES DE CERISY
• (1986) Bougnoux, Daniel, Le Moigne, Jean-Louis, Proulx, Serge (dir.), Arguments pour une méthode (autour d'Edgar Morin), Le Seuil, 1990.
• (2005) Le Moigne, Jean-Louis, Morin, Edgar (dir.), Intelligence de la complexité. Épistémologie et pragmatique, L'Aube, 2007 (réédition par Hermann Éditeurs, 2013).

QUELQUES MONOGRAPHIES
• Gritti, Jules, Comprendre Edgar Morin, Privat, 1980.
• Kofman, Myron, Edgar Morin. From Big Brother to Fraternity, Pluto Press, 1996.
• Fortin, Robin, Penser avec Edgar Morin, Presses de l'université Laval, 2008.
• Lemieux, Emmanuel, Edgar Morin, l'indiscipliné, Le Seuil, 2009.
• Tellez, Jean, La pensée tourbillonnaire. Introduction à la pensée d'Edgar Morin, Germina, 2009.
• Ory, Pascal (éd.), Edgar Morin. L'Unité d'un homme, Robert Laffont, collection "Bouquins", 2018.
• Dortier, Jean-François, Yousfi, Louisa (dir.), Edgar Morin. L'Aventure d'une pensée, Éditions "Sciences humaines", 2019.

QUELQUES NUMÉROS DE REVUE
• "Edgar Morin, plans rapprochés", Communications, 82, 2008.
• Pena Vega, Alfredo, Proutheau, Stéphanie (dir.), "Edgar Morin, aux risques d'une pensée libre", Hermès, 60, 2011.
• L'Yvonnet, François (dir.), "Morin", Cahiers de l'Herne, 114, 2016.


SOUTIENS :

Cercle des partenaires
Région Normandie
• Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain (IIAC) [CNRSEHESS]


PARTENARIATS :

• Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)
• Institut national de l'audiovisuel (INA)

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


QUELS ACTEURS POUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE
ENTRE AMÉRIQUE LATINE ET FRANCE ?

LITTÉRATURE ET CINÉMA


DU LUNDI 7 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 13 JUIN (14 H) 2021



DIRECTION :

Julie AMIOT-GUILLOUET, Gustavo GUERRERO, Françoise MOULIN CIVIL


ARGUMENT :

L'Europe et la France jouent un rôle clé dans les débats sur les questions transnationales et les concepts de "diversité", de "coopération" et d'"exception" culturelle, ainsi que dans le développement de politiques visant à les préserver face au marché. 15 ans après l'adoption par l'UNESCO de la Convention sur la Protection et la Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles (2005), ces concepts semblent en crise, alors que la production et la diffusion des œuvres littéraires et cinématographiques tendent à prouver le contraire.

Notre objectif est de dresser un état des lieux du concept de "diversité" en mettant l'accent sur l'esthétique et les genres de la "diversité culturelle" et en analysant les conditions matérielles de production et de circulation des œuvres de la littérature et du cinéma d'Amérique latine à travers l'Atlantique.

Les principaux axes seront les suivants : politiques, financements, partenariats (y compris dans leurs dimensions néo/dé-coloniales), circulation des œuvres.


MOTS-CLÉS :

Amérique latine, Cinéma, Circulation, Diversité culturelle, Europe, Littérature, Marchés, Production culturelle, Transnationalité


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 7 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 8 juin
Matin
Julie AMIOT-GUILLOUET, Gustavo GUERRERO & Françoise MOULIN CIVIL : Ouverture
Pura FERNÁNDEZ : Le réseau de papier : diplomatie, collectionnisme et colonialisme éditorial. France, Espagne et Amérique Latine au XIXe siècle [visioconférence] — Discutant : Gustavo GUERRERO

Après-midi
Gesine MÜLLER : Historias transnacionales del libro y el debate sobre la literatura mundial : literaturas caribeñas en Francia y Alemania [visioconférence]
Florence OLIVIER : Étonnants Latino-Américains : Bolaño, Volpi, Bellatin, en VF pour la littérature comparée
Discutant : Gustavo GUERRO

Masterclass, avec Pablo CERDA ADARO : Ethnologie et cinéma. Individualisation identitaire pour un partage culturel entre l'Europe et l'Amérique du sud [visioconférence] — Discutante : Julie AMIOT-GUILLOUET

Soirée
Autour du film Educación física (2012) de Pablo Cerda Adaro. Présentation par Julie AMIOT-GUILLOUET


Mercredi 9 juin
Matin
Manuel MACERA FUMIS : Julio Cortázar en France : traduction et édition de son conte Casa tomada
Gabriela LÁZARO : Réception et traduction de la poésie concrète brésilienne en France : poésie inédite ou absorbée par les courants littéraires de l'époque ?
Christilla VASSEROT : Dramaturgies nomades
Discutante : Françoise MOULIN CIVIL

Après-midi
María LUNA-RASSA : Sud à la demande : explorations décoloniales et nouvelles circulations dans le cinéma colombien
Amanda RUEDA : Cinémas transnationaux d'Amérique latine : entre rapports asymétriques et tentatives discursives décoloniales
Magali KABOUS : Lieu commun ? La Havane dans le cinéma distribué en France. Stéréotypes resémantisés pour dessiner une capitale [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Discutante : Nancy BERTHIER

José Luis de DIEGO : Littérature française / littérature argentine : un échange inégal [visioconférence] — Discutant : Gustavo GUERRERO

Soirée
Autour du film documentaire Une conversation avec Albert Bensoussan. Présentation par Gustavo GUERRERO


Jeudi 10 juin
Matin
Ana VIÑUELA : Les exportateurs français, acteurs de la globalisation du cinéma d'Amérique Latine
Minerva CAMPOS RABADÁN : Stratégies à risque pour la distribution de films : projections spéciales, communiqués (de presse ?) et publics de niche
Gloria PINEDA-MONCADA : Coproduction et décollage de l'industrie cinématographique colombienne. Le rôle joué par la France dans la consolidation, en Colombie, d'un modèle de production cinématographique promouvant la diversité culturelle : le cinéma d'auteur
Pietsie FEENSTRA : Un regard sur le monde : la "veduta filmique" de Fernando Solanas et de Patricio Guzmán
Discutante : Magali KABOUS

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 11 juin
Matin
Ana GALLEGO CUIÑAS : La valeur des festivals littéraires au XXIe siècle : le cas du festival "Paris ne finit jamais" [visioconférence]
Jimena CASTANEDA : Influence européenne dans la légitimation du cinéma latino-américain : Hybridation culturelle ? Le cas du "Nouveau cinéma colombien"
Stéphanie DECANTE : La bibliodiversité promue par l'Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants et son impact sur la circulation de la littérature latino-américaine en France
Discutante : Florence OLIVIER

Après-midi
Littérature et cinéma : chemins de traverse entre la France et l'Amérique Latine, table ronde animée par Julie AMIOT-GUILLOUET, avec Nancy BERTHIER, María LYNCH, Carmen PINILLA et Gustavo RONDÓN [visioconférence]

Marina MOGUILLANSKY : Les coproductions entre la France et l'Amérique Latine [visioconférence] — Discutante : Minerva CAMPOS RABADÁN
Sophia McCLENNEN : L'économie de la diversité culturelle : analyse du rôle de la France dans la distribution du cinéma latino-américain [visioconférence] — Discutante : Julie AMIOT-GUILLOUET

Soirée
Livres, traductions, traducteurs : expériences vécues, table ronde animée par Françoise MOULIN CIVIL, avec Stéphanie DECANTE, Florence OLIVIER, Michel RIAUDEL et Christilla VASSEROT


Samedi 12 juin
Matin
Jorge CARRIÓN : Contre Amazon et pour une éthique de l'algorithme [visioconférence]
Miguel FERNÁNDEZ LABAYEN : Les plateformes de vidéo à la demande (VOD) comme circuit cinématographique : les "Œuvres originales de Netflix" d'Espagne et d'Amérique Latine [visioconférence]
Eva-Rosa FERRAND VERDEJO : "CinemaChile, making Chilean films global" : l'internationalisation du cinéma chilien comme outil de développement de l'industrie cinématographique
Discutante : Ana VIÑUELA

Après-midi
Médiations et médiateurs littéraires entre la France et l'Amérique Latine, table ronde [visioconférence] animée par Gustavo GUERRERO, avec Leonora DJAMENT, Jorge FORNET et Diego LORENZO

Ignacio SÁNCHEZ PRADO : Les limites du transnationalisme. Le cinéma mexicain et la division du travail cinématographique [visioconférence] — Discutants : Julie AMIOT-GUILLOUET & Gustavo GUERRERO


Dimanche 13 juin
Matin
Conclusions du colloque et perspectives de recherche
Julie AMIOT-GUILLOUET, Gustavo GUERRERO & Françoise MOULIN CIVIL : Clôture

Après-midi
DÉPARTS


EXPÉRIENCES DE QUATRE DOCTORANTS PRÉSENTS À CERISY :

Bonjour à vous quatre. L'un d’entre vous pourrait-il présenter le colloque ?

Gabriela Lazaro : Le colloque porte un regard sur la multiculturalité en France et en Amérique latine à partir de deux industries culturelles différentes que sont l'édition et le cinéma. On observe comment des acteurs qui résident en France ou dans d’autres contextes culturels peuvent contribuer à cette multiculturalité, dans le secteur privé ou public. On voit aussi le rôle central de la recherche pour cerner les enjeux liés à ces industries, leurs formations et leur impact dans la création et la diffusion de films et de livres.

Après une semaine à Cerisy quel est votre ressenti ?

Eva-Rosa Ferrand Verdejo : Ça nous a fait à tous un bien fou de retrouver la communauté des chercheurs mais aussi d'échanger avec des gens !

Manuel Macera : Retrouver la communauté humaine après tant de mois de confinement !

E.-R. Ferrand Verdejo : Tout à fait ! Une semaine à Cerisy, c'est l'occasion d'être immergé dans une thématique commune qui nous intéresse. C'est aussi, en se confrontant aux recherches des autres, la venue de questionnements qui nous amènent à repenser nos propres recherches. Mais surtout de rencontrer les doctorants qui travaillent sur les mêmes sujets, ce qui avait été difficile avec la pandémie jusque-là — tout cela est très enrichissant!

Jimena Castaneda : Pour moi, c'est vraiment une retraite intellectuelle qui m'a aidée, en une semaine, à visualiser ma place dans l'univers de la recherche. Le fait de me confronter à des chercheurs d’un niveau si élevé m'a permis de voir concrètement où j'en suis avec mes idées. Avant Cerisy, j’avais une représentation des choses plus abstraite. J'ai aussi pu murir une thématique et une méthode de recherche que j'étais en train de construire depuis longtemps, dans un cadre qui se prête parfaitement à la réflexion.

Justement, quel est l'impact de Cerisy sur vos projets de recherche ?

E.-R. Ferrand Verdejo : Les échanges après les communications ont un énorme impact : ça nous incite à nous questionner sur des aspects auxquels nous n'avions pas forcément pensés.

G. Lazaro : Pour ma part, après certains échanges à la suite des communications, j'envisage des modifications assez importantes sur un article que je préparais avant de venir. En plus de ces effets sur mes recherches, ce qui m'a beaucoup aidé a été aussi de rencontrer des chercheurs et, à l'écoute de leurs parcours, de répondre à mes propres interrogations. Le fait de pouvoir échanger avec des intervenants de l'industrie cinématographique et de l'édition est très enrichissant pour implémenter nos recherches dans ces secteurs.

En tant que doctorants, comment percevez-vous votre place au sein du colloque ?

E.-R. Ferrand Verdejo : En général, en tant que doctorants on tend à souffrir du syndrome de l'imposteur, avec le sentiment de tenir un discours illégitime. Mais être incorporé dans un colloque qui intègre autant de grands chercheurs nous confère une légitimité, en nous montrant que nous ne sommes pas sur la mauvaise voie et que nos recherches résonnent avec les leurs.

M. Macera : Certes on peut avoir cette idée d’imposture, mais justement, le fait d'échanger dans un contexte moins formel comme celui de Cerisy permet de mettre ces a priori de côté. Ce qu'on n'a guère l'occasion de faire à l'université.

G. Lazaro : Juste le fait de pouvoir prendre le petit-déjeuner avec quelqu'un qui a fait trente ans de carrière, de se tutoyer parfois et de voir que l'on peut partager son expérience non seulement à travers une présentation classique, mais aussi de façon humaine et naturelle, donne une certaine confiance et rend les rapports d’autant plus enrichissants.

Entretien réalisé par Alexandre CHOQUET, Stagiaire à Cerisy


Gabriela Lazaro est doctorante en première année d'étude hispanique à CY Cergy Université. Dans le cadre du projet Sinergia Poetry in Notions (Fonds national suisse de la recherche scientifique) elle travaille sur la poésie lyrique contemporaine en Amérique Latine.

Eva-Rosa Ferrand Verdejo est en deuxième année de thèse en études hispaniques et film studies, en co-tutelle à CY Cergy Paris et à l'université de Warwick (Royaume-Uni). Ses travaux portent sur le cinéma chilien.

Jimena Castaneda est doctorante en première année d'Études hispanophones à CY Cergy Université et rattachée au Laboratoire Héritages. Ses études portent sur le cinéma colombien contemporain et sa dimension transnationale.

Manuel Macera est doctorant à CY Cergy Paris Université, en co-direction avec l'université Paris 8, en études hispanophones. Ses travaux de recherche portent sur la traduction, l'édition et la réception de Julio Cortázar en France.


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Minerva CAMPOS RABADÁN : Stratégies à risque pour la distribution de films : projections spéciales, communiqués (de presse ?) et publics de niche
Cette étude se propose d'analyser les stratégies de distribution locales pour les films d'auteur. À travers une étude de cas, je me centrerai sur les interactions entre les circuits commerciaux et le réseau très dense des festivals, événements et programmations régulières, organisés par les institutions cinématographiques et culturelles, dans le but de mettre en lumière les collaborations ou, au contraire, les points de friction. En prenant l'exemple de Zama (Lucrecia Martel, 2017, Argentine-Brésil-Espagne) et en comparant ses projections à Madrid et à Paris, j'aborderai quatre questions relatives la multiplication des "vitrines de présentation" qui a montré qu'il est possible d'augmenter l'audience (potentielle) de certains films ; (1) Les circuits de la grande distribution possèdent-ils le même pouvoir ? (2) Les publics ont-ils les mêmes profils et taille si la projection a lieu pendant un festival, dans un cinéma commercial, un institut cinématographique ou un musée ? (3) Certains films sont-ils surexposés avant leur projection en salle ? (4) Comment les petites maisons de production gèrent-elles tout cela ?

Minerva CAMPOS RABADÁN : Risky strategies for film distribution : special screenings, commercial releases, and niche audiences
This proposal will analyse local distribution strategies for auteur films. Through a case study, I will focus on the interactions between the commercial circuit and the dense network of festivals, events and the regular programmes organised by film institutes and cultural institutions with the aim of highlight how they collaborate and have frictions between them. By studying Zama (Lucrecia Martel, 2017, Argentina-Brazil-Spain) and comparing its screenings in Madrid and Paris, I will discuss four main questions : The addition of different exhibition windows has demonstrated to increase the (potential) audience of some films : do the "big screen" circuits have the same effect ? Have the audiences the same profile and size if the screening takes place in a festival, in a commercial cinema, a film institute, and a museum ? Are some films over exposed before their commercial release in theatres ? How do small distribution companies deal with this ?

Minerva Campos Rabadán works as postdoctoral researcher in the IUCE, University Autónoma of Madrid. Her research focuses on alternative exhibition circuits and funding opportunities for contemporary Latin American cinema. In addition to her research on the international film festival circuit, she has more recently focused on its interactions with film institutes, museums, and commercial theatres.

Jimena CASTANEDA : Influence européenne dans la légitimation du cinéma latino-américain : Hybridation culturelle ? Le cas du "Nouveau cinéma colombien"
Au début du XXIe siècle, plusieurs cinémas nationaux d'Amérique latine sont qualifiés de "nouveaux cinémas" grâce à l'émergence de cinéastes qui contribuent à changer profondément le paysage de la production cinématographique de leurs pays en proposant de nouveaux thèmes, esthétiques, personnages, lieux et discours. Dans le cas de la Colombie, ce nouveau regard surgit pour poétiser la violence de la guerre civile qui, depuis 60 ans, imprègne la société colombienne. Grâce à ces récits, des nouveaux cinéastes s'ouvrent au monde pour être salués dans les festivals internationaux autour de l'idée d'un "Nouveau cinéma colombien". Pourtant, ces films partagent un phénomène de production et de légitimation transnational : il s'agit de co-productions qui bénéficient d'aides au financement internationales ainsi que d'un circuit de diffusion et de légitimation particulier du fait qu'elles circulent principalement dans les festivals de cinéma et sur les écrans internationaux, notamment européens. L'influence européenne dans la reconnaissance et la légitimation de ce cinéma en tant que "identité cinématographique nationale" s'avère à la fois fondamentale mais porteuse de contradiction car les réalisateurs rendent visibles des aspects de leur réalité nationale sous forme de récits universels transnationaux paradoxalement mieux acceptés sur les écrans étrangers que dans leur propre pays. L'objectif de cette communication est de nous interroger sur la négociation culturelle nécessaire à la création d'une identité cinématographique nationale : comment émergent les concessions entre l'Europe et l'Amérique latine dans ce terrain d'hybridation de la "diversité culturelle" ? Nous analyserons d'une part, les politiques culturelles internationales qui facilitent la co-production de ces "nouveaux cinémas", telles les programmes de subventions créés par des festivals de cinéma européens ; d'autre part, les problématiques communes aux films qui évoquent des tendances idéologiques en accord avec celles des pays subventionnaires.

Pablo CERDA ADARO : Ethnologie et cinéma. Individualisation identitaire pour un partage culturel entre l'Europe et l'Amérique du sud
Dans la perspective partagée d'un intérêt culturel renouvelé mais toujours performant, qui accroisse le flux de diversité et qui s'oppose à la distanciation socio-émotionnelle et culturelle qu'on nous présente comme la réalité, il est indispensable de creuser la question de l'interlocuteur ; la simple classification par continent est devenue insuffisante. Chaque territoire-pays possède un esprit moteur qui le guide et qui, à son tour, nourrit l'esprit local grâce auquel les films se construisent. Le territoire définit la manière de vivre et, par là-même, la façon de créer. Partager l'expérience du processus créatif lié à un cinéma low-cost, tel qu'il se fait de l'autre côté de l'Atlantique et particulièrement au Chili, pays de cordillère, de mer et dont l'histoire est récente, ouvre une perspective sur l'individualisation sud-américaine, où chaque peuple-nation assume et projette son historiographie collective qui se connecte à son devenir et définit son travail artistique. Tel est le point d'inflexion vers une reconnaissance identitaire, fondement préalable à un partage culturel post-2020.

Pablo Cerda Adaro, San Antonio, Chili. Acteur, réalisateur, producteur, ex-danseur et pratiquant d'arts martiaux. Il a étudié la scénaristique à l'université autonome de Madrid. Impliqué depuis 18 ans dans l'industrie audiovisuelle chilienne, il a contribué comme acteur, scénariste, réalisateur et producteur à divers projets de cinéma, télévision et plateformes. Engagé dans un cinéma low-cost, Nashville, New York et le Chili ont servi de lieux de tournage pour mettre en œuvre ces idées qui, aujourd'hui, le positionnent comme l'un des acteurs-réalisateurs les plus en vue d'Amérique du sud.

Pablo CERDA ADARO : Etnología y cine "Individualización identitaria para la comunión cultural entre Europa y América del Sur"
Para converger en un interés cultural renovado y siempre competente, que incremente el flujo de diversidad y haga frente al distanciamiento socioemocional y cultural que se nos presenta como realidad, se hace necesario profundizar hoy en el interlocutor ; la simple catalogación continental se ha vuelto insuficiente. Cada territorio-país posee un espíritu motor que lo guía, el cual alimenta la psiquis local de donde provienen las películas. El territorio define la manera de vivir y así mismo el modo de crear. Compartir la experiencia del proceso creativo ligado a un cine de bajo presupuesto del otro lado del Atlántico y particularmente en Chile, un país de cordillera, mar e historia reciente, asoma como ventana hacia una individualización sudamericana, donde cada pueblo-nación asume y proyecta esa historiografía colectiva que se entrama con su devenir y define su conducta en el arte. Un punto de inflexión hacia un reconocimiento identitario, base previa para la comunión cultural que se replantea post 2020.

Pablo Cerda Adaro, San Antonio, Chile. 1980. Actor, realizador, productor, ex bailarín y artista marcial. Estudió guion cinematográfico en la U. Autónoma de Madrid. Con 18 años en la industria audiovisual chilena, ha participado como actor, guionista, director y productor en variados proyectos de cine, tv & plataformas. Ligado en gestión a un cine de bajo presupuesto, Nashville, New York & y Chile han servido de locación para estas ideas que lo posicionan hoy como uno de los actores-directores más destacados en la zona sur de América.

Stéphanie DECANTE : La bibliodiversité promue par l'Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants et son impact sur la circulation de la littérature latino-américaine en France
Dans un contexte de concentration de l'activité éditoriale et de globalisation des flux de circulation des biens culturels, il s'agira ici de mettre en évidence les enjeux de la création de l'Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants. Nous ferons ressortir la participation active des éditeurs hispano-américains dans la constitution de cette alliance et dans la promotion de la notion de bibliodiversité. Nous évaluerons enfin son impact sur la circulation de la littérature latino-américaine en France depuis le début des années 2000.

Ancienne élève de l'École Normale Supérieure, Stéphanie Decante est maîtresse de conférences en littérature hispano-américaine à l'université Paris Nanterre, spécialiste de critique littéraire, réception et études de genre. Elle participe activement au réseau MEDETLAT (Médiation éditoriale de la littérature latino-américaine en France) et a récemment dirigé l'ouvrage collectif Literatura chilena contemporánea (Mapocho, n°88, Ed. Biblioteca Nacional de Chile, 2021).

José Luis de DIEGO : Littérature française / littérature argentine : un échange inégal
Mon travail se centre sur la relation entre la littérature française intraduite en espagnol (et sa diffusion en Argentine) ; et sur la littérature argentine extraduite en français. Dans une première partie, je reviendrai brièvement sur les antécédents de cette relation ; dans une deuxième, plus descriptive (collecte de données), j’examinerai la période 2000-2020 ; dans la dernière, mon analyse portera sur les processus, les tendances et les acteurs.

José Luis de DIEGO : Literatura francesa / literatura argentina : un intercambio desigual
El trabajo focaliza en la relación entre la literatura francesa intraducida hacia el español (y su difusión en Argentina) ; y en la literatura argentina extraducida hacia el francés. En un primer momento se reseñan brevemente los antecedentes de esa relación ; en un segundo momento, de carácter descriptivo (relevamiento de datos), se recorta el período 2000-2020, y se cierra con un tercer momento analítico (procesos, tendencias, actores).

Doctor en Letras y Profesor de Introducción a la Literatura y Teoría Literaria II de la Universidad Nacional de La Plata, Argentina.
Ha publicado
"¿Quién de nosotros escribirá el Facundo?" Intelectuales y escritores en Argentina (1970-1986).
Editores y políticas editoriales en Argentina (1880-2010).
La otra cara de Jano. Una mirada crítica sobre el libro y la edición.
Los autores no escriben libros. Nuevos aportes a la historia de la edición.
Dirige Orbis Tertius, revista académica del Centro de Teoría y Crítica Literaria de la UNLP, y desde 2015 se desempeña como coordinador de la sección Argentina, y miembro del Comité Asesor en el portal "Editores y Editoriales Iberoamericanos (siglos XIX-XXI)" / EDI-RED (CSIC - Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes).

Pietsie FEENSTRA : Un regard sur le monde : la "veduta filmique" de Fernando Solanas et de Patricio Guzmán
Dans mon intervention, je souhaite étudier la manière dont deux réalisateurs ont établi un lien constant entre la France et l'Amérique latine : le réalisateur argentin, Fernando Solanas (Buenos Aires 1936-Paris 2020) et Patricio Guzmán d'origine chilienne (né à Santiago en 1941). Leur manière de filmer l'Histoire récente leur a demandé un engagement personnel important. Justement le cinéma peut cartographier une vision sur le monde en filmant les paysages : Fernando Solanas l'illustre dans Le voyage (1992) par le déplacement du personnage principal qui traverse le continent d'Amérique latine en créant une cartographie de l'histoire par différentes visions sur le paysage, en mélangeant le passé et le présent, mais en n'ignorant jamais le poids du passé sur le présent. Patricio Guzmán a également mis en valeur l'importance du paysage, comme un "écran-mémoire", entre autres dans son documentaire La cordillère des songes (2019). Les deux réalisateurs ont vécu une période d'exil en France : Solanas pendant la dernière dictature militaire (1976-1983), et Guzmán a quitté son pays natal après le coup d'état militaire en 1973. Leur cinéma a été très bien reçu en France : de la part de la critique, du festival de Cannes, des universités (Guzmán, Docteur Honoris Causa de l'université de Bordeaux, 2019), de la part aussi de l'Unesco (Solanas, Délégue permanent de l'Argentine, 2020). Les réalisateurs sont des passeurs d'une vision mémorielle de leur pays. La question suivante sera traitée dans mon intervention : comment les deux réalisateurs ont pu créer un "écran-mémoire" des paysages, en proposant une "veduta-filmique", entre la France et l'Amérique latine ?

Pietsie Feenstra est Professeure des universités en Études Cinématographiques et Audiovisuelles à l'université de Paul Valéry 3 à Montpellier. Elle est co-responsable du Master Recherche Cinéma et Audiovisuel et co-coordinatrice des programmes anglophones pour les étudiants en cinéma. Ses recherches portent sur l'écriture cinématographique de l'Histoire et la mémoire des lieux (villes, paysages) : elle co-dirige le programme de recherche EMET (Écrans, Mémoires et Espaces transitoires), pour le laboratoire de recherche RIRRA 21.
Derniers ouvrages publiés (sélection)
La photo-mémoire des paysages-témoins en Europe (Pays-Bas, Espagne, Ex-Yougoslavie), Lille, Presses universitaires du Septentrion, coll. "Images et Sons", 2020.
Ciudades performativas. Prácticas artísticas y políticas de (des)memoria en Buenos Aires, Berlín y Madrid, avec Lorena Verzero (dir.), Buenos Aires, Edicion CLACSO, 2021.
Le Nouveau du Cinéma Argentin, avec Maria Luisa Ortega (dir.), Paris, Éditions Corlet, coll. "CinémAction", n°156, 2015.
Le cinéma espagnol : Histoire et culture, avec Vicente Sánchez-Biosca (dir.), Paris, Éditions Armand Colin, coll. "Cinéma", 2014.
New Mythological Figures in Spanish Cinema Dissident Bodies under Franco, Amsterdam, Amsterdam University Press, coll. "Film Culture in Transition", 2011.

Pura FERNÁNDEZ : Le réseau de papier : diplomatie, collectionnisme et colonialisme éditorial. France, Espagne et Amérique Latine au XIXe siècle
Dans l'architecture des liens entre la France et l'Amérique Latine, une fois achevés les processus d'indépendance, quelques acteurs se sont démarqués, sans lesquels il n'est pas possible de comprendre les cartes actuelles de circulation des biens culturels. Fruit de la nouvelle réalité géopolitique née de l'apparition des jeunes nations américaines, dans des villes comme Paris et Barcelone se sont mises en place des communautés transnationales d'éditeurs et d'écrivains qui, non seulement ont défini des imaginaires et de nouvelles formes de production et diffusion des connaissances, mais se sont aussi alliées avec les acteurs de la diplomatie en tant qu'agents de médiation dont les réseaux de pénétration néocoloniale étaient actifs. Cette communication analysera quelques études de cas d'éditeurs de revues et de livres étroitement liés à un programme d'extractivisme culturel adapté à l'échelle du nouvel impérialisme européen que la France du Second Empire avait inauguré. La consolidation d'une discipline naissante, l'américanisme, avec son discours "exotisant" sur la diversité du Nouveau Monde, fut l'un des piliers de ce circuit totalisateur qui anticipait la création de nouveaux réseaux de domination symbolique.

Pura Fernández, Docteure de l'université Autonome de Madrid, est directrice de recherches à l'Institut de Langue, Littérature et Anthropologie du Centre de Sciences Humaines et Sociales du CSIC (Madrid) dont elle a été la co-directrice de 2010 à 2012 et cheffe du Département de Littérature Espagnole entre 2002 et 2006. Elle est responsable de 9 projets de recherche financés (appels à projets officiels) et d'une Action Intégrée hispano-française sur Culture, Édition et Littérature dans la sphère hispanique (XIXe-XXIe siècles) / GICELAH du CSIC (http://www.investigacion.cchs.csic.es/gicelah). Elle a à son actif 4 cycles de 6 ans en recherche et dirige le Réseau thématique d'Excellence Redes Transatlánticas: Prácticas Editoriales de la Re(d)pública Iberoamericana (FFI12015-71940-REDT), officiellement reconnu par le Ministère de l'Économie et de la Compétitivité espagnol. Elle est autrice, éditrice et co-éditrice de 13 livres et coordinatrice et éditrice de numéros monographiques de revues indexées telles que Ínsula, Revista de Estudios Hispánicos o Lectora. En outre, elle a publié près d'une centaine de travaux de recherche dans des volumes collectifs et des revues internationales en France, Italie, États-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Angleterre, Argentine ou Egypte (Bulletin Hispanique, Journal of Spanish Culltural Studies, Studi Ispanici, Bulletin of Spanish Studies, Revista de Occidente, Asclepio. Revista de Historia de la Medicina, Quimera, Journal of the History of Sexuality, etc.).

Pura FERNÁNDEZ : El canal de papel : diplomacia, coleccionismo y colonialismo editorial. Francia, España y América Latina en el siglo XIX
En la arquitectura de los lazos entre Francia y América Latina, una vez consumados los procesos de independencia, destacaron algunos agentes sin los cuales no es posible entender los actuales mapas de circulación de los bienes culturales. Fruto de la nueva realidad geopolítica nacida de la aparición de las jóvenes naciones americanas, en ciudades como París y Barcelona se gestaron unas comunidades transnacionales de editores y escritores que no solo definieron imaginarios y nuevas formas de producción y difusión del conocimiento, sino que también se aliaron con los gestores de la diplomacia como agentes de mediación de efectivas redes de penetración neocolonial. Esta ponencia analizará algunos estudios de caso de editores de revistas y de libros estrechamente unidos a un programa de extractivismo cultural ajustado a la escala del nuevo imperialismo europeo ensayado por la Francia del II Imperio. La consolidación de una disciplina incipiente, el americanismo, con su discurso exotizante de la diversidad del Nuevo Mundo, fue uno de los pilares de este circuito totalizador que anticipaba la creación de nuevos canales de dominación simbólica.

Pura Fernández, Doctora por la Universidad Autónoma de Madrid, es Profesora de Investigación del Instituto de Lengua, Literatura y Antropología del Centro de Ciencias Humanas y Sociales del CSIC (Madrid), del que ha sido Vicedirectora entre 2010 y 2012 y jefe del Departamento de Literatura Española entre 2002 y 2006. Investigadora responsable de nueve Proyectos de Investigación de I+D+i, financiados en convocatorias oficiales competitivas, y de una Acción Integrada Hispano-Francesa, es la responsable del Grupo de Investigación sobre Cultura, Edición y Literatura en el Ámbito Hispánico (siglos XIX-XXI) GICELAH del CSIC (http://www.investigacion.cchs.csic.es/gicelah). Cuenta en su haber con cuatro Sexenios de investigación y dirige la Red Temática de Excelencia Redes Transatlánticas: Prácticas Editoriales de la Re(d)pública Iberoamericana (FFI12015-71940-REDT), reconocida oficialmente por el Ministerio de Economía y Competitividad del Gobierno de España. Es autora, editora y co-editora de trece libros; y coordinadora y editora de números monográficos revistas indexadas como Ínsula, Revista de Estudios Hispánicos o Lectora; ademas ha publicado cerca de 100 trabajos de investigación en volúmenes colectivos y en revistas internacionales en Francia, Italia, EEUU, Alemania, Países Bajos, Inglaterra, Argentina o Egipto (Bulletin Hispanique, Journal of Spanish Culltural Studies, Studi Ispanici, Bulletin of Spanish Studies, Revista de Occidente, Asclepio. Revista de Historia de la Medicina, Quimera, Journal of the History of Sexuality, etc.).

Miguel FERNÁNDEZ LABAYEN : Les plateformes de vidéo à la demande (VOD) comme circuit cinématographique : les "Œuvres originales de Netflix" d'Espagne et d'Amérique Latine
Bien que la marque Netflix, comme plateforme globale de streaming, soit associée à la production et à la distribution de séries, l'entreprise, depuis 2015, a développé la production, l'achat et la distribution de longs-métrages qui, plus tard, sont présentés comme des "œuvres originales de Netflix". Le volume de ces "premières" a bondi de façon spectaculaire, au point que le service VOD a lancé 200 de ces titres sur la seule année 2020. Cette communication examine une partie spécifique du corpus des "Œuvres originales de Netflix", celle des films produits en espagnol, que dépasse seulement, en termes quantitatifs, le nombre de productions en anglais. Notre recherche soutient l'idée que la stratégie cumulative de Netflix sur le marché hispanophone est la tentative industrielle la plus récente de traiter l'Espagne et l'Amérique Latine comme un marché homogène, ce que Teresa Hoefoert de Turégano avait appelé en son temps une "hypothétique hispanophonie" (2004), et qui s'est traduit, antérieurement, par de nombreux contrats de co-production et des programmes institutionnels tels que ceux d'Ibermedia et de bien d'autres. En examinant la tentative spécifique de Netflix de favoriser cette communauté transnationale, notre communication analyse les tendances existantes sous le concept d'"œuvre originale", en incluant celles qui font écho au thème de la mobilité qui, sans aller plus loin, était déjà la marque des films produits sous les auspices de l'"hispanophonie". Par ailleurs, notre travail met aussi en lumière les relations textuelles et intertextuelles entre les films hispaniques de Netflix et la production et distribution de séries de Netflix sur les mêmes marchés. Enfin, notre communication fait le constat du déséquilibre entre l'accent que met Netflix sur les films espagnols et leur promotion en Amérique Latine face à la présence plus modeste d'"œuvres originales" latino-américaines en Espagne et en Europe. Notre travail se conclut sur une mise en garde quant au rôle des plateformes de VOD dans les dynamiques industrielles globales et quant à la nécessité d'examiner aussi bien qualitativement que du point de vue de l'historiographie leur façon de faire, dès lors qu'elles perpétuent des pratiques économiques et culturelles déjà existantes.

Miguel FERNÁNDEZ LABAYEN : Las plataformas de video bajo demanda como circuito cinematográfico : los "Originales de Netflix" de España y Latinoamérica
Si bien la marca Netflix como plataforma de streaming global se suele vincular con su producción y distribución de series, desde 2015 la empresa ha incrementado la producción, la compra y la distribución de largometrajes que posteriormente son presentados como "Originales de Netflix". El volumen de estos estrenos ha aumentado espectacularmente, hasta el punto que el servicio de vídeo bajo demanda lanzará casi 200 de estos títulos sólo en 2020. Esta comunicación examina una línea específica del corpus de "Originales de Netflix" : nos referimos a sus películas producidas en español, un cuerpo de filmes sólo superado por el número de producciones en inglés en términos cuantitativos. Nuestra investigación argumenta que la estrategia acumulativa de Netflix en el mercado hispanohablante es el último intento industrial de tratar a España y Latinoamérica como un mercado cohesionado, lo que Teresa Hoefoert de Turégano denominó en su momento como "hipotética hispanofonía" (2004), como forma de trabajar sobre tradiciones e intentos industriales e institucionales tales como Ibermedia y otros. Al examinar el intento de explotar esa comunidad transnacional por parte de Netflix, la ponencia estudia las tendencias existentes bajo el concepto del "original", incluyendo como aspecto notable toda una serie de narraciones que trabajan sobre la movilidad de los personajes, algo ya presente en el cine clásico latinoamericano, sin ir más lejos. Por otro lado, nuestro trabajo también ilumina las relaciones textuales e intertextuales entre las películas hispánicas de Netflix y la producción y distribución de series de Netflix en esos mismos mercados. Por último, la comunicación constata el desequilibrio entre el énfasis de Netflix en las películas españolas y su promoción en Latinoamérica frente a la parca presencia de "originales" latinoamericanos en España y Europa. Nuestra intervención concluye con una llamada de atención sobre el rol de las plataformas de vídeo bajo demanda en las dinámicas industriales globales y sobre la necesidad de examinar cualitativamente e historiográficamente sus comportamientos como continuidad de prácticas económicas y culturales preexistentes.

Miguel Fernández Labayen es profesor titular del departamento de Comunicación de la Universidad Carlos III de Madrid y miembro del grupo de investigación Tecmerin. Es uno de los dos investigadores principales del proyecto de investigación del proyecto de investigación "Cartografías del Cine de Movilidad en el Atlántico Hispánico" (CSO2017-85290-P), financiado por FEDER y el Ministerio de Ciencia e Innovación del Gobierno de España.

Eva-Rosa FERRAND VERDEJO : "CinemaChile, making Chilean films global" : l'internationalisation du cinéma chilien comme outil de développement de l'industrie cinématographique
L'industrie cinématographique chilienne est encore relativement jeune et, donc, assez précaire. Pour survivre, cette industrie se construit sur une relation de coopération avec des pays qui disposent d'une industrie plus stable. Cette coopération est le résultat d'une politique de soutien aux co-productions internationales, menée tant par l'État que par des institutions privées. Ainsi, CinemaChile œuvre exclusivement à l'internationalisation de toutes les œuvres audiovisuelles produites au Chili. En facilitant la participation des films chiliens aux festivals étrangers et en les rendant attractifs aux marchés étrangers, CinemaChile prétend contribuer au développement de l'industrie nationale et à sa professionnalisation. Dans ce travail nous présenterons CinemaChile, et nous verrons en quelle mesure la coopération internationale est considérée comme une clé pour le développement de l'industrie, tout en montrant les limites d'une telle conception.

Eva-Rosa Ferrand Verdejo est doctorante contractuelle en cotutelle aux universités de CY Cergy-Paris (France) et Warwick (Royaume-Uni). Son travail porte sur la génération de cinéastes chiliens nés pendant la dictature de Pinochet et, plus particulièrement, sur leur relation au trauma collectif qu'a connu le pays de 1973 à 1990 — ce qui implique des questions de production et de distribution. Elle est co-autrice de l'ouvrage Guzmán, El Botón de Nácar, publié aux Éditions Atlande en 2020.

Ana GALLEGO CUIÑAS : La valeur des festivals littéraires au XXIe siècle : le cas du festival "Paris ne finit jamais"
Les festivals littéraires jouent un rôle important dans la construction de la valeur de la littérature latino-américaine au XXIe siècle, bien qu'ils n'aient guère été étudiés dans le domaine de l'hispanisme. Depuis l'impact de la mondialisation et du développement néolibéral sur l'industrie créative, les festivals de littérature se sont non seulement répandus d'un côté et de l'autre de l'Atlantique, mais mènent également un processus de sélection et de légitimation publique de certaines figures, genres, thèmes et l'esthétique qui a un effet sur la conformation du goût et sur le nouvel agenda des valeurs littéraires, au point qu'il a déplacé les instances de médiation hégémonique, traditionnellement associées aux distinctions et académies appartenant à l'État. Avec cet horizon, je présenterai dans cet ouvrage une analyse qualitative (avec des instruments de critique littéraire et de théorie culturelle) et quantitative (avec des techniques sociologiques) du programme du Festival de littérature latino-américaine "Paris ne finit jamais", réalisé en 2020 de manière virtuelle, qui a eu un succès et un impact notables dans le domaine culturel de l'hispanisme.

Ana Gallego Cuiñas est professeure titulaire au Département de littérature espagnole de l'université de Grenade. Docteur et BA en philologie hispanique et BA en anthropologie sociale et culturelle de l'université de Grenade, elle a fait partie du prestigieux programme "Ramón y Cajal" et a été chercheuse invitée à l'université de Californie à Los Angeles, Princeton, Paris-Sorbonne, Université de Buenos Aires et Yale. Elle a donné plusieurs conférences internationales et a été professeure invitée aux États-Unis, en France, en Argentine, au Pérou et en Espagne. Ses publications, parues dans plusieurs magazines internationales, portent sur la littérature dominicaine, le récit contemporain du Rio de la Plata, sur l'écriture autobiographique, sur les études transatlantiques de la littérature, sur le féminisme, sur le marché de l'édition et la relation entre littérature et économie. Ses derniers livres sont: Ricardo Piglia et la littérature mondiale (2019), Les romans argentins du XXIe siècle. Nouveaux modes de production, de diffusion et de réception (2019). Elle est actuellement chercheuse principale du projet LETRAL sur la politique et l'esthétique commune et dissidente, du projet et de la plateforme ECOEDIT (www.ecoedit.org) sur les éditeurs indépendants en langue espagnole et du projet FEMENEDIT sur les éditrices ibéro-américaines au XXIe siècle. Elle est également Vice-Doyenne de la Culture et de la Recherche de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'université de Grenade.

Ana GALLEGO CUIÑAS : El valor de los festivales literarios en el siglo XXI : el caso del festival "Paris ne finit jamais"
Los festivales literarios cumplen un papel sustancial en la construcción del valor de la literatura latinoamericana en el siglo XXI, aunque apenas hayan sido estudiados en el campo del hispanismo. Desde el impacto de la globalización y el desarrollo neoliberal en la industria creativa, los festivales de literatura no solo han ido prodigándose a un lado y otro del Atlántico, sino que están llevando a cabo un proceso de selección y legitimación pública de determinadas figuras, géneros, temáticas y estéticas que tiene efecto en la conformación del gusto y en la nueva agenda de valores literarios ; hasta el punto que ha desplazado a instancias de mediación hegemónicas, tradicionalmente asociadas a premios y academias que pertenecían al Estado. Con este horizonte, expondré en este trabajo un análisis cualitativo (con instrumentos de la crítica literaria y la teoría cultural) y cuantitativo (con técnicas sociológicas) del programa del Festival de Literatura Hispanoamericana "Paris ne finit jamais", realizado en 2020 de forma virtual ; que tuvo un notable éxito e impacto en el campo cultural del hispanismo.

Ana Gallego Cuiñas es Profesora titular en el Departamento de Literatura española de la Universidad de Granada. Doctora y Licenciada en Filología Hispánica y licenciada en Antropología Social y Cultural por la Universidad de Granada, ha sido contratada del prestigioso programa "Ramón y Cajal" e investigadora visitante en la Universidad de California Los Ángeles, Princeton, Paris-Sorbonne, Universidad de Buenos Aires y Yale. Ha dictado múltiples conferencias internacionales y ha sido profesora invitada en EEUU, Francia, Argentina, Perú y España. Sus publicaciones han aparecido en editoriales y revistas de reconocido prestigio internacional sobre temas dominicanos, narrativa rioplatense contemporánea, escritura autobiográfica, estudios transatlánticos de literatura, feminismo, mercado editorial y acerca de la relación entre literatura y economía. Sus últimos libros son : Otros. Ricardo Piglia y la literatura mundial (2019), Las novelas argentinas del siglo 21. Nuevos modos de producción, circulación y recepción (2019). En la actualidad es la Investigadora Principal del Proyecto LETRAL sobre Políticas de lo Común y Estéticas Disidentes, del Proyecto y plataforma ECOEDIT (www.ecoedit.org) sobre editoriales independientes en lengua castellana y del Proyecto FEMENEDIT sobre mujeres editoras iberoamericanas en el siglo XXI. También es Vicedecana de Cultura e Investigación de la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad de Granada.

Magali KABOUS : Lieu commun ? La Havane dans le cinéma distribué en France. Stéréotypes resémantisés pour dessiner une capitale
Nous nous proposons dans cette communication de nous interroger sur l'identification et la réception de stéréotypes dans certaines fictions latino-américaines distribuées en France ces vingt dernières années. La question est évidemment marquée par une forte subjectivité et est très fluctuante selon le pays de production et le pays qui reçoit le film. Les films peuvent véhiculer une vision considérée comme fantasmée ou idéalisée qui enfermerait le pays dans un cliché éculé. À l'inverse, lors de l'exhibition sur le marché international, stratégiquement ou involontairement, certains films proposent au spectateur étranger des éléments de reconnaissance qui facilitent l'adhésion. Cette question implique différents acteurs et réalités : le cinéaste, son contexte de production, les réseaux de distribution, les publics festivaliers ou en salle, les critiques.

Après avoir soutenu à Toulouse 2 le Mirail une thèse de doctorat en "Études sur l'Amérique latine", Magali Kabous a obtenu en 2008 un poste de Maîtresse de Conférences à l'université Lyon 2. Ses recherches portent sur le cinéma latino-américain, en particulier le cinéma indépendant cubain et les relations entre artistes et institutions. Elle collabore avec différents festivals et salles de cinéma en France et à l'étranger.
Derniers articles publiés ou interventions
"El otro festival – La Muestra joven en La Habana (2000-2020?)", Coloquio internacional de Cine iberoamericano contemporáneo, Cartagena de Indias, 2020.
"Nicanor O'Donnell, révélateur cinématographique des travers de la société cubaine", Dossier Humour et politique, Atlante. Revue d'Études Romanes, n°13, 2020, p. 330-349.
"¿Cómo entender el sistema de financiación del cine cubano y no morir en el intento?", Archivos de la filmoteca, "América Latina/España/Europa. Ayudas institucionales y coproducción cinematográfica desde 1990", Valencia, abril 2019, n°76, pp. 111-123.
Dernier ouvrage publié
Avec I. Del Valle Dávila et E.-R. Ferrand Verdejo, Guzmán. El botón de nácar, Atlande, 2020.

Gabriela LÁZARO : Réception et traduction de la poésie concrète brésilienne en France : poésie inédite ou absorbée par les courants littéraires de l'époque ?
La poésie concrète en France a souvent été présentée comme une manifestation nouvelle dans le sillage des révolutions poétiques d'avant-garde telles que le lettrisme ou la poésie sonore. En même temps, elle a aussi été absorbée par des courants tels que le structuralisme ou le pop art. Dans cette communication, nous réfléchirons sur la circulation et la réception critique du groupe brésilien Noigandres (1953) en France : comment cette poésie "supranationale" a-t-elle été adaptée aux différentes lignes éditoriales françaises ? Comment la critique a-t-elle perçu l'évolution progressive de la poésie concrète vers le numérique ? Nous nous appuierons sur les premières contributions du groupe dans les magazines littéraires français entre les années 1960 et la fin des années 1980.

Gabriela Lázaro, doctorante en Études Hispaniques à CY Cergy Paris Université sous la direction de Gustavo Guerrero, fait également partie du projet The Online Critical Compendium of Lyric Poetry (Programme Sinergia Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique). Sa thèse vise à étudier le lyrisme et l'intermédialité dans la poésie latino-américaine contemporaine.

Maria LUNA-RASSA : Sud à la demande : Explorations décoloniales et nouvelles circulations dans le cinéma colombien
La professionnalisation de collectifs de cinéma issus des communautés indigènes en Colombie s'ouvre tout autant sur une perspective décoloniale que sur un examen de la nécessaire négociation avec les mécanismes digitaux de circulation de contenus en ligne. Cette communication explore l'espace qu'occupe la distribution dans le cinéma réalisé par des collectifs et des communautés dans le champ des mobilités transnationales dans lequel naît et se développe ce que l'on appelle le "nouveau cinéma colombien". Dans le contexte d'un cinéma marginal cosmopolite dans lequel la co-production européenne et la projection dans des festivals internationaux ont été un acteur central sur les scènes du sud global, les pratiques de circulation du cinéma indigène permettent d'évaluer de façon critique les exclusions de ce système et la nécessité de considérer d'autres configurations de mobilité audio-visuelle.

Maria LUNA-RASSA : Sur on Demand : Exploraciones decoloniales y nuevas circulaciones en el cine colombiano
La profesionalización de colectivos de cine de comunidades indígenas en Colombia se abre tanto a una perspectiva decolonial como a un examen de la necesaria negociación con los mecanismos digitales de circulación de contenido online. Esta presentación explora el lugar que ocupa la distribución en el cine realizado por colectivos y comunidades dentro del campo de movilidades transnacionales en el que surge y se desarrolla el llamado "nuevo cine colombiano". En el contexto de un cine de márgenes cosmopolitas en el que la co-producción europea y la exhibición en festivales internacionales han sido un actor central entre los escenarios del sur global, las prácticas de circulación del cine indígena permiten evaluar de forma crítica las exclusiones de este sistema y la necesidad de contemplar otras configuraciones de movilidad audiovisual.

Maria Luna. Profesora asociada de TecnoCampus y UOC (Universitat Oberta de Catalunya). Es investigadora del grupo Narrativas de la Resistencia, miembro de ALADOS (Corporación colombiana de documentalistas) y co-editora junto a Pablo Mora y Daniela Samper del libro Territorio y memoria sin fronteras, nuevas estrategias para pensar lo real.

Manuel MACERA FUMIS : Julio Cortázar en France : traduction et édition de son conte Casa tomada
Le célèbre conte Casa tomada (1946) de Julio Cortázar a été traduit en France par sa traductrice habituelle, Laure Bataillon, et publié chez Gallimard en 1968 sous le titre de Maison occupée. Mais cette traduction française de ce récit n'a pas été la première : dans les années 1950, le traducteur amateur Jean Barnabé avait déjà traduit pour la première fois ce texte. Or, sa traduction est restée inédite suite au refus de l'éditeur Roger Caillois. Nous allons reconstituer, dans un premier temps, cette collaboration frustrée entre Cortázar et Barnabé et tenter d'analyser ensuite les stratégies éditoriales en vertu desquelles l'une des traductions a été acceptée et l'autre refusée. Nous nous intéresserons ici à la façon dont Caillois essaie de faire rentrer Cortázar dans le marché littéraire français, comme il était en train de le faire, à l'époque, avec Borges. Cela nous permettra de réfléchir aux limites de la compréhension entre l'Amérique latine et la France. Et, dans un dernier temps, nous allons faire une lecture comparative des deux traductions qui aura pour objectif de retracer l'idéologie qu'elles véhiculent.

Manuel Macera Fumis est doctorant en études hispanophones à l'ED AHSS au sein de CY Cergy Paris Université depuis octobre 2020, sous la direction de Gustavo Guerrero et en co-direction avec Julio Premat (Université Paris 8). Le titre provisoire de sa thèse est "Julio Cortázar en France. Construction d'image d'auteur, traduction, réception et édition de son œuvre entre 1951 et 1984". Ses axes de recherche sont : littérature argentine, traductologie, édition, études de réception, image d'auteur, rapports Amérique latine-France.

Manuel MACERA FUMIS : Traduciendo los cuentos de Cortázar en Francia
El famoso cuento Casa tomada (1946) de Julio Cortázar fue traducido en Francia por su traductora fetiche, Laure Bataillon, y publicado en la editorial Gallimard en 1968 con el título de Maison occupée. Pero ésta no fue la primera traducción al francés de este relato : en los años 50 el traductor amateur Jean Barnabé tradujo por primera vez este texto, aunque su traducción nunca fue publicada por la negativa del editor Roger Caillois. En un primer momento reconstituiremos esta colaboración frustrada entre Cortázar y Barnabé y a continuación analizaremos las estrategias editoriales por las cuales se tomó la decisión de aceptar una traducción y rechazar la otra. En este apartado nos centraremos en la forma en la que Caillois intenta que Cortázar integre el mercado literario francés, como estaba haciendo, en esa época, con Borges. Esto nos permitirá reflexionar sobre los límites de la comprensión entre América Latina y Francia. Y, por último, procederemos a hacer una lectura comparativa de las dos traducciones con el objetivo de indagar en la ideología que vehiculan.

Sophia McCLENNEN : L'économie de la diversité culturelle : analyse du rôle de la France dans la distribution du cinéma latino-américain
La diversité culturelle a longtemps été utilisée comme un argument pour contrer une tendance à concevoir les films comme de simples marchandises. Depuis le plaidoyer français en faveur d'une exception culturelle, au moment des accords du GATT de 1993, le cinéma a été enfermé dans un paradigme binaire entre bien culturel et bien de consommation. Ces concepts se sont affermis dans la Convention de l'UNESCO portant sur la Protection et la Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles (2005). Cette communication soutient cependant que le dilemme entre marchandise et bien culturel, en répondant à une finalité politique, ne résiste pas à un examen minutieux des politiques cinématographiques qui, de façon ostensible, sont animées du désir de protéger la culture mais qui, souvent, dans le même temps, sont conçues pour protéger des marchés de produits cinématographiques. En analysant des exemples du rôle que la France a joué dans la distribution du cinéma latino-américain, cette communication suggère que nous avons besoin d'un cadre plus nuancé pour comprendre les marchés du cinéma à l'ère de la globalisation.

Sophia McCLENNEN : The Economics of Cultural Diversity : Analyzing the Role of France in Distributing Latin American Cinema
Cultural diversity of cinema has long been held out as a counter to understanding films as simply commodities. Ever since the French arguments for a cultural exception during the GATT agreements of 1993, cinema has been understood in a binary paradigm divided between culture and commodity. These concepts held steady in the 2005 UNESCO Convention on the Protection and Promotion of the Diversity of Cultural Expressions (2005). This paper argues, however, that the binary between commodity and culture, while serving a political end, does not hold up to scrutiny since film policies that ostensibly derive from a desire to protect culture are often, also designed to protect markets for cinematic commodities. Analyzing examples of the role that France has played in distributing Latn american cinema, this paper suggests that we need a more nuanced framework for understanding the cinema markets in the global era.

Marina MOGUILLANSKY : Les coproductions entre la France et l'Amérique Latine
Dans cette communication, j'analyserai l'évolution des coproductions entre France et pays d'Amérique Latine dans la période qui va de 1995 à 2015, deux décennies marquées par l'augmentation de la coopération et du développement des coproductions entre les pays d'Amérique Latine, avec une participation remarquable de l'État français. En premier lieu, j'analyserai l'évolution dans le temps de l'association entre la France et l'Amérique Latine, afin de montrer l'accroissement des coproductions et la consolidation de certaines associations privilégiées entre les professionnels du cinéma des deux continents ; ensuite, j'identifierai les pays d'Amérique Latine qui se sont associés le plus fréquemment avec la France pour coproduire ; enfin, je présenterai un panorama des principales thématiques et esthétiques, parmi une sélection de coproductions, en choisissant celles qui ont eu la plus grande circulation ou un fort impact critique ou encore qui ont été primées. Cette analyse nous permettra une approche des coproductions franco-latino-américaines, une meilleure caractérisation des sources de financement utilisées et un premier bilan des films ainsi réalisés.

Marina MOGUILLANSKY : Las coproducciones entre Francia y países latinoamericanos
En esta presentación analizaré la evolución de las coproducciones entre Francia y países latinoamericanos en el período que va desde 1995 hasta 2015, abarcando dos décadas signadas por el aumento de la cooperación y del fomento de las coproducciones entre países latinoamericanos, con una participación destacada del Estado francés. En primer lugar, analizaré la evolución en el tiempo de la asociación franco-latinoamericana, a los fines de mostrar el incremento de las coproducciones y la consolidación de ciertas asociaciones preferenciales entre profesionales del campo cinematográfico de ambos países ; en segundo lugar, identificaré a los países de América Latina que se asociaron con más frecuencia con Francia para coproducir ; por último, presentaré un panorama de las principales temáticas y estéticas de una selección de las coproducciones, eligiendo las que tuvieron una mayor circulación, impacto crítico o premiaciones. Este análisis nos permitirá un acercamiento a las coproducciones franco-latinoamericanas, una mejor caracterización de las fuentes de financiamiento utilizadas y un primer balance de los films así realizados.

Gesine MÜLLER : Historias transnacionales del libro y el debate sobre la literatura mundial : literaturas caribeñas en Francia y Alemania
Les débats en sciences de la culture sur le concept de littérature mondiale (Weltliteratur), qui ont connu un regain d'intensité ces vingt dernières années, sont étroitement liés aux questions transnationales des échanges dans un monde polycentrique. J'esquisserai brièvement cette problématique avant de m'arrêter plus longuement sur les nouvelles perspectives dans la distribution et la réception des littératures caribéennes en France et en Allemagne. L'enjeu est en particulier de mettre en parallèle le champ de tension conceptuel fécond des différents concepts de littérature mondiale avec les mécanismes de sélection pratiqués par les grandes maisons d'édition internationales.

Gesine Müller est professeure de philologie romane à l'université de Cologne ; elle dirige un groupe de recherche dans le cadre du ERC Consolidator Grant ("Reading Global"). Ses activités de recherches portent sur les littératures latino-américaines et caribéennes, le romantisme en France, les processus du transfert.
Publication récente
Wie wird Weltliteratur gemacht ? Globale Zirkulationen lateinamerikanischer Literaturen, De Gruyter, 2020.

Florence OLIVIER : Étonnants Latino-américains : Bolaño, Volpi, Bellatin, en VF pour la littérature comparée
Illustrant des tendances de la littérature de l'extrême contemporain à travers les stratégies et les enjeux de leurs poétiques romanesques, Bolaño, Volpi, Bellatin et Mallard les saisissent ou les produisent à l'échelle de la littérature dite "mondiale" depuis l'aire culturelle hispanique et plus précisément latino-américaine. Comment certaines de leurs œuvres, qui créent des fictions d'auteurs japonais, français, allemand, autrichien, ou qui mettent en fable l'asymétrie des transferts culturels entre penseurs français et intellectuels mexicains, interrogent-elles par ces choix fictionnels la notion de diversité culturelle latino-américaine tout autant que le crypto-eurocentrisme de la littérature "mondiale"? De telles entreprises fictionnelles abordent ces questions de biais, ou élaborent à leur propos de la critique et de la théorie littéraires amusantes. Écrites en espagnol mais postulant l'usage d'autres langues dans leurs univers fictionnels, lues en version française à l'échelle de la littérature "mondiale" dans le domaine de la Littérature Comparée, elles demeurent, malgré ou grâce à ces "défamiliarisations", exemplaires de cette position latino-américaine à l'égard de la tradition dont Borges indiquait naguère le Sud aux écrivains argentins.

Florence Olivier enseigne la Littérature Comparée à l'université Sorbonne Nouvelle. Spécialiste en littérature latino-américaine et traductrice, elle est l'auteur de Carlos Fuentes ou l'imagination de l'autre, Aden, Londres, (2009) et de Sous le roman, la poésie. Le défi de Roberto Bolaño, Hermann (2016). Elle a codirigé avec Françoise Moulin-Civil et Teresa Orecchia-Havas La littérature latino-américaine au seuil du XXIe siècle. Un parnasse éclaté, Aden, Londres, 2012, volume issu d'un colloque de Cerisy. Elle codirige la revue América-Cahiers du Criccal publiée par les Presses de la Sorbonne Nouvelle.

Gloria PINEDA-MONCADA : Coproduction et décollage de l'industrie cinématographique colombienne. Le rôle joué par la France dans la consolidation, en Colombie, d'un modèle de production cinématographique promouvant la diversité culturelle : le cinéma d'auteur
Le cinéma d'auteur — né en France dans les années 1950 avec la politique des auteurs — a pris au fur et à mesure de l'ampleur en Colombie à tel point qu'il est devenu le type de cinéma qui a le plus développé l'industrie nationale dans ces dernières décennies. Dans ce contexte, la France est devenue le coproducteur par excellence de toute une nouvelle génération de réalisateurs colombiens intéressée par la production d'un cinéma artistique et divers. Dans cette communication nous nous intéressons donc au rôle joué par l'Hexagone dans le décollage de l'industrie cinématographique colombienne entre les années 1998 et 2012. S'agit-il d'un processus émergeant d'"hégémonie culturelle" dans lequel, sous une optique universaliste, la France établit des alliances avec d'autres pays, dont la Colombie, pour préserver la diversité culturelle face aux logiques de la mondialisation et à la suprématie commerciale de Hollywood? Pour répondre à cette question, nous proposons d'analyser le discours des institutions et des acteurs sociaux qui ont participé au développement de l'industrie cinématographique colombienne et à la configuration des politiques culturelles en France et en Colombie centrées sur la diversité culturelle.

Gloria Pineda-Moncada est doctorante en sciences de l'information et de la communication à l'université Toulouse III - Paul Sabatier au sein du laboratoire LERASS et titulaire d'un Master en Études cinématographiques de l'université Paris Diderot - Paris 7. Depuis 2015, ses travaux, et notamment sa thèse, portent sur la coproduction cinématographique entre la France et la Colombie et les relations de pouvoir que sous-entend cette pratique. Auteure de l'ouvrage Cinéma politique colombien : les formes de représentation d'une idéologie de dissidence (1966-1976) ainsi que d'autres articles scientifiques concernant le cinéma d'auteur colombien contemporain.

Amanda RUEDA : Cinémas transnationaux d'Amérique latine : entre rapports asymétriques et tentatives discursives décoloniales
La fiction cinématographique contemporaine en Amérique latine interroge fortement les processus de création à l'œuvre dans le circuit festivalier international et qui sont associés à l'émergence d'une territorialité transnationale. Les dynamiques de production et de circulation de ces films dessinent une situation interculturelle complexe traversée par le principe de défense de la diversité culturelle, prégnant aussi bien dans le discours des responsables des festivals que dans celui des institutions publiques et des producteurs. À partir de la notion de cosmopolitique proposée par Ulrick Beck, nous tentons d'appréhender la complexité d'une expérience de l'entre-deux des cinéastes en termes de la promotion de leurs ressources dans le cadre d'une opération qui pourrait être qualifiée de "décoloniale".

Amanda Rueda est MCF en Sciences de l'information et de la communication à l'université Toulouse 2 Jean Jaurès.
Derniéres publications
L'Amérique latine en France. Festivals de cinéma et territoires imaginaires, PUM, 2018.
"Plataformas profesionales de festivales. Nuevas condiciones de la internationalización de los cines de América Latina", Archivos de la filmoteca, n°77, octobre 2019, p. 71-91.
"Festival et marché : le rôle du festival Cinélatino de Toulouse dans l'industrie du "cinéma d'auteur"", Entrelacs [En ligne], 2018.

Ignacio SÁNCHEZ PRADO : Les limites du transnationalisme. Le cinéma mexicain et la division du travail cinématographique
Le transnationalisme a émergé de facto comme un modèle de production et de circulation qui décentre les cinémas latinoaméricains de leur propre territorialité, favorisant ainsi des structures globales de production et circulation. Cette communication questionne les conséquences esthétiques et culturelles de ce phénomène sur les cinémas nationaux. Malgré l'évidente qualité du cinéma transnational contemporain, un grand nombre de ces modèles impliquent le prélèvement de ressources culturelles, techniques et économiques des productions cinématographiques nationales fortement financées par de l'argent public au bénéfice d'organismes transnationaux. Ma réflexion s’appuiera en particulier sur le cinéma mexicain contemporain.

Ignacio SÁNCHEZ PRADO : Los límites del transnacionalismo. El cine mexicano y la división del trabajo cinematográfico
El transnacionalismo ha emergido de facto como un modelo de producción y circulación que descentra a los cines latinoamericanos de su territorialización latinoamericana, permitiendo estructuras globales de producción y circulación. Esta ponencia plantea una reflexión sobre las consecuencias estéticas y culturales sobre los cines nacionales. A pesar de la indudable calidad del cine transnacional contemporáneo, muchos de estos modelos implican la extracción de recursos culturales, técnicos y económicos de cinematografías nacionales fuertemente financiadas con dinero público para el beneficio de corporaciones transnacionales. La ponencia utilizará en particular al cine mejicano contemporáneo para esta reflexión.

Christilla VASSEROT : Dramaturgies nomades
Le théâtre n'a pas attendu la pandémie et la fermeture des salles de spectacle pour s'approprier des espaces de jeu non conventionnels. Après s'être émancipées du texte, du moins partiellement, certaines dramaturgies contemporaines sont également parties en quête de nouvelles scènes. Ce théâtre se loge désormais ailleurs que dans le livre, la salle de théâtre, la rue, etc. et l'on voit se développer des écritures en transformation, en fonction des lieux et des conditions de représentation, des festivals, des programmations, mais aussi des nouveaux modes de diffusion (les réseaux sociaux, par exemple). Ces textes qui évoluent au fil de leur circulation interrogent également l'acte même de traduire.

Christilla Vasserot est maître de conférences à l'université Sorbonne Nouvelle. Elle a consacré une grande partie de ses recherches au théâtre latino-américain contemporain. Elle traduit du théâtre, des romans et des bandes dessinées, d'auteurs espagnols et latino-américains. Elle a codirigé avec Denise Laroutis l'anthologie Nouvelles écritures théâtrales d'Amérique latine. 30 auteurs sur un plateau, Éditions Théâtrales, Série "Les Cahiers de la Maison Antoine Vitez", 2012 (présentation).

Ana VIÑUELA : Les exportateurs français, acteurs de la globalisation du cinéma d'Amérique Latine
Les vendeurs internationaux constituent une catégorie d'intermédiaires culturels peu étudiée, malgré leur rôle clé dans le processus d'internationalisation d'auteurs et de cinématographies nationales d'Amérique Latine. Dans cette communication je m'attacherai à analyser les logiques professionnelles qui structurent l'activité des exportateurs français dont les catalogues incluent des œuvres de cinéastes étrangers, et les stratégies de ces acteurs pour transformer le capital symbolique d'un film, généré principalement autour des festivals, en bien marchand soumis aux règles du marché. J'examinerai ensuite la transformation du modèle économique de l'exportation du cinéma indépendant qui a favorisé la diversité culturelle dans l'industrie cinématographique. Ce modèle, basé sur la vente de droits à des distributeurs dans de multiples territoires, est aujourd'hui ébranlé par le rétrécissement du marché de la salle et le déplacement de la consommation vers les plateformes numériques, introduisant de nouveaux questionnements et enjeux concernant la diversité et la visibilité du cinéma d'auteur latino-américain dans le contexte de la globalisation.

Ana Viñuela est maitresse de conférences en économie du cinéma et de l'audiovisuel à l'université Sorbonne Nouvelle, et membre de l'Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel (IRCAV). Ses recherches portent sur la coproduction et la circulation internationale du cinéma d'auteur, les transformations des industries et des marchés audiovisuels et les politiques publiques qui régulent ces secteurs. En 2007, elle a participé à la création de l'École supérieure de l'audiovisuel de l'INA (Institut national de l'audiovisuel), dont elle a été directrice des études jusqu'en 2012. Auparavant, elle a été responsable des projets d'un fonds d'investissement dans l'industrie audiovisuelle et a dirigé plusieurs initiatives de formation de professionnels du cinéma et de la télévision dans le cadre du programme MEDIA de l'Union européenne.

Ana VIÑUELA : Los exportadores franceses, actores de la globalización del cine de América Latina
Los vendedores internacionales constituyen una categoría de intermediarios culturales poco estudiada, cuya contribución es sin embargo clave para entender el proceso de internacionalización de autores y de cinematografías nacionales de América Latina. En esta comunicación analizaré las lógicas profesionales que estructuran la actividad de los exportadores franceses cuyos catálogos incluyen obras de cineastas extranjeros y las estrategias de estos actores para convertir el capital simbólico de una película, que se genera principalmente en torno a los festivales, en un bien comercial sujeto a las leyes del mercado. A continuación, examinaré la transformación del modelo económico de la exportación de cine independiente que ha favorecido la diversidad cultural en la industria cinematográfica. Este modelo, basado en la venta de derechos a distribuidores en múltiples territorios, se ve alterado en la actualidad por la contracción del mercado de la distribución en las salas y el desplazamiento del consumo hacia las plataformas digitales, lo cual genera nuevos interrogantes y desafíos en relación a la diversidad y la visibilidad del cine de autor latinoamericano en el contexto de la globalización.

Ana Viñuela es profesora titular de economía del cine y del audiovisual en la Universidad Sorbonne Nouvelle y miembro del IRCAV (Institut de Recherche sur le cinéma et l'audiovisuel). Su actividad investigadora se centra actualmente en la coproducción y la circulación internacional de cine de autor, las transformaciones de las industrias y los mercados audiovisuales y las políticas publicas que regulan estos ámbitos. En 2007 participó en la creación de la Escuela superior del audiovisual del INA (Institut national de l'audiovisuel), de la que fue directora de estudios hasta 2012. Con anterioridad, ha sido responsable de proyectos de un fondo europeo de inversiones en la industria audiovisual y ha dirigido diversas iniciativas de formación de profesionales del cine y la televisión dentro del programa MEDIA de la Unión Europea.


Littérature et cinéma : chemins de traverse entre la France et l'Amérique Latine, table ronde avec Nancy BERTHIER, María LYNCH, Carmen PINILLA et Gustavo RONDÓN
Cette table ronde a pour objectif de proposer une réflexion sur les relations entre la France et l'Amérique latine du point de vue de la diversité culturelle et de ses acteurs, en interrogeant en particulier les dynamiques d'échanges, mais aussi de négociations et de tensions que de telles circulations, parfois perçues comme asymétriques, peuvent engendrer.
Il s'agira ici d'évoquer les modalités de production et de circulation transatlantiques des œuvres, par le biais de récits d'expériences vivantes de professionnels du cinéma et de la littérature, les ouvertures qu'elles rendent possibles, mais aussi leurs effets d'éviction.


Livres, traductions, traducteurs : expériences vécues, table ronde avec Stéphanie DECANTE, Florence OLIVIER, Michel RIAUDEL et Christilla VASSEROT
L'objectif de cette table ronde est de confronter plusieurs expériences de traductrices et traducteurs de littérature latino-américaine : la façon dont ils/elles travaillent, s'approprient le texte à traduire, les techniques auxquelles ils/elles recourent, la manière dont ils/elles résolvent les dilemmes entre contrainte et liberté, entre fidélité et invention…
Au-delà des enjeux propres à la traductologie, il sera intéressant, puisque seront présents au colloque un certain nombre de représentants du monde de l'édition, d'aborder également des enjeux plus larges : les questions non anodines de circulation, de médiation, de diffusion et de réception des œuvres, entendues comme outils d'interculturalité.


Médiations et médiateurs littéraires entre la France et l'Amérique Latine, table ronde avec Dana BURLAC, Leonora DJAMENT, Jorge FORNET et Diego LORENZO
L'objectif de cette table ronde est de confronter les expériences de deux éditrices, d'un critique littéraire et organisateur d'un prix international et du responsable du programme argentin d'aide à la traduction. Ils échangeront sur les processus de choix, de circulation et de réception des œuvres latino-américaines en France et des œuvres d'expression française en Amérique latine. Comment choisit-on les livres argentins dont le programme SUR finance la traduction en France ? Quels sont les mécanismes qui rendent possible la traduction en espagnol des œuvres françaises en Argentine ? Quel est le regard d'un critique littéraire sur les prix destinés à la promotion des littératures franco-caribéennes à Cuba ? Comment les livres latino-américains sont-ils lus et évalués en France aujourd'hui ? Voici quelques questions auxquelles cette table ronde essaiera d'apporter une ou plusieurs réponses.

Jorge FORNET
Jorge Fornet est Docteur en littérature hispanique, il a occupé la chaire Miguel de Unamuno à l'université de Salamanque et a été professeur invité dans des universités au Mexique, au Chili, en France, en Italie et aux États-Unis. Il dirige le Prix littéraire Casa de las Américas à La Havane, ainsi que le magazine et le Centre de Recherche Littéraire de cette institution. Il est l'auteur d'une dizaine de livres sur la littérature et l'histoire intellectuelle en Amérique latine et est membre de l'Académie Cubaine de la Langue.

Jorge Fornet. Se licenció en Letras por la Universidad de La Habana y realizó la maestría y el doctorado en Literatura Hispánica en El Colegio de México. Dirige en La Habana el Centro de Investigaciones Literarias de la Casa de las Américas y la revista Casa de las Américas. Es miembro de número de la Academia Cubana de la Lengua. Obtuvo una beca de investigación del Latin American Studies Center de la Universidad de Maryland, y ocupó la Cátedra Miguel de Unamuno de la Universidad de Salamanca. Ha sido profesor visitante en universidades de México, Chile, Francia, Italia y los Estados Unidos. Es autor de una decena de libros entre los que se encuentran El escritor y la tradición ; en torno a la poética de Ricardo Piglia (2005), ¿Para qué sirven los jarrones del Palacio de Invierno? (2006), Los nuevos paradigmas. Prólogo narrativo al siglo XXI (2006, Premio Alejo Carpentier de ensayo y Premio de la Crítica), El 71 : anatomía de una crisis (2013, Premio de la Crítica) y Salvar el fuego. Notas sobre la nueva narrativa latinoamericana (2016).


BIBLIOGRAPHIE :

• Françoise Benhamou, Les Dérèglements de l'exception culturelle, 2006.
• Richard E. Caves, Creative Industries : Contracts between Art and Commerce, 2002.
• Stephanie Dennison, Remapping World Cinema, 2006.
• Jean-Michel Djian, Politique culturelle : la fin d'un mythe, 2005.
• Nataša Durovicová & Kathleen E. Newman, World Cinemas. Transnational Perspectives, 2010.
• Thomas Elseasser, European Cinema. Face to Face with Hollywood, 2005.
• Joëlle Farchy, La Fin de l'exception culturelle, 1999.
• Xavier Greffe, La Création de la diversité au miroir des industries culturelles, 2006.
• Stefan Helgesson & Pieter Vermeulen, Institutions of World Literature : Writing, Translation, Markets, 2016.
• William Marling, Gatekeepers, the emergence of World Literature, 2016.
• Gesine Mueller, Jorge Locane & Benjamin Loy, Mapping World Literature : Writing, Book Markets and Epistemologies between Latin America and the Global South, 2018.
• Lucia Nagib & Chris Perriam, Theorizing World Cinema, 2012.
• Serge Regourd, L'Exception culturelle, 2002.
• Miriam Ross, South American Cinematic Culture. Policy, Production, Distribution and Exhibition, 2010.
• Deborah Shaw, Contemporary Latin American Cinema. Breaking into the Global Market, 2007.


SOUTIENS :

• Institut universitaire de France (IUF)
Institut des Amériques
CY Initiative [CY Cergy Paris Université]
• UMR 9022 - HÉRITAGES. Culture(s), Patrimoine(s), Création(s) [CY Cergy Paris Université]