Foyer de création et d'échanges 2020


Une formule unique
proposant aux écrivains, artistes et chercheurs
qui œuvrent à un projet personnel,
de prendre le temps de "penser avec ensemble".


UN ART DU (DÉ)CONFINEMENT ?

Thématique de réflexion collective proposée par
Sylvain Allemand (journaliste-essayiste, secrétaire général de l'AAPC)


DU LUNDI 13 JUILLET AU MARDI 28 JUILLET 2020

[ foyer de 15 jours ]


BILAN

L'EXPÉRIENCE DU FOYER DE CRÉATION ET D’ÉCHANGES
Léa Lucas

Nous avions une certaine idée de la manière dont ce Foyer pourrait se dérouler en proposant pour thématique commune "L'art du (dé)confinement". Il n'a pas exactement pris la direction que nous avions imaginée: les personnes se sont bien appropriées cette thématique, pas forcément en réfléchissant à l'idée de confinement, mais plutôt en expérimentant une nouvelle forme de sociabilité et une réappropriation des lieux avec ce nouveau confinement au château. Pour le personnel du Centre aussi, il a fallu faire preuve d'une certaine adaptation : le foyer était le premier à tester les dispositifs mis en place dans le contexte sanitaire que nous connaissons. En acceptant de prendre part à cette expérience, chacun a fait preuve de créativité, de disponibilité et d'adaptation.

"Programmer sans programmer"
Ne pas avoir d'attentes au sens de ne pas avoir programmé en amont les activités du Foyer nous a en effet permis d'être disponibles aux besoins et aux envies de tous et de permettre à l'imprévu d'advenir. Cela ne signifie pas que l'on n'ait pas fait preuve d'une certaine exigence. Au contraire, les activités du Foyer ont été d'autant plus enrichissantes qu'elles étaient proposées par les participants eux-mêmes selon des modalités qui leur semblaient mieux correspondre à celles-ci : chacun a pu intervenir quand et où il en a ressenti le souhait voire la nécessité, se sentant suffisamment intégré au groupe pour pouvoir partager ce qui relevait parfois de l'intime, ayant pris le temps de penser sa proposition, de la laisser évoluer au fil des jours. Cette auto-organisation du Foyer par ses participants nécessite la présence de référents attentifs afin de recueillir ces propositions et de les diffuser au groupe.

Une nouvelle forme de sociabilité intellectuelle
Pour certains, la dynamique de groupe était si puissante qu'il en devenait difficile de se consacrer à leurs travaux personnels. Nous avons expérimenté une nouvelle forme de sociabilité intellectuelle : pas de conférences, mais plutôt des ateliers et des temps participatifs. Cela semble avoir favorisé un sentiment d'appartenance au groupe et d'ouverture dans les échanges: pas de contributeur, pas d'auditeur, ou plutôt tous contributeurs et auditeurs. On a assisté à de belles participations aux projets individuels de certains (aux thèses d'Adèle et d'Adrien, aux travaux d'Alain et Philip sur la coopération…). Parallèlement à des échanges sur le contenu des travaux, d'autres ont partagé méthodes et conseils de travail. Le brassage des disciplines, des âges, des parcours était très large; la dynamique de groupe n'en a été que meilleure.

Profiter de l'esprit du lieu
Pendant ce Foyer, on a profité de lieux parfois peu utilisés pendant les colloques — tendance renforcée par les mesures sanitaires, puisque peu de personnes pouvaient se tenir en même temps dans une même pièce : des échauffements corporels devant l'étang ou dans le potager, un concert de jazz au Salon, une discussion à l'Orangerie… Chacun a pris le temps de se réapproprier les espaces du Château et de son Parc. On a pleinement ressenti l'esprit du lieu, qui a amplifié la résonance entre les personnes qui l'ont partagé. Le confinement n'était pour autant pas imposé : on pouvait au contraire y échapper, par un échange avec une personne extérieure au Foyer lors de la visioconférence avec Yves Citton ou encore par les visites dans le département proposées par Axel.

Le Foyer, nouveau confinement, nouvelle exploration, nous a surpris par une dynamique de groupe assez impressionnante entre des personnes venues de prime abord travailler leurs projets personnels. Cette première expérience résonne pleinement avec la raison d'être de l'association, "qui a pour but de favoriser les valeurs intellectuelles et artistiques et de développer les échanges entre intellectuels et artistes de tous pays". Les échanges qui ont eu lieu à Cerisy ces derniers jours ont en effet été riches, peut-être amplifiés par l'absence de toute obligation, la pleine liberté qui était offerte. Des amitiés s'y sont créées ou renforcées, des projets intellectuels s'y sont poursuivis voire y sont nés — notamment celui d'un nouveau foyer autour du rêve en 2021…