Publication 2026 : un des ouvrages


Exposition de la littérature. Enjeux, pratiques et Histoire

EXPOSITION DE LA LITTÉRATURE

ENJEUX, PRATIQUES ET HISTOIRE


David MARTENS, Isabelle ROUSSEL-GILLET (dir.)


L'on pense souvent que la littérature n'est qu'une affaire de livres, et qu'elle s'expose mal, parce qu'elle ne serait qu'écriture. Deux idées reçues que dément le nombre considérable d'expositions organisées chaque année au sujet des arts littéraires. Depuis la fin du XIXe siècle, la littérature fait l'objet d'expositions de plus en plus nombreuses et variées dans leurs formes, qu'il s'agisse de mettre en valeur de grands auteurs, des mouvements littéraires, des œuvres ou d'investir l'exposition comme espace de création à part entière. Réunissant professionnels de l'exposition et chercheurs, ce livre très illustré est le premier à en éclairer à cette échelle l'histoire et la diversité d'enjeux grâce à des études ponctuant des témoignages de professionnels.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°705]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Rennes

Collection : Interférences

ISBN : 979-10-413-0332-8

Nombre de pages : 516 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 30 €

Année d'édition : 2026

Publication 2026 : un des ouvrages


La pacification dans les mondes normands médiévaux

LA PACIFICATION DANS LES MONDES NORMANDS MÉDIÉVAUX

CONQUÉRIR, SOUMETTRE, GOUVERNER


Pierre BAUDUIN, Simon LEBOUTEILLER, Annick PETERS-CUSTOT (dir.)


Comment passe-t-on de la conquête à la paix, de la violence militaire à la construction d'un nouvel ordre politique ? C'est cette transition incertaine que questionne le titre du livre, en s'intéressant aux mondes normands médiévaux, du monde viking à la Normandie, de l'Angleterre au royaume de Sicile, entre le IXe et le XIIe siècle. Cet ouvrage collectif explore la notion de "pacification", fortement chargée d'échos historiographiques contemporains, et interroge sa pertinence pour le Moyen Âge. Les contributions examinent les mécanismes qui permettent d'apaiser ou de contenir la violence : ralliements, médiations, légitimations idéologiques, structures juridiques et politiques, logiques de contrôle militaire et économique. À la croisée des approches politiques, sociales et culturelles, le volume met en lumière les dynamiques d'intégration et les réseaux d’acteurs qui transforment d'anciens ennemis en partenaires.
Issu d'un Colloque de Cerisy, ce livre propose une réflexion comparatiste originale sur la conquête et ses suites, entre guerre et paix.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°704]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Caen

Collection : Symposia

ISBN : 978-2-38185-289-8

Nombre de pages : 340 p.

Prix public : 18 €

Année d'édition : 2026

Publication 2026 : un des ouvrages


Barbey d'Aurevilly à Cerisy - Réédition

RÉÉDITION


BARBEY D'AUREVILLY À CERISY

L'ENSORCELÉE, UNE HISTOIRE SANS NOM,
CE QUI NE MEURT PAS, UNE PAGE D'HISTOIRE


Actes des colloques (1980-1985) dirigés par Joël DUPONT

Édition préfacée, revue et corrigée par Pierre GLAUDES et Francesca GUGLIELMI


Cet ouvrage réunit les actes de trois colloques qui eurent lieu au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, entre 1980 et 1985. Consacré à Barbey d'Aurevilly, ce cycle de rencontres rassemblant des étudiants, des universitaires, des chercheurs indépendants de tous horizons et des lecteurs chevronnés de l'écrivain normand, a contribué au renouvellement de la lecture de son œuvre, qui avait longtemps semblé, selon une opinion courante, ne devoir intéresser que des catholiques et des monarchistes nostalgiques du monde représenté par le "Connétable des lettres". Ces trois colloques, qui témoignent d'un moment fécond des études aurevilliennes étaient depuis longtemps difficiles à se procurer. Ils sont désormais à nouveau disponibles.


Ouvrage issu de trois colloques de Cerisy :
Barbey d’Aurevilly et L’Ensorcelée (1980)
Lecture et relecture de Barbey d'Aurevilly. Autour d'Une histoire sans nom (1982)
Barbey d’Aurevilly (autour de Ce qui ne meurt pas) (1985)
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°703]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Classiques Garnier

Collection : Colloques de Cerisy - Littérature, n°14

ISBN : 978-2-406-18879-7

Nombre de pages : 416 p.

Prix public : 39,00 €

Année d'édition : 2026

ÉDITION D'ORIGINE - AUTOUR DE L'ENSORCELÉE

Autour de L'EnsorceléeAutour de L'Ensorcelée

Éditeur : Revue du département de la Manche - Tome 23, Fasc. 89, 90

Nombre de pages : xxx p.

Année d'édition : 1981

Non disponible à Cerisy auprès du CCIC [n°68]

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ÉDITION D'ORIGINE - AUTOUR D'UNE HISTOIRE SANS NOM DE BARBEY D'AUREVILLY

Autour d'Une histoire sans nom de Barbey d'AurevillyAutour d'Une histoire sans nom de Barbey d'Aurevilly

Éditeur : Annales de Normandie - 34e année - n°3

Nombre de pages : xxx p.

Année d'édition : 1984

Non disponible à Cerisy auprès du CCIC [n°87bis]

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ÉDITION D'ORIGINE - BARBEY D'AUREVILLY. CE QUI NE MEURT PAS. UNE PAGE D'HISTOIRE

Barbey d'Aurevilly. Ce qui ne meurt pas. Une page d'histoireBarbey d'Aurevilly. Ce qui ne meurt pas. Une page d'histoire

Éditeur : Les Cahiers de l'O.D.A.C. de la Manche - n°2

Nombre de pages : 136 p.

Année d'édition : 1986

Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°104]

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Publication associée


Témoignage

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"TRAVERSÉE D'UN JEUNE PHILOSOPHE CERISYEN"

RENCONTRE AVEC WILLIAM FALTOT


L'assemblée générale des Amis de Pontigny-Cerisy s'est tenue le 2 avril 2026 sous une forme renouvelée et remarquablement accueillie par l'Institut pour la Recherche | Groupe Caisse des Dépôts. Après le volet statutaire et avant la présentation des activités de la saison 2026, un moment a été consacré à LA VIE DE L'ASSOCIATION, trois amis de Cerisy ont témoigné des traits marquants de leurs séjours à Cerisy : pour Frédérique Sainct (remarquable auditrice avec son mari Hervé, récemment disparu) et Sandra Travers de Faultrier (d'abord auditrice, puis contributrice, enfin directrice d'une superbe rencontre en 2024 intitulé Là où se déploie le monde… Droit et littérature : formes et sens à même l'histoire), leurs premières venues étaient très anciennes ; pour le jeune William Faltot, 2025 était sa première année tout d'abord comme auditeur (colloque autour de François Jullien), puis stagiaire dans l'équipe de Cerisy (colloque autour de Jocelyn Benoist) et enfin comme intervenant (colloque autour de Hartmut Rosa).

 

Hartmut Rosa, William Faltot


Bonsoir à toutes et à tous. Merci de me permettre de partager ce soir avec vous mon expérience. Contrairement aux deux intervenantes précédentes, je n'ai pas encore quarante ans de Cerisy derrière moi, mais je compte bien y passer à Cerisy les quarante étés prochains ! Personnellement, j'ai découvert Cerisy très récemment, l'été dernier. J'avais alors 18 ans.

Je m'appelle William Faltot et je suis étudiant en deuxième année de licence de philosophie à l'Université Paris-1 Panthéon Sorbonne. J'ai d'abord découvert Cerisy en qualité de participant avant d'y revenir en tant que stagiaire, ce qui m'a permis de vivre les colloques de deux points de vue différents.

J'ai passé une bonne partie de ma première année à lire François Jullien, principalement en qualité de commentateur de la philosophie chinoise à laquelle je voulais m'initier. C'est par un heureux hasard que j'ai découvert Cerisy : j'ai consulté la page LinkedIn de François Jullien et j'ai vu qu'on organisait le colloque De la dé-coïncidence à la "vraie vie". Rouvrir des possibles avec François Jullien dans ce lieu dont je n'avais pas entendu parler jusqu'alors. Je me suis rendu sur le site Internet de Cerisy et, après en avoir discuté avec mes parents, j'ai décidé de m'inscrire et de partir en Normandie !

J'avais surtout lu François Jullien en tant que sinologue ; à Cerisy, je l'ai découvert en tant que philosophe contemporain avec la nouvelle dimension de sa pensée du vivre. Cela m'a permis de comprendre un aspect plus général sur Cerisy. Jusqu'ici, je ne lisais principalement que des auteurs antiques datant d'il y a plusieurs siècles. À Cerisy, j'ai eu ma première rencontre avec la pensée contemporaine : je me suis non seulement rendu compte qu'il restait encore à penser de nos jours — en rencontrant cette pensée en train de se faire — mais j'ai aussi réalisé que je pouvais m'y impliquer, la questionner, voire peut-être y apporter un jour ma part ! Dans ce cadre insolite, j'ai rapidement vu une dynamique se construire avec les autres participants. Nous avions la chance de partager une passion commune, nous pouvions échanger nos réflexions quant à la philosophie de François Jullien. Là-bas, j'ai vécu une réelle stimulation intellectuelle continue pendant toute une semaine : nous continuions les débats à la suite des conférences pendant les repas, ou parfois jusqu'à tard le soir, jusqu'à une ou deux heures du matin.

Le deuxième soir du colloque, je me suis rendu à l'est@minet. Je voulais comprendre l'histoire du lieu et j'ai pu feuilleter les actes de colloques qui avaient fait son histoire. Là-bas, j'ai décidé de coucher sur le papier toutes les questions qui m'avaient traversé l'esprit au cours de l'année précédente et que je voulais poser à François Jullien. J'espérais pouvoir m'adresser à lui à un moment de la semaine. Par chance, le lendemain même, celui-ci proposa de donner la parole aux participants sur une soirée où rien n'était prévu. Lorsque mon tour fût venu, mes interrogations ont pris la forme d'une interview improvisée que j'ai fini par publier au sein d'une revue étudiante quelques mois plus tard. Dans ce texte, je cherchais à m'essayer à la pratique de sa démarche philosophique : le vis-à-vis, qui met en regard deux points de vue ou deux cultures sans les comparer. J'ai donc cherché à établir un vis-à-vis entre la pensée de François Jullien et celle d'un philosophe japonais Nishida Kitaro.

J'ai fini par rencontrer l'équipe de Cerisy : Frédéric, Fabienne, les stagiaires d'alors : Violette et Sheun, ainsi qu'Edith. Ce qui m'a vraiment impressionné chez elle, c'était qu'un colloque comme celui que je vivais cette semaine-là — qui me nourrissait intellectuellement, qui était pour moi de l'ordre de l'extraordinaire — faisait partie de son quotidien. Qu'elle vivait des événements pareils depuis des années et qu'elle avait assisté à bon nombre de conférences : ce devait être un puits de savoir !

Suite à un désistement, elle m'a proposé de venir les aider comme stagiaire à la fin de la saison. Je me suis rapproché de Violette et de Sheun avec lesquelles je me suis très bien entendu et celles-ci ont commencé à me former à mon futur rôle de stagiaire. De plus, elles ont créé un magnifique manuel : le Guide du Stagiaire qui a été un repère pendant tout mon stage. Je les en remercie, merci également à Edith qui m'a permis de revenir assister à d'autres colloques grâce à ce stage.

Une fois le premier colloque terminé, je me suis débrouillé pour trouver une convention de stage en juillet et j'ai fini par revenir en août pour trois nouveaux colloques : j'étais ravi ! Le premier colloque m'a ouvert à un sujet que je ne connaissais guère : la poésie d'Habib Tengour. Pendant ce temps, j'apprenais mon rôle de stagiaire : l'organisation des bibliothèques éphémères, l'aide que j'apportais aux membres du bureau, l’écriture du programme de la journée sur le tableau blanc, etc. Pendant ce colloque, j'ai préparé — comme je l'avais fait avec une partie de l'œuvre de François Jullien — le colloque Jocelyn Benoist. Lorsque j'avais fini mon travail de stagiaire, les membres du bureau me laissaient assister aux conférences et lire. Je me suis même essayé au rôle de secrétaire technique l'espace d'une semaine !

S'il faut retenir quelque chose de Cerisy : c'est que ce n'est pas un château pour rien. Il n'a pas de murailles ou de douves intégrales, mais si c'est un château, c'est parce que c'est un refuge. Cerisy nous nourrit : il soigne aussi bien l'intellect, que le cœur. Pendant ce colloque, j'ai également préparé le suivant qui portait sur l'œuvre d'Hartmut Rosa. Pour ce faire, j'ai lu certains de ses livres et j'ai travaillé avec Edith sur une nouvelle notion qu'il développait alors, l'énergie sociale. Si nous menions l'enquête sur ce sujet, c'était en vue d'une table ronde que nous souhaitions proposée en 2026 au colloque Où sont passées nos énergies ?.

Suivant l'exemple de Jean-Paul Gaillard, j'ai voulu prolonger le débat sur l'énergie sociale en organisant un "cyclo" dans le salon des boiseries. Hartmut Rosa a gentiment accepté d'y prendre part et nous avons discuté, avec d'autres participants, de la manière avec laquelle l'énergie sociale serait susceptible de transformer notre société actuelle. L'événement s'est très bien déroulé et donna lieu à plus de quarante minutes de débat supplémentaire. Suite à cette discussion, Corine Pelluchon, directrice du colloque, m'a gentiment proposé de participer à la table ronde des doctorants le dernier jour alors que je n'étais encore qu'en licence pour faire mon rapport d'étonnement sur cette semaine d'échanges passionnants. Je l'en remercie.

C'est sur cette note fantastique que s'est achevé mon stage à Cerisy : j'allais parler dans cette bibliothèque légendaire qui avait accueilli des grands philosophes et des grands auteurs ! J'étais honoré. S'est terminé ainsi ce que j'ai qualifié de "troisième semestre cerisyen", moment que j'espère revivre l'été prochain lors d'un nouveau stage d'une durée de deux mois.

J'ai donc eu la chance de découvrir Cerisy sous plusieurs aspects : de participants je suis devenu stagiaire. Je voulais aider à l'élaboration de cette magie que j'avais vécu en tant que participant. J'étais content de pouvoir y apporter ma part. Et depuis mon rôle de stagiaire, j'ai fini par pouvoir formuler ma pensée sur celles des auteurs que je lisais, c'était un rêve !

De Cerisy, je ne garde donc que du positif : des beaux souvenirs, de belles rencontres. Et tout ce que j'attends, c'est de pouvoir y retourner. Je suis heureux d'avoir découvert ce lieu l'été dernier, et je suis heureux d'avoir découvert l'assemblée générale de l'association aujourd'hui.

Merci beaucoup de m'avoir permis de vous partager mon expérience ce soir, c'était très précieux pour moi.

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"RENCONTRE"

RENCONTRE AVEC SANDRA TRAVERS DE FAULTRIER


L'assemblée générale des Amis de Pontigny-Cerisy s'est tenue le 2 avril 2026 sous une forme renouvelée et remarquablement accueillie par l'Institut pour la Recherche | Groupe Caisse des Dépôts. Après le volet statutaire et avant la présentation des activités de la saison 2026, un moment a été consacré à LA VIE DE L'ASSOCIATION, trois amis de Cerisy ont témoigné des traits marquants de leurs séjours à Cerisy : pour Frédérique Sainct (remarquable auditrice avec son mari Hervé, récemment disparu) et Sandra Travers de Faultrier (d'abord auditrice, puis contributrice, enfin directrice d'une superbe rencontre en 2024 intitulé Là où se déploie le monde… Droit et littérature : formes et sens à même l'histoire), leurs premières venues étaient très anciennes ; pour le jeune William Faltot, 2025 était sa première année tout d'abord comme auditeur (colloque autour de François Jullien), puis stagiaire dans l'équipe de Cerisy (colloque autour de Jocelyn Benoist) et enfin comme intervenant (colloque autour de Hartmut Rosa).

Yves-Edouard Le Bos, Sandra Travers de Faultrier,
Marco Antônio Sousa Alves


Parce que c'est un honneur, et je remercie Edith Heurgon pour son invitation, parce que ce sont 37 étés (une fois un automne) de ma vie, je suis émue aujourd'hui de témoigner devant vous, c'est-à-dire de tenter de dire Cerisy alors que ce nom est un monde. Ma parole n'aura rien d'une parole judicative, n'aura aucune prétention à soumettre les mots à l'emprise de la correspondance avec ce qui s'appellerait le réel. Il s'agira, très subjectivement, de dire autrement un quelque chose qui m'accompagne. Le mot RENCONTRE en sera le motif.

I - Cerisy relève pour moi de la rencontre amoureuse ; de celles qui donnent le sentiment de reconnaître ou d'avoir toujours connu, alors même qu'il n'existe aucune antériorité ; de celles qui, parce qu'elles décentrent rassemblent. Une rencontre continuée (François Jullien) parce qu'elle ne s'enlise pas, ne s'installe pas, a toujours à advenir ; se déploie à même le Vivre.

Si l'objectivation est possible (un château normand à flanc de colline au cœur d'une campagne verdoyante, un abri pour la pensée exigeante mais en liberté — sans le scientisme de l'expertise ou la religiosité d'une inféodation —, une demeure familiale qui, en se transmettant, lie passé et présent dans un même élan vital), elle ne saurait épuiser l'éprouvé qui la déborde.

Bien sûr découvrir Cerisy, c'est comme découvrir Rome pour des générations de voyageurs : Gide, par exemple, évoque la difficulté de se dépouiller des souvenirs de lecture de Goethe visitant Rome (L'Immoraliste). Mais, à Cerisy, rien ne sert de "brûler tous les livres" (Les Nourritures terrestres) qui dialoguent en soi. Car si le nouvel arrivant ne peut faire l'économie de ses connaissances livresques préalables (les 10/18 par exemple), il ne peut ignorer l'histoire littéraire et philosophique qui, depuis plus d'un siècle s'élabore à la lumière de ce projet un peu fou et si nécessaire, ne peut échapper aux photographies qui peuplent salles et couloirs et qui sont autant de faits et de représentations qui pourraient faire obstacle à un regard lavé de tout repère, très vite, presque instantanément même, cette connaissance actualisée dans le présent de l'arrivée se révèle discrètement accompagnatrice. Sans présence oppressive, sans hantise. Le passé ne relève pas de l'encryptage.

Lieu de pensée vivante, Cerisy est le temps d'un corps à corps avec ce qui nous traverse, avec ce qui nous lie, avec la résonance de plus grand que soi (cette pensée liante qui n'en finit pas de vivre de la faim de ceux qui s'y livrent).

II - Si témoigner passe par la présence renouvelée et endurante (j'ai connu les vraies décades, puis celles de huit jours, aujourd'hui les six jours), témoigner c'est aussi tenter de tracer la figure d'une vérité expérientielle : celle de la rencontre avec laquelle elle se confond. Rencontre avec des pensées autres (je suis d'abord juriste — de formation et professionnellement — avant d'être, plus tard, docteure es lettres et me suis toujours retrouvée seule juriste), que l'altérité soit disciplinaire, temporelle ou générique, que celle-ci naisse des communications ou des conversations ; rencontre avec ce qui n'est pas de son domaine, rencontre avec ce qui n'est pas sa langue, rencontre avec celles et ceux qui, différents, partagent un même appel. Ainsi, les grammaires disciplinaires qui sont autant de formes formantes du réel deviennent voies de passages, et les paroles échangées comme autant de frôlements d'êtres sont apprivoisement de nouvelles résonances. Traversée et prise de chair des altérités qui s'ouvrent, se donnent, instruisent, la rencontre de l'autre, qu'il s'agisse des auteurs ou des commensaux, est bien une identité essentielle de Cerisy.

III - Rencontre avec l'autre, rencontre avec soi aussi. Auditrice de colloques, autrice de communications lors de colloques, directrice de colloque, j'ai, depuis l'été 1990 où j'ai découvert Cerisy grâce à un ami (à mon tour j'ai fait connaître Cerisy), éprouvé ce que veut dire advenir à soi sans référence à une essence première tout en ayant la certitude d'un "toujours déjà là" ; ce que veut dire apprendre ce que je voulais dire comme si une antériorité intime s'autorisait d'une puissance neuve (Claude Romano). Comme un accès à un biographique sans repère narratif le temps en ces lieux traversés de temps ouvre à un surcroît. Qui a pour nom la joie. Non celle des manuels de Développement personnel mais celle, exubérante, et "spacieuse" (J.L. Chrétien) de ce qui s'entête, s'affirme, résiste, advient comme un rendez-vous inattendu en réponse à un appel inaperçu. C'est, au plus intime de l'intime, une joie signée qui vient au-devant. Qui serait le plein midi du présent. Un présent qui ne vit que d'être adressé.

Espace-temps de retraite aussi, Cerisy permet une solitude sans expérience de l'esseulement. Parce que liée à une réalité donnante, celle de la parole parlante. Être soi se conjugue à un être-avec : livres, communications, conversations convoquant la présence réelle. Ainsi tout est lié. Le lever de jour si pâle qu'il en est rouge, le ciel déchiré d'oiseaux invisibles, l'humide odeur des buis en fin de journée, le parfum des roses muettes, l'énigme claire de la lune fidèle, ces bruits de cuisine au loin qui donnent l'heure, la fatigue bienveillante de la pensée en acte, tout convoque la contemplation féconde et fécondante à laquelle l'étymologie du mot pensée, à savoir Théorein, renvoie. Ainsi tout est lié. Par-delà et dans le respect de chacune, disciplines et langues définitionnelles concourent, malgré l'apparente concurrence de prismes mentaux, à dire le réel — Michelet, prononçant en 1825 son discours sur "l'unité de la science", affirmait que "la connaissance des faits isolés est stérile et souvent funeste. Celle des faits liés selon de véritables rapports est toute lumière, toute morale, toute religion. Les langues, la littérature et l'histoire, la physique, les mathématiques, la philosophie forment un système dont notre faiblesse considère successivement les diverses parties." (Jules Michelet cité par Gabriel Monod, La Vie et la pensée de Jules Michelet, Tome I, Honoré Champion, 1923, p. 107. Voir la 16ème leçon des Cours au collège de France, in Michelet, créateur de l'histoire de France, édition établie par Brigitte Mazon et Yann Potin, Vuibert, 2014, p. 245.). Comme tout semble tisser l'unité que l'on se sent être, comme tout semble permettre en chacun la capacité à s'autoriser en élucidant l'excédence appelante.

IV - Rencontre avec le présent en majesté (fait de tous les temps comme j'aime moi-même à vivre le temps au plus près de ses différends noms que sont passé, présent, futur). Parce que l'on se sent "à la maison" tout en étant traitée en invitée, parce que ce qui demeure (les rites : cloche, horaires, photos, soirée de présentation au grenier, omelette norvégienne…) ne s'impose pas comme un retour au connu mais se meut en partition d'un événement incorporel, Cerisy, à l'image de ses hôtes (propriétaires et personnel) est le lieu d'une Pensée hospitalière. Est le lieu, dès le premier soir, de ce qui a lieu. Qui n'est ni de l'ordre du discours, ni de l'ordre de la représentation. Qui articule, jour après jour, le dedans et le dehors rassemblés pour faire abri à ce qui appelle, à ce qui, dans l'immédiateté, est adresse à autrui.

Parler de Cerisy convoque un dire autrement pour que le dire ne soit pas clôture, pour que le dire déborde ce qu'il dit. Il ne s'agit pas de conquête mais d'accueil. Comme les amitiés précieuses qui s'y nouent et perdurent.

Cerisy, lieu et temps tout à la fois, a le don de la joie. Intellectuelle, relationnelle, spirituelle. Qui invite au partage et qui, telle une promesse tenue, se fait appel et réponse dans la vie où penser et rendre grâce (Denken et danken selon Heidegger) s'exigent mutuellement, puisant puissance et exigence à même la jouissance d'être de "l'esprit (en) travail" si semblable, selon Germaine de Staël, au "plaisir que trouve l'homme robuste dans l'exercice du corps proportionné à ses forces".

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"TRAVERSÉES CERISYENNE 1985-2025… ET LA SUITE !"

RENCONTRE AVEC FRÉDÉRIQUE SAINCT


L'assemblée générale des Amis de Pontigny-Cerisy s'est tenue le 2 avril 2026 sous une forme renouvelée et remarquablement accueillie par l'Institut pour la Recherche | Groupe Caisse des Dépôts. Après le volet statutaire et avant la présentation des activités de la saison 2026, un moment a été consacré à LA VIE DE L'ASSOCIATION, trois amis de Cerisy ont témoigné des traits marquants de leurs séjours à Cerisy : pour Frédérique Sainct (remarquable auditrice avec son mari Hervé, récemment disparu) et Sandra Travers de Faultrier (d'abord auditrice, puis contributrice, enfin directrice d'une superbe rencontre en 2024 intitulé Là où se déploie le monde… Droit et littérature : formes et sens à même l'histoire), leurs premières venues étaient très anciennes ; pour le jeune William Faltot, 2025 était sa première année tout d'abord comme auditeur (colloque autour de François Jullien), puis stagiaire dans l'équipe de Cerisy (colloque autour de Jocelyn Benoist) et enfin comme intervenant (colloque autour de Hartmut Rosa).

Anne Peyrou-Bas, Olivier Bas, Edith Heurgon,
Hervé Sainct, Frédérique Sainct


Très chère Edith, et vous tous passionnés de ce lieu improbable et magique,

Me voici donc invitée devant vous à évoquer ces quelques 40 années de fréquentation de Cerisy, dont 25 relativement actives.

C'est en effet en 1985 que mon mari Hervé a découvert le livre L'auto-organisation. De la physique au politique (Éditions du Seuil, 1983, réédité dans la collection "Cerisy / Archives", Hermann, 2022 - Actes du Colloque de Cerisy de 1981, dirigé par Paul Dumouchel et Jean-Pierre Dupuy), Cornélius Castoriadis, y participant parmi beaucoup d'autres personnalités. Cet ouvrage a éclairé notre compréhension du monde ! À l’époque, le monde scientifique était en ébullition après les livres de René Thom sur la "Théorie des catastrophes" (René Thom publie, en 1972, "Stabilité structurelle et morphogenèse", qui dessine une théorie des catastrophes. Un colloque lui est consacré à Cerisy en 1982 : Logos et théorie des catastrophes (à partir du travail de René Thom), sous la direction de Jean Petitot, en présence de René Thom, publié en 1988 aux Éditions Patino) et la notion de "bifurcation de comportement", puis sur celui d'Ilya Prigogine "La nouvelle alliance" (La nouvelle alliance. Métamorphose de la science, Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, Paris, Gallimard, 1979. Le colloque Temps et devenir. À partir de l'œuvre d'Ilya Prigogine s'est tenu en 1983 à Cerisy, sous la direction de Jean-Pierre Brans, Isabelle Stengers et Philippe Vincke, en présence d'Ilya Prigogine. Il a été publié en 1988 aux Éditions Patino, réédité dans la collection "Cerisy / Archives", Hermann, 2012) entre les sciences et les autres disciplines : politique, philosophie, arts… Le monde des mathématiques et de la philosophie se rejoignaient pour notre plus grand plaisir ! Hervé a toujours été un "passeur" entre les disciplines, les projets… Regardant l'éditeur, nous avons découvert ces simples mots "Colloque de Cerisy, 1981". Nous avons alors écrit pour savoir ce qu'il en était. Et depuis nous avons suivi, année après année, la programmation d'un lieu capable de produire un tel livre !

Notre première présence à Cerisy date de juin 1988, à la décade Épistémologie et symbolique de la communication. Ce fut 10 jours hors du temps, un envoûtement instantané ! Edith avait les cheveux long, Catherine de Gandillac était attentive à chacun de nous, on jouait au ping-pong au sous-sol, le chêne (tombé en 2016 sous l'effet d’une forte tempête…) trônait sur la pelouse de la terrasse nord, une chouette était installée au plafond de la grange, l'omelette norvégienne sonnait déjà la clôture prochaine du colloque.

La première soirée de présentation fut épique : nous étions assez différents des autres participants, avec notre culture technique et notre absence de contribution : il y avait peu d'auditeurs à ce colloque. La présentation de chacun, puis du château et de l'histoire des Amis de Pontigny-Cerisy nous fit forte impression… Qu'allait-il nous arriver ? Ce fut finalement assez facile d'écouter les communications et de participer aux conversations pendant les pauses et les repas. L'auto-organisation et la complexité n'étaient pas étrangères aux débats ! Cette expérience de "temps suspendu" pour discuter, échanger, réfléchir, sans autre enjeu qu'un enrichissement personnel et collectif et sans autre contrainte qu'une cloche nous rappelant à la vie physique : de la magie totale !

Ce colloque fut fondateur de notre envie de retrouver ce "temps suspendu" pour d'autres sujets. Nous prenions conscience que notre désir de "faire se parler les disciplines" était ici largement partagé ! Faire des liens entre les savoirs correspondait bien à notre état d'esprit. Et le plaisir d'approfondir certains domaines a été un puissant levier de choix. La présence des auteurs ou des protagonistes du sujet, très intimidante pour moi, a été un réel atout : quasi tous les intervenants sont des personnes charmantes, bien sûr TRÈS savantes, qui profitent aussi de ce lieu pour être plus détendues et plus abordables que dans des espaces 'de travail' où les enjeux sont tout autre.

Néanmoins pour intervenir, il fallait être à la hauteur, synthétiser sa question, la poser "au bon moment" ! Mais la parole nous a toujours été accordée quand nous la demandions. Et lors des pauses ou des repas nous avons pu discuter avec beaucoup de personnes d'âges et de conditions très variées !

Autant que possible nous préparions nos colloques, et c'était déjà des moments de joie : en prenant connaissance des intervenants, en complétant nos lectures sur le sujet. Et, au retour, Hervé triait ses notes et les rangeait afin de les utiliser plus facilement. De plus, au fil des colloques nous avons pu enrichir notre collection d'actes des colloques de Cerisy (Nous possédons une soixantaine d'actes de colloques et beaucoup de livres de préparation ou de suite), nous permettant d'approfondir nos sujets de prédilection.

Sur les choix de nos colloques, nous étions assez dépendants de nos capacités à nous déplacer jusqu'en Normandie, et à réserver 10 jours "hors de notre famille", ce qui explique le "trou" de près de douze années entre le premier et le deuxième colloque…

Nous avons retrouvé le chemin de Cerisy en l'an 2000, où "forcément" nous rêvions d'assister au colloque sur Les Calendriers. Nous y avons rencontré Jacques Le Goff qui en était le directeur, ainsi que beaucoup d'intervenants, entre sociologie, physique, géographie, histoire et civilisations. Ce fut absolument passionnant, et très joyeux !

Douze autres années ont encore passée. Puis en 2012, un peu plus libres de nos mouvements, nous avons pu renouer avec un colloque par an, puis 2, voire même 3, sur des thèmes choisis :

- les jardins, où nous avons pu suivre 3 moments passionnants, au cours desquelles là aussi les dimensions artistiques, historiques, pratiques, sociologiques, techniques, furent abordées pour éclairer les sujets sans jamais les épuiser. Les visites "HORS LES MURS" ont, comme à chaque occasion, permis de rendre tangible les idées : il s'agit d'une activité très importante pour un colloque, quand le thème s'y prête. Ah ! la traversée à pied de la baie du Mont ou les tomates de Yann Lafolie (Jardins en politique (auprès de Gilles Clément), Colloque de 2016, sous la direction de Patrick Moquay et Vincent Piveteau)… ;

- les notions de biens communs et de transition écologiques ont été étalés sur de nombreux colloques et une quinzaine d'années. Je noterai la révélation (L'alternative du commun, Colloque de 2017, avec Ferhat Tayhan et le fleuve côtier Whanganui) de l'importance du "non-vivants" et du "vivant non-humain", avec des droits pour eux et un devoir de protection lors d'un colloque en 2017. Nous avons alors appris la lutte qu'il a fallu mener pour qu'un fleuve côtier australien puisse devenir une "personnalité morale", statut lié à un devoir de sa protection par les humains. Les reculs de ces thématiques dans le brouhaha actuel m'affectent profondément, car les "communs" sont fondamentaux pour le respect de chacun et le "vivre ensemble" ;

- les colloques littéraires, philosophiques ou sociologiques nous ont permis d'approfondir des auteurs ou des mouvements que nous suivions depuis longtemps : W.G. Sebald, Edgar Morin, Carlo Ginsburg, l'Oulipo, Voltaire… Travailler avec les auteurs parmi nous a été impressionnant, mais cela a apporté une autre dimension, enrichie d'échanges plus personnels, plus humains ;

- nous avons aussi poursuivi notre découverte de Cerisy par des colloques plus scientifiques en lien avec nos passions : le hasard, le numérique, l'Océan, la propagation. Ainsi que quelques colloques "hors classe" sur l'anthropologie, le "sens du travail" ou "la traduction" et leur importance, leurs difficultés, leurs bonheurs aussi.

Mention spéciale à un type de rencontres que nous n'avons pas pu suivre : les colloques normands de l'automne. Mais lors de visites à l'abbaye de Hambye, nous avons pu découvrir Pierre Bouet (directeur notamment du colloque sur La tapisserie de Bayeux, 1999), sa gentillesse, sa disponibilité et son immense culture. Néanmoins, jamais disponibles en octobre nous les avons tous manqué… sauf celui de 2024 ! Géopolitique de la Normandie dans le monde nous a éclairé sur cette histoire normande qui va du nord de l'Angleterre au sud de l'Italie. En préparant ce colloque, j'ai pu approfondir la riche et étonnante histoire des Normands, ce fut un régal, qui m'a conforté dans l'idée de pouvoir encore suivre ces colloques particuliers.

Au-delà du strict domaine des colloques, des soirées différentes, et pourtant dans le thème traité, ont souvent été organisées : pièces de théâtre, musique, films, témoignages… C'était chaque fois un réel enrichissement. Je n'oublie pas aussi les découvertes à l'occasion des après-midi de détente, où nous avons pu apprécier de bons restaurants, des sites normands remarquables, des personnalités attachantes, et tant d'autres choses…

Et parfois aussi la magie des colloques simultanés. Nous avons ainsi découvert plusieurs années de suite les acteurs de la Textique avec Jean Ricardou, discipline visant à élaborer une théorie unificatrice des multiples structures de l'écrit. Plus récemment, le colloque de 2025 : Un Mystère à Carentan : le Saint Julien retrouvé (1529), parallèle à celui sur les Propagations sur un texte improbable de 1529 retrouvé par deux historiens fut l'occasion d'une sortie "HORS LES MURS" enchanteresse, d'une soirée passionnante sur les conditions de découverte de documents très anciens et d'une pièce de théâtre issu du document étudié qui fut très appréciée ! C'est cela aussi la magie de Cerisy : des événements improbables, des rapprochements fortuits et féconds…

En un mot, Cerisy a grandement renforcé notre ouverture au monde, notre culture dans plusieurs domaines, selon une démarche structurée qui débutait avant les colloques et se poursuivait bien au-delà de chaque séjour. Je ne remercierai jamais assez Edith et toute les équipes nécessaires à cet exploit sans cesse renouvelé.

Publication 2026 : un des ouvrages


LE GESTE ET LA FIGURE
MICHEL GUÉRIN, L'AFFECTIVITÉ DE LA PENSÉE

REVUE LA PART DE L'ŒIL, N°40


Jean ARNAUD, Pierre BAUMANN, Amélie de BEAUFFORT, Pascal KRAJEWSKI, Pierre SAUVANET (dir.)


L'hypothèse au point de départ de ce volume est que la "Figure" est devenue un concept central dans le domaine de l'esthétique et de la pensée philosophique de ces dernières décennies. Outre la référence à la pensée de la figura, la notion de Figure emporte avec elle une dimension de spatialisation qu'elle dispute aux notions plus communes d'image et de représentation. Parmi les auteurs qui ont fait de ce concept le foyer rayonnant d'une œuvre philosophique, il en est un, Michel Guérin, écrivain et philosophe, qui en propose une conception singulière dont ce volume se propose de saisir les contours, d'interroger les fondements et d'explorer les ressources tant sur le plan philosophique que sur le versant esthétique et plus largement anthropologique.
Depuis son premier livre consacré à Nietzsche, Socrate héroïque (Grasset, 1975) jusqu'à son ouvrage à paraître sur les trois critiques kantiennes, Michel Guérin a consacré de nombreux travaux visant à élaborer philosophiquement une Figurologie et à forger une pensée de "l'affectivité de la pensée". Cette voie a conduit l'auteur à développer une Philosophie du geste et à emprunter les ressources de l'anthropologie (des techniques) — et en particulier à Leroi-Gourhan auquel il a consacré un livre (André Leroi-Gourhan : l'évolution ou la liberté contrainte, Hermann, 2019) — pour poser à nouveaux frais la question des gestes premiers qu'il rassemble dans une gestique transcendantale composée de quatre gestes anthropologiques fondamentaux : faire, écrire, donner, danser.
L'hypothèse avancée par Guérin est que le geste de danser est la matrice de tous les arts et des conduites esthétiques. Il s'est attelé à défendre cette thèse dans différents livres consacrés plus directement à l'art (L'espace plastique, 2008) et à son histoire (Nihilisme et modernité, 2003 ; Le Temps de l'art. Anthropologie de la création des modernes, 2018) tout en conduisant, conjointement, une réflexion de fond sur la façon dont les œuvres induisent des Figures (de pensée) (Qu'est-ce qu'une œuvre ?, 1986 ; Pour saluer Rilke, 2008 ; Le signe et la touche, 2024). Parallèlement, l'auteur s'est attaché à dialoguer constamment avec les grandes approches philosophiques du XXe siècle, comme la phénoménologie, dont il met au jour les apories (La Fin des phénomènes, 2024).
Dans le vaste appareillage théorique et conceptuel forgé par Michel Guérin, trois notions ont été ici retenues : la Figure, le geste et l'affectivité.
Le présent volume rassemblant les contributions du colloque "Figures de Michel Guérin" qui s'est tenu en juillet 2024 à Cerisy, entend tout à la fois amplifier et mettre à l'épreuve certaines des propositions de l'œuvre de Michel Guérin. Dans le prolongement de l'exposition (Créer/Penser) organisée parallèlement au colloque, le dossier fait également la part belle aux artistes contemporains qui se saisissent du geste, de la figure et de l'affectivité.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2024) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°702]


CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : La Part de l'Œil

Diffusion et distribution : Pollen diffusion

ISBN : 978-2-930174-63-1

Nombre de pages : 408 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 32 €

Année d'édition : 2026

Publication 2025 : un des ouvrages


Bataille. Vers une révolution culturelle - Réédition

RÉÉDITION


BATAILLE

VERS UNE RÉVOLUTION CULTURELLE


Philippe SOLLERS (dir.)


À côté, à la suite du surréalisme, en contradiction avec lui comme avec l'existentialisme, le travail et la position de "dépense" de Bataille aura su affirmer l'existence d'une autre voie, d'une autre expérience. L'importance philosophique, littéraire, de sa vie et de son langage éclaire toujours mieux la fadeur d'une culture exténuée, universitaire, dépassée par le mouvement exorbitant de l'histoire et l'affirmation du sujet. Bataille : l'impossible. "L'unité provisoire, précaire, liée à l'éveil, à la transparence." "Le jeu n'est rien sinon dans le défi ouvert et sans réserve à ce qui s'oppose au jeu."


Ouvrage issu du colloque de Cerisy
"Vers une révolution culturelle : Artaud, Bataille" (1972)

Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°29bis]


Tome I : Artaud. Vers une révolution culturelle

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions des Compagnons d'humanité

Collection : Présence

ISBN : 978-2-493296-24-5

Nombre de pages : 334 p.

Prix public : 20 €

Année d'édition : 2025

ÉDITION D'ORIGINE

BatailleÉditeur : Union Générale d'Éditions

Collection : 10/18

Nombre de pages : 318 p.

Année d'édition : 1973

Non disponible à Cerisy [n°29]

Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


DÉMOCRATIE OU BARBARIE

LA POLITIQUE EN TEMPS DE CRISE


DU VENDREDI 25 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 1er OCTOBRE (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]


Blue segment, Vassily Kandinsky, 1921


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Samuel GODOT


ARGUMENT :

La démocratie s'érode, lentement ou brutalement, partout sur le globe. Dans le même temps, des résistances s'organisent, des expérimentations se déploient, des brèches s'ouvrent. Si la démocratie est un régime politique, avec ses institutions, ses procédures et ses dispositifs, elle est aussi un imaginaire articulé autour d'une idée radicale de l'égalité et d'un ensemble de pratiques insurgeantes, telles que des occupations de places, les manifestations interdites ou des zones à défendre.

Comment la démocratie résiste-t-elle aux crises actuelles ? Comment se réinvente-t-elle dans les interstices des institutions ? Ces questions seront au cœur de ce colloque. Pour y répondre, des historiens, des sociologues, des philosophes, des anthropologues et des politistes poseront un regard critique sur des expériences passées et contemporaines. Les échanges se focaliseront sur les nouvelles formes d'agir en commun, les pratiques infra-politiques et les résistances sensibles.

Une place particulière sera accordée aux doctorant. Deux soirées spéciales seront consacrées à l'écrivain Arno Bertina et à la documentariste Hind Meddeb, pour appréhender les récits de la démocratie. Ce colloque est ouvert à toutes celles et ceux qui refusent de céder à la sidération, et veulent comprendre — et transformer — ce que démocratie veut dire.


MOTS-CLÉS :

Citoyenneté, Crises politiques, Délibération, Démocratie, Dérives autoritaires, Désobéissance civile, Égalité, Infra-politique, Militantisme, Mobilisations politiques


CALENDRIER PROVISOIRE (06/03/2026) :

Vendredi 25 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 26 septembre
Matin
BASCULEMENTS AUTORITAIRES ET NATIONAL-CONSERVATISMES | Animation : Yohann AUCANTE
Stéphanie TAWA LAMA : Le grand bond en arrière de la démocratie indienne
Aurélien MONDON : La construction du peuple réactionnaire
Nitzan PERELMAN-BECKER : Democraticwashing : le rôle du discours politique dans l'érosion démocratique

Après-midi
IMAGINAIRES DÉMOCRATIQUES | Animation : Federico TARRAGONI
Manuel CERVERA-MARZAL & Bruno FRÈRE : Ensauvager la démocratie ? Une sociologie dans la chair des conflits
Déborah COHEN : Inventer la démocratie par le bas : les conceptions de la démocratie dans les pétitions envoyées à l'Assemblée au début de la Révolution française (1789-1793)
Gérard BRAS : Manières d'être démocratiques : peuple souverain et exercice de la souveraineté populaire
Estelle FERRARESE : Contre-feu. Pour une critique de l'intensité


Dimanche 27 septembre
Matin
POST-DÉMOCRATIES ET INSTITUTIONS EN TENSION | Animation : Pascale DEVETTE
Martin CONWAY : Crise et renouveau : réflexions sur le paysage "post-démocratique" en Europe
Michèle RIOT-SARCEY : La démocratie impossible ou la représentation politique en marche
Yohann AUCANTE : Démocratie fossile vs démocratie climatique : conflits et mobilisations autour du pétrole en Norvège
Benjamin LEMOINE : Le pouvoir de la finance : à l'ombre et aux limites de la démocratie

Après-midi
EXPÉRIMENTATIONS DÉMOCRATIQUES ET PRATIQUES INSURGENTES | Animation : Gérard BRAS
Sixtine VAN OUTRYVE D'YDEWALLE : L'institutionnalisation du peuple assemblé : du terrain à la théorie
Dan FURUKAWA MARQUES : Planification démocratique et autogestion : le modèle d'"organicité" du Mouvement des sans terre (MST) du Brésil
Claire BÉNIT-GBAFFOU : Activistes au sein des institutions municipales : Johannesburg et Marseille
Samuel HAYAT : Une antipolitique démocratique est-elle possible ? Penser les résistances à la politisation

Soirée
"Littérature et démocratie", avec Arno BERTINA


Lundi 28 septembre
Matin
CRISES GLOBALES ET ÉCOLOGIES POLITIQUES | Animation : Antoine CHOLLET
Maristella SVAMPA : Récits de la crise socio-écologique et démocratie. Un regard depuis le Sud global
Pascale DEVETTE : Politiques de la déprise : démocratie et écologie
Fu TONG : Une démocratie barbare : Tocqueville dans le monde actuel
Cristobal BALBONTIN : De Agon à Polemos : la descente aux enfers de la démocratie

Après-midi
Table ronde de jeunes chercheurs-doctorants, avec Tam BLONDIAU-LEBEAU [Les éco-citoyens et la question du logement : la participation à l'aménagement du territoire au prisme de la classe, de la race et du genre], Étienne FURRER, Valentina NAVA, Ulysse RABATÉ et Arthur ROUSELLE

Soirée
Projection du documentaire Soudan, souviens-toi, en présence de la réalisatrice Hind MEDDEB


Mardi 29 septembre
Matin
DÉTENTE

Après-midi
"HORS LES MURS" — À L'IMEC (Abbaye d'Ardenne, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe)


Mercredi 30 septembre
Matin
ÉMOTIONS, VULNÉRABILITÉS, MÉMOIRES DÉMOCRATIQUES | Animation : Dan FURUKAWA MARQUES
Célia ROMULUS : Mémoires de la violence politique et démocratie
Jan IFVERSEN : Nouvelles formes d’agence démocratique : les travailleuses migrantes du secteur du soin en tant qu'agents épistémologiques
Martin DELEIXHE : Entre auto- et in-détermination : la démocratie vue depuis l'exil

Après-midi
CRISES, CONFLIT ET TEMPORALITÉ | Animation : Martin DELEIXHE
Antoine CHOLLET : Quels présents pour la démocratie ?
Federico TARRAGONI : Gramsci : éclaireur et boussole de la démocratie en temps de crise
John KRINSKY : Entre et au-delà deux crises démocratiques à New York : les stratégies du mouvement actuel dans une perspective historique


Jeudi 1er octobre
Matin
Rapports d'étonnement des doctorants, avec Tam BLONDIAU-LEBEAU, Étienne FURRER, Valentina NAVA, Ulysse RABATÉ et Arthur ROUSELLE

Discussion générale et conclusion des directeurs

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Manuel CERVERA-MARZAL : Ensauvager la démocratie ? Une sociologie dans la chair des conflits, avec Bruno FRÈRE
Cette communication propose de discuter les fondements et les enjeux d'une "sociologie charnelle", conçue comme une tentative de dépassement des apories contemporaines de la sociologie critique et de la sociologie pragmatique. Partant du constat d'un double risque — celui d'une critique surplombante reconduisant le magistère du savant, et celui d'un pragmatisme descriptif neutralisant la conflictualité sociale — nous défendons l'hypothèse d'une critique constructive, engagée dans la chair du social. Inspirée notamment par la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty et par certaines relectures critiques de Marx, Bourdieu et Boltanski, la sociologie charnelle assume l'imbrication du scientifique et du politique. Elle vise à décrire et renforcer, avec les acteurs, des pratiques et des collectifs déjà porteurs d'émancipation, sans renoncer à l'analyse des rapports de domination ni à l'exigence de scientificité.

Manuel Cervera-Marzal est sociologue, chercheur qualifié FNRS à l'université de Liège, où il dirige le laboratoire Pragmapolis. Ses recherches portent sur les contestations sociales, les partis politiques, la théorie de la démocratie et l'épistémologie des sciences sociales. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Le populisme de gauche (La Découverte, 2021), Résister. Petite histoire des luttes contemporaines (Éditions 10/18, 2022) et Pour une démocratie sauvage (co-écrit avec Bruno Frère, La Découverte, 2026).

Déborah COHEN : Inventer la démocratie par le bas : les conceptions de la démocratie dans les pétitions envoyées à l'Assemblée au début de la Révolution française (1789-1793)
La démocratie n'a pas seulement été pensée et élaborée à partir des œuvres philosophiques et des discours d'assemblée, elle a fait l'objet d'appropriations et de propositions populaires dont la mise au jour permet de tracer le tableau d'une vivacité démocratique par en bas. Dans les pétitions envoyées aux assemblées révolutionnaires se lisent la dignité politique retrouvée et la volonté populaire de contribuer au débat en dénonçant les violations du droit mais aussi en proposant des évolutions juridiques ou pratiques.

Déborah Cohen est Maîtresse de conférences HdR en histoire moderne à l'université de Rouen Normandie. Elle travaille sur la pensée politique populaire au XVIIIe siècle et en Révolution. Son prochain ouvrage, issu de son HdR, portera sur les dénonciations en Révolution.

Pascale DEVETTE : Politiques de la déprise : démocratie et écologie
La crise écologique impose de repenser en profondeur les formes de la démocratie, non seulement au niveau des institutions, mais aussi du type de subjectivité qu'elles présupposent et produisent. Cette communication propose d'explorer l'hypothèse selon laquelle une véritable démocratie écologique suppose des politiques de la déprise, c'est-à-dire des pratiques individuelles et collectives de détachement à l'égard des logiques de maîtrise, de croissance et d'appropriation qui structurent nos imaginaires politiques modernes.

Pascale Devette est professeure agrégée de théorie politique à l'université de Montréal et responsable des programmes en études féministes, des genres et des sexualités. Spécialiste des pensées critiques contemporaines, elle explore les liens entre éthique et politique. Ses recherches portent également sur la décroissance, l'attention, les formes de domination et les pratiques d'émancipation. Elle dirige le Centre de recherche sur les politiques et le développement social (CPDS). Son dernier livre, Devenir inutile. Pour une philosophie politique de la démission (2025, Éditions de la rue Dorion), propose une pensée radicale du détachement comme geste politique.

Federico TARRAGONI : Gramsci : éclaireur et boussole de la démocratie en temps de crise
Cent ans après son arrestation en novembre 1926, Gramsci est désormais devenu une référence des sciences sociales critiques, dont la pensée est souvent réduite au poncif de la guerre culturelle. En réalité, une dimension centrale de son œuvre, singulièrement inexploitée, est la démocratie. Gramsci déconstruit et recompose les idéologies du XXe siècle — le libéralisme, le socialisme, le nationalisme, le républicanisme, le communisme — pour inventer une nouvelle manière "moléculaire" d'appréhender la démocratie. En la définissant, au plus loin d'un régime politique ou d'un type de gouvernement, comme le "passage moléculaire des groupes dirigés au groupe dirigeant", il introduit une problématique inédite : quels sont les processus socio-historiques qui favorisent le passage des groupes sociaux de la passivité à l'activité, de l'hétéronomie à l'autonomie, de la domination à l'émancipation ?

Federico Tarragoni est professeur de sociologie politique à l'université de Caen Normandie, membre junior de l'Institut Universitaire de France et fondateur du Centre de recherches interdisciplinaires sur le politique (CRIPOLIS) de l'université Paris Cité. Spécialiste du populisme et des mouvements de radicalisation de la démocratie, il a été titulaire de la chaire "Democracy" de l'Alliance universitaire européenne Circle U. Il a notamment publié L'Énigme révolutionnaire (Les Prairies ordinaires, 2015), L'esprit démocratique du populisme. Une nouvelle analyse sociologique (La Découverte, 2019) et Émancipation (Anamosa, 2021).


Yohann AUCANTE : Démocratie fossile vs démocratie climatique : conflits et mobilisations autour du pétrole en Norvège
La Norvège, pays de 5 millions d'habitants à la tête du plus grand fonds souverain de la planète, qui est sur le point d'immatriculer 100% de véhicules neufs non thermiques, est l'une des rares démocraties à générer l'essentiel de sa richesse à partir des énergies fossiles tout en s'étant paradoxalement constituée une réputation internationale favorable dans le champ de l'environnement et du climat. Depuis une quinzaine d'années, la nature des mobilisations contre les fossiles en Norvège a foncièrement changé en s'attaquant notamment à l'État lui-même y compris par voie judiciaire jusqu'au niveau européen et avec une certaine mesure de succès. Une opposition entre plusieurs formes et normes de démocratie — fossile et climatique — apparaît dans ce contexte.

Yohann Aucante est politiste, Directeur d'études à l'EHESS, Directeur du Centre sur les savoirs du politique (CESPRA), auteur de "La démocratie sociale face à la "Big Tech" : comprendre la grève historique des syndicats contre Tesla inc.", Pouvoirs, 2025, n°195, p. 91-103 ; The Swedish Experiment : The Covid-19 Response and its Controversies, Bristol, Bristol University Press, 2022.

Cristobal BALBONTIN
Cristobal Balbontin est sociologue et politiste, chercheur associé à l'Universidad de Chile et à plusieurs réseaux internationaux sur les mouvements sociaux. Ses travaux portent sur les mobilisations politiques, les transformations de la gauche latino-américaine et les dynamiques de contestation dans les démocraties contemporaines.

Claire BÉNIT-GBAFFOU
Géographe et urbaniste, professeure associée à Aix-Marseille Université (département de géographie, aménagement et environnement). Ses recherches portent sur la politique urbaine, la gouvernance des villes et les formes d'activisme institutionnel, notamment en Afrique du Sud et dans les villes du Sud global. Elle a récemment publié Local Officials and the Struggle to Transform Cities (2024).

Arno BERTINA
Arno Bertina est écrivain et dramaturge français. Auteur de romans, récits documentaires et essais mêlant littérature et enquête sociale, il s'intéresse notamment aux luttes sociales et aux marges du monde du travail. Parmi ses livres figurent Des châteaux qui brûlent (2017) et Ceux qui trop supportent (2021).

Gérard BRAS : Manières d'être démocratiques : peuple souverain et exercice de la souveraineté populaire
Nous partirons de la déclaration d'Élisa Locon, dans son discours d'ouverture de la Constituante chilienne, le 5 juillet 2021 : "nous installons ici une manière d'être (manera de ser) plurielle, une manière d'être démocratique, une manière d'être participative" pour tâcher d'élaborer ce concept afin d'éclairer les contradictions inhérentes à la démocratie des modernes. Sous cet aspect, l'examen de la contradiction entre les deux termes, souvent confondus, de "Peuple souverain", principe ou fondement des institutions démocratiques et la "souveraineté populaire", pratiques collectives, effectives ou absentes en telle conjoncture historique, servira d'axe de l'intervention. Introduire le concept de "manières d'être" c'est poser la question de la constitution de puissances populaires capables de durer, de ne pas s'épuiser dans l'événement de leur surgissement.

Gérard Bras est philosophe, professeur (honoraire) en Première supérieure, ancien Directeur de programme au Collège International de Philosophie et Président de l'Université Populaire des Hauts-de-Seine. Il est l'auteur de Les voies du peuple (Éditions Amsterdam, 2018).

Antoine CHOLLET : Quels présents pour la démocratie ?
Les critiques qui sont adressées à la démocratie la condamnent toujours à l'éternelle médiocrité d'un présent privé soit des exemples édifiants du passé, soit d'une vision consolante de l'avenir. Nous montrerons que le régime d'historicité propre à la démocratie est bien centré sur le présent, mais qu'il repose en réalité sur des présents, qui à leur tour construisent des rapports spécifiques avec passés et futurs. Nous examinerons quelle articulation peut s'instituer entre ces différents présents — kaïros grec, présent/ce d'une assemblée, Jetztzeit chez Walter Benjamin, "pas-encore" chez Ernst Bloch, utopie chez Miguel Abensour, entre autres — et si les différents temps qu'ils supposent sont compatibles entre eux.

Antoine Chollet est enseignant-chercheur en pensée politique au Centre Walras-Pareto de l'université de Lausanne. Il travaille sur les théories de la démocratie, le populisme, le nationalisme et la pensée politique contemporaine. Il prépare un ouvrage sur les Landsgemeinden, assemblées citoyennes des cantons suisses.

Martin CONWAY : Crise et renouveau : réflexions sur le paysage "post-démocratique" en Europe
Nous vivons depuis la fin du XXe siècle une évolution profonde des structures et mentalités de la démocratie en Europe. Je ne veux pas présenter une étude historique des origines multiples de ces évolutions. Je veux plutôt interroger les dynamiques des nouvelles pratiques de la démocratie qui émergent en Europe. La démocratie est toujours en évolution, et je trouve l'évocation d'une "crise" de la démocratie contemporaine trop simpliste. Ce n'est pas le danger d'un effondrement de la démocratie qui s'annonce (et qui reflète trop souvent l'attitude nostalgique des cadres de la démocratie d'hier), mais plutôt une transformation des structures et de normes de la démocratie : l'intégration d'une droite radicale, la marginalisation des structures représentatives, un langage démocratique plus populaire et moins poli, une évolution vers une démocratie plus personnalisée avec des réformes constitutionnelles vers une présidentialisation du pouvoir.

Martin Conway est professeur d'histoire européenne contemporaine à l'université d'Oxford. Il est l'auteur de nombreux travaux portant sur différents aspects de l'histoire européenne du XXe siècle, notamment deux ouvrages consacrés à la Belgique du milieu du siècle, ainsi qu'une étude sur l'âge démocratique de l'Europe occidentale, 1945-168 (Princeton, 2020). Son livre le plus récent (avec Camilo Erlichman) a été publié par CUP en 2024 : Social Justice in Twentieth-Century Europe. Il est actuellement président du conseil de la Faculté d'histoire à Oxford et travaille à une étude sur les hommes politiques dans l'Europe du XXe siècle.

Martin DELEIXHE : Entre auto- et in-détermination : la démocratie vue depuis l'exil
Considérée depuis le point de vue de celles et ceux qui lui sont étrangers mais cherchent à en devenir membre, la communauté démocratique offre un visage paradoxal. Sa capacité à se donner ses propres lois est ce qui fait son attrait. C'est parce que les exilés reconnaissent et louent cette capacité, propre à la démocratie, de forger un destin collectif qu'ils cherchent à la rejoindre. Mais cette autodétermination s'accompagne d'une part incompressible d'exclusion. Car, pour se doter d'un destin collectif, il est indispensable de définir au préalable les contours de cette entité démocratique. Cette aporie, désignée dans la théorie démocratique comme le "boundary problem", est traditionnellement présentée comme insurmontable. J'aimerais dépasser ce constat fataliste. Car la démocratie est aussi et indissociablement le régime politique qui place la conflictualité au centre de sa vie publique et reconnaît par voie de conséquence qu'il n'existe pas d'ordre ultime, de fondation dernière ou de principe directeur qui guide son action. Ce faisant, elle témoigne du fait qu'elle se caractérise tant par son in-détermination constitutive que par sa faculté d'auto-détermination. Une telle démocratie, ouverte sur l'imprévisible, est — comme je chercherai à l'exposer — conceptuellement plus outillée pour envisager la construction d'une solidarité avec les exilés.

Martin Deleixhe est chargé de cours à l'université libre de Bruxelles depuis 2021. Il a mené des projets de recherche à l'université d'Oxford, à la KULeuven et à la Sorbonne. Il a également enseigné en tant que professeur invité à Sciences Po Lille et à l'université de Vienne. Ses recherches portent principalement sur les théories de la démocratie et sur leur rapport aux questions migratoires comme à l'intégration européenne.

Estelle FERRARESE : Contre-feu. Pour une critique de l'intensité
Face aux attaques auxquelles sont actuellement soumises les institutions démocratiques, de nombreuses voix plaident pour une démocratie définie comme vertu, engagement, voire passion. Elle serait d'abord une expérience, elle rassemblerait un ensemble de mœurs, allant de la critique à la civilité, ou encore elle serait porteuse de l'exigence d'une expression fidèle de soi. Selon ces conceptions, la politique n'est pas une sphère particulière distincte de la vie, elle ne se loge pas dans une activité particulière. Et la démocratie est une forme de vie, c'est-à-dire une forme émergeant des différents bords de nos existences. En même temps, la question de la démocratie semble devenir une question d'intensité, la forme de vie démocratique reposant sur la multiplication et l'investissement de certaines pratiques en ferveur. Il est alors postulé qu'il existe un seuil minimum de vivacité au-delà duquel se déploie la vraie démocratie. Un tel a priori est contestable, parce qu'il implique que les menaces planant sur la démocratie ne peuvent être qu'endogènes et coïncident très exactement avec la possibilité d'une décrue de l'intensité des pratiques, d'une déflation de la ferveur. C'est là un diagnostic que l'on peut contester de bien des manières. Les rapports de production, les puissances imposées par l'histoire ou la technique, bref toutes les forces qui ne s'originent pas dans des pratiques politiques mais qui déterminent les vies des individus dans leur dos, mais encore la pure brutalité, ne sont en rien éliminées par une vie menée dans l'habitation des pratiques et des mœurs démocratiques.

Estelle Ferrarese est professeure de philosophie à l'université de Picardie Jules Verne, et membre de l'Institut Universitaire de France. Elle a été professeure invitée à la New School for Social Research à New York, et lauréate de la Fondation Alexander von Humboldt à la Humboldt Universität. Elle est notamment l'auteure de Une philosophie des sanglots, Rivages, 2025 ; Le Marché de la vertu. Critique de la consommation éthique, Vrin, 2023 ; Vulnerability and Critical Theory, Brill, 2018 ; La Fragilité du souci des autres. Adorno et le care, Éditions de l'ENS, 2018 ; Éthique et politique de l'espace public. Habermas et la discussion, Paris, Vrin, 2015.

Bruno FRÈRE : Ensauvager la démocratie ? Une sociologie dans la chair des conflits, avec Manuel CERVERA-MARZAL
Cette communication propose de discuter les fondements et les enjeux d'une "sociologie charnelle", conçue comme une tentative de dépassement des apories contemporaines de la sociologie critique et de la sociologie pragmatique. Partant du constat d'un double risque — celui d'une critique surplombante reconduisant le magistère du savant, et celui d'un pragmatisme descriptif neutralisant la conflictualité sociale — nous défendons l'hypothèse d'une critique constructive, engagée dans la chair du social. Inspirée notamment par la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty et par certaines relectures critiques de Marx, Bourdieu et Boltanski, la sociologie charnelle assume l'imbrication du scientifique et du politique. Elle vise à décrire et renforcer, avec les acteurs, des pratiques et des collectifs déjà porteurs d'émancipation, sans renoncer à l'analyse des rapports de domination ni à l'exigence de scientificité.

Bruno Frère est directeur de recherches honoraire au FNRS et professeur à l'université de Liège. Ses recherches portent sur la sociologie critique et les théories de l'émancipation, ainsi que l'épistémologie des sciences sociales.

Dan FURUKAWA MARQUES : Planification démocratique et autogestion : le modèle d'"organicité" du Mouvement des sans terre (MST) du Brésil
Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST) est l'un des mouvements sociaux les plus étudiés de l'histoire. Ayant fêté son 40e anniversaire en janvier 2024, le MST est composé d'environ 1,5 million de paysans, vivant dans plus de 2000 communautés agricoles permanentes. Il a développé un réseau de plus de 2000 écoles primaires et secondaires, des centaines de cliniques de santé communautaires, une école nationale et des centaines de coopératives et d'associations agricoles. De plus, il compte actuellement plus de 90000 familles occupant des terres dans tout le pays. Pourtant, très peu d'études ont tenté de décrire en détail comment le MST s'autogouverne. Présent dans 24 États brésiliens (sur 27) et affinant son modèle de gouvernement, depuis des décennies, le MST a développé une forme de planification démocratique et d'autogestion des plus sophistiquées, combinant des processus décisionnels verticaux et horizontaux, articulant de manière originale responsabilités individuelles et collectives, tout en essayant toujours d'empêcher la concentration du pouvoir et la domination. Basée sur une ethnographie multisite s'étirant sur plusieurs années, cette communication présentera ainsi l'"organicité" du MST.

Dan Furukawa Marques est professeur agrégé au département de sociologie de l'université Laval. Ses travaux portent sur la construction de communautés coopératives et de subjectivités politiques, ancrées dans le travail collectif, la démocratie, l'économie solidaire et les communs. Il a dirigé l'ouvrage Politique des communs. Expérimenter, transformer, instituer (Presses de l'université Laval, 2026) et co-dirigé les ouvrages L'Amérique latine en transformation. Mobilisation et citoyenneté (PUM, 2024) et New Democratic Initiatives in 21st Century Authoritarian Latin America (Rowman & Littlefield, 2025).

Samuel HAYAT : Une antipolitique démocratique est-elle possible ? Penser les résistances à la politisation
La démocratie est souvent présentée comme le régime par excellence, voire le seul, à réaliser la politique en un sens fort. Pourtant, la politique et la politisation ne sont des valeurs positives que pour un nombre restreint de personnes, qui ont un intérêt spécifique pour la politique. À l'inverse, le peuple de la démocratie n'est pas nécessairement un peuple politique ou qui apprécie la politique. Des sans-culottes aux gilets jaunes, les soulèvements populaires se sont souvent faits au nom d'une volonté de contrôler, d'empêcher, voire de mettre fin à une activité vue comme néfaste, et qualifiée de politique. Retrouver le sens des résistances à la politisation, c'est alors se donner les moyens de penser une autre démocratie, qui se déploie non pas dans, mais contre la politique.

Samuel Hayat est chargé de recherche du CNRS en science politique au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF). Il travaille sur la représentation politique et sur les révolutions du XIXe siècle, au croisement de la théorie politique et de l'histoire des idées. Il a notamment publié Démocratie (Anamosa, 2020).

Jan IFVERSEN : Nouvelles formes d’agence démocratique : les travailleuses migrantes du secteur du soin en tant qu'agents épistémologiques
En Occident, la politique est absorbée par la crise migratoire. L'intégration et l'exclusion constituent les technologies dominantes. Les migrants et leurs descendants agissent cependant en coulisses, de manière infrapolitique (cf. Scott), tout en mobilisant leurs compétences transculturelles sous la forme d'une capacité d'agir politique. Je propose ici d'observer comment les travailleuses migrantes du secteur du soin — principalement des femmes employées dans un secteur gériatrique en crise — peuvent se constituer en agents épistémologiques, capables de transformer les paradigmes et les pratiques dominants. Lorsqu'elles assument un tel rôle, elles exercent une mise en question susceptible d'entraîner des transformations institutionnelles. Cette activité peut ainsi être comprise dans le prolongement de la conception fondamentale de la créativité démocratique et de son inconditionnalité chez Lefort et Castoriadis. Mes observations reposent sur une collaboration avec des étudiants aides-soignants et des Instituts de Formation d'Aide-Soignant (IFAS) au Danemark.

Jan Ifversen est professeur en études globales et européennes à l'École de culture et société de l'université d'Aarhus. Il est spécialisé dans les politiques de l'identité européenne, l'histoire conceptuelle, la transculturalité, l'héritage colonial et l'analyse du discours. Il a obtenu son doctorat en études culturelles à l'université d'Aarhus.

John KRINSKY : Entre et au-delà deux crises démocratiques à New York : les stratégies du mouvement actuel dans une perspective historique
Le contraste entre l'élection de Zohran Mamdani à New York et les atteintes à la démocratie au niveau national révèle une dynamique plus profonde au sein de la vie politique américaine. Ce contexte politique, où les politiques d'austérité sont renforcées par la répression, offre un éclairage idéal sur les défis que doit relever une stratégie émergente de "cogouvernance" au niveau local.

John Krinsky est politologue au City College de New York, spécialiste des mouvements sociaux, du travail précaire et de la politique urbaine. Il est l'un des fondateurs de la revue Metropolitics et cofondateur de la NYC Community Land Initiative.

Benjamin LEMOINE
Benjamin Lemoine est politiste, directeur de recherche au CNRS - Centre Maurice Halbwachs (CMH) - École Normale Supérieure (ENS). Spécialiste de la dette publique et des relations entre États et marchés financiers, il analyse les transformations de la souveraineté économique à l'ère de la finance globalisée. Il est notamment l'auteur de L'ordre de la dette (2016) et La démocratie disciplinée par la dette (2022).

Aurélien MONDON : La construction du peuple réactionnaire
Cette intervention a pour but de mettre en lumière la manière dont "le Peuple", en tant que signifiant vide, a été construit et tenu responsable de la résurgence des politiques réactionnaires. Elle se concentrera sur comment cette construction a détourné l'attention des échecs de l'élite libérale et de son rôle dans le recul démocratique, conféré une crédibilité démocratique injustifiée à l'extrême droite et à ses politiques tout aussi élitistes, discrédité d'autres alternatives par le biais des "hypes" populiste, illibérale et sur la polarisation.

Aurélien Mondon est professeur en science politique à l'université de Bath. Sa recherche se concentre principalement sur l'impact du racisme et du populisme sur les démocraties libérales, ainsi que la normalisation des discours d'extrême droite. Il est co-directeur du Reactionary Politics Research Network (Réseau de Recherche sur les Politiques Réactionnaires).

Valentina NAVA
Valentina Nava est doctorante en sociologie politique au Laboratoire de Changement Social et Politique (Université Paris Cité). Sa thèse, sous la direction de Federico Tarragoni, porte sur le vote au parti d'extrême droite Fratelli d'Italia dans une région anciennement communiste et antifasciste. Elle a été visiting scholar à l'Université de California Berkeley, et à la Scuola Normale Superiore de Florence.

Nitzan PERELMAN-BECKER : Democraticwashing : le rôle du discours politique dans l'érosion démocratique
Cette intervention interrogera un paradoxe central des régimes tenus pour démocratiques : l'érosion des principes libéraux s'y déploie rarement contre la démocratie, mais en son nom, à travers le discours politique. Elle analysera comment des initiatives qui affaiblissent les contre-pouvoirs, restreignent les droits des minorités ou redéfinissent les frontières de la liberté d'expression, sont légitimées par un vocabulaire démocratique mobilisé comme ressource stratégique. À travers le concept de democraticwashing, elle mettra au jour un processus de redéfinition interne des normes démocratiques, au sein duquel la démocratie devient le langage même de sa propre transformation. Loin d'être uniforme, ce phénomène dépend des représentations historiques, politiques et symboliques dominantes de la démocratie dans chaque contexte national. Comprendre ces variations permet d'éclairer les recompositions contemporaines de la légitimité démocratique et les nouvelles formes de conflictualité politique qu'elles produisent.

Docteure en sociologie politique de l'université Paris Cité, Nitzan Perelman-Becker est l'autrice de Anatomie de la droite israélienne (Amsterdam, octobre 2026). Elle est également co-autrice du documentaire Israël, les ministres du chaos (Arte, 69 minutes), cofondatrice du collectif de recherche Yaani et membre du projet ANR CHOICE - Challenging the Hegemonic Order : The Israeli Case Examined (CNRS/CENS).

Michèle RIOT-SARCEY : La démocratie impossible ou la représentation politique en marche
Cette intervention partira des questions d'actualité relatives à de ce qu'il est convenu d'appeler la crise de la représentation démocratique qui sévit dans les pays se réclamant de l'universelle liberté. Afin de suivre, à rebours, le chemin parcouru par la pratique politique fondée sur une instrumentalisation des espoirs démocratiques, mais aussi sur une adhésion à l'idée de représentation citoyenne. Nous présenterons une réflexion sur les mots, leurs sens et l'historicité de leurs usages. Ainsi saisirons-nous la mise en acte de l'idée de représentation, pensée comme une nécessité de l'Angleterre à la France dans une modernité marquée par les antagonismes sociaux. Ceux-ci furent largement portés par l'utopie de la démocratie vraie selon les expressions surgies dans les moments où le principe espérance participait de la fabrique du mouvement de l'histoire. La démocratie sera alors analysée dans sa triple dimension : son rejet car perçue comme l'équivalent du chaos social ; son instrumentalisation à travers la pratique de la délégation de pouvoir ; a contrario, son attente où l'horizon nécessaire vécu comme un possible inaccessible, pour le moins entravé. Nous verrons alors comment s'entrelacent concrètement les notions de démocratie, d'émancipation, d'utopie, de liberté et de responsabilité.

Michèle Riot-Sarcey est historienne, professeure émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Spécialiste de l'histoire des utopies et des traditions démocratiques au XIXe siècle, elle a notamment publié Le procès de la liberté (2016) et L'utopie au XIXe siècle (2009).

Célia ROMULUS : Mémoires de la violence politique et démocratie
Cette présentation vise à partager des réflexions préliminaires concernant les enseignements tirés à la fois en matière de travail de mémoire et de recherche de réparations à la suite des périodes de violence politique en Haïti, sous le duvaliérisme (1957-1986), pendant le régime militaire de Cédras (1991-1994) mais également concernant les expériences de déplacements forcés du fait de la violence raciale (migrations haïtiennes vers le Canada dans les années 1960-1980).

Célia Romulus est professeure adjointe à l'Institut d'Études Féministes et de Genre ainsi qu'à l'École de Développement International et Mondialisation de l'université d'Ottawa. Sa recherche et son enseignement s'inspirent de l'éducation anti-oppression et antiraciste ainsi que des afroféminismes et du féminisme décolonial. Ils explorent des questions liées au genre, à la justice transitionnelle et aux politiques mémorielles, à la citoyenneté, à la violence politique.

Maristella SVAMPA : Récits de la crise socio-écologique et démocratie. Un regard depuis le Sud global
La polycrise civilisationnelle que nous traversons présente de multiples imbrications qui rendent sa résolution difficile. La crise n'est pas seulement environnementale, elle est aussi profondément politique et implique, entre autres, des processus de concentration des richesses, l'expansion des droites autoritaires et l'érosion des valeurs associées à la démocratie. Dans mon intervention, je propose de passer en revue certaines de ces dimensions clés de la polycrise, à partir de la présentation des différents récits de la crise socio-écologique : le récit catastrophiste ou dystopique, le récit technocratique-capitaliste, le récit réactionnaire-pancapitaliste de la fin et le récit relationnel-contre-hégémonique. D'autre part, je présenterai la vision construite à partir de l'Amérique latine, liée aux luttes écoterritoriales et à l'écologie politique, parmi lesquelles certains concepts-horizons sont utilisés pour aborder de manière plus globale la crise socio-écologique (Buen Vivir, Droits de la Nature, Transition écosociale juste et populaire).

Sociologue, militante et écrivaine, Maristella Svampa est argentine, chercheuse au Conicet et au Centre de documentation et de recherche sur la culture de gauche (CeDinCi), à Buenos Aires. Ses recherches portent sur la crise socio-écologique et l'extractivisme, les scénarios de transition écosociale, ainsi que des questions liées à la pensée critique. Elle a publié une vingtaine d'ouvrages, dont des essais et des romans. Son dernier livre est Policrisis. Cómo afrontar el vaciamiento de las izquierdas y la expansión de las derechas autoritarias (2025).

Stéphanie TAWA LAMA : Le grand bond en arrière de la démocratie indienne
Parler de barbarie dans le contexte indien évoque immédiatement la "mission civilisatrice" invoquée par les Britanniques comme justification de la colonisation. La démocratie indienne a été construite par le mouvement anti-colonial comme une réponse à cet argument. B.R. Ambedkar déclare en 1948 que "la démocratie en Inde n'est qu'un engrais de surface sur un terreau indien qui est foncièrement non-démocratique" et la Constitution, rédigée sous sa houlette et promulguée en 1950, vise à transformer la société par la politique. Au cours des décennies suivantes, la démocratie indienne a su affronter des défis gigantesques (pauvreté, inégalités, diversité) et produire quelques réussites majeures — notamment l'institutionnalisation de l'égalité politique à travers le processus électoral. Mais depuis que le nationalisme hindou est arrivé au pouvoir avec Narendra Modi, en 2014, la démocratie indienne subit une érosion sévère. Je propose d'examiner deux aspects en particulier, la réintroduction d'une forme de cens et la délégitimation des élections, pour réfléchir au futur de cette expérience démocratique majeure — qui ressemble à son passé.

Stéphanie Tawa Lama est politiste, directrice de recherche au CNRS rattachée au Centre d'études sud-asiatiques et himalayennes (CEIAS, EHESS). Ses travaux portent sur la démocratie indienne, la représentation politique, la participation citoyenne et la gouvernance urbaine. Elle est notamment l'autrice de Les avatars de la participation en Inde. Formes et ambiguïtés de la démocratie participative (2018).

Fu TONG : Une démocratie barbare : Tocqueville dans le monde actuel
À la fin de La démocratie en Amérique, Tocqueville souligne d'une part que toutes les nations s'orientent inévitablement vers la démocratie, et d'autre part, il invite ces nations à faire leur propre choix entre les lumières et la barbarie. Cela signifie que, selon lui, la démocratie et la barbarie ne s'excluent pas. Ou plutôt, il considère même que la démocratie recèle des éléments de barbarie. Cela tient à la perspective singulière à partir de laquelle il envisage la démocratie : pour lui, elle est d'abord et essentiellement un état social défini par l'égalité des conditions, et seulement ensuite un régime politique. Or, si l'on adopte son point de vue pour observer le monde actuel, on constate que : 1. Quel que soit le régime politique adopté par les pays aujourd'hui, les différences entre leurs états sociaux sont en réalité moins marquées que nous ne l'imaginons ; 2. Ce qui permet de résister à la barbarie, en fin de compte, ce sont les lumières, et non la démocratie en tant que régime politique. L'état social démocratique ressemble à l'état de nature, d'où la prédominance de l'individualisme ; pourtant, il n'est pas l'état de nature, ce qui explique le règne des idées générales. L'individualisme et les idées générales déchirent l'esprit et le cœur des hommes démocratiques. Seules les lumières, en réconciliant cette guerre interne, peuvent préserver la démocratie d'une chute dans la barbarie.

Fu Tong est docteur en philosophie à l'université Paris Cité, assistant professor à l'Université Xi'an Jiaotong.

Sixtine VAN OUTRYVE D'YDEWALLE
Sixtine Van Outryve D'Ydewalle est sociologue et chercheuse associée à l'université libre de Bruxelles (ULB), spécialisée dans l'étude des mobilisations sociales, des mouvements citoyens et des pratiques démocratiques contemporaines. Ses travaux portent notamment sur les formes d'engagement politique et les dynamiques de participation collective en Europe.


BIBLIOGRAPHIE :

• Miguel Abensour, La démocratie contre l'État, Paris, Le Félin, 2012.
• G. Agamben, A. Badiou, D. Bensaïd, W. Brown, J-L. Nancy, J. Rancière, K. Ross, S. Zizek, Démocratie, dans quel état ?, Paris, La Fabrique, 2009.
• Yohann Aucante, Les démocraties scandinaves. Des systèmes politiques exceptionnels ?, Paris, Armand Colin, 2013.
• Wendy Brown, Défaire le démos, Paris, Amsterdam, 2018.
• Luciano Canfora, La démocratie. Histoire d'une idéologie, Paris, Seuil, 2006.
• Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975.
• Francis Dupuis-Déri, Démocratie. Histoire politique d'un mot aux États-Unis et en France, Montréal, Lux, 2019.
• David Graeber, La démocratie aux marges, Paris, Flammarion, 2018.
• Joanna Innes, Mark Philp (Éd.), Re-Imagining the Democracy in the Age of Revolution. America, France, Britain, Ireland, 1750-1850, Oxford, Oxford University Press, 2013.
• Peter Mair, Ruling the Void. The Hollowing-Out of Western Democracy, London, Verso, 2013.
• Alfio Mastropaolo, La democrazia è una causa persa? Paradossi di un’invenzione imperfetta, Torino, Bollati Boringhieri, 2011.
• Chantal Mouffe, L'illusion du consensus, Paris, Albin Michel, 2016.


SOUTIEN :

• Université de Liège (ULiège)


PARTENAIRES :

• Centre des Savoirs sur le Politique - Recherches et Analyses (CESPRA, UMR 8036 CNRS–EHESS)
• Chaire de leadership en enseignement Alban D'Amours en sociologie de la coopération (CLEASC) | Université Laval (ULaval)
• École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
• Fonds de la recherche scientifique (FNRS)
• Institut universitaire de France (IUF)
• Université de Caen Normandie (UniCaen)


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


AUTOUR DU CNAM :

RÉINVENTER LA SINGULARITÉ DANS L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR


DU VENDREDI 18 SEPTEMBRE (19 H) AU MARDI 22 SEPTEMBRE (14 H) 2026

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Michèle ANTOINE, Gilles GAREL, Christine MUSSELIN

Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Cesar HARADA


ARGUMENT :

L'histoire du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) est celle d'une institution pionnière et singulière, sans équivalent dans l'enseignement supérieur. Il est créé par la Révolution française face à l'émergence d'un monde nouveau qui sera qualifié plus tard de révolution industrielle. Il s'agit alors de "perfectionner l'industrie nationale" en enseignant et en valorisant les arts mécaniques.

Des premiers "démonstrateurs" aux professeurs de chaires et aux enseignants-chercheurs d'aujourd'hui, le Cnam s'est adressé à des publics variés qui n'étaient pas ceux de l'université ou des écoles. En parallèle, le Cnam a développé des relations très tôt avec les industries. Son noyau d'origine est une collection d'objets techniques qui est devenue par la suite un musée (aujourd'hui Le musée des arts et métiers) et qui fut au fondement d'une pédagogique fondée sur la démonstration. Le Cnam a travaillé sur des sujets à la marge ou émergents, inventé des disciplines et innové dans les modalités pédagogiques.

Si l'héritage du Cnam est une référence, son identité est aujourd'hui fortement questionnée. L'histoire récente le rapproche progressivement du fonctionnement des universités. Les enjeux sociétaux, démographiques, écologiques, géopolitiques et industriels requestionnent l'horizon et la stratégie. Dans un monde traversé par de multiples crises, qu'est-ce que l'histoire du Cnam peut nous apprendre ? Que peut et doit apprendre le Cnam tout en affirmant et en préservant sa singularité ?


MOTS-CLÉS :

Chaires, Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Écoles, Enseignement supérieur, Industries, Innovations pédagogiques, Instituts, Musée des arts et métiers, Publics, Service public, Singularité, Universités


CALENDRIER PROVISOIRE (13/05/2026) :

Vendredi 18 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 19 septembre
CADRAGE GÉNÉRAL : LA "LONGUE TRAÎNE" DU CNAM
Matin
Bénédicte FAUVARQUE-COSSON : Propos d'accueil
Loïc PETITGIRARD : La longue histoire du Conservatoire
Armand HATCHUEL : Sur la singularité

Après-midi
DISPOSITIFS SINGULIERS D'INTERACTION AVEC LES MONDES PROFESSIONNELS
Des chaires et des instituts, table ronde animée par Gilles GAREL, avec Catherine DELGOULET [De l'ergonomie à l'Inetop], Michel LALLEMENT [Les chaires sur le travail au Cnam] et Catherine RADTKA [Histoire de l'Institut AéroTechnique]

La singularité des chaires : du passé à la prospective, table ronde animée par Christine MUSSELIN, avec Jean-François CONDETTE [De la chaire au poste d'enseignant-chercheur : les professeurs et l'évolution des chaires dans les universités françaises (1808-2020)] et Gilles GAREL

Soirée
Ali SAÏB : L'institutionnalisation de la recherche au Cnam


Dimanche 20 septembre
LA SINGULARITÉ MUSÉALE
Matin
Interlude | Un musée au sein du Cnam : rappel historique en image, par Michèle ANTOINE

La pédagogie par l'objet, une singularité muséale, table ronde animée par Lucie MARINIER, avec Johannes-Geert HAGMANN, Olivier LABAT et Matthieu MONTÈS

Interlude | État des lieux de la muséologie des sciences et des techniques en France, par Bruno MAQUART

Sébastien SOUBIRAN : Musées, universités et recherche, la singularité des musées universitaires

Après-midi
LES PUBLICS DU CNAM
Introduction à la "frise universitaire" ou le temps de l'histoire des universités en France, par Christine MUSSELIN

Les publics du Cnam et la formation tout au long de la vie, table ronde animée par Larry BENSIMHON, avec Ariane FREHEL, Stéphane LEFEBVRE et Stéphane LEMBRÉ

Soirée
Mutations du monde du travail et formation professionnelle, table ronde animée par Gilles GAREL, avec Antoine FRÉROT et Florence PARLY


Lundi 21 septembre
PÉDAGOGIES CONTEMPORAINES & INTERNATIONAL
Matin
Ruptures pédagogiques actuelles, table ronde animée par Michèle ANTOINE, avec Larry BENSIMHON, Hicham EL HABTI, Sophie GUICHARD et Frédérique PAIN

Interlude datas | Universités, écoles et Cnam à l'international, par Christine MUSSELIN

Dialogue | Le déploiement international, entre Antoine BRICOUT [Le déploiement universitaire à l'international] et Karim MEDJAD [Internationalisation et singularité]

Après-midi
PARTIES PRENANTES & RÉSEAUX
Pascale HEURTEL : Relations au pouvoir politique

Interlude datas | Réseaux dans l'enseignement supérieur, par Christine MUSSELIN

Valérie CHARRIÈRE : Le Cnam, un établissement en réseau


Mardi 22 septembre
DÉBRIEF GÉNÉRAL, PROSPECTIF
Matin
Atelier de synthèse, restitution et perspectives, par Michèle ANTOINE, Gilles GAREL & Christine MUSSELIN

"World café", avec l'aide de Frédéric TOUVARD et d'un rapport d'étonnement d'Anne-Sophie DUBEY et des doctorants présents, et la participation de Cesar HARADA

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Michèle ANTOINE
Michèle Antoine est la directrice du Musée des Arts et Métiers, après avoir été directrice des expositions notamment à Universcience (Paris) et à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (Bruxelles) et consultante en ingénierie culturelle à Montréal (Québec). Ses recherches menées sur le terrain du commissariat d'exposition ont porté essentiellement sur les enjeux discursifs de la mise en dispositif et en espace des concepts scientifiques et sur les questions d'interface contenu/visiteurs, en ce compris le rôle de la scénographie dans le cadre d'un design interprétatif.

Gilles GAREL
Gilles Garel est Professeur titulaire de la chaire de gestion de l'innovation du Cnam depuis 2011. Il a auparavant été Professeur à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée (aujourd'hui université Gustave Eiffel) et à l'École polytechnique pendant douze ans et a travaillé à l'université d'Ottawa (Canada). Ses recherches portent sur le management de l'innovation en lien direct avec des entreprises et des organisations innovantes. Au Cnam, il a cofondé et dirigé le Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l'action (Lirsa) et est depuis 2025 chercheur au laboratoire Histoire des technosciences en société (HT2S). Il est président de l'Assemblée des chaires du Cnam depuis 2024 et responsable du séminaire "Management de l'innovation" de l'École de Paris du management depuis 2023. Il est également co-réalisateur du jeu sérieux "Jouez l'innovation – Rêves de vélo" (2025).

Christine MUSSELIN
Christine Musselin est directrice de recherche CNRS émérite au Centre de Sociologie des Organisations (Sciences Po et CNRS). Elle mène des recherches comparatives sur la gouvernance des universités, les politiques de l'enseignement supérieur et les marchés du travail universitaires. Elle a dirigé le CSO de 2007 à 2013 puis assuré les fonctions de Vice-Présidente Recherche de Sciences Po de juin 2013 à fin 2018, puis de juillet 2024 à juillet 2025. Elle est notamment l'auteure de La longue marche des universités françaises (PUF, 2001), Le marché des universitaires. France, Allemagne, États-Unis (Presses de Sciences Po, 2005), La grande course des universités (Presses de Sciences Po, 2017), Propositions d'une chercheuse pour l'Université (Presses de Sciences Po, 2019).


Jean-François CONDETTE : De la chaire au poste d'enseignant-chercheur : les professeurs et l'évolution des chaires dans les universités françaises (1808-2020)
Dans la reconstruction napoléonienne de 1808, qui fonde l'Université impériale, sont intégrées cinq ordres de facultés (droit, lettres, médecine, sciences et théologie). Chaque faculté se définit comme un regroupement de chaires, qui sont autant de postes attribués à des professeurs et que l'État rétribue. Une faculté, sauf à Paris, se définit ainsi par la nomination de quelques individus (cinq souvent en lettres et en sciences), presque inamovibles, qui incarnent un champ disciplinaire large. Cette structuration demeure pratiquement inchangée jusqu'en 1968. Si elle permet de structurer la vie universitaire et si elle est un outil intéressant de diversification des enseignements et des recherches proposées, surtout après 1880, par la multiplication des chaires de plus en plus spécialisées, la chaire devient aussi un objet de critique dans le monde universitaire lui-même. Elle "fossilise" les champs disciplinaires proposés, empêche les approches pluridisciplinaires, autonomise les professeurs qui deviennent des "mandarins", intouchables, contrôlant le système universitaire. De profondes remises en cause s'opèrent dans les années 1950-1960 alors que les régimes successifs, dès la Troisième République d'ailleurs, créent d'autres catégories enseignantes : professeur sans chaire, professeur-adjoint, maître de conférences, assistant, maître-assistant, chargé de cours. La massification des effectifs, dans le second XXe siècle, fait décliner la représentativité des professeurs en chaire, de plus en plus minoritaires, les évènements de mai-juin 1968 accélérant leur remise en cause jusqu'à la réorganisation profonde des carrières des enseignants-chercheurs titulaires opérée en 1984 qui distingue deux corps, celui des professeurs d'université et celui des maîtres de conférences, les chaires disparaissant sauf dans quelques institutions spécifiques.

Jean-François Condette est professeur des universités en histoire contemporaine à l'université de Lille (composante INSPE) et membre du Laboratoire HARTIS (UMR CNRS 9028). Il est responsable de la Bibliothèque "Temps & Sociétés" (ensemble des collections historiques) des Presses universitaires du Septentrion.
Publications
J.-F. Condette (dir.), De la difficulté d'enseigner. Permanences et mutations de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, Villeneuve d'Ascq, PU du Septentrion, 2023, 536 p.
J.-F. Condette, Histoire de l'enseignement supérieur en France (XIXe-XXIe siècle). Formation, recherche et engagement, Paris, Armand Colin, 2025, 474 p.
J.-F. Condette (dir.), Histoire de l'Université de Lille. Tome 1 : Des origines douaisiennes à mai 1968, PU du Septentrion, 2025, 418 p. ; Tome 2 : De mai 1968 à nos jours, PU du Septentrion, 2026, 428 p.

Johannes-Geert HAGMANN
Pour les musées des sciences et des techniques, la collection ne constitue pas seulement un fonds patrimonial, mais le fondement d'une pédagogie par l'objet. L'identité, et ainsi la singularité d'un musée, émane alors intrinsèquement de sa collection. De nos jours, le retour à l'objet physique s'impose comme une nécessité épistémologique, notamment face aux défis posés par l'intelligence artificielle (IA). Dans le domaine de l'apprentissage machine supervisé, le terme ground truth dénomme des jeux de donnés qui forment une base de vérification ou réfutation. En vue de la fluidité des objets numériques, cette intervention propose d'explorer les collections physiques comme ground truth pour l'enseignement de méthodes de recherche.

Johannes-Geert Hagmann est "Acting Director of Research" au Deutsches Museum von Meisterwerken der Naturwissenschaft und Technik (AdöR).
Publications
J. Bloemer, J.-G. Hagmann, P. Heering. R.L. Kremer, "Pyrometers and Flash Bulbs, Nocturnals and Lasers - Reflections on Teaching Material Culture in the History of Science", Centaurus 67 (3), 2026.
A. Fickers, "Update für die Hermeneutik. Geschichtswissenschaft auf dem Weg zur digitalen Forensik ?", in Zeithistorische Forschungen/Studies in Contemporary History, Online-Ausgabe, 17, 2020.

Michel LALLEMENT : Les chaires sur le travail au Cnam
Cette contribution prendra place dans la première table ronde de la séquence consacrée aux dispositifs d'interaction avec les mondes professionnels. Il s'agira ici de répondre à la question de l'apport singulier des chaires sur le travail à notre compréhension de l'engagement productif, aux actions qu'elles ont pu inspirer et aux types de relations que ces chaires ont pu nouer, depuis le début du XXe siècle, jusqu'à aujourd'hui avec l'économie et la société. J'insisterai notamment sur l'évolution du dispositif "chaire", les diversités de ses usages, ses intérêts et ses ambivalences.

Michel Lallement est titulaire de la chaire d'Analyse sociologique du travail, de l'emploi et des organisations du Cnam depuis 2000. Il est membre du Lise, UMR Cnam-CNRS n°3320. Parmi ses thèmes de prédilection : la rationalisation du travail, le travail et ses temporalités, les utopies du travail. Il est notamment l'auteur de Jeunesse de la sociologie du travail française (1946-1955), Genève, Droz, 2026.

Sébastien SOUBIRAN : Musées, universités et recherche, la singularité des musées universitaires
En 2001, le comité international des musées (ICOM) validait la création d'un nouveau comité thématique international dédié aux musées et collections universitaires (UMAC). Cette création fut l'objet d'un long débat au sein des instances de l'ICOM sur la reconnaissance ou non d'un statut spécifique des musées et collections universitaires au sein de la communauté des professionnels des musées. En revenant sur ces débats au début du XXIe siècle, qui marquent le renouveau des musées universitaires, cette communication explicitera ce qui peut caractériser aujourd'hui un musée universitaire par rapport à d'autres musées. Quels bénéfices et inconvénients y-a-t-il pour un musée à se situer dans un environnement universitaire ? Quelles sont les pratiques en cours, les défis et les enjeux à l'œuvre pour les musées universitaires dans les années à venir ?


BIBLIOGRAPHIE :

• Charle, C., & Verger, J., Histoire des universités, XIIIe–XXe siècle, Presses universitaires de France, 2012.
• Condette, J.-F., Histoire de l'enseignement supérieur en France (XIXe–XXIe siècle). Formation, recherche et engagement, Armand Colin, 2025.
• Eidelman, J. (coord.), Rapport de la mission "Musées du XXIe siècle", Ministère de la Culture, 2017.
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SOUTIENS :

• Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)
• Musée des Arts et Métiers > Le Cnam (MUAM)


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