Publication 2026 : un des ouvrages


RÉCITS DE VIE ET SAVOIRS EXPÉRIENTIELS EN FORMATION ET EN SANTÉ


Hervé BRETON, Jean-Michel BAUDOUIN, Maria PASSEGGI (dir.)


À l'occasion des 50 ans du paradigme des histoires de vie en formation, ce colloque propose d'historiciser et de caractériser les concepts et théories mobilisant le récit de soi dans les pratiques sociales, notamment la formation des adultes et la reconnaissance des savoirs expérientiels. Les perspectives narratives et biographiques sont analysées pour comprendre comment le récit de soi permet de formaliser, reconnaître et valider les savoirs issus de l'expérience, en particulier dans les situations de vulnérabilité et de santé. Le colloque examine les interactions entre pratiques narratives et modes d'existence des savoirs expérientiels, en interrogeant leurs effets et puissances. Il aborde les enjeux théoriques, méthodologiques, politiques et éthiques de cette approche interdisciplinaire. Les débats sont ouverts à l'ensemble des participants intéressés par ces questions.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2024) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°708]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : HDiffusion

Collection : Colloques de Cerisy - Sciences sociales

ISBN : 978-2-3634-5206-1

Nombre de pages : 258 p.

Prix public : 32 €

Année d'édition : 2026

Publication 2026 : un des ouvrages


RÉGIS JAUFFRET, LES POUVOIRS DE LA FICTION


Christelle REGGIANI, Christophe REIG (dir.)


Écrivain de l'intranquillité et de la cruauté, mais aussi de l'humour noir et de la lucidité, Régis Jauffret construit depuis quarante ans une œuvre abondante et éclectique : une trentaine de récits et de recueils ayant reçu de nombreux prix littéraires. Du 10 au 16 août 2024 s'est tenu à Cerisy-la-Salle le premier colloque international consacré à cette œuvre singulière, notamment parce qu'elle relève d'abord de la fiction, y compris lorsqu'elle trouve sa matière dans des faits divers récents. Issu de ce colloque, ce volume reconsidère cet itinéraire d'écrivain en prêtant une attention particulière à l'inventivité formelle et au grain stylistique d'une œuvre rarement analysée de ce point de vue. Les contributions interrogent d'abord la fiction et ses moyens linguistiques, en s'attardant aux trois recueils de "microfictions". Elles ressaisissent ensuite l'œuvre au prisme de deux notions centrales : le rapport inquiet avec la filiation et le goût de l'instabilité. Un entretien avec l'auteur clôt l'ouvrage.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2024) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°707]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Saint-Étienne

Collection : Lire au présent

ISBN : 978-2-86272-821-6

Nombre de pages : 300 p.

Prix public : 20 €

Année d'édition : 2026

Publication 2026 : un des ouvrages


UNIVERSITÉ ET CRÉATIVITÉ

L'IDÉAL ET L'IMPÉRATIF


Pierre MŒGLIN, Françoise THIBAULT (dir.)


En 1963, Clark Kerr, président de l'université de Californie, lance un vibrant appel : "les universités doivent trouver les moyens de s'adapter à l'effort créateur". Depuis, la référence à la créativité s'est imposée dans l'éducation, la finance et les affaires, l'espace public et jusque dans les relations internationales. Incitée à se montrer toujours plus flexible, réactive et adaptable, l'université est en outre vivement exhortée à stimuler la créativité des territoires, des entreprises et même celle des nations. Pourtant, cette créativité est écartelée entre idéal émancipateur et impératif technocratique.
Issu d'un colloque au Centre culturel international de Cerisy en 2023, ce livre met en lumière une créativité contradictoirement célébrée et contestée. Dirigé par Pierre Mœglin et Françoise Thibault, il réunit l'ensemble complet et cohérent des contributions de trente-deux spécialistes. Ceux-ci nous livrent les acquis les plus récents de leurs disciplines, au croisement des arts, de l'économie, de l'éducation, des humanités numériques, de la géographie, de la gestion, de l'histoire, de l'information et de la communication, de l'informatique, de la philosophie, de la psychologie et des sciences politiques.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2023) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°706]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : HDiffusion

Collection : Colloques de Cerisy - Sciences sociales

ISBN : 978-2-3634-5183-5

Nombre de pages : 334 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 27 €

Année d'édition : 2026

Publication 2026 : un des ouvrages


Exposition de la littérature. Enjeux, pratiques et Histoire

EXPOSITION DE LA LITTÉRATURE

ENJEUX, PRATIQUES ET HISTOIRE


David MARTENS, Isabelle ROUSSEL-GILLET (dir.)


L'on pense souvent que la littérature n'est qu'une affaire de livres, et qu'elle s'expose mal, parce qu'elle ne serait qu'écriture. Deux idées reçues que dément le nombre considérable d'expositions organisées chaque année au sujet des arts littéraires. Depuis la fin du XIXe siècle, la littérature fait l'objet d'expositions de plus en plus nombreuses et variées dans leurs formes, qu'il s'agisse de mettre en valeur de grands auteurs, des mouvements littéraires, des œuvres ou d'investir l'exposition comme espace de création à part entière. Réunissant professionnels de l'exposition et chercheurs, ce livre très illustré est le premier à en éclairer à cette échelle l'histoire et la diversité d'enjeux grâce à des études ponctuant des témoignages de professionnels.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°705]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Rennes

Collection : Interférences

ISBN : 979-10-413-0332-8

Nombre de pages : 516 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 30 €

Année d'édition : 2026

Publication 2026 : un des ouvrages


La pacification dans les mondes normands médiévaux

LA PACIFICATION DANS LES MONDES NORMANDS MÉDIÉVAUX

CONQUÉRIR, SOUMETTRE, GOUVERNER


Pierre BAUDUIN, Simon LEBOUTEILLER, Annick PETERS-CUSTOT (dir.)


Comment passe-t-on de la conquête à la paix, de la violence militaire à la construction d'un nouvel ordre politique ? C'est cette transition incertaine que questionne le titre du livre, en s'intéressant aux mondes normands médiévaux, du monde viking à la Normandie, de l'Angleterre au royaume de Sicile, entre le IXe et le XIIe siècle. Cet ouvrage collectif explore la notion de "pacification", fortement chargée d'échos historiographiques contemporains, et interroge sa pertinence pour le Moyen Âge. Les contributions examinent les mécanismes qui permettent d'apaiser ou de contenir la violence : ralliements, médiations, légitimations idéologiques, structures juridiques et politiques, logiques de contrôle militaire et économique. À la croisée des approches politiques, sociales et culturelles, le volume met en lumière les dynamiques d'intégration et les réseaux d’acteurs qui transforment d'anciens ennemis en partenaires.
Issu d'un Colloque de Cerisy, ce livre propose une réflexion comparatiste originale sur la conquête et ses suites, entre guerre et paix.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°704]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Caen

Collection : Symposia

ISBN : 978-2-38185-289-8

Nombre de pages : 340 p.

Prix public : 18 €

Année d'édition : 2026

Publication 2026 : un des ouvrages


Barbey d'Aurevilly à Cerisy - Réédition

RÉÉDITION


BARBEY D'AUREVILLY À CERISY

L'ENSORCELÉE, UNE HISTOIRE SANS NOM,
CE QUI NE MEURT PAS, UNE PAGE D'HISTOIRE


Actes des colloques (1980-1985) dirigés par Joël DUPONT

Édition préfacée, revue et corrigée par Pierre GLAUDES et Francesca GUGLIELMI


Cet ouvrage réunit les actes de trois colloques qui eurent lieu au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, entre 1980 et 1985. Consacré à Barbey d'Aurevilly, ce cycle de rencontres rassemblant des étudiants, des universitaires, des chercheurs indépendants de tous horizons et des lecteurs chevronnés de l'écrivain normand, a contribué au renouvellement de la lecture de son œuvre, qui avait longtemps semblé, selon une opinion courante, ne devoir intéresser que des catholiques et des monarchistes nostalgiques du monde représenté par le "Connétable des lettres". Ces trois colloques, qui témoignent d'un moment fécond des études aurevilliennes étaient depuis longtemps difficiles à se procurer. Ils sont désormais à nouveau disponibles.


Ouvrage issu de trois colloques de Cerisy :
Barbey d’Aurevilly et L’Ensorcelée (1980)
Lecture et relecture de Barbey d'Aurevilly. Autour d'Une histoire sans nom (1982)
Barbey d’Aurevilly (autour de Ce qui ne meurt pas) (1985)
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°703]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Classiques Garnier

Collection : Colloques de Cerisy - Littérature, n°14

ISBN : 978-2-406-18879-7

Nombre de pages : 416 p.

Prix public : 39,00 €

Année d'édition : 2026

ÉDITION D'ORIGINE - AUTOUR DE L'ENSORCELÉE

Autour de L'EnsorceléeAutour de L'Ensorcelée

Éditeur : Revue du département de la Manche - Tome 23, Fasc. 89, 90

Nombre de pages : xxx p.

Année d'édition : 1981

Non disponible à Cerisy auprès du CCIC [n°68]

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ÉDITION D'ORIGINE - AUTOUR D'UNE HISTOIRE SANS NOM DE BARBEY D'AUREVILLY

Autour d'Une histoire sans nom de Barbey d'AurevillyAutour d'Une histoire sans nom de Barbey d'Aurevilly

Éditeur : Annales de Normandie - 34e année - n°3

Nombre de pages : xxx p.

Année d'édition : 1984

Non disponible à Cerisy auprès du CCIC [n°87bis]

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ÉDITION D'ORIGINE - BARBEY D'AUREVILLY. CE QUI NE MEURT PAS. UNE PAGE D'HISTOIRE

Barbey d'Aurevilly. Ce qui ne meurt pas. Une page d'histoireBarbey d'Aurevilly. Ce qui ne meurt pas. Une page d'histoire

Éditeur : Les Cahiers de l'O.D.A.C. de la Manche - n°2

Nombre de pages : 136 p.

Année d'édition : 1986

Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°104]

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Publication associée


Témoignage

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"TRAVERSÉE D'UN JEUNE PHILOSOPHE CERISYEN"

RENCONTRE AVEC WILLIAM FALTOT


L'assemblée générale des Amis de Pontigny-Cerisy s'est tenue le 2 avril 2026 sous une forme renouvelée et remarquablement accueillie par l'Institut pour la Recherche | Groupe Caisse des Dépôts. Après le volet statutaire et avant la présentation des activités de la saison 2026, un moment a été consacré à LA VIE DE L'ASSOCIATION, trois amis de Cerisy ont témoigné des traits marquants de leurs séjours à Cerisy : pour Frédérique Sainct (remarquable auditrice avec son mari Hervé, récemment disparu) et Sandra Travers de Faultrier (d'abord auditrice, puis contributrice, enfin directrice d'une superbe rencontre en 2024 intitulé Là où se déploie le monde… Droit et littérature : formes et sens à même l'histoire), leurs premières venues étaient très anciennes ; pour le jeune William Faltot, 2025 était sa première année tout d'abord comme auditeur (colloque autour de François Jullien), puis stagiaire dans l'équipe de Cerisy (colloque autour de Jocelyn Benoist) et enfin comme intervenant (colloque autour de Hartmut Rosa).

 

Hartmut Rosa, William Faltot


Bonsoir à toutes et à tous. Merci de me permettre de partager ce soir avec vous mon expérience. Contrairement aux deux intervenantes précédentes, je n'ai pas encore quarante ans de Cerisy derrière moi, mais je compte bien y passer à Cerisy les quarante étés prochains ! Personnellement, j'ai découvert Cerisy très récemment, l'été dernier. J'avais alors 18 ans.

Je m'appelle William Faltot et je suis étudiant en deuxième année de licence de philosophie à l'Université Paris-1 Panthéon Sorbonne. J'ai d'abord découvert Cerisy en qualité de participant avant d'y revenir en tant que stagiaire, ce qui m'a permis de vivre les colloques de deux points de vue différents.

J'ai passé une bonne partie de ma première année à lire François Jullien, principalement en qualité de commentateur de la philosophie chinoise à laquelle je voulais m'initier. C'est par un heureux hasard que j'ai découvert Cerisy : j'ai consulté la page LinkedIn de François Jullien et j'ai vu qu'on organisait le colloque De la dé-coïncidence à la "vraie vie". Rouvrir des possibles avec François Jullien dans ce lieu dont je n'avais pas entendu parler jusqu'alors. Je me suis rendu sur le site Internet de Cerisy et, après en avoir discuté avec mes parents, j'ai décidé de m'inscrire et de partir en Normandie !

J'avais surtout lu François Jullien en tant que sinologue ; à Cerisy, je l'ai découvert en tant que philosophe contemporain avec la nouvelle dimension de sa pensée du vivre. Cela m'a permis de comprendre un aspect plus général sur Cerisy. Jusqu'ici, je ne lisais principalement que des auteurs antiques datant d'il y a plusieurs siècles. À Cerisy, j'ai eu ma première rencontre avec la pensée contemporaine : je me suis non seulement rendu compte qu'il restait encore à penser de nos jours — en rencontrant cette pensée en train de se faire — mais j'ai aussi réalisé que je pouvais m'y impliquer, la questionner, voire peut-être y apporter un jour ma part ! Dans ce cadre insolite, j'ai rapidement vu une dynamique se construire avec les autres participants. Nous avions la chance de partager une passion commune, nous pouvions échanger nos réflexions quant à la philosophie de François Jullien. Là-bas, j'ai vécu une réelle stimulation intellectuelle continue pendant toute une semaine : nous continuions les débats à la suite des conférences pendant les repas, ou parfois jusqu'à tard le soir, jusqu'à une ou deux heures du matin.

Le deuxième soir du colloque, je me suis rendu à l'est@minet. Je voulais comprendre l'histoire du lieu et j'ai pu feuilleter les actes de colloques qui avaient fait son histoire. Là-bas, j'ai décidé de coucher sur le papier toutes les questions qui m'avaient traversé l'esprit au cours de l'année précédente et que je voulais poser à François Jullien. J'espérais pouvoir m'adresser à lui à un moment de la semaine. Par chance, le lendemain même, celui-ci proposa de donner la parole aux participants sur une soirée où rien n'était prévu. Lorsque mon tour fût venu, mes interrogations ont pris la forme d'une interview improvisée que j'ai fini par publier au sein d'une revue étudiante quelques mois plus tard. Dans ce texte, je cherchais à m'essayer à la pratique de sa démarche philosophique : le vis-à-vis, qui met en regard deux points de vue ou deux cultures sans les comparer. J'ai donc cherché à établir un vis-à-vis entre la pensée de François Jullien et celle d'un philosophe japonais Nishida Kitaro.

J'ai fini par rencontrer l'équipe de Cerisy : Frédéric, Fabienne, les stagiaires d'alors : Violette et Sheun, ainsi qu'Edith. Ce qui m'a vraiment impressionné chez elle, c'était qu'un colloque comme celui que je vivais cette semaine-là — qui me nourrissait intellectuellement, qui était pour moi de l'ordre de l'extraordinaire — faisait partie de son quotidien. Qu'elle vivait des événements pareils depuis des années et qu'elle avait assisté à bon nombre de conférences : ce devait être un puits de savoir !

Suite à un désistement, elle m'a proposé de venir les aider comme stagiaire à la fin de la saison. Je me suis rapproché de Violette et de Sheun avec lesquelles je me suis très bien entendu et celles-ci ont commencé à me former à mon futur rôle de stagiaire. De plus, elles ont créé un magnifique manuel : le Guide du Stagiaire qui a été un repère pendant tout mon stage. Je les en remercie, merci également à Edith qui m'a permis de revenir assister à d'autres colloques grâce à ce stage.

Une fois le premier colloque terminé, je me suis débrouillé pour trouver une convention de stage en juillet et j'ai fini par revenir en août pour trois nouveaux colloques : j'étais ravi ! Le premier colloque m'a ouvert à un sujet que je ne connaissais guère : la poésie d'Habib Tengour. Pendant ce temps, j'apprenais mon rôle de stagiaire : l'organisation des bibliothèques éphémères, l'aide que j'apportais aux membres du bureau, l’écriture du programme de la journée sur le tableau blanc, etc. Pendant ce colloque, j'ai préparé — comme je l'avais fait avec une partie de l'œuvre de François Jullien — le colloque Jocelyn Benoist. Lorsque j'avais fini mon travail de stagiaire, les membres du bureau me laissaient assister aux conférences et lire. Je me suis même essayé au rôle de secrétaire technique l'espace d'une semaine !

S'il faut retenir quelque chose de Cerisy : c'est que ce n'est pas un château pour rien. Il n'a pas de murailles ou de douves intégrales, mais si c'est un château, c'est parce que c'est un refuge. Cerisy nous nourrit : il soigne aussi bien l'intellect, que le cœur. Pendant ce colloque, j'ai également préparé le suivant qui portait sur l'œuvre d'Hartmut Rosa. Pour ce faire, j'ai lu certains de ses livres et j'ai travaillé avec Edith sur une nouvelle notion qu'il développait alors, l'énergie sociale. Si nous menions l'enquête sur ce sujet, c'était en vue d'une table ronde que nous souhaitions proposée en 2026 au colloque Où sont passées nos énergies ?.

Suivant l'exemple de Jean-Paul Gaillard, j'ai voulu prolonger le débat sur l'énergie sociale en organisant un "cyclo" dans le salon des boiseries. Hartmut Rosa a gentiment accepté d'y prendre part et nous avons discuté, avec d'autres participants, de la manière avec laquelle l'énergie sociale serait susceptible de transformer notre société actuelle. L'événement s'est très bien déroulé et donna lieu à plus de quarante minutes de débat supplémentaire. Suite à cette discussion, Corine Pelluchon, directrice du colloque, m'a gentiment proposé de participer à la table ronde des doctorants le dernier jour alors que je n'étais encore qu'en licence pour faire mon rapport d'étonnement sur cette semaine d'échanges passionnants. Je l'en remercie.

C'est sur cette note fantastique que s'est achevé mon stage à Cerisy : j'allais parler dans cette bibliothèque légendaire qui avait accueilli des grands philosophes et des grands auteurs ! J'étais honoré. S'est terminé ainsi ce que j'ai qualifié de "troisième semestre cerisyen", moment que j'espère revivre l'été prochain lors d'un nouveau stage d'une durée de deux mois.

J'ai donc eu la chance de découvrir Cerisy sous plusieurs aspects : de participants je suis devenu stagiaire. Je voulais aider à l'élaboration de cette magie que j'avais vécu en tant que participant. J'étais content de pouvoir y apporter ma part. Et depuis mon rôle de stagiaire, j'ai fini par pouvoir formuler ma pensée sur celles des auteurs que je lisais, c'était un rêve !

De Cerisy, je ne garde donc que du positif : des beaux souvenirs, de belles rencontres. Et tout ce que j'attends, c'est de pouvoir y retourner. Je suis heureux d'avoir découvert ce lieu l'été dernier, et je suis heureux d'avoir découvert l'assemblée générale de l'association aujourd'hui.

Merci beaucoup de m'avoir permis de vous partager mon expérience ce soir, c'était très précieux pour moi.

Témoignage

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"RENCONTRE"

RENCONTRE AVEC SANDRA TRAVERS DE FAULTRIER


L'assemblée générale des Amis de Pontigny-Cerisy s'est tenue le 2 avril 2026 sous une forme renouvelée et remarquablement accueillie par l'Institut pour la Recherche | Groupe Caisse des Dépôts. Après le volet statutaire et avant la présentation des activités de la saison 2026, un moment a été consacré à LA VIE DE L'ASSOCIATION, trois amis de Cerisy ont témoigné des traits marquants de leurs séjours à Cerisy : pour Frédérique Sainct (remarquable auditrice avec son mari Hervé, récemment disparu) et Sandra Travers de Faultrier (d'abord auditrice, puis contributrice, enfin directrice d'une superbe rencontre en 2024 intitulé Là où se déploie le monde… Droit et littérature : formes et sens à même l'histoire), leurs premières venues étaient très anciennes ; pour le jeune William Faltot, 2025 était sa première année tout d'abord comme auditeur (colloque autour de François Jullien), puis stagiaire dans l'équipe de Cerisy (colloque autour de Jocelyn Benoist) et enfin comme intervenant (colloque autour de Hartmut Rosa).

Yves-Edouard Le Bos, Sandra Travers de Faultrier,
Marco Antônio Sousa Alves


Parce que c'est un honneur, et je remercie Edith Heurgon pour son invitation, parce que ce sont 37 étés (une fois un automne) de ma vie, je suis émue aujourd'hui de témoigner devant vous, c'est-à-dire de tenter de dire Cerisy alors que ce nom est un monde. Ma parole n'aura rien d'une parole judicative, n'aura aucune prétention à soumettre les mots à l'emprise de la correspondance avec ce qui s'appellerait le réel. Il s'agira, très subjectivement, de dire autrement un quelque chose qui m'accompagne. Le mot RENCONTRE en sera le motif.

I - Cerisy relève pour moi de la rencontre amoureuse ; de celles qui donnent le sentiment de reconnaître ou d'avoir toujours connu, alors même qu'il n'existe aucune antériorité ; de celles qui, parce qu'elles décentrent rassemblent. Une rencontre continuée (François Jullien) parce qu'elle ne s'enlise pas, ne s'installe pas, a toujours à advenir ; se déploie à même le Vivre.

Si l'objectivation est possible (un château normand à flanc de colline au cœur d'une campagne verdoyante, un abri pour la pensée exigeante mais en liberté — sans le scientisme de l'expertise ou la religiosité d'une inféodation —, une demeure familiale qui, en se transmettant, lie passé et présent dans un même élan vital), elle ne saurait épuiser l'éprouvé qui la déborde.

Bien sûr découvrir Cerisy, c'est comme découvrir Rome pour des générations de voyageurs : Gide, par exemple, évoque la difficulté de se dépouiller des souvenirs de lecture de Goethe visitant Rome (L'Immoraliste). Mais, à Cerisy, rien ne sert de "brûler tous les livres" (Les Nourritures terrestres) qui dialoguent en soi. Car si le nouvel arrivant ne peut faire l'économie de ses connaissances livresques préalables (les 10/18 par exemple), il ne peut ignorer l'histoire littéraire et philosophique qui, depuis plus d'un siècle s'élabore à la lumière de ce projet un peu fou et si nécessaire, ne peut échapper aux photographies qui peuplent salles et couloirs et qui sont autant de faits et de représentations qui pourraient faire obstacle à un regard lavé de tout repère, très vite, presque instantanément même, cette connaissance actualisée dans le présent de l'arrivée se révèle discrètement accompagnatrice. Sans présence oppressive, sans hantise. Le passé ne relève pas de l'encryptage.

Lieu de pensée vivante, Cerisy est le temps d'un corps à corps avec ce qui nous traverse, avec ce qui nous lie, avec la résonance de plus grand que soi (cette pensée liante qui n'en finit pas de vivre de la faim de ceux qui s'y livrent).

II - Si témoigner passe par la présence renouvelée et endurante (j'ai connu les vraies décades, puis celles de huit jours, aujourd'hui les six jours), témoigner c'est aussi tenter de tracer la figure d'une vérité expérientielle : celle de la rencontre avec laquelle elle se confond. Rencontre avec des pensées autres (je suis d'abord juriste — de formation et professionnellement — avant d'être, plus tard, docteure es lettres et me suis toujours retrouvée seule juriste), que l'altérité soit disciplinaire, temporelle ou générique, que celle-ci naisse des communications ou des conversations ; rencontre avec ce qui n'est pas de son domaine, rencontre avec ce qui n'est pas sa langue, rencontre avec celles et ceux qui, différents, partagent un même appel. Ainsi, les grammaires disciplinaires qui sont autant de formes formantes du réel deviennent voies de passages, et les paroles échangées comme autant de frôlements d'êtres sont apprivoisement de nouvelles résonances. Traversée et prise de chair des altérités qui s'ouvrent, se donnent, instruisent, la rencontre de l'autre, qu'il s'agisse des auteurs ou des commensaux, est bien une identité essentielle de Cerisy.

III - Rencontre avec l'autre, rencontre avec soi aussi. Auditrice de colloques, autrice de communications lors de colloques, directrice de colloque, j'ai, depuis l'été 1990 où j'ai découvert Cerisy grâce à un ami (à mon tour j'ai fait connaître Cerisy), éprouvé ce que veut dire advenir à soi sans référence à une essence première tout en ayant la certitude d'un "toujours déjà là" ; ce que veut dire apprendre ce que je voulais dire comme si une antériorité intime s'autorisait d'une puissance neuve (Claude Romano). Comme un accès à un biographique sans repère narratif le temps en ces lieux traversés de temps ouvre à un surcroît. Qui a pour nom la joie. Non celle des manuels de Développement personnel mais celle, exubérante, et "spacieuse" (J.L. Chrétien) de ce qui s'entête, s'affirme, résiste, advient comme un rendez-vous inattendu en réponse à un appel inaperçu. C'est, au plus intime de l'intime, une joie signée qui vient au-devant. Qui serait le plein midi du présent. Un présent qui ne vit que d'être adressé.

Espace-temps de retraite aussi, Cerisy permet une solitude sans expérience de l'esseulement. Parce que liée à une réalité donnante, celle de la parole parlante. Être soi se conjugue à un être-avec : livres, communications, conversations convoquant la présence réelle. Ainsi tout est lié. Le lever de jour si pâle qu'il en est rouge, le ciel déchiré d'oiseaux invisibles, l'humide odeur des buis en fin de journée, le parfum des roses muettes, l'énigme claire de la lune fidèle, ces bruits de cuisine au loin qui donnent l'heure, la fatigue bienveillante de la pensée en acte, tout convoque la contemplation féconde et fécondante à laquelle l'étymologie du mot pensée, à savoir Théorein, renvoie. Ainsi tout est lié. Par-delà et dans le respect de chacune, disciplines et langues définitionnelles concourent, malgré l'apparente concurrence de prismes mentaux, à dire le réel — Michelet, prononçant en 1825 son discours sur "l'unité de la science", affirmait que "la connaissance des faits isolés est stérile et souvent funeste. Celle des faits liés selon de véritables rapports est toute lumière, toute morale, toute religion. Les langues, la littérature et l'histoire, la physique, les mathématiques, la philosophie forment un système dont notre faiblesse considère successivement les diverses parties." (Jules Michelet cité par Gabriel Monod, La Vie et la pensée de Jules Michelet, Tome I, Honoré Champion, 1923, p. 107. Voir la 16ème leçon des Cours au collège de France, in Michelet, créateur de l'histoire de France, édition établie par Brigitte Mazon et Yann Potin, Vuibert, 2014, p. 245.). Comme tout semble tisser l'unité que l'on se sent être, comme tout semble permettre en chacun la capacité à s'autoriser en élucidant l'excédence appelante.

IV - Rencontre avec le présent en majesté (fait de tous les temps comme j'aime moi-même à vivre le temps au plus près de ses différends noms que sont passé, présent, futur). Parce que l'on se sent "à la maison" tout en étant traitée en invitée, parce que ce qui demeure (les rites : cloche, horaires, photos, soirée de présentation au grenier, omelette norvégienne…) ne s'impose pas comme un retour au connu mais se meut en partition d'un événement incorporel, Cerisy, à l'image de ses hôtes (propriétaires et personnel) est le lieu d'une Pensée hospitalière. Est le lieu, dès le premier soir, de ce qui a lieu. Qui n'est ni de l'ordre du discours, ni de l'ordre de la représentation. Qui articule, jour après jour, le dedans et le dehors rassemblés pour faire abri à ce qui appelle, à ce qui, dans l'immédiateté, est adresse à autrui.

Parler de Cerisy convoque un dire autrement pour que le dire ne soit pas clôture, pour que le dire déborde ce qu'il dit. Il ne s'agit pas de conquête mais d'accueil. Comme les amitiés précieuses qui s'y nouent et perdurent.

Cerisy, lieu et temps tout à la fois, a le don de la joie. Intellectuelle, relationnelle, spirituelle. Qui invite au partage et qui, telle une promesse tenue, se fait appel et réponse dans la vie où penser et rendre grâce (Denken et danken selon Heidegger) s'exigent mutuellement, puisant puissance et exigence à même la jouissance d'être de "l'esprit (en) travail" si semblable, selon Germaine de Staël, au "plaisir que trouve l'homme robuste dans l'exercice du corps proportionné à ses forces".

Témoignage

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"TRAVERSÉES CERISYENNE 1985-2025… ET LA SUITE !"

RENCONTRE AVEC FRÉDÉRIQUE SAINCT


L'assemblée générale des Amis de Pontigny-Cerisy s'est tenue le 2 avril 2026 sous une forme renouvelée et remarquablement accueillie par l'Institut pour la Recherche | Groupe Caisse des Dépôts. Après le volet statutaire et avant la présentation des activités de la saison 2026, un moment a été consacré à LA VIE DE L'ASSOCIATION, trois amis de Cerisy ont témoigné des traits marquants de leurs séjours à Cerisy : pour Frédérique Sainct (remarquable auditrice avec son mari Hervé, récemment disparu) et Sandra Travers de Faultrier (d'abord auditrice, puis contributrice, enfin directrice d'une superbe rencontre en 2024 intitulé Là où se déploie le monde… Droit et littérature : formes et sens à même l'histoire), leurs premières venues étaient très anciennes ; pour le jeune William Faltot, 2025 était sa première année tout d'abord comme auditeur (colloque autour de François Jullien), puis stagiaire dans l'équipe de Cerisy (colloque autour de Jocelyn Benoist) et enfin comme intervenant (colloque autour de Hartmut Rosa).

Anne Peyrou-Bas, Olivier Bas, Edith Heurgon,
Hervé Sainct, Frédérique Sainct


Très chère Edith, et vous tous passionnés de ce lieu improbable et magique,

Me voici donc invitée devant vous à évoquer ces quelques 40 années de fréquentation de Cerisy, dont 25 relativement actives.

C'est en effet en 1985 que mon mari Hervé a découvert le livre L'auto-organisation. De la physique au politique (Éditions du Seuil, 1983, réédité dans la collection "Cerisy / Archives", Hermann, 2022 - Actes du Colloque de Cerisy de 1981, dirigé par Paul Dumouchel et Jean-Pierre Dupuy), Cornélius Castoriadis, y participant parmi beaucoup d'autres personnalités. Cet ouvrage a éclairé notre compréhension du monde ! À l’époque, le monde scientifique était en ébullition après les livres de René Thom sur la "Théorie des catastrophes" (René Thom publie, en 1972, "Stabilité structurelle et morphogenèse", qui dessine une théorie des catastrophes. Un colloque lui est consacré à Cerisy en 1982 : Logos et théorie des catastrophes (à partir du travail de René Thom), sous la direction de Jean Petitot, en présence de René Thom, publié en 1988 aux Éditions Patino) et la notion de "bifurcation de comportement", puis sur celui d'Ilya Prigogine "La nouvelle alliance" (La nouvelle alliance. Métamorphose de la science, Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, Paris, Gallimard, 1979. Le colloque Temps et devenir. À partir de l'œuvre d'Ilya Prigogine s'est tenu en 1983 à Cerisy, sous la direction de Jean-Pierre Brans, Isabelle Stengers et Philippe Vincke, en présence d'Ilya Prigogine. Il a été publié en 1988 aux Éditions Patino, réédité dans la collection "Cerisy / Archives", Hermann, 2012) entre les sciences et les autres disciplines : politique, philosophie, arts… Le monde des mathématiques et de la philosophie se rejoignaient pour notre plus grand plaisir ! Hervé a toujours été un "passeur" entre les disciplines, les projets… Regardant l'éditeur, nous avons découvert ces simples mots "Colloque de Cerisy, 1981". Nous avons alors écrit pour savoir ce qu'il en était. Et depuis nous avons suivi, année après année, la programmation d'un lieu capable de produire un tel livre !

Notre première présence à Cerisy date de juin 1988, à la décade Épistémologie et symbolique de la communication. Ce fut 10 jours hors du temps, un envoûtement instantané ! Edith avait les cheveux long, Catherine de Gandillac était attentive à chacun de nous, on jouait au ping-pong au sous-sol, le chêne (tombé en 2016 sous l'effet d’une forte tempête…) trônait sur la pelouse de la terrasse nord, une chouette était installée au plafond de la grange, l'omelette norvégienne sonnait déjà la clôture prochaine du colloque.

La première soirée de présentation fut épique : nous étions assez différents des autres participants, avec notre culture technique et notre absence de contribution : il y avait peu d'auditeurs à ce colloque. La présentation de chacun, puis du château et de l'histoire des Amis de Pontigny-Cerisy nous fit forte impression… Qu'allait-il nous arriver ? Ce fut finalement assez facile d'écouter les communications et de participer aux conversations pendant les pauses et les repas. L'auto-organisation et la complexité n'étaient pas étrangères aux débats ! Cette expérience de "temps suspendu" pour discuter, échanger, réfléchir, sans autre enjeu qu'un enrichissement personnel et collectif et sans autre contrainte qu'une cloche nous rappelant à la vie physique : de la magie totale !

Ce colloque fut fondateur de notre envie de retrouver ce "temps suspendu" pour d'autres sujets. Nous prenions conscience que notre désir de "faire se parler les disciplines" était ici largement partagé ! Faire des liens entre les savoirs correspondait bien à notre état d'esprit. Et le plaisir d'approfondir certains domaines a été un puissant levier de choix. La présence des auteurs ou des protagonistes du sujet, très intimidante pour moi, a été un réel atout : quasi tous les intervenants sont des personnes charmantes, bien sûr TRÈS savantes, qui profitent aussi de ce lieu pour être plus détendues et plus abordables que dans des espaces 'de travail' où les enjeux sont tout autre.

Néanmoins pour intervenir, il fallait être à la hauteur, synthétiser sa question, la poser "au bon moment" ! Mais la parole nous a toujours été accordée quand nous la demandions. Et lors des pauses ou des repas nous avons pu discuter avec beaucoup de personnes d'âges et de conditions très variées !

Autant que possible nous préparions nos colloques, et c'était déjà des moments de joie : en prenant connaissance des intervenants, en complétant nos lectures sur le sujet. Et, au retour, Hervé triait ses notes et les rangeait afin de les utiliser plus facilement. De plus, au fil des colloques nous avons pu enrichir notre collection d'actes des colloques de Cerisy (Nous possédons une soixantaine d'actes de colloques et beaucoup de livres de préparation ou de suite), nous permettant d'approfondir nos sujets de prédilection.

Sur les choix de nos colloques, nous étions assez dépendants de nos capacités à nous déplacer jusqu'en Normandie, et à réserver 10 jours "hors de notre famille", ce qui explique le "trou" de près de douze années entre le premier et le deuxième colloque…

Nous avons retrouvé le chemin de Cerisy en l'an 2000, où "forcément" nous rêvions d'assister au colloque sur Les Calendriers. Nous y avons rencontré Jacques Le Goff qui en était le directeur, ainsi que beaucoup d'intervenants, entre sociologie, physique, géographie, histoire et civilisations. Ce fut absolument passionnant, et très joyeux !

Douze autres années ont encore passée. Puis en 2012, un peu plus libres de nos mouvements, nous avons pu renouer avec un colloque par an, puis 2, voire même 3, sur des thèmes choisis :

- les jardins, où nous avons pu suivre 3 moments passionnants, au cours desquelles là aussi les dimensions artistiques, historiques, pratiques, sociologiques, techniques, furent abordées pour éclairer les sujets sans jamais les épuiser. Les visites "HORS LES MURS" ont, comme à chaque occasion, permis de rendre tangible les idées : il s'agit d'une activité très importante pour un colloque, quand le thème s'y prête. Ah ! la traversée à pied de la baie du Mont ou les tomates de Yann Lafolie (Jardins en politique (auprès de Gilles Clément), Colloque de 2016, sous la direction de Patrick Moquay et Vincent Piveteau)… ;

- les notions de biens communs et de transition écologiques ont été étalés sur de nombreux colloques et une quinzaine d'années. Je noterai la révélation (L'alternative du commun, Colloque de 2017, avec Ferhat Tayhan et le fleuve côtier Whanganui) de l'importance du "non-vivants" et du "vivant non-humain", avec des droits pour eux et un devoir de protection lors d'un colloque en 2017. Nous avons alors appris la lutte qu'il a fallu mener pour qu'un fleuve côtier australien puisse devenir une "personnalité morale", statut lié à un devoir de sa protection par les humains. Les reculs de ces thématiques dans le brouhaha actuel m'affectent profondément, car les "communs" sont fondamentaux pour le respect de chacun et le "vivre ensemble" ;

- les colloques littéraires, philosophiques ou sociologiques nous ont permis d'approfondir des auteurs ou des mouvements que nous suivions depuis longtemps : W.G. Sebald, Edgar Morin, Carlo Ginsburg, l'Oulipo, Voltaire… Travailler avec les auteurs parmi nous a été impressionnant, mais cela a apporté une autre dimension, enrichie d'échanges plus personnels, plus humains ;

- nous avons aussi poursuivi notre découverte de Cerisy par des colloques plus scientifiques en lien avec nos passions : le hasard, le numérique, l'Océan, la propagation. Ainsi que quelques colloques "hors classe" sur l'anthropologie, le "sens du travail" ou "la traduction" et leur importance, leurs difficultés, leurs bonheurs aussi.

Mention spéciale à un type de rencontres que nous n'avons pas pu suivre : les colloques normands de l'automne. Mais lors de visites à l'abbaye de Hambye, nous avons pu découvrir Pierre Bouet (directeur notamment du colloque sur La tapisserie de Bayeux, 1999), sa gentillesse, sa disponibilité et son immense culture. Néanmoins, jamais disponibles en octobre nous les avons tous manqué… sauf celui de 2024 ! Géopolitique de la Normandie dans le monde nous a éclairé sur cette histoire normande qui va du nord de l'Angleterre au sud de l'Italie. En préparant ce colloque, j'ai pu approfondir la riche et étonnante histoire des Normands, ce fut un régal, qui m'a conforté dans l'idée de pouvoir encore suivre ces colloques particuliers.

Au-delà du strict domaine des colloques, des soirées différentes, et pourtant dans le thème traité, ont souvent été organisées : pièces de théâtre, musique, films, témoignages… C'était chaque fois un réel enrichissement. Je n'oublie pas aussi les découvertes à l'occasion des après-midi de détente, où nous avons pu apprécier de bons restaurants, des sites normands remarquables, des personnalités attachantes, et tant d'autres choses…

Et parfois aussi la magie des colloques simultanés. Nous avons ainsi découvert plusieurs années de suite les acteurs de la Textique avec Jean Ricardou, discipline visant à élaborer une théorie unificatrice des multiples structures de l'écrit. Plus récemment, le colloque de 2025 : Un Mystère à Carentan : le Saint Julien retrouvé (1529), parallèle à celui sur les Propagations sur un texte improbable de 1529 retrouvé par deux historiens fut l'occasion d'une sortie "HORS LES MURS" enchanteresse, d'une soirée passionnante sur les conditions de découverte de documents très anciens et d'une pièce de théâtre issu du document étudié qui fut très appréciée ! C'est cela aussi la magie de Cerisy : des événements improbables, des rapprochements fortuits et féconds…

En un mot, Cerisy a grandement renforcé notre ouverture au monde, notre culture dans plusieurs domaines, selon une démarche structurée qui débutait avant les colloques et se poursuivait bien au-delà de chaque séjour. Je ne remercierai jamais assez Edith et toute les équipes nécessaires à cet exploit sans cesse renouvelé.

Publication 2026 : un des ouvrages


LE GESTE ET LA FIGURE
MICHEL GUÉRIN, L'AFFECTIVITÉ DE LA PENSÉE

REVUE LA PART DE L'ŒIL, N°40


Jean ARNAUD, Pierre BAUMANN, Amélie de BEAUFFORT, Pascal KRAJEWSKI, Pierre SAUVANET (dir.)


L'hypothèse au point de départ de ce volume est que la "Figure" est devenue un concept central dans le domaine de l'esthétique et de la pensée philosophique de ces dernières décennies. Outre la référence à la pensée de la figura, la notion de Figure emporte avec elle une dimension de spatialisation qu'elle dispute aux notions plus communes d'image et de représentation. Parmi les auteurs qui ont fait de ce concept le foyer rayonnant d'une œuvre philosophique, il en est un, Michel Guérin, écrivain et philosophe, qui en propose une conception singulière dont ce volume se propose de saisir les contours, d'interroger les fondements et d'explorer les ressources tant sur le plan philosophique que sur le versant esthétique et plus largement anthropologique.
Depuis son premier livre consacré à Nietzsche, Socrate héroïque (Grasset, 1975) jusqu'à son ouvrage à paraître sur les trois critiques kantiennes, Michel Guérin a consacré de nombreux travaux visant à élaborer philosophiquement une Figurologie et à forger une pensée de "l'affectivité de la pensée". Cette voie a conduit l'auteur à développer une Philosophie du geste et à emprunter les ressources de l'anthropologie (des techniques) — et en particulier à Leroi-Gourhan auquel il a consacré un livre (André Leroi-Gourhan : l'évolution ou la liberté contrainte, Hermann, 2019) — pour poser à nouveaux frais la question des gestes premiers qu'il rassemble dans une gestique transcendantale composée de quatre gestes anthropologiques fondamentaux : faire, écrire, donner, danser.
L'hypothèse avancée par Guérin est que le geste de danser est la matrice de tous les arts et des conduites esthétiques. Il s'est attelé à défendre cette thèse dans différents livres consacrés plus directement à l'art (L'espace plastique, 2008) et à son histoire (Nihilisme et modernité, 2003 ; Le Temps de l'art. Anthropologie de la création des modernes, 2018) tout en conduisant, conjointement, une réflexion de fond sur la façon dont les œuvres induisent des Figures (de pensée) (Qu'est-ce qu'une œuvre ?, 1986 ; Pour saluer Rilke, 2008 ; Le signe et la touche, 2024). Parallèlement, l'auteur s'est attaché à dialoguer constamment avec les grandes approches philosophiques du XXe siècle, comme la phénoménologie, dont il met au jour les apories (La Fin des phénomènes, 2024).
Dans le vaste appareillage théorique et conceptuel forgé par Michel Guérin, trois notions ont été ici retenues : la Figure, le geste et l'affectivité.
Le présent volume rassemblant les contributions du colloque "Figures de Michel Guérin" qui s'est tenu en juillet 2024 à Cerisy, entend tout à la fois amplifier et mettre à l'épreuve certaines des propositions de l'œuvre de Michel Guérin. Dans le prolongement de l'exposition (Créer/Penser) organisée parallèlement au colloque, le dossier fait également la part belle aux artistes contemporains qui se saisissent du geste, de la figure et de l'affectivité.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2024) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°702]


CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : La Part de l'Œil

Diffusion et distribution : Pollen diffusion

ISBN : 978-2-930174-63-1

Nombre de pages : 408 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 32 €

Année d'édition : 2026