Programme 2024 : un des colloques

Programme complet


VULNÉRABILITÉ DU TRAVAIL DANS UN MONDE EN QUÊTE D'AVENIR


DU MARDI 11 JUIN (19 H) AU LUNDI 17 JUIN (14 H) 2024

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Depuis le dernier colloque de Cerisy sur le travail en 2018, les questions de numérisation, d'autonomisation croissante et du brouillage travail/hors travail ont été les principaux points de discussion. Cependant un enchaînement d'événements a posé au travail de nouvelles questions : les gilets jaunes, avec l'éclatement au grand jour des fracturations du monde du travail, la crise de l'ascenseur social, les débats sur "fin du monde vs fin du mois" ; la Covid (et l'opposition entre métiers "essentiels" et métiers "inutiles" ou, a minima, ceux dont on pourrait se passer quelque temps), puis l'expérimentation à grande échelle du télétravail ; l'accélération brutale de la prise de conscience écologique, et de notre fragilité énergétique, avec ses conséquences en termes d'éco-anxiété ; le "big quit", dans de nombreux domaines, qui repose la question du partage de la richesse et renouvelle les interrogations sur la "crise de sens", en particulier pour des jeunes générations considérées comme en rupture ; la guerre enfin, et sa perspective nucléaire, venue accentuer l'angoisse de la "fin du monde" déjà nourrie par la question écologique et le thème de l'"effondrement".

Tous ces événements font que nos certitudes et nos conceptions de l'avenir ont été sérieusement ébranlées. L'utopie d’un monde du travail qui glisserait doucement vers un labeur de plus en plus numérisé, autonome, réalisé dans des organisations de plus en plus flexibles et engagées vers le bien-être individuel (utopie en grande partie importée de la Silicon Valley), sans avoir disparu, paraît aujourd'hui presque irénique compte tenu des fragilités de nos sociétés révélées par l'enchaînement des crises. La vulnérabilité et l'avenir du travail sont les thèmes que nous mettons au cœur du troisième colloque de Cerisy sur cette thématique. Il réunira chercheurs et praticiens, avec des auditeurs intéressés par les sujets traités afin d'imaginer ensemble les transformations nécessaires et désirables du travail. L'avenir du travail à l'échelle nationale et internationale sera abordé sous trois angles complémentaires : d'une part les nouvelles attentes adressées au travail, d'autre part les critiques que font peser ces attentes sur les cadres institutionnels du travail d'aujourd'hui, enfin les nouvelles responsabilités qui pèsent sur les organisateurs du travail de demain.


MOTS-CLÉS :

Développement des sujets, Digitalisation, Enjeux écologiques, Histoire du travail, Numérisation, Organisation alternative, Quête d'avenir, Santé mentale, Solidarité, Transformation digitale, Travail, Vulnérabilité


CALENDRIER PROVISOIRE (14/02/2024) :

Mardi 11 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 12 juin
HISTOIRE DE L'AVENIR DU TRAVAIL | Présentation
Matin
Patrick FRIDENSON : Le "moment années 1970" : une crise du travail ?
Christel FREU : Un Empire au travail : l'économie impériale et la mise au travail des populations sous la Rome ancienne

Après-midi
François VATIN : Dans quel sens travaille-t-on ?
Cyril COSME
Frantz ROWE : Intelligence artificielle générative et transformation du travail : perspective historique et enjeux

Soirée
Sonia ADAM LEDUNOIS & Sébastien DAMART : De Blade Runner à The expanse ou les figures du travail revisitées ?


Jeudi 13 juin
LES SOLIDARITÉS DU TRAVAIL | Présentation
Matin
David SANSON : Expertise, vulnérabilité et (dé-)politisation dans l'action syndicale
Henri BERGERON : Crise de l'avenir et crise de la coopération

Après-midi
Patrick CASTEL : Les nouvelles conditions de la coopération au travail
Cécile BRIEC : De la démocratie en organisation

Table ronde "Syndicats / RH", avec Anne-Florence QUINTIN et Stéphane VEYER (Passé et devenir du mouvement coopératif)


Vendredi 14 juin
LE TRAVAIL FACE AU DÉFI ÉCOLOGIQUE | Présentation
Matin
Alexis CUKIER : Travail vivant et écologie politique
Haud GUÉGUEN-PORCHER : Travail, nature et démocratie

Après-midi
VISITES "HORS LES MURS"

Soirée
Film sur le travail et l'écologie


Samedi 15 juin
Matin
LE TRAVAIL FACE AU DÉFI ÉCOLOGIQUE | Présentation
Stéphane LE LAY : Pourquoi est-il impossible de comprendre les transformations écologiques sans prise en compte de la centralité du travail ?
Philippe ASKENAZY : Défi climatique et démocratie au travail

Après-midi
ACCROISSEMENT SUBJECTIF ET SANTÉ AU TRAVAIL | Présentation
Frédérique DEBOUT COSME : Construction de l'avenir et engagement dans le travail au présent
Cédric DALMASSO
Frédéric GARCIAS

Table ronde, avec Dominique MASSONI et Elisabeth PELEGRIN GENEL


Dimanche 16 juin
L'AVENIR DU TRAVAIL : NUMÉRISATION, DIGITALISATION ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE | Présentation
Matin
Anca BOBOC : La vulnérabilité du travail face au numérique : la capacité d'agir des acteurs
Marc-Éric BOBILLIER-CHAUMON
Pierre QUESSON : Travail, transformation digitale et monde industriel

Après-midi
Sophie HOOGE
Justine RAYSSAC
Marine BACONNET : Soutenir le ré-apprentissage des métiers de la confection : un enjeu de résilience pour l'industrie textile ?

Soirée
Démonstration de réalité immersive


Lundi 17 juin
Matin
Synthèse et conclusions

Après-midi
DÉPARTS


PRÉSENTATIONS DES THÉMATIQUES :

HISTOIRE DE L'AVENIR DU TRAVAIL
Si l'entreprise repose sur la vision d'un avenir à construire, qu'il s'appelle "projet", "mission", ou plus classiquement "stratégie", l'engagement dans le travail ne peut exister sans une promesse d'avenir. Participer à une œuvre commune, croire en un salut (théologique chez Weber, ou révolutionnaire chez Marx), espérer une ascension sociale (dans une vision plus libérale) ont été les véhicules de cette promesse. Les tendances de ces dernières décennies avaient déjà posé la question du rapport à l'avenir dans un capitalisme de plus en plus court-termiste et financiarisé qui érodait sérieusement la notion même de projet collectif. Tout désigne une "crise de l'avenir" qui se manifeste de multiples manières : grande démission et fuite du salariat, débat fin du monde/fin du mois, éco-anxiété, incapacité des démocraties occidentales à proposer un projet mobilisateur et crédible. Le populisme et les tentations nostalgiques d'un retour en arrière s'en nourrissent. La multiplication de l'appel à des "transitions" incertaines renforce l'impression d'un enfermement collectif dans un système économique dans l'impasse. Mais quelles ont été, à différentes époques, les visions de l'avenir du travail et comment celles-ci peuvent-elles nous permettre d'envisager des imaginaires mobilisateurs ?

LES SOLIDARITÉS DU TRAVAIL
Au début des années 1980, les philosophes post-modernes parlaient de la "crise des grands récits". Ces récits semblent aujourd'hui s'être définitivement effondrés. La mobilisation autour d'une vision libérale et déverrouillée de la société (startup nation, retour de l'ascension sociale par l'entrepreneuriat, valorisation de la mobilité, etc.) se heurte au mur de la réalité. Réfléchir à l'avenir du travail, c'est questionner ce qui fonde et solidarise les communautés d'action et l'engagement des citoyens. La nature du travail, sa place dans la vie, ses modes d'organisation et de management, les principes de solidarité associés à ceux-ci renvoient à ses dimensions sociale, technique et politique du travail. Comment ont évolué les différents temps "du travail, de l'œuvre et de l'action" ? Quelles sont les nouvelles sociabilités en gestation, notamment entre générations ? Quelles réinventions des dispositifs de solidarités seraient en mesure de pérenniser ses sociabilités et d'éviter la fragmentation des collectifs de travail ?

LE TRAVAIL FACE AU DÉFI ÉCOLOGIQUE
Le récit écologique semble aujourd'hui le candidat le plus sérieux à la constitution d'un grand récit alternatif et mobilisateur, bien que potentiellement très déstabilisant. La "transition écologique" (si elle existe) conduira-t-elle à remettre du monde dans les champs pour un travail plus manuel (faute d'énergie), des secteurs entiers sont-ils appelés à s'effondrer avec la suppression de millions d'emplois (l'automobile, l'aérien…), les caisses de solidarité fondées sur le principe d'une croissance matérielle sont-elles inexorablement amenées à s'épuiser ? La "transition" pourrait tout autant mobiliser que décourager. Ce questionnement général, précipité par la confluence de plusieurs chocs brutaux, participe à la transformation du monde des affaires. Par exemple, la prise de conscience du changement climatique et la pandémie de la Covid-19 ont initié un processus de reconfiguration des chaînes de valeur à l'échelle mondiale. En parallèle, dans un contexte anxiogène, des appels répétés à l'instauration de fonctionnements plus démocratiques signalent une remise en cause de la légitimité des pouvoirs établis. Les débordements du travail contemporain, mus par la progression des sciences, des techniques et des technologies, mais aussi par le changement des mentalités, questionnent la pertinence des nomenclatures qui permettent de décrire les activités humaines et bousculent les pratiques de régulation qui les font exister.

ACCROISSEMENT SUBJECTIF ET SANTÉ AU TRAVAIL
Le monde du travail et les enjeux qui lui sont associés évoluent. L'histoire récente de la santé au travail nous offre, par exemple, l'occasion d'observer deux ruptures importantes. D'une part, nous voyons la place grandissante prise en Occident par les enjeux de santé mentale dans le déroulement de l'activité laborieuse ; d'autre part, les réflexions sur le travail, traditionnellement orientées sur le salariat de production de biens et de services, s'étendent à des activités moins étudiées comme les activités de conception, les activités libérales ou indépendantes ou encore le cumul d'activités. L'articulation entre le travail et l'activité hors emploi comme les occupations domestiques ou ludiques deviennent également une préoccupation majeure. Quelle est l'étendue de la souffrance et des problèmes de santé mentale dans le monde du travail ? Quelles sont les répercussions économiques et organisationnelles de ces situations délétères ? Comment permettre à l'entreprise et aux salariés de s'en prémunir ? Comment lutter contre la stigmatisation associée aux problèmes de santé mentale au travail ? Comment sensibiliser les employés, les employeurs et la société en général à l'importance de la santé mentale au travail ? Comment les technologies numériques et l'automatisation affectent-elles la santé mentale ? Comment peut-on s'assurer que l'utilisation de la technologie ne contribue pas à des problèmes de santé mentale, mais plutôt à des environnements de travail plus sains ?

L'AVENIR DU TRAVAIL : NUMÉRISATION, DIGITALISATION ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
L'évolution du travail vers un monde numérisé et digitalisé où se diffuse l'intelligence artificielle suscite des interrogations majeures. Les avancées technologiques redéfiniront-elles le travail ? Les opportunités innovantes compenseront-elles les préoccupations liées à l'automatisation du travail intellectuel et à la perte des emplois traditionnels ? La numérisation permet-elle de concilier travail et vie personnelle ? Comment les nouvelles technologies, comme la réalité immersive et l'intelligence artificielle générative, modifieront-elles le travail créatif ? Ces changements seront-ils compatibles avec un fonctionnement démocratique et inclusif dans l'entreprise ? Repenser les questions éthiques, la protection des données, la confidentialité et la responsabilité, apparaît comme crucial en vue d'assurer le respect des droits individuels. En somme, penser l'avenir du travail requiert de poser de nouveau les fondements de ce qui permet de faire société.


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Cédric DALMASSO
Cédric Dalmasso est Directeur du Centre de gestion scientifique, Mines Paris - PSL. Il est président du Conseil scientifique de l'Agence national d'Amélioration des Conditions de Travail et membre élu du Conseil d'administration de l'université PSL, Président du Conseil d'orientation de l'Institut du Travail et du Développement Durable et membre du cercle de l'innovation au sein de la Fondation Paris Dauphine. Chercheur intervenant, il a mené plus d'une vingtaine de recherches collaboratives et est l'auteur de nombreux articles sur le lien entre stratégie, organisation et santé au travail.

Frédérique DEBOUT COSME
Frédérique Debout Cosme est maîtresse de conférences en psychopathologie et psychodynamique du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris dans le Centre de recherche sur le travail et le développement. Elle est membre de la chaire de psychologie du travail mais aussi de l'Institut de Psychodynamique du Travail à Paris. Après une maîtrise de philosophie et de phénoménologie à la Sorbonne sous la direction de Jean-Luc Marion, elle a entamé un cursus de psychologie clinique. Ses premiers travaux portaient sur le corps, la technique et la psychose. Elle a travaillé quatre ans en ESAT puis douze ans en psychiatrie adulte, dans une unité d'accueil familial thérapeutique pour patients adultes de psychiatrie ; clinique sur laquelle a porté sa thèse de doctorat, sous la direction de Christophe Dejours. Elle mène des interventions collectives en psychopathologie et psychodynamique du travail et elle a également une activité de psychologue, psychothérapeute. Ses domaines de recherche et ses publications concernent la psychopathologie, le corps, le travail, le genre, le soin et l'écologie. Elle est membre de diverses sociétés savantes dont les société française et internationale de psychopathologie et psychodynamique du travail.

Frédéric GARCIAS
Frédéric Garcias est maître de conférences en sciences de gestion à l'IAE Lille (Université de Lille) et chercheur au LUMEN. Ses travaux portent sur les mécanismes de constitution et de perte des capacités organisationnelles, envisagées en particulier sous l'angle cognitif. Initialement, il a étudié le phénomène de "perte de compétences" à l'œuvre au sein des organisation de la filière nucléaire, et leur impact sur le travail des ingénieurs notamment. Plus récemment, il s'est intéressé à des formes émergentes d'organisation (plateformes de travail indépendant, sociétés à mission…) en cherchant à mieux comprendre les liens entre organisation du travail et dynamiques d'apprentissage ou de désapprentissage. Il est co-rédacteur en chef de la revue Entreprises et Histoire.

Christian GUIBERT
Christian Guibert est titulaire d'un DEA de didactique des disciplines et d'un DEA de sociologie du travail à l'université Paris 7. Il a occupé le poste de développement socio-organisationnel à la Direction des Ressources Humaines de la RATP, pris la responsabilité de l'observatoire social décentralisé de France Télécom, de la Direction du management du groupe France Télécom-Orange et enfin la direction de l'Institut des métiers, instance partenariale direction-syndicats, du Groupe Orange. Aujourd'hui retraité, il est membre du CA de L'Institut du Travail et du Management Durable, du conseil scientifique de l'Observatoire des cadres de la CFDT et du Cercle des partenaires de Cerisy.


Anca BOBOC : La vulnérabilité du travail face au numérique : la capacité d'agir des acteurs
Loin des discours prophétiques et normatifs concernant les "effets du numérique" sur le travail, cette présentation insistera sur la capacité d'agir des acteurs, aussi bien dans la reconfiguration des activités et des liens sociaux autour de ces outils numériques, que dans le paramétrage de ces outils en fonction de leur activité. Elle soulignera l'importance des facteurs collectifs et organisationnels dans le développement des usages et, par conséquent, l'importance d'un accompagnement permettant un ajustement fin entre numérique et activité. En ce sens, elle pointera la nécessité des constructions sociotechniques, de plus en plus collectives et locales et de plus en plus complexes face à l'hétérogénéité des IA.

Anca Boboc est chercheure en sociologie du travail et des organisations au département de sciences sociales d'Orange Innovation (SENSE). Ses recherches portent notamment sur les transformations du travail avec les usages du numérique (télétravail, déconnexion, environnement de travail, formation professionnelle, appropriation des outils collaboratifs et de l'IA…) et leur accompagnement, notamment au niveau managérial.
Publications
Benedetto-Meyer M., Boboc A., Sociologue du numérique au travail, Éd. Armand Colin, 2021.
Boboc A., Metzger J.-L., "La formation professionnelle entre injonction à la numérisation et impératif de sobriété", Distances et Médiations des Savoirs, 2023.


SOUTIENS :

Orange
Veolia
CFDT Cadres
• Institut du Travail et du Management Durable (ITMD)
CHAIRE FIT2


BULLETIN D'INSCRIPTION


Les inscriptions à ce colloque ne seront ouvertes qu'à partir du 15 mars prochain.


Avant de remplir ce bulletin, consulter la page Inscription de notre site.

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