Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


QUE PEUT LA LITTÉRATURE POUR LES VIVANTS ?


DU LUNDI 26 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 2 JUILLET (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Que peut la littérature face à l'urgence écologique ? La question indique que l'époque de l'autoréférentialité, qui avait dominé les études littéraires en France, est révolue tandis que s'accumulent les ouvrages et les colloques révélant une littérature qui s'est remise à écrire le réel et surtout à l'interroger avec autant d'inquiétude que de précision, en même temps qu'elle continue d'interroger ses propres formes, c'est-à-dire ses propres forces pour révéler, traduire, faire sentir un monde que l'on dit entré dans l'ère de l'anthropocène.

Après d'autres tentatives récentes pour cerner ce que peut la littérature, de manière générale ou plus spécifiquement appliquée à la crise contemporaine du vivant, il s'agira d'entrer dans le détail des textes d'aujourd’hui, des écrivains d'abord, mais aussi des critiques, à partir d'un double corpus, francophone et anglophone, que l'on s'efforcera de faire dialoguer au-delà d'une méfiance devenue obsolète. La réflexion collective portera donc sur les effets et les pratiques de la littérature, depuis 1980, quant à nos relations avec les vivants : de quelle manière parvient-elle à en transmettre une connaissance nouant données scientifiques et vécus intimes, raison moderne et raison ante- ou anti-moderne, à rendre compte de la désorientation des individus et de la sauvagerie des âmes, à travailler nos émotions de terreur ou de joie, d'écoanxiété ou d'enchantement, de colère, d'espérance, à révéler nos dissonances cognitives, à réveiller notre conscience politique ?

Cette rencontre, ouverte à toute personne intéressée par le sujet, s'élargira encore grâce au partage de certaines séances, soirées ou promenades avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage.


MOTS-CLÉS :

Animaux, Ecocritics, Écopoétique, Émerveillement, Empathie, Interactions anthropozoologiques, Littérature contemporaine, Littérature environnementale, Nature, Végétaux, Vivants


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 26 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 27 juin | En commun avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage
Matin
LA PLACE DU SAUVAGE DANS NOS CIVILISATIONS
Raphaël LARRÈRE : Le sauvage, le domestique et l'entre-deux | Colloque en parallèle
Bénédicte MEILLON : Changer de paradigmes par le biais de l'écopoétique : quand la littérature compose sur le mode du "réalisme liminal" pour amplifier notre Umwelt et réenchanter le monde

Après-midi
Jacques TASSIN : Maurice Genevoix, natures pensées, natures sensibles | Colloque en parallèle
Marie CAZABAN-MAZEROLLES : La tornade, l'ours et le crocodile : crise des récits et des statuts à l'heure du grand dérangement
Rémi BEAU : Figures contemporaines du sauvage : le nouveau, l'ancien et le trouble | Colloque en parallèle

Promenade dans le parc, les prairies et les chemins creux qui entourent le château

Soirée
Vernissage de l'exposition "Danse et anamorphoses sylvestres" réalisée par Bénédicte MEILLON


Mercredi 28 juin
Matin
REPRÉSENTATIONS DES CONFLITS ÉCOLOGIQUES
Xavier GARNIER : Lecture écosystémique des littératures africaines
Sara BUEKENS : Impérialisme écologique et ontologique : la représentation des monocultures dans la littérature africaine contemporaine
Pierre SCHOENTJES : "Le sang se mit à couler". Littérature, environnement et (non)violence dans les années 70

Après-midi | En commun avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage
REGARDS SUR LE SAUVAGE
Virginie MARIS : Critiques et ressources de l'écoféminisme pour penser un ré-ensauvagement émancipateur | Colloque en parallèle
Anne SIMON : Nature, sauvage, vivant… : mots-mana ou mots-tabous ?
Joëlle ZASK : Ce que les animaux sauvages disent de la ville | Colloque en parallèle

Soirée | En commun avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage
Roman et science face aux biocides, débat animée par Noël CORDONIER, avec la participation de Gisèle BIENNE (autrice de La Malchimie) et de Gilles-Éric SÉRALINI (biologiste, spécialiste des OGM et des pesticides, auteur de L'Affaire Roundup à la lumière des Monsanto Papers)


Jeudi 29 juin
Matin & Après-midi
QUE PEUT LA LITTÉRATURE POUR LE VÉGÉTAL ?
Rachel BOUVET & Stéphanie POSTHUMUS : Reconnecter avec le végétal par l'imaginaire littéraire contemporain

"HORS LES MURS" — VISITES
• Les falaises littorales de Carolles et Champeaux — Conservatoire du littoral
• La grande Noé (bois de pente et ancienne carrière) — CEN Normandie
• Expériences de renaturation de rivières — Agence de l'eau Seine Normandie


Vendredi 30 juin
Matin
HABITER POÉTIQUEMENT LA TERRE
Michel COLLOT : La notion d'écosensibilité
Judyta ZBIERSKA-MOŚCICKA : Entre l'attention et l'émerveillement. À propos de quelques textes contemporains (Bienne, Mahy, Malinconi)
Jean-Claude PINSON : Du peu que peut la poésie pour les vivants en sursis que nous sommes | Entretien avec Colette CAMELIN

Après-midi
RÉPARATIONS ÉCOPOÉTIQUES DU VIVANT
Riccardo BARONTINI : Imagination littéraire et action climatique : Baqué, Ducrozet et Reverdy
Bertrand GUEST : De l'importance de mots vivants dans l'équilibre de la bio-sémio-sphère
Terry HARPOLD : Pour convenir aux vivants : angoisses et extases de l'informe à la fin de l'Anthropocène


Samedi 1er juillet
Matin
DÉFENDRE LES VIVANTS : PUISSANCE DU DROIT, PUISSANCE DE L'IMAGINATION
Christine BARON : Nature, vivant et droit
Jean-Christophe CAVALLIN : La Vie réelfe. Psychopathologie de la vie moderne
Yvan DANIEL : Un Nobel d'écopoétique ? Perspectives écologiques et Prix Nobel de Littérature au XXIe siècle (Gao Xingjian, J.M.G. Le Clézio, Mo Yan, Olga Tokarczuk)

Après-midi
POUR LES VIVANTS ANIMAUX
Jean-Paul ENGÉLIBERT : Changer d'échelle, approfondir le temps
Frédérique SPILL : "L'animal que donc je suis" : réversibilité de l'animal et de l'humain dans Sing, Unburied, Sing (2017) de Jesmyn Ward
Alain ROMESTAING : Que fait la littérature face à la mort animale ?


Dimanche 2 juillet
Matin
Performance artistique

"Rapports d'étonnement" préparé par les doctorants et les jeunes docteurs :
Mascha CANAUX, Namadia DJARIÉTOU, Julie FORTIN, Noémie MOUTEL et Giulia VERARDI (Université de Perpignan Via Domitia)
Caroline DURAND-ROUS et Caroline GRANGER (Jeunes docteurs enseignant dans le secondaire)
Jodie-Lou BESSONNET, Nathanaelle CORRIOL, Zahra ESMAEILI, Yixuan SU et Katie TRAVERS (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)
Gabriel EYENGA-AZOMBO (Université Clermont Auvergne)

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Colette CAMELIN
Colette Camelin, professeure émérite de littérature française à l'université de Poitiers, a consacré plusieurs livres à la poésie de Saint-John Perse, notamment Éclat des contraires (CNRS éditions, 1998) et L'imagination créatrice de Saint-John Perse (Hermann, 2007). Elle a publié de nombreux articles sur des œuvres poétiques du XXe siècle. Le séminaire qu'elle a animé à Sciencespo, "Humanisme et modernité 1890-1914", l'a amenée à proposer à Cerisy un colloque sur l'année 1913 (organisé avec Marie-Paule Berranger) : 1913 cent ans après : enchantements et désenchantements (Hermann, 2015). Après avoir publié des articles sur l'œuvre de Segalen, elle a édité ses Premiers écrits sur l'art (Gauguin, Moreau, sculpture) en collaboration avec Clara van den Bergh (Champion, 2011) et Le Maître-du-Jouir (éditions 2,3 choses, 2022). Elle a organisé, avec Muriel Détrie, un colloque à Cerisy pour le centenaire de la mort de Segalen : Victor Segalen : « attentif à ce qui n'a pas été dit » (Hermann, 2019). Ses études sur la poésie et sa sensibilité aux vivant l'ont orientée vers l'écopoétique. Elle a participé à des colloques consacrés "à l'imaginaire écologique contemporain" et elle a publié des articles dans Les Cahiers de la Justice et la Revue Droit et Littérature au sujet de ce que lui semble être le "pouvoir" de la littérature pour la défense des êtres vivants. Elle a animé un foyer à Cerisy : Que peut la littérature pour les arbres ? (2-19 août 2022). Et elle a édité un recueil d'articles publiés dans des actes de colloques de Cerisy : Écrire avec les vivants ("Les Traversées de Cerisy", Hermann, 2022).

Bénédicte MEILLON
Bénédicte Meillon est maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches à l'université de Perpignan où elle enseigne la littérature anglophone et la traduction littéraire. Elle co-porte OIKOS, l'Atelier de recherche en écocritique & écopoétique du CRESEM, à l'UPVD. Elle est Vice-Présidente de EASLCE (European Association for the Study of Literature, Culture, and the Environment) et a impulsé la constitution d'un réseau et d'une plateforme Internet dédiés à l'écopoétique et l'écocritique (ecopoetique.hypotheses.org). D'abord spécialiste du genre de la nouvelle contemporaine sous la plume de Barbra Kingsolver, elle se focalise maintenant sur des lectures écoféministes et écopoétiques d'autrices et d'auteurs d'Amérique du Nord. Elle a consacré une monographie au réenchantement écopoétique du monde et du "réalisme liminal", Ecopoetics of Reenchantment : Liminal Realism and Poetic Echoes of the Earth (Rowman & Littlefield, Lexington Books, 2022). Elle a co-dirigé, avec Margot Lauwers, Lieux d'enchantement : approches écocritiques et écopoét(h)iques des liens entre humains et non-humains pour la revue Crossways Journal (2018) et dirigé Dwellings of Enchantment : Writing and Reenchanting the Earth, paru chez Rowman & Littlefield, Lexington Books (2021). Elle a également co-dirigé deux volumes transdisciplinaires de la revue Textes & Contextes traitant du réenchantement du sauvage urbain. Elle encourage les approches écopoétiques à la croisée des savoirs et les démarches multimédia. Elle est investie dans divers projets de recherche-création.

Alain ROMESTAING
Alain Romestaing est professeur de littérature française à l'université Clermont Auvergne (CELIS). Spécialiste de l'œuvre de Jean Giono, il développe également une réflexion sur la question animale dans la littérature des XXe et XXIe siècles et plus largement sur les représentations du vivant dans une perspective écopoétique. Auteur de Jean Giono, le corps à l'œuvre (Champion, 2009), il a dirigé une douzaine d'ouvrages collectifs dont quatre sur le rapport de la littérature française aux animaux et deux concernant l'écopoétique : le numéro 11 de Fixxions, avec Pierre Schoentjes et Anne Simon (Écopoétiques, 2015), et le numéro 27 de LHT-Fabula, avec Jean-Christophe Cavallin (Écopoétique pour des temps extrêmes, 2021).


Rachel BOUVET & Stéphanie POSTHUMUS : Reconnecter avec le végétal par l'imaginaire littéraire contemporain
Cette communication dressera le bilan de cinq années de recherche sur les études végétales de manière à montrer comment les grandes figures de l'imaginaire botanique — le jardin, l'herbier, le champ, l'arbre, la forêt — se déploient dans la littérature écrite en français depuis les années 80. Ce groupe de recherche a servi de tremplin à la création d'un autre groupe, GRIVE (Groupe de recherche interdisciplinaire sur le végétal et l'environnement), qui a mis en place un partenariat avec plusieurs organismes universitaires et culturels dans le but de "Reconnecter avec le végétal". Les activités mises sur pied en collaboration avec des scientifiques, des chercheurs en sciences humaines, des artistes et des écrivains visent à transformer le regard porté sur le végétal, souvent marqué par son invisibilité, à sensibiliser le public à la précarité et à la complexité des milieux humides, à tisser des liens avec les communautés autochtones à partir du matériau végétal, à changer les perceptions associées au végétal comestible, à relier les communautés grâce à la valorisation et au partage des aliments. Cette communication sera l'occasion pour nous de susciter une réflexion au sein de l'équipe GRIVE par rapport au rôle que peut jouer la littérature dans cette démarche collective à partir du roman Blanc Résine de l'auteure québécoise Audrée Whilelmy.

Professeure titulaire au Département d'études littéraires de l'université du Québec à Montréal, Rachel Bouvet mène des recherches sur l'espace, le fantastique, la géopoétique et le végétal. Membre de Figura, le Centre de recherche sur le Texte et l'Imaginaire, elle dirige le groupe de recherche "L'imaginaire botanique et la sensibilité écologique" et GRIVE (Groupe de recherche interdisciplinaire sur le végétal et l'environnement). Elle est également chercheure principale du Partenariat ReVe, "Reconnecter avec le végétal".

Sara BUEKENS : Impérialisme écologique et ontologique : la représentation des monocultures dans la littérature africaine contemporaine
Les monocultures, phénomène marquant de l'histoire de la colonisation, s'inscrivent dans cette catégorie de pratiques agricoles qui exercent un impact particulièrement nocif sur l'environnement naturel. À partir d'un corpus d'écrivains francophones de l'Afrique subsaharienne — Emmanuel Dongola, Sony Labou Tansi, Assitou NDinga, Patrice Nganang, Jaques Fame NDongo, Angèle Kingué et Tierno Monénembo —, je propose de déterminer d'une part les effets d'un impérialisme à la fois écologique et ontologique ("l'imposition d'une conception singulière de ce que sont la Terre et ses existants", Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, Paris, Seuil, 2019, p. 71) qui a accompagné l'exploitation monoculturelle, et d'autre part de mettre à lumière les stratégies de résistance adoptées par ces auteurs pour résister à toute forme d'assimilation culturelle : un emploi particulier de certaines figures de style, telles que la métaphore et la personnification, des structures narratives spécifiques (polyphonie), des particularités génériques (la lettre, le journal intime)…

Sara Buekens est docteure en littérature française (thèse sous la direction de Pierre Schoentjes, 2020) et chercheuse postdoctorale à l'université de Gand (Belgique). Ses recherches postdoctorales portent sur la représentation de la nature et des problèmes écologiques dans la littérature française et francophone des XXe et XXIe siècles. Parmi ses publications récentes, on mentionnera : Émergence d'une littérature environnementale (Droz, 2020). Elle est rédactrice en chef de la Revue critique de fixxion française contemporaine.

Marie CAZABAN-MAZEROLLES : La tornade, l'ours et le crocodile : crise des récits et des statuts à l'heure du grand dérangement
Dans un essai intitulé The Great Derangement (2016), le romancier Amitav Ghosh s'interroge sur les difficultés de la fiction à représenter la crise climatique contemporaine. Il met notamment en cause l'influence exercée par le roman réaliste moderne, accusé d'avoir falsifié l'image du monde via la double exclusion du régime de l'extra-ordinaire et des acteurs non humains. Commençant par discuter cette hypothèse, la communication la confronte ensuite aux récits délivrés par la philosophe Val Plumwood et l'anthropologue Nastassja Martin à la suite des attaques dont elles ont respectivement fait l'objet de la part d'un crocodile et d'un ours. Cette rencontre avérée quoiqu'invraisemblable avec l'animal prédateur conduit les deux autrices à s'interroger à leur tour sur les limites de l'imaginaire de la nature dont elles héritent, ainsi que sur la nécessité de forger de nouveaux récits susceptibles de mieux nous orienter à l'heure de la crise écologique globale.

Marie Cazaban-Mazerolles est maîtresse de conférences en littératures comparées à l'université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Prolongeant un travail doctoral consacré au développement d'une poétique narrative anti-anthropocentrique dans le sillage de la révolution darwinienne (2018), ses recherches actuelles se concentrent sur l'articulation théorique et pratique entre la littérature et les discours, savoirs et représentations de l'écologie et de l'éthologie.
Dernières publications
"From Zoo. To Bot. : putréfaction de l'animal humain et transcendance écologique dans Being Dead de Jim Crace", Miranda, 28, 2023.
"Anthropocentrisme, anthropomorphisme et anthropodéni : aspects théoriques et enjeux littéraires de la fin du XIXe siècle à nos jours", XXI/XX Reconnaissances littéraires, 3, 2022.

Bertrand GUEST : De l'importance de mots vivants dans l'équilibre de la bio-sémio-sphère
Que les mots soient eux-mêmes vivants, n'est-il qu'une métaphore, une croyance romantique et organiciste inutile et dépassée ? C'est ce qu'on pourrait déduire d'un monde où les intelligences artificielles en viennent à rédiger, voire "lire", des textes censément réfléchis ; mais rien n'est moins sûr. La question des rôles possibles de la littérature auprès des vivants pourrait dépendre de celle d'une évolution qui la lie aux machines, et plus largement de l'automatisation de certains langages (jusqu'au cœur de "l'écologie", et de l'écocritique, elles-mêmes). Elle pourrait aussi avoir à faire avec ce qui compense cette automatisation ; non pas quelque illusoire pureté hors du monde, à la façon d'une réserve de mots sauvages ou à l'abri, mais des formes de résistances poétiques situées dans le chaos même que dessine notre bio-sémio-sphère, c'est-à-dire ce monde habitable aussi en ce qu'il se dit, s'écrit ou se chante.

Bertrand Guest est maître de conférences en Littérature comparée à l'université d'Angers (3LAM). Il a publié Révolutions dans le cosmos. Essais de libération géographique : Humboldt, Thoreau, Reclus (Classiques Garnier, 2017) et co-dirigé le n°13 de la revue Essais, "Écologie & Humanités" (2018). Il travaille sur les liens entre esthétique, éthique et épistémologie dans les littératures de l'écologie, sur l'essayisme révolutionnaire et sur les questions queer.

Anne SIMON : Nature, sauvage, vivant… : mots-mana ou mots-tabous ?
Un lexique, défini comme l'ensemble des mots d'une langue, ne renvoie pas simplement à leurs sens actuels. Il est inscrit dans la durée, plus ou moins longue et mouvementée, toujours culturelle et politique. Les mots ont donc une histoire et racontent des histoires — dont témoignent les dictionnaires historiques. "Nature", "naturalisme", "sauvage", "éléments", "le vivant", "environnement", "règnes", "bête", "animaux", "autre-qu'humain", "plus-qu'humain", "non-humain" sont quelques-uns des termes qui aujourd'hui maraudent ou s'imposent dans nos imaginaires. Certains sont devenus des mots-tabous, d'autres des mots-mana qui situent le locuteur dans telle ou telle contrée écologique et politique, et dans un certain rapport au présent, à la transmission ou à la controverse. On examinera ces enjeux en littérature, art de la syntaxe, des rythmes et du temps, qui insuffle de l'air et parfois des tornades au sein des théories les mieux ficelées.

Directrice de recherche au CNRS, Anne Simon est responsable du Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine (CNRS/ENS) et de son carnet de recherche PhilOfr, du Pôle Proust et du carnet Animots, dédié aux études animales littéraires et artistiques. Elle est l'autrice d'un essai de zoopoétique, Une bête entre les lignes (Wildproject, 2021) et la codirectrice du numéro "Zoopoétique" de la Revue des sciences humaines (2017). Elle a aussi publié quatre essais sur Proust.
republique-des-savoirs.fr/membres/anne-simon/

Judyta ZBIERSKA-MOŚCICKA : Entre l'attention et l'émerveillement. À propos de quelques textes contemporains (Bienne, Mahy, Malinconi)
Pour essayer de répondre à la question posée dans l'intitulé du colloque, nous allons examiner deux types de postures. L'émerveillement d'abord, compris comme une forme d'ouverture et de connaissance (Edwards), qui tisse un lien entre l'individu et ce dont il est l'objet, et qui est aussi générateur de création. Ensuite, l'attention (Tsing, Citton) comme faculté d'investigation, possibilité de lien, acuité du regard et capacité de décrypter les sens inscrits dans ce qui nous entoure (Deguy). Nous allons examiner trois textes qui, chacun à sa manière, disent l'émerveillement et font preuve de l'art de l'attention. Ils proposent aussi des formes d'écriture qui témoignent d'une recherche de voix adéquate, efficace, puissante : Un jardin de solitude. Chronique poétique de Christophe Mahy (2015), Poids plumes de Nicole Malinconi (2019) et La Remorque de paille de Gisèle Bienne (2021).

Judyta Zbierska-Mościcka est professeure à l'Institut d'Études romanes à Varsovie. Sa recherche porte sur la littérature belge francophone. Auteure de Lieux de vie, lieux de sens. Le couple lieu-identité dans le roman belge contemporain (2014), co-éditrice de Mondes humains, mondes non humains. Formes et coexistences (XXe et XXIe s.) (2022). Elle prépare, avec Paul Aron, le dossier de la revue belge Textyles sur l'animal dans les lettres belges.


BIBLIOGRAPHIE :

• Glenn ALBRECHT A., Earth Emotions : New Words for a New World, New York, Cornell University Press, 2019.
• Gisèle BIENNE, La Ferme de Navarin, Paris, Gallimard, 2008.
• Gisèle BIENNE, La Brûlure, Arles, Actes Sud, 2015.
• Gisèle BIENNE, La Malchimie, Arles, Actes Sud, 2019 (Prix Maurice Genevoix, Prix Mouans-Sartoux du roman engagé pour le planète).
• Gisèle BIENNE, L'Homme-frère, Arles, Actes Sud, 2021.
• Gisèle BIENNE, Les Larmes de Chalamov, Arles, Actes Sud, 2023.
• Nathalie BLANC, Denis CHARTIER, Thomas PUGHE (dir.), Écologie et politique. Littérature et écologie : vers une écopoétique, n°36, 2008/2.
• Rachel BOUVET, Vers une approche géopoétique, lectures de Kenneth White, de Victor Segalen et JMG Le Clézio, Montréal, Presses de l'université du Québec, 2015.
• Rachel BOUVET et al. (Sylvie Miaux, Stéphanie Posthumus, Jonathan Hope, Yves Mauffette, Jean-François Chassay, Bertrand Gervais, Amélie-Anne Mailhot, Marine Bochaton), "Promenades végétales. Pour une approche interdisciplinaire", Enjeux et sociétés, Vol. 6, n°2, "Promenade(s) et société en mouvement", p. 277-288, 2019 [en ligne].
• Rachel BOUVET et Stéphanie POSTHUMUS (dir.), "Plant Studies / Études végétales", L'esprit créateur, Vol. 60, n°4, 2020 [en ligne].
• Sara BUEKENS, Émergence d'une littérature environnementale – Gary, Gascar, Gracq, Le Clézio, Trassard à la lumière de l'écopoétique, Genève, Droz, 2020.
• Lawrence BUELL, The Future of Environmental Criticism : Environmental Crisis and Literary Imagination, Oxford, Blackwell Publishing, 2005.
• Colette CAMELIN (dir.), Écrire avec les vivants, Hermann, Coll. "Traversées de Cerisy", 2023.
• Jean-Christophe CAVALLIN, Valet noir. Vers une écologie du récit, "Biophilia", Corti, 2021.
• Jean-Christophe CAVALLIN, Alain ROMESTAING (dir.), "Littérature(s) pour des temps extrêmes : enjeux actuels de l'écopoétique", Fabula-LhT, 2021.
• Emanuele COCCIA, La vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Éditions Rivages, 2016.
• Michel COLLOT, La pensée-paysage, Arles, Actes Sud, 2011.
• Michel COLLOT, Le chant du monde dans la poésie française contemporaine, Paris, Corti, 2019.
• Michel COLLOT, Un nouveau sentiment de la nature, Paris, Corti, 2022.
• Jean-Paul ENGÉLIBERT, Lucie CAMPOS, Catherine COQUIO, Georges CHAPOUTHIER (dir.), La Question animale. Entre science, littérature et philosophie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
• Jean-Paul ENGÉLIBERT, Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d'apocalypse, Paris, La Découverte, 2019.
• Monica GAGLIANO, John C. RYAN et Patricia VIERA (dir.), The Language of Plants : Science, Philosophy, Literature, Minneapolis, U. of Minnesota Press, 2017.
• Bertrand GUEST, Révolutions dans le cosmos. Essais de libération géographique (Humboldt, Thoreau, Reclus), Garnier, 2017.
• Bertrand GUEST, Anne-Rachel HERMETET (dir.), Écocritique : nouvelles territorialités, Paris, Classiques Garnier [à paraître].
• Francis HALLÉ, Éloge de la plante. Pour une nouvelle biologie, Paris, Seuil, Coll. "Points", 2014.
• Ursula K. HEISE, Sense of Place and Sense of Planet : The Environmental Imagination of the Global, Oxford, Oxford University Press, 2008.
• Ursula K. HEISE, Imagining Extinction : The Cultural Meanings of Endangered Species, Chicago, Univ. of Chicago Press, 2016.
• Wiesław KROKER, Małgorzata SOKOŁOWICZ, Judyta ZBIERSKA-MOŚCICKA, Mondes humains, mondes non humains. Formes et coexistences (XXe et XXIe siècles), Université de Varsovie, 2022.
• Alexandre LACROIX, Devant la beauté de la nature, Allary Editions, 2018.
• Catherine et Raphaël LARRÈRE, Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique, La Découverte, 2015.
• Catherine LARRÈRE, "Une écologie en première personne pour habiter la Terre. Écologie et littérature", La mésologie, un autre paradigme pour l'anthropocène (autour d'Augustin Berque), Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2018.
• Marielle MACÉ, Nos cabanes, Verdier, 2019.
• Marielle MACÉ, Une pluie d'oiseaux, "Biophilia", Corti, 2022.
• Louisa MACKENZIE, Stéphanie POSTHUMUS (dir.), French Thinking about Animals, East Lansing, Michigan state University Press, 2015.
• Michael MARDER, Plant-Thinking : A Philosophy of Vegetal Life, New York, Columbia University Press, 2013.
• Bénédicte MEILLON (dir.), Dwellings of Enchantment : Writing and Reenchanting the Earth, Lanham, Landham Maryland, Lexington books, 2020.
• Bénédicte MEILLON (dir.), Ecopoetics of Reenchantment. Liminal Realism and Poetic Echoes of the Earth, Landham Maryland, Lexington Books, 2023.
• Sophie MILCENT-LAWSON, Point de vue animal dans les textes littéraires des XXe et XXIe siècles, Préface d'Anne Simon, Classiques Garnier, "Investigations stylistiques", 2022.
• Jean-Claude PINSON, Habiter en poète, Champ Vallon, 1995.
• Jean-Claude PINSON, Pastoral : de la poésie comme écologie, Champ Vallon 2019.
• Alain ROMESTAING (dir.), Mondes ruraux, mondes animaux. Le lien des hommes avec les bêtes dans les romans rustiques et animaliers de langue française (XXe-XXIe siècles), Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2014.
• Alain ROMESTAING, Pierre SCHOENTJES, Anne SIMON (dir.), Fixxion. Écopoétiques, n°11, 2015.
• Alain ROMESTAING, Alain SCHAFFNER (dir.), ELFe XX-XXI. Approches de l'animal, n°5, 2016.
• Pierre SCHOENTJES, Ce qui a lieu. Essai d'écopoétique, Marseille, Wildproject, 2015.
• Pierre SCHOENTJES, Littérature et Écologie. Le Mur des abeilles, Paris, Corti, 2020.
• Pierre SCHOENTJES, Nos regards se sont croisés. La scène de rencontre avec un animal, Le Mot et le Reste, 2022.
• Gilles-Éric SÉRALINI (avec Jérôme Douzelet), Le goût des pesticides dans le vin, Arles, Actes Sud, 2018.
• Gilles-Éric SÉRALINI, L'Affaire Roundup à la lumière des Monsanto Papers, Arles, Actes Sud, 2020.
• Gilles-Éric SÉRALINI, Nos maisons ont souvent un arbre dans le cœur. Poésies et contes de 1977 à demain, Éditions Muse, 2020.
• Anne SIMON (éd.), Facing Animals / Face aux bêtes, L'esprit créateur, n°51, 4, 2011.
• Anne SIMON, Une bête entre les lignes, Marseille, Wildproject, 2021.
• Anne SIMON, Roger CÉLESTIN, Éliane DALMOLIN (dir.), Contemporary French and Francophone Studies : Human-Animal/Humain-Animal (Part II), 2012.
• Frédérique SPILL, The Radiance of Small Things in Ron Rash's Writing, Columbia, South Carolina Press, 2019.
• Isabelle TRIVISANI-MOREAU, Aude-Nuscia TAÏBI et Cristiana OGHINA-PAVIE (dir.), Traces du végétal, Rennes, Presses universitaires de Rennes, Coll. "Nouvelles recherches sur l'imaginaire", 2015.
• Dominique VIART, Bruno VERCIER, La littérature française au présent, Bordas, 2005.
• Pierre VINCLAIR, Prise de vers. À quoi sert la poésie ?, La rumeur libre, 2019.
• Pierre VINCLAIR, Agir non agir, éléments pour une poésie de la résistance écologique, Corti, 2020.
• Robin WALL KIMMERER, Braiding Sweetgrass. Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teaching of Plants, Minneapolis, Milkweed Editions, 2020.
• Alexa WEIK VON MOSSNER, Affective Ecologies : Empathy, Emotion, and Environmental Narrative, Columbus, Ohio State University Press, 2017.
• Audrey WILHELMY, Blanc Résine, Montréal, Leméac, 2019.
• Edward O. WILSON, Biophilia : The Human Bond with Other Species, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1984.
• Edward O. WILSON, The Origins of Creativity, Penguin Books, 2017.
• Estelle ZHONG MENGUAL, Apprendre à voir. Du point de vue du vivant, Actes Sud, 2021.
ZONE ZADIR, Pour une écopoétique tranculturelle, Littérature, n° 201, 2021.


SOUTIENS :

• Laboratoire FoReLLIS (UR 15076) | Université de Poitiers
CRESEM (UR 7397) | Université de Perpignan Via Domitia (UPVD)
CELIS (UR 4280) | Université Clermont Auvergne (UCA)
• European Association for the Study of Literature, Culture, and Environment (EASLCE)