Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


COMPRENDRE LA ROUTE :

ENTRE IMAGINAIRES, SENS ET INNOVATIONS


DU VENDREDI 8 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 14 SEPTEMBRE (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Ce colloque abordera la route, à la fois comme vecteur de mobilité et d'échange et en tant qu'objet commun et universel. À l'heure de la transition écologique, où la mobilité doit se réinventer, quelle place garde la route ? Autrefois perçue comme un moyen éminent pour le développement des espaces, pour la promotion de la liberté des individus et comme support de l'innovation technologique, la route est aujourd'hui contestée. Souvent représentée au cinéma, en photographie ou en littérature, la route est un lieu de conflits politiques et sociaux, mais également d'empathie.

Réunissant experts, spécialistes et artistes, ce colloque tentera d'en montrer toutes les facettes, entre imaginaires, appropriations, sens et innovations. L'écrivain Aurélien Bellanger, et l'historienne médiologue Catherine Bertho-Lavenir, ont accepté d'en être les grands témoins.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 8 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 9 septembre
LA ROUTE AU CŒUR DU PATRIMOINE FRANÇAIS
Matin
Ouverture : Que nous dit la route aujourd'hui ? Pourquoi la route ?
Le XXe siècle a vu l'essor de l'automobilisme et de la route comme moyen d'échanges, puis les sociétés occidentales ont assisté au lent déclin de l'investissement collectif dans cette infrastructure aux mille nuances. Aujourd'hui, pourtant, à l'heure où la décarbonation des transports est nécessaire, la route apparaît comme un vecteur de solutions utiles et innovantes. Quelle image la route a-t-elle aujourd'hui ? Quels usages lui seront-ils réservés demain ?
Mathieu FLONNEAU & Frédéric MONLOUIS-FÉLICITÉ
Grands témoins : Aurélien BELLANGER et Catherine BERTHO-LAVENIR

Dialogue d'ouverture : La route, un patrimoine au présent | Animateur : Mathieu FLONNEAU
Depuis la création des Ponts et Chaussées jusqu'aux projets d'autoroute bas-carbone, la route est indissociable de l'histoire de l'aménagement du territoire français. Adossée à la notion de patrimoine, la route donne à voir des paysages, des lieux, des monuments. Elle s'inscrit donc dans la longue histoire de la technique et du changement de pratiques des hommes. L'automobilisme en demeure le vecteur de développement indissociable.
Nathalie ROSEAU [Architecte et Directrice de recherche au LATTS]

Après-midi
Dominique BOURG [Philosophe]

Table ronde : Prix et valeurs de la route
Outil de désenclavement, axe rapide de mobilité, facilitateur d'échanges… la route et la vitesse de déplacement qu'elle permet ont un impact fort sur le développement des territoires, leurs emplois et leur intégration au reste de l'économie nationale. Pourtant, la route est aussi un espace d'inégalités, d'opposition politique et de crispations sociales. Quelles valeurs sont attribuées à la route ? Valeur économique certes, mais quelle valeur sociale, identitaire, ou territoriale, lui donner ?
Yves CROZET [Économiste spécialiste des transports]
Luc GWIAZDZINSKI [Géographe]

Les "artistes" refont la route (épisode 1)
Mireille APEL-MULLER et Stéphane JUGUET

Conclusion de la journée : vernissage d'une exposition de photographies sur le patrimoine et la route
Cette exposition photographique constitue le fil rouge du colloque. En représentant la route et sa valeur patrimoniale française, elle illustre les différentes formes qu'une route peut prendre ainsi que les paysages et lieux qu'elle façonne.
Laurent PITTET [Rédacteur en chef de la revue Roaditude]


Dimanche 10 septembre
LA BATAILLE DE LA ROUTE
Matin
La route face au réchauffement climatique
Biodiversité, artificialisation des sols, pollution des milieux naturels, les raisons pour ne plus penser la route semblent nombreuses. Et la réglementation se resserre autour de l'extension du réseau routier, et son impact sur l'environnement. À l'heure où le transport et surtout l'automobile constituent une importante source d'émission de CO2, la route n'est-elle pas menacée ?
Arnaud PASSALACQUA [Professeur des universités, auteur de La Bataille de la route]

Table Ronde
Patrice GEOFFRON [Économiste, Université Paris Dauphine]
André BROTO [Ancien directeur de la stratégie et de la prospective, VINCI Autoroutes]
Marc FONTECAVE [Professeur au Collège de France, chaire de Chimie des processus biologiques]
Xavier HORENT [Délégué général de Mobilians]

Après-midi
Table ronde : La route : un vecteur d'innovation pour les mobilités | Modérateur : Pascal GRISET [Historien de l'innovation et des techniques]
Route à induction, bornes de recharges ultra-rapides, poids-lourds et caténaires, covoiturage, péage sans barrières, production d'énergie… La route de demain est un support inépuisable d'innovations. Elle est au cœur du renouvellement des usages et de l'intégration de la mobilité bas-carbone. Elle concentre un dynamisme technique et industriel de pointe. Panorama des innovations routières et technologiques.
Erik GRAB [Vice-Président anticipation stratégique et innovation chez Michelin]
Jean-Pierre ORFEUIL [Spécialiste des mobilités]
Anne-Marie IDRAC [Ancienne secrétaire d'État, présidente de France Logistique]

Les "artistes" refont la route (épisode 2)
Mireille APEL-MULLER et Stéphane JUGUET

Veillée : Les autonautes de la cosmoroute (Julio Cortázar et Carol Dunlop, 1983)
Le couple d'écrivains, Julio Cortazar et Carol Dunlop, décident en 1982 de parcourir le trajet Paris-Marseille en minibus. Dormant sur des aires d'autoroutes, ils se savent chacun menacés d'une maladie incurable. Leur journal de bord s'enrichit progressivement de photographies, dessins et rencontres. Le but ? Suspendre le temps malgré les voies rapides et faire face au danger…
Alphonse COULOT [La Fabrique de la Cité]


Lundi 11 septembre
"HORS LES MURS"
Matin
À MUNEVILLE-SUR-MER
Visite de la carrière Eurovia et d'un chantier de construction de route

Après-midi
AU CHÂTEAU DE TOCQUEVILLE
Mathieu FLONNEAU : Les routes de la prospérité : Tocqueville mobile

Table ronde : La route et la critique de l'écologie politique | Animatrice : Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ
La route a été au fondement de la critique des penseurs précurseurs de l'écologie politique. Ivan Illich avançait l'idée que passé un certain seuil, la production de l'industrie des transports coûte à la société plus de temps qu'elle ne lui en épargne. Dans son sillage, André Gorz a dénoncé l'idéologie sociale de la "bagnole". À l'heure où la cause écologique devient structurante dans nos sociétés contemporaines, dans quelle mesure ces représentations critiques de la route sont-elles toujours d'actualité ?
Xavier DESJARDINS [Professeur en urbanisme et Aménagement de l'espace à la Sorbonne]
Julie SCAPINO ou Sophie DERAEVE [Directrices du Dictionnaire pluriel de la marche en ville (2021)]
Jean MESQUI [Ancien président de l'Union Routière de France]


Mardi 12 septembre
LA ROUTE, UN ESPACE COMMUN ?
Matin
Table ronde : La route et le rond-point, des espaces politiques ? | Animateur : Sylvain ALLEMAND
Infrastructure d'appropriation d'un espace, la route est un vecteur de développement, d'attractivité et de modernisation. Cependant, elle n'est pas sans révéler de puissantes inégalités à l'œuvre dans les territoires : accès et dépendance à la voiture, enclavement de communes et effet tunnel des autoroutes, inégalité centre-périphéries et mobilités pendulaires imposées (domicile-travail), radars, ronds-points et stations-services aux prises des Gilets Jaunes… autant de situations qui placent la route au cœur des enjeux sociaux. Le rond-point est peut-être le plus fort symbole de cette politisation de la route, de son objectivation comme espace d'expression politique.
Luc GWIAZDZINSKI [Géographe]
Jean-Laurent CASSÉLY [Sociologue et essayiste]

Après-midi
Table ronde : Le droit à la ville et à la campagne : existe-t-il une souveraineté de la route ?
La route est-elle un objet d'appropriation universelle ? En ville, elle se confond bien souvent avec la rue, et accueille de nombreux usages. À la campagne, dès le milieu du XXe siècle, certaines catégories d'usagers de la route (notamment les motards) revendiquent un droit à la route en l'articulant d'abord à la notion de liberté, bien souvent associée au voyage, que le bon vouloir du conducteur accomplit seul, affranchi d'horaires. Quelles trajectoires de vie, pour les usagers de la route, dans les espaces ruraux, les Zones à Faibles Émissions ? Dans la continuité de l'œuvre d'Henri Lefebvre, comment concevoir un droit à la route ?
Jean-Marc OFFNER [Urbaniste]
Étienne FAUGIER [Historien spécialiste du tourisme et de la mobilité]
Matthew CRAWFORD [Philosophe]

Les "artistes" refont la route (épisode 3)
Mireille APEL-MULLER et Stéphane JUGUET

Soirée
Projection du film Cimino, un mirage américain de Jean-Baptiste THORET


Mercredi 13 septembre
LES IMAGINAIRES DE LA ROUTE
Matin
Décrire la route, carte blanche à Jean-Baptiste THORET [Auteur de Road-movie, USA et de Cimino, un mirage américain]

Table ronde
Georges AMAR [Ingénieur, écrivain, artiste]
Marie-Émilie et Charline PORONNE [Dramaturges et comédiennes]

Après-midi
Table ronde : L'esthétique de la route
Et si l'objet "route" était, en lui-même, riche d'une valeur esthétique ? Ponts, tunnels, courbes et lignes à perte de vue : de nombreuses routes sont devenues mythiques, comme la route 66 et son infinie ligne droite américaine, les routes escarpées des Alpes, ou la route Napoléon, en Provence. Derrière ce tracé naturel et net se loge à chaque fois un savoir-faire technique et industriel qu'on ne soupçonne pas. L'appellation d'ouvrage d'art qui désigne une construction remarquable par sa taille ou sa technique révèle toute une esthétique routière bien souvent ignorée.
Introduction : Dan MARRIOTT [Fondateur de l'association internationale Preserving the historic road]
Laurent PITTET [Rédacteur en chef de la revue Roaditude]
Éric ALONZO [Architecte, professeur et docteur en architecture, auteur de L'architecture de la voie. Histoire et théories]
Julien VICK [Délégué général du Syndicat des Équipements de la Route]

Les "artistes" refont la route (épisode 4)
Mireille APEL-MULLER et Stéphane JUGUET

Soirée
Montrer la route
Camille JUZA [Réalisatrice]


Jeudi 14 septembre
Matin
Conclusion du colloque par les grands témoins : Aurélien BELLANGER et Catherine BERTHO-LAVENIR

Discussion générale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Mathieu FLONNEAU
Mathieu Flonneau est historien, agrégé et docteur en histoire, enseignant-chercheur, maître de conférences à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne. Il dirige depuis 2017 l'Institut AES de l'École de Droit de la Sorbonne. Spécialiste d'histoire urbaine et des mobilités depuis sa thèse de doctorat sur L'automobile à la conquête de Paris. Formes urbaines, champs politique et représentations (2002), il travaille sur les questions liées à la culture et à civilisation routière dans une perspective internationale. Membre du Mobility History Group né en 1999, il comptait en 2003 parmi les membres fondateurs de l'association internationale T2M, Traffic&Transport to Mobility qu'il a présidé entre 2017 et 2020.
Bibliographie indicative
Défense et illustration d'un automobilisme républicain, Descartes&Cie, 2014.
Métropoles mobiles, Défis institutionnels et politiques de la mobilité dans les métropoles françaises, co-direction, Presses universitaires de Rennes, 2021.
En tous sens ! Circuler, partager, sécuriser. Une histoire des équipements de la route, Éditions Loubatières, 2022.

Frédéric MONLOUIS-FÉLICITÉ
Frédéric Monlouis-Félicité a débuté sa carrière en tant qu'officier, avant de rejoindre le monde de l'entreprise en 2002. Il a dirigé pendant six ans l'Institut de l'entreprise, et depuis 2019, Frédéric Monlouis-Félicité est conseiller du président de VINCI Autoroutes, où il est plus particulièrement en charge de questions de prospective, d'innovation et d'affaires publiques. À ce titre, il coordonne les initiatives de VINCI Autoroutes liées à la décarbonation de la mobilité routière. Enfin, il supervise les activités de La Fabrique de la Cité, think tank du groupe VINCI, et de Leonard, plateforme d'innovation et de prospective du groupe.
Bibliographie indicative
La Guerre des générations aura-t-elle lieu ?, Éditions Les Belles Lettres, octobre 2022.
"Les grandes entreprises et la politique étrangère française", in Notre intérêt national, Thierry de Montbrial, Thomas Gomart (dir.), Éditions Odile Jacob, janvier 2017.
Le temps de l'action, les enjeux de l'élection présidentielle 2017, Institut de l'entreprise, décembre 2016.
Les grandes entreprises en France, je t'aime moi non plus, en collaboration avec McKinsey, octobre 2015.


BIBLIOGRAPHIE :

• Amar Georges, Ars Mobilis repenser la mobilité comme un art, FYP Éditions, 2014.
• Aubenas Florence, Gilets jaunes : la révolte des ronds-points, Le Monde, article publié le 15/12/2018.
• Alonzo Éric, Du rond-point au giratoire, Parenthèses éditions, 2005.
• Alonzo Éric, L'architecture de la voie. Histoire et théories, Parenthèses éditions, 2018.
• Bellanger Aurélien, Grand Paris, Gallimard, 2017.
• Bertho-Lavenir Catherine, La Roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes, O. Jacob, 1999.
• Bourg Dominique, Kaufmann Alain, Méda Dominique, L’âge de la transition. En route pour la reconversion écologique, Colloque de Cerisy, Éditions Les petits matins / Institut Veblen, 2016.
• Broto André, Transports, les oubliés de la République, Eyrolles, 2022.
• Cassély Jean-Laurent, Fourquet Jérôme, La France sous nos yeux. Économie, paysages, nouveaux modes de vie, Seuil, 2021.
• Cortazar Julio, Dunlop Carol, Les Autonautes de la cosmoroute, Gallimard, 1983.
• Crawford Matthew, Why we drive : toward a philosophy of the Open Road (Prendre la route : une philosophie de la conduite), William Morrow, 2020.
• Crozet Yves, Économie de la vitesse : Ivan Illich Revisité, Scop-Alternatives Économiques, 2017.
• Debray Régis et alii, Les Cahiers de médiologie, Qu'est-ce qu’une route ?, Gallimard, 1996.
• Desjardins Xavier, Urbanisme et mobilité : de nouvelles pistes pour l'action, Éditions de la Sorbonne, 2017.
• Desportes Marc, Paysages en mouvement, Gallimard, 2005.
• Faugier Étienne, Les mobilités automobiles, XIXe-XXIe siècles : les usagers sont-ils encore au volant ?, Éditions Mare & Martin, 2020.
• Faugier Étienne et alii, Histoire des transports et des mobilités en France, Armand Colin, 2022.
• Flonneau Mathieu, En tous sens : circuler, partager, sécuriser. Une histoire des équipements de la route, Loubatières Éditions, 2022.
• Flonneau Mathieu, Les cultures du volant. Essai sur les mondes de l'automobilisme, Autrement, 2008.
• Flonneau, Mathieu, avec Faugier Étienne, "Les mobilités urbaines et rurales ; complémentarités, divergences, ignorance, XIXe-XXIe sicèles" (p. 163-177) et postface, "La mobilité en histoire : portée d'un nouveau paradigme" (p. 219-222), in Histoire des transports et des mobilités en France, Armand Colin, 2022.
• Gwiazdzinski Luc, Sur la vague jaune : l'utopie d'un rond-point, Elya Éditions, 2019.
• Kerouac Jack, Sur la route, Gallimard, 1957.
Marriott Daniel, From Milestones to Mile-markers : understanding Historic roads, National Trust for Historic Preservation, 2004.
• Marriott Daniel, Saving Historic Roads : Design and Policy Guidelines, John Wiley and Sons, 1998.
• Orfeuil Jean-Pierre, Transports collectifs : après quatre décennies prodigieuses, inventer un nouvel avenir, Tous Urbains, 2015.
• Passalacqua Arnaud, La bataille de la route, Descartes et Cie, 2010.
• Proust Marcel, Impressions de route en automobile, Le Figaro, 1907.
• Roseau Nathalie, Le futur des métropoles, Temps et infrastructure, Metispresses, 2022.
• Rapetti Rodolphe, Vitesse, RMN éditions, 2021.
• Scapino Julie et alii, Dictionnaire pluriel de la marche en ville, L'œil d'or, 2021.
• Thoret Jean-Baptiste, Road-movie, USA, Hoëbeke éditions, 2011.
• Zeller Thomas, Consuming Landscape, what we see when we drive and why it matters, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2022.


SOUTIENS :

La Fabrique de la Cité
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
• Association Passé-Présent-Mobilité (P2M)

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


OÙ SONT LES TECHNOLOGIES D'AVENIR ?

1. DE SIMONDON À LA SCIENCE-FICTION


DU MERCREDI 30 AOÛT (19 H) AU MARDI 5 SEPTEMBRE (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

En 1983, le philosophe Gilbert Simondon estimait que "La technologie approfondie doit apprendre non seulement à inventer du nouveau, mais à réinsérer l'ancien et à le réactualiser pour en faire un présent sous l'appel de l'avenir". Quarante ans plus tard, tout ceux qui réfléchissent à l'avenir de notre civilisation en conviennent : les technologies qui pourront relever les défis matériels, énergétiques, informationnels et environnementaux ne correspondent pas forcément aux promesses futuristes des innovations accélérées récentes ; ce sont celles qui fondent un avenir moins éphémère pour les vivants et les machines dans leurs milieux intriqués.

La pensée contemporaine doit concevoir cet avenir en faisant appel à la convergence de multiples disciplines et en surmontant la désorientation actuelle qui résulte de l'abandon des représentations linéaires du progrès technique : des technologies dominantes préemptent la vision du futur alors qu'elles sont des "zombies" (elles sont mortes au regard des exigences de la survie de l'espèce), tandis que d'autres, négligées, oubliées ou enfouies dans des traditions locales, possèdent sans doute de plus grands potentiels.

D'où cette interrogation : Où sont les technologies d'avenir ?

De la philosophie des techniques à la science-fiction, en passant par l'histoire, la physique, les méthodologies de la conception, l'architecture ou la prospective éco-technologique, ce colloque interrogera ce qui définit une technologie d'avenir. De façon à la fois spéculative et concrète, nous approfondirons des enjeux tels que la redéfinition des obsolescences en fonction des échelles, l'étude des couplages et découplages entre les technologies et leurs milieux associés, les implications de "l'écotechnologie", la réflexion sur les affects technologiques, l'opportunité de stratégies de bifurcation et les orientations technopolitiques à privilégier pour l'avenir.

À l'ère de la coexistence des flux massifs d'information, des crises énergétiques, sanitaires et militaires, et des dérèglements climatiques, la réflexion technologique se doit d'élaborer de nouveaux critères pour penser le progrès dans toutes ses dimensions, pour dépasser l'addiction à la puissance, et pour inventer la "Right Tech" qui réponde à l'appel de l'avenir.


MOTS-CLÉS :

Bifurcation, Écotechnologie, Right Tech, Science-fiction, Simondon (Gilbert)


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 30 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 31 août
OBSOLESCENCES ET ÉCHELLES
Matin
Silvia de CESARE & Vincent BONTEMS : Le progrès sans croissance ? Comparaison et interaction des lignées techniques et biologiques
Giovanni CARROZZINI : L'objet technique est-il obsolescent ? Sur la réutilisation avec et au-delà de Simondon

Après-midi
Pauline PICOT : De l'analogie en éco(techno)logie : le cas de la "technodiversité"
Florence HACHEZ-LEROY & François BOST : L'héritage technologique, source d'avenir ?
José HALLOY : Quels critères scientifiques et techniques pour inventer des technologies d'avenir de très longue durée ?

Soirée
Entretien sur la mécanologie, film de Gilbert Simondon, 1968


Vendredi 1er septembre
COUPLAGES ET DÉCOUPLAGES
Matin
Jérôme LAFORCADE : Les contradictions de couplage
François BONTEMS : Le vaccin comme technologie de couplage

Après-midi
Élie CHEVIGNARD & Jacques JACOT : Archéologie d'une transition numérique : le quartz dans l'Arc Horloger
Sébastien BOURBONNAIS : Lorsque les architectes rencontrent les technologies numériques
Vincent MINIER : Virtualité des technologies de l'éducation

Soirée
Farah KHELIL & Michaël BERTIN : Les Plateaux


Samedi 2 septembre
ÉCOTECHNOLOGIES (PLANÉTOLOGIE)
Matin
Roland LEHOUCQ & Vincent BONTEMS : Quelles technologies pour les Fremen ?
Jean-Hugues BARTHÉLÉMY & Ludovic DUHEM : Pour une écotechnologie. Penser par-delà techno-solutionnisme et écologisme technophobe

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 3 septembre
AFFECTS TECHNOLOGIQUES
Matin
Frédéric PASCAL & Cléo COLLOMB : La technologie délicate des implants cochléaires : l'image sensorielle en question
Catarina POMBO NABAIS : Tatouages technologiques et science-fiction

Après-midi
Anaïs NONY : Techniques de l'âme et technologie de l'esprit
Dominique LESTEL & Patrice KILLOFER : Le zoofuturisme
Dai LI : 器•味 (technique-odeur) ou la "Technologie olfactive" comme nouvelle pensée technique

Soirée
Comment la science-fiction met en scène les technologies ?, table ronde avec Andrew FEENBERG, Sylvie LAINÉ et Roland LEHOUCQ


Lundi 4 septembre
STRATÉGIES DE BIFURCATION
Matin
Vincent LARIVIÈRE : L'évolution de la technologie vue par la bibliométrie
Anne ALOMBERT : Pour une bifurcation organologique : des technologies persuasives aux technologies contributives

Après-midi
Cléo COLLOMB : Pour une Intelligence Artificielle non mimétique
Christian de RONDE, Vincent BONTEMS & Andrea BARDIN : Quel avenir pour les technologies de l'intrication ?
Vincent BEAUBOIS : De l'intermittence technique

Soirée
Maria BARTHÉLÉMY, René SULTRA, Sacha LOEVE & Jean NAYROLLES : CoinS de vue sur l'écriture temporelle des images : l'aspirant, le médiateur et la pythie


Mardi 5 septembre
ORIENTATIONS TECHNOPOLITIQUES
Matin
Jim SCHRUB : Classicisme du numérique et crise écologique moderne : la double écofragmentation comme figure de notre temps
Andrea BARDIN & Marco FERRARI : Technopolitiques, ou penser la politique comme/entre/à travers science et technique

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Vincent BONTEMS
Vincent Bontems, directeur de recherches au CEA, professeur associé à l'INSTN, codirecteur du master Management de la Technologie et de l'Innovation à PSL, directeur de la collection "L'Âne d'or" aux Belles Lettres. Philosophe des sciences et des techniques, spécialiste de Gaston Bachelard et de Gilbert Simondon, il enseigne la philosophie de l'innovation à l'INSTN et à l'Institut Pasteur.
Publications récentes
"Penser l'innovation sur Arrakis", in R. Lehoucq (dir.), Dune. Exploration scientifique et culturelle d'une planète-univers, Le Bélial, 2020.
"Écotechnologie : entre exo-transcendance et rétro-scalabilité. Le principe de moindre puissance d'après Simondon", in J.-H. Barthélémy & L. Duhem (dirs.), Écologie et Technologie. Redéfinir le progrès après Simondon, Éditions Matériologiques, 2022.
Avec C. de Ronde, "Simondon e la meccanica quantistica", err. Scritture dell'imprevisto, 2022.

Christian FAURÉ
Christian Fauré est ingénieur et philosophe, il est Directeur Scientifique de OCTO Technology, une entreprise de conseil et de services numériques.

Roland LEHOUCQ
Roland Lehoucq est astrophysicien au Département d'astrophysique du CEA de Saclay. Il enseigne à Sciences Po Paris (campus du Havre) et au master "Approche Sociale des Enjeux Énergétiques" de l'université de Paris Cité. Il tient depuis plus de 20 ans une rubrique scientifique dans la revue de science-fiction Bifrost. Depuis 2012, il est président des Utopiales, le festival international de science-fiction de Nantes.
Publications récentes
La vie alien - Manuel pour construire un monde extraterrestre, R. Lehoucq, J.-S. Steyer & L. Genefort, Le Bélial, Collection "Parallaxe", octobre 2022.
Humain dans l'espace, entre réel et fiction, R. Lehoucq et F. Porcel, Éditions La Martinière, octobre 2021.
"Le temps joue contre nous", in Écologies – Le vivant et le social, Ouvrage dirigé par P. Boursier et C. Guimont, mars 2023.
"Les vaisseaux du 8e passager", in Alien : La Xénographie, Ouvrage dirigé par N. Martin et S. Riaux, Éditions ActuSF, octobre 2022.
"Habiter l'espace », in 2001 L'Odyssée de l’espace - Au carrefour des arts et des sciences, Ouvrage dirigé par C. L. Robinson et S. Azulys, Les éditions de l'École polytechnique, p. 73-84, octobre 2021.
"Science-fiction et armes absolues", in Imaginaires nucléaires - Représentations de l'arme nucléaire dans l'art et la culture, Ouvrage dirigé par J.-B. Jeangène Vilmer, Odile Jacob, p. 31-40, septembre 2021.


BILIOGRAPHIE :

• J.-H. Barthélémy & L. Duhem (dirs.), Écologie et Technologie. Redéfinir le progrès après Simondon, Éditions Matériologiques, 2022.
• V. Bontems, Au nom de l'Innovation. Finalités et modalités de la recherche au XXIe siècle, Les Belles Lettres, 2023.
• V. Bontems (dir.), Gilbert Simondon ou l'invention du futur, Colloque de Cerisy, Éditions Klincksieck, 2016.
• P. Boursier & C. Guimont, Écologies – Le vivant et le social, La Découverte, 2023.
• R. Lehoucq (dir.), Dune. Exploration scientifique et culturelle d'une planète-univers, Le Bélial, 2020.
• D. Lestel & P. Killofer, Machines insurrectionnelles, Fayard, 2021.

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


L'OULIPO : GÉNÉRATIONS


DU LUNDI 24 JUILLET (19 H) AU DIMANCHE 30 JUILLET (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Marc LAPPRAND, Dominique RAYMOND, Christophe REIG, Alain SCHAFFNER


ARGUMENT :

Conçu au château de Cerisy en 1960 lors de la décade consacrée à Raymond Queneau, l'OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) a depuis tracé un chemin original et durable dans le monde littéraire français et international. D'abord volontairement confidentiel, ce groupe disparate d'érudits, un temps issu et rattaché au Collège de 'Pataphysique, a progressivement agrégé autour de ses membres fondateurs des écrivains internationalement reconnus (G. Perec, J. Roubaud, I. Calvino, H. Mathews…). Logiquement, l'Oulipo s'est ensuite ouvert, sous la houlette de N. Arnaud, P. Fournel et M. Bénabou à des démarches plus exotériques caractérisées par une volonté affirmée de rencontre avec un public élargi.

Compte tenu de sa longévité, dans un paysage contemporain marqué par la disparition des groupes et des courants littéraires, l'Ouvroir, aujourd'hui fringant sexagénaire, fait donc figure d'exception. Sur les lieux mêmes où il naquit, ce colloque propose d'établir un bilan critique de ses permanences et de ses métamorphoses, de prendre acte de son unité et sa diversité par-delà les générations. Avec des interventions de membres de l'OULIPO et de contributeurs universitaires de plusieurs pays (Canada, France, Espagne, États-Unis, Italie, Japon), le colloque sera ouvert à toute personne intéressée par les sujets traités.


MOTS-CLÉS :

Calvino (Italo), Collège de 'Pataphysique, Décentrement, Écritures à contraintes, Érudition, Esthétique, Hasard, Intertextualité, Langue, Machine, Perec (Georges), Poésie, Queneau (Raymond), Queval (Jean)


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

Éric BEAUMATIN : Des contraintes et de l'Oulipo
Carole BISENIUS-PENIN : L'Oulipo : de l'espace public aux résidences d'auteurs, un art de la médiation
Camille BLOOMFIELD : Clémentine Mélois : du roman-photo au mème Internet, quand la culture populaire se fait oulipienne et plurimédiale
Peter CONSENSTEIN : La 2e génération de poètes oulipiens
Margaux COQUELLE-ROËHM : Roubaud à l'Oulipo
Michele COSTAGLIOLA D'ABELE : Italo Calvino à l'Oulipo
Maxime DECOUT : Complots à l'Oulipo
Éléonore HAMAIDE-JAGER : L'Oulipo et l'univers de l'enfance
Alison JAMES : Générativités oulipiennes
Marc LAPPRAND : La notion de décentrement à l'Oulipo
Caroline LEBREC : Une trilogie du queer dans l'œuvre d'Anne Garréta ?
Dominique MONCOND'HUY : Se dire à / par l'Oulipo ? Réflexions sur le discours de soi au fil des décennies oulipiennes
Dominique RAYMOND : De la bibliothèque de Line Mc Murray au patron de couturière de Michèle Audin
Christelle REGGIANI : L'Oulipo et le hasard
Christophe REIG : Le Romanesque de L'Anomalie
Hermes SALCEDA : L'Oulipo et la langue
Alain SCHAFFNER : L'univers romanesque de Paul Fournel (TP)
Shuichiro SHIOTSUKA : Certaines techniques oulipiennes et enjeu existentiel
Clara SITBON : L'Oulipo… "On n'y échappe pas"
Daniela TONONI : Formes de l'intertextualité dans l'écriture oulipienne

SOIRÉES :

Géométrie, poésie, des contraintes pour la prose, animée par Michèle AUDIN
L'Oulipo et la machine, animée par Valérie BEAUDOUIN
Entretien avec CR et MD, animée par Marcel BÉNABOU
L'Oulipo et l'image, animée par Étienne LÉCROART
Esthétique de l'infra-ordinaire : Tentative d’épuisement (textuel et visuel) de la ville de Barcelone en dix places, animée par Pablo MARTÍN SÁNCHEZ
Créations, animée par Bernardo SCHIAVETTA

"HORS LES MURS" :

Le fonds Jean Queval à l'IMEC (abbaye d'ardenne de Caen), avec la participation d'Axel QUEVAL


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Alison JAMES : Générativités oulipiennes
Né pendant l'apogée de la cybernétique et de la linguistique générative, l'Ouvroir de littérature potentielle prend acte des nouvelles découvertes scientifiques et technologiques tout en exprimant des hésitations, voire des inquiétudes persistantes à l'égard de leurs applications littéraires. Nous tracerons l'évolution au sein du groupe d'une théorisation et d'une mise en pratique de la générativité oulipienne, des Cent mille milliards de poèmes de Queneau, cette "machine à fabriquer des poèmes", aux expérimentations combinatoires de l'ALAMO, en passant par la "Production automatique de littérature française" (PALF) de Georges Perec et Marcel Bénabou. Si la notion de potentialité paraît d'emblée axée sur une conception de la générativité, le discours collectif du groupe est marqué par une forte méfiance à l'égard d'un "automatisme" teinté de surréalisme, ainsi que par la revendication d'une écriture artisanale plutôt que machinale. Le projet oulipien nourrit néanmoins de nombreuses réflexions et recherches contemporaines en matière de générativité computationnelle. Aujourd'hui, alors que les réseaux neuronaux acquièrent une nouvelle puissance de modélisation et de génération du langage et menacent de transformer notre relation à l'écrit, que pouvons-nous apprendre de l'Oulipo ?

Professeure à l'université de Chicago, Alison James est notamment l'auteure de Constraining Chance : Georges Perec and the Oulipo (Northwestern University Press, 2009), et de The Documentary Imagination in Twentieth-Century French Literature : Writing with Facts (Oxford University Press, 2020). Elle a également dirigé ou co-dirigé des ouvrages collectifs et des numéros de revue sur les formalismes littéraires, l'écriture non-fictionnelle, les littératures de terrain et les écritures contemporaines du quotidien.

Christelle REGGIANI : L'Oulipo et le hasard
Historiquement associé au surréalisme, le hasard a fait à l'Oulipo l'objet d'un rejet radical, maintes fois répété : "Nous lançons un défi au hasard" (Claude Berge) ; "La structure doit être cohérente. […] La structure a pour effet d'endiguer le hasard" (Jacques Duchateau)… La mathématisation de l'invention littéraire qui fait le propre de l'Ouvroir de littérature potentielle sert ainsi un fantasme de maîtrise — alors que rien, au fond, ne l'y prédisposait, au sens où le recours aux mathématiques pouvait aussi bien (et tout au contraire) conduire à mettre l'accent sur le probable, l'aléatoire, l'incertain… Or, les auteurs de l'Oulipo n'en ont pas moins développé une réflexion sur le contingent, voire l'aléatoire — outre le travail sur la génération automatique (informatique) de textes — qui a notamment pris, dans le cas de Perec, la consistance d'une véritable théorisation, via l'emprunt au Collège de Pataphysique de l'antique notion de clinamen. On se propose donc de partir de cette tension pour interroger les enjeux et les significations des usages, théoriques et poétiques, du hasard qui ont été ceux de l'Ouvroir de littérature potentielle depuis la création du groupe en 1960.

Professeure de stylistique française à la faculté des lettres de Sorbonne Université, Christelle Reggiani a notamment publié : Rhétoriques de la contrainte. Georges Perec, l'Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions InterUniversitaires, 1999 (rééd. Eurédit, 2013) ; Poétiques oulipiennes : la contrainte, le style, l'histoire, Genève, Droz, 2014 ; Perec et le cinéma, Paris, Nouvelles Éditions Place, 2021. Elle a également dirigé l'édition des Œuvres de Georges Perec dans la "Bibliothèque de la Pléiade" des éditions Gallimard (2017).

Hermes SALCEDA : L'Oulipo et la langue
L'Oulipo s'est proposé notamment d'explorer les possibles de la langue, pourtant il n'existe pas à proprement parler une théorie oulipienne de la langue (C. Reggiani). Il s'agira d'étudier les rapports parfois paradoxaux de l'Oulipo à la langue autant à travers les écrits théoriques du groupe, qu'à travers certaines œuvres qui impliquent une prise de position par rapport à la question de la langue. Quel est cet au-delà de la linguistique évoqué par Queneau où prétend se situer l'Oulipo ? Associée à la question de la langue se trouve celle de l'écriture dont la position est aussi difficile à préciser.

Hermes Salceda s'occupe essentiellement des textes de Raymond Roussel et de Georges Perec en tant que traducteur et en tant que critique. Comme traducteur, il s'efforce de transposer en espagnol la complexité textuelle des textes contraints en respectant leurs règles d'écriture. Ses travaux récents sont Clés pour La Disparition (2018) et Roussel-Dalí (2021). Il dirige la revue Raymond Roussel chez Classiques Garnier.

Shuichiro SHIOTSUKA : Certaines techniques oulipiennes et enjeu existentiel
Dans notre communication, nous voudrions faire la comparaison entre Le Tramway de Claude Simon et les deux œuvres de Georges Perec (W ou le souvenir d'enfance et La Disparition), afin qu'une pratique effectuée en dehors de l'Oulipo jette une nouvelle lumière sur les artifices littéraires. Nous nous donnons deux buts dans cette comparaison : d'une part, elle contribue à montrer que certains artifices peuvent avoir une charge existentielle, et à réfuter la critique qui accuse l'Oulipo de gratuité ludique. D'autre part, elle sert à constater que les possibilités oulipiennes et les activités d'écrivains extérieurs au groupe peuvent converger vers le même effet. Nous espérons par-là que les études oulipiennes s'assoupliront pour devenir plus ouvertes et plus dégagées.

Shuichiro Shiotsuka est professeur à l'université de Tokyo (Japon), auteur de deux ouvrages : Les Recherches de Raymond Queneau sur les fous littéraires (Eurédit, 2003) et Georges Perec : contrainte et enjeu existentiel (en japonais, 2017). Il est également traducteur en japonais de la littérature française du XXe siècle (notamment La Disparition et Les Enfants du limon).


BIBLIOGRAPHIE :

• Andrews Chris, How to do things with forms : the Oulipo and its inventions, Montréal, McGill-Queen's University Press, 2022.
• Baetens Jan & Schiavetta Bernardo (dir.), Le goût de la forme en littérature. Écritures et lectures à contraintes, Colloque de Cerisy (2001), Noésis, Formules, 2004.
• Berkman Natalie, OuLiPo and the Mathematics of Literature, Berne, Peter Lang, Coll. "Romance Literatures & Cultures", 2022.
• Bisenius-Penin Carole, Le Roman oulipien, Paris, L'Harmattan, 2008.
• Bisenius-Penin Carole et Petitjean André, 50 Ans d'Oulipo : de la contrainte à l’œuvre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
• Bloomfield Camille, Lapprand Marc & Thomas Jean-Jacques (dir.), Oulipo@50/L'Oulipo à 50 ans, Les Presses universitaires du Nouveau Monde, Formules, n°16, 2012.
• Bloomfield Camille, Raconter l'Oulipo (1960-2000) : histoire et sociologie d'un groupe, Paris, Honoré Champion, 2017.
• Bories Anne-Sophie, Des Chiffres et des mètres, Paris, Honoré Champion, 2020.
• Consenstein Peter, Literary memory, consciousness, and the group Oulipo, Amsterdam, New York, Rodopi, 2002.
• Fournel Paul, Clefs pour la littérature potentielle, Paris, Denoël, 1972.
• Lapprand Marc, Poétique de l'Oulipo, Amsterdam, New York, Rodopi, 1998.
• Lapprand Marc, L'œuvre ronde : essai sur Jacques Jouet suivi d'un entretien avec l'auteur, Limoges, Lambert-Lucas, 2007.
• Lapprand Marc, Pourquoi l'Oulipo ?, Québec, Presses de l'université Laval, 2020.
• Lapprand Marc & Reig Christophe (éd.), Noël Arnaud chef d'orchestre de l'Oulipo : correspondance 1961-1998, Paris, Honoré Champion, 2018.
• Lapprand Marc & Reig Christophe (éd.), Jacques Bens : mémoires d'un "vieux crocodile", Paris, Honoré Champion, 2022.
• Lebrec Caroline, Combinatoires ludiques : littérature, contrainte et mathématique, New York, Peter Lang, 2020.
• Le Tellier Hervé, Esthétique de l'Oulipo, Paris, Le Castor Astral, 2006.
• Levin Becker Daniel, Many Subtle Channels : In Praise of Potential Literature, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2012.
• Moncond'huy Dominique, Pratiques oulipiennes, Paris, Gallimard, 2004.
• Motte Warren, Oulipo : A Primer of Potential Literature, Lincoln, University of Nebraska Press, 1986.
• Raymond Dominique, Échafaudages, squelettes et patrons de couturière : essai sur la littérature à contraintes au Québec, Montréal, Presses de l'université de Montréal, 2021.
• Reggiani Christelle, Rhétoriques de la contrainte : Georges Perec – l'Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions Interuniversitaires, 1999.
• Reggiani Christelle, L'éternel et l'éphémère : temporalités dans l'œuvre de Georges Perec, Amsterdam, New York, Rodopi, 1994.
• Reggiani Christelle, Poétiques oulipiennes : la contrainte, le style, l'histoire, Genève, Droz, 2014.
• Reggiani Christelle & Schaffner Alain (dir.), Oulipo mode d'emploi, Paris, Honoré Champion, 2016.
• Reig Christophe, Mimer, Miner, Rimer : le cycle romanesque de Jacques Roubaud, Amsterdam, Rodopi, 2006.
• Schiavetta Bernardo & Thomas Jean-Jacques (dir.), Forme & informe dans la création moderne et contemporaine, Colloque de Cerisy (2008), Noésie, Formules, n°13, 2009.


PARTENARIAT :

• Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)


SOUTIENS :

CRESEM (UR 7397) | Université de Perpignan Via Domitia (UPVD)
THALIM (UMR 7172, CNRS) | Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


MICHEL CHAILLOU, POÈTE DE L'EXTRÊME CONTEMPORAIN ?


DU LUNDI 24 JUILLET (19 H) AU DIMANCHE 30 JUILLET (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

En 1986, Michel Chaillou invente ex abrupto, dans une poiesis critique, la formule d'extrême-contemporain. La notion s'élabore dans la revue Po&sie (n°41, 1987), à la suite d'un colloque grâce aux réflexions de Michel Chaillou, François Aubral, Michel Deguy, Florence Delay, Denis Roche, Danièle Sallenave, Philippe Sollers, Jacques Roubaud, Dominique Fourcade, Michel Vinaver, Bruno Baye et Dumitru Tsepeneag.

Comme Pascal Quignard (Petits traités), Michel Chaillou a une entente étymologique du contemporain, non pas équivalent du moderne moderniste, mais d'un "cum temporibus", art d'être dans le présent "avec tous les temps". Est-ce refus de choisir ? Ou rejet des ruptures modernistes ? Et qu'entendre par extrême contemporain : est-ce un cumul polyphonique, voire oxymorique, que l'on pourrait qualifier de "maximaliste" (L. Ruffel) ou de "baroque" (Ch. Rolla), voire d'"extra-vagant" au sens où se révélerait une errance, un "naufrage" (D. Viart), tant esthétique qu'épistémologique ? Cet extrême-contemporain décrit-il avec pertinence l'art d'une génération d'écrivains de la fin du XXe siècle, et en particulier la pratique créatrice protéiforme de Chaillou ?

Artistes, écrivains, traducteurs, universitaires, ainsi que des lecteurs et auditeurs, débateront ensemble sur ces questions.


MOTS-CLÉS :

Chaillou (Michel), Contemporain, Création, Critique, Écriture, Esthétique, Histoire littéraire, Littérature, Poésie


COMMUNICATIONS & TABLES RONDES (suivies de débats) :

James ARNOLD : Souvenirs virginiens : Michel Chaillou entre Charlottesville et Paris
Carole AUROY : Autobiographie et résilience, autour de Chaillou et de Guyotat
Mathilde BATAILLÉ : Temps et mythographies dans les œuvres de Michel Chaillou et Michel Tournier
François BERQUIN : La pesée des âmes
Pauline BRULEY : Michel Chaillou et l'improvisation
Alban CERISIER
Guillaume FAU : Brèves, la collection comme une œuvre ?
Charles FORSDICK : Michel Chaillou, étonnant voyageur
Kowei KUWADA : Traduire Michel Chaillou en japonais
Pascal LEFRANC : Démoder le roman avec Michel Chaillou, ou l'éloge de la romance
Éric LE ROY : Yannick Bellon et Michel Chaillou, un rendez-manqué ?
Thierry MARÉ : Parlez-vous chitien ?
Guilherme MASSARA : L'évènement-démodé : remarques sur l'imaginaire social dans la littérature brésilienne contemporaine d'après Michel Chaillou
Philippe MET
Alexis PIGNOL : Le "français arrosé de vodka" de La rue du capitaine Olchanski
Chiara ROLLA : Traduire comme transhumer. Défis et intraduisibles de la langue de Michel Chaillou
Sophie TONOLO : Voix, vide, vers : Michel Chaillou ou le ravivement poétique du XVIIe siècle
Arnaud VILLANOVA : Vers l'amitié : Chaillou et le Chemin
Yue ZHO

TABLES RONDES (suivies de débats) :

David CHAILLOU
Michèle CHAILLOU
Florence DELAY
Bénédicte GORRILLOT : De Michel à David Chaillou : quel dialogue entre poésie et musique ?
Marie-Laure PRÉVOST
Jean VÉDRINES

SOIRÉE :

Musiques, avec la participation de David CHAILLOU et de Christophe PANTILLON

EXPOSITION :

• Avec la participation de Patrice ALEXANDRE, François DELBECQUE et Claude GEORGES


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Pauline BRULEY
Pauline Bruley est Maîtresse de conférences en Langue et Littérature françaises à l'université d'Angers.
Publications
Rhétorique et style dans la prose de Charles Péguy, Paris, Honoré Champion, 2010.
Édition d'Ève de Péguy dans les Œuvres poétiques et dramatiques, Cl. Daudin (dir.), Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", 2014.
Avec Martine Jey et Emmanuelle Kaës, L'Écrivain et son école, Paris, Hermann, 2017.
Michel Chaillou : les voix retrouvées, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018 (Actes du colloque de 2015).

Guillaume FAU
Guillaume Fau est Conservateur des bibliothèques, chef du service des manuscrits modernes et contemporains à la Bibliothèque nationale de France. Commissariat des expositions Antonin Artaud (2006), Gaston Leroux (2008) et Pierre Jean Jouve (2013) et direction des catalogues. Responsable des fonds Antonin Artaud, Georges Bataille, Patrick Drevet, Annie Ernaux, Pierre Guyotat, Pierre Jean Jouve, Michel Chaillou et Marcel Proust au département des Manuscrits, il a coordonné la numérisation des fonds Flaubert, Proust et Valéry. Il est rédacteur en chef du Bulletin du bibliophile. Il est actuellement l'un des commissaires de l'exposition Marcel Proust. La Fabrique de l'œuvre à la BnF.

Bénédicte GORRILLOT
Bénédicte Gorrillot est Maîtresse de conférences à l'université Polytechnique des Hauts-de-France, en Poésie latine et Littérature contemporaine.
Publications
Christian Prigent, Quatre Temps, Argol, 2009.
Inter avec notamment Pascal Quignard, 2011.
L'Illisibilité en questions (avec A. Lescart), Presses universitaires du Septentrion, 2014.
"Politiques de Ponge", Revue des sciences humaines, n°316, 2014.
Michel Deguy, Noir, Impair et Manque, 2016.
Christian Prigent : trou(v)er sa langue (avec F. Thumerel), Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2017.
Poesia e Interfaces (operaçoes, composiçoes, plasticidades) / Poésie et Interfaces (opérations, compositions, plasticités, Rio de Janeiro-Brasil, 2017.
"Avec Michel Deguy : Poétique & philosophie", Revue des sciences humaines, n°332, 2018.
Francis Ponge, ateliers contemporains (avec L. Cuillé et J.-M. Gleize), Colloque de Cerisy, Éditions Classiques Garnier, 2019.
L'Héritage gréco-latin dans la littérature française contemporaine, Droz, 2020.
"La poésie en transit : France-Brésil", B. Gorrillot, M. Jacques de Moraes, M. Siscar (éd.), Revue des sciences humaines, n°346, 2022.


BIBLIOGRAPHIE :

Michel Chaillou à l'écoute de l'obscur, Revue des sciences humaines, n°344, Presses universitaires du Septentrion, Pascal Lefranc (dir.).
Michel Chaillou, l'écriture fugitive, Roman 20-50, "Actes", n°18, janvier 2022, François Berquin et Catherine Haman (dir.).
Michel Chaillou. Les voix retrouvées, Pauline Bruley (dir.), Presses universitaires de Rennes, 2018.
• Chiara Rolla, Michel Chaillou arpenteur évasif, Presses universitaires du Septentrion, "Perspectives", 2020.
Po&sie, n°41, 1987.
• Dominique Viart, "Écrire au présent, l'esthétique contemporaine", Le Temps des lettres, Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 317-326.


SOUTIENS :

• The Melodia E. Jones Chair | University at Buffalo
• Laboratoire CIRPaLL - EA 7457 | Université Angers
• Bibliothèque nationale de France (BnF)
• Laboratoire EA 4343 | Université Polytechnique Hauts-de-France
Fondation Khôra - Institut de France

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


LE RENOUVEAU DU SAUVAGE


DU LUNDI 26 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 2 JUILLET (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Erwan CHEREL, Lydie DOISY, Raphaël LARRÈRE, Fabien QUÉTIER


ARGUMENT :

Même dans nos sociétés industrialisées et de vieille civilisation agraire, où l'on avait espéré cantonner, voire éliminer, le sauvage, il revient et s'invite dans des espaces que l'on avait consacrés aux activités et aux habitations humaines. La déprise agricole, l'abandon d'anciens espaces cultivés ou ouverts au pastoralisme, s'est traduite par une sorte d'ensauvagement des campagnes, avec la progression de friches qui évoluent à terme vers des peuplements forestiers. On parle alors de "fermeture des paysages". La désindustrialisation se manifeste par la progression de friches industrielles, de la même façon que les remaniements de l'urbanisme ont multiplié les friches urbaines et périurbaines, en attente d'une autre affectation qui tarde à venir, et parfois n'advient pas. Le sauvage est désormais partout présent, et le partage des espaces entre le sauvage et le domestique ne tient plus : le sauvage s'invite là où on ne l'attendait plus, et ses interactions avec les activités humaines se multiplient et se complexifient.

Comment cohabite-t-on avec le sauvage, comment faire-avec lui et quelles évolutions se dessinent-elles dans la société ? Pour y répondre, ce colloque vise à favoriser des échanges entre différentes disciplines et des acteurs intervenant sur le terrain. Ouvert à toute personne intéressée par le sujet, il s'élargira encore grâce au partage de certaines séances, soirées ou promenades avec le colloque en parallèle : Que peut la littérature pour les vivants ?.


MOTS-CLÉS :

Aires protégées, Animaux, Chasse, Conservation, Espace domestique, Forêt, Friches, Interactions entre humains et non-humains, Libre-évolution, Nature sauvage, Réensauvagement, Restauration écologique


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 26 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 27 juin | En commun avec le colloque en parallèle : Que peut la littérature pour les vivants ?
Matin
LA PLACE DU SAUVAGE DANS NOS CIVILISATIONS
Raphaël LARRÈRE : Le sauvage, le domestique et l'entre-deux
Bénédicte MEILLON : Changer de paradigmes par le biais de l'écopoétique : quand la littérature compose sur le mode du "réalisme liminal" pour amplifier notre Umwelt et réenchanter le monde | Colloque en parallèle

Après-midi
Jacques TASSIN : Maurice Genevoix, natures pensées, natures sensibles
Marie CAZABAN-MAZEROLLES : La rencontre animale comme "grand dérangement" chez Val Plumwood et Nastassja Martin : crise des récits et des statuts à l'ère de l'anthropocène | Colloque en parallèle
Rémi BEAU : Figures contemporaines du sauvage : le nouveau, l'ancien et le trouble


Mercredi 28 juin
Matin
L'ENSAUVAGEMENT ET LE RÉENSAUVAGEMENT
Vincent DEVICTOR & Laurent GODET : La dynamique écologique des milieux en libre évolution
Gilles RAYÉ : Retour d'expérience de plus de 70 ans de réensauvagement en France

Après-midi | En commun avec le colloque en parallèle : Que peut la littérature pour les vivants ?
REGARDS SUR LE SAUVAGE
Virginie MARIS : Critiques et ressources de l'écoféminisme pour penser un ré-ensauvagement émancipateur
Anne SIMON : Nature, sauvage, vivant… : mots-mana ou mots tabous ? | Colloque en parallèle
Joëlle ZASK : Ce que les animaux sauvages disent de la ville

Soirée | En commun avec le colloque en parallèle : Que peut la littérature pour les vivants ?
Roman et science face aux biocides, débat animée par Noël CORDONIER, avec la participation de Gisèle BIENNE (autrice de La Malchimie) et de Gilles-Éric SÉRALINI (biologiste, spécialiste des OGM et des pesticides, auteur de L'Affaire Roundup à la lumière des Monsanto Papers)


Jeudi 29 juin
Matin & Après-midi
LA LIBRE-ÉVOLUTION SUR LE TERRAIN
Serge MORAND : Zoonoses, ces liens infectieux entre sauvage, domestique et humains

"HORS LES MURS" — VISITES
• Les falaises littorales de Carolles et Champeaux — Conservatoire du littoral
• La grande Noé (bois de pente et ancienne carrière) — CEN Normandie
• Expériences de renaturation de rivières — Agence de l'eau Seine Normandie


Vendredi 30 juin
Matin
LE SAUVAGE À LA CAMPAGNE
Charles STÉPANOFF : Le sauvage et le domestique en Europe rurale : hybridations néolithiques et divorce moderne
Pascal MARTY : "Nous avons toujours été sauvages" : dynamiques des paysages ruraux

Après-midi
COHABITER AVEC LE SAUVAGE
Rémi LUGLIA : Cohabiter : pourquoi ? comment ?

Les ensauvagements, table ronde animée par un représentant de l'Office français de la biodiversité (OFB), avec Farid BENHAMMOU ["Invasifs" et/ou "Nuisibles"], Loïs MOREL [Titre non communiqué], Andrey MURATET [Les friches urbaines et industrielles] et Nathan RANC [L'arrivée du chacal doré]

Soirée
Témoignages sur la libre évolution en Normandie, animée par Lydie DOISY, avec la participation d'invités normands


Samedi 1er juillet
Matin
Raphaël MATHEVET : Politiques du flamant rose et du sanglier : vers une zoopolitique du sauvage

Les gestionnaires face à la naturalité, la libre-évolution et le réensauvagement, table ronde animée par Fabien QUÉTIER, avec Raphaël BILLÉ [L'expérience de la Tour du Valat (Bouches-du-Rhône)], Gilbert COCHET [L'expérience des réserves de vie sauvage de l'ASPAS (Drôme)], Lucie DUFAY [L'expérience du CEN Normandie], Joseph GARRIGUE [L'expérience de la réserve de la Massane (Pyrénées Orientales)] et François SARGOS [L'expérience de la réserve de Cousseau (Gironde)]

Après-midi
LES TERRITOIRES FACE AU RENOUVEAU DU SAUVAGE
Christian BARTHOD : Comment s'est-on approprié la wilderness et la nature férale en Europe et en France [sous réserve]

Table ronde animée par Frédérick LEMARCHAND, avec Denis CAUDRON [L'expérience du label "Rivières Sauvages"], Alexandre CHAVEY [Le label "Territoire de faune sauvage"], Lydie DOISY [L'expérience du programme PRELE du CEN Normandie] et Cyriaque LETHUILLER [L'expérience d'une collectivité locale (Le Havre)]


Dimanche 2 juillet
Matin
Benjamin AUDOUARD & Mathilde GILOT : Transcription artistique du colloque (performance)
Christophe AUBEL : Retours sur le colloque et perspectives pour transformer notre relation à la nature sauvage
Erwan CHEREL, Lydie DOISY, Raphaël LARRÈRE & Fabien QUÉTIER : Idées conclusives

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Joëlle ZASK : Ce que les animaux sauvages disent de la ville
Y aura-t-il de plus en plus d'animaux sauvages dans les villes ? C'est là une hypothèse crédible. D'une part, la ville peut servir de refuge à des animaux privés de leur milieu naturel en raison notamment des activités humaines et, d'autre part, les bidonvilles insalubres dans lesquels s'entassent environ 2 milliards d'humains chassés eux aussi de leur environnement habituel constituent un écosystème favorable à de multiples espèces. Cette intervention consistera d'une part à mettre en doute la validité des postures complices que sont l'éradication des "nuisibles" et, à l'inverse, une généreuse hospitalité, notamment en termes de nourriture, à l'égard des autres ; et, d'autre part, à revisiter les valeurs et les pratiques relatives à la bonne distance que réalisent les relations de voisinage. Ce sera là un poste d'observation pour critiquer l'idéologie colonisatrice de la ville et pour indiquer les voies de son écologisation.

Joëlle Zask, spécialiste du pragmatisme et de philosophie sociale et membre de l'IUF, enseigne au département de philosophie d'Aix-Marseille université. Dans ces derniers travaux, elle établit des relations étroites entre l'écologie et l'autogouvernement démocratique. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages, dont La Démocratie aux champs (La Découverte, 2016), Quand la forêt brûle (Premier Parallèle, 2019), Zoocities : des animaux sauvages dans la ville (Premier Parallèle, 2020) et Écologie et démocratie (Premier Parallèle, 2022). Son dernier ouvrage, paru en mars 2023 chez le même éditeur, s'intitule Se tenir quelque part sur la terre ; comment parler des lieux qu'on aime


BIBLIOGRAPHIE :

• Christian Barthod, Jean-Luc Dupouey, Raphaël Larrère & François Sarrazin (éds.), Revue Forestière Française 2-3, Des forêts en libre évolution, 2021.
• Guillaume Blanc, Elise Demeulenaere & Wolf Feuerhahn, Humanités environnementales - Enquêtes et contre-enquêtes, Paris, Publication de la Sorbonne, 2017.
• Patrick Blandin, De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité, Éditions Quae, Paris, 2009.
• Cain Blythe & Paul Jepson, Réensauvager la nature pour sauver la planète, Presses universitaires de l'EPFL, Lausanne, Suisse, 2022 (traduction).
• John Baird Callicott & Michael P. Nelson (éds.), The Great New Wilderness Debate, Athens and London, The University of Georgia Press, 1998.
• John Baird Callicott & Michael P. Nelson (éds.), The Wilderness Debate Rages on, Athens and London, The University of Georgia Press, 2008.
• Gilles Clément, Manifeste du Tiers Paysage, Éditions du Commun, Paris, 2004.
• Charles Clover, Rewilding the sea : how to save our oceans, Ebury Publishing, Londres, 2022.
• Gilbert Cochet & Béatrice Kremer-Cochet, L'Europe réensauvagée - Vers un nouveau monde, Arles, Babel, 2022.
L'avenir du vivant - Nos valeurs pour l'action, Paris, Comité Français de l'UICN, 2021.
• Philippe Descola, "Le sauvage et le domestique", in Sophie Bobbé (éd.), Les nouvelles figures du sauvage, Communications, n°76, 2004, pp. 17-39.
• Thierry Dutoit & al., Restaurer ou laisser faire la nature, Courrier de la Nature, n°301, 2017.
• Catherine Larrère & Raphaël Larrère, Penser et agir avec la nature, une enquête philosophique, Paris, La Découverte, 2018.
• Raphaël Larrère, "La nature férale - Milieux de l'entre-deux du sauvage et du domestique", in Multitudes, n°86, 2022, pp. 225-229.
• Aldo Léopold, Almanach d'un comté des sables, Flammarion, 2017.
• Alexandra Locquet, Born to be wild ? Représentations du sauvage et stratégies de protection de la Wilderness en Europe, Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, Paris, 2021.
• Rémi Luglia (éd.), Sales bêtes et mauvaises herbes ! "Nuisible", une notion en débat ?, Presses universitaires de Rennes, 2018.
• Virginie Maris, La part sauvage du monde, Paris, Seuil, 2018.
• Raphaël Mathevet & Arnaud Béchet, Politiques du Flamant rose - Vers une écologie du sauvage, Marseille, Wildptoject, 2020.
• Raphaël Mathevet & Roméo Bondon, Sangliers - Géographies d'un animal politique, Arles, Actes sud, 2022.
• George Monbiot, Feral : Searching for Enchantment on the Frontiers of Rewilding, Penguin Books, Londres, 2013.
• Serge Morand, L'homme, la faune sauvage et la peste, Paris, Fayard, 2020.
• Loïs Morel, De la ruralité à la féralité : dynamique de recomposition des facettes taxonomique, fonctionnelle et phylogénétique des communautés d'espèces lors des processus de reboisement spontanés, Museum national d'histoire naturelle, 2018.
• Baptiste Morizot, Les diplomates – Comment cohabiter avec les loups sur un autre carte du vivant, Marseille, Wildproject, 2016.
• Baptiste Morizot, Raviver les braises du vivant : un front commun, Marseille, Wildptoject (et Arles, Actes sud), 2020.
• Henrique M. Pereira & Laetitia M. Navarro (éds.), Rewilding European Landscapes, Springer, 2015.
• Annick Schnitzler & Jean-Claude Génot, La France des friches - De la ruralité à la féralité, Versailles, Quæ, 2012.
• Charles Stepanoff, L'animal et la mort, Paris, La Découverte, 2021.
• Jacques Tassin, Pour une écologie du sensible, Paris, Odile Jacob, 2020.
• François Terrasson, La peur de la nature, Sang de la Terre, 2007.
• Isabella Tree, Le réensauvagement de la ferme à Knepp, Actes Sud, 2022 (traduction).
• Joëlle Zask, Zoocities - Des animaux sauvages dans le ville, Paris, Premier Parallèle, 2020.


SOUTIENS :

• Office français de la biodiversité (OFB)
Région Normandie
Fondation François Sommer [sous réserve]
• Centre national de la recherche scientifique (CNRS) [sous réserve]

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


QUE PEUT LA LITTÉRATURE POUR LES VIVANTS ?


DU LUNDI 26 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 2 JUILLET (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Que peut la littérature face à l'urgence écologique ? La question indique que l'époque de l'autoréférentialité, qui avait dominé les études littéraires en France, est révolue tandis que s'accumulent les ouvrages et les colloques révélant une littérature qui s'est remise à écrire le réel et surtout à l'interroger avec autant d'inquiétude que de précision, en même temps qu'elle continue d'interroger ses propres formes, c'est-à-dire ses propres forces pour révéler, traduire, faire sentir un monde que l'on dit entré dans l'ère de l'anthropocène.

Après d'autres tentatives récentes pour cerner ce que peut la littérature, de manière générale ou plus spécifiquement appliquée à la crise contemporaine du vivant, il s'agira d'entrer dans le détail des textes d'aujourd’hui, des écrivains d'abord, mais aussi des critiques, à partir d'un double corpus, francophone et anglophone, que l'on s'efforcera de faire dialoguer au-delà d'une méfiance devenue obsolète. La réflexion collective portera donc sur les effets et les pratiques de la littérature, depuis 1980, quant à nos relations avec les vivants : de quelle manière parvient-elle à en transmettre une connaissance nouant données scientifiques et vécus intimes, raison moderne et raison ante- ou anti-moderne, à rendre compte de la désorientation des individus et de la sauvagerie des âmes, à travailler nos émotions de terreur ou de joie, d'écoanxiété ou d'enchantement, de colère, d'espérance, à révéler nos dissonances cognitives, à réveiller notre conscience politique ?

Cette rencontre, ouverte à toute personne intéressée par le sujet, s'élargira encore grâce au partage de certaines séances, soirées ou promenades avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage.


MOTS-CLÉS :

Animaux, Ecocritics, Écopoétique, Émerveillement, Empathie, Interactions anthropozoologiques, Littérature contemporaine, Littérature environnementale, Nature, Végétaux, Vivants


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 26 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 27 juin | En commun avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage
Matin
LA PLACE DU SAUVAGE DANS NOS CIVILISATIONS
Raphaël LARRÈRE : Le sauvage, le domestique et l'entre-deux | Colloque en parallèle
Bénédicte MEILLON : Changer de paradigmes par le biais de l'écopoétique : quand la littérature compose sur le mode du "réalisme liminal" pour amplifier notre Umwelt et réenchanter le monde

Après-midi
Jacques TASSIN : Maurice Genevoix, natures pensées, natures sensibles | Colloque en parallèle
Marie CAZABAN-MAZEROLLES : La tornade, l'ours et le crocodile : crise des récits et des statuts à l'heure du grand dérangement
Rémi BEAU : Figures contemporaines du sauvage : le nouveau, l'ancien et le trouble | Colloque en parallèle

Promenade dans le parc, les prairies et les chemins creux qui entourent le château

Soirée
Vernissage de l'exposition "Danse et anamorphoses sylvestres" réalisée par Bénédicte MEILLON


Mercredi 28 juin
Matin
REPRÉSENTATIONS DES CONFLITS ÉCOLOGIQUES
Xavier GARNIER : Lecture écosystémique des littératures africaines
Sara BUEKENS : Impérialisme écologique et ontologique : la représentation des monocultures dans la littérature africaine contemporaine
Pierre SCHOENTJES : "Le sang se mit à couler". Littérature, environnement et (non)violence dans les années 70

Après-midi | En commun avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage
REGARDS SUR LE SAUVAGE
Virginie MARIS : Critiques et ressources de l'écoféminisme pour penser un ré-ensauvagement émancipateur | Colloque en parallèle
Anne SIMON : Nature, sauvage, vivant… : mots-mana ou mots-tabous ?
Joëlle ZASK : Ce que les animaux sauvages disent de la ville | Colloque en parallèle

Soirée | En commun avec le colloque en parallèle : Le renouveau du sauvage
Roman et science face aux biocides, débat animée par Noël CORDONIER, avec la participation de Gisèle BIENNE (autrice de La Malchimie) et de Gilles-Éric SÉRALINI (biologiste, spécialiste des OGM et des pesticides, auteur de L'Affaire Roundup à la lumière des Monsanto Papers)


Jeudi 29 juin
Matin & Après-midi
QUE PEUT LA LITTÉRATURE POUR LE VÉGÉTAL ?
Rachel BOUVET & Stéphanie POSTHUMUS : Reconnecter avec le végétal par l'imaginaire littéraire contemporain

"HORS LES MURS" — VISITES
• Les falaises littorales de Carolles et Champeaux — Conservatoire du littoral
• La grande Noé (bois de pente et ancienne carrière) — CEN Normandie
• Expériences de renaturation de rivières — Agence de l'eau Seine Normandie


Vendredi 30 juin
Matin
HABITER POÉTIQUEMENT LA TERRE
Michel COLLOT : La notion d'écosensibilité
Judyta ZBIERSKA-MOŚCICKA : Entre l'attention et l'émerveillement. À propos de quelques textes contemporains (Bienne, Mahy, Malinconi)
Jean-Claude PINSON : Du peu que peut la poésie pour les vivants en sursis que nous sommes | Entretien avec Colette CAMELIN

Après-midi
RÉPARATIONS ÉCOPOÉTIQUES DU VIVANT
Riccardo BARONTINI : Imagination littéraire et action climatique : Baqué, Ducrozet et Reverdy
Bertrand GUEST : De l'importance de mots vivants dans l'équilibre de la bio-sémio-sphère
Terry HARPOLD : Pour convenir aux vivants : angoisses et extases de l'informe à la fin de l'Anthropocène


Samedi 1er juillet
Matin
DÉFENDRE LES VIVANTS : PUISSANCE DU DROIT, PUISSANCE DE L'IMAGINATION
Christine BARON : Nature, vivant et droit
Jean-Christophe CAVALLIN : La Vie réelfe. Psychopathologie de la vie moderne
Yvan DANIEL : Un Nobel d'écopoétique ? Perspectives écologiques et Prix Nobel de Littérature au XXIe siècle (Gao Xingjian, J.M.G. Le Clézio, Mo Yan, Olga Tokarczuk)

Après-midi
POUR LES VIVANTS ANIMAUX
Jean-Paul ENGÉLIBERT : Changer d'échelle, approfondir le temps
Frédérique SPILL : "L'animal que donc je suis" : réversibilité de l'animal et de l'humain dans Sing, Unburied, Sing (2017) de Jesmyn Ward
Alain ROMESTAING : Que fait la littérature face à la mort animale ?


Dimanche 2 juillet
Matin
Performance artistique

"Rapports d'étonnement" préparé par les doctorants et les jeunes docteurs :
Mascha CANAUX, Namadia DJARIÉTOU, Julie FORTIN, Noémie MOUTEL et Giulia VERARDI (Université de Perpignan Via Domitia)
Caroline DURAND-ROUS et Caroline GRANGER (Jeunes docteurs enseignant dans le secondaire)
Jodie-Lou BESSONNET, Nathanaelle CORRIOL, Zahra ESMAEILI, Yixuan SU et Katie TRAVERS (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)
Gabriel EYENGA-AZOMBO (Université Clermont Auvergne)

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Colette CAMELIN
Colette Camelin, professeure émérite de littérature française à l'université de Poitiers, a consacré plusieurs livres à la poésie de Saint-John Perse, notamment Éclat des contraires (CNRS éditions, 1998) et L'imagination créatrice de Saint-John Perse (Hermann, 2007). Elle a publié de nombreux articles sur des œuvres poétiques du XXe siècle. Le séminaire qu'elle a animé à Sciencespo, "Humanisme et modernité 1890-1914", l'a amenée à proposer à Cerisy un colloque sur l'année 1913 (organisé avec Marie-Paule Berranger) : 1913 cent ans après : enchantements et désenchantements (Hermann, 2015). Après avoir publié des articles sur l'œuvre de Segalen, elle a édité ses Premiers écrits sur l'art (Gauguin, Moreau, sculpture) en collaboration avec Clara van den Bergh (Champion, 2011) et Le Maître-du-Jouir (éditions 2,3 choses, 2022). Elle a organisé, avec Muriel Détrie, un colloque à Cerisy pour le centenaire de la mort de Segalen : Victor Segalen : « attentif à ce qui n'a pas été dit » (Hermann, 2019). Ses études sur la poésie et sa sensibilité aux vivant l'ont orientée vers l'écopoétique. Elle a participé à des colloques consacrés "à l'imaginaire écologique contemporain" et elle a publié des articles dans Les Cahiers de la Justice et la Revue Droit et Littérature au sujet de ce que lui semble être le "pouvoir" de la littérature pour la défense des êtres vivants. Elle a animé un foyer à Cerisy : Que peut la littérature pour les arbres ? (2-19 août 2022). Et elle a édité un recueil d'articles publiés dans des actes de colloques de Cerisy : Écrire avec les vivants ("Les Traversées de Cerisy", Hermann, 2022).

Bénédicte MEILLON
Bénédicte Meillon est maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches à l'université de Perpignan où elle enseigne la littérature anglophone et la traduction littéraire. Elle co-porte OIKOS, l'Atelier de recherche en écocritique & écopoétique du CRESEM, à l'UPVD. Elle est Vice-Présidente de EASLCE (European Association for the Study of Literature, Culture, and the Environment) et a impulsé la constitution d'un réseau et d'une plateforme Internet dédiés à l'écopoétique et l'écocritique (ecopoetique.hypotheses.org). D'abord spécialiste du genre de la nouvelle contemporaine sous la plume de Barbra Kingsolver, elle se focalise maintenant sur des lectures écoféministes et écopoétiques d'autrices et d'auteurs d'Amérique du Nord. Elle a consacré une monographie au réenchantement écopoétique du monde et du "réalisme liminal", Ecopoetics of Reenchantment : Liminal Realism and Poetic Echoes of the Earth (Rowman & Littlefield, Lexington Books, 2022). Elle a co-dirigé, avec Margot Lauwers, Lieux d'enchantement : approches écocritiques et écopoét(h)iques des liens entre humains et non-humains pour la revue Crossways Journal (2018) et dirigé Dwellings of Enchantment : Writing and Reenchanting the Earth, paru chez Rowman & Littlefield, Lexington Books (2021). Elle a également co-dirigé deux volumes transdisciplinaires de la revue Textes & Contextes traitant du réenchantement du sauvage urbain. Elle encourage les approches écopoétiques à la croisée des savoirs et les démarches multimédia. Elle est investie dans divers projets de recherche-création.

Alain ROMESTAING
Alain Romestaing est professeur de littérature française à l'université Clermont Auvergne (CELIS). Spécialiste de l'œuvre de Jean Giono, il développe également une réflexion sur la question animale dans la littérature des XXe et XXIe siècles et plus largement sur les représentations du vivant dans une perspective écopoétique. Auteur de Jean Giono, le corps à l'œuvre (Champion, 2009), il a dirigé une douzaine d'ouvrages collectifs dont quatre sur le rapport de la littérature française aux animaux et deux concernant l'écopoétique : le numéro 11 de Fixxions, avec Pierre Schoentjes et Anne Simon (Écopoétiques, 2015), et le numéro 27 de LHT-Fabula, avec Jean-Christophe Cavallin (Écopoétique pour des temps extrêmes, 2021).


Rachel BOUVET & Stéphanie POSTHUMUS : Reconnecter avec le végétal par l'imaginaire littéraire contemporain
Cette communication dressera le bilan de cinq années de recherche sur les études végétales de manière à montrer comment les grandes figures de l'imaginaire botanique — le jardin, l'herbier, le champ, l'arbre, la forêt — se déploient dans la littérature écrite en français depuis les années 80. Ce groupe de recherche a servi de tremplin à la création d'un autre groupe, GRIVE (Groupe de recherche interdisciplinaire sur le végétal et l'environnement), qui a mis en place un partenariat avec plusieurs organismes universitaires et culturels dans le but de "Reconnecter avec le végétal". Les activités mises sur pied en collaboration avec des scientifiques, des chercheurs en sciences humaines, des artistes et des écrivains visent à transformer le regard porté sur le végétal, souvent marqué par son invisibilité, à sensibiliser le public à la précarité et à la complexité des milieux humides, à tisser des liens avec les communautés autochtones à partir du matériau végétal, à changer les perceptions associées au végétal comestible, à relier les communautés grâce à la valorisation et au partage des aliments. Cette communication sera l'occasion pour nous de susciter une réflexion au sein de l'équipe GRIVE par rapport au rôle que peut jouer la littérature dans cette démarche collective à partir du roman Blanc Résine de l'auteure québécoise Audrée Whilelmy.

Professeure titulaire au Département d'études littéraires de l'université du Québec à Montréal, Rachel Bouvet mène des recherches sur l'espace, le fantastique, la géopoétique et le végétal. Membre de Figura, le Centre de recherche sur le Texte et l'Imaginaire, elle dirige le groupe de recherche "L'imaginaire botanique et la sensibilité écologique" et GRIVE (Groupe de recherche interdisciplinaire sur le végétal et l'environnement). Elle est également chercheure principale du Partenariat ReVe, "Reconnecter avec le végétal".

Sara BUEKENS : Impérialisme écologique et ontologique : la représentation des monocultures dans la littérature africaine contemporaine
Les monocultures, phénomène marquant de l'histoire de la colonisation, s'inscrivent dans cette catégorie de pratiques agricoles qui exercent un impact particulièrement nocif sur l'environnement naturel. À partir d'un corpus d'écrivains francophones de l'Afrique subsaharienne — Emmanuel Dongola, Sony Labou Tansi, Assitou NDinga, Patrice Nganang, Jaques Fame NDongo, Angèle Kingué et Tierno Monénembo —, je propose de déterminer d'une part les effets d'un impérialisme à la fois écologique et ontologique ("l'imposition d'une conception singulière de ce que sont la Terre et ses existants", Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, Paris, Seuil, 2019, p. 71) qui a accompagné l'exploitation monoculturelle, et d'autre part de mettre à lumière les stratégies de résistance adoptées par ces auteurs pour résister à toute forme d'assimilation culturelle : un emploi particulier de certaines figures de style, telles que la métaphore et la personnification, des structures narratives spécifiques (polyphonie), des particularités génériques (la lettre, le journal intime)…

Sara Buekens est docteure en littérature française (thèse sous la direction de Pierre Schoentjes, 2020) et chercheuse postdoctorale à l'université de Gand (Belgique). Ses recherches postdoctorales portent sur la représentation de la nature et des problèmes écologiques dans la littérature française et francophone des XXe et XXIe siècles. Parmi ses publications récentes, on mentionnera : Émergence d'une littérature environnementale (Droz, 2020). Elle est rédactrice en chef de la Revue critique de fixxion française contemporaine.

Marie CAZABAN-MAZEROLLES : La tornade, l'ours et le crocodile : crise des récits et des statuts à l'heure du grand dérangement
Dans un essai intitulé The Great Derangement (2016), le romancier Amitav Ghosh s'interroge sur les difficultés de la fiction à représenter la crise climatique contemporaine. Il met notamment en cause l'influence exercée par le roman réaliste moderne, accusé d'avoir falsifié l'image du monde via la double exclusion du régime de l'extra-ordinaire et des acteurs non humains. Commençant par discuter cette hypothèse, la communication la confronte ensuite aux récits délivrés par la philosophe Val Plumwood et l'anthropologue Nastassja Martin à la suite des attaques dont elles ont respectivement fait l'objet de la part d'un crocodile et d'un ours. Cette rencontre avérée quoiqu'invraisemblable avec l'animal prédateur conduit les deux autrices à s'interroger à leur tour sur les limites de l'imaginaire de la nature dont elles héritent, ainsi que sur la nécessité de forger de nouveaux récits susceptibles de mieux nous orienter à l'heure de la crise écologique globale.

Marie Cazaban-Mazerolles est maîtresse de conférences en littératures comparées à l'université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Prolongeant un travail doctoral consacré au développement d'une poétique narrative anti-anthropocentrique dans le sillage de la révolution darwinienne (2018), ses recherches actuelles se concentrent sur l'articulation théorique et pratique entre la littérature et les discours, savoirs et représentations de l'écologie et de l'éthologie.
Dernières publications
"From Zoo. To Bot. : putréfaction de l'animal humain et transcendance écologique dans Being Dead de Jim Crace", Miranda, 28, 2023.
"Anthropocentrisme, anthropomorphisme et anthropodéni : aspects théoriques et enjeux littéraires de la fin du XIXe siècle à nos jours", XXI/XX Reconnaissances littéraires, 3, 2022.

Bertrand GUEST : De l'importance de mots vivants dans l'équilibre de la bio-sémio-sphère
Que les mots soient eux-mêmes vivants, n'est-il qu'une métaphore, une croyance romantique et organiciste inutile et dépassée ? C'est ce qu'on pourrait déduire d'un monde où les intelligences artificielles en viennent à rédiger, voire "lire", des textes censément réfléchis ; mais rien n'est moins sûr. La question des rôles possibles de la littérature auprès des vivants pourrait dépendre de celle d'une évolution qui la lie aux machines, et plus largement de l'automatisation de certains langages (jusqu'au cœur de "l'écologie", et de l'écocritique, elles-mêmes). Elle pourrait aussi avoir à faire avec ce qui compense cette automatisation ; non pas quelque illusoire pureté hors du monde, à la façon d'une réserve de mots sauvages ou à l'abri, mais des formes de résistances poétiques situées dans le chaos même que dessine notre bio-sémio-sphère, c'est-à-dire ce monde habitable aussi en ce qu'il se dit, s'écrit ou se chante.

Bertrand Guest est maître de conférences en Littérature comparée à l'université d'Angers (3LAM). Il a publié Révolutions dans le cosmos. Essais de libération géographique : Humboldt, Thoreau, Reclus (Classiques Garnier, 2017) et co-dirigé le n°13 de la revue Essais, "Écologie & Humanités" (2018). Il travaille sur les liens entre esthétique, éthique et épistémologie dans les littératures de l'écologie, sur l'essayisme révolutionnaire et sur les questions queer.

Anne SIMON : Nature, sauvage, vivant… : mots-mana ou mots-tabous ?
Un lexique, défini comme l'ensemble des mots d'une langue, ne renvoie pas simplement à leurs sens actuels. Il est inscrit dans la durée, plus ou moins longue et mouvementée, toujours culturelle et politique. Les mots ont donc une histoire et racontent des histoires — dont témoignent les dictionnaires historiques. "Nature", "naturalisme", "sauvage", "éléments", "le vivant", "environnement", "règnes", "bête", "animaux", "autre-qu'humain", "plus-qu'humain", "non-humain" sont quelques-uns des termes qui aujourd'hui maraudent ou s'imposent dans nos imaginaires. Certains sont devenus des mots-tabous, d'autres des mots-mana qui situent le locuteur dans telle ou telle contrée écologique et politique, et dans un certain rapport au présent, à la transmission ou à la controverse. On examinera ces enjeux en littérature, art de la syntaxe, des rythmes et du temps, qui insuffle de l'air et parfois des tornades au sein des théories les mieux ficelées.

Directrice de recherche au CNRS, Anne Simon est responsable du Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine (CNRS/ENS) et de son carnet de recherche PhilOfr, du Pôle Proust et du carnet Animots, dédié aux études animales littéraires et artistiques. Elle est l'autrice d'un essai de zoopoétique, Une bête entre les lignes (Wildproject, 2021) et la codirectrice du numéro "Zoopoétique" de la Revue des sciences humaines (2017). Elle a aussi publié quatre essais sur Proust.
republique-des-savoirs.fr/membres/anne-simon/

Judyta ZBIERSKA-MOŚCICKA : Entre l'attention et l'émerveillement. À propos de quelques textes contemporains (Bienne, Mahy, Malinconi)
Pour essayer de répondre à la question posée dans l'intitulé du colloque, nous allons examiner deux types de postures. L'émerveillement d'abord, compris comme une forme d'ouverture et de connaissance (Edwards), qui tisse un lien entre l'individu et ce dont il est l'objet, et qui est aussi générateur de création. Ensuite, l'attention (Tsing, Citton) comme faculté d'investigation, possibilité de lien, acuité du regard et capacité de décrypter les sens inscrits dans ce qui nous entoure (Deguy). Nous allons examiner trois textes qui, chacun à sa manière, disent l'émerveillement et font preuve de l'art de l'attention. Ils proposent aussi des formes d'écriture qui témoignent d'une recherche de voix adéquate, efficace, puissante : Un jardin de solitude. Chronique poétique de Christophe Mahy (2015), Poids plumes de Nicole Malinconi (2019) et La Remorque de paille de Gisèle Bienne (2021).

Judyta Zbierska-Mościcka est professeure à l'Institut d'Études romanes à Varsovie. Sa recherche porte sur la littérature belge francophone. Auteure de Lieux de vie, lieux de sens. Le couple lieu-identité dans le roman belge contemporain (2014), co-éditrice de Mondes humains, mondes non humains. Formes et coexistences (XXe et XXIe s.) (2022). Elle prépare, avec Paul Aron, le dossier de la revue belge Textyles sur l'animal dans les lettres belges.


BIBLIOGRAPHIE :

• Glenn ALBRECHT A., Earth Emotions : New Words for a New World, New York, Cornell University Press, 2019.
• Gisèle BIENNE, La Ferme de Navarin, Paris, Gallimard, 2008.
• Gisèle BIENNE, La Brûlure, Arles, Actes Sud, 2015.
• Gisèle BIENNE, La Malchimie, Arles, Actes Sud, 2019 (Prix Maurice Genevoix, Prix Mouans-Sartoux du roman engagé pour le planète).
• Gisèle BIENNE, L'Homme-frère, Arles, Actes Sud, 2021.
• Gisèle BIENNE, Les Larmes de Chalamov, Arles, Actes Sud, 2023.
• Nathalie BLANC, Denis CHARTIER, Thomas PUGHE (dir.), Écologie et politique. Littérature et écologie : vers une écopoétique, n°36, 2008/2.
• Rachel BOUVET, Vers une approche géopoétique, lectures de Kenneth White, de Victor Segalen et JMG Le Clézio, Montréal, Presses de l'université du Québec, 2015.
• Rachel BOUVET et al. (Sylvie Miaux, Stéphanie Posthumus, Jonathan Hope, Yves Mauffette, Jean-François Chassay, Bertrand Gervais, Amélie-Anne Mailhot, Marine Bochaton), "Promenades végétales. Pour une approche interdisciplinaire", Enjeux et sociétés, Vol. 6, n°2, "Promenade(s) et société en mouvement", p. 277-288, 2019 [en ligne].
• Rachel BOUVET et Stéphanie POSTHUMUS (dir.), "Plant Studies / Études végétales", L'esprit créateur, Vol. 60, n°4, 2020 [en ligne].
• Sara BUEKENS, Émergence d'une littérature environnementale – Gary, Gascar, Gracq, Le Clézio, Trassard à la lumière de l'écopoétique, Genève, Droz, 2020.
• Lawrence BUELL, The Future of Environmental Criticism : Environmental Crisis and Literary Imagination, Oxford, Blackwell Publishing, 2005.
• Colette CAMELIN (dir.), Écrire avec les vivants, Hermann, Coll. "Traversées de Cerisy", 2023.
• Jean-Christophe CAVALLIN, Valet noir. Vers une écologie du récit, "Biophilia", Corti, 2021.
• Jean-Christophe CAVALLIN, Alain ROMESTAING (dir.), "Littérature(s) pour des temps extrêmes : enjeux actuels de l'écopoétique", Fabula-LhT, 2021.
• Emanuele COCCIA, La vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Éditions Rivages, 2016.
• Michel COLLOT, La pensée-paysage, Arles, Actes Sud, 2011.
• Michel COLLOT, Le chant du monde dans la poésie française contemporaine, Paris, Corti, 2019.
• Michel COLLOT, Un nouveau sentiment de la nature, Paris, Corti, 2022.
• Jean-Paul ENGÉLIBERT, Lucie CAMPOS, Catherine COQUIO, Georges CHAPOUTHIER (dir.), La Question animale. Entre science, littérature et philosophie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
• Jean-Paul ENGÉLIBERT, Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d'apocalypse, Paris, La Découverte, 2019.
• Monica GAGLIANO, John C. RYAN et Patricia VIERA (dir.), The Language of Plants : Science, Philosophy, Literature, Minneapolis, U. of Minnesota Press, 2017.
• Bertrand GUEST, Révolutions dans le cosmos. Essais de libération géographique (Humboldt, Thoreau, Reclus), Garnier, 2017.
• Bertrand GUEST, Anne-Rachel HERMETET (dir.), Écocritique : nouvelles territorialités, Paris, Classiques Garnier [à paraître].
• Francis HALLÉ, Éloge de la plante. Pour une nouvelle biologie, Paris, Seuil, Coll. "Points", 2014.
• Ursula K. HEISE, Sense of Place and Sense of Planet : The Environmental Imagination of the Global, Oxford, Oxford University Press, 2008.
• Ursula K. HEISE, Imagining Extinction : The Cultural Meanings of Endangered Species, Chicago, Univ. of Chicago Press, 2016.
• Wiesław KROKER, Małgorzata SOKOŁOWICZ, Judyta ZBIERSKA-MOŚCICKA, Mondes humains, mondes non humains. Formes et coexistences (XXe et XXIe siècles), Université de Varsovie, 2022.
• Alexandre LACROIX, Devant la beauté de la nature, Allary Editions, 2018.
• Catherine et Raphaël LARRÈRE, Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique, La Découverte, 2015.
• Catherine LARRÈRE, "Une écologie en première personne pour habiter la Terre. Écologie et littérature", La mésologie, un autre paradigme pour l'anthropocène (autour d'Augustin Berque), Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2018.
• Marielle MACÉ, Nos cabanes, Verdier, 2019.
• Marielle MACÉ, Une pluie d'oiseaux, "Biophilia", Corti, 2022.
• Louisa MACKENZIE, Stéphanie POSTHUMUS (dir.), French Thinking about Animals, East Lansing, Michigan state University Press, 2015.
• Michael MARDER, Plant-Thinking : A Philosophy of Vegetal Life, New York, Columbia University Press, 2013.
• Bénédicte MEILLON (dir.), Dwellings of Enchantment : Writing and Reenchanting the Earth, Lanham, Landham Maryland, Lexington books, 2020.
• Bénédicte MEILLON (dir.), Ecopoetics of Reenchantment. Liminal Realism and Poetic Echoes of the Earth, Landham Maryland, Lexington Books, 2023.
• Sophie MILCENT-LAWSON, Point de vue animal dans les textes littéraires des XXe et XXIe siècles, Préface d'Anne Simon, Classiques Garnier, "Investigations stylistiques", 2022.
• Jean-Claude PINSON, Habiter en poète, Champ Vallon, 1995.
• Jean-Claude PINSON, Pastoral : de la poésie comme écologie, Champ Vallon 2019.
• Alain ROMESTAING (dir.), Mondes ruraux, mondes animaux. Le lien des hommes avec les bêtes dans les romans rustiques et animaliers de langue française (XXe-XXIe siècles), Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2014.
• Alain ROMESTAING, Pierre SCHOENTJES, Anne SIMON (dir.), Fixxion. Écopoétiques, n°11, 2015.
• Alain ROMESTAING, Alain SCHAFFNER (dir.), ELFe XX-XXI. Approches de l'animal, n°5, 2016.
• Pierre SCHOENTJES, Ce qui a lieu. Essai d'écopoétique, Marseille, Wildproject, 2015.
• Pierre SCHOENTJES, Littérature et Écologie. Le Mur des abeilles, Paris, Corti, 2020.
• Pierre SCHOENTJES, Nos regards se sont croisés. La scène de rencontre avec un animal, Le Mot et le Reste, 2022.
• Gilles-Éric SÉRALINI (avec Jérôme Douzelet), Le goût des pesticides dans le vin, Arles, Actes Sud, 2018.
• Gilles-Éric SÉRALINI, L'Affaire Roundup à la lumière des Monsanto Papers, Arles, Actes Sud, 2020.
• Gilles-Éric SÉRALINI, Nos maisons ont souvent un arbre dans le cœur. Poésies et contes de 1977 à demain, Éditions Muse, 2020.
• Anne SIMON (éd.), Facing Animals / Face aux bêtes, L'esprit créateur, n°51, 4, 2011.
• Anne SIMON, Une bête entre les lignes, Marseille, Wildproject, 2021.
• Anne SIMON, Roger CÉLESTIN, Éliane DALMOLIN (dir.), Contemporary French and Francophone Studies : Human-Animal/Humain-Animal (Part II), 2012.
• Frédérique SPILL, The Radiance of Small Things in Ron Rash's Writing, Columbia, South Carolina Press, 2019.
• Isabelle TRIVISANI-MOREAU, Aude-Nuscia TAÏBI et Cristiana OGHINA-PAVIE (dir.), Traces du végétal, Rennes, Presses universitaires de Rennes, Coll. "Nouvelles recherches sur l'imaginaire", 2015.
• Dominique VIART, Bruno VERCIER, La littérature française au présent, Bordas, 2005.
• Pierre VINCLAIR, Prise de vers. À quoi sert la poésie ?, La rumeur libre, 2019.
• Pierre VINCLAIR, Agir non agir, éléments pour une poésie de la résistance écologique, Corti, 2020.
• Robin WALL KIMMERER, Braiding Sweetgrass. Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teaching of Plants, Minneapolis, Milkweed Editions, 2020.
• Alexa WEIK VON MOSSNER, Affective Ecologies : Empathy, Emotion, and Environmental Narrative, Columbus, Ohio State University Press, 2017.
• Audrey WILHELMY, Blanc Résine, Montréal, Leméac, 2019.
• Edward O. WILSON, Biophilia : The Human Bond with Other Species, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1984.
• Edward O. WILSON, The Origins of Creativity, Penguin Books, 2017.
• Estelle ZHONG MENGUAL, Apprendre à voir. Du point de vue du vivant, Actes Sud, 2021.
ZONE ZADIR, Pour une écopoétique tranculturelle, Littérature, n° 201, 2021.


SOUTIENS :

• Laboratoire FoReLLIS (UR 15076) | Université de Poitiers
CRESEM (UR 7397) | Université de Perpignan Via Domitia (UPVD)
CELIS (UR 4280) | Université Clermont Auvergne (UCA)
• European Association for the Study of Literature, Culture, and Environment (EASLCE)

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


L'ÉCRITURE DU MALAISE


DU VENDREDI 16 JUIN (19 H) AU JEUDI 22 JUIN (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Comment de nos jours rester freudiens dans notre réflexion sur les maux de la civilisation ? Seule aujourd'hui une écriture reliée à celle de Freud — mais sous quelle forme ? — nous permettrait-elle de questionner le système de pensées, étayé sur le langage de l'histoire, qui nous permet de penser ? Et d'interroger dans le même mouvement ce qui dans l'état actuel de la culture, et donc de la psychanalyse, nous empêche de penser ?

Mais alors qu'en est-il lorsque l'écriture prend le malaise pour motif ? Comment le malaise dans la culture est-il articulé au malaise dans la cure ? Et en quoi cela viendrait-il spécifier l'écriture de l'analyste, par rapport à celle de l'écrivain ?

Des analystes seront ainsi conviés à partager les questions de l'écriture quand celles-ci sont envisagées sous l'angle du travail de culture — comme possible transformation de la destructivité et de l'auto-destructivité — et de ses empêchements. Différentes figures du malaise contemporain seront ainsi abordées, notamment : dans l'identité (du sexe au genre), dans l'emprise du virtuel sur l'intime, la parole et les liens, dans la formation analytique, dans le transfert et son écriture…

Ce colloque constitue le prolongement d'un séminaire animé par Jean-François Chiantaretto et Jean-Michel Hirt, organisé dans le cadre du Quatrième Groupe et de l'Association Psychanalytique de France. Il s'adresse à tous les cliniciens pour lesquels l'état actuel de la société contemporaine vient questionner la psychanalyse, ainsi qu'à toute personne intéressée par le sujet traité.


MOTS-CLÉS :

Amour, (Auto-)destructivité, Civilisation, Dette, Douleur, Formation analytique, Interlocution interne, Intime, Langage, Pensée, Perte, Renoncement pulsionnel, Réalité spirituelle, Symptôme, Trace, Transfert, Transmission, Trauma, Travail de culture, Vérité, Virtuel


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

Houria ABDELOUAHED : Viol de femmes en temps de guerre
Janine ALTOUNIAN : Un malaise propre aux héritiers de survivants : se sentir "inadéquat" aux questions qui agitent le monde
Maurice BORGEL : Einfall, évènements psychiques et "revenants" dans les langues
Jean-François CHIANTARETTO : L'attention croyante versus la transparence : l'intime, le transfert, la culture
Ellen CORIN : L'échappée du regard
Brigitte DOLLÉ-MONGLOND : La psychanalyse au temps du court-circuit de la pensée
Nicolas EVZONAS : Folie transférentielle ou la transfiguration par l'écriture : transition de genre, supervision et perlaboration
Janine FILLOUX : Comment ne pas devenir analysant ?
Dominique GEAY : Des retrouvailles de la trace et des difficultés d'y dire oui
Catherine HERBERT : Des naufragés au temps du malaise
Jean-Michel HIRT : Le mal du pays
Pierrette LAURENT : De la croyance à la pensée : la nécessité d'un fond
Monique LAURET : Le malaise dans l'identité contemporaine : la question trans
Ghyslain LÉVY : Au-delà du Malaise, des liens sans sujet
Catherine MATHA : La clinique du malaise
Martine MIKOLAJCZYK : Ceux qui restent, ce qu'il reste
Adam PRIGENT : Malaise d'un monde, malaise d'une illusion ?
Sylvie SESÉ-LÉGER : Einfluss et l'écriture du transfert
Jean-François SOLAL : Écrire de soi à soi, une navette analytique
Ana de STAAL : "Je défierai les insultes du ciel" : Masud Khan, entre le mal et les mots
Olivia TODISCO : Écrire l'érotisme ?


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Houria ABDELOUAHED : Viol de femmes en temps de guerre
La guerre civile, vers laquelle a rapidement évolué le soulèvement en Syrie né dans le sillage du Printemps arabe, a contribué au développement et à l'ancrage de Daesh. Celui-ci restera dans l'histoire et la mémoire collective comme l'exemple d'une sauvagerie brute qui invite à réfléchir sur la pulsion d'agression et "les encombrants cadavres" de l'histoire humaine. Ayant reçu des patientes réfugiées victimes du viol (ou des viols collectifs), je réfléchirai, dans un premier temps, sur "cette constante non évolutive de la condition humaine, irrémédiable, inamovible : la dimension du mal" (N. Zaltzman) et, dans un second temps, sur le féminin et l'effraction traumatique avant d'engager une réflexion sur la dimension transférentielle dans cette clinique de l'extrême.
Bibliographie
Bessoles P., Viol et identité, MJW Féditiion, 2008.
Didi-Huberman G., L'œil de l'histoire. Quand les images prennent position, Les éditions de Minuit, 2009.
Ferenczi S., "Réflexions sur le traumatisme" (1934), Œuvres complètes, IV, Payot, 1982.
Freud S., "Le malaise dans la culture" (1930), Œuvres complètes, XVIII, PUF, 2015.

Houria Abdelouahed est Psychanalyste (APF), professeure des universités (Université Sorbonne Paris Nord) et traductrice. Ses recherches portent sur la clinique de l'extrême, l'écriture du trauma et ses traductions, le féminin et les assises pulsionnelles de la culture musulmane.
Derniers ouvrages
Face à la destruction. Psychanalyser en temps de guerre, Éditions des femmes - Antoinette Fouque, 2022.
Figures de l'exclusion (sous la direction de Houria Abdelouahed), MJWFédition, 2019.
Les femmes du prophète, Éditions du Seuil, 2016, ré-édité en 2019 (traduit en suédois).
Figures du féminin en islam, PUF, 2012 (Prix de l'Évolution psychiatrique 2012), 2ème édition en 2015, 3ème édition en 2016.

Jean-François CHIANTARETTO
Jean-François Chiantaretto est Psychanalyste (Quatrième Groupe), professeur des universités émérite (Université Sorbonne Paris Nord).
Recherches portant sur les liens entre l'intime et le travail de culture, le trauma et la psychopathologie des limites, les écritures du psychanalyste.
Derniers ouvrages
Aux origines du Je. L'œuvre de Piera Aulagnier (avec A. Cohen de Lara, F. Houssier et C. Matha), Colloque de Cerisy, Éditions Ithaque, 2022.
La perte de soi, Campagne Première, 2020 (traduit en brésilien en 2023).
Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman (avec G. Gaillard), Colloque de Cerisy, Éditions Ithaque, 2020.
Trouver en soi en force d'exister. Clinique et écriture, Campagne Première, 2011.

Jean-Michel HIRT : Le mal du pays
Comment l'usage du mot amour "au principe de nos discussions et de nos exposés" (Freud), engage le destin de toute écriture analytique ?

Jean-Michel Hirt est Psychanalyste (APF), professeur des universités (Université Sorbonne Paris Nord) et essayiste. Ses recherches portent sur les liens entre le psychique et le culturel, et notamment les religions monothéistes, ainsi que sur les destins du pulsionnel (refoulement/déchaînement, sublimation/renoncement).
Derniers ouvrages
Renoncer au naufrage, la pulsion au service du vivant, Éditions Ithaque, 2022.
Le socle d'argile, essai sur le père et la paternité, Éditions Ithaque, 2021 (Prix Œdipe en 2022).
Le témoin des écritures, Actes Sud, 2021 (Prix Écritures et Spiritualités en 2022).


Janine ALTOUNIAN : Un malaise propre aux héritiers de survivants : se sentir "inadéquat" aux questions qui agitent le monde
L'héritier de survivants aux violences de l'Histoire ne se ressent ni exclu, ni marginalisé, ni opprimé face à son environnement, mais "décalé", c'est-à-dire psychiquement, socialement, politiquement "inadéquat" au monde qui suit son cours, sourdement dénégateur du vécu de ses ascendants. La visée de son écriture sera donc de déplier ce "décalage" douloureux pour mettre au jour les données implicites qui déterminent son inadéquation aux intérêts du monde présent et situer en quel point ces derniers évitent la confrontation avec l'altérité de son histoire.

Maurice BORGEL : Einfall, évènements psychiques et "revenants" dans les langues
Malaise dans la civilisation/culture écrit par Freud en 1920 est toujours d'actualité. La relecture de textes issus de ma clinique et l'écriture créent un évènement psychique, ici le surgissement par la remémoration, d'Einfall inattendus, traces mises au travail de la pensée, stimulée par l'écoute analytique. Analyse et écriture opèrent un essai de représentation, figuration-incarnation de "revenants" dans les cures tant chez l'analyste que chez le patient, mémoires activées au présent par le transfert dans la cure. L'accent mis sur la temporalité suscite la nécessité d'inscription d'une origine fondatrice. L'évocation de fragments cliniques de patients et la lecture d'un texte de Chalamov, fait apparaitre l'axe collectif-individuel, producteur de tissages entre les langues. Le polyglottisme de l'inconscient utilise toutes les langues, celles du corps, du silence, de la douleur, de l'enfant, des temps passés exilés et/ou oubliés, langues dont la liste n'est pas exhaustive. Les auteurs de référence de chacun constituent la trame généalogique de l'écriture. Je m'appuierai essentiellement sur Freud, Piera Aulagnier, Nathalie Zaltzman, Wilfred Bion et Jean-Pierre Vernant.

Publications
"Témoignages", dans La résistance de l'humain, Volume collectif sous la direction de Nathalie Zaltzman, Collection "Petite bibliothèque de psychanalyse", Presses universitaires de France, 1999.
"La petite boîte", dans La Grande Histoire et la petite, Volume collectif, Collection "Petite bibliothèque de psychanalyse", Presses universitaires de France, 2023.

Ellen CORIN : L'échappée du regard
Si l'écriture est un système de signes et si l'idée même de malaise réfère à quelque chose qui fait signe sans se livrer, peut-on dire que ce malaise est lui-même une sorte d'écriture qu'il nous échoirait de déchiffrer ? Une écriture inscrite dans le social et la culture mais doublée d'aperceptions plus inquiétantes, intimes ? Comment dépasser le constat des formes actuelles, cruelles, d'une violence qui se déploie tous azimuts et chercher à en déchiffrer la trace en nous, en dire quelque chose qui ne soit pas de l'ordre d'un savoir nécessairement en porte à faux par rapport à ce qui fait trace ? Avons-nous ici une responsabilité particulière comme analystes ? Quel est le pouvoir de récits ouvrant sur l'occulté d'une histoire jamais passée et celui de formes d'écriture ouvrant quasi-sensoriellement sur ce qui anime les traces ? Un entrelacs de chemins qui marquent aussi notre travail clinique.

Ellen Corin est psychanalyste clinicienne, membre de la Société psychanalytique de Montréal. Elle est professeur émérite retraitée aux départements de psychiatrie et d'anthropologie de l'université McGill et chercheur émérite au Centre de recherche du Centre universitaire en santé mentale Douglas. Ses recherches ont porté sur l'articulation entre vie psychique et culture, au Congo, en Inde et au Québec, plus particulièrement dans le cadre de la possession, de la psychose et de l'ascétisme.

Brigitte DOLLÉ-MONGLOND : La psychanalyse au temps du court-circuit de la pensée
"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde", Camus,1944.
De notre place d'analystes renvoyant à la fois à un inconscient structurel, atemporel, et à l'héritage freudien de 1930 qui ne cesse de se réécrire, ne sommes-nous pas confrontés à la nécessité d'interroger la réflexivité de notre discipline, et donc nos positions contre-transférentielles, notre auto-théorisation ? Au sein de la révolution numérique et de la post-vérité, le malaise dans la culture est aussi un malaise dans la pensée, directement corrélé au délitement de la vie intérieure, à la menace sur la vie psychique, entraînant dans son sillage une forme de logique inconsciente dont nous mesurons les effets cliniques : désarroi moral, altération du lien à l'autre. Pour autant, nous avons à penser dans l'inflexion d'Eros, de l'investissement, et la psychanalyse, fondée sur "l'amour de la vérité", telle une figure d'antidote, trouve là sa place en ce qu'elle incarne, tant au niveau de l'expérience intérieure, de la recherche de sens, que de l'altérité.

Brigitte Dollé-Monglond est Docteure en lettres Modernes et psychologue clinicienne de formation. Elle est également psychanalyste, membre du Quatrième groupe et membre titulaire de la SFTF. Elle est auteure de nombreux articles, de contributions dans des recueils collectifs, dont Des psychanalystes en séance (ss dir. de L. Danon-Boileau et J.-Y. Tamet, Folio-Gallimard, 2016), et d'ouvrages dont Le sentiment de solitude, approche psychanalytique (In Press, 2018) et La thérapie familiale à l'heure de la singularité des couples et des familles (Nouvelle édition revue et augmentée, ESF, 2021).

Nicolas EVZONAS : Folie transférentielle ou la transfiguration par l'écriture : transition de genre, supervision et perlaboration
Dans cette présentation, l'analyste se propose de réfléchir sur les effets mutatifs de l'écriture clinique. Il relate à cet égard son expérience de cure supervisée d'un adolescent transgenre au cours de laquelle le transfert superviseur-supervisé a dégénéré en une relation sadomasochiste et une folie-à-deux. Une première lecture de cette expérience relève les préjugés théoriques vis-à-vis des sujets trans, qui ont aveuglé le superviseur. Une relecture de ce cas révèle les points aveugles propres à l'analyste : sa suridentification au patient et son besoin consécutif de le protéger de toute pathologisation. Dans cette perspective, la folie transférentielle à laquelle l'analyste a succombé avec son superviseur est comprise comme une répétition agie des scénarii sadomasochistes que le patient aurait partagé avec ses parents. Les multiples relectures de cette expérience mettent en exergue les vertus transformatrices de l'écriture à même de permettre au clinicien-écrivain d'accomplir sa propre transition.

Nicolas Evzonas est Docteur ès Lettres (Université de Paris Sorbonne), Docteur en psychopathologie et psychanalyse (Université de Paris Diderot), ATER à l'université de Paris Cité, analyste en formation (APF).
Références bibliographiques relatives à cette intervention
Evzonas, N., Devenirs trans de l'analyste, Paris, Puf, 2023 (à paraître).
Green, A., La Folie privée : Psychanalyse des cas-limites, Paris, Gallimard, 1990 (à propos de la notion de bi-triangulation).
Forrester, J., Thinking in Cases, Cambridge, Polity Press, 2016 (à propos de l'écriture).
Laplanche, J., Problématiques VI : L'Après-Coup, Paris, Puf, 2006.
Laplanche, J., Sexual : La Sexualité élargie au sens freudien, Paris, Puf, 2007.
Martín Cabré, L. J., "From introjection to intropression : Evolution of a theoretical concept and its consequences for psychoanalytic technique", The American Journal of Psychoanalysis, 2011, Vol. 71, n°4, pp. 321-328 (à propos de la "confusion de langues" en supervision).
Neyraut, M., Le Transfert : Étude psychanalytique, Paris, Puf, 1974 (à propos de la précession du contretransfert par rapport au transfert).
Roussillon, R., Agonie, Clivage, Symbolisation, Paris, Puf, 1999 (à propos du transfert par retournement).

Catherine HERBERT : Des naufragés au temps du malaise
Écrire pour que ces naufragés que sont les toxicomanes retrouvent un espace. Écrire pour eux que le monde met au ban mais qui cherchent à y vivre. Écrire pour ne pas les oublier, ne pas les abandonner, ne pas les laisser dans le silence, ne pas les enfermer plus qu'ils ne le sont déjà. Écrire pour qu'enfin soit perçu le lien vivace entre notre société addictogène et ces sujets naufragés. Écrire pour que ces patients que je reçois depuis 25 ans, ne soient plus considérés comme des êtres à part, transgressifs, marginaux, mais bien des sujets, certes singuliers, ni plus ni moins que nous tous, femmes et hommes normés. À partir de Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, de Nathalie Zaltzman, La Pulsion anarchiste, de Jean-Michel Hirt, La dignité humaine, de Jean-François Mattéi, La barbarie intérieure, et de récits cliniques, je tenterai de montrer l'articulation mortifère de l'individuel et du collectif au centre de la vie des toxicomanes.

Catherine Herbert est Psychanalyste, membre de l'Association Psychanalytique de France, médecin praticien hospitalier, SAPA-EPSM (Caen, France).

Monique LAURET : Le malaise dans l'identité contemporaine : la question trans
Le malaise dans la civilisation n'en finit pas de s'écrire. Le XXe siècle a eu son symptôme avec l'Hystérie et les "folles" de Charcot, le XXIe siècle annonce le sien, celui de la liberté de "décider" de son genre sexué suivant le "ressenti" individuel, dans une nouvelle mode transgenre. Une mode qui ne touche pas seulement les adultes consentants mais aussi les enfants et les adolescents engagés dans le processus de construction subjective de leur identité sexuée. Les expérimentations actuelles, pratiquées sans véritable évaluation scientifique, questionnent le respect de la dignité des droits humains. Ce travail propose une analyse des motifs inconscients au niveau de l'individuel et du collectif qui nous amènent à une dérive imaginaire et aux manipulations idéologiques d'une époque, dont la question de l'identité fait symptôme.

Monique Lauret est psychanalyste, psychiatre, membre de la Société de Psychanalyse Freudienne (SPF) et de la Fondation Européenne de la psychanalyse. Elle est présidente de Psycha 31. Pour une psychanalyse ouverte sur la Cité depuis 2010.
Publications
Lacan, Mencius. La route chinoise de la psychanalyse, Campagne Première, 2022.
La conscience de l'humain. Dialogue entre psychanalyse et pensée chinoise, Paris, L'Harmattan, 2021.
L'énigme de la pulsion de mort. Pour une éthique de la joie, Puf, 2014.
Sous sa direction
Éthique, inconscient et questions contemporaines, Paris, L'Harmattan, 2022.
Éthique psychanalytique et accidents du transfert, Paris, L'Harmattan, 2022.
Trauma, Temps, Histoire, Éditions Champ social, 2016.

Sylvie SESÉ-LÉGER : Einfluss et l'écriture du transfert
Ce terme d'Einfluss est employé par Freud pour traduire l'influence qu'exerce le patient sur la sensibilité inconsciente du psychanalyste et qui déclenche le "contre-transfert". Dans cette perspective, comment se nouent les liens entre la scène transférentielle, l'écriture et le féminin ? Pour tenter de répondre à cette question, je me réfèrerai aux écrits cliniques de Freud en résonnance avec les récits de leur cure par ses patientes et ses patients. Je m'appuierai également sur l'écriture après-coup de ma trajectoire analytique, telle que je l'ai retracée dans Mémoire d'une passion (2012).

Sylvie Sesé-Léger est psychanalyste, membre associé de la Société de psychanalyse freudienne (SPF), ancienne Analyste de l'École freudienne de Paris (EFP). Ses recherches portent sur le féminin, le transfert et la formation du psychanalyste.
Publications
L'Autre féminin, Campagne Première, 2008.
Mémoire d'une passion (traduit en italien et en portugais du Brésil), Campagne Première, 2012.
Freud et le féminin. Dora, Sidonie, Hilda et les autres, Campagne Première, 2021.
Freud et le masculin. Au vif du transfert, Campagne Première, 2022.

Jean-François SOLAL : Écrire de soi à soi, une navette analytique
Emily Dickinson, poétesse du XIXe siècle, vit recluse, mais avec éclat. C'est son écriture secrète du malaise, dans une famille puritaine de la Nouvelle Angleterre. Freud se fait aussi poète lorsqu'il rend compte d'une psyché qui n'aurait rien perdu, rien détruit, de ce qui s'est produit. Il décrit une Rome antique rêvée où tous les monuments, seraient simultanément présents à nos yeux. Dans le Malaise, comme Emily, il rend compte du vivant au plus près de la mort. Au plus près de l'acte, certains événements, que j'ai qualifiés de juvéniles, vont et viennent entre partenaires de l'analyse. L'interlocution interne de l'analyste s'est exprimé ici dans deux rêves, exemplaires de l'écriture du malaise.

Jean-François Solal est ancien psychiatre des hôpitaux, pédopsychiatre et psychanalyste, membre associé à la Société de Psychanalyse Freudienne. Il développe une clinique et une recherche théorique concernant les adolescents et les sujets souffrant d'addiction.
Derniers livres parus
L'événement juvénile (avec T. Garcia-Fons), PUF, 2016.
Si la psychanalyse est une histoire vraie, Campagne-Première, 2018.
Dernier article paru
"S'incliner devant la jouissance", in Le présent de la psychanalyse, n°9, "La trace", APF, 2023.


BIBLIOGRAPHIE :

• Houria Abdelouahed, Face à la destruction. Psychanalyse en temps de guerre (Éditions des femmes)
• Theodor W. Adorno, Le jargon de l'authenticité (Payot)
• Janine Altounian, L'effacement des lieux (PUF)
• Günter Anders, L'obsolescence de l'homme (Éd. de l'encyclopédie des nuisances/Ivrea)
• Günter Anders, La haine (Rivages et Payot)
• Lou Andreas-Salomé, L'amour du narcissisme (Gallimard)
• Hannah Arendt, La crise de la culture (Gallimard)
• Antonin Artaud, Le théâtre et son double (Gallimard)
• Piera Aulagnier, La violence de l'interprétation (PUF)
• Georges Bataille, La littérature et le mal (Gallimard)
• Jean Baudrillard, La société de consommation (Gallimard)
• Philippe Bessoles, Viol et identité (MJW Fédition)
• Maurice Blanchot, L'entretien infini (Gallimard)
• André Breton, Nadja (Gallimard)
• Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire (Gallimard)
• Jean-François Chiantaretto, Le témoin interne (Aubier)
• Jean-François Chiantaretto, La perte de soi (Campagne Première)
• Jean-François Chiantaretto, Catherine Matha, Françoise Neau (dir.), L'écriture du psychanalyste, Colloque de Cerisy (Hermann)
• Jean-François Chiantaretto, Georges Gaillard (dir.), Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman, Colloque de Cerisy (Ithaque)
• Jean-François Chiantaretto, Aline Cohen de Lara, Florian Houssier, Catherine Matha (dir.), Aux origines du Je. L'œuvre de Piera Aulagnier, Colloque de Cerisy (Ithaque)
• Sándor Ferenczi, "L'enfant mal accueilli et sa pulsion de mort" (Payot)
• Sándor Ferenczi, "Confusion de langues entre les adultes et l'enfant" (Payot)
• Sigmund Freud, "Totem et tabou", Les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (PUF)
• Sigmund Freud, "L'inquiétante étrangeté", Les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (PUF)
• Sigmund Freud, "Malaise dans la culture", Les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (PUF)
• Sigmund Freud, "L'homme Moïse et le monothéisme", Les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (PUF)
• Sigmund Freud, "Pourquoi la guerre ?", Les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (PUF)
• Wladimir Granoff, Lacan, Ferenczi et Freud (Gallimard)
• Wladimir Granoff, Le désir d'analyse (Flammarion)
• Jean-Michel Hirt, Le socle d'argile (Ithaque)
• Jean-Michel Hirt, Renoncer au naufrage (Ithaque)
• Imre Kertész, Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas (Actes Sud)
• Imre Kertész, L'holocauste comme culture (Actes Sud)
• Imre Kertész, Journal de galère (Actes Sud)
• Claude Lefort, La complication (Fayard)
• Bernard de Mandeville, La fable des abeilles (Agora/Pocket)
• Jean-Claude Milner, Constats (Gallimard)
• Marie Moscovici, Il est arrivé quelque chose (Payot)
• Nadia Murad, Pour que je sois la dernière (Fayard)
• Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal (Gallimard)
• Jean-Claude Rolland, Langue et psyché (Ithaque)
• Guy Rosolato, La relation d'inconnu (Gallimard)
• Marquis de Sade, La philosophie dans le boudoir (Gallimard)
• Donald Woods Winnicott, Jeu et réalité (Gallimard)
• Donald Woods Winnicott, La crainte de l'effondrement et autres textes (Gallimard)
• Nathalie Zaltzman, La guérison psychanalytique (PUF)
• Nathalie Zaltzman, L'esprit du mal (Éditions de L'Olivier)


SOUTIEN :

• Unité transversale de recherche psychogenèse et psychopathologie (UTRPP, UR 4403) | Université Sorbonne Paris Nord

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


L'ACTION COLLECTIVE PEUT-ELLE ÊTRE CRÉATRICE ?

( AUTOUR DES TRAVAUX D'ARMAND HATCHUEL )


DU MERCREDI 7 JUIN (19 H) AU MARDI 13 JUIN (14 H) 2023

[ colloque de 6 jours ]


Dedication Pollock, 1996 © Denis Kujundzic


DIRECTION :

Franck AGGERI, Sylvain LENFLE, Dinah LOUDA, Blanche SEGRESTIN

Avec la participation d'Armand HATCHUEL


CONSEIL D'ORIENTATION :

Vincent BONTEMS, Edith HEURGON


ARGUMENT :

Le monde contemporain est traversé de multiples crises écologiques, sanitaires ou humanitaires, qui remettent en cause nos institutions et les savoirs associés. De la pandémie au changement climatique, des phénomènes inédits bousculent les repères traditionnels de la rationalité et de la responsabilité, comme ceux de progrès et de la croissance économique, conduisant à une crise de la modernité, voire à la paralysie de l'action collective. Peut-on penser aujourd'hui de nouvelles formes de l'action collective pour faire face à ces défis ? Le colloque explorera la fécondité des travaux d'Armand Hatchuel sur l'action collective pour analyser les transformations contemporaines et concevoir des transitions désirables.

Dans ses recherches, Armand Hatchuel s'est intéressé à l'action collective, et plus spécifiquement aux formes et aux conditions d'une action collective créative. L'enjeu est de prêter attention aux actions qui génèrent des phénomènes nouveaux susceptibles de mettre en défaut les théories établies. Armand Hatchuel s'efforce de saisir la rationalité créative de telles actions dans l'inconnu mais aussi les principes de responsabilité qui leur sont propres. Cela l'a amené à revenir sur les sources de la modernité et sur l'émergence historique de formes organisationnelles, comme l'entreprise. Comment, aujourd'hui, peut-on mobiliser ces travaux pour penser de nouvelles formes d'action collective créatives et responsables ?

Le colloque réunira des chercheurs de disciplines variées mais aussi des acteurs économiques, sociaux et politiques, ainsi que des artistes et tous les auditeurs intéressés par ces questions. Il proposera une expérience cerisyenne, avec Armand Hatchuel, pour décrypter les crises contemporaines et imaginer de nouvelles formes de l'agir créatif.


MOTS-CLÉS :

Action collective, Créativité, Entreprise responsable, Justice écologique, Mission solidaire, Raison créatrice, Rationalité dans l'inconnu


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

REPÈRES ET OUVERTURES. L'ACTION COLLECTIVE COMME ÉNIGME
• Introduction avec des questions de Frédéric GARCIAS, Jean-Michel SAUSSOIS et Chipten VALIBHAY
Franck AGGERI & Ken STARKEY : L'héritage foucaldien
Vincent BONTEMS : Simondon et le régime des techniques
Armand HATCHUEL : L'action collective comme énigme

FORMES DE L'ACTION COLLECTIVE : LES RATIONALITÉS CRÉATIVES
Patrick FRIDENSON & Gabriel GALVEZ BÉHAR : L'histoire moderne des inventeurs
Pascal LE MASSON & Benoît WEIL : L'invention des laboratoires de recherche et leurs métamorphoses
Sylvain LENFLE & Christophe MIDLER : L'invention de la forme projet et ses métamorphoses
Ellen O'CONNOR : Les écoles de management

FORMES DE L'ACTION COLLECTIVE : ENJEUX ET IMPENSÉS
Fouad BENSEDDIK & Jean-François CHANLAT : Une perspective interculturelle sur l'action collective
Patrick COHENDET & Thomas STENGER : L'Action collective, l'impensé des sciences économiques
Armand HATCHUEL & Anne-Françoise SCHMID : Penser l'action collective avec les mathématiques
Dominique LAFON : Présentation des démarches éducatives en maternelle avec C-K (avec exposition)

NOUVEAUX PARADIGMES POUR L'AGIR CRÉATIF
Cynthia FLEURY : L'agir créatif dans le Care
Françoise THIBAULT : Université et créativité

REPENSER L'AGIR CRÉATIF : RESPONSABILITÉS ET INCONNU
Hazem BEN AISSA, Kevin LEVILLAIN & Alain SCHNAPPER : Les entreprises à mission
Elsa BERTHET, Vincent BRETAGNOLLE & Julie LABATUT : Écologie et nouvelles formes d'action collective
Judith ROCHFELD : Que peut l'action collective en matière de justice climatique ?
Tatiana SACHS : Justice climatique
Stéphane VERNAC : Le droit et l'inconnu

CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
Pascal DALOZ, Cédric DENIS-RÉMIS & Benoît WEIL : Les bauhaus de demain
Jeunes chercheurs | Retours et dialogue avec Armand HATCHUEL

SOIRÉES :

Georges AMAR : Le génie de l'ingénieur
Nabil AYOUCH : Présentation de son film Haut et Fort (2021) | Discutant : Jean-Philippe DENIS
Albert DAVID & Gilles GAREL : Musée du management, musée des techniques
• Carte blanche à Antoine FRÉROT


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Franck AGGERI
Franck Aggeri est professeur de management à Mines Paris - PSL et chercheur au CGS-i3, UMR CNRS 9217. Il est co-responsable de la chaire "Mines urbaines", responsable de la formation doctorale en sciences de gestion à Mines Paris et codirecteur de l'école doctorale SDOSE. Ses recherches et ses enseignements portent sur l'instrumentation de gestion, l'innovation responsable, la transition bas carbone et l'économie circulaire. Il est membre du comité de rédaction de la Revue Française de Gestion. Il est l'auteur de plusieurs livres et articles dans différentes revues de référence. Il est également chroniqueur sur le management et l'entreprise pour Alternatives Économiques.
Publications récentes
L'innovation, mais pour quoi faire ? Essai un mythe économique social et managérial, Le Seuil, 2023.
L'économie circulaire (avec Beulque R. et Micheaux H), "Repères", La Découverte, 2023.

Sylvain LENFLE
Sylvain Lenfle est professeur des universités au Conservatoire des Arts et Métiers (CNAM, LIRSA), chercheur associé au Centre de Recherche en Gestion de l'École polytechnique et professeur associé à l'École des Mines de Paris. Ses recherches se situent à l'intersection du management de projet et du management de l'innovation. Elles portent sur le rôle, l'organisation et le fonctionnement des projets d'exploration pour lesquels ni l'objectif à atteindre, ni les moyens d'y parvenir ne peuvent être clairement définis au départ, ce qui les confrontent à l'inconnu. Pour ce faire, il s'appuie sur des recherches collaboratives avec des entreprises et des méthodes historiques, pour identifier et comprendre les principes de management, l'organisation et les outils de gestion adaptés à ce type de projets, ainsi que le rôle qu'ils peuvent jouer dans les transitions socio-techniques.
En savoir plus : sylvainlenfle.fr
Sélection de publications
Lenfle S., Petitgirard L., 2020, "L'invention du transistor aux Bell Labs ou la création d'une expertise sur un domaine inconnu", Entreprises et histoire, n°98, avril, p. 94–119.
Lenfle S., Söderlund J., 2022, "Project-oriented agency and regeneration in socio-technical transition : Insights from the case of numerical weather prediction (1978–2015)", Research Policy, 51 (3).

Dinah LOUDA
Dinah Louda est présidente de l'Institut Veolia depuis mai 2020, après en avoir été directrice exécutive depuis 2015. Elle est conseillère auprès d'Antoine Frérot pour les relations internationales, et membre du Comité d'éthique de Veolia. Elle travaille à perpétuer et enrichir le dialogue entre l'Institut Veolia, les pouvoirs publics, le monde académique et scientifique, et les ONG. Diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris et de Harvard, elle quitte le journalisme en 1991 pour se consacrer à la communication d'entreprise : directrice de la communication européenne (groupe d'assurance Victoire), directrice de la communication (Abeille Assurances jusqu'en mai 2002), directrice de la communication (Crédit Agricole Indosuez puis d'Areva T&D). En 2006, elle rejoint Veolia en tant que directrice de la communication de Veolia Eau et membre du Comex. Elle siège également au conseil d'administration de la French-American Foundation.

Blanche SEGRESTIN
Blanche Segrestin est professeur en sciences de gestion à MINES Paris, Université PSL. Ses recherches portent sur une théorie de l'entreprise fondée sur l'innovation et ses implications pour la gouvernance et pour le droit. Elle est titulaire, avec Kevin Levillain, de la chaire "Théorie de l'entreprise. Modèles de gouvernance & création collective", dont les travaux ont contribué à l'introduction de la société à mission dans le droit en 2019.
Sélection de publications
Segrestin B. & Levillain K. (éds.), La mission de l'entreprise responsable. Principes et normes de gestion, Paris, Presses des Mines, 2018.
Segrestin B., Roger B. & Vernac S. (dir.), L’entreprise. Point aveugle du savoir, Colloque de Cerisy, Sciences Humaines, 2014.
Segrestin B. & Hatchuel A., Refonder l'entreprise, Seuil, "La République des Idées", 2012.


Judith ROCHFELD : Que peut l'action collective en matière de justice climatique ?
Les procès climatiques se multiplient presque partout dans le monde. Ils représentent une action collective d'un type nouveau, à dimension mondiale et transgénérationnelle, quand bien même ils procèdent par "relocalisation" du global. Ils peuvent également être lus comme des modes de "conscientisation" et de défense des biens communs, voire comme une gouvernance marginale, par des organisations non gouvernementales et des citoyens, des grands communs mondiaux.

Judith Rochfeld est professeure de droit à l'École de droit de la Sorbonne, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Elle est docteure en droit et agrégée des facultés de droit. Elle dirige des diplômes et un département de recherche au sein de l'Institut de recherche juridique de la Sorbonne. Elle a écrit de nombreux écrits, articles et contributions relatifs aux biens communs et aux communs, notamment en matière environnementale. Elle a fait paraître Justice pour le climat. Les nouvelles formes de mobilisations citoyennes, en 2019 aux éditions Odile Jacob et a co-dirigé, avec Fabienne Orsi et Marie Cornu, le Dictionnaire des biens communs, aux Puf, dans la collection "Quadrige", dont la 2e édition est parue en 2021.


BILIBLIOGRAPHIE :

• Armand Hatchuel (dir.), L'action collective dans l'inconnu, Hermann, Coll. "Traversées de Cerisy", 2023.

Raison créatrice et inconnu

• Armand Hatchuel & Benoit Weil, Pour une théorie unifiée de la conception, 2002, Colloque Herbert Simon, Lyon [en ligne].
• Pascal Le Masson, Armand Hatchuel & Benoit Weil, "Design theory at Bauhaus : teaching 'splitting' knowledge. Research in Engineering Design", 2016, 27, pp. 91-115, Design theory at Bauhaus : teaching 'splitting' knowledge [Archive ouverte HAL].
• Armand Hatchuel, "Dialogue avec Vincent Bontems, Pour une épistémologie de la raison créative", Bachelard et l'avenir de la culture, Presses des Mines, 2018, Dialogue pour une épistémologie [en ligne].

Épistémologie de l'action collective et des sciences de Gestion

• Armand Hatchuel, "Pour une épistémologie de l'action collective", Hatchuel, E. Pezet, K. Starkey, O. Lenay (dir. ), Gouvernement, organisation et Gestion. L'héritage de Michel Foucault, Les presses de l'université Laval, 2005.
• Cedric Poivret, Une histoire de la recherche en sciences de Gestion : des racines oubliées aux percées actuelles. Entretien avec le Professeur Armand Hatchuel.
• "Grand angle avec Armand Hatchuel", Entreprise & Société, 2022–1, n°11. Varia [en ligne].
• Armand Hatchuel, "Exit to the past and voice for the future. Sciences de gestion, sciences fondamentales de l'action collective", Revue française de gestion, 2019/8, n°285, p. 43-57 [en ligne].

Au-delà, de l'économicisme, théorie de l'entreprise responsable

• Armand Hatchuel, "Normes de gestion et action collective. De la societas romaine à l'entreprise de demain", La mission de l'entreprise responsable, B. Segrestin et al. (dir.), Presses des Mines, 2018 [en ligne].
• Armand Hatchuel & Blanche Segrestin, "De l'entreprise moderne à l'entreprise à mission : les métamorphoses de l'objet social", ENSO, n°5, 2019 [en ligne].
• Pascal le Masson, Armand Hatchuel & Benoît Weil, La destruction créatrice en débat | Societal [en ligne].

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


1023-2023 : LE MONT SAINT-MICHEL EN NORMANDIE ET EN EUROPE

NOUVELLES DÉCOUVERTES ET NOUVELLES PERSPECTIVES DE RECHERCHE


DU MERCREDI 31 MAI (14 H) AU DIMANCHE 4 JUIN (18 H) 2023

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Mathilde LABATUT, Fabien PAQUET

Avec la collaboration de Christophe MANEUVRIER


ARGUMENT :

Prenant prétexte de l'anniversaire du lancement en 1023 de la reconstruction de l'abbatiale romane, ce colloque entend marquer un point d'étape sur les recherches sur le Mont Saint-Michel. Depuis le "millénaire monastique" de 1965-1966, aucune rencontre interdisciplinaire n'a proposé un état des lieux des travaux sur le Mont dans tous ses aspects (l'abbaye, la forteresse, le sanctuaire, le village…) et selon toutes les disciplines (histoire, archéologie, histoire de l'art, lettres…). En outre, si la rencontre s'inscrit dans le cycle de Cerisy sur la "Normandie médiévale" et accordera une large place au Moyen Âge, les périodes plus récentes seront aussi envisagées, notamment autour des questions de la prison (XIXe siècle) ou des restaurations contemporaines (XIXe-XXIe siècles). Elle posera aussi aux questions de l'avenir du Mont Saint-Michel.

Dans cet esprit, largement ouvert aux auditeurs et soucieux de favoriser les échanges, ce colloque international accordera une large place à des tables rondes et à des interventions à plusieurs voix, dont celles de jeunes chercheurs. Il réunira à Cerisy, au Mont Saint-Michel et à Hambye tous les acteurs intéressés par les sujets traités, qu'ils soient impliqués dans la conservation du Mont, attachés à explorer ce domaine riche et polymorphe.


MOTS-CLÉS :

Architecture romane, Architecture gothique, Enfermement, Manuscrits, Monachisme, Mont Saint-Michel, Normandie médiévale, Pèlerinages


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 31 mai
Après-midi
"HORS LES MURS" — ACCUEIL AU MONT SAINT-MICHEL
Visite de l'exposition "La demeure de l'archange. Art, architecture et dévotion à l'abbatiale du Mont Saint-Michel", animée par Brigitte GALBRUN & Mathilde LABATUT

SÉANCE PUBLIQUE
Gaël CARRE & Fabrice HENRION : L'archéologie au Mont depuis le XIXe siècle : état des lieux et perspectives
Vincent JUHEL : Pèlerins et routes vers le Mont Saint-Michel, un point des recherches

ACCUEIL DES PARTICIPANTS À CERISY

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 1er juin
Matin
DE L'ABBATIALE ROMANE À LA PRISON (I)
Véronique GAZEAU : Introduction
Camille CANTELOUP : Les collections de l'abbaye du Mont Saint-Michel : bilan de l'inventaire et perspectives
Éliane VERGNOLLE : Le chevet roman du Mont Saint-Michel. Une œuvre majeure du second quart du XIe siècle
Yves GALLET : La date du cloître du Mont Saint-Michel au regard de l'iconographie franciscaine et de son évolution au XIIIe siècle

Après-midi
DE L'ABBATIALE ROMANE À LA PRISON (II)
Décrypter la merveille, table ronde avec Katrin BROCKHAUS, Elen CADIOU, François CALIGNY-DELAHAYE et Adrien DUBOIS

Falk BRETSCHNEIDER, Isabelle HEULLANT-DONAT & Elisabeth LUSSET : De l'abbaye à la prison. Les transformations des espaces d'enfermement du Mont Saint-Michel
Bertrand MARCEAU : Prison et monastère : le Mont Saint-Michel d'après la visite de mars 1786

Soirée
Grand entretien avec François JEANNEAU


Vendredi 2 juin
Matin
LE VILLAGE, LA NORMANDIE, LA CHRÉTIENTÉ
Hélène BILLAT : Le bourg fortifié du Mont Saint-Michel et ses maisons : typologie de l'habitat et morphologie urbaine
Bastien MICHEL : Servir saint Michel : les clientèles guerrières du Mont (XIIe-XIIIe siècles)
Fabien PAQUET : Les abbés du Mont Saint-Michel et leurs actes
Laurent MORELLE : L'exemption du Mont Saint-Michel : un cas d'étude à la lumière des travaux récents

Après-midi
ÉCRIRE AU MONT SAINT-MICHEL
Richard ALLEN : Le chartrier perdu du Mont Saint-Michel : réseaux, échanges et construction spatiale dans le diocèse d'Avranches (XIe-XIIIe s.)
Benjamin POHL : L'atelier de l'abbé-historien du Mont Saint-Michel : où Robert de Torigni a-t-il écrit ?
Lucie ARBERET, Stéphane LECOUTEUX, Anne MICHELIN & Laurianne ROBINET : L'évolution des pratiques des copistes et des artistes du scriptorium du Mont Saint-Michel au XIe siècle
Marie FREY REBEILLE-BORGELLA : Le Mont Saint-Michel dans l'histoire des Bibles latines : analyses sur le texte biblique des manuscrits Avranches BM 1 et Avranches BM 2-3

Soirée
Pierre Bouet, Cerisy et le Mont Saint-Michel, animée par Marie-Agnès LUCAS-AVENEL et François NEVEUX


Samedi 3 juin
Matin
AUTOUR DE SAINT AUBERT
Du neuf sur le crâne de saint Aubert et sa châsse, table ronde avec Samuel BEDECARRATS, Denis BOUGAULT, Cécile CHAPELAIN DE SERÉVILLE-NIEL, Pauline HELEINE et Claire LETRÉGUILLY

Louis CHEVALIER : Le culte liturgique de saint Aubert au Mont Saint-Michel (XIe-XVe siècles)
Catherine JACQUEMARD : Hagiographies et reliques fondatrices du Mont Saint-Michel : hypothèses de datation et de lecture

Après-midi
"HORS LES MURS" — À L'ABBAYE DE HAMBYE
IMAGES DU MONT
David FIASSON : De l'histoire au patrimoine. Le Mont Saint-Michel à la fin du Moyen Âge dans le roman, la bande dessinée et les séries télévisées francophones (XXe siècle)
Anne CURRY : Le Mont Saint-Michel dans la perception anglaise, du Moyen Âge à nos jours

Visite de l'abbaye de Hambye


Dimanche 4 juin
Matin
LE MONT SAINT-MICHEL ET L'ITALIE
Ada CAMPIONE : Il Chronicon sancti Michaelis monasterii in pago Virdunensi e la tradizione micaelica europea : testo, contesti, pellegrinaggi
Fabio LINGUANTI : Le monastère de Saint-Michel-Archange de Troina : un Mont Saint-Michel dans la Sicile normande ?
Catherine VINCENT : Conclusions

Après-midi
Traversée à pied de la baie du Mont Saint-Michel et / ou visite du Scriptorial d'Avranches [sous réserve]

DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Mathilde LABATUT
Mathilde Labatut est conservatrice des Monuments Historiques à la DRAC de Normandie (site de Caen). Elle est plus particulièrement en charge du département du Calvados et de la Manche.

Christophe MANEUVRIER
Christophe Maneuvrier est maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l'université de Caen Normandie où il est aussi directeur-adjoint de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines. Ses travaux portent en particulier sur l'histoire économique et sociale de la Normandie. Il a déjà co-dirigé plusieurs colloques à Cerisy.

Fabien PAQUET
Fabien Paquet est maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Caen Normandie, où il co-dirige également l'Office Universitaire d'Études Normandes (OUEN, MRSH). Ses recherches portent sur l'histoire religieuse des mondes normands médiévaux (en particulier le monde monastique) et sur l'écriture de l'histoire au Moyen Âge.
Publication
Maîtriser le temps & façonner l’histoire. Les historiens normands au Moyen Âge (dir.), Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Caen, 2022.


Richard ALLEN : Le chartrier perdu du Mont Saint-Michel : réseaux, échanges et construction spatiale dans le diocèse d'Avranches (XIe-XIIIe s.)
Parmi les fonds d'archives détruits lors du bombardement allié de Saint-Lô le 6 juin 1944, les collections médiévales de l'abbaye du Mont Saint-Michel occupaient une place numériquement et qualitativement de premier rang. Presque 3000 articles et 1500 sceaux ont été en effet réduits en cendres, dont le contenu exact nous échappe faute non seulement d'un inventaire publié mais de toute autre description détaillée. Or, si les documents originaux qui composaient le chartrier médiéval du Mont Saint-Michel nous sont aujourd'hui perdus, les chartes de l'abbaye ont fait l'objet de copies d'érudits dès le XVIIe siècle et jusqu'au début du XXe siècle, alors qu'un inventaire médiéval de presque 1500 titres nous donne un aperçu de l'état des archives montois vers la fin du Moyen Âge. Cette communication a pour but d'approfondir la réflexion sur ces documents conservés aujourd'hui de manière éparpillée dans les fonds de plusieurs archives et bibliothèques, tant (inter)nationaux que locaux. Ce faisant, on ne vise pas à une "reconstitution" du chartrier montois, un desideratum qui dépasse largement le cadre de cette communication, mais à en utiliser certaines parties comme outil pour aborder plusieurs questions que propose d'examiner ce colloque, dont les réseaux dans lesquels les religieux montois s'inscrivaient, la façon dont ils ont géré au quotidien leurs domaines, et le rôle joué par l'abbaye dans la construction spatiale du diocèse frontière dans lequel elle se situait.

Richard Allen est chercheur et archiviste à Magdalen College, Oxford. Ses recherches portent sur l'histoire ecclésiastique du monde anglo-normand du XIe au XIIIe siècle. Ses travaux s'articulent principalement autour de l'édition critique de chartes et il prépare actuellement la publication des actes épiscopaux normands pour le projet Les actes épiscopaux français du Moyen Âge : édition multimodale et exploitation (ACTÉPI). Il s'intéresse aussi aux pratiques documentaires en Normandie et en Europe du Nord-Ouest, à la culture de l'écrit médiéval et à l'histoire des abbayes avranchaises du Mont Saint-Michel et de Savigny.

Lucie ARBERET, Stéphane LECOUTEUX, Anne MICHELIN & Laurianne ROBINET : L'évolution des pratiques des copistes et des artistes du scriptorium du Mont Saint-Michel au XIe siècle
Le projet d'Étude Matérielle des Manuscrits Anciens du Mont Saint-Michel (2018-2022) a permis d'analyser les matériaux — parchemins, encres et matières colorantes — entrant dans la composition d'une cinquantaine de manuscrits aujourd'hui conservés à la bibliothèque patrimoniale d'Avranches et produits par le scriptorium du Mont Saint-Michel entre 980 et 1100. Les pratiques des copistes et des artistes actifs durant cette période ont ainsi pu être caractérisées et leurs évolutions ont pu être suivies sur environ 120 ans. Plusieurs ruptures importantes sont apparues, tant dans l'usage des parchemins que dans le choix des matières colorantes (en particulier pour le rouge et le jaune). Elles offrent à l'historien de précieux critères d'identification et de datation, ce qui a permis de corriger plusieurs attributions erronées antérieures. L'objectif de cette communication à quatre voix, réunissant trois physico-chimistes et un historien, est de présenter de manière synthétique et contextualisée l'ensemble des résultats acquis par l'équipe du Centre de Recherche sur la Conservation au terme de cinq années de travail. Grâce à une approche comparative, ces résultats sont replacés dans une perspective plus large, notamment anglo-normande.

Lucie Arberet est doctorante en physico-chimie. Elle a été recrutée en 2018-2019 pour la coordination des campagnes d'analyse matérielle du projet "Étude matérielle des manuscrits anciens du Mont Saint-Michel" en tant qu'ingénieur d'étude du CNRS pour le Centre de Recherche sur la Conservation. Elle mène, depuis 2020, une thèse de doctorat visant à identifier et à caractériser les colorants d'un manuscrit produit en Amérique centrale au XVIe siècle (soutenance le 15 mars 2023).

Stéphane Lecouteux est ingénieur de recherche en analyse de sources anciennes à l'université de Caen Normandie au sein du "pôle Document numérique de la MRSH" et membre associé du CRAHAM. Depuis 2018, il co-dirige, avec Laurianne Robinet, le projet "Étude matérielle des manuscrits anciens du Mont Saint-Michel".

Anne Michelin est physico-chimiste, maître de conférences du Muséum national d'Histoire naturelle et rattachée au Centre de recherche sur la conservation. Dans ce laboratoire, elle est responsable du "pôle Couleur et effets visuels". Depuis 2022, elle coordonne l'archivage mutualisé et interopérable des données matérielles du patrimoine écrit au sein du projet Equipex Biblissima+ (cluster 2).

Laurianne Robinet est physico-chimiste, ingénieure de recherche du Ministère de la Culture au sein du Centre de Recherche sur la Conservation (CRC). Dans ce laboratoire, elle est responsable du "pôle Cuir et parchemin". Depuis 2018, elle co-dirige, avec Stéphane Lecouteux, le projet "Étude matérielle des manuscrits anciens du Mont Saint-Michel" (EMMA du MSM).

Hélène BILLAT : Le bourg fortifié du Mont Saint-Michel et ses maisons : typologie de l'habitat et morphologie urbaine
Édifié d'est en ouest sur un rocher escarpé, le village du Mont Saint-Michel tire sa singularité de son implantation topographique, de son histoire étroitement liée au destin de l'abbaye et de son enceinte fortifiée qui a conditionné sa forme urbaine. Intégralement protégé par le rempart au XIVe siècle, l'habitat s'est constitué en interaction avec son environnement monumental et naturel, se transformant au gré des usages et des évolutions des techniques de construction. Destructions, (re)constructions, restaurations, réhabilitations et reconversions ont notablement modifié la physionomie du village au cours des siècles, en particulier son identité architecturale mais aussi ses réseaux (de circulation et de distribution) et son parcellaire. De 1875 au 4e quart du XXe siècle, l'administration culturelle prend de nombreux arrêtés de protection alors que le village connaît une mutation de son habitat avec le retour des pèlerinages et l'avènement du tourisme. Cette période a remodelé le tissu urbain du bourg pour devenir ce qu'il est aujourd'hui.

Hélène Billat est chercheur à l'Inventaire général du patrimoine culturel attachée au Service Patrimoine et Inventaire de la Région Normandie depuis 2013. Ses travaux, portant essentiellement sur des sites patrimoniaux et des territoires ruraux, ont fait l'objet de publications diverses notamment dans les collections de l'Inventaire général. Elle mène actuellement un inventaire topographique du village du Mont Saint-Michel faisant l'objet d'une convention de partenariat scientifique et technique avec l'État et les collectivités territoriales (2020-2023).

Katrin BROCKHAUS
Katrin Brockhaus a fait ses études d'histoire de l'art à Fribourg (Allemagne) et à Paris. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2005, avait pour objet l'architecture de l'abbatiale de la Trinité de Fécamp. Depuis, elle continue ses recherches sur l'architecture normande du Moyen Âge, en particulier en Basse-Normandie.

Camille CANTELOUP : Les collections de l'abbaye du Mont Saint-Michel : bilan de l'inventaire et perspectives
Si le Mont Saint-Michel a été largement étudié dans ses aspects historiques, archéologiques ou environnementaux, il a plus rarement été envisagé du point de vue de l'histoire de l'art et de ses objets mobiliers. Malgré le peu d'œuvres présentées au public dans l'abbatiale, qui pourrait laisser croire à un monument vide de collections, l'architecte en chef Pierre-André Lablaude recensait pourtant déjà 617 biens culturels dans son inventaire de 1991. Partant de cette enquête fondamentale, qui elle-même se basait sur les inventaires anciens de Paul Gout (1913), de l'abbé Lechat (1971) et du catalogue du Millénaire de 1966, le Centre des monuments nationaux publiera en 2023 l'inventaire réglementaire des collections de l'abbaye, enrichi et actualisé selon le protocole en vigueur. Ce colloque sera ainsi l'occasion de dresser le bilan des différentes enquêtes in situ et de faire le point sur des collections encore méconnues. De la phase de recherche à la diffusion des données, ce travail permet de dresser un état précis du statut de propriété des biens, et offre une vision complète de l'intégralité des collections conservées dans ce monument. Éléments lapidaires déposés, objets de fouilles médiévaux, vestiges issus de l'époque carcérale, essais de restitutions pendant les restaurations du XIXe et XXe siècle, mobilier liturgique moderne… À l'image du Mont, les collections sont plurielles et croisent des approches historiques, sociales et religieuses. La clôture de l'inventaire, première étape vers de plus amples recherches, ouvre de nouvelles perspectives en terme de conservation, restauration et présentation au public.

Diplômée de l'École du Louvre et de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Camille Canteloup est Référente collections au Centre des monuments nationaux. Après avoir travaillé au service de l'Inventaire et du Récolement des collections, au sein duquel elle a réalisé l'inventaire des collections de l'abbaye du Mont Saint-Michel, elle est aujourd'hui en charge de la conservation et de la restauration des collections des monuments gérés par le Centre des monuments nationaux (Pôle Ouest).

Anne CURRY : Le Mont Saint-Michel dans la perception anglaise, du Moyen Âge à nos jours
Pour l'historien de la Guerre de Cent ans, le Mont Saint-Michel est fameux pour être le seul lieu du duché de Normandie que les Anglais ne sont jamais parvenus à conquérir au XVe siècle. Mais il y a bien d'autres raisons pour que le Mont occupe une place spéciale dans l'histoire des Anglais à travers l'histoire. Il a ainsi inspiré la création d'une imitation anglaise à St Michael's Mount, un lieu de pèlerinage possédé par les moines du Mont Saint-Michel jusqu'au règne d'Henri V. Ce roi l'a en effet confisqué pour le donner à sa nouvelle fondation de Syon, qui est le dernier monastère fondé en Angleterre avant la Réforme. Depuis le XVIIIe siècle, par ailleurs, le "vrai" Mont Saint-Michel est devenu un site de pèlerinage artistique et touristique pour les Anglais, et plus généralement pour le monde anglophone. Le but de cette communication sera de retracer cette construction et d'examiner les manifestations de cet intérêt dans la peinture et la littérature, mais aussi dans la culture populaire, par exemple visible dans les réseaux sociaux, où le Mont Saint-Michel apparaît comme "a real life Harry Potter town".

Anne Curry est professeure émérite d'histoire médiévale à l'université de Southampton. Elle est spécialiste de la guerre de Cent Ans, et en particulier de la Normandie lancastrienne et de la bataille d'Azincourt. Outre de nombreuses publications sur ces sujets et d'autres, elle vient de publier avec Rémy Ambülh : A Soldiers' Chronicle of the Hundred Years War. College of Arms manuscript M9, Cambridge, Brewer, 2022.

Vincent JUHEL : Pèlerins et routes vers le Mont Saint-Michel, un point des recherches
Le Mont Saint-Michel acquit dès le IXe siècle une dimension internationale par le rayonnement de son sanctuaire de pèlerinage. La première mention d'un "chemin montais" date de 1025 et les occurrences sont plus nombreuses au bas Moyen Âge. Cependant les pèlerins et les autres voyageurs empruntaient les mêmes axes sans qu'il y ait de chemins spécifiques aux pèlerins. Cette communication fera le point des recherches sur les différents axes empruntés par les pèlerins, en commençant par la restitution de l'itinéraire suivi par les religieux envoyés au Monte Gargano par Aubert en 709 et connu par le Roman du Mont Saint-Michel, seront aussi utilisées les données des différents voyages cités dans les Vitae ou fournies par des témoignages directs de pèlerins de la fin du Moyen Âge, notamment des Allemands.

Vincent Juhel est Historien et historien de l'art, administrateur général des Antiquaires de Normandie, chercheur et animateur de l'association des Chemins du Mont-Saint-Michel, qui depuis vingt-cinq ans restitue progressivement des chemins balisés vers le Mont pour les miquelots du XXIe siècle et anime la recherche scientifique sur l'histoire des pèlerinages au Mont et de tous les thèmes qui y sont associés (organisation de "Rencontres historiques" éditées à chaque fois, publication d'articles, organisation d'expositions…).

Bastien MICHEL : Servir saint Michel : les clientèles guerrières du Mont (XIIe-XIIIe siècles)
À travers l'étude des listes de vassaux conservées pour le Mont Saint-Michel (1172 et 1264), il s'agit de mettre en évidence l'insertion de l'abbaye dans les réseaux aristocratiques de la Normandie ducale et royale. Plusieurs points seront traités : 1) L'étendue des réseaux aristocratiques du Mont dans les mondes normands et français médiévaux ainsi que leur ancrage territorial normand (à travers, par exemple, les domaines de Bretteville-sur-Odon et Verson) ; 2) La nature du service militaire auquel sont astreints les vassaux du Mont, en particulier le service de garde, dans le contexte d'un espace frontalier disputé ; 3) La recomposition du lien unissant l'abbaye à ses clientèles guerrières après l'intégration de la Normandie, et par extension du Mont, au domaine royal.

Bastien Michel est doctorant à l'université de Caen, rattaché au CRAHAM (dir. Pierre Bauduin). Sa thèse porte sur les vassaux des évêques de Bayeux (XIe-XIIIe siècle), étudiés sous l'angle des réseaux et des mobilités. Il s'intéresse aux rapports entre vassalité, fief et écrit dans les mondes normands médiévaux ainsi qu'aux trajectoires de l'aristocratie normande dans le duché, le royaume de France et en Europe.

Éliane VERGNOLLE : Le chevet roman du Mont Saint-Michel. Une œuvre majeure du second quart du XIe siècle
Restituer le chevet du Mont Saint-Michel mis en chantier en 1023 peut sembler une gageure, compte tenu de sa disparition, en 1421. Les importantes substructures qui subsistent sous le chevet flamboyant, les fouilles et autres prospections menées depuis les années 1960 permettent néanmoins de connaître son plan tandis que la célèbre enluminure des très riches Heures du duc de Berry fournit sur son élévation des renseignements qu'éclaire la comparaison avec d'autres monuments de la même génération. L'analyse du transept, conservé dans son intégralité, apporte d'autres éléments d'information. Au total apparaît un chevet qui, avec son déambulatoire surmonté d'une tribune, s'inscrit dans un groupe de grandes abbatiales de la même génération également disparues pour tout ou partie mais dont l'étude a été récemment renouvelée (Saint-Martial de Limoges, Beaulieu-lès-Loches, Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, Landévennec) avec, en arrière-plan, le fantôme de Saint-Martin de Tours.

Éliane Vergnolle est Professeur honoraire à l'université de Besançon, membre correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Principales publications relatives au sujet
"Les tribunes de chevet dans l'architecture romane du début du XIe siècle", in Saint-Martial de Limoges. Millénaire de l'abbatiale romane (1018-2028), Bulletin monumental, n° spécial, 2020, p. 103-120.
Saint-Benoît-sur-Loire. L'abbatiale romane, Paris, 2018.
"L'église Saint-Denis. Un chef d'œuvre roman méconnu", in Nogent-le-Rotrou roman et gothique, Paris, 2022, p. 87-166.


BIBLIOGRAPHIE :

Sources

• BISSON M., "Où sont les archives du Mont Saint-Michel ?", in Sur les pas de Lanfranc, du Bec à Caen. Recueil d'études en hommage à Véronique Gazeau, Cahiers des Annales de Normandie, n°37, 2018, p. 453-464.
Cartulaire du Mont Saint-Michel. Fac-similé du manuscrit 210 de la bibliothèque municipale d'Avranches, BOUET P. et DESBORDES O. (éd.), Arcueil, Anthèse, 2005.
Chronique de Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, suivie de divers opuscules historiques de cet auteur et de plusieurs religieux de cette même abbaye, DELISLE L. (éd.), Rouen, Le Brument, 1872-1873.
Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècles), BOUET P. et DESBORDES O. (éd.), Caen, Presses universitaires de Caen, 2009.
• DOSDAT M., L'enluminure romane au Mont Saint-Michel, Xe-XIIe siècles, Rennes, Ouest-France, 1991.
• Le Mont Saint-Michel : enluminures et textes fondateurs : traduction française des chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècles), BOUET P. et DESBORDES O. (éd. et trad.), Rennes, Ouest-France, 2018.

Généralités

• FIASSON D., "Abbaye et forteresse : le Mont Saint-Michel au péril de la guerre (des débuts de la guerre de Cent Ans à l'avènement de Pierre Le Roy)", Les Amis du Mont-Saint-Michel, n°119, 2014, p. 129-159.
• GAZEAU V., Normannia monastica, Tome 1 - Princes normands et abbés bénédictins (Xe-XIIe siècles) et Tome 2 - Prosopographie des abbés bénédictins (Xe-XIIe siècles), Caen, Publications du CRAHM, 2007.
Millénaire monastique du Mont Saint-Michel, Paris, Lethielleux, 1966-1993, 5 vol.
• Millénaire monastique du Mont Saint-Michel : 966-1966 (Catalogue de l'exposition de Paris et du Mont-Saint-Michel), Paris, Caisse nationale des monuments historiques, 1966.

Saint Michel et son culte

Culte et pèlerinage à saint Michel en Occident. Les trois monts dédiés à l'archange (Actes du colloque de Cerisy, 26-30 septembre 2000), BOUET P., OTRANTO G. et VAUCHEZ A. (dir.), Rome, École française de Rome, 2003.
Culto e santuari di san Michele nell'Europa medievale (Actes du colloque de Bari, 5-8 avril 2006), BOUET P., OTRANTO G. et VAUCHEZ A. (dir.), Bari, Edipuglia, 2007.
Pellegrinaggi et santuari di San Michele nell'Occidente medievale (Actes du colloque de Sacra di San Michele, 26-29 septembre 2007), CASIRAGHI G. et SERGI G. (dir.), Bari, Edipuglia, 2009.
Rappresentazioni del Monte e dell'Arcangelo san Michele nella litteratura e nelle arti (Actes du colloque de Cerisy, 29 septembre-3 octobre 2008), BOUET P., OTRANTO G. et VAUCHEZ A. (dir.), Bari, Edipuglia, 2011.

Le monument : histoire de l'art et archéologie

• DE BOÜARD M., "L'église Notre-Dame-sous-Terre au Mont Saint-Michel. Essai de datation", Journal des savants, n°1, 1961, p. 10-27.
• DELAHAYE F., "Construction et évolution des fortifications du Mont Saint-Michel (XIIIe-XVIIIe siècles)", Les Amis du Mont Saint-Michel, n°118, 2013, p. 37-60.
• FROIDEVAUX Y.-M., "L'église Notre-Dame-sous-Terre", Les monuments historiques de France, n°4, 1961, p. 145-166.
• GALLET Y., "Le chevet flamboyant du Mont Saint-Michel et ses modèles dans l'architecture gothique des XIIIe et XIVe siècles", Les Amis du Mont Saint-Michel, n°108, 2003, p. 43-55.
• MARGO F., "Les cryptes romanes du Mont Saint-Michel : ordonnancement des espaces", dans Espace ecclésial et liturgie au Moyen Âge (Actes du colloque de Nantua, novembre 2006), BAUD A. (dir.), Lyon, Maison de l'Orient et de la Méditerranée, 2010, p. 369-378.

Pour aller plus loin

• PAQUET F., "Histoire et archéologie du Mont Saint-Michel : bibliographie scientifique", Annales de Normandie, n°71-1, 2021, p. 147-180.


SOUTIENS :

• Direction régionale des affaires culturelles Normandie (DRAC)
• Établissement public national du Mont Saint-Michel (EPMSM)
Centre des monuments nationaux
Centre Michel de Bouärd · CRAHAM · UMR 6273 | Université de Caen Normandie / CNRS
• Office universitaire d'études normandes (OUEN) | Université de Caen Normandie
• UFR "Humanités et Sciences Sociales" (HSS) | Université de Caen Normandie
Caen la Mer
Conseil départemental de la Manche
• Associazione Internazionale Ricerche sui Santuari (AIRS)

Programme 2023 : un des colloques

Programme complet


GASTON PARIS :

UNE ŒUVRE EN RÉSEAU, UN RÉSEAU EN ŒUVRE


DU MERCREDI 24 MAI (19 H) AU DIMANCHE 28 MAI (14 H) 2023

[ colloque de 4 jours ]



ARGUMENT :

Philologue en contact épistolaire avec des personnalités du monde entier — on compte environ 1750 correspondants et 27000 feuillets — Gaston Paris est au centre de différents réseaux de savoirs et de pratiques. Comprendre, par l'entremise du savant, comment s'articulent ces différents réseaux est une clé inestimable pour affiner nos connaissances non seulement de l'histoire des langues et littératures (médiévales) romanes, mais aussi de l'histoire intellectuelle, politique et sociale de l'époque.

Lors de la rencontre au château de Cerisy-la-Salle, lieu emblématique, faut-il le rappeler, des rencontres familiales, amicales et savantes de Gaston Paris, des spécialistes de la philologie romane venant de toute l'Europe vont travailler sur des correspondances du savant encore peu connues et contribuer ainsi à la reconstruction toujours plus précise du réseau européen, voire mondial, qui assurait le rayonnement et l'évolution de la philologie romane à l'époque.


MOTS-CLÉS :

Correspondances, Histoire des langues romanes, Histoire intellectuelle du XIXe siècle, Littérature du Moyen Âge, Paris (Gaston), Philologie romane


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

Ursula BÄHLER : Gaston Paris et Gabriel Monod
Emma BELKACEMI-MOLINIER : Le réseau montpelliérain dans la correspondance d'Anatole Boucherie et Gaston Paris
Gabriel BERGOUNIOUX : L'analyse du son et la philologie
Daron BURROWS : Autour de la correspondance de Gaston Paris et Paul Meyer
Miriam CABRÉ & Anna GUDAYOL : Les relations ibériques de Gaston Paris I. Les érudits catalans et leur place au sein des réseaux philologique
Dumitru CHIHAI : La correspondance de Gaston Paris et l'origine de la langue roumaine
Alain CORBELLARI : Gaston Paris et ses jeunes étudiants français
Piet DESMET & Pierre SWIGGERS : Gaston Paris et les romanistes belges. Les frères Doutrepont
Anne-Marguerite FRYBA-REBER : Les prémices de la philologie romane à Genève à la lumière de l'échange épistolaire entre Eugène Ritter et Gaston Paris
Kevin GARCIA, Xenia KONING & Marigo QORAJ : Le réseau féminin de Gaston Paris. Essai de typologie
Patrizia GASPARINI : Gaston Paris et l'italianisme en France
Yan GREUB : Gaston Paris et les études occitanes
Patrick HENRIET : Le Pseudo-Turpin en partage. Gaston Paris et Reinhart Dozy
Bernhard HURCH : Modernité, philologie et linguistique. Gaston Paris et Hugo Schuchardt
Muriel JORGE : "Mon cher Maître" : Gaston Paris et ses élèves à travers sa correspondance
Melita LAJQI : La Genèse de l'édition du Merlin à travers la correspondance de Gaston Paris
Sadumi MARTÍ & Fabio ZINELLI : Les relations ibériques de Gaston Paris II. Thématiques philologiques : accords et désaccords
Nicolas MOREL : "Dans le royaume des aveugles, vous le savez…" : Schuchardt, Paris et l'Europe des philologues
Lauren MULHOLLAND : Gaston Paris et les philologues de Grande-Bretagne
Maria Ana RAMOS : Gaston Paris et José Leite de Vasconcellos. La chanson de Sainte Foi d'Agen
Pierre SWIGGERS : Gaston Paris et Michel Bréal
Richard TRACHSLER : Hermann Suchier. L'exception allemande
Marco VENEZIALE : Entre Vienne et Paris : Adolfo Mussafia, Gaston Paris et Paul Meyer


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Ursula BÄHLER
Ursula Bähler est Professeure de littérature française à l'université de Zurich. Ses recherches portent sur l'histoire de la philologie, notamment dans son rapport avec la société (philologie et nation, éthique de la philologie), ainsi que sur la littérature française du XIXe au XXIe siècle. Publications : Gaston Paris et la philologie romane (2004) [Prix Bordin de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2005] ; de nombreuses éditions de correspondances philologiques (Gaston Paris, Joseph Bédier, Karl Bartsch, Maria Johanna Minckwitz, Paul Meyer) ; des travaux sur Émile Zola, Anatole France, Maurice Barrès, Georges Rodenbach, Marie NDiaye, Pascale Kramer ; co-éditrice d'ouvrages sur la place de la littérature dans la société [À quoi bon l'enseignement de la littérature ? (2016), À quoi bon la littérature ? (2019)] ; directrice, depuis 2021, du projet PHILINGK, avec le Prof. Bernhard Hurch (Université de Graz), financé par le FNS (lead agency) et le FWF.
https://www.rose.uzh.ch/de/seminar/wersindwir/mitarbeitende/baehler.html

Irina MATTI
Irina Matti a toujours été passionnée par les langues et leur fonction communicative entre les cultures et les êtres humains. C'est ainsi tout naturellement qu'elle s'est dirigée vers des études de littérature et linguistique françaises et allemandes, puis vers l'enseignement de ces matières. Sa fascination pour d'autres cultures l'a ensuite amenée à entreprendre un séjour professionnel au Japon pendant 3 ans, dont elle est revenue au début de l'année 2021. Depuis, son intérêt scientifique l'a poussé à retrouver l'étude des sciences humaines et, depuis juillet 2021, elle fait partie du projet PHILINGK à l'université de Zurich.

Nicolas MOREL
Après une carrière commencée en tant qu'archiviste, Nicolas Morel a obtenu un doctorat en littérature française de l'université de Berne, avec une thèse consacrée à l'édition Beuchot des Œuvres de Voltaire (Georg, 2020). Entre histoire, histoire de la littérature et histoire du livre, cette thèse présente la figure d'un éditeur qualifié de savant, positiviste avant l'heure, et dont les choix façonnent le corpus de Voltaire pendant près de 150 ans. Il poursuit cette recherche autour des personnalités qui font les textes, d'abord lors d'un séjour de mobilité à Paris et à Lyon, ensuite autour de Gaston Paris, avec l'équipe PHILINGK, à l'université de Zurich.

Lauren MULHOLLAND : Gaston Paris et les philologues de Grande-Bretagne
La correspondance entre Gaston Paris et les philologues de Grande-Bretagne permet de poser un regard inédit sur le développement de la philologie romane en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles. Cette communication offre d'abord un aperçu du réseau de correspondants en Grande-Bretagne et des sujets de leurs lettres à Gaston Paris. Ensuite, la communication examine l'influence de Gaston Paris sur le développement de la philologie romane en Grande-Bretagne, avec une attention particulière accordée à son influence sur la nomination du personnel académique et à l'élaboration des programmes d'études.

Lauren Mulholland est chercheuse postdoctorale à l'université de Zurich. Elle fait partie de l'équipe PHILINGK et travaille à l'édition numérique de la correspondance entre Gaston Paris et Hugo Schuchardt. En 2019, elle a obtenu son doctorat en histoire médiévale, avec une thèse consacrée à la représentation de Jérusalem dans la littérature et la liturgie occitanes des XIIe et XIIIe siècles. En plus de ses recherches sur la culture dévotionnelle médiévale et la littérature vernaculaire, elle s'intéresse aux humanités numériques.


Emma BELKACEMI-MOLINIER : Le réseau montpelliérain dans la correspondance d'Anatole Boucherie et Gaston Paris
La correspondance de Gaston Paris avec l'un des membres fondateurs de la Revue des langues romanes (en 1870, c'est-à-dire deux ans avant la naissance de la Romania), figure majeure de la philologie méridionale jusqu'à sa mort en 1883, constitue le canal sous-terrain par lequel se poursuit, amical et ancré dans la vie quotidienne, le dialogue public noué par les épistoliers dans les deux grandes revues de philologie par comptes rendus interposés. La controverse y laisse la place au détail d'une vie scientifique qui a son rythme propre, prise dans le mouvement continu des publications. Les lettres d'Anatole Boucherie accompagnent les envois, demandes, et remerciements qui forment la matière principale de ces échanges, mais pas uniquement : elles esquissent les contours de deux milieux scientifiques hétérogènes, celui des savants parisiens et celui de la Société des langues romanes, mis "en réseaux" par une correspondance qui se fait la chronique des temps forts de la Société montpelliéraine.

Emma Belkacemi-Molinier prépare une thèse de doctorat depuis 2021 (Sorbonne Université – EPHE) en philologie romane, consacrée au cycle romanesque du Lancelot-Graal. Attentive aux enjeux épistémologiques de la discipline, elle s'intéresse aux discours et aux pratiques philologiques françaises et italiennes. Elle a notamment réalisé en 2022 une communication intitulée "La philologie comme discipline scientifique. Retour sur les échanges entre Paul Meyer et la rédaction de la Revue des langues romanes (1872–1882)".

Daron BURROWS : Autour de la correspondance de Gaston Paris et Paul Meyer
Pendant une trentaine d'années, Gaston Paris et Paul Meyer, co-fondateurs de la Romania, entretinrent une correspondance fascinante qui, à travers leur discussion de la gestion de cette revue novatrice, met en lumière de nombreux aspects scientifiques et humains du développement de la discipline. Un élément intéressant de cet échange concerne les études anglo-normandes, la littérature composée dans le "mauvais français d'Angleterre" attirant la curiosité philologique de Paris et incitant l'anglophile Meyer à visiter les grandes bibliothèques de Grande-Bretagne à la recherche de textes inédits. Cette communication examinera les lettres de ces deux philologues éminents pour faire ressortir leurs attitudes respectives envers les pratiques et les personnalités actives dans ce petit recoin insulaire de la philologie française.

Daron Burrows est Professor of Medieval French à St Peter's College, Oxford, et Hon. Secretary et Treasurer de l'Anglo-Norman Text Society. Ses recherches se concentrent sur l'ancien français, surtout la langue et la littérature anglo-normandes, l'édition critique et l'étude des manuscrits.

Miriam CABRÉ & Anna GUDAYOL : Les relations ibériques de Gaston Paris I. Les érudits catalans et leur place au sein des réseaux philologique
En 1872, Gaston Paris et Paul Meyer fondent la revue Romania, dont le but scientifique, tel qu'il est indiqué dans l'article rédigé par Paris qui inaugure la revue, est le "rapprochement perpétuel entre les langues et littératures des diverses nations qui composent la Romania". Dans cette perspective, le philologue va tisser des liens avec les universitaires et érudits de différentes zones linguistiques romanes. On essaiera de reconstruire le réseau des relations ibériques de Gaston Paris à partir de sa correspondance, en essayant d'identifier ses partenaires non seulement à partir de ce qui est écrit, mais aussi de leur trajectoire intellectuelle et de leurs travaux. Quelques figures se profilent en avant : les catalans Manuel Milà i Fontanals (1818-1884), maître incontesté des études de lettres dans l'Espagne du XIXe siècle, les érudits Joaquim Rubió i Ors (1818-1899) et Antoni Rubió i Lluch (1856-1937), en étroit rapport avec Marcelino Menéndez Pelayo (1856-1912).

Miriam Cabré est Professeur titulaire de Philologie Romane à l'université de Gérone et vice-présidente de l'Association Internationale d'Études Occitanes (AIEO), elle a obtenu en 2021 la distinction ICREA-Academia. Sa recherche est consacrée principalement à l'étude de la présence des troubadours dans la Couronne d'Aragon et à la transmission manuscrite de leurs œuvres, ainsi qu'à la réception de cet héritage parmi les érudits du XIXe-XXe siècles. Elle est éditrice scientifique de la revue Mot So Razo, directrice du projet TrobEu, et co-directrice de la base de données Cançoners DB.
narpan.net/membres/investigadors/miriamcabre.html

Anna Gudayol est Archiviste-paléographe (École des chartes, promotion 1992-1996), DEA en Philologie romane (1991) et maîtrise en bibliothéconomie par l'université de Barcelone (1986). Chef du Département des Manuscrits de la Bibliothèques de Catalogne (1999-), et professeur à la Faculté Antoni Gaudí (Université Catholique de Barcelona). Elle a publié une quarantaine de contributions sur l'études de l'histoire des manuscrits et des bibliothèques (bnc.academia.edu/gudayolanna).

Dumitru CHIHAI : La correspondance de Gaston Paris et l'origine de la langue roumaine
La présente communication, axée principalement sur la correspondance entre Gaston Paris et les linguistes les plus représentatifs de son époque, permettra de rappeler les débats qui ont marqué et nourri la question bien épineuse et encore d'actualité autour de l'origine de la langue roumaine. Tout aussi passionnante et débattue demeure la question de l'évolution de la langue roumaine dans sa dimension linguistique et historique, y compris son alphabet, ce qui fait d'elle la langue la plus fidèle et en même temps la plus infidèle à l'égard du latin (Bartoli).

Anne-Marguerite FRYBA-REBER : Les prémices de la philologie romane à Genève à la lumière de l'échange épistolaire entre Eugène Ritter et Gaston Paris
Couvrant une vingtaine d'années (la première lettre conservée datant de 1880 et la dernière de 1901), la correspondance entre Eugène Ritter (1836-1928) et Gaston Paris (1839-1903) comprend sept lettres signées Ritter et douze Gaston Paris. Le dialogue entre les deux savants aborde des sujets divers (requêtes pour autrui, échanges de publications, questions institutionnelles) et offre des renseignements significatifs sur le milieu académique genevois de la fin du XIXe siècle, étroitement lié aux institutions parisiennes et en particulier à l'École des hautes études. En témoigne notamment la leçon d'ouverture au cours d'Histoire de la langue française (1876) de Ritter qui souligne l'importance des savants parisiens en tant que médiateurs de l'héritage de Friedrich Diez. Le recoupement des réseaux bien connus de Gaston Paris et de celui, plus confidentiel, d'Eugène Ritter permettra par ailleurs d'éclairer la conception qu'on se faisait de la philologie romane à Genève bien avant son institutionnalisation en 1891.

Anne-Marguerite Fryba-Reber est professeur émérite de linguistique française à l'université de Berne. Ses recherches l'ont amenée à s'intéresser à la linguistique saussurienne (Albert Sechehaye et la syntaxe imaginative, 1994), puis à l'exploration du milieu intellectuel et institutionnel en Suisse dans le dernier tiers du XIXe siècle (Philologie et linguistique romanes. Institutionnalisation des disciplines dans les universités suisses (1872-1945), 2013).

Yan GREUB : Gaston Paris et les études occitanes
Dans la répartition des tâches entre Gaston Paris et Paul Meyer, les études occitanes étaient surtout de la responsabilité de Paul Meyer. Pour autant, Gaston Paris ne s'est pas tenu à l'écart de ce champ d'études ; il a aussi maintenu des rapports étroits avec les occitanistes. Sur la base de sa correspondance avec ceux-ci, nous entendons décrire ce qu'ont été ces rapports et quelle part a prise Gaston Paris dans les débats essentiels de l'occitanistique de son temps.

Yan Greub est chargé de recherche au CNRS et spécialiste de lexicologie, de philologie du français médiéval et de linguistique historique des langues galloromanes. Il dirige le Französisches Etymologisches Wörterbuch et le Glossaire des patois de la Suisse romande. Il est l'auteur de plusieurs contributions sur l'histoire de la philologie.

Muriel JORGE : "Mon cher Maître" : Gaston Paris et ses élèves à travers sa correspondance
La carrière de philologue de Gaston Paris se confond largement avec celle qu'il a menée en tant qu'enseignant. Ayant exercé au Collège de France et à l'EPHE durant trente-cinq ans, de 1868 à 1903, il a joué un rôle majeur dans la constitution de la philologie romane et de l'étude de la langue française, surtout médiévale, dans l'enseignement supérieur français. Les documents institutionnels afférents à son enseignement révèlent une grande diversité d'origines géographiques, institutionnelles et professionnelles parmi ces élèves : outre sa renommée, c'est l'enseignement même de Gaston Paris qui s'est diffusé au-delà du Quartier latin, de Paris et même de la France. Le réseau des élèves et celui des correspondants se recouvrant de manière significative, la communication présentera les résultats d'un premier travail exploratoire, fondé sur le recoupement des listes d'élèves de Gaston Paris à l'EPHE durant ses quinze premières années d'enseignement (1868-1883) et de sa correspondance.

Muriel Jorge est maîtresse de conférences en sciences du langage à Sorbonne Université et au sein du laboratoire Histoire des Théories Linguistiques (Université Paris Cité, UMR 7597). Ses recherches portent sur la disciplinarisation et la didactisation des savoirs linguistiques fin XIXe-début XXe siècle, qu'elle aborde d'un point de vue épistémologique et institutionnel. Elle a notamment travaillé sur les notes de cours de Gaston Paris, d'Arsène Darmesteter et de Ferdinand Brunot.

Melita LAJQI : La Genèse de l'édition du Merlin à travers la correspondance de Gaston Paris
En 1886, Gaston Paris et Jakob Ulrich (1856-1906), professeur de langues romanes à l'université de Zurich, publient pour la SATF une édition du Merlin accompagnée d'une Suite singulière, qui s'intègre, comme on le sait aujourd'hui, au cycle de la post-vulgate. Le manuscrit sur lequel se base leur édition appartenait à Alfred H. Huth (1850-1910) et il a fallu le concours de Paulin Paris pour reconnaître le caractère exceptionnel de ce document. Les circonstances entourant cette édition sont assez enchevêtrées et sont brièvement exposées dans l'introduction du premier tome. Outre Paulin Paris et les deux éditeurs, sont intervenus une Mrs Cooper, responsable d'une première transcription, le grand philologie anglais Frederick Furnivall (1825-1910) et les Huth, père et fils. Parmi la correspondance adressée à Gaston Paris se trouvent quelques lettres de Ulrich (BnF, naf. 24461), de Furnivall (BnF, naf. 24440) et d'Alfred Huth (BnF, naf. 24443) qui peuvent donc servir de point de départ pour apporter un peu de lumière sur les circonstances de l'édition et, partant, sur la philologie romane vers la fin du XIXe siècle.

Melita Lajqi est doctorante à l'niversité de Zurich. Sa thèse est consacrée à la Suite du Merlin, mais elle s'intéresse également à l'histoire de la discipline. Ainsi, elle a travaillé sur la correspondance de Heinrich Morf (1854-1921) et son implication dans la Königlich Preußische Phonographische Kommission pendant la Première Guerre mondiale et prépare l'édition d'un choix de lettres qui s'y rapportent.

Maria Ana RAMOS : Gaston Paris et José Leite de Vasconcellos. La chanson de Sainte Foi d'Agen
La correspondance entre Gaston Paris et José Leite de Vasconcellos a dû commencer avant la première carte postale connue. À Paris, à la BnF, le premier message de Leite de Vasconcellos date du 26 septembre 1887, mais, à Lisbonne, au MNA, se conserve déjà une carte postale, envoyée par G. Paris, le 20 novembre 1882, ce qui laisse supposer qu'une partie des documents échangée est dispersée, ou n'a pas subsisté. Dans une rencontre consacrée au dialogue — œuvre en réseau — il est très fascinant d'examiner les interlocutions épistolographiques entre Gaston Paris (1839-1903) et l'illustre maître portugais José Leite de Vasconcellos (1858-1941). Même si la correspondance savante, échangée entre les deux, n'est pas constituée par de nombreux écrits, elle nous permet d'entrevoir les préludes méthodologiques de la philologie et de la linguistique au Portugal. Par ailleurs, c'est à travers ces messages, qu'on peut retracer le parcours de l'importante redécouverte en 1901 du manuscrit du poème provençal du XIe siècle, la Chanson de Sainte Foi (Leiden, Universiteitsbibliotheek, Vossiani Latini, oct. 60), et, sous la médiation de G. Paris, de sa publication dans un essai écrit en portugais dans la Romania (Vasconcellos, J. Leite de, "Canção de Sancta Fides de Agen, texto provençal", Romania, 31, 1902, pp. 177-200).

Maria Ana Ramos est Professeure Titulaire Émérite (Université de Zürich - Romanisches Seminar) et directrice de la Cátedra Carlos de Oliveira (2012-2019). Diplômée de l'université classique de Lisbonne (Licence ès Lettres et Doctorat), s'est spécialisée en Philologie romane à Rome, "La Sapienza", et a obtenu le titre de Privadozentin à l'université de Zürich. Ses domaines de recherche portent sur la lyrique galégo-portugaise et sur la diffusion du récit bref dans la péninsule Ibérique. Actuellement, en collaboration avec Yara Frateschi Vieira, elle prépare l'édition de l'éloquente correspondance entre deux importantes philologues, Carolina Michaëlis et J. Leite de Vasconcellos.

Richard TRACHSLER : Hermann Suchier. L'exception allemande
Hermann Suchier (1848-1914) était à son époque considéré comme un des plus compétents philologues romanistes. C'est à lui que Gröber demanda de rédiger le chapitre sur "Die französische und provenzalische Sprache und ihre Mundarten" pour son monumental Grundriss der romanischen Philologie et les éditions de texte de Suchier, établies selon les règles de la phonétique historique alors toute jeune, étaient citées comme des modèles dans leur genre. Même Paul Meyer parlait de Suchier avec une certaine estime. Toute sa vie scientifique, Suchier a été en rapport avec Gaston Paris, de même, d'ailleurs, qu'avec Joseph Bédier, et ses relations avec les deux professeurs parisiens ont toujours été amicales indépendamment des tensions politiques ou académiques qui pouvaient peser sur les rapports franco-allemands. Parmi la correspondance adressée à Gaston Paris se trouvent un peu plus de quatre-vingts lettres de Suchier, qui s'étendent de 1876 à 1902 (Paris, BnF, naf. 24458). La présente communication proposera un premier inventaire sommaire et quelques coups de sonde dans cette correspondance largement inexploitée.

Richard Trachsler a enseigné la littérature française du Moyen Âge à l'université de Paris-Sorbonne et à l'université de Göttingen. Il est actuellement professeur de Littérature française et occitane à la l'université de Zurich. Ses recherches portent surtout sur la littérature narrative et aux problèmes d'édition liés à ce type de texte, ainsi que sur l'histoire de la discipline, sur laquelle il a publié plusieurs études. Il prépare actuellement l'édition de la correspondance entre Joseph Bédier et Hermann Suchier.

Marco VENEZIALE : Entre Vienne et Paris : Adolfo Mussafia, Gaston Paris et Paul Meyer
Dans notre intervention nous allons nous plonger dans la correspondance que G. Paris et P. Meyer entretenaient avec A. Mussafia, professeur de Philologie Romane à Vienne. Si les lettres de Mussafia à ses collègues parisiens sont bien conservées et consultable à la Bibliothèque nationale de France, les archives de Mussafia se retrouvent à Florence, dans la Biblioteca Umanistica de l'université, et n'ont jamais été cataloguées, puisque tout le fonds Mussafia a subi l'inondation de 1966. Grâce à un travail d'archive, il nous a cependant été possible de récupérer un certain nombre de ces lettres, qui témoignent de l'importance des rapports entre Vienne et Paris, à la fois scientifiquement et politiquement, pour le développement de la philologie romane en Europe : Mussafia a en effet été l'un des premiers collègues étrangers avec qui les parisiens rentrèrent en contact, au début des années 1860.

Marco Veneziale est chercheur à l'université de Zurich et il s'occupe de littérature arthurienne, d'hagiographie, mais aussi de poésie lyrique à la cour de François Ier. Il s'intéresse à l'histoire de la philologie romane, domaine auquel il a dédié plusieurs interventions.


BIBLIOGRAPHIE :

• Bähler, Ursula, 1999, Gaston Paris dreyfusard. Le savant dans la cité, Préface de Michel Zink, 2e tirage 2002, Paris, Éditions du CNRS.
• Bähler, Ursula, 2004, Gaston Paris et la philologie romane, Avec une réimpression de la Bibliographie des travaux de Gaston Paris publiée par Joseph Bédier et Mario Roques (1904), Genève, Droz.
• Bähler, Ursula, Corbellari, Alain, 2009, Gaston Paris-Joseph Bédier, correspondance, Coll. L'Europe des philologues, Firenze, Edizioni del Galluzzo.
• Bähler, Ursula, 2015a, Karl Bartsch - Gaston Paris, correspondance, entièrement revue et complétée par Ursula Bähler à partir de l'édition de Mario Roques, Firenze, Edizioni del Galluzzo.
• Ridoux, Charles, 2020, Paul Meyer - Gaston Paris, correspondance, édition avec la collaboration d'Ursula Bähler et d'Alain Corbellari, Firenze, Galluzzo.


SOUTIEN :

• Équipe PHILINGK | Université de Zurich (UZH) & Fonds national suisse (FNS)