Programme 2019 : un des colloques


LA PENSÉE AMÉNAGISTE EN FRANCE :

RÉNOVATION COMPLÈTE ?


DU VENDREDI 6 SEPTEMBRE (19 H) AU VENDREDI 13 SEPTEMBRE (14 H) 2019



DIRECTION :

Stéphane CORDOBES, Xavier DESJARDINS, Martin VANIER


ARGUMENT :

L'objectif scientifique de ce colloque est de contribuer au renouvellement de la pensée aménagiste en France. Dans ses fondamentaux, cette pensée date des années 1940-50. Des notions fondatrices comme l'équilibre, l'occupation harmonieuse, le désenclavement des territoires, la hiérarchie urbaine ont été instaurées comme des idéaux aménagistes à une époque où la France était encore plus proche (économiquement, technologiquement, culturellement, politiquement) de celle du XIXe siècle que de celle d'aujourd'hui. Depuis 60 ans, l'urbanisme a connu de très profonds renouvellements de ses principes, ses référentiels, ses modes de faire. Mais non "l'aménagement du territoire". Le terme même est désormais obsolète, au regard de ce qu'est devenu la société, son espace, son fonctionnement géographique. Il continue pourtant de rencontrer un succès d'estime. En 2006, un colloque de Cerisy a déjà été organisé sur ce sujet (L'aménagement du territoire : changement de temps, changement d’espace, à l'initiative d'Armand Frémont), et d'autres sur des sujets connexes. Mais il reste à travailler le fond des concepts à renouveler, l'aggiornamento d'une politique qui n'a d'ailleurs pas, depuis cette date, cessé de chercher ses marques, dans une certaine confusion (la compétitivité ? l'égalité ? la cohésion ?).

Territoires, réseaux, lieux : un nouvel agencement des trois grandes catégories de figures de l’espace est à énoncer, qui permette de rendre compte de la France telle qu'elle se transforme et telle qu'elle nécessite une politique nouvelle de l'espace. Ce colloque propose trois objectifs nouveaux :

1. Dépasser les notions obsolètes et les controverses stériles qui encombrent encore actuellement la pensée aménagiste. Loin de refaire l'histoire de l'aménagement du territoire, il s'agit de soumettre au test de la prospective la pertinence d'un certain nombre de notions encore ancrées dans les croyances aménagistes, pour mieux ouvrir l'espace de la réinvention.

2. Repenser l'aménagement de l'espace à partir des réseaux et de leurs opérateurs, davantage que par les territoires et leurs cadres de gestion. Plutôt que de repasser encore une fois par le jeu des institutions territoriales, leurs périmètres, leur gouvernance, leur architecture globale, il est proposé de lire le management de l'espace des réseaux par les entreprises qui les investissent, par les opérateurs de services afin d'interpeller leur vision spatiale et leur pensée ou imaginaire aménagiste plus ou moins implicite.

3. Amorcer une refondation conceptuelle de nature à porter la nouvelle pensée aménagiste en France. Réciprocité, réversibilité, hybridité, circularité, interterritorialité, scalabilité, réticularité… Un nouveau vocabulaire est en train de prendre place, mais il n'est pas encore en état de jouer la fonction politique qu'on pourrait attendre de lui. D'où l'enjeu d'y travailler pour permettre sa diffusion au-delà du cercle des experts. L'approche par les réseaux doit permettre cette refondation. Se posera alors la question du lieu comme figure spatiale majeure d'une articulation reformulée entre réseaux et territoires.

Par son objet et son ambition, ce colloque réunira celles et ceux qui, quels que soient leurs parcours professionnels et leurs engagements, veulent penser autrement l'aménagement de la France de demain.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 6 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 7 septembre
FONDAMENTAUX : OBSOLESCENCE ET PROSPECTIVE
Matin
Stéphane CORDOBES (CGET), Xavier DESJARDINS (Sorbonne Université) & Martin VANIER (École d'urbanisme de Paris) : Les promesses devenues intenables et leur nécessaire reformulation [dialogue introductif] [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Magali TALANDIER (Université Grenoble Alpes) : Aménagement du territoire et cycle de développement

Après-midi
Marie-Vic OZOUF-MARIGNIER (EHESS) : Aux sources idéologiques de l'aménagement du territoire
Frédéric SANTAMARIA (Université Paris-Diderot) : Les apports de l'UE à l'aménagement du territoire en France : vers une européanisation

Soirée
Karine HUREL (FNAU) : L'épuisement des cartes et représentations aménagistes [interpellation visuelle]


Dimanche 8 septembre
CONTROVERSES AMÉNAGISTES
Matin
La métropolisation contre les territoires ?, controverse entre Giuseppe BETTONI (Université de Rome) et Gilles PINSON (Sciences Po Bordeaux), animée par Stéphane CORDOBES

La France en panne de décentralisation ou malade de ses excès ?, controverse entre Arnaud BRENNETOT (Université de Rouen) et Anne-Cécile DOUILLET (Université de Lille), animée par Xavier DESJARDINS

Après-midi
Zonages et catégories d’intervention : passage obligatoire ou piège fatal ?, controverse entre Laurence BARTHE (Université de Toulouse) et Marc DUMONT (Université de Lille), animée par Xavier DESJARDINS

La pensée aménagiste peut-elle entrer dans l'anthropocène ?, controverse entre Morgan POULIZAC (Plein Sens) et Bruno REBELLE (Transitions), animée par Martin VANIER


Lundi 9 septembre
REPENSER L'AMÉNAGEMENT PAR LES RÉSEAUX (I)
Matin
Martin VANIER : Penser l'aménagement par les réseaux [introduction]

Est-ce que les opérateurs de réseaux ont une pensée aménagiste ?, table ronde animée par Marie DÉGREMONT (France Stratégie) et François-Mathieu POUPEAU (LATTS), avec des opérateurs de réseaux : Michel DERDEVET (ENEDIS), Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS) et Livier VENNIN (EDF)

Après-midi
La maîtrise d'ouvrage partagée des grands projets, table ronde animée par Antoine FRÉMONT (IFSTTAR) et Anne PONS (ADEUS), avec des opérateurs de réseaux : Laurent BESSE (SUEZ Eau France), Régis BOIGEGRAIN (RTE), Florence PAVAGEAU (LA POSTE) et Livier VENNIN (EDF)

Synthèse : Jérôme BARATIER (ATU37)

Soirée
Raphaële BERTHO (Historienne de la photographie, maîtresse de conférences à l'université de Tours) : Paysages sur commande : quel rôle pour la photographie dans les politiques d'aménagement du territoire ?


Mardi 10 septembre
"HORS LES MURS" — Sortie sur le terrain : le nord Cotentin
9h30 : Visite de l'usine de traitement des déchets radioactifs Orano - La Hague
13h : Déjeuner et échange avec Céline LE MEHAUTÉ (Directrice générale adjointe de la Communauté d'Agglomération du Cotentin), Jean-Marc PICAND (Directeur de projet, chargé d’accompagner le développement des travaux relatifs à l’EPR, Sous-Préfet) et Jean-Pierre POTTIER (Chef de mission insertion territoriale EDF), suivi d'une visite du chantier de l'EPR de Flamanville


Mercredi 11 septembre
REPENSER L'AMÉNAGEMENT PAR LES RÉSEAUX (II)
Matin
Xavier DESJARDINS : Les termes de la nouvelle régulation public-privé [introduction]

Opérateurs de réseaux et territoires : quelles articulations ?, table ronde animée par Jean DEBRIE (Université Paris 1) et Gaële LESTEVEN (ENPC), avec des opérateurs de réseaux : Henri de GROSSOUVRE (SUEZ), Christian GUIBERT (ORANGE) et Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS)

Après-midi
Services numériques et "à distance", table ronde animée par Nicolas DOUAY (Université Grenoble Alpes), avec des opérateurs de réseaux : Christopher FABRE (ENEDIS), Christian GUIBERT (ORANGE), Florence HENRY (LA POSTE) et Denis SOCHON (RATP)

Synthèse : Nacima BARON (École d'urbanisme de Paris)


Jeudi 12 septembre
UN NOUVEAU CONTRAT AMÉNAGISTE ?
Matin
Hugo BEVORT (Agence des territoires) : Les termes du nouveau contrat aménagiste national
Stéphane CORDOBES : La pensée anthropocène au service de l'aménagement

Après-midi
Philippe AUBERT : Propos inconséquents d'un pérégrin inattendu

Les visions politiques du nouveau contrat aménagiste, introduction par Stéphane CORDOBES, Xavier DESJARDINS & Martin VANIER puis échanges avec des élus dont notamment Alain PEREA (Député LREM de l'Aude), Dominique POTIER (Député PS de Meurthe-et-Moselle) et Jean-Louis VALENTIN (Président de la Communauté d'Agglomération du Cotentin)


Vendredi 13 septembre
SYNTHÈSES ET CONCLUSIONS
Matin
Rapport d'étonnement par la jeune recherche, avec Lavinia BLANQUET (Université Grenoble Alpes), Adrián Pablo GÓMEZ MAÑAS (Sorbonne Université), Mathilde MARCHAND (Université Paris-Est) et Achille WARNANT (EHESS)

Dialogue conclusif, avec l'ensemble des participants et animé par les directeurs du colloque

Après-midi
DÉPARTS


ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SYLVAIN ALLEMAND :

"La pensée aménagiste à l’heure de la transition écologique", entretien avec Marie DÉGREMONT (intervenante au colloque) [disponible en ligne sur le site de Paris-Saclay Le Média].


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jérôme BARATIER
Jérôme Baratier est urbaniste, diplômé de sciences politiques. Il dirige l'agence d'urbanisme de l'agglomération de Tours depuis 2007 et enseigne à l'école urbaine de Sciences Po. Auparavant directeur de projet et directeur général des services au sein de collectivités locales, il est intervenu dans des territoires diversifiés pour définir, fédérer et mettre en œuvre des politiques publiques ayant à répondre à la complexité du fait urbain. Espace d'ingénierie partenarial et prospectif, l'agence d'urbanisme de l'agglomération de Tours, accompagne, à toutes les échelles et dans une approche résolument transversale, les décideurs publics dans leur connaissance, leur projection et leurs actions en faveur du développement urbain durable d'un bassin de vie de près de 400 000 habitants.

Raphaële BERTHO : Paysages sur commande : quel rôle pour la photographie dans les politiques d'aménagement du territoire ?
La Mission photographique de la DATAR (1984-1988) marque le point de départ du développement en France des commandes publiques artistique de photographie ayant pour objet la représentation d'un territoire. L'ensemble de ces projets, portés par des institutions tant culturelles que territoriales, participent au développement d'une politique visuelle qui se donne pour objet dès l'origine de "recréer une culture du paysage" dans une volonté de dépassement des stéréotypes paysagers. Si ces travaux contribuent sans aucun doute à un renouvellement des formes esthétiques, le dessein social de ces images doit être aujourd'hui questionné à l'aune de quatre décennies d'expérimentations photographiques dans le cadre des politiques d'aménagement.

Raphaële Bertho est maîtresse de conférences en Arts à l'université de Tours et directrice du laboratoire InTRu (EA 6301). Elle travaille depuis 2005 sur les enjeux esthétiques et politiques de la représentation du territoire contemporain. Elle a publié en 2013 l'ouvrage La Mission photographique de la DATAR, Un laboratoire du paysage contemporain (La Documentation française). Elle a été commissaire avec Héloïse Conesa des expositions Dans l'atelier de la Mission de la DATAR (Rencontres photographiques d'Arles, 2017) et Paysages français, Une aventure photographique 1984-2017 (BnF, 2017-2018).

Hugo BEVORT : Les termes du nouveau contrat aménagiste national
La cohésion des territoires succède à l'égalité des territoires. Au-delà des politiques et des dispositifs d'action qui sont mis en œuvre sous son égide, il semble opportun d'interroger le nouveau discours qui s'élabore en questionnant de l'intérieur — du lieu même au sein de l'État où ce discours s'élabore — la manière dont il tente de renouveler la manière de penser et d'agir dans les territoires, sa façon de réordonner la réalité spatiale française et de résoudre les dilemmes qui en découlent.

Hugo Bevort est actuellement directeur des stratégies territoriales au Commissariat général à l'égalité des territoires. La direction des stratégies territoriales aide le gouvernement à comprendre et objectiver les dynamiques territoriales afin de préfigurer les politiques publiques qui permettront de renforcer la cohésion du territoire national. Auparavant, il était chef du Pôle Territoires au cabinet du Premier ministre et, dans ce cadre, a été particulièrement mobilisé sur le Grand Paris. Ancien élève de l'ENA (promotion Aristide Briand, 2008), il a occupé le poste de directeur de cabinet de l'adjoint au maire de Paris, chargé de Paris Métropole et des relations avec les collectivités territoriales. Agrégé d'histoire, il a commencé sa carrière en tant que professeur d'histoire-géographie au Lycée Jacques Brel à la Courneuve. Il est notamment l'auteur, aux côtés d'Aurélien Rousseau, de l'article "La banlieue, mythe politique français" publié dans la revue Esprit en mars 2013.

Stéphane CORDOBES (CGET), Xavier DESJARDINS (Sorbonne Université) & Martin VANIER (École d'urbanisme de Paris) : Les promesses devenues intenables et leur nécessaire reformulation
L'introduction générale du colloque se fera à trois voix, sur la base des hypothèses de recherche de chacun des responsables du colloque. Pour Martin Vanier, il s’agit de passer de l’âge des territoires à l'âge des réseaux. Pour Xavier Desjardins, cela appelle à refonder les termes mêmes de la distribution "territoriale" des pouvoirs. Pour Stéphane Cordobès, il s'agit d'interroger le discours aménagiste et sa manière d'ordonner la réalité, entre projet moderne et basculement dans le paradigme anthropocène.

Stéphane CORDOBES : La pensée anthropocène au service de l'aménagement
L'aménagement du territoire ne relève pas que du registre de l'action. C'est aussi un grand récit moderne qui depuis les années 50 ordonne la réalité spatiale du pays et dont la force symbolique l'emporte souvent sur la capacité de transformation des territoires. En conséquence, la crise de l'aménagement est aussi une crise des représentations, la résultante d'un écart considérable entre, d'un côté, la vision du monde et la promesse politique dont l'aménagement reste tant bien que mal porteur et, de l'autre, nos conditions de cohabitation et les dilemmes qu'elles occasionnent. Le discours aménagiste est traversé par ces tensions et tentatives d'ajustement, y compris en intégrant les réseaux et ses acteurs. La cohésion des territoires, après l'égalité, constituent de ce point de vue la dernière tentative en date de réajustement de ce discours par l'état. L'ampleur de la reconception sera-t-elle suffisante ? Ne faut-il pas de manière plus radicale faire le deuil du projet moderne d'aménagement, afin d'entrer en prospective et de commencer à édifier le grand récit du ménagement anthropocène ?

Xavier DESJARDINS : Les termes de la nouvelle régulation public-privé
L'aménagement est toujours "public" et "privé". Alors que de nombreux débats portent sur le "poids" respectif de ces deux types d'acteurs (avec un discours, plaintif ou satisfait selon les locuteurs, sur le "retrait" ou le "recul" de l'acteur public), nous porterons notre regard principalement sur les modalités de cette relation. Quelles sont les nouvelles figures de cette relation, telles qu'on aura pu les voir s'affirmer notamment au cours des deux tables rondes précédentes ? Comment ces nouvelles modalités de relation public-privé dessinent un nouveau paysage d'action sur des enjeux structurants comme la multi-mobilité et l'accès numérique aux services à distance.

Karine HUREL (FNAU) : L'épuisement des cartes et représentations aménagistes - interpellation visuelle
La représentation par l'image, et plus spécifiquement la carte, de la France et de son aménagement est un contributeur décisif à l'intelligibilité du sujet. Autant que les mots clés de la pensée aménagiste, les images emblématiques de la France, de ses problèmes et de ses horizons de transformation, ont joué le rôle de stabilisateurs de cette pensée. Mais si cette stabilisation a ses vertus, elle a aussi ses méfaits quand elle devient une inertie au changement nécessaire des représentations. L'image même de l'hexagone a ainsi la vie dure. Une lecture critique de décennies passées de la production cartographique de l'aménagement du territoire doit permettre de mesurer le renouvellement qui l'a travaillé, ou pas.

Marie-Vic OZOUF (EHESS) : Aux sources idéologiques de l'aménagement du territoire
Le retour sur les sources idéologiques de l'aménagement du territoire en France doit permettre "d'indexer" les notions initiales de cette politique qui passent encore pour intangibles. Comme toute pensée politique, celle de l'aménagement du territoire est datable, et sa réinscription dans l'histoire doit permettre de prendre la mesure de ce qu'il y aurait à réinventer aujourd'hui dans ce registre.

Frédéric SANTAMARIA (Université Paris-Diderot) : Les apports de l'UE à l'aménagement du territoire en France : vers une européanisation
Aux grandes heures de la DATAR, du début des années 1960 à la fin des années 1970, succède rapidement un lent déclin qui a conduit à diverses reformulations de l'objet même de l'aménagement du territoire, ainsi qu'à une contestation récurrente de son organe interministériel au sein même de l'État. Cette évolution s'explique par des facteurs socio-économiques et institutionnels internes mais aussi par l'influence de l'Union européenne sur les politiques publiques, notamment au titre de la politique régionale. Cependant, les relations entre les États-membres et l'UE ne sont pas univoques et les débats européens quant aux objectifs et aux méthodes les plus appropriés pour orienter et mener les actions d'aménagement sont permanents et donnent lieu à une production conceptuelle soutenue de la part de l'UE. Marque apparente d'une certaine capacité innovatrice, cette situation illustre surtout la manière dont se fabrique le "consensus" européen et témoigne de la difficulté à établir, en France comme au niveau de l'UE, le système de valeurs qui sous-tend l'action d'aménagement aujourd'hui.

Diplômé de Science Po Bordeaux, docteur en géographie et aménagement de l'espace et urbanisme, Frédéric Santamaria est maître de conférences habilité à diriger les recherches à l'université Paris-Diderot Paris 7. Il est membre de l'UMR Géographie-cités au titre de l'équipe Centre de recherche sur l'industrie et l'aménagement (CRIA). Spécialiste des questions d'aménagement et de développement territorial au niveau de l'Union européenne, il s'intéresse également à la question de la place des villes moyennes dans l'aménagement et le développement des territoires.
Publications
Santamaria F., Élissalde B., 2018, "Territory as a way to move on from the aporia of soft/hard space", Town Planning Review, n°89, vol. 1, pp. 43-60, DOI : https://doi.org/10.3828/tpr.2018.3.
Santamaria F., Élissalde B., 2018, "The circulation of concepts and how they are received by those involved in planning : the instance of the concepts of European Spatial Planning", in Farinós dasi J. (dir.), Essentials for coordination of spatial planning policies. Achieving territory becomes matter of State importance, Tirant Lo Blanch, Valence (Espagne), pp. 263-288.
Santamaria F., 2017, "L'Union européenne et l'aménagement de son espace : le défi d'un langage commun pour la recherche et la pratique", in Charles-Le Bihan D., Baudelle G. (dir.), Les régions et les politiques de cohésion, Presses universitaires de Rennes, Rennes, pp. 42-66.
Santamaria F., Élissalde B., 2015, "Parlez-vous l'Européen ? Enquête sur quelques notions-clés de la politique régionale de l'Union européenne auprès d'acteurs français de l'aménagement", L'Information Géographique, vol. 79, n°1, Armand Colin, Paris, pp. 55-71.
Élissalde B., Santamaria F., Jeanne Ph., 2013, "Harmony and Melody in Discourse on European Cohesion", European Planning Studies, 22 p., Taylor and Francis, DOI : 10.1080/09654313.2013.782389.

Magali TALANDIER (Université Grenoble Alpes) : Aménagement du territoire et cycle de développement
Les territoires ont toujours été à la fois réceptacles et acteurs des dynamiques de changements démographiques, économiques, culturels et sociaux. Au cours des deux derniers siècles, les territoires ont connu de profonds bouleversements liés au passage d'une société traditionnelle à une société post-moderne. De l'exode rural aux mobilités pluri-scalaires actuelles, d'une économie agraire à une économie de la connaissance, force est de constater que les espaces ont déjà fait face à de multiples mutations expliquant d'ailleurs pour partie la complexité des situations territoriales d'aujourd'hui. Les politiques d'aménagement du territoire ont accompagné, précipité, tenté de contrebalancer ces grandes transformations. Le propos vise à donner à voir ces trajectoires passées dans leur multiplicité spatiale afin de mieux réfléchir ensemble aux conséquences des bouleversements actuels en matière de développement territorial et d'aménagement de l'espace.

Économiste / Économètre de formation, docteur en Urbanisme et Aménagement du Territoire, Magali Talandier est professeure des universités à l'Institut d'urbanisme et de Géographie Alpine de l'université Grenoble Alpes. Elle est membre du bureau de direction de l'UMR PACTE, au sein de laquelle elle dirige l'équipe "Villes et Territoires", constituée de 65 chercheurs et doctorants. Spécialiste de l'économie des villes et des territoires, ses travaux portent plus largement sur l'analyse des processus de développement territorial.
Publications
Magali Talandier, "Are there urban contexts that are favourable to decentralised energy management ?", Cities, May 2018 [en ligne].
Charles Ambrosino, Vincent Guillon, Magali Talandier, Résiliente, collaborative et bricolée. Repenser la ville créative à "l'âge du faire", Numéro spécial de la revue Géographie Économie Société, Lavoisier, 2018, 20 (1).
Magali Talandier, Bernard Pecqueur, Renouveler la géographie économique, Économica, 2018.
Philippe Duhamel, Magali Talandier, Bernard Toulier (dir.), Le Balnéaire, de la Manche au Monde, Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Rennes, 2015.
David Le Bras, Natacha Seigneuret, Magali Talandier, Métropoles en chantiers, Berger Levrault, 2016.

Martin VANIER : Penser l'aménagement par les réseaux
Un des partis pris de cette semaine de rénovation de la pensée aménagiste est de mettre la question des réseaux (infrastructures, organisations, services et opérateurs) au cœur du sujet, en faisant l'hypothèse dérangeante qu'elle est la clé du renouvellement en question. Encore faut-il préciser de quoi on parle dans le vaste monde des réseaux matériels et immatériels, technologiques et vivants, globaux et locaux, etc. C'est sur la base de la lecture du "capitalisme réticulaire" que ce panorama introductif sera proposé.


La métropolisation contre les territoires ?, controverse entre Giuseppe BETTONI (Université de Rome) et Gilles PINSON (Sciences Po Bordeaux)
Rarement la France a semblé autant fâchée avec ses grandes villes qu'aujourd'hui, à l'heure où elles jouent le rôle que l'on sait dans l'économie et la transformation sociale qui va de pair. La controverse sur les métropoles bât son plein. Elle implique même la sphère académique qui est entré dans le débat public et nourrit les argumentaires qui s'y opposent. Mais comme toute bonne controverse, celle qui clive les métropoles et les territoires n'a d'intérêt que pour le dépassement qu'elle pourrait générer. C'est tout l'intérêt de cette entrée en matière dans une pensée à renouveler de l'aménagement du territoire.

Gilles Pinson est professeur de science politique, enseignant à Sciences Po Bordeaux où il dirige le master "Stratégies et Gouvernances Métropolitaines", et chercheur au Centre Émile Durkheim (UMR 5116), ses travaux portent sur la et les politique(s) urbaine(s), sur la gouvernance urbaine et métropolitaine et sur les transformations des rapports entre États et villes. Il est par ailleurs responsable scientifique du Forum Urbain, structure de valorisation de la recherche urbaine, lauréat de l'appel d'offre "Centre d'Innovation Sociétale" de l'IdEx de l'université de Bordeaux en 2015.

La France en panne de décentralisation ou malade de ses excès ?, controverse entre Arnaud BRENNETOT (Université de Rouen) et Anne-Cécile DOUILLET (Université de Lille)
Depuis les années 1980, l'aménagement du territoire est indissociable de la décentralisation administrative et institutionnelle, comme il l'avait été auparavant de la décentralisation industrielle. Pour beaucoup d'acteurs locaux, en particulier les élus, aménager le territoire c'est avant tout décentraliser les capacités d'action et de décision le concernant. Mais d'autres acteurs soulignent que la France des petites républiques n'a pour autant permis de produire ni une nouvelle pensée aménagiste, ni des réponses toujours adéquates aux défis du temps. Ce qu'on pourrait convenir d'appeler "l'aménagement politique" du territoire, c'est-à-dire sa structuration en tant que système d'acteurs collectifs reste un débat passionné, malgré des décennies de réformes sur le sujet.

Arnaud Brennetot est maître de conférences en géographie politique. Il s'intéresse aux idées et aux normes idéologiques qui président à la construction et à la justification des politiques territoriales, ainsi qu'aux controverses qu'elles alimentent dans le débat public. Il travaille en particulier sur la néolibéralisation des territoires en France et en Europe à partir d'une comparaison des doctrines et des référentiels que mobilisent les acteurs impliqués dans la recomposition de la gouvernance.
Publications
Brennetot Arnaud, 2019, Atlas de la Vallée de la Seine, Paris, Autrement (à paraître).
Brennetot Arnaud, 2017, "A step further towards a neoliberal regionalism : Creating larger regions in contemporary France", European Urban and Regional Studies, Vol. 25, Issue 2, 171-186.
Brennetot Arnaud, 2017, "La décentralisation en France. Ambitions et limites d'un projet inachevé", in Sylvia Calmes-Brunet, Fédéralisme, Décentralisation et Régionalisation de l'Europe. Perspectives comparatives, Paris, L'Épitoge.
Brennetot Arnaud, De Ruffray Sophie, 2014, "Découper la France en régions. L'imaginaire régionaliste à l'épreuve du territoire", Cybergeo : European Journal of Geography [en ligne].

Anne-Cécile Douillet est professeure de science politique à l'université de Lille et membre du CERAPS. Après une thèse qui traitait notamment du passage des politiques d'aménagement du territoire aux politiques de développement des territoires, à travers l'étude des politiques de "pays" mises en place à partir du milieu des années 1990, elle a travaillé sur le gouvernement local et diverses politiques locales (les politiques locales de sécurité notamment mais aussi, plus ponctuellement, sur les politiques culturelles et les "politiques de la nuit"). Elle est notamment la co-auteure, avec Rémi Lefebvre, de Sociologie politique du pouvoir local (2017).

Zonages et catégories d’intervention : passage obligatoire ou piège fatal ?, controverse entre Laurence BARTHE (Université de Toulouse) et Marc DUMONT (Université de Lille)
Découper l'espace en autant d'objets de politiques publiques qu'il semble présenter de types de contexte, telle est l'obsession de l'aménagement du territoire qui n'en finit pas de proposer de nouveaux zonages, de nouvelles catégories, de nouveaux périmètres pour désigner ce territoire à aménager. Zonages et catégories d'intervention sont-ils incontournables ? Qu'ont-ils engendré au fond depuis qu'ils sont activés par les politiques dites d'aménagement du territoire ? Leur remise en cause (partielle ?) dans le champ de l'urbanisme rencontre-t-elle un écho dans celui, de plus en plus proche, de l'aménagement du territoire ? Ce débat parcourt l'urbain autant que le rural, mais ne s'agit-il pas là précisément de deux de ces catégories à transgresser ?

La pensée aménagiste peut-elle entrer dans l'anthropocène ?, controverse entre Morgan POULIZAC (Plein Sens) et Bruno REBELLE (Transitions)
Cette quatrième controverse n'est pas de même nature que les autres. Il n'est pas question de contester l'impérieuse nécessité d'entrer dans un tout nouveau rapport aux ressources de la biosphère, au vivant, aux écosystèmes, avec les conséquences fondamentales que l'on sait sur l'activité énergétique des sociétés et de leurs territoires, et sur leur bilan carbone. Mais l'impératif est tel qu'on peut se demander si la notion "d'aménagement du territoire" y résistera. N'est-il pas temps de passer radicalement à autre chose et, en ce cas, que faire de l'invocation récurrente à la dite politique, dont le succès d'estime dans l'opinion ne faiblit guère, alors que tout change si fondamentalement.

Morgan Poulizac, 38 ans, est directeur d'études à Plein Sens. Ayant débuté sa carrière au sein de la République des Idées, il participe ensuite aux réformes des politiques d'insertion dans le secteur associatif puis en cabinet ministériel. Après avoir dirigé pendant quatre ans le master d'urbanisme de Sciences Po Paris, il rejoint ensuite un cabinet de conseil en stratégie sociale. Il enseigne l'urbanisme à Sciences Po et le management des politiques sociales à HEC.

Bruno Rebelle, né en 1958 à Annecy, est un vétérinaire, un responsable associatif et un homme politique français. Il a présidé l'association Planète Urgence d'avril 2012 à décembre 2017. Ancien directeur exécutif de Greenpeace France, il dirige l’agence de conseil en développement durable Transitions.


Est-ce que les opérateurs de réseaux ont une pensée aménagiste ?, table ronde animée par Marie DÉGREMONT (France Stratégie) et François-Mathieu POUPEAU (LATTS), avec des opérateurs de réseaux : Michel DERDEVET (ENEDIS), Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS) et Livier VENNIN (EDF)
Et s'il n'y avait plus que les opérateurs de réseaux à vouloir vraiment de la planification ? Alors que les territoires croulent sous des démarches planificatrices qui repoussent de nombreux élus et découragent parfois les techniciens, les opérateurs de réseau ne sont-ils pas, eux, toujours en attente de stabilisation sur la longue durée d'un nombre conséquent d'acteurs pour s'assurer de l'efficacité de leurs investissements ? Alors que la planification est, depuis la loi d'orientation foncière, encore et toujours solidement arrimée au "droit des sols", ne faut-il pas la refonder à partir de préoccupations réticulaires ? Et comment ?
Quelques questions à partager, parmi d'autres possibles :
- Comment s'articulent, devraient ou pourraient s'articuler les documents de planification territoriale sous responsabilité des collectivités publiques (État, Région, pour l'essentiel), et les documents qui relèvent eux d'une planification sectorielle, sur lesquels les opérateurs de réseaux sont généralement très présents (PPE, S3REnr, …) ? Somme toute, qui est "dépositaire du temps long" à travers l'exercice pratique de la planification à long terme ?
- Si la planification et sa "schématologie" restent encore très prisées dans un pays comme la France où cette culture vient de loin, par quelles nouvelles formes d'anticipation, de conduite du changement et de pilotage dans la durée, territoires et réseaux, acteurs publics et acteurs privés pourraient chercher à construire leur référentiel prospectif commun ? À quelles échelles ? Par quelles traductions formelles ?
- Comment aborder ensemble les nouvelles exigences de l'acceptabilité sociale, à une époque où tout grand projet est réputé inutile a priori, et doit faire les preuves d'une construction patiente et négociée, avec une ensemble de plus en plus large de parties prenantes ? Une "démocratie des réseaux" est-elle imaginable sur ces bases, en complément de la démocratie des territoires qui montre des signes nombreux d'essoufflement ?

La maîtrise d'ouvrage partagée des grands projets, table ronde animée par Antoine FRÉMONT (IFSTTAR) et Anne PONS (ADEUS), avec des opérateurs de réseaux : Laurent BESSE (SUEZ Eau France), Régis BOIGEGRAIN (RTE), Florence PAVAGEAU (LA POSTE) et Livier VENNIN (EDF)
Bien que l'aménagement du territoire soit largement entré dans le temps du ménagement (des ressources et des milieux) et du management (des pratiques et des usages), celui de l'équipement n'est pas révolu pour autant. La réalisation des grandes infrastructures, ou leur modernisation, qu'elles soient de réseau ou de site, demeure à l'agenda national, régional, et local de l'aménagement du territoire.
Une des distinctions fondamentales – et très françaises – de l'action aménagiste consiste à estimer que sa maîtrise d'ouvrage est exclusivement ou essentiellement de responsabilité publique, tandis que sa maîtrise d'œuvre est généralement confiée au privé. En réalité, la frontière public/privé que définirait cette répartition des rôles est loin d'être évidente, en particulier quand on pense aux réseaux et infrastructures de toute nature qui font l'armature des territoires. L'évolution du statut des grandes entreprises de réseau, dites d'intérêt national, va dans ce sens.
D'où les questions suivantes à explorer, parmi d'autres, avec les participants à la table ronde :
- Dans quelle mesure les grandes entreprises de réseaux, publiques et privées, participent-elles à la maîtrise d'ouvrage des grands projets, c'est-à-dire à la décision, l'orientation, le financement et la responsabilité de leur réalisation ? Est-ce un phénomène nouveau ? Quelles formes de partage de la maîtrise d'ouvrage engendre-t-il ? Quelles questions (politiques, financières, sociétales, …) posent-elles ? Quelle répartition des rôles se redéfinit-il ainsi, qui renouvellerait le couple classique "maîtrise d'ouvrage / maîtrise d'œuvre" ?
- La maîtrise d'ouvrage (partagée ?) des grands projets – en particulier de réseaux, pour rester dans le champ du colloque – oriente-t-elle différemment l'aménagement du territoire ? Quelle est la part propre aux stratégies des entreprises dans les orientations structurantes pour l'aménagement du territoire qui s'impose par les maîtrises d'ouvrage, partagée ou pas ? Ces stratégies conduisent-elle à identifier de nouveaux principes et de nouvelles figures pour l'aménagement du territoire ?

Anne Pons est architecte et urbaniste. En 30 ans, elle a enrichi son regard et ses pratiques des métiers du développement en exerçant, à partir d'agences privées, d'organisations internationales d'élus, de SEM et d'agences d'urbanisme, au service directement des élus et des territoires, ou de programmes d'agences spécialisées des Nations unies et de la Commission européenne. Elle a exercé principalement en Amérique Latine, en Europe et en Afrique, souvent dans un esprit de recherche-action, en architecture et projet urbain, urbanisme, politiques publiques, économie, environnement et stratégies territoriales. Elle dirige depuis 2010 l'Agence de développement et d'urbanisme de l'agglomération strasbourgeoise (ADEUS).

Opérateurs de réseaux et territoires : quelles articulations ?, table ronde animée par Jean DEBRIE (Université Paris 1) et Gaële LESTEVEN (ENPC), avec des opérateurs de réseaux : Henri de GROSSOUVRE (SUEZ), Christian GUIBERT (ORANGE) et Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS)
Aujourd'hui, c'est à un renouvellement conceptuel et organisationnel lourd que sont conviés les opérateurs de réseaux (changement de statut, ouverture à la concurrence, nouveaux opérateurs, remise en cause de la figure universelle de l'opérateur de réseau à l'échelle nationale…). Leurs services (mobilité, énergie, eau, information, communication) ne peuvent se concevoir et se déployer indépendamment les uns des autres. On ne voit pas encore clairement qui va piloter les réseaux de demain entre les industries du numérique, les industries du transport, les industries de l'énergie, les usagers et l'action publique.
Comment ces différents acteurs se positionnent-ils aujourd'hui ? Comment se construisent les nouveaux compromis collectifs dans le champ des réseaux ? Quels nouveaux outils déployés par ces opérateurs de réseaux ? Quel aménagement du territoire, à ses diverses échelles, résultent de fait de ces prises de position et de ces compromis ? Quelles nouvelles questions se posent aux acteurs de l'aménagement, du local au national, dans ce contexte de profondes redistribution des fonctions, des capacités et des usages ?

Jean Debrie est professeur des universités en aménagement et urbanisme à l'université Paris 1 Panthéon - Sorbonne (UMR Géographie-Cités, laboratoire CRIA). Avant de rejoindre l'université, il a été pendant dix ans chercheur à liInstitut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux (IFSTTAR). Ses recherches portent sur la relation transport/aménagement et sur l'urbanisme dans les villes fluviales et portuaires dans une perspective de comparaisons internationales (Europe et Amérique du nord). Il participe également à différents travaux sur les dispositifs et méthodes de prospective dans le cadre de projets pédagogiques.

Gaële Lesteven est géographe et urbaniste. Chargée de recherche à l'École nationale des Ponts et des Chaussées (ENPC), au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport, elle étudie les systèmes de mobilité urbaine à l'échelle internationale. Ses travaux portent sur l'étude des innovations dans les pratiques et les services de mobilité et sur l'articulation entre politiques de transport et politiques d'aménagement.

Services numériques et "à distance", table ronde animée par Nicolas DOUAY (Université Grenoble Alpes), avec des opérateurs de réseaux : Christopher FABRE (ENEDIS), Christian GUIBERT (ORANGE), Florence HENRY (LA POSTE) et Denis SOCHON (RATP)
Parmi les idées reçues sur l'aménagement, figure en bonne place celle qui voit dans le numérique une panacée qui permettrait de répondre aux enjeux d'accès aux services, sans rien changer de substantiel dans la manière même de vivre les territoires et de concevoir leur aménagement. Ce serait un outil neutre, bien que "magique", une pure affaire technique.
Posons l'hypothèse inverse : considérons que le numérique transforme substantiellement tout ce qui a constitué le champ de "l'accès aux services et de la proximité dans les territoires". Et cherchons à comprendre comment cette transformation substantielle est moins déterminée par les schémas d'accès aux services, les maisons de services, etc…, autrement dit les dispositifs publics, que par la stratégie des opérateurs privés.
Questions possibles parmi de nombreuses autres :
- Comment les stratégies de déploiement des acteurs de réseau modifient-elles la géographie du pays, la hiérarchie urbaine traditionnelle et ses centralités ? Comment contribuent-ils à forger une nouvelle géographie de l'accès ? En fonction de quels critères ?
- Comment l'offre de service numérique proposée/permise par les opérateurs redéfinit-elle la nature même des services de proximité attendus ? En opérant quel réagencement dans les offres habituelles ? En définissant de nouvelles règles de ce qui est juste ou pas dans l'accès des usagers/clients ? En changeant les représentations qu'ont les acteurs de ce qui doit être et comment accessible ?
- En quoi cette nouvelle accessibilité transforme-t-elle les compétences et les capacités nécessaires tant du côté des fournisseurs que des utilisateurs ? Ce nouveau régime d'accessibilité recrée-t-il un nouveau régime de distance, plus sociale que spatiale ? Comment les opérateurs y répondent-ils ?
- Quelle est la conséquence de ce déploiement sur les lieux, les espaces construits que nous habitons, la forme même des territoires ? Comment les opérateurs repensent-ils les lieux, leur stratégie foncière, leur attente en matière de bâti, l'ergonomie des espaces interfaces avec le public ? Quelles sont les nouvelles spatialités qui se dessinent ?


Les visions politiques du nouveau contrat aménagiste, échanges avec des élus dont notamment Alain PEREA (Député LREM de l'Aude), Dominique POTIER (Député PS de Meurthe-et-Moselle) et Jean-Louis VALENTIN (Président de la Communauté d'Agglomération du Cotentin)
Table ronde de dialogue avec des élus de mandats locaux et nationaux sur la base des propositions de synthèse livrées le matin, et des rappels des premières journées formulés par les organisateurs.


Rapport d'étonnement par la jeune recherche, avec Lavinia BLANQUET (Université Grenoble Alpes), Adrián Pablo GÓMEZ MAÑAS (Sorbonne Université), Mathilde MARCHAND (Université Paris-Est) et Achille WARNANT (EHESS)
Trois doctorants en cours de réalisation de leur thèse sous la direction de certains des participants au colloque, et qui auront suivi l'ensemble de la semaine, seront invités à un retour collectif sur ce qu'ils auront entendu, sur le mode du "rapport d'étonnement", c'est-à-dire d'une synthèse critique qui ouvrira autant que possible de nouveaux champs de questionnement.

Lavinia BLANQUET
Diplômée de l'université de Greenwich (Londres) en management de projets et de l'université Grenoble Alpes en ingénierie du développement territorial, Lavinia Blanquet réalise actuellement une thèse au sein des Agences d'urbanisme de Lyon et de Saint-Étienne et du laboratoire PACTE (Université Grenoble Alpes). Cette thèse, sous la direction de Magali Talandier, a pour vocation d'alimenter les études des deux Agences d'urbanisme et d'accompagner les stratégies de leurs territoires partenaires, tout en contribuant à une production de connaissance scientifique sur le rôle et les fonctions des villes moyennes dans les systèmes territoriaux métropolitains, en analysant leurs enjeux productifs et leurs enjeux résidentiels.

Mathilde MARCHAND
Assistant à l'intégralité du colloque, et depuis ma perspective de doctorante en science politique, je réaliserai lors du dernier jour avec d'autres jeunes chercheurs un rapport d'étonnement qui visera à souligner les points saillants, surprenants, les questionnements qui viennent interpeller mes propres recherches et souligner les zones d'ombres à approfondir ou éclairer collectivement. Il pourra donner lieu à la rédaction d'une contribution pour les actes du colloque, construite conjointement avec les autres jeunes chercheurs et répondant à la problématique générale du colloque, "la pensée aménagiste en France : rénovation complète ?". Ma contribution portera plus spécifiquement sur les questions de territorialisation des enjeux de transition énergétique et de gouvernance.

Consultante chez Acadie depuis 2017, Mathilde Marchand travaille sur des missions d'étude, de conseil et d'accompagnement de stratégies territoriales et de démarches prospectives. Je réalise au sein de la coopérative Acadie et du Laboratoire LATTS (Université Paris-Est - École Nationale des Ponts et Chaussée) une thèse portant sur les stratégies de transition énergétique des métropoles françaises, notamment sur les questions de gouvernance métropolitaine et de territorialisation des opérateurs de réseaux (en particuliers énergétiques). Elle est diplômée de SciencesPo Paris en Affaires Publiques et de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en environnement et fait partie de la promotion 2017 des lauréats des bourses de la Fondation Palladio pour son projet de thèse de doctorat.


Dialogue conclusif, avec l'ensemble des participants et animé par les directeurs du colloque
Plutôt qu'une conclusion unique par un "grand témoin", les organisateurs proposeront pour finir un dialogue général, auquel ils contribueront également, sur la base du rapport précédent, et dans la recherche collective de ce qu'il faut conserver, ou pas, de cette semaine exploratoire.


Colloque organisé dans le cadre du Cercle des Partenaires de Cerisy


SOUTIENS :

Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET)
• Opérateurs de Réseau : EDF, Enedis, La Poste, la RATP, SNCF Mobilités, Suez, Orange.