Programme 2019 : un des colloques


MAÎTRISER LE TEMPS ET FAÇONNER L'HISTOIRE

LES HISTORIENS NORMANDS
AUX ÉPOQUES MÉDIÉVALE ET MODERNE


DU MERCREDI 25 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 29 SEPTEMBRE (14 H) 2019

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Stéphane LECOUTEUX, Fabien PAQUET


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Pierre BAUDUIN, Edoardo D’ANGELO, Alexis GRÉLOIS, Marie-Agnès LUCAS AVENEL, Christophe MANEUVRIER, Laurence MATHEY-MAILLE, Annick PETERS-CUSTOT, Elisabeth VAN HOUTS


ARGUMENT :

Dix ans après le colloque de Cerisy consacré à L'historiographie médiévale normande et ses sources antiques, nous proposons de réunir les mêmes institutions (le Centre culturel international de Cerisy, la ville d'Avranches et l'université de Caen Normandie [CRAHAM et OUEN]) pour entrer, de façon plus globale, dans les cabinets des annalistes, chroniqueurs et historiens normands des époques médiévale et moderne.

La recherche d'une proximité et d'une intimité avec les auteurs vise à mieux connaître leurs méthodes de travail et ainsi mieux appréhender leurs écrits. Cette démarche est le fruit de travaux récents ou en cours, portés par des chercheurs principalement français, italiens et anglophones. Outre de nouvelles lectures des textes, il s'agira aussi de mettre en avant de récentes découvertes d'écrits historiques restés jusqu'à ce jour inédits.

La perspective du colloque sera large : les textes étant sans cesse repris, recopiés, réécrits, traduits et connus par des traditions postérieures à leur écriture, les confronter sur le long terme est indispensable. On ne traitera pas, en outre, de la seule Normandie mais bien de l'ensemble des lieux d'implantation de Normands (en France, dans les îles Britanniques et en Méditerranée, mais aussi en Afrique et en Amérique), de l'an mil jusqu’au XVIIIe siècle. Sont ainsi compris sous l'appellation large d'"historiens normands" tous les auteurs d'origine normande ou actifs en Normandie qui ont produit des textes à caractère historique. On pourra comparer leurs travaux à ceux d'auteurs extérieurs aux mondes normands mais traitant de ceux-ci.

En cela, ce colloque complètera celui organisé par Pierre Bauduin et Edoardo d'Angelo à Ariano Irpino en 2016, consacré aux historiographies modernes et contemporaines des mondes normands médiévaux. Il abordera également la question des silences de l'historien, thème qui a déjà fait l'objet de deux journées d'études organisées par Catherine Jacquemard et Corinne Jouanno à l'université de Caen Normandie en 2015 et en 2016.

Dans le cadre de ce colloque, qui se tiendra principalement au Centre culturel international de Cerisy, une exposition de manuscrits contenant des œuvres d'historiens normands, provenant de différents lieux de conservation d'Europe, sera présentée à Avranches (dans la salle du trésor du Scriptorial, de début juillet à fin septembre 2019, ainsi qu'à la Bibliothèque patrimoniale, durant les jours du colloque) : une séance se tiendra sur place et des communications auront lieu dans la salle du conseil de la mairie d’Avranches.

Ce colloque pourra enfin être l'occasion d'amorcer un projet d'édition (ou de réédition) papier et/ou numérique d'une collection de sources narratives normandes. Si la réalisation d'une version normande d'un Recueil des historiens des Gaules et de la France semble aujourd'hui aussi complexe que dépassée, nous souhaitons lancer, dans un premier temps, un projet de réédition et de confrontation de l'ensemble des sources annalistiques normandes.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 25 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 26 septembre
Matin
Stéphane LECOUTEUX & Fabien PAQUET : Introduction

L'HISTORIEN ET LE TEMPS
Charles C. ROZIER : Maîtriser le temps dans l'Historia ecclesiastica d'Orderic Vital
Laura VANGONE : Les locutions de temps dans l'hagiographie normande
Edoardo D'ANGELO : Une variante rédactionnelle dans le Chronicon Beneventanum de Falcon de Bénévent

Après-midi
ÉCRIRE ET TRADUIRE : LA PART DE L'AUTEUR
Pierre BOUET : Les marques de subjectivités dans l'Historia Normannorum de Dudon de Saint-Quentin
Antonio TAGLIENTE : La "destruction de la seignorie de li Longobart". Écriture, exégèse et traduction de l'Ystoire de li Normant, entre princes, saints et "faux prophètes"
Françoise LAURENT : La conquête de la Sicile dans la Chronique des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure : décrochage chronologique et lecture de l'histoire dynastique


Vendredi 27 septembre
Matin
HISTOIRE ET POLITIQUE, ENTRE FRANCE ET ANGLETERRE
Marie-Céline ISAÏA : Méthodes documentaires, représentations du temps et projet historiographique des hagiographes normands (XIe-XIIIe siècles)
Laura CLEAVER : Eton College MS 96 et la fabrication d'histoire
Lydwine SCORDIA : Maîtriser le temps pour un jeune prince : le Rosier des guerres de Pierre Choinet, commandé par Louis XI pour le futur Charles VIII
Anne CURRY : Une chronique écrite par des soldats : College of Arms MS M 9 et la guerre de Cent Ans en Normandie au XVe siècle

Après-midi
"HORS LES MURS" — AU SCRIPTORIAL D'AVRANCHES
Visite du Scriptorial et de l'exposition
Séance publique :
L'HISTORIEN FACE AUX TEXTES : CRITIQUE ET RECHERCHE DU VRAI
Thomas ROCHE : Les naissances de la diplomatique en Normandie (XVIIIe-XIXe siècles)
Christophe MANEUVRIER & Françoise VIELLIARD : Faut-il vraiment considérer la "Briev estoire del navigaige mounsire Jehan Prunaut" en Afrique comme une forgerie du XIXe siècle ?


Samedi 28 septembre
Matin
ÉCRIRE L'HISTOIRE EN MILIEU MONASTIQUE ET CLÉRICAL (1)
Lucile TRAN-DUC : Une entreprise mémorielle dans l'abbaye de Fontenelle au XIe siècle : l'œuvre du moine Guillaume
Emily A. WINKLER : Wace, l'histoire anglo-normande et l'histoire de l'expérience humaine
Benjamin POHL : La mémoire de Robert de Torigni du XIIe siècle à nos jours
Isabelle GUYOT-BACHY : L'anonyme de Caen : entre histoire universelle et tropisme normand

Après-midi
ÉCRIRE L'HISTOIRE EN MILIEU MONASTIQUE ET CLÉRICAL (2) : LE CAS CISTERCIEN
Richard ALLEN : Écrire l'histoire dans la Normandie cistercienne (XIIe-XIIIe siècle) : un premier aperçu
Olivia BURGARD : La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer (XIIe siècle)
Mario LOFFREDO : Et cum prius fuisset ferus et crudelis… Les Normands et Roger II dans une chronique monastique de l'âge souabe


Dimanche 29 septembre
Matin
DES ÉCOLES HISTORIQUES ?
Luigi RUSSO : L'historien en difficulté : le panorama historiographique de l'Orient normand (XIIe siècle)
Amalia GALDI : Les Normands et l'historiographie urbaine : le Chronicon de Falcone Beneventano
Pierre COURROUX : La topique des batailles chez les chroniqueurs Normands du XIIe siècle

Véronique GAZEAU : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Richard ALLEN : Écrire l'histoire dans la Normandie cistercienne (XIIe-XIIIe siècle) : un premier aperçu
S'il existe bien un "esprit cistercien" et une sensibilité des moines blancs à l'écrit, pour emprunter les expressions de Dominique Stutzmann, l'attention des spécialistes n'a pas toujours été assez attirée sur la production historique cistercienne. En ce qui concerne la Normandie médiévale, la production textuelle de ses maisons cisterciennes reste largement méconnue, voire peu considérée, en dépit du fait que la rédaction de certains textes historiographiques d'intérêt général — le Chronicon Valassense, le cartulaire-chronique de Mortemer, le soi-disant Chronicon Savigniacense — peut être attribuée à des abbayes normandes. Cette intervention vise donc à donner un premier tour d'horizon de cette production historiographique et à tenter de mettre en lumière les enjeux de l'écriture historique dans la Normandie cistercienne (XIIe-XIIIe siècle). L'étude des textes du genre historiographique (chroniques, annales) rédigés ou copiés par les abbayes cisterciennes normandes nous permet de répondre à plusieurs questions sur l'émergence des historiens dans le milieu cistercien, sur le rôle joué ou non par les abbés dans la production historiographique, et sur l'histoire comme outil pédagogique, surtout en ce qui concerne le comput. Il s'agit aussi de réfléchir sur l'écrit historique et les stratégies de construction identitaire, autant en ce qui concerne l'ordre cistercien que la Normandie elle-même, et sur l'écrit comme un élément de passage d'une identité individuelle à une identité collective (cette question est d'un intérêt particulier par rapport à l'abbaye de Savigny, seul chef d'ordre monastique fondé en Normandie incorporé en 1147 à l'ordre cistercien). Se pencher sur les textes historiques produits par ou pour les abbayes cisterciennes normandes est également l'occasion d'approfondir la réflexion sur les liens entre textes historiques et ceux d’autres genres (notamment diplomatique) dans le milieu cistercien.

Pierre BOUET : Les marques de subjectivités dans l'Historia Normannorum de Dudon de Saint-Quentin
Dudon de Saint-Quentin a rédigé une Historia Normannorum, qui souffre d'être une œuvre de commande. Pour son information, il bénéficia, en effet, de l'aide précieuse, mais partisane, de la famille ducale (Gonnor, Raoul d'Ivry). Le livre comprend quatre biographies : celle d'Hasting, le chef viking sans scrupule, et celles des trois premiers ducs. Comme il le déclare dans sa préface, Dudon cherche à célébrer le lignage issu de Rollon et à montrer que l'installation de ces Vikings en Neustrie s'inscrit dans un projet providentiel. Lors du colloque, notre intention est de présenter les marques de subjectivité qui constituent une particularité de cette histoire : choix de la materia, interventions implicites et explicites de l'auteur tant dans le cours du récit historique que dans les nombreuses poésies qui scandent la narration, procédés littéraires et théologie de l'Histoire. Comment Dudon parvient-il à concilier ses exigences historiques avec ses emprunts aux modèles du panégyrique et de l'hagiographie ? Telle sera une des nombreuses questions auxquelles nous essaierons de répondre.

Olivia BURGARD : La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer (XIIe siècle)
La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer regorge d'informations permettant de nous rapprocher de ses auteurs. Par les sources à disposition de ces derniers, telles que les chartes, mais aussi la Règle du Maître, la Bible ou encore les transmissions orales, et mises en œuvre dans la chronique, par la construction de l'histoire de l'établissement dans une volonté de mémoire, d'autorité et de légitimité, par les techniques d'écriture aussi bien matérielle que rhétorique, en témoigne l'analyse de l'intertextualité, par l'influence d'autres genres littéraires tels que les gesta abbatum, ce sont les auteurs que nous sommes en mesure d'appréhender plus finement en analysant leurs méthodes, mais aussi leur perception du monde environnant qu'il soit séculier, clérical et laïque, ou régulier. Cette chronique est un témoin d'une grande valeur en ce qu'elle met en scène une volonté de maîtriser le temps, dans la volonté de rendre actuels et toujours valides les évènements passés. Elle témoigne également d'un souhait de façonner l'histoire, en rendant celle de l'abbaye de Mortemer fidèle aux préceptes de Cîteaux autant qu'inscrite dans les temps successifs de son développement.

Olivia Burgard est actuellement étudiante en Master 2 "Histoire et Civilisations de l'Europe" à la faculté des Sciences Historiques de l'université de Strasbourg. Son sujet de mémoire en cours est "La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer (XIIe siècle), édition, traduction et commentaire.

Laura CLEAVER : Eton College MS 96 et la fabrication d'histoire
Le manuscrit 96 d'Eton College, probablement compilé à Glastonbury au milieu du XIIIe siècle, transmet un récit historique sous la forme d'un diagramme généalogique. Chaque personnage mentionné y est représenté par une petite image placée, le plus souvent, dans des médaillons. Son créateur s'est servi avant tout de l'œuvre populaire de Pierre de Poitiers, la généalogie des ancêtres du Christ, à laquelle il a ajouté les rois de Bretagne mentionnés par Geoffrey de Monmouth, les ducs de Normandie, les rois d'Angleterre et de France, les empereurs du Saint-Empire romain germanique et les papes jusqu’à Innocent IV. Une des principales sources utilisée pour la création de cet ouvrage semble avoir été la chronique de Robert de Torigni. Le manuscrit d'Eton fournit donc une preuve importante, bien qu'auparavant ignorée, que l'œuvre de Robert de Torigni était connue dans l'ouest de l'Angleterre au XIIIe siècle. Cette communication étudiera les sources textuelles utilisées dans le ms 96 d'Eton College afin d'établir la transmission des récits historiques normands en Angleterre au XIIIe siècle. Ce faisant, nous considérerons les circonstances dans lesquelles ce manuscrit a été produit. Il s'agira d'examiner comment la mise en page et les enluminures ont été utilisées afin de transformer des sources textuelles et produire cette représentation du passé à la fois inhabituelle et éminemment visuelle. Ainsi, ce travail de recherche éclairera la réception des récits historiques de Normandie dans l'Angleterre du XIIIe siècle tels qu'ils ont été intégrés au sein une tradition plus vaste et étaient illustrés.

Laura Cleaver is the Ussher Lecturer in Medieval Art at Trinity College Dublin. Her research focuses on illuminated manuscripts of the twelfth and thirteenth centuries. Her book Illuminated History Books in the Anglo-Norman World was published by Oxford University Press in 2018. She has recently been awarded an ERC grant for a five-year project on the trade in medieval manuscripts in the twentieth century.

Pierre COURROUX : La topique des batailles chez les chroniqueurs Normands du XIIe siècle
Les batailles, lieux privilégiés de la mémoire historique, sont aussi un lieu propice pour étudier les mécanismes d'emprunts et de création historique. En effet, bien plus que de donner des informations sur ce qui se passa effectivement lors d'un affrontement, les chroniqueurs médiévaux racontaient ce qui aurait dû se passer, un récit hautement idéalisé où les détails réels se trouvaient enchâssés dans une narration exemplaire (dans le sens médiéval du mot, bien proche des exempla de l'hagiographie), faite d'un mélange de copie de modèles anciens et d'imagination historique pour combler les lacunes d'une information rarement satisfaisante pour des affrontements anciens. Nous voudrions étudier le cas de plusieurs histoires des ducs de Normandie dans un large XIIe siècle : le Rou de Wace, la Chronique des ducs de Normandie de Benoît, les Gesta Normannorum Ducum de Guillaume de Jumièges et leurs continuations, et la Chronique des ducs de Normandie en prose du début du XIIIe siècle, souvent connue à travers la version dite de l'anonyme de Béthune.
Nous voudrions voir ces jeux de reprises et de démarcations à travers les récits de bataille chez ces historiens. Cette étude sera fondée sur un répertoire des topoï dans les récits de bataille des chroniqueurs médiévaux sur lequel nous travaillons actuellement à l'université de Southampton. Elle permettra de peser les modèles utilisés, mais aussi l'originalité de chaque historien par le prisme de ses inventions historiques. À une époque où l'histoire devait avoir un sens immanent, expression de la volonté divine, ces interventions des chroniqueurs nous permettront de questionner leur manière de concevoir le sens de l'histoire.

Pierre Courroux est agrégé et a soutenu en 2013 un thèse à l'université de Poitiers sur L'écriture de l'histoire dans les chroniques de langue française (XIIe-XVe siècle), parue en 2016 aux éditions Classiques Garnier. Il y a notamment analysé la chronique de Benoît de Sainte-Maure. Il est actuellement Newton International Fellow de la British Academy à l'université de Southampton, où il mène un projet sur la description des batailles chez les chroniqueurs anglais et français des XIIe-XVe siècles.

Anne CURRY : Une chronique écrite par des soldats : College of Arms MS M 9 et la guerre de Cent Ans en Normandie au XVe siècle
Il existe dans le College of Arms à Londres une chronique inédite en français écrite avant 1457 dans le cercle de Sir John Fastolf, un des chevaliers anglais les plus célèbres des guerres anglo-françaises du quinzième siècle. Ce texte donne beaucoup d'informations sur la guerre en Normandie 1415-29 : par exemple, des listes des capitaines des garnisons en Normandie avant l'arrivée des anglais en 1417. Cette chronique était utilisée par le grand historien anglais du XVIe siècle, Edward Hall. Deux des auteurs de la chronique étaient des soldats qui ont servi dans les garnisons anglaises en Normandie. La chronique contient beaucoup d'éléments sur la conquête de Maine (1424-7) et les liens avec la Normandie. En tout, plus de 400 français sont mentionnés par leur nom dans cette chronique, qui est la seule chronique en français connue qui était écrite pour et par les anglais. Il semble que ce texte avait pour but l'invocation pour le vieux Sir John Fastolf des années de gloire d'Henri V et du duc de Bedford, avant l'arrivée sur scène de Jeanne d'Arc.

Anne Curry est professeur d'histoire médiévale à l'université de Southampton et en a été la doyenne de la Faculté des Humanités de 2010 à 2018. Elle a publié plusieurs ouvrages sur la bataille d'Azincourt et s'est impliquée dans les commémorations du 600e anniversaire de cette bataille.
Elle a dirigé le projet "The Soldier in Later Medieval England" (www.medievalsoldier.org) et poursuit ses recherches sur l'armée anglaise en Normandie de 1415 à 1450, sur laquelle elle a publié de nombreux ouvrages. Actuellement, elle dirige le projet "Rôles gascons, 1317-1468" (www.gasconrolls.org) sur l'Aquitaine anglaise.
Elle a édité avec Véronique Gazeau, La guerre en Normandie (XIe-XVe siècle), Presses universitaires de Caen, 2018 [colloque de Cerisy, 2015].

Edoardo D'ANGELO : Une variante rédactionnelle dans le Chronicon Beneventanum de Falcon de Bénévent
Nous savons que Falcon, notaire et juge à Bénévent dans la première moitié du XIIe siècle (+ 1145), a écrit son Chronicon Beneventanum en plusieurs étapes, bien que l'œuvre ait été transmise de façon très compacte dans les manuscrits. Il y a cependant un passage du texte qui semble être le fruit d'une variation rédactionnelle de la part de l'auteur, et qui donc a permis d'avancer une hypothèse en ce qui concerne la stratigraphie de composition et les finalités du texte.

Amalia GALDI : Les Normands et l'historiographie urbaine : le Chronicon de Falcone Beneventano
Le Chronicon Beneventanum de Falcone Beneventano est l'un des premiers textes de l'historiographie italienne composé par un laïc. En fait, l'auteur affirme lui-même qu'il était notaire du Saint-Palais de Bénévent avant 1113, puis juge à partir de cette date. Son point de vue est Bénévent et c'est dans cette perspective citadine que se situe son hostilité persistante à l'égard de Roger II, fondateur du Regnum Siciliae dans le sud de l'Italie, coupable d'avoir agi contre la volonté du siège papal, mais surtout — aux yeux du chroniqueur — de vouloir s'attaquer aux libertates du Mezzogiorno. Ce n'est donc pas un hasard s'il a été considéré comme le représentant le plus tenace de l'autonomie de Bénévent à l'égard des Normands. Falcone est donc un témoin direct — convaincu d'une partie — de la période historique qui a précédé et suivi l'affirmation de Roger II, fils de Roger grand comte de Sicile. Cette situation a rendu son Chronicon particulièrement étudié, à la fois pour ses caractéristiques propres, mais aussi pour ses relations avec la production de l'historiographie méridionale normande. On examinera, donc, l'œuvre de Falcone selon une approche minutieuse des sections dans lesquelles il montre sa vision "citoyenne", qui a été exprimée à la fois dans la critique des actions de Roger II — reconstruit jusqu’en 1140 — et dans le récit des événements dont le notaire avait été le protagoniste et qui, à ses yeux, apparaissaient comme des exemples de l'identité de sa ville et de son histoire.

Véronique GAZEAU
Véronique Gazeau est professeur émérite d'histoire médiévale, membre associée du CRAHAM-UMR 6273 à l'université de Caen Normandie, et directrice des Annales de Normandie.
Publications
Normannia monastica (Xe-XIIe siècle).
Princes normands et abbés bénédictins.
Prosopographie des abbés bénédictins, 2007.

Isabelle GUYOT-BACHY : L'anonyme de Caen : entre histoire universelle et tropisme normand
En repartant de l'unique manuscrit ayant conservé la chronique universelle composée par l'anonyme de Caen (BnF, lat. 4942), la communication propose d'abord de faire le point sur un dossier historiographie largement délaissé depuis l'édition partielle d'E. Châtel (Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 1892). Quelle place donner à ce texte dans l'historiographie de la première moitié du XIVe siècle ? Puis, en centrant l'observation sur la partie consacrée à l'histoire normande et anglo-normande, on s'efforcera d'en comprendre les enjeux dans l'économie générale d'un texte qui se présente comme une chronique universelle. Enfin, on replacera le manuscrit dans la bibliothèque d'un de ses possesseurs, Normand, Jean Golein, traducteur pour le roi Charles V.

Isabelle Guyot-Bachy, dont les recherches portent sur tous les aspects des chroniques médiévales produites en France, a d'abord étudié une œuvre, le Memoriale historiarum de Jean de Saint-Victor, de sa genèse, portée par un milieu (la communauté des chanoines de Saint-Victor de Paris au début du XIVe siècle), à sa réception contemporaine et ultérieure. Sous le titre La Flandre et les Flamands au miroir des historiens du royaume, elle a mené une enquête systématique sur plus de deux cents textes provenant des différents espaces du royaume. Au contact de ce large panel, elle a abordé les différents genres dans lesquels les historiens livrèrent leurs conceptions du passé, leur capacité à se jouer des modèles et des autorités pour forger un projet personnel, enfin, les conditions de travail de l'historien médiéval et les mécanismes du succès des œuvres…
Publications
La Flandre et les Flamands au miroir des historiens du royaume (Xe-XVe siècle), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2017.
Le "Memoriale historiarum" de Jean de Saint-Victor, Un historien et sa communauté au début du XIVe siècle, Turnhout, Brepols, 2000 (Bibliotheca victorina, XII) [Ouvrage récompensé par le 2e prix Gobert décerné en 2002 par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres].
"La Chronique abrégée des rois de France et les Grandes chroniques de France : concurrence ou complémentarité dans la construction d'une culture historique en France à la fin du Moyen Âge ?", dans E. Kooper et S. Levelt (éd.), The Medieval Chronicle, VIII, 2013, p. 205-222.
"Quelques tendances de l'écriture de l'histoire dans le royaume de France (1270-1348)", dans Corinne Péneau (dir.), Itinéraires du savoir de l'Italie à la Scandinavie (Xe-XVIe siècle), Études offertes à Élisabeth Mornet, Publications de la Sorbonne, 2009, p. 279-298.

Marie-Céline ISAÏA : Méthodes documentaires, représentations du temps et projet historiographique des hagiographes normands (XIe-XIIIe siècles)
Lors du colloque de Cerisy consacré en 2009 aux sources antiques de l'historiographie médiévale normande, Rosamond McKitterick a démontré l'imperméabilité du monde normand à la tradition historiographique franque : les historiens normands des XIe et XIIe s. connaissent mal le passé carolingien et négligent de copier les grandes Annales qui le caractérisent(1), un désintérêt qui peut s'expliquer en partie par l'autonomie de la Normandie ducale. L'enquête peut être approfondie en mettant à profit les sources hagiographiques. En Normandie comme ailleurs, le discours des Vitae dépend en partie du projet politique de leurs auteurs et repose sur un propos fondamentalement historiographique; les Vitae imposent parfois une relecture orientée du passé franc, par exemple pour vanter en saint Hugues de Rouen un descendant de Charlemagne dans le contexte du règne de Louis IV d’Outremer(2). La communication examinera l'hypothèse que les Vitae écrites dans le contexte normand des XIe-XIIIe siècle permettent de suivre les modalités d'une acclimatation de l'histoire franque, au moment critique du rattachement de la Normandie au domaine capétien. Elle étudiera notamment :
- le travail de documentation des hagiographes : s'ils négligent les Annales royales, ils reviennent à une tradition historiographique tardo-antique (Jérôme, Eusèbe-Rufin, Isidore) qui ne différencie pas radicalement la Normandie de la Francie contemporaine. L'armature chronologique de leur représentation du monde est, sous réserve d'inventaire, celle d'une histoire traditionnelle de l'Église latine, mais où certains jalons (Constantin) peuvent avoir été minimisés.
- le projet de réécriture du passé mérovingien : quand un anonyme rédige à Jumièges une troisième Vie de sainte Bathilde (BHL 910)(3), datée par hypothèse des années 1200, il se souvient soudain d'un temps où les rois francs fondaient en Normandie des monastères qui bénéficiaient de leurs largesses. Il ne sait rien de la longue tradition relative à la reine mérovingienne — ou ne veut rien en conserver — mais produit une histoire longue qui referme pour Jumièges la parenthèse d'une protection ducale indépendante. Ce dossier est emblématique d'un tri normand dans l’historiographie héritée du monde franc; on doit chercher à savoir s'il est représentatif ou isolé.
- la production de manuscrits composites, hagiographiques et historiographiques : l'existence du manuscrit auj. Rouen, BM 1132 (anciennement Y 15) (G 23 dans le fonds de Jumièges, fin XIIe s.-XIIIe s.) témoigne d'une façon éloquente du rôle historiographique assigné à l'hagiographie; il est bien connu des spécialistes pour contenir une rédaction des Annales de Jumièges; il se trouve qu'il contient aussi cette troisième Vie de sainte Bathilde (BHL 910). Par l'étude de quelques dossiers comparables, c'est-à-dire en suivant le contexte manuscrit de transmission de Vitae normandes, on espère préciser à la fois le travail concret des historiens-hagiographes normands et leur façon de façonner le passé.
(1) R. McKitterick, "Postérité et transmission des œuvres historiographiques carolingiennes dans les manuscrits des mondes normands", in L'historiographie médiévale normande et ses sources antiques, P. Bauduin, M.-A. Lucas-Avenel (dir.), Colloque de Cerisy, PU de Caen, 2014, p. 25-40.
(2) J. Le Maho, "La production éditoriale à Jumièges vers le milieu du Xe siècle", Tabularia. Jumièges, foyer de production documentaire, mis en ligne le 22 octobre 2001.
(3) G. Huet, "La légende des énervés de Jumièges. Texte latin", BÉC 77 (1916), p. 197-216, aux p. 202-216.

Marie-Céline Isaïa, ancienne élève de la Rue d'Ulm, est maître de conférences habilitée à diriger des recherches en histoire du Moyen Âge de l'université Jean-Moulin Lyon 3. Chercheur du CIHAM-UMR 5648, elle consacre ses travaux à l'historiographie et à l'hagiographie latine du haut Moyen Âge et du Moyen Âge central. Elle a dirigé en 2018 la livraison des Cahiers de civilisation médiévale (61e année) et publie en 2019 avec François Bougard les actes du colloque Lyon carolingien (Brepols, HAMA).
Travaux principaux en lien avec le sujet du colloque
"Un Père grec dans l’hagiographie latine en Italie. Athanase à Milan et les Vies latines de saint Denys", Les Pères grecs en Italie, Colloque international de l'EFR, dir. A. Peters-Custot et C. Rouxpetel, sous presse.
"Histoire et hagiographie de saint Just, évêque de Lyon", Hagiographica. Rivista di agiografia e biografia XIX, Firenze, 2012, p. 1-30.
Mémoire inédit d'habilitation : Le temps et l'histoire dans les Vitae latines (VIIe-XIe s.), présentation du dossier le 5 novembre 2018 devant l'université de Nanterre.

Françoise LAURENT : La conquête de la Sicile dans la Chronique des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure : décrochage chronologique et lecture de l'histoire dynastique
Dans sa Chronique des ducs de Normandie, composée dans le dernier tiers du XIIe siècle à la demande sans doute d'Henri II Plantagenêt, Benoît de Sainte-Maure a pour ambition de retracer, à la suite de Wace, auteur du Roman de Rou, les "vies" des ducs de Normandie depuis l'ancêtre et fondateur du lignage, Rollon, jusqu'au duc-roi Henri Ier sur le règne de qui s'achève son long récit. Alors que, conformément au modèle des textes sources, la narration suit toujours la chronologie des événements qui marquèrent la succession des principats normands, l'auteur vernaculaire prend dans la partie consacrée à Guillaume le Conquérant la liberté de rompre avec cette organisation chronologique pour dresser le récit de la conquête de la Sicile par les barons normands, Tancrède de Hauteville et son fils Robert dit "Guiscard". Dans les Gesta normannorum ducum d'Orderic Vital et de Robert de Torigni dont il s’inspire, l'histoire des Normands en Sicile est retracée en deux épisodes distincts, conformément à la chronologie des différentes phases de la conquête du pays qui s'étendit des années 1060 à 1130. Dans la version vernaculaire, elle se concentre en un long et unique récit qui se présente d'ailleurs dans le texte sous forme de décrochage :
Ce qu'en l'estoire truis e vei
Qu'autre i escristrent avant mei,
Qui digne i seit de reconter,
N'i vuil laisser ne oblier. (v. 38287-38290)
Appuyée sur la comparaison du texte roman avec sa source latine, l'analyse du passage ainsi annoncé permet d'étudier le travail de traducteur opéré par Benoît sur la matière dont il héritait et, surtout, de saisir les intentions qui président à la modification qu'il apporte. Placé, contrairement au texte source, avant le récit du conflit de la succession dynastique anglaise à la mort d'Édouard le Confesseur, l'épisode sicilien, loin d'être une digression, offre un éclairage politique sur l'histoire, en particulier sur la conquête normande de Guillaume dont il va traiter à la suite. Cette nouvelle configuration de l'histoire normande, voire la préfiguration de celle-ci, témoigne des réelles qualités d'un traducteur qui s'impose comme un historien.

Françoise Laurent, professeur de Langue et de Littérature médiévales à l'université Clermont Auvergne, fait porter ses travaux sur l'hagiographie et l'historiographie des XIIe et XIIIe siècles en territoire anglo-normand.
Publications
"Pour Dieu et pour le roi". Rhétorique et idéologie dans l'Histoire des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure, Champion, 2010.
En collaboration avec Laurence Mathey-Maille et Michelle Szkilnik, Des saints et des rois. L'hagiographie au service de l'histoire, Champion, 2014.

Mario LOFFREDO : Et cum prius fuisset ferus et crudelis… Les Normands et Roger II dans une chronique monastique de l'âge souabe
Dans le riche panorama de la production des chroniques du Mezzogiorno souabe, une œuvre d'origine monastique n'a guère retenu l'attention des chercheurs. Il s'agit de la soi-disant chronique de Sainte-Marie de Ferraria, rédigée autour des premières décades du XIIIe siècle par un moine anonyme de l'abbaye de Terra di Lavoro. La particularité de l'œuvre est que, malgré sa production dans un environnement monastique, les vicissitudes du conventus passent au second plan par rapport aux objectifs principaux de l'auteur, c'est-à-dire montrer les développements politiques qui ont affecté les Pouilles et la Campanie de l'arrivée des Normands jusqu'à l'échec de la Croisade de Frédéric II. Il s'agit donc d'une chronique politico-institutionnelle. Le récit de la formation du royaume et de la figure de Roger II prend une valeur particulière dans le texte. En fait, bien que dans la chronique n'émerge pas un sentiment "anti-normandes" tout court, l'auteur exprime la condamnation la plus claire contre le fondateur de la dynastie au pouvoir. Cependant, à la fin de sa vie, l'image de Roger présentée dans le texte du moine cistercien change complètement: de crudelis et avidus, le souverain devient pacificus et rectus. Ce changement de position est bien sûr lié aux intentions de l'auteur de la chronique de conférer une aura de légitimité au gouvernement normand. Cette communication étudiera donc la représentation de l'image des Normands et en particulier de Roger II dans la chronique cistercienne négligée, en soulignant les points de contact et les différences entre les diverses sources qui peuvent contribuer à approfondir le thème abordé.

Mario Loffredo est né à Lamezia Terme en 1988; il a fait ses études à l'université de Salerne où il a obtenu son master 2 en 2014 avec un mémoire en Histoire des institutions médiévales. Auprès de la même université, il a obtenu son doctorat avec une thèse sur Les Cisterciens dans le Midi médiéval (XIIe-XVe siècles) sous la direction d'Amalia Galdi. Pendant son travail de thèse, il a eu l'occasion d'approfondir l'étude d'un texte généralement négligé par les études existantes : la Chronique de l'abbaye de Santa Maria della Ferraria. Ses intérêts de recherche portent également sur la comparaison des différentes composantes culturelles du Midi au Moyen Âge et sur les institutions religieuses diocésaines, notamment sur les chapitres cathédraux.
Publications
"Présences slaves en Italie Méridionale (VIe-XIe siècles)", Schola Salernitana. Annali, 20, 2015, p. 11-46.
"Le Chapitre de la Cathédrale de Salerne entre Moyen Age et époque moderne", Schola Salernitana. Annali, 23, 2018, p. 7-50.

Christophe MANEUVRIER & Françoise VIELLIARD : Faut-il vraiment considérer la "Briev estoire del navigaige mounsire Jehan Prunaut" en Afrique comme une forgerie du XIXe siècle ?
Le récit portant le titre de "Briev estoire del navigaige mounsire Jehan Prunaut, roenois, en la tiere des noirs homes et isles a nous incogneus awecques les estranges façons de vivre des dits noirs et une colloque en lor language" a été publié par Pierre Margry en 1867 à partir d'une copie effectuée vers 1852 par Lucien de Rosny sur un manuscrit copié à Londres. Dès l'année suivante, Richard Henry Major affirma dans un ouvrage retentissant qu'il était tout à fait impossible que ce récit soit authentique et qu'il ne pouvait s'agir que d'un faux. Depuis la publication de l'ouvrage de Richard Henry Major, tous les historiens européens se sont rangés à cet avis. Charles de la Roncière et Raymond Mauny, en particulier, l'ont rejeté d'un revers de manche. Considéré depuis comme une forgerie, la "Briev estoiredel navigaige mounsire Jehan Prunaut" a été oubliée ou moquée, alors qu'elle n'a pourtant fait l'objet d'aucune étude critique poussée. C'est cette étude, à la fois linguistique, philologique et historique, que nous envisageons de présenter, afin de déterminer si ce texte doit être définitivement considéré comme une forgerie (et dans ce cas s'il est possible de déterminer les conditions de sa réalisation) ou si, au contraire, il pourrait contenir des éléments authentiques ou des éléments de réécriture indiquant que des marins normands ont bel et bien pu atteindre le Sénégal dans la seconde moitié du XIVe siècle.

Françoise Vielliard est professeur émérite à l'École nationale des chartes (philologie romane). Membre résident de la Société des antiquaires de France. Membre du conseil d'administration de la Société de l'Histoire de France. Organisatrice avec Gilles Désiré dit Gosset du colloque de Cerisy : "Léopold Delisle", octobre 2004 (actes publiés par Françoise Vielliard et Gilles Désiré dit Gosset, Saint-Lô, 2007).
Quelques publications liées au thème du colloque
"La culture des historiens anglo-normands : l'exemple de Thomas de Kent", dans Médiévales 16, Le travail sur le modèle, Articles recueillis par Danielle Buschinger, Amiens, 2002, p. 29-40.
"Richard Cœur de Lion et son entourage normand : le témoignage de l'Estoire de la guerre sainte", dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 160, 2002, p. 5-52.
"L'histoire des ducs de Normandie, du manuscrit à l'édition contemporaine : l'exemple du Roman de Rou de Wace", dans La place de la Normandie dans la diffusion des savoirs : du livre manuscrit à la bibliothèque virtuelle, Caen, 2006 (Congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, 11), p. 37-54.
"Les deux versions de la partie octosyllabique longue du Roman de Rou et leur postérité médiévale", dans Medioevo romanzo, t. 35, 2011, p. 33-57.
"Discussion. La traduction de l'Historia Normannorum d'Aimé du Mont Cassin. Une nouvelle (mais inutile) édition et un état de la recherche récente", dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 169, 2011, p. 269-283.
"De la première rédaction de la partie octosyllabique longue du Roman de Rou à la seconde. Étude des procédés d'amplification", dans Le texte dans le texte. L'interpolation médiévale, Études réunies par Annie Combes et Michelle Skilnik, Paris, 2013 (Rencontres, 49, série Civilisation médiévale, 4), p. 41-61.
""La plume guerrière". Serventois et sirventes politiques dans le royaume de France au temps de la régence de Blanche de Castille", dans Saint-Louis en Normandie. Hommage à Jacques Le Goff, Colloque de Cerisy, publié sous la direction de Jean-Baptiste Auzel et Jean-François Moufflet, Saint-Lô, Archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, 2017, p. 166-186.

Benjamin POHL : La mémoire de Robert de Torigni du XIIe siècle à nos jours
Dans cette communication, j'examinerai comment on se souvint et on célébra Robert de Torigni (1106-86) et son héritage du douzième siècle jusqu'à nos jours. Pour commencer, je discuterai comment Robert a été commémoré par les moines de ses deux communautés monastiques, Le Bec-Hellouin et le Mont Saint-Michel, aussi bien pendant les années qui suivirent immédiatement sa mort que pendant les décennies suivantes. J'explorerai les raisons particulières pour lesquelles le souvenir de Robert a été perpétué, et le rôle que sa memoria a joué dans la mémoire collective et institutionnelle de ces deux monastères. Je me demanderai aussi si Robert a participé activement à la création de son propre héritage, comment cet héritage s'est développé et a changé au fil du temps, au moyen d'une analyse des méthodes qui ont été utilisées pour commémorer Robert pendant les siècles subséquents jusqu'à aujourd'hui. Par exemple, comment a-t-on traité la vie et les actes de Robert pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles, et comment peut-on comparer ce traitement avec, d'un coté, les souvenirs de Robert au Moyen Âge et, de l'autre, les évaluations scientifiques de sa carrière et de ses réalisations pendant ces dernières années ? En étudiant la mémoire de Robert de Torigni du Moyen Âge à l'époque moderne, cette présentation contribuera à la connaissance d'un des plus importants abbé-historiens du douzième siècle, qui est aussi l'un des plus complexes et des plus méconnus d'entre eux.

Benjamin Pohl est maître de conférences en Histoire médiévale à l'université de Bristol (Royaume-Uni). Il est spécialiste de l'histoire normande, du monachisme médiéval et des études paléographiques et codicologiques.
Il a publié plus de trente articles, ainsi que sa monogaphie Dudo of St. Quentin's Historia Normannorum : Tradition, Innovation and Memory (York Medieval Press, 2015). Il est en train de préparer son nouvel ouvrage intitulé Medieval Abbots and the Writing of History, c.1000–1300 (Oxford University Press).

Thomas ROCHE : Les naissances de la diplomatique en Normandie (XVIIIe-XIXe siècles)
La suppression de la conventualité de l'abbaye Saint-Victor-en-Caux et le rattachement de ses revenus au séminaire de Rouen constitua en 1742 le point de départ d'un litige entre l'abbé commendataire Terrisse et les moines de Saint-Ouen de Rouen. Le débat sur les pièces versées au dossier par les moines mauristes se mua en l'une de ces "guerres diplomatiques" que connut le XVIIIe siècle, et déboucha finalement sur la rédaction du Nouveau traité de diplomatique par les Normands dom Tassin et dom Toustain. Après avoir rappelé non pas tant la controverse que les méthodes suivies par les protagonistes et le discours porté sur les chartes comme sources, la communication visera à inscrire cette querelle au fond autant historique que judiciaire dans son double contexte : d'une part celui de l'approche et de la prise en compte des documents diplomatiques par les historiens monastiques normands de la période classique, et en premier lieu les mauristes, faisant œuvre de chroniqueurs autant que d'archivistes; d'autre part, celui de la critique des titres anciens dans les argumentations des juristes présentes dans les nombreux factums et mémoires de la période.

Charles C. ROZIER : Maîtriser le temps dans l'Historia ecclesiastica d'Orderic Vital
L'Historia ecclesiastica (Histoire ecclésiastique) d'Orderic Vital, est l'une des œuvres les plus connues de l'histoire de la Normandie médiévale. Cette communication se propose d'examiner la notion du temps selon Orderic Vital, à partir des questions suivantes : quels textes ont éclairé ses idées sur le temps ? Comment a-t-il assigné des dates aux événements historiques ? Comment sa connaissance de la théorie du temps a-t-elle influencé son écriture de l'histoire ? Nous pouvons relever l'intérêt d'Orderic pour le concept du temps tout au long de l'Historia ecclesiastica, d'abord par le fait qu'Orderic connaissait de grandes chroniques et qu'il avait vu les successeurs de Marianus Scotus à Worcester et à Cambrai (HE, II, pp. 186-9). Nous savons aussi qu'Orderic avait contribué à la chronique de Saint-Évroult (conservée à Paris, Bibliothèque nationale de France, Manuscrit Latin 10062). On précisera d'abord les connaissances d'Orderic sur la théorie du temps, en présentant ses additions au MS Lat.10062, et notamment en identifiant dans les textes qu'il a ajoutés la nature de ses ajouts. Ensuite, j'examinerai comment cet intérêt se traduit dans Historia ecclesiastica d'Orderic par la datation des événements et la sélection des sujets abordés au sein de cette organisation. Cette communication devrait affiner notre compréhension des méthodes et motivations d'Orderic en tant qu'historien. Pour cela, on replacera son écriture de l'histoire dans le paysage intellectuel du XIIe siècle, en mettant en lumière le fait qu'Orderic était engagé dans des débats pointus sur le calcul du temps et la datation du monde. On montrera aussi comment l'écriture de l'histoire a permis à Orderic d'orienter sa communauté dans de vastes cadres temporels et géographiques et d'approfondir sa connaissance, à travers l'écriture du passé dans d'autres domaines connexes, tels que la chronographie, l'exégèse biblique, la théologie, etc…

Charles C. Rozier a étudié l'histoire à University of Kent, Cantorbery, de 2003 à 2006, et pour son doctorat à Durham University de 2008 à 2014. Il a travaillé comme Lecturer in Medieval History à Swansea University, 2016-18. Depuis Octobre, il travaille comme Lecturer in Medieval European History à Durham University. Ses recherches concernent l'écriture de l'histoire au Moyen Age (X-XIIe siècles). Il a écrit sur les historiens Symeon of Durham, Eadmer of Cantorbery et Orderic Vital.
Publications
Orderic Vitalis : Life, Works and Interpretations, éditeur avec Daniel Roach, Giles Gasper et Elisabeth van Houts, Woodbridge, Boydell Press, 2016.
Writing History in the Community of St Cuthbert, c.800-1150AD, York Medieval Press, 2019.
"Between History and Hagiography : Eadmer of Canterbury's vision of the Historia novorum in Anglia", Journal of Medieval History, 45, Fev. 2019.
"Repairing the Loss of the Past : the use of Written, Oral and Physical Evidence in the Ecclesiastical History of Orderic Vitalis", Historical Research, 2019.

Luigi RUSSO : L'historien en difficulté : le panorama historiographique de l'Orient normand (XIIe siècle)
L'historiographie moderne a longtemps reconnu la ténue tradition manuscrite des textes concernant la présence des Normands dans le Mezzogiorno d'Italie. Notre intérêt est donc de vérifier les modalités et les formes de la production et de la transmission de l'histoire dans l'Orient latin au XIIe siècle, avec une référence particulière à la principauté d'Antioche, où les héritiers de Bohémond I d'Hauteville ont dominé la scène politique pendant plus de trente ans. En relisant la Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, le Tancredus de Raoul de Caen, la Bella Antiochena de Gautier le Chancelier, nous nous efforcerons d'une part d'enquêter sur les événements textuels des ouvrages mentionnés et de reconstituer le contexte dans lequel ces travaux ont été réalisés.

Maître de conférences en histoire médiévale à l'université européenne de Rome, Luigi Russo est membre du CESN (Centro Europeo di Studi Normanni) et de l'OUEN (Office universitaire d'études normandes). Licencié en histoire médiévale à l'université de Bologne (1995), il a soutenu une thèse de doctorat à l'université de Turin sur les sources de la première croisade (1996-2000). Sa production scientifique compte plus de 50 titres, en particulier sur l'histoire des croisades aux XIIe-XVe siècles; son dernier livre est I crociati in Terrasanta. Una nuova storia (1095-1291), Roma, 2018.
https://universitaeuropeadiroma.academia.edu/LuigiRusso

Lydwine SCORDIA : Maîtriser le temps pour un jeune prince : le Rosier des guerres de Pierre Choinet, commandé par Louis XI pour le futur Charles VIII
Le Rosier des guerres est un traité en moyen français, commandé par Louis XI à son médecin et astrologue, Pierre Choinet, pour la formation du futur Charles VIII. Le texte dont je termine l'édition est inédit, il n'existe à ce jour qu'une "édition" non scientifique (1925) qui n'a retenu que 20% de l'œuvre. Le Rosier des guerres a une structure déroutante, il contient des conseils politiques et militaires, suivis d'une chronique historique qui part des origines troyennes et s'arrête en 1470, date de naissance du dauphin Charles — ce sont les 80% jamais édités. La chronique historique est accompagnée de manchettes astrologiques rédigées en latin. Les trois parties (conseils, chronique, manchettes), apparemment juxtaposées, fonctionnent ensemble : la compréhension d'une partie dépend de celle des deux autres. C'est sur la chronique et la centaine de manchettes astrologiques du Rosier des guerres que j'aimerais attirer l'attention dans le cadre de l'Axe n°1 ("Dans l'atelier de l'historien"). En effet, Pierre Choinet, l'auteur "astrologien", propose au futur Charles VIII une lecture de l'histoire au regard de l'astrologie, lui offrant par là même une grille de compréhension pour le temps futur et partant une maîtrise du temps.

Lydwine Scordia soutiendra au 1er semestre 2019 son HDR sur Pierre Choinet, l'auteur du Rosier des guerres, un traité polymorphe (conseils, chronique et astrologie) commandé par Louis XI pour le futur Charles VIII. Le document inédit mettra à disposition des chercheurs un texte du corpus politique du XVe siècle.
Publications
"La statue funéraire de Louis XI : les trois corps du roi", in Images, pouvoirs et normes. Exégèse visuelle de la fin du Moyen Âge (XIIIe-XVe siècles), dir. Franck Collard, Frédérique Lachaud et Lydwine Scordia, Paris, Garnier, 2018, p. 317-342.
Louis XI. Mythes et réalités, Paris, Ellipses, "Biographies et mythes historiques", 2015, 528 pages.
Pierre Choinet, Le Livre des trois âges, fac-similé du Smith-Lesouëf 70 de la BnF, éd. Lydwine Scordia, préface de Jean-Patrice Boudet, Rouen, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 266 pages.

Antonio TAGLIENTE : La "destruction de la seignorie de li Longobart". Écriture, exégèse et traduction de l'Ystoire de li Normant, entre princes, saints et "faux prophètes"
L'Ystoire de li Normant d'Aimé du Mont Cassin est l'un des témoignages les plus intéressants de la situation sociale et politique du Mezzogiorno lombard-normand. Les caractères spécifiques du texte viennent de la grande qualité des informations que le salernitain Aimé fournit au lecteur, mais aussi du fait que l'Ystoire a survécu seulement à travers une traduction tardive et originale. Cette communication montrera comment le traducteur présente le siège de la ville de Salerne (1076-1077). L'histoire se déroule à travers des épisodes emblématiques, insérés dans le texte d'Aimé pour faire entrer en scène, aux côtés des grands acteurs politiques du temps, des saints de la ville, des princes morts, des faux prophètes et des "martyrs" inhabituels. Ce mécanisme du récit produit un chevauchement des plans historique et hagiographique, donnant lieu à des épisodes uniques maîtrisés et commentés par le traducteur, qui amène le lecteur jusqu'à la "destruction de la seignorie de li Longobart".

Antonio Tagliente ha discusso, nel 2017, una tesi di dottorato sulla Langobardia meridionale nel X secolo. Le sue ricerche (2016-2018) si sono concentrate sulla prosopografia delle élites meridionali, sull’assetto diocesano campano e, in particolare, sulla produzione cronachistica italica dei secoli X e XI. Il II libro dell'Ystoire de li Normant è stato al centro del contributo De toutes pars sonne lo nom de Guaymere. Genio diplomatico e fallimento politico del principe di Salerno Guaimario IV (1027-1052), presso il convegno internazionale Dal Ducato al Principato. I Longobardi del Sud.

Lucile TRAN-DUC : Une entreprise mémorielle dans l'abbaye de Fontenelle au XIe siècle : l'œuvre du moine Guillaume
Aux Xe et XIe siècles, la fondation de la principauté normande (911) et le mouvement de restauration monastique qui l'accompagne sont marqués par de nombreuses entreprises historiographiques. Parmi celles-ci se distinguent plus particulièrement l'œuvre de Dudon de Saint-Quentin ainsi que les textes composés dans le scriptorium fécampois. Le monastère de Fontenelle, restauré par des moines originaires de Saint-Pierre de Gand, est également un foyer de production historiographique. Y officie entre autres le moine Guillaume. Celui-ci, loin de développer le mythe de la table rase comme ce peut être le cas à Fécamp, s'attache au contraire à tracer un trait d'union entre l'abbaye pré-normande et son établissement. On lui doit la composition d'un sacramentaire (Rouen, Bm, ms. 272) destiné à servir les besoins du culte ainsi que la collecte de textes en circulation concernant le passé de Fontenelle : les Gesta abbatum Fontanellensium, divers récits hagiographiques tels que la Vita altera et les Miracula sancti Wandregesili, la Vita sancti Ansberti, la Vita sancti Vulframni ou encore la Vita sancti Condedi, diverses pièces liturgiques en l'honneur de ces saints telles que des hymnes et des offices mais aussi plusieurs listes de moines, d'archevêques et de rois. Ceux-ci forment la première partie du Maius Chronicon Fontanellense, actuellement conservé à la Bibliothèque municipale du Havre (ms. 332). Ce manuscrit constitue l'une des principales sources pour aborder le passé pré-normand de Fontenelle. Néanmoins, il importe de ne pas oublier que le moine Guillaume, tant dans son sacramentaire que dans son entreprise de copie, procède à un tri. Il écarte un certain nombre de textes composés dans le monastère de Fontenelle ou de fêtes en vigueur avant la fuite des moines et connus par ailleurs. C'est précisément sur ce processus mémoriel que la communication proposée compte s'interroger. Sur quels fondements s'effectue la distinction entre ce qui est digne de mémoire et ce qu'il convient, ce qu'il est possible d'oublier aux yeux du moine Guillaume ? Quelle histoire de son monastère tente-t-il d'écrire ? En quoi façonne-t-il un passé correspondant aux défis qu'a à relever la communauté restaurée de Fontenelle ainsi qu'aux structures mentales et sociales du XIe siècle ?

Laura VANGONE : Les locutions de temps dans l'hagiographie normande
À l'intérieur de la littérature hagiographique, l'espace et le temps sont deux catégories répondant avant tout à la sainteté du personnage et à l'accomplissement de sa virtus : traditionnellement, cette donnée a été souvent utilisée afin de mettre en opposition l'hagiographie, qui s'inscrit dans le temps irréel, à l'histoire, s'inscrivant plutôt dans le temps réel et "concret". Effectivement, la séparation même du passé, du présent et du futur est, à bien des égards, moderne et correspond seulement de façon partielle à la façon dont le temps était perçu au Moyen Âge. La manière de transmission du savoir, principalement orale, était également soumise à des catégories temporelles différentes des nôtres. L'oralité jouait ainsi un grand rôle dans la tradition hagiographique qui s'est concrétisée dans la rédaction de Vitae ou d'autres typologies de textes hagiographiques qui souvent, comme dans la Normandie de l'époque ducale, ont pour objet des saints ayant vécus plusieurs siècles avant les mises à l'écrit. Cette communication propose une étude "lexicographique" des occurrences, des expressions et des locutions de temps dans les textes hagiographiques narratifs de la Normandie ducale (911-1204), en remarquant la façon dont les hagiographes ont indiqué et marqué le temps et les passages de temps. Ces occurrences seront ensuite remises à une étude statistique et comparative entre les différents sous-genres de la littérature hagiographique de Normandie afin d'identifier affinités, différences et préférences des hagiographes, anonymes ou pas, d’environ 130 textes examinés. L'étude n'aura pas recours à l'analyse automatique des textes — qui serait d’ailleurs admise par le grand nombre de textes publiés sur la plateforme en ligne des Acta Sanctorum — présupposant en elle-même une non lecture de ces mêmes textes, mais plutôt d'une approche "manuelle" qui puisse permettre une analyse pas seulement quantitative mais aussi qualitative de ces données.

Emily A. WINKLER : Wace, l'histoire anglo-normande et l'histoire de l'expérience humaine
Cette communication, recherche la proximité et l'intimité avec les auteurs. Je vais discuter la recherche par les historiens normands médiévaux des mêmes choses — la proximité et l'intimité — dans l'histoire humaine. Comment devrions-nous considérer les éléments d'empathie et de compassion dans les livres des historiens normands, compte tenu de la vision plus naturaliste du sentiment humain qui s'est développé au haut Moyen Âge ? Les principales sources pour cette communication sont les œuvres d'Orderic Vitalis, Anselm de Bec, le Roman de Rou et les écrits hagiographiques de Wace.

Dr Emily A. Winkler est membre de St Edmund Hall et de la faculté d'histoire de l'université Oxford. Elle est l'auteur de Royal Responsibility in Anglo-Norman Historical Writing (Oxford, 2017) et la co-éditrice de Discovering William of Malmesbury (Woodbridge, 2017). Elle sera Humboldt Research Fellow à l'université Mainz (été 2019). Elle dirigera ensuite un projet de recherche à l'université Oxford, financé par Arts and Humanities Research Council : "The Search for Parity : Rulers, Relationships and the Remote Past in Britain's Chronicles, c. 1100–1300".


BULLETIN D'INSCRIPTION


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[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


SCIENCES, TECHNIQUES ET AGRICULTURES


DU LUNDI 16 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 22 SEPTEMBRE (14 H) 2019

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Patrick CARON, Frédéric GOULET, Bernard HUBERT, Pierre-Benoît JOLY


ARGUMENT :

À l'heure où se reconfigurent les relations entre sciences et sociétés, entre homme, technique et nature, ce colloque vise à faire le point sur le chemin parcouru dans le domaine agricole, et à construire de nouveaux espaces de pensée pour la recherche agronomique.

Il traitera des nouveaux régimes de production des connaissances et des technologies (A) : montée des régulations marchandes et civiques et des controverses associées ; nouvelles formes de management des métiers de la recherche agronomique ; question de l'utilité sociale et de l'impact de cette dernière ; changements dans la hiérarchie des savoirs et des disciplines scientifiques. Nous discuterons également des modes de gouvernance des sciences et des technologies à l’aune des grands défis sociétaux (B) qui orientent les agendas pour définir des futurs souhaitables : les défis, les transitions et les nouveaux imaginaires qui organisent aujourd'hui les mondes technoscientifiques liés à l'agriculture. L'évolution du financement de la recherche, et la volatilité des concepts ou des paradigmes qu'elle contribue à élaborer, seront également au cœur de la réflexion. Enfin, un troisième axe abordera les nouvelles formes d’organisation de la recherche et de l’innovation dans un monde globalisé (C) : de la science globalisée à la promotion des savoirs locaux, de l'État-Nation aux acteurs privés transnationaux dans la recherche, l'enjeu sera ici de penser les nouvelles formes d'insertion sociales et géographiques des sciences et des techniques agricoles.

Le colloque alternera conférences plénières et ateliers. Des visites et débats seront organisées notamment au Lycée agricole de Saint-Lô Thère et dans plusieurs fermes avoisinantes. Au-delà des contributeurs, il est ouvert à celles et ceux, professionnels et chercheurs, qui s'intéressent aux questions soulevées et souhaitent participer aux discussions.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 16 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 17 septembre
A - NOUVEAUX RÉGIMES DE PRODUCTION DES CONNAISSANCES ET DES TECHNOLOGIES (I)
Matin
Transformations de l'organisation de la recherche agronomique : enjeux épistémiques, politiques, économiques
Mireille MATT [Inra]
Pierre-Benoît JOLY [Inra]

Alternatives, émergences, innovations. Les techniques productives en débat
Frédéric GOULET [Cirad]
Nathalie JAS [Inra]

Après-midi
Table ronde 1, animée par Pierre-Benoît JOLY, avec Claude COMPAGNONE [AgroSup Dijon], Benoît DAVIRON [Cirad], Jean-Paul GAUDILLIÈRE [Inserm, EHESS], Raphaël LARRÈRE [Inra] (L'ouverture de possibles techniques hors des sentiers battus) et Catherine PARADEISE [Ifris]

Table ronde 2, animée par Frédéric GOULET, avec Sara AGUITON [CNRS], Stéphane BELLON [Inra], Francis CHATEAURAYNAUD [EHESS] et Fabrice CLERC [Atelier Paysan]

Soirée
Façons de voir et façons de faire du maïs et de la recherche, film présenté par sa réalisatrice Lucile GARÇON


Mercredi 18 septembre
C - NOUVELLES FORMES D'ORGANISATION DE LA RECHERCHE ET DE L'INNOVATION DANS UN MONDE GLOBALISÉ (I)
Matin
La réponse de la recherche finalisée aux "grands défis sociétaux"
Marion GUILLOU [Agreenium]
Pierre CORNU [Univ. de Lyon] : Entre biologie intégrative et bioéconomie. Retour sur le basculement systémique de la programmation de la recherche agronomique au tournant des années 2000

Table ronde, animée par Pierre-Benoît JOLY, avec Bernadette BENSAUDE-VINCENT [Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne], Christine CHERBUT [Inra], Elisabeth CLAVERIE DE SAINT-MARTIN [Cirad], Philippe LAREDO [Ifris et Univ. de Manchester], Sergio LEITE [Univ. Féderale Rurale de Rio de Janeiro] et Sylvain PERRET [Cirad]

Après-midi
"HORS LES MURS"
Visites de terrain en trois groupes : exploitations agricoles ; laiterie de Gavray ; matériel agricole (à préciser)

Soirée
Discussion avec les personnes rencontrées dans l'après-midi


Jeudi 19 septembre
"HORS LES MURS" — AU LYCÉE SAINT-LÔ THÈRE
Matin
Rencontre avec les enseignants et les élèves sur la place des technologies, de l'agroécologie, des enjeux sociétaux, etc. dans la formation

Après-midi
SÉANCE PUBLIQUE
B - GOUVERNER LES SCIENCES ET LES TECHNOLOGIES À L'AUNE DES GRANDS DÉFIS SOCIÉTAUX (I)
La sécurité alimentaire comme problème global
Olivier de SCHUTTER [Univ. catholique de Louvain]
Patrick CARON [Cirad, Univ. Montpellier]

Table ronde, animée par Bernard HUBERT [Inra, EHESS], avec Nicolas BRICAS [Cirad], Antoine DE RAYMOND [Inra], Eve FOUILLEUX [CNRS], Jean-Luc FRANÇOIS [CGAAER], Allison LOCONTO [Inra/Fao] et Sébastien TREYER [Iddri]


Vendredi 20 septembre
Matin
B - GOUVERNER LES SCIENCES ET LES TECHNOLOGIES À L'AUNE DES GRANDS DÉFIS SOCIÉTAUX (II)
La question animale – La recherche agronomique face aux mobilisations sociales et nouveaux enjeux de société, animée par Benoît DEDIEU [Inra], avec Elsa DELANOUE [Idele], Antoine DORÉ [Inra], Pierre LE NEINDRE [Inra], Jérôme MICHALON [CNRS] (La résistible ascension de l'éthique ? Sciences sociales et question animale) et Jocelyne PORCHER [Inra] (Cause animale, cause des animaux ?)

Démocratie technique : quelles formes de maîtrise des nouvelles technologies ?
Marie-Angèle HERMITTE [EHESS]
Thomas HEAMS [AgroParisTech]

Après-midi
Édition du Génome, table ronde animée par Bertrand HERVIEU [Académie d'agriculture], avec Jean-Christophe GLASZMANN [Cirad], Christine NOIVILLE [CNRS] et Selim LOUAFI [Cirad]

Agricultures numériques, table ronde animée par Frédérick GARCIA [Inra], avec Guy FAURE [Cirad], Nathalie HOSTIOU [Inra] et Jérémie WAINSTAIN [Green Data]


Samedi 21 septembre
Matin
C - NOUVELLES FORMES D'ORGANISATION DE LA RECHERCHE ET DE L'INNOVATION DANS UN MONDE GLOBALISÉ (II)
Gouvernance internationale de la recherche agricole
Étienne HAINZELIN [Cirad]
Bernard HUBERT

Table ronde, animée par Patrick CARON, avec Marc DUPONCEL [CE, DG Agri], Pierre FABRE [Cirad], Guido GRYSEELS [Musée de Tervueren], Catherine MOREDDU [OCDE] et Michel PETIT [IAM-M]

Après-midi
B - GOUVERNER LES SCIENCES ET LES TECHNOLOGIES À L'AUNE DES GRANDS DÉFIS SOCIÉTAUX (III)
Recherche et technologies agricoles face au changement climatique, animée par Patrick CARON, avec Jean-Paul BILLAUD [CNRS], Amy DAHAN [CNRS], Jean-François SOUSSANA [Inra] et Jean-Marc TOUZARD [Inra]

A - NOUVEAUX RÉGIMES DE PRODUCTION DES CONNAISSANCES ET DES TECHNOLOGIES (II)
L'agroécologie en question, animé par Xavier ARNAULD DE SARTRE [CNRS], avec Marc BARBIER [Inra] (L'agro-écologie entre syncrétisme politique et pluralité épistémique), Marianne CERF [Inra], François COTE [Cirad], Niels HALBERG [Univ. d'Aarhus] et Jean-Marc MEYNARD [Inra]


Dimanche 22 septembre
Matin
Conclusions, échanges et perspectives

Après-midi
DÉPARTS


PENDANT LA DURÉE DU COLLOQUE :

- Animation transversale, avec la participation de Alexis AULAGNIER, Lidia CHAVINSKAIA, Lise CORNILLEAU, Lucile GARÇON, Matthieu HEURTEVENT, Fanny HOWLAND, Clara JOLLY, Sergio MAGNANI, Lucile OTTOLINI, Fiona PANZIERA, Céline PESSIS, Nicolas PRIGNOT, Benjamin RAIMBAULT, Louis RÉNIER, Esther SANZ SANZ et Celina SLIMI

- "Machines et bâtiments agricoles libres : des Communs en exposition", exposition proposée par Fabrice CLERC [Atelier Paysan] (En savoir plus)


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Alexis AULAGNIER
Alexis Aulagnier est doctorant en sociologie au Centre de Sociologie des Organisations de SciencesPo Paris. Ses recherches portent sur les politiques publiques agricoles et s'inscrivent dans les champs de la sociologie de l'action publique, de la sociologie économique, et de la sociologie des sciences et des techniques. Ses travaux ont été valorisés dans le cadre d'un article co-signé avec Frédéric Goulet dans la revue Sociologie du travail.

Sara AGUITON
Au croisement des études sociales des sciences et des techniques, de la sociologie des risques et de l'environnement, les recherches de Sara Aguiton portent sur les risques émergents et leur régulation. Sa thèse a été consacrée à l'étude des politiques des risques de la biologie synthétique, et a donné lieu à la publication du livre La démocratie des chimères, gouverner la biologie synthétique paru en 2018 au Bord de l'eau. Ses recherches actuelles portent sur le rôle de l'assurance et de la finance dans le gouvernement des risques climatiques. Elle a récemment publié un article intitulé "Fortune de l'infortune. Financiarisation des catastrophes naturelles par l'assurance" dans la revue Zilsel. Elle est également engagée dans le projet de recherche collective et interdisciplinaire financé par l'IFRIS sur l'économie politique du machinisme agricole en France depuis 1945.

Xavier ARNAULD DE SARTRE
Xavier Arnauld de Sartre est directeur de recherches au CNRS et titulaire d'une chaire senior à l'université de Pau et des Pays de l'Adour sur "les territoires dans les transitions énergétiques et territoriales". Ses travaux portent sur les contradictions entre conservation et développement en matière agricole, notamment au niveau international (autour de la notion de services écosystémiques), et dans différents terrain : Amazonie, Pampa Argentine, France. Depuis 2015, il coordonne un projet de comparaison tri-national France-Brésil-Argentine sur l'institutionnalisation des agroécologies, qui étudie la manière dont la reconnaissance de l'agroécologie transforme les propositions de cette dernière.

Marc BARBIER : L'agro-écologie entre syncrétisme politique et pluralité épistémique
Cette communication propose une synthèse de l'étude des différents genres de discours que reçoit l'agro-écologie dans différentes arènes ainsi que les accords et désaccords formulés à l'endroit de sa définition et de la mise en œuvre d'activités de développement agricole et d'innovation fondé sur son énonciation politique. Les oppositions entre différentes conceptions de l'agro-écologie sont alors analysées comme un mode d'existence des transformations très contemporaines de l'agronomie et d'une forme de syncrétisme politique qui établit une re-sectorialisation du traitement des problèmes posés les déboires de modernisations agricoles répétées.

Marc Barbier, agro-économiste de formation et docteur en gestion est directeur de recherche à l'INRA. Il conduit des recherches sur les transformations du régime de production de connaissance et d'innovation en agriculture avec un ancrage dans les Études Sociales et Historiques des Sciences et des Techniques, qui l'a conduit à contribuer au développement de la Revue d'Anthropologie des Connaissances. Il a créé l'unité propre INRA Sciences en Société et dirigé la plateforme CorTexT. Il est actuellement Directeur de l'IFRIS.

Pierre CORNU : Entre biologie intégrative et bioéconomie. Retour sur le basculement systémique de la programmation de la recherche agronomique au tournant des années 2000
Pensée depuis la création de l'Inra en 1946 sur le modèle d'inspiration fordiste d'une diffusion descendante des résultats scientifiques produits en laboratoire et en domaines expérimentaux vers des secteurs de production bien délimités, la recherche agronomique publique française s'est heurtée à la fin du XXe siècle à une double crise, à la fois de la résistance croissante des bioressources à leur saisie réductionniste, et de contestation par une fraction croissante de la société — consommateurs, citoyens, militants, y compris scientifiques — des produits de cette recherche. Plantes et animaux, intrants et effluents, procès et produits, exploitations et environnement, ne pouvaient plus être considérés par la recherche publique comme les objets distincts d'innovations renvoyant à une rationalité générale incontestable, mais s'affirmaient de manière de plus en plus forte comme les éléments de systèmes dynamiques affectés par des vulnérabilités préoccupantes et par des enjeux éthiques et sociétaux majeurs. Survenant au terme d'un processus historique de libéralisation et d'internationalisation de l'économie de la connaissance, cette crise constituait une menace existentielle pour la recherche publique appliquée à l'agriculture, mise au défi de se réinventer et de se relégitimer à la fois aux yeux de la société, des pouvoirs publics et des mondes économiques, tout en répondant aux menaces systémiques de plus en plus évidentes pesant sur les écosystèmes cultivés. Conçue sur le modèle d'un dialogue entre agents de la recherche agronomique et de son pilotage et historiens, visant à produire une réflexivité historique et prospective partagée sur la gouvernance des biosciences finalisées, cette communication se propose d'éclairer le moment-clé et les enjeux épistémologiques et politiques du cycle de réformes conduit par la direction de l'Inra entre 1997 et 2004 ayant mené à redéfinir sous la forme du tripode "agriculture-alimentation-environnement" et dans une conception ouvertement systémique de l'agir scientifique le domaine de compétences et d'intervention de l'Inra.

Pierre Cornu est professeur d'histoire contemporaine et d'histoire des sciences à l'université Lyon 2, membre du Laboratoire d'études rurales de Lyon. Ses travaux portent sur le développement agricole et rural en France de la fin du XIXe siècle à nos jours, dans son lien avec la dynamique des sciences appliquées et l'émergence de la question environnementale.
Publication
En collaboration avec Egizio Valceschini et Odile Maeght-Bournay, L'histoire de l'Inra entre science et politiques, Quae, 2018.

Elsa DELANOUE
Le regard que la société française porte sur l'élevage évolue du fait des transformations sociales et de l'évolution importante des systèmes de production. Face à ces enjeux, les points de vue des acteurs, des filières et de la société ont été analysés sur l'élevage ainsi que les remises en cause dont il fait l'objet. À partir d'enquêtes qualitatives et quantitatives et d'un cadrage théorique en sociologie des controverses, nous montrons, d'une part, que les attentes des citoyens envers l'élevage sont variées mais qu'une sensibilité envers le bien-être des animaux est en passe de se généraliser, et, d'autre part que ces attentes sociétales commencent à être considérées sérieusement par le monde de l'élevage dans l'adaptation de ses pratiques. Cinq visions pour l'élevage de demain, portées par différents profils d'acteurs, coexistent au sein de la société : les abolitionnistes, les alternatifs, les progressistes, les compétiteurs et les indifférents.

Elsa Delanoue est agronome et sociologue au service des Instituts Techniques Agricoles des filières animales, spécialisée dans l'analyse des relations entre élevage et société. Elle est titulaire d'un doctorat de sociologie depuis 2018, sa thèse portant sur les débats et mobilisations autour de l'élevage (analyse d'une controverse).
Publications
Delanoue E. et al., 2018, "Regards croisés entre éleveurs et citoyens français : vision des citoyens sur l'élevage et point de vue des éleveurs sur leur perception par la société", INRA Productions Animales, 31 (1), 51-68.
Delanoue E. et al., 2018, "Livestock farming systems and society : identification and analysis of key controversies from the perspective of different stakeholders", 13th European IFSA Symposium, 1-5 July 2018, Chania (Greece), 1-14.

Antoine DORÉ
L'organisation des activités d'élevage fait aujourd'hui l'objet d'une multitude de recompositions induites par un nombre croissant d'innovations qui bouleversent nos manières de gérer et de gouverner les animaux. Ce diagnostic général est particulièrement saillant dans le cadre des activités de sélection et de reproduction des animaux marquées par deux tournants intimement liés : (1) un tournant génomique (lié notamment au développement du séquençage haut-débit); (2) un tournant informationnel (lié notamment au développement des technologies numériques d'information et de communication). Partant d'un travail d'enquête sur les pratiques et l'organisation de la sélection génomique des vaches laitières en France et aux Etats-Unis, cette communication vise à décrire la manière dont les sciences animales, à travers leur contribution à l'innovation technologique, participent à la transformation des dynamiques de production, de circulation et d'accumulation des valeurs relatives à la maîtrise (productive et non productive) des animaux d'élevage.

Antoine Doré est chargé de recherche en sociologie à l'INRA. Ses travaux portent sur les modalités de gouvernement et de gestion du vivant dans les champs de l'agriculture et de l'environnement. Il s'attache notamment à analyser les modalités de construction des métriques et des standards (biologiques, techniques, informationnels) par lesquels les acteurs coordonnent leurs connaissances et leurs actions relatives à la maîtrise (productive et non productive) des vivants non-humains - en particulier des animaux.
Publication
Doré A., Michalon J. (2017), "What makes human-animal relations "organizational" ? The description of anthrozootechnical agencements", Organization, 24 (6), 761-780.

Marc DUPONCEL
Marc Duponcel est ingénieur agronome, docteur en économie. Il a travaillé à la FAO pendant cinq années avant de rejoindre la Commission européenne. Il est actuellement chef de secteur "recherche" dans l'unité "recherche et innovation" de la Direction générale de l'agriculture et du développement rural. Dans ce cadre, il coordonne la programmation stratégique ainsi que le programme de travail. Il s'occupe aussi des aspects politiques (notamment préparation d'Horizon Europe) et aussi des questions globales (participation aux réunion du G-20 des chief agricultural scientists).

Nathalie HOSTIOU
Si l'allègement de la charge de travail est mis en avant comme un des facteurs favorisant l'adoption de technologies de précision dans les élevages, ses conséquences sur le travail restent encore peu connues. Le temps parfois gagné avec ces outils est souvent réinvesti dans des tâches de production (augmentation de la taille des ateliers), de pilotage de l'exploitation (surveillance des animaux) ou dans des activités privées. Les éleveurs apprécient surtout la souplesse dont ils disposent pour organiser autrement leur journée et adapter leurs horaires de travail à leur vie familiale. Des éleveurs estiment que la relation homme-animal devient meilleure car les échanges avec leurs animaux sont moins contraints. Les données des capteurs aident à anticiper les événements de la conduite d'élevage et à prévenir les risques, même si l'œil et le ressenti de l'éleveur restent essentiels. Cependant la charge mentale pour gérer les alarmes est parfois source de stress. Si ces technologies comportent des aspects positifs susceptibles d'exercer un attrait pour le métier notamment de jeunes en quête de modernité, elles peuvent se révéler sources d'échecs si elles ne sont pas adaptées aux besoins et aux compétences des éleveurs.

Nathalie Hostiou est chercheure à l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique / UMR Territoires), ingénieure en agriculture (École Supérieure d'Agriculture d'Angers, France, 1998), et docteure en zootechnie (INA-PG, Paris, France, 2003). Elle mène des recherches sur le travail en élevage (conséquences de l'élevage de précision sur le travail des éleveurs, changements dans le travail suite à l'embauche de salariés, évaluation de l'efficience et la flexibilité du travail, rôle des conduites d'élevage pour simplifier le travail des éleveurs, production de méthodes destinées aux conseillers agricoles pour accompagner les éleveurs).

Raphaël LARRÈRE : L'ouverture de possibles techniques hors des sentiers battus
Pour porter remède aux maux dont souffre l'humanité, on ne compte plus de nos jours sur des transformations sociales et politiques, mais sur des solutions techniques. Tout se passe comme si l'imagination technique avait remplacé l'imagination sociale. Cela soulève deux problèmes. D'une part, il est aisé de constater que la plupart des maux dont souffre l'humanité n'ont pas que des solutions techniques et que toute technique ne peut se comprendre qu'inscrite dans une dynamique sociale. D'autre part, le fonctionnement actuel de la recherche technoscientifique tend à canaliser les innovations dans quelques directions au sein desquelles se sont engagés de puissants réseaux sociotechniques. Si bien que l'imagination technologique a eu tendance à s'appauvrir. Le propos sera d'argumenter que, pour se libérer des verrouillages technologiques et ouvrir de nouveaux possibles (par exemple l'agro-écologie ou la permaculture), il faut redonner toute sa place à l'imaginaire social et politique.

Pierre LE NEINDRE
Au cours des quarante dernières années, j'ai été témoin, peut-être acteur, d'évolutions significatives dans nos rapports avec les animaux. En 1970, les éleveurs et les biologistes ont cherché à optimiser l'animal en tant que "machine métabolique". Nos concitoyens devant le développement de ces systèmes ont pris conscience du fait que ces environnements portaient atteintes aux animaux. En 1970, la seule façon de procéder était de s'en tenir à la bientraitance… qui était définie par les professionnels. Les éthologistes avancent que, désormais, il est possible d'évaluer les états mentaux des animaux, et ainsi de caractériser leurs plaisirs, leurs souffrances et leurs attentes et, donc, leur bien-être. On sait en outre aujourd'hui que certains animaux sont conscients d'eux-mêmes, de leur environnement de leurs connaissances, de leur passé et peuvent anticiper l'avenir.

Bibliographie
B. Denis, 2015, Éthique des relations homme/animal, Éditions France agricole, 182pp.
INRA, 2013, Douleurs animales en élevage, Quae, 129pp.
P. Le Neindre, M. Dunier, R. Larrère, P. Prunet, 2018, La conscience des animaux, Quae, 118pp.
P. Mormède, L. Boisseau-Sowinski, J. Chiron, C. Diederich, J. Eddison, J.-L. Guichet, P. Le Neindre, M.-Ch. Meunier-Salaün, 2018, Bien-être animal : contexte, définition, évaluation, INRA prod. Anim., 31 (2), 145-162 [en ligne].

Jérôme MICHALON : La résistible ascension de l'éthique ? Sciences sociales et question animale
Dans cette intervention, je décrirai la manière dont les sciences humaines et sociales, francophones et anglo-américaines, interagissent avec les nouvelles formes de militantisme pro-animaux qui se développent depuis les années 1970. Au moins deux caractéristiques de ce militantisme sont de nature à questionner fortement la recherche en général, et la recherche agronomique en particulier : d'une part, ce militantisme a été alimenté et encouragé par des universitaires (fondateurs de l'éthique animale), et il donné lieu à une production intellectuelle conséquente; d'autre part, il a formulé et diffusé une critique radicale de la condition animale, se focalisant en premier lieu sur la consommation de viandes et de produits animaux (et par-delà, sur l'élevage, "traditionnel" ou "industriel"). Dans le même temps qu'a émergé l'éthique animale, certains chercheurs en SHS ont développé un intérêt pour l'étude des relations humains-animaux. Plusieurs d'entre eux ont, depuis, exprimé leur adhésion ou leur méfiance, partielles ou totales, vis-à-vis de la critique portée par l'éthique animale et le militantisme pro-animaux. Il sera question ici d'analyser ces prises de position, leur origine disciplinaire, leur format, leur registre normatif et la manière dont elles participent à constituer les questions éthiques en point de passage obligé des réflexions sur les rapports aux animaux.

Jérôme Michalon est sociologue, chargé de recherche CNRS à l'UMR Triangle (Université de Lyon). Ses travaux portent sur l'évolution des relations humains-animaux, dans une perspective de sociologie des sciences et de sociologie des mobilisations. Après avoir travaillé sur différents objets (parcs zoologiques, protection animale, pratiques de soin par contact animalier), il s'intéresse actuellement aux rapports entre le militantisme pro-animaux et le monde académique.
Publications récentes
Michalon, J. (2018), Cause animale et sciences sociales : de l'anthropocentrisme au zoocentrisme. La vie des idées, La Vie des Idées [en ligne].
Michalon, J. (2017), "Les Animal Studies peuvent-elles nous aider à penser l'émergence des épistémès réparatrices ?", Revue d'Anthropologie des Connaissances, 11 (3), 321-349.
Doré, A. et Michalon, J. (2016), "What makes human-animal relations "organizational" ? The De-Scription of anthrozootechnical agencements", Organization, 24 (6), 761-780.
Michalon, J., Doré, A. & Mondémé, C. (2016), "Une sociologie avec les animaux : faut-il changer de sociologie pour étudier les relations humains/animaux ?", SociologieS, "Dossiers, Sociétés en mouvement, sociologie en changement", mis en ligne le 07 mars 2016, consulté le 29 mars 2016 [en ligne].
Michalon, J. (2014), Panser avec les animaux. Sociologie du soin par le contact animalier, Paris, Presses des Mines ParisTech.

Michel PETIT
Il s'agira de porter témoignage sur mon expérience à la Fondation Ford en Inde (1975-1977) et à la Banque Mondiale (1988-1998). Dans ces deux institutions, j'ai en effet été mêlé, soit comme observateur proche soit comme acteur directement impliqué, à la gestion du CGIAR (Consultative Group for International Agricultural Research) et à celle des relations entre les centres internationaux de ce groupe et les autres acteurs de la recherche agronomique internationale. Cette expérience permet de remettre en cause, ou au moins de nuancer sérieusement, des idées largement répandues sur le rôle supposé dominant de l'impérialisme américain dans la révolution verte. Je mettrai en particulier l'accent sur la nécessité d'un consensus minimum dans toute action internationale requérant une coordination entre de nombreux acteurs, tout en reconnaissant la fragilité de la notion même de consensus.

Agronome devenu économiste, Michel Petit a été successivement chercheur à l'INRA, Professeur à l'ENSSAA à Dijon, responsable du programme agriculture et développement rural de la Fondation Ford en Inde, Directeur du département "agriculture et développement rural" à la Banque Mondiale. Il est maintenant associé à l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier. Pendant une vingtaine d'années son principal champ de recherche a porté sur les décisions des agriculteurs, étudiées comme composante centrale de leur comportement adaptatif, et sur les conséquences de ces travaux pour la formation des agriculteurs. Il s'intéresse principalement aujourd'hui aux négociations internationales relatives à la libéralisation des échanges agricoles et aux prospectives à long terme sur les agricultures du monde. Président de l'Association Européenne des Économistes Agricoles et de l'Association Internationale des Économistes Agricoles. Il est membre de l'International Food and Agricultural Trade Policy Council (IPC) depuis 1999 et de l'Académie d'agriculture de France depuis 1997. Il préside aussi le conseil scientifique de la Fondation pour l'Agriculture et la Ruralité dans le Monde (FARM) depuis 2006.
Publications récentes
"Les négociations agricoles à l'OMC : Où en sont-elles ? Où vont-elles ?", Cahiers Agricultures, 14,4, 399-403, Juillet-Août 2005.
"Les enjeux de la libéralisation agricole dans la zone méditerranéenne" (avec C. EMLINGER et F.ACQUET), Région et Développement, n°23, 41-72 - "Libéralisation agricole et pays en développement" (coordonné par Michel Petit, Jean-Louis Rastoin et Henri Regnault), 2006.
"Are Geographical Indications a Valid Property Right ? Global Trends and Challenges", Development Rolicy Review, 37, 5, 503–528, 2009 (avec Hélène Ilbert).
"Agro-Food Trade And Policy Issues In The Mediterranean Region", QA-Rivista dell'Associazione Rossi-Doria, n°3, 2009.
"Prospectives, projections, évaluations : supputations sur l'avenir de l'agriculture mondiale", Cahiers Agricultures, 19, 1, 3-5, Janvier-Février 2010.
Pour une agriculture mondiale productive et durable, Quae, 2011, 112 p.
"Tensions et asymétries sur les marchés agricoles quelles régulations ? Perspectives d'avenir", in Regard sur la Terre, Éditions Armand Collin, 2012.
"Agricultures, alimentations et mondialisation : paradoxes et controverses", Natures, Sciences, Sociétés, 21, 56-59, 2013 (avec Bruno Dorin et Jean-Luc François).

Jocelyne PORCHER : Cause animale, cause des animaux ?
La cause animale actuellement hyper médiatisée sert-elle vraiment la cause des animaux ? Je poserai la question en revenant sur la dynamique historique de l'industrialisation de l'élevage et de notre société ainsi que sur la dynamique parallèle de construction de la "cause animale". Le soutien actuel de nombreux théoriciens et militants de la cause animale à l'agriculture cellulaire et au développement de substituts biotech aux produits d'élevage promus par les milliardaires et les multinationales confirme les divergences et tensions entre la cause animale, comme défense des intérêts des classes dominantes, et la cause des animaux comme prise en compte de l'intérêt des animaux dans ce qui nous rassemble, le travail.

Jocelyne Porcher est directrice de recherche à l'INRA. Ses recherches portent sur les relations de travail entre humains et animaux. Avant de devenir chercheure, elle a été éleveure, salariée en production porcine industrielle, technicienne en agriculture biologique. Ce sont ces diverses expériences professionnelles qui lui ont permis de proposer des hypothèses de recherche inédites.
Publications
Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIe siècle, La Découverte, 2014 (poche) [livre traduit en anglais, italien (espagnol début 2020)].
Cause animale, cause du capital, Éditions du Bord de l'Eau, parution septembre 2019.


BULLETIN D'INSCRIPTION


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[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


LA PENSÉE AMÉNAGISTE EN FRANCE :

RÉNOVATION COMPLÈTE ?


DU VENDREDI 6 SEPTEMBRE (19 H) AU VENDREDI 13 SEPTEMBRE (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Stéphane CORDOBES, Xavier DESJARDINS, Martin VANIER


ARGUMENT :

L'objectif scientifique de ce colloque est de contribuer au renouvellement de la pensée aménagiste en France. Dans ses fondamentaux, cette pensée date des années 1940-50. Des notions fondatrices comme l'équilibre, l'occupation harmonieuse, le désenclavement des territoires, la hiérarchie urbaine ont été instaurées comme des idéaux aménagistes à une époque où la France était encore plus proche (économiquement, technologiquement, culturellement, politiquement) de celle du XIXe siècle que de celle d'aujourd'hui. Depuis 60 ans, l'urbanisme a connu de très profonds renouvellements de ses principes, ses référentiels, ses modes de faire. Mais non "l'aménagement du territoire". Le terme même est désormais obsolète, au regard de ce qu'est devenu la société, son espace, son fonctionnement géographique. Il continue pourtant de rencontrer un succès d'estime. En 2006, un colloque de Cerisy a déjà été organisé sur ce sujet (L'aménagement du territoire : changement de temps, changement d’espace, à l'initiative d'Armand Frémont), et d'autres sur des sujets connexes. Mais il reste à travailler le fond des concepts à renouveler, l'aggiornamento d'une politique qui n'a d'ailleurs pas, depuis cette date, cessé de chercher ses marques, dans une certaine confusion (la compétitivité ? l'égalité ? la cohésion ?).

Territoires, réseaux, lieux : un nouvel agencement des trois grandes catégories de figures de l’espace est à énoncer, qui permette de rendre compte de la France telle qu'elle se transforme et telle qu'elle nécessite une politique nouvelle de l'espace. Ce colloque propose trois objectifs nouveaux :

1. Dépasser les notions obsolètes et les controverses stériles qui encombrent encore actuellement la pensée aménagiste. Loin de refaire l'histoire de l'aménagement du territoire, il s'agit de soumettre au test de la prospective la pertinence d'un certain nombre de notions encore ancrées dans les croyances aménagistes, pour mieux ouvrir l'espace de la réinvention.

2. Repenser l'aménagement de l'espace à partir des réseaux et de leurs opérateurs, davantage que par les territoires et leurs cadres de gestion. Plutôt que de repasser encore une fois par le jeu des institutions territoriales, leurs périmètres, leur gouvernance, leur architecture globale, il est proposé de lire le management de l'espace des réseaux par les entreprises qui les investissent, par les opérateurs de services afin d'interpeller leur vision spatiale et leur pensée ou imaginaire aménagiste plus ou moins implicite.

3. Amorcer une refondation conceptuelle de nature à porter la nouvelle pensée aménagiste en France. Réciprocité, réversibilité, hybridité, circularité, interterritorialité, scalabilité, réticularité… Un nouveau vocabulaire est en train de prendre place, mais il n'est pas encore en état de jouer la fonction politique qu'on pourrait attendre de lui. D'où l'enjeu d'y travailler pour permettre sa diffusion au-delà du cercle des experts. L'approche par les réseaux doit permettre cette refondation. Se posera alors la question du lieu comme figure spatiale majeure d'une articulation reformulée entre réseaux et territoires.

Par son objet et son ambition, ce colloque réunira celles et ceux qui, quels que soient leurs parcours professionnels et leurs engagements, veulent penser autrement l'aménagement de la France de demain.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 6 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 7 septembre
FONDAMENTAUX : OBSOLESCENCE ET PROSPECTIVE
Matin
Stéphane CORDOBES (CGET), Xavier DESJARDINS (Sorbonne Université) & Martin VANIER (École d'urbanisme de Paris) : Les promesses devenues intenables et leur nécessaire reformulation [dialogue introductif]
Marie-Vic OZOUF-MARIGNIER (EHESS) : Aux sources idéologiques de l'aménagement du territoire

Après-midi
Magali TALANDIER (Université Grenoble Alpes) : Aménagement du territoire et cycle de développement
Frédéric SANTAMARIA (Université Paris-Diderot) : Aménagement du territoire et Union européenne : entre influence croisée et incertitudes conceptuelles
Karine HUREL (FNAU) : L'épuisement des cartes et représentations aménagistes [interpellation visuelle]


Dimanche 8 septembre
CONTROVERSES AMÉNAGISTES
Matin
La métropolisation contre les territoires ?, controverse entre Giuseppe BETTONI (Université de Rome) et Gilles PINSON (Sciences Po Bordeaux)

La France en panne de décentralisation ou malade de ses excès ?, controverse entre Arnaud BRENNETOT (Université de Rouen) et Anne-Cécile DOUILLET (Université de Lille)

Après-midi
Zonages et catégories d’intervention : passage obligatoire ou piège fatal ?, controverse entre Laurence BARTHE (Université de Toulouse) et Marc DUMONT (Université de Lille)

La pensée aménagiste peut-elle entrer dans l'anthropocène ?, controverse entre Morgan POULIZAC (Plein Sens) et Bruno REBELLE (Transitions)

Karine HUREL (FNAU): Nouvelles pistes pour les cartes et représentations aménagistes [interpellation visuelle]


Lundi 9 septembre
REPENSER L'AMÉNAGEMENT PAR LES RÉSEAUX (I)
Matin
Martin VANIER : Penser l'aménagement par les réseaux [introduction]

Réseaux, territoires et planification, table ronde animée par Marie DÉGREMONT (France Stratégie) et François-Mathieu POUPEAU (LATTS), avec des opérateurs de réseaux : Michel DERDEVET (ENEDIS), Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS), Emmanuelle SAURA (SNCF RÉSEAU) et Livier VENNIN (EDF)

Après-midi
La maîtrise d'ouvrage partagée des grands projets, table ronde animée par Antoine FRÉMONT (IFSTTAR) et Anne PONS (ADEUS), avec des opérateurs de réseaux : Florence PAVAGEAU (LA POSTE), Max PELLEGRINI (SUEZ), Emmanuelle SAURA (SNCF RÉSEAU) et Livier VENIN (EDF)

Synthèse : Jérôme BARATIER (ATU37)

Soirée
Raphaële BERTHO (Historienne de la photographie, maîtresse de conférences à l'université de Tours) : Paysages sur commande : quel rôle pour la photographie dans les politiques d'aménagement du territoire ?


Mardi 10 septembre
"HORS LES MURS" — Sortie sur le terrain : le nord Cotentin


Mercredi 11 septembre
REPENSER L'AMÉNAGEMENT PAR LES RÉSEAUX (II)
Matin
Xavier DESJARDINS : Les termes de la nouvelle régulation public-privé [introduction]

La mobilité à l'articulation de tous les réseaux, table ronde animée par Jean DEBRIE (Université Paris 1) et Gaële LESTEVEN (ENPC), avec des opérateurs de réseaux : Christian GUIBERT (ORANGE), Éléonore LACROIX (RATP), Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS) et Max PELLEGRINI (SUEZ)

Après-midi
Services numériques et "à distance", table ronde animée par Nicolas DOUAY (Université Grenoble Alpes) et Nicolas LOUVET (6T), avec des opérateurs de réseaux : Christopher FABRE (ENEDIS), Christian GUIBERT (ORANGE), Florence HENRY (LA POSTE) et Denis SOCHON (RATP)

Synthèse : Nacima BARON (École d'urbanisme de Paris)


Jeudi 12 septembre
UN NOUVEAU CONTRAT AMÉNAGISTE ?
Matin
Stéphane CORDOBES : Vers un nouvel ordre du discours aménagiste ? [introduction]
Hugo BEVORT (Agence des territoires) : Les termes du nouveau contrat aménagiste national

Après-midi
Les visions politiques du nouveau contrat aménagiste, échanges avec des élus dont notamment Alain PEREA (Député LREM de l'Aude), Dominique POTIER (Député PS de Meurthe-et-Moselle) et Jean-Louis VALENTIN (Président de la Communauté d'Agglomération du Cotentin)


Vendredi 13 septembre
SYNTHÈSES ET CONCLUSIONS
Matin
Rapport d'étonnement par la jeune recherche, avec Lavinia BLANQUET (Université Grenoble Alpes), Adrian GOMEZ (Sorbonne Université), Mathilde MARCHAND (Université Paris-Est) et Achille WARNANT (EHESS)

Dialogue conclusif, avec l'ensemble des participants et animé par les directeurs du colloque

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jérôme BARATIER
Jérôme Baratier est urbaniste, diplômé de sciences politiques. Il dirige l'agence d'urbanisme de l'agglomération de Tours depuis 2007 et enseigne à l'école urbaine de Sciences Po. Auparavant directeur de projet et directeur général des services au sein de collectivités locales, il est intervenu dans des territoires diversifiés pour définir, fédérer et mettre en œuvre des politiques publiques ayant à répondre à la complexité du fait urbain. Espace d'ingénierie partenarial et prospectif, l'agence d'urbanisme de l'agglomération de Tours, accompagne, à toutes les échelles et dans une approche résolument transversale, les décideurs publics dans leur connaissance, leur projection et leurs actions en faveur du développement urbain durable d'un bassin de vie de près de 400 000 habitants.

Raphaële BERTHO : Paysages sur commande : quel rôle pour la photographie dans les politiques d'aménagement du territoire ?
La Mission photographique de la DATAR (1984-1988) marque le point de départ du développement en France des commandes publiques artistique de photographie ayant pour objet la représentation d'un territoire. L'ensemble de ces projets, portés par des institutions tant culturelles que territoriales, participent au développement d'une politique visuelle qui se donne pour objet dès l'origine de "recréer une culture du paysage" dans une volonté de dépassement des stéréotypes paysagers. Si ces travaux contribuent sans aucun doute à un renouvellement des formes esthétiques, le dessein social de ces images doit être aujourd'hui questionné à l'aune de quatre décennies d'expérimentations photographiques dans le cadre des politiques d'aménagement.

Raphaële Bertho est maîtresse de conférences en Arts à l'université de Tours et directrice du laboratoire InTRu (EA 6301). Elle travaille depuis 2005 sur les enjeux esthétiques et politiques de la représentation du territoire contemporain. Elle a publié en 2013 l'ouvrage La Mission photographique de la DATAR, Un laboratoire du paysage contemporain (La Documentation française). Elle a été commissaire avec Héloïse Conesa des expositions Dans l'atelier de la Mission de la DATAR (Rencontres photographiques d'Arles, 2017) et Paysages français, Une aventure photographique 1984-2017 (BnF, 2017-2018).

Hugo BEVORT : Les termes du nouveau contrat aménagiste national
La cohésion des territoires succède à l'égalité des territoires. Au-delà des politiques et des dispositifs d'action qui sont mis en œuvre sous son égide, il semble opportun d'interroger le nouveau discours qui s'élabore en questionnant de l'intérieur — du lieu même au sein de l'État où ce discours s'élabore — la manière dont il tente de renouveler la manière de penser et d'agir dans les territoires, sa façon de réordonner la réalité spatiale française et de résoudre les dilemmes qui en découlent.

Hugo Bevort est actuellement directeur des stratégies territoriales au Commissariat général à l'égalité des territoires. La direction des stratégies territoriales aide le gouvernement à comprendre et objectiver les dynamiques territoriales afin de préfigurer les politiques publiques qui permettront de renforcer la cohésion du territoire national. Auparavant, il était chef du Pôle Territoires au cabinet du Premier ministre et, dans ce cadre, a été particulièrement mobilisé sur le Grand Paris. Ancien élève de l'ENA (promotion Aristide Briand, 2008), il a occupé le poste de directeur de cabinet de l'adjoint au maire de Paris, chargé de Paris Métropole et des relations avec les collectivités territoriales. Agrégé d'histoire, il a commencé sa carrière en tant que professeur d'histoire-géographie au Lycée Jacques Brel à la Courneuve. Il est notamment l'auteur, aux côtés d'Aurélien Rousseau, de l'article "La banlieue, mythe politique français" publié dans la revue Esprit en mars 2013.

Stéphane CORDOBES (CGET), Xavier DESJARDINS (Sorbonne Université) & Martin VANIER (École d'urbanisme de Paris) : Les promesses devenues intenables et leur nécessaire reformulation
L'introduction générale du colloque se fera à trois voix, sur la base des hypothèses de recherche de chacun des responsables du colloque. Pour Martin Vanier, il s’agit de passer de l’âge des territoires à l'âge des réseaux. Pour Xavier Desjardins, cela appelle à refonder les termes mêmes de la distribution "territoriale" des pouvoirs. Pour Stéphane Cordobès, il s'agit d'interroger le discours aménagiste et sa manière d'ordonner la réalité, entre projet moderne et basculement dans le paradigme anthropocène.

Stéphane CORDOBES : Vers un nouvel ordre du discours aménagiste ?
L'aménagement du territoire ne relève pas que du registre de l'action. C'est aussi un grand récit moderne qui depuis les années 50 ordonne la réalité spatiale du pays et dont la force symbolique l'emporte souvent sur la capacité de transformation des territoires. En conséquence, la crise de l'aménagement est aussi une crise des représentations, la résultante d'un écart considérable entre, d'un côté, la vision du monde et la promesse politique dont l'aménagement reste tant bien que mal porteur et, de l'autre, nos conditions de cohabitation et les dilemmes qu'elles occasionnent. Le discours aménagiste est traversé par ces tensions et tentatives d'ajustement, y compris en intégrant les réseaux et ses acteurs. La cohésion des territoires, après l'égalité, constituent de ce point de vue la dernière tentative en date de réajustement de ce discours par l'état. L'ampleur de la reconception sera-t-elle suffisante ? Ne faut-il pas de manière plus radicale faire le deuil du projet moderne d'aménagement, afin d'entrer en prospective et de commencer à édifier le grand récit du ménagement anthropocène ?

Xavier DESJARDINS : Les termes de la nouvelle régulation public-privé
L'aménagement est toujours "public" et "privé". Alors que de nombreux débats portent sur le "poids" respectif de ces deux types d'acteurs (avec un discours, plaintif ou satisfait selon les locuteurs, sur le "retrait" ou le "recul" de l'acteur public), nous porterons notre regard principalement sur les modalités de cette relation. Quelles sont les nouvelles figures de cette relation, telles qu'on aura pu les voir s'affirmer notamment au cours des deux tables rondes précédentes ? Comment ces nouvelles modalités de relation public-privé dessinent un nouveau paysage d'action sur des enjeux structurants comme la multi-mobilité et l'accès numérique aux services à distance.

Karine HUREL (FNAU) : L'épuisement des cartes et représentations aménagistes - interpellation visuelle
La représentation par l'image, et plus spécifiquement la carte, de la France et de son aménagement est un contributeur décisif à l'intelligibilité du sujet. Autant que les mots clés de la pensée aménagiste, les images emblématiques de la France, de ses problèmes et de ses horizons de transformation, ont joué le rôle de stabilisateurs de cette pensée. Mais si cette stabilisation a ses vertus, elle a aussi ses méfaits quand elle devient une inertie au changement nécessaire des représentations. L'image même de l'hexagone a ainsi la vie dure. Une lecture critique de décennies passées de la production cartographique de l'aménagement du territoire doit permettre de mesurer le renouvellement qui l'a travaillé, ou pas.

Karine HUREL (FNAU): Nouvelles pistes pour les cartes et représentations aménagistes - interpellation visuelle
En prolongement de l'intervention de la veille, l'exploration des nouvelles formes de la représentation, en phase avec les possibilités sociotechniques contemporaines en très vive évolution, invite à réinterroger les concepts clés de l'aménagement du territoire. Que représente-t-on aujourd'hui dans les supports de repérage spatial qui nous servent d'outils au quotidien pour comprendre notre espace ? En quoi y a-t-il là des modalités transformatrices pour la représentation de l'espace, pris comme objet de l'intervention publique ? Il ne peut pas y avoir de nouvelle pensée aménagiste sans nouveau matériau de représentations.

Marie-Vic OZOUF (EHESS) : Aux sources idéologiques de l'aménagement du territoire
Le retour sur les sources idéologiques de l'aménagement du territoire en France doit permettre "d'indexer" les notions initiales de cette politique qui passent encore pour intangibles. Comme toute pensée politique, celle de l'aménagement du territoire est datable, et sa réinscription dans l'histoire doit permettre de prendre la mesure de ce qu'il y aurait à réinventer aujourd'hui dans ce registre.

Frédéric SANTAMARIA (Université Paris-Diderot) : Aménagement du territoire et Union européenne : entre influence croisée et incertitudes conceptuelles
Aux grandes heures de la DATAR, du début des années 1960 à la fin des années 1970, succède rapidement un lent déclin qui a conduit à diverses reformulations de l'objet même de l'aménagement du territoire, ainsi qu'à une contestation récurrente de son organe interministériel au sein même de l'État. Cette évolution s'explique par des facteurs socio-économiques et institutionnels internes mais aussi par l'influence de l'Union européenne sur les politiques publiques, notamment au titre de la politique régionale. Cependant, les relations entre les États-membres et l'UE ne sont pas univoques et les débats européens quant aux objectifs et aux méthodes les plus appropriés pour orienter et mener les actions d'aménagement sont permanents et donnent lieu à une production conceptuelle soutenue de la part de l'UE. Marque apparente d'une certaine capacité innovatrice, cette situation illustre surtout la manière dont se fabrique le "consensus" européen et témoigne de la difficulté à établir, en France comme au niveau de l'UE, le système de valeurs qui sous-tend l'action d'aménagement aujourd'hui.

Diplômé de Science Po Bordeaux, docteur en géographie et aménagement de l'espace et urbanisme, Frédéric Santamaria est maître de conférences habilité à diriger les recherches à l'université Paris-Diderot Paris 7. Il est membre de l'UMR Géographie-cités au titre de l'équipe Centre de recherche sur l'industrie et l'aménagement (CRIA). Spécialiste des questions d'aménagement et de développement territorial au niveau de l'Union européenne, il s'intéresse également à la question de la place des villes moyennes dans l'aménagement et le développement des territoires.
Publications
Santamaria F., Élissalde B., 2018, "Territory as a way to move on from the aporia of soft/hard space", Town Planning Review, n°89, vol. 1, pp. 43-60, DOI : https://doi.org/10.3828/tpr.2018.3.
Santamaria F., Élissalde B., 2018, "The circulation of concepts and how they are received by those involved in planning : the instance of the concepts of European Spatial Planning", in Farinós dasi J. (dir.), Essentials for coordination of spatial planning policies. Achieving territory becomes matter of State importance, Tirant Lo Blanch, Valence (Espagne), pp. 263-288.
Santamaria F., 2017, "L'Union européenne et l'aménagement de son espace : le défi d'un langage commun pour la recherche et la pratique", in Charles-Le Bihan D., Baudelle G. (dir.), Les régions et les politiques de cohésion, Presses universitaires de Rennes, Rennes, pp. 42-66.
Santamaria F., Élissalde B., 2015, "Parlez-vous l'Européen ? Enquête sur quelques notions-clés de la politique régionale de l'Union européenne auprès d'acteurs français de l'aménagement", L'Information Géographique, vol. 79, n°1, Armand Colin, Paris, pp. 55-71.
Élissalde B., Santamaria F., Jeanne Ph., 2013, "Harmony and Melody in Discourse on European Cohesion", European Planning Studies, 22 p., Taylor and Francis, DOI : 10.1080/09654313.2013.782389.

Magali TALANDIER (Université Grenoble Alpes) : Aménagement du territoire et cycle de développement
Les territoires ont toujours été à la fois réceptacles et acteurs des dynamiques de changements démographiques, économiques, culturels et sociaux. Au cours des deux derniers siècles, les territoires ont connu de profonds bouleversements liés au passage d'une société traditionnelle à une société post-moderne. De l'exode rural aux mobilités pluri-scalaires actuelles, d'une économie agraire à une économie de la connaissance, force est de constater que les espaces ont déjà fait face à de multiples mutations expliquant d'ailleurs pour partie la complexité des situations territoriales d'aujourd'hui. Les politiques d'aménagement du territoire ont accompagné, précipité, tenté de contrebalancer ces grandes transformations. Le propos vise à donner à voir ces trajectoires passées dans leur multiplicité spatiale afin de mieux réfléchir ensemble aux conséquences des bouleversements actuels en matière de développement territorial et d'aménagement de l'espace.

Économiste / Économètre de formation, docteur en Urbanisme et Aménagement du Territoire, Magali Talandier est professeure des universités à l'Institut d'urbanisme et de Géographie Alpine de l'université Grenoble Alpes. Elle est membre du bureau de direction de l'UMR PACTE, au sein de laquelle elle dirige l'équipe "Villes et Territoires", constituée de 65 chercheurs et doctorants. Spécialiste de l'économie des villes et des territoires, ses travaux portent plus largement sur l'analyse des processus de développement territorial.
Publications
Magali Talandier, "Are there urban contexts that are favourable to decentralised energy management ?", Cities, May 2018 [en ligne].
Charles Ambrosino, Vincent Guillon, Magali Talandier, Résiliente, collaborative et bricolée. Repenser la ville créative à "l'âge du faire", Numéro spécial de la revue Géographie Économie Société, Lavoisier, 2018, 20 (1).
Magali Talandier, Bernard Pecqueur, Renouveler la géographie économique, Économica, 2018.
Philippe Duhamel, Magali Talandier, Bernard Toulier (dir.), Le Balnéaire, de la Manche au Monde, Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Rennes, 2015.
David Le Bras, Natacha Seigneuret, Magali Talandier, Métropoles en chantiers, Berger Levrault, 2016.

Martin VANIER : Penser l'aménagement par les réseaux
Un des partis pris de cette semaine de rénovation de la pensée aménagiste est de mettre la question des réseaux (infrastructures, organisations, services et opérateurs) au cœur du sujet, en faisant l'hypothèse dérangeante qu'elle est la clé du renouvellement en question. Encore faut-il préciser de quoi on parle dans le vaste monde des réseaux matériels et immatériels, technologiques et vivants, globaux et locaux, etc. C'est sur la base de la lecture du "capitalisme réticulaire" que ce panorama introductif sera proposé.


La métropolisation contre les territoires ?, controverse entre Giuseppe BETTONI (Université de Rome) et Gilles PINSON (Sciences Po Bordeaux)
Rarement la France a semblé autant fâchée avec ses grandes villes qu'aujourd'hui, à l'heure où elles jouent le rôle que l'on sait dans l'économie et la transformation sociale qui va de pair. La controverse sur les métropoles bât son plein. Elle implique même la sphère académique qui est entré dans le débat public et nourrit les argumentaires qui s'y opposent. Mais comme toute bonne controverse, celle qui clive les métropoles et les territoires n'a d'intérêt que pour le dépassement qu'elle pourrait générer. C'est tout l'intérêt de cette entrée en matière dans une pensée à renouveler de l'aménagement du territoire.

Gilles Pinson est professeur de science politique, enseignant à Sciences Po Bordeaux où il dirige le master "Stratégies et Gouvernances Métropolitaines", et chercheur au Centre Émile Durkheim (UMR 5116), ses travaux portent sur la et les politique(s) urbaine(s), sur la gouvernance urbaine et métropolitaine et sur les transformations des rapports entre États et villes. Il est par ailleurs responsable scientifique du Forum Urbain, structure de valorisation de la recherche urbaine, lauréat de l'appel d'offre "Centre d'Innovation Sociétale" de l'IdEx de l'université de Bordeaux en 2015.

La France en panne de décentralisation ou malade de ses excès ?, controverse entre Arnaud BRENNETOT (Université de Rouen) et Anne-Cécile DOUILLET (Université de Lille)
Depuis les années 1980, l'aménagement du territoire est indissociable de la décentralisation administrative et institutionnelle, comme il l'avait été auparavant de la décentralisation industrielle. Pour beaucoup d'acteurs locaux, en particulier les élus, aménager le territoire c'est avant tout décentraliser les capacités d'action et de décision le concernant. Mais d'autres acteurs soulignent que la France des petites républiques n'a pour autant permis de produire ni une nouvelle pensée aménagiste, ni des réponses toujours adéquates aux défis du temps. Ce qu'on pourrait convenir d'appeler "l'aménagement politique" du territoire, c'est-à-dire sa structuration en tant que système d'acteurs collectifs reste un débat passionné, malgré des décennies de réformes sur le sujet.

Arnaud Brennetot est maître de conférences en géographie politique. Il s'intéresse aux idées et aux normes idéologiques qui président à la construction et à la justification des politiques territoriales, ainsi qu'aux controverses qu'elles alimentent dans le débat public. Il travaille en particulier sur la néolibéralisation des territoires en France et en Europe à partir d'une comparaison des doctrines et des référentiels que mobilisent les acteurs impliqués dans la recomposition de la gouvernance.
Publications
Brennetot Arnaud, 2019, Atlas de la Vallée de la Seine, Paris, Autrement (à paraître).
Brennetot Arnaud, 2017, "A step further towards a neoliberal regionalism : Creating larger regions in contemporary France", European Urban and Regional Studies, Vol. 25, Issue 2, 171-186.
Brennetot Arnaud, 2017, "La décentralisation en France. Ambitions et limites d'un projet inachevé", in Sylvia Calmes-Brunet, Fédéralisme, Décentralisation et Régionalisation de l'Europe. Perspectives comparatives, Paris, L'Épitoge.
Brennetot Arnaud, De Ruffray Sophie, 2014, "Découper la France en régions. L'imaginaire régionaliste à l'épreuve du territoire", Cybergeo : European Journal of Geography [en ligne].

Anne-Cécile Douillet est professeure de science politique à l'université de Lille et membre du CERAPS. Après une thèse qui traitait notamment du passage des politiques d'aménagement du territoire aux politiques de développement des territoires, à travers l'étude des politiques de "pays" mises en place à partir du milieu des années 1990, elle a travaillé sur le gouvernement local et diverses politiques locales (les politiques locales de sécurité notamment mais aussi, plus ponctuellement, sur les politiques culturelles et les "politiques de la nuit"). Elle est notamment la co-auteure, avec Rémi Lefebvre, de Sociologie politique du pouvoir local (2017).

Zonages et catégories d’intervention : passage obligatoire ou piège fatal ?, controverse entre Laurence BARTHE (Université de Toulouse) et Marc DUMONT (Université de Lille)
Découper l'espace en autant d'objets de politiques publiques qu'il semble présenter de types de contexte, telle est l'obsession de l'aménagement du territoire qui n'en finit pas de proposer de nouveaux zonages, de nouvelles catégories, de nouveaux périmètres pour désigner ce territoire à aménager. Zonages et catégories d'intervention sont-ils incontournables ? Qu'ont-ils engendré au fond depuis qu'ils sont activés par les politiques dites d'aménagement du territoire ? Leur remise en cause (partielle ?) dans le champ de l'urbanisme rencontre-t-elle un écho dans celui, de plus en plus proche, de l'aménagement du territoire ? Ce débat parcourt l'urbain autant que le rural, mais ne s'agit-il pas là précisément de deux de ces catégories à transgresser ?

La pensée aménagiste peut-elle entrer dans l'anthropocène ?, controverse entre Morgan POULIZAC (Plein Sens) et Bruno REBELLE (Transitions)
Cette quatrième controverse n'est pas de même nature que les autres. Il n'est pas question de contester l'impérieuse nécessité d'entrer dans un tout nouveau rapport aux ressources de la biosphère, au vivant, aux écosystèmes, avec les conséquences fondamentales que l'on sait sur l'activité énergétique des sociétés et de leurs territoires, et sur leur bilan carbone. Mais l'impératif est tel qu'on peut se demander si la notion "d'aménagement du territoire" y résistera. N'est-il pas temps de passer radicalement à autre chose et, en ce cas, que faire de l'invocation récurrente à la dite politique, dont le succès d'estime dans l'opinion ne faiblit guère, alors que tout change si fondamentalement.

Morgan Poulizac, 38 ans, est directeur d'études à Plein Sens. Ayant débuté sa carrière au sein de la République des Idées, il participe ensuite aux réformes des politiques d'insertion dans le secteur associatif puis en cabinet ministériel. Après avoir dirigé pendant quatre ans le master d'urbanisme de Sciences Po Paris, il rejoint ensuite un cabinet de conseil en stratégie sociale. Il enseigne l'urbanisme à Sciences Po et le management des politiques sociales à HEC.

Bruno Rebelle, né en 1958 à Annecy, est un vétérinaire, un responsable associatif et un homme politique français. Il a présidé l'association Planète Urgence d'avril 2012 à décembre 2017. Ancien directeur exécutif de Greenpeace France, il dirige l’agence de conseil en développement durable Transitions.


Réseaux, territoires et planification, table ronde animée par Marie DÉGREMONT (France Stratégie) et François-Mathieu POUPEAU (LATTS), avec des opérateurs de réseaux : Michel DERDEVET (ENEDIS), Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS), Emmanuelle SAURA (SNCF RÉSEAU) et Livier VENNIN (EDF)
Et s'il n'y avait plus que les opérateurs de réseaux à vouloir vraiment de la planification ? Alors que les territoires croulent sous des démarches planificatrices qui repoussent de nombreux élus et découragent parfois les techniciens, les opérateurs de réseau ne sont-ils pas, eux, toujours en attente de stabilisation sur la longue durée d'un nombre conséquent d'acteurs pour s'assurer de l'efficacité de leurs investissements ? Alors que la planification est, depuis la loi d'orientation foncière, encore et toujours solidement arrimée au "droit des sols", ne faut-il pas la refonder à partir de préoccupations réticulaires ? Et comment ?
Quelques questions à partager, parmi d'autres possibles :
- Comment s'articulent, devraient ou pourraient s'articuler les documents de planification territoriale sous responsabilité des collectivités publiques (État, Région, pour l'essentiel), et les documents qui relèvent eux d'une planification sectorielle, sur lesquels les opérateurs de réseaux sont généralement très présents (PPE, S3REnr, …) ? Somme toute, qui est "dépositaire du temps long" à travers l'exercice pratique de la planification à long terme ?
- Si la planification et sa "schématologie" restent encore très prisées dans un pays comme la France où cette culture vient de loin, par quelles nouvelles formes d'anticipation, de conduite du changement et de pilotage dans la durée, territoires et réseaux, acteurs publics et acteurs privés pourraient chercher à construire leur référentiel prospectif commun ? À quelles échelles ? Par quelles traductions formelles ?
- Comment aborder ensemble les nouvelles exigences de l'acceptabilité sociale, à une époque où tout grand projet est réputé inutile a priori, et doit faire les preuves d'une construction patiente et négociée, avec une ensemble de plus en plus large de parties prenantes ? Une "démocratie des réseaux" est-elle imaginable sur ces bases, en complément de la démocratie des territoires qui montre des signes nombreux d'essoufflement ?

La maîtrise d'ouvrage partagée des grands projets, table ronde animée par Antoine FRÉMONT (IFSTTAR) et Anne PONS (ADEUS), avec des opérateurs de réseaux : Florence PAVAGEAU (LA POSTE), Max PELLEGRINI (SUEZ), Emmanuelle SAURA (SNCF RÉSEAU) et Livier VENIN (EDF)
Bien que l'aménagement du territoire soit largement entré dans le temps du ménagement (des ressources et des milieux) et du management (des pratiques et des usages), celui de l'équipement n'est pas révolu pour autant. La réalisation des grandes infrastructures, ou leur modernisation, qu'elles soient de réseau ou de site, demeure à l'agenda national, régional, et local de l'aménagement du territoire.
Une des distinctions fondamentales – et très françaises – de l'action aménagiste consiste à estimer que sa maîtrise d'ouvrage est exclusivement ou essentiellement de responsabilité publique, tandis que sa maîtrise d'œuvre est généralement confiée au privé. En réalité, la frontière public/privé que définirait cette répartition des rôles est loin d'être évidente, en particulier quand on pense aux réseaux et infrastructures de toute nature qui font l'armature des territoires. L'évolution du statut des grandes entreprises de réseau, dites d'intérêt national, va dans ce sens.
D'où les questions suivantes à explorer, parmi d'autres, avec les participants à la table ronde :
- Dans quelle mesure les grandes entreprises de réseaux, publiques et privées, participent-elles à la maîtrise d'ouvrage des grands projets, c'est-à-dire à la décision, l'orientation, le financement et la responsabilité de leur réalisation ? Est-ce un phénomène nouveau ? Quelles formes de partage de la maîtrise d'ouvrage engendre-t-il ? Quelles questions (politiques, financières, sociétales, …) posent-elles ? Quelle répartition des rôles se redéfinit-il ainsi, qui renouvellerait le couple classique "maîtrise d'ouvrage / maîtrise d'œuvre" ?
- La maîtrise d'ouvrage (partagée ?) des grands projets – en particulier de réseaux, pour rester dans le champ du colloque – oriente-t-elle différemment l'aménagement du territoire ? Quelle est la part propre aux stratégies des entreprises dans les orientations structurantes pour l'aménagement du territoire qui s'impose par les maîtrises d'ouvrage, partagée ou pas ? Ces stratégies conduisent-elle à identifier de nouveaux principes et de nouvelles figures pour l'aménagement du territoire ?

Anne Pons est architecte et urbaniste. En 30 ans, elle a enrichi son regard et ses pratiques des métiers du développement en exerçant, à partir d'agences privées, d'organisations internationales d'élus, de SEM et d'agences d'urbanisme, au service directement des élus et des territoires, ou de programmes d'agences spécialisées des Nations unies et de la Commission européenne. Elle a exercé principalement en Amérique Latine, en Europe et en Afrique, souvent dans un esprit de recherche-action, en architecture et projet urbain, urbanisme, politiques publiques, économie, environnement et stratégies territoriales. Elle dirige depuis 2010 l'Agence de développement et d'urbanisme de l'agglomération strasbourgeoise (ADEUS).

La mobilité à l'articulation de tous les réseaux, table ronde animée par Jean DEBRIE (Université Paris 1) et Gaële LESTEVEN (ENPC), avec des opérateurs de réseaux : Christian GUIBERT (ORANGE), Éléonore LACROIX (RATP), Pierre MESSULAM (SNCF MOBILITÉS) et Max PELLEGRINI (SUEZ)
Au cours des années 2000, le concept de mobilité a progressivement remplacé le terme de "transport" dans les politiques publiques. C'était un changement lourd de signification, qui mettait à sa juste place la finalité (la mobilité) par rapport aux moyens (les transports) et, incidemment, perturbait l'organisation historiquement "modale" (ferroviaire, routière, etc…) des opérateurs de transport. Aujourd'hui, c'est à un renouvellement conceptuel et organisationnel non moins lourd que sont conviés les réseaux de transport : leurs services ne peuvent se concevoir et se déployer indépendamment des réseaux d'énergie, d'information et de communication. On ne voit pas encore encore clairement qui va piloter la mobilité de demain entre les industries du numérique, les industries du transport, les industries de l'énergie, les usagers et l'action publique.
Comment ces différents acteurs se positionnent-ils aujourd'hui ? Comment se construisent les nouveaux compromis collectifs en matière de mobilité ? Quel aménagement du territoire, à ses diverses échelles, résultent de fait de ces prises de position et de ces compromis ? Quelles nouvelles questions se posent aux autorités organisatrices de transport, du local au national, dans ce contexte de profondes redistribution des fonctions, des capacités et des usages ?

Jean Debrie est professeur des universités en aménagement et urbanisme à l'université Paris 1 Panthéon - Sorbonne (UMR Géographie-Cités, laboratoire CRIA). Avant de rejoindre l'université, il a été pendant dix ans chercheur à liInstitut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux (IFSTTAR). Ses recherches portent sur la relation transport/aménagement et sur l'urbanisme dans les villes fluviales et portuaires dans une perspective de comparaisons internationales (Europe et Amérique du nord). Il participe également à différents travaux sur les dispositifs et méthodes de prospective dans le cadre de projets pédagogiques.

Gaële Lesteven est géographe et urbaniste. Chargée de recherche à l'École nationale des Ponts et des Chaussées (ENPC), au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport, elle étudie les systèmes de mobilité urbaine à l'échelle internationale. Ses travaux portent sur l'étude des innovations dans les pratiques et les services de mobilité et sur l'articulation entre politiques de transport et politiques d'aménagement.

Services numériques et "à distance", table ronde animée par Nicolas DOUAY (Université Grenoble Alpes) et Nicolas LOUVET (6T), avec des opérateurs de réseaux : Christopher FABRE (ENEDIS), Christian GUIBERT (ORANGE), Florence HENRY (LA POSTE) et Denis SOCHON (RATP)
Parmi les idées reçues sur l'aménagement, figure en bonne place celle qui voit dans le numérique une panacée qui permettrait de répondre aux enjeux d'accès aux services, sans rien changer de substantiel dans la manière même de vivre les territoires et de concevoir leur aménagement. Ce serait un outil neutre, bien que "magique", une pure affaire technique.
Posons l'hypothèse inverse : considérons que le numérique transforme substantiellement tout ce qui a constitué le champ de "l'accès aux services et de la proximité dans les territoires". Et cherchons à comprendre comment cette transformation substantielle est moins déterminée par les schémas d'accès aux services, les maisons de services, etc…, autrement dit les dispositifs publics, que par la stratégie des opérateurs privés.
Questions possibles parmi de nombreuses autres :
- Comment les stratégies de déploiement des acteurs de réseau modifient-elles la géographie du pays, la hiérarchie urbaine traditionnelle et ses centralités ? Comment contribuent-ils à forger une nouvelle géographie de l'accès ? En fonction de quels critères ?
- Comment l'offre de service numérique proposée/permise par les opérateurs redéfinit-elle la nature même des services de proximité attendus ? En opérant quel réagencement dans les offres habituelles ? En définissant de nouvelles règles de ce qui est juste ou pas dans l'accès des usagers/clients ? En changeant les représentations qu'ont les acteurs de ce qui doit être et comment accessible ?
- En quoi cette nouvelle accessibilité transforme-t-elle les compétences et les capacités nécessaires tant du côté des fournisseurs que des utilisateurs ? Ce nouveau régime d'accessibilité recrée-t-il un nouveau régime de distance, plus sociale que spatiale ? Comment les opérateurs y répondent-ils ?
- Quelle est la conséquence de ce déploiement sur les lieux, les espaces construits que nous habitons, la forme même des territoires ? Comment les opérateurs repensent-ils les lieux, leur stratégie foncière, leur attente en matière de bâti, l'ergonomie des espaces interfaces avec le public ? Quelles sont les nouvelles spatialités qui se dessinent ?


"HORS LES MURS" — Sortie sur le terrain : le nord Cotentin
Une centrale nucléaire à Flamanville, une usine de traitement des déchets radioactifs à La Hague, un arsenal (Naval Group) pour construire des sous-marins nucléaires à Cherbourg : le Nord-Cotentin doit son développement au système "militaro-industriel". Comment construire des stratégies de développement local dans un territoire si dominé par des grandes industries liées à l'État ? Le Cotentin renouvelle aujourd'hui les cadres de son action publique locale à travers l'émergence d'une intercommunalité dite "XXL", celle de la communauté d'agglomération du Cotentin avec ses 132 communes pour 181000 habitants. Entre État, local et réseaux, la visite du 10 septembre sera l'occasion de rencontrer élus et acteurs économiques de ce territoire.
Après un départ vers 9h de Cerisy, le matin sera organisé autour de la visite de l'usine de traitement des déchets radioactifs de La Hague. Rencontre et échanges avec Jean-Marc LIGNEY, directeur adjoint du site Orano de La Hague. Le groupe Orano emploie plus de 4500 salariés dans le Cotentin, principalement sur le site de La Hague. Il est un acteur majeur du développement économique, via de nombreuses entreprises sous-traitantes.
À 14h, une rencontre est prévue avec Alain MORVAN (sous réserve) à Cherbourg, directeur du site "Naval Group" (arsenaux militaires) à Cherbourg. Le site produit des sous-marins et compte plus de 2300 employés. Le groupe est détenu à 65% par l'État et 35% par Thalès. L'ensemble du groupe compte près de 15000 salariés pour un chiffre d'affaires de 3,7 milliards d'euros en 2018.
À 16h, une troisième rencontre aura lieu avec Jean-Louis VALENTIN (sous réserve), président de la communauté d'agglomération du Cotentin pour évoquer notamment les recompositions de l'action publique locale suite à la loi NOTRe, les relations public/privé pour l'aménagement dans un territoire dépendant de très grandes industries liées à l'État.


Les visions politiques du nouveau contrat aménagiste, échanges avec des élus dont notamment Alain PEREA (Député LREM de l'Aude), Dominique POTIER (Député PS de Meurthe-et-Moselle) et Jean-Louis VALENTIN (Président de la Communauté d'Agglomération du Cotentin)
Table ronde de dialogue avec des élus de mandats locaux et nationaux sur la base des propositions de synthèse livrées le matin, et des rappels des premières journées formulés par les organisateurs.


Rapport d'étonnement par la jeune recherche, avec Lavinia BLANQUET (Université Grenoble Alpes), Adrian GOMEZ (Sorbonne Université), Mathilde MARCHAND (Université Paris-Est) et Achille WARNANT (EHESS)
Trois doctorants en cours de réalisation de leur thèse sous la direction de certains des participants au colloque, et qui auront suivi l'ensemble de la semaine, seront invités à un retour collectif sur ce qu'ils auront entendu, sur le mode du "rapport d'étonnement", c'est-à-dire d'une synthèse critique qui ouvrira autant que possible de nouveaux champs de questionnement.

Lavinia BLANQUET
Diplômée de l'université de Greenwich (Londres) en management de projets et de l'université Grenoble Alpes en ingénierie du développement territorial, Lavinia Blanquet réalise actuellement une thèse au sein des Agences d'urbanisme de Lyon et de Saint-Étienne et du laboratoire PACTE (Université Grenoble Alpes). Cette thèse, sous la direction de Magali Talandier, a pour vocation d'alimenter les études des deux Agences d'urbanisme et d'accompagner les stratégies de leurs territoires partenaires, tout en contribuant à une production de connaissance scientifique sur le rôle et les fonctions des villes moyennes dans les systèmes territoriaux métropolitains, en analysant leurs enjeux productifs et leurs enjeux résidentiels.

Mathilde MARCHAND
Assistant à l'intégralité du colloque, et depuis ma perspective de doctorante en science politique, je réaliserai lors du dernier jour avec d'autres jeunes chercheurs un rapport d'étonnement qui visera à souligner les points saillants, surprenants, les questionnements qui viennent interpeller mes propres recherches et souligner les zones d'ombres à approfondir ou éclairer collectivement. Il pourra donner lieu à la rédaction d'une contribution pour les actes du colloque, construite conjointement avec les autres jeunes chercheurs et répondant à la problématique générale du colloque, "la pensée aménagiste en France : rénovation complète ?". Ma contribution portera plus spécifiquement sur les questions de territorialisation des enjeux de transition énergétique et de gouvernance.

Consultante chez Acadie depuis 2017, Mathilde Marchand travaille sur des missions d'étude, de conseil et d'accompagnement de stratégies territoriales et de démarches prospectives. Je réalise au sein de la coopérative Acadie et du Laboratoire LATTS (Université Paris-Est - École Nationale des Ponts et Chaussée) une thèse portant sur les stratégies de transition énergétique des métropoles françaises, notamment sur les questions de gouvernance métropolitaine et de territorialisation des opérateurs de réseaux (en particuliers énergétiques). Elle est diplômée de SciencesPo Paris en Affaires Publiques et de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en environnement et fait partie de la promotion 2017 des lauréats des bourses de la Fondation Palladio pour son projet de thèse de doctorat.


Dialogue conclusif, avec l'ensemble des participants et animé par les directeurs du colloque
Plutôt qu'une conclusion unique par un "grand témoin", les organisateurs proposeront pour finir un dialogue général, auquel ils contribueront également, sur la base du rapport précédent, et dans la recherche collective de ce qu'il faut conserver, ou pas, de cette semaine exploratoire.


SOUTIENS :

Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET)
• Opérateurs de Réseau : EDF, Enedis, La Poste, la RATP, Suez, Orange, etc.


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


LE HASARD, LE CALCUL ET LA VIE


DU MERCREDI 28 AOÛT (19 H) AU MERCREDI 4 SEPTEMBRE (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Thierry GAUDIN, Dominique LACROIX (†), Marie-Christine MAUREL, Jean-Charles POMEROL


ARGUMENT :

À la suite du colloque de 2016 "Sciences de la vie, sciences de l'information"(1), il est apparu que le "concept" de hasard jouait un grand rôle dans les interrogations de plusieurs orateurs aux spécialités diverses : biologistes, informaticiens, mathématiciens, philosophes. "Concept" entre guillemets car il s'agit d'une notion mal définie, polysémique et cependant omniprésente, depuis l'échelle moléculaire jusqu'à celle des écosystèmes et des systèmes économiques et sociaux. Ce hasard qui, comme on a pu le dire, est "la signature de Dieu quand il ne veut pas se dévoiler", fascine.

C'est pourquoi, il semble important d'organiser un nouvelle rencontre pour essayer de comprendre ou au moins préciser ce qui se cache derrière cet insaisissable hasard, et cela à partir de différents points de vue : ceux de la biologie et de l'évolution, ceux des mathématiques et de l'informatique, ceux de la physique, de la sociologie et de la philosophie. Autour d'éminents spécialistes de ces diverses disciplines qui nous feront partager leurs visions du hasard, ce colloque se propose de réunir un public varié qui pourra confronter les réponses des chercheurs à des questions fondamentales liées aux origines et à l'évolution de la vie, à l'évolution des écosystèmes et des sociétés humaines. Sans prétendre abolir le hasard d'un coup de dés, on espère que la confrontation des hypothèses et l'ouverture des débats, y compris aux auditeurs curieux, permettront d'en saisir maintes nuances ainsi que leurs conséquences scientifiques et philosophiques.

(1) Sciences de la vie, sciences de l'information, colloque de Cerisy, dirigé par Thierry Gaudin, Dominique Lacroix, Marie-Christine Maurel et Jean-Charles Pomerol (Eds), ISTE-Éditions, London, juillet 2017.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 28 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 29 août
Matin
Heinz WISMANN : Introduction du colloque

QU'EST-CE QUE LE HASARD EN MATHÉMATIQUES ?
Gregory MIERMONT : Les trois hasards - probabiliste, déterministe et quantique [conférence]
Martin HAIRER : Pile ou face ? Des atomes aux feux de forêt [conférence]

Après-midi
Jean-Paul DELAHAYE : Calcul, hasard, évolution et éthique [communication]
Stéphane DOUADY : Du chaos de l'onde-particule à la stabilité du vivant [communication]

Soirée
Étienne GHYS : Le chaos : une aventure mathématique [projection vidéo présentée par Gregory MIERMONT]


Vendredi 30 août
Matin
PLACE DU HASARD EN BIOLOGIE
Bernard DUJON : Quand l'acquis devient héritable : la leçon des génomes [conférence]

LE HASARD ET LA VIE (I)
Jonathan WEITZMAN : Exploration of the epigenetic landscape [communication]

Après-midi
LE HASARD ET LA VIE (II)
Mathias PESSIGLIONE : Le hasard dans la décision : quand les neurones tirent à pile ou face [communication]
Philippe GRANDCOLAS : Les trajectoires évolutives des organismes ne sont pas stochastiques [communication]

Soirée
LE DIVIN HASARD
Bertrand VERGELY : Le hasard, la nécessité et la grâce, avec Jean-Baptiste de FOUCAULD


Samedi 31 août
Matin
HASARD ET SOCIÉTÉ
Hervé LE TREUT : Changement climatique : comment évaluer les risques et responsabilités face à une situation imparfaitement prévisible [conférence]
Ivar EKELAND : Hasard et équité [conférence]

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 1er septembre
Matin
GÉNOME ET ÉVOLUTION
Giuseppe LONGO : La spécificité du hasard et du temps dans les sciences de la vie [conférence]
Alessandra CARBONE : Effets phénotypiques des mutations, évolution des séquences et calcul [conférence]

Après-midi
HASARD ET LA VIE
Antonio LAZCANO : Chance, determinism and the emergence of life [conférence]

Soirée
HASARD ET POÉSIE
Georges AMAR : Le sens de la vie (Pour une critique poétique de l'omni-science)


Lundi 2 septembre
Matin
QUAND L'ACQUIS DEVIENT HÉRÉDITAIRE
Bernard DE MASSY : Évoluer pour survivre [conférence]
Geneviève ALMOUZNI : Épigénétique et génétique : quelle mémoire pour les cellules ? [conférence]

Après-midi
HASARD ET ÉVOLUTION
Amaury LAMBERT : Comment l'évolution garde mémoire du hasard [communication]
Silvia DE MONTE : Écologie et évolution de la fonction collective [communication]
Guillaume ACHAZ : Le hasard explique-t-il "correctement" la biodiversité ? [communication]

Soirée
HASARD QUANTIQUE
François VANNUCCI : Les contraintes du hasard [avec vidéo]


Mardi 3 septembre
Matin
HASARD ET CHAOS
Gilles DOWEK : Un chaos discret [conférence]
Gilles PAGÈS : De quoi le hasard est-il le nom ? [conférence]

Après-midi
Clarisse HERRENSCHMIDT : Exploration lexicologique du hasard [communication]
Marco SAITTA : Machine-learning approaches to prebiotic chemical space exploration [communication]
Kavé SALAMATIAN : L'addiction à l'aléatoire, maladie épistèmique du XXIe siècle [communication]

Soirée
HASARD EN PHYSIQUE
Michel CASSÉ : Transgression quantique de l'impossibilité d'existence


Mercredi 4 septembre
Matin
Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Guillaume ACHAZ : Le hasard explique-t-il "correctement" la biodiversité ?
Depuis la formalisation des sciences de l'écologie et de l'évolution du début du XXe siècle, ont été discutés à maintes reprises les rôles relatifs des processus stochastiques et déterministes comme causes de la biodiversité, mesurée tant entre les espèces qu'au sein des espèces. En évolution, le hasard a d'abord occupé une place timide (1930-1970), puis est devenu la cause majeure expliquant la diversité (1970). En écologie, son rôle est a contrario resté mineur, malgré plusieurs tentatives d'introduction. Quels sont les observations permettant d'alimenter le débat ? La question du rôle relatif de ces deux processus est-elle bien posée ? Tous les organismes sont-ils soumis au même régime ? Nous explorerons plusieurs pistes de réflexion autour de ces questions.

Geneviève ALMOUZNI : Épigénétique et génétique : quelle mémoire pour les cellules ?
Le génome — ou ADN — de chaque organisme contient un grand nombre d'informations dites génétiques contenues dans la succession des constituants de cet ADN. Il y a quatre constituants : A, T, G et C. L’enchaînement de ces constituants peut être décodé par les méthodes de séquençage de l'ADN. Dans l'organisme, les différentes cellules, qu'elles soient cellules de peau, cardiaques ou nerveuses, utilisent différemment cet ADN et l'information qu'il contient. Comprendre ces mécanismes de choix a révélé un nouveau niveau d'information appelé épigénétique. Les informations épigénétiques peuvent être comparées au formatage d'un texte: les passages en gras ou italique peuvent changer la lecture de l'information. Une fois engagée, formatée, une cellule dans un lignage donné reproduit à l'identique cette identité. Ainsi la transmission de l'information génétique et épigénétique dans la cellule eucaryote sont à considérer ensemble.

Geneviève Almouzni, directeur de recherche au CNRS s'intéresse à la transmission de l'information génétique et épigénétique dans la cellule eucaryote. Ses travaux ont révélé les mécanismes d'assemblage de la chromatine, leur fidélité et leur régulation avec leurs impacts sur le cancer. Après la direction de l'unité Dynamique Nucléaire et Plasticité du Génome à l'Institut Curie, elle a été directeur délégué à l'enseignement puis directeur du Centre de Recherche. Membre de l'Académie des sciences, et membre de plusieurs académies étrangères, elle s'est engagée dans des collaborations internationales dont le réseau européen EpiGeneSys. Elle préside actuellement l'alliance EU-Life et co-coordonne l'initiative Européenne LifeTime.
Bibliographie
"Waddington's epigenetics or the pictorial meetings of development and genetics", Nicoglou A, Hist Philos Life Sci, 2018 Sep 27; 40(4):61, doi: 10.1007/s40656-018-0228-8.

Jean-Paul DELAHAYE : Calcul, hasard, évolution et éthique
La complexité de Kolmogorov et la profondeur logique de Bennett sont des concepts mathématiques qui aident à comprendre les ordinateurs, à parler de leur puissance, et surtout à donner un sens précis au mot "complexité" quand on l'applique à des objets numériques finis et plus généralement quand on l'applique aux objets du monde qu'ils soient inertes ou vivants. Ces concepts suggèrent une analyse de ce qu'est l'évolution de l'univers en termes non matériels et non énergétiques. Ils conduisent aussi à une définition du hasard. Les chercheurs qui ont contribué à cette vision informationnelle et computationnelle de l'univers construisent petit à petit une interprétation nouvelle de l'évolution cosmique comme un progrès du calcul. Certains en ont même déduit des considérations éthiques. Parmi les plus importants de ces chercheurs mentionnons Andrei Kolmogorov, Leonid Levin, Gregory Chaitin, Charles Bennett, John Mayfield, Luciano Floridi, Seith Lloyd et plus récemment Hector Zenil, Cédric Gaucherel et Clément Vidal. Notre but sera d'introduire à ce domaine original et novateur souvent mal compris.

Bibliographie
John Mayfield, The Engine of Complexity : Evolution as Computation, New York, Columbia University Press, 2013.
Hector Zenil, Irreducibility and computational equivalence, Springer, 2015.
Jean-Paul Delahaye & Clément Vidal, "Universal Ethics : Organized Complexity as an Intrinsic Value", in Evolution, Development and Complexity : Multiscale Evolutionary Models of Complex Adaptive Systems, Edited by Georgi Yordanov Georgiev, Claudio Flores Martinez, Michael E. Price & John M. Smart, Springer, 2018.

Bernard DUJON : Quand l'acquis devient héritable : la leçon des génomes
Envisagée un temps comme force de l'évolution biologique avant d'être clairement réfutée par la Génétique, l'hérédité de l'acquis réapparait aujourd'hui dans les génomes. Mais alors que l'hypothèse initiale subordonnait les gènes à leurs fonctions, ce qu'excluent les faits, son avatar en fait les maitres d'œuvre du processus. À l'aide d'exemples de résultats récents, j'essaierai de montrer comment l'universalité de l'ADN permet l'acquisition horizontale de gènes étrangers dans les génomes et quelles peuvent être les conséquences de ce processus aléatoire dans l'émergence de nouvelles lignées d'organismes.

Bibliographie
Landman (1991), "The inheritance of acquired characteristics", Ann. Rev. Genet, n°25, 1-20.
Chen, Yan et Duan (2015), "Epigenetic inheritance of acquired traits through sperm RNAs and sperm RNA modifications", Nature Reviews. Genetics, n°17, 733-743.
Soucy, Huang et Gogarten (2015), "Horizontal gene transfer : building the web of life", Nature Reviews. Genetics, n°16, 472-482.

Ivar EKELAND : Hasard et équité
Toute décision humaine est ouverte au soupçon. Le panneau des "juges intègres" a disparu du retable de l'Agneau Mystique, marquant ainsi que ce sont des personnages plus improbables encore que les saints et les martyrs. Le tirage au sort, lui, est insoupçonnable. La démocratie athénienne et la république de Venise l'utilisent pour pourvoir certaines charges publiques. Aujourd'hui encore les jurys sont tirés au sort : imagine-t-on qu'ils soient nommés ? C'est donc comme outil d'équité que le tirage au sort fait son entrée dans la société humaine, le pile ou face étant la balance juste. Il fallait un grand génie des mathématiques, comme l'était Pascal, pour déduire de cette idée simple les premiers calculs des probabilités. Si la théorie mathématique des probabilités s'est aujourd'hui bien éloignée de ses origines, on les retrouve dans certains aspects particuliers, ayant trait au comportement humain justement : théorie des jeux (l'angoisse du gardien de but au moment du penalty), les probabilités subjectives et la théorie de l'arbitrage en finance. Je retracerai ces développements et plaiderai pour la réintroduction du tirage au sort dans les assemblées délibératives.

Publications
I. Ekeland et E. Lecroart, Le hasard, une approche mathématique, Éditions du Lombard (Bande Dessinée), 2016.
I. Ekeland, Le chaos, Éditions du Pommier, 2006.
I. Ekeland, Au hasard, Éditions du Seuil, 1991.
I. Ekeland, Le calcul, l'imprévu, Éditions du Seuil, 1984.

Philippe GRANDCOLAS : Les trajectoires évolutives des organismes ne sont pas stochastiques
Analyser le rôle du hasard et des processus stochastiques dans le Vivant est un très vaste sujet. Il faut poser la question plus précisément pour pouvoir y répondre. Ma réflexion ne concerne pas les aspects moléculaires biologiques qui relèvent de la biologie des systèmes ou de la génétique moléculaire mais l'analyse des trajectoires évolutives des organismes. Ces trajectoires se dessinent d'individus ancêtres à individus descendants et peuvent être reconstruites par les méthodes phylogénétiques qui les interpréteront en termes de cousinages entre organismes. Leur nature implique que des états antérieurs — qu'ils soient anatomiques, morphologiques, comportementaux, moléculaires, etc. — déterminent au moins partiellement des états postérieurs. Si l'on pouvait rejouer de nombreuses fois le film de l'évolution, on obtiendrait vraisemblablement une certaine gamme de possibles mais pas toutes les possibilités imaginables. Cette situation est métaphorisée par des concepts expliquant l'évolution en termes de bricolage ou d'exaptation. Il est intéressant de comparer des interprétations empiriques de ces trajectoires avec des expériences d’évolution menées sur des organismes à temps courts pour comprendre la part déterministe de l'évolution des organismes.

Écologue et systématicien de formation, Philippe Grandcolas est Directeur de recherche au CNRS et Directeur de l'Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité, une unité mixte de recherche du Muséum national d'Histoire naturelle, du CNRS, de Sorbonne Université et de l'École Pratique des Hautes Études, comportant deux cents systématiciens et biologistes de l'évolution. Entre autres fonctions internationales, il est Vice-président du Science Comittee du GBIF et Point Focal National GTI France pour la Convention sur la Diversité Biologique. Ses recherches concernent l'évolution des faunes et du comportement des Insectes pour lesquelles il a travaillé sur le terrain dans de nombreux pays tropicaux. Au plan méthodologique, il s'est intéressé à la logique de l'intégration des savoirs sur la biodiversité dans les domaines liant analyse phylogénétique et description taxonomique.
http://isyeb.mnhn.fr/
https://twitter.com/pgISYEB

Giuseppe LONGO : La spécificité du hasard et du temps dans les sciences de la vie
Le hasard se définit comme "l'imprédictibilité dans la théorie pertinente", de l'effet fluctuation classique de Turing (1950-52), au hasard quantique et biologique. Le hasard et l'irréversibilité du temps sont corrélés dans chacune de ces théories. La physique classique, quantique, la biologie de l'évolution et des organismes, les réseaux d'ordinateurs … présentent chacun des formes propres de hasard et, donc, demandent des analyses différentes du temps. Le hasard n'est pas du "bruit", surtout pas en biologie, où il contribue à la variabilité, donc à la production de diversité et adaptabilité, composantes essentielles de la stabilité structurelle du vivant. Un des défis du hasard en biologie consiste dans l'individuation d'un bon niveau mésoscopique d'analyse, très différent de ceux de la physique statistique et de la microphysique. La nécessaire recherche d'unité inter-théorique est une conquête difficile et non pas un a priori métaphysique.

Giuseppe Longo est directeur de recherche émérite CNRS au Centre Cavaillès, ENS, Paris, et Adjunct professor, School of Medicine, Tufts University, Boston. Il est ancien professeur de logique mathématique puis d'informatique à l'université de Pise.
Publications
G. Longo, Letter to Alan Turing, In print, 2018 [en ligne].
Avec A. Asperti, Categories, Types and Structures. Category Theory for the working computer scientist, M.I.T. Press, 1991.
Avec F. Bailly, Mathematics and the Natural Sciences : The Physical Singularity of Life, Imperial College Press, 2011 (en français, Hermann, 2006).
Avec M. Montévil, Perspectives on Organisms : Biological Time, Symmetries and Singularities, Springer, 2014.
Avec A. Soto, a édité (et co-écrit six articles) d'un numéro spécial de 2016 de la revue Prog Biophys Mol Biol : From the century of the genome to the century of the organism : New theoretical approaches.
Site et articles téléchargeables : http://www.di.ens.fr/users/longo/

Mathias PESSIGLIONE : Le hasard dans la décision : quand les neurones tirent à pile ou face
Les théories économiques classiques ont défini des critères pour qu'une décision soit rationnelle. Un critère essentiel est la stabilité des préférences : si un agent préfère une option à une autre, il doit le faire en toutes circonstances. Or les agents humains dans leur vie quotidienne bafouent allègrement les critères de rationalité économique. Certains comportements irrationnels ont des causes identifiées, et sont par conséquent considérés comme des biais, comme le biais d'optimisme ou le biais de surconfiance. Ces biais sont généralement expliqués comme le produit indésirable d'une stratégie de décision qui est adaptée en moyenne, c'est-à-dire dans la plupart des situations de l'environnement dans lequel le cerveau a évolué, mais qui peut parfois jouer contre l'intérêt de la personne, notamment dans certaines situations artificielles du monde moderne. Cependant une grande partie des décisions reste imprévisible, malgré les apports théoriques récents des neurosciences. Cette imprévisibilité pourrait provenir de la faiblesse des modèles actuels, et serait dans ce cas résorbée lorsque l'ensemble des facteurs déterminants les choix seront découverts. Mais à l'inverse, il pourrait exister une stochasticité irréductible, inhérente au fonctionnement du cerveau. Pour rester dans un cadre déterministe, cette stochasticité pourrait elle-même provenir d'un mécanisme de génération aléatoire, favorisé par la sélection naturelle, parce qu'il force les individus à explorer et découvrir de nouvelles solutions.

Mathias Pessiglione a reçu une double formation de biologiste et de psychologue. Il dirige une équipe de recherche à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (Paris). Ses recherches portent sur les mécanismes par lesquels le cerveau motive le comportement humain, dans le cas normal et dans les cas pathologiques, en neurologie et en psychiatrie.

Kavé SALAMATIAN : L'addiction à l'aléatoire, maladie épistèmique du XXIe siècle
Depuis l'aube de l'humanité, l'humain aspire à réduire l'incertitude du monde. Cette incertitude, qui rend le monde difficile à contrôler, est fréquemment modélisé par l'aléatoire. Or l'utilisation de ce paradigme mathématique, pour expliquer ce qui n'est pas fondamentalement aléatoire, ne se fait pas sans incidence sur la rationalité. Nous vivons aujourd'hui une augmentation exponentielle de la donnée disponible tandis que l'émergence de méthodes de plus en plus sophistiquées d'apprentissage machine et d'intelligence artificielle, se basant sur la croissance des capacités de calcul, nous donne l'illusion d'une maîtrise de l'incertain. Ces traitements et méthodes passent tous plus ou moins par une hypothèse aléatoire qui simplifie fortement le calcul. En effet, cette hypothèse permet de se concentrer sur le nombre limité de paramètres du modèle plutôt que sur l'individualité de chaque observation. Ainsi le modèle aléatoire permet de filtrer ce qui est "pertinent", de ce qui est "anecdotique" dans l'observation, en ne gardant que la première partie. Mais, cette simplification a un coût épistémique que les couches de complexité des algorithmes appliquées aux données rendent difficile à évaluer. De plus les modèles issus de ces approches "aléatoires", s'appliquent de plus en plus à des pans entiers de notre vie quotidienne. L'objectif de cette intervention est de présenter une approche épistémique de l'application de l'aléatoire aux phénomènes sociaux. Il s'agit de montrer que les outils aléatoires construisent une illusion de la réalité qui s'apparente parfois à une distorsion similaire à une hallucination. Cette hallucination peut devenir plus réelle que le réel et, quand cela a lieu, l'objectif du modèle n'est plus de modéliser la réalité, mais de faire perdurer l'hallucination. Afin de clarifier le propos, prenons l'exemple des systèmes de recommandation sur les réseaux sociaux. Ces systèmes construisent en fonction de l'activité observée dans le passé, un profil de l'utilisateur qui est in fine une calibration d'un modèle aléatoire a priori. À partir de la création de ce modèle, ce n'est plus l'utilisateur humain réel qui est pertinent mais son avatar "fantasmé" par le modèle. Pour le système de recommandation, tout ce que l'utilisateur fait et qui est aligné avec la prédiction du modèle est "normal" et "rationnel", tandis que tout ce qui va à l'encontre est "anecdotique" et "irrationnel". L'action du système de recommandation est justement de ramener l'utilisateur dans la norme statistique en lui proposant des alternatives conformes à la "rationalité" du modèle. Ce faisant, le système de recommandation fait rentrer l'utilisateur dans un tunnel cognitif où ce n'est plus sa volonté qui compte mais ce que le modèle aléatoire a capturé de la réalité. Ainsi, la modélisation aléatoire consommée sans modération devient une drogue qui altère la rationalité. Nous montrerons par plusieurs exemples concrets issus de systèmes de recommandations, d'approche de marketing, d'analyse de réseaux sociaux, l'étendue de cette addiction croissante et décrirons ses impacts sociaux et politiques.

François VANNUCCI : Les contraintes du hasard
En physique classique, il n'y a pas de hasard. La réalité du monde est potentiellement connue hors du temps puisqu'on peut prédire l'avenir en appliquant les équations consacrées. Mais le hasard quantique qui règne dans le monde de l'infiniment petit superpose un autre niveau de réalité qui lui n'est connu qu'après sa réalisation.
Le hasard existe donc au niveau des particules, on ne sait pas prédire la trajectoire d'un électron dans un champ de force, mais ce hasard est contraint par des lois de distribution fondées sur les probabilités. Une population d'électrons se répartira sur des figures connues de diffraction ou d'interférences, le hasard quantique répond à un principe de "déterminisme faible".
Qu'en est-il du hasard de la vie quotidienne ? Une analyse d'occurrence de la chance indique que là aussi une loi mathématique existe.

François Vannucci a publié une douzaine de livres de vulgarisation scientifique : Le miroir aux neutrinos, L'astronomie de l'extrême univers (Odile Jacob), Proust à la recherche des sciences (le Rocher), La relativité, Combien de particules dans un petit pois, La place de l'homme dans l'univers (Le Pommier), Les neutrinos vont-ils au paradis (EdP), Neutrinos et vitesse de la lumière, Mécanique quantique sans douleur, Techniques de détection (Ellipses), Le vrai roman des particules (Dunod).
Depuis l'an dernier, il écrit pour le site "The Conversation". Y ont paru à ce jour douze articles sur les neutrinos, le hasard, Einstein, les rayons cosmiques ou encore la physique nucléaire…


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Présentation personnelle

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Frais de séjour : *

Total à verser :

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Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


PSYCHANALYSE ET CULTURE :

L'ŒUVRE DE NATHALIE ZALTZMAN


DU LUNDI 19 AOÛT (19 H) AU LUNDI 26 AOÛT (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Jean-François CHIANTARETTO, Georges GAILLARD


ARGUMENT :

Avec les catastrophes génocidaires et leur projet négateur de l'appartenance humaine des victimes, dont la Shoah a constitué la figure emblématique, le vingtième siècle a marqué une rupture dans la culture. "L'écroulement de ce qui assurait à chacun, à son insu, inconsciemment, la certitude d'un pacte entre l'homme et lui-même, et les autres, cet écroulement a eu lieu, quelles que soient nos forces de dénégation".

Dans la perspective ouverte par Freud avec Malaise dans la culture, Nathalie Zaltzman a pris acte de l'absolue nécessité de repenser le travail de la culture, qui s'accomplit par le "psychique dans l'individuel". Le travail de la culture, consistant à rendre (partiellement) pensable ce qui indissociablement anime le sujet, le dépasse et lui échappe, est au cœur du travail de la cure. Cette posture théorique novatrice procède de l'invention en 1979 du concept de "pulsion anarchiste", qui a fait date dans le champ psychanalytique, tant au plan national qu'international, et participait d'une critique de la tendance des analystes à ramener toute conflictualité psychique au couple sexuel / narcissique.

Il s'agit de prolonger la théorisation freudienne de la pulsion de mort, en l'enrichissant d'une variante au service de la (sur)vie. Nathalie Zaltzman repense ainsi l'articulation narcissisme individuel / narcissisme collectif et dessine une approche de la négativité, au-delà de l'auto-destructivité narcissique de type mélancolique ou de la haine de la culture suscitée par l'exigence collective de sacrifices pulsionnels. Dans cette perspective, l'espace culturel apparaît irrémédiablement traversé par une lutte entre le travail de la culture comme prise de conscience transformatrice du négatif et la régression (auto)-destructrice, agglomérant dans la masse l'individuel et le collectif.

Ce colloque, ouvert aux psychanalystes comme à tous les auditeurs curieux, visera à faire comprendre la place aujourd'hui décisive de cette œuvre. Elle vient témoigner de l'importance vitale tout à la fois de la psychanalyse pour penser la puissance bivalente des processus culturels et de ce travail de pensée pour maintenir la puissance thérapeutique et scientifique de la psychanalyse.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 19 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 20 août
Matin
Monette VACQUIN : Démesure et civilisation… Et retour
Jean-Michel HIRT : La chute des corps

Après-midi
Geneviève BRISAC (écrivain) : Carte blanche


Mercredi 21 août
Matin
Catherine MATHA : Souffrir maintenant et indéfiniment : une maladie trop humaine
Raphaël MINJARD : Du chaos à la pulsion anarchiste : l'antre de l'éveil

Après-midi
Jean-Pierre PINEL : Les alliances inconscientes psychopathiques, une figure du Mal
Evelyne TYSEBAERT : Le mal. Ses représentations entre corps individuel et corps du monde


Jeudi 22 août
Matin
Georges GAILLARD : Travail de culture et rencontre avec "les figures intimes de la barbarie"
Gaia BARBIERI : Valeur subversive de Thànatos dans l'accompagnement clinique des sujets migrants

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 23 août
Matin
André BEETSCHEN : Le meurtre et l'héritage : lectures croisées de Nathalie Zaltzman et Marie Moscovici
Jean-François CHIANTARETTO : Travail de la culture, travail de la mélancolie

Après-midi
Ghyslain LÉVY : Les émissaires de l'ailleurs
Noémie DURR : La rencontre d'un sujet hors héritage, étranger en lui-même


Samedi 24 août
Matin
Barbara DE ROSA : Nathalie Zaltzman et l'enjeu du Kulturarbeit dans la rencontre entre témoignage et écoute
Aline COHEN DE LARA : Déliaison de vie ?

Après-midi
François VILLA : Psyché anarchiste, psyché totalitaire ?
Isabelle LASVERGNAS : La pulsion anarchiste : pour un retour vers une métasociologie psychanalytique


Dimanche 25 août
Matin
Ellen CORIN : Jouer avec des forces déliantes : un parcours risqué
Christian FERRIÉ : Destins collectifs de la pulsion anarchiste (des rois de Thulé aux chefferies tupi-guarani)

Après-midi
Marie-Françoise LAVAL-HYGONENQ : De la pulsion de mort à la question de l'auto-conservation
Arlette LECOQ : Entre l'esprit du mal et la vie de l'esprit, d'Angkar à Angkor


Lundi 26 août
Matin
Bilan et clôture du colloque

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Gaia BARBIERI : Valeur subversive de Thànatos dans l'accompagnement clinique des sujets migrants
Lorsque Nathalie Zaltzman théorise la "pulsion anarchiste", ce courant somme tout "individualiste" et "libertaire" de la pulsion de mort, elle complexifie radicalement la métapsychologie freudienne autour de Thànatos. Ainsi, Zaltzman forge un système conceptuel qui permet à la psychanalyse de fonctionner dans des champs de la pratique qui relèvent d'"expériences-limite", où le registre du besoin prime sur celui du désir, et où l'interférence entre politique et psyché est centrale. Dans mon travail clinique et de recherche auprès des sujets exilés, la question de l'exposition à la mort (physique, psychique et politique) de ces hommes et ces femmes est persuasive. À partir de la figure de "homo sacer", conceptualisée par le philosophe Giorgio Agamben en tant que "vie nue et tuable", et reprise par Nathalie Zaltzman, je partagerai avec vous cette recherche des lieux de vie occupés par des collectifs de personnes migrantes, ainsi que mes réflexions sur la pulsion anarchiste — ouverture subversive d'une alternative de vie, mouvement psychique de révolte subjective, inaugurant une verticalisation politique collective.

Gaia Barbieri, psychologue clinicienne, a une formation en philosophie et en sciences cognitives. Doctorante en Psychologie Clinique à l'université Lumière-Lyon 2, elle prépare une thèse intitulée "Ni patrie, ni destin : enjeux psychiques post-migratoires du sujet et du groupe, entre utopie et responsabilité collective".
Publications
2019, Ni patrie, ni destin ? Pour une pratique clinique militante auprès des jeunes exilés, Canal Psy, en cours de publication.
2019, "L'accueil des exilés en squat. Pensée en actes d'un habitat subversif", article co-écrit avec Arnaud De Rivière de La Mure, Nouvelle Revue de Psychosociologie, n°28, "Faire société autrement ?", en cours de publication.

Jean-François CHIANTARETTO : Travail de la culture, travail de la mélancolie
Du travail de la cure au travail de la culture, "l'humain" est censément pour chacun au cœur de la donne à la fois intrapsychique et culturelle. Mais lorsque vient à faire défaut la certitude minimale d'exister pour autrui, la donne devient précaire et le psychanalyste doit affronter des registres où l'enjeu pour le sujet est de survivre à la menace d'une disparition : celle de l'autre, de soi en l'autre, de l'autre en soi. Les travaux de Nathalie Zaltzman sont ici essentiels, tant du côté de la clinique psychanalytique que du côté des nouvelles formes du malaise dans la culture après la Shoah.

Philosophe de formation, Jean-François Chiantaretto est psychanalyste et professeur de psychopathologie. Ses livres sont tous traversés par la question de l'interlocution interne, qu'il s’agisse des écritures de soi, de l'écriture du psychanalyste ou de la psychopathologie des limites.
Derniers ouvrages
Trouver en soi la force d'exister, Paris, Campagne Première, 2011.
Avec Matha C. et Neau F., L'écriture du psychanalyste, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2018.

Aline COHEN DE LARA : Déliaison de vie ?
Les travaux de Nathalie Zaltzman, et notamment le concept de pulsion anarchiste, invitent à questionner le processus même de liaison pulsionnelle, parfois considéré comme l'un des buts du travail analytique. La clinique auprès d'enfants violents, où la destructivité est à l'œuvre, amène parfois à envisager la déliaison dans un versant plus positif, source de remobilisation psychique, tant individuelle qu'au regard du collectif. La liaison à tout prix ne revêt-elle pas parfois un caractère asséchant ?

Aline Cohen de Lara est professeure de psychologie (Université Paris 13-SPC); Psychanalyste, membre de la SPP et du comité de rédaction de la Revue française de psychanalyse.
Publications
"Quelques considérations actuelles sur "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre"", in La psychanalyse : anatomie de sa modernité (autour des travaux de Laurence Kahn), Colloque de Cerisy, Éditions Belles Lettres, à paraître 2019.
"Fais pas ci, fais pas ça : un surmoi impatient", in L’impatience, Revue française de psychanalyse, Paris, Puf, n°2, Mai 2018.
"Sentiment de persécution et intériorisation du surmoi", in Persécutions, dir. André J., Petite bibliothèque de psychanalyse, Paris, PUF, 2018.
"Accueil ou écueil de la destructivité chez l'enfant et ses liens avec le sentiment inconscient de culpabilité, Un texte, des analystes, Autour de "L'enfant mal accueilli et sa pulsion de mort" de S. Ferenczi, Le coq héron, 224, Mars 2016, 44-50.
"Supporter la destructivité", in La destructivité chez l’enfant, dir. Cohen de Lara A., Danon Boileau L., Monographies et Débats de Psychanalyse, Paris, PUF, 2014, 147-162.

Barbara DE ROSA : Nathalie Zaltzman et l'enjeu du Kulturarbeit dans la rencontre entre témoignage et écoute
En se référant à la césure historique représentée par la Shoah, dans un petit et précieux essai de 2005 Nathalie Zaltzman analyse la problématique de la rencontre entre témoignage et écoute en soulignant la faille du Kulturarbeit qui a accompagné l'accueil des survivants. Le gain de conscience et intelligibilité offert par la littérature concentrationnaire a été raté par l'individu et la communauté humaine dans la mesure où ils se sont soustraits à l'œuvre de "dé-rangement" à laquelle elle les invitait. Dans cette contribution on essaiera de prolonger cette analyse en creusant le rôle, les possibilités et les limites de l'écoute testimoniale, dans l'idée que faire face à la dimension aporétique dans laquelle semble plongée la rencontre entre témoignage et écoute — aporie consubstantielle, mais aujourd'hui accrue par les failles du cadre collectif (Kaës, 1989, 2012) et du "témoin garant" (Chiantaretto, 2004, 2011) — n'est pas seulement un impératif éthique auquel nous sommes appelés en tant qu'individus et communauté, mais aussi une voie pour essayer de sortir de la zone grise de l'écoute (Levi, 1986, Mengaldo, 2007).

Barbara De Rosa a une formation en philosophie, psychanalyse et phd en psychologie, est enseignant-chercheur en psychologie dynamique (Département de Studi Umanistici, Université de Naples Federico II), membre de l'AIP et du SIUERPP, fait partie du comité de rédaction des revues Notes per la psicoanalisi et La Camera blu. Elle est la traductrice italienne de Nathalie Zaltzman et a dirigé l'ouvrage collectif qui lui est dédié Il male dal prisma del Kulturarbeit. Sull'opera di Nathalie Zaltzman (Milano, Franco Angeli, 2014). Thématiques de recherche : le mal extrême, notamment la Shoah, en rapport avec les questions du Kulturarbeit, du processus d'humanisation/déshumanisation, de l'emprise et du témoignage; les transformation de la fonction paternelle, la crise de la fonction adulte et l'actuel malaise dans la culture; l'agressivité et "longue" adolescence.
Publications en français
2018, "Le mal extrême, arcanum imperii, arcanum humani. Un regard intégré sur la notion d'emprise", Cliniques Méditerranéennes, 2/98.
2018, "Le Kulturarbeit et ses défaillances : passé et présent", in R. Hamon, Y. Trichet (sous la direction de), Les fanatismes, aujourd'hui. Enjeux cliniques des nouvelles radicalités, PUR.
2017, "Ranimer l'espoir. L'intervention psycho-éducative de Maestri di Strada", Connexion, 107.
2011, "La dimension du mal et le Kulturarbeit. Méditation sur L'esprit du mal de Nathalie Zaltzman", Bulletin du Quatrième Groupe, numéro spécial.
2009, "La violence dans la famille : Nue propriété, ou le piège… et son ouverture", Le Divan Familial, 23.

Noémie DURR : La rencontre d'un sujet hors héritage, étranger en lui-même
À partir de la rencontre avec un personnage littéraire : l'Étranger, venu de l'œuvre d'A. Camus, et plus particulièrement à partir de la scène de meurtre, je souhaite mettre au travail plusieurs questions : de quoi cet homme est-il étranger ?, quelle est l'impasse dans laquelle il semble arrêté ?, qu'est-ce que ce meurtre viendrait figurer ?, à qui appartient le corps qui tombe ?, à quoi renverrait le silence qu'il fallait rompre ? À partir d'un questionnement initial autour des liens entre exclusion sociale et temporalité, je propose de reprendre ces réflexions et de les développer à la lumière des concepts développés par Nathalie Zaltzman.

Noémie Durr est psychologue depuis 2006 et docteur en 2018. Thèse intitulée Figures de la mélancolie, exclusion sociale et temporalité. Article à paraître dans la revue de psychothérapie psychanalytique de groupe n°72 : Figurer l'informe, l'écriture comme prolongement de l'espace du corps.

Christian FERRIÉ : Destins collectifs de la pulsion anarchiste (des rois de Thulé aux chefferies tupi-guarani)
La réflexion de Nathalie Zaltzman sur la conception freudienne de la Kulturarbeit l'amène à envisager un double destin de la pulsion de mort, bouleversant de la sorte l'axiomatique pulsionnelle de Freud en considérant la possibilité d'un retournement de cette pulsion. Il s'agirait de partir de la lecture que la psychanalyste propose de l'ouvrage de J. Malaurie sur Les rois de Thulé pour la prolonger sur d'autres terrains ethnologiques afin d'éprouver et confirmer la fertilité de l'idée d'un tel retournement de la pulsion de mort : sans exclure d'autres travaux comme, par exemple, l'analyse de Zomia par l'anthropoloque James C. Scott, il sera tout particulièrement question du cas, étudié par les ethnologues Pierre et Hélène Clastres, des mouvements messianiques au sein des tribus tupi-guarani à propos desquels on peut risquer une interprétation ethnopsychanalytique. Tout en posant l'épineuse question de la transposition du cas individuel au niveau collectif, on montrera de quelle manière la pulsion anarchiste permet de dégager une force émancipatrice à l'occasion exceptionnelle d'une confrontation individuelle ou collective à la perspective de la mort : bravant le danger de mort, tirant toute leur force de survivre de cette confrontation exaltée à la perspective de mourir (Viva la Muertè), les individus en danger de mort se mettent ensemble en mouvement et se donnent la force politique de retourner la pulsion de mort contre elle-même.

Bibliographie
Le mouvement inconscient du politique - essai à partir de Clastres, Lignes, 2017 (312 p.).
"La dynamique inconsciente du mouvement politique", in M. Abensour et A. Kupiec, Pierre Clastres, Sens&Tonka, 2011, p. 323-339 (16 p.).
"Les Cannibales de Montaigne à la lumière ethnologique de Clastres", Publications numériques du CÉRÉdI, "Actes de colloques et journées d'étude (ISSN 1775-4054)", n°8, 2013 [en ligne].

Jean-Michel HIRT : La chute des corps
"L'amitié, ce rapport sans dépendance, […], cette séparation fondamentale à partir de laquelle ce qui sépare devient rapport", cette approche de Maurice Blanchot concernant sa relation à Georges Bataille sera le fil rouge d'un propos où Nathalie Zaltzman, disparue, est cette interlocutrice intérieure, devenue. Autour du vide advenu, des noms apparaissent, écrivains, psychanalystes, réalisateurs, musiciens, qui ont donné lieu à tant d'échanges vivants voués à tomber dans l'oubli. Le temps de cette chute cherche ici à se dire.

Jean-Michel Hirt est Professeur d'Université (Psychopathologie – Interculturel) et membre de l'Association Psychanalytique de France.
Publications
L'insolence de l'amour, fictions de la vie sexuelle, Albin Michel, 2007.
La dignité humaine, sous le regard d'Etty Hillesum et de Sigmund Freud, Desclée de Brouwer, 2012.
Paul, l'apôtre qui "respirait le crime", pulsions et résurrection, Actes Sud, 2014.
La vraisemblable ascension de John Coltrane, Éditions Domens, 2019.

Isabelle LASVERGNAS : La pulsion anarchiste : pour un retour vers une métasociologie psychanalytique
Le travail de Nathalie Zaltzman sur la notion de pulsion réoriente les présupposés métahistoriques freudiens sur le travail de la culture et sur la groupalité psychique au cœur des dynamiques inconscientes subjectives et collectives. Dans la poursuite de ces élaborations métapsychologiques sur les destins de la vie pulsionnelle, on esquissera des parallèles avec les propositions de nature métaphysique dans l'œuvre de Jean Baudrillard sur le sujet de la condition humaine en ce début du XXIe siècle, ainsi que sur le mal et l'implosion du politique dans le contexte dit de post-histoire.

Isabelle Lasvergnas est psychanalyste, Professeur honoraire, UQAM. Auteur de très nombreux articles, elle a dirigé plusieurs ouvrages collectifs, dont récemment, La consultation psychanalytique aujourd'hui, entre héritages et remaniements, Monographie, Filigrane, 2018.
Publications récentes
"L'attraction du double dans la filiation : du socius à la transmission analytique", Psychanalyse et Psychose, 2018.
"Transcrire la trace", in J.-F. Chiantaretto, C. Matha & F. Neau (dir.), L'écriture du psychanalyste, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2018.
"Temporalité psychique des premières rencontres et noyaux inconscients transmis dans la cure. La fonction conservatoire des entretiens préliminaires", Filigrane, 2018.
"L'abime des mots", in L. Grenier (dir.), Écritures du divan, 2017.
"Le corps exorbité", in J.-F. Chiantaretto & C. Matha (dir.), Écritures de soi, écritures du corps, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2016.

Arlette LECOQ : Entre l'esprit du mal et la vie de l'esprit, d'Angkar à Angkor
Mon propos débutera par une réflexion sur le statut du Mal que Nathalie Zaltzman situe hors filiation et sur l'héritage archaïque, en ce compris les références ontogénétiques et phylogénétiques. Richard III et Broddeck, l'un se situant avant, et l'autre après la césure des barbaries du XXe siècle, me permettront d'illustrer quelques facettes du travail de culture par l'art et la tragédie en ce qui concerne le premier, par la compulsion de répétition collective si bien mise en évidence dans le rapport de Broddeck de Philippe Claudel, en ce qui concerne le second.

Arlette Lecoq est psychiatre, psychanalyste, membre titulaire et membre de la commission de la SBP, secrétaire scientifique de la SBP, membre de l'IPA et Maître de conférences à l'université de Liège. Elle participe au groupe FIMMPIC de la SBP consacré aux Figures Intrapsychiques de la Mort et du Mal dans la Psyché Individuelle et Collective.

Ghyslain LÉVY : Les émissaires de l'ailleurs
Ce sont les messagers qui nous apportent, venant de nos lointains intimes, des nouvelles de nos objets perdus ou des objets que nous ne parvenons pas à perdre. Je suivrai ici le chemin que Nathalie Zaltzman avait ouvert avec son concept de sexualité mélancolique, quand détachement et séparation ont échoué et que le lien d'amour triomphe dans la mort. À travers l'écriture d'une fiction clinique, j'explorerai cette "charge cadavérique du lien d'amour", lorsque l'Histoire génocidaire est venue, à travers les générations, déchirer le temps, et que la passion de mourir reste le seul témoignage d'une telle déchirure.

Ghyslain Lévy est psychiatre et psychanalyste, membre du Quatrième Groupe.
Il a dirigé l'ouvrage collectif L'esprit d'insoumission, réflexion autour de la pensée de Nathalie Zaltzman, aux éditions Campagne Première, 2011, qui vient d'être réédité.
Il vient de publier Survivre à l'indifférence (Campagne Première, 2019).

Catherine MATHA : Souffrir maintenant et indéfiniment : une maladie trop humaine
La souffrance humaine, fidèle compagne de vie, liée à la solitude originelle de l'être humain face à l'angoisse de sa finitude, ne se laisse pas aisément apaiser. Car, paradoxe scandaleux, ce à quoi l'homme semble tenir le plus est sa souffrance, en dépit de ce dont il cherche à se convaincre. Les formes diverses dans lesquelles elle s'incarne en témoignent et conjuguent différemment les forces d'Eros et de Thanatos. Depuis les situations d'impuissance douloureuse où l'homme se convainc qu'il ne peut pas ce qu'il voudrait pour mieux se préserver du risque de la confrontation à un véritable impossible, aux "situations-limites" telles que décrites par Nathalie Zaltzman, où l'enjeu est celui d'une survie psychique quand la menace de mort est effective. Si la conceptualisation du masochisme et de ses différentes figures a ouvert des voies de compréhension sur les œuvres silencieuses de la pulsion de mort quand elle se drape d'érotisation, l'élaboration de la pulsion anarchiste qui tire sa force de la seule pulsion de mort en ouvre une autre.

Psychologue clinicienne de formation, Catherine Matha est Psychanalyste et Maître de Conférences en Psychologie clinique et psychopathologie à l'université Paris 13 SPC.
Publications
Les attaques du corps à l'adolescence, Dunod, 2018.
Blessures de l'adolescence, , avec Fanny Dargent, Puf, 2011.
Écritures de soi, écritures du corps, avec Jean-François Chiantaretto (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann, 2016.
L'écriture du psychanalyste, avec Jean-François Chiantaretto et Françoise Neau (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann, 2018.

Monette VACQUIN : Démesure et civilisation... Et retour
La vie m'a fait l'inestimable cadeau de trente ans d'amitié avec Nathalie Zaltzman. Nouée dans le travail, cette amitié prit la forme de décennies de conversations qui ne furent interrompues que par sa mort. Démesure et civilisation sont des concepts propres à son œuvre, dont je m'efforcerai de faire partager l'amplitude à travers ses travaux mais aussi à partir de nos échanges privés. "La démesure est l'ancrage humain, sa marque de fabrication, sa vocation naturelle (…) Mais prendre la mesure de l'ancrage humain dans la folie, c'est disposer d’une raison suffisamment solide pour vivre avec cette démesure sans vivre ni dans sa terreur, ni dans son idéalisation", écrivait-elle dans Faire une analyse, et guérir : de quoi. De mon côté, je travaillais sur la question inédite du conflit de la techno-science et de la civilisation, sur les délires de la raison, en prenant soin d'en repérer les dimensions liées à l'histoire et à l'inconscient. Un retour de l'hybris dans des lieux imprévus…

Monette Vacquin est psychanalyste et écrivain. Membre du bureau de "Schibboleth, Actualité de Freud", association internationale inter-universitaire. Membre du conseil scientifique du département d'éthique bio-médicale du Collège des Bernardins. Ancien membre du Collège de Psychanalystes, Paris. Lauréate du Grand Prix "Science et conscience" attribué par "Humanisme et Société".
Principaux ouvrages
Frankenstein ou les délires de la raison, François Bourin, 1989 / Julliard, 1995 (Traduit en allemand et en japonais).
Main basse sur les vivants, Fayard, 1999.
Grave ma non troppo, Beethoven, dernier mouvement, Penta, 2014.
Frankenstein aujourd'hui, égarements de la science moderne, Belin, 2016 (Traduit en chinois).
Ouvrages collectifs
Tensions et défis éthiques dans le monde contemporain, mai 2012, Éd. des Rosiers, sous la dir. de M. G. Wolkowitcz.
États du Symbolique aujourd'hui, juin 2014, Éd. In Press, dirigé par M. G. Wolkowicz.
Figures de la cruauté, mai 2016, Éd. In Press, sous la direction de M. G. Wolkowicz.
Le sujet face au réel et dans la transmission, 2017, Éd. In Press, sous la direction de M. G. Wolkowicz.
Si c'était Jérusalem, février 2018, Éd. In Press, sous la direction de M. G. Wolkowicz.
Une France Soumise, sous la direction de G. Bensoussan, Préface d'E. Badinter, Albin Michel, 2017.
Le Nouvel Antisémitisme en France, Préface d'E. de Fontenay, avec P. Val, P. Bruckner, G. Bensoussan, J.-P. Winter, etc., Albin Michel, 2018.
Direction d'ouvrage et préface
La Responsabilité, Éd. Autrement, Collection "Morales", 1994.
Travaux sur la musique
Publiés sur le site "l'interprète-musicien", sous la direction de R. Stricker.


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


DUMAS AMOUREUX :

FORMES ET IMAGINAIRES DE L'ÉROS DUMASIEN


DU LUNDI 19 AOÛT (19 H) AU LUNDI 26 AOÛT (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Julie ANSELMINI, Claude SCHOPP


ARGUMENT :

L'Éros proprement amoureux de Dumas, qui le poussa à accumuler sa vie durant conquêtes et maîtresses, est la figure emblématique d'une énergie vitale et d'un désir de littérature et d'action qui n'a pas, en tant que tel, fait l'objet d'une suffisante attention.

Ce colloque — le premier qui, à la veille des cent cinquante ans de la mort de l'écrivain, le fera entrer à Cerisy — vise ainsi à explorer l'Éros dumasien dans ses divers aspects et ses multiples enjeux, selon trois directions privilégiées. D'abord, le désir amoureux et érotique, sa représentation, sa productivité et sa portée dans les différents genres illustrés par Dumas (théâtre, romans, contes, récits de voyages, autobiographie, causeries, etc.). Ensuite, et plus largement, le désir comme origine et foyer de la création dumasienne, et tel qu'il permet d'en comprendre la fécondité, la variété, mais aussi les modes d'énonciation et de réception. Enfin, les empreintes du désir chez les descendants (biologiques et littéraires) de Dumas; comment les motifs sentimentaux et l'érotisme façonnent l'imaginaire dumasien, manifesté et fantasmé par les réécritures, les adaptations ou les suites de ses œuvres (comme le D'Artagnan amoureux de Roger Nimier, auquel le titre du colloque adresse un clin d'œil).

Cette rencontre, qui réunira les meilleurs spécialistes du sujet, s'ouvrira à tous les lecteurs amoureux de Dumas.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 19 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 20 août
Matin
AUX ORIGINES
Julie ANSELMINI & Claude SCHOPP : Introduction
Claude SCHOPP : Les deux amours d'Alexandre Dumas

Après-midi
L'AMOUR EN VOYAGE
Nathalie SOLOMON : Impressions de voyage et sentiment amoureux : "J'en ferai un volume"
Héléna DEMIRDJIAN : Naples et Dumas : un cheminement amoureux

Soirée
Samantha CARETTI : De l'enthousiasme chez les romantiques et Dumas


Mercredi 21 août
Matin
ÉROS ET FABRIQUE DU SUCCÈS
Karl AKIKI : 5 Shades of Dumas
Sandrine CARVALHOSA : La fabrique médiatique du désir d'auteur : le cas d'Alexandre Dumas

Après-midi
DÉTERMINATIONS ET SUBVERSION DU DÉSIR
Daniel DESORMEAUX : L'amour nègre chez Alexandre Dumas
Estelle BÉDÉE : L'érotisme dumasien, entre conformisme et révolution

Soirée
De l'amour chez Dumas, lectures par Philippe MÜLLER & Vincent VERNILLAT [Compagnie PMVV le grain de sable]


Jeudi 22 août
Matin
FOLIES AMOUREUSES
Edith PERRY : La Reine Margot : l'amour à outrance. D'Alexandre Dumas à Patrice Chéreau
Julie ANSELMINI : Dumas, écrivain de l'amour fou
Valery RION : Aimer la mort, aimer Méduse : l'éros dumasien dans les récits fantastiques

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 23 août
Matin
ÉROS ET HISTOIRE (I)
Maxime PRÉVOST : Le Désir séculaire : les XVIe et XVIIe siècles contrastés de Dumas
Lise DUMASY : L'Amour, la Mort et le Destin au prisme du roman historique dumasien

Après-midi
ÉROS ET HISTOIRE (II)
Àngels SANTA : Le sentiment amoureux dans Mémoires d'un médecin : l'exemple de La Comtesse de Charny
Isabelle SAFA : Éros et Clio : l'amour comme principe de production de l'histoire
Philippe CHANIAL : Eros, Agapè et politique : l'amour comme utopie chez Alexandre Dumas


Samedi 24 août
Matin
AMOURS DE THÉÂTRE
Christine PRÉVOST : Viol et subornation dans les drames historiques et modernes de Dumas : entre ressort mélodramatique et métaphore du pouvoir
Anne-Marie CALLET-BIANCO : Les "wedding comedies" de Dumas

Après-midi
LÉGENDAIRES AMOUREUX
Barbara INNOCENTI : Les "masques" d'Edmond Dantès : l'(h)éros dumasien au prisme des réécritures théâtrales italiennes du Comte de Monte-Cristo (XIXe siècle)
Giulio TATASCIORE : Le brigand amoureux : une figure de l'imaginaire dumasien
Maria Lucia DIAS MENDÈS : "L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux !" : Dumas et l'amour fraternel

Soirée
D'Alexandre Dumas à Patrice Chéreau [Projection]


Dimanche 25 août
Matin
ÉROS EN REPRÉSENTATION
Dominique de FONT-RÉAULX : Décors pour un bal masqué, désirs de la représentation
Steffie VAN NESTE : "Voir sans être vu". Amour et curiosité dans l'œuvre romanesque d'Alexandre Dumas

Après-midi
DUMAS ET LES SIENS
Marianne SCHOPP : L'amour paternel chez Dumas
Michel BRIX : À propos de Jenny Colon. Dumas et les amours de Nerval
Marc DAMBRE : Roger Nimier chez Dumas : amours de lecture


Lundi 26 août
Matin
Table ronde sur les formes et enjeux du désir amoureux dans le théâtre de Dumas
Conclusions et clôture

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Karl AKIKI : 5 Shades of Dumas
Le propos de cette communication détourne le titre d'un célèbre bestseller transmédia de notre époque (50 Shades of Grey, E. L. James). À l'instar de ce roman qui explore les strates insoupçonnées du désir, nous reviendrons sur l'auteur sulfureux que fut Dumas et sur les nuances (shades) qu'il propose pour contrer le "code de la conjugalité". Nous nous proposons de démontrer comment le désir constitue, au niveau de l'architexte, le moteur des actions, le destinateur des quêtes des personnages. Les couches intertextuelles suivantes vont s'effriter : le triangle mimétique qui permet aux relations de s'alimenter, l'homosexualité masculine et féminine qui accompagne l'évolution des actants, l'importance du travestissement et de la logique carnavalesque, les fantasmes les plus tus et qui sont livrés au grand jour (sadomasochisme, nécrophilie, inceste et autres rapports que Dumas explore), le retour aux mythes qui interrogent le désir humain (Ulysse et Pénélope, Orphée et Eurydice, Pyrame et Thisbée). Cette évolution questionnera constamment le pôle de la réception pour lequel la sexualité est un incubateur de succès. Elle permettra de comprendre la popularité de l'œuvre d'un auteur qui fait couler encore beaucoup d'encre et de pellicule.

Bibliographie
Akiki Karl, La recette du roman populaire, façon Alexandre Dumas, thèse soutenue en avril 2013 à Paris 3-Sorbonne nouvelle [en ligne].
Akiki Karl, Dumas aux frontières du fantastique, Mémoire de Master, Beyrouth, Université Saint-Joseph, 2006.
Fernandez Dominique, Les douze muses d'Alexandre Dumas, Paris, Éditions Grasset, 1999.
Revue de la Bibliothèque nationale de France, Dossier "Alexandre Dumas", n°11, octobre 2002.

Julie ANSELMINI : Dumas, écrivain de l'amour fou
Comme le rêve, l'amour ouvre un univers à part, délicieux ou terrible. Il n'est pas seulement un indispensable ressort romanesque : investi d'une dimension magique, il s'avère capable d'abolir les barrières entre les êtres, mais aussi de détruire leur raison et de les faire basculer dans l'Autre Monde lorsqu'il s'agit d'un amour extrême. Dans Olympe de Clèves (1852), "tomber fou amoureux" prend ainsi un sens littéral : amoureux éperdu de l'éblouissante Olympe, Bannière est enfermé à l'asile de Charenton; à sa mort, sa maîtresse, à son tour, tombe foudroyée de malheur et d'amour. Nous examinerons comment, bien avant les surréalistes, Dumas prend au sérieux l'amour fou, forme de sublime où se mêlent indissociablement le merveilleux et l'effroi, l'intensité et le risque.

Ancienne élève de l'ENS Paris, Julie Anselmini est maître de conférences à l'université de Caen Normandie. Spécialiste de Dumas père, ses travaux portent aussi sur la critique des écrivains du XIXe siècle. Elle a codirigé en 2016 à Cerisy avec Fabienne Bercegol et Mariane Bury le colloque "Portraits dans la littérature : de Gustave Flaubert à Marcel Proust" (publié en 2018 aux Éditions Classiques Garnier, collection "Cerisy-Littérature").

Estelle BÉDÉE : L'érotisme dumasien, entre conformisme et révolution
L'analyse consiste en une observation de la tension permanente entre Eros et Thanatos que Dumas exerce lorsqu'il s'agit d'écrire le désir. Le texte romanesque, travaillé par la frustration, oscille entre érotisme suggéré, "raisonnable" si l'on peut dire, conforme aux mœurs de son époque — Dumas se présente lui-même comme "l'homme religieux par excellence" dans sa Préface de La Comtesse de Charny — et un déchaînement de l'imaginaire, où la volonté de divertir prend le pas sur celle d'instruire (fonction qu'il attribue au roman populaire en général et à son œuvre en particulier) et contribue donc à l'élaboration d'un érotisme plus transgressif, que les nombreuses adaptations et interprétations ont exploré de façon beaucoup plus explicite. Nous tenterons donc d'observer comment l'individualité de Dumas, son histoire et son identité (ou plutôt le morcellement de ses identités), anomalies au sein du paysage littéraire français du XIXe siècle, ont façonné, conjointement à une écriture romantique devenue presque caricaturale du genre, très "scolaire", un paysage érotique révolutionnaire et ludique.

Bibliographie
Mémoire sur La Représentation féminine chez La Comtesse de Ségur en 2009.
Mémoire sur La Représentation des classes en littérature et en littérature populaire : Les Mystères de Paris d'Eugène Sue en 2010.
Article pour la revue Le Pan Poétique des Muses : "La Comtesse de Ségur et l'hystérie", écrit en 2010, publié en 2015.
Compte-rendu du n°43 de la revue Autour de Vallès pour le site Belphégor en 2014.
Thèse de doctorat : L'insurrection dans le roman du XIXe siècle, de Prosper Mérimée à Lucien Descaves, soutenue en 2017.

Michel BRIX : À propos de Jenny Colon. Dumas et les amours de Nerval
Les amours du poète et de l'actrice constituent un des clichés du romantisme. Alexandre Dumas a évoqué ce thème dans ses Nouveaux mémoires (1866), à propos de Gérard de Nerval. Celui-ci avait fait état, dans Sylvie (1853), de la passion qu'il aurait nourrie pour une actrice qu'il nomme Aurélie et dont le modèle est sans doute Jenny Colon. De nombreux proches de Nerval ont contribué, avant et après Sylvie, à représenter Gérard en soupirant de Jenny Colon. Dans cette perspective, il est intéressant de relire les pages des Nouveaux mémoires, qui donnent à Dumas, dans cette affaire, un rôle essentiel de confident, d'intermédiaire, voire d'amant en titre.

Bibliographie
A. Dumas, Sur Gérard de Nerval. Nouveaux mémoires, Éd. C. Schopp, Bruxelles, Complexe / coll. "Le Regard littéraire", 1990.
G. de Nerval, Œuvres complètes, éd. dirigée par J. Guillaume et C. Pichois, Paris, Gallimard / "Bibliothèque de la Pléiade", 3 tomes, 1984-1993.
C. Pichois et M. Brix, Gérard de Nerval, Paris, Fayard, 1995.
C. Schopp, Alexandre Dumas, le génie de la vie, 2e éd., Paris, Fayard, 1997.

Anne-Marie CALLET-BIANCO : Les "wedding comedies" de Dumas
S'il a peint l'amour sous un angle tragique dans ses romans et ses drames, Dumas l'a aussi abordé sur le mode léger dans ses comédies, en l'associant, comme Molière, au mariage, conclu in fine. D'autres héritages se laissent percevoir, comme celui de Marivaux, qui décortique les sentiments et le langage des amants. À l'instar de ses contemporains (Scribe, Labiche), mais avec des choix dramatiques différents, Dumas se pose en observateur lucide et souriant des mœurs de son époque. On s'intéressera à l'usage qu'il fait de la distance chronologique dans les "grandes" comédies pour évoquer des questions de son époque, comme les rapports entre les sexes et le mariage arrangé. Les petites comédies, qui s'apparentent aux Proverbes de Musset, reprennent ces motifs sur le mode burlesque, en exploitant un comique de situation et d'accumulation. Envers des grands drames romantiques, elles transposent leurs intrigues dans le climat heureux et sans conséquence du divertissement qui triomphe en conduisant inéluctablement les protagonistes vers le terminus du mariage.

Maître de conférences à l'université d'Angers, Anne-Marie Callet-Bianco a publié plusieurs romans de jeunesse de Dumas. Elle co-dirige avec Sylvain Ledda l'édition de son Théâtre complet aux éditions Garnier.
Publication
Callet-Bianco A.-M., Ledda. S. (dir.), Le Théâtre de Dumas père, entre héritage et renouvellement, PUR, 2018.

Samantha CARETTI : De l'enthousiasme chez les romantiques et Dumas
Si l'histoire littéraire du XIXe siècle a retenu la notion de mélancolie pour caractériser la production et la sensibilité romantiques, l'enthousiasme, notion héritière d'une longue tradition philosophique et littéraire, semble avoir défini de façon privilégiée le premier romantisme dans ses champs d'étude les plus divers. Mouvement de l'Histoire, il donne une nouvelle vigueur à l'engagement politique; inspiration divine, il fait advenir le sacre de l'écrivain et redéfinit l'acte de création artistique; et manifestation du Dieu en nous, il ramène la spiritualité au cœur du monde, de l'homme, mais aussi du langage. Nous examinerons donc comment l'enthousiasme incarne l'énergie autour de laquelle se rallient les premiers écrivains romantiques, mais aussi comment Alexandre Dumas se réapproprie cette notion en pleine gloire pour en faire une composante et une dynamique romanesques et dramatiques, autant qu'une poétique sensible dans la création et la réception de ses œuvres.

Doctorante contractuelle en littérature française du XIXe siècle sous la direction de Brigitte Diaz (LASLAR) à l'université de Caen Normandie, Samantha Caretti travaille sur les stratégies publicitaires de promotion de la littérature romantique en France. Elle a rédigé un mémoire de master de recherche portant sur la notion d'enthousiasme comme énergie du premier romantisme. Présidente de la Société des Amis de Custine, elle s'intéresse également à l'œuvre et à la correspondance d'Astolphe de Custine.

Sandrine CARVALHOSA : La fabrique médiatique du désir d'auteur : le cas d'Alexandre Dumas
Cette communication propose de montrer comment les textes journalistiques écrits par Alexandre Dumas et les textes rédigés par d'autres auteurs à son sujet ont construit une image de Dumas, un "corps textuel", que les lecteurs ont pu chercher à rencontrer, par écrit ou en chair et en os. Écrivain célèbre, Alexandre Dumas a joué un rôle actif dans sa propre médiatisation et dans la gestion de la relation avec ses lecteurs-admirateurs, créant et entretenant la fascination pour sa personne, le "désir d'auteur". Le cas d'Alexandre Dumas est à la fois singulier et emblématique : la séduction dumasienne offre en effet un témoignage éclairant sur le statut de l'homme de lettres au début de l'"ère médiatique" (selon le titre de l'ouvrage d'A. Vaillant et de M.-E. Thérenty).

Sandrine Carvalhosa est enseignante, docteure en littérature française, membre associée du RIRRA21. Ses recherches portent sur la presse au XIXe siècle, et sur l'écriture journalistique d'écrivains.
Elle a publié plusieurs articles portant sur le journalisme d'Alexandre Dumas et a contribué à l'édition des articles de critique dramatique d'Alexandre Dumas de 1836 à 1838 (Cahiers Alexandre Dumas, n°42, 2015).

Philippe CHANIAL : Eros, Agapè et politique : l'amour comme utopie chez Alexandre Dumas
Sous bien des aspects, l'amour fut la grande affaire des utopies et de la pensée socialiste du XIXe siècle. De la célébration, par Fourier, de la force subversive de l'Eros et du libre jeu des passions — ou, à l’inverse, de l'éloge proudhonien de la "suprême volupté" de l'Agapè propre à cette école de dévouement que constitue l'amour conjugal — à la sacralisation, chez les saint-simoniens (et jusqu'à Auguste Comte), du Couple comme unité politique primordiale et de la communion amoureuse comme principe de toute "œuvre sociale", le lien amoureux apparaît comme la matrice et l'horizon d'une société émancipée. Plus encore, en exaltant l'amour comme "le principal émancipateur du genre humain" (Leroux), ces utopies politiques et sociales ne sont-elles pas, fondamentalement, des utopies amoureuses ? Cette communication se propose d'explorer cette hypothèse en quelque sorte à rebours : non en étudiant ces fictions politiques pour y dévoiler la puissance d'Eros et d'Agapè, mais en interrogeant la force de la fiction romanesque à entrelacer ces deux utopies. L'analyse portera sur deux contemporains de ces prophètes d'un nouvel ordre amoureux : Alexandre Dumas père et, en contrepoint, George Sand; et quelques-unes de leurs œuvres : Joseph Balsamo (1846), Le comte de Monte Cristo (1844-46) et, surtout, Création et rédemption (1872) pour le premier, Le meunier d'Angibault (1845), Le péché de Monsieur Antoine (1845), La ville noire (1860), Nanon (1872) pour la seconde. Il s'agira notamment, à leur lecture, de déterminer dans quelle mesure, si littéraire et politique en reconfigurant le sensible produisent tous deux des fictions, les corps et les cœurs aimants de la poétique littéraire peuvent prétendre "faire politique" et laquelle : infra-, méta- ou contre-politique ?

Marc DAMBRE : Roger Nimier chez Dumas : amours de lecture
La trilogie des mousquetaires entre dès l'enfance dans l'univers de Roger Nimier (1925-1962) et y demeure jusqu'à ses derniers jours, quand il signe D'Artagnan amoureux ou Cinq ans avant. C'est alors par Dumas que le romancier retrouve, après neuf ans de silence, le plaisir de créer. Ce livre n'est pas, en effet, un simple pastiche. Le mot avait été employé dans les journaux, souvent à charge, alors que cette histoire d'amour entre le mousquetaire et la future Mme de Sévigné n'est pas seulement pour l'auteur une occasion de poursuivre la critique littéraire par d'autres moyens. Quand il préface Les Trois Mousquetaires en 1961, il y voyait une histoire de "mélancolie glacée" : intuition de la dimension inventive de son dernier livre. Autrement dit, dans D'Artagnan amoureux, fidélité à un certain Dumas et singularité de Nimier vont de pair.

Marc Dambre est professeur émérite de littérature française à la Sorbonne Nouvelle - Paris 3, UMR 7172 Thalim.
Il a publié Roger Nimier hussard du demi-siècle en 1989 et rassemblé textes et inédits, de L'Élève d'Aristote (1981) et Journées de lecture II (1995) à la Correspondance avec Paul Morand (2015). Initiateur de nombreux colloques, il en a édité les actes, tels Roger Nimier quarante après "Le Hussard bleu" (1995) et Les Hussards (2000).

Héléna DEMIRDJIAN : Naples et Dumas : un cheminement amoureux
Écrit quelques années après son passage clandestin dans le Royaume des Deux Siciles, Le Corricolo, extraordinaire mélange de littérature et de vécu, permet de saisir Naples dans son bouillonnement et son Histoire. La ville semble tendre un miroir à la personnalité aventureuse et jouisseuse de l'écrivain, et c'est sans doute ce qui fait du Corricolo le plus beau des récits de voyage consacrés à Naples. Jean-Noël Schifano affirme : "À Naples, Dumas a vu Naples; Stendhal, de "bal charmant" en "bal charmant", n'y a presque vu que du Stendhal". Il semble que si Dumas a su si bien saisir l'essence de cette ville, c'est parce qu'elle lui ressemble. Bouillonnante, vivante, en perpétuel mouvement, peuplée de Napolitains rusés et habités par la quête du plaisir, la ville ressemble à l'ogre Dumas, jouisseur effréné et aventurier plein d'humour. L'écriture de Dumas, en perpétuel mouvement, variant d'un genre littéraire à l'autre, réalise le miracle littéraire de donner au lecteur l'impression qu'il monte à bord du corricolo, cet étrange véhicule tiré par des chevaux morts, fait pour accueillir un seul voyageur et s'offrant finalement à tous ceux qui le souhaitent, et qu'il visite Naples, secoué par les cahots de la route, emmené par le galop impétueux de chevaux en fin de compte bien vivants, saisi enfin par l’intense désir de l'auteur.

Héléna Demirdjian, professeur certifiée de Lettres Modernes, prépare sous la direction de Corinne Saminadayar-Perrin une thèse intitulée : "Sociétés secrètes et collectivité nationale dans le roman historique au XIXe siècle, Dumas, Raffi, Scott".
Elle a codirigé avec Annick Asso et Patrick Louvier l'ouvrage Exprimer le génocide des Arméniens, Connaissances, arts, engagements, paru aux PUR en 2016. Elle est également l'auteur d’articles critiques, de traductions et d'un roman.

Daniel DESORMEAUX : L'amour nègre chez Alexandre Dumas
Nous croyons déceler une forme d'amour nègre dans l'œuvre romanesque de Dumas, c'est-à-dire un amour qui relèverait des fantasmes aristocratiques de la "race" et d'une confrontation refoulée entre des âmes inférieures et supérieures. Cet amour nègre prendrait racine dans une obscure volonté de jouissance d'un orgueil exalté qui déborderait dans l'apologie de la domination, dans l'idée de transgression des désirs interdits et surtout dans l'instinct de vengeance inavouable. Disons que cet amour nègre, profondément antisocial et antidonjuanesque, est incapable de freiner sa lente descente dans un gouffre quasi baudelairien. Pour avancer dans mon hypothèse, je parlerai d'opposition entre roman et poésie d'amour, de monstruosité amoureuse, de bête, d'esclave, un peu, peut-être, de miscégénation ou de métissage dans la science coloniale. Si l'on respecte la nomenclature raciale dans les colonies avant 1848, Alexandre Dumas père n'est pas un "mulâtre" et encore moins un "nègre". Mais alors, qu'est-ce qu'un nègre au milieu du XIXe siècle dans les milieux scientifiques ? Personne ne sait vraiment, c'est en vain que la Société d'anthropologie de Paris, fondée en 1859 par Paul Broca, cherchera à éclaircir ce mystère en étiquetant un spécimen vivant, Alexandre Dumas, même si l'intéressé a beau se défendre. Qu'est-ce qu'un nègre dans les milieux littéraires parisiens où Dumas était admis ? Une kyrielle de fictions éloignées de la réalité. Gustave Flaubert rentre ceci dans son Dictionnaire des idées reçues : "NÈGRES : S'étonner que leur salive soit blanche, et de ce qu'ils parlent français". Oublions Mirecourt. Après tout, Charles Baudelaire (l'idolâtre des femmes créoles, poète énervé d'amour, exote très ouvert à une négritude amoureuse avant la lettre, lecteur bienveillant des romans et du salon de 1859 de Dumas) voyait sans méchanceté toujours en lui un nègre extravagant et naïf. D'ailleurs, qui des deux, Baudelaire ou Dumas, est le plus nègre et le plus amoureux ? En fin de compte nous nous appuierons notamment sur toute la série "Mémoires d'un médecin", et mise en parallèle avec Georges (1843), sans oublier l'Ingénu (1854), pour montrer comment les nègres amoureux chez Dumas peuvent être classés selon deux grands critères : bêtes amoureuses et bêtes noires. L'a-t-on déjà remarqué ? Dès qu'on parle des bêtes noires, l'idée d’accouplement hors-nature n'est pas loin…

Daniel Desormeaux est professeur des littératures française, antillaise et comparée à l'université de Chicago.
Publication
Alexandre Dumas, fabrique d'immortalité, Paris, Classiques Garnier, 2014.

Maria Lucia DIAS MENDÈS : "L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux !" : Dumas et l'amour fraternel
Homme amoureux de la vie, Dumas a particulièrement cultivé l'amour fraternel. La fraternité a toujours été présente dans sa vie autant que comme thème de ses œuvres (on songe à la plus célèbre d'entre elles, liant Athos, Porthos, Aramis et D'Artagnan), dans sa vision du mouvement romantique et dans ses relations personnelles. Dans cette communication, il sera question de la manière dont Dumas a compris et démontré l’amitié envers ses compagnons du romantisme et, surtout, envers Victor Hugo, avec qui sa relation a duré trente-cinq années, entre allées et venues, séparations et rapprochements.

Lise DUMASY : L'Amour, la Mort et le Destin au prisme du roman historique dumasien
Je choisis de prendre pour hypothèse que la trame historique du roman dumasien n'est pas étrangère au déroulement et à la conclusion — heureuse ou tragique — des amours de ses protagonistes, et vice versa. En tant qu'elles sont des entités fondamentalement prises dans les déterminations historiques, comme le sont tous les personnages de Dumas, les héros et les héroïnes ont, par les modalités de leurs relations amoureuses, quelque chose à nous dire de l'entrelacs que l'auteur tisse entre destinée individuelle et destin collectif, du combat que se livrent dans le cadre de l'Histoire, énergie vitale et pulsion de mort. Pour mettre à l'épreuve cette hypothèse, je choisis d'analyser le corpus des grands cycles romanesques qui explorent la période révolutionnaire et l'âge contemporain (de Dumas) : les deux grands cycles des Mémoires d'un médecin et de Création et Rédemption, portant tous deux sur la période révolutionnaire, qui encadrent, aussi bien dans le temps du récit que dans celui de leur rédaction, le massif contemporain des Mohicans de Paris. Je porterai une attention particulière aux relations de désir et de pouvoir qui lient — et délient — les couples amoureux des principaux protagonistes du roman, en lien avec leur position socio‐historique figurée et leur rôle dans le diégèse. J'essaierai d'en tirer quelques conclusions quant à la conception dumasienne de l'individu dans l'Histoire.

Auteure d'une thèse sur le roman‐feuilleton de l'époque romantique (1983) et d'une habilitation à diriger les recherches sur Modernité, roman, anthropologie culturelle (1992), Lise Dumasy‐Queffélec, professeure de littérature française à l'université Grenoble Alpes est une spécialiste du roman du XIXe siècle, particulièrement du roman‐feuilleton, sur lequel elle a publié plusieurs livres et de nombreux articles.
Publication
"Les Mohicans de Paris ou comment être romantique sous le Second Empire", in Entre presse et littérature : Le Mousquetaire, journal, sous la direction d'Alexandre Dumas, Pascal Durand et Sarah Mombert (dir.), Université de Liège, 2008.

Dominique de FONT-RÉAULX : Décors pour un bal masqué, désirs de la représentation
À peine deux ans après la mort du peintre en 1863, Alexandre Dumas dédie une courte biographie à Eugène Delacroix. L'artiste et l'écrivain ont été proches jusqu'à la fin des années 1830, avant que leurs relations ne se distendent. Dumas consacre plusieurs pages à un événement de 1833, évoquant l'organisation d'un bal masqué. Ayant eu la possibilité d'occuper provisoirement un appartement voisin du sien, il avait demandé à plusieurs de ses amis peintres — Eugène Delacroix, Louis Boulanger, Clément Boulanger, Tony et Alfred Johannot, Alexandre Decamps, Antoine Barye, Louis Godefroy Jadin, Célestin Nanteuil — de peindre les murs et le plafond pour offrir un décor digne de la soirée attendue. Les jeunes gens se mirent rapidement à la tâche. Delacroix fut le dernier à s'y consacrer mais y livra un chef-d'œuvre, la représentation du roi Rodrigue, un des derniers rois wisigoth d'Espagne (l'œuvre est aujourd'hui conservée à la Kunsthalle de Brême). La narration de ce moment, dont Dumas avait gardé le souvenir plus de trente ans après, constitue un des passages les plus vifs, les plus enlevés de la biographie. Y transparaissent à la fois le plaisir de la réunion des jeunes artistes s'affairant à sa demande, concevant un décor éphémère à son bal travesti, et la tension manifeste que Dumas avait fait naître, en créant une rivalité implicite entre les peintres. Dumas se montrait ici non seulement amateur de peinture mais animé d'un désir de la représentation, où se mêlaient affects et esthétique. En prenant ce court texte comme point de départ, mon intervention tentera d'analyser la manière dont la création picturale et la fréquentation de ses auteurs ont pu être pour Dumas une manière d'exalter son désir pour la représentation peinte.

Dominique de Font-Réaulx, conservateur général, est directrice de la Médiation et de la Programmation culturelle, musée du Louvre. Pendant près de six ans, la directrice du musée Eugène-Delacroix, elle a travaillé sur les écrits du peintre et édité, en 2018 chez Flammarion, ses manuscrits de jeunesse.
Son livre, Delacroix, la liberté d’être soi, a été publié en 2018 chez Cohen&Cohen.

Barbara INNOCENTI : Les "masques" d'Edmond Dantès : l'(h)éros dumasien au prisme des réécritures théâtrales italiennes du Comte de Monte-Cristo (XIXe siècle)
À sa sortie, Le Comte de Monte-Cristo eut, en Italie comme en France, un énorme succès. Le public italien put bientôt lire des traductions du roman plus ou moins fidèles à l'original, mais surtout put assister à des représentations théâtrales centrées sur les aventures du grand héros dumasien. Les pièces comme Il conte dell'isola di Monte-Cristo ovvero il marinaio e lo scienziato (1847), Il conte di Montecristo (1856) ou Il conte di Montecristo, azione mimica (1858), firent accourir les spectateurs italiens, fascinés par des multiples mises en scène qui "donnaient vie" au protagoniste du roman de Dumas. Mais quelle vie ? Dans notre intervention on se propose d'analyser quelle place fut accordée en particulier à l'éros par les dramaturges italiennes qui, suivant l'exemple de Dumas, voulurent porter Edmond Dantès sur les planches du théâtre.

Barbara Innocenti est chercheuse en littérature française à l'université de Florence (Italie). Historienne du théâtre français du XVIIIe et du XIXe siècles, elle a écrit plusieurs articles sur le théâtre révolutionnaire et impérial, auquel elle a aussi dédié deux volumes : I sogni della ragione / Les rêves de la raison (2011) et Il piccolo Pantheon / Le petit Panthéon (en parution). Elle s'intéresse aussi aux rapports entre théâtre et roman au XIXe siècle et aux "échanges" entre la dramaturgie italienne et française.

Edith PERRY : La Reine Margot : l'amour à outrance. D'Alexandre Dumas à Patrice Chéreau
Dans le roman de Dumas, la passion amoureuse occupe une place non négligeable. Le lecteur ne cesse de craindre pour la Mole, pour Henri de Navarre, pour Margot car l'amour, dans la mesure où il est transgressif, les met en danger. Néanmoins, pour déjouer les pièges et les suspicions, les personnages mettent en jeu de nombreux talents.
En écho avec le massacre de la Saint Barthélémy et les scènes de chasse, l'Éros appelle l'outrance tant du point de vue esthétique que du point de vue éthique. La Mole devient le héros de l'hybris dans cette entreprise marquée par le dépassement de soi et la témérité. Sa mort est marquée par l'excès des souffrances infligées.
Notre projet consiste à mettre en relation le roman de Dumas et le film de P. Chéreau et à nous demander ce que le film fait au roman et plus particulièrement comment il traite la question de l'Éros.

Publications
"Justice : un roman placé sous le signe d'Hermès", in Hector Malot, la morale et le droit, études réunies par Francis Marcoin, Magellan & Cie, 2014.
"La faim du monde", in Le Pardaillan, revue de littératures populaires et cultures médiatiques, n°5, septembre 2018.

Maxime PRÉVOST : Le Désir séculaire : les XVIe et XVIIe siècles contrastés de Dumas
Alexandre Dumas est le grand romancier de l'échec. Échec héroïque, d'abord (les Mousquetaires ne parviennent pas plus à sauver Charles Ier que les Compagnons de Jéhu à opposer une rébellion ultimement efficace à la République), mais échec amoureux aussi : n'en déplaise à Roger Nimier, Athos est le seul mousquetaire amoureux et son amour se révèle maudit; comme par atavisme, le vicomte de Bragelonne courra à la perte par dépit amoureux. C'est que le Grand Siècle d'Alexandre Dumas n'est pas le XVIIe (qui serait plutôt celui de la déchéance, notamment amoureuse) mais bien le XVIe (l'admiration que porte Athos pour son ancêtre Enguerrand de La Fère est emblématique : "Nous sommes des nains, nous autres, à côté de ces hommes-là"), sur tous les plans dont celui de l'Éros. En effet, le passé qui inspire tout particulièrement Athos est le XVIe siècle, époque où, selon lui, l'idéal chevaleresque avait encore cours auprès de l'aristocratie, et où, suggère Dumas, il se trouvait encore des artistes pour magnifier et transfigurer ces exploits : Benvenuto Cellini, l'Arioste, le Tasse. Cette communication montrera que la magnification du XVIe siècle dans l'œuvre d'Alexandre Dumas n'est jamais aussi explicite qu'en ce qui a trait à l'Éros. Il y a bien désir séculaire chez Dumas, c'est-à-dire que le romancier crée une représentation contrastée de l'amour siècle par siècle. Si l'amour mène inexorablement à l'échec tant le comte de la Mole et Bussy d'Amboise qu'Athos et le vicomte de Bragelonne, le jeu semble du moins pour ces premiers en valoir la chandelle, alors que l'amour d'Athos pour Milady est tragique, et celui de Raoul pour Louise de la Vallière malavisé et dérisoire. Comment expliquer cette double représentation des forces du désir dans le cycle des Valois et celui des Mousquetaires ? Comment et pourquoi Dumas fait-il du XVIe siècle celui de l'Éros ? C'est à ces questions que nous tenterons d'apporter réponse.

Maxime Prévost est directeur du département de français de l’université d'Ottawa, il s'intéresse à la littérature romantique et aux mythologies modernes.
Publications
Rictus romantiques. Politiques du rire chez Victor Hugo, Presses de l'université de Montréal, 2002.
L'aventure extérieure. Alexandre Dumas mythographe et mythologue, Paris, Honoré Champion, 2018.

Valery RION : Aimer la mort, aimer Méduse : l'éros dumasien dans les récits fantastiques
Alexandre Dumas est aussi un "fantastiqueur", on a tendance à l'oublier. Dans ses récits fantastiques, Dumas met en scène des relations amoureuses de personnages masculins avec des femmes mortes. On retrouve cette thématique dans la nouvelle "Les Gentilshommes de la Sierra Morena". Dans La Femme au collier de velours et dans Les Mille et Un Fantômes, il met en scène des personnages féminins ayant subi une décollation, parvenant néanmoins à survivre. L'apparition de ces beautés d'échafaud participe de l'émergence de la beauté méduséenne qui s'incarne dans le cadre de la fiction lorsqu'un personnage féminin suscite chez un personnage masculin une forme de désir amoureux ou de fascination esthétique favorisés par une certaine proximité avec la mort.

Valery Rion est doctorant en littérature française du XIXe siècle à l'université de Neuchâtel en Suisse et enseigne le français et l'histoire au lycée cantonal de Porrentruy. Ses recherches portent essentiellement sur le pouvoir herméneutique du mythe de Méduse pour expliquer le bouleversement esthétique qui intervient pendant la période romantique avec l'émergence d'une beauté effrayante, liée à la mort. Auteur de différents articles sur Jules Verne, Georges Rodenbach, Théophile Gautier, il a remporté le prix de la publication 2017 de la society of dix-neuviémistes (SDN). Il est aussi l'auteur de la préface liminaire et de la postface des deux premiers volumes de la collection "Méduséenne" aux Éditions Otrante, notamment Colliers de velours. Parcours d'un récit vampirisé, anthologie qui regroupe toutes les versions de ce récit dont celle de Dumas.
http://www.valeryrion.ch

Isabelle SAFA
Agrégée de lettres modernes et docteur en littérature française, Isabelle Safa est membre associé du centre Jacques Seebacher (Paris-Diderot). Ses recherches portent sur le roman et le théâtre historique. Elle participe à l'édition du Théâtre complet d'Alexandre Dumas. Elle est secrétaire générale des Amis d'A. Dumas et trésorière du Comité de Liaison des Associations Dix-neuviémistes (CL19).

Àngels SANTA : Le sentiment amoureux dans Mémoires d'un médecin : l'exemple de La Comtesse de Charny
Ce roman de Dumas sur la Révolution Française est en même temps une excuse pour réfléchir sur le sentiment amoureux. Comme beaucoup de ses contemporains, Dumas va nous donner de Marie-Antoinette un portrait plus ou moins ressemblant. Les voiles de la fiction l'autorisent à faire davantage d'écarts que ne pouvait s'en permettre Lamartine dans son Histoire des Girondins. Dans La Comtesse de Charny, Marie-Antoinette est confrontée au sentiment amoureux; d'un côté, l'amant de cœur représenté par le duc de Charny — qui reproduit d'une certaine manière le comte de Fersen — et, de l'autre côté, le sentiment de l'amitié — représenté par Andrée de Taverney — qui rappelle la princesse de Lamballe. Par cette intrigue, le cœur de la reine face au sentiment est analysé en détail et met en valeur sa personnalité profonde. En même temps Dumas va bâtir un roman fleur bleue entre Charny et Andrée en nous offrant un magnifique exemple de l'amour-passion.

Àngels Santa est professeure émérite de littérature française à l'université de Lleida en Catalogne (Espagne). Elle appartient à un groupe de recherche sur la Littérature populaire française et la culture médiatique. Sa recherche porte aussi sur l'écriture féminine et autobiographique t sur la littérature comparée (française-espagnole-catalane). Elle a organisé en 2002 à l'université de Lleida le colloque international : "Alexandre Dumas et Victor Hugo. Voyage des textes et textes du voyage".
Publications
"Les Trois mousquetaires, texte inspirateur de El Club Dumas de Arturo Pérez Reverte", in Cent cinquante ans après, Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo, Fernande Bassan & Claude Schopp (éds.), Champflour, Marly-le Roi, 1995.
"Le Robespierre d'Alexandre Dumas", in Images de Robespierre, Jean Ehrard (éd.), Vivarium et Instituto Italiano per gli studi filosofici, Napoli, 1996.
"Quelques considérations sur la réception d'Alexandre Dumas père en Espagne", in Œuvres et Critiques, 1996, Tübingen.
"Éléments autobiographique dans Une Aventure d'Amour", in Alexandre Dumas père, une façon d'être soi, Universitat de Valencia, Valencia, 1997, Dolores Jiménez & Elena Real (éds.).
"Le regard d'autrui : Alexandre Dumas et Mariano José de Larra", in Dramaturgies romantiques, Georges Zaragoza (éd.), Éditions Universitaires de Dijon, 1999.
"Le rôle de l'auberge dans la littérature populaire : Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas et Les Pardaillan de Michel Zévaco", in Lieux d'hospitalité, hospices, hôpital, hostellerie, Alain Montandon (éd.), Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2001.
"Mémoires d'un médecin, de l'histoire à la fiction", in Dumas, une lecture de l'histoire, Michel Arrous (éd.), Maisonneuve&Larose, Paris, 2003.
"Jules Vallès et les écrivains populaires : Eugène Sue, Alexandre Dumas et Paul Féval", in Autour de Jules Vallès, Revue de lectures et d'études valésiennes, nº33, Saint-Etienne, 2003-2004.
Alexandre Dumas y Victor Hugo. Viaje de los textos y textos del viaje, Francisco Lafarga y Angels Santa (eds.), Pagès editors, Lleida, 2006.
"Dumas gothique, poétique de la demeure", in Les vies parallèles d'Alexandre Dumas, textes réunis par Charles Grivel, Revue des Sciences Humaines, nº290, Septentrion, Lille, 2008.

Claude SCHOPP : Les deux amours d'Alexandre Dumas
Dans une lettre à Louis Perrée, imprimée dans Le Siècle (22 décembre 1849), Dumas affirme : "J'ai deux religions : Dieu et l'art. J'ai eu deux amours : ma mère, mon pays". Laissant de côté Dieu et art, principes immortels que Dumas reconnaît être ses religions, nous nous attacherons à analyser les manifestations, dans son œuvre, de ce qu'il déclare être ses amours. Mère et patrie semblent bien être des figures tutélaires, figures sentimentales qui, contrairement à l'art et à Dieu, sont soumises à la fragilité. On pourra souligner l'opposition entre religions et amours en extrayant les textes déchirants relatifs à la mort de la mère ou ceux révélant les dangers mortels qui menacent la patrie.

Claude Schopp est éditeur de nombreuses œuvres de Dumas et auteur de plusieurs travaux biographiques touchant Dumas et son entourage.

Marianne SCHOPP : L'amour paternel chez Dumas
Si les relations de Dumas avec son fils sont maintenant bien connues, montrant un amour inconditionnel et passionné de la part du père, même s'il y eut quelques brouilles, jamais sérieuses ni de longue durée, les relations avec sa fille Marie, moins connues, sont ambiguës, faites de ruptures et de réconciliations, compliquées parce que c'était une femme. Nous étudierons à travers la correspondance que Dumas échange avec l'une et l'autre les sentiments qu'il y exprime, faits d'élan débridés mais aussi d'insatisfaction.

Marianne Schopp est l'auteur d'une biographie : Dumas fils ou l'anti-Œdipe (en collaboration avec Claude Schopp).

Nathalie SOLOMON : Impressions de voyage et sentiment amoureux : "J'en ferai un volume"
Les voyages de Dumas, alternant anecdotes historiques et péripéties, accordent une grande importance à la personne du voyageur: ses mésaventures sérieuses ou cocasses, les périls réels dont il réchappe sont omniprésents dans ces pages retentissantes et débridées. Semblent manquer cependant l'expression du désir, l'esquisse d'aventures amoureuses d'un Gautier en Espagne ou à Constantinople. Où sont les femmes dans les voyages de Dumas ? Enveloppées dans la bonne humeur généralisée, sont-elles oubliées ? Le sentiment amoureux absent de ces pages ? C'est négliger la silhouette de Pauline en Suisse, ou l'évocation discrète des amours de cette Tchervelonaise qui donna bien des sujets de chagrin à son mari dans le Caucase. La discrétion même de l'évocation mérite qu'on se penche sur la question, justement parce qu'elle semble peu caractéristique de la manière dumasienne. Quand le voyage devient (presque) roman, alors Dumas se rêve (peut-être) amoureux…

Nathalie Solomon est professeur de littérature française du XIXe siècle à l'université de Perpignan. Son intérêt la porte vers le récit de l'époque romantique, tout particulièrement Balzac et le récit de voyage. Elle travaille sur les questions de dysfonctionnement narratif, sur la question du possible, sur les rapports entre potin et littérature.

Giulio TATASCIORE : Le brigand amoureux : une figure de l'imaginaire dumasien
Dans l'épisode romain du Comte de Monte-Cristo, le brigand Carlini tue sa bien-aimée pour qu'elle ne serve pas d'amusement collectif à ses camarades de la bande. Quant au berger Luigi Vampa, il devient brigand pour impressionner et défendre la belle Teresa. La dimension érotique joue un rôle important dans la construction d'un personnage "type" romantique, le "brigand italien", auquel Dumas confie une très grande partie de l'action et de la morale du roman. Le brigand amoureux est aussi une figure récurrente de l'imaginaire dumasien, si l'on pense notamment à Pauline ou bien à Pascal Bruno. Mise en scène de l'amour fou, l'érotisme déviant est aussi une clé d'accès aux systèmes culturels de représentation du crime dont Dumas devient en même temps récepteur, artisan et divulgateur. Notre communication vise donc à présenter une réflexion sur la genèse et les significations mythopoïétiques, ethnographiques et politiques du brigand dumasien.

Giulio Tatasciore, chercheur en Histoire moderne à l'École Normale Supérieure de Pise (Italie), a obtenu en 2017 son doctorat en Histoire de l'Europe à l'université de Teramo (Italie), en cotutelle l'université Paris Diderot-Paris 7.
Publications
2017, "La fabbrica del criminale. Alexandre Dumas e le rappresentazioni del brigantaggio meridionale tra letteratura e politica", Società e storia, 156.
2015, "Rappresentare il crimine. Strategie politiche e immaginario letterario nella repressione del brigantaggio (1860-1870)", Meridiana. Rivista di storia e scienze sociali, 84.
2014, "Per una storia culturale del crimine. Alcuni recenti studi francesi", Storica, 60.
2013, "Il banditismo d'onore corso nell'immaginario di viaggio francese (1815-1915)", Diacronie. Studi di storia contemporanea, 15/3.

Steffie VAN NESTE : "Voir sans être vu". Amour et curiosité dans l'œuvre romanesque d'Alexandre Dumas
Dans l'univers romanesque de Dumas, la figure du curieux se décline selon plusieurs modalités : elle prend la forme du savant, du collectionneur ou bien du voyeur. Le voyeur, qui se trouve souvent à la Cour (Chicot, d'Artagnan), est très présent dans les scènes amoureuses peintes par Dumas. Se cachant derrière une haie, l'amoureux dumasien observe l'objet de son désir sans être vu lui-même. Ce voyeurisme est fondé soit sur la jalousie (le Comte de Monsoreau qui se cache pour espionner Diane de Méridor et son amant Bussy, chapitre intitulé "les Guetteurs") soit sur le désir érotique (le Comte de Charny qui s'installe dans une petite maison à Versailles pour contempler de loin la Reine). Dumas souligne en même temps les dangers de cette indiscrète curiosité : dans Le Vicomte de Bragelonne (voir chap. CXV, CXXX et CXXXI), Louis XIV est ainsi "puni de sa curiosité peu digne de son rang" (chap. CXVIII) après avoir espionné la Vallière, qui "se croyant seule avec deux amies, leur a fait confidence de sa passion pour le roi" (chap. CXVII). Ces occurrences de voyeurisme dans l'œuvre dumasienne sont d'autant plus significatives si l'on songe au fait que l'acte de regarder par le trou d'une serrure a fondé au XIXe siècle "toute une jurisprudence de la "curiosité malsaine"" (Cochoy 2011, p. 244 ; voir Iacub 2008). Cette communication vise à étudier le rapport étroit entre amour, curiosité et (in)discrétion dans l'œuvre romanesque de Dumas, tout en soulignant les tensions entre espace privé et espace public.

Steffie Van Neste, ATER et doctorante à l'université de Gand, prépare un doctorat sur la curiosité dans l'œuvre d'Alexandre Dumas père.​
Publications
Steffie Van Neste, "The Intersection of the Secular and the Sacred in Un Cas de conscience by Alexandre Dumas Père", in M HRA WORKING PAPERS IN THE HUMANITIES 13, éd. Daisy Gudmunsen & Claudia Dellacasa, 2018.
Steffie Van Neste, ""Qu'est-ce que c'est que l'amour ?". Curiosité, amour et monstruosité chez Stendhal", in Néophilologus, 101.4, 2017, p. 513–522.


DE L'AMOUR CHEZ DUMAS

Textes d’Alexandre Dumas

Compagnie PMVV le grain de sable > Lecture > Création

Alexandre Dumas père vivait ses aventures amoureuses au grand jour, sans s'encombrer des commérages ou d'une culpabilité de mauvais aloi. De ses premières amours avec une certaine Aglaé aux plaisirs parfois tarifés de sa fin de vie, l'annuaire de ses conquêtes impressionne le plus blasé. Dans son œuvre, il a créé des héroïnes libres et magnifiques, les blondes amoureuses et voluptueuses, les brunes plus dangereuses, les femmes fragiles et les maîtresses-femmes. C'est ainsi que les motifs sentimentaux et l'érotisme façonnent l'imaginaire dumasien.

Choix des textes et lecture : Philippe Müller, Vincent Vernillat. Avec l'aide de Julie Anselmini.

Sites : www.rencontresdete.fr // www.legraindesable.net

Rencontres d'été théâtre & lecture en Normandie 2019


BIBLIOGRAPHIE :

• ANSELMINI Julie, Le Roman d'Alexandre Dumas père ou la Réinvention du merveilleux, Genève, Droz, 2010.
• ANSELMINI Julie (dir.), Dumas critique, Limoges, PULIM, 2013.
• DECAUX Alain, Dictionnaire amoureux d'Alexandre Dumas, Plon, 2010.
• DESORMEAUX Daniel, Alexandre Dumas, fabrique d'immortalité, Garnier, 2014.
• NIMIER Roger, D'Artagnan amoureux, Gallimard, 1962.
• PREVOST Maxime, Alexandre Dumas mythographe et mythologue. L'aventure extérieure, Champion, 2018.
Revue des Sciences Humaines, n°2/2008 : Les Vies parallèles d'Alexandre Dumas, C. Grivel (dir.).
• SCHOPP Claude, Alexandre Dumas. Le génie de la vie, Fayard, 1997.
• SCHOPP Claude, Dictionnaire Dumas, CNRS Éditions, 2010.
• SCHOPP Claude & LEDDA Sylvain, Les Dumas. Bâtards magnifiques, Vuibert, 2018.


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


JEAN BAUDRILLARD,

L'INTELLIGENCE DU TEMPS QUI VIENT


DU VENDREDI 9 AOÛT (19 H) AU VENDREDI 16 AOÛT (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Françoise GAILLARD, François L'YVONNET


ARGUMENT :

Pour comprendre notre monde dont sa lucidité a anticipé l'avènement, que ce soit sur la question du terrorisme, de la disparition du réel sous l'effet d'une virtualisation galopante, du passage au-delà du vrai et du faux, il est plus que jamais nécessaire de lire ou de relire l'œuvre de Jean Baudrillard.

Notre entrée dans l'univers numérisé et de la réalité augmentée confirme en effet les intuitions quasi prophétiques développées dès 1976 dans L'échange symbolique et la mort. Et pourtant Jean Baudrillard n'est pas un auteur de science fiction. C'est un philosophe, un sociologue, un écrivain doublé d'un photographe.

Si sa pensée présente un caractère prédictif et anticipe le devenir, c'est qu'elle pousse la logique des processus jusqu'à leur point extrême.

Jean Baudrillard, n'est plus là pour analyser notre monde. Mais il l'a déjà fait. Et leur surprenante capacité d'anticipation fait de ses écrits, parfois mal compris à l'époque en raison de leur temps d'avance, des références aujourd'hui incontournables pour les jeunes et moins jeunes chercheurs, philosophes, spécialistes de l'image, théoriciens de la communication, penseurs du numérique, artistes ou encore cinéastes, en France comme à l'étranger. Tous se trouvent donc conviés à participer à cette semaine qui vise, en relisant les travaux de Jean Baudrillard, à mieux comprendre le monde qui vient.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 9 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 10 août
Matin
Ouverture par Edgar MORIN
Marine DUPUIS-BAUDRILLARD & Marc GUILLAUME : Point sur l'actualité de l'œuvre de Jean Baudrillard en France et à l'étranger - Présentation de l'Association Cool Memories

Après-midi
BAUDRILLARD AVANT BAUDRILLARD
Interventions et témoignages de Paolo FABBRI et de François L'YVONNET : "Baudrillard pataphysicien" - "De la revue Utopie à Traverses"
Pierre JULLIEN : Les chemins de traverse(s) de Jean Baudillard
Lectures de textes et d'articles de presse


Dimanche 11 août
APRÈS LA THÉORIE CRITIQUE
Matin
Pierre-Ulysse BARRANQUE : Baudrillard et Benjamin
Edouard SCHAELCHLI : Baudrillard-Ellul, le dialogue impossible

Après-midi
Isabelle RIEUSSET-LEMARIÉ : Sémiologie des illusions transcendantales : un art furtif de la critique
Françoise GAILLARD : Notre monde est-il devenu baudrillardien ?
Flavien ENONGOUE : Baudrillard vu de l'Afrique


Lundi 12 août
LE CRIME PARFAIT
Matin
Serge LATOUCHE : L'impasse écologique, point aveugle de la lucidité baudrillardienne
Emmanuelle FANTIN : Faudrait-il prendre le hasard au sérieux ? Les ventouses du destin

Après-midi
Camille ZÉHENNE : La réversibilité de la traverse
Catherine GFELLER : La photographie comme sidération


Mardi 13 août
L'ART CONTEMPORAIN EN QUESTION
Matin
Jean-Louis VIOLEAU : Baudrillard et l'architecture (le monstre)
Jean-Philippe DOMECQ : Il n'y eut pas de complot de l'art contemporain, il y eut interdits

Table ronde : L'art est-il devenu'nul' ?

Après-midi
DÉTENTE


Mercredi 14 août
L'AMÉRIQUE DE BAUDRILLARD
Matin
Paolo FABBRI : Baudrillard et Barthes : l'Amérique, le Japon et l'Italie
Vincent CHANSON : Métro-hyperréel : Baudrillard à New York
Jean-Baptiste THORET : Baudrillard et le cinéma américain

Après-midi
Nicolas POIRIER : Baudrillard et Gombrowicz : les déserts américains et l'exil argentin comme opérateurs de distanciation critique
Diane RUBENSTEIN : L'impuissance présidentielle
Bonaventure VEONDO : Penser avec Baudrillard


Jeudi 15 août
UN PHILOSOPHE ATYPIQUE
Matin
Didier LAMAISON : Jean Baudrillard et la mort de la mort
Benoît HEILBRUNN : Baudrillard et la société de consommation
Marc GUILLAUME : De quelques opérateurs à l'œuvre dans la pensée de Jean Baudrillard

Après-midi
François L'YVONNET : Entrer dans la pensée de Baudrillard
Alan N. SHAPIRO : L'importance de Baudrillard pour l'avenir
Clara SCHMELCK : Baudrillard penseur de l'hyper-lien


Vendredi 16 août
Matin
Synthèse et discussion

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Vincent CHANSON : Métro-hyperréel : Baudrillard à New York
Cette intervention se donnera pour objectif d'explorer l'appréhension baudrillardienne de cette métropole que l'on peut assurément qualifier, en s'inspirant de Walter Benjamin, de "capitale du XXe siècle" : New York, "héritière de tout à la fois, Athènes, Alexandrie, Persépolis", comme l'écrit Baudrillard dans la section qui lui est consacrée dans son fameux ouvrage Amérique. Rendre compte d'une expérience de l'urbanité donc, qui est celle de l'accélération, de l'hyperréalité, de l'hologramme ou de la conflagration sidérale : "l'espace y est la pensée même", nous dit-il. Ainsi, nous voudrions rattacher les écrits de Jean Baudrillard à propos de NYC à une certaine filiation critique qui a envisagé l'expérience de la ville comme motif central d'une théorisation des formes sociales modernes et hypermodernes : de Benjamin ou Kracauer aux expérimentations psycho-géographiques, c'est en effet cette figure du concept spatialisé ou fait architecture qui nous occupera, ceci en ce qu'elle nous dit quelque chose de fondamental à propos du capitalisme tardif et de son régime d'effectivité esthético-conceptuel. De plus, nous voudrions aussi aborder ce qui a pu relier le travail de Baudrillard à toute une scène caractéristique du Downtown Manhattan du tournant des années 70-80.

Vincent Chanson est docteur en philosophie, chercheur rattaché au laboratoire Sophiapol (université Paris Nanterre), et éditeur. Ses travaux portent sur la théorie critique (Adorno, Marx, Benjamin, Sohn-Rethel, Kracauer), l'histoire de la philosophie allemande contemporaine et l'esthétique.
Publication
La réification. Histoire et actualité d'un concept critique (co-direction), La Dispute, 2014.

Emmanuelle FANTIN : Faudrait-il prendre le hasard au sérieux ? Les ventouses du destin
D'après Baudrillard, nous devons séduire notre propre destin. À l'inverse, le hasard est pour le penseur un alibi collectif : le hasard est un tampon molletonné avec lequel nous épongeons constamment les significations des événements qui nous entourent; il est un bain laiteux et lénifiant dans lequel nous trempons volontiers notre vie. Nous supposons que les événements peuvent advenir par pure contingence, qu'il existerait quelque part une force nébuleuse qui nous soumettrait aux scintillements de l'Aléatoire. Mais en prêtant un tant soit peu attention à ces mouvement secrets du monde, en scrutant les courbures parfois inattendues du réel, et en lisant attentivement l'œuvre de Jean Baudrillard, il est possible de prendre la réalité à son propre piège. Le hasard — tout comme le vide — ne peut pas exister, à moins de le prendre très au sérieux, de se laisser séduire par les effets avant même de chercher à comprendre les causes, et de s'abandonner enfin aux ventouses du destin.

Emmanuelle Fantin, maître de conférences au CELSA Sorbonne-Université, est chercheuse au GRIPIC. Ses recherches portent sur la culture matérielle et les processus marchands d'une part, sur les instrumentalisations de la mémoire, de l'histoire et des temporalités de l'autre. Elle travaille actuellement sur la place des animaux dans la fabrique de ville ainsi que sur les formes médiatiques du XIXe siècle. Elle est membre du comité de rédaction des revues Le Temps des Médias et de Time & Society. L'œuvre de Baudrillard traverse l'ensemble de ses recherches, et elle prépare un ouvrage sur cet auteur avec Camille Zéhenne.

Catherine GFELLER : La photographie comme sidération
Catherine Gfeller a connu Jean Baudrillard en 1999. La rencontre s’est jouée de manière immédiate par leurs passions communes à la fois pour la photographie et l'Amérique. Lors de leurs rendez-vous réguliers où ils parlaient à bâtons rompus de leur approche de la photographie, Jean Baudrillard et Catherine Gfeller ont développé une profonde amitié tant artistique qu'humaine. Ceci a fait dire à Jean-Luc Nancy : "Catherine exprime en photographie ce que Baudrillard écrit dans ses livres". Pour ce colloque, Catherine Gfeller présentera une projection de séquences photo/vidéo-graphiques et lira ses notes de travail prises sur le vif dans les mégapoles en y mêlant des citations de Baudrillard. Ainsi, la conception de la photographie de Baudrillard apparaitra dans toute sa force au milieu du défilement des images. Une vision croisée se dégagera et rendra la pensée de Baudrillard vivante, vibrante et intensément présente…

L'artiste plasticienne Catherine Gfeller, après un Master en histoire de l'art et un CAPES, a développé son activité artistique à New York où elle a vécu 5 ans. Elle s'installe à Paris en 1999 et obtient le prix de la Fondation HSBC pour la Photographie. Depuis 1988, elle participe régulièrement aux foires d'art contemporain et son travail a été exposé en France ainsi que dans de nombreux pays, entre autres: Crac (Sète), Kunstmusem (Lucerne), Zentrum Paul Klee (Bern), Musée de l'Élysée (Lausanne) Wits Art Museum (Johannesburg), Guangdong Art Museum (Guangzhou, Chine), National Art Museum Shevchenko (Kiev, Ukraine), Centre Culturel suisse (Paris) et Galerie RX (Paris).

Didier LAMAISON : Jean Baudrillard et la mort de la mort
La mort fut séculairement le lieu privilégié des échanges symboliques. Quelle place lui revient-elle dans un monde qui a rendu obsolète le passage par les valeurs symboliques ? Simulacres et virtualité permettent-ils de remplir cette fonction jadis vitale ? Jusqu'où ira la volonté contemporaine de mettre à mort la mort ? Jusqu'où sont allées les méditations métaphysiques de Baudrillard ? Comparaison avec Heidegger, autre penseur de la mort pour une condition humaine sans Dieu.

Didier Lamaison est agrégé de lettres classiques. Polygraphe résolu : roman, essai, poésie, théâtre. Traducteur de grec, latin et portugais (Brésil). Élève et ami de deux "J.-B." : Jean Beaufret et Jean Baudrillard. Rugbyman (PUC). Membre fondateur des "4 L".

Serge LATOUCHE : L'impasse écologique, point aveugle de la lucidité baudrillardienne
L'analyse critique de la société de consommation et la dénonciation de la disparition du monde vécu auraient dû amener Jean Baudrillard sur une position écologiste radicale, à l'instar de son ami Guattari ou de Castoriadis. Or il n'en est rien; l'écologie est la grande absente de l'œuvre de Baudrillard. Réalité embarrassante et incongrue dans l'univers des simulacres, elle constitue un point aveugle dans sa vision du monde qui limite sérieusement la portée de ses anticipations. Pour comprendre cette impasse faite par Jean Baudrillard sur l'écologie, notre hypothèse est qu'il reste piégé par le phantasme de l'économie comme abstraction. L'écologie n'entrera pas plus dans l'économie politique du signe que dans celle de Ricardo, de Walras ou de Marx. La critique radicale du marxisme permet à Jean Baudrillard de disqualifier la production au profit de la séduction, ce qui est peut-être sa découverte la plus subversive. Ce faisant, il passe à côté de la prédation et manque la décroissance.

Serge Latouche est un économiste et philosophe français. Professeur émérite à la faculté de Jean Monnet (Sceaux) de l'université Paris-XI, il est Objecteur de croissance et dirige la collection les précurseurs de la décroissance aux éditions le passager clandestin et Jacabook en Italie. Il est aussi l'un des "contributeurs historiques" de La Revue du MAUSS.
Dernières publications
La décroissance, col. "Que sais-je ?", Puf, Paris, 2019.
Remember Baudrillard, Fayard, Paris, 2019.
Les précurseurs de la décroissance. Une anthologie, Le passager clandestin, Paris, 2016.
Jean Baudrillard ou la subversion par l'ironie, Le passager clandestin, Paris, 2016.
Pour en finir avec l'économie. Décroissance et critique de la valeur (avec Anselm Jappe), Libre et solidaire, 2015.

Isabelle RIEUSSET-LEMARIÉ : Sémiologie des illusions transcendantales : un art furtif de la critique
En filigrane de ce constat baudrillardien ("le monde n'existe que par cette illusion définitive qui est celle du jeu des apparences") on recroise "l'illusion transcendantale" dont Kant pointait la résistance à toute tentative de déconstruction, précisément parce qu'elle serait une illusion constitutive de la Raison humaine. Dans la dialectique transcendantale kantienne, comme dans la posture baudrillardienne, la critique, face à l'"illusion transcendantale" impossible à faire disparaître, ne peut être qu'un art "furtif" en écho à l'"art furtif" qui, lassé de la fonction de l'art (prophétisée par Baudrillard) de "faire disparaître la réalité", a choisi de faire disparaître l'art. Cependant, même si Baudrillard semble redoubler la ronde postmoderne des simulacres, il arrive que la carapace de l'ironie se fende et laisse passer la fulmination de rage contre l'obscénité des logiques d'illusion à l'œuvre dans nos sociétés contemporaines. Pour autant, l'issue baudrillardienne n'est pas dans la réprobation outragée mais dans le gai savoir nietzschéen : "Le monde n'est pas assez cohérent pour mener à l'Apocalypse". Ce qui peut nous éviter le pire, c'est de ne pas prétendre se soustraire à "l'illusion transcendantale" en alléguant la bêtise d'une supposée vérité révélée. Il n'y a pas de "savoir absolu" sur le réel, seulement des "idées régulatrices" : Baudrillard, décidément, kantien, peut-être ?

Isabelle Rieusset-Lemarié est maître de Conférences HDR à l'université Paris 1. Ses recherches sur G. Bataille (cf. le séminaire qu'elle a dirigé au Collège International de Philosophie auquel a participé Maurice de Gandillac) et W. Benjamin (cf. le séminaire qu'elle a dirigé à l'université Européenne de la Recherche dans lequel sont intervenus Jean Baudrillard et Paul Virilio) l'ont conduit à une analyse du bouc émissaire en termes de contagion (cf. son livre Une fin de siècle épidémique, Actes Sud, 1992) et à des analyses esthétiques de la reproductibilité technique (cf. son ouvrage La société des clones à l'ère du multimédia, Actes Sud, 1999). Ses travaux sur le goût et les parfums (cf. son livre Déesses du parfum et de la métamorphose, Berg International, 2011) se prolongent par une lecture cosmopolitique de l'Esthétique de Kant et du jugement de goût.

Edouard SCHAELCHLI : Ellul-Baudrillard, le dialogue impossible
Sur deux lignes parallèles, Jacques et Jean, Ellul et Baudrillard, visent un point ultime — le même ? —, par delà le seuil critique où la pensée, s'affrontant (se frottant) au réel, court le risque mortel de découvrir, dans le monde ultra-médié de la technique, que tout revient peut-être au même : de savoir ou de croire, de lutter ou de jouer, de pardonner ou de séduire, de vaincre ou de mourir, d'être ou de paraître — avec ou sans dieu, avec ou sans caution. Qu'ont donc en commun ces deux penseurs de la catastrophe inscrite en creux dans tout projet d'accomplir toutes les possibilités de la rationalité technicienne, sinon ceci : de penser l'impossible comme ce qui, à proprement parler, doit advenir ? D'où l'impossibilité de l'échange pour l'un, de la prière pour l'autre, pour tous deux du dialogue, de la révolution.

Professeur agrégé de lettres classiques et docteur en littérature, Edouard Schaelchli est chrétien et partisan résolu de la décroissance, il s'efforce de penser notre présence au monde sous le double signe de la disparition du monde paysan et de la libération du sexe, phénomènes littéralement impensables.
Publications
Nihilisme et Narcissisme. Baudrillard : de quel côté du miroir ?, La Revue des Ressources, 2013.
Jean Giono. Le Non-lieu imaginaire de la guerre, Eurédit, 2016.
Ellul l'intraitable, Lemieux, 2018.

Alan N. SHAPIRO : L'importance de Baudrillard pour l'avenir
Baudrillard a commencé sa carrière en tant que sociologue et critique du capitalisme néo-marxiste. Cependant, il était également un érudit en littérature (allemande). Les critiques du capitalisme postulent généralement un sujet humain qui incarne ou exprime la critique. Baudrillard est passé de la théorie "critique" à la théorie "fatale", et a fait le geste audacieux de dire que "tout est simulation" (il aurait pu dire plutôt que "la simulation est en hausse et la réalité en déclin"). Cela a mis en place une riche tension créatrice provoquée par une aporie logique-rhétorique. Si vous opérez avec une épistémologie "réaliste", vous ne pouvez pas en même temps (A) dire que tout est une simulation et (B) être la personne qui fait cette déclaration. Baudrillard le savait. Si la simulation est absolue, vous ne pouvez pas le dire. Mais vous pourriez le dire comme un certain type de science-fiction. L'avenir a déjà eu lieu. Baudrillard trouve des façons de parler de la société qui sont comme de la littérature ou de la fiction. Dans ses derniers textes, la forme de simulation est le mode de l'ironie, la parodie et le carnavalesque. Le paradoxe de l'hyper-réalité conduit Baudrillard à "prendre le parti des objets" et au pouvoir de la métaphore. Ce qu'il a ressenti dans la photographie en tant que scène d'illusion radicale peut aussi être réalisé dans d'autres pratiques futures du design.

Alan N. Shapiro est un théoricien des médias et "théoricien de la science-fiction" new-yorkais, vivant en Europe depuis les années 1990. Il a fait de nombreuses apparitions à la télévision et à la radio en Allemagne, en Italie et en Suisse. Il est l'auteur des ouvrages Star Trek : Technologies de la disparition, L'Herbier technologique, Le logiciel du futur et Le design transdisciplinaire. Il a été professeur invité dans des universités d'art allemandes et enseigne actuellement le "design et l'informatique" à la Haute École des Arts et des Sciences Appliquées de Lucerne. Il a publié six essais sur Jean Baudrillard dans la Revue internationale d'études Baudrillard.

Jean-Louis VIOLEAU : Baudrillard et l'architecture (le monstre)
Comment faire le tour du rapport, à la fois intime et méfiant, que Jean Baudrillard a entretenu avec l'architecture ? En partant, comme il se doit, de Disney, en passant par le canard et les Venturi, avant de s'arrêter sur la figure du monstre (architectural), pour prolonger vers Jean Nouvel et les ambiguïtés de la transparence, et enfin déboucher sur quelques projets contemporains, notamment le très condamnable Europacity. Au fil de ce trajet se dessine une double interrogation, sur ce qu'est devenu le post-modernisme architectural, mais aussi sur la persistance de la notion d'auteur en architecture.

Sociologue, Jean-Louis Violeau enseignne à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes et à l'École urbaine de Sciences Po Paris. De 2012 à 2016, il a dirigé le laboratoire ACS (Architecture-Culture-Société – CNRS) accueilli au sein de l'ENSA Paris-Malaquais où il a été nommé professeur après y avoir été chercheur durant 15 ans. Il collabore régulièrement avec les revues d'architecture, et a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages, depuis les Situations construites en 1998, auprès d'éditeurs variés, MIT Press, Recherches, Joca Seria, in Folio, Picard, Seuil… Il a notamment consacré à Jean Baudrillard un bref ouvrage autour d'Utopie, 68 et la fonction utopique paru aux éditions Sens & Tonka en 2013, ainsi que deux "portraits sociologiques" de Rem Koolhaas et Jean Nouvel aux éditions B2 en 2014 et 2015.

Camille ZÉHENNE : La réversibilité de la traverse
Très rapidement, à l'inverse de son habitude perfide, l'existence me frappe de déréalité, les signes affluent, il est 11H00, le soleil ne s'est pas levé, il pleut sur Nantes, mon double se love dans le recoin d'une terrasse, des écrans se mettent à réciter un poème et l'imaginaire collectif qui a en partie constitué ma singularité est mis en branle quand je lis que "la fin est déjà là, à partir du commencement". Quelque chose en moi a été vaincu, le réel se troue enfin, l'obsession de faire la preuve de notre existence se dilue dans le souffle coupé de l'herbe sous le pied. L'inertie et le silence. À travers la pensée de Jean Baudrillard, il s'opère un renversement, le rebours de la vitesse, une traverse qui ne relève ni de la sociologie, ni de la philosophie, ni du moralisme, ni de la poésie, qui pourtant ne cesse de revenir en zigzag, en dessinant des espaces sans tracés, déjà là et fatale.

Née en 1985, Camille Zéhenne soutient une thèse en sciences de l'information et de la communication sur les interactions dans l'espace public en parallèle de son parcours à l'ENSAPC (École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy) dont elle sort diplômée en 2014. Depuis, tout en continuant ses activités de chercheuse, elle développe une pratique artistique principalement axée autour de performances et de vidéos. Avec Bulle Meignan, au sein du collectif "Les froufrous de Lilith", elle organise le Food&film, une séance de projection de films d'univers variés au Doc une fois par mois. Elle travaille actuellement sur plusieurs projets de film et prépare un ouvrage sur Jean Baudrillard en collaboration avec Emmanuelle Fantin.


BIBLIOGRAPHIE :

Ouvrages de Jean Baudrillard en français

Le Système des objets, Gallimard, 1968.
La Société de consommation, Denoël, 1970.
Pour une critique de l'économie politique du signe, Gallimard, 1972.
Le Miroir de la production, Casterman, 1973 (Galilée, 1985).
L'Échange symbolique et la mort, Gallimard, 1976.
Oublier Foucault, Galilée, 1977.
L'effet Beaubourg, Galilée, 1977.
À l'ombre des majorités silencieuses, Denoël, 1978.
L'Ange de stuc, Galilée, 1978.
Le PC ou les paradis artificiels du politique, Cahiers d'Utopie, 1978.
De la séduction, Galilée, 1979.
Simulacres et simulation, Galilée, 1981.
Les Stratégies fatales, Grasset, 1983.
La Gauche divine, Grasset, 1984.
Amérique, Grasset, 1986.
L'autre par lui-même. Habilitation, Galilée, 1987.
Cool Memories I, Galilée, 1987.
Cool Memories II, Galilée, 1990.
La Transparence du Mal, Galilée, 1990.
La guerre du Golfe n'aura pas lieu, Galilée, 1991.
L'Illusion de la fin, Galilée, 1992.
Le Crime parfait, Galilée, 1994.
Figures de l'altérité, avec Marc Guillaume, Descartes et Cie, 1994.
Fragments. Cool Memories III, Galilée, 1995.
Écran total, Galilée, 1997.
Le Paroxyste indifférent, entretien avec Philippe Petit, Grasset, 1997.
Le Complot de l'art & Entrevus à propos du "Complot de l'art", Sens & Tonka, 1997.
Illusions, Désillusions esthétiques, Sens & Tonka, 1997.
De la conjuration des imbéciles, Sens & Tonka, 1998.
Car l'illusion ne s'oppose pas à la réalité, Descartes et Cie, 1998.
À l’ombre du millénaire ou le suspens de l'an 2000, Sens & Tonka, 1998.
La Pensée radicale, Sens & Tonka, 1998.
L'Échange impossible, Galilée, 1999.
Cool Memories IV, Galilée, 2000.
Mots de passe, Pauvert, 2000.
Les Objets singuliers, avec Jean Nouvel, Calmann-Lévy, 2000.
D'un fragment l'autre, entretiens avec François L'Yvonnet, Albin Michel, 2001.
Télémorphose, Sens & Tonka, 2001.
Le Ludique et le policier, et autres textes inédits parus dans Utopies (1967-1978), Sens & Tonka, 2001.
L'Esprit du terrorisme, Galilée, 2002.
Pataphysique, Sens & Tonka, 2002.
Power inferno, Galilée, 2002.
La Violence du monde, avec Edgar Morin, Le Félin - Institut du Monde Arabe, 2003.
Le Pacte de lucidité ou l'intelligence du mal, Galilée, 2004.
À propos d'Utopie, Sens & Tonka, 2005.
Le complot de l'Art & Cie, Sens & Tonka, 2005.
Cool Memories V, Galilée, 2005.
Oublier Artaud, entretien avec Sylvere Lotringer, Sens & Tonka, 2005.
Les Exilés du dialogue, entretien avec Enrique Valiente Noailles, Galilée, 2005.
Le chat de faïence au lieu d'être en chair, Sens & Tonka, 2005.
Pourquoi tout n'a-t-il pas déjà disparu ?, L'herne, 2007-2008.
Carnaval et cannibale, L'Herne, 2008.
Pourquoi la guerre aujourd'hui ?, avec Jacques Derrida, Lignes, 2015.
L'agonie de la puissance, Sens & Tonka, 2015.

Sur la photographie

Les Allemands, Photographies de René Burri, Texte de Jean Baudrillard, Éditions Delpire, 1963.
• Richard Avedon, Unter den Linden, Portfolio in "L'Égoïste", Texte de Jean Baudrillard, 1991.

Traductions

• Bertolt Brecht (L'Arche, 1965) : Dialogues d'Exilés (avec G. Badia).
• Friedrich Engels (Éditions sociales, 1969) : Le rôle de la violence dans l'histoire suivi de Violence et économie dans l'établissement du nouvel Empire allemand (avec E. Bottigelli, P. A. Stéphane).
• Karl Marx & Friedrich Engels (Éditions sociales, 1968) : L'idéologie allemande (avec H. Auger, G. Badia, R. Cartelle).
• Wilhelm E. Mülhmann (Gallimard, 1964) : Messianismes révolutionnaires du Tiers Monde.
• Peter Weiss (Le Seuil) : L'Adieu aux parents (1962); Marat-Sade (1963); Point de fuite (1964); L'Instruction (1966); Chant du fantoche Lusitanien (1968); Discours sur la genèse et le déroulement de la très longue guerre de libération du Vietnam (1968).

Principales études (en français) sur la pensée de Jean Baudrillard

• Alain Gauthier, Jean Baudrillard, une pensée singulière, Lignes, 2008.
• Valérie Guillaume (dir.), Jean Baudrillard. Une biographie intellectuelle (Les années Traverses, Centre Pompidou, 1975-1988), Le Bord de l'eau, 2013.
• Serge Latouche, Jean Baudrillard ou la subversion par l'ironie, Le Passager clantestin, 2016.
• Serge Latouche, Remember Baudrillard, Fayard, 2019.
• Ludovic Leonelli, La Séduction Baudrillard, Éditions de L'École Nationale de Beaux-Arts, 2007.
• François L'Yvonnet (dir.), Jean Baudrillard, Cahier de l'Herne, 2005 (avec la traduction de neuf poèmes d'Hölderlin).
• François L'Yvonnet, L'Effet Baudrillard, François Bourin, 2013.
• Jean-Olivier Majastre (dir.), Sans oublier Baudrillard, La Lettre volée, 2003.
• Michel Neyraut, Hard Memories, en hommage à Jean Baudrillard, Sens & Tonka, 2013.
• Olivier Penot-Lacassagne (dir.), Back to Baudrillard, CNRS éditions, 2015.
• Nicolas Poirier (dir.), Baudrillard, cet attracteur étrange, Le Bord de l'eau, 2016.
• Revue Lignes, n°31, février 2010, "Le gai savoir de Baudrillard" (dirigé par Jean-Paul Curnier et Michel Surya).
• Anne Sauvageot, Jean Baudrillard, la passion de l'objet, Presses universitaires du Mirail, 2014.
• François Séguret, Baudrillard pataphysicien, 1, 2, 3, 4 & 5, Sens & Tonka, 2018.
• Jean-Louis Violeau, Utopie, 68 et la fonction utopique, Sens & Tonka, 2013.

Un site internet, en langue anglaise, lui est dédié : http://www.ubishops.ca/baudrillardstudies/


BULLETIN D'INSCRIPTION


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[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


ÉCRIRE POUR INVENTER

(À PARTIR DES TRAVAUX DE JEAN RICARDOU)


DU MERCREDI 31 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 7 AOÛT (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Marc AVELOT, Mireille CALLE-GRUBER, Gilles TRONCHET


ARGUMENT :

Inlassablement Jean Ricardou a écrit avec les plus grands soins : des ouvrages novateurs, de fiction comme de théorie; il a même tenté l'expérience du "mixte". De ce patient exercice, où il a déployé, durant plus d'un demi-siècle, une exceptionnelle inventivité, il s'est attaché sans cesse à réfléchir sur la manière dont il s'accomplissait et sur les enjeux dont il était porteur.
De cette production ingénieuse et de cette conceptualisation rigoureuse, le colloque fondé sur les travaux pionniers de Jean Ricardou vise non seulement à offrir un panorama aussi large et précis que possible, mais également à éclairer les pistes prometteuses qui sont ouvertes à des recherches ultérieures, en particulier grâce à la textique, discipline dont il fut l'initiateur.

Ce colloque se veut résolument ouvert sur une pluralité de domaines et d'approches : loin de se focaliser sur telle période ou telle composante des travaux envisagés, il s'attache à promouvoir une réflexion multiple, qui permette de confronter les diverses phases et les multiples centres d'intérêt impliqués par les productions de Jean Ricardou. Un objectif majeur consiste à dégager les facteurs décisifs qui ont donné cohérence à la démarche de l'écrivain et du penseur dont les travaux seront étudiés: l'incessante prise en compte de l'écriture et des effets qu'elle peut déterminer, la progressive mise au point d'une méthode de pensée débouchant sur un ensemble de concepts très élaboré, l'indéfectible souci des interactions dans tous les domaines entre pratique et théorie, la vigilante critique de toutes les idées préconçues, de tout l'impensé que cristallise l'idéologie.

Cette rencontre réunira des intervenants d'horizons variés, universitaires, plasticiens, musiciens ou écrivains, jeunes chercheurs, dont plusieurs ont, dans leurs pratiques, bénéficié du travail de Jean Ricardou, et beaucoup ont diversement œuvré à ses côtés. Il est largement ouvert aux étudiants, aux enseignants, aux pédagogues, ainsi qu'à tous ceux qui souhaitent apprendre à mieux écrire pour mieux comprendre et pour inventer.

Les journées ne seront pas distribuées selon une progression chronologique ni un découpage thématique, mais selon des groupements susceptibles de faire apparaître, grâce à divers points de consonances entre des interventions variées, les aspects communs aux différentes facettes du travail examiné. En regard des conférences, traitant d'un problème général, comme la production de récits, les ateliers d'écriture ou la traduction, figureront des tables rondes et des interventions plus ponctuelles, offrant l'analyse des structures propres à un objet particulier, qu'il s'agisse d'un récit, d'une œuvre d'art, d'un document publicitaire, débouchant le cas échéant sur la proposition d'un perfectionnement, selon la démarche du RAPT (Récrit Avisé par la textique), propre à la textique. Logiquement, l'éventail des activités conjuguera la pratique avec la théorie, incluant un atelier d'écriture, basé sur un programme de règles inspiré de celui que Jean Ricardou avait élaboré pour les séminaires annuels de textique, tandis que plusieurs installations, en lien étroit avec la circonstance, seront mises en place par des plasticiens, dans et hors de l'enceinte du Centre culturel.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 31 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 1er août
Matin
ÉCRITURE DE LA PRATIQUE À LA THÉORIE
Mireille CALLE-GRUBER : Jean Ricardou dans le rétroviseur du Nouveau Roman
Jean-Christophe TOURNIÈRE : "Jean Ricardou" : écrits, théorie

Après-midi
La fiction et ses enjeux, table ronde animée par Mireille CALLE-GRUBER, avec
Claudia BOULIANE : Démasquer Cannes avec Jean Ricardou
Jeanne CASTILLON : Les dispositifs conducteurs de Jean Ricardou à Claude Simon
Giuseppe CRIVELLA : L'observatoire de Cannes ou comment décrire une description ?

Soirée
Claudy MALHERBE : Nouvelles accointances d'un texte et d'une musique


Vendredi 2 août
Matin
PÉDAGOGIE DE L'ÉCRITURE
Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture ricardolien, une utopie durable
Paul LÉON : Liserons et écriverons

Après-midi
Problèmes de la contrainte, table ronde animée par Hermes SALCEDA, avec
Rémi SCHULZ : Coïncidences ricardoliennes
Bernardo SCHIAVETTA : Trouver l'impensé : invention de la forme, invention du sens

Atelier d'écriture
Non sans une certaine adresse, par Daniel BILOUS

Soirée
Claudy MALHERBE : La musique contemporaine : ses conditions d'émergence


Samedi 3 août
Matin
ROUSSEL ET RICARDOU
Sjef HOUPPERMANS : Relire La prise de Constantinople à partir de Roussel
Christelle REGGIANI : Ricardou lecteur de Roussel
Hermes SALCEDA : Quelques enjeux théoriques de l'écriture roussellienne

Après-midi
Écrire l'espace, intérieur, extérieur, table ronde animée par Edith HEURGON & Jean-Christophe TOURNIÈRE, avec
Sandra SIMMONS : La Marge Émerge
Quentin LAZZARESCHI & Joana TEULE : Pas très loin [performance-visite]
Nicolas TIXIER : Un Ricardou édifiant
Stéphanie BALDISSAR : La déco décodée

Atelier d'écriture
Non sans une certaine adresse, par Daniel BILOUS

Soirée
Communications, pièce radiophonique de Jean RICARDOU


Dimanche 4 août
Matin
L'ÉCRITURE AUGMENTÉE
Marc AVELOT : L'homme sans ombre. Esth-éthique de Jean Ricardou
Johan FAERBER : Ricardou après la littérature

Après-midi
Initiation à la textique
Avec Gilles TRONCHET et quelques RAPT (Récritures Avisées Par la Textique)

Écrire, entre langues et cultures, table ronde animée par Gilles TRONCHET, avec
Bente CHRISTENSEN : Traduction ou ré-écriture — versions norvégiennes d'Alain Robbe-Grillet, Topologie d'une cité fantôme et de Jean Ricardou, La prise / prose de Constantinople
Didier COSTE : Si par un jour d'été un spectateur

Atelier d'écriture
La prison libératrice, avec le Collectif Textique

Soirée
Pétanque


Lundi 5 août
Matin
TEXTIQUE : ANALYSE ET TRANSFORMATION
Daniel BILOUS : Une carambole texturale
Laurent LIENART : Tribalisme dans Les Lieux-dits

Après-midi
Initiation à la textique
Avec Gilles TRONCHET et quelques RAPT (Récritures Avisées Par la Textique)

Métastructures dans les arts plastiques, table ronde animée par Marc AVELOT, avec
Johanna GOSSART : Séries noires, carrés blancs, etc.
Alain LONGUET : Un parcours interactif du Paradigme d'Albert Ayme
Jean-Claude RAILLON : Débords

Atelier d'écriture
La prison libératrice, avec le Collectif Textique

Soirée
Daniel BILOUS : Un mécanomate : Félix le Chat médite


Mardi 6 août
Matin
DÉPLOIEMENTS DE LA TEXTIQUE
Isabelle ALFANDARY : Il n'y a pas de hors-textique
Gilles TRONCHET : Matériaux pour la théorie

Après-midi
Initiation à la textique
Avec Gilles TRONCHET et quelques RAPT (Récritures Avisées Par la Textique)

ÉCRITURE DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE
Anne-Marie PETITJEAN : Quelles théories de l'écrit pour les formations en écriture créative ?
Daniel BILOUS : Les leçons d'un jeu d'adresses

Atelier d'écriture
La prison libératrice, avec le Collectif Textique


Mercredi 7 août
Matin
DISCUSSION GÉNÉRALE ET PROLONGEMENTS
Rapports d'étonnement, par les jeunes participants
Présentation des projets éditoriaux, par Marc AVELOT
Perspectives de recherches en textique, par Gilles TRONCHET

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Marc AVELOT : L'homme sans ombre. Esth-éthique de Jean Ricardou
L'insistance d'énoncés normatifs dans les écrits de Jean Ricardou laisse supposer que sous-jacent à leur visée conceptuelle ou descriptive existe tout un ensemble de valeurs dont l'organicité dessine une véritable éthique. L'objet de cette contribution sera de mettre à jour cette "esth-éthique" de Jean Ricardou et de s'interroger tout à la fois sur son statut, son efficace et ses limites.

Stéphanie BALDISSAR : La déco décodée
Il s'agira de voir comment la Textique, initiée par Jean Ricardou et considérée comme une théorie de l'espace traitant "l'écrit" au sens large, peut trouver une application concrète dans un domaine pour le moins inattendu, en l'occurrence celui de la décoration intérieure. Le tout en partant d'une phrase de Vincent Van Gogh : "Peindre une robe jaune, non parce qu'elle est robe, mais parce qu'elle est jaune".

Stéphanie Baldissar est professeur certifiée de Lettres Modernes depuis 12 ans, titulaire d'un Master Recherche Mention Langues, Littératures et civilisations, participante au Semtext et membre du Cortext depuis 2002, membre du Collectif Textique depuis 2016. Participation au Forum organisé en la mémoire de Jean Ricardou en 2017 suivie de la parution d'un article dans "Présents de Jean Ricardou" : "(R)apports collectifs". Participation au colloque "L'écriture mimétique" en novembre 2008 et publication d'un article dans les actes : "Agnos/tics : ou comment douter du style de Mauriac en imitant les tics de Mauriac".

Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture ricardolien, une utopie durable
Nouveau romancier, critique et enseignant, Jean Ricardou a inventé un dispositif didactique fondé sur l'atelier d'écriture et basé sur une théorie matérialiste de la pratique scripturale qui conjugue les savoirs d'expérience et les savoirs d'action des écrivains et des enseignants. Nous montrerons en quoi ce dispositif a inauguré une utopie durable, qui a pour objectif une démocratisation de l'écriture créative, fondée sur une approche innovante de type transformatif et collaboratif et un renversement des valeurs communément attribuées à l'écrit et à la pratique de l'écriture. Cette conception de l'atelier d'écriture a contribué à démystifier l'écriture créative, en la décentrant de la sphère de la production littéraire, dans une perspective intermédiale, interartiale et interdidactique, ce qui en a fait un objet d'apprentissage et un outil de résilience scolaire, sociale, et médicale toujours actuel.

Nicole Biagioli est professeur émérite de langue et littérature française au CTEL (Centre Transdisciplinaire de recherche sur la Littérature et les Arts Vivants, à l'université de Nice). Formée aux ateliers d'écriture par Claudette Oriol-Boyer et Jean Ricardou, elle a participé à la création de la revue Texte en Main. Elle est l'auteur de publications sur l'œuvre de Jean Ricardou et de Michel Butor, sur la didactique de l'écriture littéraire et sur l'écriture créative.

Daniel BILOUS : Une carambole texturale
Le concept de représentation étant peut-être plus sûrement identifiable quand il s'agit d'images visuelles, on s'appliquera à lire selon la Textique certaine affiche publicitaire due à l'art d'Eugène Ogé et datée de 1910, pour les Billards Brunswick [visible en ligne]. Si un grand nombre d'éléments y ressortissent directement ou indirectement à l'installation d'une "scène de genre" reconnaissable, il en est d'autres qui, et de façon spectaculaire, échappent résolument à cette détermination et, par là, ambiguisent puissamment la réception de l'image. Ce sera l'occasion d'observer la dialectique entre une visée représentative promotionnelle et le régime particulier que la discipline appelle "métareprésentatif".

Daniel BILOUS : Les leçons d'un jeu d'adresse
L'art dit postal consiste à travailler les éléments d'une suscription en s'affranchissant peu ou prou des règles du "code postier" à la surface de l'enveloppe, selon les logiques d'un outrepassement raisonné. L'on se promet d'explorer les possibles voies de ce retravail sur la base d'une liste d'adresses, à partir de protocoles notamment induits jadis par Baudelaire et Mallarmé, et aujourd'hui avisés par la Textique.

Daniel BILOUS : Un mécanomate : Félix le Chat médites
Jean Ricardou appréciait le sympathique héros d'Otto Messmer, qui n'agit jamais sans une mûre réflexion, et dont les ressources imaginatives préfigurent souvent ce que la modernité pourrait bien saluer en fait d'invention fictionnelle. En hommage à l'écrivain, ce mécanomate saisit le Chat marchant de long en large, en pleine cogitation.

Claudia BOULIANE : Démasquer Cannes avec Jean Ricardou
Tout au long des "Trente Glorieuses", le tourisme de masse alors en plein essor occupe de plus en plus de place dans la société française. Il est fréquemment représenté dans la littérature, qui s'empare du prêt-à-penser propre à l'époque sur la question de cette pratique sociale pour l'interroger, le mettre à distance, le détourner ironiquement, en souligner les bévues avec humour, en faire la critique. C'est le cas de L'observatoire de Cannes que publie Jean Ricardou en 1961, qui fait table rase des clichés alimentés par les discours prescriptifs quant à la manière d'occuper le temps libre. Il s'agira, dans un premier temps, de procéder à la microlecture des intertextes publicitaires ainsi que des jeux avec leurs formes-sens et leurs mots de passe, de manière à montrer comment il s'attache à "démasquer" le lieu mythique du développement du tourisme balnéaire en France, comme le suggère cette image récurrente dès l'incipit du roman et qui sert également à illustrer des notions de Pour une théorie du nouveau roman. Il sera question, dans un second temps, du rôle particulier du premier roman dans le processus d’expérimentation stylistique à la suite duquel seront formulés les principes avancés dans les premiers ouvrages théoriques de Ricardou.

Claudia Bouliane est professeure adjointe à l'université d'Ottawa. Elle est spécialiste de la littérature française du XXe siècle. Elle a publié l'ouvrage L'adolescent dans la foule : Aragon, Nizan, Sartre aux Presses de l'université de Montréal en 2018. Son projet de recherche actuel porte sur les représentations littéraires des "Trente Glorieuses du tourisme" (1950-1980). Elle a déjà fait paraître des articles et donné des conférences sur la question de la mise en texte du phénomène social qu'est le tourisme de masse.

Bente CHRISTENSEN : Traduction ou ré-écriture – versions norvégiennes d'Alain Robbe-Grillet, Topologie d'une cité fantôme et de Jean Ricardou, La prise/prose de Constantinople
En tant que traducteur littéraire, on est confronté à une multiplicité de textes; de différents auteurs, de différentes langues et cultures, de différentes époques. Pourtant, il existe une constante : la traduction de ces textes est possible, même si le traducteur doit utiliser tout son savoir et travailler assidûment. Il est très rare de rencontrer un texte littéraire qu'on peut qualifier d'intraduisible. Le Nouveau Roman français a produit des textes qui posent des problèmes redoutables au traducteur, car la langue y est devenue un matériau qui a une valeur intrinsèque, qui n’est pas uniquement un moyen pour évoquer un contenu. On doit prendre en considération la manière de dire, pas seulement ce qui est dit. Néanmoins, il est possible, dans la plupart des cas, de trouver des solutions à des problèmes qui se posent en traduisant ces textes. Ce qui m'intéresse ici, est ce qui arrive quand on se trouve face à un texte qui ne se laisse pas restituer dans une autre langue sans être profondément modifié, sans être "ré-écrit". Pourquoi est-ce que ce texte est "impossible" à traduire ? Quelles sont les caractéristiques d'un tel texte ? Pour sonder ces questions, je vais prendre appui sur ma propre pratique. Il y a quelques années, j'ai traduit Topologie d'une cité fantôme d'Alain Robbe-Grillet. C'est un texte parfois compliqué à traduire, mais il n'est pas impossible de le rendre en norvégien d'une façon adéquate. Quand j'ai voulu m'attaquer à La prise/prose de Constantinople de Jean Ricardou, j'ai rencontré des problèmes d'une autre envergure. Même si ce texte offre une (ou plusieurs) histoire(s) — entre autres la conquête de Constantinople en 1204 et l'expédition d'un groupe de linguistes dans le parc d'un château — il est tellement basé sur la matérialité de la langue française que le traducteur doit parfois baisser les bras. En comparant Topologie d'une cité fantôme et La prise/prose de Constantinople, je vais essayer de voir à quel moment la matérialité du texte prend le dessus, à cerner les limites du traduisible. Je vais également présenter des propositions de ré-écriture de passages de La prise/prose de Constantinople, pour voir les pertes et les gains d'une telle pratique.

Didier COSTE : Si par un jour d'été un spectateur
Tout en étant historiquement située dans le parcours d'une vaste mouvance formaliste et métafictionnelle — de Mallarmé aux oulipiens actifs d'aujourd'hui, en passant, en dehors du Nouveau Roman, par Nabokov et Barth, Blanchot et des Forêts —, l'œuvre littéraire de Jean Ricardou, de L'Observatoire de Cannes à La Cathédrale de Sens, avec la minutiosité de ses (ar)rangements verbaux, déploie un plus complet arsenal de résistance au récit que quasiment toute autre connue. Ses artifices de composition, comme et plus encore que les procédés de Raymond Roussel, sont de ceux qui, en dépit de l'invitation didactique à la réécriture, la barrent, en particulier sous les espèces de la traduction interlinguistique. Animés, paradoxalement, par la haine du mouvement qui déplace les lignes, les dispositifs ricardoliens de production du texte n'échappent pourtant pas plus aux effets de représentation et de translation que les marges du surréalisme (Huidobro) ou le lettrisme (Isidore Isou) n'ont pu, bien antérieurement, échapper aux effets de sens. Tout se joue, sous couvert de matérialisme du signifiant, dans une extrémiste tension entre forclusion et transgression, dans des "mécanismes de fascination" proches de ceux proposés par Robert Lapoujade. Le lecteur de Ricardou sera donc toujours un lecteur malgré lui, poussé dans ses retranchements, appelé à mettre en œuvre son désir de Réel against all odds.

Giuseppe CRIVELLA : L'observatoire de Cannes ou comment décrire une description ?
Dans ce roman publié en 1961, la description fonctionne comme un graphe de métamorphoses d'un logos interminablement référé à soi-même. L'observatoire de Cannes est alors l'histoire d'une pratique descriptive dont les mots et les images véhiculées s'entre-répondent strictement, l'histoire d'une tranche narrative indéfiniment traduite en d'autres tranches narratives homologues entre elles mais tout à fait inassimilables l'une à l'autre, l'histoire de systèmes auto-référés — donc apparemment fermés — se référant à d'autres systèmes — donc ouverts — mais se référant à de nouveaux systèmes auto-référés. L'observatoire de Cannes devient l'histoire de formes prenant sens dans un système, donc enveloppées et englobées dans un réseau spécifique d'articulations, mais parfois et comme tout à coup, prenant un autre sens que celui d'origine, dépassant leur auto-référence intérieure et donc évoluant à l'extérieur de toute coordonnée systématique, comme une excroissance pathologique, vers une nouvelle référence trans-systématique intérieure à la réticulation verticale des correspondances croisées qui ne cessent de se multiplier et de confondre les plans sur lesquels la description se pluralise, comme un rayon perdu à la recherche de son miroir…

Giuseppe Crivella, PhD en phénoménologie (Université de Pérouse). Membre de la Société Philosophique de Bourgogne. Rédacteur de la revue de philosophie Kaspar Hauser. Come si accede la pensiero. Auteur de plusieurs essais portant sur Alain Robbe-Grillet, Michel de Montaigne, Michel Butor, Roland Barthes, Maurice Blanchot et bien d'autres. Spécialiste de philosophie contemporaine française et allemande, il a traduit en italien des textes de Jean-Jacques Wunenburger et Michel Henry, Dominique Pradelle et Roger Caillois, Jean Baudrillard et Roland Barthes. Son dernier travail se concentre sur la dimension de l'anté-prédicatif dans la phénoménologie husserlienne de l'espace (Verso le matrici antepredicative della fenomenologia trascendentale, éd. Mimesis, Mai 2018).

Johanna GOSSART : Séries noires, carrés blancs, etc.
L'intervention s'intéressera à l'examen de la suite "Paradigme", réalisée par l'artiste peintre Albert Ayme et éditée dans l'ouvrage du même nom, examen minutieusement conduit par Jean Ricardou, dans un texte repris au sein de la Revue des Sciences Humaines sous le titre "L'effervescence du virtuel". Elle s'articulera autour de trois questions : la matérialité de l'ouvrage et l'œuvre d'abord, les précautions critiques et idéologiques du scripteur ensuite, et la démarche analytique du théoricien enfin.
Il s'agira ainsi de mettre en évidence certaines des relations existant entre la méthode de l'examen et la théorie Textique élaborée plus tard, et ressortissant à ce qu'il est loisible de nommer, imitant le premier intitulé de la contribution offerte par Jean Ricardou lors du colloque de Cerisy "Albert Ayme et le paradigme en peinture" qu'il dirigea en août 1982, "les suites d'une idée".

Bibliographie
Paradigme (œuvre à croissance illimitée à partir d'un unique carré), œuvre d'Albert Ayme et texte de Jean Ricardou, Éditions Traversière, 1976.
"Peinture politique" par Jean Ricardou, édité dans une brochure de la galerie Carmen Martinez.
"Cristal qui change" (initialement "Les suites d'une idée"), Jean Ricardou au Colloque de 1982 (Cerisy).
Écrits d'un peintre (pour un statut propre à l'abstraction), Albert Ayme, Éditions Traversière, 1962-1997.
"Les paradigmes d'Albert Ayme", Gérard-Georges Lemaire, Magazine Littéraire, septembre 1977.
Théorie de l'art moderne (une conception structuraliste de la peinture), Paul Klee, 1924, Bibliothèque Médiations.

Sjef HOUPPERMANS : Relire La prise de Constantinople à partir de Roussel
Ou plutôt relire la Prose de Constantinople avec Roussel. En effet, compagnon de route qu'on admire et dont on se méfie à l'occasion, Roussel fascine par son étrangeté familière, par son jeu entre mots et images, entre vie et mort. Par toute une série de lectures exemplaires Jean Ricardou a témoigné de son intérêt suivi pour l'œuvre roussellienne. Pourtant nous pouvons supposer que son œuvre de fiction — pour autant que cette répartition peut servir de formule de travail — a été contaminée par cette fréquentation assidue. Nous ne serons pas étonnés néanmoins si les traces de ce commerce sont parfois dissimulées. Un cas remarquable se présente justement pour ce roman majeur qu'est La Prise de Constantinople. Comme en fait preuve un numéro de Tel Quel, une archi-exergue de cette fiction a été empruntée à Roussel. C'est la hie qui de cette manière s'impose comme génératrice, par immaculée conception s'entend, car sa virginité de demoiselle concurrence celle de la mariée de Marcel Duchamp. Les conséquences textuelles, para-isomorphiques, sont diverses, ludiques, passionnantes.

Sjef Houppermans est professeur émérite de l'université de Leiden (Pays-Bas). Il poursuit des recherches en littérature moderne et contemporaine s'appuyant sur des approches stylistiques et psychanalytiques. Il est l'auteur de livres sur entre autres Proust, Beckett, Robbe-Grillet, Ollier, Camus, Simon…
Publications
Raymond Roussel. Écriture et Désir, Éditions José Corti, 1983.
A coordonné le numéro 7 des Cahiers Raymond Roussel (2019).
Recueil : Écritures du désir.

Quentin LAZZARESCHI & Joana TEULE : Pas très loin [performance-visite]
Mettre en place une relation textuelle avec un espace, à investir en dehors de la page.
En point de départ, une boîte aux lettres installée pour écrire à un mur.
Des mots adressés à un espace.
C'est un parcours, un courrier qui chemine et traverse des temporalités, des territoires.
La relation épistolaire précède l'intervention sur le lieu : elle s'inscrit de manière pérenne, consiste en un écrit comme peut l'entendre la textique.
Une appropriation.
C'est un travail de contextes, d'allers-retours, de distances et de proximités.
Il est évolutif, à alimenter.
Cette intervention est restituée par une présentation orale, construite et scénarisée à partir d'un corpus d'éléments, de lettres, de relations, qui, une fois liées, constitueront l'ensemble de la proposition.

Quentin Lazzareschi est artiste, auteur d'un travail centré sur les questions de visibilité — en tant qu'art; les contextes; les situations: avec des actions, des interventions, des déplacements; la création d'objets — en tant que sculptures; la documentation: avec des photographies, des textes; du récit. Il travaille dans plusieurs départements et dans plusieurs disciplines. Il vit à Saint-Étienne.

Joana Teule est une artiste qui cherche à investir tous les gestes dont procèdent sa vie et son travail de la plus grande attention. Les objets qu'elle construit sont souvent issus d'une logique de concentration, elle cherche à condenser les processus, les moments et les lieux dont ils proviennent. Elle utilise souvent des techniques comme la gravure sur bois, la prospection ou la distillation qui sont autant de moyens de pratiquer sa propre concentration et celles des choses auxquelles elle veut se rendre attentive.
Texte écrit par Pierre-Olivier Dosquet (2018).

Paul LÉON : Liserons et écriverons
"C'est en lisant que l'on devient liseron". La formule a généralement du succès dans les classes. Aussi bien, hasarda un jour Jean Ricardou, citant "le mot aimable de Raymond Queneau", "C'est en écrivant que l'on devient écriveron". Or, en définitive, ce que Jean nous a inlassablement enseigné pourrait bien tenir tout entier, ou presque, dans le mixage croisé de ces deux formules : "C'est en lisant que l'on devient écriveron", "C'est en écrivant que l'on devient liseron", autrement dit : "la lecture est une phase constitutive du procès d'écriture". Ce va-et-vient entre lecture et écriture, Jean Ricardou l'aura initialement expérimenté, ce qui lui valut durablement le dédain des Institutions, en tant que maître de classes élémentaires. Et c'est sans doute la raison pour laquelle le fulgurant théoricien de l'écrit qu'il est par la suite devenu, a su mieux que personne parler — à tous les sens du mot — aux maîtres et à leurs formateurs en dépit des résistances. Lier lecture et écriture, pratique et théorisation dans le cadre d'écritures en atelier, d'"ateliers d'écriture": c'est cette façon de penser et de faire, suivant laquelle "l'écriture est une activité compatible avec le pluriel", qu'il a su communiquer aux enseignants les plus convaincus de la nécessité de pratiquer autrement dans les classes — de "pratiquer" tout court — en les domaines de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Nous rendrons compte ici, feuilletant quelques articles canoniques parus au fil du temps sur ces questions ("Écrire en classe", "Pluriel de l'écriture", "Deviens lecteur le scripteur que tu es", etc., ainsi que la précieuse série des six "Textuelles" publiées entre 1984 et 1989 dans la revue TEM), de diverses notions fondatrices — éminemment opératoires, suivant notre expérience au sein des groupes — dans leurs successives formulations continûment remises en chantier: s'agissant de l'écrit sa double polarité matérielle et idéelle; s'agissant de lecture l'occultation lectorale, la "recouverte", qu'opère celle-ci à l'encontre de celle-là et les stratégies pour la combattre; s'agissant d'écriture la notion de récriture "car c'est en transformant ce qu'(on) a écrit qu'(on) écrit" et celle corollaire de "complexification", de "programme" d'écriture, celle de "Texte"; ou encore cette proposition, exorbitante au regard de l'idéologie ambiante, selon laquelle l'écrivain — l'élève — "n'a nul besoin d'avoir, au préalable, un quelque chose à dire", qu'il est avant tout "celle ou celui qui accepte l'apport spécifique de l'écrit dans la formation de sa pensée".

Laurent LIENART : Tribalisme dans Les Lieux-dits
Parmi toutes les luttes qui s'opèrent au sein du roman de Jean Ricardou, Les Lieux-dits, il en est une qui semble quelque peu méconnue, en l'occurrence celle que se livrent les langues tribales. Avec patience, il s'agira de l'analyser, autrement dit, pour la textique, de la déméconnaître.

Alain LONGUET : Un parcours interactif du Paradigme d'Albert Ayme
Plus de trois décennies après le colloquede Cerisy "Albert Ayme et le paradigme en peinture", dirigé par Jean Ricardou, la technologie informatique permet de porter un regard actualisé sur cette œuvre emblématique d'Albert Ayme, qui reste aux yeux de tous un repère exemplaire de modernité artistique. Accompagné des textes de Jean Ricardou, ce parcours interactif de Paradigme, en présentant les multiples aspects de la combinatoire de cette œuvre générative. sera une façon de redécouvrir le tressage subtil qui a uni ces deux auteurs. Ce projet pourrait aussi prendre la forme d'une installation numérique (borne ou projection, présentée pendant le colloque).

Alain Longuet est photographe, vidéaste, artiste et ami du peintre Albert Ayme. Il a réalisé de nombreuses prises de vues photographiques de ses œuvres pour les publications des éditions Traversière. Dès 1990, un premier portage de Paradigme pour ordinateur a été réalisé sur IBM-PC. Une deuxième version a été présentée en Arles à l'occasion de la Rétrospective Albert Ayme de 2007 au Musée Réattu. La dernière actualisation date de 2018. Elle vient d'être présentée à la Galerie Victor Sfez du 23 sept. au 10 nov. et à la Galerie Abstract Project du 19 nov. au 2 déc. 2018.

Anne-Marie PETITJEAN : Quelles théories de l'écrit pour les formations en écriture créative ?
Dans cette intervention, j'interrogerai la place de la théorisation dans les cursus de création littéraire qui ont émergé en France depuis 2012 et sont mieux connus des universités anglo-saxonnes. Prenant appui sur un intérêt croissant pour la pratique au détriment de la conceptualisation, les formations universitaires en écriture créative s'écartent de l'ambition théoricienne qui animait Jean Ricardou; il est pourtant possible de reconnaître, dans son parcours de théoricien-créateur, une cohésion des perspectives critiques, didactiques et auctoriales qui intéresse particulièrement les recherches actuelles sur la conscientisation du geste de création littéraire. C'est cette cohésion que nous chercherons à décrire dans les pratiques contemporaines des cursus littéraires en France, à partir de l'expérience d'enseignement et de recherche menée depuis une dizaine d'années à l'université de Cergy-Pontoise par une équipe d'enseignants-chercheurs. Elle nous permettra d'envisager une filiation de la recherche académique en écriture créative avec la tradition des ateliers d'écriture français largement portée en son temps par Jean Ricardou.

Anne-Marie Petitjean est maître de conférences en Langue et Littérature française à l'université de Cergy-Pontoise, Laboratoire Agora, Master lettres & DU Écriture créative et Métiers de la rédaction.
Bibliographie
Oriol-Boyer, C., Bilous, D. (dir.), 2013, Ateliers d'écriture littéraire, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann Éditeurs.
Petitjean, A.-M., 2017, "Une conception bien française de l'atelier d'écriture", Forum Jean Ricardou, Collège International de Philosophie, Centre Culturel International de Cerisy, M. Avelot, M. Calle-Gruber, E. Heurgon (dir.), Paris, 21 avril 2017.
Petitjean, A.-M., 2018, "La formation à la conduite d'ateliers d'écriture comme facteur de réflexivité critique sur les processus de création", Les Cahiers d'Agora, n°1 [en ligne].
Ricardou, J., 1989, "Écrire à plusieurs mains", in Pratiques, n°61, pp. 111-117.
Ricardou, J., 1992, "Pluriel de l'écriture", in Ateliers d'écriture, Colloque de Cerisy, C. Oriol-Boyer (dir.), Grenoble, L'Atelier du Texte (Ceditel), p. 22.

Jean-Claude RAILLON : Débords
Il est loisible de distinguer deux façons pour une œuvre plastique de gérer l'espace qui s'impose à elle comme une contrainte foncière. L'une consiste à discrètement s'en accommoder. L'autre consiste à exposer la contrainte comme telle pour en jouer. La présente contribution se propose de fournir sous cette vue l'analyse comparée d'un couple d'outrepassements remarquables, le premier qu'offre, dans sa partie inférieure droite, certain bas-relief roman, le second qu'offre, dans sa partie inférieure droite, certain panneau du retable de l'Agneau mystique par les frères Van Eyck. L'étude sera conduite à la lumière du concept textique d'ortho(plasto)texture.

Christelle REGGIANI : Ricardou lecteur de Roussel
L'œuvre de théoricien de la littérature (et plus généralement des systèmes de signes) de Jean Ricardou n'a pas été séparée de son activité critique, s'agissant en particulier de ses auteurs de prédilection, au premier rang desquels a figuré Raymond Roussel. On se propose donc d'examiner de près l'ensemble des écrits que Jean Ricardou a consacrés à Roussel, pour tenter de mettre au jour les enjeux de cette activité critique poursuivie tout au long de l'itinéraire intellectuel de Ricardou.

Christelle Reggiani est professeure de stylistique française à la faculté des lettres de Sorbonne Université.
Publications
Rhétoriques de la contrainte. Georges Perec, l'Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions InterUniversitaires, 1999.
Éloquence du roman. Rhétorique, littérature et politique aux XIXe et XXe siècles, Genève, Droz, 2008.
L'Éternel et l'Éphémère. Temporalités dans l'œuvre de Georges Perec, Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.
Poétiques oulipiennes. La contrainte, le style, l'histoire, Genève, Droz, 2014.
Elle a également dirigé l'édition des Œuvres de Georges Perec dans la "Bibliothèque de la Pléiade" des éditions Gallimard (2017).

Hermes SALCEDA : Quelques enjeux théoriques de l'écriture roussellienne
L'intérêt de Jean Ricardou pour Roussel a été récurrent et s'est prolongé dans le temps puisqu'une quarantaine d'années séparent la première étude qu'il lui a consacrée (1971) de la dernière (2012). Roussel exerçait sur Jean Ricardou une certaine fascination qui l'amenait à revenir sur ses textes pour les mettre à l'épreuve des concepts théoriques du matérialisme textuel qu'il a élaboré. À la loupe de l'examen ricardolien l'écriture roussellienne est souvent ressortie à la fois comme une tentative novatrice et contradictoire. Novatrice parce que le Procédé a posé les bases d'une pratique matérialiste de l'écriture, et contradictoire parce que l'auteur avait affirmé, en même temps, sa volonté de se construire en tant que tel. L'écriture de Roussel, ainsi tendue entre le matérialisme du Procédé et l'affirmation de l'ego de l'auteur, aurait basculé dans l'idéologie de l'expressivité. Pourtant, malgré ses contradictions, Roussel semble résister particulièrement bien à la récupération par le monde académique dans lequel sa place reste marginale. J'adopterai le point de vue inverse de celui de Jean Ricardou pour interroger les aspects qui font que Roussel résiste aux tentatives de récupération par le système littéraire au point que sa réception s'est déplacée vers le monde des arts plastiques. Il s'agira, en somme, de relever les lieux qui continuent de faire de Roussel un espace de choix pour des batailles théoriques entre des positions bien tranchées.

Bernardo SCHIAVETTA : Trouver l'impensé : invention de la forme, invention du sens
Depuis mes toutes premières lectures de Ricardou et jusqu'à aujourd'hui, je peux et je dois décrire ma position en tant qu'écrivain avec ces phrases à lui, celles qui dès 1973 m'ont permis de comprendre ce que j'avais commencé à faire (non pas à vouloir dire, à vouloir faire) : "loin de ce mythique personnage tout-puissant qui projetterait sur la feuille, avec un bonheur inégal, tel sens dont il aurait la propriété, l'écrivain est peut-être celui qui, par l'écriture, se lie si étrangement au langage, qu'il se trouve aussitôt immensément démuni et de soi et du sens (…) Il peut se lire et se relire: tel texte, irrécusablement de lui, c'est comme s'il avait été écrit par quelque autre" (Le Nouveau Roman, Seuil, 1973, p. 15). Toutefois, pendant cette longue période, il y a eu, entre mes pratiques d'écriture et l'évolution des idées de Ricardou, autant de coïncidences que d'écarts. Ces discordances et concordances, fécondes sur le plan de l'invention, seront le thème de mon exposé.

Rémi SCHULZ : Coïncidences ricardoliennes
Les noms des huit Lieux-dits de Ricardou ont été choisis afin que, disposés en ordre alphabétique, ils forment un carré dont la diagonale permet de lire le quatrième lieu, BELCROIX. Après coup, Ricardou s'est avisé qu'il y avait bien davantage dans sa grille que ce qu'il avait programmé. Il y a consacré diverses interventions, qui ont en partie nourri Le théâtre des métamorphoses. Après avoir fait le point sur ce qui est connu, je me propose de montrer qu'il y a bien davantage encore.

Venu tardivement à l'écriture, Rémi Schulz a publié un roman en 2000, ainsi que divers articles et nouvelles dans diverses revues. Découvrant Ricardou très récemment, il s'est avisé de multiples correspondances entre leurs écritures. Ce qui l'a conduit à achever un vieux projet, ricardolien sans le savoir, en ligne ici : http://novelroman1908.blogspot.com/.

Sandra SIMMONS : La Marge Émerge
Lors de plusieurs séminaires de textique, à Cerisy, un travail collectif a pu faire évoluer une forme d'écriture nouvelle que j'ai mise en place et qui se nomme les "margelles". Jean Ricardou, qui a lui-même œuvré comme plasticien et s'est intéressé tout au long de ses travaux aux productions de divers artistes, a prêté aux "margelles" une grande attention et a fourni ses conseils, avisés par la textique, pour leur mise au point. À l'occasion de ce colloque, une transformation sera expérimentée dans l'étable, proche du château, qui accueille des expositions : il s'agit de rendre moins illisible, grâce à un dispositif signalétique, une déclivité du sol peu repérable pour les visiteurs qui risquent de s'y tordre la cheville ou de tomber. Du point de vue de la textique, cette intervention peut s'entendre comme une récriture qui à la fois devrait permettre de moins mal appréhender les caractéristiques du lieu et d'en perfectionner l'accès pour l'utilité de chacun.

Nicolas TIXIER : Un Ricardou édifiant
Jean Ricardou n'a pas fait qu'accueillir l'architecture et la question urbaine au sein des séminaires de Textique à Cerisy (2000 et 2001), il a participé directement à des réflexions urbaines sur au moins un projet, celui du développement Ouest du site de La Défense à Paris. À partir de quatre courriers, qui sont comme autant de contributions datant du début des années 90 adressées au Groupe de réflexion sur l'Ouest de la Grande Arche de La Défense, on regardera comment Jean Ricardou au sein de ce groupe a esquissé une application de la Textique aux questions de projet urbain.

Gilles TRONCHET : Matériaux pour la théorie
Jean Ricardou, durant les années 1970, s'est attaché notamment aux problèmes que pose l'opérativité d'une écriture obéissant à des réglages spécifiques : procédures et méthodes sont interrogées comme les ressorts d'un travail fondé sur le langage et sur les lettres dont les agencements sont aptes à générer de la représentation. La fabrique du texte, terme dont la portée n'était pas encore nettement précisée, est abordée comme le résultat d'un processus opératoire, dont les principaux ressorts se trouvent spécifiés grâce à des concepts. L'hypothèse sera faite qu'une telle recherche préludait à la nouvelle discipline que constitue la textique, théorie unifiante de l'écrit et des opérations d'écriture, à l'élaboration de laquelle Jean Ricardou a consacré l'essentiel de ses efforts des années 80 jusqu'à sa disparition, en 2016. S'efforçant avant tout d'éclairer les mécanismes et les structures de l'écrit, il a suspendu l'examen des opérations productrices. Il s'agira donc, d'une part, de manifester les liens entre l'édifice de la textique et la perspective antérieure, d'autre part, de montrer que celle-ci, fût-ce à l'état d'ébauche, offre à la théorie un matériau fécond, susceptible d'être intégré à la théorie d'ensemble qu'a initiée Jean Ricardou.

Enseignant la langue et la littérature latines à l'université de Nantes, Gilles Tronchet s'est aussi beaucoup intéressé à la théorie de l'écrit et des opérations d'écriture, la textique, initiée par Jean Ricardou. Il a publié en 2012 un ouvrage intitulé Aperçu de la textique et participe actuellement à un travail collectif pour l'édition posthume d'ouvrages de Jean Ricardou, avec notamment Intelligibilité structurale de la page, paru en 2018, et Salut aux quatre coins (Mallarmé à la loupe), à paraître en 2019.


BULLETIN D'INSCRIPTION


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[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


RACONTER L'ENQUÊTE :

UNE FORME POUR LES RÉCITS DU XXIe SIÈCLE ?


DU LUNDI 22 JUILLET (19 H) AU LUNDI 29 JUILLET (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Christian CHELEBOURG, Dominique MEYER-BOLZINGER


ARGUMENT :

L'imaginaire et la forme de l'enquête semblent imprégner tous les récits d'aujourd'hui et on apprécie l'enquête pour son ambivalence : une structure linéaire et aisément reconnaissable, néanmoins ouverte à la dimension métanarrative, voire aux récits potentiels et aux fausses pistes, quand elle reste inachevée, puisqu'on raconte aussi bien les enquêtes qui n'aboutissent pas. La posture de l'enquêteur semble le dernier avatar héroïque, glissant du détective-lecteur au lecteur-détective, érigeant le détail holmésien ou le soupçon borgésien au rang de modèles méthodologiques, s'inscrivant sans difficulté dans une esthétique de la trace au cœur des préoccupations contemporaines. Dans cette perspective peuvent être évoqués les romans de Patrick Modiano, les récits de Michèle Audin et Philippe Artières, le théâtre de Wajdi Mouawad, les essais de Pierre Bayard et Ivan Jablonka.

Raconter l'enquête, plutôt que son seul résultat, signifie certes que la recherche importe autant que son aboutissement, mais l'exhibition de la fabrique incite aussi à reconsidérer la définition du récit, à en mettre certaines formes canoniques à distance, par la fragmentation par exemple, sans toutefois les abandonner entièrement.

Il s'agira d'identifier la présence de l'enquête dans les récits du XXIe siècle et d'en définir les fonctions, de mesurer combien la structure progressive-régressive est devenue une forme transgenre des récits d'aujourd'hui. La réflexion portera sur des récits fictifs ou factuels dans lesquels on reconnait une enquête, sans pour autant constituer des romans ou des films policiers. Elle s'ouvre non seulement à la littérature contemporaine, mais aussi au cinéma et à la BD, et encore aux récits construits par les sciences humaines, en particulier les disciplines dont la démarche repose sur l'interprétation de traces.

L'étude se focalisera sur ce que la forme de l'enquête apporte aux récits contemporains : une dynamique, liée au suspense et à l'indétermination du récit, qui facilite l'immersion dans la fiction, mais aussi l'occasion d'une distance liée à l'observation du lecteur-enquêteur. Mais l'examen pourra être élargi à la structure des récits et les représentations de la vérité, la posture de l'enquêteur et ses relations avec la voix narrative, l'inscription d'une réflexion méthodologique au sein même du récit.

Ce colloque, qui mènera donc une série d'enquêtes sur l'enquête, sera ouvert à tous les lecteurs-détectives, experts ou amateurs.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 22 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 23 juillet
Matin
Dominique MEYER-BOLZINGER : Raconter l'enquête : un art du portrait
Laurent DEMANZE : Un nouvel âge de l'enquête : formes et imaginaires contemporains

Après-midi
Aurélie BARJONET : L'ère du non-témoin : les enquêtes des "petits-enfants de la Shoah"
Alban BENOIT-HAMBOURG : Faire parler le témoin et l'indice : Chemins de l'enquête et mécaniques de dévoilement vidéoludiques
Michèle AUDIN : Écrire (avec) l'enquête : biographie, histoire, roman ?

Soirée
La Mer à Bord, conférence-rencontre avec le plasticien franco-viennois Hervé MASSARD [soirée commune avec le colloque en parallèle "La négation à l'œuvre dans les textes"]


Mercredi 24 juillet
Matin
Christian CHELEBOURG : La maïeutique de l'enquête à l'épreuve du surnaturel
Pierre-Frédéric CHARPENTIER : À la recherche de Valentin Feldman, locuteur inconnu d'un mot célèbre

Après-midi
Caroline KLENSCH : Once Upon A Time : enquête au pays des contes de fées
Gilles MENEGALDO : Modalités d'une enquête déconstruite : jeux narratifs et temporels et réflexivité dans Usual Suspects (Bryan Singer, 1995), The Ninth Gate (Roman Polanski, 1999) et Curse of the Jade Scorpion (Woody Allen, 2001)

Soirée
Rencontre-débat avec l'écrivaine Michèle AUDIN [soirée commune avec le colloque en parallèle "La négation à l'œuvre dans les textes"]


Jeudi 25 juillet
Matin
Cécile LEGUY : Raconter l'enquête ethnographique aujourd'hui
Danièle MÉAUX : Enquêtes photographiques

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 26 juillet
Matin
Lauric GUILLAUD : Du gothique au néo-gothique, de la métaphysique à l'ésotérisme : continuité et ruptures des modalités de l'enquête dans le roman policier contemporain
Simone GROSSMAN : L'écrivain : inquisiteur ou coupable ? Portrait-type du criminel dans deux fictions de Pierre Lasry

Après-midi
Maryse PETIT : La dissolution du policier (romans de Sandrine Collette, Hervé Le Corre, Frank Bouysse)
Charlotte WADOUX : En lisant, en enquêtant : l'enquête intertextuelle dans les romans néo-Victoriens

Soirée
Film : Carré 35


Samedi 27 juillet
Matin
Jean-Paul MEYER : Enquête du fils, récit du père dans Maus, d'Art Spiegelman : le témoignage et son recueil en embrayage iconotextuel
Béatrice LEHALLE : Carré 35 : enquête et secrets de famille sous le regard du psychanalyste

Après-midi
Stéphanie BENSON : Tip Tongue : Enquêter pour apprendre
Guillaume LABRUDE : Les surprenantes vertus de l'ignorance : l'enquête au cœur des mondes vidéoludiques de Hidetaka Miyazaki
Maxime CORDELIER : Neutraliser la mort : l'ultime récit d'enquête du XXIe siècle

Soirée
Musique et danse


Dimanche 28 juillet
Matin
Aurélie Lila PALAMA : "L'enquête est finie !". Énigme et aventure dans les romans de Pierre Bottero
Dennis TREDY : Comment séparer le vrai du faux ? L'explosion actuelle des séries documentaires True Crime et l'inter-perméabilité des faits réels et de la fiction

Après-midi
Sébastien BERTRAND : L'énigme impériale. Enquête sur Hirohito, empereur du Japon (1926-1989)
Pierre BAYARD : Introduction à la critique policière

Soirée
Lectures partagées [soirée commune avec le colloque en parallèle "La négation à l'œuvre dans les textes"]


Lundi 29 juillet
Matin
Écrire l'enquête ?, Michèle AUDIN interroge Stéphanie BENSON

Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Michèle AUDIN : Écrire (avec) l'enquête : biographie, histoire, roman ?
Narrateur ou enquêteur ? Détective ou historien ? Histoire ou roman ? Ce sont quelques-unes des questions que je me suis posées pour écrire… certains de mes livres — et dont j'aimerais parler avec les participants du colloque.

Bibliographie
Une vie brève, L'arbalète-Gallimard (2013), Folio 6048.
Cent vingt et un jours, L'arbalète-Gallimard (2014).
Mademoiselle Haas, L'arbalète-Gallimard (2016).
Comme une rivière bleue, L'arbalète-Gallimard (2017).
Oublier Clémence, L'arbalète-Gallimard (2018).

Aurélie BARJONET : À l'ère des non-témoins : les enquêtes des "petits-enfants de la Shoah"
Dans son essai bien connu de 1998, Annette Wieviorka distinguait trois temps pour décrire l'histoire de la mémoire de la Shoah. Le dernier était qualifié d'"ère du témoin". Aujourd'hui, les écrivains qui prennent la plume pour raconter cet événement sont quasi exclusivement des "non-témoins" (non-witnesses, G. Weissman). Bien conscients de représenter une "génération charnière" (hinge generation, D. Mendelsohn), les derniers à pouvoir encore rencontrer des témoins, les écrivains petits-enfants recourent souvent, pour leur narration, à l'enquête, notamment parce que cette forme leur permet d'exposer leur condition de non-témoins. Quand elles sont littéraires, les enquêtes peuvent aller au-delà de cette exposition, voire inclure la recréation pittoresque d'un monde disparu (J. S. Foer, A. Gutfreund), le recours à la poésie (M. Rubinstein) ou encore passer par le dessin et l'humour (J. Dres)… Elles donnent aussi souvent lieu à une réflexion sur le présent et sa violence (F. Humbert), sur l'écriture du passé (D. Mendelsohn, I. Jablonka) et, parfois, à une remise en cause des clichés du discours mémoriel (tels que la réparation du passé, cf. l'enquête de C. Schneck). En effet, l'enquête peut se faire transgressive et dénoncer une imposture (C. Royer) ou alors une gestion bien intentionnée mais défaillante du passé (N. Krug). On se penchera sur de nombreux textes littéraires d'écrivains internationaux, ainsi que sur des romans graphiques, qui figurent un enquêteur à la conquête de son héritage familial, afin de montrer tous les avantages de cette forme. L'on distinguera également des phénomènes d'influence, et de différences, d'un pays à l'autre.

Aurélie Barjonet est maître de conférences en Littérature comparée à l'université de Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines et directrice adjointe du Centre d'Histoire culturelle des sociétés contemporaines. En 2007, elle a soutenu une thèse sur Zola et en 2018 une HDR comportant un inédit intitulé Le Poids et l'attrait des passés non vécus. Les écrivains "petits-enfants de la Shoah" (garante : Catherine Coquio). Depuis 2016, elle co-édite la revue Mémoires en jeu avec Philippe Mesnard et Luba Jurgenson. En juin 2009, elle a coorganisé, avec Cyril Aslanov et Liran Razinsky, le premier colloque international sur "Les Bienveillantes à l'université hébraïque de Jérusalem".
Ouvrages
Aurélie Barjonet et Jean-Sébastien Macke (dir.), Lire Zola au XXIe siècle, Paris, Classiques Garnier, "Colloques de Cerisy - Littérature n°5", 2018, 470 p.
Aurélie Barjonet et Liran Razinsky (dir.), Writing the Holocaust Today : Critical Perspectives on Jonathan Littell's "The Kindly Ones", Amsterdam, Rodopi, Coll. "Faux titre (381)", 2012, 265 p.
Articles (sélection)
"Une troisième génération réparatrice ?", dans Helena Duffy (dir.), French Forum, n° spécial The Holocaust in French Literature 1997-2017, à paraître au printemps 2019.
"Générations d'après, générations relais ?", dans Philippe Mesnard (dir.), La Littérature testimoniale, ses enjeux génériques, SFLGC, collection "Poétiques comparatistes", Lucie éditions, 2017, p. 143-159.
"Le savoir de la troisième génération", Revue des sciences humaines, n°321, Wolfgang Asholt et Ursula Bähler (dir.), Le Savoir historique du roman contemporain, janvier-mars 2016, p. 101-116.
"Déconstruire et reconstruire son héritage pour mieux le revendiquer. Quand les petits-enfants réalisent des documentaires sur leur histoire familiale", Témoigner. Entre Histoire et Mémoire, n°121, 2015, p. 121-134.
"Les petits-enfants : une génération d'écrivains hantée", dans Ivan Jablonka (dir.), L'Enfant-Shoah, PUF, 2014, p. 219-235.

Pierre BAYARD : Introduction à la critique policière
La critique policière vise à mettre en doute ce que racontent les textes littéraires. Ainsi enquête-t-elle sur les dossiers criminels bâclés, sur la vie sexuelle cachée des personnages ou sur les cas mystérieux de disparition. Soupçonneuse de nature et reprenant à la paranoïa ses mécanismes de repérage des indices et de construction du sens, elle offre ainsi un terrain privilégié pour aider, de l'intérieur, à réfléchir sur les fake news et le complotisme.

Bibliographie
Qui a tué Roger Ackroyd ?, Minuit, 1998.
Enquête sur Hamlet, Minuit, 2002.
L'Affaire du chien des Baskerville, Minuit, 2008.
La Vérité sur "Dix petits nègres", Minuit, 2019.

Alban BENOIT-HAMBOURG : Faire parler le témoin et l'indice : Chemins de l'enquête et mécaniques de dévoilement vidéoludiques
L'enquête dans le cadre du jeu vidéo est un terme assez adéquat pour désigner à la fois un type de récit mais aussi ce qui fait le squelette, la nature et la richesse du medium, à savoir la jouabilité ou gameplay. Si le cinéma, les séries télévisées, la bande dessinée, le manga et les films d'animation posent l'investigation comme un défi d'écriture, de mise en scène et de montage avant tout, le jeu vidéo doit faire preuve d'une inventivité qui concerne aussi les dispositions d'intégration du joueur dans le récit (par le choix de l'avatar ou non, par les dispositions du level design) mais surtout dans les mécaniques d'avancée dans la réflexion autour d'un mystère à résoudre. Des jeux plus anciens ont apprécié pour des raisons techniques mais sans doute aussi pour se rapprocher de l'enquête sur des media plus connus du public, de mettre en avant majoritairement la confrontation et la réflexion par le texte. Il s'agissait dès lors surtout d'échanger avec des témoins et d'agir par l'analyse d'informations et leur croisement. Cette dynamique de recherche se trouve réactivée dans des mises en scène très appréciées, des mises en jeu de contextes éloquents : la figure emblématique de Sherlock Holmes, l'univers d'un Howard P. Lovecraft, ou encore le charme élégant du film noir des années 1940-1950. En parallèle, de nouvelles mécaniques de jeu proposent de nouvelles manières d'aborder l'enquête, afin de ravir d'autant plus le joueur qui prend les traits de celui qui va traquer, analyser et révéler. Ainsi pointer-et-cliquer développe la possibilité d'immersion du joueur dans un espace dans lequel il peut naviguer afin de découvrir des objets et indices, et s'en servir au bon moment. Plus récemment, des jeux vidéo peuvent accroître ces possibilités de mise en scène/en jeu. Par exemple, L.A. Noire, qui prend place à Los Angeles en 1947, auprès d'agents de police enquêtant sur des meurtres sauvages de jeunes femmes. Outre le contexte d'action du joueur, clairement reconnaissable dans un héritage cinématographique et littéraire, des outils propres au medium vidéoludique vont ajouter des strates de complexité dans la solution de l'énigme. Ainsi, nous pouvons apprécier un prolongement d'une excitation de notre sagacité et de notre perspicacité par des nouvelles libertés, qui permettent de certes répondre au "qui ?" et au "pourquoi ?" de l'énigme/enquête, mais d'autant plus au "comment ?" par tous les potentiels de réflexion qui nous sont offerts.

Doctorant en histoire de l'art, Alban Benoit-Hambourg est diplômé de deux master de recherche, à l'École du Louvre et à l'université Paris-Diderot. En parallèle de ce début de thèse, consacré à la représentation de la catastrophe dans les arts visuels au XVIIIe et XIXe siècles, il fut l'assistant de conservation du département des jouets au Musée des Arts décoratifs de Paris durant l'année 2017. Au-delà de ses propres intérêts personnels, il a entrepris dès lors de prolonger ses recherches dans le cadre de la culture jeunesse et la culture dite populaire à travers le domaine du jouet et du jeu, le manga ou les séries télévisées.
Corpus indicatif
Under a Killing Moon, développé et édité par Access Software, 1994.
The Last Express, développé par Smoking Car Productions, édité par Broderbund, Interplay, 1997.
Shenmue, développé Sega-AM2, édité par Sega, 2000.
Ace Attorney, développé et édité par Capcom, depuis 2001.
Still Life, développé par Microïds, édité par MC2 France, 2005.
Rule of Rose, développé par Punchline, édité par Sony Computer Entertainment, 2006.
Heavy Rain, développé par Quantic Dream, édité par Sony Computer Entertainment, 2010.
L.A. Noire, développé par Team Bondi, édité par Rockstar Games, 2011.
The Vanishing of Ethan Carter, développé par The Astronauts, édité par Nordic Games, 2014.
Her Story, développé et édité par Sam Barlow, 2015.
Silent Hill, développé et édité par Konami, 1999-2012.
Les Aventures de Sherlock Holmes, série de jeux vidéo développée par Frogwares, différents éditeurs, 2002-2018.
Call of Cthulhu : The Official Video Game, développé par Cyanide Studio, édité par Focus Home Interactive, 2018.

Stéphanie BENSON : Tip Tongue : Enquêter pour apprendre
Depuis la naissance de la littérature de jeunesse proprement dite, au début du vingtième siècle, la structure de l'enquête a été souvent adoptée comme forme de prédilection (Enid Blyton). La narration devient alors un mystère à éclaircir ou un crime à résoudre où l'enquête diégétique épouse l'enquête menée par le lecteur pour déchiffrer et comprendre les enjeux. Tandis que le personnage mène l'enquête dans l'histoire, le lecteur émet ses propres hypothèses et apprend, de manière plus ou moins passive, des éléments de structure linguistique et de vocabulaire. Lorsque le projet de recherche qui a abouti à la création de la collection Tip Tongue (Éditions Syros) pour lire en langue étrangère était en phase d'élaboration, il a semblé logique de reprendre la structure de l'enquête afin de promouvoir le travail d'apprentissage du lecteur en langue étrangère. En travaillant la notion d'enquête de manière consciente, l'auteur du roman Tip Tongue engage le lecteur dans un travail d'hypothèse et de vérification de résultat pour résoudre non seulement un mystère diégétique mais également le fonctionnement de la langue étrangère.

Stéphanie Benson est Maître de conférences en anglais et didactique et écrivain, directrice depuis 2014 de la collection Tip Tongue aux Éditions Syros qui prend appui sur la structure de l'enquête en littérature jeunesse pour introduire progressivement dans la narration des romans, la langue étrangère.
http://www.stephaniebenson.org/

Sébastien BERTRAND : L'énigme impériale. Enquête sur Hirohito, empereur du Japon (1926-1989)
L'une des figures historiques les plus emblématiques du XXe siècle constitue encore aujourd'hui un objet de fascination et de controverses. Au cours de son long règne, l'empereur Hirohito a vu son pays concentrer toutes les aventures d'un siècle d'excès : expansionnisme militariste, guerre mondiale, occupation étrangère, renaissance politique, "miracle économique" et conquête des marchés mondiaux. Souverain divin, "sacré et inviolable" à son avènement, Hirohito a accompagné ces mutations et semble même les incarner : depuis 1946, il n'est officiellement qu'un monarque aux pouvoirs limités, "symbole de l'État et de l'unité du peuple". Ce parcours et ce statut uniques dans l'histoire contemporaine en font apparemment un sujet de choix pour l'historien, dont la vocation première, à suivre Hérodote, serait d'enquêter. Mais les investigations sur Hirohito se heurtent à des difficultés inédites parmi les grands acteurs du XXe siècle : contextualisation complexe, spécificité culturelle, sources et témoignages contradictoires, découvertes régulières remettant en cause les précédentes, caractère impénétrable du système impérial japonais, etc. Sortir des enquêtes à charge ou à décharge semble difficile et arriver à des conclusions définitives, presque impossible. Après avoir présenté brièvement l'empereur Hirohito et les interrogations qu'il suscite pour les historiens, l'intervention mettra en lumière les différentes méthodes d'enquête, les difficultés rencontrées et, ainsi, le caractère résolument énigmatique du monarque dont l'empreinte historique est plus que jamais d'actualité, à l'heure où son petit-fils monte sur le trône du chrysanthème.

Sébastien Bertrand, professeur agrégé et docteur en histoire contemporaine, enseigne en Classes Préparatoires aux Grandes Écoles aux Lycées Janson de Sailly (Paris XVIe) et Chaptal (Paris VIIIe). Ses travaux portent sur l'Asie orientale (Japon, Corée du Sud, monde chinois) et sur l'inscription des cultures de jeunesse dans l'histoire contemporaine. Il a participé à quatre colloques de Cerisy : "Walt Disney" (2011), "Littérature et culture de jeunesse : configuration des mœurs" (2013), "Secrets, complots, conspirations" (2016), "Les superhéros" (2018).
Publication
"Adolescence et mythologie : Saint Seiya, manga et anime éducatifs", in C. Chelebourg et F. Marcoin (dir.), Civiliser la jeunesse, Les Cahiers Robinson, n°38, Artois Presses Université, 2015.

Pierre-Frédéric CHARPENTIER : À la recherche de Valentin Feldman, locuteur inconnu d'un mot célèbre
Juif, communiste et résistant, le philosophe Valentin Feldman est mort fusillé le 27 juillet 1942 au mont Valérien, en lançant aux soldats du peloton d'exécution ce qui serait considéré comme le mot le plus célèbre de l'histoire de la Résistance : "Imbéciles, c'est pour vous que je meurs !…". Or, des décennies durant, ces huit mots constituèrent la seule trace de l'homme qui les avait prononcés. De là, l'idée (et le défi) de partir à la recherche de ce jeune fantôme, qui avait pourtant côtoyé de son vivant d'illustres contemporains ayant pour noms Claude Lévi-Strauss, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Victor Basch ou encore Gaston Bachelard. Longue et incertaine, cette quête devait emprunter plusieurs voies, celle des livres et celle des archives, mais également celle de la mémoire vive. Avec, à la clé des découvertes parfois inattendues — dont certaines menacèrent jusqu'à la viabilité même de l'entreprise… L'œuvre de Valentin Feldman se réduit à un bref essai didactique, L'Esthétique française contemporaine (Félix Alcan, 1936), tandis que l'on peut parcourir ses articles donnés à la Revue de synthèse sur bnf-gallica. Il fallut attendre sept décennies pour découvrir son Journal de guerre (1940-1941) (Farrago, 2006). Évoqué par de nombreux auteurs, le philosophe a aussi inspiré au cinéaste Jean-Luc Godard le sujet d'un court métrage, Le Dernier Mot (1988).

Pierre-Frédéric Charpentier enseigne dans le secondaire, ainsi qu'à l'université et à Sciences Po Toulouse. Chercheur en histoire, il consacre ses travaux à la Ve République (Le Troisième Homme. Histoire des grands perdants de l'élection présidentielle, 2017), ou à la musique populaire (Rock The Casbah. Le son de The Clash, 2015), mais surtout à l'histoire des idées (La Drôle de guerre des intellectuels français, 2008, puis Les Intellectuels français et la guerre d'Espagne, 2019).

Christian CHELEBOURG : La maïeutique de l'enquête à l'épreuve du surnaturel
On s'est habitué à ce que l'enquête serve à résoudre des énigmes. Le genre policier a très certainement contribué au prestige de ce dispositif narratif. Rien ne garantit néanmoins que la vérité soit au bout de l'enquête, pas plus que la victoire au bout du fusil. Nous nous attacherons à montrer que le récit inquisiteur est avant tout une rhétorique qui produit une conviction de vérité. C'est à ce titre qu'il est utilisé dans une série comme Ancient Aliens (2010-) et dans maints documentaires pseudo-historiques, tels ceux qui prolifèrent sur National Geographic. C'est à ce titre que Lee Strobel l'utilise pour "prouver" la Résurrection dans son récit apostolique The Case for Christ : A Journalist's Personal Investigation of the Evidence for Jesus (1998), adapté par Jon Gunn en 2018. Dans l'articulation maïeutique de la déduction et de l'induction, l'enquête est déductive, et comme telle elle subordonne l'observation aux hypothèses de l'enquêteur. La science, elle, exige le complément de la démarche inductive. La démarche intellectuelle inhérente à l'enquête et à son récit est moins démonstrative qu'auto-persuasive.

Maxime CORDELIER : Neutraliser la mort : l'ultime récit d'enquête du XXIe siècle
"La mort est une maladie, comme toutes les autres. On doit en guérir" dit le scientifique Tommy Creo après avoir échoué à éradiquer le cancer de sa défunte femme dans le film The Foutain de Darren Aronofsky. Alors que le courant transhumaniste offre à l'humanité l'espoir de transcender ses limites naturelles par les nanotechnologies et la cyborgisation, la perspective d'assister dans un avenir plus ou moins proche à la "mort de la mort", comme le formulerait volontiers le docteur Laurent Alexandre, paraît de moins en moins incongrue et, plus que jamais, un glissement s'opère dans la représentation que le monde occidental se fait de la mort et de son inéluctabilité. Avec l'affirmation de ce que Michel Foucault appelait les "biopouvoirs", la mort est devenue affaire d’État, santé et sécurité s'entremêlant. Si selon Georges Balandier "chaque société repose sur un pari d'immortalité", les dispositifs prolongeant l'espérance de vie médicalisent la mort qui de fait change de visage, si bien qu'aujourd'hui, d'après Louis-Vincent Thomas, "on ne meurt plus, on meurt seulement de quelque chose". Mobilisant désormais bien plus de médecins que de prêtres, la mort, autrefois prolongement de la vie, événement auquel le collectif se préparait, est devenu le strict contraire de la vie, une agression injuste envers l'individualité de chacun : "Déconstruite et désymbolisée, la mort est devenue une affaire strictement individuelle et se décline sous forme de droit, et même de choix" souligne la sociologue Céline Lafontaine dans La Société Post-Mortelle. La quête d'immortalité est donc désormais entre les mains de professionnels des technosciences qui, financés par de grandes institutions de notre monde contemporain tels la NASA ou Google, mènent avec acharnement une enquête les menant aux racines du mal : sénescence des cellules, dysfonctionnement du corps humain, reproduction et perpétuation de l'espèce… Médicalisée et technicisée, soumise aux process de la recherche scientifique, la quête d'immortalité s'apparente davantage à une enquête, avec ce qu'elle comporte comme tâtonnements, fausses pistes, macabres découvertes, sérendipité, et accompagnée bien entendu de cette conviction d'agir en faveur du bien commun et de la justice. Ces nouveaux enjeux de nos civilisations inspirent les cultures populaires qui, à travers de nombreux récits d'(en)quêtes vers l'immortalité, nous offrent, de par leur dimension prospective, beaucoup d'indices quant à l'émergence de nouveaux socles ontologiques sur lesquels l'individu contemporain repose ou peut être susceptible de reposer.

Laurent DEMANZE : Un nouvel âge de l'enquête : formes et imaginaires contemporains
L'"âge de l'enquête" : c'est la formule d'Émile Zola qui décrit là un XIXe siècle emporté par une fièvre d'investigations et de déchiffrements. Une formule d'actualité au XXIe siècle, au moment où s'ouvre un nouvel âge de l'enquête : les écrivains contemporains investissent à nouveaux frais le terrain social, à la croisée du reportage, des sciences sociales et du roman noir. C'est cette passion renouvelée du réel que je voudrais saisir ici, à travers les gestes de l'enquête. S'étonner, explorer, collecter, restituer, poursuivre, suspendre: cette liste ouverte d'opérations concrètes, de pratiques et d'expérimentations dessine le cheminement même de l'enquête. Elle dessine également les moments d'une dynamique, inlassable et inachevable, qu'empruntent aujourd'hui les écrivains pour élucider, nommer et raconter l'épaisseur du monde, en donnant voix aux vies silencieuses. Cette obsession de l'enquête, je la traque à mon tour depuis le XIXe siècle jusqu'à aujourd'hui, dans une littérature qui s'invente aux franges des disciplines — d'Emmanuel Carrère à Jean Rolin, d'Ivan Jablonka à Hélène Gaudy, d'Emmanuelle Pireyre à Patrick Modiano, de Philippe Artières à Kamel Daoud, de Philippe Vasset à Svetlana Alexievitch.

Laurent Demanze est professeur à l'université Grenoble Alpes. Ses travaux portent sur la littérature contemporaine à laquelle il a consacré de nombreux articles dans Critique, Les Temps modernes, Europe ou Études françaises. Il dirige la collection "Écritures contemporaines" aux éditions Garnier et a coordonné de nombreux collectifs, consacrés entre autres à Emmanuel Carrère, Pierre Michon ou Pierre Senges.
Publications
Encres orphelines : Pierre Bergounioux, Gérard Macé et Pierre Michon, José Corti, 2008.
Gérard Macé : l'invention de la mémoire, José Corti, 2009.
Les Fictions encyclopédiques de Gustave Flaubert à Pierre Senges, José Corti, 2015.
Un nouvel âge de l'enquête, José Corti, mai 2019.

Simone GROSSMAN : L'écrivain : inquisiteur ou coupable ? Portrait-type du criminel dans deux fictions de Pierre Lasry
Pierre Lasry, écrivain et cinéaste montréalais d'origine judéo-marocaine, met en scène des personnages juifs accusés de meurtre qui mènent l'enquête, mués en détectives pour trouver le vrai coupable et prouver leur innocence. Dans Don Juan et les moulins à vents (2008), un journaliste est soupçonné d'avoir tué une convertie. Dans L'homme qui n'avait rien à dire (2011), un écrivain est accusé de l'assassinat d'une jeune Québécoise. Toutefois le vrai mystère sur la mise en accusation d'innocents demeure irrésolu. L'enquête aboutit au vrai coupable, à savoir la culture du bouc émissaire légitimant la mise en accusation abusive des catégories sociales vulnérables, Juifs, Noirs, marginaux et autres. L'enquêteur, lui-même bouc émissaire, se fait le porte-parole des boucs émissaires de tous lieux et époques, par delà le Québec d'aujourd’hui où se situent les actions des romans de Lasry.

Simone Grossman est professeure de littérature française et québécoise à l'université Bar Ilan. La littérature québécoise contemporaine est son principal domaine de recherche. Elle a publié de nombreux articles sur la littérature contemporaine du Québec. Elle s'intéresse tout particulièrement aux écrivains juifs de Montréal.
Publications récentes
"Transculture et judéite dans Don Juan et les moulins à vent de Pierre Lasry", Canadian Jewish Studies, vol. 25, 2017, p.79-92.
"Lieu du crime : l'atelier du peintre", Vertu des contraires. Art, artiste, société (Patrick Lhot, Sous la dir.), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2018, p.247-258.
"La photographie, rituel de la post-mémoire", revue-textimage.com, automne 2018.
"Des marranes au Québec ? Tensions identitaires et judéité dans Une Juive en Nouvelle-France de Pierre Lasry", Québec Studies, n°66, décembre 2018, p.121-136.

Lauric GUILLAUD : Du gothique au néo-gothique, de la métaphysique à l'ésotérisme : continuité et ruptures des modalités de l'enquête dans le roman policier contemporain
Les prolongements du gothique se font sentir au XIXe siècle et même au-delà. Par sa tendance à l'hybridité générique, le gothique ouvre sur d'autres genres comme le roman policier. Le vertige de la norme physique s'y confond avec celui du psychisme, les protagonistes subissant métamorphoses ou transferts. La notion même d'identité est questionnée dans ce jeu obscur de dédoublement qui sape les fondements de l'ontologie (Martin Faber : The Story of a Criminal de William Gilmore Simms). Les premières enquêtes de la littérature policière mêlent investigations policières, analyses psychiques et éléments irrationnels. Ce syncrétisme générique apparaîtra plus tard avec l'émergence des "détectives de l'étrange", l'enquête conventionnelle étant parasitée par un irrationnel typique de la fin du XIXe siècle. Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour assister à la naissance du "polar ésotérique", qui réhabilite le fantastique et l'occultisme en confrontant les détectives au "retour des morts". Il s'agira ainsi d'étudier les modalités actuelles de l'enquête dans le roman "ésotérique", héritées de celles du gothique, aussi bien du point de vue narratif que thématique (quête / enquête).

Lauric Guillaud, professeur émérite de littérature et de civilisation américaines à l'université d'Angers, ancien directeur du CERLI, a publié nombre d'articles sur l'imaginaire anglo-saxon : les mondes perdus, les mythes américains, le gothique, le fantastique, les détectives de l’étrange, etc.
Principales publications
Lovecraft : une approche généalogique. De l'horreur au sacré, ODS, 2017.
Le polar ésotérique, sources, thèmes, interprétations (avec Philippe Marlin), ODS, 2016.
Le retour des morts. Imaginaire, science, verticalité, Éd. Rouge Profond, 2010.
La Terreur et le sacré : la nuit gothique américaine, Éd. Michel Houdiard, 2007.
Codirection d'ouvrages
Persistances gothiques dans la littérature et les arts de l'image, Colloque de Cerisy, Éd. Bragelonne, 2012.
Les détectives de l'étrange. Tome I : Domaine anglo-saxon, Colloque de Cerisy, Éd. Le Manuscrit, 2007.
Les détectives de l'étrange. Tome II : Domaine francophone et expansions diverses, Colloque de Cerisy, Éd. Le Manuscrit, 2007.

Caroline KLENSCH : Once Upon A Time : enquête au pays des contes de fées
La série américaine Once Upon A Time (2011-2018) réalisée par Edward Kitsis et Adam Horowitz pour ABC plonge le spectateur dans un petit village peuplé de personnages féeriques ayant oublié leur identité. Les sept saisons mettent en scène la quête identitaire, la découverte des héros et de leurs exploits, les mauvais sorts, vacillant entre le monde réel et le pays des contes. Le personnage du shérif se présente comme fil rouge à travers tous les périples, rassemblant les habitants de Storybrooke et dévoilant les secrets qui les entourent. Loin de se limiter à arrêter les "méchants", il guide plutôt la quête identitaire, le retour aux origines, l'acceptation de ses forces et faiblesses. Cette communication aura pour objectif d'interroger la figure du shérif comme démiurge et passeur, permettant d'établir le lien entre la fiction réaliste et l'imaginaire. De plus, elle s'intéressera à la dynamique de l'enquête comme moteur narratologique, réactivé de saison en saison. La quête identitaire, nécessaire par amnésie ou négation, est un autre leitmotiv symptomatique de ce XXIe siècle en quête de repères. Les contes figurent ainsi comme héritage rassurant, mais en besoin de renouvellement afin de pouvoir encore trouver leur place dans le paysage télévisuel actuel.

Guillaume LABRUDE : Les surprenantes vertus de l'ignorance : l'enquête au cœur des mondes vidéoludiques de Hidetaka Miyazaki
Depuis les années 1980 et la démocratisation du scénario au sein de la sphère vidéoludique, les jeux vidéo ont souvent proposé aux joueurs d'explorer des mondes créés de toutes pièces afin de comprendre leurs mécaniques et de s'en servir pour progresser en leur sein et ainsi dévoiler leurs secrets. Avec la trilogie Dark Souls et Bloodborne, le studio japonais From Software, sous la direction de Hidetaka Miyazaki, s'est donné pour signature de catapulter le public dans des mondes hostiles dont il ignore tout et dont il ne saura rien s'il se contente de suivre de manière linéaire la trame principale. En troquant son rôle de combattant pour celui d'explorateur, le joueur s'ouvre ainsi à la découverte d'une histoire qu'il ne connait pas et que l'œuvre ne lui propose pas frontalement de découvrir. Analyser des éléments de décors, des lignes de dialogues avec des personnages cachés dans les recoins les plus difficiles d'accès du monde dans lequel il évolue, des artéfacts disséminés çà et là sans aucune indication pour les trouver : les mondes vidéoludiques de Miyazaki sont un appel à l'enquête non pas pour finir le jeu de façon basique mais bien pour comprendre les origines de sa diégèse. Ainsi les productions From Software mettent-elles en avant un véritable questionnement : l'enquête n'est-elle pas, au fond, la véritable méthode narrative pour comprendre un monde vidéoludique ?

Guillaume Labrude termine sa thèse sur les représentations de la famille dans Batman et ses adaptations depuis 1939 sous la direction de Christian Chelebourg. Depuis 2016, il participe aux colloques de Cerisy sur l'imaginaire. Il a déjà communiqué sur les œuvres de Hidetaka Miyazaki : à l'université de Québec à Montréal avec Dark Souls et l'obscur cheminement vers le mythe : Nostalgie de l'Enfer, syncrétisme, hiérophanie et mise en scène ainsi qu'à Nancy lors du colloque H.P Lovecraft avec Remédiatisation de l'essence lovecraftienne : narration cognitive, affective et psychomotrice dans Bloodborne de Hidetaka Miyazaki. Il est également illustrateur et auteur de bandes dessinées pour la revue Fantasy Arts and Studies.

Cécile LEGUY : Raconter l'enquête ethnographique aujourd'hui
Si c'est par souci de scientificité que les anthropologues-ethnologues du début du XXe siècle se refusaient à mêler le récit de leurs enquêtes au compte rendu de leurs travaux, préférant raconter leurs aventures dans un ouvrage plus littéraire publié en parallèle, c'est aussi pour garantir à leurs recherches la rigueur et la justesse scientifique qu'aujourd’hui, les chercheurs empruntent une démarche réflexive les conduisant à expliciter les conditions dans lesquelles ils ont recueilli leurs données et mené leurs analyses. Cependant, que raconte-t-on vraiment d'une enquête ethnographique ? Le travail du chercheur sur le terrain ne se limite pas à observer des faits ou relever des anecdotes : pour mener une véritable enquête, il doit apprendre à interpréter des indices et utilise pour cela non seulement ses capacités d'analyse, mais aussi cette sorte d'intuition permise par la situation d'immersion qui met en scène l'ensemble du corps et ses différents langages et mène à des raisonnements qui relèvent le plus souvent de l'abduction, au sens peircien du terme. Ainsi, raconter l'enquête pour un ethnologue du XXIe siècle, ne serait pas seulement exposer la manière dont on a obtenu ses données mais bien plutôt relater ses propres cheminements cognitifs et corporels dans un contexte culturel et linguistique dont on a tout à apprendre.

Cécile Leguy est professeur d'anthropologie linguistique à l'université Sorbonne Nouvelle et mène ses recherches au sein du CNRS-Lacito (Langues et civilisations à tradition orale). Ses enquêtes ethnographiques portent sur les modalités de la communication et les arts de la parole en Afrique de l'Ouest. Elle est co-rédactrice en chef des Cahiers de Littérature Orale.

Béatrice LEHALLE : Carré 35 : enquête et secrets de famille sous le regard du psychanalyste
Carré 35, documentaire d'Éric Caravaca sorti en 2017, se présente comme un "film-enquête" sur un secret de famille. Différents thèmes s'y articulent autour de l'oubli et de la mémoire, de l'histoire intime en lien avec l'Histoire de l'exil et de la décolonisation. Notre regard de psychanalyste prendra en considération ces diverses strates, la tension entre temporalité historique et psychique, et la question de la représentation. Nous aborderons l'utilisation du documentaire en tant qu'outil d'enquête pour la levée des secrets de famille et la place qu'y figure le spectateur.

Psychiatre et psychanalyste (membre de la Société psychanalytique de Paris), Béatrice Lehalle s'est régulièrement intéressée à l'articulation entre l'art, l'écriture et la psychanalyse.
Publications
"Synthèse méthodologique de l'approche psychanalytique des arts plastiques", in Psychanalyse des arts de l'image, Colloque de Cerisy, Éditions Clancier-Guénaud, 1981 (réédition Hermann Éditeurs, 2012).
"Sérendipité et psychanalyse", in La Sérendipité. Le hasard heureux, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2011.
"Ouvertures et résonances psychanalytiques actuelles de l'œuvre de Sylvie Germain", L'univers de Sylvie Germain, Colloque de Cerisy, PU de Caen, 2008.
"Sublimation et crise du milieu de la vie", Revue Française de Psychanalyse, 2005/5.
"Une psychanalyste en crèche : quel cadre ? quel processus ?", RFP, 2011/4.
"L'animal dans le Terrier de Kafka, ou l'ultime combat contre la mort", RFP, 2011/1.
"La Tombe du Plongeur. Une étude du crime dans L'Étranger de Camus", RFP, 2012/4.
Bibliographie
Œuvres complètes de Freud, PUF.
L'écorce et le noyau (N. Abraham et M. Torok), Flammarion.
La transmission psychique inconsciente (A. Ciccone), Dunod.
Les visiteurs du Moi (A. de Mijolla), Les Belles lettres.
Secrets de famille (S. Tisseron), Que sais-je ?
"Du secret", Nouvelle Revue de Psychanalyse, n°14, 1976.

Danièle MÉAUX : Enquêtes photographiques
Nombreux sont les photographes contemporains qui mettent en scène — dans des livres ou des installations — les enquêtes qu'ils ont menées sur le terrain. Loin d'une simple restitution des apparences, leurs œuvres donnent à partager une expérience tendue dans un effort de compréhension du monde; elles combinent éléments de documentation, interviews, récits de vie, images, croquis, prélèvements variés… s'articulant en une syntaxe élaborée, afin de conduire le spectateur à s'interroger lui-même sur le pan de réalité questionné. Ce sont plus précisément les dispositifs élaborés par ces photographes qui seront ici pris en considération : ils se présentent tout à la fois comme une forme renouvelée de mise en intrigue de l'enquête qui a été menée et comme une machinerie sophistiquée susceptible de mobiliser la curiosité du spectateur.

Spécialiste de la photographie contemporaine, Danièle Méaux est professeur des universités en esthétique et sciences de l'art.
Publications
La Photographie et le temps, PUP, 1997.
Voyages de photographes, PUSE, 2009.
Géo-photographies. Une approche renouvelée du territoire, Filigranes, 2015.
Enquêtes. Nouvelles formes de photographie documentaire, Filigranes, mars 2019.
Elle dirige la revue Focales [www.focales.eu].

Gilles MENEGALDO : Modalités d'une enquête déconstruite : jeux narratifs et temporels et réflexivité dans Usual Suspects (Bryan Singer, 1995), The Ninth Gate (Roman Polanski, 1999) et Curse of the Jade Scorpion (Woody Allen, 2001)
La forme de l'enquête a depuis longtemps été associée à différents genres littéraires, et pas seulement à la littérature policière. Nombreux sont les enquêteurs/enquêtrices dans le roman gothique anglais. Bien des récits fantastiques classiques et modernes ont recours à une structure d'enquête. Les Trois Imposteurs de Arthur Machen tout comme les contes de Sheridan le Fanu ou ceux de M. R James comportent un personnage d'enquêteur. Plusieurs récits de Lovecraft ("L'Appel de Cthulhu" par exemple) adoptent aussi ce dispositif narratif que l'on retrouve dans divers "polars ésotériques" contemporains. Au cinéma, nombreux sont les films, documentaires ou fiction, qui adoptent cette forme. Il s'agira ici d'analyser trois films appartenant à des genres différents et croisant aussi divers genres. Usual Suspects appartient clairement au genre policier, mais il subvertit les codes du film noir et propose une déconstruction jubilatoire de la forme de l'enquête, et du personnage de l'enquêteur qui à l'instar du spectateur est totalement manipulé par le narrateur criminel. The Ninth Gate adapte un roman de Perez-Reverte et associe étroitement les conventions du genre policier et celle du récit fantastique, proposant une intrigue complexe et de multiples fausses pistes pour le héros détective. Enfin, dans Curse of the Jade Scorpion, Woody Allen associe les codes du film noir et de la comédie romantique et le dispositif de l'enquête est largement subverti par ce mélange des genres. Ces trois films adoptent une posture clairement réflexive et comportent aussi une dimension de parodie et de pastiche.

Jean-Paul MEYER : Enquête du fils, récit du père dans Maus, d'Art Spiegelman : le témoignage et son recueil en embrayage iconotextuel
Maus, on le sait, est un roman graphique écrit et dessiné par Art Spiegelman, qui raconte les entretiens de l'auteur avec son père, Vladek, dans les derniers mois de sa vie. Partant des témoignages du vieil homme, survivant des camps d'extermination, l'œuvre raconte en textes et images la jeunesse de Vladek, son mariage avec Anja, puis la guerre et les camps. À travers le récit, c'est la destinée de la communauté juive qui est retracée, face à la montée du nazisme et à la shoah.
L'une des particularités de Maus est qu'il raconte deux histoires à la fois : celle d'Artie rendant visite à son père, celle du père se remémorant sa vie. Dans la BD, l'enchâssement des deux récits, typique des narrations de seconde main, prend un tour inhabituel. Le texte et l'image, embrayés ou non sur les deux plans de l'énonciation, produisent sur le récit du père un effet de perspective, au propre comme au figuré. Dans Maus, ce n’est pas seulement la parole de Vladek qui est mise en images, c'est tout le dispositif de captation et de réception de cette parole qui est mis en scène.

Bibliographie
Bardizbanian, A., 2015, "De la médiation à la médiatisation du témoignage : formes du trauma et de sa transmission dans Maus d'Art Spiegelman", Sillages critiques, n°19.
Haudot, J., 2009, "Bande dessinée et témoignage : la mise en récit de la Shoah", Hermès, n°54, 155-160.
Heinich, N., 1998, "Le témoignage, entre autobiographie et roman : la place de la fiction dans les récits de déportation", Mots, n°56, 33-49.
McGlothlin, E., 2003, "No Time like the Present : Narrative and Time in Art Spiegelman's Maus", Narrative, n°11 (2), 177-198.
Ribière, M., 2001, "Maus. A Survivor’s Tale by Art Spiegelman : a second-hand narrative in comic-book form", in Ribière M. & Baetens, J. (dir.), Time, Narrative and the Fixed Image / Temps, narration et image fixe (p. 131-143), Amsterdam/Atlanta, Rodopi.

Jean-Paul Meyer est enseignant-chercheur à l'université de Strasbourg, où il enseigne la linguistique et la didactique du français. Ses travaux portent sur les formes et les domaines de la littéracie, notamment la littéracie visuelle. Il a publié sur les relations texte-image dans la bande dessinée, le roman illustré, l'image didactique, etc. Depuis quelque temps, il se consacre plus spécialement à la question des adaptations d'œuvres littéraires en bande dessinée, qu'il étudie dans une perspective sémantique et sémiotique.
Cinq articles récents de Jean-Paul Meyer (autour du thème)
Meyer, J.-P., "Diffraction de l'image narrative : Sherlock Holmes dans le vitrail", in Machinal, H., Menegaldo, G., Naugrette, J.-P. (dir.), Sherlock Holmes, un nouveau limier pour le XXIe siècle, PU de Rennes, 2016, Colloque de Cerisy, 273-287.
Arena, D. B., Arena-Pastorello, A., Meyer J.-P., "Gestes pour écrire et lire à l'heure des appareils numériques", Revue de Recherches en Littératie Médiatique Multimodale, vol. 3, 2016 [en ligne].
Meyer, J.-P., "Les aventures de Blueberry en BD : Une sémiographie du western", in Menegaldo, G., Guillaud, L. (dir.), Le western et les mythes de l'Ouest, PU de Rennes, 2015, Colloque de Cerisy, 532-546.
Meyer, J.-P., "Aspects idéographiques de l'écriture enfantine. L'empreinte du corps dans le signifiant graphique", in Abel, F., Delbraccio, M., Petit, M. (dir.), Écriture(s) et psychanalyse : quels récits ?, Hermann Éditeurs, 2015, Colloque de Cerisy, 79-96.
Meyer, J.-P., "Pour une littéracie visuelle", Spirale, n°53, 2014, 133-144 [en ligne].

Dominique MEYER-BOLZINGER : Raconter l'enquête : un art du portrait
Que s'est-il passé entre la naissance du roman policier à la fin du XIXe siècle et ce début de XXIe où l'on constate l'omniprésence du récit d'enquête ? La diffusion du récit d'enquête hors du roman policier est liée aux transformations du genre et à sa progressive légitimation, dans lesquelles Simenon et Modiano jouent un rôle qu'il faut souligner. Ce transfert de la structure narrative de l'enquête, qui permet l'inscription de la narration dans le récit, provoque aussi une mutation du récit d'enquête, récit d'intrigue s'il en est, en art du portrait, en équilibre parfois instable entre unification et fragmentation.

Corpus provisoire
Artières Philippe, Vie et mort de Paul Gény, 2013.
Audin Michèle, Une vie brève, 2013.
Boltanski Christophe, Le Guetteur, 2018.
Bosc Adrien, Constellation, 2014.
Modiano Patrick, Rue des Boutiques Obscures, 1978.
Modiano Patrick, Dora Bruder, 1997.
Simenon Georges, Maigret et la jeune morte, 1954.

Dominique Meyer-Bolzinger est maîtresse de conférences à l'université de Haute-Alsace (Mulhouse). Spécialiste de l'enquête, elle s'intéresse tout particulièrement aux méthodes d'investigation fictive, à l'imaginaire de l'enquête et aux transferts du roman policier vers la littérature. Elle est l'auteure de plusieurs articles sur ces questions, en particulier sur les traces du roman policier dans l'œuvre de Patrick Modiano.
Publications
Meyer-Bolzinger Dominique, "Scène et piste : spatialité du récit d'enquête", in Y. Calbérac, R. Ludot-Vlasak, Textualités et spatialités, Savoirs en prisme, n°8, 2018 [en ligne].
Meyer-Bolzinger Dominique, "Raconter l'enquête / raconter l'histoire : la scène finale des romans policiers", in Dialogues Mulhousiens, n°3, Intervention(s), Journées Doctorales des Humanités 2018, sous la direction d'Inkar Kuramayeva et Régine Battiston, janvier 2019, p. 217-225 [en ligne].
Meyer-Bolzinger Dominique, La méthode de Sherlock Holmes, de la clinique à la critique, Campagne Première, 2012.
Meyer-Bolzinger Dominique, "L'écriture policière de Modiano, ou l'enquête en suspens", in Gilles Menegaldo, Maryse Petit (dir.), Manières de noir. La fiction policière contemporaine, Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 265-277.
Meyer-Bolzinger, Dominique, "Investigation et remémoration : l'inabouti de l'enquête chez Patrick Modiano", in C. Reggiani, B. Magné (dir.), Écrire l'énigme, Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2007, p. 231-239.

Aurélie Lila PALAMA : "L'enquête est finie !". Énigme et aventure dans les romans de Pierre Bottero
L'enquête, dans les romans de Pierre Bottero, apparaît comme un marqueur générique du réalisme. Elle apparaît dans les romans du quotidien plus que dans les œuvres de fantasy ; mais c'est surtout dans les fictions mixtes, celles qui jouent sur l'articulation du naturel et du surnaturel, qu'elle prend tout son sens. Si l'on n'apprend guère à quel moment commencent les enquêtes qui s'y trouvent mentionnées, leur fin marque le basculement des héros dans l'aventure et s'accompagne pour eux d'une prise de conscience de leur singularité, de leur mission. À la phase d'enquête, parsemée de simples mésaventures, succèdent la quête et l'aventure véritable, impliquant un risque de mort, conformément à la définition de Jean-Yves Tadié. L'enquête, dans ce contexte, apparaît comme une forme dévaluée de l'aventure, un genre frappé au sceau de la clôture, incompatible avec l'imaginaire ouvert d'un auteur toujours enclin à ouvrir de nouvelles portes sur de nouveaux mondes de fiction.

Maryse PETIT : La dissolution du policier (romans de Sandrine Collette, Hervé Le Corre, Frank Bouysse)
Des auteurs contemporains français sont publiés, chroniqués, commentés sous la catégorie désormais reconnue de "polar". De leurs romans, le lecteur attend la découverte, puis la résolution d'un (ou de plusieurs) crime(s), au long d'un parcours semé d'indices, de suppositions, de pistes, vraies ou fausses, guidé par la figure tutélaire d'un enquêteur, qui, policier ou pas, s'empare de la posture et de l'affaire et est en responsabilité de la mener à bien. Tel est le schéma de base de l'"enquête", qu'elle soit menée dans un milieu policier, médical, journalistique, et décrite dans une publication journalistique, romanesque ou policière. Pourtant, certains auteurs de "polars" semblent désormais s'écarter de ce schéma, en en brouillant les lignes : rôles traditionnels (victime, coupable, entourage touché…) disséminés entre plusieurs personnages, absence d'enquêteur, crime longtemps inconnu, résolution tronquée… Le devenir de la structure d'enquête, largement répandue désormais dans d'autres genres littéraires, serait-il justement de disparaître de son terrain d'origine ? Ou d'évoluer de telle sorte que se pose la question de l'identification : qu'est-ce qui ferait alors la spécificité du polar comme genre ?

Maryse Petit, maître de conférences honoraire de l'université de Lille, membre associé du laboratoire Cecille, a depuis quelques années centré son travail de recherche sur le statut et les codes du roman policier. Elle a, à cet égard, co-dirigé deux colloques de Cerisy : La fiction policière aujourd'hui (2007) et Le goût du noir (2013).

Dennis TREDY : Comment séparer le vrai du faux ? L'explosion actuelle des séries documentaires True Crime et l'inter-perméabilité des faits réels et de la fiction
La fascination du public anglo-saxon pour les "vrais" témoignages de criminels et pour l'exposition détaillée des crimes les plus crapuleux ne date pas d'hier. On peut citer le succès des "rogue biographies" au début du XVIIIe siècle, phénomène ayant engendré les premiers romans en anglais, ou bien l'attrait des "penny dreadfuls" à la fin du XIXe siècle. Cela dit, le roman true crime tel qu'on l'entend aujourd'hui a percé il y a 50 ans aux États-Unis, notamment avec De sang froid de Truman Capote (1966) et surtout avec Helter Skelter de Vincent Bugliosi (1974), ce dernier étant lui-même le procureur dans le procès de Charles Manson, sujet du récit. À la télévision, par contre, les docu-séries racontant de vrais crimes et réelles enquêtes n'avaient pas trop la côte auprès des téléspectateurs, n'étant presque exclusivement que des émissions bon marché et d'un sensationnalisme grossier, reléguées à de petites chaînes dédiées et à une diffusion en heures creuses sur les autres chaînes. Comment expliquer alors la véritable explosion actuelle des séries true crime, certaines de grande qualité, à la télévision américaine, avec par exemple la diffusion de plus d'une trentaine de docu-séries criminelles différentes en 2018 ? Une explosion de true crime déclenchée vraisemblablement en 2015 par le succès inattendu de Making a Murderer, une docu-série marquante qui a mis sérieusement en doute l'inculpation des deux hommes incarcérés depuis 2007 pour le meurtre d'une jeune photographe, Teresa Halbach. Cette communication, en plus d'expliquer ce phénomène, cherche à décortiquer les manières dont ces "enquêtes d'enquêtes" sont menées, leur sérialité remaniée et les formules employées, qui mélangent vérité et fiction, témoignages et déductions, images d'archives et reconstitutions par des acteurs. Comment et pourquoi ce genre télévisuel mal-aimé est-il devenu soudainement l'un des genres de séries les plus populaires ? Nous ouvrons notre enquête…

Dennis Tredy est maître de conférences en littérature américaine à l'université de Paris III - Sorbonne Nouvelle et co-fondateur de la Société Européenne des Études Jamesiennes (ESJS). Il a publié trois volumes sur James, Reading Henry James in the Twenty-First Century (2019), Henry James and the Poetics of Duplicity (2013) et Henry James's Europe : Heritage and Transfer (2011), ainsi que de nombreux articles sur James et d'autres auteurs américains. Il a également publié des études sur l'adaptation filmique des romans américains, ainsi que des études sur la série télévisée américaine, notamment sur la sitcom et sur l'adaptation des émissions radio au milieu du XXe siècle, et sur la représentation des minorités et de la contreculture dans les années 1950, 1960 et 1970.

Charlotte WADOUX : En lisant, en enquêtant : l'enquête intertextuelle dans les romans néo-Victoriens
On dit souvent du roman néo-Victorien que sa structure repose sur un mouvement double: récit rétrospectif se tournant vers le dix-neuvième siècle, il n'en reste pas moins critique quant à la société contemporaine d'où il émerge. Les critiques du genre, telles Rosario Arias et Patricia Pulham s'accordent pour dire que la trace, considérée comme présence d'une absence, est le paradigme qui définit ces romans. On voit bien dans cette structure double, la structure du roman policier telle que définie par Todorov et, dans le paradigme de la trace, nous retrouvons le signe d'une littérature indiciaire. On verra également que les réécritures d'œuvres inachevées, telles Le Mystère d'Edwin Drood (1870) de Charles Dickens, constituent de véritables "textes parallèles", pour reprendre l'expression de Fabienne Soldini: "l'auteur contemporain est lui-même lecteur, écrivant une solution possible du mystère". Il s'agira donc de voir comment les romans néo-Victoriens, dans leur rapport intertextuel au passé, s'approprient la structure policière et font de leur lecteur, un lecteur-détective des pistes intertextuelles. Nous verrons que cette démarche dynamise la réécriture qui devient moyen de médiation entre le lecteur contemporain et la littérature victorienne.

Charlotte Wadoux est doctorante à l'université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et à l'université de Kent à Canterbury. Sa recherche porte sur la fiction néo-Victorienne, en particulier, les réécritures des romans de Charles Dickens. Sa thèse envisage ces réécritures sous l'angle du mode de la détection. La réécriture inviterait donc le lecteur à "jouer les détectives". Elle a publié l'article "Dickens and his Doppelgangers : Playing Detective in Neo-Victorian Fiction" dans le journal Litterae Mentis [en ligne].
Bibliographie
ARIAS, Rosario, "Traces and Vestiges of the Victorian Past in contemporary Fiction", in Neo-Victorian Literature and Culture : Immersions and Revisitations, Nadine Boehm-Schnitker and Susanne Gruss (eds.), New York; London, Routldege, 2014, pp. 111-122.
ARIAS, Rosario et Patricia Pulham (eds), Haunting and Spectrality in Neo-Victorian Fiction : Posessing the Past, New York, Palgrave Macmillan, 2010.
HEILMANN, Ann et Mark Llewellyn, Neo-Victorianism : The Victorians in the twenty-first century 1999-2009, New-York, Palgrave Macmillan, 2010.
TODOROV, Tzvetan, Poétique de la prose choix, suivi de Nouvelles recherches sur le récit, Paris, Seuil, 1978.
SOLDINI, Fabienne, "La lecture de romans policiers : une activité cognitive", Langage & société, vol. 76, 1996, pp. 75-103.


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2019 : un des colloques


LA NÉGATION À L'ŒUVRE DANS LES TEXTES


DU LUNDI 22 JUILLET (19 H) AU LUNDI 29 JUILLET (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Agnès FONTVIEILLE-CORDANI, Nicolas LAURENT


ARGUMENT :

Comment la négation opère-t-elle dans les textes littéraires ? La négation, qui traverse toutes les disciplines des sciences humaines, a donné lieu à des travaux considérables en logique, en philosophie, en psychanalyse ou en linguistique. Mais son fonctionnement dans les œuvres n'a pas encore fait l'objet d'une approche stylistique générale tant les mots grammaticaux — plus instructionnels que conceptuels — peuvent passer inaperçus. L'objet du présent colloque est d'examiner le "travail" en contexte des formes négatives, dans le sillon desquelles seront aussi considérés la négation lexicale et ce qui relève, plus largement, de la négation sémantique, voire de la "négativité".

Par sa visée discursive, la négation est au cœur des genres argumentatifs. Quels jeux propres au dialogue et au(x) dialogisme(s) peut-on observer dans le théâtre, dans l'essai, mais aussi dans d'autres genres non immédiatement interactionnels ? Par ailleurs, la négation est le ressort essentiel de nombreuses figures : comment fonctionnent-elles en contexte ? Et de quelle manière la négation interagit-elle avec les autres figures ? Comment, enfin, envisager la contrepartie référentielle de la négation, sa puissance de représentation ? Comment, entre dit et non-dit, les mots négatifs posent-ils la question des limites du langage lorsqu'ils servent paradoxalement à dire ce qui n'est pas — selon les ontologies diversifiées de l'absence, de l'inexistence, du néant ?

Ouverte à tous, cette rencontre offrira un grand moment d'échange et de débat entre stylisticiens de tous horizons, spécialistes de genres et de siècles différents (XVIe-XXIe). Une exposition du plasticien franco-viennois Hervé Massard sera organisée dans les lieux, et offrira l'occasion d'un échange avec l'artiste.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 22 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 23 juillet
Matin
Agnès FONTVIEILLE-CORDANI & Nicolas LAURENT : Introduction

Après-midi
Claude MULLER : Le rôle de la négation dans quelques récits et textes à présentation autobiographique
Philippe WAHL : Beckett tardif. La négation comme opérateur esthétique

Soirée
La Mer à Bord, conférence-rencontre avec le plasticien franco-viennois Hervé MASSARD [soirée commune avec le colloque en parallèle "Raconter l'enquête : une forme pour les récits du XXIe siècle ?"]


Mercredi 24 juillet
Matin
Isabelle SERÇA : Nier, est-ce contredire ou dire l'absence ?
Fabienne BOISSIERAS : Mouvements involontaires et renversements spectaculaires : les opérations négatives dans les comédies de Marivaux

Après-midi
Lucile GAUDIN-BORDES : "Elle n'avait rien à voir, aussi bien était-elle…", négation et étalement discursif dans Un été de glycine de Michèle Desbordes
Sandrine VAUDREY-LUIGI : La négation dans l'œuvre de Maylis de Kerangal : de la syntaxe au stylème

Soirée
Rencontre-débat avec l'écrivaine Michèle AUDIN [soirée commune avec le colloque en parallèle "Raconter l'enquête : une forme pour les récits du XXIe siècle ?"]


Jeudi 25 juillet
"HORS LES MURS"
Expédition sur les îles Chausey


Vendredi 26 juillet
Matin
Sophie MILCENT-LAWSON : Romances sans paroles et sourire sans chat. Négation et reconfiguration du sens dans les syntagmes de type N1 sans N2
Claire BADIOU-MONFERRAN : Coordination négative : le moment "classique"

Après-midi
Roselyne de VILLENEUVE : D'un Cid à l'autre : négation et "tragédisation"
Suzanne DUVAL : Négation et bien-dire épistolaire à l'époque classique


Samedi 27 juillet
Matin
Marc BONHOMME : Modalités et fonctions de la négation dans l'interrogation rhétorique. Le cas des Fables de La Fontaine
Emily LOMBARDERO : Aimer ou ne pas haïr : la litote en questions dans les nouvelles historiques et galantes

Après-midi
Martine GROULT & Denis VIGIER : D'Alembert et la négation dans l'Encyclopédie
Romain BENINI : La négation dans l'écriture métrique : quels enjeux ?


Dimanche 28 juillet
Matin
Stéphanie THONNERIEUX : Négation et poésie du deuil : les morts (ne) sont plus que des mots
Sibylle ORLANDI : La négation chemin faisant : poésie et via negativa au XXe siècle

Après-midi
Sémir BADIR & Thomas FRANCK : Rhétoriques de la négation dans l'œuvre de Roland Barthes : de la démystification au neutre
Ilias YOCARIS : "Ne pensez pas que je cherche à vous convaincre de quoi que ce soit" : polyphonie et (dé)négation dans Les Bienveillantes

Soirée
Lectures partagées [soirée commune avec le colloque en parallèle "Raconter l'enquête : une forme pour les récits du XXIe siècle ?"]


Lundi 29 juillet
Matin
Christelle REGGIANI : La négation comme "usage du monde" : la poétique négative du récit de voyage

Conclusion

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Claire BADIOU-MONFERRAN : Coordination négative : le moment "classique"
La réflexion portera sur le coordonnant négatif en n- (ne, ni, ny). Elle montrera à son sujet par quelles procédures et sous quelles conditions le français classique (au sens large, conduisant du second tiers du XVIIe siècle au troisième quart du XVIIIe siècle), "réanalyse" en faits de style des phénomènes participant jusqu'ici des faits de langue. Seront notamment étudiés :
(1) le réemploi "polyphonique" et "réfutatoire" du coordonnant négatif en "atmosphère non pleinement positive" — notamment, dans les propositions interrogatives et les systèmes comparatifs de modalité positive;
(2) le réemploi quasi "figural" (figures d'emphase : amplification, hyperboles…) du coordonnant en n- dans certains contextes "pleinement négatifs" — celui de la négation à trois termes [Ni / (Ni…ni)…ne…pas], ou encore celui des négations à deux termes (adverbe ne et coordonnant négatif) combinant, de manière presque inédite dans l'histoire au long cours du français, ni poly-syndétique et adverbe de surenchère, suivant le format [ni X ni même Y];
(3) la reconfiguration "scalaire" de l'opposition ni vs ni…ni — le coordonnant simple servant un principe de "hiérarchie dans l'équivalence" et la négation polysyndétique venant neutraliser ce principe.
Succédant au moment "logique" (français médiéval et préclassique) de la coordination négative, et précédant à son moment "grammatical" (français moderne et contemporain), le français classique en constitue le grand tournant "argumentatif". Cet infléchissement pragmatique, qui, toute proportion gardée, fut assez largement exploité et recyclé par la stylistique de genre et la stylistique d'auteur contemporaines, invite à ouvrir encore davantage les définitions du style à leur composante historique: celle du "style d'époque".

Claire Badiou-Monferran est professeur de langue et stylistique à l'université de Lorraine. Spécialiste de linguistique diachronique et de stylistique historique, ses travaux de recherche portent principalement sur le français classique. Elle est notamment la coordinatrice d'un numéro collectif sur "la négation en français classique" (revue Le français moderne, 2004, n°143).
Bibliographie
Antoine, G. (1958-1962), La coordination en français, Paris, d’Artrey.
Badiou-Monferran, C. (2000), Les conjonctions de coordination, ou "l'art de lier ses pensées" chez La Bruyère, Paris, Champion.
Badiou-Monferran, C. (2002), "Coordonner : (qu') est-ce (qu') ajouter ?", in J. Authier-Revuz & M.-C. Lala (éds), Figures d'ajout. Phrase, texte, écriture, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, p. 97-110.
Badiou-Monferran, C. (2003), "Représentations du français classique dans les grammaires modernes : l'exemple de la coordination négative par ni", XVIIe siècle et modernité, dir. Hélène Merlin-Kajman, XVIIe siècle, n°223, p. 237-249.
Badiou-Monferran, C. (Dir.) (2004), La négation en français classique, Langue française, n°143.
Badiou-Monferran, C. (2004), "Négation et coordination en français classique : le morphème ni dans tous ses états", Langue française, n°143, p. 69-92.
Badiou-Monferran, C. (2005), "Psychomécanique et évolution de signifiant : le cas du coordonnant négatif à l'aube du français moderne", Langue française, n°147, p. 84-97.
Badiou-Monferran, C. (2006), "Cohérence et cohésion en français classique : l'exemple de l'opposition "ne / ni […] aussi" vs "ne / ni non plus"", in F. Calas (dir.), Actes du colloque des 17-19 février 2005, "Cohérence et Discours", Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, coll. "Études linguistiques", p. 229-240.
Badiou-Monferran, C. (à par.), "Sémantique des coordonnants et, ou, ni", in C. Marchello-Nizia, B. Combettes, S. Prévost & T. Scheer (éds), Grande Grammaire Historique du français, chap. 41.3, Berlin, De Gruyter.
Jaubert, A. (2013), "Littérarité, style et décalage pragmatique", in C. Badiou-Monferran (éd.), La Littérarité des belles-lettres : un défi pour les sciences du texte ?, Paris, Classiques Garnier, p. 225-239.
Laurent, N. (2013), "Du discours à l'œuvre", in C. Badiou-Monferran (éd.), La Littérarité des belles-lettres : un défi pour les sciences du texte ?, Paris, Classiques Garnier, p. 197-211.
Vaugelas, C., F. de ([1647], 2009. Éd. Z. Marzys), Remarques sur la langue française, Genève, Droz.

Sémir BADIR & Thomas FRANCK : Rhétoriques de la négation dans l'œuvre de Roland Barthes : de la démystification au neutre
La pensée de Roland Barthes s'est durablement portée sur la négation. Elle en a exploré divers aspects, parmi lesquels : la critique ni-ni, la démystification de la doxa dans les Mythologies, la dénégation, l'exemption de sens dans Sade, Fourrier, Loyola, l'énonciation impossible dans une analyse du conte d'E. A. Poe "La vérité sur le cas de M. Valdemar", le manque dans Fragments du discours amoureux, enfin le neutre dans le cours dédié à ce thème, neutre qu'il prend soin de distinguer du "ni… ni…" en en faisant un principe actif (quoique négatif). Or Roland Barthes n'est sans doute pas un penseur comme d'autres; il se voyait comme un penseur de phrases ou, pour le dire plus simplement, comme un écrivain essayiste. Dans cette communication, nous voudrions examiner comment cette pensée a pu s'imprégner dans une écriture et s'exprimer dans des singularités rhétoriques, énonciatives et syntaxiques. Barthes cherchait en effet une nouvelle façon d'écrire, en particulier une façon d'écrire dans le genre de l'essai qui se déroberait à la rhétorique classique de l'argumentation, considérée comme trop antagonique. Nous suivrons cette recherche au fil des œuvres, en prenant à témoin l'usage des diverses formes d'expression de la négativité qui s'y manifeste.

Références bibliographiques
Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1957.
Roland Barthes, Sade, Fourrier, Loyola, Paris, Seuil, 1971.
Roland Barthes, "Analyse textuelle d'un conte d'Edgar Poe", in C. Chabrol, Sémiotique narrative et textuelle, Paris, Larousse, 1973.
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Paris, Seuil, 1977.
Roland Barthes, Le Neutre. Cours au Collège de France 1977-1978, Paris, Seuil-IMEC, 2002.
Bernard Comment, Roland Barthes, vers le neutre, Paris, Bourgois, 1991.
Daniel Fischlin (ed.), Negation, Critical Theory, and Postmodern Textuality, Dordrecht, Springer, 1994.
Michèle Gendreau-Massaloux, "La déliaison", Parcours de Barthes. Communications, 63, 1996, pp. 185-192.
Irène Langlet, "Inactualités des Mythologies ?", in M. Macé et A. Gefen (dir.), Barthes, au lieu du roman, Paris, Desjonquères-Nota Bene, 2002, p. 127-132.
Anne Longuet Marx, "Des paradoxes du neutre", Parcours de Barthes. Communications, 63, 1996, pp. 175-184.
Mathieu Messager, ""Par elle me vient une existence dramatique" : Roland Barthes et la grammaire", Revue Roland Barthes, 1, 2014 [en ligne].
Claude Stéphane Perrin, Le neutre et la pensée, Paris, L'Harmattan, "Ouverture philosophique", 2009.
Victor J. Vitanza, Negation, Subjectivity, and The History of Rhetoric, Suny Press, 1996.

Sémir Badir est maître de recherches du Fonds de la Recherche Scientifique-FNRS à l'université de Liège. Ses intérêts de recherche visent les aspects épistémologiques des théories linguistiques et sémiotiques, qu'il développe notamment dans le collectif Lttr 13, ainsi que les modèles conceptuels appliqués aux formes artistiques. Il a co-dirigé une vingtaine d’ouvrages et numéros de revue (Protée, Semen, Semiotica, Visible…), parmi lesquels, parus en 2017, Pratiques émergentes et pensée du médium (avec François Provenzano) et L'image peut-elle nier ? (avec Maria Giulia Dondero). Il est co-responsable de plusieurs projets internationaux de recherche (avec Waldir Beividas, convention WBI-CAPES 2011-2013; avec Nicolas Couégnas, Driss Ablali et Érik Bertin, projet ANR 2014-2017).
Publications
Hjelmslev, Belles-Lettres, 2000.
Saussure. La langue et sa représentation, L'Harmattan, 2001.
Épistémologie sémiotique. La théorie du langage de Louis Hjelmslev, Honoré Champion, 2014.

Thomas Franck est doctorant en philosophie politique et en rhétorique à l'université de Liège et prépare une thèse de doctorat sur la réception de Theodor Adorno dans les revues françaises, et plus précisément dans Arguments et Communications.
Publications
Lecture philosophique du discours romanesque, Lambert-Lucas, 2017.
À codirigé le 12e numéro des Cahiers du GRM intitulé "Matérialités et actualité de la forme revue".

Romain BENINI : La négation dans l'écriture métrique : quels enjeux ?
La négation, avec les contraintes syntaxiques et prosodiques qu'elle suppose, permet de faire émerger plusieurs éléments complexes de la structuration du vers classique. D'un point de vue général, il s'agira de cerner les éléments en question et d'observer ce que la place de la négation dans les vers nous dit de la concordance et de son évolution : comment les différents mots et morphèmes négatifs mettent-ils au jour les spécificités de la langue des vers ? Cette tentative de description s'accompagnera d'un travail d'historicisation des phénomènes en question, en comparant l'usage de la négation dans les vers à travers plusieurs pièces, l'une de Racine, l'autre de Népomucène Lemercier, la dernière de Hugo. Une dernière étape de cette présentation consistera à interroger, en fonction des phénomènes observés et en confrontation avec l'économie générale des pièces, les enjeux stylistiques que les divers usages métriques de la négation peuvent y représenter.

Romain Benini est maître de conférences à l'UFR de langue française de Sorbonne Université. Il est l'auteur d'une thèse sur la métrique et la stylistique des chansons imprimées pendant la deuxième République et le co-organisateur, avec F. Dell, du Séminaire de Métrique Générale.

Marc BONHOMME : Modalités et fonctions de la négation dans l'interrogation rhétorique. Le cas des Fables de La Fontaine
L'interrogation rhétorique implique la négation selon deux configurations : soit une interrogation positive est identifiable comme une assertion négative implicite; soit une interro-négation est interprétable comme une assertion positive implicite. Nous nous proposons d'approfondir le fonctionnement de telles inversions de valeur de vérité dans le corpus représentatif des Fables de La Fontaine, en liaison avec l'organisation stylistique de cette œuvre. Dans un premier temps, nous analyserons les modalités de ces basculements du sens en soulignant le rôle de leurs indices syntaxiques, l'incertitude fréquente de leurs orientations, ainsi que leur dépendance étroite du cadre narratif des fables. Dans un deuxième temps, nous montrerons la polyvalence fonctionnelle de la dimension négative attachée aux interrogations rhétoriques de ces fables. Celle-ci y endosse des fonctions variables suivant les contextes : énonciatives (dilution des prises en charge des énoncés), communicationnelles (pseudo-dialogisme) et argumentatives (impositions / rejets de points de vue).

Marc Bonhomme est professeur émérite de linguistique française à l'université de Berne.
Publications
Figures clefs du discours, Le Seuil, 1998.
Discours métonymique, Peter Lang, 2006.
L'Argumentation publicitaire [avec Jean-Michel Adam], Armand Colin, 2012.
Pragmatique des figures du discours, Champion, 2014.
Il a aussi publié de nombreux articles dans les domaines de la rhétorique, de l'histoire de la langue française et de l'analyse du discours.

Suzanne DUVAL : Négation et bien-dire épistolaire à l'époque classique
Au XVIIe siècle, l'essor de la littérature épistolaire imprimée favorise l'émergence de modèles de belle prose, et, en leur sein, de patrons stylistiques circulant dans l'ensemble de la production lettrée. Les années 1620, marquées par l'épisode de la querelle des Lettres de Jean-Louis Guez de Balzac, présentent à la recherche en stylistique un corpus épistolaire peu étudié dans cette perspective, et particulièrement intéressant pour comprendre les évolutions du beau style et la manière dont l'imaginaire du purisme langagier informe les pratiques d'écriture. Les usages de la double et triple négation y sont particulièrement saillants et s'inscrivent dans des figures d'euphémisme et de litote. Leur observation met en évidence la dynamique interactive de la négation et son lien avec l'oralité : la multiplication des négations dans une séquence écrite resserrée met en scène la spontanéité d'un discours qui s'ajuste à son destinataire au fur et à mesure qu'il s'énonce. À ce titre, ces patrons de négation, qui à première vue s'apparentent à une préciosité stylistique et nuisent à la lisibilité du discours, s'inscrivent en réalité dans une rhétorique du naturel caractéristique de l'époque envisagée.

Suzanne Duval est Maître-Assistante à l'université de Lausanne, au sein de l'équipe de linguistique française. Elle est spécialiste des patrons stylistiques de la prose fictionnelle et épistolaire à l'époque classique.
Publication
La prose poétique de l'époque baroque (1571-1670), Paris, Garnier, 2017.

Agnès FONTVIEILLE-CORDANI
Agnès Fontvieille-Cordani est maîtresse de conférences en langue et stylistique françaises à l'université Lumière Lyon 2 et membre de Passages XX-XXI (EA4160). Elle est spécialiste de prose (J. Genet, N. Sarraute, J. Echenoz) et de poésie (A. Rimbaud, P. Eluard) modernes et contemporaines. Son approche des textes privilégie certaines questions d'ordre rythmique et syntaxique : l'apposition, l'ordre des mots, les phrases figées, la négation.
Publication
Essai : Paul Eluard. L'inquiétude des formes, PUL, 2013.

Lucile GAUDIN-BORDES : "Elle n'avait rien à voir, aussi bien était-elle…", négation et étalement discursif dans Un été de glycine de Michèle Desbordes
On trouve dans le roman de Michèle Desbordes, Un été de glycine (Verdier, 2005), un usage particulier de la négation consistant à poser comme point de départ de la description d'un objet non pas ce qu'il est mais une sorte de définition par défaut, un "ce qu'il n’est pas" (vs ce qu'on attendrait qu'il soit). J'examinerai dans un premier temps les configurations discursives associées à cet usage, y compris figurales, puis questionnerai leur pertinence contextuelle sous les angles sémantique, dialogique, et intertextuel, afin de montrer comment le "par défaut" affiché de la négation non seulement sert la dynamique textuelle, allant parfois jusqu'à la séquencer, mais accompagne au long cours les étapes de la construction discursive du référent.

Lucile Gaudin-Bordes est maître de conférences en linguistique à l'université de Toulon, membre du laboratoire Babel EA-2649. Ses travaux portent sur l'analyse pragma-énonciative des figures du discours et la question des normes discursives et textuelles. Outre plusieurs articles consacrés au rapport à la norme chez Philippe Beck et Emmanuelle Pireyre, elle a codirigé avec Michèle Monte l'ouvrage Normes textuelles : émergence, variations et conflits (PU de Franche-Comté, 2017).

Martine GROULT & Denis VIGIER : D'Alembert et la négation dans l'Encyclopédie
Pour fournir des définitions les plus justes possibles, objet majeur dans l'Encyclopédie, d'Alembert s'est donné pour tâche d'avancer des preuves. Dans notre communication, nous nous intéresserons à la "querelle des forces vives" (P. Costabel, 1989) où il s'oppose essentiellement aux Jésuites et à Leibniz sur la question de la définition de la Force. À partir d’un corpus contrôlé d'articles extraits de la version de l'Encyclopédie disponible en ligne sur le site de l'ARTFL (http://encyclopedie.uchicago.edu), nous proposerons une analyse à deux voix articulant approche linguistique de l'opération de négation et mise au jour du rôle qu'elle joue dans les ressorts du raisonnement scientifique et de la rhétorique de la preuve.

Martine Groult est spécialiste de d'Alembert et de l'Encyclopédie. Ses recherches au CNRS se focalisent sur les rapports entre la philosophie et la science dans l'Encyclopédie puis entre les dictionnaires de l'Encyclopédie méthodique de C.-J. Panckoucke.
Publications
D'Alembert et la mécanique de la vérité dans l'Encyclopédie, Paris, Champion, 1999.
Savoir et matières : pensée scientifique et théorie de la connaissance de l'Encyclopédie à l'Encyclopédie méthodique, Paris, CNRS Éditions, 2011.
L'Encyclopédie ou la création des disciplines, Paris, CNRS Éditions, 2003.

Denis Vigier est linguiste. Son travail se situe à l'interface de la syntaxe, de la sémantique et du discours et intègre l'approche instrumentée sur corpus.
Publications
Vigier D. (2017), "La préposition dans au XVIe siècle. Apports d'une linguistique instrumentée", Langages, 206 (2), 85-103.
Blumenthal P., Vigier D. (éds) (2017), Études diachroniques du français et perspectives sociétales, Berne, P. Lang, 314 p.

Nicolas LAURENT
Nicolas Laurent est maître de conférences en linguistique et stylistique françaises à l'École Normale Supérieure de Lyon et membre de l'IHRIM (UMR 5317). Ses travaux portent en particulier sur le nom propre et ses "seuils", la pensée de l'individu dans la langue, la grammaire de la phrase et la sémantique des mots grammaticaux.
Publication
La Part réelle du langage. Essai sur le système du nom propre et sur l'antonomase de nom commun, Paris, Champion, 2016.

Emily LOMBARDERO : Aimer ou ne pas haïr : la litote en questions dans les nouvelles historiques et galantes
Au XVIIe siècle, Chimène n'est pas seule à "ne pas haïr" celui qu'elle aime : au contraire, la litote occupe une place de choix parmi les codes du discours galant, qui imposent leur joug rigoureux à la représentation littéraire des passions. Dans les nouvelles historiques et galantes de la fin du XVIIe siècle, les discours des personnages aussi bien que le récit lui-même semblent parfois saturés par les marques de la négation syntaxique, liées à la présence de nombreuses litotes fortement lexicalisées. En étudiant les emplois de la litote dans les nouvelles de la fin du XVIIe siècle, nous souhaitons, d'une part, interroger le lien qui unit cette figure à la négation, et, d'autre part, évaluer son rendement stylistique dans le corpus des nouvelles de la fin du XVIIe siècle. Nous ferons l'hypothèse que, loin d'être un poncif ininterrogé du discours galant, la litote vaut pour symbole des normes sociales et littéraires qui s'imposent à l'expression (notamment féminine) des passions, normes dont certains personnages — mais aussi certains auteurs — tendent à s'affranchir dans l'exercice singulier d'une parole, voire d'un style.

Emily Lombardero est attachée temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) à l'université Lumière Lyon 2; elle prépare actuellement, sous la direction de Claire Badiou-Monferran, une thèse de doctorat sur la langue de la fiction dans les nouvelles historiques et galantes de la fin du XVIIe siècle.

Hervé MASSARD : La Mer à Bord
Œuvrer à ce qui met l'Absence en présence, œuvrer à la Représentation, c'est s'essayer à déconstruire les évidences. Dans la Représentation artistique, la Négation est une cheville ouvrière qui cherche à soustraire la Ressemblance du Vraisemblable. Elle donne à saisir ce qui n'est pas convenu mais qui est plus probable. La Représentation s'est imposée dans mon travail sur la Photographie, sans doute parce que celle-ci justement force la Ressemblance. Ainsi avec le temps, à l'exercice de la Soustraction, il n'a fini par rester qu'une marge infime. Une marge qui tend à la Négation et qui n'est pas théorique. La Mer à Bord est une histoire de cette Négation au travers des différents âges d'une intellection qui s'appose entre Réalité et Réel. Cette intervention présentera mon travail sur la Représentation, avec des visuels qui constituent autant de traces à ce propos.

Hervé Massard est un plasticien français, né en 1971, vivant à Vienne. Il a travaillé à la Photographie et l'a enseignée (chargé de cours entre autres à la Webster University) comme "pratique théorique". Depuis, il l'a portée sur un plan conceptuel et abstrait, où néanmoins la "Bildfindung" (le Devenir Image) reste au centre de la pratique. La Mer à Bord fut présentée à la foire internationale d'Art ArtAustria (Galerie Ruberl).

Sophie MILCENT-LAWSON : Romances sans paroles et sourire sans chat. Négation et reconfiguration du sens dans les syntagmes de type N1 sans N2
Ce travail entend explorer la puissance de représentation d'une configuration morpho-syntaxique singulière : les syntagmes de type N1 sans N2. L'analyse sémantique proposera une typologie des anomalies combinatoires qui définissent cette construction. On s'attachera principalement aux syntagmes qui procèdent à la soustraction d'un sème inhérent au N1 ("mer sans sel", "mémoire sans souvenir"). Ce moule morphologique sera abordé dans la diversité de ses réalisations poétiques et littéraires, dans un corpus principalement emprunté à la littérature française des XIXe et XXe siècles. L'étude des réalisations discursives en contexte s'efforcera d'établir à quelles conditions il convient de requalifier les anomalies sémantiques générées par ce schème en termes de figures : hyperbole ("rêve sans fin"), métaphore ("nuit sans rivages"), métonymie ("sommeil […] sans portes et sans toit")… Par-delà les tentatives typologiques, il s'agira d'explorer la puissance poétique de ces formes en montrant comment ces expressions recèlent une force d'interrogation à la fois sur le langage et sur le monde. La réflexion s'attachera ainsi à élucider les affinités entre la présence de cette structure singulière et les enjeux mêmes de l'écriture littéraire, qui vise à dépasser l'évidence des stéréotypes, à ouvrir la langue à ses virtualités, en utilisant le langage pour dire non seulement le factuel et le réel, mais aussi le virtuel et le contrefactuel. Or, ce schème qui conteste les définitions tautologiques des seuls référents prototypiques se présente comme une forme linguistique apte à créer des référents nouveaux, inédits, voire impossibles : des lyres sans cordes, des sourires sans visage, des fleuves sans rivages.

Sophie Milcent-Lawson est maîtresse de conférences en langue et littérature françaises à l'université de Lorraine. Stylisticienne et spécialiste des figures, elle prépare actuellement une HDR sur les tentatives de représentation d’un point de vue animal en littérature.
Publications
Liste et effet-liste en littérature, Sophie Milcent-Lawson, Raymond Michel et Michelle Lecolle (dir.), coll. "Rencontres", série "Théorie de la littérature", Classiques Garnier, 2013.
Giono, Les Âmes fortes, avec Sylvie Vignes, Paris, Atlande, coll. "Clefs concours/Lettres XXe siècle", novembre 2016.
L'écriture "entre deux mondes" de Marie Darrieussecq, Karine Germoni, Sophie Milcent-Lawson, Cécile Narjoux (dir.), EUD, coll. "Langages", à paraître en 2019.
Jean Giono. Une poétique de la figuration, Gérard Berthomieu, Sophie Milcent-Lawson (dir.), série "Rhétorique, stylistique, sémiotique", Classiques Garnier, à paraître.
Elle a également rédigé une quinzaine d'entrées stylistiques pour le Dictionnaire Giono [M. Sacotte et J.-Y. Laurichesse (dir.), Garnier, 2016] et publié une trentaine d'articles consacrés aux œuvres d'auteurs du XXe et du XXIe siècles parmi lesquels Giono, Simon, Beckett, Echenoz ou encore Darrieussecq.
Ses travaux en zoopoétique s'attachent à explorer les tentatives de représentation d'un point de vue animal en régime fictionnel [voir "Zoographies", Revue des Sciences humaines, n°328, oct-déc 2017 et "Du chien confident à l'animal sujet de conscience", Colloque en ligne Fabula La Parole aux animaux, avril 2018).

Claude MULLER : Le rôle de la négation dans quelques récits et textes à présentation autobiographique
Il en va des négations comme de beaucoup d'autres formes à valeur illocutoire : certains emplois ont une amplitude limitée et prosaïque, lorsqu'il s’agit de contester une assertion précédente ou de décrire par la négative un état de fait, alors que d'autres ont un rôle structurant, éclairent un chapitre ou plus encore de l'œuvre et par le riche contenu des implicites qu'elles dévoilent, représentent parfois l'ancrage formel d'une signification plus vaste, voire de la visée de l'auteur. Les récits se présentant comme des autobiographies, qu'elles soient réelles, déguisées ou fabriquées, utilisent souvent des négations dont le sens dépasse celui de l'événementiel, pour prendre une signification qui éclaire l'œuvre tout entière. La première phrase d'Un adolescent d'autrefois, roman de vieillesse de Mauriac, est négative : "Je ne suis pas un garçon comme les autres". Elle éclaire toute la suite de ce récit d'adolescence et d'éducation sentimentale. Tout à fait à la fin du livre, une autre formule négative lui fait écho, lorsque le narrateur plongé dans la foule parisienne se décrit ainsi : "À Paris, je ne suis personne". La formule n'est pas, dans ce contexte, auto-dépréciative, elle exprime plutôt une forme de libération. Dans d'autres cas, le narrateur oppose ce qu'il a été et ce qu'il est devenu : ainsi F. Nourissier (dans À défaut de génie) disant : "Je ne reconnais plus celui que j'ai cru être". Le sens de la même expression négative que chez Mauriac est bien différent : "…qui suis-je ? Personne. le miroir est vide". Il s'agit cette fois de l'évocation d'une déchéance due à la vieillesse et à la maladie. La formule prend son sens par le contexte général de l'œuvre. Des emplois peu usités dans la langue courante ne sont pas exclus. La négation qui décrit des événements non vécus par exemple. Encore dans Mauriac, ce pastiche du Flaubert de L'éducation sentimentale mis à la forme négative, où le narrateur se projette dans sa vison étriquée du futur : "Il ne voyagea pas, il ne connut pas la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il ne revint pas, parce qu'il n'était pas parti…". On se propose d'explorer des emplois de négation qui font sens dans quelques récits à coloration autobiographique des XXe et XXIe siècles.

Bibliographie
Simone de Beauvoir, La force des choses, Gallimard, 1963.
Antoine Compagnon, La classe de rhéto, Gallimard, 2012.
Régis Debray, Loués soient nos seigneurs, Une éducation politique, Gallimard, 1996.
François Mauriac, Un adolescent d'autrefois, 1969 (Garnier-Flammarion, 1982).
François Nourissier, À défaut de génie, Gallimard, 2000 (Folio, 2001).

Claude Muller, agrégé de lettres modernes, docteur d'État, est professeur émérite en Sciences du Langage à Bordeaux (Université Bordeaux Montaigne, et CNRS, UMR 5623). Une grande partie de son activité de chercheur a été consacrée à l'étude de la négation. Voir sur le site Claude Muller linguiste (principaux textes disponibles, sauf livres).
Principales publications
1991: La négation en français, Syntaxe, sémantique et éléments de comparaison avec les autres langues romanes, Droz, Genève.
1992: "La négation comme jugement", Langue Française, 94, 26-34.
1994: "La négation comme jugement : une application aux interronégatives", Linx, n°spécial "La Négation", dir. P. Attal.
2008: "La négation : un opérateur transversal", De Lingua Latina, revue de linguistique latine en ligne, n°1, 1-21.
2010: "La "concordance négative" revisitée, in Peter Blumenthal & Salah Mejri (Eds), Les configurations du sens, Beiheft 37, 2010, Zeitschrifit für französische Sprache und Literatur, Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 73-88.
2012: "Négation directe vs. négation indirecte : quelle est la place des négatifs parmi les indéfinis en français ?", Linguarum Varietas, Pisa-Roma, Fabrizio Serra : Intorno alla negazione. Analisi di contesti negativi dalle lingue antiche al romanzo (Atti della giornata di studi, Roma, 26-2-2009, a cura di Mauro Lasagna, Anna Orlandini, Paolo Poccetti), 147-168.
2016: "La négation : le "côté obscur" de la référence, effets pragmatiques et conséquences grammaticales", in Emilia Hilgert, Silvia Palma, Pierre Frath et René Daval (Eds), Res per nomen V, Négation et référence, Epure (Presses de l'université de Reims), 121-137.
2017: "La distribution des indéfinis négatifs du français", Cahiers de lexicologie, n°111, 2017 - 2, La sémantique en France : un état des lieux (II), 193-214.

Sibylle ORLANDI : La négation chemin faisant : poésie et via negativa au XXe siècle
La pratique de la "voie négative", dont on peut situer la naissance en Occident avec Denys l'Aréopagite, et qui place la négation au fondement même du geste énonciatif (on ne peut approcher le divin qu'en énonçant ce qu'il n'est pas), innerve nombre de créations poétiques au XXe siècle. Le corpus apophatique constitue ainsi une référence explicite dans des textes aussi différents que Le Contre-Ciel de René Daumal et Quelque chose noir de Jacques Roubaud, recueil auquel font écho plusieurs passages du "grand incendie de Londres". La via negativa se trouve alors vidée de son substrat théologique pour servir d'autres démarches: une ascèse individuelle chez Daumal, une écriture de l'absence chez Roubaud, qui fait du "de li non aliud" de Nicolas de Cuse une définition du geste poétique. L'enjeu de notre communication sera donc d'interroger les manifestations morphosyntaxiques de la négation chez ces poètes, tout en posant les jalons d'un imaginaire linguistique nourri de la lecture des théologiens médiévaux, mais aussi des troubadours, des kabbalistes et des penseurs orientaux.

Docteure qualifiée en langue et littérature françaises et en Sciences du langage, agrégée de Lettres modernes et ancienne étudiante à l'ENS de Lyon, Sibylle Orlandi est actuellement lectrice d'échange à l'université Statale de Milan et à l'Institut français Italia. Elle a soutenu en 2015, à l'université Lyon 2 Lumière, une thèse consacrée aux créations poétiques et plastiques de Ghérasim Luca et poursuit aujourd'hui des recherches en stylistique dans le champ de la littérature des XXe et XXIe siècles.

Christelle REGGIANI : La négation comme "usage du monde" : la poétique négative du récit de voyage
À partir d'un corpus varié de récits de voyages modernes et contemporains (des XIXe et XXe siècles) — incluant sans s'y limiter L'Usage du monde de Nicolas Bouvier —, on envisagera la négation comme une opération déterminée par la visée discursive propre à ce genre essayistique. On voudrait montrer comment la "bascule du sens" qu'elle met en œuvre acquiert dans ce cadre une pertinence particulière, au point de fonder une poétique négative capable de résoudre l'aporie constitutive d'un genre attaché par vocation à dire l'ailleurs avec les mots de l'ici. La négation apparaît alors, dans les termes de Georges Kleiber, comme un "mode de donation" des référents dont l'importance est cruciale dans l'économie poétique propre au récit de voyage, tenant à l'inflexion particulière imprimée à l'équilibre instable du "parti pris des choses" et du "compte tenu des mots".

Christelle Reggiani est professeure de stylistique française à la faculté des lettres de Sorbonne Université.
Publications
Rhétoriques de la contrainte. Georges Perec, l'Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions InterUniversitaires, 1999.
Éloquence du roman. Rhétorique, littérature et politique aux XIXe et XXe siècles, Genève, Droz, 2008.
L'Éternel et l'Éphémère. Temporalités dans l'œuvre de Georges Perec, Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.
Poétiques oulipiennes. La contrainte, le style, l'histoire, Genève, Droz, 2014.
Elle a également dirigé l'édition des Œuvres de Georges Perec dans la "Bibliothèque de la Pléiade" des éditions Gallimard (2017).

Isabelle SERÇA : Nier, est-ce contredire ou dire l'absence ?
Negare, "dire non, affirmer que… ne… pas". De l'usage de l'inverseur justement chez Giraudoux (La Guerre de Troie n'aura pas lieu) au mot-trou de Duras (Le Ravissement de Lol V. Stein), on s'interrogera sur les différents types de négation : nier, est-ce contredire ou dire l'absence ? On s'appuiera pour ce faire sur la théorie de l'argumentation dans la langue et la conception polyphonique de l'énonciation d'Oswald Ducrot, et tout particulièrement sur la description de la négation descriptive et de la négation polémique telle qu'il la présente dans Les Mots du discours (Minuit, 1980), avant de revenir sur cette distinction un peu plus tard dans Le Dire et le Dit (Minuit, 1985).

Isabelle Serça est professeure de stylistique française à l'université Toulouse-Jean Jaurès.
Publications
Esthétique de la ponctuation, Gallimard, "Blanche", 2012.
Les coutures apparentes de la Recherche : Proust et la ponctuation, Éditions Champion, coll.  "Recherches proustiennes", 2010.
Cahiers de l’AIEF (Association Internationale des études françaises), n°69, 2017, Les Belles Lettres : "La Ponctuation des écrivains".
La langue de Maylis de Kerangal : "Étirer l’espace, allonger le temps" (éd.), Éditions Universitaires de Dijon, "Langages", 2017 (en collaboration avec M. Bonazzi et C. Narjoux).
Marcel Proust et la forme linguistique de la Recherche (éd.), Éditions Champion, coll. "Recherches proustiennes", 2013 (en collaboration avec G. Henrot).

Stéphanie THONNERIEUX : Négation et poésie du deuil : les morts (ne) sont plus que des mots
Que la disparition d'un proche passe par un discours investi par la négation est une évidence (ne pas/plus être). Mais qu'est-ce qui est véritablement nié dans la poésie du deuil ? L'être disparu (entre désignation par "il/elle" et adresse en "tu"), le sujet lui-même ("je ne peux pas/plus…") et la possibilité de l'expression poétique ("la poésie peut/ne peut pas/ne peut que…"). L'étude de plusieurs textes de la seconde moitié du XXe siècle (Jaccottet, Roubaud, Esteban, Deguy, Emaz, Rouzeau et Fourcade) permettra de souligner, au-delà des récurrences, certains paradoxes et glissements dans les opérations de négation. Si la parole se trouve souvent confrontée au mot "rien" très polyvalent sur les plans syntaxique et sémantique (entre peu de choses et néant), elle cherche à donner au disparu un statut impossible : celui d'un absent-présent, d'un inexistant toujours là, dans une époque marquée par la crise des rites sociaux et de la spiritualité, et où l'écriture de l'intimité est désormais consciente des excès de l'expression subjective et de la naïveté d'une possible consolation poétique.

Bibliographie
Paul Eluard. Capitale de la douleur, M.-A. Gervais-Zaninger et S. Thonnerieux, Neuilly, Éditions Atlande, 2013.
Stylistique & méthode. Quels paliers de pertinence textuelle ?, M. Monte, S. Thonnerieux et P. Wahl (dir.), Lyon, PUL, 2018.
""Oh mon père […] je te répète". Répétitions et poésie du deuil dans Pas revoir de Valérie Rouzeau", Répétition et signifiance. L'invention poétique, V. Magri-Mourgues et P. Wahl, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, à paraître.
"La poésie face à la mort : la proximité dans la distance", communication au colloque "Poétique historique de la poésie de circonstance (XVIe-XXIe siècles)", 2018.

Sandrine VAUDREY-LUIGI : La négation dans l'œuvre de Maylis de Kerangal : de la syntaxe au stylème

"Soudain, il s'approche à l'oreille de Thomas pour lui murmurer à l'oreille : dis-nous seulement si on peut dire non,
allez vas-y […] il finit par s'appuyer dos à la fenêtre, noir et massif dans le contre-jour : allez, vas-y,
on peut refuser ou pas ?" (Réparer les vivants, p. 133-134).

Avant même d'être le récit d'une transplantation cardiaque, Réparer les vivants est le roman d'un renoncement à une vie, la narration d'un éventuel refus qui se transforme en acceptation par une mère et un père de laisser prélever les organes sur leur fils de 19 ans. De ce fait, la raison d'être de la narration appelle l'étude de la négation : si le oui ou le non demandent à être juridiquement prononcés, ils se situent également à la limite du dicible, du non-dit. En ce sens la syntaxe de la négation est inséparable non seulement d'une dimension ontologique qui engage sa représentation mais également du matériau stylistique. Mais peut-on, au-delà de ce roman où la négation semble être un des principes de la création, dégager des invariants stylistiques de la négation chez Kerangal ? En d'autres termes, l'usage de la négation se constitue-t-il en stylème kerangalien ? Ces interrogations devront alors répondre à une question sous-jacente: l'étude de la négation dans Réparer les vivants a-t-elle été l'occasion de souligner le style d'une œuvre singulière ou, plus largement, le style de l'œuvre kerangalienne, bref de repérer une configuration idiolectale ?

Sandrine Vaudrey-Luigi est maître de conférences à l'université Sorbonne Nouvelle–Paris 3. Elle travaille actuellement sur différents auteurs contemporains. Ses recherches portent principalement sur l'histoire des formes langagières depuis 1850 et sur les styles d'époque.
Publication
La langue romanesque de Marguerite Duras, une liberté souvenante, Classiques Garnier, 2013.

Roselyne de VILLENEUVE : D'un Cid à l'autre : négation et "tragédisation"
Sans cesse remis sur le métier entre 1637 et 1660, Le Cid accomplit une conversion générique, de la "tragi-comédie" à la "tragédie". Or cette "tragédisation" s'accompagne d'une inflation des négations. Il s'agit donc de montrer comment la négation s'impose dans le travail de réécriture comme un stylème générique de la tragédie, alors même que le système grammatical de la négation n'est pas encore pleinement stabilisé. Le propos se fonde sur une étude systématique des négations, qui tient compte de leur typologie, du scope, du différentiel sémantique entre forclusifs concurrentiels, des interactions cotextuelles, de la distribution dans l'économie textuelle. La négation bi-tensive, qui déploie, d'un corrélateur à l'autre, une temporalité intrinsèque, met stylistiquement en tension l'énoncé et correspond à l'expression d'une polémicité interne, à l'émergence de l'autre en soi. La recherche porte aussi sur la négation uniceptive qui, en raison de son cinétisme à inversion, est le vecteur privilégie d'un certain type d'événementialité tragique et un marqueur du discours de Dom Diègue.

Agrégée de lettres modernes, Roselyne de Villeneuve est maître de conférences en grammaire-stylistique à Sorbonne Université. Ses recherches portent essentiellement sur la stylistique du XIXe siècle.
Publication
La Représentation de l'espace instable chez Nodier, Champion, 2010.

Philippe WAHL : Beckett tardif. La négation comme opérateur esthétique
La poétique de Beckett a évolué vers une radicale mise en cause des codes de la figuration du sujet et de la représentation littéraire. On s'intéressera au rôle de la négation dans le travail du texte, moins pour illustrer la veine de l'absurde ou de l'absence, que pour montrer l'énergie formelle requise par la mise en scène d'un "mal voir, mal dire". Placée sous le signe de la perception, soumise à l'interaction des points de vue, l'écriture met en jeu la problématique du "mode de donation" de la référence. La négation, initialement exploitée par Beckett comme opérateur logique, se fait agent de configuration du discours dans son style tardif, alors que le travail d'institution de l'univers de discours programme aussi son effacement. La philosophie du langage pourra apporter un éclairage aux analyses linguistiques et textuelles, ainsi qu'à leurs enjeux esthétiques.

Philippe Wahl est maître de conférences en langue et stylistique françaises à l'université Lumière Lyon 2, où il anime le groupe de recherche Textes & Langue (EA 4160 Passages XX-XXI).
Publications récentes
La Prose de Samuel Beckett. Configuration et progression discursives, J. Piat et P. Wahl (dir.), Presses universitaires de Lyon, coll. "Textes & Langue", 2013.
Stylistique et méthode. Quels paliers de pertinence textuelle ?, M. Monte, S. Thonnerieux et P. Wahl (dir.), Presses universitaires de Lyon, coll. "Textes & Langue", 2018.

Ilias YOCARIS : "Ne pensez pas que je cherche à vous convaincre de quoi que ce soit" : polyphonie et (dé)négation dans Les Bienveillantes
La communication portera sur les énoncés négatifs observables dans le roman de Jonathan Littell Les Bienveillantes (2006). Ce roman met en scène Max Aue, un idéologue nazi, assez cultivé, doublé d'un tueur en série mentalement déséquilibré : le personnage relate lui-même son parcours durant la période 1935-1945, en évoquant notamment les crimes contre l'humanité qu'il a perpétrés sur le front de l'Est mais aussi les meurtres qu'il a commis dans la vie civile… Or, le recours constant d'Aue à la négation sous toutes ses formes a une importance décisive sur le plan stylistique : il s'inscrit dans le cadre d'une stratégie argumentative implicitement apologétique typique du discours politique de l'extrême droite en général. En effet, le narrateur des Bienveillantes procède tout au long du texte à une série de dénégations ambiguës qui esquissent l'ethos douteux de l'"ancien fasciste à demi repenti" (B, 24) et visent à le disculper (en partie du moins) pour les atrocités innommables qu'il a commises, à minimiser l'importance de ses actes, à instaurer une certaine complicité entre lui et le lecteur et à entretenir savamment le flou quant à ses motivations profondes. Afin de montrer dans le détail en quoi consiste une telle stratégie, j'entends étudier notamment dans le texte de Littell les rapports entre négation et polyphonie discursive, les rapports entre négation et discours implicite ainsi que les prolongements psychanalytiques des tournures négatives, qui peuvent (dans certains cas de figure) être envisagées en fonction de la théorie freudienne de la (dé)négation (Verneinung).

Ilias Yocaris est maître de conférences HDR en littérature française à l'université Côte d'Azur. Ses recherches portent sur le fonctionnement sémiotique des textes littéraires, les fictions postmodernes et les composantes du style verbal. Il est entre autres l'auteur de Style et semiosis littéraire (Paris, Classiques Garnier, 2016, coll. "Investigations stylistiques").
Bibliographie
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Laurent Danon-Boileau, 2002, Notice "Négation", in de Mijolla (dir.), 2002, Dictionnaire international de la psychanalyse, Paris, Calmann-Lévy, pp. 1088-1089.
Oswald Ducrot, 1972, Dire et ne pas dire, Paris, Hermann.
Oswald Ducrot, 1984, Le Dire et le dit, Paris, Minuit, coll. "Propositions".
Sigmund Freud, 1992 (1925), "La négation", trad. de l'allemand par Jean Laplanche, in Œuvres complètes. Psychanalyse, Vol. XVII : 1923-1925, Paris, PUF, pp. 167-171.
Catherine Kerbrat-Orecchioni, 1986, L'Implicite, Paris, Armand Colin, coll. "U".
Jean Laplanche & Jean-Bertrand Pontalis, 1981 (1968), Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, PUF.
Jonathan Littell, 2006a, Les Bienveillantes [B], Paris, Gallimard, coll. "NRF".
Jonathan Littell, 2006b, "Le phénomène Littell", entretien avec Guy Duplat, La Libre Belgique, 28 septembre 2006 [en ligne].
Jonathan Littell, 2006c, "Il faudra du temps pour expliquer ce succès", Le Monde des Livres, 16 novembre 2006 [en ligne].
Jonathan Littell, 2006d, "Jonathan Littell, homme de l'année", La Revue Littéraire, décembre 2006.
Jacques Moeschler, 1982, Dire et contredire, Berne/Francfort, Peter Lang.
Claude Muller, 1991, La Négation en français, Genève, Droz.
Gérard Moignet, 1981, Systématique de la langue française, Paris, Klincksieck, coll. "Bibliothèque française et romane".
Henning Nølke, 1993, "Formes et emplois des énoncés négatifs : polyphonie et syntaxe de ne...pas", in Le Regard du locuteur. Pour une linguistique des traces énonciatives, Paris, Kimé, pp. 215-232.
Liran Razinsky, 2008, "History, excess and testimony in Jonathan Littell's Les Bienveillantes", French Forum, 33, 3, pp. 69-87.
Monique Schneider, 2002, Notice "Négation", in de Mijolla (dir.), 2002, Dictionnaire international de la psychanalyse, Paris, Calmann-Lévy, pp. 1089-1090.
Jean Solchany, 2007, "Les Bienveillantes ou l’histoire à l'épreuve de la fiction", Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, n°54, 3, pp. 159-178.
Susan R. Suleiman, 2009, "When the perpetrator becomes a reliable witness of the Holocaust : on Jonathan Littell's Les Bienveillantes", New German Critique, 36, 1, pp. 1-19.
Marc Wilmet, 2010 (1997), Grammaire critique du français, Bruxelles, De Boeck/Duculot.


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