Programme 2019 : un des colloques


ÉCRIRE POUR INVENTER

(À PARTIR DES TRAVAUX DE JEAN RICARDOU)


DU MERCREDI 31 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 7 AOÛT (14 H) 2019



DIRECTION :

Marc AVELOT, Mireille CALLE-GRUBER, Gilles TRONCHET


ARGUMENT :

Inlassablement Jean Ricardou a écrit avec les plus grands soins : des ouvrages novateurs, de fiction comme de théorie; il a même tenté l'expérience du "mixte". De ce patient exercice, où il a déployé, durant plus d'un demi-siècle, une exceptionnelle inventivité, il s'est attaché sans cesse à réfléchir sur la manière dont il s'accomplissait et sur les enjeux dont il était porteur.
De cette production ingénieuse et de cette conceptualisation rigoureuse, le colloque fondé sur les travaux pionniers de Jean Ricardou vise non seulement à offrir un panorama aussi large et précis que possible, mais également à éclairer les pistes prometteuses qui sont ouvertes à des recherches ultérieures, en particulier grâce à la textique, discipline dont il fut l'initiateur.

Ce colloque se veut résolument ouvert sur une pluralité de domaines et d'approches : loin de se focaliser sur telle période ou telle composante des travaux envisagés, il s'attache à promouvoir une réflexion multiple, qui permette de confronter les diverses phases et les multiples centres d'intérêt impliqués par les productions de Jean Ricardou. Un objectif majeur consiste à dégager les facteurs décisifs qui ont donné cohérence à la démarche de l'écrivain et du penseur dont les travaux seront étudiés: l'incessante prise en compte de l'écriture et des effets qu'elle peut déterminer, la progressive mise au point d'une méthode de pensée débouchant sur un ensemble de concepts très élaboré, l'indéfectible souci des interactions dans tous les domaines entre pratique et théorie, la vigilante critique de toutes les idées préconçues, de tout l'impensé que cristallise l'idéologie.

Cette rencontre réunira des intervenants d'horizons variés, universitaires, plasticiens, musiciens ou écrivains, jeunes chercheurs, dont plusieurs ont, dans leurs pratiques, bénéficié du travail de Jean Ricardou, et beaucoup ont diversement œuvré à ses côtés. Il est largement ouvert aux étudiants, aux enseignants, aux pédagogues, ainsi qu'à tous ceux qui souhaitent apprendre à mieux écrire pour mieux comprendre et pour inventer.

Les journées ne seront pas distribuées selon une progression chronologique ni un découpage thématique, mais selon des groupements susceptibles de faire apparaître, grâce à divers points de consonances entre des interventions variées, les aspects communs aux différentes facettes du travail examiné. En regard des conférences, traitant d'un problème général, comme la production de récits, les ateliers d'écriture ou la traduction, figureront des tables rondes et des interventions plus ponctuelles, offrant l'analyse des structures propres à un objet particulier, qu'il s'agisse d'un récit, d'une œuvre d'art, d'un document publicitaire, débouchant le cas échéant sur la proposition d'un perfectionnement, selon la démarche du RAPT (Récrit Avisé par la textique), propre à la textique. Logiquement, l'éventail des activités conjuguera la pratique avec la théorie, incluant un atelier d'écriture, basé sur un programme de règles inspiré de celui que Jean Ricardou avait élaboré pour les séminaires annuels de textique, tandis que plusieurs installations, en lien étroit avec la circonstance, seront mises en place par des plasticiens, dans et hors de l'enceinte du Centre culturel.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 31 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 1er août
Matin
ÉCRITURE DE LA PRATIQUE À LA THÉORIE
Mireille CALLE-GRUBER : Jean Ricardou dans le rétroviseur du Nouveau Roman
Jean-Christophe TOURNIÈRE : "Jean Ricardou" : écrits, théorie

Après-midi
La fiction et ses enjeux, table ronde animée par Mireille CALLE-GRUBER, avec
Claudia BOULIANE : La poétique touristique de Jean Ricardou
Jeanne CASTILLON : Les fabriques de la fiction. Les dispositifs conducteurs de Jean Ricardou à Claude Simon
Giuseppe CRIVELLA : L'observatoire de Cannes ou comment décrire une description ?

Vernissage de l'exposition "Archives Jean Ricardou" (IMEC)

Soirée
Claudy MALHERBE : Nouvelles accointances d'un texte et d'une musique (partie I)


Vendredi 2 août
Matin
PÉDAGOGIE DE L'ÉCRITURE
Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture ricardolien, une utopie durable
Paul LÉON : Liserons et écriverons

Après-midi
Problèmes de la contrainte, table ronde animée par Hermes SALCEDA, avec
Rémi SCHULZ : Coïncidences ricardoliennes
Bernardo SCHIAVETTA : Trouver l'impensé : invention de la forme, invention du sens

Atelier d'écriture
Non sans une certaine adresse, par Daniel BILOUS

Soirée
Claudy MALHERBE : Nouvelles accointances d'un texte et d'une musique (partie II)


Samedi 3 août
Matin
ROUSSEL ET RICARDOU
Sjef HOUPPERMANS : Relire La prise de Constantinople à partir de Roussel
Christelle REGGIANI : Ricardou lecteur de Roussel
Hermes SALCEDA : Quelques enjeux théoriques de l'écriture roussellienne

Après-midi
Écrire l'espace, intérieur, extérieur, table ronde animée par Edith HEURGON & Jean-Christophe TOURNIÈRE, avec
Sandra SIMMONS : La Marge Émerge
Quentin LAZZARESCHI & Joana TEULE : Pas très loin [performance-visite]
Nicolas TIXIER : Un Ricardou édifiant
Stéphanie BALDISSAR : La déco décodée

Soirée
Communications, pièce radiophonique de Jean RICARDOU


Dimanche 4 août
Matin
L'ÉCRITURE AUGMENTÉE
Marc AVELOT : L'homme sans ombre. Esth-éthique de Jean Ricardou
Johan FAERBER : Ricardou après la littérature

Après-midi
Initiation à la textique
Avec Gilles TRONCHET et quelques RAPT (Récritures Avisées Par la Textique)

Écrire, entre langues et cultures, table ronde animée par Gilles TRONCHET, avec
Bente CHRISTENSEN : Traduction ou ré-écriture — versions norvégiennes d'Alain Robbe-Grillet, Topologie d'une cité fantôme et de Jean Ricardou, La prise / prose de Constantinople
Didier COSTE : Si par un jour d'été un spectateur

Atelier d'écriture
La prison libératrice, avec le Collectif Textique

Soirée
Pétanque


Lundi 5 août
Matin
TEXTIQUE : ANALYSE ET TRANSFORMATION
Daniel BILOUS : Une carambole texturale [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Laurent LIENART : Tribalisme dans Les Lieux-dits

Après-midi
Métastructures dans les arts plastiques, table ronde animée par Marc AVELOT, avec
Johanna GOSSART : Séries noires, carrés blancs, etc.
Alain LONGUET : Un parcours interactif du Paradigme d'Albert Ayme
Jean-Claude RAILLON : Débords

Atelier d'écriture
La prison libératrice, avec le Collectif Textique

Soirée
Daniel BILOUS : Félix le Chat médite et autres mécanomates


Mardi 6 août
Matin
DÉPLOIEMENTS DE LA TEXTIQUE
Isabelle ALFANDARY : Il n'y a pas de hors-textique
Gilles TRONCHET : Matériaux pour la théorie

Après-midi
ÉCRITURE DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE
Anne-Marie PETITJEAN : Quelles théories de l'écrit pour les formations en écriture créative ?

Atelier d'écriture
La prison libératrice, avec le Collectif Textique

Soirée
La parole à Jean RICARDOU, diffusion audio


Mercredi 7 août
Matin
Présentation des projets éditoriaux, par Marc AVELOT
Perspectives de recherches en textique, par Gilles TRONCHET
Discussion générale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Marc AVELOT : L'homme sans ombre. Esth-éthique de Jean Ricardou
L'insistance d'énoncés normatifs dans les écrits de Jean Ricardou laisse supposer que sous-jacent à leur visée conceptuelle ou descriptive existe tout un ensemble de valeurs dont l'organicité dessine une véritable éthique. L'objet de cette contribution sera de mettre à jour cette "esth-éthique" de Jean Ricardou et de s'interroger tout à la fois sur son statut, son efficace et ses limites.

Stéphanie BALDISSAR : La déco décodée
Il s'agira de voir comment la Textique, initiée par Jean Ricardou et considérée comme une théorie de l'espace traitant "l'écrit" au sens large, peut trouver une application concrète dans un domaine pour le moins inattendu, en l'occurrence celui de la décoration intérieure. Le tout en partant d'une phrase de Vincent Van Gogh : "Peindre une robe jaune, non parce qu'elle est robe, mais parce qu'elle est jaune".

Stéphanie Baldissar est professeur certifiée de Lettres Modernes depuis 12 ans, titulaire d'un Master Recherche Mention Langues, Littératures et civilisations, participante au Semtext et membre du Cortext depuis 2002, membre du Collectif Textique depuis 2016. Participation au Forum organisé en la mémoire de Jean Ricardou en 2017 suivie de la parution d'un article dans "Présents de Jean Ricardou" : "(R)apports collectifs". Participation au colloque "L'écriture mimétique" en novembre 2008 et publication d'un article dans les actes : "Agnos/tics : ou comment douter du style de Mauriac en imitant les tics de Mauriac".

Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture ricardolien, une utopie durable
Nouveau romancier, critique et enseignant, Jean Ricardou a inventé un dispositif didactique fondé sur l'atelier d'écriture et basé sur une théorie matérialiste de la pratique scripturale qui conjugue les savoirs d'expérience et les savoirs d'action des écrivains et des enseignants. Nous montrerons en quoi ce dispositif a inauguré une utopie durable, qui a pour objectif une démocratisation de l'écriture créative, fondée sur une approche innovante de type transformatif et collaboratif et un renversement des valeurs communément attribuées à l'écrit et à la pratique de l'écriture. Cette conception de l'atelier d'écriture a contribué à démystifier l'écriture créative, en la décentrant de la sphère de la production littéraire, dans une perspective intermédiale, interartiale et interdidactique, ce qui en a fait un objet d'apprentissage et un outil de résilience scolaire, sociale, et médicale toujours actuel.

Nicole Biagioli est professeur émérite de langue et littérature française au CTEL (Centre Transdisciplinaire de recherche sur la Littérature et les Arts Vivants, à l'université de Nice). Formée aux ateliers d'écriture par Claudette Oriol-Boyer et Jean Ricardou, elle a participé à la création de la revue Texte en Main. Elle est l'auteur de publications sur l'œuvre de Jean Ricardou et de Michel Butor, sur la didactique de l'écriture littéraire et sur l'écriture créative.

Daniel BILOUS : Une carambole texturale
Le concept de représentation étant peut-être plus sûrement identifiable quand il s'agit d'images visuelles, on s'appliquera à lire selon la Textique certaine affiche publicitaire due à l'art d'Eugène Ogé et datée de 1910, pour les Billards Brunswick [visible en ligne]. Si un grand nombre d'éléments y ressortissent directement ou indirectement à l'installation d'une "scène de genre" reconnaissable, il en est d'autres qui, et de façon spectaculaire, échappent résolument à cette détermination et, par là, ambiguisent puissamment la réception de l'image. Ce sera l'occasion d'observer la dialectique entre une visée représentative promotionnelle et le régime particulier que la discipline appelle "métareprésentatif".

Daniel BILOUS : Félix le Chat médites et autres mécanomates
Jean Ricardou appréciait le sympathique héros d'Otto Messmer, qui n'agit jamais sans une mûre réflexion, et dont les ressources imaginatives préfigurent souvent ce que la modernité pourrait bien saluer en fait d'invention fictionnelle. En hommage à l'écrivain, ce mécanomate saisit le Chat marchant de long en large, en pleine cogitation.

Claudia BOULIANE : La poétique touristique de Jean Ricardou
Tout au long des "Trente Glorieuses", le tourisme de masse alors en plein essor occupe de plus en plus de place dans la société française. Il est fréquemment représenté dans la littérature, qui s'empare du prêt-à-penser propre à l'époque sur la question de cette pratique sociale pour l'interroger, le mettre à distance, le détourner ironiquement, en souligner les bévues avec humour, en faire la critique. C'est le cas de L'observatoire de Cannes que publie Jean Ricardou en 1961, qui fait table rase des clichés alimentés par les discours prescriptifs quant à la manière d'occuper le temps libre. Il s'agira, dans un premier temps, de procéder à la microlecture des intertextes publicitaires ainsi que des jeux avec leurs formes-sens et leurs mots de passe, de manière à montrer comment il s'attache à "démasquer" le lieu mythique du développement du tourisme balnéaire en France, comme le suggère cette image récurrente dès l'incipit du roman et qui sert également à illustrer des notions de Pour une théorie du nouveau roman. Il sera question, dans un second temps, du rôle particulier du premier roman dans le processus d’expérimentation stylistique à la suite duquel seront formulés les principes avancés dans les premiers ouvrages théoriques de Ricardou.

Claudia Bouliane est professeure adjointe à l'université d'Ottawa. Elle est spécialiste de la littérature française du XXe siècle. Elle a publié l'ouvrage L'adolescent dans la foule : Aragon, Nizan, Sartre aux Presses de l'université de Montréal en 2018. Son projet de recherche actuel porte sur les représentations littéraires des "Trente Glorieuses du tourisme" (1950-1980). Elle a déjà fait paraître des articles et donné des conférences sur la question de la mise en texte du phénomène social qu'est le tourisme de masse.

Bente CHRISTENSEN : Traduction ou ré-écriture – versions norvégiennes d'Alain Robbe-Grillet, Topologie d'une cité fantôme et de Jean Ricardou, La prise/prose de Constantinople
En tant que traducteur littéraire, on est confronté à une multiplicité de textes; de différents auteurs, de différentes langues et cultures, de différentes époques. Pourtant, il existe une constante : la traduction de ces textes est possible, même si le traducteur doit utiliser tout son savoir et travailler assidûment. Il est très rare de rencontrer un texte littéraire qu'on peut qualifier d'intraduisible. Le Nouveau Roman français a produit des textes qui posent des problèmes redoutables au traducteur, car la langue y est devenue un matériau qui a une valeur intrinsèque, qui n’est pas uniquement un moyen pour évoquer un contenu. On doit prendre en considération la manière de dire, pas seulement ce qui est dit. Néanmoins, il est possible, dans la plupart des cas, de trouver des solutions à des problèmes qui se posent en traduisant ces textes. Ce qui m'intéresse ici, est ce qui arrive quand on se trouve face à un texte qui ne se laisse pas restituer dans une autre langue sans être profondément modifié, sans être "ré-écrit". Pourquoi est-ce que ce texte est "impossible" à traduire ? Quelles sont les caractéristiques d'un tel texte ? Pour sonder ces questions, je vais prendre appui sur ma propre pratique. Il y a quelques années, j'ai traduit Topologie d'une cité fantôme d'Alain Robbe-Grillet. C'est un texte parfois compliqué à traduire, mais il n'est pas impossible de le rendre en norvégien d'une façon adéquate. Quand j'ai voulu m'attaquer à La prise/prose de Constantinople de Jean Ricardou, j'ai rencontré des problèmes d'une autre envergure. Même si ce texte offre une (ou plusieurs) histoire(s) — entre autres la conquête de Constantinople en 1204 et l'expédition d'un groupe de linguistes dans le parc d'un château — il est tellement basé sur la matérialité de la langue française que le traducteur doit parfois baisser les bras. En comparant Topologie d'une cité fantôme et La prise/prose de Constantinople, je vais essayer de voir à quel moment la matérialité du texte prend le dessus, à cerner les limites du traduisible. Je vais également présenter des propositions de ré-écriture de passages de La prise/prose de Constantinople, pour voir les pertes et les gains d'une telle pratique.

Didier COSTE : Si par un jour d'été un spectateur
Tout en étant historiquement située dans le parcours d'une vaste mouvance formaliste et métafictionnelle — de Mallarmé aux oulipiens actifs d'aujourd'hui, en passant, en dehors du Nouveau Roman, par Nabokov et Barth, Blanchot et des Forêts —, l'œuvre littéraire de Jean Ricardou, de L'Observatoire de Cannes à La Cathédrale de Sens, avec la minutiosité de ses (ar)rangements verbaux, déploie un plus complet arsenal de résistance au récit que quasiment toute autre connue. Ses artifices de composition, comme et plus encore que les procédés de Raymond Roussel, sont de ceux qui, en dépit de l'invitation didactique à la réécriture, la barrent, en particulier sous les espèces de la traduction interlinguistique. Animés, paradoxalement, par la haine du mouvement qui déplace les lignes, les dispositifs ricardoliens de production du texte n'échappent pourtant pas plus aux effets de représentation et de translation que les marges du surréalisme (Huidobro) ou le lettrisme (Isidore Isou) n'ont pu, bien antérieurement, échapper aux effets de sens. Tout se joue, sous couvert de matérialisme du signifiant, dans une extrémiste tension entre forclusion et transgression, dans des "mécanismes de fascination" proches de ceux proposés par Robert Lapoujade. Le lecteur de Ricardou sera donc toujours un lecteur malgré lui, poussé dans ses retranchements, appelé à mettre en œuvre son désir de Réel against all odds.

Giuseppe CRIVELLA : L'observatoire de Cannes ou comment décrire une description ?
Dans ce roman publié en 1961, la description fonctionne comme un graphe de métamorphoses d'un logos interminablement référé à soi-même. L'observatoire de Cannes est alors l'histoire d'une pratique descriptive dont les mots et les images véhiculées s'entre-répondent strictement, l'histoire d'une tranche narrative indéfiniment traduite en d'autres tranches narratives homologues entre elles mais tout à fait inassimilables l'une à l'autre, l'histoire de systèmes auto-référés — donc apparemment fermés — se référant à d'autres systèmes — donc ouverts — mais se référant à de nouveaux systèmes auto-référés. L'observatoire de Cannes devient l'histoire de formes prenant sens dans un système, donc enveloppées et englobées dans un réseau spécifique d'articulations, mais parfois et comme tout à coup, prenant un autre sens que celui d'origine, dépassant leur auto-référence intérieure et donc évoluant à l'extérieur de toute coordonnée systématique, comme une excroissance pathologique, vers une nouvelle référence trans-systématique intérieure à la réticulation verticale des correspondances croisées qui ne cessent de se multiplier et de confondre les plans sur lesquels la description se pluralise, comme un rayon perdu à la recherche de son miroir…

Giuseppe Crivella, PhD en phénoménologie (Université de Pérouse). Membre de la Société Philosophique de Bourgogne. Rédacteur de la revue de philosophie Kaspar Hauser. Come si accede la pensiero. Auteur de plusieurs essais portant sur Alain Robbe-Grillet, Michel de Montaigne, Michel Butor, Roland Barthes, Maurice Blanchot et bien d'autres. Spécialiste de philosophie contemporaine française et allemande, il a traduit en italien des textes de Jean-Jacques Wunenburger et Michel Henry, Dominique Pradelle et Roger Caillois, Jean Baudrillard et Roland Barthes. Son dernier travail se concentre sur la dimension de l'anté-prédicatif dans la phénoménologie husserlienne de l'espace (Verso le matrici antepredicative della fenomenologia trascendentale, éd. Mimesis, Mai 2018).

Johanna GOSSART : Séries noires, carrés blancs, etc.
L'intervention s'intéressera à l'examen de la suite "Paradigme", réalisée par l'artiste peintre Albert Ayme et éditée dans l'ouvrage du même nom, examen minutieusement conduit par Jean Ricardou, dans un texte repris au sein de la Revue des Sciences Humaines sous le titre "L'effervescence du virtuel". Elle s'articulera autour de trois questions : la matérialité de l'ouvrage et l'œuvre d'abord, les précautions critiques et idéologiques du scripteur ensuite, et la démarche analytique du théoricien enfin.
Il s'agira ainsi de mettre en évidence certaines des relations existant entre la méthode de l'examen et la théorie Textique élaborée plus tard, et ressortissant à ce qu'il est loisible de nommer, imitant le premier intitulé de la contribution offerte par Jean Ricardou lors du colloque de Cerisy "Albert Ayme et le paradigme en peinture" qu'il dirigea en août 1982, "les suites d'une idée".

Bibliographie
Paradigme (œuvre à croissance illimitée à partir d'un unique carré), œuvre d'Albert Ayme et texte de Jean Ricardou, Éditions Traversière, 1976.
"Peinture politique" par Jean Ricardou, édité dans une brochure de la galerie Carmen Martinez.
"Cristal qui change" (initialement "Les suites d'une idée"), Jean Ricardou au Colloque de 1982 (Cerisy).
Écrits d'un peintre (pour un statut propre à l'abstraction), Albert Ayme, Éditions Traversière, 1962-1997.
"Les paradigmes d'Albert Ayme", Gérard-Georges Lemaire, Magazine Littéraire, septembre 1977.
Théorie de l'art moderne (une conception structuraliste de la peinture), Paul Klee, 1924, Bibliothèque Médiations.

Sjef HOUPPERMANS : Relire La prise de Constantinople à partir de Roussel
Ou plutôt relire la Prose de Constantinople avec Roussel. En effet, compagnon de route qu'on admire et dont on se méfie à l'occasion, Roussel fascine par son étrangeté familière, par son jeu entre mots et images, entre vie et mort. Par toute une série de lectures exemplaires Jean Ricardou a témoigné de son intérêt suivi pour l'œuvre roussellienne. Pourtant nous pouvons supposer que son œuvre de fiction — pour autant que cette répartition peut servir de formule de travail — a été contaminée par cette fréquentation assidue. Nous ne serons pas étonnés néanmoins si les traces de ce commerce sont parfois dissimulées. Un cas remarquable se présente justement pour ce roman majeur qu'est La Prise de Constantinople. Comme en fait preuve un numéro de Tel Quel, une archi-exergue de cette fiction a été empruntée à Roussel. C'est la hie qui de cette manière s'impose comme génératrice, par immaculée conception s'entend, car sa virginité de demoiselle concurrence celle de la mariée de Marcel Duchamp. Les conséquences textuelles, para-isomorphiques, sont diverses, ludiques, passionnantes.

Sjef Houppermans est professeur émérite de l'université de Leiden (Pays-Bas). Il poursuit des recherches en littérature moderne et contemporaine s'appuyant sur des approches stylistiques et psychanalytiques. Il est l'auteur de livres sur entre autres Proust, Beckett, Robbe-Grillet, Ollier, Camus, Simon…
Publications
Raymond Roussel. Écriture et Désir, Éditions José Corti, 1983.
A coordonné le numéro 7 des Cahiers Raymond Roussel (2019).
Recueil : Écritures du désir.

Quentin LAZZARESCHI & Joana TEULE : Pas très loin [performance-visite]
Mettre en place une relation textuelle avec un espace, à investir en dehors de la page.
En point de départ, une boîte aux lettres installée pour écrire à un mur.
Des mots adressés à un espace.
C'est un parcours, un courrier qui chemine et traverse des temporalités, des territoires.
La relation épistolaire précède l'intervention sur le lieu : elle s'inscrit de manière pérenne, consiste en un écrit comme peut l'entendre la textique.
Une appropriation.
C'est un travail de contextes, d'allers-retours, de distances et de proximités.
Il est évolutif, à alimenter.
Cette intervention est restituée par une présentation orale, construite et scénarisée à partir d'un corpus d'éléments, de lettres, de relations, qui, une fois liées, constitueront l'ensemble de la proposition.

Quentin Lazzareschi est artiste, auteur d'un travail centré sur les questions de visibilité — en tant qu'art; les contextes; les situations: avec des actions, des interventions, des déplacements; la création d'objets — en tant que sculptures; la documentation: avec des photographies, des textes; du récit. Il travaille dans plusieurs départements et dans plusieurs disciplines. Il vit à Saint-Étienne.

Joana Teule est une artiste qui cherche à investir tous les gestes dont procèdent sa vie et son travail de la plus grande attention. Les objets qu'elle construit sont souvent issus d'une logique de concentration, elle cherche à condenser les processus, les moments et les lieux dont ils proviennent. Elle utilise souvent des techniques comme la gravure sur bois, la prospection ou la distillation qui sont autant de moyens de pratiquer sa propre concentration et celles des choses auxquelles elle veut se rendre attentive.
Texte écrit par Pierre-Olivier Dosquet (2018).

Paul LÉON : Liserons et écriverons
"C'est en lisant que l'on devient liseron". La formule a généralement du succès dans les classes. Aussi bien, hasarda un jour Jean Ricardou, citant "le mot aimable de Raymond Queneau", "C'est en écrivant que l'on devient écriveron". Or, en définitive, ce que Jean nous a inlassablement enseigné pourrait bien tenir tout entier, ou presque, dans le mixage croisé de ces deux formules : "C'est en lisant que l'on devient écriveron", "C'est en écrivant que l'on devient liseron", autrement dit : "la lecture est une phase constitutive du procès d'écriture". Ce va-et-vient entre lecture et écriture, Jean Ricardou l'aura initialement expérimenté, ce qui lui valut durablement le dédain des Institutions, en tant que maître de classes élémentaires. Et c'est sans doute la raison pour laquelle le fulgurant théoricien de l'écrit qu'il est par la suite devenu, a su mieux que personne parler — à tous les sens du mot — aux maîtres et à leurs formateurs en dépit des résistances. Lier lecture et écriture, pratique et théorisation dans le cadre d'écritures en atelier, d'"ateliers d'écriture": c'est cette façon de penser et de faire, suivant laquelle "l'écriture est une activité compatible avec le pluriel", qu'il a su communiquer aux enseignants les plus convaincus de la nécessité de pratiquer autrement dans les classes — de "pratiquer" tout court — en les domaines de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Nous rendrons compte ici, feuilletant quelques articles canoniques parus au fil du temps sur ces questions ("Écrire en classe", "Pluriel de l'écriture", "Deviens lecteur le scripteur que tu es", etc., ainsi que la précieuse série des six "Textuelles" publiées entre 1984 et 1989 dans la revue TEM), de diverses notions fondatrices — éminemment opératoires, suivant notre expérience au sein des groupes — dans leurs successives formulations continûment remises en chantier: s'agissant de l'écrit sa double polarité matérielle et idéelle; s'agissant de lecture l'occultation lectorale, la "recouverte", qu'opère celle-ci à l'encontre de celle-là et les stratégies pour la combattre; s'agissant d'écriture la notion de récriture "car c'est en transformant ce qu'(on) a écrit qu'(on) écrit" et celle corollaire de "complexification", de "programme" d'écriture, celle de "Texte"; ou encore cette proposition, exorbitante au regard de l'idéologie ambiante, selon laquelle l'écrivain — l'élève — "n'a nul besoin d'avoir, au préalable, un quelque chose à dire", qu'il est avant tout "celle ou celui qui accepte l'apport spécifique de l'écrit dans la formation de sa pensée".

Laurent LIENART : Tribalisme dans Les Lieux-dits
Parmi toutes les luttes qui s'opèrent au sein du roman de Jean Ricardou, Les Lieux-dits, il en est une qui semble quelque peu méconnue, en l'occurrence celle que se livrent les langues tribales. Avec patience, il s'agira de l'analyser, autrement dit, pour la textique, de la déméconnaître.

Alain LONGUET : Un parcours interactif du Paradigme d'Albert Ayme
Plus de trois décennies après le colloquede Cerisy "Albert Ayme et le paradigme en peinture", dirigé par Jean Ricardou, la technologie informatique permet de porter un regard actualisé sur cette œuvre emblématique d'Albert Ayme, qui reste aux yeux de tous un repère exemplaire de modernité artistique. Accompagné des textes de Jean Ricardou, ce parcours interactif de Paradigme, en présentant les multiples aspects de la combinatoire de cette œuvre générative. sera une façon de redécouvrir le tressage subtil qui a uni ces deux auteurs. Ce projet pourrait aussi prendre la forme d'une installation numérique (borne ou projection, présentée pendant le colloque).

Alain Longuet est photographe, vidéaste, artiste et ami du peintre Albert Ayme. Il a réalisé de nombreuses prises de vues photographiques de ses œuvres pour les publications des éditions Traversière. Dès 1990, un premier portage de Paradigme pour ordinateur a été réalisé sur IBM-PC. Une deuxième version a été présentée en Arles à l'occasion de la Rétrospective Albert Ayme de 2007 au Musée Réattu. La dernière actualisation date de 2018. Elle vient d'être présentée à la Galerie Victor Sfez du 23 sept. au 10 nov. et à la Galerie Abstract Project du 19 nov. au 2 déc. 2018.

Anne-Marie PETITJEAN : Quelles théories de l'écrit pour les formations en écriture créative ?
Dans cette intervention, j'interrogerai la place de la théorisation dans les cursus de création littéraire qui ont émergé en France depuis 2012 et sont mieux connus des universités anglo-saxonnes. Prenant appui sur un intérêt croissant pour la pratique au détriment de la conceptualisation, les formations universitaires en écriture créative s'écartent de l'ambition théoricienne qui animait Jean Ricardou; il est pourtant possible de reconnaître, dans son parcours de théoricien-créateur, une cohésion des perspectives critiques, didactiques et auctoriales qui intéresse particulièrement les recherches actuelles sur la conscientisation du geste de création littéraire. C'est cette cohésion que nous chercherons à décrire dans les pratiques contemporaines des cursus littéraires en France, à partir de l'expérience d'enseignement et de recherche menée depuis une dizaine d'années à l'université de Cergy-Pontoise par une équipe d'enseignants-chercheurs. Elle nous permettra d'envisager une filiation de la recherche académique en écriture créative avec la tradition des ateliers d'écriture français largement portée en son temps par Jean Ricardou.

Anne-Marie Petitjean est maître de conférences en Langue et Littérature française à l'université de Cergy-Pontoise, Laboratoire Agora, Master lettres & DU Écriture créative et Métiers de la rédaction.
Bibliographie
Oriol-Boyer, C., Bilous, D. (dir.), 2013, Ateliers d'écriture littéraire, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann Éditeurs.
Petitjean, A.-M., 2017, "Une conception bien française de l'atelier d'écriture", Forum Jean Ricardou, Collège International de Philosophie, Centre Culturel International de Cerisy, M. Avelot, M. Calle-Gruber, E. Heurgon (dir.), Paris, 21 avril 2017.
Petitjean, A.-M., 2018, "La formation à la conduite d'ateliers d'écriture comme facteur de réflexivité critique sur les processus de création", Les Cahiers d'Agora, n°1 [en ligne].
Ricardou, J., 1989, "Écrire à plusieurs mains", in Pratiques, n°61, pp. 111-117.
Ricardou, J., 1992, "Pluriel de l'écriture", in Ateliers d'écriture, Colloque de Cerisy, C. Oriol-Boyer (dir.), Grenoble, L'Atelier du Texte (Ceditel), p. 22.

Jean-Claude RAILLON : Débords
Il est loisible de distinguer deux façons pour une œuvre plastique de gérer l'espace qui s'impose à elle comme une contrainte foncière. L'une consiste à discrètement s'en accommoder. L'autre consiste à exposer la contrainte comme telle pour en jouer. La présente contribution se propose de fournir sous cette vue l'analyse comparée d'un couple d'outrepassements remarquables, le premier qu'offre, dans sa partie inférieure droite, certain bas-relief roman, le second qu'offre, dans sa partie inférieure droite, certain panneau du retable de l'Agneau mystique par les frères Van Eyck. L'étude sera conduite à la lumière du concept textique d'ortho(plasto)texture.

Christelle REGGIANI : Ricardou lecteur de Roussel
L'œuvre de théoricien de la littérature (et plus généralement des systèmes de signes) de Jean Ricardou n'a pas été séparée de son activité critique, s'agissant en particulier de ses auteurs de prédilection, au premier rang desquels a figuré Raymond Roussel. On se propose donc d'examiner de près l'ensemble des écrits que Jean Ricardou a consacrés à Roussel, pour tenter de mettre au jour les enjeux de cette activité critique poursuivie tout au long de l'itinéraire intellectuel de Ricardou.

Christelle Reggiani est professeure de stylistique française à la faculté des lettres de Sorbonne Université.
Publications
Rhétoriques de la contrainte. Georges Perec, l'Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions InterUniversitaires, 1999.
Éloquence du roman. Rhétorique, littérature et politique aux XIXe et XXe siècles, Genève, Droz, 2008.
L'Éternel et l'Éphémère. Temporalités dans l'œuvre de Georges Perec, Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.
Poétiques oulipiennes. La contrainte, le style, l'histoire, Genève, Droz, 2014.
Elle a également dirigé l'édition des Œuvres de Georges Perec dans la "Bibliothèque de la Pléiade" des éditions Gallimard (2017).

Hermes SALCEDA : Quelques enjeux théoriques de l'écriture roussellienne
L'intérêt de Jean Ricardou pour Roussel a été récurrent et s'est prolongé dans le temps puisqu'une quarantaine d'années séparent la première étude qu'il lui a consacrée (1971) de la dernière (2012). Roussel exerçait sur Jean Ricardou une certaine fascination qui l'amenait à revenir sur ses textes pour les mettre à l'épreuve des concepts théoriques du matérialisme textuel qu'il a élaboré. À la loupe de l'examen ricardolien l'écriture roussellienne est souvent ressortie à la fois comme une tentative novatrice et contradictoire. Novatrice parce que le Procédé a posé les bases d'une pratique matérialiste de l'écriture, et contradictoire parce que l'auteur avait affirmé, en même temps, sa volonté de se construire en tant que tel. L'écriture de Roussel, ainsi tendue entre le matérialisme du Procédé et l'affirmation de l'ego de l'auteur, aurait basculé dans l'idéologie de l'expressivité. Pourtant, malgré ses contradictions, Roussel semble résister particulièrement bien à la récupération par le monde académique dans lequel sa place reste marginale. J'adopterai le point de vue inverse de celui de Jean Ricardou pour interroger les aspects qui font que Roussel résiste aux tentatives de récupération par le système littéraire au point que sa réception s'est déplacée vers le monde des arts plastiques. Il s'agira, en somme, de relever les lieux qui continuent de faire de Roussel un espace de choix pour des batailles théoriques entre des positions bien tranchées.

Bernardo SCHIAVETTA : Trouver l'impensé : invention de la forme, invention du sens
Depuis mes toutes premières lectures de Ricardou et jusqu'à aujourd'hui, je peux et je dois décrire ma position en tant qu'écrivain avec ces phrases à lui, celles qui dès 1973 m'ont permis de comprendre ce que j'avais commencé à faire (non pas à vouloir dire, à vouloir faire) : "loin de ce mythique personnage tout-puissant qui projetterait sur la feuille, avec un bonheur inégal, tel sens dont il aurait la propriété, l'écrivain est peut-être celui qui, par l'écriture, se lie si étrangement au langage, qu'il se trouve aussitôt immensément démuni et de soi et du sens (…) Il peut se lire et se relire: tel texte, irrécusablement de lui, c'est comme s'il avait été écrit par quelque autre" (Le Nouveau Roman, Seuil, 1973, p. 15). Toutefois, pendant cette longue période, il y a eu, entre mes pratiques d'écriture et l'évolution des idées de Ricardou, autant de coïncidences que d'écarts. Ces discordances et concordances, fécondes sur le plan de l'invention, seront le thème de mon exposé.

Rémi SCHULZ : Coïncidences ricardoliennes
Les noms des huit Lieux-dits de Ricardou ont été choisis afin que, disposés en ordre alphabétique, ils forment un carré dont la diagonale permet de lire le quatrième lieu, BELCROIX. Après coup, Ricardou s'est avisé qu'il y avait bien davantage dans sa grille que ce qu'il avait programmé. Il y a consacré diverses interventions, qui ont en partie nourri Le théâtre des métamorphoses. Après avoir fait le point sur ce qui est connu, je me propose de montrer qu'il y a bien davantage encore.

Venu tardivement à l'écriture, Rémi Schulz a publié un roman en 2000, ainsi que divers articles et nouvelles dans diverses revues. Découvrant Ricardou très récemment, il s'est avisé de multiples correspondances entre leurs écritures. Ce qui l'a conduit à achever un vieux projet, ricardolien sans le savoir, en ligne ici : http://novelroman1908.blogspot.com/.

Sandra SIMMONS : La Marge Émerge
Lors de plusieurs séminaires de textique, à Cerisy, un travail collectif a pu faire évoluer une forme d'écriture nouvelle que j'ai mise en place et qui se nomme les "margelles". Jean Ricardou, qui a lui-même œuvré comme plasticien et s'est intéressé tout au long de ses travaux aux productions de divers artistes, a prêté aux "margelles" une grande attention et a fourni ses conseils, avisés par la textique, pour leur mise au point. À l'occasion de ce colloque, une transformation sera expérimentée dans l'étable, proche du château, qui accueille des expositions : il s'agit de rendre moins illisible, grâce à un dispositif signalétique, une déclivité du sol peu repérable pour les visiteurs qui risquent de s'y tordre la cheville ou de tomber. Du point de vue de la textique, cette intervention peut s'entendre comme une récriture qui à la fois devrait permettre de moins mal appréhender les caractéristiques du lieu et d'en perfectionner l'accès pour l'utilité de chacun.

Nicolas TIXIER : Un Ricardou édifiant
Jean Ricardou n'a pas fait qu'accueillir l'architecture et la question urbaine au sein des séminaires de Textique à Cerisy (2000 et 2001), il a participé directement à des réflexions urbaines sur au moins un projet, celui du développement Ouest du site de La Défense à Paris. À partir de quatre courriers, qui sont comme autant de contributions datant du début des années 90 adressées au Groupe de réflexion sur l'Ouest de la Grande Arche de La Défense, on regardera comment Jean Ricardou au sein de ce groupe a esquissé une application de la Textique aux questions de projet urbain.

Gilles TRONCHET : Matériaux pour la théorie
Jean Ricardou, durant les années 1970, s'est attaché notamment aux problèmes que pose l'opérativité d'une écriture obéissant à des réglages spécifiques : procédures et méthodes sont interrogées comme les ressorts d'un travail fondé sur le langage et sur les lettres dont les agencements sont aptes à générer de la représentation. La fabrique du texte, terme dont la portée n'était pas encore nettement précisée, est abordée comme le résultat d'un processus opératoire, dont les principaux ressorts se trouvent spécifiés grâce à des concepts. L'hypothèse sera faite qu'une telle recherche préludait à la nouvelle discipline que constitue la textique, théorie unifiante de l'écrit et des opérations d'écriture, à l'élaboration de laquelle Jean Ricardou a consacré l'essentiel de ses efforts des années 80 jusqu'à sa disparition, en 2016. S'efforçant avant tout d'éclairer les mécanismes et les structures de l'écrit, il a suspendu l'examen des opérations productrices. Il s'agira donc, d'une part, de manifester les liens entre l'édifice de la textique et la perspective antérieure, d'autre part, de montrer que celle-ci, fût-ce à l'état d'ébauche, offre à la théorie un matériau fécond, susceptible d'être intégré à la théorie d'ensemble qu'a initiée Jean Ricardou.

Enseignant la langue et la littérature latines à l'université de Nantes, Gilles Tronchet s'est aussi beaucoup intéressé à la théorie de l'écrit et des opérations d'écriture, la textique, initiée par Jean Ricardou. Il a publié en 2012 un ouvrage intitulé Aperçu de la textique et participe actuellement à un travail collectif pour l'édition posthume d'ouvrages de Jean Ricardou, avec notamment Intelligibilité structurale de la page, paru en 2018, et Salut aux quatre coins (Mallarmé à la loupe), à paraître en 2019.