Programme 2019 : un des colloques


SCIENCES, TECHNIQUES ET AGRICULTURES


DU LUNDI 16 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 22 SEPTEMBRE (14 H) 2019

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Patrick CARON, Frédéric GOULET, Bernard HUBERT, Pierre-Benoît JOLY


ARGUMENT :

À l'heure où se reconfigurent les relations entre sciences et sociétés, entre homme, technique et nature, ce colloque vise à faire le point sur le chemin parcouru dans le domaine agricole, et à construire de nouveaux espaces de pensée pour la recherche agronomique. Il constitue le point d'orgue d'un cycle de réflexions conduit en trois étapes sous la forme d'ateliers (en 2018 et 2019). Afin de créer un espace de dialogue pour penser la place des sciences et des techniques en agriculture, il est structuré en 3 axes :

1) Les nouveaux régimes de production des connaissances et des technologies : on traitera de la montée des régulations marchandes et civiques et des controverses associées; les nouvelles formes de management des métiers de la recherche agronomique; la gestion de l'utilité sociale et de l'impact de cette dernière; les changements dans la hiérarchie des savoirs et des disciplines scientifiques (molécularisation, montée de la modélisation et du numérique, place des approches systémiques).

2) Les relations entre les sciences et techniques agricoles et les grands enjeux sociétaux et politiques qui orientent les agendas pour définir des futurs souhaitables. Après un retour sur la révolution verte et sur la façon dont les sciences et technologies l'ont accompagnée, on rendra compte des défis, des transitions et des nouveaux imaginaires qui organisent aujourd'hui les mondes technoscientifiques liés à l'agriculture. L'évolution du financement de la recherche, et la volatilité des concepts ou des paradigmes qu'elle contribue à élaborer, sera également au cœur de la réflexion.

3) Les formes d’organisation de la recherche et des technologies agricoles face aux transformations des mondes contemporains. Des contextes postcoloniaux aux coopérations Sud-Sud, de la science globalisée à la promotion des savoirs locaux, de l'État-Nation aux acteurs privés transnationaux dans la recherche, l'enjeu sera ici de penser les nouvelles formes d'insertion sociales et géographiques des sciences et des techniques agricoles.

Le colloque alternera conférences plénières et ateliers. Des visites et débats seront organisées notamment au Lycée agricole de Saint-Lô Thère et dans plusieurs fermes avoisinantes. Au-delà des contributeurs, il est ouvert à celles et ceux, professionnels et chercheurs, qui s'intéressent aux questions soulevées et souhaitent participer aux discussions.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 16 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 17 septembre
NOUVEAUX RÉGIMES DE PRODUCTION DES CONNAISSANCES ET DES TECHNOLOGIES (I)
Matin
Transformations de l'organisation de la recherche agronomique : enjeux épistémiques, politiques, économiques
Mireille MATT [Inra]
Pierre-Benoît JOLY [Inra, Ifris]

Alternatives, émergences, innovations. Les techniques productives en débat
Frédéric GOULET [Cirad]
Nathalie JAS [Inra, Irisso]

Après-midi
Table ronde 1, animée par Pierre-Benoît JOLY, avec Claude COMPAGNONE [AgroSup Dijon], Benoît DAVIRON [Cirad, Moisa], Jean-Paul GAUDILLIÈRE [Inserm], Raphaël LARRÈRE [Inra] (L'ouverture de possibles techniques hors des sentiers battus) et Catherine PARADEISE [Lisis]

Table ronde 2, animée par Frédéric GOULET, avec Sara AGUITON [Cnrs, Centre Koyré], Stéphane BELLON [Inra], Francis CHATEAURAYNAUD [EHESS], Fabrice CLERC [Atelier Paysan] et Nicolas GIRADIN [AGROOF]

Soirée
Film sur les maïs hybrides, présenté par sa réalisatrice Lucile GARÇON


Mercredi 18 septembre
NOUVELLES FORMES D'ORGANISATION DE LA RECHERCHE ET DE L'INNOVATION DANS UN MONDE GLOBALISÉ (I)
Matin
La réponse de la recherche finalisée aux "grands défis sociétaux"
Marion GUILLOU [Agreenium]
Pierre CORNU [Univ. de Lyon] : Entre biologie intégrative et bioéconomie. Retour sur le basculement systémique de la programmation de la recherche agronomique au tournant des années 2000

Table ronde, animée par Pierre-Benoît JOLY, avec Bernadette BENSAUDE-VINCENT [Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne], Christine CHERBUT [Inra], Philippe LAREDO [Lisis et Univ. de Manchester], Sergio LEITE [Univ. Féd. Rio de Janeiro] et Sylvain PERRET [Cirad, ES]

Après-midi
"HORS LES MURS"
Visites de terrain en trois groupes : exploitations (techno vs agroécolo); laiterie de Gavray; matériel agricole (à préciser)

Soirée
Discussion avec les personnes rencontrées dans l'après-midi


Jeudi 19 septembre
"HORS LES MURS" — AU LYCÉE SAINT-LÔ THÈRE
Matin
Rencontre avec les enseignants et les élèves sur la place des technologies, de l'agroécologie, des enjeux sociétaux, etc. dans la formation

Après-midi
SÉANCE PUBLIC
GOUVERNER LES SCIENCES ET LES TECHNOLOGIES À L'AUNE DES GRANDS DÉFIS SOCIÉTAUX (I)
La sécurité alimentaire comme problème global
Olivier de SCHUTTER [Univ. de Louvain]
Patrick CARON [Cirad]

Table ronde, animée par Bernard HUBERT [Inra], avec Nicolas BRICAS [Cirad, Moisa], Antoine DE RAYMOND [Inra, Irisso], Eve FOUILLEUX [Cnrs, Lisis], Jean-Luc FRANÇOIS [CGAAER], Allison LOCONTO [Inra/Fao] et Sébastien TREYER [Iddri]


Vendredi 20 septembre
Matin
GOUVERNER LES SCIENCES ET LES TECHNOLOGIES À L'AUNE DES GRANDS DÉFIS SOCIÉTAUX (II)
La question animale – La recherche agronomique face aux mobilisations sociales et nouveaux enjeux de société, animé par Benoît DEDIEU [Inra], avec Elsa DELANOUE [Idele], Antoine DORÉ [Inra, Agir], Pierre LE NEINDRE [Inra], Jérôme MICHALON [Cnrs] (La résistible ascension de l'éthique ? Sciences sociales et question animale) et Jocelyne PORCHER [Inra, Innovation] (Cause animale, cause des animaux ?)

DÉMOCRATIE TECHNIQUE : QUELLES FORMES DE MAÎTRISE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES ?
Marie-Angèle HERMITTE [EHESS]
Thomas HEAMS [AgroParisTech]

Après-midi
Édition du génome, table ronde animée par Bertrand HERVIEU [Académie d'agriculture], avec Jean-Christophe GLASZMANN [Cirad, Agap], Christine NOIVILLE [Cnrs] et Selim LOUAFI [Cirad]

Agricultures numériques, table ronde animée par Frédéric GARCIA [Inra, Miat], avec Guy FAURE [Cirad], Nathalie HOSTIOU [Inra, Territoires] et Jérémie WAINSTAIN [Green Data]


Samedi 21 septembre
Matin
NOUVELLES FORMES D'ORGANISATION DE LA RECHERCHE ET DE L'INNOVATION DANS UN MONDE GLOBALISÉ (II)
Gouvernance internationale de la recherche agricole
Étienne HAINZELIN [Cirad]
Bernard HUBERT

Table ronde, animée par Patrick CARON, avec Marc DUPONCEL [CE, DG Agri], Pierre FABRE [CE, DG DEVCO], Guido GRYSEELS [Musée de Tervueren], Catherine MOREDDU [OCDE] et Michel PETIT [IAM-M]

Après-midi
GOUVERNER LES SCIENCES ET LES TECHNOLOGIES À L'AUNE DES GRANDS DÉFIS SOCIÉTAUX (III)
Recherche et technologies agricoles face au changement climatique, animé par Patrick CARON, avec Jean-Paul BILLAUD [Cnrs, Ladyss], Amy DAHAN [Cnrs], John PORTER [Univ. de Copenhague], Jean-François SOUSSANA [Inra] et Jean-Marc TOUZARD [Inra]

NOUVEAUX RÉGIMES DE PRODUCTION DES CONNAISSANCES ET DES TECHNOLOGIES (II)
L'agroécologie en question, animé par Xavier ARNAULD DE SARTRE [Cnrs, Passages], avec Marc BARBIER [Inra, Ifris], Marianne CERF [Inra, Lisis], Niels HALBERG [Univ. D'Aarhus], Jean-Marc MEYNARD [Inra, SAD APT] et Céline PESSIS [EHESS]


Dimanche 22 septembre
Matin
Conclusions, échanges et perspectives

Après-midi
DÉPARTS


PENDANT LA DURÉE DU COLLOQUE :

- Animation transversale, avec la participation de Alexis AULAGNIER [CSO, Sciences Po], Lidia CHAVINSKAIA, Lise CORNILLEAU, Lucile GARÇON, Matthieu HEURTEVENT, Fanny HOWLAND, Clara JOLLY, Sergio MAGNANI, Lucile OTTOLINI, Fiona PANZIERA, Nicolas PRIGNOT, Benjamin RAIMBAULT, Louis RÉGNIER [Inra, UMR Innovation / Écodéveloppement], Esther SANZ SANZ et Celina SLIMI

- "Machines et bâtiments agricoles libres : des Communs en exposition", exposition proposée par Fabrice CLERC [Atelier paysan] (En savoir plus)


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Sara AGUITON
Au croisement des études sociales des sciences et des techniques, de la sociologie des risques et de l'environnement, les recherches de Sara Aguiton portent sur les risques émergents et leur régulation. Sa thèse a été consacrée à l'étude des politiques des risques de la biologie synthétique, et a donné lieu à la publication du livre La démocratie des chimères, gouverner la biologie synthétique paru en 2018 au Bord de l'eau. Ses recherches actuelles portent sur le rôle de l'assurance et de la finance dans le gouvernement des risques climatiques. Elle a récemment publié un article intitulé "Fortune de l'infortune. Financiarisation des catastrophes naturelles par l'assurance" dans la revue Zilsel. Elle est également engagée dans le projet de recherche collective et interdisciplinaire financé par l'IFRIS sur l'économie politique du machinisme agricole en France depuis 1945.

Pierre CORNU : Entre biologie intégrative et bioéconomie. Retour sur le basculement systémique de la programmation de la recherche agronomique au tournant des années 2000
Pensée depuis la création de l'Inra en 1946 sur le modèle d'inspiration fordiste d'une diffusion descendante des résultats scientifiques produits en laboratoire et en domaines expérimentaux vers des secteurs de production bien délimités, la recherche agronomique publique française s'est heurtée à la fin du XXe siècle à une double crise, à la fois de la résistance croissante des bioressources à leur saisie réductionniste, et de contestation par une fraction croissante de la société — consommateurs, citoyens, militants, y compris scientifiques — des produits de cette recherche. Plantes et animaux, intrants et effluents, procès et produits, exploitations et environnement, ne pouvaient plus être considérés par la recherche publique comme les objets distincts d'innovations renvoyant à une rationalité générale incontestable, mais s'affirmaient de manière de plus en plus forte comme les éléments de systèmes dynamiques affectés par des vulnérabilités préoccupantes et par des enjeux éthiques et sociétaux majeurs. Survenant au terme d'un processus historique de libéralisation et d'internationalisation de l'économie de la connaissance, cette crise constituait une menace existentielle pour la recherche publique appliquée à l'agriculture, mise au défi de se réinventer et de se relégitimer à la fois aux yeux de la société, des pouvoirs publics et des mondes économiques, tout en répondant aux menaces systémiques de plus en plus évidentes pesant sur les écosystèmes cultivés. Conçue sur le modèle d'un dialogue entre agents de la recherche agronomique et de son pilotage et historiens, visant à produire une réflexivité historique et prospective partagée sur la gouvernance des biosciences finalisées, cette communication se propose d'éclairer le moment-clé et les enjeux épistémologiques et politiques du cycle de réformes conduit par la direction de l'Inra entre 1997 et 2004 ayant mené à redéfinir sous la forme du tripode "agriculture-alimentation-environnement" et dans une conception ouvertement systémique de l'agir scientifique le domaine de compétences et d'intervention de l'Inra.

Pierre Cornu est professeur d'histoire contemporaine et d'histoire des sciences à l'université Lyon 2, membre du Laboratoire d'études rurales de Lyon. Ses travaux portent sur le développement agricole et rural en France de la fin du XIXe siècle à nos jours, dans son lien avec la dynamique des sciences appliquées et l'émergence de la question environnementale.
Publication
En collaboration avec Egizio Valceschini et Odile Maeght-Bournay, L'histoire de l'Inra entre science et politiques, Quae, 2018.

Antoine DORÉ
L'organisation des activités d'élevage fait aujourd'hui l'objet d'une multitude de recompositions induites par un nombre croissant d'innovations qui bouleversent nos manières de gérer et de gouverner les animaux. Ce diagnostic général est particulièrement saillant dans le cadre des activités de sélection et de reproduction des animaux marquées par deux tournants intimement liés : (1) un tournant génomique (lié notamment au développement du séquençage haut-débit); (2) un tournant informationnel (lié notamment au développement des technologies numériques d'information et de communication). Partant d'un travail d'enquête sur les pratiques et l'organisation de la sélection génomique des vaches laitières en France et aux Etats-Unis, cette communication vise à décrire la manière dont les sciences animales, à travers leur contribution à l'innovation technologique, participent à la transformation des dynamiques de production, de circulation et d'accumulation des valeurs relatives à la maîtrise (productive et non productive) des animaux d'élevage.

Antoine Doré est chargé de recherche en sociologie à l'INRA. Ses travaux portent sur les modalités de gouvernement et de gestion du vivant dans les champs de l'agriculture et de l'environnement. Il s'attache notamment à analyser les modalités de construction des métriques et des standards (biologiques, techniques, informationnels) par lesquels les acteurs coordonnent leurs connaissances et leurs actions relatives à la maîtrise (productive et non productive) des vivants non-humains - en particulier des animaux.
Publication
Doré A., Michalon J. (2017), "What makes human-animal relations "organizational" ? The description of anthrozootechnical agencements", Organization, 24 (6), 761-780.

Nathalie HOSTIOU
Si l'allègement de la charge de travail est mis en avant comme un des facteurs favorisant l'adoption de technologies de précision dans les élevages, ses conséquences sur le travail restent encore peu connues. Le temps parfois gagné avec ces outils est souvent réinvesti dans des tâches de production (augmentation de la taille des ateliers), de pilotage de l'exploitation (surveillance des animaux) ou dans des activités privées. Les éleveurs apprécient surtout la souplesse dont ils disposent pour organiser autrement leur journée et adapter leurs horaires de travail à leur vie familiale. Des éleveurs estiment que la relation homme-animal devient meilleure car les échanges avec leurs animaux sont moins contraints. Les données des capteurs aident à anticiper les événements de la conduite d'élevage et à prévenir les risques, même si l'œil et le ressenti de l'éleveur restent essentiels. Cependant la charge mentale pour gérer les alarmes est parfois source de stress. Si ces technologies comportent des aspects positifs susceptibles d'exercer un attrait pour le métier notamment de jeunes en quête de modernité, elles peuvent se révéler sources d'échecs si elles ne sont pas adaptées aux besoins et aux compétences des éleveurs.

Nathalie Hostiou est chercheure à l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique / UMR Territoires), ingénieure en agriculture (École Supérieure d'Agriculture d'Angers, France, 1998), et docteure en zootechnie (INA-PG, Paris, France, 2003). Elle mène des recherches sur le travail en élevage (conséquences de l'élevage de précision sur le travail des éleveurs, changements dans le travail suite à l'embauche de salariés, évaluation de l'efficience et la flexibilité du travail, rôle des conduites d'élevage pour simplifier le travail des éleveurs, production de méthodes destinées aux conseillers agricoles pour accompagner les éleveurs).

Raphaël LARRÈRE : L'ouverture de possibles techniques hors des sentiers battus
Pour porter remède aux maux dont souffre l'humanité, on ne compte plus de nos jours sur des transformations sociales et politiques, mais sur des solutions techniques. Tout se passe comme si l'imagination technique avait remplacé l'imagination sociale. Cela soulève deux problèmes. D'une part, il est aisé de constater que la plupart des maux dont souffre l'humanité n'ont pas que des solutions techniques et que toute technique ne peut se comprendre qu'inscrite dans une dynamique sociale. D'autre part, le fonctionnement actuel de la recherche technoscientifique tend à canaliser les innovations dans quelques directions au sein desquelles se sont engagés de puissants réseaux sociotechniques. Si bien que l'imagination technologique a eu tendance à s'appauvrir. Le propos sera d'argumenter que, pour se libérer des verrouillages technologiques et ouvrir de nouveaux possibles (par exemple l'agro-écologie ou la permaculture), il faut redonner toute sa place à l'imaginaire social et politique.

Pierre LE NEINDRE
Au cours des quarante dernières années, j'ai été témoin, peut-être acteur, d'évolutions significatives dans nos rapports avec les animaux. En 1970, les éleveurs et les biologistes ont cherché à optimiser l'animal en tant que "machine métabolique". Nos concitoyens devant le développement de ces systèmes ont pris conscience du fait que ces environnements portaient atteintes aux animaux. En 1970, la seule façon de procéder était de s'en tenir à la bientraitance… qui était définie par les professionnels. Les éthologistes avancent que, désormais, il est possible d'évaluer les états mentaux des animaux, et ainsi de caractériser leurs plaisirs, leurs souffrances et leurs attentes et, donc, leur bien-être. On sait en outre aujourd'hui que certains animaux sont conscients d'eux-mêmes, de leur environnement de leurs connaissances, de leur passé et peuvent anticiper l'avenir.

Bibliographie
B. Denis, 2015, Éthique des relations homme/animal, Éditions France agricole, 182pp.
INRA, 2013, Douleurs animales en élevage, Quae, 129pp.
P. Le Neindre, M. Dunier, R. Larrère, P. Prunet, 2018, La conscience des animaux, Quae, 118pp.
P. Mormède, L. Boisseau-Sowinski, J. Chiron, C. Diederich, J. Eddison, J.-L. Guichet, P. Le Neindre, M.-Ch. Meunier-Salaün, 2018, Bien-être animal : contexte, définition, évaluation, INRA prod. Anim., 31 (2), 145-162 [en ligne].

Jérôme MICHALON : La résistible ascension de l'éthique ? Sciences sociales et question animale
Dans cette intervention, je décrirai la manière dont les sciences humaines et sociales, francophones et anglo-américaines, interagissent avec les nouvelles formes de militantisme pro-animaux qui se développent depuis les années 1970. Au moins deux caractéristiques de ce militantisme sont de nature à questionner fortement la recherche en général, et la recherche agronomique en particulier : d'une part, ce militantisme a été alimenté et encouragé par des universitaires (fondateurs de l'éthique animale), et il donné lieu à une production intellectuelle conséquente; d'autre part, il a formulé et diffusé une critique radicale de la condition animale, se focalisant en premier lieu sur la consommation de viandes et de produits animaux (et par-delà, sur l'élevage, "traditionnel" ou "industriel"). Dans le même temps qu'a émergé l'éthique animale, certains chercheurs en SHS ont développé un intérêt pour l'étude des relations humains-animaux. Plusieurs d'entre eux ont, depuis, exprimé leur adhésion ou leur méfiance, partielles ou totales, vis-à-vis de la critique portée par l'éthique animale et le militantisme pro-animaux. Il sera question ici d'analyser ces prises de position, leur origine disciplinaire, leur format, leur registre normatif et la manière dont elles participent à constituer les questions éthiques en point de passage obligé des réflexions sur les rapports aux animaux.

Jérôme Michalon est sociologue, chargé de recherche CNRS à l'UMR Triangle (Université de Lyon). Ses travaux portent sur l'évolution des relations humains-animaux, dans une perspective de sociologie des sciences et de sociologie des mobilisations. Après avoir travaillé sur différents objets (parcs zoologiques, protection animale, pratiques de soin par contact animalier), il s'intéresse actuellement aux rapports entre le militantisme pro-animaux et le monde académique.
Publications récentes
Michalon, J. (2018), Cause animale et sciences sociales : de l'anthropocentrisme au zoocentrisme. La vie des idées, La Vie des Idées [en ligne].
Michalon, J. (2017), "Les Animal Studies peuvent-elles nous aider à penser l'émergence des épistémès réparatrices ?", Revue d'Anthropologie des Connaissances, 11 (3), 321-349.
Doré, A. et Michalon, J. (2016), "What makes human-animal relations "organizational" ? The De-Scription of anthrozootechnical agencements", Organization, 24 (6), 761-780.
Michalon, J., Doré, A. & Mondémé, C. (2016), "Une sociologie avec les animaux : faut-il changer de sociologie pour étudier les relations humains/animaux ?", SociologieS, "Dossiers, Sociétés en mouvement, sociologie en changement", mis en ligne le 07 mars 2016, consulté le 29 mars 2016 [en ligne].
Michalon, J. (2014), Panser avec les animaux. Sociologie du soin par le contact animalier, Paris, Presses des Mines ParisTech.

Michel PETIT
Il s'agira de porter témoignage sur mon expérience à la Fondation Ford en Inde (1975-1977) et à la Banque Mondiale (1988-1998). Dans ces deux institutions, j'ai en effet été mêlé, soit comme observateur proche soit comme acteur directement impliqué, à la gestion du CGIAR (Consultative Group for International Agricultural Research) et à celle des relations entre les centres internationaux de ce groupe et les autres acteurs de la recherche agronomique internationale. Cette expérience permet de remettre en cause, ou au moins de nuancer sérieusement, des idées largement répandues sur le rôle supposé dominant de l'impérialisme américain dans la révolution verte. Je mettrai en particulier l'accent sur la nécessité d'un consensus minimum dans toute action internationale requérant une coordination entre de nombreux acteurs, tout en reconnaissant la fragilité de la notion même de consensus.

Agronome devenu économiste, Michel Petit a été successivement chercheur à l'INRA, Professeur à l'ENSSAA à Dijon, responsable du programme agriculture et développement rural de la Fondation Ford en Inde, Directeur du département "agriculture et développement rural" à la Banque Mondiale. Il est maintenant associé à l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier. Pendant une vingtaine d'années son principal champ de recherche a porté sur les décisions des agriculteurs, étudiées comme composante centrale de leur comportement adaptatif, et sur les conséquences de ces travaux pour la formation des agriculteurs. Il s'intéresse principalement aujourd'hui aux négociations internationales relatives à la libéralisation des échanges agricoles et aux prospectives à long terme sur les agricultures du monde. Président de l'Association Européenne des Économistes Agricoles et de l'Association Internationale des Économistes Agricoles. Il est membre de l'International Food and Agricultural Trade Policy Council (IPC) depuis 1999 et de l'Académie d'agriculture de France depuis 1997. Il préside aussi le conseil scientifique de la Fondation pour l'Agriculture et la Ruralité dans le Monde (FARM) depuis 2006.
Publications récentes
"Les négociations agricoles à l'OMC : Où en sont-elles ? Où vont-elles ?", Cahiers Agricultures, 14,4, 399-403, Juillet-Août 2005.
"Les enjeux de la libéralisation agricole dans la zone méditerranéenne" (avec C. EMLINGER et F.ACQUET), Région et Développement, n°23, 41-72 - "Libéralisation agricole et pays en développement" (coordonné par Michel Petit, Jean-Louis Rastoin et Henri Regnault), 2006.
"Are Geographical Indications a Valid Property Right ? Global Trends and Challenges", Development Rolicy Review, 37, 5, 503–528, 2009 (avec Hélène Ilbert).
"Agro-Food Trade And Policy Issues In The Mediterranean Region", QA-Rivista dell'Associazione Rossi-Doria, n°3, 2009.
"Prospectives, projections, évaluations : supputations sur l'avenir de l'agriculture mondiale", Cahiers Agricultures, 19, 1, 3-5, Janvier-Février 2010.
Pour une agriculture mondiale productive et durable, Quae, 2011, 112 p.
"Tensions et asymétries sur les marchés agricoles quelles régulations ? Perspectives d'avenir", in Regard sur la Terre, Éditions Armand Collin, 2012.
"Agricultures, alimentations et mondialisation : paradoxes et controverses", Natures, Sciences, Sociétés, 21, 56-59, 2013 (avec Bruno Dorin et Jean-Luc François).

Jocelyne PORCHER : Cause animale, cause des animaux ?
La cause animale actuellement hyper médiatisée sert-elle vraiment la cause des animaux ? Je poserai la question en revenant sur la dynamique historique de l'industrialisation de l'élevage et de notre société ainsi que sur la dynamique parallèle de construction de la "cause animale". Le soutien actuel de nombreux théoriciens et militants de la cause animale à l'agriculture cellulaire et au développement de substituts biotech aux produits d'élevage promus par les milliardaires et les multinationales confirme les divergences et tensions entre la cause animale, comme défense des intérêts des classes dominantes, et la cause des animaux comme prise en compte de l'intérêt des animaux dans ce qui nous rassemble, le travail.

Jocelyne Porcher est directrice de recherche à l'INRA. Ses recherches portent sur les relations de travail entre humains et animaux. Avant de devenir chercheure, elle a été éleveure, salariée en production porcine industrielle, technicienne en agriculture biologique. Ce sont ces diverses expériences professionnelles qui lui ont permis de proposer des hypothèses de recherche inédites.
Publications
Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIe siècle, La Découverte, 2014 (poche) [livre traduit en anglais, italien (espagnol début 2020)].
Cause animale, cause du capital, Éditions du Bord de l'Eau, parution septembre 2019.


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[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.