Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


MUSIQUES SACRÉES EN NORMANDIE : RITES ET PRATIQUES
( XIIe - XXIe SIÈCLES )


DU DIMANCHE 18 JUILLET (19 H) AU JEUDI 22 JUILLET (14 H) 2021


Missale ad usum Montis Sancti Michaelis, XIIIe s., Bibliothèque patrimoniale, Ville d'Avranches, Ms 42 f. 437


DIRECTION :

Jean-Baptiste AUZEL, Georges-Robert BOTTIN, Jean-François DETRÉE, François NEVEUX


ARGUMENT :

Les importantes collections encore conservées de manuscrits liturgiques, le récit des visites pastorales, nous montrent que, dès le XIIIe siècle, la vitalité de la musique religieuse est grande dans les églises et abbayes normandes mais, aussi, que grandes sont les difficultés quotidiennes rencontrées dans sa mise en œuvre. Cependant, sa pratique a été, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, un élément structurant de la vie musicale régionale, notamment par le cadre pédagogique qu'elle offrait. Il faut attendre une autre époque, la fin du XIXe siècle, pour qu'un regard historique soit porté par quelques érudits et musicologues sur cette longue histoire.

Depuis la fin du XXe siècle, l'intérêt des musicologues français s'est peu à peu porté sur la vie musicale des provinces françaises, puis, sous l'impulsion d’historiens, les musiciens d'église sont devenus un objet d'étude, en particulier en ce qui concerne le XVIIIe siècle, comme en témoigne l'enquête Muséfrem en cours ("Musiciens d'Église en 1790").

La Normandie a toute sa place dans cette réflexion que ce colloque voudrait mener, sur une longue durée, allant du cadre rituel et institutionnel défini au Moyen Âge jusqu'aux pratiques contemporaines, où se rejoignent l'évolution liturgique, depuis Vatican II, et un contexte culturel où la musique sacrée retrouve étonnamment sa place.

Trois axes se dégagent pour faire un point historiographique sur la musique sacrée en Normandie :
1. Les cadres de la pratique de la musique sacrée : rites, livres et répertoires, typologie des communautés et des musiques ;
2. Les acteurs de la musique sacrée : les professionnels, les organistes, les compositeurs, les assemblées ;
3. Les instruments de la musique sacrée : l'orgue, l'harmonium, les autres instruments et leurs représentations.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Abbaye, Chant, Compositeur, Concert, Création, Église, Festival, Interprétation, Liturgie, Musique, Orgue, Usages


CALENDRIER DÉFINITIF :

Dimanche 18 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Lundi 19 juillet
I - LES RÉPERTOIRES ET LES RITES, DU MOYEN ÂGE À NOS JOURS
Matin
Jean-Baptiste AUZEL : Présentation
Jean-François DÉTRÉE : De l'ordinaire au cérémonial
Guillaume ANTOINE & Louis CHEVALIER : Le chant liturgique du Mont Saint-Michel (XIe-XVe siècles)
Laurence BRISSET & Océane BOUDEAU : Autour du tropaire de Saint-Évroult [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
Frère Maximilien LAUNAY : Le répertoire des Prémontrés de l'abbaye de Mondaye
Christine NEVEU : Au Mont Saint-Michel, le chant des Fraternités Monastiques de Jérusalem

Soirée
"HORS LES MURS" - À COUTANCES
Concert à la chapelle du Sacré-Cœur du collège Guérard (Institut Jean-Paul II de Coutances), musique sacrée normande des XIXe et XXe siècles (Vincent GENVRIN, Françoise MASSET & Julie HASSLER)


Mardi 20 juillet
Matin
Georges-Robert BOTTIN : Les cantiques de pèlerinages dans la Manche (fin XIXe et début XXe siècle)
Bruno CENTORAME : La musique religieuse à l'Institut Saint-Paul de Cherbourg (début XXe siècle)

Après-midi
"HORS LES MURS" - À L'ABBAYE DE LA LUCERNE
SÉANCE PUBLIQUE
Visite de l’abbaye, avec Nicolas LECERVOISIER
Nicolas LECERVOISIER : L'abbé Lelégard et le patrimoine musical normand

II - MUSICIENS ET INTERPRÈTES
Présentation générale de l'enquête Muséfrem en Normandie
Pierre MESPLÉ : Les maîtres de musique des cathédrales normandes
Jean-François DÉTRÉE : Présentation de l'orgue de la Lucerne
Dominique DUMONT, François MOREAU & François NEVEUX : Conférence-Concert à l'orgue autour d'œuvres de compositeurs normands (XVIIIe-XXe siècles)

Dîner sur l'herbe

Soirée
"HORS LES MURS" - À L'ABBAYE DE LA LUCERNE
Concert Festival musical de l'abbaye de la Lucerne : musique médiévale normande (Ensemble De Caelis, dir. Laurence BRISSET)


Mercredi 21 juillet
III - AUTOUR DE L'ORGUE
Matin
Maurice ROUSSEAU : Les Orgues Portatifs à tuyaux polyphones en Normandie
François NEVEUX : Histoire des orgues de Bayeux (XVIIIe-XIXe siècles)
Bernard JEHAN : Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892

Après-midi
"HORS LES MURS" - SÉANCE ILLUSTRÉE DE MUSIQUES TENUES EN L'ÉGLISE DE CERISY-LA-SALLE
SÉANCE PUBLIQUE
Fabrice SIMON : Paul Allix, un organiste compositeur à Cherbourg au XXe siècle [conférence illustrée à l'orgue]
Bernard JEHAN & François LEMANISSIER : Que sait-on des orgues de Saint-Lô ?
François LEMANISSIER : Organiste d'église aujourd'hui, témoignage
"Essai de restitution de la liturgie paroissiale à Cerisy-la-Salle au début du XXe siècle", concert commenté par Henri VALLANÇON, Guillaume ANTOINE et Georges-Robert BOTTIN

Soirée
François DUPOUX : L'harmonium au-delà des salons parisiens [concert-conférence]


Jeudi 22 juillet
IV - DES PRATIQUES EN ÉVOLUTION
Matin
Maurice ROUSSEAU : L'orgue à rouleaux dans les églises, 1800-1850

Musique sacrée et ses usages aujourd'hui, entre cultuel et culturel, table ronde avec Jean-Baptiste AUZEL, Jean-François DETRÉE, Daniel JAMELOT, Christophe JEANSON, François NEVEUX et Maurice ROUSSEAU

Jean-Baptiste AUZEL, Georges-Robert BOTTIN, Jean-François DETRÉE & François NEVEUX : Conclusions générales

Après-midi
DÉPARTS

CONCERTS "POST-COLLOQUES"
- Cathédrale de Coutances (17h) : Récital d'orgue, par François LEMANISSIER et François NEVEUX
- Église Saint-Pierre de Coutances (21h) : "Psaumes et cantiques en français dans la Normandie du XVIIe siècle", par Le Trésor d'Orphée


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Guillaume ANTOINE & Louis CHEVALIER : Le chant liturgique du Mont Saint-Michel (XIe-XVe siècles)
Sanctuaire consacré à saint Michel et lieu de vie canoniale (v. 708) et monastique (966), le Mont Saint-Michel posséda au Moyen-Âge une riche liturgie en partie héritée de l'ordo de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon diffusé en Normandie au XIe siècle. Son cursus canendi est présenté dans plusieurs livres liturgiques, parmi lesquels un missel et un évangéliaire-nocturnal pourvus d'une notation carrée sur lignes ; le rôle des officiers de la liturgie nous est connu par les prescriptions des ordinaires et du cérémonial de l'abbaye. Après avoir établi le catalogue des sources nécessaires à l'étude du chant du Mont Saint-Michel au Moyen-Âge, nous étudierons le chant propre de l'abbaye et sa notation, puis les circonstances de son exécution lors des offices, des processions et des drames liturgiques au long de l'année.
Bibliographie
A. Colk Santosuosso, Letter Notations in the Middle Ages, Ottawa, The Institute of Mediaeval Music, 1989.
D. M. Dolan, Les drames liturgiques de Pâques en Normandie et en Angleterre au Moyen-Âge, Paris, Presses universitaires de France, 1975.
Millénaire du Mont Saint-Michel, T1 : Histoire et vie monastique, J. Laporte (dir.), Paris, Lethielleux, 1967.

Diplômé en direction de chœur et paléographie musicale de l'École internationale du Chœur grégorien de Paris, chef de chœur de la Schola Collegium Normannorum, Guillaume Antoine est prêtre du diocèse de Coutances. Il participe chaque année au "Festival de musique du Mont Saint-Michel et sa baie Via Aeterna".

Chercheur postdoctoral (CRAHAM-Centre Michel de Boüard. Université de Caen Normandie), Louis Chevalier a soutenu en 2019 à l'université de Caen Normandie une thèse d'histoire consacrée à l'étude et à l'édition critique et numérique des deux ordinaires liturgiques du Mont Saint-Michel (XIVe-XVe s.).

Laurence BRISSET & Océane BOUDEAU : Autour du tropaire de Saint-Évroult
Un des principaux monuments musicaux du répertoire normand, le tropaire de l'abbaye de Saint-Évroult (Paris, BnF, lat. 10508), copié au XIIe siècle, comprend un répertoire de tropes de l'ordinaire de la messe, mais aussi d'autres chants pour la messe, notamment des proses. L'objectif de cette communication sera de présenter ce manuscrit en insistant sur ses particularités. Très répandus au Moyen Âge, les tropes, qui consistent en des ajouts textuels et/ou musicaux à un chant préexistant, fascinent par leur procédé de composition et leur inventivité. La notation musicale avec laquelle le manuscrit a été noté sera également étudiée. Cette notation dite "normande", sous-famille des notations françaises, comporte certaines caractéristiques qui s'amenuiseront au XIIIe siècle avec la généralisation des portées et la standardisation des notes qui marquent une certaine homogénéisation notationnelle.

Après des études de clavecin, Laurence Brisset se consacre au chant et obtient un Premier Prix à l'unanimité au CNR de Versailles puis est admise au CNSM de Paris où elle suit le cursus d'Art lyrique. Parallèlement, elle étudie les notations musicales anciennes et participe à de nombreux concerts et enregistrements. En 1998, elle fonde l'ensemble De Caelis dont elle assure la direction artistique. Titulaire du CA de technique vocale, elle partage ses activités entre concerts et pédagogie du chant.

Après ses études au CNSMDP, Océane Boudeau a soutenu sa thèse consacrée à l'office de la Circoncision de la cathédrale de Sens (EPHE, 2013). Elle bénéficie actuellement d'un contrat de recherche auprès de l'Universidade Nova de Lisbonne. Outre son intérêt pour la musique liturgique dans les sources médiévales portugaises et espagnoles, elle continue à travailler sur le plain-chant de la France septentrionale.

Bruno CENTORAME : La musique religieuse à l'Institut Saint-Paul de Cherbourg (début XXe siècle)
Créé en 1907, l'Institut Saint-Paul de Cherbourg est l'héritier du collège de Valognes, séminaire sous l'Ancien Régime ; en 1918, Georges Grente, son supérieur, futur cardinal et membre de l'Académie française, fut sacré évêque du Mans à l'église Notre Dame du Vœu de la ville. Durant l'entre-deux-guerres, l'on y relevait le soin apporté aux cérémonies religieuses, ainsi que la qualité de la vie musicale due au chanoine Jean Richard (1876-1957), professeur d'anglais, directeur et préfet des études à partir de 1930. Maître de chapelle, organiste — un orgue Mutin Cavaillé-Coll fut mis en place dans la chapelle en 1924 — il était également professeur de piano et d'harmonium et constitua une chorale renommée (70 choristes en 1939) ainsi qu'une formation orchestrale jouant des œuvres de Lully, Rameau, Grétry, Mozart, Schumann, Mendelssohn… Le répertoire de la chorale, d'un grand éclectisme (Josquin des Prés, Bach, Haendel, Scarlatti), allait du chant grégorien à Guilmant et Déodat de Séverac. Les compositeurs contemporains cherbourgeois Joseph Noyon et Paul Allix étaient mis à l'honneur, mais l'orientation générale des dernières années tendait vers la polyphonie palestrinienne, ainsi en était-il durant les offices de la Semaine Sainte.

Bibliographie
Le Mémorial de l'Institut Saint-Paul de Cherbourg (1919-1959)
Bruno Centorame, L'Institut Saint-Paul de Cherbourg, Art de Basse-Normandie, n°102 consacré à l'abbé Marcel Lelégard, Caen, 1995.

Jean-François DÉTRÉE : De l'ordinaire au cérémonial
Les "antiquaires" qui, dans les premières années du XIXe siècle, se sont interrogés sur l'histoire de la musique en Normandie ont, d'emblée, posé leurs recherches dans le contexte d'une histoire culturelle dominée par la double référence aux figures du sacré et du profane : d'une part, celle des premiers siècles de christianisation et, d'autre part, celle des invasions scandinaves. À la première, appartiendrait la longue tradition du chant religieux ; à la seconde, celle d'une hypothétique tradition de musique épique. L'une et l'autre se trouvent inscrites dans des rituels certes différents, mais tous les deux placés sous le signe de la mémoire : rituel liturgique qui fait mémoire de la Révélation, et rituel profane qui ferait mémoire de l'histoire des hommes. Si les contours du second volet de cette histoire musicale restent encore très incertains, les sources relatives au premier sont abondantes (manuscrits notés, cérémoniaux, iconographies) et justifient de l'interroger sur la longue durée, ce qui sera l'objet de ce colloque. Ces musiques sacrées n'étant rendues possibles et nécessaires qu'en référence aux rituels dont elles sont l'expression sonore, la dualité "rites et pratiques" s'est imposée comme un fil directeur pour l'orientation des recherches et le choix des communications. En le suivant, nous verrons que, loin d'avoir un caractère immuable, les répertoires et les usages ont subi l'influence des évolutions culturelles et sociales du monde profane, reliant ainsi les deux facettes de la vie musicale.

Après des études de philosophie et de sciences politiques (mais aussi de musique), Jean-François Détrée est nommé, en 1970, organiste titulaire du grand orgue de la cathédrale de Coutances. En marge de ses activités professionnelles, il publie régulièrement des articles relatifs à l'histoire de la musique en Normandie et valorise divers aspects de patrimoine par des restitutions d'œuvres, des expositions ou l'organisation de concerts. Une synthèse de ce travail est proposée dans la publication de Musiciens et musique en Normandie (2010). Depuis 2014, il participe au réseau MUSEFREM (Musiciens d'Église en France à l'époque moderne).
Bibliographie
P. Aubry, La musique et les musiciens d'église en Normandie au XIIIe siècle, 1906.
C. Davy-Rigaux, B. Dompnier, D.-O. Hurel, Les cérémoniaux catholiques en France à l'époque moderne, 2009.
Base MUSEFREM (URL pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/orne) : Départements de l'Eure (Pierre Mesplé), de la Manche (Jean-François Détrée) et de l'Orne (Sylvie Granger).

François DUPOUX : L'harmonium au-delà des salons parisiens
Le XIXe siècle, avide d'émotion, ne tarda pas à faire naître un nouvel instrument à clavier qui, comme l'orgue, était à sons tenus certes, mais doté d'expression. En 1943 François-Alexandre Debain déposait le brevet qui devait lui donner son nom : l'harmonium. Adopté par la grande famille de la musique de chambre, il fit les plus belles heures des salons parisiens du seconde empire. Mais, très vite, les facteurs d'instruments de plus en plus nombreux ont vu en lui un succédané de l'orgue et inondant de leur production, églises, chapelles et autres oratoires lui ont conféré la réputation largement répandue qu'on lui connaît encore aujourd'hui, confinant à la caricature. Après avoir séduit compositeurs, interprètes et mélomanes, l'harmonium — et sa fabrication — allait de l'atelier à l'usine, apporter sa contribution au renouveau de la musique religieuse et aux essors industriels, sociaux, et pédagogiques qui ont illustré son époque. La Normandie en est un exemple clair, simple et attachant.

Bibliographie
Dieterlen Michel, L'harmonium, Thèse de doctorat D'État, Presses universitaires du Septentrion, Novembre 2000.
Revue de l'association "L'harmonium français", numéros 3, 4, 7, 9 14, 23 (harmonium.fr).

Bernard JEHAN : Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892
Pendant un demi-siècle, à Coutances, une famille de six facteurs d'orgues sur deux générations a construit des instruments pour la Manche, la France et même l'étranger. Pierre Ménard (1799-1886) travaille comme ouvrier en facture d'orgues à Paris. En 1839, après six mois chez Cavaillé-Coll, il revient à Coutances et ouvre un atelier. Il forme son demi-frère Célestin (1820-1887) qui, tout juste ouvrier, ouvre à son tour un atelier. Deux cousins de Ménard, Eugène Orange (1825-1887) et Henri Laforge (1838-…) apprennent avec lui le métier. Eugène Orange menuisier et facteur d'orgues dispose d'un atelier. En 1857, Ménard et Orange fournissent à Cavaillé-Coll un petit orgue de 6 jeux-8 tirants. Cette collaboration va durer plus de vingt ans. Émile Ménard fils de Célestin (1850-1892) et Auguste Orange (1859-1895) fils de Eugène deviennent à leur tour facteurs d'orgues. Actuellement, en France, 17 de leurs instruments sont en service et 7 d'entre eux bénéficient d'une protection au titre des Monuments Historiques.

Bernard Jehan, prêtre en retraite, s'intéresse particulièrement à l'histoire des orgues de la Manche. Il a publié, en 1990, Les orgues de Notre-Dame de Carentan (épuisé) entretenus par Ménard-Orange. Il publie en 2020, Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892.

Frère Maximilien LAUNAY : Le répertoire des Prémontrés de l'abbaye de Mondaye
Forte d'une histoire multiséculaire, l'abbaye de Mondaye a hérité d'une tradition musicale et chorale propre à son ordre des chanoines réguliers de Prémontré. Néanmoins, la réforme liturgique initiée par la constitution Sacrosanctum Concilium (SC) du concile Vatican II l'a conduite à adapter l'office divin "de telle sorte que ceux à qui il est confié puissent en profiter plus largement et plus facilement" (SC 90). L'office choral célébré quotidiennement est donc le reflet d'une telle recherche théologique et pastorale : abandon, maintien ou rétablissement du chant grégorien ; choix d'une traduction française du psautier ; sélection de compositions d'antiennes et d'hymnes… La présente contribution veut établir un portrait musical, entre héritage et adaptation, de la communauté de Mondaye.

Frère Maximilien Launay, o.praem., est chantre de l'abbaye de Mondaye depuis 2014. Après un cursus à l'Institut supérieur de liturgie (de l'Institut Catholique de Paris), il est titulaire, en juin 2020, d'une licence canonique en théologie liturgique et sacramentaire.

Bernard JEHAN & François LEMANISSIER : Que sait-on des orgues de Saint-Lô ?
Répondre à cette question consistait à citer Lepingard, 1882, donnant des informations de 1663 à 1842 pour Notre-Dame de Saint-Lô et l'on parlait de l'orgue construit par Debierre en 1885. À l'église Sainte-Croix, on citait la reconstruction de Debierre en 1892. La mise à jour de nouvelles archives permet d'en savoir plus sur l'installation d'un orgue Barker-Verschneider en l'église Sainte-Croix en 1865, agrandi par la suite, et relevé par Gloton en 1933. À Notre-Dame, en 1857, Cavaillé-Coll fournit un devis de reconstruction de l'orgue. En 1929, Gloton installa une soufflerie électrique et l'orgue actuel fut inauguré en 1968. La chapelle du Collège de Saint-Lô maintenant détruite possédait un orgue de 11 jeux (1886-1908), transféré à Percy en 1916. La chapelle du Bon-Sauveur, en 1905, avait un petit instrument de 5 jeux, un Orgue Portatif de Debierre, anéanti en 1944. L'institut d'Agneaux avait un orgue endommagé en 1944, suivi d'un projet de reconstruction en 1963. Enfin récemment quatre petits orgues ont été installés sur Saint-Lô.

Bernard Jehan, prêtre en retraite, s'intéresse particulièrement à l'histoire des orgues de la Manche. Il a publié, en 1990, Les orgues de Notre-Dame de Carentan (épuisé) entretenus par Ménard-Orange. Il publie en 2020, Ménard-Orange-Laforge, facteurs d'orgues à Coutances de 1839 à 1892.

François Lemanissier, organiste titulaire de Notre-Dame et de Sainte-Croix de Saint-Lô (depuis septembre 1980), ainsi que de la Cathédrale de Coutances (à partir d'avril 2020).

François LEMANISSIER : Organiste d'église aujourd'hui, témoignage
En un temps où la fonction de l'organiste semble de plus en plus être réduite à portion congrue — celle de donner la note au chant ou de combler les creux éventuels durant l'office, il paraît souhaitable de repenser le rôle éminent de l'orgue et de l'organiste dans la liturgie. Nourri d'une relecture de divers textes officiels en vigueur concernant les attentes de l'organiste liturgique, le témoignage du musicien saint-lois François Lemanissier veut contribuer à redonner à l'orgue toute sa place, en s'attachant à faire de l'organiste un serviteur exigeant et réfléchi de l'Église d'aujourd’hui.

François Lemanissier, organiste titulaire de Notre-Dame et de Sainte-Croix de Saint-Lô (depuis septembre 1980), ainsi que de la Cathédrale de Coutances (à partir d'avril 2020).
Bibliographie
Collectif, Charte des organistes (28 novembre 2000).
Pape François, Discours prononcé devant une délégation d'organistes, 31 décembre 2013.
Victor Hugo, "Dans l'église de***", in Les Chants du Crépuscule.
René Huyghe, "L'art entre le visible et l'invisible", Revue des deux mondes, janvier 1987.

Pierre MESPLÉ
Pierre Mesplé est agrégé d'Histoire, doctorant en Histoire moderne au CHEC (Centre d'Histoire "Espaces et Cultures") - EA 1001 [Université Clermont Auvergne], et membre du réseau Muséfrem.
https://chec.uca.fr/article574.html
Publication
"La Révolution, un accélérateur de carrière pour les musiciens de la cathédrale de Chartres ?", Siècles, n°45 | 2018 [en ligne].

Christine NEVEU : Au Mont Saint-Michel, le chant des Fraternités Monastiques de Jérusalem
Le concile Vatican II est, avec le concile de Trente, l'un des événements majeurs de l'histoire de l'Église catholique à l'époque moderne. Dans l'un et l'autre cas, il y fut question de doctrine, de liturgie et de mesures à prendre pour réagir face à l'évolution du monde et de la société. Les nouveaux usages de la musique liturgique, définis par le concile Vatican II, concernent les communautés séculières et régulières ainsi que l'ensemble des communautés nouvelles qui sont apparues ou se sont développées dans les années qui ont suivi. Les Fraternités Monastiques de Jérusalem, fondées en 1975 à Paris et implantées au Mont Saint-Michel depuis 2001, en sont l'un des exemples. La physionomie du chœur formé par cette communauté, tout autant que son répertoire, et sa démarche spirituelle, intimement liée au geste musical — entre traditions et modernité — méritent une attention particulière. C'est sur cette originalité que cette communication s'attachera à projeter quelques lumières.

Christine Neveu est chanteuse, chef de chœur, formatrice à la pratique vocale. Elle assure la fonction de maître de chant au Mont Saint Saint-Michel auprès des Fraternités Monastiques de Jérusalem depuis mars 2002. Elle a assuré la même fonction pendant plusieurs années auprès des religieuses du Carmel d'Avranches et de celui de Saint-Pair.
Bibliographie
Olivier Landron, Le catholicisme français au rythme du chant et de la musique, Paris, 2014.
Frédéric Lenoir, Les communautés nouvelles, Paris, 1988.
André Gouzes & René Poujol, Sylvanès, histoire d'une passion, Paris, 2010.
Pierre-Marie Delfieux, La liturgie et nos liturgies, Paris, 2009.

Maurice ROUSSEAU : Les Orgues Portatifs à tuyaux polyphones en Normandie
Louis Debierre et Successeurs 1871-1965
Géographie & Histoire
Une alternative aux harmoniums, un produit d'appel pour un grand-orgue ; un complément à des orgues existants. Les cinq départements de Normandie sont un territoire particulièrement pourvu de ces instruments (39 exemplaires sur plus de 400) : les exemplaires présents y couvrent pratiquement toute la production du n°16 au n°433 (avant dernier).
Utilisation
Orgue d'accompagnement par excellence, c'est l'orgue à la portée de tous les organistes y compris les plus amateurs, et dans tous les cas de figures avec une efficacité redoutable.
Évolution technique et esthétique
Des formules aux facettes multiples sous des dehors plutôt "discrets". Louis Debierre, fidèle à son comportement de chercheur toujours à l'affût — techniquement, le "Portatif à soufflerie indépendante" (1er brevet) puis l'application du "nouveau système de tuyaux à notes multiples" (2ème brevet) connaissent des mises à jours et des évolutions constantes au moins dans la période Louis Debierre, dans le sens d'une qualité sur tous les domaines et des impératifs de robustesse et d’entretien réduits au minimum.

Maurice ROUSSEAU : L'orgue à rouleaux dans les églises, 1800-1850
L'orgue à rouleaux et la tonotechnie qui va avec ne sont pas des inventions du XIXe siècle mais on les voit se répandre dans les églises à cette époque, essentiellement dans les paroisses rurales. Son fonctionnement est simple, il n'y a pas besoin de savoir lire la musique, juste les titres et savoir disposer le rouleau au bon endroit. Une synthèse de la composition des têtes de lectures donne un aperçu des notes "utiles" dans la musique d'orgues populaire de cette époque. L'analyse des rouleaux donne les éléments de la liturgie pratiquée dans les campagnes. Le répertoire est organisé de cette façon : les messes avec quelquefois un offertoire, une entrée, une sortie à la mode de l'époque ; Les autres offices tels que les vêpres, avec le Magnificat, les antiennes de la Sainte vierge ; Les hymnes et les proses ; Les cantiques. Il ne s'agit pas d'accompagnements mais de ritournelles d'introduction pour les cantiques, et de la partie non chantée par le chantre au cours des offices. L'expansion de l'harmonium, la publication des accompagnements du plain-chant et la réforme grégorienne seront fatales à l'orgue à rouleaux.

Fabrice SIMON : Paul Allix, un organiste compositeur à Cherbourg au XXe siècle
Paul Allix (1888-1960) est un organiste-compositeur et un pédagogue qui a marqué la ville musicale de Cherbourg. Son œuvre témoigne de l'évolution du langage musical dans la première partie du XXe siècle. Il a composé plusieurs pièces pour piano, orgue, ainsi que des mélodies qui ont été publiées et aussi des œuvres vocales religieuses non publiées.

Fabrice Simon a étudié l'orgue, l'improvisation et l'écriture musicale avec Yves Barreda (ancien titulaire des Orgues de la Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg). Il est entré ensuite dans la classe d'orgue de Louis Thiry au Conservatoire National de Région de Rouen, maître unanimement apprécié et admiré avec lequel il a étudié notamment l'œuvre d'Olivier Messiaen. Il a occupé les fonctions d'organiste titulaire des orgues de la Basilique Sainte-Trinité de 1997 à 2008. Il est actuellement cotitulaire des orgues la cathédrale de Bayeux et enseignant au collège-Lycée Jeanne d'Arc de Bayeux.


Présentation générale de l'enquête Muséfrem en Normandie

Depuis le début des années 2000, l'enquête Muséfrem (Musiques d'Église en France à l'époque moderne) réunit historiens et musicologues autour d'un objet commun : les professionnels de la musique et les institutions ecclésiales qui les emploient à la fin de l'Ancien Régime. Cette communication s'attachera a faire le point sur l'avancement des travaux pour ce qui concerne la Normandie. Elle présentera quelques grands corps de musique mais cherchera aussi à mettre en lumière le parcours de quelques femmes et hommes employés comme musiciens par ces églises à la veille de la Révolution.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


AUX ORIGINES DU JE : L'ŒUVRE DE PIERA AULAGNIER


DU JEUDI 15 JUILLET (19 H) AU JEUDI 22 JUILLET (14 H) 2021



DIRECTION :

Jean-François CHIANTARETTO, Aline COHEN DE LARA, Florian HOUSSIER, Catherine MATHA


ARGUMENT :

Grande figure de la psychanalyse, internationalement reconnue pour ses apports théoriques majeurs, Piera Aulagnier occupe une place centrale dans l'histoire du mouvement psychanalytique. Co-fondatrice du Quatrième Groupe, qui marque la rupture avec Lacan sur les questions liées à la formation des analystes, son œuvre se situe au croisement des deux courants majeurs ayant animé la psychanalyse après Freud. Entre le retour à Freud prôné par Lacan, mettant l'accent sur le langage, et l'héritage de Ferenczi, prolongé et renouvelé par Winnicott, mettant l'accent sur le rôle de l'environnement, elle propose une conception inédite de la construction psychique du sujet.

Piera Aulagnier a ainsi profondément renouvelé la pratique clinique des psychanalystes, notamment dans l'approche de la psychose. Mais elle a tout autant renouvelé la théorie freudienne, en particulier dans son approche des origines de la vie psychique et de l'articulation psyché/soma.

Les conférenciers invités sont des psychanalystes de différentes obédiences, sollicités non comme spécialistes de l’œuvre de Piera Aulagnier, mais pour témoigner de l'importance de cette œuvre dans leur propre démarche théorique et clinique. Ce colloque, dans l'esprit de colloques précédemment tenus à Cerisy(1), est animé par le projet de rendre plus visible la spécificité de la psychanalyse dans l'aire culturelle francophone. Le public visé sera le même : les psychanalystes, les professionnels de la santé et chercheurs se référant à la psychanalyse, mais aussi tous ceux qui s'intéressent authentiquement à la psychanalyse et à sa place dans la société contemporaine.

(1) Écriture de soi, écriture des limites [2013], Écritures de soi, écritures du corps [2015], L'écriture du psychanalyste [2016], La psychanalyse : anatomie de sa modernité (À partir des travaux de Laurence Kahn) [2018], Psychanalyse et culture : l’œuvre de Nathalie Zaltzman [2019].


MOTS-CLÉS :

Contrat narcissique, Histoire et mémoire, Langage et pensée, Parcours identificatoire, Processus originaire, Pulsion de mort, Violence de l'interprétation


CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 15 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 16 juillet
Matin
Ghyslain LÉVY : Gorgö ou la métamorphose de Narcisse
Yves LUGRIN : Avec Piera Aulagnier, "le temps de Ferenczi" pourrait-il venir ?

Après-midi
Dominique TABONE-WEIL : La mort à l'origine


Samedi 17 juillet
Matin
René KAËS : L'Entresujets dans l'entremonde. Penser le lien avec Piera Aulagnier

Après-midi
Mireille FOGNINI : Mes rencontres théorico-cliniques avec La violence de l'interprétation
Ellen CORIN : Possession, vous dites ? Aulagnier à la croisée des chemins [texte lu]


Dimanche 18 juillet
Matin
Pierrette LAURENT : Une métapsychologie de la rencontre
Dominique BOURDIN : Processus originaire et parcours identificatoire

Après-midi
Evelyne TYSEBAERT : Le Je. Ontologie de la vie d'âme


Lundi 19 juillet
Matin
Claire DE VRIENDT-GOLDMAN : Le tréfonds des mémoires
Isabelle LASVERGNAS : Ouvrir la clé du langagier

Après-midi
DÉTENTE


Mardi 20 juillet
Matin
Catherine CHABERT : Se construire un passé

Après-midi
Catherine MATHA : Condamné à désirer ?
Florian HOUSSIER : Déni du temps, déni des origines


Mercredi 21 juillet
Matin
Jean-François CHIANTARETTO : Le secret de la pensée [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Emmanuelle CHERVET : Le plaisir de penser

Après-midi
Aline COHEN DE LARA : Une rencontre tardive et pourtant déjà là


Jeudi 22 juillet
Matin
Bilan du colloque

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Dominique BOURDIN : Processus originaire et parcours identificatoire
Dans le modèle par lequel Piera Aulagnier réinterroge la métapsychologie freudienne, le fond représentatif est défini par le concept "d'originaire" où l'activité représentative repose sur le pictogramme "qui ignore l'image de mot et a comme matériau exclusif l'image de la chose corporelle". Sa théorie des processus représentatifs propose une "métapsychologie de la représentation" dont elle livre une forme très construite dans son ouvrage de 1975 La violence de l'interprétation, en s'intéressant au travail de métabolisation, selon les trois processus originaire, primaire et secondaire. Le travail de métabolisation de l'originaire repose sur l'oscillation entre le "prendre en soi" et le "rejeter hors soi". Nous partirons de cette élaboration des premières formes de représentation pour interroger la notion de parcours identificatoire, en étant notamment attentifs à la potentialité psychotique et à l'auto-altération de soi, mais aussi à la constitution des défenses primaires et à leurs effets.

Dominique Bourdin est psychanalyste (SPP), agrégée de philosophie, docteur en psychopathologie fondamentale, titulaire d'une maîtrise de lettres classiques et d'une maîtrise de théologie. Elle a contribué aux Dictionnaire freudien de Claude Le Guen (PUF 2009) et au Dictionnaire Freud de Sarah Terquem-Contou (Robert Laffont, Bouquins, 2015).
Publications
La psychanalyse de Freud à aujourd'hui, Bréal, 2000, réédition 2013.
L'oubli, Dynamique du fonctionnement psychique, Armand Colin, 2004.
"Penser les temps préhistoriques de la vie psychique", in L'originaire et l'archaïque, RFP, 2017.

Catherine CHABERT : Se construire un passé
Se construire un passé, changer tout en restant le même, cette tâche paradoxale que Piera Aulagnier considère comme déterminante aux commencements de la vie d'adulte, me semble concerner tout engagement analytique. Les axes définis dans cette perspective, les enjeux des opérations mobilisées, et les concepts très particuliers qu'elle propose recèlent une formidable force d'attraction: la constitution du fond de mémoire, la création d'une légende fantasmatique, les liaisons entre le temps et les affects, entre narcissisme et pulsion de mort … autant de composantes fondamentales mises à l'épreuve dans et par le transfert, celui du patient et celui de l'analyste.

Catherine Chabert est psychanalyste, membre titulaire de l'Association psychanalytique de France, Professeur émérite à l'université Paris-Descartes. Ses travaux sont très centrés sur le féminin, le masochisme et la mélancolie mais aussi sur le transfert et la méthode psychanalytique. Par ailleurs, elle a également réalisé des recherches en psychopathologie qui ont donné lieu à la publication du Traité de psychopathologie (en 4 tomes Les névroses, Narcissisme et dépression, Les psychoses, Psychopathologies des limites, Dunod, 2008/2010). Elle a dirigé et contribué à de nombreux ouvrages collectifs (derniers parus : Les mères incertaines (2018), Régressions (2019), Folies paternelles (2020). Elle est l'auteur de Féminin mélancolique (2003), L'amour de la différence (2011), La jeune fille et le psychanalyste (2015), Maintenant il faut se quitter (2017). Dernier ouvrage paru : Les belles espérances. Le transfert et l'attente, PUF, "Le fil rouge", Octobre 2020.

Emmanuelle CHERVET : Le plaisir de penser
Lors du débat de 1976 dont les actes ont été publiés sous le titre Comment l'interprétation vient au psychanalyste (Major, 1977), Piera Aulagnier s'intéresse à l'interprétation dans le cadre de la névrose : l'interprétation réalise par un surinvestissement une élaboration psychique de la crise éveillée chez l'analyste par l'entendu venant du patient. Elle insiste sur la nécessité du plaisir lié à cette élaboration qui rétablit l'équilibre de l'écoute de l'analyste. Pour elle, au-delà de son contenu particulier, l'interprétation vise toujours le processus dans son ensemble. La violence de l'interprétation a été publié l'année précédente. La lecture croisée des deux propos me semble dégager la représentation d'un versant progrédient de l'interprétation qui rapproche pour l'analyste le travail avec la névrose de celui qui s'adresse aux situations dites non-névrotiques.

Emmanuelle Chervet, psychiatre, psychanalyste formateur de la SPP. Elle s'est intéressée au fonctionnement de pensée de l'analyste, travail dont est issu en particulier un rapport au Congrès des Psychanalystes de langue française sur le thème de l'interprétation : "Patient et interprète, le domaine intermédiaire", Rapport du 77e CPLF, RFP, 2017-5. On peut lire aussi "Les "sensations de processus". Remarques sur l'association libre et le rôle des sensations internes chez Freud", RFP, 2016-4.

Jean-François CHIANTARETTO : Le secret de la pensée
Penser en secret, penser le secret, mais aussi et surtout : la pensée comme (lieu du) secret. La théorie de la pensée proposée par Piera Aulagnier ne se réduit pas à l'idée d'un "droit au secret" comme "condition pour pouvoir penser". Je proposerai de l'envisager comme l'association d'une métapsychologie des processus de pensée de l'analyste en séance — dans la perspective ouverte par Ferenczi —, et d'une théorie inédite du penser, comme expérience de la solitude et de la transgression.

Jean-François Chiantaretto est psychanalyste (Quatrième Groupe) et professeur de psychopathologie (Université Sorbonne Paris Nord). Tous ses ouvrages et travaux abordent la question de l'interlocution interne, de la clinique des limites à l'écriture. Son dernier livre : La perte de soi (Campagne Première, 2020). Il vient par ailleurs de diriger avec G. Gaillard, les actes du colloque de Cerisy : Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman (Ithaque, 2020).

Aline COHEN DE LARA : Une rencontre tardive et pourtant déjà là
Comme les adolescents, les analystes ont eux aussi besoin de Se construire un passé, "ce travail de construction-reconstruction permanent d'un vécu passé (…) nécessaire pour nous orienter et investir ce moment temporel insaisissable que nous définissons comme présent". De La violence de l'interprétation, aux pictogrammes, en quoi est-il parfois nécessaire de s'approprier plus finement des concepts d'apparence si familiers, alors même qui relèvent d'un territoire et de sous-bassement théoriques quelque peu étrangers à l'analyste en séance. Par-delà les écoles analytiques, l'œuvre de Piera Aulagnier s'impose pourtant face à certaines situations, ce que je tenterai de montrer à travers des extraits de cures.

Aline Cohen de Lara est professeure de psychologie clinique et de psychopathologie à l'université Sorbonne Paris Nord, psychanalyste, membre de la SPP et co-directrice de la Revue française de psychanalyse. Ses recherches portent sur la psychopathologie des enfants, adolescents et jeunes adultes, notamment les pathologies de l'agir lorsque l'expression de la destructivité externalisée vient interpeller l'environnement et questionne l'intériorisation du surmoi. Elle a codirigé plusieurs ouvrages, dont La destructivité chez l'enfant, avec L. Danon Boileau, Monographies et Débats de Psychanalyse, Paris, Puf, 2014, et numéro de la RFP, dont "Pourquoi la guerre ?" et "Lacan aujourd'hui".
Publications
"Déliaison de vie ?", dans Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman, dir. J.-F. Chiantaretto & G. Gaillard, Colloque de Cerisy, Les Éditions d'Ithaque, 2020.
"Quelques considérations actuelles sur "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre"", dans Quelques motifs de la psychanalyse. À partir des travaux de Laurence Kahn, dir. O. Bombarde, C. Matha & F. Neau, Colloques de Cerisy, Les Belles Lettres, 2020.
"Fais pas ci, fais pas ça : un surmoi impatient", dans "L'impatience", RFP, Paris, Puf, n°2, 2018.
"Sentiment de persécution et intériorisation du surmoi", dans Persécutions, dir. André J., Petite bibliothèque de psychanalyse, Paris, Puf, 2018.

Ellen CORIN : Possession, vous dites ? Aulagnier à la croisée des chemins
Mon point de départ sera la brève introduction que Piera Aulagnier a écrite à un article décrivant un rituel de possession par les esprits en Afrique centrale, un article qu'elle a fait republier dans la revue Topique en 1978. Le fil conducteur qu'elle propose est celui de la causalité à l'œuvre dans ce rituel, et plus particulièrement celui de la "cause" de la guérison. Son commentaire ouvre sur deux lignes de questionnement que je voudrais explorer avec les participants. Comment penser la "vérité" de la théorie et son impact tant sur l'analyste que sur son patient ? Et dans quelle mesure l'idée que la cure analytique est un "travail de culture", comme le propose Nathalie Zaltzman, peut-elle servir de point d'appui à cette réflexion ? Qu'en est-il alors de l'universalité de la théorie psychanalytique ? Comment la penser ? Et qu'en est-il de la "réalité" ?

Ellen Corin est psychanalyste clinicienne, membre de la Société psychanalytique de Montréal. Elle a été professeur aux départements d'anthropologie et de psychiatrie de l'université McGill. Ses recherches l'ont conduite en République du Congo, où elle a notamment travaillé avec les groupes de possession par les esprits, et en Inde où elle s'est entre autres intéressée à l'ascétisme et aux parcours de vie des ascètes. L'article évoqué dans le résumé est : "Zebola. Une psychothérapie communautaire en milieu urbain", paru dans Topique, n°22, en 1978. Parmi ses publications récentes, on peut citer "The power of traces", dans Ethos, 2020 ; "L'actualité des mythes indiens et leur mise en abîme", dans Quelques motifs de la psychanalyse. À partir des travaux de Laurence Kahn, Colloque de Cerisy, 2020 ; "Inerties nomades, la force de la pulsion de mort", à paraître dans Notes per la psichoanalisi.

Claire DE VRIENDT-GOLDMAN : Le tréfonds des mémoires
Le tréfonds des mémoires peut s'appréhender notamment par les concepts développés par Piera Aulagnier de pictogrammes originaires et de fond représentatif forclos des traces sensorimotrices. Cette activité de représentation étant potentiellement active toute la vie durant, j'aimerais en illustrer les expressions chez le bébé, ainsi que dans le travail psychanalytique avec les patients adultes. Je tenterai de montrer combien ces traces viennent s'inviter dans les agirs — sensorimoteurs et langagiers — et dans les manifestations de la sphère somatique. Mon intérêt portera également sur l'utilisation clinique du pictogramme de rejet. Il me semble que si l’analyste peut accompagner ce mouvement transférentiel initial — primordial ou précoce dans l'histoire du patient — et tolérer qu'il nous fasse vivre par là l'expérience douloureuse expulsée hors soi, alors la relation thérapeutique peut advenir. Elle se nouera autour de l'intrication prudente des pulsions qui, bien que destructrices, sont essentielles à l'équilibre énergétique et structural du psychisme.

Claire De Vriendt-Goldman est pédopsychiatre, psychanalyste titulaire à la Société belge de psychanalyse. Ancienne cheffe du Service de Psy périnatale à l'Hôpital Chirec-site Delta à Bruxelles, elle y preste encore des consultations en périnatalité. Par ailleurs, elle exerce en libéral à Bruxelles. Elle consacre du temps à la formation à la Société belge de psychanalyse, au Gercpea (belgo-franco-luxembourgeois) et au Brussels Brazelton Center.
Publications
"Écrit originaire de soi : fils sensori-moteurs et émotionnels dans la trame psychique", C. De Vriendt-Goldman, in Écritures de soi, écritures du corps, Colloque de Cerisy, Hermann, 2016.
"Apport et richesse de l'échelle de Brazelton dans l'observation des nourrissons nés prématurément", M.P. Durieux et C. De Vriendt-Goldman, in Devenir, volume 30, 2018.
"Couleurs originaires du féminin et du masculin", C. De Vriendt-Goldman, in Revue française de Psychanalyse, "Bisexualités et genres", volume 83, 2019/5.

Mireille FOGNINI
Textes de Piera Aulagnier
Piera Castoriadis-Aulagnier, La violence de l'interprétation, PUF, 1975.
Piera Aulagnier, "100 fois sur le métier (on remet son écoute)", Revue Topique, n°100, 2007/3, p. 9-19.
Piera Aulagnier, Article dans Corps et Histoire (Aix en Provence, 1985), Belles-Lettres, 1986.
Textes autour de l'œuvre de Piera Aulagnier
Revue Topique, n°74 (2001), n°76 (2001), n°82 (2003, Ch. Voyenne), n°87 (2004, G. Haag) et n°100 (2007).
Collectif IVe Groupe Nouvelles perspectives en psychanalyse à partir de Piera Aulagnier, In Press, Fév. 2018.
Publications de Mireille Fognini
"Dramaturgie d'un "Je" entre l'ombre et l'objet (1999) (ou les destins d'une "ombre parlée" de mère dans l'advenir d'un sujet)", in Revue Topique, n°71, 03-2000, "Femmes", p. 109-123.
"Le pictogramme de l’originaire", in Des psychanalyses en séance, Éditions Gallimard, Folio, Fév. 2016, p. 75-77.
"La violence de l’interprétation", in Des psychanalyses en séance, Éditions Gallimard, Folio, Fév. 2016, p. 188-193.
"La polyphonie du rêve", in Des psychanalyses en séance, Éditions Gallimard, Folio, Fév. 2016, p. 92-97.
"L'alambic des corps : des transformations entre corps perçus, corps pensés et corps pensants (1998)", in Revue Tribune psychanalytique de Lausanne, n°2, 2000, "Moi-Corps", p. 109-123.
"L’impossible partage (2006)", in Revue Tribune psychanalytique de Lausanne, n°7, 2007, "Liaisons fraternelles", p. 55-74.
"Fritz A. : d'une identification à des mythes comme quête d'une identité en souffrance (conférence, 1993)", in Le cancer, Éditions EDK, 2000, p. 105-134.
"Incidences de traumatismes-gigognes dans l’évolution d’un sujet confronté à différents traumatismes néonatals (conférence, La Martinique, déc. 2002), in Revue Le Coq Héron, "Résilience et rémanence des traumatismes", n°181, 2005.
"De quelques prisons d’infortune des "corps psychiques"", in Journal de la psychanalyse de l'enfant, n°1, "Expressions corporelles et souffrance psychique", PUF, 2012, p. 181-196.

Florian HOUSSIER : Déni du temps, déni des origines
À partir d'un jeune patient adolescent désireux de changer de sexe, nous articulons notre propos avec le déni de toute temporalité autre qu'immédiate, mêlant un passé peu représenté dans le discours à une réduction du temps du processus adolescent à celui d'une opération chirurgicale. Ce fantasme de maturation magique s'apparente à un passage à l'acte sur la temporalité adolescente comme sur le corps, créant les conditions d'une intense confusion identificatoire. Cette problématique clinique aux limites du travail de subjectivation s'inscrit dans la préoccupation de P. Aulagnier, dans le texte "Se construire un passé", qui considère tant le refus du changement corporel que la revendication de nouvelles valeurs démontrant l'absurdité du monde des adultes.

Florian Houssier est psychologue clinicien, psychanalyste et Professeur de psycholopathologie à l'université Sorbonne Paris Nord (UTRPP) et président du Collège International de L'Adolescence (CILA). Il travaille sur les problématiques du recours et du passage à l'acte, de la violence et de la délinquance; ses travaux sont centrés sur la psychopathologie de l'adolescent et de l'adulte, la cure de l'adolescent ainsi que sur l'histoire de la psychanalyse.
Publications
Anna Freud et son école. Créativité et controverses, Campagne Première, 2010.
Meurtres dans la famille, Dunod, 2013.
Freud adolescent, Campagne Première, 2018.
Freud étudiant, Campagne Première, 2019.
Psychanalyse de la pop culture, Éditions érès, 2020.

René KAËS : L'Entresujets dans l'entremonde. Penser le lien avec Piera Aulagnier
Nous sommes toujours entre, entre deux, ou entre plusieurs, dès l'origine, avant même que nous naissions "inter faeces urinasque". Nous sommes entre le couple et le groupe qui nous investit et que nous sommes condamnés à investir, et "l'exigence d'être à soi-même sa propre fin". Notre Moi, habile tisseur de compromis, serviteur de deux maîtres et sans doute de plusieurs, se tient entre deux instances. Le sujet est un sujet divisé, décentré qui se construit en nous avec ce qui se joue et se noue dans l'espace de l'entresujets ancré dans ce que P. Klee appelait l'entremonde. Le sujet est sujet du groupe, il advient comme Je dans ces espaces. Ces propositions sont issues de mes recherches sur la réalité psychique dans les ensembles plurisubjectifs. Mon propos sera de situer en quoi la rencontre avec la personne et la pensée de Piera Aulagnier a été pour moi déterminante pour penser le lien intersubjectif et les alliances inconscientes.

René Kaës a exercé une activité de psychanalyste, de psychodramatiste et d'analyste de groupe. Il est ancien professeur de psychologie et psychopathologie cliniques.
Publications
Kaës R. (1993), Le groupe et le sujet du groupe. Éléments pour une théorie psychanalytique des groupes, Paris, Dunod.
Kaës R. (1994), La parole et le lien. Les processus associatifs dans les groupes, Paris, Dunod (nouvelles éditions en 2005 et 2010).
Kaës R. (2009), Les alliances inconscientes, Paris, Dunod.

Isabelle LASVERGNAS : Ouvrir la clé du langagier
Nous insisterons dans notre relecture de l'œuvre de Piera Aulagnier sur les traces originaires d'un langagier, et les voies de passage chez l'infans non encore parlant vers les signifiants de l'autre et l'entrée dans le langage. Nous nous appuierons sur la clinique de la psychose et son contact privilégié avec des expériences sensori-affectives primaires non symbolisées qui hantent le langage du psychotique.

Isabelle Lasvergnas, Psychanalyste, directrice générale du Groupe psychanalytique du Mont-Royal (GPMR). Ses deux principaux axes de recherche portent sur le travail de l'écoute analytique et les préliminaires psychiques de l'entrée dans le langage.
Publications récentes
"Penser dans la déliaison", in Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman, Colloque de Cerisy, Les Éditions d'Ithaque, 2020.
"Transcrire la trace", in L'écriture du psychanalyste, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2018.
"Temporalité psychique des premières rencontres et noyaux inconscients transmis dans la cure. La fonction conservatoire des entretiens préliminaires", in Revue Filigrane, 2018.
"L'abime des mots", in Lettres du divan, Liber, 2017.
À paraître en 2021 (I. Lasvergnas, dir.), Les antichambres du langage.

Pierrette LAURENT : Une métapsychologie de la rencontre
"Vivre, c'est expérimenter de manière continue ce qui résulte d'une situation de rencontre." (VI, p. 33)
Au début des années 80, en lisant La violence de l'interprétation, tout un univers s'ouvre à moi. Je m'accorde vite avec le concept de potentialité qui donne une place à la temporalité là où la structure l'immobilise, ainsi qu'avec celui du contrat narcissique, prémices d'une métapsychologie de l'intersubjectivité. Dix ans plus tard, mon travail avec P. Aulagnier me familiarise avec l'activité de ce fond originaire représentatif et son action sur les processus primaires et secondaires. Cette conception permet non seulement l'approche analytique du psychotique mais aussi celle des enfants avec autisme et celle des groupes. Je tenterai de questionner le lien entre ce fond représentatif originaire, les conceptions du moi-corporel de G. Haag et la notion de groupalité psychique chez R. Kaës.

Pierrette Laurent est psychanalyste, membre du IV° Groupe. Psychiatre et pédo-psychiatre retraitée. A exercé en CMPP et en IME.
Bibliographie
Haag G., 2018, Le Moi corporel. Autisme et développement, Puf.
Kaës R., 1993, Le groupe et le sujet du groupe. Éléments pour une théorie psychanalytique du groupe, Dunod.
Publication
2019, Conduire un groupe de psychothérapie d'enfants, érès.
Atrticles
2021, "Un groupe bien particulier, relaté par A. Freud", P. Laurent, D. Lhôtellier (sous la dir.), Groupe et sensorialité. Le groupe à l'épreuve des sens, érès, à paraître en mai.
2020, "Les intuitions ferencziennes d'un fonctionnement psychique archaïque", De décrire et d'écrire, Le Coq-Héron, 243, érès, p.96-102.
2018, "Pictogramme, identifications intra-corporelles et Moi-corps", Actes du Quatrième Groupe, Nouvelles perspectives en psychanalyse à partir de l'œuvre de Piera Aulagnier Actes 7, Paris, In Press.

Ghyslain LÉVY : Gorgö ou la métamorphose de Narcisse
"Il y a au-dedans de nous, dit Platon dans le Phédon, je ne sais quel enfant médusé". C'est précisément cet infantile qui m'intéresse ici, ce chemin du Narcisse qui s'arrête sur Gorgö. De quel enfant s'agit-il quand la demande d'enfant rencontre aujourd'hui les réponses d'une science de tous les possibles ? "Quel désir, pour quel enfant ?" interroge Piera Aulagnier quand les désirs inconscients rencontrent leur réalisation dans la réalité, au nom d'une fabrication idéologique du vivant, et qui décrète la bonne adaptation du sujet médusé à sa réalité future.

Ghyslain Lévy est psychanalyste, membre du Quatrième Groupe. Il est l'auteur de nombreux livres, dont L'Invention psychanalytique du temps (L'Harmattan, 1996), Au-delà du Malaise. Psychanalyse et barbaries (Érès, 2000), L'Ivresse du pire et Le Don de l'ombre (Campagne Première, 2010 et 2014). Il a co-dirigé L'Algérie, traversées (Hermann Éditeurs, 2018), Colloque de Cerisy (2017).

Yves LUGRIN : Avec Piera Aulagnier, "le temps de Ferenczi" pourrait-il venir ?
Dès l'aube des années 1970, avec l'introduction du registre pictographique de l'originaire, de la fonction d'un Je historien et de la potentialité psychotique, P. Aulagnier complète la métapsychologie freudienne de l'appareil psychique, conduit au plus fondamental d'une rencontre transférentielle riche en éprouvés dont l'exploitation dans la dynamique de la cure relève d'une formation analytique repensée à la lumière de la cohérence de ces avancées. P. Aulagnier sera entendue. Dans les années 1927-1932, S. Ferenczi repère déjà dans sa pratique l'insistance d'un champ archi-originaire tissé de mnèmes organiques-psychiques (réactions émotionnelles — plaisir-déplaisir — dans le corps). Le recours à cette étape protopsychique du fonctionnement psychique sous l'impact d'expériences traumatiques précoces, confère une visée traumatolytique à la cure et impose une révision de la formation classique de l'analyste. On le sait, du temps de Freud il ne sera pas entendu. Piera Aulagnier aurait-elle donc réussi là où Ferenczi semble avoir échoué ? Ou plus simplement a-t-elle pu, elle, pleinement déployer sa pensée du fait d'un triple privilège ? En puisant profondément dans l'enseignement de Lacan, en s'en séparant ensuite, en étant alors accompagnée de "quelques autres" précieux, F. Perrier et W. Granoff tout particulièrement ?

Yves Lugrin est psychanalyste à Paris, membre de la Société de Psychanalyse Freudienne. Doctorat de psychologie clinique consacré à une présentation critique de la notion de Forclusion du Nom-du-père (1978).
Publications
Impardonnable Ferenczi, malaise dans la transmission, Éditions Campagne-Première, 2012.
Ferenczi sur le divan de Freud, une analyse finie ?, Éditions Campagne-Première, 2017 (ouvrage à paraître sous peu chez Routledge).
Articles récents
"L’analyste mal accueilli et la/sa pulsion de mort", Coq-Héron, n°237.
"Dès le foetal … l'organisme commence à penser", Lettres de la SPF, n°43.
"Freud Ferenczi … la métapsychologie en partage", Montréal 2019 (à paraître).
Bibliographie
Piera Aulagnier, Naissance d'un corps, origine d'une histoire. Corps et histoire, Éditions Belles Lettres, 1986.
Sándor Ferenczi, L'enfant mal accueilli et sa pulsion de mort, O.C., Tome IV, Payot, 1982.

Catherine MATHA : Condamné à désirer ?
La psyché pour P. Aulagnier est impensable en dehors de la rencontre avec un autre/des autres désirants. Dans "Remarques sur le masochisme primaire" (1968), elle propose de définir ce qui entre en jeu quand l'énergie devient Psyché, quand un principe purement économique doit, pour fonctionner, s'énoncer comme désir. Éros et Thanatos prennent dès lors deux formes d'énonciations : désir de plaisir et désir de non-désir. Tout processus d'investissement mobilisant aussitôt un désir de non-désir, le but de la psyché sera de maintenir le conflit comme investissable. "Condamné à investir", à penser, la souffrance résultant de cette contrainte est le prix à payer pour ce faire (1982). Une Psyché qui cherche avant tout à se garder dans le champ du désir et de l'investissement des autres pour elle, n'est-elle pas une autre manière d'envisager le masochisme tel que décrit par Freud ?

Catherine Matha est Maître de conférences (Sorbonne Paris Nord) et psychanalyste. Ses travaux portent sur les fonctions et les destins du masochisme à l'adolescence et après, les problématiques de l'acte à l'adolescence, les figures de la dépression et de la mélancolie, la question de l'inscription corporelle et de l'écriture, les dispositifs thérapeutiques.
Publications
Les attaques du corps à l'adolescence. Approche psychanalytique en clinique projective, Dunod, 2018.
Blessures de l'adolescence, avec Fanny Dargent, PUF, 2011.
Co-direction
Quelques motifs de la psychanalyse. À partir des travaux de Laurence Kahn, avec Odile Bombarde et Françoise Neau, Colloque de Cerisy, Les Belles Lettres, 2020.
L'écriture du psychanalyste, avec Jean-François Chiantaretto et Françoise Neau, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2018.
Écritures de soi, Écritures du corps, avec Jean-François Chiantaretto, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2016.

Dominique TABONE-WEIL : La mort à l'origine
Un désir de non-vie dénié mais actif se penche-t-il sur le berceau des sujets dotés de ce que Piera Aulagnier appelle une potentialité psychotique ? Comment un sujet dont la mère a été endeuillée, alors qu'elle l'attendait, de la mort d'une aînée ainsi que de celle de son propre père, va-t-il répondre à ce que Piera Aulagnier nomme la triple question des origines et à laquelle la réponse devrait être : "À l'origine de la vie est le désir du couple parental auquel la naissance de l'enfant fait plaisir" ? Comment est mise en jeu, pour la mère et pour l'enfant, cette haine du désir qui en est le seul destin possible quand l'expérience de satisfaction n'est pas au rendez-vous ? Enfin, la substitution du désir de mort au désir de vie, de la haine à amour, à l'aube de la vie, corrompant la fonction de représentation dès l'originaire, a-t-elle un lien avec la confusion des langues qui est à l'œuvre dans les situations d'abus sexuel ?

Dominique Tabone-Weil est psychiatre depuis une vingtaine d'années, psychanalyste membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, après avoir été, pendant une vingtaine d'années également, médecin urgentiste. Elle a publié divers articles dans la Revue Française de psychanalyse, dans les Débats en psychanalyse (elle fait partie du Comité de Rédaction), dans Psychiatrie Française et dans Les enfants de la psychanalyse. Elle a participé à l'ouvrage paru en Folio : Des analystes en séance et a également écrit un roman chez Stock : L'homme-sœur (1981).

Evelyne TYSEBAERT : Le Je. Ontologie de la vie d'âme
Dégagé d'une allégeance religieuse ou spiritualiste, le terme freudien de vie d'âme paraît à la fois utile et à propos pour explorer le Je tel que le conçoit et le théorise Piera Aulagnier. La construction du Je (principalement — mais pas seulement — développée dans La violence de l'interprétation) est d'une grande rigueur théorique. Elle est précédée de l'édifice conceptuel qui rend compte des étapes des processus de représentation dès l'origine de la vie psychique, ainsi que de leur imbrication tout au long du parcours identificatoire et de la vie du sujet. La métapsychologie freudienne s'y voit adjoindre les propres développements et prolongements de Piera Aulagnier. Les notions telles que rencontre, complémentarité, emprunt, potentialité … mériteraient à elles seules leur approfondissement critique. Mais le fonctionnement du Je, sa relation au monde, au plaisir et à la souffrance, soulève en outre de multiples questions ontologiques porteuses d'une puissance intense d'émotion — terme pris ici en référence à son sens étymologique de "mouvoir hors de", "faire bouger". Bref, un bouleversement de la tranquillité de penser, de la fausse sécurité donnée par des concepts devenant des objets érotiques parfaits, risquant de faire observer autrui avec les verres de l'abstraction. La métaphore freudienne de l'âme humaine m'aidera à montrer comment Piera Aulagnier va vers ce qui chez l'humain est le plus questionnant, le plus surprenant ; comment aussi elle fait bien sentir que le Je, celui de l'autre et celui de l'analyste, reflète les replis de l'être secret, sentant, parlant, pensant et se questionnant. Ce dernier sera toujours infiniment plus que tout ce que nous pourrons jamais connaître de lui. L'étendue des interrogations ontologiques sera entrevue au cours d'un périple à travers le livre Les destins du plaisir.

Evelyne Tysebaert est psychanalyste à Liège. Proche de Piera Aulagnier, elle a été membre du IVème Groupe jusqu'en 2011. Elle est l'auteur de nombreux articles dans La revue française de psychanalyse, Penser/Rêver, Topique, Libres cahiers pour la psychanalyse, Psychanalyse et psychose.


BIBLIOGRAPHIE :

OUVRAGES
• AULAGNIER P., Un interprète en quête de sens, Paris, Ramsay, 1986.
• AULAGNIER P., L'apprenti-historien et le maître-sorcier. Du discours identifiant au discours délirant, Paris, PUF, 1984.
• AULAGNIER P., Les destins du plaisir. Aliénation – amour – passion, Paris, PUF, 1979.
• CASTORIADIS AULAGNIER P., La violence de l'interprétation. Du pictogramme à l'énoncé, Paris, PUF, 1975.

PRINCIPAUX ARTICLES
• AULAGNIER P., "Le concept de potentialité autistique" (conférence inédite, présentée par Christine Voyenne, Topique 82, Les idéaux et le féminin, 143-158, Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 2003.
• AULAGNIER P., "Les mouvements d'ouverture dans l'analyse des psychoses", Topique 76, Pratiques cliniques, 7-17, Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 2001.
• AULAGNIER P., "Le potentiel, le possible et l'impossible : catégories et repères du champ clinique", Topique 62, Définir les souffrances, 7-23, Le Bouscat, L'Esprit du Temps, 1997.
• AULAGNIER P., "L'interprétable et l'interprété", Topique 61, Apprentissage de la psychanalyse, 391-401, Paris, Dunod, 1996.
• AULAGNIER P., "Voies d'entrée dans la psychose", Topique 49, Penser l'originaire, 7-29, Paris, Dunod, 1992.
• AULAGNIER P., "Paris-La Plata : Correspondance avec Horacio Marin", Topique 47, Piera Aulagnier 2, 17-32, Paris, Dunod, 1991.
• AULAGNIER P., "Troubles psychotiques de la personnalité ou psychose ?", Topique 47, Piera Aulagnier 2, 5-15, Paris, Dunod, 1991.
• AULAGNIER P., "Le temps de l'interprétation", Topique 46, Piera Aulagnier 1, 173-185, Paris, Dunod, 1990.
• AULAGNIER P., "Quel désir, pour quel enfant", Topique 44, Quels droits pour la psyché ?, 201-206, Paris, Dunod, 1989.
• AULAGNIER P., "Se construire un passé", Journal de la psychanalyse de l'enfant 7, Le narcissisme à l'adolescence (Colloque de Monaco), 191-220, Paris, Bayard Éditions, 1989.
• AULAGNIER P., "Cent fois sur le métier… (on remet son écoute)", Topique 41, Le métier de psychanalyste, 7-18, Paris, Dunod, 1988.
• AULAGNIER P., "Sources somatique et discursive de nos représentations de la réalité", Journal de psychanalyse de l'enfant 3, Psychanalyse de l'enfant? (Colloque de Monaco), Paris, Bayard Éditions, 1987.
• AULAGNIER P., "Naissance d'un corps, origine d'une histoire", in AULAGNIER P. et al., Corps et histoire, IVemes Rencontres psychanalytiques d'Aix-en-Provence, Paris, Les Belles Lettres, 1986.
• AULAGNIER P., "Coïncidences temporelles", Psychanalyse à l'université 10, 203-207, Paris, Éditions Aurepp Réplique, 1985.
• AULAGNIER P., "Telle une 'zone sinistrée'", Adolescence 1, T. 2, Expériences psychotiques, 9-21, Paris, G.R.E.U.P.P., 1984.
• AULAGNIER P., "Temps vécu, histoire parlée", Topique 31, Les historiens et leurs versions I, 5-14, Paris, Epi, 1983.
• AULAGNIER P., "Du transfert à la passion aliénante", Topique 23, Sans titre, 119-135, Paris, Epi, 1979.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "Le choix des critères dans l'œuvre de Freud", Topique 21, Repères, 3-21, Paris, Epi, 1978.
• AULAGNIER P., "Le travail de l'interprétation. La fonction du plaisir dans le travail analytique", in MAJOR R. (dir.), Comment l'interprétation vient au psychanalyste, 13-37, Paris, Aubier-Montaigne, 1977.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., VALABREGA J-P., ZALTZMAN N., Topique 18, Trajets analytiques, 3-9, Paris, Epi, 1977.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "À propos du transfert : le risque d'excès et l'illusion mortifère", in Savoir, faire, espérer, 417-440, Bruxelles, Publications des Facultés Universitaires Saint-Louis, 1976.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "L'histoire d'une demande et l'imprévisibilité de son futur (remarques actuelles)", Revue française de psychanalyse, Tome XXXXIX, n°1-2, L'avenir de la psychanalyse, 87-102, Paris, PUF, 1975.
• CASTORIADIS AULAGNIER P., "À la quête du perdu", Topique 7-8, L'objet perdu, 5-8, Paris, PUF, 1971.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "L'interprétation psychanalytique dans la théorie et dans la pratique", Compte-rendu du Congrès de psychiatrie et de neurologie de langue française, 63eme session, 287-311, Milan, 1970.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "Aspects théoriques des perversions", in Sexualité humaine, 215-229, Paris, Aubier-Montaigne, 1970.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "Demande et identification", L'inconscient 7, L'identification, 23-65, Paris, PUF, 1968.
• AULAGNIER P., "Remarques sur le masochisme primaire", Arc 34, Freud, 47-54, Paris, 1968.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "La perversion comme structure", L'inconscient 2, La perversion, 11-41, Paris, PUF, 1967.
• CASTORIADIS-AULAGNIER P., "La spécificité d'une demande ou la première séance", in Interprétation 2, I, Montréal, Service de recherche de l'hôpital des Laurentides, 1967.
• AULAGNIER-SPAIRANI P., "Remarques sur la féminité et ses avatars", in AULAGNIER-SPAIRANI et al., Le désir et la perversion, 53-89, Paris, Éditions du Seuil, 1967.
• AULAGNIER-SPAIRANI P., "Angoisse et identification", Rivista sperimentale di Freniatria e Medicina legale delle Alienazionani mentali 89, fasc.1, 13-30, 1965.
• AULAGNIER-SPAIRANI P., "Remarques à propos de la structure maniaco-dépressive", Recherches sur les maladies mentales, 93-115, Paris, 1961.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


L'ENCHANTEMENT QUI REVIENT


DU MARDI 6 JUILLET (19 H) AU MARDI 13 JUILLET (14 H) 2021


Lumières © Jean-Paul Thibaud


DIRECTION :

Rachel BRAHY, Jean-Paul THIBAUD, Nicolas TIXIER, Nathalie ZACCAÏ-REYNERS

En présence d'Yves WINKIN


ARGUMENT :

La notion d'enchantement se prête à une grande diversité d'usages qui ne se réduisent pas à des antonymes du "désenchantement du monde" au sens de Max Weber. Qu'en est-il de ces approches contemporaines et quelles en seraient les vertus heuristiques ? S'agit-il de poser un constat sur le monde contemporain, tour à tour enchanté et désenchanté ? D'évoquer des expériences spécifiques, au caractère quelque peu magique ? De s'intéresser à des lieux, scènes, processus, "modes d'être" ou régimes d'interactivité particuliers ? La labilité du terme ouvre à de multiples terrains d'investigation, tant théoriques que pratiques.

Lors de ce colloque, la notion d'enchantement sera explorée dans ses liens avec le vivant ; ses proximités avec les notions voisines d'ambiance, de présence et/ou de résonance ; la rencontre avec des fictions, des formes d'arts ou de vies alternatives ; des descriptions de fantasmagories urbaines ; ou encore au travers de quelques manifestations des puissances de l'imaginaire. L'imbrication des approches, des problématiques et des concepts s'imposera également comme un axe de travail, ouvrant à des confrontations, des mises en situation ou en découverte avec tous les participants.


MOTS-CLÉS :

Ambiance, Art, Enchantement, Fictions, Imaginaire, Présence, Rêve, Résonance, Situation, Vivant


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 6 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 7 juillet
PANORAMA DES FORMES D'ENCHANTEMENT
Matin
Rachel BRAHY, Jean-Paul THIBAUD, Nicolas TIXIER & Nathalie ZACCAÏ-REYNERS : Introduction
Yves WINKIN : Paysages enchantés : une cartographie [conférence d'ouverture]

Après-midi
Jean-Michel BAUDOUIN : Grammaire et régimes ordinaires de l'enchantement
Emmanuelle LALLEMENT : De l'enchantement au désenchantement (et vice versa)
Colette CAMELIN : Du désenchantement à l'enchantement (en 1913 et aujourd'hui)

Soirée
Alain DAMASIO : Intervention performée, avec la participation de Yan PÉCHIN


Jeudi 8 juillet
LES VIES DE L'ENCHANTEMENT
Matin
Virgule matinale, avec Pavel KUNYSZ : Étudier l'ineffable. Âmes, esprits et autres fantômes d'un hôpital abandonné

Véronique SERVAIS : Expériences d'enchantement dans le rapport au vivant [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Jean-Paul THIBAUD : L'enchantement, une intonation de la vie [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
Vinciane DESPRET : Puissances de la fiction : Cat's cradle avec Ursula Le Guin et Donna Haraway
Dominique ROODTHOOFT & Nora DOLMANS : "L'éponge & l'huître", ou que faire des crasses qui nous traversent ? Une visite guidée [spectacle-rencontre]

Soirée
Autour du film POETRY (réal. Lee Chang Dong, Corée du Sud, 2010)


Vendredi 9 juillet
Matin
POÉSIE ET PRÉSENCES
Olivier LABUSSIÈRE : Les enchantements de Lucrèce
Rachel BRAHY : Pour une socio-anthropologie de la présence (1)
Nathalie ZACCAÏ-REYNERS : Pour une socio-anthropologie de la présence (2)

Après-midi
VILLES, TRACES ET IMAGINAIRES
Nicolas TIXIER : À la recherche de l'enchantement
Virginie MILLIOT : Glaneurs de mémoires et de rêves sur le vieux marché aux puces de Bruxelles
Éric LE COGUIEC : Pratiques furtives dans la ville et nouvelles affordances

Soirée
Marc BERDET : Brasilia, capitale de l'enchantement ou du désenchantement ? [visioconférence]


Samedi 10 juillet
CHUCHOTEMENTS, MURMURES ET SONORITÉS
Matin
Virgule matinale, avec Sébastien DEPERTAT

Giuseppe GAVAZZA : "Entre son et songe" [performance]
Luca PATTARONI : Politique de l'enchantement
Patrick ROMIEU : De la voix chuchotée aux murmures du monde. Approche anthropologique de quelques dérives enchantées

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 11 juillet
AMBIVALENCES DE L'ENCHANTEMENT
Matin
Virgule matinale, avec Luca PIDDIU : Le "Mervelet". Persistances et résistances de quartier

Marc BREVIGLIERI : Chants célestes (Maroc)
Robin SUSSWEIN : L'imaginaire, l'intime, le réel. Perspective sociologique sur les conditions suffisamment bonnes pour animer des êtres absents

Après-midi
Patrick CORILLON : Un pied dedans, un pied dehors

Bibliothèque éphémère principalement des publications de Cerisy en lien avec le colloque

Soirée
Belinda CANNONE : La surprésence


Lundi 12 juillet
DISPOSITIFS D'ENCHANTEMENTS
Matin
Virgule matinale, avec Laurent VALDÈS

Denis VIDAL : Entrenchantements. Une approche anthropologique de la notion d'enchantement
Dominique MEMMI : L'image enchantée des sommets vaut-elle pour tous ?

Après-midi
Marion HENDRICKX : Enchantement à l'hôpital : un atelier conte en psychiatrie
Fabrice CLÉMENT : Plus jamais ça ! L'ultra-endurance : entre enchantement et réalité

Discussion générale, introduite par Yves WINKIN


Mardi 13 juillet
Matin
Petit-déjeuner enchanté et sans fin
Échanges collectifs, perspectives de valorisation/prolongations

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jean-Michel BAUDOUIN : Grammaire et régimes ordinaires de l'enchantement
La communication proposée exploite des "carnets d'enchantement" tenus par des jeunes adultes ou des adultes en reprise d'étude à l'université de Genève ces trois dernières années (une quarantaine sur 2017/2019). Le corpus d'étude ainsi constitué définit un éventail diversifié d'expériences investies par les individus comme des moments d'enchantement. La communication proposera d'abord une étude raisonnée en terme de cartographie systématique de ces "régimes ordinaires" et ensuite un repérage de leurs ingrédients constitutifs, dans la perspective de l'élaboration d'une grammaire ordinaire de l'enchantement : modes ludiques et genres sérieux, topographies et temporalités associées, répertoires d'engagements et formes de croyances, dimensions professionnalisées et cultures d'approfondissement, types de ritualisation, classes d'intensité, pratiques individuelles et pratiques collectives.

Bibliographie
Baudouin J.-M. (2010), De l'épreuve autobiographique, Berne, Peter Lang.
Baudouin J.-M. (2018), "Formation, recherche biographique et régimes de temporalités", in Maubant P. (Ed.), Les temps heureux des apprentissages, Nîmes, Champ Social Éditions.
Belin E. (2001), Sociologie des espaces potentiels, Louvain-la-Neuve, De Boeck.
Lavadinho S. (2012), Le renouveau de la marche urbaine : Terrains, acteurs et politiques, Doctorat en Géographie, HAL Id : tel-00737160.
Winkin Y. (2001), "Propositions pour une anthologie de l'enchantement", in P. Rasse, N. Midol et F. Triki, Unité-Diversité. Les identités culturelles dans le jeu de la mondialisation, Éditions L'Harmattan, Paris, pp. 169-179.

Marc BERDET : Brasilia, capitale de l'enchantement ou du désenchantement ?
Inaugurée en 1960, Brasilia est souvent interprétée comme incarnant la traduction régionale d'une idéologie moderniste. La capitale du verre et du béton serait la simple application locale des grands principes formulés par les Congrès Internationaux de l'Architecture Moderne (CIAM), ceux d'une architecture fonctionnelle. De manière contradictoire, elle a aussi été critiquée comme le symptôme d'une déviance irrationnelle, baroque voire surréaliste de l'esthétique sobre et socialement utile du modèle moderniste — déviance stupéfiante qui en fait exploser la sobriété. Ces deux positions s'opposent donc. Et pourtant, en considérant toutes deux le modernisme comme passé de mode, que ce soit dans la sévère réduplication de ses formes ou dans son excroissance difforme, elles ont une chose en commun : elles envoient l'expérience de Brasilia dans les oubliettes de l'histoire. Je voudrais proposer ici une autre hypothèse, qui, introduite à titre d'hypothèse de travail, aimerait présenter Brasilia comme capitale d'un modernisme baroque consistant, et même peut-être comme capitale d'une modernité baroque qui n'a pas eu la chance de pouvoir se déployer dans l'histoire — sauvant, à la manière benjaminienne qui m'est chère, l'imaginaire d'un pays du futur propre au Brésil des années 1960, et peut-être à l'Amérique latine tout entière. De fait, les traits modernistes désenchantés du plan urbanistique de Lúcio Costa sont tout aussi évidents que les traits baroques et enchanteurs de l'architecture de Oscar Niemeyer. Mais on peut aussi interpréter le monumentalisme de Niemeyer comme une subjugation toute classique du citadin par des formes massives, et le "Plan pilote" et l'"Axe monumental" de Costa comme une tentative de fusion baroque avec la nature. Insistant sur la dimension politique de l'épistémologie (pointant, dans le cas présent, l'épistémologie d'un futur qui est aussi celle d'un futur perdu), j'essaierai de montrer combien passer à côté de ce chiasme, ce qui revient en général à dénigrer la dimension baroque, réduisant Brasilia au plan de Le Corbusier pour la ville de Paris (en quoi consiste la position de l'anthropologue nord-américain James Holston), ou en insistant sur le caractère baroque avec l'habituelle intention péjorative (en quoi consiste la position de l'architecte suisse Max Bill), revient à projeter des préjugés ethnocentristes sur la ville, niant qu'elle est, essentiellement, moderniste et baroque, et qu'une telle esthétique baroque de la modernité représente la chance d'une modernité alternative — celle du baroque, elle-même refoulée de l'histoire. C'est ainsi que, à l'aide de documents d'archives (photographies et films d'époque, archives des projets, de leur discussion et de leur réception dans la critique et les médias, témoignages des contemporains…), je proposerai un voyage dans l'espace de Brasilia et l'histoire de sa réception, pour essayer de décoder, entre enchantement et désenchantement, les signes de ce futur perdu.

Marc Berdet est professeur visitant au département de design de l'université de Brasilia, où il travaille sur l'imaginaire des villes et l'expérience urbaine dans le sillage de Walter Benjamin et de Siegfried Kracauer. Il travaille à la traduction, l'appareil critique et l'introduction de la correspondance entre Walter Benjamin et Siegfried Kracauer.
Publications
Fantasmagories du capital. L'invention de la ville marchandise, Paris, La Découverte / Zones, 2013.
Walter Benjamin. La passion dialectique, Paris, Armand Colin, 2014.
Le chiffonnier de Paris. Walter Benjamin et les fantasmagories, Paris, Vrin, 2015.
Bibliographie sélective
Benjamin Walter, L'origine du drame baroque allemand, Paris, Flammarion, 2009.
Braga Milton, O concurso de Brasília, São Paulo, Cosac Naify, 2010.
Croce Benedetto, Bréviaire d'esthétique, Paris, Éditions du Félin, 2005.
Costa Lucio, Registro de uma vivencia, São Paulo, Ed 34 / SESC, 2018.
D'Ors Eugenio, Du baroque, Paris, Gallimard, 1968.
Deleuze Gilles, Le pli. Leibniz et le baroque, Paris, Minuit, 1988.
Echeverria Bolivar, La modernidade de lo barroco, México, Era, 1998.
Echeverria Bolivar, Modernidad y blanquitud, México, Era, 2010.
Ferro Sergio, Arquitetura e trabalho livre, São Paulo, Cosac Naify, 2006.
Forty Adrian e Andreoli Elisabetta, Arquitetura moderna brasileira, Londres, Phaidon, 2004.
Kim Lina e Wesely Michael, Arquivo Brasília, São Paulo, Cosac Naify, 2010.
Lucio Costa. Um modo de ser moderno, São Paulo, Cosac Naify, 2005.
Pedrosa Mario, Dos murais de Portinari aos espaços de Brasília, São Paulo, Perspectiva, 1981.
Sarduy Severo, Barroco, Lisboa, Vega, 1989.
Wölfflin Henrich, Principes fondamentaux de l'histoire de l'art, Paris, Parenthèses, 2017.
Wölfflin Henrich, Renaissance et baroque, Paris, Parenthèses, 2017.
Xavier Alberto e Katinsky Julio, Brasília. Antologia crítica, Cosac Naify, São Paulo, 2012.
Xavier Alberto, Depoimento de uma geração. Arquitetura moderna Brasileira, Cosac Naify, São Paulo, 2003.
Ressources internet
https://www.vitruvius.com.br

Rachel BRAHY & Nathalie ZACCAÏ-REYNERS : Pour une socio-anthropologie de la présence
Il est un vaste ensemble d'expériences rétives au vocabulaire de la modernité qui, pour trouver un chemin vers la conscience et le partage, s'appuient sur des ressources associées à l'esthétique, la magie ou le religieux. Parmi ces expériences, nous nous intéressons, en particulier, à la sensation — ou au sentiment — d'une co-présence ou d'une présence dans le monde. Celle-ci peut se manifester alors même que le sujet ou l'objet perçu n'est pas disponible dans l'ici et le maintenant. À partir des travaux de la pragmatique esthétique (Schaeffer, Dewey, Gell, …) et de la phénoménologie sociale (Schütz) en particulier, nous explorons les outils sociologiques qui permettraient de saisir certaines dimensions de ces expériences vécues que d'aucuns qualifient d'"enchantées". Les terrains convoqués pour mettre à l'épreuve ces premières élaborations théoriques sont des lieux d'engagement subjectif aussi variés que, par exemple, l'atelier créatif (théâtre ou écriture) ou l'espace végétal extérieur (jardin, parc ou forêt). Une hypothèse structurante de notre propos est, en effet, que cette sensation de présence/co-présence — ou pour le dire autrement d'un "monde qui parle" — suppose l'entrée dans un lieu "autre" (un espace potentiel, une aire de jeu, des coulisses, une hétérotopie, …). Les conditions d'accès et les caractéristiques propres à ces lieux sont donc à explorer, tout comme les processus internes subjectifs associés à ces logiques et expériences de (co-)présences (émerveillées, effervescentes ou enchantées). De même, la perte, individuelle et collective, que peut représenter l'anéantissement de ces logiques et expériences mérite l'examen, tout comme les dérives et dangers qu'elles peuvent comporter, tant pour la vie psychique que sociale et politique.

Rachel Brahy est docteure en sciences politiques et sociales et coordinatrice scientifique de la Maison des sciences de l'Homme (ULiège). Elle est également maître de conférences à la Faculté des sciences sociales de l'ULiège où elle dispense des cours de médiation sociale et culturelle. Ses recherches s'ancrent dans une socio-anthropologie de l'agir humain, en portant une attention particulière à l'expérience sensible du commun et à la façon dont les politiques (sociales, culturelles et de la ville) permettent (ou non) d'éprouver de telles expériences.
Dernier ouvrage
S'engager dans un atelier-théâtre. À la recherche du sens de l'expérience, Éditions du Cerisier, 2019.

Nathalie Zaccaï-Reyners est chercheure qualifiée du Fonds national de la recherche scientifique belge, professeure à l'université libre de Bruxelles et directrice du Groupe de recherche sur l'action publique. Elle poursuit des travaux en sociologie morale et épistémologie des sciences sociales où elle interroge les ressorts de l'intercompréhension et de la transmission de l'expérience. Elle s'intéresse en particulier au rôle de l'imagination dans le cadre de relations asymétriques, notamment dans le domaine des relations institutionnelles et des relations de soin.
Publication
Au prisme du jeu. Concepts, pratiques, perspectives, L. Mermet & N. Zaccaï-Reyners (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2015.

Marc BREVIGLIERI : Chants célestes (Maroc)
Dans l'univers végétal d'une oasis du Maroc présaharien des femmes âgées, viennent quotidiennement collecter des plantes spontanées aux pouvoirs nombreux. Notre intervention se penchera sur la délicate attention que suppose l'effectuation de ces gestes de collecte pour lesquels la tradition anthropologique a eu bien peu d'égards. Pour déployer notre analyse, on essaiera de relier ces gestes techniques à des chants d'espérance (tangift) qui éclairent au passage la riche composition de l'arrière-plan cosmologique oasien. Un travail filmique nous aidera à nous mettre en présence de ces femmes en collecte et de leurs chants célestes.

Marc Breviglieri est professeur associé à la Haute École Spécialisée de Suisse Occidentale (HETS-Genève) et chercheur au Centre de recherche Ambiances Architectures Urbanités (CNRS). Ses thèmes de recherche touchent aux configurations et aux aménagements variés de l'habitation humaine, aux apprentissages de la vie commune, aux dimensions liant corps et espace et, enfin, aux questions d'ordre affectif, éthique et politique posées par l'expérience du soin.

Colette CAMELIN : Du désenchantement à l'enchantement (en 1913 et aujourd'hui)
La spirale est un mouvement enchanteur car elle s'approche de points connus pour avancer plus loin. C'est le mouvement même de la vie, des galaxies à l'ADN — et de la pensée. Ainsi je propose de repasser par la problématique "enchantements et désenchantements" en 1913 pour éclairer des voies contemporaines. Nous avions interprété la culture de 1913 comme une tension entre, d'une part, une floraison intellectuelle et artistique européenne "enchantée" (Stravinski et Debussy, Apollinaire, Cendrars, Proust, Kandinsky, Macke et Marc, Matisse et Picasso, Pound, Freud, Bergson…) et, de l'autre, le "désenchantement" face aux destructions sociales, naturelles et spirituelles, que Péguy attribuait au "monde moderne" dans L'Argent. En 1913, les forces créatrices arrivent à un point d'incandescence au bord du désastre, tandis que croît par ailleurs la pulsion de mort. Aujourd'hui la civilisation thermo-industrielle, qui a montré son efficacité pendant la Première Guerre mondiale, est parvenue au point de menacer l'existence même des vivants, parmi lesquels les humains. Face aux dangers actuels, l'enchantement devient vital pour habiter le monde d'aujourd'hui et de demain car il ouvre des possibles à la fois esthétiques et éthiques. Ses "fétiches d'Océanie et de Guinée" enchantaient Apollinaire, à quels fétiches nous adresser aujourd'hui, peut-être sont-ils proches de nous ?

Colette Camelin est professeure émérite de littérature française à l'université de Poitiers. Elle a consacré plusieurs livres à l'œuvre de Saint-John Perse notamment Éclat des contraires, poétique de Saint-John Perse (CNRS, 1998) ; La "rhétorique profonde" de Saint-John Perse, avec Joëlle Gardes-Tamine (Champion, 2002) ; L'imagination créatrice de Saint-John Perse (Hermann, 2007). Elle a édité Les premiers écrits sur l'art (Gauguin, Moreau, sculpture) de Victor Segalen, en collaboration avec Clara van den Bergh (Champion, 2011). Elle a organisé à Cerisy, avec Marie-Paule Berranger, le colloque "1913 cent ans après : enchantements et désenchantements" (Hermann, 2015) et, avec Muriel Détrie, "Victor Segalen, « attentif à ce qui n'a pas été dit »" (Hermann, 2019).
Bibliographie
Despret Vinciane, Habiter en oiseau, Actes Sud, 2019.
Morizot Baptiste, Manières d'être vivant, Actes Sud, 2020.
Pinson Jean-Claude, Pastoral : de la poésie comme écologie, Champ Vallon, 2019.
Vinclair Pierre, Agir non agir éléments pour une poésie de la résistance écologique, Corti, 2020 ; La Sauvagerie, Corti, 2020.

Belinda CANNONE
Belinda Cannone est romancière et essayiste. Elle a enseigné la littérature comparée à Caen jusqu'en 2020. Dans son œuvre d'essayiste, elle développe notamment trois grands axes: le désir de vivre et le désir charnel (L'écriture du désir ; Petit éloge du désir ; Le Baiser peut-être ; Le Nouveau nom de l'amour), l'émerveillement (Un Chêne ; S'émerveiller ; La Forme du monde) et le féminisme (La Tentation de Pénélope).

Fabrice CLÉMENT : Plus jamais ça ! L'ultra-endurance : entre enchantement et réalité
Selon deux des Grands Récits contemporains, la théorie économique classique et la théorie de l'évolution, nos comportements obéiraient à un certain "calcul" visant à empêcher toute dépense inutile. Toutefois, les travaux des anthropologues ou des historiens mettent souvent en évidence des actions qui paraissent échapper à ces lois supposées du fonctionnement vital. Pour tenter de percer cette part maudite de nos comportements, je propose de m'attarder sur une activité humaine qui semble exemplaire dans sa manière de nier ces grands principes d'économie : les courses de montagne de longue distance, ou ultra-trails. Comment en effet faire sens d'efforts qui peuvent durer plusieurs jours, dans des conditions climatiques et des parcours souvent très difficiles, avec une récompense qui semble se confondre avec le soulagement "d'en avoir terminé". Une phénoménographie de ces participants de l'extrême permet de mettre en évidence des épisodes vécus où le merveilleux affleure régulièrement : hallucinations, états de pleine conscience, sentiment de présence, "flow", expérience de fusion avec ses compagnons d'aventure, etc. En explorant leurs limites physiques, les athlètes sont ainsi amenés à ressentir des expériences qui sont littéralement hors du commun.

Après une formation en anthropologie et en sociologie, Fabrice Clément s'est tourné vers la philosophie de l'esprit puis la psychologie du développement pour tenter de mieux saisir la manière dont les croyances naissent et meurent. Aujourd'hui professeur à l'université de Neuchâtel, il y a co-fondé un centre de sciences cognitives dont les recherches remettent en question la scission traditionnelle entre les sciences humaines et les sciences naturelles.
Publications
Les Mécanismes de la croyance, Paris, Droz, 2006.
La Sociologie cognitive (avec L. Kaufmann), Paris, Maison des Sciences de l'Homme, 2011.
Foundations of Affective Social Learning (avec D. Dukes), Cambridge University Press, 2019.

Patrick CORILLON : Un pied dedans, un pied dehors
Présentation d'une dizaine de ses interventions artistiques dans le cadre de commandes publiques en milieu urbain. La question centrale de ces interventions est : "Comment un espace imaginaire peut-il nourrir un espace politique ?". Comment créer des imaginaires qui ne sont pas là comme lieux de consolation pour mieux fuir une réalité quotidienne, mais qui au contraire parviennent à placer cette réalité dans une perspective large qui nous donne de la hauteur. Comment la vie dans un espace public régi par les rythmes de l'époque peut-elle s'ancrer dans un temps long ; non sous l'autorité du poids de l'Histoire, mais dans l'épaisseur d'histoires et de légendes millénaires. Bref, comment la métaphore peut-elle devenir un enjeu de la vie en commun ?
Site internet: www.corillon.net

Vinciane DESPRET : Puissances de la fiction : Cat's cradle avec Ursula Le Guin et Donna Haraway
"Quelles histoires racontons-nous lorsque nous racontons d'autres histoires ?" demande la philosophe américaine Donna Haraway dans son livre Vivre avec le trouble. Elle continue plus loin "Quelles histoires font des mondes ? Quels mondes font des histoires ? Cela compte aussi". Nous sommes nombreux à avoir la conviction qu'il nous faut d'autres récits pour apprendre (ou réapprendre) à mieux habiter le monde, et pas seulement des récits humains. Des récits qui peuvent nous rendre sensibles à la façon dont des êtres s'engagent dans la vie les uns des autres et nous donnent l'envie de nous engager, autrement, à notre tour. La science-fiction a cultivé ce genre de narrations — on pensera par exemple aux nouvelles de Ursula Le Guin, que ce soit celle de "La théorie du fiction-panier" — pour une réinvention du passé — ou celles qui composent le recueil des Quatre vents du désir, et dont la première ("L'auteure des graines d'acacias") explore un possible du futur avec des animaux écrivains. Haraway elle-même inventera un monde de compostistes, celui des Camille, où les compagnonnages multispécifiques prennent la figure de métamorphoses symbiotiques. Inspirée par elles, faisant relais de mondes ainsi devenus possibles, j'imagine des scientifiques du futur tantôt envisageant que les constructions des wombats d'Australie auraient une valeur religieuse, tantôt se chargeant de traduire des écrits à l'encre de poulpe découverts sur des fragments de poterie. S'agit-il d'enchantement ? Ces découvertes fabulées ne forment en fait qu'une légère inflexion, une sorte d'intensification de ce que certains scientifiques nous ont déjà proposé. L'enchantement serait-il alors une des formes du relais que nous pourrions donner à leurs travaux ? À moins qu'il ne s'agisse de tout simplement prolonger leur geste : celui de résister à la désanimation des vivants non-humains.

Vinciane Despret est une philosophe des sciences belge, professeur à l'université de Liège et à l'université libre de Bruxelles. En 1997, elle a souteny sa thèse "Savoir des passions et passions des savoirs" auprès d'Isabelle Stengers. Son travail est devenu une référence dans les courants de pensée de l'écologie, de l'activisme, ou du territoire.
Publication
Les animaux : deux ou trois choses que nous savons d'eux, V. Despret, R. Larrère (dir.), Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2014.
Bibliographie
Ursula Le Guin, "The author of the acacia seeds. And other extracts from the Journal of the association of therolinguisitics", in The Compass Rose : Stories, Harper and Collins, 2005, p. 3-14.
Didier Debaise, "Le récits des choses terrestres", Corps-Objet-Image, 5, 2020.
Michel Serres, Le contrat naturel, Flammarion, coll. "Champs", 1990.

Giuseppe GAVAZZA : "Entre son et songe" [performance]
"Entre son et songe" est une composition musicale originale divisée en quatre parties :
Haut-parleurs humains : radios vivantes
Une performance collective utilisant des récepteurs radio portables, des oreillettes et des êtres humains. Les personnes, portant des oreillettes reliées à leurs radios portables syntonisées sur le même canal, essayant de reproduire le programme radio — en utilisant leur voix, leur corps et des objets — deviennent un chœur de haut-parleurs humains. Au bout d'un moment, une sorte de coordination entre les interprètes se produit spontanément. La performance peut se produire n'importe où et n'importe quand, sous la forme d'une performance spontanée et participative, ou peut être coordonnée à grande échelle par une émission de radio selon un palimpseste spécifique.
Clouds sound !
Un peu dans l'esprit des Paroles Gelées de Rabelais, mais sans combat (Faites des rêves, pas la guerre !). Suspendu à des ballons ancrés, je vais installer quelques dizaines de haut-parleurs de poche (un pour chaque ballon) qui diffuseront des voix qui racontent leurs rêves. L'installation fonctionnera de jour et/ou de nuit. Les voix qui narrent les rêves seront, à mon souhait, celles des participants au colloque : voix recueillies lors d'entretiens, éventuellement anonymes, réalisés pendant la résidence ou précédemment, selon des modalités à convenir. Après l'atterrissage, le même orchestre de poche sera utilisé pour interpréter ma nouvelle composition :
Le Château des voix timides
Création qui sera composée pendant les jours de résidence du colloque.
META Choir Cerisy
Une performance collective que j'ai conçue et présentée pour la première fois à META, Black Mountain College, N.C., en mai 2002. Tous les participants ont été invités à interpréter la partition : des instructions simples sur une ligne de temps, sous la direction des cloches et d'une grande horloge sur le mur. Chacun joue son rôle : réciter, chuchoter, chanter des mots tels que le nom, la date de naissance, les noms des proches, le signe du zodiaque, des souvenirs d'enfance, des émotions, les rêves...
Le concert, d'une durée de quelques minutes, peut être joué une fois ou les jours suivants à la même heure, toujours ouvert à tous ceux qui veulent y participer. Je vais écrire la partition pour META Choir Cerisy pendant les jours de résidence du colloque.

Giuseppe Gavazza, a étudié la composition, le piano, la musicologie et la musique électronique. PhD et compositeur en résidence ACROE-ICA de Grenoble, il enseigne au Conservatoire de Cuneo et est chercheur permanent AAU Cresson à Grenoble. Au cours de ses nombreuses résidences, il a collaboré avec des artistes de tous genres, produisant environ 150 projets.

Marion HENDRICKX : Enchantement à l'hôpital : un atelier conte en psychiatrie
L'hôpital n'est pas a priori un endroit propice à l'enchantement. C'est le lieu du corps, du concret, du protocole. Dans ce lieu de vie et de mort, que le patient aborde avec appréhension, est-il possible d'avoir les conditions d'expériences d'enchantement ? À partir d'un atelier conte en psychiatrie, je montrerai comment des soignants créent un espace/temps à part, "séparé", qui permet de sortir du protocole hospitalier, tout en le respectant. Un système de poupées russes se met en place pour contenir cet espace/temps : la hiérarchie hospitalière devant être sensibilisée pour être porteuse de l'enchantement des soignants qui eux-mêmes porteront celui des patients. Le médium du conte, par les représentations multiples et préexistantes qu'il véhicule, tant culturelles, patrimoniales, éducatives que thérapeutiques, permet cette contenance et cette convergence, bien que les objectifs des intervenants (hiérarchie, soignants, patients) soient parfois diamétralement opposés.

Marion Hendrickx est psychiatre au Groupement des Hôpitaux de l'Institut Catholique de Lille et doctorante en sociologie à l'université libre de Bruxelles.

Olivier LABUSSIÈRE : Les enchantements de Lucrèce
L'œuvre de Lucrèce, De la nature, peut être lue comme un manuel d'initiation à l'imperceptible. Elle initie à ce qui dans le sensible fait importer l'imperceptible. La course des atomes est imperceptible, leurs transformations manifestent des réalités sensibles. "Le visible ouvre sur l'invisible dont il procède" (A. Gigandet). Le visible n'est pas le lieu d'une mise en ordre du monde, il est le lieu d'un enchantement, d'un chant du monde. Ce chant poétique est nécessaire à la constitution et au déploiement de ce savoir physique. Il l'anime. La physique lucrétienne ne se réduit pas à la pluie serrée et droite des atomes. Ce grand écoulement est ponctué de formes tourbillonnaires qui le ralentissent, lui confèrent des éclats locaux, en célèbrent le mouvement général d'évolution. Cette lecture de l'œuvre de Lucrèce s'inscrit dans une préoccupation contemporaine pour une approche non anthropocentrée des milieux de vie.

Olivier Labussière est géographe, chercheur au CNRS, rattaché au Pacte, laboratoire de sciences sociales à Grenoble. Ses thèmes de recherche touchent aux relations entre énergie, espace et sociétés dans le contexte contemporain de scénarios bas carbone. L'analyse du déploiement de nouvelles technologies de l'énergie (à terre, en mer, en sous-sols), des politiques qui les sous-tendent et des luttes qu'elles suscitent offre une entrée privilégiée pour suivre la redéfinition des politiques environnementales contemporaines et celles de nos milieux de vie.

Emmanuelle LALLEMENT : De l'enchantement au désenchantement (et vice versa)
La communication proposera d'articuler une anthropologie du phénomène festif contemporain à une anthropologie de l'enchantement. Enchantement et phénomène festif entretiennent des liens étroits. La notion d'enchantement permet en effet de saisir la logique de l'événementialité festive qui a en partie caractérisé la fabrique matérielle et symbolique des villes depuis le début des années 2000. Dans certains événements festifs urbains étudiés ("Nuits Blanches", "Paris-Plage" notamment) se retrouve une volonté de suspension, dans un temps et un espace codifiés, de l'incrédulité habituelle, pour faire advenir un "effet de ville". À la fois éphémère mais structurante dans la gestion des espaces et des temps de la ville, cette politique du festif a été largement critiquée: ne participait-elle pas à la lente dérive du festif vers l'événementiel ? La fête est ainsi désenchantée. Cependant qu'en est-il de l'enchantement quand il n'y a plus de fêtes en ville ? Quand tout rassemblement festif est interdit ? Une anthropologie du désenchantement festif permet de documenter le rapport au festif, révélé en creux comme essentiel en période de crise sanitaire et sociale. C'est peut-être au cœur de cette crise que l'enchantement de la fête revient.

Emmanuelle Lallement est anthropologue des mondes contemporains. Professeure des universités à l'Institut d'Études Européennes de l'université Paris 8, membre du Laboratoire Architecture, Ville, Urbanisme, Environnement (LAVUE), elle mène plus particulièrement des recherches en anthropologie urbaine sur la fabrication de la ville par l'événementiel festif, les situations d'échange marchand et les mobilités dans le cadre de la globalisation. Elle est responsable de l'axe "Penser la ville contemporaine" de la Maison des Sciences de l'Homme Paris-Nord.
Publications
La ville marchande. Enquête à Barbès, Téraèdre, 2010.
Paris Résidence Secondaire, Belin, 2013.
A dirigé en 2018 le numéro 38 de la revue Socio-Anthropologie "Éclats de fête".

Éric LE COGUIEC : Pratiques furtives dans la ville et nouvelles affordances
Le concept d'infiltration quand il est relié aux pratiques de la ville, résonne avec les concepts de dérive ou de déambulation. Il questionne l'objectivisme du savoir urbaniste et plus largement une fabrique fonctionnaliste de la ville. Il existe pourtant d'autres formes d'infiltration dans l'espace public, qui ne sont pas associées à la marche et qui désignent autant d'invitations à redessiner des trajectoires d'action. Si marcher repotentialise le contexte urbain et fait resurgir ce que la ville utilitariste exclut, rester immobile peut aussi perturber l'ordre établi et questionner les liens entre les besoins des individus et les affordances. Que ces pratiques de la ville soient mobiles ou immobiles, celles-ci, tout en critiquant les programmes urbains, sont aussi motivées par le jeu.

Éric Le Coguiec est docteur en architecture et auteur de travaux portant sur les relations entre architecture et politique. Ses recherches portent sur les dérives de l'urbanisme tactique, sur l'impact des media sociaux sur la production architecturale, sur les enjeux épistémologiques et méthodologiques de la recherche en architecture. Il a enseigné au Canada à l'École de design (Université du Québec à Montréal) et à la Azrieli School of Architecture and Urbanism (Carleton University, Ottawa). Il est actuellement professeur à la Faculté d'architecture de l'université de Liège et responsable du laboratoire ndrscrLab | Architecture et politique.

Dominique MEMMI : L'image enchantée des sommets vaut-elle pour tous ?
Depuis le milieu des années 70, le cinéma américain abandonne les "loosers" (Taxi driver, La Valse des pantins, Un après midi de chien, Vol au dessus d'un nid de coucou) pour des "winners", le plus souvent d'origine modeste, sinon populaire (les 6 Rocky, les deux Creed, mais aussi Fighting, Bleed for this, Chasing Mavericks, etc…). Et — sauf exceptions "excusables" et explicables ! — la réussite est au rendez vous. Au "pire", on assiste à une demi-victoire mais où l'honneur est sauf. Mais cette mythologie ne vaut pas pour tous, pas pour toutes. Quel est le principe de légitimité et de réenchantement de l'"envie de parvenir" socialement ?

Virginie MILLIOT : Glaneurs de mémoires et de rêves sur le vieux marché aux puces de Bruxelles
Le marché du jeu de Balle de Bruxelles est un marché aux puces unique en Europe, du fait de son organisation et de sa place dans l'imaginaire citadin. Il est ouvert non seulement le week-end mais tous les jours de la semaine et représente pour nombre de Bruxellois, "l'âme" de la ville même. À la différence d'autres marchés, où les objets sont triés, réparés et mis en valeur en amont, on trouve sur la place tout ce qui sort des maisons des défunts. Sont entassés et exposés dans des cartons, des objets de peu parfois intimes, des archives personnelles, des photographies : le "brol" de toute une vie. Des habitués, artistes, collectionneurs, glaneurs de mémoire viennent chaque jour y chercher matière à rêver, à créer, ou s'efforcent de "sauver tout ce qui peut l'être". Les objets sont saisis comme des déclencheurs d'imaginaire, d'à-venir créatif ou comme des objets-signes, messages d'outre-monde. Nous montrerons que l'écologie de ce marché offre des prises matérielles propices à des expériences d'enchantement, caractérisées ici par un brouillage temporel sur le mode de la "synchronicité", de la vision ou de la présence.

Virginie Milliot est maître de conférences en anthropologie à l'université de Paris Nanterre et membre du Lesc (UMR 7186). Elle développe depuis une dizaine d'années des recherches sur les occupations informelles de l'espace public, les sociabilités, mobilisations et formes d'organisation qui émergent depuis la rue, dans le Nord Est parisien.
https://lesc-cnrs.fr/fr/cb-profile/userprofile/213
https://hal.archives-ouvertes.fr/search/index/?q=virginie+Milliot

Luca PATTARONI : Politique de l'enchantement
Cette intervention se propose d'explorer les moments d'infléchissement politique de l'enchantement, c'est-à-dire les processus où se joue le passage d'une utilisation subversive et critique des formes d'intensification de l'expérience sensible à des formes instrumentales visant le renforcement d'un ordre établi ou encore l'expansion des logiques consuméristes. Plus qu'un infléchissement historiquement linéaire, tel que suggéré par exemple dans les dénonciations récurrentes de la société du spectacle, il faut considérer des oscillations plus fines, saisissant ensemble les modalités de capture de l'enchantement et la relance régulière de son potentiel subversif. Pour ouvrir à une pragmatique de ces infléchissements — noyau d'une sociologie de l'ambivalence — nous nous pencherons de manière symétrique sur deux grands domaines d'articulation de l'enchantement et du capitalisme, d'articulation autour des questions de créativité et d'habiter : d'une part, le passage des dérives situationnistes aux expériences réglées du tourisme contemporain (et en particulier la mise en équivalence des puissances esthétiques et de la contre-culture) ; d'autre part, la relance d'une puissance d'émerveillement (et d'habitation) en réponse à la mise en garantie des indicateurs écologiques et la financiarisation du traitement de la crise écologique. Au final, il s'agira de penser le travail politique de l'enchantement comme une attention critique à la résonnance démocratique des expériences sensibles, leur pouvoir de différenciation (créativité) et d'attachement (habiter).

Luca PIDDIU
Luca Piddiu est assistant d'enseignement et candidat au doctorat au sein de l'Institut GEDT et de la Faculté des Sciences de la Société de l'université de Genève. Sa thèse en aménagement et urbanisme porte sur les controverses relatives aux projets d'aménagement (notamment de densification) en périmètre urbain. À travers des études de cas en Belgique et en Suisse, cette recherche s'attache à comprendre les dynamiques transformatrices de la fabrique urbaine résultant d'oppositions habitantes, parmi lesquelles les ordres de justification, les mises en récit géographiques et la mobilisation des attachements relevant d'un habiter urbain non-dense. Sa thèse est dirigée par le professeur Laurent Matthey.

Patrick ROMIEU : De la voix chuchotée aux murmures du monde. Approche anthropologique de quelques dérives enchantées
Si toute anthropologie digne de ce nom ne peut être fondée que sur une ethnographie rigoureuse nous conviendrons que la surface sémantique de la notion d'enchantement, fortement enchâssée dans la tradition littéraire et culturelle, dépasse de beaucoup les échelles admises de l'anthropologie de terrain. Nous passerons outre cette difficulté en approchant le passage qualitatif sous entendu par l'enchantement en visant directement la "mise au chant" qu'il revendique. Qu'en est-il alors de cet emprunt à la chose acoustique validée par l'universel des cultures ? L'idée même du chant étant bien trop étroite nous élargirons notre enquête à tout ce qui peut faire chant dans un contexte contemporain de plus en plus ouvert aux renouveaux de l'expérience acoustique. Dans cette perspective, tout instant sonore peut être convoqué pour transiter d'une rive à l'autre du tonus acoustique, ouvrant dés lors à des dispositifs de reconfiguration quasi immédiate des réalités. En transitant des voix de tête aux fondements mêmes de l'expérience vive, sous les lignes de flottaison des régimes de représentation et de discursivité, la puissance sonore impose d'emblée des cosmogonies éphémères susceptibles de candidater au statut d'enchantement. Nous tenterons d'ordonner ces hypothèses par la traversée de trois situations ethnographiques aux contextes assez différenciés.

Patrick Romieu est anthropologue. Il travaille depuis plusieurs décennies à la conceptualisation d'une anthropologie sonore d'inspiration phénoménologique fortement appuyée sur la réflexibilité de l'expérience de terrain. Il interroge particulièrement la manière dont l'expérience sonore, infra notionnelle et infra linguistique par définition, interroge les régimes de discursivité et l'écriture même de l'anthropologie. Il est chercheur honoraire au sein de l'équipe Cresson du laboratoire AAU et responsable scientifique de l'Observatoire sonore de Haute Provence aCousson4.

Dominique ROODTHOOFT : "L'éponge & l'huître", ou que faire des crasses qui nous traversent ? Une visite guidée [spectacle-rencontre]
Que faire des crasses qui nous traversent ? C'est la question que s'est posée Dominique Roodthooft (bien avant la Covid 19 !) en se sentant peu à peu devenir comme une éponge gonflée de "tous les maux du monde" qu'elle n'arrivait plus à dégorger. Une amie, à qui elle confiait sa sensation, lui a répliqué non sans humour qu'elle pouvait choisir entre l'éponge qui absorbe tout ou l'huître qui filtre et peut même d'une crasse fabriquer une perle. À partir de la métaphore de l'éponge et de l'huître (qui en réalité sont tous les deux des animaux filtrants), différents créateurs et différentes créatrices ont été sollicités pour interroger et activer artistiquement le concept de filtrage(1) : à quoi fait-on attention, que choisit-on de garder, d'éliminer, d'ignorer ou de transformer dans ce qui nous traverse ? Le résultat du spectacle prend la forme d'une visite guidée parmi des œuvres (cartographies, documents sonores et films) et les commentaires de chacun des participants (artistes, philosophes, psychanalystes, militants). Devant chaque œuvre, la guide met son casque et relaye leur parole par le procédé du verbatim (qui consiste à répéter exactement ce qu'elle entend dans ses écouteurs). Dominique Roodthooft développe ce procédé depuis 2009, date à laquelle elle a commencé sa recherche autour de la transmission de la pensée et des savoirs auprès d'un grand public.
Concept : Dominique Roodthooft — Production : le CORRIDOR (BE)
(1) Le texte de Yves Citton : Ontologie du filtre et du filtrage fut distribué à chacun des participants au départ de leur recherche.

Véronique SERVAIS : Expériences d'enchantement dans le rapport au vivant
Dans nos sociétés, de nombreuses personnes font l'expérience, dans leurs rencontres avec des animaux ou la nature, de "moments suspendus" que nous avons qualifiés, avec A. Halloy et à la suite d'E. Belin (2002), d'expériences enchantées (Halloy & Servais, 2014). L'étude de ces rencontres enchantées nous a amenés à parler de "dispositifs d'enchantement" pour désigner des aménagements culturels mettant en relation des dispositions intérieures, qu'ils contribuent à faire advenir, et des affordances présentes dans l'environnement. L'enchantement se manifeste dans un travail d'intégration créatrice de l'expérience, qui peut survenir, mais pas toujours, lorsque certaines conditions sont remplies. Après être revenue rapidement sur le travail mené avec A. Halloy, l'exposé vise à montrer la productivité que les notions tirées de cette approche dispositive de l'expérience ont apporté à la compréhension de rencontres animales d'une part et du travail thérapeutique avec des animaux d'autre part.

Bibliographie
Halloy Arnaud & Servais Véronique (2014), "Enchanting Gods and Dolphins : A Cross‐Cultural Analysis of Uncanny Encounters", Ethos, 42(4), 479-504.
Belin Emmanuel (2002), Une sociologie des espaces potentiels. Logique dispositive et expérience ordinaire, Bruxelles, De Boeck.

Robin SUSSWEIN : L'imaginaire, l'intime, le réel. Perspective sociologique sur les conditions suffisamment bonnes pour animer des êtres absents
À partir d'une enquête ethnographique réalisée auprès de collectif d'initiation à la "communication animale intuitive", nous explorons la question des conditions de possibilité d'une "expérience d'enchantement". Nous montrons comment, dans ce cas, l'enchantement s'appuie sur une transformation progressive du cadre pragmatique de l'activité, et proposons une analyse des conditions sociales et langagières de cette transformation.

Robin Susswein est, depuis 2020, chargé de recherche à la Ligue bruxelloise pour la santé mentale. Diplômé d'un Master en sociologie (ULB) en 2015, il réalise de 2015 à 2019 une recherche doctorale au Casper (USL-B) portant sur les recompositions des pratiques de soin psychiatrique autour de la norme d'"autonomie". Ses intérêts de recherche portent sur les conceptions de la personne dans le champ de la santé mentale ainsi que sur les "dispositifs d'enchantement", objet d'un mémoire de Master en 2015 et d'un article en 2020.
Publications
Robin Susswein, La "Communication Intuitive" et ses initiés. Approche ethnographique d'une technique de développement personnel impliquant l'animal, Mémoire présenté en vue de l'obtention du grade de Master Sociologie à finalité spécialisée, sous la direction de Mme la Professeure Nathalie Zaccaï-Reyners, Bruxelles, Université Libre de Bruxelles, 2015.
Robin Susswein et Edgar Tasia, "S'initier au merveilleux", EspacesTemps.net [En ligne], Travaux, 2020 | Mis en ligne le 7 avril 2020 (https://www.espacestemps.net/articles/sinitier-au-merveilleux/ ; DOI : 10.26151/espacestemps.net-34ck-vy73).

Jean-Paul THIBAUD : L'enchantement, une intonation de la vie
Que se passe-t-il quand on aborde l'enchantement en termes d'ambiance ? L'enchantement ne procéderait-il pas d'une mise en ambiance spécifique qui augmente notre attachement à la vie ? N'a-t-on pas affaire à l'installation d'une tonalité affective singulière qui nourrit notre faculté de sentir et accroît notre puissance d'agir ? Cette perspective permettra d'aborder la question de l'atmosphérisation du monde et de la mise en condition sensible de l'expérience, du pouvoir d'emprise d'une ambiance et de sa capacité à activer une puissance de vie. Il s'agira d'approcher l'enchantement comme un mouvement d'intensification de la sensibilité aux milieux de vie. On pourra également se demander si l'on n'assiste pas actuellement à une forme spécifique d'enchantement du monde que l'on pourrait qualifier d'étrange : un "étrange enchantement" ou une "étrangeté enchantée" qui découvre à nouveaux frais la composition sensible de mondes possibles. Que pourrait donc être cette écologie ambiantale de l'enchantement, attentive à la vitalité et à la précarité des milieux en devenir ?

Jean-Paul Thibaud est sociologue de formation, directeur de recherche CNRS au CRESSON (UMR 1563 Ambiances, Architectures, Urbanités). Son domaine de recherche porte sur la théorie des ambiances urbaines, les sensibilités contemporaines aux enjeux socio-écologiques, la perception ordinaire en milieu urbain, l'ethnographie sensible des espaces publics, l'anthropologie du sonore, les méthodologies qualitatives in situ. Il dirige actuellement le programme ANR SENSIBILIA Sensibilités à l'épreuve de l'Anthropocène.
Derniers ouvrages
Thibaud Jean-Paul, 2015, En quête d'ambiances, Genève, MétisPresses.
L'usage des ambiances, Colloque de Cerisy (2018), Hermann, 2021 (en co-direction avec D. Tallagrand et N. Tixier).

Nicolas TIXIER : À la recherche de l'enchantement
L'habiter se fabrique de multiples façons. Voir et dire ces fabriques reste un des enjeux majeurs pour comprendre ce qui fait patrimoine dans les usages, mais aussi dans les capacités d'un lieu à se renouveler tout en gardant ce qui le rend singulier et dont l'ambiance en est un catalyseur autant qu'un révélateur. À partir des travaux sur les modes d'existence d'Étienne Souriau, relus par David Lapoujade, on regardera comment il est possible d'entrevoir dans un cadre projectuel une approche rétro-prospective des ambiances d'un lieu, cherchant en quelque sorte un ré-enchantement possible. Pour incarner ces propositions, on s'appuiera sur un projet urbain que nous avons développé avec l'artiste Didier Tallagrand : "L'affaire de l'aqueduc de la Reine Pédauque" (Toulouse, France).

Nicolas Tixier est architecte. Professeur à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble et professeur invité à l'École Supérieure d'Art Annecy Alpes. Chercheur au CRESSON (UMR 1563 Ambiances, Architectures, Urbanités), il en est le directeur depuis 2018. Il mène parallèlement une activité de projet au sein du collectif BazarUrbain. Entre héritage et fiction, il interroge les territoires et leur fabrique par les ambiances.
Derniers ouvrages
Traversées urbaines, villes et films en regard, MétisPresses, 2015.
L'usage des ambiances, Colloque de Cerisy (2018), Hermann, 2021 (en co-direction avec D. Tallagrand et J.-P. Thibaud).

Laurent VALDÈS
Dans le cadre de cette virgule matinale, Laurent Valdès explorera certaines images qui habitent sa mémoire, la nourrissent. Séquences orphelines tournées en Super 8 et qui n'ont trouvé place dans aucun travail jusqu'à présent, mais dont le souvenir, prégnant, lui donne le sentiment de les connaître par cœur, car toujours résonnantes. Cette relation entre sa mémoire et l'image, ces lieux et son corps, n'est pas sans produire une oscillation, une forme de danse qui l'enchante, le structure, aiguisant ses sens et son appétence au sensible.

Laurent Valdès est artiste et vidéaste. Diplômé des Beaux-Arts de Genève en cinéma, il complète sa formation par un master en arts visuels à l'actuelle HEAD quelques années plus tard. Sa démarche artistique, liée à l'espace et la narration, est présentée dans le cadre de performances, d'installations, de mises en scène ainsi que par le livre. Il mène également un travail de recherche sur les mémoires de "l'habiter" dans lequel il questionne toutes les traces, aussi bien matérielles que littéraires ou audiovisuelles. Questionnements qu'il applique à Hong Kong et au Japon où il a séjourné à plusieurs reprises.

Denis VIDAL : Entrenchantements. Une approche anthropologique de la notion d'enchantement
Partant de situations ethnographiques variées dont j'ai été le témoin mais où j'ai pu être, aussi, parfois, quelque peu impliqué (miracles, interactions avec des divinités ou avec des robots), je voudrais proposer un certain nombre d'hypothèses sur la manière dont l'enchantement s'institue, s'expérimente et se diffuse dans un milieu donné.

Yves WINKIN : Paysages enchantés : une cartographie
Dans le courant des années 90, vont surgir tant en Europe qu'aux États-Unis des propositions de théories de l'enchantement. Je songe en particulier à Enchanting a Disenchanted World de Georges Ritzer (1999), à The Enchantments of Technology de Lee Worth Bailey (2005), qui n'a curieusement rien à voir avec le célèbre article d'Alfred Gell, "The Technology of Enchantment and the Enchantment of Technology" (1992), qu'Yves Citton va faire connaître en langue française en le publiant dans son Technologies de l'enchantement. Pour une histoire multidisciplinaire de l'illusion (avec Angela Braito, 2014). Deux contributions majeures mais relativement méconnues devront encore être "cartographiées" : Une Sociologie des espaces potentiels. Logique dispositive et expérience ordinaire d'Emmanuel Belin (2002) et "On the Elementary Forms of Socioerotic Life" de Sasha Weitman (1998).

Professeur extraordinaire émérite de l'université de Liège et Professeur honoraire du Conservatoire national des arts et métiers, Yves Winkin a proposé une "anthropologie de la communication" fondée sur une démarche ethnographique (La Nouvelle Communication, 1981 ; Erving Goffman : les moments et leurs hommes, 1988 ; Anthropologie de la communication, 2001). Il a été directeur adjoint de l'École normale supérieure de Lyon, directeur de l'Institut français de l'Éducation et directeur du musée des Arts et Métiers.
Publications
Y. Winkin (dir.), Bateson : premier état d'un héritage, Colloque de Cerisy, Éditions du Seuil, 1988.
J. Dubois, P. Durand, Y. Winkin (dir.), Le Symbolique et le Social. La réception internationale de la pensée de Pierre Bourdieu, Colloque de Cerisy, Éditions de l'université de Liège, 2005 [réédition : Presses universitaires de Liège, 2015].
"Communiquer à Cerisy", in S.I.E.C.L.E Colloque de Cerisy. 100 ans de rencontres intellectuelles de Pontigny à Cerisy, Colloque de Cerisy, Institut Mémoires de l'édition contemporaine, 2005.
"Les multiples mondes de Howard Becker", in Howard Becker et les mondes de l'art, Colloque de Cerisy, Les Éditions de l'École polytechnique, 2013.
"Les vieux qui marchent (encore). Auto-ethnographie prospective", in Le génie de la marche. Poétique, savoirs et politique des corps, Colloque de Cerisy, Hermann Éditeurs, 2016.
Réinventez les musées ?, Éditions MkF, 2020.


BIBLIOGRAPHIE :

• Belin Emmanuel, 2002, Une sociologie des espaces potentiels. Logique dispositive et expérience ordinaire, Bruxelles, De Boeck Université.
• Bennet Jane, 2001, The enchantement of modern life, Princeton University Press.
• Bourgeois Catherine, Brahy Rachel et Zaccaï-Reyners Nathalie (coords.), 2020, "Effervescence et enchantement : scènes, organisations et expériences", Traverse coordonnée pour la revue Espaces-Temps (à paraître).
• Brahy Rachel, 2019, S'engager. À la recherche du sens de l'expérience, Cerisier, Mons.
• Clément Fabrice, 2006, Les mécanismes de la crédulité, Genève, Droz.
• Despret Vinciane, 2020, Habiter en oiseau, Actes Sud.
• Halloy Arnaud et Servais Véronique, 2014, "Enchanting Gods and Dolphins : A Cross-Cultural Analysis of Uncanny Encounters", ETHOS, vol. 42, n°4, p. 479-504.
• Heindrickx Marion, 2012, Petit traité d'horreur fantastique à l'usage des adultes qui soignent des ados, Toulouse, Érès.
• Labussière Olivier, 2013, "Flux, ambiances et ré-enchantement du monde. Étude à partir de Malicroix d'Henri Bosco", Ambiances. Environnement sensible, architecture et espace urbain, UMR 1563 - Ambiances Architecturales et Urbaines, pp.1-11.
• Mannoni Octave, 1969, Clefs pour l'imaginaire : ou l'Autre scène, Paris, Le Seuil.
• Mermet Laurent et Zaccaï-Reyners Nathalie (sld.), 2015, Au prisme du jeu. Concepts, pratiques, perspectives, Paris, Hermann, "Colloque de Cerisy".
• Nahoum-Grappe Véronique, 2010, Vertige de l'ivresse : Alcool et lien social, Descartes & Cie.
• Schaeffer Jean-Marie, 1999, Pourquoi la fiction ?, Paris, Gallimard.
• Susswein Robin et Tasia Edgar, 2020, "S'initier au merveilleux", Espace-temps.net.
• Thibaud Jean-Paul, 2015, En quête d'ambiances, Genève, MétisPresses.
• Tixier Nicolas, 2020, "Heritage / Fiction. For a retro-prospective of dwelling-in-ambiances", in D. Masson & M. Novak (dir.), Ambiances, Alloaesthesia, actes du 4e Congrès international ambiances, décembre 2020.
• Vidal Denis, 2016, Aux frontières de l'humain, Paris, Alma éditeur.
• Winkin Yves, 2002, "Propositions pour une anthropologie de l'enchantement", in Rasse Paul, Midol Nancy et Triki Fathi (dir.), Unité-Diversité. Les identités culturelles dans le jeu de la mondialisation, p. 169-179, Paris, L'Harmattan.
• Winnicott Donald W., 1997 [1971], Jeu et réalité, l'espace potentiel, 1ère trad. française, 1975, réédition collection Gallimard/Collection de l'Inconscient.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


JULIA KRISTEVA : RÉVOLTE ET RELIANCE

HUMANITÉS, LITTÉRATURE, PSYCHANALYSE


DU SAMEDI 26 JUIN (19 H) AU SAMEDI 3 JUILLET (14 H) 2021



DIRECTION :

Sarah-Anaïs CREVIER GOULET, Keren MOCK, Nicolas RABAIN, Beatriz SANTOS

Avec la participation de Julia KRISTEVA


ARGUMENT :

Cette rencontre se propose comme une traversée dans l'œuvre protéiforme de Julia Kristeva. Toujours en acte, la pensée qu'elle déploie est à l'écoute des bouleversements de l'histoire, des théories et des disciplines, tout comme des enjeux contemporains et des questions éthiques. Conçue dans les mouvements de révolte et de reliance, elle prend ancrage au cœur même de ce qui relie l'intime et le social-historique : là est la force créative d'une œuvre dont le rayonnement dépasse cultures et disciplines.

L'exigence de la vision humaniste de l'auteure oblige à suivre l'héritage des Lumières : c'est en confrontant les points de vue que, dans le vaste ensemble de leurs enchevêtrements, la complexité se dévoile. De la signifiance au récit intertextuel, de l'inscription inconsciente aux limites de la vie, de la révolte adolescente à la violence des pouvoirs de l'horreur, des portraits littéraires aux expressions esthétiques et artistiques, du besoin de croire à la pulsion de savoir, les trois volets de ce colloque (humanités, littérature, psychanalyse) permettront de considérer à sa juste mesure la singularité du parcours kristévien.

Sans pour autant prétendre à l'exhaustivité, les réflexions éclairées par le débat avec de nombreux penseurs tant français qu'étrangers permettront d'entretenir un dialogue privilégié avec celle qui se définit comme un "monstre de carrefours" et qui est assurément, non seulement une personnalité hors pair, mais aussi l'une des intellectuelles les plus importantes de notre temps.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Croyance, Esthétique, Éthique, Fictions, Kristeva (Julia), Langage, Psychanalyse


CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 26 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 27 juin
Matin
Carin FRANZÉN : L'œuvre de Julia Kristeva — un antidote au vide symbolique dans la culture contemporaine
Discutante : Keren MOCK

Jean-François RABAIN : Julia Kristeva lectrice d'Aragon
Discutant : Nicolas AUDE

Après-midi
Éthique et médecine, table ronde animée par Danièle BRUN, avec Jean-Claude AMEISEN [visioconférence], Eivind ENGEBRETSEN [visioconférence] et Lawrence D. KRITZMAN [visioconférence]

Le génie féminin de Julia Kristeva par Philippe Sollers (film de Georgi K. Galabov et Sophie Zhang, 32 min), présentation par Keren MOCK puis projection du film

Soirée
Samuel DOCK : "Cette nuit instillée de jour : la vérité de Kristeva, le roman de Julia", animée par Keren MOCK


Lundi 28 juin
Matin
Perspectives contemporaines sur la chôra, table ronde animée par Carin FRANZÉN, avec Sarah-Anaïs CREVIER GOULET, Miglena NIKOLCHINA et Audrey RICHARD-BURTEY

Après-midi
Alice JARDINE : At the risk of thinking [visioconférence] [vidéo en ligne]
Discutante : Keren MOCK

Soirée
Lectures, animées par Nicolas RABAIN, avec Charlotte CASIRAGHI, Sihem HABCHI et Teodor KOTOV


Mardi 29 juin
Matin
Dialogue — Modératrice : Sarah-Anaïs CREVIER-GOULET
Marie-Christine LALA : Les mutations du sémiotique entre langue, sujet et discours
Dominique DUCARD : L'implexité du langage

Après-midi
Dialogue — Modérateur : Samuel LEPASTIER
Brigitte MOÏSE-DURAND : Besoin de croire à l'adolescence et le Père de la préhistoire individuelle
Nicolas RABAIN : Adolescence et révolte

Les territoires de la fiction, table ronde animée par Michal BEN-NAFTALI, avec Marilia AISENSTEIN [visioconférence], Pierre-Louis FORT (Une éclosion de questions) [vidéo en ligne] et Keren MOCK

Soirée
"HORS LES MURS" — À L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE COUTANCES
STABAT MATER, concert organisé par Jean-François DÉTRÉE, avec Pauline JAMBET (récitante), Élise LÉONARD (orgue) et Françoise MASSET (soprano) [présentation]


Mercredi 30 juin
Matin
Marian HOBSON : Les années 60 : un même son de cloche ? [visioconférence]
Discutante : Rachel BOUÉ-WIDAWSKY

Dialogue — Modérateur : Samuel LEPASTIER
Jean-Louis BALDACCI : Reliance et sublimation dans l'esthétique et dans la clinique
Françoise COBLENCE [texte lu]

Après-midi
Modératrice : Danièle BRUN
Julia KRISTEVA : Prélude à une éthique du féminin [enregistrement audio en ligne sur le site de Julia Kristeva]


Jeudi 1er juillet
Matin
Dialogue — Modératrice : Beatriz SANTOS
Frédéric MAGET : Le biographe et l'analyste : lecture(s) colettienne(s) de Julia Kristeva
Cecilia SJÖHOLM : Kristeva, la radicalisation et le renouvellement du sujet

Après-midi
Martin RUEFF : Le langage poétique : l'avenir d'une révolution [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Discutante : Sarah-Anaïs CREVIER GOULET

Dialogue — Modérateur : Nicolas RABAIN
Karine ROUQUET-BRUTIN : Julia Kristeva et la question du matricide de la langue natale
David UHRIG : Le "pathos" du Neutre


Vendredi 2 juillet
Matin
Dialogue — Modérateur : Nicolas RABAIN
Gilbert DIATKINE : Signifiance et pulsion de mort
Laurent DANON-BOILEAU : Exil, mélancolie, sublimation

Griselda POLLOCK : Julia Kristeva et Marilyn Monroe : entre la politique, l'éthique et l'esthétique [vidéo puis visioconférence]
Discutante : Beatriz SANTOS

Après-midi
Lettres, Arts et Cinéma, table ronde [visioconférence] animée par Régis SALADO, avec Bernadette BRICOUT (Un Abécédaire pour Julia Kristeva), Frédéric OGÉE (Julia Kristeva et la culture européenne) et Martin RUEFF (Le laboratoire d'idées et de solidarités)

Soirée
Écrivains : témoignage et écriture, animée par Keren MOCK & Beatriz SANTOS, avec Michal BEN-NAFTALI, Philippe FOREST et Tiphaine SAMOYAULT


Samedi 3 juillet
Matin
Dostoïevski, l'auteur de ma vie, discussion entre Nicolas AUDE et Julia KRISTEVA [vidéo en ligne]

Rapport d'étonnements, par Nicolas AUDE et Sébastien TALON [vidéo en ligne]

Bilan des travaux

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Marilia AISENSTEIN
Philosophe de formation, Marilia Aisenstein est psychanalyste, titulaire formateur de la Société Hellénique de Psychanalyse et de la Société de Psychanalyse de Paris dont elle a été présidente. Elle s'est essentiellement impliquée dans l'Association Internationale en étant Représentant de l'Europe au Comité Exécutif et président du Comité des Nouveaux Groupes. Elle a beaucoup écrit en Grec et en Anglais sur le corps, le transfert, la maladie psychosomatique. Une traduction de son dernier livre est sous presse aux Éditions d'Ithaque sous le titre : Désir, Douleur, Pensée.

Nicolas AUDE
Ancien élève de l'ENS de Paris (2008), agrégé de Lettres modernes (2013), Nicolas Aude est docteur en littérature comparée de l'université Paris Nanterre. Sa thèse, en cours de publication, s'intitule "Les Aveux imaginaires. Scénographie de la confession dans le roman du XIXe siècle (Angleterre, France, Russie)". Ses recherches actuelles portent sur Fédor Dostoïevski et la littérature mondiale.

Jean-Louis BALDACCI : Reliance et sublimation
Les notions d'abjection et de reliance de Julia Kristeva se proposent d'enrichir la compréhension et le traitement des "nouvelles maladies de l'âme" que rencontre de nos jours la psychanalyse. En recoupant la notion freudienne de sublimation, elles permettent à la métapsychologie d'interroger les champs de la créativité et de l'esthétique.
Bibliographie
Kristeva J., Les nouvelles maladies de l'âme, Paris, Fayard, 1993.
Kristeva J., La reliance ou de l'érotisme maternel, Revue Française de Psychanalyse, 5-2011, pp. 1559-1570.
Kristeva J., Autour d'Emile Benveniste, ouvrage collectif, Coll. "Fiction et Cie", Paris, Seuil, 2016, pp. 97-151.
Kristeva J., Je me voyage, entretiens avec Samuel Dock, Paris, Fayard, 2016.

Jean-Louis Baldacci, psychiatre, psychanalyste, membre titulaire formateur de la Société psychanalytique de Paris, a dirigé le Centre de Consultations et de Traitements Psychanalytiques Jean Favreau de 2000 à 2015.
Publication
"Dépasser les bornes". Le paradoxe du sexuel, PUF, 2018.

Rachel BOUÉ-WIDAWSKY
Rachel Boué-Widawsky est psychanalyste à New York. Elle est membre de IPA (International Psychoanalytic Association), de IPTAR (Institute for Psychoanalytic Training and Research), responsable éditoriale des recensions étrangères de la revue JAPA (Journal of American Psychoanalytic Association) et membre du comité éditorial de IJP (The International Journal of Psychoanalysis). Elle enseigne psychanalyse, littérature et cinéma à l'École de Médecine de NYU. Elle a publié des ouvrages en français sur l'œuvre de Nathalie Sarraute. En continuité avec ses recherches sur les formes littéraires de phénomènes prélangagiers, elle a publié des articles de psychanalyse sur Julia Kristeva et André Green. Elle prépare actuellement un essai psychanalytique sur la représentation clinique des phénomènes pré-psychiques.
Publications
Psychanalyse
"Maternal Eroticism and the Journey of a Concept in Julia Kristeva's Work", Julia Kristeva, The Library of Living Philosophers, edited by Sara G. Beardsworth, Southern Illinois University Press, 2020.
"Maternal Eroticism or the Necessary Risk of Madness", Eroticism, Developmental, Cultural, and Clinical Realms, edited by Salman Akhtar, Routledge, 2019.
"Green's Theory of Representation Revisited", André Green Revisited, Representation and the Work of the Negative, edited by H. Levine and G. Reed, Routledge, 2018.
"Review of Julia Kristeva's Psychoanalytic Work", JAPA, 62: 61-67, 2014.
"Le temps psychanalytique", 74ème Congrès des Psychanalystes de Langue Française, 2014/2.
Recensions
"What Nazizm has Done to Psychoanalysis" (Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse), by Laurence Kahn, JAPA, 66.1, 2020.
"Being and Gender, Man/Woman after Lacan" (L'Être et le genre, homme/femme après Lacan), by Clotilde Leguil, JAPA, 65: 568-571, 2017.
"A Part of Oneself in the Other's Life" (Une part de soi dans la vie des Autres), by Danièle Brun, JAPA, 63: 1262-1265, 2015.
"The Power of Aging" (Le pouvoir du vieillir), by François Villa, JAPA, 63: 191-93, 2015.
"The Malaise" (Le Malêtre) by René Kaës, JAPA, 61: 1256-59, 2013.
Littérature
L'éloquence du silence, Paris, L'Harmatan, 2009.
Étude de Enfance de Nathalie Sarraute, Paris, 2000.
Nathalie Sarraute, la sensation en quête de parole, Paris, L'Harmattan, 1997.

Danièle BRUN
Danièle Brun est Professeur émérite à l'université Paris 7-Denis Diderot ; Psychanalyste, Membre d'Espace analytique ; Présidente de la Société "Médecine et Psychanalyse" (SMP).
Publications
L'enfant donné pour mort, nouvelle édition 2013, Parents comment vivre une guérison, Aubier-Psychanalyse.
La passion dans l'amitié, Paris, Éd. Odile Jacob, 2005, Poche, Odile Jacob, 2014.
Mères majuscules, Paris, Éd. Odile Jacob, 2011.
L'insidieuse malfaisance du père, Paris, Éd. Odile Jacob, 2013.
Une part de soi dans la vie des autres, Paris, Éd. Odile Jacob, 2015.
Rester freudien avec Lacan, Paris, Éd. Odile Jacob, 2016.
L'Empreinte du corps familial, Mémoire des cicatrices, Éd. Odile Jacob, 2019.
À paraître le 4 juin 2021, Retrouver la féminité, Éd. Odile Jacob, 2021.

Bernadette BRICOUT
Ancienne élève de l'École Normale Supérieure, Bernadette Bricout est professeur émérite de littérature orale à l'université de Paris. Elle a été de 2009 à 2015 vice-présidente de l'université Paris Diderot à la vie culturelle et à l'université dans la ville. Elle est depuis 2019 professeur invitée à l'université de Wuhan. Elle est par ailleurs conceptrice et animatrice des Amphis 21 à Sciences Po. Ces cycles de conférences, culturels et géopolitiques, qu'elle a créés en 1997 ont été suivis par plus de quinze mille auditeurs. Ils ouvrent des perspectives sur les grandes questions du XXIe siècle. Bernadette Bricout a publié notamment Le Savoir et la Saveur. Henri Pourrat et le Trésor des contes (Gallimard, coll. "Bibliothèque des Idées"), La clé des contes (Seuil), La mémoire de la maison (Albin Michel), ainsi qu'une soixantaine d'articles. On lui doit une édition critique de la collecte orale d'Henri Pourrat (Récits et contes du Livradois). Elle a dirigé également des ouvrages collectifs : Le regard d'Orphée. Les mythes littéraires de l'Occident et Mémoires du siècle (Seuil). Bernadette Bricout est chevalier de la Légion d'honneur.

Charlotte CASIRAGHI
Charlotte Casiraghi est présidente des Rencontres Philosophiques de Monaco, une association qu'elle a fondée en 2015 avec les philosophes Joseph Cohen, Robert Maggiori et Raphael Zagury-Orly, et dont Julia Kristeva est membre d'honneur depuis sa création. Son ouvrage, Archipel des passions, co-écrit avec Robert Maggiori et publié aux éditions du Seuil en 2018 est traduit en espagnol, italien, allemand et coréen. Elle a également préfacé plusieurs ouvrages dont : Enfance et Violence de Boris Cyrulnik (Éditions Rencontres Philosophiques de Monaco, 2019), La femme et le sacrifice. D'antigone à la femme d'à côté d'Anne Dufourmantelle (Éditions Denoël, 2018), L'érotisme maternel et son sens aujourd'hui de Julia Kristeva (Éditions Rencontres Philosophiques de Monaco, 2017). Titulaire d'une licence en philosophie, elle poursuit actuellement un Master en Philosophie à l'Institut Catholique de Paris.

Laurent DANON-BOILEAU : Exil, mélancolie, sublimation
L'exil est fauteur de déracinement psychique. Mais il peut également être source de déploiement. Et, de ce point de vue, il dispose de l'une au moins des qualités inhérentes aux objets de la psychanalyse telle que le transfert, le refoulement ou la pulsion. Il peut être fléau ou bienfait, la pire ou la meilleure des choses. Dans ses formes les plus connues, tel qu'il apparaît d'ordinaire, c'est un drame responsable de mélancolie. Pourtant, à certaines conditions, il peut aussi constituer une incitation décisive à la sublimation. L'œuvre de Julia Kristeva permet d'approcher la valence paradoxale de l'exil qui n'est ni nostalgie ni exode mais exigence de travail de traduction et de perlaboration entre terre (et langue) maternelle et terre et langue d'asile. C'est dans cette perspective que s'inscrira cette intervention.

Laurent Danon-Boileau est linguiste, psychanalyste, écrivain. Ancien élève de l'ENS de Lyon (ex-Saint-Cloud), Agrégé d'Anglais, Docteur d'État en linguistique; Professeur émérite à Paris Descartes (acquisition et pathologie du langage de l'enfant); Membre titulaire formateur à la Société Psychanalytique de Paris; Lauréat du prix Maurice Bouvet (2005).
Publications
- Romans -
La stupeur, Seuil, 1979.
Un homme ficelé, Denoël, 1982.
Romain, l'égaré, Gallimard / L'arpenteur, 1987.
- Récits -
"Les sans-vie", in Action Poétique, 1973.
"L'enfant qui rêvait d'être loup", Illustrations de Michel Tyszblat, Del Luca, 2003.
"Un accident de Vélo sans conséquence", in Sur Mon Vélo, 2007.
"Quelques contes brefs et un peu cassés", in Fario, n°9, 2010.
"Dans la lumière d’été", in Fario, n°13, 2014.
- Récits pour enfants -
"Joyeux anniversaire, Professeur Victor", Bayard Presse, 2003.
"Un petit bruit de Mistigri", Bayard Presse, 2005.
- Essais -
Produire le fictif, Klincksieck, Paris, 1982.
Énonciation et référence, Paris-Gap, Ophrys, 1987.
Du texte littéraire à l'acte de fiction, Paris-Gap, Ophrys, 1995.
Christian David, coll. "Psychanalystes d'aujourd'hui", PUF, 1998.
Troubles du langage chez l'enfant, "Que sais-je ?", PUF, 2004.
Le sujet de l'énonciation, 2e édition augmentée, Paris, Ophrys, 2007.
L'enfant qui ne disait rien, Paris, 2e édition augmentée, Odile Jacob, 2010.
Des enfants sans langage, Odile Jacob, 2002 – Traduction Anglaise : The silent Child, OUP, 2001.
La parole est un jeu d'enfant fragile, Odile Jacob, 2007 — Traduction Anglaise : Children without language : from dysphasia to autism, 0UP, 2005.
Voir l'autisme autrement, Odile Jacob, 2012.
Le Non-Moi, "Bibliothèque de l'Inconscient", Gallimard, 2017.
Directions d'ouvrages et de revues
Co-Fondateur de la revue de linguistique générale Faits de Langues (PUF, Ophrys, Peter Lang).
Ancien Directeur des Débats en Psychanalyse (PUF).
Co-responsable de l'ouvrage Des psychanalystes en séance, "Folio", Gallimard, 2015.
Directeur de la collection "Le silence des sirènes" aux Éditions Fario.
Références bibliographiques
Kristeva J. (1987), Soleil noir. Dépression et mélancolie, Folio, Gallimard.
Kristeva J. (1994), Le temps sensible - Proust et l'expérience littéraire, Gallimard.
Kristeva J. (2001), Étrangers à nous-mêmes, Folio, Gallimard.

Gilbert DIATKINE : Signifiance et pulsion de mort
Tout au long de son œuvre, Julia Kristeva a soutenu que la pulsion de mort parvenait à se signifier à travers le langage. Or, pour Freud, la pulsion de mort est essentiellement silencieuse. Julia Kristeva résout cette contradiction en développant le concept de "signifiance", c'est-à-dire la capacité de signifier qu'a tout système de signes. Elle distingue en effet deux modalités de la signifiance, le sémiotique et le symbolique. La pulsion de mort ne signifie rien au niveau sémantique, mais elle s'exprime à travers le sémiotique. Le sémiotique fait constamment effraction dans l'ordre symbolique, dans le langage et à tous les niveaux de l'architecture signifiante d'une société. Cette effraction produit ce préalable à la spatialité que Julia Kristeva appelle la "chora". En clinique, la pulsion de mort se signifie non seulement par la destructivité, mais par la dislocation de la capacité de parole, et par l'inhibition fantasmatique.

Gilbert Diatkine est psychanalyste, membre titulaire formateur de la Société Psychanalytique de Paris.
Dernières publications
Diatkine G. (2020), "Un modèle de la cure d'enfant", Rev.franç.Psychanal., 84 (1), pp. 45-57.
Diatkine G. (2020), "Les civilisations n’ont plus de surmoi !", Psychologie clinique et projective, 26, pp. 13-30.
Diatkine G. (2020), "La bonne humeur", Psychanalyse et psychose, 20, mars 2020, pp. 45-56.
Diatkine G. (2020), L"'auto-analyse, destin possible de la fin de la cure ? L'auto-analyse et les très longues cures", Rev.franç.Psychanal., 84(3), pp. 641-651.
Diatkine G. (2020), "Reconstruction", in Nacht S., "Les manifestations cliniques de l'agressivité et leur rôle dans le traitement psychanalytique", Extraits choisis et commentés par Gilbert Diatkine, Rev.franç.Psychanal., 84(5), pp. 1167-1179.
Diatkine G. (2020), L'histoire d'amour de l'homme aux loups, in Léandri M.-L. et Parat H. (Eds.), Amour. Débats en psychanalyse, PUF, Paris.
Références bibliographiques
Kristeva J. (1969), Sèméiotikè. Recherches pour une sémanalyse, Éditions du Seuil, "Points essais", Paris.
Kristeva J. (1974), La révolution du langage poétique. L'avant-garde à la fin du XIXe siècle : Lautréamont et Mallarmé, Éditions du Seuil, "Points", Paris, 2018, 634 p.
Kristeva J. (1987), Soleil noir. Dépression et mélancolie, Folio essais, Paris, 257 p.
Kristeva J. (1989), "À quoi bon des psychanalystes en temps de détresse qui s'ignore ?", in Kristeva J. (1993), Les nouvelles maladies de l'âme, Fayard, Paris.
Kristeva J. (1993), Les nouvelles maladies de l'âme, Fayard, Paris.
Kristeva J. (1996), Sens et non-sens de la révolte. Pouvoirs et limites de la psychanalyse I, Fayard, Paris, 501 p.
Kristeva J. (2007a), ""Parler en psychanalyse". Des symboles à la chair et retour", Rev.franç.Psychanal., 5/2007, pp. 1509-1496.
Kristeva J. (2007b), Cet incroyable besoin de croire, Bayard, Paris, 188p.
Kristeva J. (2016), Le linguistique, l'universel et le "pauvre linguiste", in Fenoglio I., Coquet J.-C., Kristeva J., Malamoud C. & Quignard P., Autour d'Émile Benveniste, Éditions du Seuil, Paris, 391 p.

Dominique DUCARD : L'implexité du langage
Penser la complexité du langage exige du linguiste d'adopter un point de vue sémiologique qui traverse les domaines des humanités, des sciences sociales et des sciences de l'esprit. Pour reprendre le questionnement du sens provoqué par la sémanalyse dans les années 1970, nous confronterons le modèle épistémologique de la linguistique de l'énonciation (Culioli) et la conception de la signifiance selon Julia Kristeva, construite sur la double instance du sémiotique/symbolique et le dédoublement du texte en génotexte et phénotexte, les deux approches se rejoignant dans une référence commune à la khōra platonicienne. Cela nous conduira à introduire la notion de milieu interne du langage, dans la perspective d'une théorie de l'énonciation visant l'activité signifiante de langage, dans ses deux dimensions (inter)subjective et transindividuelle, de l'intime au commun.

Dominique Ducard enseigne la sémiologie et la linguistique à l'université Paris-Est Créteil. Ses travaux de recherche portent sur l'activité signifiante de langage dans l'exercice de la parole et du discours, à travers l'étude des textes, et, plus largement, sur l'activité symbolique de représentation liée au langage, dans la perspective d'une sémiologie interprétative (R. Barthes, J. Kristeva) fondée sur une théorie de l'énonciation (Culioli).

Eivind ENGEBRETSEN
Eivind Engebretsen est professeur et vice-doyen de la Faculté de médecine de l'université d'Oslo. Il est titulaire d'une chaire de recherche en santé globale auprès de l'Alliance Européenne Circle U. Il a travaillé pendant plusieurs années à l'introduction des théories de Julia Kristeva dans le domaine des humanités médicales. Il est l'auteur d'environ 200 publications. Sa dernière publication, coécrite avec la Professeure Mona Baker (à paraître à l'automne 2021 chez Cambridge University Press), est une monographie intitulée Rethinking evidence in the time of pandemics.

Philippe FOREST
Après avoir enseigné dans plusieurs universités britanniques, Philippe Forest est aujourd'hui professeur de littérature à l'université de Nantes. Certains de ses premiers travaux ont été consacrés à Philippe Sollers et à la revue Tel Quel : Philippe Sollers, Seuil, 1992 ; Histoire de Tel Quel (1960-1982), Seuil, 1995 ; De Tel Quel à L'Infini. Nouveaux essais, Cécile Defaut, 2004. Il a également préfacé le volume des "grands entretiens d'artpress" consacré à Julia Kristeva en 2014. Il est l'auteur de nombreux essais consacrés à la littérature et à l'art dont les principaux ont paru aux éditions Gallimard ou Cécile Defaut. Il est enfin l'auteur de neuf romans parus aux éditions Gallimard dont L'Enfant éternel (1997), Sarinagara (2004), Le Chat de Schrödinger (2013) et Je reste roi de mes chagrins (2019). Son œuvre est traduite ou en cours de traduction dans une douzaine de langues.

Pierre-Louis FORT
Maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise et membre du laboratoire Agora de l'UCP, Pierre-Louis Fort consacre l'essentiel de ses recherches à la littérature française des XXe/XXIe siècle et à la littérature de jeunesse.
Publications
Ma mère, la morte, l'écriture du deuil chez Yourcenar, Beauvoir et Ernaux, Imago, 2007.
Critique et littérature, Gallimard, 2008.
Simone de Beauvoir, Essai, coll. "Libre cours", PU de Vincennes, 2016.
Codirection
(Re)découvrir l'œuvre de Simone de Beauvoir : du Deuxième Sexe à La Cérémonie des adieux, avec J. Kristeva, P. Fautrier et A. Strasser, Éditions du Bord de l'eau, 2008.
La France et l'Algérie en 1962, avec C. Chaulet Achour, Karthala, 2014.
Annie Ernaux, un engagement d'écriture, avec V. Houdart-Merot, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2015.
Sur l'œuvre de J. Kristeva
Il a préparé le volume La Haine et le pardon, Fayard (2005) et a écrit plusieurs articles consacré à ses travaux, en français ("Du "monstre de carrefour" au "monstre sacré" : pour une esthétique du thyrse chez Julia Kristeva" ou en anglais ("At the crossroads of language and identity : Julia Kristeva's bilingualism »).
Il travaille plus précisément sur son œuvre romanesque : il a ainsi conduit deux entretiens avec Julia Kristeva à propos de sa conception du roman dans L'Infini et vient de terminer un article sur ce sujet à paraître prochainement dans The philosophy of Julia Kristeva (Sarah Beardsworth ed., Volume XXXVI in the Library of Living Philosophers series, Open Court Publishing Company, USA).

Carin FRANZÉN : L'œuvre de Julia Kristeva — un antidote au vide symbolique dans la culture contemporaine
Face aux malaises d'une culture dirigée par le capitalisme global, appauvrissant la singularité du sujet et sa capacité de critique et de résistance, il est devenu de plus en plus urgent de retrouver les moyens d'une reliance entre sujets pour mieux résister à une nouvelle normativité qui incite chacun à se soumettre à une flexibilité à tout prix. Cette communication montrera comment Kristeva, par son renouvellement de la tradition humaniste à travers la psychanalyse, l'art et la littérature, nous offre une remise en cause essentielle de ces "nouvelles maladies de l'âme", donnant sur une autre structuration de la subjectivité et de la personne ainsi qu'une pratique de plasticité ouverte à de nouvelles transformations.

Après sa thèse de doctorat sur la poétique psychanalytique de Julia Kristeva (soutenu à l'université de Stockholm en 1995), Carin Franzén a dédié ses recherches en littérature comparée à des études où l'œuvre de Kristeva a une place centrale.
Publication
"An Antidote to the Crisis of Contemporary Culture : Rereading Kristeva on Duras", in The Philosophy of Julia Kristeva, éd. Beardsworth & Auxier (à paraître en août 2020).

Marian HOBSON : Les années 60 : un même son de cloche ?
Les penseurs français qui percent dans les années 60 et 70 ont une caractéristique commune : tout se passe comme s'ils développaient des vocables singuliers qui marqueraient leur style. Pourtant ceux-ci sont repris par d'autres de leurs contemporains, qui participent ainsi comme dans un nœud d'échos, de relais. Et cela sans former nécessairement un groupe par l'orientation de leur pensée. Cette communication cherchera à établir ce que pourrait indiquer cette particularité, et si c'en est une.

Marian Hobson a été maître assistante, Université de Genève (1973-1976) ; Fellow Trinity College, Université de Cambridge (1977-1992) [la première femme Fellow] ; Professeure, Université de Cambridge (1982-1992) ; Professeure, Queen Mary University of London (1992-2005). Depuis, elle est professeure émérite.
Visiting Professor : Université de Paris 7 (1997), University of Johns Hopkins (1996, 2005, 2006), University of Michigan (2006), University of Harvard (2007).
Visiting Lecturer : East China Normal School (automne 2011), Shang’Hai, Jiao Tong University, Institute for Advanced Study in European Culture (2016).
Publications
The object of art : the theory of illusion in 18th century France, Cambridge, Cambridge University Press, 1982, 2006 ; en français : L'art et son objet : Diderot, la théorie de l'illusion et les arts en France au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 2007 ; publié en chinois, East China Normal Press Ltd, 2019.
Jacques Derrida : opening lines, London, Routledge, 1998 ; publié en turc, 2004.
Diderot and Rousseau : Networks of Enlightenment, articles édités par Kate E. Tunstall and Caroline Warman, Oxford, Voltaire Foundation, 2011 ; publié en chinois, 2014, East China Normal Press Ltd.
Diderot, Lettre sur les aveugles, Lettre sur les sourds et muets, éditées avec notes, Paris, Flammarion, 2000.
Diderot, Le Neveu de Rameau, édité avec notes, Geneva, Droz.
Denis Diderot's Rameau's Nephew : a Multi-Media Edition, Cambridge, 2014. Édité par Marian Hobson. Traduit par Kate E. Tunstall et Caroline Warman. Musique jouée par des étudiants du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, sous la direction de Pascal Duc, qui a choisi les morceaux. Les notes ne sont pas identiques à l'édition publiée chez Droz.

Alice JARDINE : At the Risk of Thinking
At the Risk of Thinking est la première biographie de Julia Kristeva. Cet ouvrage destiné à un vaste lectorat anglophone a pour but de rendre plus accessible le travail de Kristeva en liant son parcours personnel, depuis son enfance en Bulgarie communiste jusqu'à sa vie d'intellectuelle publique internationale, à l'histoire de ses idées. Alice Jardine va partager quelques réflexions à propos de son travail biographique qui, sans hésiter à mettre en évidence la complexité de l'écriture de Kristeva, souligne surtout l'appel de Kristeva à une renaissance urgente d'une pensée interdisciplinaire audacieuse afin de comprendre — et d'agir dans — le monde d'aujourd'hui.

Alice Jardine est professeur de langues et littératures romanes et d'études des femmes, du genre et de la sexualité à Harvard University, aux États-Unis. Sa biographie intellectuelle de Julia Kristeva, At the Risk of Thinking : An Intellectual Biography of Julia Kristeva paraît chez Bloomsbury Press en janvier 2020. Parmi ses autres publications : The Future of Difference, Gynésis : Configurations of Woman and Modernity, et Living Attention : On Teresa Brennan. D’autre part, avec Thomas Gora et Leon Roudiez, Alice Jardine a traduit Desire in Language : A Semiotic Approach to Literature and Art de Julia Kristeva.

Marie-Christine LALA : Les mutations du sémiotique entre langue, sujet et discours
La rencontre avec l'œuvre de Julia Kristeva participe de la même curiosité ardente, constante et partagée, qui fait traverser les domaines du savoir contemporain dans les sciences de l'homme, délivrant à la fois les risques et les richesses de toute perspective transdisciplinaire. En particulier, l'horizon sémiologique des sciences du langage suscite des interrogations critiques, toujours renouvelées, sur les mutations du sémiotique. Dès les années 1970, les travaux de Kristeva se portent sur les épistémologies de la linguistique pour placer au centre les rapports du sujet à la langue. Leur regard pionnier sur l'apport de Benveniste n'a fait que se confirmer dans les récentes études des manuscrits de ce grand linguiste du discours, des langues et du langage. Dans ce dialogue, nous souhaitons examiner à nouveaux frais certains concepts proposés par Kristeva, comme la dyade sémiotique/symbolique, tout en mesurant le chemin parcouru dans le champ de la linguistique de l'énonciation.

Marie-Christine Lala est maître de conférences-HDR en sciences du langage et en langue et littérature françaises à l'université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Ses publications portent en particulier sur l'analyse linguistique du texte littéraire et sur les écritures des XX-XXIe siècles (Bataille, Leiris, Duras, Quignard, Echenoz, Guyotat…). Elle est l'auteure de Georges Bataille, Poète du réel (Bern, Peter Lang, 2010) – monographie issue de ses séminaires au Collège international de philosophie. Le domaine de ses recherches postule l'extension d'une sémantique discursive où l'énonciation et la linguistique textuelle autorisent l'émergence de nouveaux concepts en analyse du discours.

Samuel LEPASTIER
Samuel Lepastier est psychiatre, docteur (HDR) en psychologie, membre titulaire de la SPP, ancien professeur associé à l'université Paris Nanterre.

Keren MOCK
Diplômée de psychologie clinique et de philosophie, traductrice, docteur ès Lettres, Keren Mock enseigne à Sciences-Po Paris et à l'université de Paris. Après avoir assuré, pendant plusieurs années, la charge de cours d'hébreu moderne à l'ENS de Paris, elle a été lauréate en 2016 de la Visiting Junior Scholar Fellowship du France Stanford Center for Interdisciplinary Studies. Issu de sa recherche doctorale, son premier ouvrage, Hébreu, du sacré au maternel (CNRS Éditions, 2016) préfacé par Pierre-Marc de Biasi et Julia Kristeva, interroge la genèse de l'hébreu moderne comme nouvelle langue maternelle. Pour l'année 2020-2021, elle a obtenu le statut de chercheuse associée à la BnF et une bourse de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah dans le cadre d'une recherche sur les archives d'André Schwarz-Bart, en collaboration avec l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS/ENS UMR 8132).
Ouvrage
Hébreu, du sacré au maternel, Préfaces de Pierre-Marc de Biasi et Julia Kristeva, Paris, CNRS Édition, 2016, 360 p.
Quelques publications
"Language and Sacredness in The Quest for Subjectivity", in The Philosophy of Julia Kristeva, Library of Living Philosophers, S. G. Beardworth (ed.), LaSalle, Ilinois, Open Court (à paraître en 2020), ch. 20, p. 467-480.
"Freud et la langue maternelle : une définition par le négatif", in Cliniques méditerranéennes, n°101 (1), (à paraître en 2020), pp. 127-138.
"Mélancolie des origines", in Meurtre de la mère, coll. "Présent de la psychanalyse", P. Merot (ed.), Paris, Puf, 2019, p. 93-109.
"La nature du nom : modification, conservation et dégénérescence", in J. Baumgarten, I. Rosier-Catach et P. Totaro (dir.), Spinoza, philosophe grammairien : le Compendium grammatices linguae hebraeae, Paris, CNRS Éditions, 2019, p. 185-201.
"Dans l'ombre de l'objet : Le deuil au risque du double", in Research in Psychonalysis, 2018/2, n°26, p. 121a-129a (en français et anglais).
"The Need to Believe and the Archive : Interview with Julia Kristeva", in V. Shemtov, A. Weitzman (dir.), Dibur, 3, 2016, Stanford University [en ligne].

Brigitte MOÏSE-DURAND
Psychiatre et psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, Brigitte Moïse-Durand anime avec Julia Kristeva et Marie-Rose Moro le séminaire "Besoin de Croire" depuis huit ans à la Maison de Solenn (Hôpital Cochin, Paris).

Frédéric OGÉE
Frédéric Ogée est professeur de littérature et d'histoire de l'art britanniques à l'université de Paris (anciennement université Paris Diderot), dont il a été Vice Président en charge des relations internationales de 2007 à 2017. Ses principaux domaines de recherche sont l'esthétique, la littérature et l'art au long du XVIIIe siècle, sur lesquels il a donné de nombreuses conférences en Europe, Amérique du nord, Australie, Chine et Corée du sud, et publié plusieurs ouvrages. En 2006-07, il fut commissaire de la première exposition sur William Hogarth au Louvre. Il vient de terminer un livre sur le portraitiste anglais Thomas Lawrence, qui paraîtra en février 2022 (Paris, Cohen & Cohen) et travaille à une anthologie d'écrits d'artistes britanniques. De 2014 à 2017, il a été membre du conseil consultatif de la Tate Britain à Londres et depuis 2014, il est membre du Conseil scientifique de la Ville de Paris. En 2018-19, il a été Kress Fellow en histoire de l'art au Clark Art Institute, puis Professeur invité à Smith College, tous deux dans le Massachusetts.
Principales publications
Better in France ? The circulation of ideas across the Channel in the 18th century, Bucknell University Press, 2005.
Diderot and European Culture, a collection of essays, Oxford, 2006, re-issued 2009.
J.M.W. Turner, Les Paysages absolus, Paris, Hazan, 2010.
Jardins et Civilisations, Valenciennes, 2019 (issue d'une conférence à l'Institut Européen des Jardins et Paysages).

Griselda POLLOCK : Julia Kristeva et Marilyn Monroe : entre la politique, l'éthique et l'esthétique
En 1954, Willem de Kooning a peint une image triste et poignante intitulée Marilyn. Après avoir terminé une série de six peintures hiératiques intitulées Woman / Femme (1950-53) qui pourrait bien faire référence à l'émergence d'une "star" du cinéma américain, à savoir Marilyn Monroe en tant qu'icône cinématographique du début des années 1950, ce "portrait" de 1954 "dément" les "êtres éclatés, féroces, drôles et inaccessibles quoique massacrés par l'artiste", pour reprendre les mots de Julia Kristeva décrivant la série Woman en 1977. "Mais si elles avaient été créées par une femme ?", demande-t-elle à la fois. Dans cette conférence, nous esquisserons un discours "kristévien" sur la création artistique et l'esthétique de la différence sexuelle à travers l'image (représentation) et les pratiques de l'art (processus et matérialité), en montrant comment les différents écrits de Kristeva proposent des façons de croiser le marxisme, le féminisme et la psychanalyse freudienne permettant de repenser la politique et l'éthique de l'esthétique. Nous considérerons l'image créée par Marilyn Monroe à travers une lentille historique de l'art féministe, façonnée par différentes théorisations psychanalytiques de la créativité.

Jean-François RABAIN : Julia Kristeva lectrice d'Aragon
En relisant l'œuvre d'Aragon, comme celle de nombreux écrivains, Julia Kristeva nous fait découvrir le sens de l'expérience littéraire. Elle nous montre que bien au-delà de son aspect formel la littérature est d'abord une expérience, c'est-à-dire une découverte de l'apparition dans la langue d'un innomé jusqu'alors, enraciné dans le vécu, le passionnel et l'archaïque. La littérature comme expérience de la vie psychique croise ainsi l'expérience de la psychanalyse. On parcourra avec elle l'écriture poétique d'Aragon qui lie la jouissance sexuelle à la jouissance de la langue. Aragon conduit cette désidentification du sexe et de la langue jusqu'à l'ivresse du mensonge. Chez l'écrivain, le mentir-vrai, les jeux identitaires, le temps éclaté, s'ajoutent à la virtuosité extrême des mots. En lisant Aragon, Julia Kristeva nous place devant une interrogation, une révolte contre l'identité, identité du sexe et du sens, une autre structuration de la subjectivité. Aragon et le surréalisme ont poussé à l'extrême la rencontre de la littérature avec l'impossible. En renonçant au rôle du beau langage, à la poésie décorative, en se faisant exploratrice des ressources mêmes du verbe — que dire ? comment dire ? que signifie dire ? faire et défaire le sens — la littérature surréaliste explore les impasses de la conscience et s'associe à la folie. Écriture automatique, libre-association, une écriture-pensée a voulu voyager jusqu'aux limites du sens et aux limites de la conscience.

Jean-François Rabain est psychiatre et psychanalyste, ancien membre de la Société Psychanalytique de Paris et membre de l'APRES, Association pour la recherche et l'étude du surréalisme.
Bibliographie
J. Kristeva, Sens et non-sens de la révolte, Fayard, 1996.

Karine ROUQUET-BRUTIN : Julia Kristeva et la question du matricide de la langue natale
J'ai toujours été frappée par les échos jubilatoires que déclenchait la lecture du texte de Julia Kristeva "Écrire en français" dans les groupes de jeunes chercheurs étrangers rassemblés autour de cette tâche : écrire, transcrire, traduire leur recherche en français(1). Sans aucun doute, il s'agissait là d'un moment épiphanique. S'ouvrait alors, travaillée au forceps par les métaphores et le jeu des oxymores, une chambre intime, subjective, donnant corps à une scène jusqu'ici inouïe. Serait-ce la scène du "matricide" annoncée par l'affirmation : "Il y a du matricide dans l'abandon d'une langue natale"(2) ?
(1) Dans les ateliers "Écrire la recherche en français", que j'ai animés à la Cité internationale Universitaire de Paris et dans le Centre de Formation des Doctorants à Paris Diderot Sorbonne Cité.
(2) Kristeva, Julia, "Écrire en français", Tu parles !? Le français dans tous ses états, Flammarion, Paris, 2001, p. 63-74.

Karine Rouquet-Brutin est Docteure es Lettres sous la direction de Julia Kristeva. Enseignante de littérature, psychopédagogue, elle a travaillé en Institution Psychiatrique, Médico-pédagogique, et Psychanalytique.
Publication
L'alchimie thérapeutique de la lecture. Des larmes au lire, Paris, L'Harmattan, 2000.
Articles
Avec Diana Cheaib et Susanne Muller, "Partir étudier ailleurs, passer une frontière, trouver une langue", Les discours meurtriers aujourd'hui, Colloque de Cerisy, juillet 2018.
"La mise en place du destinataire intérieur dans divers travaux d'écriture en Institution Psychiatrique ou dans un cadre thérapeutique", Écriture et psychose. Lire l'illisible, sous la direction de Laurence Aubry, PUP, 2018.
"France, ma souffrance !", Actes du Xème séminaire de la Francophonie, Uma leia &meia, Université Feira de Santana (Brésil), 2015.
"Passer une frontière, trouver une langue", Violence politique, traumatisme, processus d'élaboration et de création, Éditions Academia, Coll. "Intellection", n°21, L'Harmattan, 2012.
"Destins métisses et constructions identitaires : l'appel à l'autre langue, l'autre culture", Exils, migrations, création, sous la direction d'Évelyne Hanquart-Turner, Indigo et côté-femmes éditions, 2008.

Martin RUEFF : Le langage poétique : l'avenir d'une révolution
Il est temps pour les poètes et les poéticiens de relire le triptyque constitué par Sémiotiké (1969), Le Langage, cet inconnu (1969) et La Révolution du langage poétique (1974). On y découvre une théorie du sens et du langage qui prend le poème comme théâtre des opérations, et une théorie du poème aussi puissante que généreuse. Au sommet de ce triangle siège La Révolution du langage poétique, livre difficile et excitant. On fait l'hypothèse que la sémanalyse permet de répondre au "hiatus" du sémantique et du sémiotique sur lequel n'aura cessé de butter Emile Benveniste. On suggère aussi que les thèses de psychanalyse développées par la suite dans l'œuvre de Julia Kristeva trouvent leur origine dans les théories de la sémanalyse.

Martin Rueff (1968) enseigne à l'université de Genève. Poète, traducteur, philosophe, il est l'auteur de nombreux essais et de plusieurs livres de poésie. Il est co-rédacteur en chef de la revue Po&sie (directeur : Michel Deguy). Il a récemment publié Foudroyante pitié et A coups redoublés (Mimesis, 2018, livres distingués par le prix La Bruyère de l'Académie française), s'est chargé de l'édition de Le Corps et ses raisons de Jean Starobinski (octobre 2020, Paris, Le Seuil). Il participe à la retraduction des œuvres d'Italo Calvino chez Gallimard. Dernier livre de poèmes : La Jonction (Caen, Nous, 2019). Prochain livre de poèmes à paraître : Verticale ponte (Modoinfoshop, Bologna, septembre 2021).

Cecilia SJÖHOLM : Kristeva, la radicalisation et le renouvellement du sujet
Julia Kristeva a démontré que la radicalisation est l'une des dispositions psychiques les plus troublantes du XXIe siècle. Ce qui est défini en tant que radicalisation aujourd'hui — l'adhérence à des systèmes d'exclusion, la volonté d'user de la violence afin d'atteindre des buts idéologiques, la volonté de détruire ceux qui sont opposés, etc. — constitue certainement l'une des maladies les plus paralysantes de notre temps. Dans cette conférence, il s'agira de se demander comment Kristeva définit la radicalisation en termes de "désordre d'idéalité" ; nous nous appuierons pour cela sur son travail autour de l'abjection, de l'antisémitisme, de la misogynie et de toutes les formes de rejet de l'altérité. Ainsi, l'usage des théories psychanalytiques par Julia Kristeva nous montre en quoi il est encore pertinent de travailler sur le sujet et la subjectivité, et comment la psychanalyse pourrait fournir une voie possible contre la radicalisation.

Cecilia Sjöholm est professeur d'esthétique à l'université de Södertörn à Stockholm. Elle a publié largement sur l'histoire de l'esthétique, notamment en conjonction avec la politique et la psychanalyse.
Publications
Doing Æsthetics with Arendt ; How to see Things, Columbia University Press (2015).
Kristeva and the Political, London, Routledge (2005).
The Antigone Complex ; Ethics and the Invention of Feminine Desire, Calif, Stanford University Press (2004).

David UHRIG : Le "pathos" du Neutre
Soucieux de retrouver un "dédoublement initial" au cœur des œuvres qu'il a commentées, Blanchot a décrit avec une extrême acuité phénoménologique la limite transcendantale — et non psychologique — de tout projet littéraire. Comme l'a souligné Roland Barthes dans son cours sur Le Neutre, cette manière de concevoir la littérature n'est possible qu'à la condition de faire du langage "quelque chose d'atopique". Rien n'oblige à accepter une conception de la littérature en vertu d'une transparence dont Blanchot lui-même a pu souligner "le statut ambigu et non innocent : il y aurait une opacité de la transparence…". En nous appuyant sur cette idée d'André Green que "c'est par l'affect que le moi se donne une représentation irreprésentable de lui-même", nous chercherons à définir ce que Julia Kristeva n'a pas hésité à désigner comme le "pathos" blanchotien.

David Uhrig a débuté ses recherches, sous la direction de Julia Kristeva, il y a vingt-cinq ans. Au croisement de la philosophie et de la psychanalyse, le recueil Pulsions du Temps (Fayard, 2013), traduit en anglais sous le titre Passions of our time (Columbia University Press, 2018), est le fruit de son travail éditorial. Enseignant à New York University, David Uhrig est spécialiste de l'œuvre de Maurice Blanchot dont il a révélé la genèse complexe et contradictoire (Chroniques politiques des années 30, Gallimard, 2017).


Perspectives contemporaines sur la chôra, table ronde avec Sarah-Anaïs CREVIER GOULET, Miglena NIKOLCHINA et Audrey RICHARD-BURTEY
Nous réfléchissons dans un séminaire théorico-clinique depuis deux ans sur la thématique de la "chair des mots" autour du travail de Julia Kristeva et avec elle. La chair des mots serait définie au XVIIe siècle par Baltasar Gracian comme "intense profondeur des mots" et, dans notre pratique psychanalytique, permettrait d'amener notre écoute au cœur du conflit ou du trauma psychosexuel en repérant au plus près la co-présence pulsion-langage.
Pour cette table ronde, nous souhaitons mettre en perspective et articuler la chôra avec la chair des mots. Il s'agirait de rester dans notre chair de psychanalyste et d'éclairer ce pont sémantique de chôra linguistique à chair des mots psychanalytiques. Nous partons ainsi de l'hypothèse que la chair des mots serait l'équivalent psychanalytique de la chôra définie dans "la révolution du langage poétique" comme "un dialogue qui traite des commencements : l'articulation de processus et de pulsions primaires qui seraient le matériau d'où émerge le langage".
Dans la chôra mais aussi dans la chair des mots, nous serions du côté du sémiotique, d'une expérience qui est un indicateur mais ne vient pas encore symboliser.
Dans notre pratique ce serait ainsi ces moments souvent épiphaniques de jaillissement d'une sensation transféro contre-transférentielle que l'analyste va restituer afin de laisser une trace, amorcer un mouvement pulsionnel qui amènera vers un mouvement psychique qui sera restitué peut-être par des mots sans en être la finalité.

Miglena Nikolchina est professeure au département d'histoire et de théorie littéraires de l'université de Sofia, Bulgarie. Son écriture théorique est à la croisée de la littérature, de la philosophie, des études politiques et de la théorie féministe. Beaucoup de ses articles sur Julia Kristeva.
Publications
Matricide in Language : Writing Theory in Kristeva and Woolf, 2004.
Lost Unicorns of the Velvet Revolutions : Heterotopias of the Seminar, 2013.

Audrey Richard-Burtey est psychiatre et psychanalyste, membre adhérent de la SPP, de la SEPEA, et médecin directeur du CMPPU d'Aix-En-Provence. Elle co-anime depuis septembre 2017 un séminaire d'étude et de recherche clinique et théorique avec Julia Kristeva intitulé La chair des mots.
Bibliographie
Aisenstein M., "La chair des mots", in J. Press, I. Nigolian (dir.), Corps parlant, corps parlé, corps muet, In Press, 2016.
Freud S. (1888), "Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organique et hystériques", in Résultats, idées, problèmes, T.1, Puf, 1984.
Freud S. (1890), "Le traitement psychique", in Résultats, idées, problèmes, T.1, Puf, 1984.
Freud S. (1893-1895), Études sur l'hystérie, Puf, 1956.
Freud S. (1933), Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984.
Green A., Le discours vivant : la conception psychanalytique de l'affect, Paris, Puf, 1973.
Kristeva J., "Les métamorphoses du "langage" dans la découverte freudienne", in Sens et non sens de la révolte, Fayard, 1996.
Kristeva J., "La chair des mots", in B. Chervet (dir.), L'interprétation, monographies et débats de psychanalyse, Puf, 2012.
Kristeva J., "L'affect, cette "intense profondeur des mots", in Pulsions du temps, Fayard, 2013.
Winnicott D. W., "L'esprit et ses rapports avec le psyché-soma", in De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot, 1969.


"HORS LES MURS" — À L'ÉGLISE SAINT-PIERRE DE COUTANCES
STABAT MATER, concert organisé par Jean-François DÉTRÉE, avec Pauline JAMBET (récitante), Élise LÉONARD (orgue) et Françoise MASSET (soprano)

Jean-Pierre Leguay (né en 1939), Prélude VIII pour orgue (1965-1969)
Giovanni Felice Sances (1600-1679), Pianto della Madonna (1670). Séquence attribuée au franciscain italien Jacopone da Todi (1230-1306), Stabat Mater dolorosa
Louis Marchand (1669-1732), Récit extrait du Premier Livre d'orgue (1700)
Christophe Marchand (né en 1972), Pietà – Stabat Mater en hommage à Michael Radulescu (2018)

En 1977 paraît dans la revue Tel Quel le texte "Héréthique de l'amour" de Julia Kristeva. Il est republié six ans plus tard sous le titre "Stabat Mater" dans l'ouvrage Histoires d'amour (Gallimard, 1983, coll. "Folio"). Divisé en deux colonnes, cet essai se partage entre parole autobiographique de l'autrice sur son expérience de la maternité et étude approfondie du culte virginal dans le christianisme à partir de l'ouvrage de l'historienne britannique Marina Warner, Alone of All Her Sex : the Myth and Cult of the Virgin Mary (1976). De manière très originale et inédite, la réflexion historique est entrelacée avec une réflexion psychanalytique autour de la figure de la mère, faisant écho au livre de la psychanalyste Ilse Barande, Le maternel singulier. Corps virginal, pouvoir de la Regina Mater, libido maternelle, amour comme miséricorde, visages de la Mater dolorosa : autant d'aspects paradoxaux de la figure virginale qui sont abordés dans la colonne de droite, tandis que la colonne de gauche accueille les tourments de la jeune mère apprivoisant son nouveau-né. Si la réflexion est centrée d’abord sur le lien mère-fils, elle s'ouvre dans les dernières pages du texte sur la relation mère-fille: "Le rapport à l'autre femme est en train de poser à notre culture, massivement depuis un siècle, la nécessité de reformuler ses représentations de l'amour et de la haine […]". Les notes du Stabat Mater du compositeur baroque Pergolèse résonnent et nous font entrevoir, à travers la musique, cette éthique hérétique de l'amour maternel.

Pauline JAMBET
Pauline Jambet commence sa formation d'Art Dramatique à l'ERAC après avoir obtenu un Master 2 de philosophie à la Sorbonne. Depuis la fin de ses études en 2010, elle a travaillé entre autres avec Cécile Backès, Catherine Marnas, Arnaud Anckaert, Clara Chabalier et le plasticien Théo Mercier. Pauline Jambet a également écrit et mis en scène une petite forme théâtrale: MICRO CR€DIT programmée à la Comédie de Béthune puis au Festival off d'Avignon chez Artéphile en 2017. En 2018, elle joue dans la nouvelle pièce de Guillermo Pisani : J'ai un nouveau projet à la Comédie de Caen et rejoint l'équipe de Justine Heynemann pour la reprise des Petites Reines au théâtre Tristan Bernard. Elle collabore très régulièrement à de nombreuses lectures publiques et radiophoniques, notamment pour la SGDL, la BNF et France Culture, ainsi qu'à l'enregistrement de livres audio (Editis). Elle a également participé aux Correspondances de Manosque aux côtés de Juliette Armanet et Barbara Carlotti ainsi qu'à la performance sonore Les Spécialistes mise en scène par Emilie Rousset au Maillon de Strasbourg. Elle est actuellement en création du prochain spectacle d'Alexandre Markoff et du Grand Colossal Théâtre ainsi que de la prochaine pièce de Jean-Michel Rabeux : L'Orang-Outang bleue.


BIBLIOGRAPHIE :

Julia Kristeva, romancière

• Kristeva J. (1991), Le Vieil Homme et les loups, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1992), Les Samouraïs, Paris, Gallimard, coll. "Folio".
• Kristeva J. (1996), Possessions, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2004), Meurtre à Byzance, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2008), Thérèse mon amour : Sainte Thérèse d'Avila, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2015), L'Horloge enchantée, Paris, Fayard.

Essais linguistiques et littérature

• Joyaux J. (1969), Le Langage, cet inconnu – Une initiation à la linguistique, Paris, Éditions SGPP (Réédité sous le nom de Julia Kristeva en 1981 aux Éditions du Seuil, coll. "Points").
• Kristeva J. (1969), Σημειωτική – Recherches pour une sémanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1974), La Révolution du langage poétique. L'avant-garde à la fin du XIXe siècle : Lautréamont et Mallarmé, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1977), Polylogue, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1994), Le Temps sensible – Proust et l'expérience littéraire, Paris, Gallimard.

Autres essais

• Kristeva J. (1974), Des Chinoises, Paris, Éditions Des femmes.
• Kristeva J. (1980), Pouvoirs de l'horreur. Essai sur l'abjection, Paris, Éditions du Seuil, coll. "Tel Quel".
• Kristeva J. (1983), Histoires d'amour, Paris, Éditions Denoël, coll. "L'Infini".
• Kristeva J. (1987), Soleil noir – Dépression et mélancolie, Paris, Gallimard, NRF.
• Kristeva J. (1988), Étrangers à nous-mêmes, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1993), Les Nouvelles Maladies de l'âme, Paris, Fayard.
• Clément C. & Kristeva J. (1998), Le Féminin et le sacré, Paris, Stock.
• Kristeva J. (1996), Sens et non-sens de la révolte – Pouvoirs et limites de la psychanalyse, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1997), La Révolte intime – Pouvoirs et limites de la psychanalyse II, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (1998), L'Avenir d’une révolte, Paris, Calmann-Lévy, coll. "Petite Bibliothèque des Idées".
• Kristeva J. (1999), Le Génie féminin, tome I : Hannah Arendt, Paris, Folio.
• Kristeva J. (2000), Le Génie féminin, tome II : Melanie Klein, Paris, Folio.
• Kristeva J. (2002), Le Génie féminin, tome III : Colette, Paris, Folio.
• Kristeva J. (2001), Au risque de la pensée, La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube.
• Kristeva J. (2003), Lettre ouverte au président de la République sur les citoyens en situation de handicap, à l'usage de ceux qui le sont et ceux qui ne le sont pas, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2005), La Haine et le Pardon, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2007), Cet incroyable besoin de croire, Paris, Bayard.
• Kristeva J. & Vanier J. (2011), Leur regard perce nos ombres, Paris, Fayard.
• Kristeva J. & Sollers Ph. (2015), Du mariage considéré comme un des beaux-arts, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2016), Je me voyage – Mémoires. Entretiens avec Samuel Dock, Paris, Fayard.
• Kristeva J. (2016), Beauvoir présente, Paris, Fayard, coll. "Pluriel".

Textes en ligne de Julia Kristeva

http://www.kristeva.fr/textes.html

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


EDGAR MORIN, LE SIÈCLE


DU MERCREDI 16 JUIN (19 H) AU MERCREDI 23 JUIN (14 H) 2021


Edgar Morin à l'Abbaye d'Ardenne de Caen, Octobre 2010
© IMEC / Pascale Butel-Skrzyszowski


DIRECTION :

Claude FISCHLER, Pascal ORY


ARGUMENT :

Le 8 juillet prochain on célèbrera le centième anniversaire d'Edgar Morin. Cet événement est une belle occasion pour revenir, au cours d'un colloque consacré à l'ensemble de son œuvre, sur un itinéraire atypique, une pensée non-conformiste, et des engagements souvent pionniers.

Au-delà de la biographie, au reste très riche, d'un intellectuel présent dans les débats de société de la fin des années 1930 au début des années 2020, il s'agira ici de considérer une sélection de moments-clés où la voix de Morin, seule ou en groupe, a exprimé un "point de vue documenté" : le livre Autocritique et la revue Arguments, Chronique d'un été et L'Esprit du temps, les enquêtes, hors-normes mais aussi exemplaires, de Plozevet et de La rumeur d'Orléans, Le Paradigme perdu et La Méthode, Introduction à la pensée complexe et Pour une politique de civilisation, etc. Chemin faisant, on entreprendra aussi de préciser, autant que faire se peut, la situation nationale et internationale, d'un chercheur, d'un directeur de recherches, d'un auteur, transdisciplinaire au point d'en être inclassable.

La diversité de ce parcours, l'actualité de ces travaux, seront reflétés par un programme qui associe témoignages et analyses, scientifiques et écrivains, monde de la culture et monde de l'économie.


MOTS-CLÉS :

Complexité, Crise, Culture de masse, Dialogique, Écologie, Europe, Global, Humanologie, Marrane, Méthode, Morin (Edgar), Transdisciplinarité


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 16 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 17 juin
Matin
SALUTS À EDGAR (I)
Étienne KLEIN : Edgar Morin, une question de temps
Gil DELANNOI : La complexité. Thème et variations

Après-midi
SALUTS À EDGAR (II)
Mauro CERUTI : Edgar Morin. Le défi de la complexité et l'humanisme planétaire [visioconférence]
Entretien avec Edgar MORIN et Véronique NAHOUM-GRAPPE [visioconférence]

Soirée
EN PARTENARIAT AVEC L'INSTITUT NATIONAL DE L'AUDIOVISUEL (INA)
Entretien de Pascal ORY avec Catherine GONNARD (INA) : audition et projection commentées d'extraits d'émissions de radio et de télévision sur et avec Edgar Morin


Vendredi 18 juin
Matin
VOUS AVEZ DIT SOCIOLOGIE ?
Pascal ORY : Edgar Morin, au centre de la marginalité
Monique PEYRIERE : Edgar Morin et l'âme du cinéma

Après-midi
CHRONIQUE D'UN ÉTÉ, ET AU-DELÀ
Entretien avec Edgar MORIN et Régis DEBRAY [visioconférence]
Laurent MARTIN : Sociologie de la culture et sociologie des médias dans les années 1960 : Edgar Morin et la culture de masse

Soirée
Extraits commentés de Chronique d’un été, par Monique PEYRIERE


Samedi 19 juin
Matin
DE QUELQUES USAGES DE LA PENSÉE MORINIENNE
Nelson VALLEJO-GOMEZ & Leonardo RODRIGUEZ ZOYA : Sur la réception de l'œuvre d'Edgar Morin en Amérique latine [visioconférence]
Edith HEURGON : La voie de la métamorphose : une pensée prospective à l'âge du vivant ?

Après-midi
ORGANISATIONS ET ENTREPRISES
Une expérience de chercheur sur la pensée complexe en entreprise, entretien animé par Dinah LOUDA, avec Maxime MASSEY [ESCP] (La complexité et l'intrapreneuriat]
Table ronde avec des dirigeants d'entreprises et d'organisations, animée par Dinah LOUDA, avec Jean-Louis BANCEL [Président d'honneur du Crédit coopératif], Jean-Marie FESSLER [Institut Montparnasse] [visioconférence], Olivier LECOINTE [Délégué du Cercle des Partenaires de Cerisy] et Jean-François NOGRETTE [Veolia]


Dimanche 20 juin
Matin
SOCIOLOGIE DU PRÉSENT (I)
Nicole LAPIERRE : De la fête aux enquêtes. Une rencontre décisive [visioconférence]
Bernard PAILLARD : Renouer avec Plozevet : à la recherche de l'interaction chercheurs/citoyens

Après-midi
SOCIOLOGIE DU PRÉSENT (II)
André & Évelyne BURGUIÈRE : À Plodemet (Plozevet) comme à Orléans, la femme agent secret, agent troublant de la modernité [visioconférence]
Jean-François DORTIER : Voyage en humanologie

Soirée
Relecture psychanalytique de La rumeur d'Orléans, par Béatrice LEHALLE


Lundi 21 juin
Matin
UNE PENSÉE PLANÉTAIRE
Pascal ROGGERO : Le "goût vif de l'univers" d'Edgar Morin : cheminement et interrogations d'un "morinien" [visioconférence]
Anna TRESPEUCH-BERTHELOT : Les sensibilités écologiques d'Edgar Morin [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
VERS UNE BIO-ANTHROPOLOGIE
Claude FISCHLER : Du "socio-diag" à la "bio-anthropologie" fondamentale
Massimo PIATTELLI PALMARINI : La biologie systémique d'Edgar Morin [visioconférence]

Soirée
L'année a perdu son printemps [inédit, déposé à l'IMEC]. Présentation du manuscrit par Pascale BUTEL-SKRZYSZOWSKI (Directrice des collections, IMEC). Lecture d'extraits


Mardi 22 juin
Matin
UN DISCOURS DE LA MÉTHODE
François L'YVONNET : Edgar Morin : la méthode d'avant La Méthode
Daniel BOUGNOUX : Le tourbillon trublion de La Méthode

Après-midi
"HORS LES MURS" — EDGAR MORIN À L'IMEC (abbaye d'Ardenne de Caen)
• Intervention d'Antoine PETIT (Président-directeur général du CNRS)
• Le fonds Edgar Morin à l'IMEC, par Nathalie LÉGER (Directrice générale de l'IMEC), Pascale BUTEL-SKRZYSZOWSKI (Directrice des collections, IMEC) et François BORDES (Délégué à la recherche, IMEC), avec la participation d'Edgar MORIN [visioconférence]
• La bourse Edgar-Morin, par Jean-Louis BANCEL (Président d'honneur du Crédit coopératif), avec Pierre-Alexandre DELORME & Ekaterina ODÉ (Lauréats des bourses Edgar Morin IMEC/Crédit coopératif)
• Visite de l'abbaye d'Ardenne et présentation d'archives du fonds Edgar Morin
• Collation dans les jardins de l'abbaye


Mercredi 23 juin
Matin
Cynthia FLEURY : Les méthodes viennent à la fin [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Claude FISCHLER & Pascal ORY : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSONANCES :

"Cher vieil Edgar", par Daniel BOUGNOUX, publié en ligne dans la rubrique "Le randonneur" du site "La Croix" (3 juillet 2021)

"Rencontres humanoligiques au château", par Jean-François DORTIER, publié en ligne sur le blog "L'Humanologue" (22 juillet 2021)


RÉSUMÉS & BIO-BILIOGRAPHIES :

Daniel BOUGNOUX : Le tourbillon trublion de La Méthode
Le premier volume (lu circa, 1980) de La Méthode, "La Nature de la nature", m'avait sidéré par sa force, son courage intellectuel : un auteur connu comme sociologue avait ainsi eu l'énergie de se documenter assez pour plonger dans le tableau inouï des mécanismes à l'œuvre dans l'univers, qu'il semblait embrasser… J'adhérais à cet impetus cosmique, qui ouvrait grandes les fenêtres ; mais je rencontrais aussi les objections de ses critiques ou rivaux, qui blâmaient des complaisances de langage, ou une fantaisie peu compatible avec la rigueur scientifique. Comment, en recherche et en pédagogie, placer le curseur entre l'imagination et la raison, l'enthousiasme du néophyte et une froide démonstration ?

Daniel Bougnoux, philosophe, professeur émérite à l'université des Alpes, connaît bien Cerisy où il a dirigé cinq colloques, dont celui consacré en 1986 à Edgar Morin, Arguments pour une méthode (en co-direction avec Serge Proulx et Jean-Louis Le Moigne). Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, on peut aussi le suivre sur le blog "Le Randonneur" hébergé par La Croix.

Jean-François DORTIER : Voyage en humanologie
Comprendre les humains, leur vie, leurs mœurs, ce qu'ils ont dans la tête et dans le cœur, ce qui les fait courir, ce qui les pousse à s'associer ou à s'entre-déchirer : voilà l'humanologie. C'est étudier l'humain sous toutes ses facettes; traquer la nature humaine derrière la multiplicité de ses manifestations. Cette approche transdisciplinaire s'inscrit dans le prolongement de la théorie de la complexité d'Edgar Morin. Elle remonte aux origines des sciences humaines et de la philosophie. L'humanologie puise ses ressources dans tous les savoirs disponibles : les sciences humaines (sociologie, psychologie, histoire, linguistique, etc.), l'éthologie (car les êtres humains sont aussi des animaux), la biologie (car ils sont aussi des êtres vivants), mais aussi la philosophie, la littérature, les documentaires, et l'auto-observation.

Jean-François Dortier est le fondateur du magazine Sciences Humaines. Il est l'auteur de nombreux ouvrages (Dictionnaire des sciences humaines, Les sciences humaines, Panorama des connaissance, L'homme cet étrange animal, Après quoi tu cours ?, etc.). En 2020, il a créé le Mook trimestriel L'Humanologie dont il est l'unique rédacteur.

Claude FISCHLER : Du "socio-diag" à la "bio-anthropologie" fondamentale
Après La Rumeur d'Orléans (1969), Edgar Morin souhaite développer ce qu'il a appelé une "sociologie du présent". Il entame une réflexion théorique et méthodologique inspirée d'abord par la socio-ethnographie de longue haleine qu'il a menée à Plozévet puis par l'expérience du "commando d'intervention sociologique" lancé sur Orléans. En 1971, il obtient un financement privé pour créer un Groupe de Diagnostic Sociologique voué à l'étude "à chaud" de "l'événement et de la crise" et lance immédiatement des enquêtes de "sociologie du présent et de l'événement". Mais tout en lançant et pilotant (de plus en plus à distance) notre équipe de jeunes chercheurs, il s'investit de plus en plus dans le dialogue entamé en Californie avec Jacques Monod, dans la biologie et la théorie générale des systèmes. Après le colloque de Royaumont sur L'Unité de l'Homme (1972), il rédige fiévreusement Le paradigme perdu : la Nature Humaine, qui annonce ou préfigure La Méthode

Claude Fischler est directeur de recherche émérite au CNRS. En 1970, il est recruté par Edgar Morin, qui crée un "Groupe de Diagnostic Sociologique". Après son entrée au CNRS, il inaugure une approche fondamentalement transdisciplinaire de l'alimentation humaine qu'il développera ensuite au sein, puis à la tête, de l'ancien laboratoire d'Edgar Morin (devenu — provisoirement — "Centre Edgar Morin"). Outre divers ouvrages sur l'alimentation, Claude Fischler a publié près de deux cents articles dans des revues de diverses disciplines.
Bibliographie
Edgar Morin, Claude Fischler, Philippe Defrance et Lena Petrossian, 1981, La croyance astrologique moderne : diagnostic sociologique, Lausanne, L'Age d'Homme (réédition de 1971, Le Retour des Astrologues, Paris, Club de l'Obs).
Nicole Lapierre, Edgar Morin et Bernard Paillard, 1973, La femme majeure : nouvelle féminité, nouveau féminisme, Paris, Club de l'Obs, Éditions du Seuil.
Nicole Benoît-Lapierre, Philippe Defrance, Claude Fischler et Bernard Paillard, 1973, Deux études de sociologie événementielle, Paris, CORDES.
Bernard Paillard (avec la coll. de C. Fischler), 1981, La damnation de Fos, Paris, Seuil.
Claude Fischler (dir), 1979, La Nourriture : pour une anthropologie bioculturelle de l'alimentation, Communications, 31.
Claude Fischler, 1990 [1993, 2001], L'Homnivore, Paris, Odile Jacob.
Claude Fischler (dir), 2013, Les alimentations particulières : mangerons-nous encore ensemble demain ?, Paris, Odile Jacob.

Cynthia FLEURY : Les méthodes viennent à la fin
Cette conférence analyse ce que la "Méthode" peut devoir à Nietzsche et qu'est-ce que signifie "clore" la Méthode par l'éthique ? Puis trois caractéristiques de la "connaissance de la connaissance" sont définies : 1) la complexité sur fond d'abîme ; 2) la conception de la pensée et du sujet derrière le "computo" ; 3) la dialectique entre physique et généalogie. Enfin, la Méthode se présente comme une pensée de la vie, de la médecine et de la démocratie.

Cynthia Fleury est professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la Chaire du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences.

Edith HEURGON : La voie de la métamorphose : une pensée prospective à l'âge du vivant ?

"L'espérance n'est pas une certitude, elle doit croître parallèlement avec la désespérance,
l'idée de métamorphose est devenue salutaire, peut-être la plus importante désormais."
Edgar Morin, Les trois principes d'espérance dans la désespérance, 2007
"Bactéries, virus, champignons, plantes, animaux, nous sommes toutes et tous une même vie,
Nous sommes toutes et tous le papillon de cette énorme chenille qu’est la Terre."(1)
Emanuele Coccia, Métamorphoses, Payot Rivages, 2020.

Dès 1960, Edgar Morin, dans son enquête sur Plozévet, fait un diagnostic critique qui chevauche les frontières disciplinaires, se rapproche du lointain, se distancie du proche, établit un dialogue entre pensée chercheuse et réalité concrète. Constatant que la sociologie, fondée sur le temps historique, peine à penser le présent et se trouve "mutilée d'avenir", il invite à une prospective capable de révéler l'individualité d'un peuple et la singularité du devenir en nous enracinant à la Terre. Dans une série de textes qui ponctuent l'avancée de sa conscience écologique(2), il plaide pour un bouleversement de nos rapports à l'homme, aux autres vivants et à la nature, en intégrant l'apport décisif de la biosphère. Affirmant que les interactions entre les êtres vivants ne sont pas uniquement de conflit, de compétition, de concurrence, de dégradation et de déprédation, mais aussi d'interdépendances, de solidarités et de complémentarités, il préconise une réforme de la connaissance, de la pensée et de la vie. Au-delà du développement, même durable, gardant la possibilité du progrès, il invite à un dépassement des Lumières(3) et énonce trois principes d'espérance. Sa prospective repose alors sur l'idée de métamorphose(4) et sur l'ambition de changer la voie (Il n'y a pas de solution prête à l'avance, mais il y a une voie). Dans la pandémie liée au Coronavirus(5), il voit la confirmation que l'imprévisible peut advenir. Il tire les leçons de cette combinaison de crises, dégage 9 défis (dont celui de la sauvegarde écologique) et énonce 5 politiques (dont une politique de la Terre pour un humanisme régénéré). Parallèlement, dans Où suis-je ?, qui fait suite à Où atterrir ?, Bruno Latour voit dans le confinement "une chance à saisir pour les terrestres : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons pouvoir nous envelopper — à défaut de nous développer à l'ancienne !". Edgar Morin est-il un pionnier de la prospective du présent(6) ? Comment faire converger les capacités régénératrices qui s'opposent aux forces de destruction pour qu'elles puissent se déployer largement ? Comment susciter la montée d'une force planétaire capable d'entamer la métamorphose nécessaire ?

(1) Emmanuele Coccia, Métamorphoses, Payot Rivages, 2020, Voir aussi les publications de Baptiste Morizot (Manières d'être vivant, Actes Sud, 2021) et de Vinciane Despret (Habiter en oiseau, Actes Sud, 2000).
(2) Edgar Morin, L'an I de l'ère écologique en dialogue avec Nicolas Hulot, Tallandier, 2007.
(3) Corine Pelluchon, Les lumières à l'âge du vivant, 2021.
(4) Un système qui n'arrive pas à traiter ses problèmes vitaux, ou bien se désintègre, ou bien arrive à se métamorphoser en un métasystème plus riche, plus complexe, capable de traiter ces problèmes.
(5) Edgar Morin avec Sabah Abouessalamn, Changeons de voie. Les leçons du Coronavirus, Denoël, 2020.
(6) Edith Heurgon, Alain Raymond, Tous Volontaires au Monde, jardiniers du bien commun : solidarité, citoyenneté, mobilité, hospitalité. Une prospective du présent à deux voix, Hermann, 2019.

François L'YVONNET : Edgar Morin : la méthode d'avant la Méthode
Il ne s'agit pas tant de dresser une histoire de la Méthode, avec sa préhistoire et ses grandes étapes (du genre : genèse et transformation), que d'être attentif à ce qui la fera naître. La "méthode" est inséparable de la vie d'Edgar Morin. Elle ne nait ni d'un rêve (comme celle de Descartes), ni d'une invention (à la manière de Poincaré), elle est commandée, si l'on peut dire, par ses premières recherches portant sur des objets inclassables, qui le conduiront à balayer certaines habitudes de pensée, à élaborer de nouvelles approches : son travail sur la mort, publié en 1948, est à cet égard exemplaire. Commandée aussi par les événements : son engagement communiste le mènera bientôt à prendre la mesure de ce qu'est une pensée "fanatique", avec ses blocages mentaux, qui sécrète des idéologies auxquelles elle s'aliène, comme elle peut sécréter des dieux qui exigent d'elle le "sacrifice de l'intellect" (songeons à Autocritique).

François L'Yvonnet est professeur de philosophie et éditeur (aux éditions de l'Herne). Membre du comité scientifique de la Chaire "Edgar Morin" à l'ESSEC. Membre associé de la Chaire sur l'Altérité à la Fondation Maison des Sciences de l'Homme (FMSH), à Paris. Il a dirigé le Cahier de l'Herne "Edgar Morin" (2016).
Dernière publication
François Jullien, une aventure qui a dérangé la philosophie, Grasset, 2020.

Laurent MARTIN : Sociologie de la culture et sociologie des médias dans les années 1960 : Edgar Morin et la culture de masse
Une sociologie des médias émerge en France au début des années 1960, animée en particulier par le Centre d'études de communication de masse (CECMAS) que Georges Friedmann crée au sein de la sixième section de l'EPHE, devenue EHESS en 1975. Roland Barthes, Christian Metz, Edgar Morin s'intéressent très tôt à la problématique du "divertissement" et aux médias audiovisuels. Or, cette sociologie est progressivement éclipsée par la montée en puissance de la sociologie "critique" de Pierre Bourdieu et sa théorie de la légitimité culturelle. Où se situent les termes du débat, comment évoluent les rapports de force intellectuels et institutionnels, comment penser les rapports entre industries culturelles et politique culturelle, quelle est la position propre d'Edgar Morin sur les questions touchant à la sociologie de la culture et des médias à cette époque, ce sont ces questions que nous essaierons de traiter dans le cadre de cette communication.

Bibliographie
Edgar Morin, Les Stars, Seuil, 1957.
Edgar Morin, L'Esprit du temps, Grasset, 1962 et 1976.
Collection de la revue Communications.
Emmanuel Lemieux, Edgar Morin, l'indiscipliné, Paris, Le Seuil, 2009 [rééd. en poche, coll. "Points", 2020].

Pascal ORY : Edgar Morin, au centre de la marginalité
L'un des traits les plus distinctifs d'Edgar Morin est son indistinction disciplinaire. Son rattachement initial au CNRS l'a classé "sociologue", ses méthodes d'investigation pourraient le rattacher à l'anthropologie, les médias lui donnent du "philosophe", il a lui-même mis en avant des identités scientifiques métisses (telle "socio-anthropologie"), le tout au prix d'un statut, à l'arrivée, de solitaire populaire. On essaiera de mesurer ce qu'il entre d'une dialectique avec l'époque, politique et culture mêlées, dans cet itinéraire singulier comme dans l'invention, homologique, de ses objets d'étude, qui a fait souvent de ce chercheur atypique un pionnier des sciences sociales, pas toujours reconnu par elles.

Pascal Ory, de l'Académie française, est professeur émérite d'histoire à la Sorbonne (Paris 1). Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages portant sur l'histoire culturelle et politique des sociétés contemporaines (XVIIIe-XXIe siècles), parmi lesquels une anthologie commentée : Edgar Morin, l'unité d'un homme (Collection "Bouquins", 2018). Dernier ouvrage paru : Qu'est-ce qu'une nation ? Une histoire mondiale (Gallimard, collection "Bibliothèque des histoires", 2020).

Bernard PAILLARD : Renouer avec Plozévet : à la recherche de l'interaction chercheurs/citoyens
Enquêteur engagé par Edgar Morin en 1965 pour son enquête à Plozévet, j'ai renoué avec les Plozévétiens depuis la fin des années 1990. Ces retours ont pris des formes diverses en fonction d'opportunités et de possibilités institutionnelles, budgétaires et autres, mais jamais avec l'intention de mener une véritable enquête même de type participative. Pourquoi ? Mon approche fut d'abord motivée par la volonté de comprendre et de surmonter les incompréhensions entre enquêteurs et enquêtés, entre chercheurs et citoyens qui s'étaient manifestées à la suite des enquêtes et, singulièrement, après la publication de Commune en France. La métamorphose de Plozévet. Elle s'inspire aussi de certaines propositions déontologiques formulées par Edgar Morin lors de sa propre enquête, mais sans jamais avoir été vraiment mises en œuvre. Enfin, elle s'inscrit dans le mouvement plus général de médiation scientifique et de partage des connaissances scientifiques avec leur mise en débat.

Bernard Paillard est directeur de recherche émérite au CNRS. Suite à sa collaboration avec Edgar Morin à Plozévet, il a été recruté par le CNRS comme collaborateur technique, et lui fut attaché en vue de constituer une section de "sociologie du présent" au sein du Centre d'études des communications de masse (CECMAS). Celle-ci s'étant étoffée au début des années 1970 avec la création du "groupe de diagnostic sociologique", différentes enquêtes furent menées, dont celle sur le complexe portuaire, industriel et urbain de Fos-sur-Mer. Ce travail orienta ses recherches futures, jusqu'à ses retours à Plozévet.

Monique PEYRIERE : Edgar Morin et l'âme du cinéma
"Le monde sans âme des machines est un monde peuplé d'âmes. L'Homme ne peut vivre avec ses choses que s'il leur donne une âme, ou s'il les imprègne de la sienne" écrit Edgar Morin dans son projet de thèse déposé auprès de Georges Friedmann en 1951 lors de son entrée au CNRS. Dès lors Morin s'attache, dans ses ouvrages et dans de nombreux articles, à produire une analyse de la "machine cinéma", dissidente des orthodoxies marxistes et freudiennes, mettant ainsi en place des éléments de méthode qui dessinent les contours d'une théorie singulière du cinéma, aux ambitions épistémologiques et phénoménologiques. Cette communication souhaite rendre compte du milieu fécond de la recherche en cinéma dans ces années 1950, où se croisent journalistes, chercheurs, auteurs, cinéastes et institutionnels engagés dont Edgar Morin est un des acteurs majeurs, avant d'assumer la coréalisation, avec Jean Rouch, du film Chronique d'un été.

Massimo PIATTELLI PALMARINI : La biologie systémique d'Edgar Morin
Depuis son "immersion" dans la biologie au Salk Institute, Edgar Morin s'est persuadé que la biologie devait devenir une composante essentielle des sciences de l'homme. Il voulait développer une bio-anthropologie et une bio-sociologie. Avec son vieil ami, le Prix Nobel Jacques Monod, Edgar Morin créa le Centre Royaumont pour Une Science de l'Homme et Massimo Piattelli Palmarini en devint le directeur. Plusieurs colloques et plusieurs publications suivirent. Les dernières décennies ont vu se développer considérablement la "system biology" et la génétique humaine en liaison avec les comportements et les bases de la culture. Jacques Monod avait déclaré que comprendre l'enveloppe génétique de la culture (selon ses propres mots) était l'objectif le plus important et le plus ambitieux de la science. Dans cet exposé, l'on tentera de résumer les progrès récents dans ce cadre, qu'Edgar Morin avait bien anticipés.

Massimo Piattelli Palmarini est actuellement professeur de linguistique et science cognitive à l'université de l'Arizona. Il a été le directeur du Centre Royaumont pour Une Science de l'Homme, créé par Edgar Morin et Jacques Monod qui en étaient les présidents. Sous la direction d'Edgar Morin et de Massimo Piattelli Palmarini, le livre de 1974 L'Unité de l'Homme a connu plusieurs éditions et traductions dans d'autres langues. Les domaines de recherche et de publications de Massimo Piattelli Palmarini, depuis plusieurs années, sont la bio-linguistique et la prise de décisions. Son livre Choix, décisions et préférences : quatre leçons au Collège de France publié en 2006 aux Éditions du Seuil traite de la prise des décisions.

Pascal ROGGERO : Le "goût vif de l'univers" d'Edgar Morin : cheminement et interrogations d'un "morinien"
Le "goût vif de l'univers", cette belle formule empruntée à Ernest Renan caractérise bien l'Edgar Morin que je connais. Depuis que je l'ai découverte il y a près de trente-cinq ans maintenant, son "œuvre-vie" n'a pas cessé de me fasciner, m'interpeller et me mobiliser. La lecture de La Méthode fut un moment décisif pour moi, le point d'une bifurcation existentielle après laquelle la pensée complexe n'a pas cessé de m'habiter. J'ai consacré une bonne partie de mon activité universitaire à l'utilisation de cette pensée dans ma recherche en sciences sociales, à son enseignement auprès de nombreux étudiants et à sa diffusion auprès du grand public. C'est de ce cheminement qu'on pourrait dire "morinien" dont je voudrais témoigner ici.

Pascal Roggero est Agrégé de sciences sociales, Docteur en sociologie, Professeur des universités en sociologie à l'université Toulouse-Capitole, Chercheur à l'IDETCOM, Responsable du CR 5 "Sociologie de la complexité" de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française, Co-fondateur de la Revue Nouvelles Perspectives en Sciences Sociales, Co-responsable du programme SOCLAB et Responsable du Master 2 "Ingénierie de la transition des territoires" à l'université Toulouse Capitole.

Anna TRESPEUCH-BERTHELOT : Les sensibilités écologiques d'Edgar Morin
Dans ses efforts à construire une pensée "écologisée", Edgar Morin s'est abreuvé à diverses sources : l'étude des sciences — en particulier l'écologie, le dialogue au fil des amitiés intellectuelles — avec Serge Moscovici, Ivan Illich, André Gorz, etc. — et l'observation critique de son temps — du naufrage du Torrey Canyon (1967) jusqu'au discours de Greta Thunberg à la tribune de l'ONU (2019). Ses propositions théoriques et poétiques n'ont cessé de s'enrichir de ces échanges pour appréhender au plus près la crise écologique. Elles tissent aujourd'hui un fil d'Ariane précieux pour nous guider dans un demi-siècle de sensibilités environnementales, à la fois siennes et collectives.

Anna Trespeuch-Berthelot est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Caen Normandie, membre du laboratoire HisTeMé, ex-CRHQ (EA 7455) et du CA de l'Association pour l'Histoire de la Protection de la Nature et de l'Environnement (AHPNE). Historienne des engagements intellectuels, elle étudie la circulation des alertes environnementales depuis 1945.
Publications
Anna Trespeuch-Berthelot, "Lettre ouverte aux habitants d'une planète mourante. Circulation des idées et des symboles dans les réseaux transnationaux de l'écologie politique naissante", Ventunesimo Secolo, Milano, FrancoAngeli Edizioni, vol. 46, 2020, p. 79-100.
Anne-Claude Ambroise-Rendu, Anna Trespeuch-Berthelot et Alexis Vrignon (dir.), Luttes locales, enjeu global ? Une histoire des conflits environnementaux XIXe-XXIe siècles, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2018.
Anna Trespeuch-Berthelot, "La genèse de l'agriculture biologique en France et en Allemagne de l'entre-deux-guerres aux années 1970 : circulations transnationales et cultures politiques", in A. Lensing, B. Metzger et O. Hanse (dir.), Mission écologie : tensions entre conservatisme et progressisme dans une perspective franco-allemande, Bern, Peter Lang éd., 2018, p. 91-114.
Anna Trespeuch-Berthelot, L'Internationale Situationniste. De l’histoire au mythe (1948-2013), Paris, Presses universitaires de France, 2015.
Anna Trespeuch-Berthelot, "La réception des ouvrages "d'alerte environnementale" dans les médias français (1948-1975)", Le Temps des médias Revue d'histoire, Paris, Nouveau Monde éd., automne 2015, n°25, p. 104-119.


BIBLIOGRAPHIE :

Outre les ouvrages publiés d'Edgar Morin (trois cent quatre sept références à la date du 1er janvier 2021 dans le catalogue général "auteurs" de la BNF, y compris les rééditions mais non compris les documents audio-visuels) :

EDGAR PAR MORIN
Autocritique (1959), Le Seuil, 2012.
Journal de Californie (1970), Le Seuil, 1983.
Journal d'un livre : juillet 1980-août 1981, Inter éditions, 1981.
Une année Sisyphe, Le Seuil, 1995.
Journal de Plozevet : Bretagne 1965, L'Aube, 2001.
• (avec Grappe-Nahoum, Véronique, Vidal Sephira, Haïm), Vidal et les siens (1989), Le Seuil, 2019.
Le vif du sujet (1969), Le Seuil, 1992.
Mes démons (1994), Stock, 2008.
Edwige, l'inséparable, Fayard, 2009.
Journal 1962-1987, Le Seuil, 2012.
Journal 1992-2010, Le Seuil, 2012.
Le cinéma un art de la complexité, articles et inédits 1952-1962, Nouveau Monde éditions, 2018, ouvrage édité et présenté par Monique Peyriere et Chiara Simonigh.
Les souvenirs viennent à ma rencontre, Fayard, 2019.

DEUX COLLOQUES DE CERISY
• (1986) Bougnoux, Daniel, Le Moigne, Jean-Louis, Proulx, Serge (dir.), Arguments pour une méthode (autour d'Edgar Morin), Le Seuil, 1990.
• (2005) Le Moigne, Jean-Louis, Morin, Edgar (dir.), Intelligence de la complexité. Épistémologie et pragmatique, L'Aube, 2007 (réédition par Hermann Éditeurs, 2013).

QUELQUES MONOGRAPHIES
• Gritti, Jules, Comprendre Edgar Morin, Privat, 1980.
• Kofman, Myron, Edgar Morin. From Big Brother to Fraternity, Pluto Press, 1996.
• Fortin, Robin, Penser avec Edgar Morin, Presses de l'université Laval, 2008.
• Lemieux, Emmanuel, Edgar Morin, l'indiscipliné, Le Seuil, 2009.
• Tellez, Jean, La pensée tourbillonnaire. Introduction à la pensée d'Edgar Morin, Germina, 2009.
• Ory, Pascal (éd.), Edgar Morin. L'Unité d'un homme, Robert Laffont, collection "Bouquins", 2018.
• Dortier, Jean-François, Yousfi, Louisa (dir.), Edgar Morin. L'Aventure d'une pensée, Éditions "Sciences humaines", 2019.

QUELQUES NUMÉROS DE REVUE
• "Edgar Morin, plans rapprochés", Communications, 82, 2008.
• Pena Vega, Alfredo, Proutheau, Stéphanie (dir.), "Edgar Morin, aux risques d'une pensée libre", Hermès, 60, 2011.
• L'Yvonnet, François (dir.), "Morin", Cahiers de l'Herne, 114, 2016.


SOUTIENS :

Cercle des partenaires
Région Normandie
• Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain (IIAC) [CNRSEHESS]


PARTENARIATS :

• Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)
• Institut national de l'audiovisuel (INA)

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


QUELS ACTEURS POUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE
ENTRE AMÉRIQUE LATINE ET FRANCE ?

LITTÉRATURE ET CINÉMA


DU LUNDI 7 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 13 JUIN (14 H) 2021



DIRECTION :

Julie AMIOT-GUILLOUET, Gustavo GUERRERO, Françoise MOULIN CIVIL


ARGUMENT :

L'Europe et la France jouent un rôle clé dans les débats sur les questions transnationales et les concepts de "diversité", de "coopération" et d'"exception" culturelle, ainsi que dans le développement de politiques visant à les préserver face au marché. 15 ans après l'adoption par l'UNESCO de la Convention sur la Protection et la Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles (2005), ces concepts semblent en crise, alors que la production et la diffusion des œuvres littéraires et cinématographiques tendent à prouver le contraire.

Notre objectif est de dresser un état des lieux du concept de "diversité" en mettant l'accent sur l'esthétique et les genres de la "diversité culturelle" et en analysant les conditions matérielles de production et de circulation des œuvres de la littérature et du cinéma d'Amérique latine à travers l'Atlantique.

Les principaux axes seront les suivants : politiques, financements, partenariats (y compris dans leurs dimensions néo/dé-coloniales), circulation des œuvres.


MOTS-CLÉS :

Amérique latine, Cinéma, Circulation, Diversité culturelle, Europe, Littérature, Marchés, Production culturelle, Transnationalité


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 7 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 8 juin
Matin
Julie AMIOT-GUILLOUET, Gustavo GUERRERO & Françoise MOULIN CIVIL : Ouverture
Pura FERNÁNDEZ : Le réseau de papier : diplomatie, collectionnisme et colonialisme éditorial. France, Espagne et Amérique Latine au XIXe siècle [visioconférence] — Discutant : Gustavo GUERRERO

Après-midi
Gesine MÜLLER : Historias transnacionales del libro y el debate sobre la literatura mundial : literaturas caribeñas en Francia y Alemania [visioconférence]
Florence OLIVIER : Étonnants Latino-Américains : Bolaño, Volpi, Bellatin, en VF pour la littérature comparée
Discutant : Gustavo GUERRO

Masterclass, avec Pablo CERDA ADARO : Ethnologie et cinéma. Individualisation identitaire pour un partage culturel entre l'Europe et l'Amérique du sud [visioconférence] — Discutante : Julie AMIOT-GUILLOUET

Soirée
Autour du film Educación física (2012) de Pablo Cerda Adaro. Présentation par Julie AMIOT-GUILLOUET


Mercredi 9 juin
Matin
Manuel MACERA FUMIS : Julio Cortázar en France : traduction et édition de son conte Casa tomada
Gabriela LÁZARO : Réception et traduction de la poésie concrète brésilienne en France : poésie inédite ou absorbée par les courants littéraires de l'époque ?
Christilla VASSEROT : Dramaturgies nomades
Discutante : Françoise MOULIN CIVIL

Après-midi
María LUNA-RASSA : Sud à la demande : explorations décoloniales et nouvelles circulations dans le cinéma colombien
Amanda RUEDA : Cinémas transnationaux d'Amérique latine : entre rapports asymétriques et tentatives discursives décoloniales
Magali KABOUS : Lieu commun ? La Havane dans le cinéma distribué en France. Stéréotypes resémantisés pour dessiner une capitale [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Discutante : Nancy BERTHIER

José Luis de DIEGO : Littérature française / littérature argentine : un échange inégal [visioconférence] — Discutant : Gustavo GUERRERO

Soirée
Autour du film documentaire Une conversation avec Albert Bensoussan. Présentation par Gustavo GUERRERO


Jeudi 10 juin
Matin
Ana VIÑUELA : Les exportateurs français, acteurs de la globalisation du cinéma d'Amérique Latine
Minerva CAMPOS RABADÁN : Stratégies à risque pour la distribution de films : projections spéciales, communiqués (de presse ?) et publics de niche
Gloria PINEDA-MONCADA : Coproduction et décollage de l'industrie cinématographique colombienne. Le rôle joué par la France dans la consolidation, en Colombie, d'un modèle de production cinématographique promouvant la diversité culturelle : le cinéma d'auteur
Pietsie FEENSTRA : Un regard sur le monde : la "veduta filmique" de Fernando Solanas et de Patricio Guzmán
Discutante : Magali KABOUS

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 11 juin
Matin
Ana GALLEGO CUIÑAS : La valeur des festivals littéraires au XXIe siècle : le cas du festival "Paris ne finit jamais" [visioconférence]
Jimena CASTANEDA : Influence européenne dans la légitimation du cinéma latino-américain : Hybridation culturelle ? Le cas du "Nouveau cinéma colombien"
Stéphanie DECANTE : La bibliodiversité promue par l'Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants et son impact sur la circulation de la littérature latino-américaine en France
Discutante : Florence OLIVIER

Après-midi
Littérature et cinéma : chemins de traverse entre la France et l'Amérique Latine, table ronde animée par Julie AMIOT-GUILLOUET, avec Nancy BERTHIER, María LYNCH, Carmen PINILLA et Gustavo RONDÓN [visioconférence]

Marina MOGUILLANSKY : Les coproductions entre la France et l'Amérique Latine [visioconférence] — Discutante : Minerva CAMPOS RABADÁN
Sophia McCLENNEN : L'économie de la diversité culturelle : analyse du rôle de la France dans la distribution du cinéma latino-américain [visioconférence] — Discutante : Julie AMIOT-GUILLOUET

Soirée
Livres, traductions, traducteurs : expériences vécues, table ronde animée par Françoise MOULIN CIVIL, avec Stéphanie DECANTE, Florence OLIVIER, Michel RIAUDEL et Christilla VASSEROT


Samedi 12 juin
Matin
Jorge CARRIÓN : Contre Amazon et pour une éthique de l'algorithme [visioconférence]
Miguel FERNÁNDEZ LABAYEN : Les plateformes de vidéo à la demande (VOD) comme circuit cinématographique : les "Œuvres originales de Netflix" d'Espagne et d'Amérique Latine [visioconférence]
Eva-Rosa FERRAND VERDEJO : "CinemaChile, making Chilean films global" : l'internationalisation du cinéma chilien comme outil de développement de l'industrie cinématographique
Discutante : Ana VIÑUELA

Après-midi
Médiations et médiateurs littéraires entre la France et l'Amérique Latine, table ronde [visioconférence] animée par Gustavo GUERRERO, avec Leonora DJAMENT, Jorge FORNET et Diego LORENZO

Ignacio SÁNCHEZ PRADO : Les limites du transnationalisme. Le cinéma mexicain et la division du travail cinématographique [visioconférence] — Discutants : Julie AMIOT-GUILLOUET & Gustavo GUERRERO


Dimanche 13 juin
Matin
Conclusions du colloque et perspectives de recherche
Julie AMIOT-GUILLOUET, Gustavo GUERRERO & Françoise MOULIN CIVIL : Clôture

Après-midi
DÉPARTS


EXPÉRIENCES DE QUATRE DOCTORANTS PRÉSENTS À CERISY :

Bonjour à vous quatre. L'un d’entre vous pourrait-il présenter le colloque ?

Gabriela Lazaro : Le colloque porte un regard sur la multiculturalité en France et en Amérique latine à partir de deux industries culturelles différentes que sont l'édition et le cinéma. On observe comment des acteurs qui résident en France ou dans d’autres contextes culturels peuvent contribuer à cette multiculturalité, dans le secteur privé ou public. On voit aussi le rôle central de la recherche pour cerner les enjeux liés à ces industries, leurs formations et leur impact dans la création et la diffusion de films et de livres.

Après une semaine à Cerisy quel est votre ressenti ?

Eva-Rosa Ferrand Verdejo : Ça nous a fait à tous un bien fou de retrouver la communauté des chercheurs mais aussi d'échanger avec des gens !

Manuel Macera : Retrouver la communauté humaine après tant de mois de confinement !

E.-R. Ferrand Verdejo : Tout à fait ! Une semaine à Cerisy, c'est l'occasion d'être immergé dans une thématique commune qui nous intéresse. C'est aussi, en se confrontant aux recherches des autres, la venue de questionnements qui nous amènent à repenser nos propres recherches. Mais surtout de rencontrer les doctorants qui travaillent sur les mêmes sujets, ce qui avait été difficile avec la pandémie jusque-là — tout cela est très enrichissant!

Jimena Castaneda : Pour moi, c'est vraiment une retraite intellectuelle qui m'a aidée, en une semaine, à visualiser ma place dans l'univers de la recherche. Le fait de me confronter à des chercheurs d’un niveau si élevé m'a permis de voir concrètement où j'en suis avec mes idées. Avant Cerisy, j’avais une représentation des choses plus abstraite. J'ai aussi pu murir une thématique et une méthode de recherche que j'étais en train de construire depuis longtemps, dans un cadre qui se prête parfaitement à la réflexion.

Justement, quel est l'impact de Cerisy sur vos projets de recherche ?

E.-R. Ferrand Verdejo : Les échanges après les communications ont un énorme impact : ça nous incite à nous questionner sur des aspects auxquels nous n'avions pas forcément pensés.

G. Lazaro : Pour ma part, après certains échanges à la suite des communications, j'envisage des modifications assez importantes sur un article que je préparais avant de venir. En plus de ces effets sur mes recherches, ce qui m'a beaucoup aidé a été aussi de rencontrer des chercheurs et, à l'écoute de leurs parcours, de répondre à mes propres interrogations. Le fait de pouvoir échanger avec des intervenants de l'industrie cinématographique et de l'édition est très enrichissant pour implémenter nos recherches dans ces secteurs.

En tant que doctorants, comment percevez-vous votre place au sein du colloque ?

E.-R. Ferrand Verdejo : En général, en tant que doctorants on tend à souffrir du syndrome de l'imposteur, avec le sentiment de tenir un discours illégitime. Mais être incorporé dans un colloque qui intègre autant de grands chercheurs nous confère une légitimité, en nous montrant que nous ne sommes pas sur la mauvaise voie et que nos recherches résonnent avec les leurs.

M. Macera : Certes on peut avoir cette idée d’imposture, mais justement, le fait d'échanger dans un contexte moins formel comme celui de Cerisy permet de mettre ces a priori de côté. Ce qu'on n'a guère l'occasion de faire à l'université.

G. Lazaro : Juste le fait de pouvoir prendre le petit-déjeuner avec quelqu'un qui a fait trente ans de carrière, de se tutoyer parfois et de voir que l'on peut partager son expérience non seulement à travers une présentation classique, mais aussi de façon humaine et naturelle, donne une certaine confiance et rend les rapports d’autant plus enrichissants.

Entretien réalisé par Alexandre CHOQUET, Stagiaire à Cerisy


Gabriela Lazaro est doctorante en première année d'étude hispanique à CY Cergy Université. Dans le cadre du projet Sinergia Poetry in Notions (Fonds national suisse de la recherche scientifique) elle travaille sur la poésie lyrique contemporaine en Amérique Latine.

Eva-Rosa Ferrand Verdejo est en deuxième année de thèse en études hispaniques et film studies, en co-tutelle à CY Cergy Paris et à l'université de Warwick (Royaume-Uni). Ses travaux portent sur le cinéma chilien.

Jimena Castaneda est doctorante en première année d'Études hispanophones à CY Cergy Université et rattachée au Laboratoire Héritages. Ses études portent sur le cinéma colombien contemporain et sa dimension transnationale.

Manuel Macera est doctorant à CY Cergy Paris Université, en co-direction avec l'université Paris 8, en études hispanophones. Ses travaux de recherche portent sur la traduction, l'édition et la réception de Julio Cortázar en France.


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Minerva CAMPOS RABADÁN : Stratégies à risque pour la distribution de films : projections spéciales, communiqués (de presse ?) et publics de niche
Cette étude se propose d'analyser les stratégies de distribution locales pour les films d'auteur. À travers une étude de cas, je me centrerai sur les interactions entre les circuits commerciaux et le réseau très dense des festivals, événements et programmations régulières, organisés par les institutions cinématographiques et culturelles, dans le but de mettre en lumière les collaborations ou, au contraire, les points de friction. En prenant l'exemple de Zama (Lucrecia Martel, 2017, Argentine-Brésil-Espagne) et en comparant ses projections à Madrid et à Paris, j'aborderai quatre questions relatives la multiplication des "vitrines de présentation" qui a montré qu'il est possible d'augmenter l'audience (potentielle) de certains films ; (1) Les circuits de la grande distribution possèdent-ils le même pouvoir ? (2) Les publics ont-ils les mêmes profils et taille si la projection a lieu pendant un festival, dans un cinéma commercial, un institut cinématographique ou un musée ? (3) Certains films sont-ils surexposés avant leur projection en salle ? (4) Comment les petites maisons de production gèrent-elles tout cela ?

Minerva CAMPOS RABADÁN : Risky strategies for film distribution : special screenings, commercial releases, and niche audiences
This proposal will analyse local distribution strategies for auteur films. Through a case study, I will focus on the interactions between the commercial circuit and the dense network of festivals, events and the regular programmes organised by film institutes and cultural institutions with the aim of highlight how they collaborate and have frictions between them. By studying Zama (Lucrecia Martel, 2017, Argentina-Brazil-Spain) and comparing its screenings in Madrid and Paris, I will discuss four main questions : The addition of different exhibition windows has demonstrated to increase the (potential) audience of some films : do the "big screen" circuits have the same effect ? Have the audiences the same profile and size if the screening takes place in a festival, in a commercial cinema, a film institute, and a museum ? Are some films over exposed before their commercial release in theatres ? How do small distribution companies deal with this ?

Minerva Campos Rabadán works as postdoctoral researcher in the IUCE, University Autónoma of Madrid. Her research focuses on alternative exhibition circuits and funding opportunities for contemporary Latin American cinema. In addition to her research on the international film festival circuit, she has more recently focused on its interactions with film institutes, museums, and commercial theatres.

Jimena CASTANEDA : Influence européenne dans la légitimation du cinéma latino-américain : Hybridation culturelle ? Le cas du "Nouveau cinéma colombien"
Au début du XXIe siècle, plusieurs cinémas nationaux d'Amérique latine sont qualifiés de "nouveaux cinémas" grâce à l'émergence de cinéastes qui contribuent à changer profondément le paysage de la production cinématographique de leurs pays en proposant de nouveaux thèmes, esthétiques, personnages, lieux et discours. Dans le cas de la Colombie, ce nouveau regard surgit pour poétiser la violence de la guerre civile qui, depuis 60 ans, imprègne la société colombienne. Grâce à ces récits, des nouveaux cinéastes s'ouvrent au monde pour être salués dans les festivals internationaux autour de l'idée d'un "Nouveau cinéma colombien". Pourtant, ces films partagent un phénomène de production et de légitimation transnational : il s'agit de co-productions qui bénéficient d'aides au financement internationales ainsi que d'un circuit de diffusion et de légitimation particulier du fait qu'elles circulent principalement dans les festivals de cinéma et sur les écrans internationaux, notamment européens. L'influence européenne dans la reconnaissance et la légitimation de ce cinéma en tant que "identité cinématographique nationale" s'avère à la fois fondamentale mais porteuse de contradiction car les réalisateurs rendent visibles des aspects de leur réalité nationale sous forme de récits universels transnationaux paradoxalement mieux acceptés sur les écrans étrangers que dans leur propre pays. L'objectif de cette communication est de nous interroger sur la négociation culturelle nécessaire à la création d'une identité cinématographique nationale : comment émergent les concessions entre l'Europe et l'Amérique latine dans ce terrain d'hybridation de la "diversité culturelle" ? Nous analyserons d'une part, les politiques culturelles internationales qui facilitent la co-production de ces "nouveaux cinémas", telles les programmes de subventions créés par des festivals de cinéma européens ; d'autre part, les problématiques communes aux films qui évoquent des tendances idéologiques en accord avec celles des pays subventionnaires.

Pablo CERDA ADARO : Ethnologie et cinéma. Individualisation identitaire pour un partage culturel entre l'Europe et l'Amérique du sud
Dans la perspective partagée d'un intérêt culturel renouvelé mais toujours performant, qui accroisse le flux de diversité et qui s'oppose à la distanciation socio-émotionnelle et culturelle qu'on nous présente comme la réalité, il est indispensable de creuser la question de l'interlocuteur ; la simple classification par continent est devenue insuffisante. Chaque territoire-pays possède un esprit moteur qui le guide et qui, à son tour, nourrit l'esprit local grâce auquel les films se construisent. Le territoire définit la manière de vivre et, par là-même, la façon de créer. Partager l'expérience du processus créatif lié à un cinéma low-cost, tel qu'il se fait de l'autre côté de l'Atlantique et particulièrement au Chili, pays de cordillère, de mer et dont l'histoire est récente, ouvre une perspective sur l'individualisation sud-américaine, où chaque peuple-nation assume et projette son historiographie collective qui se connecte à son devenir et définit son travail artistique. Tel est le point d'inflexion vers une reconnaissance identitaire, fondement préalable à un partage culturel post-2020.

Pablo Cerda Adaro, San Antonio, Chili. Acteur, réalisateur, producteur, ex-danseur et pratiquant d'arts martiaux. Il a étudié la scénaristique à l'université autonome de Madrid. Impliqué depuis 18 ans dans l'industrie audiovisuelle chilienne, il a contribué comme acteur, scénariste, réalisateur et producteur à divers projets de cinéma, télévision et plateformes. Engagé dans un cinéma low-cost, Nashville, New York et le Chili ont servi de lieux de tournage pour mettre en œuvre ces idées qui, aujourd'hui, le positionnent comme l'un des acteurs-réalisateurs les plus en vue d'Amérique du sud.

Pablo CERDA ADARO : Etnología y cine "Individualización identitaria para la comunión cultural entre Europa y América del Sur"
Para converger en un interés cultural renovado y siempre competente, que incremente el flujo de diversidad y haga frente al distanciamiento socioemocional y cultural que se nos presenta como realidad, se hace necesario profundizar hoy en el interlocutor ; la simple catalogación continental se ha vuelto insuficiente. Cada territorio-país posee un espíritu motor que lo guía, el cual alimenta la psiquis local de donde provienen las películas. El territorio define la manera de vivir y así mismo el modo de crear. Compartir la experiencia del proceso creativo ligado a un cine de bajo presupuesto del otro lado del Atlántico y particularmente en Chile, un país de cordillera, mar e historia reciente, asoma como ventana hacia una individualización sudamericana, donde cada pueblo-nación asume y proyecta esa historiografía colectiva que se entrama con su devenir y define su conducta en el arte. Un punto de inflexión hacia un reconocimiento identitario, base previa para la comunión cultural que se replantea post 2020.

Pablo Cerda Adaro, San Antonio, Chile. 1980. Actor, realizador, productor, ex bailarín y artista marcial. Estudió guion cinematográfico en la U. Autónoma de Madrid. Con 18 años en la industria audiovisual chilena, ha participado como actor, guionista, director y productor en variados proyectos de cine, tv & plataformas. Ligado en gestión a un cine de bajo presupuesto, Nashville, New York & y Chile han servido de locación para estas ideas que lo posicionan hoy como uno de los actores-directores más destacados en la zona sur de América.

Stéphanie DECANTE : La bibliodiversité promue par l'Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants et son impact sur la circulation de la littérature latino-américaine en France
Dans un contexte de concentration de l'activité éditoriale et de globalisation des flux de circulation des biens culturels, il s'agira ici de mettre en évidence les enjeux de la création de l'Alliance Internationale des Éditeurs Indépendants. Nous ferons ressortir la participation active des éditeurs hispano-américains dans la constitution de cette alliance et dans la promotion de la notion de bibliodiversité. Nous évaluerons enfin son impact sur la circulation de la littérature latino-américaine en France depuis le début des années 2000.

Ancienne élève de l'École Normale Supérieure, Stéphanie Decante est maîtresse de conférences en littérature hispano-américaine à l'université Paris Nanterre, spécialiste de critique littéraire, réception et études de genre. Elle participe activement au réseau MEDETLAT (Médiation éditoriale de la littérature latino-américaine en France) et a récemment dirigé l'ouvrage collectif Literatura chilena contemporánea (Mapocho, n°88, Ed. Biblioteca Nacional de Chile, 2021).

José Luis de DIEGO : Littérature française / littérature argentine : un échange inégal
Mon travail se centre sur la relation entre la littérature française intraduite en espagnol (et sa diffusion en Argentine) ; et sur la littérature argentine extraduite en français. Dans une première partie, je reviendrai brièvement sur les antécédents de cette relation ; dans une deuxième, plus descriptive (collecte de données), j’examinerai la période 2000-2020 ; dans la dernière, mon analyse portera sur les processus, les tendances et les acteurs.

José Luis de DIEGO : Literatura francesa / literatura argentina : un intercambio desigual
El trabajo focaliza en la relación entre la literatura francesa intraducida hacia el español (y su difusión en Argentina) ; y en la literatura argentina extraducida hacia el francés. En un primer momento se reseñan brevemente los antecedentes de esa relación ; en un segundo momento, de carácter descriptivo (relevamiento de datos), se recorta el período 2000-2020, y se cierra con un tercer momento analítico (procesos, tendencias, actores).

Doctor en Letras y Profesor de Introducción a la Literatura y Teoría Literaria II de la Universidad Nacional de La Plata, Argentina.
Ha publicado
"¿Quién de nosotros escribirá el Facundo?" Intelectuales y escritores en Argentina (1970-1986).
Editores y políticas editoriales en Argentina (1880-2010).
La otra cara de Jano. Una mirada crítica sobre el libro y la edición.
Los autores no escriben libros. Nuevos aportes a la historia de la edición.
Dirige Orbis Tertius, revista académica del Centro de Teoría y Crítica Literaria de la UNLP, y desde 2015 se desempeña como coordinador de la sección Argentina, y miembro del Comité Asesor en el portal "Editores y Editoriales Iberoamericanos (siglos XIX-XXI)" / EDI-RED (CSIC - Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes).

Pietsie FEENSTRA : Un regard sur le monde : la "veduta filmique" de Fernando Solanas et de Patricio Guzmán
Dans mon intervention, je souhaite étudier la manière dont deux réalisateurs ont établi un lien constant entre la France et l'Amérique latine : le réalisateur argentin, Fernando Solanas (Buenos Aires 1936-Paris 2020) et Patricio Guzmán d'origine chilienne (né à Santiago en 1941). Leur manière de filmer l'Histoire récente leur a demandé un engagement personnel important. Justement le cinéma peut cartographier une vision sur le monde en filmant les paysages : Fernando Solanas l'illustre dans Le voyage (1992) par le déplacement du personnage principal qui traverse le continent d'Amérique latine en créant une cartographie de l'histoire par différentes visions sur le paysage, en mélangeant le passé et le présent, mais en n'ignorant jamais le poids du passé sur le présent. Patricio Guzmán a également mis en valeur l'importance du paysage, comme un "écran-mémoire", entre autres dans son documentaire La cordillère des songes (2019). Les deux réalisateurs ont vécu une période d'exil en France : Solanas pendant la dernière dictature militaire (1976-1983), et Guzmán a quitté son pays natal après le coup d'état militaire en 1973. Leur cinéma a été très bien reçu en France : de la part de la critique, du festival de Cannes, des universités (Guzmán, Docteur Honoris Causa de l'université de Bordeaux, 2019), de la part aussi de l'Unesco (Solanas, Délégue permanent de l'Argentine, 2020). Les réalisateurs sont des passeurs d'une vision mémorielle de leur pays. La question suivante sera traitée dans mon intervention : comment les deux réalisateurs ont pu créer un "écran-mémoire" des paysages, en proposant une "veduta-filmique", entre la France et l'Amérique latine ?

Pietsie Feenstra est Professeure des universités en Études Cinématographiques et Audiovisuelles à l'université de Paul Valéry 3 à Montpellier. Elle est co-responsable du Master Recherche Cinéma et Audiovisuel et co-coordinatrice des programmes anglophones pour les étudiants en cinéma. Ses recherches portent sur l'écriture cinématographique de l'Histoire et la mémoire des lieux (villes, paysages) : elle co-dirige le programme de recherche EMET (Écrans, Mémoires et Espaces transitoires), pour le laboratoire de recherche RIRRA 21.
Derniers ouvrages publiés (sélection)
La photo-mémoire des paysages-témoins en Europe (Pays-Bas, Espagne, Ex-Yougoslavie), Lille, Presses universitaires du Septentrion, coll. "Images et Sons", 2020.
Ciudades performativas. Prácticas artísticas y políticas de (des)memoria en Buenos Aires, Berlín y Madrid, avec Lorena Verzero (dir.), Buenos Aires, Edicion CLACSO, 2021.
Le Nouveau du Cinéma Argentin, avec Maria Luisa Ortega (dir.), Paris, Éditions Corlet, coll. "CinémAction", n°156, 2015.
Le cinéma espagnol : Histoire et culture, avec Vicente Sánchez-Biosca (dir.), Paris, Éditions Armand Colin, coll. "Cinéma", 2014.
New Mythological Figures in Spanish Cinema Dissident Bodies under Franco, Amsterdam, Amsterdam University Press, coll. "Film Culture in Transition", 2011.

Pura FERNÁNDEZ : Le réseau de papier : diplomatie, collectionnisme et colonialisme éditorial. France, Espagne et Amérique Latine au XIXe siècle
Dans l'architecture des liens entre la France et l'Amérique Latine, une fois achevés les processus d'indépendance, quelques acteurs se sont démarqués, sans lesquels il n'est pas possible de comprendre les cartes actuelles de circulation des biens culturels. Fruit de la nouvelle réalité géopolitique née de l'apparition des jeunes nations américaines, dans des villes comme Paris et Barcelone se sont mises en place des communautés transnationales d'éditeurs et d'écrivains qui, non seulement ont défini des imaginaires et de nouvelles formes de production et diffusion des connaissances, mais se sont aussi alliées avec les acteurs de la diplomatie en tant qu'agents de médiation dont les réseaux de pénétration néocoloniale étaient actifs. Cette communication analysera quelques études de cas d'éditeurs de revues et de livres étroitement liés à un programme d'extractivisme culturel adapté à l'échelle du nouvel impérialisme européen que la France du Second Empire avait inauguré. La consolidation d'une discipline naissante, l'américanisme, avec son discours "exotisant" sur la diversité du Nouveau Monde, fut l'un des piliers de ce circuit totalisateur qui anticipait la création de nouveaux réseaux de domination symbolique.

Pura Fernández, Docteure de l'université Autonome de Madrid, est directrice de recherches à l'Institut de Langue, Littérature et Anthropologie du Centre de Sciences Humaines et Sociales du CSIC (Madrid) dont elle a été la co-directrice de 2010 à 2012 et cheffe du Département de Littérature Espagnole entre 2002 et 2006. Elle est responsable de 9 projets de recherche financés (appels à projets officiels) et d'une Action Intégrée hispano-française sur Culture, Édition et Littérature dans la sphère hispanique (XIXe-XXIe siècles) / GICELAH du CSIC (http://www.investigacion.cchs.csic.es/gicelah). Elle a à son actif 4 cycles de 6 ans en recherche et dirige le Réseau thématique d'Excellence Redes Transatlánticas: Prácticas Editoriales de la Re(d)pública Iberoamericana (FFI12015-71940-REDT), officiellement reconnu par le Ministère de l'Économie et de la Compétitivité espagnol. Elle est autrice, éditrice et co-éditrice de 13 livres et coordinatrice et éditrice de numéros monographiques de revues indexées telles que Ínsula, Revista de Estudios Hispánicos o Lectora. En outre, elle a publié près d'une centaine de travaux de recherche dans des volumes collectifs et des revues internationales en France, Italie, États-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Angleterre, Argentine ou Egypte (Bulletin Hispanique, Journal of Spanish Culltural Studies, Studi Ispanici, Bulletin of Spanish Studies, Revista de Occidente, Asclepio. Revista de Historia de la Medicina, Quimera, Journal of the History of Sexuality, etc.).

Pura FERNÁNDEZ : El canal de papel : diplomacia, coleccionismo y colonialismo editorial. Francia, España y América Latina en el siglo XIX
En la arquitectura de los lazos entre Francia y América Latina, una vez consumados los procesos de independencia, destacaron algunos agentes sin los cuales no es posible entender los actuales mapas de circulación de los bienes culturales. Fruto de la nueva realidad geopolítica nacida de la aparición de las jóvenes naciones americanas, en ciudades como París y Barcelona se gestaron unas comunidades transnacionales de editores y escritores que no solo definieron imaginarios y nuevas formas de producción y difusión del conocimiento, sino que también se aliaron con los gestores de la diplomacia como agentes de mediación de efectivas redes de penetración neocolonial. Esta ponencia analizará algunos estudios de caso de editores de revistas y de libros estrechamente unidos a un programa de extractivismo cultural ajustado a la escala del nuevo imperialismo europeo ensayado por la Francia del II Imperio. La consolidación de una disciplina incipiente, el americanismo, con su discurso exotizante de la diversidad del Nuevo Mundo, fue uno de los pilares de este circuito totalizador que anticipaba la creación de nuevos canales de dominación simbólica.

Pura Fernández, Doctora por la Universidad Autónoma de Madrid, es Profesora de Investigación del Instituto de Lengua, Literatura y Antropología del Centro de Ciencias Humanas y Sociales del CSIC (Madrid), del que ha sido Vicedirectora entre 2010 y 2012 y jefe del Departamento de Literatura Española entre 2002 y 2006. Investigadora responsable de nueve Proyectos de Investigación de I+D+i, financiados en convocatorias oficiales competitivas, y de una Acción Integrada Hispano-Francesa, es la responsable del Grupo de Investigación sobre Cultura, Edición y Literatura en el Ámbito Hispánico (siglos XIX-XXI) GICELAH del CSIC (http://www.investigacion.cchs.csic.es/gicelah). Cuenta en su haber con cuatro Sexenios de investigación y dirige la Red Temática de Excelencia Redes Transatlánticas: Prácticas Editoriales de la Re(d)pública Iberoamericana (FFI12015-71940-REDT), reconocida oficialmente por el Ministerio de Economía y Competitividad del Gobierno de España. Es autora, editora y co-editora de trece libros; y coordinadora y editora de números monográficos revistas indexadas como Ínsula, Revista de Estudios Hispánicos o Lectora; ademas ha publicado cerca de 100 trabajos de investigación en volúmenes colectivos y en revistas internacionales en Francia, Italia, EEUU, Alemania, Países Bajos, Inglaterra, Argentina o Egipto (Bulletin Hispanique, Journal of Spanish Culltural Studies, Studi Ispanici, Bulletin of Spanish Studies, Revista de Occidente, Asclepio. Revista de Historia de la Medicina, Quimera, Journal of the History of Sexuality, etc.).

Miguel FERNÁNDEZ LABAYEN : Les plateformes de vidéo à la demande (VOD) comme circuit cinématographique : les "Œuvres originales de Netflix" d'Espagne et d'Amérique Latine
Bien que la marque Netflix, comme plateforme globale de streaming, soit associée à la production et à la distribution de séries, l'entreprise, depuis 2015, a développé la production, l'achat et la distribution de longs-métrages qui, plus tard, sont présentés comme des "œuvres originales de Netflix". Le volume de ces "premières" a bondi de façon spectaculaire, au point que le service VOD a lancé 200 de ces titres sur la seule année 2020. Cette communication examine une partie spécifique du corpus des "Œuvres originales de Netflix", celle des films produits en espagnol, que dépasse seulement, en termes quantitatifs, le nombre de productions en anglais. Notre recherche soutient l'idée que la stratégie cumulative de Netflix sur le marché hispanophone est la tentative industrielle la plus récente de traiter l'Espagne et l'Amérique Latine comme un marché homogène, ce que Teresa Hoefoert de Turégano avait appelé en son temps une "hypothétique hispanophonie" (2004), et qui s'est traduit, antérieurement, par de nombreux contrats de co-production et des programmes institutionnels tels que ceux d'Ibermedia et de bien d'autres. En examinant la tentative spécifique de Netflix de favoriser cette communauté transnationale, notre communication analyse les tendances existantes sous le concept d'"œuvre originale", en incluant celles qui font écho au thème de la mobilité qui, sans aller plus loin, était déjà la marque des films produits sous les auspices de l'"hispanophonie". Par ailleurs, notre travail met aussi en lumière les relations textuelles et intertextuelles entre les films hispaniques de Netflix et la production et distribution de séries de Netflix sur les mêmes marchés. Enfin, notre communication fait le constat du déséquilibre entre l'accent que met Netflix sur les films espagnols et leur promotion en Amérique Latine face à la présence plus modeste d'"œuvres originales" latino-américaines en Espagne et en Europe. Notre travail se conclut sur une mise en garde quant au rôle des plateformes de VOD dans les dynamiques industrielles globales et quant à la nécessité d'examiner aussi bien qualitativement que du point de vue de l'historiographie leur façon de faire, dès lors qu'elles perpétuent des pratiques économiques et culturelles déjà existantes.

Miguel FERNÁNDEZ LABAYEN : Las plataformas de video bajo demanda como circuito cinematográfico : los "Originales de Netflix" de España y Latinoamérica
Si bien la marca Netflix como plataforma de streaming global se suele vincular con su producción y distribución de series, desde 2015 la empresa ha incrementado la producción, la compra y la distribución de largometrajes que posteriormente son presentados como "Originales de Netflix". El volumen de estos estrenos ha aumentado espectacularmente, hasta el punto que el servicio de vídeo bajo demanda lanzará casi 200 de estos títulos sólo en 2020. Esta comunicación examina una línea específica del corpus de "Originales de Netflix" : nos referimos a sus películas producidas en español, un cuerpo de filmes sólo superado por el número de producciones en inglés en términos cuantitativos. Nuestra investigación argumenta que la estrategia acumulativa de Netflix en el mercado hispanohablante es el último intento industrial de tratar a España y Latinoamérica como un mercado cohesionado, lo que Teresa Hoefoert de Turégano denominó en su momento como "hipotética hispanofonía" (2004), como forma de trabajar sobre tradiciones e intentos industriales e institucionales tales como Ibermedia y otros. Al examinar el intento de explotar esa comunidad transnacional por parte de Netflix, la ponencia estudia las tendencias existentes bajo el concepto del "original", incluyendo como aspecto notable toda una serie de narraciones que trabajan sobre la movilidad de los personajes, algo ya presente en el cine clásico latinoamericano, sin ir más lejos. Por otro lado, nuestro trabajo también ilumina las relaciones textuales e intertextuales entre las películas hispánicas de Netflix y la producción y distribución de series de Netflix en esos mismos mercados. Por último, la comunicación constata el desequilibrio entre el énfasis de Netflix en las películas españolas y su promoción en Latinoamérica frente a la parca presencia de "originales" latinoamericanos en España y Europa. Nuestra intervención concluye con una llamada de atención sobre el rol de las plataformas de vídeo bajo demanda en las dinámicas industriales globales y sobre la necesidad de examinar cualitativamente e historiográficamente sus comportamientos como continuidad de prácticas económicas y culturales preexistentes.

Miguel Fernández Labayen es profesor titular del departamento de Comunicación de la Universidad Carlos III de Madrid y miembro del grupo de investigación Tecmerin. Es uno de los dos investigadores principales del proyecto de investigación del proyecto de investigación "Cartografías del Cine de Movilidad en el Atlántico Hispánico" (CSO2017-85290-P), financiado por FEDER y el Ministerio de Ciencia e Innovación del Gobierno de España.

Eva-Rosa FERRAND VERDEJO : "CinemaChile, making Chilean films global" : l'internationalisation du cinéma chilien comme outil de développement de l'industrie cinématographique
L'industrie cinématographique chilienne est encore relativement jeune et, donc, assez précaire. Pour survivre, cette industrie se construit sur une relation de coopération avec des pays qui disposent d'une industrie plus stable. Cette coopération est le résultat d'une politique de soutien aux co-productions internationales, menée tant par l'État que par des institutions privées. Ainsi, CinemaChile œuvre exclusivement à l'internationalisation de toutes les œuvres audiovisuelles produites au Chili. En facilitant la participation des films chiliens aux festivals étrangers et en les rendant attractifs aux marchés étrangers, CinemaChile prétend contribuer au développement de l'industrie nationale et à sa professionnalisation. Dans ce travail nous présenterons CinemaChile, et nous verrons en quelle mesure la coopération internationale est considérée comme une clé pour le développement de l'industrie, tout en montrant les limites d'une telle conception.

Eva-Rosa Ferrand Verdejo est doctorante contractuelle en cotutelle aux universités de CY Cergy-Paris (France) et Warwick (Royaume-Uni). Son travail porte sur la génération de cinéastes chiliens nés pendant la dictature de Pinochet et, plus particulièrement, sur leur relation au trauma collectif qu'a connu le pays de 1973 à 1990 — ce qui implique des questions de production et de distribution. Elle est co-autrice de l'ouvrage Guzmán, El Botón de Nácar, publié aux Éditions Atlande en 2020.

Ana GALLEGO CUIÑAS : La valeur des festivals littéraires au XXIe siècle : le cas du festival "Paris ne finit jamais"
Les festivals littéraires jouent un rôle important dans la construction de la valeur de la littérature latino-américaine au XXIe siècle, bien qu'ils n'aient guère été étudiés dans le domaine de l'hispanisme. Depuis l'impact de la mondialisation et du développement néolibéral sur l'industrie créative, les festivals de littérature se sont non seulement répandus d'un côté et de l'autre de l'Atlantique, mais mènent également un processus de sélection et de légitimation publique de certaines figures, genres, thèmes et l'esthétique qui a un effet sur la conformation du goût et sur le nouvel agenda des valeurs littéraires, au point qu'il a déplacé les instances de médiation hégémonique, traditionnellement associées aux distinctions et académies appartenant à l'État. Avec cet horizon, je présenterai dans cet ouvrage une analyse qualitative (avec des instruments de critique littéraire et de théorie culturelle) et quantitative (avec des techniques sociologiques) du programme du Festival de littérature latino-américaine "Paris ne finit jamais", réalisé en 2020 de manière virtuelle, qui a eu un succès et un impact notables dans le domaine culturel de l'hispanisme.

Ana Gallego Cuiñas est professeure titulaire au Département de littérature espagnole de l'université de Grenade. Docteur et BA en philologie hispanique et BA en anthropologie sociale et culturelle de l'université de Grenade, elle a fait partie du prestigieux programme "Ramón y Cajal" et a été chercheuse invitée à l'université de Californie à Los Angeles, Princeton, Paris-Sorbonne, Université de Buenos Aires et Yale. Elle a donné plusieurs conférences internationales et a été professeure invitée aux États-Unis, en France, en Argentine, au Pérou et en Espagne. Ses publications, parues dans plusieurs magazines internationales, portent sur la littérature dominicaine, le récit contemporain du Rio de la Plata, sur l'écriture autobiographique, sur les études transatlantiques de la littérature, sur le féminisme, sur le marché de l'édition et la relation entre littérature et économie. Ses derniers livres sont: Ricardo Piglia et la littérature mondiale (2019), Les romans argentins du XXIe siècle. Nouveaux modes de production, de diffusion et de réception (2019). Elle est actuellement chercheuse principale du projet LETRAL sur la politique et l'esthétique commune et dissidente, du projet et de la plateforme ECOEDIT (www.ecoedit.org) sur les éditeurs indépendants en langue espagnole et du projet FEMENEDIT sur les éditrices ibéro-américaines au XXIe siècle. Elle est également Vice-Doyenne de la Culture et de la Recherche de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'université de Grenade.

Ana GALLEGO CUIÑAS : El valor de los festivales literarios en el siglo XXI : el caso del festival "Paris ne finit jamais"
Los festivales literarios cumplen un papel sustancial en la construcción del valor de la literatura latinoamericana en el siglo XXI, aunque apenas hayan sido estudiados en el campo del hispanismo. Desde el impacto de la globalización y el desarrollo neoliberal en la industria creativa, los festivales de literatura no solo han ido prodigándose a un lado y otro del Atlántico, sino que están llevando a cabo un proceso de selección y legitimación pública de determinadas figuras, géneros, temáticas y estéticas que tiene efecto en la conformación del gusto y en la nueva agenda de valores literarios ; hasta el punto que ha desplazado a instancias de mediación hegemónicas, tradicionalmente asociadas a premios y academias que pertenecían al Estado. Con este horizonte, expondré en este trabajo un análisis cualitativo (con instrumentos de la crítica literaria y la teoría cultural) y cuantitativo (con técnicas sociológicas) del programa del Festival de Literatura Hispanoamericana "Paris ne finit jamais", realizado en 2020 de forma virtual ; que tuvo un notable éxito e impacto en el campo cultural del hispanismo.

Ana Gallego Cuiñas es Profesora titular en el Departamento de Literatura española de la Universidad de Granada. Doctora y Licenciada en Filología Hispánica y licenciada en Antropología Social y Cultural por la Universidad de Granada, ha sido contratada del prestigioso programa "Ramón y Cajal" e investigadora visitante en la Universidad de California Los Ángeles, Princeton, Paris-Sorbonne, Universidad de Buenos Aires y Yale. Ha dictado múltiples conferencias internacionales y ha sido profesora invitada en EEUU, Francia, Argentina, Perú y España. Sus publicaciones han aparecido en editoriales y revistas de reconocido prestigio internacional sobre temas dominicanos, narrativa rioplatense contemporánea, escritura autobiográfica, estudios transatlánticos de literatura, feminismo, mercado editorial y acerca de la relación entre literatura y economía. Sus últimos libros son : Otros. Ricardo Piglia y la literatura mundial (2019), Las novelas argentinas del siglo 21. Nuevos modos de producción, circulación y recepción (2019). En la actualidad es la Investigadora Principal del Proyecto LETRAL sobre Políticas de lo Común y Estéticas Disidentes, del Proyecto y plataforma ECOEDIT (www.ecoedit.org) sobre editoriales independientes en lengua castellana y del Proyecto FEMENEDIT sobre mujeres editoras iberoamericanas en el siglo XXI. También es Vicedecana de Cultura e Investigación de la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad de Granada.

Magali KABOUS : Lieu commun ? La Havane dans le cinéma distribué en France. Stéréotypes resémantisés pour dessiner une capitale
Nous nous proposons dans cette communication de nous interroger sur l'identification et la réception de stéréotypes dans certaines fictions latino-américaines distribuées en France ces vingt dernières années. La question est évidemment marquée par une forte subjectivité et est très fluctuante selon le pays de production et le pays qui reçoit le film. Les films peuvent véhiculer une vision considérée comme fantasmée ou idéalisée qui enfermerait le pays dans un cliché éculé. À l'inverse, lors de l'exhibition sur le marché international, stratégiquement ou involontairement, certains films proposent au spectateur étranger des éléments de reconnaissance qui facilitent l'adhésion. Cette question implique différents acteurs et réalités : le cinéaste, son contexte de production, les réseaux de distribution, les publics festivaliers ou en salle, les critiques.

Après avoir soutenu à Toulouse 2 le Mirail une thèse de doctorat en "Études sur l'Amérique latine", Magali Kabous a obtenu en 2008 un poste de Maîtresse de Conférences à l'université Lyon 2. Ses recherches portent sur le cinéma latino-américain, en particulier le cinéma indépendant cubain et les relations entre artistes et institutions. Elle collabore avec différents festivals et salles de cinéma en France et à l'étranger.
Derniers articles publiés ou interventions
"El otro festival – La Muestra joven en La Habana (2000-2020?)", Coloquio internacional de Cine iberoamericano contemporáneo, Cartagena de Indias, 2020.
"Nicanor O'Donnell, révélateur cinématographique des travers de la société cubaine", Dossier Humour et politique, Atlante. Revue d'Études Romanes, n°13, 2020, p. 330-349.
"¿Cómo entender el sistema de financiación del cine cubano y no morir en el intento?", Archivos de la filmoteca, "América Latina/España/Europa. Ayudas institucionales y coproducción cinematográfica desde 1990", Valencia, abril 2019, n°76, pp. 111-123.
Dernier ouvrage publié
Avec I. Del Valle Dávila et E.-R. Ferrand Verdejo, Guzmán. El botón de nácar, Atlande, 2020.

Gabriela LÁZARO : Réception et traduction de la poésie concrète brésilienne en France : poésie inédite ou absorbée par les courants littéraires de l'époque ?
La poésie concrète en France a souvent été présentée comme une manifestation nouvelle dans le sillage des révolutions poétiques d'avant-garde telles que le lettrisme ou la poésie sonore. En même temps, elle a aussi été absorbée par des courants tels que le structuralisme ou le pop art. Dans cette communication, nous réfléchirons sur la circulation et la réception critique du groupe brésilien Noigandres (1953) en France : comment cette poésie "supranationale" a-t-elle été adaptée aux différentes lignes éditoriales françaises ? Comment la critique a-t-elle perçu l'évolution progressive de la poésie concrète vers le numérique ? Nous nous appuierons sur les premières contributions du groupe dans les magazines littéraires français entre les années 1960 et la fin des années 1980.

Gabriela Lázaro, doctorante en Études Hispaniques à CY Cergy Paris Université sous la direction de Gustavo Guerrero, fait également partie du projet The Online Critical Compendium of Lyric Poetry (Programme Sinergia Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique). Sa thèse vise à étudier le lyrisme et l'intermédialité dans la poésie latino-américaine contemporaine.

Maria LUNA-RASSA : Sud à la demande : Explorations décoloniales et nouvelles circulations dans le cinéma colombien
La professionnalisation de collectifs de cinéma issus des communautés indigènes en Colombie s'ouvre tout autant sur une perspective décoloniale que sur un examen de la nécessaire négociation avec les mécanismes digitaux de circulation de contenus en ligne. Cette communication explore l'espace qu'occupe la distribution dans le cinéma réalisé par des collectifs et des communautés dans le champ des mobilités transnationales dans lequel naît et se développe ce que l'on appelle le "nouveau cinéma colombien". Dans le contexte d'un cinéma marginal cosmopolite dans lequel la co-production européenne et la projection dans des festivals internationaux ont été un acteur central sur les scènes du sud global, les pratiques de circulation du cinéma indigène permettent d'évaluer de façon critique les exclusions de ce système et la nécessité de considérer d'autres configurations de mobilité audio-visuelle.

Maria LUNA-RASSA : Sur on Demand : Exploraciones decoloniales y nuevas circulaciones en el cine colombiano
La profesionalización de colectivos de cine de comunidades indígenas en Colombia se abre tanto a una perspectiva decolonial como a un examen de la necesaria negociación con los mecanismos digitales de circulación de contenido online. Esta presentación explora el lugar que ocupa la distribución en el cine realizado por colectivos y comunidades dentro del campo de movilidades transnacionales en el que surge y se desarrolla el llamado "nuevo cine colombiano". En el contexto de un cine de márgenes cosmopolitas en el que la co-producción europea y la exhibición en festivales internacionales han sido un actor central entre los escenarios del sur global, las prácticas de circulación del cine indígena permiten evaluar de forma crítica las exclusiones de este sistema y la necesidad de contemplar otras configuraciones de movilidad audiovisual.

Maria Luna. Profesora asociada de TecnoCampus y UOC (Universitat Oberta de Catalunya). Es investigadora del grupo Narrativas de la Resistencia, miembro de ALADOS (Corporación colombiana de documentalistas) y co-editora junto a Pablo Mora y Daniela Samper del libro Territorio y memoria sin fronteras, nuevas estrategias para pensar lo real.

Manuel MACERA FUMIS : Julio Cortázar en France : traduction et édition de son conte Casa tomada
Le célèbre conte Casa tomada (1946) de Julio Cortázar a été traduit en France par sa traductrice habituelle, Laure Bataillon, et publié chez Gallimard en 1968 sous le titre de Maison occupée. Mais cette traduction française de ce récit n'a pas été la première : dans les années 1950, le traducteur amateur Jean Barnabé avait déjà traduit pour la première fois ce texte. Or, sa traduction est restée inédite suite au refus de l'éditeur Roger Caillois. Nous allons reconstituer, dans un premier temps, cette collaboration frustrée entre Cortázar et Barnabé et tenter d'analyser ensuite les stratégies éditoriales en vertu desquelles l'une des traductions a été acceptée et l'autre refusée. Nous nous intéresserons ici à la façon dont Caillois essaie de faire rentrer Cortázar dans le marché littéraire français, comme il était en train de le faire, à l'époque, avec Borges. Cela nous permettra de réfléchir aux limites de la compréhension entre l'Amérique latine et la France. Et, dans un dernier temps, nous allons faire une lecture comparative des deux traductions qui aura pour objectif de retracer l'idéologie qu'elles véhiculent.

Manuel Macera Fumis est doctorant en études hispanophones à l'ED AHSS au sein de CY Cergy Paris Université depuis octobre 2020, sous la direction de Gustavo Guerrero et en co-direction avec Julio Premat (Université Paris 8). Le titre provisoire de sa thèse est "Julio Cortázar en France. Construction d'image d'auteur, traduction, réception et édition de son œuvre entre 1951 et 1984". Ses axes de recherche sont : littérature argentine, traductologie, édition, études de réception, image d'auteur, rapports Amérique latine-France.

Manuel MACERA FUMIS : Traduciendo los cuentos de Cortázar en Francia
El famoso cuento Casa tomada (1946) de Julio Cortázar fue traducido en Francia por su traductora fetiche, Laure Bataillon, y publicado en la editorial Gallimard en 1968 con el título de Maison occupée. Pero ésta no fue la primera traducción al francés de este relato : en los años 50 el traductor amateur Jean Barnabé tradujo por primera vez este texto, aunque su traducción nunca fue publicada por la negativa del editor Roger Caillois. En un primer momento reconstituiremos esta colaboración frustrada entre Cortázar y Barnabé y a continuación analizaremos las estrategias editoriales por las cuales se tomó la decisión de aceptar una traducción y rechazar la otra. En este apartado nos centraremos en la forma en la que Caillois intenta que Cortázar integre el mercado literario francés, como estaba haciendo, en esa época, con Borges. Esto nos permitirá reflexionar sobre los límites de la comprensión entre América Latina y Francia. Y, por último, procederemos a hacer una lectura comparativa de las dos traducciones con el objetivo de indagar en la ideología que vehiculan.

Sophia McCLENNEN : L'économie de la diversité culturelle : analyse du rôle de la France dans la distribution du cinéma latino-américain
La diversité culturelle a longtemps été utilisée comme un argument pour contrer une tendance à concevoir les films comme de simples marchandises. Depuis le plaidoyer français en faveur d'une exception culturelle, au moment des accords du GATT de 1993, le cinéma a été enfermé dans un paradigme binaire entre bien culturel et bien de consommation. Ces concepts se sont affermis dans la Convention de l'UNESCO portant sur la Protection et la Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles (2005). Cette communication soutient cependant que le dilemme entre marchandise et bien culturel, en répondant à une finalité politique, ne résiste pas à un examen minutieux des politiques cinématographiques qui, de façon ostensible, sont animées du désir de protéger la culture mais qui, souvent, dans le même temps, sont conçues pour protéger des marchés de produits cinématographiques. En analysant des exemples du rôle que la France a joué dans la distribution du cinéma latino-américain, cette communication suggère que nous avons besoin d'un cadre plus nuancé pour comprendre les marchés du cinéma à l'ère de la globalisation.

Sophia McCLENNEN : The Economics of Cultural Diversity : Analyzing the Role of France in Distributing Latin American Cinema
Cultural diversity of cinema has long been held out as a counter to understanding films as simply commodities. Ever since the French arguments for a cultural exception during the GATT agreements of 1993, cinema has been understood in a binary paradigm divided between culture and commodity. These concepts held steady in the 2005 UNESCO Convention on the Protection and Promotion of the Diversity of Cultural Expressions (2005). This paper argues, however, that the binary between commodity and culture, while serving a political end, does not hold up to scrutiny since film policies that ostensibly derive from a desire to protect culture are often, also designed to protect markets for cinematic commodities. Analyzing examples of the role that France has played in distributing Latn american cinema, this paper suggests that we need a more nuanced framework for understanding the cinema markets in the global era.

Marina MOGUILLANSKY : Les coproductions entre la France et l'Amérique Latine
Dans cette communication, j'analyserai l'évolution des coproductions entre France et pays d'Amérique Latine dans la période qui va de 1995 à 2015, deux décennies marquées par l'augmentation de la coopération et du développement des coproductions entre les pays d'Amérique Latine, avec une participation remarquable de l'État français. En premier lieu, j'analyserai l'évolution dans le temps de l'association entre la France et l'Amérique Latine, afin de montrer l'accroissement des coproductions et la consolidation de certaines associations privilégiées entre les professionnels du cinéma des deux continents ; ensuite, j'identifierai les pays d'Amérique Latine qui se sont associés le plus fréquemment avec la France pour coproduire ; enfin, je présenterai un panorama des principales thématiques et esthétiques, parmi une sélection de coproductions, en choisissant celles qui ont eu la plus grande circulation ou un fort impact critique ou encore qui ont été primées. Cette analyse nous permettra une approche des coproductions franco-latino-américaines, une meilleure caractérisation des sources de financement utilisées et un premier bilan des films ainsi réalisés.

Marina MOGUILLANSKY : Las coproducciones entre Francia y países latinoamericanos
En esta presentación analizaré la evolución de las coproducciones entre Francia y países latinoamericanos en el período que va desde 1995 hasta 2015, abarcando dos décadas signadas por el aumento de la cooperación y del fomento de las coproducciones entre países latinoamericanos, con una participación destacada del Estado francés. En primer lugar, analizaré la evolución en el tiempo de la asociación franco-latinoamericana, a los fines de mostrar el incremento de las coproducciones y la consolidación de ciertas asociaciones preferenciales entre profesionales del campo cinematográfico de ambos países ; en segundo lugar, identificaré a los países de América Latina que se asociaron con más frecuencia con Francia para coproducir ; por último, presentaré un panorama de las principales temáticas y estéticas de una selección de las coproducciones, eligiendo las que tuvieron una mayor circulación, impacto crítico o premiaciones. Este análisis nos permitirá un acercamiento a las coproducciones franco-latinoamericanas, una mejor caracterización de las fuentes de financiamiento utilizadas y un primer balance de los films así realizados.

Gesine MÜLLER : Historias transnacionales del libro y el debate sobre la literatura mundial : literaturas caribeñas en Francia y Alemania
Les débats en sciences de la culture sur le concept de littérature mondiale (Weltliteratur), qui ont connu un regain d'intensité ces vingt dernières années, sont étroitement liés aux questions transnationales des échanges dans un monde polycentrique. J'esquisserai brièvement cette problématique avant de m'arrêter plus longuement sur les nouvelles perspectives dans la distribution et la réception des littératures caribéennes en France et en Allemagne. L'enjeu est en particulier de mettre en parallèle le champ de tension conceptuel fécond des différents concepts de littérature mondiale avec les mécanismes de sélection pratiqués par les grandes maisons d'édition internationales.

Gesine Müller est professeure de philologie romane à l'université de Cologne ; elle dirige un groupe de recherche dans le cadre du ERC Consolidator Grant ("Reading Global"). Ses activités de recherches portent sur les littératures latino-américaines et caribéennes, le romantisme en France, les processus du transfert.
Publication récente
Wie wird Weltliteratur gemacht ? Globale Zirkulationen lateinamerikanischer Literaturen, De Gruyter, 2020.

Florence OLIVIER : Étonnants Latino-américains : Bolaño, Volpi, Bellatin, en VF pour la littérature comparée
Illustrant des tendances de la littérature de l'extrême contemporain à travers les stratégies et les enjeux de leurs poétiques romanesques, Bolaño, Volpi, Bellatin et Mallard les saisissent ou les produisent à l'échelle de la littérature dite "mondiale" depuis l'aire culturelle hispanique et plus précisément latino-américaine. Comment certaines de leurs œuvres, qui créent des fictions d'auteurs japonais, français, allemand, autrichien, ou qui mettent en fable l'asymétrie des transferts culturels entre penseurs français et intellectuels mexicains, interrogent-elles par ces choix fictionnels la notion de diversité culturelle latino-américaine tout autant que le crypto-eurocentrisme de la littérature "mondiale"? De telles entreprises fictionnelles abordent ces questions de biais, ou élaborent à leur propos de la critique et de la théorie littéraires amusantes. Écrites en espagnol mais postulant l'usage d'autres langues dans leurs univers fictionnels, lues en version française à l'échelle de la littérature "mondiale" dans le domaine de la Littérature Comparée, elles demeurent, malgré ou grâce à ces "défamiliarisations", exemplaires de cette position latino-américaine à l'égard de la tradition dont Borges indiquait naguère le Sud aux écrivains argentins.

Florence Olivier enseigne la Littérature Comparée à l'université Sorbonne Nouvelle. Spécialiste en littérature latino-américaine et traductrice, elle est l'auteur de Carlos Fuentes ou l'imagination de l'autre, Aden, Londres, (2009) et de Sous le roman, la poésie. Le défi de Roberto Bolaño, Hermann (2016). Elle a codirigé avec Françoise Moulin-Civil et Teresa Orecchia-Havas La littérature latino-américaine au seuil du XXIe siècle. Un parnasse éclaté, Aden, Londres, 2012, volume issu d'un colloque de Cerisy. Elle codirige la revue América-Cahiers du Criccal publiée par les Presses de la Sorbonne Nouvelle.

Gloria PINEDA-MONCADA : Coproduction et décollage de l'industrie cinématographique colombienne. Le rôle joué par la France dans la consolidation, en Colombie, d'un modèle de production cinématographique promouvant la diversité culturelle : le cinéma d'auteur
Le cinéma d'auteur — né en France dans les années 1950 avec la politique des auteurs — a pris au fur et à mesure de l'ampleur en Colombie à tel point qu'il est devenu le type de cinéma qui a le plus développé l'industrie nationale dans ces dernières décennies. Dans ce contexte, la France est devenue le coproducteur par excellence de toute une nouvelle génération de réalisateurs colombiens intéressée par la production d'un cinéma artistique et divers. Dans cette communication nous nous intéressons donc au rôle joué par l'Hexagone dans le décollage de l'industrie cinématographique colombienne entre les années 1998 et 2012. S'agit-il d'un processus émergeant d'"hégémonie culturelle" dans lequel, sous une optique universaliste, la France établit des alliances avec d'autres pays, dont la Colombie, pour préserver la diversité culturelle face aux logiques de la mondialisation et à la suprématie commerciale de Hollywood? Pour répondre à cette question, nous proposons d'analyser le discours des institutions et des acteurs sociaux qui ont participé au développement de l'industrie cinématographique colombienne et à la configuration des politiques culturelles en France et en Colombie centrées sur la diversité culturelle.

Gloria Pineda-Moncada est doctorante en sciences de l'information et de la communication à l'université Toulouse III - Paul Sabatier au sein du laboratoire LERASS et titulaire d'un Master en Études cinématographiques de l'université Paris Diderot - Paris 7. Depuis 2015, ses travaux, et notamment sa thèse, portent sur la coproduction cinématographique entre la France et la Colombie et les relations de pouvoir que sous-entend cette pratique. Auteure de l'ouvrage Cinéma politique colombien : les formes de représentation d'une idéologie de dissidence (1966-1976) ainsi que d'autres articles scientifiques concernant le cinéma d'auteur colombien contemporain.

Amanda RUEDA : Cinémas transnationaux d'Amérique latine : entre rapports asymétriques et tentatives discursives décoloniales
La fiction cinématographique contemporaine en Amérique latine interroge fortement les processus de création à l'œuvre dans le circuit festivalier international et qui sont associés à l'émergence d'une territorialité transnationale. Les dynamiques de production et de circulation de ces films dessinent une situation interculturelle complexe traversée par le principe de défense de la diversité culturelle, prégnant aussi bien dans le discours des responsables des festivals que dans celui des institutions publiques et des producteurs. À partir de la notion de cosmopolitique proposée par Ulrick Beck, nous tentons d'appréhender la complexité d'une expérience de l'entre-deux des cinéastes en termes de la promotion de leurs ressources dans le cadre d'une opération qui pourrait être qualifiée de "décoloniale".

Amanda Rueda est MCF en Sciences de l'information et de la communication à l'université Toulouse 2 Jean Jaurès.
Derniéres publications
L'Amérique latine en France. Festivals de cinéma et territoires imaginaires, PUM, 2018.
"Plataformas profesionales de festivales. Nuevas condiciones de la internationalización de los cines de América Latina", Archivos de la filmoteca, n°77, octobre 2019, p. 71-91.
"Festival et marché : le rôle du festival Cinélatino de Toulouse dans l'industrie du "cinéma d'auteur"", Entrelacs [En ligne], 2018.

Ignacio SÁNCHEZ PRADO : Les limites du transnationalisme. Le cinéma mexicain et la division du travail cinématographique
Le transnationalisme a émergé de facto comme un modèle de production et de circulation qui décentre les cinémas latinoaméricains de leur propre territorialité, favorisant ainsi des structures globales de production et circulation. Cette communication questionne les conséquences esthétiques et culturelles de ce phénomène sur les cinémas nationaux. Malgré l'évidente qualité du cinéma transnational contemporain, un grand nombre de ces modèles impliquent le prélèvement de ressources culturelles, techniques et économiques des productions cinématographiques nationales fortement financées par de l'argent public au bénéfice d'organismes transnationaux. Ma réflexion s’appuiera en particulier sur le cinéma mexicain contemporain.

Ignacio SÁNCHEZ PRADO : Los límites del transnacionalismo. El cine mexicano y la división del trabajo cinematográfico
El transnacionalismo ha emergido de facto como un modelo de producción y circulación que descentra a los cines latinoamericanos de su territorialización latinoamericana, permitiendo estructuras globales de producción y circulación. Esta ponencia plantea una reflexión sobre las consecuencias estéticas y culturales sobre los cines nacionales. A pesar de la indudable calidad del cine transnacional contemporáneo, muchos de estos modelos implican la extracción de recursos culturales, técnicos y económicos de cinematografías nacionales fuertemente financiadas con dinero público para el beneficio de corporaciones transnacionales. La ponencia utilizará en particular al cine mejicano contemporáneo para esta reflexión.

Christilla VASSEROT : Dramaturgies nomades
Le théâtre n'a pas attendu la pandémie et la fermeture des salles de spectacle pour s'approprier des espaces de jeu non conventionnels. Après s'être émancipées du texte, du moins partiellement, certaines dramaturgies contemporaines sont également parties en quête de nouvelles scènes. Ce théâtre se loge désormais ailleurs que dans le livre, la salle de théâtre, la rue, etc. et l'on voit se développer des écritures en transformation, en fonction des lieux et des conditions de représentation, des festivals, des programmations, mais aussi des nouveaux modes de diffusion (les réseaux sociaux, par exemple). Ces textes qui évoluent au fil de leur circulation interrogent également l'acte même de traduire.

Christilla Vasserot est maître de conférences à l'université Sorbonne Nouvelle. Elle a consacré une grande partie de ses recherches au théâtre latino-américain contemporain. Elle traduit du théâtre, des romans et des bandes dessinées, d'auteurs espagnols et latino-américains. Elle a codirigé avec Denise Laroutis l'anthologie Nouvelles écritures théâtrales d'Amérique latine. 30 auteurs sur un plateau, Éditions Théâtrales, Série "Les Cahiers de la Maison Antoine Vitez", 2012 (présentation).

Ana VIÑUELA : Les exportateurs français, acteurs de la globalisation du cinéma d'Amérique Latine
Les vendeurs internationaux constituent une catégorie d'intermédiaires culturels peu étudiée, malgré leur rôle clé dans le processus d'internationalisation d'auteurs et de cinématographies nationales d'Amérique Latine. Dans cette communication je m'attacherai à analyser les logiques professionnelles qui structurent l'activité des exportateurs français dont les catalogues incluent des œuvres de cinéastes étrangers, et les stratégies de ces acteurs pour transformer le capital symbolique d'un film, généré principalement autour des festivals, en bien marchand soumis aux règles du marché. J'examinerai ensuite la transformation du modèle économique de l'exportation du cinéma indépendant qui a favorisé la diversité culturelle dans l'industrie cinématographique. Ce modèle, basé sur la vente de droits à des distributeurs dans de multiples territoires, est aujourd'hui ébranlé par le rétrécissement du marché de la salle et le déplacement de la consommation vers les plateformes numériques, introduisant de nouveaux questionnements et enjeux concernant la diversité et la visibilité du cinéma d'auteur latino-américain dans le contexte de la globalisation.

Ana Viñuela est maitresse de conférences en économie du cinéma et de l'audiovisuel à l'université Sorbonne Nouvelle, et membre de l'Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel (IRCAV). Ses recherches portent sur la coproduction et la circulation internationale du cinéma d'auteur, les transformations des industries et des marchés audiovisuels et les politiques publiques qui régulent ces secteurs. En 2007, elle a participé à la création de l'École supérieure de l'audiovisuel de l'INA (Institut national de l'audiovisuel), dont elle a été directrice des études jusqu'en 2012. Auparavant, elle a été responsable des projets d'un fonds d'investissement dans l'industrie audiovisuelle et a dirigé plusieurs initiatives de formation de professionnels du cinéma et de la télévision dans le cadre du programme MEDIA de l'Union européenne.

Ana VIÑUELA : Los exportadores franceses, actores de la globalización del cine de América Latina
Los vendedores internacionales constituyen una categoría de intermediarios culturales poco estudiada, cuya contribución es sin embargo clave para entender el proceso de internacionalización de autores y de cinematografías nacionales de América Latina. En esta comunicación analizaré las lógicas profesionales que estructuran la actividad de los exportadores franceses cuyos catálogos incluyen obras de cineastas extranjeros y las estrategias de estos actores para convertir el capital simbólico de una película, que se genera principalmente en torno a los festivales, en un bien comercial sujeto a las leyes del mercado. A continuación, examinaré la transformación del modelo económico de la exportación de cine independiente que ha favorecido la diversidad cultural en la industria cinematográfica. Este modelo, basado en la venta de derechos a distribuidores en múltiples territorios, se ve alterado en la actualidad por la contracción del mercado de la distribución en las salas y el desplazamiento del consumo hacia las plataformas digitales, lo cual genera nuevos interrogantes y desafíos en relación a la diversidad y la visibilidad del cine de autor latinoamericano en el contexto de la globalización.

Ana Viñuela es profesora titular de economía del cine y del audiovisual en la Universidad Sorbonne Nouvelle y miembro del IRCAV (Institut de Recherche sur le cinéma et l'audiovisuel). Su actividad investigadora se centra actualmente en la coproducción y la circulación internacional de cine de autor, las transformaciones de las industrias y los mercados audiovisuales y las políticas publicas que regulan estos ámbitos. En 2007 participó en la creación de la Escuela superior del audiovisual del INA (Institut national de l'audiovisuel), de la que fue directora de estudios hasta 2012. Con anterioridad, ha sido responsable de proyectos de un fondo europeo de inversiones en la industria audiovisual y ha dirigido diversas iniciativas de formación de profesionales del cine y la televisión dentro del programa MEDIA de la Unión Europea.


Littérature et cinéma : chemins de traverse entre la France et l'Amérique Latine, table ronde avec Nancy BERTHIER, María LYNCH, Carmen PINILLA et Gustavo RONDÓN
Cette table ronde a pour objectif de proposer une réflexion sur les relations entre la France et l'Amérique latine du point de vue de la diversité culturelle et de ses acteurs, en interrogeant en particulier les dynamiques d'échanges, mais aussi de négociations et de tensions que de telles circulations, parfois perçues comme asymétriques, peuvent engendrer.
Il s'agira ici d'évoquer les modalités de production et de circulation transatlantiques des œuvres, par le biais de récits d'expériences vivantes de professionnels du cinéma et de la littérature, les ouvertures qu'elles rendent possibles, mais aussi leurs effets d'éviction.


Livres, traductions, traducteurs : expériences vécues, table ronde avec Stéphanie DECANTE, Florence OLIVIER, Michel RIAUDEL et Christilla VASSEROT
L'objectif de cette table ronde est de confronter plusieurs expériences de traductrices et traducteurs de littérature latino-américaine : la façon dont ils/elles travaillent, s'approprient le texte à traduire, les techniques auxquelles ils/elles recourent, la manière dont ils/elles résolvent les dilemmes entre contrainte et liberté, entre fidélité et invention…
Au-delà des enjeux propres à la traductologie, il sera intéressant, puisque seront présents au colloque un certain nombre de représentants du monde de l'édition, d'aborder également des enjeux plus larges : les questions non anodines de circulation, de médiation, de diffusion et de réception des œuvres, entendues comme outils d'interculturalité.


Médiations et médiateurs littéraires entre la France et l'Amérique Latine, table ronde avec Dana BURLAC, Leonora DJAMENT, Jorge FORNET et Diego LORENZO
L'objectif de cette table ronde est de confronter les expériences de deux éditrices, d'un critique littéraire et organisateur d'un prix international et du responsable du programme argentin d'aide à la traduction. Ils échangeront sur les processus de choix, de circulation et de réception des œuvres latino-américaines en France et des œuvres d'expression française en Amérique latine. Comment choisit-on les livres argentins dont le programme SUR finance la traduction en France ? Quels sont les mécanismes qui rendent possible la traduction en espagnol des œuvres françaises en Argentine ? Quel est le regard d'un critique littéraire sur les prix destinés à la promotion des littératures franco-caribéennes à Cuba ? Comment les livres latino-américains sont-ils lus et évalués en France aujourd'hui ? Voici quelques questions auxquelles cette table ronde essaiera d'apporter une ou plusieurs réponses.

Jorge FORNET
Jorge Fornet est Docteur en littérature hispanique, il a occupé la chaire Miguel de Unamuno à l'université de Salamanque et a été professeur invité dans des universités au Mexique, au Chili, en France, en Italie et aux États-Unis. Il dirige le Prix littéraire Casa de las Américas à La Havane, ainsi que le magazine et le Centre de Recherche Littéraire de cette institution. Il est l'auteur d'une dizaine de livres sur la littérature et l'histoire intellectuelle en Amérique latine et est membre de l'Académie Cubaine de la Langue.

Jorge Fornet. Se licenció en Letras por la Universidad de La Habana y realizó la maestría y el doctorado en Literatura Hispánica en El Colegio de México. Dirige en La Habana el Centro de Investigaciones Literarias de la Casa de las Américas y la revista Casa de las Américas. Es miembro de número de la Academia Cubana de la Lengua. Obtuvo una beca de investigación del Latin American Studies Center de la Universidad de Maryland, y ocupó la Cátedra Miguel de Unamuno de la Universidad de Salamanca. Ha sido profesor visitante en universidades de México, Chile, Francia, Italia y los Estados Unidos. Es autor de una decena de libros entre los que se encuentran El escritor y la tradición ; en torno a la poética de Ricardo Piglia (2005), ¿Para qué sirven los jarrones del Palacio de Invierno? (2006), Los nuevos paradigmas. Prólogo narrativo al siglo XXI (2006, Premio Alejo Carpentier de ensayo y Premio de la Crítica), El 71 : anatomía de una crisis (2013, Premio de la Crítica) y Salvar el fuego. Notas sobre la nueva narrativa latinoamericana (2016).


BIBLIOGRAPHIE :

• Françoise Benhamou, Les Dérèglements de l'exception culturelle, 2006.
• Richard E. Caves, Creative Industries : Contracts between Art and Commerce, 2002.
• Stephanie Dennison, Remapping World Cinema, 2006.
• Jean-Michel Djian, Politique culturelle : la fin d'un mythe, 2005.
• Nataša Durovicová & Kathleen E. Newman, World Cinemas. Transnational Perspectives, 2010.
• Thomas Elseasser, European Cinema. Face to Face with Hollywood, 2005.
• Joëlle Farchy, La Fin de l'exception culturelle, 1999.
• Xavier Greffe, La Création de la diversité au miroir des industries culturelles, 2006.
• Stefan Helgesson & Pieter Vermeulen, Institutions of World Literature : Writing, Translation, Markets, 2016.
• William Marling, Gatekeepers, the emergence of World Literature, 2016.
• Gesine Mueller, Jorge Locane & Benjamin Loy, Mapping World Literature : Writing, Book Markets and Epistemologies between Latin America and the Global South, 2018.
• Lucia Nagib & Chris Perriam, Theorizing World Cinema, 2012.
• Serge Regourd, L'Exception culturelle, 2002.
• Miriam Ross, South American Cinematic Culture. Policy, Production, Distribution and Exhibition, 2010.
• Deborah Shaw, Contemporary Latin American Cinema. Breaking into the Global Market, 2007.


SOUTIENS :

• Institut universitaire de France (IUF)
Institut des Amériques
CY Initiative [CY Cergy Paris Université]
• UMR 9022 - HÉRITAGES. Culture(s), Patrimoine(s), Création(s) [CY Cergy Paris Université]

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

Ce colloque ouvrira la saison 2021 de Cerisy. Toutes les précautions seront prises pour assurer sur place, dans un esprit de responsabilité mutuelle, la sécurité sanitaire (voir charte sanitaire adaptée à la situation 2021).

Comme nous l'avions annoncé à certains d'entre vous, Cerisy met en œuvre une innovation significative en accueillant contributeurs et auditeurs, tant en présentiel qu'en visioconférence. Cette formule hybride vise à conserver les qualités d'échange, de création collective de savoir et, bien sûr, de convivialité qui font la marque de Cerisy. Par conséquent, tous les membres de l'Association des Amis de Pontigny-Cerisy (à jour de leur cotisation 2021) peuvent s'inscrire pour assister en distanciel à l'ensemble des communications, débats et tables rondes. Grâce à notre partenaire Créalis-Média, il vous sera donc possible d'interagir avec les intervenants et les personnes présentes à Cerisy. Nous espérons que ce dispositif permettra d'élargir l'audience de notre colloque tout en expérimentant de nouveaux modes d'échanges prometteurs. Si vous optez pour cette solution, merci de bien vouloir compléter et envoyer au plus vite le bulletin d'inscription (figurant en bas de cette page) afin de régulariser votre cotisation à l'Association (si vous n'êtes pas à jour) et en sélectionnant la mention "Participation en distanciel". Une fois votre inscription validée, nous vous ferons parvenir le lien ZOOM de connexion au colloque.

Nous nous réjouissons de vous retrouver à Cerisy !

La direction du CCIC et du colloque


IMAGINAIRES ET PRATIQUES DE L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE


DU VENDREDI 28 MAI (19 H) AU VENDREDI 4 JUIN (14 H) 2021



DIRECTION :

Aurélien ACQUIER, Franck AGGERI, Valentina CARBONE, Éric LESUEUR et Olivier LECOINTE

Colloque organisé à l'initiative du Cercle des partenaires


ARGUMENT :

En quelques années à peine, l'économie circulaire s'est imposée dans le débat public comme la promesse d'un modèle de croissance plus sobre et compatible avec les enjeux d'une transition écologique. La vulgate actuelle oppose l'économie circulaire, fondée sur des stratégies de bouclage des flux de matière et d'énergie, à l'économie linéaire fondée sur l'exploitation sans limites de ressources naturelles et la mise en décharge des déchets issus de notre consommation effrénée.

Ce colloque se propose de mettre en discussion le cadrage dominant de l'économie circulaire, de contraster les différents imaginaires véhiculés par la notion et de discuter les pratiques et expérimentations collectives qui se déploient dans tous les continents. À cette fin, une variété de perspectives (historique, philosophique, géopolitique, sociologique, gestionnaire, économique, écologique, juridique, prospective) seront mobilisées pour éclairer les débats contemporains. À partir d'une analyse historique des pratiques et des concepts, seront examinés les enjeux et pratiques contemporains de l'économie circulaire : enjeux de régulation, démarches territoriales faisant émerger de nouveaux communs ; rapports à la technologie et à l'innovation, y compris à travers la fabrication de nouveaux imaginaires ; modèles et pratiques sectorielles. Parallèlement, on réfléchira aussi à ce qui s'invente sur le terrain et aux nouvelles conceptions de l'économie circulaire. Enfin, on se demandera si cette démarche peut constituer un modèle de résilience en temps de crise et au-delà.

Les communications et tables rondes suivies d'amples débats, mais aussi les visites en Normandie, permettront de confronter les points de vue de chercheurs, d'artistes, de responsables d'entreprises, d'élus de collectivités territoriales, d'associations citoyennes et de doctorants, sur les imaginaires et les pratiques de l'économie circulaire.


MOTS-CLÉS :

Alimentation, Climat, Communs, Coopérations, Cycle de vie, Habitat, Innovation technologique, Justice, Méditation, Nature, Numérique, Performance, Régulation, Résilience, Ressources, Sobriété, Solidarités, Territoires, Transition écologique, Urbanisme


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 28 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 29 mai
MISE EN CONTEXTE
Matin
Aurélien ACQUIER, Franck AGGERI, Valentina CARBONE & Éric LESUEUR : Introduction
Franck AGGERI : Problématisation de l'économie circulaire
Sabine BARLES : Économie circulaire, une perspective historique

Après-midi
L'économie circulaire entre performance et sobriété — racines des concepts, pratiques, futurs possibles, table ronde avec Christian BRODHAG [visioconférence], Christian DU TERTRE et Suren ERKMAN [visioconférence]

Christophe ABRASSART [visioconférence] & Géraldine HATCHUEL : Le design d'expérience pour faire converger les imaginaires et mener à l'action collective


Dimanche 30 mai
RESSOURCES, PLANÈTE, ENVIRONNEMENT
Matin
Aurélien ACQUIER : Économie circulaire et obsolescence programmée… des concepts du management environnemental

Géopolitique de la ressource, dialogue [visioconférence] entre Philippe CHALMIN et Guillaume PITRON

Après-midi
"La Fresque Climat", atelier animé par Aurélien ACQUIER et Valentina CARBONE

Présentation des publications de Cerisy


Lundi 31 mai
RESSOURCES, USAGES ESSENTIELS
Matin
Bertrand VALIORGUE : Du champ à l'assiette : nouveaux modèles de la filière agro-alimentaire [visioconférence]

Du champ à l'assiette : nouveaux modèles de la filière agro-alimentaire, table ronde animée par Bertrand VALIORGUE [visioconférence], avec Steven BECKERS [Agriculture urbaine, ville productive et économie circulaire], Anne TROMBINI (Association "Pour une agriculture du vivant") [visioconférence] et Jacques MÉRY (Ingénieur de recherche à l'INRAE) [visioconférence]

Après-midi
Alain GRANDJEAN : L'économie circulaire au service de la transition énergétique [visioconférence]

Habitat et urbanisme : aménagement et valorisation des ressources, table ronde avec Vincent AUREZ, Franck FAUCHEUX et Joël NTSONDÉ [Le rôle de l'utopie dans la dynamique territoriale de l'économie circulaire en Ile-de-France]


Mardi 1er juin
TERRITOIRES, RESSOURCES ET SOLIDARITÉS
Matin
Territoires et communs, dialogue entre Hervé DEFALVARD (Commun intégral et translocal de territoires : un concept pour penser la transition) et Cécile RENOUARD (Entreprise, territoire et biens communs : former pour transformer. L'expérience du Campus de la Transition)

L'économie circulaire comme levier de développement territorial, table ronde animée par Isabelle LAUDIER (Institut CDC pour la Recherche), avec Hubert DEJEAN DE LA BÂTIE (Région Normandie), Anne HÉBERT et Charles-Benoît HEIDSIECK (Le Rameau)

Après-midi
"HORS LES MURS"
Visites et rencontres d'associations et d'entreprises locales engagées dans l'économie circulaire : Haiecobois Saint Martin de Bonfossé / PEP 50 autonomie (anciennement ECORESO) Gourfaleur / PAPECO Orval sur Sienne / AFERE Coutances [présentation]


Mercredi 2 juin
Matin
NATURE ET JUSTICE
Alexandre LEMILLE : L'Afrique, vers un nouveau modèle circulaire humain et symbiotique ?
Judith ROCHFELD : L'apport des procès climatiques à l'appréhension des "ressources" naturelles comme des "biens communs"

Après-midi
La responsabilité élargie du producteur face aux déchets : principes et gouvernance, table ronde animée par Helen MICHEAUX, avec Jean-Paul RAILLARD (Fédération Envie & Association Green Friday) [visioconférence] et Lætitia VASSEUR (Co-fondatrice HOP)

ÉCONOMIE NUMÉRIQUE & APPROCHES INTERNATIONALES
Quelle économie numérique pour l'économie circulaire ?, table ronde animée par Aurélien ACQUIER, avec Sylvain BAUDOIN (The Shift Project) et Matthieu HUG (Tilkal)

Soirée
Projection du film OKJA, suivie d'une analyse et d'un débat menés par Aurélien ACQUIER


Jeudi 3 juin
ENTREPRISES, MARCHES, TECHNOLOGIES
Matin
Entreprises, nouveaux modes de coopération pour l'économie circulaire, table ronde animée par Aurélien ACQUIER & Valentina CARBONE, avec Fannie DERENCHY (Groupe La Poste) [Les relations entre acteurs de la logistique de l'économie circulaire, illustration avec La Poste et sa filiale Recygo] et Nathalie JAROSZ (RATP) [Les Deux Rives. Le récit d'un quartier circulaire] [visioconférence]

Alexandre RAMBAUD : Comptabilité triple capital — enjeux techniques, territoriaux, normatifs et philosophiques

Après-midi
L'innovation technologique au service de l'économie circulaire, dialogue entre Aurélien ACQUIER et Franck AGGERI

Économie circulaire et résilience, dialogue entre Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ et Éric LESUEUR


Vendredi 4 juin
SÉANCE CONCLUSIVE
Matin
Rapport d'étonnement des étudiants
Aurélien ACQUIER, Franck AGGERI, Valentina CARBONE, Éric LESUEUR & Olivier LECOINTE : Synthèse

Après-midi
DÉPARTS


ENTRETIENS VIDÉOS ANIMÉS PAR SYLVAIN ALLEMAND :


RÉSUMÉS & BIO-BILIOGRAPHIES :

Aurélien ACQUIER : Économie circulaire et obsolescence programmée… des concepts du management environnemental
Nouveau mot d'ordre politique et économique, l'économie circulaire s'inscrit dans une longue généalogie de concepts environnementaux visant à réparer le capitalisme, en limiter les externalités pour en assurer la "soutenabilité" sociale et écologique. En s'appuyant sur un lecture en termes de critique du capitalisme (Boltanksi et Chiapello 1999), de concepts essentiellement controversés (Gallié, 1956) et de cycle de vie des concepts managériaux (Hirsch & Levin 1999), je propose un modèle conceptualisant la dynamique de développement, d'obsolescence et de renouvellement/recyclage des concepts managériaux en lien avec la notion de développement durable. Les implications de cette approche sont alors discutées, en mettant en évidence une dynamique d'action collective paradoxale, qui combine simultanément des logiques d'apprentissage et d'innovation à l'intérieur du champ, mais aussi d'inertie et de neutralisation de l'action collective à un niveau plus macro.

Aurélien Acquier, Professor, HDR (Habilitation for Doctoral Supervision) in Management & Sustainability. Associate Dean for Sustainability ESCP Bus.School. Co-Director of the ESCP-Deloitte Chair in Circular Economy.
Publications
"L'innovation technologique à l'heure de l'anthropocène", Cahiers Français (janv.-fév. 2020).
"La grande entreprise technologique : durabilité, politique et science fiction", Entreprises et Histoire, déc. 2019.
"Okja meets Ellul : Nature, culture and life in the iron cage of the Technological System", m@n@gement, 2019.
"Revisiting Politics in Political CSR : How coercive and deliberative dynamics operate through institutional work in a Colombian company", Organization Studies (2019).

Sabine BARLES : Économie circulaire, une perspective historique
L'économie circulaire est aujourd'hui devenue un mot d'ordre politique et économique. Inscrite dans la loi, stratégie d'action pour différents acteurs publics et privés, elle semble constituer une nouvelle façon d'envisager l'utilisation et la gestion des ressources dans la perspective de la soutenabilité. Un regard historique montre néanmoins que cette approche s'inscrit dans la durée. Que l'on considère la manière dont certains acteurs économiques ont mobilisé les sous-produits agricoles, industriels et urbains (pas encore qualifiés de déchets), ou la pensée de certains auteurs (qu'ils soient chimistes ou philosophes) au XIXe siècle, force est de constater que la première révolution industrielle est — partiellement — circulaire, par la force des choses. Mais si la circularité a longtemps accompagné la croissance, elle en est devenue, au XXe siècle, le facteur limitant. La linéarité prend alors le pas.

Sabine Barles, professeure d'urbanisme et aménagement à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne est chercheure à l'UMR Géographie Cités où elle dirige l'équipe CRIA. Ses travaux portent sur les relations entre ville, technique et environnement, à travers une approche à la fois historique (XVIIIe-XXIe siècles) et contemporaine. Elle a ainsi développé une série de travaux sur le métabolisme urbain et les trajectoires socio-écologiques, dans la perspective d'une écologie territoriale.

Steven BECKERS : Agriculture urbaine, ville productive et économie circulaire
Créée à partir de la notion de ville productive et selon une vision systémique et holistique de l'économie circulaire régénérative, la ferme urbaine aquaponique BIGH est une première mondiale de culture intensive, transparente et vertueuse en toiture. La complexité de l'aquaculture et d'hydroponie, un écosystème naturel équilibré profitant d'un milieu artificiel anthropomorphique est de se reposer sur les énergies perdues, les eaux hors réseau, le dioxyde de carbone et le soleil du milieu urbain de Bruxelles pour offrir une production alimentaire locale toute l'année. Le projet, sa réalisation et son opération parviennent à soutenir l'idée que la ville peut être productive et que la production qualitative peut être intensive et influencer les grands de la distribution alimentaire. C'est bien d'économie circulaire appliquée à tous les niveaux du projet qu'il s'agit, une approche en 12 points de vues qui nous rappelle que l'économie circulaire concerne tous les métabolismes urbains dont BIGH (Building Integrated Greenhouses) s'inspire pour faire de la ville non plus le problème, mais la solution.

Steven Beckers est architecte, C2C, Pionnier de l'économie circulaire en architecture, urbanisme et construction, fondateur de la société d'agriculture aquaponiqie BIGH, Expert en Circularité chez BOPRO. Il conseille les secteurs public et privé, enseigne l'économie circulaire au Green Building Council et dans les universités en BE, NL, FR, DK, LU, ETH, Chine… Il estime que les liens entre les solutions innovantes présentent plus d'avantages que les solutions elles-mêmes. Son approche non conventionnelle à multiples facettes de l'économie circulaire régénérative lui a valu de nombreux prix internationaux tant pour ses projets que pour son action. Récemment élu Pionnier 2019 par la Belgian Building Award, RICS award, LEAF awards, PLEA 2000, Agha Khan 1985, et élu Bruxellois de l'année en 2019, il a contribué à plusieurs ouvrages avec Pr Michael Braungart (DE), Pr Peter Luscuere (NL), Pr Philippe Clergeau (FR), Pr Katja Hansen & Douglas Mulhall (DE/CDN).

Christian BRODHAG
Christian Brodhag, ingénieur civil des mines et docteur ès sciences, est professeur émérite à l'École des Mines de Saint-Étienne. Il a été délégué Interministériel au Développement Durable, et a contribué à de nombreuses initiatives internationales notamment avec la Francophonie et l'ISO. Il préside actuellement Construction21, média international sur la construction et la ville durables et le Pôle écoconception, le centre national sur l'éco-conception et la performance par le cycle de vie.
http://www.brodhag.org/

Hervé DEFALVARD : Commun intégral et translocal de territoires : un concept pour penser la transition
À la recherche de nouveaux modèles pour réussir la transition, l'approche des communs est de plus en plus développée. Intégrant les mouvances, écologique et du libre, une troisième mouvance sociale des communs élargit à l'ensemble des domaines de la vie en société cette forme de régulation qui se distingue de celle du marché et de l'État en leur imposant de se reconfigurer. Alors que la plupart des communs ne concernent aujourd'hui qu'une faible part des rapports de production et d'échange sur les territoires et que le niveau local, à part quelques exceptions, le passage vers leur structure intégrale et translocale permet de penser la transition vers de nouvelles sociétés du commun. Celles-ci sont associées à l'horizon d'une nouvelle valeur générative des êtres résidents des territoires en commun (humains et non humains) en remplacement de la valeur extractive pour le capital. Cette transition se décide et se produit toujours en situation, dans l'expérience des milieux de vie, manifestant ainsi un universalisme non aligné.

Hervé Defalvard est responsable de la chaire d'économie sociale et solidaire de l'université Gustave Eiffel. Il dirige dans ce cadre une mention Économie sociale et solidaire de Master et un programme de recherche sur les communs avec sous sa direction plusieurs thèses soutenues ou en cours.
Publications récentes
La révolution de l'économie en 10 leçons, Éditions de l'Atelier, 2015.
"Des communs sociaux à la société du commun", Recma, juillet 2017.
Territoires solidaires en commun. Les anti-actes d'un colloque inédit, avec E. Bucolo et G. Fontaine (dir.), Colloque de Cerisy, Éditions de l’Atelier, 2020.
La société du commun, PUG (à paraître en 2021).

Suren ERKMAN
Suren Erkman has a background in Philosophy and Biology from the University of Geneva (Switzerland) and a PhD in Environmental Sciences from the University of Technology of Troyes (France). He has been also trained as a registered science and business journalist. He began to contribute to the emerging field of Industrial Ecology in 1993, as a science and business author, consultant and entrepreneur. In 2005, he joined the University of Lausanne as an Associate Professor in Industrial Ecology. Suren Erkman is also Chairman of the Board of the consulting company Sofies (Solutions for Industrial Ecosystems), with more than 60 collaborators. Sofies advises companies, governments and international organizations on sustainability issues, with a focus on industrial ecology and circular economy.
Publication
Suren Erkman, Vers une écologie industrielle, Paris, ECLM, 2004.

Alain GRANDJEAN : L'économie circulaire au service de la transition énergétique
Arrêter la dérive climatique nécessite de se passer quasi-intégralement d'énergie fossile, ce qui suppose de transformer l'intégralité de nos processus de production, de transport, de stockage et de fin de vie. Ces processus utilisent eux-mêmes des quantités considérables de matière première et d'énergie qu'il importe au premier chef de réduire. L'économie circulaire, qui consiste à utiliser les déchets comme ressource, est une voie de solution déterminante. Nous l'illustrerons à travers deux exemples concrets : la méthanisation des déchets et le recyclage de l'acier et des métaux. Nous mettrons enfin en évidence que l'économie circulaire ne pourra néanmoins pas résoudre à elle seule ce défi sans que nous améliorions substantiellement l'efficacité matière et énergie de ces processus.

Diplômé de l'École polytechnique, de l'Ensae, et docteur en économie de l'environnement, Alain Grandjean est co-fondateur et associé de Carbone 4, cabinet de conseil en stratégie climat. Il est président de la Fondation Nicolas Hulot et membre du Haut conseil pour le climat. Il est co-auteur de plusieurs livres creusant les liens entre écologie, économie et finance et anime le blog "Chroniques de l'anthropocène" (https://alaingrandjean.fr/).

Alexandre LEMILLE : L'Afrique, vers un nouveau modèle circulaire humain et symbiotique ?
Et si nous pouvions apprendre de l'Afrique dans une collaboration co-créative et empathique retrouvée avec ce continent qui se présente sous un nouveau jour, celui d'un continent circulaire ? Et si, — au delà de la circularité comme nous la comprenons en Europe — l'Afrique pouvait aller plus loin : nous prouver qu'équité sociale, symbiose humaine et circularité faisaient sens ?

Alexandre Lemille est le co-fondateur du Réseau Africain de l'Économie Circulaire. Il enseigne à l'université du Cap en économie circulaire où il inclut son concept de Sphère Humaine Circulaire (connu sous l'anglicisme : The Circular Humansphere), ce qu'il considère être l'un des chaînons manquant du modèle actuel, parmi d'autres. Il fournira des exemples de start-ups circulaires et humaines durant son intervention.

Joël NTSONDÉ : Le rôle de l'utopie dans la dynamique territoriale de l'économie circulaire en Ile-de-France
En Ile-de-France, de nombreuses organisations publiques et privées opérant dans le domaine de la construction cherchent à mettre en place des pratiques d'économie circulaire. Qu'il s'agisse d'éco-conception, de modèles économiques, de nouvelles techniques de construction, de nouveaux matériaux, de plateformes logistiques ou de marchés publics, on peut noter une large palette d'outils et d'approches que ces organisations cherchent à mobiliser. Cette dynamique s'étend progressivement à l'ensemble des acteurs du territoire, cependant, si elle semble se nourrir de la vision utopique de l'économie circulaire, elle se confronte aussi aux limites relatives à son opérationnalisation.

Joël Ntsondé est actuellement enseignant-chercheur en management et co-responsable de la majeure ingénierie et management à l'EPF, une école d'ingénieurs. Il est également chercheur associé au CGS de Mines ParisTech. Docteur en sciences de gestion, il a mené sa thèse sur le rôle de l'imaginaire et des utopies dans la transition des territoires vers l'économie circulaire.

Alexandre RAMBAUD : Comptabilité triple capital — enjeux techniques, territoriaux, normatifs et philosophiques
La comptabilité est souvent envisagée sous un angle technique, neutre, "a-controversé" et s'inscrivant majoritairement dans un cadre économique néoclassique implicite. Pour dépasser cette perspective, nous reviendrons ainsi dans un premier temps sur les fonctions historique et politique de la comptabilité et, dans ces conditions, sur l'enjeu comptable dans la transition vers une économie circulaire. Par ailleurs, au-delà de la mise en évidence de cet enjeu, nous discuterons ensuite les controverses centrales autour du développement des comptabilités socio-environnementales. Ce déploiement mélange ainsi régulièrement les termes de "reporting" et de "comptabilité", tend à renvoyer aux seules théories des parties prenantes ou de la légitimité, tout en continuant à s'inscrire majoritairement dans un cadre économique néoclassique. Nous présenterons ainsi les questionnements, impasses voire incompatibilités de cette vision avec les exigences écologiques et présenterons en conclusion le modèle CARE (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology) comme une voie pour mettre en œuvre une économie écologique.

Docteur en mathématiques et en sciences de gestion, Alexandre Rambaud est maître de conférences à AgroParisTech-CIRED, chercheur associé à l'université Paris-Dauphine. Il codirige la chaire "Comptabilité écologique" ainsi que le département "Économie & Société" du Collège des Bernardins. Sa recherche porte sur la théorie de la comptabilité financière ainsi que sur la comptabilité et l'économie écologiques ; il codéveloppe dans ce cadre le modèle CARE. Il est responsable des enseignements de comptabilité/analyse financières — après les avoir enseignés dans plusieurs institutions (ENSAE, HEC Paris) — et de la spécialisation en finance durable à AgroParisTech. Il enseigne également la comptabilité écologique dans plusieurs autres établissements (Dauphine, Mines, Ponts, Kegde, Neoma, etc.). Il est membre de la commission climat et finance durable de l'Autorité des Marchés Financiers, academic fellow de l'Institut Louis Bachelier et membre du conseil scientifique du Centre Européen de Biotechnologie et de Bioéconomie.

Cécile RENOUARD : Entreprise, territoire et biens communs : former pour transformer. L'expérience du Campus de la Transition
L'urgence écologique invite à une démarche éthique, relative à la transformation de nos modèles économiques et de nos modes de vie, de façon à assurer les conditions d'un monde vivable pour les plus vulnérables et les générations futures. Comment articuler la référence au bien commun qu'est le soin de la planète terre avec la diversité des conceptions du bien-vivre ? Il s'agira d’étudier si et comment des expériences, telle celle du Campus de la Transition, créent les conditions favorables à une justice des communs susceptible d'être réitérée dans d'autres contextes. La notion d'expérience permet de s'interroger à la fois sur l'horizon désirable, le niveau de justice élémentaire que nous voulons honorer dans des territoires et des organisations variés, et sur les processus de transformation intérieure, économique et politique, les attitudes individuelles et collectives à promouvoir pour le faire advenir durablement dans diverses cultures.

Judith ROCHFELD : L'apport des procès climatiques à l'appréhension des "ressources" naturelles comme des "biens communs"
Les procès climatiques se multiplient partout dans le monde, qu'ils mettent aux prises des États ou des entreprises opposés à des associations, fondations, collectivités territoriales, ou citoyens coalisés. Les seconds demandent aux premiers des comptes sur leur politique climatique et entendent peser sur les mesures d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre et d'adaptation des territoires aux changements majeurs nés du dérèglement climatique. Dans ces procès, de nouvelles argumentations se forgent, qui vont du non-respect de textes internationaux, régionaux et nationaux de lutte contre ces changements, à la défense des droits fondamentaux des personnes, en passant par celle de l'appréhension des "ressources naturelles" comme des "biens communs" ou encore d'entités naturelles comme des sujets de droit.

Judith Rochfeld est professeure de droit privé à l'École de droit de la Sorbonne, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Elle est spécialiste des communs et biens communs et a publié de nombreux ouvrages et articles sur ces sujets et co-dirigé, avec Marie Cornu et Fabienne Orsi, le Dictionnaire des biens communs, aux PUF, 2e édition, 2021. Dans cette optique, elle s'intéresse particulièrement aux procès climatiques et à ce qu'ils révèlent d'appréhension de certaines interactions humain-non-humains comme des "communs". Elle a notamment fait paraître sur ce sujet Justice pour le climat. Les nouvelles formes de mobilisations citoyennes, chez O. Jacob, 2019.


"La Fresque Climat", atelier animé par Aurélien ACQUIER et Valentina CARBONE

La Fresque du climat est un atelier collaboratif basé sur l'intelligence collective et la créativité. Le dispositif a été développé il y a quelques années, par Cédric Ringebach, ex-directeur du Shift, un think tank visant à décarbonner l'économie, sur la base des connaissances scientifiques sur le climat, résumées et évaluées par le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Les participants sont divisés en équipes pour identifier les relations de cause à effet entre 42 cartes expliquant les phénomènes liés au climat. Collectivement, les participants construisent une fresque, un collage, expliquant le changement climatique. Suit une phase d'appropriation où chaque table donne du sens à sa propre fresque et en personnalise les principaux messages. L'échange final déclenche une discussion collective sur le changement climatique et ses impacts sur nos comportements collectifs et individuels. Les solutions et les transitions nécessaires au niveau personnel, économique et politique seront discutées.


La responsabilité élargie du producteur face aux déchets : principes et gouvernance, table ronde animée par Helen MICHEAUX, avec Jean-Paul RAILLARD (Fédération Envie & Association Green Friday) et Lætitia VASSEUR (Co-fondatrice HOP)

La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire publiée en février 2020 suit et vient conforter des précédentes lois cherchant à amorcer la transition écologique. À l'origine de ces réglementations successives, se trouve le principe de Responsabilité Élargie du Producteur basé sur le principe "pollueur-payeur" apparu dans les années 1990 pour lutter contre la pollution des déchets.
Ce principe a conduit à la mise en place de nombreuses filières structurées autour d'acteurs publics et privés et d'apprentissages collectifs qui ont permis le tournant progressif d'une politique de gestion des déchets vers une politique d'économie circulaire.
Cette table ronde propose d'exposer à ce sujet deux points de vue : celui du recycleur de matière et celui d'une association de lutte contre l'obsolescence des produits.

Jean-Paul RAILLARD
Jean-Paul Raillard est économiste de formation ; il mène d'abord une carrière d'enseignant (agrégation de techniques économiques de gestion) en formations initiale et continue notamment dans la filière de l'expertise comptable. Il rejoint le cabinet d'expertise-comptable Syndex en 1983, attiré par le métier d'expert-conseil auprès des comités d’entreprise (CSE actuellement) et par l'organisation de cette société qui mène depuis sa création en 1971, un projet original de fonctionnement démocratique. À ce titre, il a mené de très nombreuses missions d'expertises stratégiques, sociales et financières dans la région Ouest et en France ou à l'étranger dans de nombreux secteurs d'activité. Il a été responsable régional Pays-de-la-Loire/Poitou-Charentes du cabinet entre 2001 et 2007 puis directeur général de Syndex entre 2008 et 2014. Il a mené avec les autres instances de l'entreprise, la transformation de Syndex en SCOP en décembre 2011. En charge de la représentation externe, il a participé, à ce titre, à de nombreux colloques et écrit un grand nombre d'articles sur des sujets touchant notamment au fonctionnement coopératif, au dialogue social, et aux politiques de Responsabilité Sociale de l'Entreprise et de développement durable. Au terme de son mandat de directeur général de Syndex, Jean-Paul Raillard est devenu membre de la Plateforme nationale RSE où il représente la Confédération Générale des SCOP. Il a notamment travaillé sur la place des salariés et de leurs représentants dans les démarches RSE ainsi que sur les questions d'environnement et d'égalité Femmes/Hommes. Depuis février 2016, il préside le conseil d'administration du groupe Envie44 qui comprend trois entreprises d'insertion employant 140 salariés spécialisées dans le réemploi de matériels électro-ménagers et médicaux ainsi que dans le transport et la logistique de gestion des déchets électriques et électroniques. Administrateur de la Fédération Envie depuis 2017, Jean-Paul Raillard en est devenu le Président à l'Assemblée Générale de juin 2019. Il préside également le Conseil de Surveillance de la SCIC Envie Autonomie et l'Association Green Friday. Depuis 2016, Jean-Paul Raillard est membre du conseil d'administration d'Alternatives Économiques et il a été nommé membre du Conseil national de l'Inclusion dans l'Emploi en juin 2018.


Quelle économie numérique pour l'économie circulaire ?, table ronde animée par Aurélien ACQUIER, avec Sylvain BAUDOIN (The Shift Project) et Matthieu HUG (Tilkal)

Cette table ronde explorera les relations complexes entre le secteur du numérique et l'économie circulaire. Un premier temps s'attachera à appréhender les impacts du numérique et de ses usages du point de vue de l'économie circulaire : en termes de consommation de ressources énergétiques et matérielles, production de déchets, et enjeux de recyclabilité, recyclage et réemploi. Dans un second temps, le numérique sera envisagé comme "infrastructure digitale" de l'économie circulaire, facilitant notamment l'organisation, la structuration de l'information et la traçabilité des flux. Enfin, il s'agira d'explorer les conditions, leviers et barrières, à l'émergence de solutions numériques sobres au service de l'économie circulaire.

Sylvain BAUDOIN
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le numérique n'est pas virtuel, il est très matériel, au point d'être responsable de 3,5% des émissions mondiales de gaz à effets de serre. Son impact matériel, poussé notamment par des taux de renouvellement très élevés, est tel qu'une remise en cause des usages et des offres est nécessaire. C'est à ce niveau que l'économie circulaire peut et doit intervenir : de par son approche, elle permet de repenser les différents flux notamment matériels, ce qui permet notamment d'optimiser le cycle d'usage du numérique. Des conditions sont toutefois nécessaires à sa mise en place, l'enjeu étant la mise en place d'un numérique sobre au service d'une économie (circulaire) résiliente et inversement : la mise en place d'une (nouvelle ?) économie autorisant un numérique résilient.

Matthieu HUG
Matthieu Hug est co-fondateur et CEO de Tilkal, plateforme logicielle de traçabilité 4.0 et de transparence pour les industriels et les marques, visant à permettre des chaines d'approvisionnement résiliantes, responsables et in fine plus durables. Il est board member de plusieurs startups numériques ainsi que de RaiseLab, et administrateur de l'ALCCI (Association de lutte contre le commerce illicite). Entre 2007 et 2016, Matthieu Hug a co-fondé et dirigé RunMyProcess, une plate-forme "cloud" B2B acquise en 2013 par le groupe Fujitsu. Auparavant il a occupé différents postes opérationnels ou de conseil autour des technologies numériques pour l'entreprise, ainsi qu'à l'Ambassade de France à Pékin. Il contribue régulièrement à des travaux ayant trait aux supply chains ou aux technologies numériques, par exemple à l'UNECE, à l'OCDE, aux JECO ou dans diverses écoles de commerce. Il est un des initiateurs du collectif Playfrance.digital engagé sur la construction d'une souveraineté numérique européenne. Il est ingénieur CentraleSupélec (97), et détenteur d'un Master of Science du Georgia Institute of Technology aux États-Unis.


Entreprises, nouveaux modes de coopération pour l'économie circulaire, table ronde animée par Aurélien ACQUIER & Valentina CARBONE, avec Fannie DERENCHY (Groupe La Poste) [Les relations entre acteurs de la logistique de l'économie circulaire, illustration avec La Poste et sa filiale Recygo] et Nathalie JAROSZ (RATP) [Les Deux Rives. Le récit d'un quartier circulaire]

Si les projets collaboratifs sont légion dans le champ de l'économie circulaire, leurs modes de gouvernance — c'est-à-dire l'organisation des processus de décision et la répartition du pouvoir, des bénéfices et des risques entre partenaires — sont variés. Dans cette table ronde, nous allons introduire un cadre d'analyse distinguant plusieurs modalités de gouvernance — centralisée, distribuée et de plateforme — permettant de discuter plusieurs projets en cours à l'aune de ce cadre d'analyse.

Fannie DERENCHY : Les relations entre acteurs de la logistique de l'économie circulaire, illustration avec La Poste et sa filiale Recygo
Le Groupe La Poste a développé une expertise dans la logistique inversée qui lui permet de proposer une gamme de solutions pour accompagner ses clients. Il peut en effet capter des ressources diffuses, les massifier, leur donner une valeur ajoutée et les orienter vers les acteurs du recyclage et du réemploi. La Poste a proposé dès 2012 une activité de collecte des papiers de bureau à recycler, s'appuyant sur les facteurs, les moyens industriels postaux et sur une entreprise d'insertion spécialisée dans le tri pour recyclage, devenue alors filiale du Groupe. En 2018, elle s'est associée à un acteur majeur du déchet en France, afin de pouvoir adresser la demande croissante de ses clients sur des nouveaux déchets et des établissements plus grands. Cette association a donné naissance à une société commune, Recygo, qui dynamise la collecte et la valorisation des déchets de bureau en France métropolitaine. Dans un univers marché à la fois très concurrentiel et fonctionnant avec de nombreux partenariats commerciaux, où les modèles économiques des différents maillons de la chaîne de valeur dépendent à la fois de l'amont et de l'aval, plusieurs formes de relations entre acteurs sont mises en œuvre pour viser la résilience de cette économie circulaire.

Fannie Derenchy est directrice économie circulaire du Groupe La Poste. Elle pilote la stratégie, les ambitions et la gouvernance du Groupe dans ce domaine, visant à transformer le fonctionnement interne et à développer des offres pour faire advenir l'économie circulaire. Elle apporte pour cela un appui aux filiales et aux business units dans leurs développements et dans l'analyse de la performance pour un impact positif. Elle est également administratrice de l'Institut National de l'Économie Circulaire.

Nathalie JAROSZ : Les Deux Rives. Le récit d'un quartier circulaire
La RATP et la Ville de Paris se sont rencontrées en 2017 sur une intuition commune de transposer un fonctionnement d'écologie industrielle et territoriale sur un quartier d'affaires dense et urbain. La démarche des Deux Rives a l'ambition de créer de la valeur humaine et économique sur un quartier, en démontrant qu'un territoire peut se mobiliser pour contribuer à proposer un modèle économique plus vertueux et exemplaire. En près de 4 ans, la démarche a permis de faire se rencontrer et dialoguer différents organismes qui partagent un territoire, autour d'une envie collective : porter des projets d'économie circulaire et réduire l'impact environnemental de leurs activités et du quartier. De nombreux acteurs sont aujourd'hui mobilisés autour de projets communs opérationnels et les Deux Rives ont su démontrer une capacité d'innovation. Pour les Deux Rives, c'est le moment d'aller encore plus loin et d'engager la transformation autour des pratiques et des différents modes de fonctionnements par la mise en place d'un cadre et d'une gouvernance permettant d'initier des projets durables et structurants avec un impact social et environnemental positif sur le territoire concerné.

Nathalie Jarosz est diplômée d'un Master de Chimie Organique de l'université de Jussieu. Après plusieurs années d'expérience dans les process de dégraffitage des trains par l'emploi de méthodologies respectueuses des Hommes et de l'Environnement, elle est désormais en charge de la gestion des politiques Eau, Déchets et Économie Circulaire au sein du Groupe RATP pour l'ensemble du périmètre tertiaire et industriel. Elle est également en charge du portage du Quartier des Deux Rives, premier quartier d'économie circulaire parisien en copilotage avec la Ville de Paris.


Visites et rencontres d'associations et d'entreprises locales engagées dans l'économie circulaire

Haiecobois Saint Martin de Bonfossé
Structure associative fédérant une centaine d'agriculteurs et des collectivités locales dont les bâtiments sont chauffés à partir de bois déchiquetés. Deux emplois permanents (un technicien chargé du plan de gestion des haies, un administratif). Avec 53000 km de haies fonctionnelles, le bocage est emblématique du paysage manchois. Outre leurs fonctions écologiques et patrimoniales, les haies assurent une production valorisable de bois énergie. Adossée au réseau des CUMA (coopératives d'utilisation de matériel agricole) qui assurent le déchiquetage du bois de haies, l'association gère une douzaine de plateformes de séchage et de stockage de bois déchiqueté. Ce matériau est ensuite vendu pour alimenter les chaufferies bois, à des particuliers ou des paysagistes comme couvre sol.

PEP 50 autonomie (anciennement ECORESO) Gourfaleur
Anciennement constitué en SCIC, ECOREZO est aujourd'hui géré par l'association des Pupilles de l'enseignement public de la Manche (PEP) dont l'activité s'élargit au secteur social et médicosocial. Les aides techniques à l'autonomie (fauteuil, déambulateurs) ont une durée de vie d'environ 5 années alors qu'elles ne sont utilisées en moyenne que 18 mois par les personnes. Fort de ce constat, la structure collecte, répare et remet à disposition (vente ou location) les différents matériels. L'équipe de permanents, outre les techniciens chargés de la collecte et de la remise en état, est constituée d'ergothérapeutes qui assurent le conseil auprès des usagers.

PAPECO Orval sur Sienne
Société anonyme dont le capital est détenu par la cinquantaine de salariés de l'entreprise. Implantée dans le havre de la Sienne (zone sensible classée Natura 2000), cette entreprise conjugue les enjeux de respect de l'environnement et de réemploi de papier. Adossée à des entreprises de collecte de papier travaillant essentiellement à proximité, elle recycle le contenu des corbeilles de bureau exclusivement et fabrique essuie tout, papier toilette ou bien encore drap d'examen pour le secteur médical. Le processus est assuré de façon mécanique sans ajout de produit chimique, le réemploi exclusif des corbeilles à papier aux fibres longues permet avec une tonne de papier d'obtenir 900 kg de produit fini.

AFERE Coutances
Structure associative composée de 7 permanents et de 36 emplois aidés (contrats d'une durée maximale de 2 ans), elle assure la gestion de 3 ateliers et 3 boutiques de vente sur le centre Manche. Labellisée structure d'insertion par l'activité et l'emploi, l'association collecte, trie et revend des textiles et vêtements de seconde main. Travaillant en lien avec les organismes de formation mais aussi les entreprises du secteur l'association accompagne ainsi des personnes (essentiellement des femmes) sur la valorisation de leurs compétences et le retour à l'emploi.


PARTENARIAT :

Crealis Media

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

Pour s'adapter à la persistance de la crise sanitaire, le CCIC et les organisateurs restructure ce colloque en deux temps : une journée d'hommage et une "mise en bouche" en distanciel le jeudi 20 mai 2021 (programme disponible ci-dessous) et une rencontre de 6 jours en présentiel à Cerisy du samedi 13 août au vendredi 19 août 2022.

La direction du CCIC


FRANCISCO VARELA, UNE PENSÉE ACTUELLE

AUTOPOÏÈSE, ÉNACTION, PHÉNOMÉNOLOGIE


DU MERCREDI 19 MAI (19 H) AU MARDI 25 MAI (14 H) 2021

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Natalie DEPRAZ, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Michel BITBOL, Amy COHEN-VARELA, Natalie DEPRAZ, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, Claire PETITMENGIN, Jean PETITOT


PRÉSENTATION DE LA JOURNÉE D'HOMMAGE EN DISTANCIEL DU 20 MAI 2021 :

Francisco Varela, une pensée actuelle
Francisco Varela, a thinker for our time
Journée d'hommage pour le 20e anniversaire de sa mort en 2001
A Tribute Day For the 20th Anniversary of his passing in 2001

[ Mind & Life Europe Website ]

Tout commença avec l'idée d'organiser un Colloque d'une semaine consacrée au travail scientifique et à la pensée philosophique de Francisco Varela, ainsi qu'à son ancrage dans le bouddhisme à Cerisy-la-Salle, cet endroit unique en Normandie où eurent lieu tant d'événements culturels internationaux depuis des décennies, en y adjoignant — le lieu s'y prêtant remarquablement — des performances d'artistes en soirée. On voulait par là témoigner de l'enaction (concept varelien s'il en est) de sa pensée et de l'incarnation authentique de sa prise de parole.

It all started with the project of organizing a week-long Conference dedicated to Francisco Varela's scientific work, philosophical thought and Buddhist anchorage at Cerisy-la-salle, a longstanding famous place in Normandy, France, for cultural international events, along with artists' performances in the evenings. All this being meant to attest to the genuine "enaction" (his innovative concept) of his thought and to the true embodiment of his words.

Le colloque devait avoir lieu en juin dernier, en 2020, mais la vie de la planète en décida autrement : nous nous adaptâmes — fidèles en cela à la "dérive naturelle" de Francisco, selon son expression singulière dans L'inscription corporelle de l'esprit (1991), dont nous célébrons d'ailleurs cette année le 30e anniversaire de sa parution — et le Colloque fut reporté aux 19-25 mai 2021, si proche du jour exact de sa mort, le 28 mai 2001, qu'il paraissait impossible de le reporter à nouveau…

This Conference was to take place last July, 2020, but the life of the planet decided otherwise : we adapted — faithful to Francisco's "natural drift" (a remarkable expression in The Embodied Mind, 1991, the 30th anniversary of which we also celebrate this year) — and the Conference was postponed to 19-25 May, 2021, so near to the very date of his passing, on the 28th of May, that it seemed impossible to postpone again…

Et pourtant… La Journée d'hommage qui aura lieu le 20 mai 2021 en distanciel honorera la mémoire de Francisco et offrira une "mise en bouche" ou un "coup d'envoi" (au choix) à un Colloque à nouveau reporté, et qui se tiendra cette fois espérons-le entièrement "en chair et en os" (selon l'expression chère à Husserl) entre le 13 et le 19 août 2022.

But yet… The Tribute Day which will take place on the 20th of May 2021 as a visio-event will honor Francisco’s memory and offer an appetizer or kick-off (according to the metaphor you prefer) to the anew postponed Conference, which will take place hopefully entirely "in flesh and blood" (Husserl's expression) this time between 13-19 August, 2022.

Avec cette première journée d'hommage du 20 mai prochain, nous souhaitons faire revivre la pensée de Francisco et son rayonnement intellectuel international en donnant la parole aux personnes qui l'ont bien connu, amies et amis, collaboratrices et collaborateurs scientifiques et philosophes, ainsi que méditants bouddhistes. Pour cela, nous projetterons aussi de courtes vidéos témoignant des contextes de vie dans lesquels son travail s'est déployé et a mûri, au gré de ses multiples interactions, tout à la fois scientifiques et interpersonnelles. Remarquablement, sa présence à Cerisy à différents moments de sa carrière et, en tout premier lieu, lors du célèbre Colloque "L'auto-organisation : de la physique au politique", en 1981, ouvrit un programme de recherche auquel la recherche de Francisco puisa nombre de ses inspirations et contribua tout autant de façon insigne.

During this first Tribute Day, we want to embody Francisco's thought and his international intellectual vibrancy by giving voice to some persons who knew him well as friends, scientific and philosophical collaborators, Buddhist meditators, and by projecting short videos showing some of the most important life-contexts of his work and scientific interpersonal interactions. And to begin with, his presence at Cerisy at various moments of his career, namely first for the famous Conference "L'auto-organisation : de la physique au politique (1981)" : a seminal research program, which Francisco emblematized so genuinely.

Organisation : Natalie Depraz, Ivan Magrin-Chagnolleau, avec Edith Heurgon et l'équipe de Cerisy


PROGRAMME DE LA JOURNÉE DU 20 MAI 2021 :

10h00
Amy COHEN-VARELA, Natalie DEPRAZ & Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Ouverture de la journée — Opening of the Day

I. FRANCISCO VARELA À CERISY
I. FRANCISCO VARELA IN CERISY

10h10
Edith HEURGON : Les présences de Francisco au Colloque sur L'auto-organisation en 1981 et au Colloque Castoriadis en 1990 : témoignage de Jean-Pierre Dupuy (texte lu) et vidéo de Francisco Varela sur Castoriadis et l'autonomie — Francisco's presence in 1981 and 1990 : Jean-Pierre Dupuy's testimony (text read) and a video showing Francisco discussing Castoriadis' ideas on autonomy

10h25
Pierre LIVET : Francisco Varela : l'autonomie à plusieurs, des interactions qui dépassent les représentations ? — Francisco Varela : living autonomy together : how interactions go beyond representations ?

10h40
La vie, le vivant, l'autonomie, l'auto-organisation, dialogue entre Tom FROESE et Andreas WEBERLife, The Living, Autonomy, Self-organisation, with Tom FROESE and Andreas WEBER [*]

11h20
Petite pause — Short break

II. FRANCISCO VARELA ET LA MÉDITATION BOUDDHISTE
II. FRANCISCO VARELA AND BUDDHIST MEDITATION

11h25
Matthieu RICARD : Ma rencontre avec Francisco (vidéo pré-enregistrée) — Meeting Francisco (pre-recorded video) [*]

11h45
Fabrice MIDAL : La méditation avec Francisco et Chögyam Trungpa — Meditation with Francisco and Chögyam Trungpa

12h05
Alexis LAVIS : Vivre dans un monde sans fondement : comment Francisco Varela ouvre un chemin de la systémique au bouddhisme — How to live in a world without grounds : opening the way from systemics to buddhism

12h20Intermezzo I
Raphaële JEUNE, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU & Nico DOCKX : Une approche énactive de la création artistique — An enactive approach to artistic creation

12h40
Pause déjeuner — Lunch break

III. FRANCISCO VARELA À PARIS : DU CREA AU LENA (NATURALISATION DE LA PHÉNOMÉNOLOGIE ET NEUROPHÉNOMÉNOLOGIE)
III. FRANCISCO VARELA IN PARIS : FROM CREA TO LENA (NATURALISATION OF PHENOMENOLOGY AND NEUROPHENOMENOLOGY)

14h10
Jean PETITOT : Histoire d'un compagnonnage – The story of a companionship

14h30
Antoine LUTZ : Au LENA : la naissance du paradigme de la neurophénoménologie – The birth of the paradigm of neurophenomenology

IV. EN QUÊTE DE L'EXPÉRIENCE VÉCUE EN PREMIÈRE PERSONNE
IV. IN QUEST OF FIRST-PERSON LIVED EXPERIENCE :
THE VIEW FROM WITHIN (1999) ON BECOMING AWARE (1996-2004)

14h50
Claire PETITMENGIN : La découverte de l'entretien d'explicitation et la fécondité de la méthodologie en première personne – The discovery of the explicitation interview and the fertility of the first person methodology

15h10
Natalie DEPRAZ : De l'immersion dans la phénoménologie husserlienne à son énaction via les méthodes en première personne – From the immersion in Husserlian phenomenology to its enaction in first person methods

15h30Intermezzo II
Michèle DUZERT : Vivre ensemble son autonomie éducative (en films, audios et photos) – Living together one's educational autonomy (in films, photos and audios)

V. HOMMAGES DANS DES LIVRES ET UN LIVRE-ANNIVERSAIRE : THE EMBODIED MIND (1991)
V. TRIBUTES IN BOOKS AND A BOOK-ANNIVERSARY : THE EMBODIED MIND
(1991)

15h50
Le Cercle Créateur (Écrits 1976-2001), Seuil, 2017, Michel BITBOL éditeur — éditor

16h10
Phenomenology and the Cognitive Science : Francisco éditeur. Un premier Hommage (2003) / Un numéro spécial (2004). Natalie DEPRAZ et Shaun GALLAGHER, co-éditeurs — Francisco as a founding editor. A first Tribute 2003 / Special Issue 2004. Natalie DEPRAZ and Shaun GALLAGHER as first editors [*]

16h30
Ten Years of Viewing from Within. Journal of Consciousness Studies, 2009. Claire PETITMENGIN éditrice - éditor

16h45
Trente ans après — Thirty years after The Embodied MindL'inscription corporelle de l'esprit (1989-1991) : John PROTEVI : Situer le travail de Francisco Varela dans le paradigme de la cognition 4EA — Locating Francisco Varela's work in the "4EA cognition" paradigm [*]

17h05
Pause thé — Tea break

VI. FRANCISCO VARELA À DHARAMSALA : L'INSTITUT MIND AND LIFE ET LE DALAÏ-LAMA
VI. FRANCISCO VARELA IN DHARAMSALA : THE MIND AND LIFE INSTITUTE AND THE DALAÏ-LAMA

17h35
Francisco avec le Dalaï-Lama à Dharamsala (vidéo) – Francisco with the Dalaï-Lama in Dharamsala (video) [*]

17h45
Alan WALLACE : Les avantages qu'il y a à avoir plusieurs casquettes : l'héritage de Francisco Varela dans la rencontre entre le bouddhisme et la science (vidéo pré-enregistré) — The Advantages of Wearing Multiple Hats : the Legacy of Francisco Varela in the meeting of Buddhism and Science (pre-recorded video) [*]

18h00
Amy COHEN-VARELA : L'Institut Mind and Life : commencements et nouveaux développements — The Mind and Life Institute : beginnings and new developments [*]

VII. ENVOI
VII. DEPARTING WORDS

18h20Forum : Francisco après Francisco — Francisco after Francisco
François SEBBAH & Charles LENAY : Francisco à l'Université de Technologie de Compiègne, et après… — Francisco at the Université of Technology (Compiègne), And after…
Valérie BONNARDEL : 1986-1991, Jussieu, Quai Saint Bernard, 6e étage : le laboratoire de Francisco Varela — Francisco Varela's lab…
Jean-Daniel THUMSER : Relire Husserl et Varela, l'orée d’un nouveau paradigme… — Reading Husserl and Varela, the dawn of a new paradigm…

18h50
Francisco à Monte Grande et après : Le triptyque de Franz REICHLE : "Monte Grande" / "Mind and Life" / "Cisco Pancho" (projection d'extraits) — Francisco in Monte Grande and afterwards : Franz REICHLE's triptych-film (projection of extracts) [*]

19h20
Edith HEURGON, Amy COHEN-VARELA, Natalie DEPRAZ & Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Mots de conclusion / cyber-apéro : et après ? — Concluding words / cyber-appetizer : what's next ?

[*] This talk/presentation will be in English


PRÉSENTATION DU COLLOQUE EN PRÉSENTIEL DU 13 AU 19 AOÛT 2022 :

Francisco Varela a contribué de manière significative au développement du champ des sciences cognitives en proposant dans les années 80-90, du sein des théories de l'émergence, une nouvelle théorie, qu'il a nommée l'énaction. Il a également beaucoup travaillé au contact de la phénoménologie, en forgeant une approche novatrice de la conscience émergeant de la dynamique neuronale tout en lui étant irréductible, et qu'il a nommée "neurophénoménologie". Parallèlement à son travail scientifique et philosophique, il fondait le Mind and Life Institute, un lieu de dialogue avec le Dalaï Lama, et de réflexion sur les liens possibles entre sciences et pratiques contemplatives, notamment la méditation. D'ailleurs, dès son travail au Chili dans les années 70 avec son professeur Humberto Maturana, la formulation de sa théorie du vivant, l'autopoièse, a eu une résonance épistémologique déterminante, au delà même du champ de la biologie, dans les domaines artistiques et éducatifs par exemple.

Francisco Varela made significant contributions to the development of the field of cognitive science by proposing in the 80-90 his theory of enaction within the theories of emergence. He also worked intensively with phenomenologists, forging a new approach of consciousness emerging from but irreducible to neural dynamics, which he named neurophenomenology. He parallely founded the Mind and Life Institute, a place for dialogue with the Dalai Lama, and for reflection on the possible links between science and contemplative practices, and in particular meditation. Besides, his early work in the 70s in Chile with his teacher Humberto Maturana on the notion of autopoiesis as a new theory of the living has had a crucial epistemological resonance, even beyond the field of biology, in the artistic and educational fields for example.

Il nous a paru essentiel, 20 ans après sa disparition, de revisiter sa pensée, et de mesurer à nouveaux frais quel est son impact encore aujourd'hui dans les nombreux champs et disciplines qui continuent à faire fructifier sa pensée. Ce colloque est donc conçu comme un dialogue entre sciences naturelles et sciences humaines, entre art et science, et bien sûr entre science et philosophie. Il sera aussi l'occasion, grâce aux performances artistiques proposées, de réfléchir à l'interdisciplinarité et à sa mise en pratique concrète.

20 years after his death it appeared essential to revisit his thought and to measure what impact it still has today in the multifarious fields and disciplines that continue to fertilize his thought. This Conference therefore is conceived as a dialogue between natural sciences and humanities, between art and science, and of course between science and philosophy. It will also give us the opportunity hopefully to reflect on the spot on interdisciplinarity and its concrete implementation.


MOTS-CLÉS :

Art et science, Autopoièse, Bouddhisme, Conscience, Création artistique, Émergence, Énaction, Épistémologie, Interdisciplinarité, Méditation, Neurophénoménologie, Philosophie, Phénoménologie, Pratiques contemplatives, Sciences cognitives, Sciences humaines, Sciences de l'éducation, Varela (Francisco)


CALENDRIER PROVISOIRE DU COLLOQUE 2021 :

Mercredi 19 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 20 mai
Matin
Amy COHEN-VARELA : Ouverture

UNE VISION ÉLARGIE DE LA SCIENCE
Jean-Pierre DUPUY : L'émergence, l'épanouissement et le déclin d'une idée majeure dans l'histoire des sciences et des techniques : un ordre sans designer
Valérie BONNARDEL : Couleur, expérience humaine et cyborgisme

Après-midi
Henri ATLAN : La rencontre entre biologie et philosophie
Antoine LUTZ : Exploration neurophénoménologique de la relation entre douleur et souffrance chez des méditants novices et experts

Soirée
Raphaële JEUNE : Varela à l'aventure de l'art
Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Le concept d'énaction appliqué à la création artistique


Vendredi 21 mai
LA PHÉNOMÉNOLOGIE À SES LIMITES
Matin
Jean PETITOT : Que signifie naturaliser la phénoménologie ?
Tom FROESE : Being and Being-with versus the naturalization of phenomenology

Après-midi
Michel BITBOL : La dialectique du corps et de la conscience : une traduction métaphysique de la neurophénoménologie
Natalie DEPRAZ : La cardiophénoménologie. Ou comment raffiner la neurophénoménologie ?
Jean-Daniel THUMSER : Aux entrailles de la subjectivité : pour une cardio et une gastrophénoménologie

Soirée
Table ronde, animée par Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, avec Carole HOFFMAN (L'émergence, dans l'oscillation de l'entre-deux), Xavier LAMBERT (Autopoïèse et générativité) et Célio PAILLARD (L'émergence entre : l'accumulation comme stratégie de création)


Samedi 22 mai
LA PENSÉE DE FRANCISCO VARELA, SOURCE D'INSPIRATIONS ÉDUCATIVES
Matin
Michèle DUZERT : Vivre ensemble son autonomie
Sandrine ESCHENAUER : Langues performées, langues énactées

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Autour du film Monte Grande : What Is Life ? de Franz Reichle


Dimanche 23 mai
UNE SIGNATURE VARÉLIENNE : L'ÉNACTION
Matin
Claire PETITMENGIN : L'énaction comme expérience vécue
Charles LENAY : Énaction et interaction : la question du possible
Andreas WEBER : Skincentric Ecology

Après-midi
François SEBBAH : Énaction et éthique
Fabrice MÉTAIS : Faire sens et rencontrer l'autre : énaction et éthique levinassienne
Mario VILLALOBOS : The Enactive approach to consciousness and the Brainbound view : Enemies or allies ?

Soirée
Table ronde, animée par Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, avec Nico DOCKX (À Travers le Temps et le Jour) et Frédéric MATHEVET (Énaction politique dans les arts sonores contemporains)


Lundi 24 mai
MÉDITATION EN ACTION ET NATURE DE L'ESPRIT
Matin
Le DALAÏ-LAMA : Témoignage
Amy COHEN-VARELA : Titre non communiqué

Après-midi
Fabrice MIDAL : Ce que j'ai appris de la méditation grâce à Francisco Varela
Alexis LAVIS : L'approche varélienne du bouddhisme et le rôle du bouddhisme dans l'œuvre de Varela

Soirée
Présentations artistiques


Mardi 25 mai
Matin
Table ronde finale et bilan

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Michel BITBOL : La dialectique du corps et de la conscience: une traduction métaphysique de la neurophénoménologie
L'une des tâches que Francisco Varela a assigné à la neurophénoménologie est de dissoudre, et de ne surtout pas essayer de résoudre, le "problème difficile" de l'origine physique de la conscience. Car, selon lui, c'est la formulation même de ce problème qui nous égare. C'est l'énoncé standard (physicaliste) du "problème difficile" qui suffit à en faire un faux mystère. Mais une telle dissolution du "problème difficile" de la conscience est très exigeante pour les chercheurs. Elle les invite à quitter leur position d'observateurs détachés ou de penseurs neutres, et à s'auto-transformer jusqu'à reconnaître qu'ils ne sont pas distincts du thème de leur quête. Elle ne laisse aucune place au "problème difficile" dans le champ du discours, et le transplante entièrement sur le plan des pratiques et des attitudes. Il en résulte que la dissolution neurophénoménologique du "problème difficile" de la conscience s'est exposée à être ignorée ou tenue pour une simple esquive par les philosophes analytiques de l'esprit. Comment surmonter cet obstacle ? Comment restituer toute sa force argumentative à la neurophénoménologie ? Je propose pour cela de lui adjoindre une traduction métaphysique qui la rende suffisamment homogène aux termes du débat sur la conscience en philosophie de l'esprit. Bien sûr, je n'ignore pas ce qu'il y a de paradoxal à vouloir réintégrer l'espace de la métaphysique, pour mieux faire comprendre une position aussi délibérément anti-métaphysique que la dissolution neurophénoménologique du problème de la conscience. J'esquisserai alors deux stratégies pour surmonter ce paradoxe. La première stratégie est d'explorer les potentialités de la traduction en général, et de l'appliquer à la traduction métaphysique proposée ici. Comme l'écrit Barbara Cassin, la traduction n'est pas (ou ne devrait pas être) une transposition de concepts fixes d'une langue à une autre ; la traduction est (ou devrait être) une manière de faire communiquer deux mondes "en inquiétant l'un par l'autre". Ici, je n'essaierai donc pas de transposer les mots de la neurophénoménologie dans le vocabulaire de la spéculation métaphysique, mais d'inquiéter la métaphysique en lui demandant de trouver en elle la ressource d'exprimer ses antipodes. La deuxième stratégie consiste à conserver le bénéfice d'un passage du discours à la manière d'être, typique de la neurophénoménologie, dans cette tentative de réinscrire une manière d'être dans le discours. Pour cela, une conception dynamique et participative de la relation entre le corps et la conscience est formulée. Elle s'appuie sur le concept Varélien de "dialectique cybernétique", et correspond étroitement à l'"intra-ontologie" du dernier Merleau-Ponty : une réflexion sur ce que c'est que d'être, loin des disciplines de la contemplation des étants. En fin de parcours, j'essaierai de montrer que cette métaphysique du corps et de la conscience ne s'inscrit nullement en faux contre la décision neurophénoménologique de suspendre toute théorisation du "problème difficile" de la conscience. Au contraire, elle a la capacité de conforter la neurophénoménologie dans sa décision d'inscrire la recherche en sciences cognitives dans une dynamique de vie vécue qui conditionne la dissipation du problème de la conscience à la transformation de l'être conscient.

Michel Bitbol est chercheur en philosophie de la physique, en philosophie de la connaissance, et en philosophie de l'esprit. Il est Directeur de recherche émérite CNRS aux Archives Husserl, ENS, Paris. Ayant fait ses études dans plusieurs universités à Paris, il a reçu successivement un doctorat en médecine en 1980, un doctorat d'État en physique en 1985, et une Habilitation à diriger des recherches en philosophie, en 1997. Il a poursuivi des recherches scientifiques de 1978 à 1990, puis, à partir de 1990, il s'est tourné vers la philosophie de la physique. Il a d'abord traduit et commenté des textes d'Erwin Schrödinger. Il a ensuite publié plusieurs livres sur une lecture néo-kantienne de la mécanique quantique, ainsi que sur une philosophie des sciences relationnelle. En 1997, l'Académie des Sciences Morales et Politiques lui a remis son prix Grammaticakis-Neumann de philosophie des sciences. Par la suite, il a concentré sa quête sur la philosophie de l'esprit, et sur ses éventuelles connexions avec la physique quantique. Il a travaillé en collaboration étroite avec Francisco Varela dans le sillage de ce travail. Puis il a approfondi cette direction de recherche, en développant une conception de la conscience inspirée par la phénoménologie et par une épistémologie de la connaissance en première personne. Plus récemment, s'appuyant sur sa double approche de la philosophie des sciences et de la philosophie de l'esprit, il s'est engagé dans le débat contemporain sur les nouvelles propositions métaphysiques développées sous la bannière du "réalisme spéculatif".
Publications
Mécanique quantique, une introduction philosophique, Flammarion, 1996.
Schrödinger's philosophy of quantum mechanics, Kluwer, 1996.
L'aveuglante proximité du réel, Champs-Flammarion, 1998.
Physique et philosophie de l'esprit, Champs-Flammarion, 2000.
De l'intérieur du monde, Flammarion, 2010.
La conscience a-t-elle une origine ?, Flammarion, 2014.
La pratique des possibles, une lecture pragmatiste et modale de la mécanique quantique, Hermann, 2015.
Maintenant la finitude, peut-on penser l'absolu ?, Flammarion, 2019.

Valérie BONNARDEL : Couleur, expérience humaine et cyborgisme
"L'abeille imagine la fleur et la fleur imagine l'abeille", Francis Huxley(1)
Dans leur ouvrage L'inscription corporelle de l'esprit. Science cognitive et expérience humaine(2) publié en 1993, Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch proposent une nouvelle conception de la cognition qualifiée d'énactive. L'énaction propose une théorie de la cognition basée sur le principe selon lequel les organismes vivants sont des systèmes autonomes, doués d'auto-organisation et générateurs de signification qui donne lieu à l'origine co-déterminée de la cognition et de l'environnement dans lequel l'organisme est situé(3). Pour notre propos, la position de l'énaction s'inscrit dans un contexte non-dualiste et tente de réconcilier les oppositions traditionnelles (sujet-objet, corps-esprit, soi-autres, etc.) et, ce faisant, offre une voie intermédiaire entre l'opposition "objectivisme computationnel" et le "subjectivisme neurophysiologique". Dans une perspective objectiviste, les organismes vivent dans un environnement préexistant et la cognition dont ils sont pourvus consiste à récupérer l'information nécessaire à la construction d'une représentation plus ou moins fidèle de cet environnement. Pour le subjectivisme, le système cognitif projette ses propres représentations et l'apparente réalité n'est que le reflet des lois internes du système. Pour illustrer les principes et l'intérêt d'une conception énactive de la cognition, les auteurs choisissent l'exemple de la vision colorée qui présente l'avantage d'être, d'une part un sujet transdisciplinaire, incluant entre autres, la biologie, la psychologie, l'anthropologie et les disciplines artistiques et qui, d'autre part, possède une signification immédiate dans l'expérience humaine en termes de perception, de cognition et d'émotion. Ainsi, les auteurs montrent que l'objectivisme peine à rendre compte de l'expérience colorée car il n'existe pas de relation de causalité simple et univoque entre le signal physique (flux lumineux) qui atteint l'œil et la couleur perçue. Quant au subjectivisme, il échoue à rendre compte des aspects universellement partagés de la vision des couleurs tels que leur perception catégorielle. L'approche énactive réconcilie ces deux aspects. Dans cette approche la cognition est "incarnée" c'est-à-dire qu'elle résulte d'expériences rendues possibles avec un corps doté de capacités sensorimotrices qui s'exercent dans un environnement physique, biologique, psychologique, social et culturel à partir duquel l'expérience émerge (énaction) et où perception et action sont indissociables. La qualité de l'expérience énactée de l'apparence colorée résulte alors du couplage structurel entre l'organisme et son environnement pour lequel l'intersubjectivité et le partage culturel de cette expérience sont essentiels à l'extraction de sa signification. Aujourd'hui, en rendant possible la mise en place de capacités sensorielles jusque alors inédites chez les organismes vivants, de récents développements technologiques qualifiés de cyborgisme offrent l'occasion d'une réflexion sur la nature des couplages structurels qui s'élaborent à partir de l'interaction entre le cyborg(4) et son milieu ainsi que de leur impact sur la cognition humaine.
(1) Cité par Francisco Varela, in Monte Grande 2014 Monte Grande : "What is life", Dir: Franz Reichle (2004).
(2) Publiée en 1993 aux Éditions du Seuil, "La couleur des idées". Il s'agit d'une traduction de The embodied mind. Cognitive Science and Human experience, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, publié en 1991. Une seconde édition révisée est publiée en 2016. Varela F. J., Thompson E. & Rosch E. (2016), The Embodied Mind Cognitive Science and Human Experience, Revised Edition, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts.
(3) Pour une discussion détaillée du concept d'énaction, et plus généralement de la pensée varelienne, on se référa au numéro spécial de la revue Constructivist Foundations, Volume 13 (1), "Missing the woods for the trees : neglected aspects of Francisco Varela's work".
(4) "Cyborg" vient de la contraction des termes "cybernétique" et "organisme".

Après avoir réalisé son travail doctoral sous la direction de Franciso Varela à l'Institut des Neurosciences (Université Pierre et Marie Curie), Valérie Bonnardel poursuivait ses recherches au Laboratoire de Psychologie Expérimentale à l'université de Cambridge (Royaume-Uni). Son travail de recherche concernait les aspects psychophysiques de la vision colorée chez l'homme. À l'exception d'une année passée en Inde pour mener une étude sur les aspects cognitifs et culturels de la couleur, l'ensemble de sa carrière d'enseignante s'est effectué au Royaume-Uni. Depuis ces dernières années, elle enseigne dans le département de Psychologie à l'université de Winchester où il lui a été possible de développer un cours destiné aux étudiants de troisième année sur le thème "Embodied Cognition and Contemplative Practice Studies".

Raphaële JEUNE : Varela à l'aventure de l'art
Comment aborder la pensée de Francisco Varela dans le champ de l'art contemporain ? Comment mettre en œuvre dans des dispositifs artistiques l'expérience de l'expérience à laquelle il invite ? Que nous disent les concepts qu'il a forgés, comme l'autopoïèse ou l'enaction, et ceux qu'il a embrassés, comme la mindfulness et la śūnyatā, sur la créativité des artistes, mais aussi celle de tout individu ? Nous aborderons ces questions à partir d'exemples, parmi lesquels l'exposition "La psyché de l'univers — Hommage à Francisco J. Varela" conçue et réalisée par l'auteure de cette communication et l'artiste Nico Dockx en 2015.

Raphaële Jeune est commissaire d'exposition, chercheuse et professeure d'Histoire et théorie de l'art à l'École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne — Site de Rennes. Ses axes de recherches concernent les mutations du sujet à l'heure de l'anthropocène et de la subjectivité digitale, telles qu'elles apparaissent dans l'art. Elle soutient prochainement une thèse d'esthétique, inspirée par la pensée de Varela, sur des "situations de présence", œuvres qui invitent le spectateur à éprouver la réalité événementielle du soi par l'expérience de la présence ici et maintenant. Elle a réalisé de nombreuses expositions, dont "Ce qui vient" (Couvent des Jacobins, Frac Bretagne, Musée des Beaux-Arts, Centre d'art contemporain, Rennes, 2010), "Plutôt que rien" (Maison populaire, Montreuil, 2011), "En attendant la montée des eaux" (Centre d'art La Rochelle, 2011), "Des mers non répertoriées" (Mains d'œuvre, Saint-Ouen, 2014) et "La psyché de l’univers — Hommage à Francisco J. Varela" (Phakt, Rennes, 2015).
Dernières publications
La psyché de l’univers — Hommage à Francisco J. Varela, Phakt, Rennes, 2015.
"Kuka et nous", Traverses & Inattendus #1, La Chapelle Faucher, Éditions Traverses et inattendus, 2017.
"Puissances de l'attention dans l'art contemporain : l'exemple des situations de co-présence", in Yves Citton et Estelle Doudet (dir.), Écologies de l'attention et archéologie des media, Colloque de Cerisy, Grenoble, UGA Édition, 2019.

Charles LENAY : Énaction et interaction : la question du possible
Les difficultés à l'origine de la fracture apparue entre les approches varéliennes de l'énaction qui se développent actuellement autour de l'idée de sense-making et les approches de l'école de Maturana qui maintiennent une rigoureuse clôture organisationnelle de l'autopoïèse, peuvent se comprendre à partir de la question d'une naturalisation de l'expérience du possible. Je proposerai une piste pour résoudre cette question à partir d'une approche interactionniste prenant au sérieux l'altérité de la rencontre entre différentes clôtures organisationnelles. À l'appui de ces idées, je présenterai une étude expérimentale minimaliste des conditions de la constitution de l'expérience d'une séparation dans un champ de possibles.

Charles Lenay est professeur de sciences cognitives et philosophie, COSTECH (Connaissance, Organisation et systèmes Techniques) à l'université de technologie de Compiègne. Il consacre l'essentiel de ses recherches aux interactions entre organismes vivants et à la constitutivité biologique et technique de l'expérience humaine.

Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Le concept d'énaction appliqué à la création artistique
Le concept d'énaction, qui a été développé par Varela et al., notamment dans le livre The Embodied Mind, a depuis fait son chemin, et inspiré nombre de travaux en sciences cognitives, mais aussi en phénoménologie, en sciences de l'éducation, etc. Je m'intéresse pour ma part à la création artistique, et je présenterai quelques idées sur la façon dont le concept d'énaction peut s'appliquer dans ce cadre.

Ivan Magrin-Chagnolleau est chercheur au CNRS, au sein du laboratoire PRISM à Marseille. Il se consacre à la recherche et à l'enseignement universitaires, en particulier en art et en philosophie. Il s'intéresse particulièrement au processus créatif et à sa phénoménologie, au lien entre art et spiritualité, et à l'importance de réhabiliter l'amour comme une valeur essentielle. Il se consacre également à la création artistique, notamment pour le cinéma, le théâtre, la photographie, la musique et l'écriture.
Publications
"Hasard et Création", in Le hasard, le calcul et la vie, Thierry Gaudin, Marie-Christine Maurel & Jean-Charles Pomerol (dir.), Colloque de Cerisy (2019), ISTE Éditions, Collection "Systèmes d'information, web et société", pp. 161-175, 2021.
"L'énaction dans la création artistique: théâtre, cinéma et performance", in Action, Énaction, Xavier Lambert (ed.), L'Harmattan, Collection "Ouverture Philosophique", pp. 213-224, 2017.

Célio PAILLARD : L'émergence entre : l'accumulation comme stratégie de création
Basée sur ma démarche artistique, cette communication exposera une manière particulière de recourir à l'émergence pour produire des œuvres originales, à travers des stratégies d'accumulation. On verra d'abord comment la création par accumulation produit un monde plutôt qu'une histoire unique et est ainsi un moyen d'ouvrir le champ interprétatif. Cela questionnera à la fois le statut d'œuvre et celui de l'auteur : comment faire autorité lorsqu'on met en place des processus d'autopoïèse ? Il sera aussi beaucoup question de processus de perception, à la fois comme problématique de recherche plastique et comme mode d'accès à l'œuvre.

Célio Paillard est artiste plasticien et chercheur. Sa démarche plastique est centrée sur les médias textuels et sonores. Elle prend la forme d'écritures numériques, de performances, d'installations sonores programmées ou, souvent à travers des collaborations avec d'autres artistes, de pièces sonores associées à un travail vidéo. Après une thèse décrivant les processus d'artification de l'art numérique, sa recherche aborde des questions relatives à ce type d'art, mais aussi aux arts émergents et sonores. Il étudie aussi beaucoup les processus de création, dans une approche combinant sociologie et esthétique. Il est également co-fondateur et co-directeur de la revue numérique L'autre musique. Il est par ailleurs enseignant (en arts plastiques) dans l'école nationale d'architecture Paris-val-de-Seine, membre de la maison d’édition Ici-bas ainsi que graphiste free-lance.
Sélection de publications
"Faire émerger l'œuvre", article publié dans Action/énaction : l'émergence de l'œuvre d'art, sous la direction de Xavier Lambert, Paris, L'Harmattan, 2017.
""L'art numérique" : théories manifestes et pratiques singulières", Revue Études Littéraires (Canada), Volume 44, numéro 3, automne 2014, p. 123-138.
"Imaginaires des arts numériques et imaginaires des œuvres", publié dans Poétique(s) du numérique 2, Éditions l'Entretemps, Lavérune (34), 2013.

Claire PETITMENGIN : L'énaction comme expérience vécue
Dans L'inscription corporelle de l'esprit, Francisco Varela nomme "énaction" le point de vue selon lequel "la cognition, loin d'être la représentation d'un monde prédonné, est l'avènement conjoint d'un monde et d'un esprit à partir de l'histoire des diverses actions qu'accomplit un être dans le monde". Dans cet ouvrage, consacré à démontrer la nécessité d'intégrer une étude disciplinée de l'expérience humaine dans les sciences de la cognition, la plupart des arguments en faveur de l'énaction sont tirés de l'intelligence artificielle, des neurosciences, de la psychologie développementale, de la théorie de l'évolution et de l'immunologie. Dans mon exposé je développerai l'idée, en germe dans L'inscription corporelle de l'esprit, que le processus de co-émergence du moi et du monde peut aussi faire l'objet d'une expérience intime, concrètement vécue.

Claire Petitmengin is currently Professor Emerita in Philosophy at the Institut Mines-Télécom and member of the Archives Husserl, École Normale Supérieure in Paris. Her research focuses on the usually unrecognized dynamics of lived experience and "micro-phenomenological" methods enabling us to become aware of it and highlight its essential structures. She studies the epistemological conditions of these methods, as well as their educational, therapeutic, artistic and contemplative applications. She currently devotes herself to exploring the links between the ecological crisis and our blindness to our lived experience. She has written numerous scientific articles and two books : L'expérience intuitive, and Le chemin du milieu : Introduction à la vacuité dans la pensée bouddhiste indienne. She also edited Ten years of viewing from within : The legacy of Francisco Varela, which commemorates the tenth anniversary of the publication of The View from Within, wherein Francisco Varela designed the foundations of a research program on lived experience.
Publications
Petitmengin C. (2017), "Enaction as a lived experience. Towards a radical neurophenomenology", Constructivist Foundations, 12, (2): 139-147.
Petitmengin C. (2006), "L'énaction comme expérience vécue", Intellectica, 43, 85-92.

Jean PETITOT : Que signifie naturaliser la phénoménologie ?
Au cours des années 1990, j'ai co-organisé avec Francisco Varela, Jean-Michel Roy et Bernard Pachoud un séminaire au long cours sur la naturalisation de la phénoménologie. Ces travaux ont débouché sur la publication en 1999 de l'ouvrage Naturalizing Phenomenology : Issues in contemporary phenomenology and cognitive science (Stanford University Press). Plusieurs façons de concevoir les relations entre la phénoménologie husserlienne comme eidétique descriptive et les neurosciences cognitives y sont développées. Je me propose de revenir sur ces réflexions.

Né en 1944 à Paris, directeur d'études retraité à l'EHESS, Jean Petitot est un spécialiste des modèles mathématiques en sciences cognitives. Il a appliqué les théories des singularités et des bifurcations constitutives des modèles morphodynamiques de René Thom à divers aspects du structuralisme, à la phénoménologie de la perception et aux neurosciences cognitives. Ces recherches l'ont conduit à un programme de naturalisation de la phénoménologie husserlienne. Il est également un philosophe des sciences et a été dans ce domaine l'un des réintroducteurs de la philosophie transcendantale en mathématiques et en physique modernes.
Publications
Petitot J., 1999 (ed. with F. Varela, J.-M. Roy & B. Pachoud), Naturalizing Phenomenology : Issues in Contemporary Phenomenology and Cognitive Science, Stanford, Stanford University Press.
Petitot J., 2002, "Eidétique morphologique de la perception", Naturaliser la phénoménologie, J. Petitot, F. Varela, J.-M. Roy, B. Pachoud (eds), CNRS Éditions, Paris, 427-484 [en ligne].
Petitot J., 2004, "Géométrie et Vision dans Ding und Raum de Husserl", Des lois de la pensée aux constructivismes, M.-J. Durand-Richard (ed.), Intellectica, 2004/2, 39, 139-167 [en ligne].
Petitot J., 2010, ""Le hiatus entre le logique et le morphologique". Prédication et perception", Semiosis and Catastrophes. René Thom's Semiotic Heritage, W. Wildgen, P.A. Brandt (eds), Peter Lang, Bern, 141-166 [en ligne].
Petitot J., 2014, "Landmarks for neurogeometry", Neuromathematics of Vision, G. Citti, A. Sarti (eds), Springer, Berlin, Heidelberg, 1-85 [en ligne].
Petitot J., 2017, Elements of Neurogeometry. Functional Architectures of Vision, Lecture Notes in Morphogenesis, Springer.
Colloques de Cerisy
(dir.) 1982, Logos et théorie des catastrophes (à partir du travail de René Thom).
(dir.) 1988, Rationalité et objectivités.
(dir.) 1990, Avec Fernando Gil et Heinz Wismann, 1790-1990 - Le destin de la philosophie transcendantale.
(dir.) 1996, Avec Paolo FAabbri, Umberto Eco : au nom du sens.
"Auto-organisation, criticité et temporalité", in Jean-Pierre Dupuy. Dans l'œil du cyclone, Carnets Nord, 2008..

Jean-Daniel THUMSER : Aux entrailles de la subjectivité : pour une cardio et une gastrophénoménologie
Plutôt que de réduire la phénoménologie à une science auxiliaire des sciences cognitives, les chercheurs contemporains en phénoménologie tentent de développer une étude cogénérative de la vie subjective mêlant tantôt une perspective à la première personne, transcendantale, tantôt les données de recherches de type étiologique menées par des psychologues, psychiatres et neuroscientifiques. Dans la trame de ladite "naturalisation de la phénoménologie", nous souhaitons garder intacte la sphère de la phénoménalité afin de ne pas réduire cette dernière à ce qu'elle n'est pas, à savoir des processus neurophysiologiques asubjectifs. Pour ce faire, notre ambition consiste à remettre l'expérience au premier plan, à ne la réduire d'aucune façon, et à mettre au jour de quelle manière l'étude du cœur et du système nerveux entérique forme une nouvelle voie permettant d'outrepasser le fossé explicatif entre l'étude phénoménologique et l'étude strictement physicaliste. En considérant le corps (Leibkörper) en tant qu'organe de la volonté et lieu de l'expérience intime, nous traiterons les difficultés qu'il y a à vouloir étudier la vie subjective à partir du cerveau - organe noble considéré à tort ou à raison comme centre et source de la vie subjective, mais hors de portée de l'expérience —, puis les promesses d'une étude cogénérative à partir des entrailles — partie vile du corps, mais dotée d'un grand nombre de neurones et dont nous faisons l'expérience — afin de mettre en lumière les intrications entre les vicissitudes du corps et la vie subjective.


BIBLIOGRAPHIE :

• F. Varela, Principles of Biological Autonomy, Elsevier/North-Holland, New York, 1979, 306 pp (en français : Autonomie et Connaissance : Essai sur le Vivant, Seuil, Paris, 1988).
• H. Maturana and F. Varela, Autopoiesis and Cognition : The realization of the living, Boston, 1980, 141 pp.
• F. Varela, "L'auto-organisation : de l'apparence au mécanisme", in L'auto-organisation. De la physique au politique, Colloque de Cerisy, Éditions du Seuil, 1983.
• H. Maturana and F. Varela, The Tree of Knowledge : A new look at the biological roots of human understanding, Shambhala/New Science Library, Boston, 1987 (en français : L'Arbre de la Connaissance, Addison-Wesley France, Paris, 1994).
• F. Varela, Connaître Les Sciences Cognitives, tendances et perspectives, Éditions du Seuil, Paris, 1988.
• F. Varela, E. Thompson and E. Rosch, The Embodied Mind : Cognitive science and human experience, MIT Press, Cambridge, 1991 (en français : L'Inscription Corporelle de l'Esprit, Seuil, Paris, 1993).
• F. Varela, Un Know-how per l'ettica, The Italian Lectures 3, Editrice La Terza, Roma, 1992 (en français : Quel savoir pour l'éthique ? Action, sagesse et cognition, Éditions La Découverte, Paris, 1996).
• F. Varela and J.-P. Dupuy (Eds.), Understanding Origin : Scientific Ideas on the Origin of Life, Mind, and Society (A Stanford University Interational Symposium), Boston Studies Phil. Sci., Kluwer Assoc., Dordrecht, 1992.
• J. Hayward and F. Varela (Eds.), Gentle Bridges : Dialogues between the Cognitive Sciences and the Buddhist Tradition, Shambhala Publishers, 1992 (en français : Passerelles : Entretiens avec des scientifiques sur la nature de l'esprit, Albin Michel, 1995).
• M. R. Anspach & F. Varela, "Le système immunitaire : un "soi" cognitif autonome", in Introduction aux sciences cognitives, Colloque de Cerisy, Éditions Gallimard, Coll. "Folio Essais", 1992 (réédition en 1995 et 2004).
• F. Varela, Invitation aux Sciences Cognitives, Éditions du Seuil, "Points Sciences", 1996.
• F. Varela (Ed.), Sleeping, Dreaming and Dying : Dialogues between the Sciences and the Buddhist Tradition, Wisdom Book, Boston, 1997 (en français : Dormir, Rêver, Mourir, NIL Éditions, Paris, 1998).
• F. Varela and J. Shear (Eds.), The View from Within : First-Person Methodologies in the Study of Consciousness, Special Issue, Journal of Consciousness Studies, 6(2-3), 1999 (also available as book : Imprint Academic, London, 1999).
• J. Petitot, F. Varela, B. Pachoud and J.-M. Roy (Eds.), Naturalizing Phenomenology : Contemporary Issues in Phenomenology and Cognitive Science, Stanford University Press, Stanford, 1999.
• J. Hayward and F. Varela (Eds.), Gentle Bridges : Conversations with the Dalai Lama on the Sciences of Mind, Shambhala Publishers, 2001.
• N. Depraz, F. Varela and P. Vermersch, On Becoming Aware : Steps to a Phenomenological Pragmatics, Benjamin Publishing, Advances in Consciousness Research, New York, 2003.
• S. Brier and J. Bopry (Eds.), Francisco J. Varela 1946-2001, Special Issue, Cybernetics & Human Knowing, 2004 (also available as book : Imprint Academic, London, 2004).
• C. Petitmengin (Eds.), Ten Years of Viewing from Within : The Legacy of Francisco Varela, Special Issue, Journal of Consciousness Studies, 2009 (also available as book : Imprint Academic, London, 2009).
• F. Varela, Le cercle créateur - Écrits (1976-2001), Seuil, Paris, 2017.


SOUTIENS :

• Équipe de recherche interdisciplinaire sur les aires culturelles (ERIAC) — EA 4705 [Université de Rouen Normandie]
Archives Husserl — UMR 8547 [CNRS // ENS]
• Laboratoire Perception Représentations Image Son Musique (PRISM) — UMR 7061 [CNRS // Aix-Marseille Université]
Mind & Life Europe

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

En raison de la persistance de la pandémie, et en accord avec les directeurs du colloque, Cerisy s'adapte et restructure cette rencontre de la manière suivante : un colloque en visioconférence, du mardi 11 au samedi 15 mai 2021 ; des conférences de clôture (sous la présidence de notre président Jean-Baptiste de Foucauld) à l'Institut national d'histoire de l'art les lundis 27 septembre, 4 octobre, 11 octobre et 18 octobre 2021 (programmes disponibles ci-dessous) et un colloque en présentiel à Cerisy, intitulé "ART & ARGENT : IMAGER, RACONTER, CRÉER", du mercredi 11 mai au dimanche 15 mai 2022.

La direction du CCIC


ART / ARGENT : L'ÉCONOMIE À L'ŒUVRE


DU MARDI 11 MAI (19 H) AU LUNDI 17 MAI (14 H) 2021

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Patrice BAUBEAU, Martial POIRSON, Yann TOMA


ARGUMENT :

Ce colloque interdisciplinaire portera sur les relations entre les arts et l'économie d'hier à aujourd'hui. En effet, les formes de production, de représentation et de réception de l'art à travers les âges sont indissociables du système économique de leur temps sans en être pour autant une simple transposition, alors que la mise en fiction de l'économie, sa réalité parfois portée à la critique, sublimée ou transformée par l'art, autorisent de subtiles stratégies d’infiltration, de détournement, de subversion de l'attribution de la valeur. D'où l'existence d'un rapport de fascination et de répulsion mutuelle entre art et argent. Ce dialogue complexe s'éclaire en interrogeant la position des œuvres, des artistes et des publics, mais aussi, de façon symétrique, les modalités de captation des gestes artistiques au sein de l'activité économique proprement dite. Le travail créateur s'insère ainsi dans la production de valeur marchande comme dans ses processus de créance, tout en interrogeant ses modalités d'évaluation, de distribution ou d'appropriation, sous leurs formes économiques, sociales, politiques, culturelles et symboliques.

La rencontre accordera une large place à la recherche créative et à l'expérimentation artistique des objets et mécanismes économiques (monnaie, actions). Elle articulera relecture de textes canoniques, paroles de penseurs de différentes disciplines, expérimentations d'artistes et rencontres avec des acteurs de l'économie.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Argent, Arts, Créance, Crise, Économie, Fiction, Littérature, Monnaie


PROGRAMME DU COLLOQUE EN VISIOCONFÉRENCE (11-15 mai 2021) :

Mardi 11 mai
L'ÉCONOMIE DANS L'ART
Introduction générale du colloque
15h00
Mot d'accueil, par Edith HEURGON
Patrice BAUBEAU, Martial POIRSON & Yann TOMA : Introduction

16h00
Christine BARON : Flux monétaires à l'état gazeux


Mercredi 12 mai
L'ÉCONOMIE DANS L'ART
Écritures de l'argent — Présidence : Christine BARON
9h30
Commerces du théâtre, théâtralisations de l'argent, table ronde avec Isabelle BARBÉRIS (Postures anticapitalistes sur la scène contemporaine), Guillaume COT (Dom Juan ou le crédit d'une œuvre), Romain JOBEZ (Le théâtre est-il un luxe ? Des valeurs dans le domaine du spectacle vivant) et Béatrice SCHUCHARDT (L'économie politique transformée en fiction : la mise en scène des secteurs économiques dans le théâtre sentimental espagnol et français)

11h30
Désorientations, table ronde avec Agnieszka KOMOROWSKA ("Ça n'existe pas, une société qui ne batte pas monnaie". Communauté et fictions économiques dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes), Marion LAVAL-JEANTET (Les pratiques de détournement artistique de l'argent public face à la pression économique mondiale) et Isabelle de MAISON ROUGE (Money money money, ou le fric c'est chic)


Jeudi 13 mai
L'ÉCONOMIE DANS L'ART
Figurations, motifs, tropes économiques — Présidence : Sophie CRAS
13h30
Emmanuel BOUJU : Credit Crunch. Pour une poétique de l'insolvabilité [conférence-performance]

15h00
Pertes, profits, circulations, table ronde avec Ludovic DESMEDT (L'argent dans le neuvième art : les échanges monétaires vus par l'école franco-belge [en collaboration avec Jérôme BLANC]), Marius Warholm HAUGEN (Économie du risque et mises en scène de la loterie au début du XIXe siècle), Marie-Laure MASSEI-CHAMAYOU ("I shall eat ice & drink French wine and be above vulgar economy") et Christophe RIOUX (L'âge de l'artketing : les noces de l'art, du marketing et de l'économie)


Vendredi 14 mai
L'ÉCONOMIE DANS L'ART
Postures et impostures artistiques. Statements — Présidence : Yann TOMA
9h30
Stock Exchange, table ronde avec Christophe DOMINO (Gilles Mahé – Art & Gens) et Jacinto LAGEIRA (Philosophie de l'argent – Sur les Théories esthétiques de Georg Simmel)

11h00
Entreprises critiques, table ronde avec Res INGOLD (La relativité du vol), Yann TOMA (De Marcel Duchamp aux entreprises critiques – Chèque en bois, sociétés fictives et libération de capital artistique) et Stephen WRIGHT (Vers un art sans reste, sans excédent et sans plus-value)


Samedi 15 mai
L'ART DE L'ÉCONOMIE
Dimensions sensorielles des objets monétaires : une exploration à partir du faux — Présidence : Éric MÉCHOULAN
14h00
Éric MÉCHOULAN : Fausse monnaie et vérité artistique

Rhétorique des économistes — Présidence : Éric MÉCHOULAN
15h00
Styles et fictions des économistes, table ronde avec Sophie CRAS (Petits traités d'économie rédigés par des artistes), Annika NICKENIG (Abondance et ambivalence de l'argent. Jean Bodin et sa Réponse aux paradoxes de Malestroit [1568]), Alexandre PÉRAUD (Et l'économie devint épique), Christophe REFFAIT (Les métaphores chez Jean-Baptiste Say) et Benoît WALRAEVENS (Adam Smith et le théâtre de la vie sociale : le rôle des caractères dans ses œuvres)

17h30
Imaginaires économiques, table ronde avec Élise SULTAN-VILLET (Homo eroticus et homo œconomicus. Le calcul libertin ou le bonheur comptable) et Slaven WAELTI (Fertilité de l'argent et sacrifice : un imaginaire paradoxal de la monnaie)


PROGRAMME DES CONFÉRENCES DE CLÔTURE :

— Séminaire Arts & crise —
[ Institut national d'histoire de l’art ]

L'ART DE L'ÉCONOMIE
Fables et mythologies de l’économie — Présidence : Jean-Baptiste de FOUCAULD

Lundi 27 septembre 2021
17h00
André ORLÉAN : Les fables des économistes


Lundi 4 octobre 2021
17h00
Yann MOULIER-BOUTANG : L'abeille et l'économiste


Lundi 11 octobre 2021
17h00
Arnaud MANAS : "L'art de l'économie"


Lundi 18 octobre 2021
Atelier : La Révolution sera tokenisée, par Aude LAUNAY


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Christine BARON : Flux monétaires à l'état gazeux
L'argent au XXIe siècle se caractérise par son invisibilité et son ubiquité. À la manière des flux financiers et leur caractère immaîtrisable, la sociologie contemporaine et les arts se dématérialisent, mais cette dématérialisation est-elle neuve ? Après un bref détour historique, la communication portera entre autres sur le corps désincarné d'Eric (Cosmopolis) face à la compacité du corps civique qui associe à l'argent une ontologie spécifique et une éthique. Il ne s'agit plus dans une perspective romantique de refonder éthiquement le monde contre le pouvoir de l'argent mais de faire face à une utopie en suspension "pulvérulente" où se dissout même la possibilité d'un espace critique (Walter Siti). L'émergence d'une économie de l'attention (Citton) et d'une économie affective (Hochschild, Le prix des sentiments, 2017) investit le corps même des sujets en contexte néocapitaliste. Surgit alors le paradoxe d'un flux à la fois invisible, sans poids, et intériorisé qui investit le corps du sujet néolibéral comme une nouvelle forme diffuse de biogouvernance où l'État n'a aucune part. C'est cette apparente contradiction que ce travail tentera d'explorer notamment à travers la valorisation de l'émotion en contexte néocapitaliste.

Christine Baron est professeur de littérature comparée à l'université de Poitiers en délégation CNRS à "République des savoirs" (ENS Ulm). Après une thèse de théorie en littérature sur la notion d'utopie chez Calvino, Borges, Queneau, elle s'est spécialisée en épistémocritique et dans l'étude des relations économie/littérature et droit/littérature (France-USA).
Publications
La pensée du dehors, 2007, Coll. "Ouverture philosophique", L'Harmattan.
La littérature et son autre, 2008, Coll. "Littérature comparée", L'Harmattan.
Realism, antirealism in the XXth Century, 2010, Rodopi, Amsterdam.
Littérature, droit et transgression, 2013, La Licorne.
"Littérature et économie ; contacts, conflits, perspectives", 2013, Épistémocritique, n°12.
Literature and economics, 2017, en collaboration avec Cinla Akdere, Routledge.
The productivity of plagiarism, avec Charlotte Krauss et Larissa Polubojarinova.
En cours de parution
Le récit judiciaire, 2020, Presses du CNRS.
Contextes littéraires, émotions judiciaires, 2020, Garnier.

Emmanuel BOUJU
Emmanuel Bouju est Professeur de littérature comparée à l'université de la Sorbonne Nouvelle. Il a été membre senior de l'Institut Universitaire de France (programme "Littérature à crédit. Roman européen contemporain et paradigme fiduciaire", 2015-2020) et plusieurs fois Visiting Professor à Harvard University. Il co-dirige la collection "Littérature, Histoire, Politique" aux Classiques Garnier.
Dernier ouvrage
Épimodernes. Nouvelles "leçons américaines" sur l'actualité du roman, Codicille éditeur, Québec, 2020.

Guillaume COT : Dom Juan ou le crédit d'une œuvre
Dom Juan peut se lire comme une variation autour de la notion de crédit, en tant que création juridique et économique de valeur. La pièce met en scène des situations dans lesquelles un crédit est accordé, refusé ou dû à Dom Juan ou à d'autres personnages. Ce crédit peut être monétaire (comme dans le cas de Monsieur Dimanche), social (les frères d'Elvire), ou religieux (le Commandeur). Le crédit, la créance et la croyance fonctionnent dans l'œuvre selon une seule et même dynamique, et s'insinuent dans les moindres interactions. Nous proposons ainsi de nous saisir du phénomène du crédit, en tant que création de valeur par la croyance, comme grille de lecture dramaturgique, afin de dégager un discours porté par la pièce tant sur le crédit lui-même que sur le théâtre. Nous chercherons à déceler ce qui, dans Dom Juan, crée le théâtre par et autour du crédit.

Guillaume Cot est titulaire d'un master en études théâtrales de l'École normale supérieure ainsi que d'un master en droit public de l'université de la Sorbonne. Il est actuellement doctorant à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, où il rédige une thèse sous la direction de Martial Poirson. Sa thèse est intitulée : "La Scène et la Loi. Les dramaturgies du droit pendant la Révolution française, 1789-1794". Il est également attaché temporaire d'enseignement et de recherche à l'université de Lille.

Sophie CRAS : Petits traités d'économie rédigés par des artistes
Qu'advient-il de l'économie lorsqu'elle est pensée, inventée, rêvée par les artistes ? On le sait peu, mais nombreux furent les artistes qui, de la fin du XIXe siècle jusqu'à aujourd'hui, se firent un temps économistes et rédigèrent de véritables petits traités ambitionnant de renouveler la discipline. Cette contribution se propose de traverser ces textes et d'en explorer la portée d'aujourd'hui. Qu'ils aient suivi une formation universitaire en économie (tel Vassily Kandinsky ou Robert Filliou), qu'ils aient construit leur conception théorique de l'art en dialogue avec des économistes (comme William Morris ou Joseph Beuys), ou qu'ils aient élaboré un système théorique à part entière (à l'instar d'Asger Jorn ou d'Isidore Isou), ces artistes nous livrent une vision riche et singulière, tant sur la pensée économique de leur temps que sur les enjeux d'aujourd'hui.

Sophie Cras est maîtresse de conférences en Histoire de l'art contemporain à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et s'intéresse à de nouvelles approches à l'intersection de l'art et de l'économie. Son premier livre, L'économie à l'epréuve de l'art. Art et capitalisme dans les années 1960 (Presses du réel, 2018 ; traduit chez Yale University Press, 2019) s'intéresse au regard créatif et critique que les artistes contemporains ont porté sur l'économie de leur temps.

Ludovic DESMEDT : L'argent dans le neuvième art : les échanges monétaires vus par l'école franco-belge [en collaboration avec Jérôme BLANC]
Les échanges monétaires apparaissent de manière plus ou moins réaliste dans de nombreuses bandes dessinées : le but de cette communication consiste à délimiter le(s) rôle(s) de l'argent lorsqu'il est représenté dans les "grandes" séries franco-belges. Nous nous appuierons sur certains titres issus des séries Tintin, Astérix et Obélix, Lucky Luke, Les Schtroumpfs, Tif et Tondu, Gaston Lagaffe, Achille Talon ou Rahan pour repérer plusieurs thèmes : les effets sociaux de l'apparition de la monnaie, ses usages au sein de certaines communautés, la confrontation de systèmes monétaires différents, la corruption via la monnaie…

Jérôme Blanc est professeur des universités à Sciences Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle (UMR 5206). Ses travaux portent principalement sur la monnaie et la pluralité de ses formes, qu'il aborde en particulier d'un point de vue socioéconomique et d'histoire des idées.
Publication
Les monnaies alternatives, La Découverte, Repères, 2018.

Ludovic Desmedt est professeur à l'université de Bourgogne-Franche Comté et chercheur au LEDi. Il s'intéresse à l'évolution des pratiques bancaires et des théories monétaires.
Publication
A co-édité avec J. Blanc, Les pensées monétaires dans l'histoire, Classiques Garnier, 2014.

Marius Warholm HAUGEN : Économie du risque et mises en scène de la loterie au début du XIXe siècle
Cette intervention interrogera les mises en scène de la loterie dans le théâtre parisien au début du dix-neuvième siècle : Le hasard corrigé par l'amour (1801), Les Petites marionnettes, ou la Loterie (1806), L'Isle de mariages, ou les Filles en loterie (1809), Le Billet de Loterie (1811), La Maison en loterie (1818), Le jeune homme en loterie (1821). La suppression en 1793 de la Loterie royale, son rétablissement en 1795 avec la naissance de la Loterie nationale, et les débats qui accompagnaient ces décisions, reflétaient un problème économique, moral et politique : l'État français devait-il profiter d'une institution financière très rentable, ou devait-il abolir un système d'Ancien Régime servant à exploiter les classes populaires ? On examinera comment ces enjeux sont traduits dans les "comédies de loterie". Il s'agira surtout de déterminer dans quelle mesure celles-ci produisent des réponses explicites ou métaphoriques aux enjeux liés à la loterie comme institution financière.

Marius Warholm Haugen est maître de conférences en littérature française à NTNU, Université des sciences et techniques de Norvège, Département de Lettres modernes. Il est l’auteur de plusieurs articles sur la littérature française et italienne du dix-huitième siècle.
https://www.ntnu.edu/employees/marius.haugen
Publication
Jean Potocki : esthétique et philosophie de l'errance, Peeters 2014.

Res INGOLD : La relativité du vol
La compagnie aérienne transmediale exploite une large gamme de services complémentaires dans le cadre du trafic aérien et développe un service de substitutions du transfert des matières premières et des principes actifs. Elle s'est engagée depuis plus de 60 ans en faveur de la mobilité atmosphérique et de la sécurité des atterrissages. L'aviation civile est toujours au centre du modèle économique d'Ingold Airlines. Cependant le marché a unilatéralement accéléré et polarisé le développement. En conséquence, de nouveaux domaines de responsabilité sont apparus dans tous les secteurs de la mobilité. L'avenir du trafic aérien doit également être envisagé toujours davantage dans une perspective écologique. La perspective opérationnelle se tourne de plus en plus vers des motifs immatériels décisifs.

Romain JOBEZ : Le théâtre est-il un luxe ? Des valeurs dans le domaine du spectacle vivant
Le théâtre peut être l'objet de différentes sortes d'analyse, faciles à prendre en défaut quand elles ont tendance à mettre de côté sa dimension esthétique. D'une part, un discours purement économique, vite réduit à la question de sa rentabilité, de l'autre, des jugements normatifs, voire idéologiques. Or axiologie et économie critiquent toutes deux le spectacle vivant à l'aune de la valeur, notion qui a été récemment débattue dans le domaine de la sociologie. C'est ainsi que les travaux de Nathalie Heinich ont fait apparaître une tension entre descriptivité et normativité lorsqu'il est question de valeurs. Il convient de se demander si cette tension n'est pas constitutive de toute activité artistique, et plus particulièrement du théâtre, dans une opération consistant à la mise en circulation et à la conversion permanente des valeurs et qui s'apparenterait, depuis longtemps, au fonctionnement du monde du luxe.

Romain Jobez est professeur des universités en Études théâtrales à l'université de Caen. Ses recherches portent sur l'histoire culturelle des spectacles, en Allemagne et en France (en particulier du XVIIe au XIXe siècle), ainsi que sur la sociologie du théâtre.
Dernière publication
Des comédiens aux acteurs : genèse du champ théâtral dans l'Allemagne du XVIIIe siècle (sous presse).
Bibliographie
Isabelle Barbéris, L'art du politiquement correct, Paris, 2019.
Nathalie Heinich, Des valeurs. Une approche sociologique, Paris, 2017.
Olivier Neveux, Contre le théâtre politique, Paris, 2019.

Agnieszka KOMOROWSKA : "Ça n'existe pas, une société qui ne batte pas monnaie". Communauté et fictions économiques dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes
Circulant sur la même "pulsation souterraine" (Vernon Subutex 1, p. 233 sq.), art et argent sont intrinsèquement liés dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes. C'est avant tout la musique qui tisse le lien entre les protagonistes du roman, dont la plupart frôle et/ou tombe dans la précarité, pour ensuite expérimenter une nouvelle communauté que la narration présente comme utopie sociale. Le leitmotiv musical concerne en même temps la symbolique du flux de l'argent et la polyphonie des voix. Les mouvements sur les marchés des capitaux suivent une logique de "l'infra-instabilité", et les protagonistes essaient de déchiffrer, chacun de sa manière, le "diapason du logarithme" économique (ibd.). La polyphonie des voix reste unie par une narration désillusionnée et sarcastique qui démonte les utopies en même temps qu'elle présente la toute-puissance de l'argent comme force destructrice de la société.

Agnieszka Komorowska est enseignant-chercheur en littérature française et espagnole à l'université de Mannheim. Elle est l'auteur d'une thèse de doctorat sur l'écriture de la honte dans la littérature française contemporaine (Winter, 2017), et a publié un livre collectif sur les poétiques de l'échec et la narration non-économique (Fink, 2018, avec Annika Nickenig). Elle prépare un thèse HDR sur la relation entre amitié et économie dans la littérature espagnole aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Marion LAVAL-JEANTET : Les pratiques de détournement artistique de l'argent public face à la pression économique mondiale
Le tournant du XXIe siècle a vu la naissance d'un certain nombre d'expérimentations artistiques de détournement de l'argent public très symptomatique d'une situation économique intenable pour les artistes : étalage des frais de production d'exposition présentés sous forme de billets de banque, présentation d'achat de biens personnels obtenus avec le concours des musées, promotions dans des magasins privés offertes par des institutions culturelles publiques… Un ensemble d'expériences visant tout autant la révision utopique du système consumériste, que la dénonciation des nouveaux rouages de l'institution culturelle dans lesquels la survie de l'artiste n'est pas prise en compte. Ces propositions singulières, ludiques, parfois cyniques, conduisent immanquablement le spectateur sur le terrain politique d'une remise en cause du système social et culturel dans lequel il vit. Profondément ancrés dans une réflexion sur l'économie contemporaine, ces gestes de détournement sont peut-être une des plus fortes expressions de liberté artistique à l'heure d'une mondialisation exclusivement focalisée sur l'argent.

Marion Laval-Jeantet est professeure des universités à Paris I–Panthéon-Sorbonne, artiste et chercheure en art, en bio-anthropologie et en ethnopsychiatrie. Elle mène au sein du duo Art Orienté Objet une œuvre artistique engagée fortement, marquée par les sciences du vivant, et en particulier l'écologie. Ses recherches en art portent sur l'art environnemental, le bio art et les rapports entre art et anthropologie.
Publications récentes
No man's land. L'homme a-t-il encore sa place ?, Paris, C.Q.F.D., 2019.
Microbiota. Créer et soigner, Paris, Presses du réel, 2020.

Isabelle de MAISON ROUGE : Money money money, ou le fric c'est chic
L'économie ou, singulièrement, l'écosystème de l'art, devient à la fois le sujet et l'objet de formulations plastiques, autant prétexte que modèle, thème que motif. En développant leurs propres structures de distribution, en devenant émetteurs de monnaie fiduciaire ou d'actions au porteur, certains artistes produisent un ensemble de propositions qui ouvrent largement les frontières entre art et vie, entre production artistique et formes d'économie. Par des attitudes diverses, associées à des projets spécifiques, ils engagent le regardeur-participant à s'interroger sur les rapports de force que détermine l'argent dans nos sociétés contemporaines, les actes compulsifs d'achat et les situations de crises que peuvent provoquer la surabondance.

Diplômée de la Sorbonne, docteur en art et science de l'art, Isabelle de Maison Rouge est historienne de l'art, critique d'art et commissaire d'exposition. Auteure de nombreux essais sur l'art contemporain et de textes de catalogues, elle collabore régulièrement à diverses revues d'art contemporain (artpress, Optical Sound, Possible, Point contemporain…).
Publications
Mythologies personnelles, Éditions d'art Scala, collection "Tableaux choisis", avril 2004, réédition 2006.
Business Model, Catalogue de l'exposition eponyme à La Vitrine am, 2014.
"Philippe Mairesse" [Entretien], Optical Sound, n°2, automne 2014.
"Quel statut pour l'art à la marge ?", artpress, mai 2015, n°422, p.85-87 [fre/eng].
"Yann Dumoget" [Entretien], Optical Sound, automne 2015.
10 clefs pour collectionner l'art contemporain, Archibooks, 2008, réédition actualisée juin 2010, réédition actualisée 2016.
Le mythe de l'artiste au-delà des idées reçues, Éditions du Cavalier Bleu, collection "Idées reçues", octobre 2017.
"Jazon Frings", artpress, janvier 2017, n°440, p.5, p.66-68 [fre/eng].
"Artiste infantilisé", Point contemporain, 2018.

Arnaud MANAS : "L'art de l'économie"
Cette contribution explorera les liens entre l'art et les signes monétaires par le biais des chemins de traverse que sont la falsification, le détournement et la dépréciation de la monnaie par l'art (et réciproquement). Il s'agit de déconstruire les combinaisons artistes-billets sous les angles techniques et sémantiques. En partant de l'art du billet, on abordera les questions de la croyance et de la crédibilité, et, en particulier, celle du common knowledge sur ce qu'est un billet et sa valeur. Les dialectiques de l'unique et de la reproduction, du vrai et du faux, de l'original et du simulacre, de l'authentique et de la contrefaçon permettront une mise en abyme de l'art et de la monnaie à travers des cas concrets :
- vrais artistes pour vrais billets : les cas Luc-Olivier Merson, Maurice Denis, Lucien Jonas ;
- vrai artiste pour faux-faux billet : le cas Picasso ;
- faux-vrai artiste pour vrai-faux billet, le cas Bojarski…

Arnaud Manas dirige le service du patrimoine historique et des archives de la Banque de France. Ingénieur, docteur en économie et en histoire, il est chercheur associé à l'université de Paris I – Sorbonne (IDHE.S). Ses travaux portent principalement sur l'histoire monétaire française et celle de la Banque de France. Ses recherches portent notamment sur l'histoire du faux-monnayage ainsi que sur le patrimoine artistique et culturel de la Banque de France.
Publications
L'or de Vichy, Éditions Vendemiaire, 2016.
Zweig & la Souterraine : l'or de la Banque de France, Artélia Éditions, 2016.
La Galerie dorée de la Banque de France. Quatre siècles d'art, d'histoire et de pouvoir, Banque de France, 2018.

Marie-Laure MASSEI-CHAMAYOU
Agrégée d'anglais, Marie-Laure Massei-Chamayou est maître de conférences en études anglophones à l'université Paris 1-Panthéon Sorbonne et membre du Centre d'Histoire du XIXe Siècle. Spécialiste de l'œuvre de Jane Austen, elle s'intéresse à l'évolution des représentations de l'argent, de l'économie domestique ou politique chez les romancières britanniques des XVIIIe et XIXe siècles, telles Eliza Parsons, Frances Burney, Maria Edgeworth, George Eliot, Elizabeth Gaskell ou Harriet Martineau.

Annika NICKENIG : Abondance et ambivalence de l'argent. Jean Bodin et sa Réponse aux paradoxes de Malestroit (1568)
La Réponse aux paradoxes de Malestroit, publié par Jean Bodin en 1568, constitue un exemple paradigmatique d'une interférence productive entre plusieurs domaines de connaissance différents. Dans le but de démentir la théorie monétaire de son collègue concernant les causes de la cherté en France, Bodin développe une théorie quantitative de la monnaie qui marquera l'évolution de la pensée économique. Dans son argumentation, il ne prend pas seulement en considération les aspects économiques de son temps, mais il se réfère à une multitude d'exemples historiques, philosophiques, bibliques et littéraires qui lui servent à illustrer son propos. L'on s'intéressera donc à l'utilisation de procédés littéraires de ce traité et suivra l'hypothèse qu'il existe une homologie productrice entre son contenu — à savoir la découverte d'une ambivalence problématique de l'abondance monétaire — et son utilisation d'une multitude de sources et de discours divers.

Annika Nickenig est enseignante-chercheuse à la Humboldt-Universität de Berlin. Elle prépare une HDR sur l'abondance esthétique et économique en Espagne et France (1550-1650). Domaine de recherches : littérature et économie, nouvelles, discours de l'idyllique.
Publications récentes
Poetiken des Scheiterns, München, 2018 (avec A. Komorowska).
"Übungen des Schreibens. Ich-Ökonomie", in M. de Montaignes, "De l'exercitation" (II,6), in Goumegou/Gipper, Elan und Müdigkeit, Würzburg, 2020.

Claire PIGNOL : Richesse réelle ou monétaire : des imaginaires conflictuels ?
La richesse n'est pas seulement composée de ressources, matérielles ou immatérielles, susceptibles de satisfaire des besoins. Elle est aussi l'objet de désirs dont l'évidence ne s'impose pas à l'agent qui les éprouve, et qui au contraire sont pour lui opaques et parfois contradictoires. Elle est par là l'objet d'une intense activité imaginative, à laquelle donne accès le roman. Les châteaux en Espagne que bâtissent les personnages, les raisons qu'ils donnent à leurs décisions, les désirs qu'ils expriment parfois confusément, font apparaître une variété d'imaginaires. Les imaginaires associés aux richesses réelles, qui sous-tendent les désirs des biens dont on jouit dans la consommation, s'opposent-ils aux imaginaires délirants et sans mesure associés à la forme monétaire de la richesse ? Ou peut-on à l'inverse faire apparaître une continuité entre besoins et désirs, entre une recherche raisonnable des jouissances et les pathologies de la démesure ?

Claire Pignol, maître de conférences en économie (U Paris I – PHARE), étudie l'histoire de la pensée et la philosophie économique ainsi que les représentations de l'économie dans la littérature narrative.
Publications récentes
"Which Economic Agent Does Robinson Crusoe Represent ?", Economics and Literature. A Comparative and Interdisciplinary Approach, C. Akdere & C. Baron (ed.), Routledge, 2018.
"L'échec économique : l'évaluation des situations au regard des intentions", Poetiken des Scheiterns. Formen und Funktionen unökonomischen Erzählens, A. Komorowska & A. Nickenig (ed.), Wilhelm Fink Verlag, 2018.

Christophe REFFAIT : Les métaphores chez Jean-Baptiste Say
Jets d'eau, pression de l'air et équilibre des forces : les métaphores et analogies qui apparaissent sous la plume de Jean-Baptiste Say, par exemple dans le "Discours préliminaire" du Traité d'économie politique de 1803, disent d'une part l'influence des sciences physiques sur la science économique en construction, d'autre part et plus généralement l'importance des images dans la rhétorique de l'économie. C'est dans et par ces expédients rhétoriques, et les références qu'ils supposent, qu'apparaît le mieux le sens du discours économique.

Christophe Reffait est professeur à l'université de Picardie Jules Verne (Amiens).
Publication
Les lois de l'économie selon les romanciers du XIXe siècle, Classiques Garnier, 2020.

Christophe RIOUX : L'âge de l'artketing : les noces de l'art, du marketing et de l'économie
Mot-valise mariant l'art et le marketing, l'artketing désigne les hybridations actuellement à l'œuvre entre ces différents champs. La notion peut s'appliquer à des créations commerciales s'inspirant de l'art comme à des collaborations entre marques et artistes. S'inscrivant dans le contexte plus général d'un capitalisme esthétique, ces rapprochements se sont intensifiés ces dernières années et ont fait l'objet de stratégies de plus en plus élaborées de la part des marques. Quel que soit leur secteur d'activité, elles revendiquent une reconnaissance artistique et viennent redéfinir les frontières de l'art et de l'économie, à travers la montée en puissance des industries culturelles et créatives. L'action des marques concerne l'ensemble des éléments du marketing, qu'il s'agisse du produit, de la distribution, du prix ou de la communication. Elle induit par ailleurs de profondes mutations dans l'écosystème de l'art, traversé par l'économie.

Diplômé de l'ESCP, du CELSA-Sorbonne Université et de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Christophe Rioux est enseignant-chercheur, critique d'art et écrivain. Directeur de programmes de Masters spécialisés dans le domaine des industries culturelles et créatives, il enseigne à Sciences Po Paris, Sorbonne Université et dans plusieurs grandes écoles. Chroniqueur sur France Culture, il a présenté Les Deniers de la Culture sur France 5 et écrit pour le Groupe BeauxArts, LIRE Magazine littéraire et la revue Études. Il est également auteur de romans publiés chez Flammarion et d'essais parus chez d'autres éditeurs.
Sélection de publications
Assignés à résidence, Éditions Gallimard, 2020.
"Un art anthropocène", in Food/Water/Life, Actes Sud, 2014.
"Le luxe et l'art : du marketing à l'artketing", in O. Assouly (dir.), Le luxe : essais sur la fabrique de l'ostentation, Éditions IFM/Regard, 2013.
Tête de gondole, Flammarion, 2009.
Des croix sur les murs, Flammarion, 2006.

Béatrice SCHUCHARDT : L'économie politique transformée en fiction : la mise en scène des secteurs économiques dans le théâtre sentimental espagnol et français
Le "genre sérieux" inventé par Diderot a connu un succès énorme non seulement en France, mais aussi en Espagne. L'adaptation du genre par les dramaturges espagnols, connue sous le terme de comedia lacrimosa ou género sentimental, va de pair avec la réception du roman sentimental anglais dans les deux pays. Cette intervention propose une comparaison des comédies sentimentales espagnoles et françaises en lien avec leurs représentations respectives du discours économique de l'époque. Il s'agira aussi d'analyser la relation entre valeurs morales et morale économique établie par les pièces dans leur contextes culturels différents : d'une part, une France de plus en plus sécularisée ; d'autre part, une Espagne toujours marquée par l'alliance de pouvoir entre l'Église et la couronne, et où le procédé de sécularisation se voit ralenti, sinon mis à terme par un gouvernement espagnol profondément inquiété par la Révolution française.

Béatrice Schuchardt est maître de conférences en littérature française et hispanophone à l'université de Münster (Westphalie, Allemagne). Elle a récemment fait son HDR sur les discours économiques du XVIIIe siècle et leurs personnifications dans les comédies sentimentales espagnoles.
Publications
Verkörperungen des Ökonomischen in sentimentalen Komödien der spanischen Spätaufklärung. Diskurs – Figur – Gattung – Geschlecht, Frankfurt/Main, Vervuert (à paraître).
"Économies amoureuses : homologies structurales dans les comédies espagnoles et françaises du XVIIIe siècle", in L'homme et la société, 200, 2, 2016, pp. 171-187.

Élise SULTAN-VILLET : Homo eroticus et homo œconomicus. Le calcul libertin ou le bonheur comptable
L'homo eroticus représenté par les romans libertins du XVIIIe siècle est-il l'ancêtre de l'homo œconomicus ? Étonnamment les libertins de Crébillon à Sade, en passant par Duclos, Dorat, Nerciat… font mentir l'adage "quand on aime, on ne compte pas". Certes, on trouve bien quelques obsédés du chiffre qui additionnent gaiement leurs exploits sexuels. Néanmoins, on rencontre tout autant des figures modérées qui optent pour la décroissance libidinale. Entre ces deux extrêmes, l'économie libertine à l'œuvre repose sur une circulation des corps dont on planifie la consommation immédiate tout en prévoyant une épargne mnésique en vue d'une jouissance différée. Ainsi, les dépenses libidinales ne sont pas si improductives : elles nourrissent l'imaginaire qui les capitalise quand elles n'inspirent pas la perle des plans économiques.

Élise Sultan-Villet est enseignante et docteure en philosophie (académie d'Amiens, université Picardie Jules Verne ; université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / HIPHIMO). Depuis 2014, elle est co-organisatrice du séminaire "Fictions et économies" avec Claire Pignol (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / PHARE) à l'université Paris 1.
Publications
L'économie à l'épreuve de la fiction, M. Chottin et É. Sultan (dir.), Paris, Corpus, revue de Philosophie, n°69, 2016.
"Le calcul des plaisirs et des peines dans les romans libertins du XVIIIe siècle", Paris, in Corpus, revue de philosophie, n°69, 2016.
"Du luxe au calme : la volupté dans les romans libertins", in Contre le luxe XVIIe-XVIIIe siècle, É. Pavy-Guilbert et F. Poulet (dir.), Paris, Classiques Garnier, "Rencontres / Le Siècle classique", à paraître.
Les romans libertins du XVIIIe siècle : la philosophie des sens dessus dessous, Paris, Honoré Champion, "Les Dix-huitièmes siècles", à paraître.

Slaven WAELTI : Fertilité de l'argent et sacrifice : un imaginaire paradoxal de la monnaie
Dans Le Sopha, Crébillon met en scène un étranger petit-maître. Le coureur Mazulhim est en effet un impuissant dont la réputation ne tient qu'"à la discrétion des femmes". Ce récit peut servir de point de départ à une réflexion sur le crédit social du séducteur et permet d'interroger le prix le plus insoupçonné de l'usage de la monnaie — en particulier fiduciaire. Sa valeur est-elle autre chose qu'une réputation à laquelle tous croient, mais qui ne repose que sur une jouissance promise et jamais obtenue ? Est-ce un hasard si c'est précisément une défaillance masculine qui la fonde ? Et, plus avant, est-ce un hasard si sa couverture n'est autre que le silence partagé par des femmes sur cette impuissance ? À ces questions, nous trouverons certaines réponses dans la théorie des genres proposée par Christina von Braun en 2012 dans Der Preis des Geldes : eine Kulturgeschichte [Le Prix de l'argent : une histoire culturelle] dont nous voulons discuter la pertinence à partir de textes littéraires du XVIIIe siècle.

Slaven Waelti est enseignant-chercheur à l'université de Bâle. Après une thèse de doctorat consacrée à la question de la communication littéraire chez Pierre Klossowski (Klossowski l'incommunicable. Lectures complices de Gide, Bataille et Nietzsche, Droz 2015), il s'est tourné vers la question de l'économie des échanges au XVIIIe siècle. Il développe actuellement un projet de recherche sur la notion "d'optimum" et d'optimisation au temps des Lumières.


BIBLIOGRAPHIE :

• Cinla Akdere and Christian Biet (ed.), Economics and Literature. A comparative and interdisciplinary Approach, London and New York, Routledge, 2018.
• Christine Baron (dir.), "Littérature et économie", Épistémocritique, n°12, Printemps 2013.
• Daniel Bell, Les contradictions culturelles du capitalisme [1976], Paris, PUF, 1979.
• Walter Benjamin, Charles Baudelaire. Un poète lyrique à l'apogée du capitalisme [1923], Paris, Payot, 1982.
• Christian Biet, Stéphanie Loncle, Martial Poirson et Geneviève Sicotte (dir.), Fiction et économie : représentations de l'économie dans la littérature et les arts du spectacle, XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires de Laval, 2013.
• Christian Biet, Yves Citton et Martial Poirson (dir.), Les Frontières littéraires de l'économie (XVIIe-XXe siècles), Paris, Desjonquères, 2008.
• Pierre Bras et Claire Pignol (dir.), Économie et littérature, L'Homme et la Société, n°200, 2016.
• Yves Citton, Portrait de l’économiste en physiocrate. Critique littéraire de l'économie politique, Paris, L'Harmattan, 2000.
• Pierre Force, Molière, ou le prix des choses. Morale, économie et comédie, Paris, Nathan, 1994.
• Pierre Force, Self-Interest before Adam Smith : A Genealogy of Economic Science, Cambridge University Press, 2003.
• Pierre Force (dir.), De la morale à l’économie politique : dialogue franco-américain sur les moralistes français, Revue Op. Cit., n°6, 1996.
• Frederic Jameson, Le postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif [1991], Beaux Arts de Paris éditions, 2011.
• D. N. McCloskey, "The Rhetoric of Economics", Journal of Economic Literature, vol. 31, 1983, p. 482-517.
• D. N. McCloskey, The Rhetoric of Economics, Madison, The University of Wisconsin Press, 1998.
• Éric Méchoulan, La crise du discours économique, Paris, Éditions Nota Bene, 2013.
• Martial Poirson, Art et argent au temps des Premiers Modernes, Oxford, SVEC, 2004:10, 2004.
• Martial Poirson, Politique de la représentation : littérature, arts du spectacle, discours de savoir, Paris, Champion, 2014.
• Martial Poirson, Spectacle et économie à l'âge classique, Paris, Classiques Garnier, 2011.
• Marc Shell, Money, Language and Thought : Literary and Philosophical Economies from the Medieval to the Modern Era, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1993.
• Marc Shell, Art and Money, Chicago-London, University of Chicago Press, 1995.
• Marc Shell, The Economy of Literature, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1996.
• Georg Simmel, Philosophie de l'argent [1900], Paris, PUF, 1987.
• Michael Watts, The Literary Book of Economics, ISI Books, 2003.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

En raison des contraintes sanitaires liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, Cerisy s'adapte et restructure cette rencontre de la manière suivante : un temps en distanciel lors d'une journée d'étude programmée le lundi 3 mai 2021 (programme disponible ci-dessous) et un temps en présentiel à Cerisy du mercredi 11 mai au dimanche 15 mai 2022.

La direction du CCIC


ARTS ET ÉCRITS REBELLES

IMAGES DISSIDENTES ET RÉSISTANCES DE LA LANGUE


DU VENDREDI 30 AVRIL (19 H) AU MARDI 4 MAI (14 H) 2021

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Idoli CASTRO, Sonia KERFA, Sophie LARGE, Evelyne LLOZE, Yolaine PARISOT


ARGUMENT :

Se rebeller, c'est repartir en guerre selon l'étymologie. Repartir implique un acte de réinvention des pratiques tant artistiques que littéraires, et il faut faire crédit à la rébellion et à la dissidence d'une capacité d'inventivité qui atteint l'ensemble des créations humaines, y compris les arts. Plus de soixante-dix ans après la célèbre définition de l'"artiste engagé" par Sartre, ce colloque propose d'analyser les reconfigurations actuelles de la résistance dans les arts et les écrits, et ainsi d'étudier en quoi l'émergence de nouvelles épistémologies ont pu profondément les modifier en faisant entrer dans le champ de la connaissance certaines pratiques. Les travaux s'intéresseront non pas à une aire culturelle mais à un réseau de relations : celles du monde dit occidental articulé aux mondes des "Suds" qui ont expérimenté des formes de rébellions et des révolutions multiples et diverses, mais aussi des manières de vivre la démocratie et de revendiquer des libertés individuelles qui ont été fécondes pour la création.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Arts visuels, Émancipation, Littérature, Rébellion, Réinvention


PROGRAMME DE LA JOURNÉE D'ÉTUDE EN DISTANCIEL DU 3 MAI 2021 :

11h-11h15
Présentation de la journée par l'équipe organisatrice

11h15-11h55
Valérie K. ORLANDO : Les voix insoumises postcoloniales des cinéastes maghrébines

11h55-12h05
Échanges avec le public

13h30-14h10
Chloé CHAUDET : Peter Weiss transaréal ? Enjeux et limites d'une (re)lecture de L'Esthétique de la résistance par temps de mondialisation

14h10-14h25
Échanges avec le public

14h25-15h05
Éliane VIENNOT : Langue des hommes ou langue de l'égalité : une rébellion renouvelée

15h05-15h20
Échanges avec le public
Clôture de la journée par l'équipe organisatrice


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Chloé CHAUDET : Peter Weiss transaréal ? Enjeux et limites d'une (re)lecture de L'Esthétique de la résistance par temps de mondialisation
"Roman-essai" de près de mille pages, Die Ästhetik des Widerstands (3 vol., 1975-1981) s'est maintes fois heurté à la résistance même des traducteurs et éditeurs, en dépit de son statut d'œuvre culte dans l'aire germanophone. Sa réédition récente en langue française (Klincksieck, 2017, dans la traduction d'Éliane Kaufholz-Messmer) nous invite à une (re)lecture actualisante de cette "Iliade du mouvement ouvrier et de la lutte contre le fascisme au XXe siècle" (Nicolas Weill). Il s'agira ainsi d'envisager la dimension fondatrice de cette somme intermédiale dans le cadre d'une épistémologie des arts rebelles. À ce titre, nous nous proposons d'interroger la portée transaréale (Ottmar Ette) de l'engagement littéraire et artistique prôné, figuré et réalisé par Peter Weiss : dans quelle mesure son magnum opus peut-il toujours se lire comme un "manifeste pour l'internationalisme" (Linda Lê) ?

Chloé Chaudet est maîtresse de conférences en littérature générale et comparée à l'université Clermont Auvergne, et membre du CELIS. Après avoir publié un essai, issu de sa thèse, consacré aux Écritures de l'engagement par temps de mondialisation (Classiques Garnier, 2016), elle poursuit ses recherches sur les liens entre littérature, politique et société dans une perspective internationale et, plus récemment, transmédiale.

Valérie K. ORLANDO : Les voix insoumises postcoloniales des cinéastes maghrébines
À partir de plusieurs films, cette communication étudiera le cinéma féminin produit par les maghrébines vivant l'époque postcoloniale. Leurs œuvres cinématiques ont contribué au fil des décennies postcoloniales aux discours sociopolitiques et culturels au Maghreb. Cette communication considérera aussi certains moments historiques qui ont influencé les sujets des cinéastes du Maghreb. Ces moments comprennent : Les années de plomb au Maroc, La décennie noire en Algérie et La révolution du jasmin en Tunisie.

Valérie K. Orlando est professeur de littérature francophone à l'université du Maryland. Elle a obtenu la bourse Fulbright-Tocqueville Distinguished Chair (automne 2019) et une bourse du Collegium-Lyon, L'Insitut d'études avancées (printemps 2020).
Publications récentes
The Algerian New Novel : The Poetics of a Modern Nation, 1950-1979, University of Virginia Press, 2017.
New African Cinema, Rutger's University Press, 2017.
Screening Morocco : Contemporary Film in a Changing Society, Ohio UP, 2011.

Éliane VIENNOT : Langue des hommes ou langue de l'égalité : une rébellion renouvelée
Les polémiques qu'a connues la société française depuis une quarantaine d'années, d'abord autour de la "féminisation" des noms de métiers et fonctions, puis autour de "l'écriture inclusive" font apparaitre deux idées fausses. La première : elles seraient nouvelles. La seconde : elles auraient pour fondement le désir des féministes contemporaines de modifier la langue afin de lui faire servir leurs objectifs. La conférence reviendra sur ces croyances en montrant que ce sont au contraire les distorsions introduites dans la langue par des lettrés masculinistes qui ont provoqué des contestations — dès le XVIIe siècle, et d'abord au sein du milieu savant lui-même. Le sujet concerne bien entendu toute la francophonie, dont les territoires d'implantation ont subi l'influence des diktats parisiens dans une mesure inversement proportionnelle à leur éloignement de la Métropole.

Éliane Viennot a enseigné la grammaire et la littérature française dans les universités de Seattle (USA), Nantes, Corte, Saint-Étienne, et elle a été dix ans membre de l'Institut universitaire de France. Ses recherches portent sur les écrivaines de la Renaissance, les actrices politiques de ce temps, l'histoire des relations de pouvoir entre les sexes en France, la Querelle des femmes et ses conséquences dans la langue française.
http://www.elianeviennot.fr/


BIBLIOGRAPHIE :

• BALASINSKI Justyne, "Art et constestation", in Olivier FILLEULE (éd.), Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Sciences Po, 2009, pp. 67-73.
• BALASINSKI Justyne & MATHIEU Lilian, "Introduction", in Justyne BALASINSKI & Lilian MATHIEU (éd .), Art et contestation, Rennes, PUR, 2010, pp. 9-27.
• BRETON André & RIVERA Diego, Pour un art révolutionnaire indépendant, Mexico, le 25 juillet 1938 [Manifeste de la Fédération internationale des Artistes révolutionnaires indépendants / rédigé avec la collaboration de Léon Trotsky], Service d'édition et de librairie du Parti communiste internationaliste (IVe Internationale), 1938, 4 p.
• DELEUZE Gilles, "Qu'est-ce que l'acte de création ?", Conférence donnée dans le cadre des mardis de la fondation Femis 17/05/1987 [Disponible sur https://www.webdeleuze.com/].
• DEWITTE Jacques, Le Pouvoir de la langue et la liberté de l'esprit, essai sur la résistance au langage totalitaire, Michalon, 2007.
• SAID Edward, L'Orientalisme : L'Orient créé par l'Occident, Paris, Éditions du Seuil [1980], 2005.
• SARTRE Jean-Paul, "Qu'est-ce que la littérature ?", Les Temps modernes, 1947.
• SCOTT James C., La domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, Paris, Éditions Amsterdam [1992], 2008.
• TARROW Sidney, "La mondialisation des conflits : encore un siècle de rébellion ?", Études internationales, n°24, vol. 3, 1993, p. 513–531.


SOUTIENS :

• Laboratoire Passages XX-XXI [Université Lumière Lyon 2]
• Institut des langues et cultures d'Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (ILCEA4) [Université Grenoble Alpes]
• Unité de recherche interdisciplinaire "Interactions culturelles et discursives" (ICD) — EA 6297 [Université de Tours]
• Centre d'études sur les langues et les littératures étrangères et comparées (CELEC) — EA 3069 [Université Jean Monnet Saint-Étienne]
• Laboratoire de recherche "Lettres, idées, savoirs" (LIS) — EA 4395 [Université Paris-Est Créteil]
• Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA) — UMR 5190 [Université de Grenoble-Alpes]
• Projets internationaux Idex Ré-Part [Université Grenoble Alpes] et I+D MoDe(s) [Université de Barcelone]