Programme 2020 : un des colloques


ART / ARGENT :
L'ÉCONOMIE À L'ŒUVRE


DU MARDI 2 JUIN (19 H) AU MARDI 9 JUIN (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Patrice BAUBEAU, Martial POIRSON, Yann TOMA


ARGUMENT :

Ce colloque interdisciplinaire portera sur les relations entre les arts et l'économie d'hier à aujourd'hui. En effet, les formes de production, de représentation et de réception de l'art à travers les âges sont indissociables du système économique de leur temps sans en être pour autant une simple transposition, alors que la mise en fiction de l'économie, sa réalité parfois portée à la critique, sublimée ou transformée par l'art, autorisent de subtiles stratégies d’infiltration, de détournement, de subversion de l'attribution de la valeur. D'où l'existence d'un rapport de fascination et de répulsion mutuelle entre art et argent. Ce dialogue complexe s'éclaire en interrogeant la position des œuvres, des artistes et des publics, mais aussi, de façon symétrique, les modalités de captation des gestes artistiques au sein de l'activité économique proprement dite. Le travail créateur s'insère ainsi dans la production de valeur marchande comme dans ses processus de créance, tout en interrogeant ses modalités d'évaluation, de distribution ou d'appropriation, sous leurs formes économiques, sociales, politiques, culturelles et symboliques.

La rencontre accordera une large place à la recherche créative et à l'expérimentation artistique des objets et mécanismes économiques (monnaie, actions). Elle articulera relecture de textes canoniques, paroles de penseurs de différentes disciplines, expérimentations d'artistes et rencontres avec des acteurs de l'économie.


MOTS-CLÉS :

Argent, Arts, Créance, Crise, Économie, Fiction, Littérature, Monnaie


COMMUNICATIONS, TABLES RONDES & PERFORMANCES (suivies de débats) :

L'ÉCONOMIE DANS L'ART

Écritures de l'argent
* Patrice BAUBEAU & Martial POIRSON : Ouverture
* Christine BARON : Flux monétaires à l'état gazeux
* Christophe HANNA & Nancy MURZILLI : Présentation de l'Agence de notation ArTec
* Yann TOMA : Présentation de l'atelier récurrent (entreprise fictive, exposition, installation, performance)
* Les théâtres de l'argent, table ronde animée par Claire PIGNOL, avec Guillaume COT (Dom Juan : le crédit d'une œuvre) et Béatrice SCHUCHARDT (L'économie politique transformée en fiction : la mise en scène des secteurs économiques dans le théâtre sentimental espagnol et français)
* Les commerces du théâtre, table ronde animée par Claire PIGNOL, avec Isabelle BARBÉRIS (Le procès anticapitaliste au théâtre : un discours de vérité) et Romain JOBEZ
* Atelier : Lecture de textes littéraires

Figurations, motifs, tropes économiques
* Emmanuel BOUJU : Credit Crunch. Pour une poétique de l'insolvabilité [conférence-performance]
* Pertes et profits, table ronde animée par Arnaud ORAIN, avec Marius Warholm HAUGEN (Économie du risque et mises en scène de la loterie au début du XIXe siècle), Florence MAGNOT-OGILVO et Claire PIGNOL (Richesse réelle ou monétaire : des imaginaires conflictuels ?)
* Déclinaisons, circulations, table ronde animée par Arnaud ORAIN, avec Ludovic DESMEDT (L'argent dans le neuvième art : les échanges monétaires vus par l'école franco-belge [intervention établie avec Jérôme BLANC]), Marie-Laure MASSEI-CHAMAYOU (Transcender les contraintes de l'économie domestique : Jane Austen, Frances Burney, Maria Edgeworth) et Christophe RIOUX
* Atelier d'écriture créative

Postures et impostures artistiques. Statements
* Yann TOMA : De Marcel Duchamp aux entreprises critiques - Chèque en bois, sociétés fictives et libération de capital artistique [conférence-performance]
* Stock Exchange, table ronde animée par Yann TOMA, avec Christophe DOMINO, Res INGOLD, Jacinto LAGEIRA et Marion LAVAL-JEANTET (Les pratiques de détournement artistique de l'argent public face à la pression économique mondiale)
* Désorientations, table ronde animée par Yann TOMA, avec Agnieszka KOMOROWSKA ("Ça n'existe pas, une société qui ne batte pas monnaie". Communauté et fictions économiques dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes), Isabelle de MAISON ROUGE (Le fric c'est chic) et Stephen WRIGHT

L'ART DE L'ÉCONOMIE

Dimension artistique de objets monétaires et financiers
* Arnaud MANAS : "L'art de l'économie"
* Projection-débat des deux documentaires sur l'affaire Bojarski : Le Cézanne de la fausse monnaie & Porte ouverte à la police judiciaire : 4ème et dernière partie

HORS LES MURS : Offshore tour Jersey
* Atelier : Dématérialisation des objets monétaires, animé par Aude LAUNAY
* Jersey tour, animé par le Collectif RYBN (Jersey, médiateur des échanges économiques et culturels)

Rhétorique des économistes
* Éric MÉCHOULAN : Fausse monnaie et vérité artistique
* Fictions d'économistes, table ronde animée par Yann MOULIER-BOUTANG, avec Sophie CRAS, Arnaud ORAIN et Annika NICKENIG (Abondance et ambivalence de l'argent. Jean Bodin et sa Réponse aux paradoxes de Malestroit (1568))
* Le style des économistes, table ronde animée par Yann MOULIER-BOUTANG, avec Alexandre PÉRAUD, Christophe REFFAIT et Benoît WALRAEVENS (Adam Smith et le théâtre de la vie sociale : le rôle des caractères dans ses œuvres)

Fables et mythologies de l'économie
* Yann MOULIER-BOUTANG : L'abeille et l'économiste
* André ORLÉAN : Les fables des économistes
* Imaginaires économiques, table ronde animée par Éric MÉCHOULAN, avec Élise SULTAN-VILLET (Homo eroticus et homo œconomicus. Le calcul libertin ou le bonheur comptable) et Slaven WAELTI


RÉSUMÉS :

Guillaume COT : Dom Juan : le crédit d'une œuvre
Dom Juan peut se lire comme une variation autour de la notion de crédit, en tant que création juridique et économique de valeur. La pièce met en scène des situations dans lesquelles un crédit est accordé, refusé ou dû à Dom Juan ou à d'autres personnages. Ce crédit peut être monétaire (comme dans le cas de Monsieur Dimanche), social (les frères d'Elvire), ou religieux (le Commandeur). Le crédit, la créance et la croyance fonctionnent dans l'œuvre selon une seule et même dynamique, et s'insinuent dans les moindres interactions. Nous proposons ainsi de nous saisir du phénomène du crédit, en tant que création de valeur par la croyance, comme grille de lecture dramaturgique, afin de dégager un discours porté par la pièce tant sur le crédit lui-même que sur le théâtre. Nous chercherons à déceler ce qui, dans Dom Juan, crée le théâtre par et autour du crédit.

Guillaume Cot est titulaire d'un master en études théâtrales de l'École normale supérieure ainsi que d'un master en droit public de l'université de la Sorbonne. Il est actuellement doctorant à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, où il rédige une thèse sous la direction de Martial Poirson. Sa thèse est intitulée : "La Scène et la Loi. Les dramaturgies du droit pendant la Révolution française, 1789-1794". Il est également attaché temporaire d'enseignement et de recherche à l'université de Lille.

Ludovic DESMEDT : L'argent dans le neuvième art : les échanges monétaires vus par l'école franco-belge [intervention établie avec Jérôme BLANC]
Les échanges monétaires apparaissent de manière plus ou moins réaliste dans de nombreuses bandes dessinées : le but de cette communication consiste à délimiter le(s) rôle(s) de l'argent lorsqu'il est représenté dans les "grandes" séries franco-belges. Nous nous appuierons sur certains titres issus des séries Tintin, Astérix et Obélix, Lucky Luke, Les Schtroumpfs, Tif et Tondu, Gaston Lagaffe, Achille Talon ou Rahan pour repérer plusieurs thèmes : les effets sociaux de l'apparition de la monnaie, ses usages au sein de certaines communautés, la confrontation de systèmes monétaires différents, la corruption via la monnaie…

Jérôme Blanc est professeur des universités à Sciences Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle (UMR 5206). Ses travaux portent principalement sur la monnaie et la pluralité de ses formes, qu'il aborde en particulier d'un point de vue socioéconomique et d'histoire des idées.
Publication
Les monnaies alternatives, La Découverte, Repères, 2018.

Ludovic Desmedt est professeur à l'université de Bourgogne-Franche Comté et chercheur au LEDi. Il s'intéresse à l'évolution des pratiques bancaires et des théories monétaires.
Publication
A co-édité avec J. Blanc, Les pensées monétaires dans l'histoire, Classiques Garnier, 2014.

Marius Warholm HAUGEN : Économie du risque et mises en scène de la loterie au début du XIXe siècle
Cette intervention interrogera les mises en scène de la loterie dans le théâtre parisien au début du dix-neuvième siècle : Le hasard corrigé par l'amour (1801), Les Petites marionnettes, ou la Loterie (1806), L'Isle de mariages, ou les Filles en loterie (1809), Le Billet de Loterie (1811), La Maison en loterie (1818), Le jeune homme en loterie (1821). La suppression en 1793 de la Loterie royale, son rétablissement en 1795 avec la naissance de la Loterie nationale, et les débats qui accompagnaient ces décisions, reflétaient un problème économique, moral et politique : l'État français devait-il profiter d'une institution financière très rentable, ou devait-il abolir un système d'Ancien Régime servant à exploiter les classes populaires ? On examinera comment ces enjeux sont traduits dans les "comédies de loterie". Il s'agira surtout de déterminer dans quelle mesure celles-ci produisent des réponses explicites ou métaphoriques aux enjeux liés à la loterie comme institution financière.

Marius Warholm Haugen est maître de conférences en littérature française à NTNU, Université des sciences et techniques de Norvège, Département de Lettres modernes. Il est l’auteur de plusieurs articles sur la littérature française et italienne du dix-huitième siècle.
https://www.ntnu.edu/employees/marius.haugen
Publication
Jean Potocki : esthétique et philosophie de l'errance, Peeters 2014.

Agnieszka KOMOROWSKA : "Ça n'existe pas, une société qui ne batte pas monnaie". Communauté et fictions économiques dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes
Circulant sur la même "pulsation souterraine" (Vernon Subutex 1, p. 233 sq.), art et argent sont intrinsèquement liés dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes. C'est avant tout la musique qui tisse le lien entre les protagonistes du roman, dont la plupart frôle et/ou tombe dans la précarité, pour ensuite expérimenter une nouvelle communauté que la narration présente comme utopie sociale. Le leitmotiv musical concerne en même temps la symbolique du flux de l'argent et la polyphonie des voix. Les mouvements sur les marchés des capitaux suivent une logique de "l'infra-instabilité", et les protagonistes essaient de déchiffrer, chacun de sa manière, le "diapason du logarithme" économique (ibd.). La polyphonie des voix reste unie par une narration désillusionnée et sarcastique qui démonte les utopies en même temps qu'elle présente la toute-puissance de l'argent comme force destructrice de la société.

Agnieszka Komorowska est enseignant-chercheur en littérature française et espagnole à l'université de Mannheim. Elle est l'auteur d'une thèse de doctorat sur l'écriture de la honte dans la littérature française contemporaine (Winter, 2017), et a publié un livre collectif sur les poétiques de l'échec et la narration non-économique (Fink, 2018, avec Annika Nickenig). Elle prépare un thèse HDR sur la relation entre amitié et économie dans la littérature espagnole aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Marion LAVAL-JEANTET : Les pratiques de détournement artistique de l'argent public face à la pression économique mondiale
Le tournant du XXIe siècle a vu la naissance d'un certain nombre d'expérimentations artistiques de détournement de l'argent public très symptomatique d'une situation économique intenable pour les artistes : étalage des frais de production d'exposition présentés sous forme de billets de banque, présentation d'achat de biens personnels obtenus avec le concours des musées, promotions dans des magasins privés offertes par des institutions culturelles publiques… Un ensemble d'expériences visant tout autant la révision utopique du système consumériste, que la dénonciation des nouveaux rouages de l'institution culturelle dans lesquels la survie de l'artiste n'est pas prise en compte. Ces propositions singulières, ludiques, parfois cyniques, conduisent immanquablement le spectateur sur le terrain politique d'une remise en cause du système social et culturel dans lequel il vit. Profondément ancrés dans une réflexion sur l'économie contemporaine, ces gestes de détournement sont peut-être une des plus fortes expressions de liberté artistique à l'heure d'une mondialisation exclusivement focalisée sur l'argent.

Marion Laval-Jeantet est professeure des universités à Paris I–Panthéon-Sorbonne, artiste et chercheure en art, en bio-anthropologie et en ethnopsychiatrie. Elle mène au sein du duo Art Orienté Objet une œuvre artistique engagée fortement, marquée par les sciences du vivant, et en particulier l'écologie. Ses recherches en art portent sur l'art environnemental, le bio art et les rapports entre art et anthropologie.
Publications récentes
No man's land. L'homme a-t-il encore sa place ?, Paris, C.Q.F.D., 2019.
Microbiota. Créer et soigner, Paris, Presses du réel, 2020.

Isabelle de MAISON ROUGE : Le fric c'est chic
L'économie ou, singulièrement, l'écosystème de l'art, devient à la fois le sujet et l'objet de formulations plastiques, autant prétexte que modèle, thème que motif. En développant leurs propres structures de distribution, en devenant émetteurs de monnaie fiduciaire ou d'actions au porteur, certains artistes produisent un ensemble de propositions qui ouvrent largement les frontières entre art et vie, entre production artistique et formes d'économie. Par des attitudes diverses, associées à des projets spécifiques, ils engagent le regardeur-participant à s'interroger sur les rapports de force que détermine l'argent dans nos sociétés contemporaines, les actes compulsifs d'achat et les situations de crises que peuvent provoquer la surabondance.

Diplômée de la Sorbonne, docteur en art et science de l'art, Isabelle de Maison Rouge est historienne de l'art, critique d'art et commissaire d'exposition. Auteure de nombreux essais sur l'art contemporain et de textes de catalogues, elle collabore régulièrement à diverses revues d'art contemporain (artpress, Optical Sound, Possible, Point contemporain…).
Publications
Mythologies personnelles, Éditions d'art Scala, collection "Tableaux choisis", avril 2004, réédition 2006.
Business Model, Catalogue de l'exposition eponyme à La Vitrine am, 2014.
"Philippe Mairesse" [Entretien], Optical Sound, n°2, automne 2014.
"Quel statut pour l'art à la marge ?", artpress, mai 2015, n°422, p.85-87 [fre/eng].
"Yann Dumoget" [Entretien], Optical Sound, automne 2015.
10 clefs pour collectionner l'art contemporain, Archibooks, 2008, réédition actualisée juin 2010, réédition actualisée 2016.
Le mythe de l'artiste au-delà des idées reçues, Éditions du Cavalier Bleu, collection "Idées reçues", octobre 2017.
"Jazon Frings", artpress, janvier 2017, n°440, p.5, p.66-68 [fre/eng].
"Artiste infantilisé", Point contemporain, 2018.

Arnaud MANAS : "L'art de l'économie"
Cette contribution explorera les liens entre l'art et les signes monétaires par le biais des chemins de traverse que sont la falsification, le détournement et la dépréciation de la monnaie par l'art (et réciproquement). Il s'agit de déconstruire les combinaisons artistes-billets sous les angles techniques et sémantiques. En partant de l'art du billet, on abordera les questions de la croyance et de la crédibilité, et, en particulier, celle du common knowledge sur ce qu'est un billet et sa valeur. Les dialectiques de l'unique et de la reproduction, du vrai et du faux, de l'original et du simulacre, de l'authentique et de la contrefaçon permettront une mise en abyme de l'art et de la monnaie à travers des cas concrets :
- vrais artistes pour vrais billets : les cas Luc-Olivier Merson, Maurice Denis, Lucien Jonas ;
- vrai artiste pour faux-faux billet : le cas Picasso ;
- faux-vrai artiste pour vrai-faux billet, le cas Bojarski…

Arnaud Manas dirige le service du patrimoine historique et des archives de la Banque de France. Ingénieur, docteur en économie et en histoire, il est chercheur associé à l'université de Paris I – Sorbonne (IDHE.S). Ses travaux portent principalement sur l'histoire monétaire française et celle de la Banque de France. Ses recherches portent notamment sur l'histoire du faux-monnayage ainsi que sur le patrimoine artistique et culturel de la Banque de France.
Publications
L'or de Vichy, Éditions Vendemiaire, 2016.
Zweig & la Souterraine : l'or de la Banque de France, Artélia Éditions, 2016.
La Galerie dorée de la Banque de France. Quatre siècles d'art, d'histoire et de pouvoir, Banque de France, 2018.

Marie-Laure MASSEI-CHAMAYOU : Transcender les contraintes de l'économie domestique : Jane Austen, Frances Burney, Maria Edgeworth
Si les remarques de Jane Austen ou de Frances Burney sur l'argent dans leur correspondance respective révèlent plutôt leur préoccupation face à un budget domestique contraint, ces mêmes questions économiques et financières constituaient un ingrédient essentiel à l'élaboration d'une intrigue romanesque riche en rebondissements, voire le moteur de la diégèse, répondant aussi au goût des lecteurs qui se passionnaient pour les montants des dots des héritières et des fortunes des prétendants sur le marché matrimonial. Il s'agit donc de comprendre comment Jane Austen, Frances Burney et Maria Edgeworth se sont emparées de ces thématiques pour les faire évoluer dans une triple perspective : faire œuvre de pédagogie en familiarisant leurs contemporaines avec des représentations cadrées de l'économie domestique, conférer une nouvelle respectabilité au genre romanesque, et, par la représentation de femmes plus activement engagées dans l'économie, légitimer, voire professionnaliser leur activité de romancière.

Agrégée d'anglais, Marie-Laure Massei-Chamayou est maître de conférences en études anglophones à l'université Paris 1-Panthéon Sorbonne et membre du Centre d'Histoire du XIXe Siècle. Spécialiste de l'œuvre de Jane Austen, elle s'intéresse à l'évolution des représentations de l'argent, de l'économie domestique ou politique chez les romancières britanniques des XVIIIe et XIXe siècles, telles Eliza Parsons, Frances Burney, Maria Edgeworth, George Eliot, Elizabeth Gaskell ou Harriet Martineau.

Annika NICKENIG : Abondance et ambivalence de l'argent. Jean Bodin et sa Réponse aux paradoxes de Malestroit (1568)
La Réponse aux paradoxes de Malestroit, publié par Jean Bodin en 1568, constitue un exemple paradigmatique d'une interférence productive entre plusieurs domaines de connaissance différents. Dans le but de démentir la théorie monétaire de son collègue concernant les causes de la cherté en France, Bodin développe une théorie quantitative de la monnaie qui marquera l'évolution de la pensée économique. Dans son argumentation, il ne prend pas seulement en considération les aspects économiques de son temps, mais il se réfère à une multitude d'exemples historiques, philosophiques, bibliques et littéraires qui lui servent à illustrer son propos. L'on s'intéressera donc à l'utilisation de procédés littéraires de ce traité et suivra l'hypothèse qu'il existe une homologie productrice entre son contenu — à savoir la découverte d'une ambivalence problématique de l'abondance monétaire — et son utilisation d'une multitude de sources et de discours divers.

Annika Nickenig est enseignante-chercheuse à la Humboldt-Universität de Berlin. Elle prépare une HDR sur l'abondance esthétique et économique en Espagne et France (1550-1650). Domaine de recherches : littérature et économie, nouvelles, discours de l'idyllique.
Publications récentes
Poetiken des Scheiterns, München, 2018 (avec A. Komorowska).
"Übungen des Schreibens. Ich-Ökonomie", in M. de Montaignes, "De l'exercitation" (II,6), in Goumegou/Gipper, Elan und Müdigkeit, Würzburg, 2020.

Claire PIGNOL : Richesse réelle ou monétaire : des imaginaires conflictuels ?
La richesse n'est pas seulement composée de ressources, matérielles ou immatérielles, susceptibles de satisfaire des besoins. Elle est aussi l'objet de désirs dont l'évidence ne s'impose pas à l'agent qui les éprouve, et qui au contraire sont pour lui opaques et parfois contradictoires. Elle est par là l'objet d'une intense activité imaginative, à laquelle donne accès le roman. Les châteaux en Espagne que bâtissent les personnages, les raisons qu'ils donnent à leurs décisions, les désirs qu'ils expriment parfois confusément, font apparaître une variété d'imaginaires. Les imaginaires associés aux richesses réelles, qui sous-tendent les désirs des biens dont on jouit dans la consommation, s'opposent-ils aux imaginaires délirants et sans mesure associés à la forme monétaire de la richesse ? Ou peut-on à l'inverse faire apparaître une continuité entre besoins et désirs, entre une recherche raisonnable des jouissances et les pathologies de la démesure ?

Claire Pignol, maître de conférences en économie (U Paris I – PHARE), étudie l'histoire de la pensée et la philosophie économique ainsi que les représentations de l'économie dans la littérature narrative.
Publications récentes
"Which Economic Agent Does Robinson Crusoe Represent ?", Economics and Literature. A Comparative and Interdisciplinary Approach, C. Akdere & C. Baron (ed.), Routledge, 2018.
"L'échec économique : l'évaluation des situations au regard des intentions", Poetiken des Scheiterns. Formen und Funktionen unökonomischen Erzählens, A. Komorowska & A. Nickenig (ed.), Wilhelm Fink Verlag, 2018.

Béatrice SCHUCHARDT : L'économie politique transformée en fiction : la mise en scène des secteurs économiques dans le théâtre sentimental espagnol et français
Le "genre sérieux" inventé par Diderot a connu un succès énorme non seulement en France, mais aussi en Espagne. L'adaptation du genre par les dramaturges espagnols, connue sous le terme de comedia lacrimosa ou género sentimental, va de pair avec la réception du roman sentimental anglais dans les deux pays. Cette intervention propose une comparaison des comédies sentimentales espagnoles et françaises en lien avec leurs représentations respectives du discours économique de l'époque. Il s'agira aussi d'analyser la relation entre valeurs morales et morale économique établie par les pièces dans leur contextes culturels différents : d'une part, une France de plus en plus sécularisée ; d'autre part, une Espagne toujours marquée par l'alliance de pouvoir entre l'Église et la couronne, et où le procédé de sécularisation se voit ralenti, sinon mis à terme par un gouvernement espagnol profondément inquiété par la Révolution française.

Béatrice Schuchardt est maître de conférences en littérature française et hispanophone à l'université de Münster (Westphalie, Allemagne). Elle a récemment fait son HDR sur les discours économiques du XVIIIe siècle et leurs personnifications dans les comédies sentimentales espagnoles.
Publications
Verkörperungen des Ökonomischen in sentimentalen Komödien der spanischen Spätaufklärung. Diskurs – Figur – Gattung – Geschlecht, Frankfurt/Main, Vervuert (à paraître).
"Économies amoureuses : homologies structurales dans les comédies espagnoles et françaises du XVIIIe siècle", in L'homme et la société, 200, 2, 2016, pp. 171-187.

Élise SULTAN-VILLET : Homo eroticus et homo œconomicus. Le calcul libertin ou le bonheur comptable
L'homo eroticus représenté par les romans libertins du XVIIIe siècle est-il l'ancêtre de l'homo œconomicus ? Étonnamment les libertins de Crébillon à Sade, en passant par Duclos, Dorat, Nerciat… font mentir l'adage "quand on aime, on ne compte pas". Certes, on trouve bien quelques obsédés du chiffre qui additionnent gaiement leurs exploits sexuels. Néanmoins, on rencontre tout autant des figures modérées qui optent pour la décroissance libidinale. Entre ces deux extrêmes, l'économie libertine à l'œuvre repose sur une circulation des corps dont on planifie la consommation immédiate tout en prévoyant une épargne mnésique en vue d'une jouissance différée. Ainsi, les dépenses libidinales ne sont pas si improductives : elles nourrissent l'imaginaire qui les capitalise quand elles n'inspirent pas la perle des plans économiques.

Élise Sultan-Villet est enseignante et docteure en philosophie (académie d'Amiens, université Picardie Jules Verne ; université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / HIPHIMO). Depuis 2014, elle est co-organisatrice du séminaire "Fictions et économies" avec Claire Pignol (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / PHARE) à l'université Paris 1.
Publications
L'économie à l'épreuve de la fiction, M. Chottin et É. Sultan (dir.), Paris, Corpus, revue de Philosophie, n°69, 2016.
"Le calcul des plaisirs et des peines dans les romans libertins du XVIIIe siècle", Paris, in Corpus, revue de philosophie, n°69, 2016.
"Du luxe au calme : la volupté dans les romans libertins", in Contre le luxe XVIIe-XVIIIe siècle, É. Pavy-Guilbert et F. Poulet (dir.), Paris, Classiques Garnier, "Rencontres / Le Siècle classique", à paraître.
Les romans libertins du XVIIIe siècle : la philosophie des sens dessus dessous, Paris, Honoré Champion, "Les Dix-huitièmes siècles", à paraître.

Benoît WALRAEVENS : Adam Smith et le théâtre de la vie sociale : le rôle des caractères dans ses œuvres
L'objet de cette communication est d'étudier la nature et le rôle des caractères dans les œuvres d'Adam Smith, l'un des fondateurs de l'économie politique mais surtout professeur de philosophie morale et de rhétorique pendant de nombreuses années. Smith analyse la tradition des caractères dans ses Lectures on Rhetoric and Belles Lettres, mais c'est surtout dans la Théorie des Sentiments Moraux puis dans la Richesse des Nations qu'il a recours, de manière répétée, à ces personnages fictifs, acteurs majeurs du théâtre de la vie sociale dont il nous donne la représentation dans ses œuvres. Nous chercherons donc à définir les caractères puis à analyser leurs différents rôles dans ses œuvres : heuristique, rhétorique et didactique. Smith présente à ses lecteurs une multiplicité de personnages qu'il fait dialoguer aussi bien au sein de ses œuvres qu'entre celles-ci, révélant ainsi l'unité et la cohérence de ses travaux.

Maitre de conférences en sciences économiques à l'université de Caen Normandie et chercheur au CREM, ses travaux relèvent de l'histoire de la pensée économique et de la philosophie économique. Il s'est intéressé en particulier à l'importance de la rhétorique dans l'œuvre d’Adam Smith.


BIBLIOGRAPHIE :

• Cinla Akdere and Christian Biet (ed.), Economics and Literature. A comparative and interdisciplinary Approach, London and New York, Routledge, 2018.
• Christine Baron (dir.), "Littérature et économie", Épistémocritique, n°12, Printemps 2013.
• Daniel Bell, Les contradictions culturelles du capitalisme [1976], Paris, PUF, 1979.
• Walter Benjamin, Charles Baudelaire. Un poète lyrique à l'apogée du capitalisme [1923], Paris, Payot, 1982.
• Christian Biet, Stéphanie Loncle, Martial Poirson et Geneviève Sicotte (dir.), Fiction et économie : représentations de l'économie dans la littérature et les arts du spectacle, XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires de Laval, 2013.
• Christian Biet, Yves Citton et Martial Poirson (dir.), Les Frontières littéraires de l'économie (XVIIe-XXe siècles), Paris, Desjonquères, 2008.
• Pierre Bras et Claire Pignol (dir.), Économie et littérature, L'Homme et la Société, n°200, 2016.
• Yves Citton, Portrait de l’économiste en physiocrate. Critique littéraire de l'économie politique, Paris, L'Harmattan, 2000.
• Pierre Force, Molière, ou le prix des choses. Morale, économie et comédie, Paris, Nathan, 1994.
• Pierre Force, Self-Interest before Adam Smith : A Genealogy of Economic Science, Cambridge University Press, 2003.
• Pierre Force (dir.), De la morale à l’économie politique : dialogue franco-américain sur les moralistes français, Revue Op. Cit., n°6, 1996.
• Frederic Jameson, Le postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif [1991], Beaux Arts de Paris éditions, 2011.
• D. N. McCloskey, "The Rhetoric of Economics", Journal of Economic Literature, vol. 31, 1983, p. 482-517.
• D. N. McCloskey, The Rhetoric of Economics, Madison, The University of Wisconsin Press, 1998.
• Éric Méchoulan, La crise du discours économique, Paris, Éditions Nota Bene, 2013.
• Martial Poirson, Art et argent au temps des Premiers Modernes, Oxford, SVEC, 2004:10, 2004.
• Martial Poirson, Politique de la représentation : littérature, arts du spectacle, discours de savoir, Paris, Champion, 2014.
• Martial Poirson, Spectacle et économie à l'âge classique, Paris, Classiques Garnier, 2011.
• Marc Shell, Money, Language and Thought : Literary and Philosophical Economies from the Medieval to the Modern Era, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1993.
• Marc Shell, Art and Money, Chicago-London, University of Chicago Press, 1995.
• Marc Shell, The Economy of Literature, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1996.
• Georg Simmel, Philosophie de l'argent [1900], Paris, PUF, 1987.
• Michael Watts, The Literary Book of Economics, ISI Books, 2003.