Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


L'EUROPE DU CINÉMA


DU SAMEDI 3 OCTOBRE (19 H) AU MERCREDI 7 OCTOBRE (14 H) 2020

[ colloque de 4 jours ]



PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Vincent AMIEL, José MOURE, Benjamin THOMAS, David VASSE


ARGUMENT :

L'objectif de cette rencontre est de repérer et d'analyser ce qui, au XXe siècle, a pu construire, dans le domaine du cinéma, un espace de création transnational. Il ne s'agit pas tant de s'intéresser à des représentations de l'Europe, ou d'idées européennes, que de repérer des transferts effectifs (fortuits ou non) entre les créateurs de pays différents, et qui constituent de fait, au fil des décennies, un espace cinématographique européen.

Les directeurs allemands de la photographie quittent par exemple la République de Weimar ou le régime nazi naissant pour essaimer dans les pays alentour, les techniques de jeu théâtral s'étendent au-delà des expérimentations soviétiques pour toucher des acteurs et actrices de l'Ouest, les coproductions franco-italiennes des années 50-60 constituent un territoire de création presque autonome par rapport aux autres productions de l'époque, les militants politiques des années 70 font un va-et-vient entre Paris et Rome… Sans compter évidemment les innombrables adaptations de textes dramatiques ou romanesques qui, parfois massivement, déplacent des thématiques ou des dispositifs d'un pays à l'autre.


MOTS-CLÉS :

Cinéma, Esthétique, Europe, Histoire, Histoire des formes, Transferts culturels, XXe siècle


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

* Vincent AMIEL : Des lieux sans attaches
* Jean-François BAILLON : Basil Dearden : exécutant au service des studios Ealing ou auteur méconnu ?
* Alain BOILLAT
* Camille BUI : Entre les territoires, l'Europe de Johan van der Keuken
* Christophe DAMOUR : Le jeu expressionniste : un motif européen ?
* Eurydice DA SILVA : L'apport de techniciens juifs allemands et autrichiens sur les premiers films parlants portugais (1933-1940)
* Hélène FRAZIK : Empreintes du cinéma allemand dans le fantastique cinématographique français
* Christophe GAUTHIER : Une star transnationale en Europe au début des années 30 : Lilian Harvey
* Laurent GUIDO : Wagnérisme et cinéma européen : un idéal résistant
* Federico LANCIALONGA : Coopérations et complicités entre les cinémas militants français et italien des années 1960-70 : une projection commentée
* Sophie LÉCOLE SOLNYCHKINE : Filmer les pôles. Une esthétique européenne ?
* Morgan LEFEUVRE : Les coproductions, une solution à la crise des studios français et italiens de l'immédiat après-guerre ?
* José MOURE : Filmer et éprouver l'Europe à ses frontières
* Nedjma MOUSSAOUI : De l'Allemagne vers la France… Les films d'exil des années 1930, un nouvel espace cinématographique européen
* Katalin PÓR : Circulations transnationales : individus, réseaux, structures
* Laura RASCAROLI
* Antonio SOMAINI
* Benjamin THOMAS : L'Homme et les choses. Statut du sujet figuré dans les premières théories européennes du cinéma
* David VASSE : Ici et (déjà)ailleurs : le cinéma box to box de Jerzy Skolimowski
* Christian VIVIANI : L'acteur anglais de cinéma : tradition et modernité


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Vincent AMIEL : Des lieux sans attaches
L'œuvre de Wim Wenders a été, à la fin du XXe siècle, emblématique d'une position européenne, le cinéaste filmant à Paris, à Berlin, à Lisbonne, et se référant, par opposition ou comparaison, aussi bien au cinéma américain qu'au cinéma japonais. La question de l'identité parcourt ses films, et celle de l'identité européenne, en creux, ne cessent de saillir.

Jean-François BAILLON : Basil Dearden : exécutant au service des studios Ealing ou auteur méconnu ?
La réputation des studios britanniques (Ealing, Hammer, etc.) comme illustration d'une cottage industry fonctionnant sur un modèle familial encourage l'idée d'une production relativement standardisée et impersonnelle qui ne laisse guère de place à l'expression de visions singulières. Basil Dearden, qui a réalisé bon nombre de ses films — les meilleurs, diront certains — au sein de la Ealing avant de connaître une fin de carrière inégale, constitue un cas d'école. Il est temps de réhabiliter ce cinéaste encore mésestimé en France et, à travers lui, de défendre une vision pluraliste de la production d'un des studios les plus inventifs du milieu du vingtième siècle.

Jean-François Baillon enseigne les études britanniques et le cinéma à l'université Bordeaux Montaigne. Président d'honneur de la SERCIA (Société d'études et de recherches sur le cinéma anglophone), il a publié des articles sur le cinéma britannique, les acteurs et actrices britanniques, le cinéma gothique et d'horreur et le heritage cinema dans des recueils d'articles et des revues parmi lesquelles Mise au Point, Éclipses, Film Journal, CinémAction et Positif.
Publication
(dir.), E. M. Forster's Howards End (1910) and James Ivory's Howards End (1992), Paris, Ellipses, 2019.

Camille BUI : Entre les territoires, l'Europe de Johan van der Keuken
Lorsqu'il filmait les villes européennes de la deuxième moitié du XXe siècle, Johan van der Keuken refusait la logique de la frontière et de l'identité. Au tournage et au montage, le cinéaste néerlandais inventait des gestes de circulation et de mise en réseau, entre les lieux, les cultures, les subjectivités. Mais cette Europe multiple et ouverte au monde n'est pas seulement la géographie semi-imaginaire figurée par l'œuvre de van der Keuken, elle en constitue — dans le même mouvement — le milieu esthétique : un espace commun où se rencontrent et voyagent librement des qualités médiatiques (photographiques, filmiques, musicales) et des traditions formelles (cinéma direct, film expérimental, jazz…) hétérogènes.

Camille Bui est maître de conférences en études cinématographiques à l'université Paris 1 et membre de l'institut ACTE. Ses travaux portent principalement sur le cinéma documentaire, l'articulation entre le social et l'esthétique et les liens théorie-pratique.
Publication
Cinépratiques de la ville. Documentaire et urbanité après Chronique d’un été, Presses universitaires de Provence, 2018.

Christophe DAMOUR : Le jeu expressionniste : un motif européen ?
Nous nous intéresserons aux transferts stylistiques opérés à l'intérieur de certaines cinématographies européennes, et en particulier à la circulation d'un style de jeu spécifique (que nous appellerons pour le moment "expressionniste", mais qu'il s'agira de définir plus précisément), et qui pourrait constituer un motif (au sens de forme gestuelle codifiée, répétitive et reconnaissable) intrinsèquement européen. Nous réfléchirons ainsi à la potentielle européanité d'un style de jeu, à partir de l'analyse comparative de gestes et de postures dont l'inter-influence est notable dans de nombreux films de la première moitié du XXe siècle, à travers les analogies plastiques que l'on peut observer, notamment, entre des acteurs allemands (Conrad Veidt, Werner Krauss), français (Catherine Hessling vue par Jean Renoir), anglais (dans les premières œuvres d'Alfred Hitchcock) et soviétiques (Aleksandra Khokhlova chez Lev Koulechov ou Nikolai Tcherkassov chez S. M. Eisenstein).

Christophe Damour est maître de conférences en études cinématographiques à l'université de Strasbourg. Ses travaux sur le jeu de l'acteur et l'histoire des formes au cinéma ont été publiés au sein de monographies (Al Pacino, Montgomery Clift, The Swimmer) ou d'ouvrages collectifs (François Delsarte, Généalogies de l'acteur au cinéma, Jeu d'acteurs. Corps et gestes au cinéma), ainsi que dans différents volumes universitaires, revues (Positif, CinémAction, Ligeia, Eclipses, Double jeu, CiNéMAS) et dictionnaires (Nouveau Monde, Larousse).

Eurydice DA SILVA : L'apport de techniciens juifs allemands et autrichiens sur les premiers films parlants portugais (1933-1940)
Dès 1933, au générique des premiers films parlants portugais, figurent les noms de divers techniciens étrangers. Comment expliquer leur présence sur ces tournages, à un moment où les frontières du Portugal se referment progressivement avec l'avènement de l'État Nouveau de Salazar ? En partant de l'analyse de plusieurs génériques de films, nous suivrons le parcours de ces techniciens juifs allemands ou autrichiens, dont l'arrivée au Portugal coïncide avec la montée du national-socialisme. Il s'agira de révéler l'apport essentiel de cette main d'œuvre étrangère dans la production nationale, à un moment charnière de l'histoire du cinéma portugais, le passage du muet au parlant, alors que les bouleversements techniques induits par l'arrivée du cinéma sonore menaçaient le système cinématographique national.

Eurydice Da Silva est scénariste et docteure en Langues, Lettres et civilisations romanes de l'université Paris Nanterre. Sa thèse, soutenue en octobre 2019, traitait du cinéma portugais pendant l'État Nouveau de Salazar de 1933 à 1974. Ses travaux portent sur la question de la censure et sur les modes de contrôle exercés par l'État dans le milieu du cinéma au Portugal pendant la dictature.
Publications
"Les prémices du Nouveau cinéma portugais pendant l'État Nouveau : les années parisiennes", Reflexos, revue interdisciplinaire du monde lusophone, n°4, Université Toulouse Jean Jaurès, Mai 2019.
"Les rues lisboètes dans le cinéma portugais des années 60 : un espace de résistance pendant la dictature", Revue Crisol, Université Paris Nanterre, Février 2018.
"Au cœur des archives du SNI : le regard d'un organisme de l'État Nouveau sur le mouvement des ciné-clubs portugais", Revista da História da Sociedade e da Cultura, n°17, Université de Coimbra, 2017, pp. 337-354.

Hélène FRAZIK : Empreintes du cinéma allemand dans le fantastique cinématographique français
Lors des années 1930, les formes du fantastique cinématographique français, se caractérisant depuis le début du XXe siècle par leur hétérogénéité, se trouvent enrichies par l'influence du cinéma d'autres pays européens. Davantage que l'apport des Russes Blancs, des scandinaves comme Carl T. Dreyer ou de l'espagnol Luis Buñuel, c'est le cinéma allemand de l'entre-deux-guerres qui marque le plus durablement le fantastique français. Cette communication propose de voir quelles sont les origines et les modalités de ce transfert culturel s'accentuant considérablement lors des années 1930, période d'exil en France de nombreux cinéastes, techniciens et acteurs allemands. Il s'agira aussi d'analyser la manière dont le cinéma allemand de l'entre-deux-guerres a marqué l'esthétique des films du fantastique français à travers la création de formes hybrides dans des œuvres aussi différentes que Liliom (F. Lang, 1933), La Tendre ennemie (M. Ophuls, 1936), La Main du Diable (M. Tourneur, 1943), La Cité de l'indicible peur (J.-P. Mocky, 1963) et Alice ou la dernière fugue (C. Chabrol, 1977).

Hélène Frazik est docteure en études cinématographiques de l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne. Elle a soutenu en 2018 une thèse intitulée "Présences fantastiques dans le cinéma français de l'entre-deux-guerres" dont la publication est prévue pour 2021. Tout en se concentrant sur la notion de fantastique et sur la question de l'apparition dans les œuvres d'art, elle ouvre ses champs de recherche au jeu de l'acteur, au cinéma d'épouvante et au grotesque.
Publications
L'Apparition dans les œuvres d'art, Pascal Couté et Camille Prunet (codir.), Actes des journées d'études tenues à l'université de Caen et à l'ésam de Caen-Cherbourg les 15 et 16 mars 2015, Caen, Presses universitaires de Caen, à paraître début 2020.
"Noirs fantastiques dans le cinéma en noir et blanc : les noirs du cauchemar", dans Sophie Lécole Solnychkine, Du noir dont procèdent les figures. Cinéma et plasticité, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, coll. "Formes cinématographiques", à paraître en 2020.
"Le stratagème du rideau : de la photographie des phénomènes occultes au cinéma fantastique", dans Baptiste Villenave et Julie Wolkenstein (dir.), L'Image, le secret, Actes du colloque de Cerisy (28 septembre au 2 octobre 2016), Rennes, Presses universitaires de Rennes, à paraître début 2020.
"L'insolite dans le cinéma de Jean Grémillon", dans Yann Calvet et Philippe Roger (dir.), Jean Grémillon et les quatre Éléments, Actes du colloque de Cerisy (17 au 24 août 2013), Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2019, p. 71-83.
"Cicatrices de la Grande Guerre : résurgence des Mutilés et des Gueules Cassées dans le cinéma français de l'entre-deux-guerres", dans Pierre Arbus (dir.), 1914-1918 Grande Guerre ou contre-révolution ? : ce que disent les imaginaires, Paris, Téraèdre, coll. "Cinéma/Formes autonomes", 2019, p. 117-127.

Christophe GAUTHIER : Une star transnationale en Europe au début des années 30 : Lilian Harvey
Au tournant du Muet et du Parlant, Raoul Ploquin est directeur de la publicité de l'Alliance cinématographique européenne, l'une des plus grandes sociétés de distribution de films allemands en France. Parfaitement bilingue et au fait des conditions de production des films à Berlin, cet homme jeune, qui deviendra le premier directeur du Comité d'organisation de l'industrie cinématographique pendant l'Occupation, contribue en grande partie à la promotion d'une vedette volontiers présentée comme européenne parce que parlant couramment plusieurs langues : Lilian Harvey. À travers l'exemple de cette comédienne connue de plusieurs dizaines de millions de spectateurs (à la différence de ses partenaires masculins, son trilinguisme lui permettait de reprendre ses rôles dans les versions française, allemande et anglaise de ses films), il s'agira de voir comment se construit sur un mode publicitaire une star transnationale dans le champ d'un cinéma européen dominé par l'industrie allemande, et d'autre part comment la critique perçoit cette dimension européenne, à rebours de la promotion des productions nationales.

Christophe Gauthier est professeur d'histoire du livre et des médias à l'époque contemporaine à l'École nationale des chartes (Université PSL). Membre du Centre Jean-Mabillon (EA 3624), il est chargé de cours à l'École du Louvre en histoire du cinéma et il enseigne l'histoire des médias audiovisuels à l'INA ; il a créé et co-animé pendant vingt ans le séminaire d'histoire culturelle du cinéma. Ses recherches portent sur l'histoire de la critique et du patrimoine cinématographiques, ainsi que sur l'histoire des industries culturelles.
Publications
La Passion du cinéma. Cinéphiles, ciné-clubs et salles spécialisées à Paris. 1920-1929, Paris, École nationale des chartes-AFRHC, 1999.
Loin d'Hollywood. Cinématographies nationales et modèle hollywoodien. France, Allemagne, URSS, Chine, 1925-1935 (dir. Avec Anne Kerlan et Dimitri Vezyroglou), Paris, Nouveau Monde éditions, 2013.
L'Auteur de cinéma, histoire, généalogie, archéologie (dir. Avec D. Vezyroglou), Paris, AFRHC, 2013.
Histoires d'O. Mélanges d'histoire culturelle offerts à Pascal Ory (dir. Avec L. Martin, J. Verlaine, D. Vezyroglou), Paris, Publications de la Sorbonne, 2017.
Patrimoine et Patrimonialisation du cinéma (dir.), Paris, École nationale des chartes, 2020 (à paraître à l'automne).

Laurent GUIDO : Wagnérisme et cinéma européen : un idéal résistant
En rêvant d'une résurgence de la tragédie antique au cœur de la modernité technico-scientifique, le grand projet de renouvellement artistique promu par Richard Wagner faisait écho à des conceptions idéalistes et romantiques qui, loin de concerner la seule Allemagne, renvoyaient en fait à une certaine idée de l'âme européenne. Cette question de l'Europe a donc logiquement réapparu lorsque le cinéma, cet héritier apparent du Gesamtkunstwerk wagnérien, s'est emparé de l'imaginaire du maître de Bayreuth. En témoignent notamment les propos enflammés du critique Emile Vuillermoz, qui a vu dans La Mort de Siegfried de Fritz Lang l'occasion de fonder un authentique "Cinéma européen" apte à concurrencer Hollywood sur le terrain du grand spectacle, ou encore les réflexions provocatrices du cinéaste Hans-Jürgen Syberberg qui a utilisé Wagner comme le marqueur absolu d'un esprit européen dont il s'agit autant de condamner les dévoiements idéologiques que de revivifier les fondements mythiques.

Laurent Guido est professeur au département Arts de l'université de Lille. Il a longtemps travaillé à la Section de cinéma de l'université de Lausanne, qu'il a dirigée entre 2010 et 2014. Il a été invité pour des séjours de recherche à Paris I et Chicago, puis d'enseignement à Montréal, Paris-Nanterre, Bruxelles et Lausanne (UNIL et ECAL). Associant l'esthétique à des questions culturelles, il étudie principalement les liens entre cinéma, corporéité et musique, ainsi que les théories du spectaculaire.
Publications
L'Age du rythme, Payot, 2007 ; rééd. L'Age d’Homme, 2014.
Rythmer / Rhythmize, Intermédialités, 2010, éd. avec M. Cowan.
Aux sources du burlesque cinématographique, AFRHC, 2010, éd. avec L. Le Forestier.
Between Still and Moving Images, J. Libbey/Univ. of Indiana Press, 2012, éd. avec O. Lugon.
Jane Feuer. Mythologies du film musical, Presses du réel, 2016, avec M. Chabrol.
De Wagner au cinéma, Mimesis, 2019.
Cinéma, mythe et idéologie, Hermann, 2020.

Federico LANCIALONGA : Coopérations et complicités entre les cinémas militants français et italien des années 1960-70 : une projection commentée
Tout comme les cinématographies "officielles", le cinéma militant des années 1960-1970 s'est édifié grâce à un espace de création transnational. Le rapport entre France et Italie offre un cas de coopération et transfert intra-européen particulièrement intéressant. Les rapports entre ces deux cinématographies militantes se sont manifestés sous plusieurs formes : aides matérielles pour le développement de pellicules, échanges de films, transferts de stratégies esthétiques et politiques entre les cinéastes et les collectifs des deux pays. Dans le cadre d'une projection commentée, l'intervention propose une sélection d'extraits de films issus du catalogue de l'Archivio audiovisivo del movimento operaio e democratico [AAMOD] de Rome qui illustrent les diverses coopérations franco-italiennes : le projet de contre-information des Cinegiornali Liberi, les cinétracts, les images de Mai 68 en France développées par le Parti communiste italien, le cinéma ouvrier.

Federico Lancialonga est doctorant en études cinématographiques à l'université Paris 1 (ED. 279 APESA) et enseignant à la Sorbonne Nouvelle. Il prépare une thèse sur le documentaire politique italien des années 60-70, sous la direction de V. Amiel et S. Layerle. Chercheur associé à la Cinémathèque française, son travail a fait l'objet de communications diverses (Université Paris-Nanterre ; ENS Louis-Lumière), ainsi que de publications pour différentes revues françaises et italiennes (CinémAction, Studi Culturali, Alias, Zapruder).

Sophie LÉCOLE SOLNYCHKINE : Filmer les pôles. Une esthétique européenne ?
Il s'agira, au sujet d'un espace extra-européen, l'Antarctique, de comparer des formulations filmiques européennes et américaines mettant en scène l'âge héroïque de la conquête polaire, en se demandant comment ces productions s'attachent à figurer cet espace hors du monde connu et parcouru. Terra incognita, le territoire antarctique est un espace non encore artialisé par la projection de schèmes iconographiques paysagers, ce qui en fait un endroit propice où questionner l'éventuelle émergence de propositions formelles typiquement européennes.

Sophie Lécole Solnychkine est maître de conférences à l’université Toulouse - Jean Jaurès, où elle enseigne l'esthétique et la philosophie de l'art. Spécialiste du paysage dans les arts visuels (peinture, cinéma), elle développe ses travaux de recherche au croisement de l'histoire des formes et de l'histoire des idées, depuis les sites théoriques que constituent les images cinématographiques et picturales. Elle a fondé et co-dirige la revue Gradalis, publiée aux Éditions Passage(s), consacrée aux expériences paysagères de terrain (textes, images, sons).
Publication
Premier ouvrage personnel, Æsthetica antarctica. The Thing de John Carpenter, Éditions Rouge Profond, novembre 2019.

Morgan LEFEUVRE : Les coproductions, une solution à la crise des studios français et italiens de l'immédiat après-guerre ?
En 1945, les infrastructures de production françaises et italiennes sortent exsangues de plusieurs années de conflit et les rares studios encore en activité fonctionnent au ralenti. Dans ce contexte matériel et économique tendu, le développement des coproductions apparaît aux yeux de nombreux professionnels comme un moyen efficace de relancer la production nationale et de lutter contre la concurrence du film américain qui fait son grand retour sur les écrans des deux pays. Il s'agira dans le cadre de cette communication d'analyser la manière dont les premières coproductions franco-italiennes qui se développent entre 1946 et 1950 ont contribué à redynamiser certains studios, mais également d'évoquer les difficultés d'application de l'accord de 1946 et les tensions que ce dernier suscite entre professionnels français et italiens.

Morgan Lefeuvre est chercheuse associée à la Queen Mary University de Londres au sein du projet Studiotec et membre du groupe de recherche "La création collective au cinéma". Elle enseigne par ailleurs à l'université de Lausanne. Ses travaux portent principalement sur l'histoire des studios français depuis 1930 et sur les coopérations cinématographiques franco-italiennes des années 1930 aux années 1960.
Publications
Les Manufactures de nos rêves. Les studios de cinéma français dans les années 30, préface de Jean-Pierre Berthomé, PUR, [à paraître en septembre 2020].
"Avant l'âge d'or des coproductions : vingt ans d'influences, d'échanges et de coopérations entre cinéma français et italien (1929-1949)", dans Mélisande Levantopoulos, Jean-Marc Leveratto, Katalin Pór et Caroline Renouard (dir.), Les échelles de la création cinématographique. L'individu, le collectif, l'industrie, Paris, AFRHC, [A paraître 2020].
"Quelle place pour le scénaristes dans les coproductions franco-italiennes de l'après-guerre", La Création collective au cinéma, n°5, sous la direction de Martin Fournier et Nedjma Moussaoui, 2020.
"L'Acteur : un travailleur des studios comme un autre ? Place des acteurs dans le système des studios français des années 1930", La Création collective au cinéma, n°4, sous la direction de Bérénice Bonhomme et Paul Lacoste, 2020.
"Grèves rouges et syndicats jaunes : mouvement social et divisions syndicales dans les studios français (1936-1939)" et "Les espoirs déçus de la Libération : retour sur la situation des techniciens et ouvriers de la production cinématographique de 1945 à 1952", dans Tangui Perron (dir.), L'Écran rouge. Syndicalisme et cinéma de Gabin à Belmondo, Paris, L'Atelier, 2018.
"Les grèves d'occupation de juin 1936 dans les studios : un tournant dans l'histoire sociale des travailleurs du film", dans Laurent Creton et Michel Marie (dir.), Le Front populaire et le cinéma français, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, coll. "Théorème", 2017.

Nedjma MOUSSAOUI : De l'Allemagne vers la France… Les films d'exil des années 1930, un nouvel espace cinématographique européen
L'avènement du nazisme conduit à l'exil de nombreux professionnels du cinéma venus d'Allemagne dans différents pays d'Europe. La France est le premier pays d'accueil et une cinquantaine de films d'exil y sont tournés entre 1933 et 1940. L'hypothèse avancée est que ces films ont pu constituer des lieux privilégiés pour la diffusion de pratiques spécifiques issues des studios de la Ufa dans la fabrique du film, et qu'ils ont sans doute aussi permis d'expérimenter de nouvelles modalités de collaboration transnationale entre professionnels du cinéma.

Nedjma Moussaoui est maître de conférences en études cinématographiques et audiovisuelles à l'université Lumière Lyon 2, membre du laboratoire "Passages XX-XXI" et du groupe de recherche "Création collective au Cinéma". Ses travaux concernent les transferts culturels et les phénomènes d'hybridation, et portent notamment sur les cinéastes germaniques exilés sous le nazisme.
Publications
"Le "mélodrame princier" ou l'expression d'une européanité dans le cinéma français des années 1930 ?", in Congrès AFECCAV "D'une Europe audiovisuelle", 5-7 juillet 2018, Université de Strasbourg (à paraître dans la revue Mise au Point).
"De l'impact du travail collectif "à l'allemande" dans la production française des années 1930 ?", in Colloque international "La création cinématographique – coopérations artistiques et cadrages industriels", 23-24 novembre 2017, Université de Metz (à paraître dans la revue de l'AFRHC : 1895)
"Fritz Lang : cinéma et machine(s) à produire des images", in D. Méaux (dir.), L'Art et la machine, PU de Pau et du Pays de l'Adour, Figures de l'art, n°32, 2016, p. 127-237.
"Aspects linguistiques du stéréotype de l'Allemand dans les comédies françaises des années 1960", in M. Barnier et I. Le Corff (dir.), Le cinéma européen et les langues, revue Mise au Point, n°5, 2013 [en ligne].
""Que les choses en soient venues là !" : Lola Montès, un retour aux sources", in M. Chabrol et P.-O. Toulza (dir.), Lola Montès. Lectures croisées, L'Harmattan, coll. "Champs visuels", 2011, p. 37-73.
"1933-1940 : Les cinéastes exilés et le système générique français", in R. Moine (dir.), Le cinéma français face aux genres, Paris, Association Française de Recherche sur l'Histoire du Cinéma, 2005.

Katalin PÓR : Circulations transnationales : individus, réseaux, structures
Hérité des études littéraires et de l'histoire culturelle, le modèle des transferts culturels, théorisé par Michel Espagne et Michael Werner, offre de précieux outils pour penser les phénomènes de circulation et d'échanges entre des espaces créatifs envisagés comme distincts. Une autre forme d'appréhension, relevant plutôt de l'histoire socio-économique, met d'avantage l'accent sur les phénomènes d'interdépendances structurelles entre les pays, insistant sur le caractère précocement mondialisé de l'industrie cinématographique. Comment peut-on articuler ces deux dimensions ? Entre trajectoires individuelles, réseaux de sociabilités et intégration industrielle, comment se construit un espace créatif transnational, et comment peut il s'envisager ?

Katalin Pór est maitresse de conférences HDR à l'université de Lorraine. Elle travaille principalement sur le cinéma hollywoodien, dans ses liens avec l'Europe ainsi qu'avec les formes spectaculaires qui lui sont proches. Elle codirige également, avec Bérénice Bonhomme, le groupe de recherche Création Collective au Cinéma.
Publications
De Budapest à Hollywood. Le théâtre et le cinéma hollywoodien. 1930-1943, Presses universitaires de Rennes, 2011.
Ernst Lubitsch au cœur des studios. Un exercice du pouvoir créatif à Hollywood, CNRS Éditions (à paraître).

David VASSE : Ici et (déjà)ailleurs : le cinéma box to box de Jerzy Skolimowski
Figure incontournable du Nouveau cinéma polonais des années 60, pourfendeur implacable du régime stalinien et de toutes formes d'oppression, Jerzy Skolimowski s'est très tôt retrouvé en situation d'exil, contraint de continuer le cinéma hors de Pologne dans quelques pays d'Europe de l'Ouest plus démocratiques comme la Belgique, l'Italie et surtout l'Angleterre où il réalisera deux de ses plus beaux films (Deep End en 1970 et Travail au noir en 1982). Il s'agira de montrer comment cette situation d'exilé assimile formellement une notion essentielle, à savoir le mouvement, plus exactement le déplacement, conjugué à la vitesse et à l'urgence d'échapper physiquement au conditionnement social, politique mais aussi névrotique. Partir aux quatre coins de l'Europe pour continuer à faire du cinéma, c'est non seulement en livrer un portrait actuel, oblique et acéré (principe même d'un regard d'artiste étranger sur un nouveau pays d'accueil) mais aussi décrire un mode de liberté fondé sur la projection mentale et physique, hors des limites imposées par un système de contrôle des comportements, sur la capacité à transformer un point de départ en pivot cardinal d'un retour sans cesse réorienté ailleurs.

David Vasse est maitre de conférences HDR en études cinématographiques à l'université de Caen Normandie. Spécialiste de la critique de cinéma et du cinéma français contemporain, il a publié plusieurs articles dans des revues comme Les Cahiers du cinéma, CinémAction, Vertigo, Double Jeu ou Contre-bande.
Publications
Catherine Breillat, un cinéma du rite et de la transgression, Arte/Complexe, 2004.
Le Nouvel âge du cinéma d'auteur français, Klincksieck, 2008.
Jean-Claude Brisseau, entre deux infinis, Rouge Profond, 2015.
A codirigé avec Antony Fiant, Le Cinéma de Hou Hsiao-hsien. Espaces, temps, sons, Presses universitaires de Rennes, 2013.


BULLETIN D'INSCRIPTION


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[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


ANGLES MORTS DU NUMÉRIQUE

LIMITES DE LA PROGRAMMATION


DU JEUDI 24 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 1er OCTOBRE (18 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


DISNOVATION.ORG — Predictive Art Bot
Exposition : Transmediale 2017 @ HKW — Photo : Dasha Ilina, CC NC-SA 4.0


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Yves CITTON, Francis JUTAND, Marie LECHNER, Anthony MASURE, Vanessa NUROCK, et Olivier LECOINTE

Colloque à l'initiative du Cercle des partenaires


ARGUMENT :

Les dernières décennies ont été caractérisées, à l'échelle mondiale, par une accélération exponentielle des domaines d'activités et des pans de réalité qui se voient reconfigurés de l'intérieur par la computation (digitalisation, algorithmisation, communication). Ce "numérique" (généralement conjugué au singulier), en passe de devenir "ubiquitaire", est alternativement interprété comme assurant une transparence intégrale ou comme imposant une surveillance généralisée. Transhumanistes et conspirationnistes ont toutefois en commun de négliger les angles morts (à décliner au pluriel) qui sont inhérents à toute perception du monde, fût-elle programmée et nourrie de big data. Ce sont quelques-uns de ces angles morts des visions programmatrices actuellement à l'œuvre dans la mise en place d'un numérique conçu à la fois comme une force et comme une menace, que ce colloque discutera, en s'appuyant sur des situations concrètes proposées par le Cercle des partenaires de Cerisy, avec l'espoir d'en tirer quelques leçons et orientations d'intérêt général. Il réunira des artistes, des chercheurs, des designers, des étudiants, des praticiens du numérique dans des institutions variées et des responsables d'entreprises, d'associations et de la fonction publique, ainsi que toute personne intéressée par les sujets traités.


MOTS-CLÉS :

Algorithme, Angle mort, Arts, Commun, Design, Digital, Données (base de), Droit, Écologie, Éthique, Genres, Identification imaginaire, Intelligence artificielle (IA), Métiers, Numérique, Programmation, Santé, Surveillance, Transparence, Travail, Ubiquitaire, Villes


DOCUMENTS PRÉPARATOIRES :

En attendant la tenue du colloque, Marie LECHNER et Yves CITTON vous proposent de consulter deux Cahiers de lectures regroupant des articles liés aux différentes thématiques qui y seront traitées :

• Cahier de lectures : Volume 1 (format PDF)
• Cahier de lectures : Volume 2 (format PDF)


CALENDRIER PROVISOIRE :

Jeudi 24 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Présentation de DisNovation


Vendredi 25 septembre
Matin
INTRODUCTION GÉNÉRALE ET CADRAGES ÉTHIQUES
Yves CITTON : Angles morts et visibilité ubiquitaire
Vanessa NUROCK : Angles morts d'une éthique utilitariste by design

Après-midi
PERSPECTIVES ÉCOLOGIQUES
Fabrice FLIPO : L'enjeu de la sobriété numérique

Villes et low tech ?, table ronde avec Sénamé KOFFI AGBODJINOU, Ernesto OROZA (Within the Revolution, Everything) et Justinien TRIBILLON (Les villes)

Soirée
Problèmes posés par le Cercle des partenaires de Cerisy, table ronde animée par Olivier LECOINTE, avec la participation des partenaires présents


Samedi 26 septembre
Matin
PERSPECTIVES ESTHÉTIQUES (I)
Quelques implications de la numérisation
Antoinette ROUVROY : Temps, droit et gouvernementalité algorithmique
Olivier BOSSON : Trois morts brutales [Conférence-Performance]

Après-midi
PERSPECTIVES SOCIO-POLITIQUES (I)
Algorithmes et méga-plateformes : quelles souverainetés ? quelles subjectivités ?
Nicolas DEMASSIEUX : Vers une IA douce
Côme BERBAIN : Numérisation : vers un nouveau partage de rôle entre humains et algorithmes ?
Mark B.N. HANSEN : Sensibilité mondiale et computation planétaire [sous réserve]

Soirée
PERSPECTIVES ESTHÉTIQUES (II)
Marie LECHNER : L'IA revisitée par les pratiques artistiques


Dimanche 27 septembre
Matin
PROSPECTIVES IMAGINAIRES
Ré-ouverture des imaginaires
Francis JUTAND : Prospective des imaginaires : la métamorphose des idées, des valeurs et des esprits
Lionel MAUREL : L’horizon des communs

Après-midi
Numérique, imaginaire et design
Anthony MASURE & Alexia MATHIEU : Standards, critiques et contre-emplois

Potentiels du design et de ses contre-emplois, atelier avec Jürg LEHNI, Manon MÉNARD (Asperger et IA) et Marta REVUELTA (Reconnaissance faciale et sécurité)

Premiers retours des doctorants et doctorantes : rapports d'étonnement et alternatives de recherches, avec Allan DENEUVILLE, Adrien PEQUIGNOT et Guillem SERRAHIMA

Soirée
PERSPECTIVES ESTHÉTIQUES (III)
Atelier 1 de DisNovation, animé par Julien BELLANGER, Nicolas MAIGRET & Maria ROSZKOWSKA


Lundi 28 septembre
Matin
PERSPECTIVES ALTERNATIVES SUR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Alban LEVEAU-VALLIER : Le projet d'intelligence artificielle et la notion d'intuition
Samuel SZONIECKY : Intelligences végétales
Anaïs BERCK : Quand les arbres organiques vont à la rencontre de l'arbre binaire [Performance]

Après-midi
"HORS LES MURS" — À GRANVILLE
Visites et rencontres, sous réserves, organisées avec Florent LESAUVAGE (Manche Numérique) :
• Visite de l'entreprise FactorFx et rencontre avec ses équipes et, si possible, avec un de ses clients ;
• Retour d'expérience sur la Manche Open School qui met en place des formations au numérique dédiées au public en rupture ;
• Retour d'expérience de makers sur la thématique des fablabs hackerspaces et leur travail durant la Covid 19 ;
• Visite de l'incubateur de projets et espace de coworking Granville Digital et rencontre avec ses usagers.

Soirée
Nicole ORANGE : Intelligence artificielle, la Normandie cherche un algorithme gagnant - Rapport du CESER de Normandie (Mars 2019)
Table ronde avec les acteurs rencontrés l'après-midi


Mardi 29 septembre
Matin
PERSPECTIVES SOCIO-ÉTHIQUES (I)
Le travail humain en contexte de numérique ubiquitaire
Hubert GUILLAUD : Systèmes numériques et organisation du travail [sous réserve]

Le facteur humain est-il soluble dans le Numérique ?, dialogue entre Yohan AMSTERDAMER (RATP) et Fatie TOKO (La Poste)

Après-midi
PERSPECTIVES SOCIO-POLITIQUES (II)
Numérisation des espaces publics
François PICHAULT : Présentation du rapport de l'Institut de métiers d'Orange sur l'IA
Raphaël LANGUILLON-AUSSEL : Économie politique du déploiement urbain du numérique

Espaces publics et dispositifs d'identification numériques, atelier organisé par La Fabrique de la Cité, avec Emmanuel LÉGER (fondateur de Cylope.ai, Léonard) et Myrtille PICAUD (chercheuse, Centre d'études européennes et de politique comparée [CEE] et Centre européen de sociologie et de science politique [CESSP]) — Grand témoin : Marta REVUELTA (sous réserve)

Deuxièmes retours des doctorants et doctorantes : rapports d'étonnement et alternatives de recherches, avec Allan DENEUVILLE, Adrien PEQUIGNOT et Guillem SERRAHIMA

Soirée
PERSPECTIVES ESTHÉTIQUES (IV)
Atelier 2 de DisNovation, animé par Julien BELLANGER, Nicolas MAIGRET & Maria ROSZKOWSKA


Mercredi 30 septembre
Matin
PERSPECTIVES SOCIO-ÉTHIQUES (II)
Saul PANDELAKIS : Genre et algorithmes

Visibilités et invisibilisations algorithmiques, dialogue entre Muriel BARNÉOUD (La Poste et les dilemmes d'un praticien de l'éthique numérique) et Dana DIMINESCU

Après-midi
Les algorithmes sont-ils bons pour la santé ?
Philippe AUBERT : Communiquer par logiciel pour des personnes n'ayant pas l'usage de la parole

La santé numérisée, entre fragmentation du corps social et réhabilitation des corps individuels, table ronde animée par Jean-Louis BANCEL, avec Roxane ADLE AIGUIER (Orange) et Margo BERNELIN


Jeudi 1er octobre
Matin
SÉANCE CONCLUSIVE
Présentation et discussion du manifeste des doctorants et doctorantes, animée par Sylvain ALLEMAND, avec Allan DENEUVILLE, Adrien PEQUIGNOT et Guillem SERRAHIMA
Enseignements recueillis sur les problèmes présentés par les entreprises, par Olivier LECOINTE
Synthèse, par Yves CITTON, Francis JUTAND & Marie LECHNER

Après-midi
Table ronde organisée avec le Conseil départemental de la Manche, animée par Sylvain ALLEMAND

DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Yohan AMSTERDAMER
L'humain est-il soluble dans l'I.A. ? L'histoire des automatismes et des automations à la RATP n'est pas nouvelle, on peut la retracer dans un continuum qui va des aiguillages aux premiers systèmes d'aide à la conduite et au métro automatique. L'I.A. porte un potentiel qui nous interroge dans nos relations avec l'environnement et les outils du travail : s'agit-il d'un changement de degré ou de nature de cette collaboration homme/machine déjà ancienne ? En illustrant différents champs où nous utilisons l'I.A., nous tenterons de décrire comment nous traduisons de l'intelligence et de l'humain dans les systèmes de régulation du trafic RER, de traduction instantanée, de maintenance prédictive, de conduite autonome.

Yohan Amsterdamer, né en 1988, est ingénieur Civil des Mines de Paris, a commencé sa carrière chez Systra comme chef de projets, et a rejoint la RATP en août 2018 en tant que responsable du programme I.A.

Muriel BARNÉOUD : La Poste et les dilemmes d'un praticien de l'éthique numérique
Les engagements de La Poste autour du "numérique inclusif" montre qu'elle adresse encore une grande partie de la population, qui a besoin d'être formée, d'avoir un accès spécifique au numérique… mais cette ambition pose question : quelles difficultés a-t-elle rencontré dans la mise en place de ce "numérique inclusif" et comment convaincre de sa légitimité ? Comment les a-t-elles surmontées ? Et aujourd'hui, quels sont les dilemmes en cours ? Quel statut mettre derrière cette "mission" ? Doit-on faire évoluer un engagement existant ? Invoquer un principe de mutabilité de nos missions ? Dans un autre registre, le Groupe s'interroge sur la meilleure façon de prendre des précautions sur le plan éthique lorsqu'elle lance une offre ou un service qui repose sur des outils numériques (son coffre-fort numérique mais aussi son service d'aide à la déclaration de revenus). Si le consentement des données du facteur avec son "factéo" a été rondement mené, quelles précautions prendre vis-à-vis des clients quand le service est "intermédié" par un facteur ?

Nommée Directrice de l'Engagement Sociétal du Groupe La Poste en 2016, Muriel Barnéoud porte la stratégie du Groupe La Poste en vue de favoriser un numérique éthique et responsable et d'accélérer les transitions climatiques. Elle a été Président Directeur Général de Docapost, filiale du Groupe La Poste spécialiste de la transition numérique et mobile des entreprises et des institutions de 2010 à 2017. Elle a occupé auparavant le poste de Directeur général adjoint du Courrier, en tant que directeur industriel. Elle y a notamment porté la modernisation de l'appareil industriel de traitement du courrier "Cap Qualité Courrier", un programme à forte composante informatique et numérique.

Côme BERBAIN : Numérisation : vers un nouveau partage de rôle entre humains et algorithmes ?
Les nouvelles possibilités offertes par le numérique questionnent la répartition des rôles entre humains et algorithmes : les algorithmes sont-ils au service des humains ou au contraire ont-ils besoin d'eux ou en sont-ils les donneurs d'ordres ? Quels services ne sont pas numérisables ? Quel apport de l'humain par rapport à la machine ? Nous illustrerons cette problématique par trois exemples :
• les réseaux sociaux qui, en faisant contribuer le citoyen à la création de contenus, ont permis à la fois un développement sans précédent de la liberté d'expression, mais aussi la multiplication des contenus haineux ou des fausses nouvelles. Quelles formes (automatique ou humaine) prend l'action des réseaux sociaux et quel contrôle démocratique est envisageable ?
• les efforts de numérisation et de modernisation de l'administration qui modifient à la fois la relation citoyen-administration (en simplifiant certaines démarches mais également en imposant de nouvelles obligations) et le rôle du fonctionnaire ;
• le développement des nouvelles mobilités : de l'automatisation des lignes de métro à l'ubérisation et au développement du véhicule autonome.

Côme Berbain est directeur de l'innovation du groupe RATP et directeur du programme Véhicule Autonome. Ingénieur du corps des mines, docteur en cryptographie, son parcours alterne entre entités privées (Orange, Trusted Logic) et publiques (ministère de la défense, ANSSI, Direction interministérielle du numérique) dans les domaines de la transformation numérique et de la cybersécurité. En 2017 et 2018, il est conseiller au cabinet du secrétaire d'État chargé du numérique où il porte les sujets de transformations numériques de l'État et de confiance numérique, avant de devenir Chief Technology Officer à la direction interministérielle du numérique en 2019. Il rejoint la RATP en novembre 2019.

Anaïs BERCK : Quand les arbres organiques vont à la rencontre de l'arbre binaire [Performance]
Wikipedia et Wikidata sont utilisés dans le monde entier pour entraîner des logiciels de compréhension linguistique. Les données sont accessibles et gratuites, les informations sont à jour et existent dans de nombreuses langues différentes. Lorsqu'un arbre organique recherche sa représentation dans ces bases de données, les structures de pouvoir contemporaines et anciennes deviennent douloureusement visibles. Le concept d'arbre, par exemple, que même les enfants peuvent facilement indiquer dans la vie physique, est un défi pour les programmeurs dans le monde numérique suite à la culture de classification qui régnait au XVIIIe siècle. Anaïs Berck donne la parole aux arbres, aux algorithmes et aux êtres humains. Leurs récits nous offrent une perspective critique sur le processus de création d'applications et logiciels dont nous nous servons tous les jours.
La plupart des algorithmes sont conçus et utilisés à des fins commerciales. On pourrait dire qu'ils sont des esclaves du système néolibéral. Si les algorithmes se libéraient et pourraient choisir eux-mêmes les tâches, quel choix feraient-ils ? Anaïs Berck offre une réponse spéculative à cette question. Le nom est un pseudonyme et représente une collaboration égale entre les personnes, les algorithmes et les arbres. Après tout, les arbres sont actuellement les êtres vivants qui, avec toutes leurs symbioses, peuvent offrir la solution la plus efficace à la crise climatique. Dans le travail d'Anaïs Berck, les algorithmes se montrent au-delà de leur interface et racontent d'une "voix nue" leurs histoires sur les techniques, les gens et les arbres. Il en résulte des expériences poétiques dadaïstes, qui sont également instructives.

Anaïs Berck (alias l'artiste An Mertens) est un nom de plume qui indique la collaboration égale entre un ou plusieurs êtres humains, algorithmes et arbres. Si les arbres faisaient enfin entendre leur voix, en tant qu'êtres supérieurs sur cette planète ? Et si les algorithmes pouvaient choisir les buts pour lesquels ils travaillent ? Une planète plus saine serait-elle alors une priorité ? Le travail d'Anaïs Berck est le résultat d'années de recherche artistique sur les algorithmes, le texte et l'identité des arbres. Cette recherche a eu lieu dans le cadre des organisations artistiques bruxelloises Constant, Fo.am, Pianofabriek et Algolit, un groupe de travail artistique sur le code et le texte F/LOSS qui se réunit chaque mois à Bruxelles. En combinant des outils sensuels et techniques, elle donne forme à des histoires qui vivent là où le physique et le virtuel se rencontrent.

Olivier BOSSON : Trois morts brutales [Conférence-Performance]
À propos de trois faits divers révélateurs des conditions de vie dans les flux

C'était finalement à des équipes d'ingénieurs qu'on avait confié la mission de faire fonctionner la société. C'était eux qui avaient dessiné ces scénarios à la gloire des flux, et, tablant sur les bienfaits qu'apporterait une abondance de circulations, de circuits, de canalisations, ils ont programmé le déploiement autonome infini des machines et des réseaux.
De mon côté, j'ai été marqué par trois morts brutales survenues au cours de ces dernières années : celle de Nodar Kumaritashvili, celle d'Elaine Herzberg, celle de Jérôme Laronze. Chacun de ces drames nous rappelle les limites des fictions type ingénierie réseau et de leurs promesses.

Yves CITTON : Angles morts et visibilité ubiquitaire
La numérisation du monde extrait et traite toujours davantage de "données" des interactions qui trament nos environnements humains et non-humain. Cette intervention inaugurale proposera un repérage général de quelques angles morts affectant cette promesse de visibilité ubiquitaire. Il s'agira d'abord d'en mesurer les ambivalences : certains d'entre eux limitent nos capacités d'agir individuelles et collectives, d'autres les protègent. Il s'agira ensuite d'en esquisser certains enjeux, qui traverseront les discussions de la semaine à venir.

Yves Citton est professeur de littérature et media à l'université Paris 8. Il est jusqu'en 2021 directeur exécutif de l'EUR ArTeC (Arts, Technologies, numérique, médiations humaines et Création). Il co-dirige la revue Multitudes et a publié récemment Générations Collapsonautes. Naviguer en temps d'effondrements (avec Jacopo Rasmi, 2020), Contre-courants politiques (2018), Médiarchie (2017), Pour une écologie de l'attention (2014), Zazirocratie (2011). Ses articles sont en accès libre sur www.yvescitton.net.

Fabrice FLIPO : L'enjeu de la sobriété numérique
La trajectoire du numérique n'est pas soutenable, c'est un fait ancien qui est désormais en passe d'être largement reconnu. De toutes parts s'élèvent des voix en faveur de la sobriété numérique. Mais qu'est-ce que la sobriété numérique ? L'intervention esquissera brièvement trois niveaux d'analyse : la trajectoire écologique du numérique, l'enjeu de la sobriété et la maîtrise des modes de vie. Elle se concluera sur une proposition de solution.

Francis JUTAND : Prospective des imaginaires : la métamorphose des idées, des valeurs et des esprits
La matière et les idées se succèdent et se construisent mutuellement comme causes premières alternatives et créatrices d'une spirale ascendante. Ce processus a pour ressorts essentiels l'imaginaire, la technologie et l'hubris qui créent un processus d'évolution, d'accumulation et de crise à résolution dialectique. Ce phénomène aboutit à chaque fois à une métamorphose de l'ensemble de la société humaine et crée un nouvel espace de recherche de sens et de spiritualité. L'imaginaire est une des caractéristiques avérées de l'être humain et fonctionne au niveau individuel et collectif comme une faculté de penser ce qui est hors de soi, dans le futur, le présent, le passé et l'ailleurs. Ce qui va nous intéresser là est l'imaginaire de l'avenir dans une période spéciale de l'humanité : la 4ème métamorphose, celle du numérique, et la mutation civilisationnelle qu'elle enclenche : le passage de la civilisation industrielle à la civilisation informationnelle. L'imaginaire collectif, ses fondements, ses composantes, ses mécanismes, constituent un des angles morts de la prospective du monde numérique vu comme une technologie ubiquitaire, une structuration nouvelle du monde, et un changement de cadre civilisationnel. L'objectif dans le cadre du colloque est d'éclairer, sous l'angle de l'imaginaire, les transformations en cours dans cet ensemble de mouvements en interaction, de la société, de l'économie et de l'écologie, des entreprises et de l’individu.

Raphaël LANGUILLON-AUSSEL : Économie politique du déploiement urbain du numérique
Depuis 2005 et la première mention de l'idée d'une smart city par Bill Clinton, quinze ans se sont écoulés. Entre temps, les projets de smart city se sont multipliés dans des villes de tailles et de niveaux de développement différents : Barcelone, Songdo, Toronto, Medellin, Lyon, Yokohama, Singapour, Berlin, Nairobi, Shenzhen, Pune… Malgré sa large diffusion à la plupart des territoires urbains et la très grande diversité de ses déclinaisons, la smart city continue d'être évoquée au singulier. Sans doute cette vision homogène découle-t-elle des approches génériques qui caractérisent, à l'origine, sa formalisation par les grands groupes américains de la tech. Pourtant, la circulation globale de la smart city ne peut faire l'économie du constat de son adaptation à des contextes très variés : au regard des expérimentations indiennes, japonaises, européennes, sud-coréennes, ou africaines, la smart city n'est pas une évidence, tant se sont hybridées et mélangées ses multiples interprétations nationales et locales. La spécificité des enjeux de la smart city propre à chaque ville n'est que très rarement discutée. La diffusion globale du modèle pose pourtant de très nombreuses questions. Comment a-t-il émergé ? Pourquoi est-il apparu quasi simultanément en des lieux très différents et très éloignés les uns des autres ? Comment s'inscrit-il dans une histoire longue de la fabrique des espaces urbains, et dans l'économie politique des révolutions industrielles ? Urbanisation et industrialisation allant de pair, la smart city serait alors le dernier né des relations complexes entre régimes capitalistiques et dynamiques d'urbanisation. La présentation s'attachera dès lors à comprendre en quoi la smart city est d'abord un processus politique inscrit dans le temps long de l'histoire des transformations urbaines avant d'être un objet technologique du temps court des innovations du numérique.

Raphaël Languillon-Aussel est enseignant-chercheur de l'université de Genève et chargé d'études senior de La Fabrique de la Cité. Normalien, agrégé, docteur de géographie et aménagement, il s'intéresse aux transformations urbaines contemporaines, comme les smart cities, le vieillissement des villes, ou les grands événements urbains (à l'image des Jeux olympiques et paralympiques), en particulier en Asie orientale et en Europe de l'ouest.

Alban LEVEAU-VALLIER : Le projet d'intelligence artificielle et la notion d'intuition
En postulant que tous les aspects de l'intelligence sont descriptibles (Dartmouth, 1955-56), le projet d'IA se place à son insu dans l'impasse décrite par Kant selon laquelle il nous est impossible de postuler à la fois le principe de causalité (qui fonde la possibilité de l'explication) et l'existence de la liberté. Avec cette hypothèse, les chercheurs mettent hors de leur portée les phénomènes de pensées impliquant la liberté (comme l'interprétation, l'invention ou le choix) et se condamnent à revivre la même déception scientifique à chaque exploit technique : les machines effectuent des méthodes de plus en plus complexes mais échouent toujours à "décrire" l'intelligence qui les invente ("théorème de Tesler"). Les succès techniques du projet d'IA invitent donc à reconsidérer ses hypothèses scientifiques, ce que nous ferons en menant une réflexion sur le hasard et l'intuition.

Alban Leveau-Vallier prépare un doctorat sur l'intelligence artificielle et l'intuition à l'université Paris 8, sous la direction de Pierre Cassou-Noguès. Il enseigne à Sciences Po Paris.

Nicole ORANGE : Intelligence artificielle, la Normandie cherche un algorithme gagnant - Rapport du CESER de Normandie (Mars 2019)
L'intelligence artificielle n’est pas née du XXIe siècle, mais l'explosion des données, la puissance de calcul des ordinateurs et la masse de données collectées en ont accéléré l'essor. Alors que les GAFAM américains affrontent les BATX chinois, on peut se demander quelle est la place de la Normandie dans ce combat géopolitique. La région a pourtant bel et bien son rôle à jouer autour de ses entreprises, de ses laboratoires et de son écosystème de financement et d'accompagnement. L'ensemble des politiques régionales sont touchées par l'IA : formation, transports, développement économique, aménagement du territoire. Cette réalité doit amener le Conseil Régional à considérer qu'il doit adapter son organisation interne pour répondre aux besoins nouveaux.

Nicole Orange, Professeur des Universités à l'université de Rouen, Présidente de la commission Recherche, Innovation et Coopération au CESER de Normandie. Chercheur en Sciences Biologiques, Nicole Orange a activement participé à la structuration de la recherche en Normandie, notamment par la mise en place des réseaux de Recherche d'Intérêt Normand. Très sensible à la richesse des connaissances issues de la transversalité des domaines de recherche, l'importance de l'IA est un des sujets mis en avant dans ses recherches pour explorer la complexité des systèmes biologiques appliqués à la santé, au travers de l'analyse d'un grand nombre de données.
Bibliographie récente sur Researchgate Nicole Orange

Ernesto OROZA : Within the Revolution, Everything
This lecture deals with popular digital practices that update, or "crack", the cultural politics of the Cuban Revolution. To this end, I analyze three vernacular and unregulated computing protocols that have spread across the island since the first decade of the 2000s, and which are articulated as ways of making based on practices that are collectivist, anti-monopoly, and of cultural resistance, and technological disobedience:
1- SNet (Street Net), or RoG (Red of Gamers) : a system of Local Area Networks (LAN), developed by teenagers in order to game in their neighborhoods, which became an enormous, wireless urban intranet. SNet was self-sustaining and independent until it was absorbed by the state in 2020.
2- El Paquete Semanal/The Weekly Package : a system of distribution, on a national scale, for a terabyte of pirated digital content. External hard drives are used for distribution ; these contain series, movies, soap operas, documentaries, music, videoclips, reality shows, memes, comics, animated films, software, apps, antivirus software, language courses, magazines in PDF format, and ads.
3- Revolico/The Lists : a webpage for classified ads that reorganized and proposed a new use for "the lists" (text-based documents [spreadsheets] created by workers, containing information for buying, selling, and trading products, which circulate over the state’s intranets). Revolico has an online version and an offline version, which is updated and distributed by the matrices of The Weekly Package.

Cette conférence aborde les pratiques numériques populaires qui actualisent — ou "craquent" — la politique culturelle de la Révolution cubaine. À cette fin, j'analyse trois protocoles informatiques vernaculaires et non réglementés qui se sont répandus dans l'île depuis la première décennie des années 2000, et qui s'articulent comme des façons de faire fondées sur des pratiques collectivistes, anti-monopoles et de résistance culturelle et de désobéissance technologique.
1- SNet (Street Net), ou RoG (Red of Gamers) : un système de réseaux locaux (LAN), développé par des adolescents pour jouer dans leur quartier, qui est devenu un énorme intranet urbain sans fil. Le SNet était autonome et indépendant jusqu'à ce qu'il soit absorbé par l'État en 2020.
2- El Paquete Semanal/The Weekly Package : un système de distribution, à l'échelle nationale, d'un téraoctet de contenu numérique piraté. Des disques durs externes sont utilisés pour la distribution ; ils contiennent des séries, des films, des feuilletons, des documentaires, de la musique, des clips vidéo, des émissions de télé-réalité, des mèmes, des bandes dessinées, des films d'animation, des logiciels, des applications, des logiciels antivirus, des cours de langues, des magazines au format PDF et des publicités.
3- Revolico/The Lists : une page web pour les petites annonces qui a réorganisé et proposé une nouvelle utilisation pour "les listes" (documents textuels [feuilles de calcul] créés par les travailleurs, contenant des informations pour l'achat, la vente et le commerce de produits, qui circulent sur les intranets de l'État). Revolico a une version en ligne et une version hors ligne, qui est mise à jour et distribuée par les matrices du "Weekly Package".

Designer, chercheur, responsable du 3e cycle Design et recherche à l'École Supérieure d'art et de design de Saint-Étienne, directeur éditorial d'Azimuts, Ernesto Oroza s’est intéressé aux architectures de la nécessité, à la désobéissance technologique et autres sujets qui relient design et société en temps de crise économique et politique. Il produit et distribue des modèles spéculatifs et des recherches par le biais de diverses méthodes de publication, expositions, pratiques de collaboration, documentaires et incursions peu orthodoxes en architecture, design d'intérieur et objet. Son travail a été présenté au Museum of Modern Art de New York, au Musée Groninger, Pays-Bas ; au LABoral Centro de Arte y Creación Industrial, Espagne ; au Musée des beaux-arts de Montréal ; au Museo Rufino Tamayo, Mexico ; à l'Institut de Culture La Virreina, Barcelone. Il a participé à deux reprises à la Biennale internationale du design de Saint-Étienne et a reçu des bourses de la Fondation Guggenheim, de la Fondation Christoph Merian, Bâle, Suisse, du Centre danois pour le développement culturel et de la Fondation Ludwig.

Samuel SZONIECKY : Intelligences végétales
Depuis les premières interfaces graphiques, nous utilisons des analogies pour manipuler les informations. Par exemple, nous travaillons avec nos ordinateurs de la même manière que nous le faisons quand nous sommes à notre bureau entouré de dossiers et de documents. Cette analogie bureautique qui fait de l'information une matière quasi inerte, crée de nombreux angles morts face aux flux continus d'information qui se métamorphosent sans cesse. Le bureau n'est plus aussi éclairant quand l'information est vivante, que sa gestion devient collective et qu'elle ambitionne le développement d'une intelligence collective et réflexive. Nous proposons d'explorer une autre analogie de design des connaissances qui trouve dans les végétaux le modèle d'une intelligence complexe mais accessible car basé sur une expérience simple du vivant : une graine pousse ici et maintenant vers les nuages suivant une arborescence documentaire et vers l'intériorité d'un espace conceptuel commun suivant des rhizomes intuitifs.

Après des recherches en histoire de l'art, Samuel Szoniecky est devenu ingénieur informatique, chef de projet et créateur d'entreprise. Depuis 2006, il oriente son travail vers la recherche et l'enseignement à l'université Paris 8 où il est maître de conférences en sciences de l'information et de la communication. Il explore des méthodes de design des connaissances pour le développement d'une intelligence collective centrée sur la stimulation, l'expression et le partage des intelligences individuelles.
Publications
Szoniecky S., Écosystème de connaissances : méthode de modélisation et d'analyse de l'information et de la communication, ISTE Éditions, 2017.
Szoniecky S. & Bouhaï N., Intelligence collective et archives numériques, Systèmes d'information, web et société, ISTE Éditions, 2017.

Justinien TRIBILLON : Les villes
Si certaines villes sont intelligentes, c'est bien que d'autres sont stupides, non ? Voire sales, crasseuses. Smart en anglais, c'est l'intelligence intellectuelle, c'est aussi l'élégance, la classe. La lourdeur et la vacuité du concept de smart city n'a pas empêché son succès. Il caresse entrepreneur, maire, technocrate, dans le sens du poil en jouant sur le fantasme inavoué de l'édile démiurge soutenu par l'ingénieur omniscient — on effleure sa tablette et le CO2 diminue ; une manette abaissée, fini les embouteillages ; double-clic sur son écran, la criminalité disparue. Gouverner devient ludique, pratique, et puis c'est automatique. Les questions éthiques disparaissent dans la boîte noire des infrastructures, dans des lignes de codes que personne ne comprend de toute façon. Vidéos de promotions, applications, renders se nourrissent au biberon des codes de la science-fiction… en oubliant qu'Asimov, Orwell ou Bradbury décrivaient des dystopies. La critique de la smart city n'est pas forcément anti-technologique, mais elle permet d'interroger ces "angles morts" et de repenser le rôle du "numérique" dans la ville, pour plus de démocratie, d'inclusivité. Bref, d'intelligence.

Justinien Tribillon est urbaniste et sociologue. Doctorant et enseignant à University College London, il est également co-fondateur et co-rédacteur en chef de la revue Migrant Journal. En tant qu'écrivain et critique d'architecture, il a écrit pour The Guardian, The Architectural Review, MONU.
Site internet : tribillon.com


Espaces publics et dispositifs d'identification numériques, atelier organisé par La Fabrique de la Cité, avec Emmanuel LÉGER (fondateur de Cylope.ai, Léonard) et Myrtille PICAUD (chercheuse, Centre d'études européennes et de politique comparée [CEE] et Centre européen de sociologie et de science politique [CESSP]) — Grand témoin : Marta REVUELTA (sous réserve)

Alors que la Chine déploie son dispositif de surveillance de masse des populations via la reconnaissance faciale qui couple vidéo et intelligence artificielle, d'autres régions du monde tentent de légiférer sur la captation de données biométriques au sein des espaces publics — ou des espaces ouverts au public. C'est le cas de l'Union européenne, dont le Règlement Général de Protection des Données (RGPD) confère aux habitants un cadre juridique solide sur la protection de leurs données personnelles.
Point besoin toutefois de passer par les données biométriques pour surveiller les citoyens. Singapour inaugure ainsi en 2020 un système de péage urbain satellitaire, qui permet de suivre tout véhicule à tout moment de la journée et de lui imposer une tarification dynamique de son usage de la route et de ses accès à certains espaces urbains. En Europe, des start up développent des applications variées aux dispositifs ayant recours à l'intelligence artificielle et à la vidéo, comme par exemple Cyclope, hébergée par Léonard, l'incubateur du groupe VINCI SA, qui met au point un système de reconnaissance des véhicules. Bien que ne tombant pas sous le coup de la juridiction sur les données biométriques, ces dispositifs ultraperformants d'un genre nouveau posent la question du déploiement quasi ubiquitaire de l'intelligence artificielle à des fins de surveillance de masse de l'espace — espaces publics, routes, infrastructures privées…
Le recours à la reconnaissance numérique (vidéo, satellitaire, audio…) des individus et des objets est-il un progrès souhaitable ou une dérive autoritaire ? Si le questionnement donne l'impression d'une alternative binaire manichéenne, les termes du débat sont bien plus complexes et subtils. Afin de contribuer à structurer l'horizon politique et éthique du déploiement spatial de l'intelligence artificielle, La Fabrique de la Cité convit les membres du Cercles des Partenaires de Cerisy à un atelier de réflexion et d'échange sur les dispositifs d'identification numériques.


SOUTIENS :

• École universitaire de recherche ArTeC [Université Paris-Lumières]
• Haute école d'art et de design - Genève (HEAD)
Université de Paris 8 | Vincennes - Saint-Denis


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


MÉMOIRES ET ENJEUX DU MARITIME EN NORMANDIE


DU MERCREDI 16 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 19 SEPTEMBRE (14 H) 2020

[ colloque de 3 jours ]



DIRECTION :

Vincent AUBIN, Pascal BULÉON, Christophe MANEUVRIER, Frédérique TURBOUT


ARGUMENT :

La région Normandie possède la plus importante façade maritime française et se trouve au bord du couloir qui voit passer un quart du commerce maritime mondial. Elle accueille le troisième complexe portuaire européen, possède quatre grandes gares maritimes, et compte également de nombreux plaisanciers, marins pêcheurs et passionnés de sports nautiques. Malgré ces traits majeurs témoignant d'une activité importante, l'image de la Normandie reste celle d'une région essentiellement terrienne. Comment expliquer la permanence de ces représentations qui affirment, à tort, que les Normands sont peu tournés vers les mers ?

Ce colloque engagera une large réflexion entre élus, acteurs et chercheurs pour révéler au plus grand nombre la richesse du patrimoine maritime normand, tout en favorisant un dialogue entre acteurs de ce monde maritime. Puis, après avoir dégagé les principaux enjeux du maritime au regard des défis actuels, il s'efforcera de l'intégrer dans la stratégie régionale. Dans cette perspective, les débats s'organiseront autour de trois questions : en quoi la Normandie est-elle une grande région maritime ignorée notamment en matière de patrimoine ? Quels sont les acteurs de ce patrimoine et comment favoriser leur mise en réseau ? Comment la région peut-elle "réinvestir" sa maritimité aujourd'hui et demain ?


MOTS-CLÉS :

Appropriation, Échanges, Commerce maritime international, Maritime, Maritimité, Mer de la Manche, Normandie, Patrimoine, Ports, Valorisation


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 16 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 17 septembre
LES ACTEURS DU PATRIMOINE MARITIME NORMAND
Matin
Expériences muséales 1, table ronde avec :
Marie-Agnès POUSSIER-WINSBACK & Virginie SAMPIC [Musée de Fécamp] : L'expérience de la création du musée des Pêcheries
Pierre ICKOWICZ [Musée de Dieppe] : Une synthèse de la Normandie maritime : Dieppe un musée de ville portuaire
Benjamin FINDINIER [Musée de Honfleur] : Autour de la Lieutenance de Honfleur

Après-midi
Expériences muséales 2, table ronde avec :
Brigitte RICHART & Alexandra JALABERT [Musée de Granville] : Quels avenirs pour les collections maritimes ?
Alain TALON [Conseil départemental de la Manche] : Tatihou : un musée maritime ou comment traiter de la maritimité d'un territoire, sur le plan des patrimoines
Pierre SCHMIT [La Fabrique de Patrimoines en Normandie] : La mise en patrimoine de la maritimité en Normandie depuis le début des années 1980

Soirée
Concert Magene : Langue et chansons normandes


Vendredi 18 septembre
LA NORMANDIE, UNE RÉGION MARITIME IGNORÉE ?
Matin
La Normandie maritime au fil du temps
Christophe MANEUVRIER [Université de Caen Normandie] : La Normandie au cœur de l'économie atlantique ? Commerce et échanges maritimes aux XVIe et XVIIe siècle
Paul MANEUVRIER-HERVIEU [Université de Caen Normandie] : Les ports de la Seine dans l'économie monde au XVIIIe siècle
Jean-François KLEIN [Université du Havre Normandie] : Normonde, une réflexion sur les patrimoines maritimes de l'empire ultra-marin en Normandie

Après-midi
Autour du patrimoine maritime
Viviane MANASE [Région Normandie] : Le patrimoine de la villégiature en Normandie
Marie-Anne DU BOULLAY [French Lines & Compagnies] : French Lines & Compagnies, patrimoine maritime et portuaire
Magali LACHÈVRE & Christophe CÉRINO [Service Historique de la Défense, Cherbourg, Université de Bretagne Occidentale] : Patrimonialisation des paysages portuaires
Simon CROWCROFT [Connétable de St Helier - Jersey] : Le patrimoine maritime de Jersey

Soirée
Stéphane LAÎNÉ : Toponymie et parlers normands en milieu maritime


Samedi 19 septembre
LES ENJEUX DU MARITIME
Matin
La Normandie maritime dans la mondialisation récente, table ronde avec Vincent AUBIN [Région Normandie], Pascal BULÉON [Université de Caen Normandie], Bernard CAUVIN [Président de la Cité de la Mer - Cherbourg] (sous réserves), Michael DODDS [Comité Régional du Tourisme de Normandie], Paul TOURRET [Institut Supérieur d'Économie Maritime] et Frédérique TURBOUT [Université de Caen Normandie]

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Stéphane LAÎNÉ : Toponymie et parlers normands en milieu maritime
La façade maritime de la Normandie, la plus importante du territoire national, comporte un nombre impressionnant de noms de lieux qui sont pour beaucoup en rapport avec la mer et son univers. Ces toponymes reflètent l'histoire de la province. Ils sont d'abord l'héritage des différents peuples qui ont habité ou fréquenté les lieux et de la langue qu'ils employaient. Ils sont aussi le reflet de la géographie et des activités humaines : noms de reliefs, de caps, de havres, d'îles… mais aussi noms de ports, de gués ou de bacs, de fortifications nées pour se défendre des incursions… Les habitants de la côte ont également développé une pratique dialectale propre au milieu dans lequel ils évoluent, un langage marqué notamment par la pratique de la pêche et de la navigation. Ce sont ces différents aspects que nous traiterons lors de notre propos.

Docteur en sciences du langage, historien de la langue française et dialectologue, Stéphane Laîné est un spécialiste de l'onomastique reconnu nationalement et internationalement. Membre du Conseil scientifique et culturel des parlers normands institué par la Région Normandie, il œuvre à la connaissance du patrimoine linguistique régional. Ses recherches ont aussi abordé l'histoire de la Normandie par le prisme de la littérature et de la linguistique.

Alain TALON : Tatihou : un musée maritime ou comment traiter de la maritimité d'un territoire, sur le plan des patrimoines
Au sein du réseau départemental des sites et musées, trois sites traitent de la maritimité : l'écomusée de la baie du Mont Saint-Michel de Vains ; le musée maritime de Regnéville-sur-Mer et l'île Tatihou selon une approche plus globale de l'histoire et des patrimoines de la mer. Après trente ans d'activité de recherche, de médiation, le Département (en accompagnement d'une requalification de l'offre touristique de restauration et d'hébergement) souhaite écrire un nouveau programme, à travers un projet scientifique et culturel. La refonte muséographique concerne le musée composé de cinq espaces dans le lazaret. En parallèle, il est nécessaire de concevoir un discours de médiation au sein du fort Vauban, dont la tour est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, concentrant près de 350 ans d'histoire défensive du littoral, de Vauban au mur de l'Atlantique. Marqueur territorial, la mer structure le Cotentin et le Département de la Manche. Les nouveaux espaces et outils de médiation ont pour ambition de traiter des premiers peuplements, de l'histoire de l'île, celle des fortifications, des gens de mer, des ressources marines et des jardins du lazaret. Ce nouveau programme culturel, basé notamment sur la préhistoire, l'histoire, l'ethnographie, la biologie marine, est conçu pour donner à comprendre un écosystème intégrant la mer, l'anthropisation, l'environnement.

Alain Talon est directeur du patrimoine et des musées du Département de la Manche.


La Normandie maritime dans la mondialisation récente, table ronde avec Vincent AUBIN, Pascal BULÉON, Bernard CAUVIN, Michael DODDS, Paul TOURRET et Frédérique TURBOUT
La Région a en charge l'exercice de la compétence obligatoire de l'inventaire général du patrimoine culturel et le développement d'une politique en faveur du patrimoine s'appuyant sur quatre missions : la connaissance, l'expertise, l'aide à la conservation-restauration et la valorisation. Au titre du Comité Régional du Patrimoine, il a été identifié comme thématique prioritaire "L'Eau en Normandie" portant sur les sujets, d'une part, du portuaire et de l'hydraulique, et d'autre part, du balnéaire et du thermal. C'est dans ce cadre global que la dimension Patrimoine révèle, sur la base d'un diagnostic régional partagé avec les services de l'État et les départements, des forces, des faiblesses et des vigilances. La mondialisation des échanges commerciaux et des flux touristiques dans un contexte de réchauffement climatique (notamment du trait de côte) bouscule l'équilibre fragile entre attractivité territoriale et préservation des patrimoines culturel et naturel.

Vincent AUBIN
Cette intervention reposera entre autres sur la stratégie régionale Culture et Patrimoine intitulée "Territoires Créatifs" et présentée en 2017 à Elbeuf mais également sur les études d'inventaire de la Région ainsi que sur le document "Panorama et Enjeux du patrimoine normand 2019" issu des travaux partenariaux du Comité Régional du Patrimoine associant la DRAC, les cinq départements, la Fondation du Patrimoine et l'EPCC Fabrique de patrimoines en Normandie.

Vincent Aubin est Chef du service Patrimoines - Direction de la Culture et du Patrimoine (DCP) - Région Normandie (site de Caen).


SOUTIENS :

Région Normandie
Université de Caen Normandie
• Direction régionale des affaires culturelles Normandie (DRAC)


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Présentation personnelle

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Total à verser :

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Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
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Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


LES AUTRES NOMS DU TEMPS


DU MARDI 8 SEPTEMBRE (19 H) AU MARDI 15 SEPTEMBRE (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


"Le changement d'heure" (n°59) © Gilbert Garcin - Galerie Camera Obscura


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Vincent BONTEMS, Étienne KLEIN


ARGUMENT :

Nous méditons sur le temps sans vraiment savoir à quoi nous avons affaire : est-il une substance ? un fluide ? une invention ? une illusion ? De nombreuses locutions familières suggèrent qu'il s'agirait d'une entité physique autonome, tandis que d'autres, aussi nombreuses et non moins éloquentes, laissent penser qu'il ne serait qu'une production de notre conscience, ou bien un aspect des processus naturels, voire une simple construction culturelle.

Au fond, à quoi le temps ressemble-t-il vraiment ? Est-il tel que le langage le raconte ? Comme nous croyons le percevoir ou le vivre ? Comme le représentent les équations des physiciens ? Comme le pensent les philosophes ? Comme le mesurent les horlogers ? Est-il même raisonnable de supposer que toutes ces conceptions renvoient à une réalité unique ?

Le but de ce colloque est de procéder à une expérience de pensée collective et transdisciplinaire : si l'on se passait du mot "temps" dans telle ou telle discipline ou domaine, que se passerait-il ? Quels autres mots faudrait-il utiliser ? Quel bénéfice en escompter en termes d'élucidation conceptuelle ? Quel serait le prix à payer en termes d'obscurité ou de contre-intuitivité ?


MOTS-CLÉS :

Culture, Évolution, Histoire, Irréversibilité, Langage, Mémoire, Processus, Rythme, Tempo, Temps


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mardi 8 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 9 septembre
ORDRE, PROCESSUS, IRRÉVERSIBILITÉ
Matin
Alain CONNES : Y a-t-il du temps dans les mathématiques ?
Étienne KLEIN : Et si le paramètre t n'était pas le temps ?

Après-midi
François JULLIEN : Peut-on se passer de penser le temps ?
Francis WOLFF : Pour un concept universel de temps : entre devenir et série

Soirée
Le temps suspendu, par Chloé MOGLIA (artiste et trapéziste)


Jeudi 10 septembre
PERMANENCE, SUCCESSION, RELATIVITÉ
Matin
Roland LEHOUCQ : Que devient le temps dans l'espace-temps ?
Jean-Marc FERRY : Peut-on penser le temps "dans la dimension de la philosophie", après comme avant Albert Einstein ?

Après-midi
Vincent BONTEMS : Le temps comme obstacle épistémologique
Elie DURING : La simultanéité e(s)t la forme du temps

Soirée
L'essence du tempo, par Geneviève LAURENCEAU (violoniste)


Vendredi 11 septembre
ÉVOLUTION, RYTHMES, DURÉES
Matin
Jacques JACOT : Réflexions d'horloger en guise d'introduction à la journée
Gérard BERRY : Le temps formel, de la physique à l'informatique et à la musique

Après-midi
Virginie van WASSENHOVE : Le temps est-il un "cas" de conscience ?
Pierre-Marie POUGET : L'idonéisme : un autre nom du temps, indissociable de la compréhension des autres

Soirée
Penser hors du temps ?, table ronde avec Alain CONNES, Jean-Marc FERRY, François JULLIEN et Étienne KLEIN


Samedi 12 septembre
ACCÉLÉRATION, SYNCHRONISATION, CONTEMPORAIN
Matin
Hartmut ROSA : Résonances – Éliminer le temps de la pensée sociale
Christophe BOUTON : Existe-t-il un plus petit dénominateur commun aux différents discours scientifiques et philosophiques sur le temps ?

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
K2, une journée particulière, projection et discussion avec François DAMILANO (cinéaste et alpiniste) [vidéo]


Dimanche 13 septembre
HISTOIRE, RÉCIT, MÉMOIRE
Matin
Daniel S. MILO : Trahir le temps
Yves GINGRAS : L'Histoire, le temps et l'événement [sous réserve]

Après-midi
Armand HATCHUEL : L'autre nom du temps : l'inconnu

Soirée
Inventer des futurs, prédire l'avenir ?, table ronde avec Vincent BONTEMS, Jean-Pierre DUPUY, Daniel S. MILO et Hartmut ROSA


Lundi 14 septembre
ANTICIPATION, PRÉVISION, IMPROVISATION
Matin
Jean-Pierre DUPUY : Le terme
Isabelle SERÇA : Qu'a perdu et retrouvé Marcel Proust ?

Après-midi
Alexei GRINBAUM : Les temporalités d'une explication
François ROUSSEL : Le tempo d'une pensée. Descartes à contretemps


Mardi 15 septembre
Matin
Table ronde finale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Vincent BONTEMS : Le temps comme obstacle épistémologique
Le recours au mot temps constitue-il un obstacle épistémologique pour la réflexion scientifique ? Dans "Le problème du temps historique", l'historien de l'art Erwin Panofsky proposait de distinguer entre un temps chronologique et un temps historique afin de ne pas confondre ce qui relève de la simultanéité chronologique et de la contemporanéité historique. Il définissait ainsi la "contemporanéité relative" comme objet de son analyse. En radicalisant son dispositif théorique par l'abandon définitif du mot temps et en le prolongeant par l'élaboration de règles de changement de référentiels historiques au sein de l'ordre chronologique (dans l'esprit des analyses de Reinhart Koselleck sur le présentisme et l'historicisme), nous défendrons que le mot "temps" conserve néanmoins une application légitime, quoique limitée, dans les sciences historiques en tant que conjonction du repérage d'un événement (ou de durées) et de la restitution d'une dissymétrie entre le passé et l'avenir (obligeant à envisager plusieurs futurs de l'événement). En nous appuyant sur une réflexion de Jules Vuillemin, consécutive aux discussions autour de son ouvrage Nécessité ou Contingence, nous montrerons que cette position conduit à un dilemme entre deux métaphysiques opposées qui font probablement un usage abusif de la notion de temps. Cette stratégie de déflation des usages légitimes du mot temps est-elle réservée aux sciences historiques ? En nous basant sur une expérience de pensée du mathématicien Émile Borel, nous tâcherons au contraire de montrer qu'elle est transposable aux sciences physiques et qu'elle éclaire des dérives métaphysiques analogues au sein de certaines interprétations de la cosmologie relativiste (univers-bloc) ou de la mécanique quantique (mondes multiples) qui tendent à en faire une éternité ou un "hyper-temps".

Christophe BOUTON : Existe-t-il un plus petit dénominateur commun aux différents discours scientifiques et philosophiques sur le temps ?
La notion de temps est utilisée dans des champs très divers, qui vont de la philosophie aux sciences de la nature en passant par les sciences humaines. On parle ainsi de "temps physique", de "temps géologique", de "temps biologique", de "temps historique", de "temps social", etc. Cette plurivocité soulève plusieurs questions qui seront abordées à partir de quelques études de cas : les différents sens du temps impliqués dans ces différents usages réfèrent-ils à la même chose ? Sont-ils compatibles entre eux ? Et si oui, permettent-ils de dégager un ou des points communs, des invariants, qui permettraient de préciser ce que veut dire le mot "temps" ?

Christophe Bouton est professeur de philosophie à l'université Bordeaux Montaigne. Ses recherches portent sur les théories de l'histoire (XIXe et XXe siècles) et sur la question du temps dans la philosophie contemporaine.
Publications
Temps et liberté, Presses universitaires du Mirail, 2007 (trad. anglaise : Time and Freedom, Northwestern University Press, 2014).
Le temps de l'urgence, Le Bord de l'eau, 2013.
Temps de la nature, nature du temps. Études philosophiques sur le temps dans les sciences naturelles, volume collectif édité avec Philippe Huneman, CNRS éditions, 2018.

Elie DURING : La simultanéité e(s)t la forme du temps
Tout serait plus simple s'il nous manquait un mot pour dire le "temps" ! Pour notre malheur, ce mot existe, aiguisant notre perplexité devant l'objet fuyant qu'il paraît désigner. Ce sentiment se dissipe quelque peu si l'on s'avise que le temps n'est pas un objet, une sorte d'"éther" processuel dont il y aurait sens à se demander s'il "existe", s'il est "un" ou "multiple", comment il s'y prend pour "passer", ou s'il est susceptible d'"accélérer" ou de "ralentir", etc. Les difficultés resurgissent si l'on reconnaît qu'il n'est peut-être pas davantage un concept, un instrument intellectuel permettant de catégoriser et de classifier une diversité de phénomènes ou de traits "temporels" en les rapportant à des plans d'expérience hétérogènes (vécu et mesure, consciences et horloges, etc.). Je montrerai que s'il n'est pas un concept, le temps est pourtant à coup sûr une forme. Comme tel, il a moins affaire à des objets ou des domaines d'expérience qu'à des significations. Il y a deux grandes manières d'envisager cette forme temps. On peut le faire, classiquement, en y voyant la forme du changement, articulant succession et permanence : c'est le problème de la persistance. On peut le faire, et c'est plus rare, en y voyant une enveloppe du devenir rassemblant en faisceau une multiplicité de flux de durée plus ou moins dispersés : c'est le problème de la coexistence. Je m'intéresserai à ce second problème du point de vue d'une question aiguisée par la théorie de la relativité : quelle réalité accorder à la simultanéité à distance ? Je défendrai l'idée que c'est précisément au moment où la simultanéité est réputée relative au choix d'un système de référence que son usage temporel acquiert une véritable portée formelle, en nous forçant à en généraliser le concept au-delà de ses figures locales ou globales: telle est la vraie leçon des jumeaux de Langevin. Enfin j'indiquerai comment un certain nombre de caractères habituellement associés à la seule dimension du successif (tels que la continuité, l'indétermination ou l'accélération) sont mieux compris si on les réfère d'emblée à la dimension du simultané. En renversant une formule de Kant, le "temps" pourrait bien s'avérer la plus intéressante des idées dérivées du simultané.

Elie During est maître de conférences en philosophie à l'université Paris Nanterre.
Publications
Faux raccords : la coexistence des images, Actes Sud, 2010.
Le Futur n'existe pas, B42, 2014.
Plusieurs éditions critiques de Bergson : Durée et Simultanéité (Puf, 2009), Le Souvenir du présent et la fausse reconnaissance (Puf, 2012).
Avec E. Alloa, a dirigé Choses en soi : métaphysique du réalisme, PUF, 2018.
À paraître en 2021 : une nouvelle édition de La Dialectique de la durée de Bachelard.

Jean-Marc FERRY : Peut-on penser le temps "dans la dimension de la philosophie", après comme avant Albert Einstein ?
La conception du temps, proposée par Einstein, se heurte au problème du caractère contre-intuitif. On peut y voir un défi adressé à la philosophie. Il y va de la compréhension. S'y joue une appropriation des hypothèses de la physique contemporaine aux intellections de l'entendement commun. À l'occasion de confrontations avec Niels Bohr, Albert Einstein avait pu lui-même participer d'un tel geste. Quant aux percées de Martin Heidegger, dans Sein und Zeit, ainsi que dans ses cours de 1935-1936 (repris dans Qu'est-ce qu’une chose ?), elles suggèrent l'intention de domicilier au sein de la philosophie une notion d'"espace-temps", proche, à certains égards, du concept einsteinien… Se pose après Einstein comme après Heidegger la question d'une valeur objective du temps vécu proprement humain. L'idée que celui-ci serait simplement subjectif se heurte à des difficultés logiques. Le recours à la théorie grammaticale du temps, ou "chronogénèse verbale", chez Gustave Guillaume, offrirait une piste résolutive.

Jean-Marc Ferry est titulaire de la Chaire de Philosophie de l'Europe, de l'université de Nantes, Docteur honoris causa de l'université de Lausanne et de l'université Saint-Louis de Bruxelles (2017), il dirige plusieurs collections éditoriales et a publié une trentaine d'ouvrages. Son œuvre fut couronnée à deux reprises par l'Institut de France.
Publications
Les Puissances de l'expérience, Cerf, 1992.
L'Allocation universelle. Pour un revenu de citoyenneté, Cerf, 1995, 1996, 2016.
L'Éthique reconstructive, Cerf, 1996.
La Question de l'État européen, Gallimard, 2000.
De la Civilisation, Cerf, 2001.
Les Grammaires de l'intelligence, Cerf, 2004.
La République crépusculaire, Cerf, 2010.
La Religion réflexive, Cerf, 2010.
Les Lumières de la religion, Bayard, 2013.
La Raison et la foi. Une philosophie de la religion, Agora Pocket, 2016.
Qu'est-ce que le réel ?, Éditions Le Bord de l'eau, 2017.

Yves GINGRAS : L'Histoire, le temps et l'événement
On dit souvent, avec l'historien Marc Bloch, que l'histoire est "la science des hommes dans le temps". Mais de quel temps s'agit-il ? Ce n'est pas celui newtonien, absolu et qui coule de manière régulière même si rien n'arrive. C'est plutôt celui de l'événement, c'est-à-dire, comme le dit Cournot, celui de la rencontre de séries causales indépendantes. Ainsi le temps historique rejoint curieusement celui de la thermodynamique statistique et se fonde sur l'hypothèse d'un chaos originel pour éviter le déterminisme laplacien. L'histoire ainsi conçue se concentre donc sur les moments charnières ou le nouveau émerge et laisse de côté ce qu'on peut appeler une "histoire inertielle" où rien ne bouge vraiment et se reproduit dans un temps immobile.

Alexei GRINBAUM : Les temporalités d'une explication
Un phénomène qui, dans le langage du mythe, est exprimé par la locution "révéler un choix divin", se dit différemment à un autre niveau d'interprétation, dans l'explication des décisions prise par l'intelligence artificielle. Sur l'exemple de xAI (Explainable AI), problème d'explication dans l'apprentissage machine, cette intervention mettra en évidence un mélange intriqué des temporalités qui accompagne toute construction d'un récit explicatif.

Alexei Grinbaum est philosophe et physicien. Chercheur au laboratoire Larsim du CEA-Saclay, il est spécialiste de l'information quantique. Depuis 2003, il s'intéresse aux questions éthiques liées aux nouvelles technologies, notamment aux nanotechnologies, à l'intelligence artificielle et à la robotique. Il a été coordinateur pour la France de l'Observatoire européen des nanotechnologies et partenaire du projet européen "Recherche et innovation responsables en pratique" (RRI-Practice). Il est également Membre du Comité national pilote d'éthique du numérique et de l'IA et de la Commission d'éthique de la recherche en numérique (Cerna).
Publications
Mécanique des étreintes, Encre Marine, 2014.
Les robots et le mal, Desclée de Brouwer, 2019.

Jacques JACOT : Réflexions d'horloger en guise d'introduction à la journée
L'histoire des techniques utilisées en horlogerie est marquée par la recherche de la meilleure stabilité de marche d'une montre à une époque où les bateaux n'avaient pas d'autre moyen qu'une horloge pour repérer leur longitude sur le globe terrestre. De nos jours, les fonctions de la montre sont fort diverses : reflet de l'appartenance de son propriétaire à une catégorie de personnes dans la société, instrument servant à la ponctualité de son détenteur, indication sur le style de vie de son propriétaire, etc… Notre besoin de précision de la marche de la montre existe encore, mais il va de soi que la montre doit indiquer l'heure qu'il est sans défaillance! À celui qui la fabrique de trouver les bons critères pour concevoir un produit qui plaira à ses clients. En général nous souhaitons que notre montre soit toujours à l'heure sans jamais devoir la régler, même si elle reste quelques jours sur notre table de nuit. Nous verrons quelques écueils à vaincre pour que cet instrument soit robuste et comment les ingénieurs doivent analyser les fonctions à satisfaire pour y parvenir. Nous devons formaliser clairement les besoins des clients, même s'ils ne les ont jamais exprimés et nous serons jugés sur l'attractivité des produits mis sur le marché. Ce challenge requiert la mise en pratique de méthodes de conception qui se rapprochent fortement de celles de la démarche scientifique : définir clairement les objectifs à atteindre, construire une réponse à la demande formulée et mettre à l'épreuve la solution trouvée. Ici point de vérité à découvrir sur la nature du "temps", mais des réponses plus ou moins idoines aux besoins de se repérer dans des rythmes et des durées qui vont évoluer avec le public cible.

Ingénieur de formation, Jacques Jacot a travaillé à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne dans les asservissements pour robots d'assemblage de haute précision avant de faire 20 ans dans l'industrie dans la conception d'installations de production et de produits microtechniques alliant de la mécanique de précision, de l'électronique de mesure et du logiciel embarqué. Engagé ensuite comme professeur à l'EPFL à Lausanne il a mené un groupe de chercheurs travaillant sur mandats de l'industrie et s'est occupé de la formation d'ingénieurs universitaires. Depuis sa retraite, il continue de remplir des mandats de consulting en technologie de pointe pour des entreprises.

Étienne KLEIN : Et si le paramètre t n'était pas le temps ?
Chacun sait en effet que c'est Isaac Newton qui a introduit en physique la variable t dans les équations de la dynamique et qu'il a choisi de la baptiser "temps". Nous sommes tellement habitués à cette représentation qu'elle nous semble naturelle, au point que nous ne pensons plus à poser cette simple question : à partir de quelles connaissances antérieures a-t-il pu reconnaître le temps même sous les traits d'un être mathématique aussi rachitique ? En toute logique, il aurait dû nommer le paramètre t d'une autre manière, puisque ce temps physique, qu'il inventait, n'a aucune des propriétés que nous attribuons d'ordinaire à l'idée de temps. S'agit-il là du vrai temps, ou seulement d'une mutilante caricature ? Le paramètre t ne désigne-t-il qu'un temps amaigri, amputé ou incomplet, voire tout à fait autre chose que le temps ?

Étienne Klein est philosophe des sciences, directeur de recherches au CEA. Il dirige le Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière du CEA et est membre de l'Académie des technologies. Il anime tous les samedis sur France-Culture "La conversation scientifique".
Publications
Matière à contredire, essai de philo_physique, Champ-Flammarion, 2018.
Ce qui est sans être tout à fait, essai sur le vide, Actes Sud, 2019.

Daniel S. MILO : Trahir le temps
Trahir le temps I : le siècle. Le temps et un et indivisible ; pour le rendre intelligible, il faut le charcuter. Inventé vers 1600, le siècle a été adopté en 1800, quand la fin d'une ère coïncida avec la raison métrique. Depuis, les historiens ne cessent d'en nier le sens tout en étant incapables de s'en priver. Ils ont raison : plus les tranches temporelles sont arbitraires, donc neutres, plus elles sont heuristiques. L'histoire comme science est concomitante à la périodisation en siècles.
Trahir le temps II : le futur. La flèche du temps commence au Big Bang et s'arrête au présent ; le futur appartient au néant. La faculté de se projeter dans ce néant, de faire des plans, et de les partager avec autrui, a jailli en Afrique il y a 60000 ans. Parce qu'inexistant, l'à-venir sécrète des options à la chaîne. L'excès est né de la cuisse du futur.

Daniel S. Milo est né en Israël en 1953. Ex-EHESS, il compte à son actif neuf livres, trois vidéoarts et quatre productions théâtrales.
Aspects de la survie culturelle (thèse, 1986) traite du jugement de la postérité.
Trahir le temps (histoire) (1991) étudie en les manipulant quelques modes de découpage du temps : siècle, génération, décade, coupure avant-après JC, l'An Mil.
L'Invention de demain (2011) propose de voir en ce moment le small bang. Le livre développe le lien causal entre futur et excès.
Voir www.TooMuch.Us et Good Enough : The Tolerance for Mediocrity in Nature and Society (2019).

Pierre-Marie POUGET : L'idonéisme : un autre nom du temps, indissociable de la compréhension des autres
Le mathématicien-philosophe Ferdinand Gonseth (1890-1975) pense "en plein champ". Sa philosophie se caractérise au premier chef par le souci de l'idoine, de ce qui, dans la situation, convient au mieux. Pareil souci la tourne vers l'avenir à même son présent enrichi des leçons du passé. Elle place tout acquis, si élaboré et fiable soit-il, sous le sceau du révisable. Un "je ne sais quoi que l'on atteint d'aventure" la tient constamment ouverte à une éventuelle remise en question qui peut l'atteindre jusqu'en ses bases. De tels remaniements se sont produits et rien n'empêche qu'il s'en produira encore. Ils retentissent si profondément sur tous les aspects de l'expérience humaine, qu'ils entraînent le passage d'une époque à une autre. Dans ces conditions, tout nous laisse penser que l'idonéisme soit un autre nom du temps, indissociable de quelques autres. Nous nous proposons de le confirmer en nous appuyant sur les grandes lignes de cette philosophie.

Pierre-Marie Pouget, docteur en philosophie et professeur émérite, est président de l'Association Ferdinand Gonseth, fondée en 1971. Auteur de 28 ouvrages et de nombreux articles, il s'est spécialisé dans l'étude de la pensée gonséthienne. Ses centres d'intérêt tournent autour de l'histoire des sciences et de leur méthodologie.
Publications
Pour un nouvel esprit philosophique d'après l'œuvre de Ferdinand Gonseth, L'Aire 1994.
Haltes sur des chemins de campagne, une approche de Heidegger, L'Aire, 1995.
Ferdinand Gonseth, une manière suisse de philosopher, Muse 2014.
L'individualisme, source de danger et d'espoir, L'Harmattan, 2015.
Migrants, incarner les valeurs humaines. Mondialiser l'hospitalité, Chronique sociale, 2017.
Remise en question des croyances monothéistes. Croire autrement, Edilivre, 2019.

Hartmut ROSA
Directeur du Max-Weber-Kolleg / Institut d'études avancées à l'université de Erfurt, Harmut Rosa est titulaire d'une chaire de sociologie générale et théorique à l'université Friedrich-Schiller de Iéna, en Allemagne. Docteur honoris causa de l'université de sciences humaines d'Utrecht, il a travaillé comme professeur associé à la New School for Social Research de New York et à la FMSH/EHESS de Paris. De 2008 à 2018, il co-dirige également le journal Time and Society.
Publications
Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive (2012, 2014).
Résonance : une sociologie de la relation au monde (2018).

François ROUSSEL : Le tempo d'une pensée. Descartes à contretemps
Dans le cadre d'un colloque consacré aux "autres noms du temps", les raisons de se pencher sur quelques cheminements cartésiens tiennent à leur complexité et à leur équivocité eu égard à diverses dimensions temporelles entrecroisées, et ce sous un double éclairage :
- un aspect proprement philosophique et métaphysique qui a été naguère l'objet d'analyses fort denses, voire techniques sinon scolastiques, où les rapports entre les notions d'instant, de moment, de durée, de mémoire, d'accoutumance sont loin d'être simples et où, de manière schématique, s'opposent une interprétation "instantanéiste" des thèses cartésiennes les plus radicales concernant l'idée d'une "création des vérités éternelles" reliée à celle d'une "création continuée", et une interprétation plus complexe faisant droit aux significations équivoques que recouvre le terme de "temps" selon qu'il relève de la "substance étendue" (res extensa) ou de la "substance pensante" (res cogitans) ;
- un aspect rhétorique et politique qui manifeste une stratégie d'écriture, de circulation, de diffusion et éventuellement de publication des thèses cartésiennes très attentive aux contextes de réception et à leurs effets escomptés ou redoutés. Dans l'enchaînement ordinaire qui va de l'écriture à la publication (s'exposer aux jugements d'un public "lettré"), les textes projetés et promis par Descartes ont souvent fait l'objet de retards, de retardements, de contretemps parfois très calculés, parfois imprévus sinon imprévisibles, jusqu'à en suspendre indéfiniment la publication. Et au delà d'une éventuelle tendance à la procrastination, cette attitude ne tient pas seulement à une "prudence" par ailleurs compréhensible et légitime face aux risque de censure et de possible persécution relativement à telle thèse métaphysique, physique ou théologique. Il y a un étrange voire paradoxal rapport de Descartes au temps de la promesse et simultanément de la défiance à l'égard de toute projection ou anticipation qui retrancherait quelque chose d'une libre disposition de soi, comme si le moment propice à l'exposition d'une idée devait toujours être différé ou suspendu, comme en attente.

Virginie van WASSENHOVE : Le temps est-il un "cas" de conscience ?
Si l'on se passe du mot "temps" en neurosciences, le cerveau devient une architecture figée sans conscience, sans souvenir, sans perception, sans attente, sans pensée, bref sans "moi". Le cerveau, matière organique molle, est aussi un système à la dynamique endogène complexe qui doit être explicable selon les lois de la physique. Une approche physicaliste pourrait considérer que le cerveau permet, métaphoriquement, le mouvement — de la motricité corporelle aux constructions logiques de la pensée. Cependant, elle n'explique pas la phénoménologie, la réalité psychologique, ou même la signification de la pensée qui accompagnent la vie consciente humaine (et aussi, en grande partie, animale). Le temps n'échappe pas à cette limitation : décrire l'entropie du système cerveau dans le référentiel de l'observateur externe fournit une description de son vieillissement ou de son entropie sans rendre compte de la phénoménologie associée (consciente ou non). L'approche fonctionnaliste en neurosciences de la cognition considère que la structure et les règles endogènes qui régissent les capacités mentales — génératrices de la conscience — reposent sur des cartes cognitives. Ces cartes générées par l'activité des neurones permettent la construction d'un système de coordonnées espace-temps abstrait au sein du cerveau. L'hypothèse est donc que le temps psychologique, comme cas de conscience, implique la génération neuronale d'une carte cognitive mesurable.

Publications
Gauthier B., Pestke K., van Wassenhove V. (2019), "Building the Arrow of Time… Over Time : A Sequence of Brain Activity Mapping Imagined Events in Time and Space", Cerebral Cortex, 29(10), 4398-4414.
Kononowicz T. W., Roger C., van Wassenhove V. (2019), "Temporal metacognition as the decoding of self-generated brain dynamics", Cerebral Cortex, 29(10), 4366-4380.
Grabot L., van Wassenhove V. (2017), "Time order as psychological bias", Psychological science, 28(5), 670-678.
Van Wassenhove V. (2016), "Temporal cognition and neural oscillations", Current Opinion in Behavioral Sciences, 8, 124-130.
Kösem A., Gramfort A., van Wassenhove V. (2014), "Encoding of event timing in the phase of neural oscillations", Neuroimage, 92, 274-284.
Van Wassenhove V. (2009), "Minding time in an amodal representational space", Philosophical Transactions of the Royal Society B : Biological Sciences, 364(1525), 1815-1830.

Francis WOLFF : Pour un concept universel de temps : entre devenir et série
Les philosophes du temps se partagent ordinairement entre partisans du temps-série et du temps-devenir, autrement dit entre ceux pour qui le concept de temps doit être pensé par des prédicats dyadiques ("antérieur à", "simultané à") et ceux pour qui il doit être pensé par des prédicats monadiques ("présent", "passé", "futur"). Si les philosophes sont divisés (Aristote/Platon, Russell/Husserl, etc.), il n'en va pas de même des physiciens qui ont toujours nié l'existence du devenir et l'ont réduit à une illusion subjective. Nous tenterons de montrer qu'admettre le seul temps-série mène à l'éternalisme et qu'admettre le seul temps-devenir mène au présentisme. Dans son intégrité, le concept de temps nécessite donc les deux types de prédicats. En outre, toute théorie qui ne reconnaît comme êtres temporels que les "événements" doit être formulée en termes de série et implique une notion d'existence purement relationnelle (exister, c'est être par autre chose). Inversement, toute théorie qui admet comme êtres temporels des "substances" doit être formulée en termes de devenir, ce qui lui permet de penser le changement et implique une notion d'existence absolue (exister, c'est être ici-maintenant).

Francis Wolff est professeur émérite de philosophie à l'École normale supérieure (Paris). Il a aussi été professeur aux universités de São Paulo (Brésil) et de Nanterre.
Publications
"Aristote face aux contradictions du temps", in Aristote et la pensée du temps, Presses de l'université de Nanterre.
A dirigé le numéro spécial de la Revue de métaphysique et de morale, 4, 2011 sur "Temps physique, temps métaphysique", avec une contribution intitulée : "Le temps comme concept hybride".
Dire le monde, 3e ed. augmentée, Hachette-Pluriel, 2020.


Le temps suspendu, par Chloé MOGLIA (artiste et trapéziste)
La suspension du corps, comme celle du souffle, entraîne la sensation que le temps aussi se suspend, voire se dilate. Suspension rime avec cessation. En effet, une certaine activité s'arrête : on a cessé de courir partout. On n'avance plus, ayant troqué le plan horizontal de nos habitudes et de nos cheminements pour une verticale sèche qui ne mène nulle part. Dans ce nulle part, il n'y a finalement qu'à bien se tenir pour survivre et, si la magie opère, pour observer. Notre rapport à l'agir change : agitation, action et cogitation tendent à se dissoudre. Si nous y prêtons attention, un espace et un temps s'ouvrent. Cela se déploie dans le silence, entre le lourd et le léger, entre le grave et le moins grave, entre des matières à forte densité et le si peu palpable des nuages. Afin de partager ces observations, je présenterai la performance Horizon et raconterai plus en détail où me mènent ces observations qui relient l'effort, le souffle, le poids, les idées et les récits, l'attention, le corps, les sens, le temps, le vertige et les peurs

Chloé Moglia étudie suspendue dans le vide. Elle s’intéresse particulièrement aux sensations de dilatation et de contraction du temps, aux variations du poids et aux fluctuations de l’attention dans les différents régimes d’activité qu’offre la suspension. Elle déploie une grande part de ses activités dans le domaine du spectacle, des arts visuels et de la performance, au sein du Rhizome (www.rhizome-web.com)
Publication
Pratiquer la question, Revue Esquisse(S), n°15.


SOUTIENS :

• Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Fondation suisse d'études
Horlogerie Audemars Piguet


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


Colloque reporté
— 25 juillet 2020 —

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque est reporté aux dates suivantes : du lundi 6 septembre au vendredi 10 septembre 2021.

La direction du CCIC


LE THÉÂTRE DES GENRES DANS L'ŒUVRE DE MOHAMMED DIB


DU MARDI 1er SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 5 SEPTEMBRE (14 H) 2020

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Charles BONN, Mounira CHATTI, Naget KHADDA


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Zineb ALI-BENALI, Guy BASSET, Sabeha BENMANSOUR, Reda BENSMAÏA, Charles BONN, Denise BRAHIMI, Mireille CALLE-GRUBER, Mounira CHATTI, Ali CHIBANI, Assia DIB-CHAMBON, Guy DUGAS, Naget KHADDA, Fritz-Peter KIRSCH, Abdellah ROMLI, Hervé SANSON, Habub TENGOUR, Mourad YELLES


ARGUMENT :

L'œuvre de Mohammed Dib, principal écrivain algérien francophone avec Kateb Yacine, a trop souvent été déformée par des lectures de circonstance. On n'a ainsi perçu que tardivement que cette œuvre était d'abord une réflexion originale et sans cesse renouvelée sur les pouvoirs du langage face au défi de l'indicible.

Le colloque tentera de montrer que cette réflexion passe d'abord par une mise en scène des langages, et principalement des genres littéraires, entre lesquels cette œuvre est en constante alternance, à l'intérieur même des textes. Genres soumis par cette théâtralisation à une sorte de distanciation qui amène le lecteur à leur prêter parfois autant d'attention qu'aux thèmes qu'ils développent. Mais il permettra également de montrer que les "genres", au sens sexuel cette fois, sont aussi un de ces langages que l'œuvre de Dib théâtralise, et qu'on peut ainsi, malicieusement, traiter en parallèle avec les genres littéraires et leurs jeux de séduction.


MOTS-CLÉS :

Conte, Dib (Mohammed), Essai, Genre littéraire, Insignifiance, Intertextualité, Intratextualité, Langage, Lecture critique, Littérature francophone, Oralité, Photographie, Poésie, Roman, Sens, Théâtre


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mardi 1er septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 2 septembre
Matin
Charles BONN, Mounira CHATTI & Naget KHADDA : Introduction

SCÉNOGRAPHIE ET THÉÂTRALISATION DES GENRES LITTÉRAIRES — Modérateur : Charles BONN
Naget KHADDA : Propositions pour penser une esthétique de l'abstraction
Hervé SANSON : La nébuleuse de La Fiancée du printemps : construction et déconstruction du mythe
Mounira CHATTI : Simorgh de Mohammed Dib : les bocages du genre et du sens

Après-midi
LA QUÊTE ÉPERDUE DES FORMES ET DU SENS — Modératrice : Naget KHADDA
Mireille DJAÏDER : Alchimie du langage et "nostalgie du sens"
Manel ZAIDI AIT-MEKIDECHE : L'œil Cosmique et l'Ouïe : hypostases dibiennes
Anna ZOPPELLARI : Mohammed Dib : images de l'ailleurs entre motif thématique et littérature de voyage


Jeudi 3 septembre
Matin
LA GÉNÉRATION DU TEXTE : INTERTEXTUALITÉS ET DÉCONSTRUCTIONS DES FORMES — Modératrice : Zineb ALI-BENALI
Lucy STONE McNEECE : L'écriture de Mohammed Dib : La plume comme un pinceau
Regina KEIL-SAGAWE : Lyyli… des 4 saisons — les correspondances du genre, entre poème et prose
Abdellah ROMLI : L'intratextualité dans l'œuvre dibienne : une question de vie ou de mort

Après-midi
THÉÂTRALITÉ ET ÉCRITURE ROMANESQUE — Modératrice : Regina KEIL-SAGAWE
Amel MAAFA : De la polyphonie théâtrale à la narration romanesque. Le cas de Mille hourras pour une gueuse et de La danse du Roi de Mohammed Dib
Hanane LAGUER : La théâtralité du geste dans L'infante maure : outil de scénarisation de l'oralité
Nasrin QADER : Le théâtre de l'écrit : jouer avec/jouer de…


Vendredi 4 septembre
Matin
L'ÉCRITURE, LE VISUEL ET LE SONORE — Modérateur : Abdellah ROMLI
Maya BOUTAGHOU : Les paysages visuels et sonores de Mohammed Dib
Lamia OUCHERIF : L'écriture du "visuel"
Toufik HADJI : Mohammed Dib se ressource, en écriture et en photographie, dans une ville plurielle : Tlemcen

Après-midi
LA POÉSIE SUBSUME LE THÉÂTRE DES GENRES — Modératrice : Mounira CHATTI
Zineb ALI-BENALI : La construction du genre dans l'œuvre dibienne : l'importance du poème
Mohammed Ismaïl ABDOUN : Peut-on parler d'une poétique dibienne ?


Samedi 5 septembre
Matin
LA VALSE DES INTERACTIONS GÉNÉRIQUES : ENTRE EXISTENCE ET HÉRITAGE — Modérateur : Hervé SANSON
Ines KREMER : Autobiographie et exil dans l'œuvre de Mohammed Dib
Guy BASSET : Le tissage des traditions

Charles BONN, Mounira CHATTI & Naget KHADDA : Conclusion

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Mohammed Ismaïl ABDOUN : Peut-on parler d'une poétique dibienne ?
La poésie de Dib passe pour être difficile d'accès, voire hermétique. Il s'agirait alors, à travers les débats entre spécialistes, de dégager les caractéristiques spécifiques — la singularité — de l'écriture poétique dibienne, sur les plans aussi bien thématiques que prosodiques et rythmiques. En un mot, jeter les bases, ou les prémisses, d'une poétique dibienne pour lever enfin l'hypothèque qui pèse sur la lecture de sa poésie.

Mohammed Ismaïl Abdoun est maître de conférences à l'Institut des langues étrangères de l'université d'Alger - Bouzaréah.
Publication
Lecture(s) de Kateb Yacine, Casbah, 2007.

Zineb ALI-BENALI : La construction du genre dans l'œuvre dibienne : l'importance du poème
Une lecture des textes dibiens dans la perspective des questions de genre est-elle possible ? Pour le poète Dib, la femme est porteuse du rêve de liberté et de l'élan qui l'anime. Elle est (la mère, l'aimée, l'enfant…) celle qui inspire et dit un verbe de profonde vérité. Pour l'écrivain attentif à ce qui se passe dans sa société, puis dans les sociétés de l'ailleurs, les relations entre les hommes et les femmes s'inscrivent dans une histoire, sociale et politique, héritière d'un patriarcat qui sait s'adapter. Mais cette histoire est aussi celle d'un mouvement de changement et de création d'inédit.

Guy BASSET : Le tissage des traditions
L'œuvre de Dib comporte un volume rassemblant cinq contes algériens, qui paraît peu de temps après l'installation de Dib en métropole en 1959 et quelques autres contes parus principalement en revues, ou même certains qui sont restés inédits. Cette face méconnue de son œuvre la traverse souterrainement d'un bout à l'autre et entretient avec ses fictions des relations étroites. Dib n'hésite pas à faire référence de temps en temps à toute cette tradition orale transmise par les contes et aussi les proverbes. Quelle articulation faut-il faire entre la création littéraire pure et le recours à cette littérature populaire qui peut mettre en scène des animaux et des hommes dans leurs relations réciproques ?

Docteur ès lettres (Paris 3 Sorbonne Nouvelle 2016), Guy Basset a publié de nombreux articles sur la vie intellectuelle, universitaire et artistique à Alger entre 1880 et 1970, et s'est plus particulièrement intéressé à l'œuvre d'Albert Camus.
Publications dans des ouvrages collectifs
Dictionnaire L'Algérie et la France, Jeannine Verdès-Leroux (dir.), Robert Laffont, 2009.
Dictionnaire Albert Camus, Jeanyves Guérin (dir.), collection "Bouquins", 2013.

Charles BONN
Charles Bonn a exercé dans les universités de Constantine, Fès, Lyon 3, Paris 13, et enfin Lyon 2 et Leipzig. Il a dirigé le Centre d'études littéraires francophones et comparées à l'université Paris 13, et co-dirigé les revues Itinéraires et contacts de cultures et Expressions maghrébines. Il a créé le programme documentaire informatisé Limag et le site www.limag.com. Il a dirigé de nombreuses thèses sur les littératures du Maghreb et de l'émigration, et a été également co-directeur de plusieurs publications collectives, dont la collection "Littératures francophones" (Hatier/AUPELF, 1997 et 1999).
Principales publications
La Littérature algérienne de langue française et ses lectures, Naaman, 1974.
Le Roman algérien de langue française, L'Harmattan, 1985.
"Nedjma", de Kateb Yacine, PUF, 1990.
Anthologie de la littérature algérienne, Livre de poche, 1990.
Lectures nouvelles du roman algérien. Essai d’autobiographie intellectuelle, Paris, Classiques Garnier, 2016.
Littérature algérienne : Itinéraire d'un lecteur, Alger, El Kalima, 2019.

Maya BOUTAGHOU : Les paysages visuels et sonores de Mohammed Dib
Dans L'Arbre à dires, Mohammed Dib déclare : "Il y a dans la langue une transparence obscure qui me convient". Cette image s'ajoute à celles régulièrement et brillamment exprimées par les auteurs maghrébins de la génération de Dib. Pour le poète, la langue française permettait ce voyage intérieur et le retour à son paysage autant sonore que visuel. Dans cette contribution, il sera question de l'écriture "transparente obscure" de la poésie de Mohammed Dib, à partir de deux recueils qui affichent son rapport au voyage et au retour à ses lieux d'écriture, mais aussi à la photographie. Dans Tlemcen ou les lieux de l'écriture (1992) ainsi que dans L.A Trip (2003) deux dimensions du voyage se manifestent, le voyage intérieur pour retrouver la douceur du foyer et de l'enfance, mais aussi le voyage de la langue et des langues pour saisir l'image juste par le mot juste. Par l'analyse de l'énonciation, du rythme, et des tropes, nous traiterons le texte poétique comme le punctum, ou point d'origine de l'émotion qui révèle un paysage fait d'images sonores et visuelles.

Maya Boutaghou est Associate Professor of French à l'université de Virginie et Andrew Mellon Fellow, elle est l'auteure d'Occidentalismes, Romans historiques postcoloniaux et identités nationales au XIXe siècle (Honoré Champion, 2016) qui propose une approche comparatiste poétique pour l'étude des littératures postcoloniales au XIXe siècle ; ses articles sont parus dans des revues et ouvrages consacrés à la littérature comparée et à la francophonie.

Mounira CHATTI : Simorgh de Mohammed Dib : les bocages du genre et du sens
Dans Simorgh, Mohammed Dib aborde les thèmes de la langue, de l'étranger ou du potentiel du rêve en mêlant la poésie, le conte, la nouvelle, l'essai, le journal. La réactualisation du mythe et du symbole du Simorgh et d'Œdipe permet d'interroger, de manière novatrice et oblique, la condition humaine et la création contemporaines. Dib "brise le mur" entre les genres littéraires puisque, ainsi qu'il le suggérait dès 1961, le roman est "une sorte de poème inexprimé" et la poésie "le noyau central du roman". Ce texte ultime fait éclater les limites entre les genres, les langues, les imaginaires, les patrimoines littéraires et philosophiques. Le fragment, le discontinu, le double, l'indécidable, autant de figures et de caractéristiques qui fondent la poétique dibienne. Celle-ci renvoie, comme le montre Naget Khadda, "les reflets tantôt dissociés, tantôt décalés, tantôt superposés ou même fondus d'un monde ancré dans une double référence culturelle, mythique et linguistique" et "porte l'estampille de cet entre-deux de la circulation du sens".

Mounira Chatti est professeure à l'université Bordeaux Montaigne (et membre de l'équipe d'accueil TELEM, EA 4195).
Publications
La fiction hérétique. Créations littéraires arabophones et francophones en terre d'islam, Classiques Garnier, 2016.
La traduction comme expérience des limites. Les écritures franco-arabes, PUB, 2016.
Co-directions
Littératures plein Suds. Langues, histoire, mémoire, Marsa Éditions, 2015.
Sexe, genre, identité, L'Harmattan, 2013.
Femmes et création, L'Amandier, 2012.
Elle a publié un roman, Sous les pas des mères, L'Amandier, 2009.
En collaboration avec Marie Virolle, elle prépare l'édition d'un ouvrage collectif : Littératures du monde arabe : traduction, intertextualité, exil (à paraître en 2020).

Mireille DJAÏDER : Alchimie du langage et "nostalgie du sens"
Dans Habel, récit en crise, pour donner à voir de l'intérieur la descente aux enfers du migrant de Paris, l'écriture croise mots et images, s'hybride. Ce roman carnavalesque, tout de montages, joue de l'alliage du lisible et du visible, emprunte à la littérature et aux arts visuels. Des réminiscences cinématographiques et picturales théâtralisent les métamorphoses textuelles et sexuelles d'Habel, jalonnent son parcours halluciné. Au miroir des mots, ces reflets anachroniques, projetés dans le cours diégétique, doublent et troublent la scène de l'écriture, laissant entrevoir l'innommable. Dans ce jeu de réflexion, une illumination : l'apparition de nuit de Lily, l'illisible, l'illimité, la fugitive, l'âme errante, l'Absente comme Leïla du diwân de Medjnoûn ouvre une quête quasi mystique de l'amour fou aux limites du rêve et du réel pour donner à lire ce qui ne s'écrit pas : l'appel d'une parole première et "la nostalgie du sens".

Mireille Djaïder, titulaire d'une thèse sur l'œuvre de Kateb Yacine, a enseigné à l'université d'Alger et publié plusieurs articles sur la littérature algérienne de langue française. Elle a organisé, avec Beïda Chikhi, les archives de Kateb Yacine à l'IMEC et l'exposition qui lui a été consacrée à l'Institut du Monde Arabe (1994). Elle a participé au catalogue Kateb Yacine, Éclats de mémoire (Éditions de l'IMEC, 1994, 80 pages).

Toufik HADJI : Mohammed Dib se ressource, en écriture et en photographie, dans une ville plurielle : Tlemcen
Certains diront que Mohammed Dib publie Tlemcen ou les lieux de l'écriture [1994] dans le but d'une autobiographie, ou plutôt d'une "Phautobiographie". D'autres expliqueront son texte illustré par une démarche photo-littéraire. Or, Mohammed Dib parle souvent des lieux qui n'existent plus dans le présent. Il nous les montre grâce à la photographie, car il a besoin d'un autre élément, conjointement à l'écriture, pour se ressourcer. Tlemcen n'est pas seulement sa ville natale mais aussi la source de son écriture et de ses photographies : Tlemcen est issu du berbère "Tilmas", qui veut dire "source". À partir de l'origine du mot "Tlemcen", Dib nous raconte d'autres lieux qui lui sont chers : par exemple le "Médresse", qui a une origine turque. D'autre part, grâce aux photographies de Philippe Bordas en 1993, nous verrons une autre période de "l'histoire" de l'Algérie : la décennie noire. Pour cela, les deux photographes, Dib et Bordas, utilisent un jeu de lumière pour raconter ce qui reconstruit la mémoire d'une ville algérienne. Par rapport à l'écriture, les photographies prises par Mohammed Dib et Philippe Bordas viennent jouer ici une manière différente de réagir aux émotions, une manière de transmission d'un monde autochtone, distincte de celle connue dans les livres dits "orientalistes", et de la fixer par la notation. Par ailleurs, cette représentation de l'autochtone est problématique : en réalité, il s'agit d'un mélange de plusieurs cultures que, par paresse ou par légèreté, on ne différenciait pas.

Toufik Hadji est en 2e année de doctorat "littérature générale et comparée" à l'université Côte d'Azur, CTEL.
Corpus
DIB Mohammed, Tlemcen ou les lieux de l'écriture, Paris, Revue noire, 2003.
Critiques
BARTHES Roland, La chambre claire. Note sur la photographie, Gallimard, 1980.
DÉJEUX Jean, Mohammed Dib, écrivain algérien, Naaman, Sherbrook, 1977.
KHADDA Naget (dir.), Mohammed Dib : 50 ans d'écriture, Publications de l'université de Montpellier 3, 2002.
MÉAUX Danièle, Voyages de photographes, Saint-Étienne, Publications de l'université de Saint-Étienne, CIEREC-Travaux 141, 2009.

Naget KHADDA : Propositions pour penser une esthétique de l'abstraction
On le sait, les genres littéraires se créent dans une histoire à la fois politique et culturelle. Lorsque des écrivains algériens ont pris la plume en langue française et dans la forme romanesque pendant la période coloniale, ils répondaient à une exigence du seul champ culturel patenté — celui du pouvoir colonial — en marge de leur habitus familial. Ce faisant, ils ajoutaient à l'histoire littéraire de leur territoire (elle-même complexe par ses héritages multiples) une nouvelle branche : la littérature algérienne de langue française. On a beaucoup glosé sur le mixte culturel constitutif de toutes les littératures francophones (pour nous en tenir à celles-là) et sur leur "bilangue". Or, chacun des auteurs de ce vaste corpus a eu à négocier, à sa façon, les termes de son existence, à conquérir son espace de liberté au cœur des contraintes imposées par la doxa dominante et à y inventer son univers propre. Dib, qui a la particularité d'avoir mené de front une réflexion critique et le geste d'écriture, nous offre un texte disparate qui donne à voir la scénographie de l'interaction de ses multiples références (philosophiques, linguistiques, mythiques, génériques…). Je m'attacherai à montrer comment, sur la scène de ce théâtre des compétitions culturelles, se dessine, chemin faisant, la tension vers une esthétique du signe qui récuse toute description mimétique du monde.

Professeure de langue et littérature françaises, Naget Belkaïd-Khadda, aujourd'hui à la retraite, a enseigné dans les universités d'Alger et de Montpellier III. Elle a effectué de brefs passages par les universités de Paris XIII (à titre d'invitée) et de Paris VIII (comme professeure associée). Spécialiste de l'œuvre de Mohammed Dib et, plus largement, des grands auteurs algériens des années 1950 qui ont consacré la littérature de langue française en Algérie ; elle s'intéresse aussi aux arts plastiques pour avoir accompagné la réflexion et la création de son mari, Mohammed Khadda, un des pionniers de la peinture moderne en Algérie, décédé en 1991. N. Khadda est, plus généralement, attentive au champ culturel maghrébin et à ses formes d'art nouvelles, indexées sur l'histoire culturelle européenne et amarrées à l'héritage ancestral. Membre fondateur de La Fondation Mohammed Dib ("La grande maison") de Tlemcen et du prix Mohammed Dib qu'elle a présidé jusqu'en 2014, elle a aussi présidé en 2016 et 2017 le jury du prix Assia Djebar. Naget Khadda a publié plusieurs études, dirigé des ouvrages collectifs et produit de nombreux articles dans des revues spécialisées.

Regina KEIL-SAGAWE : Lyyli… des 4 saisons — les correspondances du genre, entre poème et prose
Dans mes archives, se trouve le typoscript d'un recueil de poèmes de Mohammed Dib publié seulement post mortem, dans le premier volume de l'édition de ses Œuvres Complètes, "Poésies" (Paris, La Différence 2007), rassemblé par Habib Tengour. Il est intéressant de suivre la piste des résurgences de Lyyli entre poèmes et prose, dans les différents écrits dibiens, et de voir surgir Lyyli comme chiffre, non seulement de l'élément féminin parmi d'autres figures féminines emblématiques de l'œuvre dibien, mais aussi comme symbole d'un avenir autre, imprégné par l'imbroglio des civilisations et cultures, et comme esquisse d'un(e) alter ego permettant à l'auteur/au narrateur d'élaborer, dans un va-et-vient méditatif, sa propre pensée.

Enseignante à l'université de Heidelberg pendant de longues années, de nos jours traductrice littéraire libre, spécialisée dans les littératures francophones du Maghreb, Regina Keil-Sagawe a beaucoup travaillé sur les problèmes de traduction/réception du texte maghrébin.
Publication
A traduit, entre autres, L'Infante Maure de Mohammed Dib en allemand (Die Maurische Infantin, Cologne 1997 et 2016).
A édité le numéro spécial de la revue Expressions maghrébines consacré à "Mohammed Dib poète" (2009).

Ines KREMER : Autobiographie et exil dans l'œuvre de Mohammed Dib
Profondément ancrée dans la tradition littéraire française et européenne, l'écriture autobiographique marque l'émergence et l'évolution de la littérature maghrébine d'expression française. Même si les textes en prose de Mohammed Dib n'admettent pas ouvertement leur dimension autobiographique — ne proposant pas de pacte autobiographique dans le sens de Lejeune — plusieurs d'entre eux sont fondés sur des expériences vécues qui ont marqué l'auteur. Après sa trilogie algérienne qui transmet ses idéaux communistes, Dib publie des romans moins explicitement engagés et d'autant plus personnels qu'ils thématisent l'exil, l'isolement et le déchirement identitaire. Parmi eux, il semble que ce sont surtout Habel (1977) et la trilogie nordique (Les terrasses d'Orsol, 1985 ; Le sommeil d'Ève, 1989 ; Neiges de marbre, 1990), dont le fondement autobiographique joue un rôle prépondérant, qui sont les plus appropriés à l'étude de cette problématique. Cette contribution propose d'analyser la signification de la composante autobiographique dans l'œuvre de Mohammed Dib tout en s'interrogeant sur la réflexion poétologique qu'elle inspire à l'auteur.

Ines Kremer est titulaire d'un master en langues et littératures romanes, Université Johannes-Gutenberg, Mayence (2015). Depuis mars 2016, elle est doctorante et enseignante à l'université de Duisburg-Essen (équivalent à A.T.E.R.), le titre provisoire du projet de sa thèse est "Entre assimilation et rébellion — stratégies et transformations au sein du champ littéraire français et algérien des années 1940 et 1950".
Publications
"Taos Amrouche und die Transformation des Diskurses im literarischen Feld Algeriens", dans Transformationen. Wandel, Bewegung, Geschwindigkeit. Beiträge zum XXXIII. Forum Junge Romanistik in Göttingen (15.-17. März 2017), München, Akademische Verlagsgesellschaft München, 2019, 161-173.
"Zwischen Assimilation und Rebellion : die algerische "Avantgarde" und das Paris der Nachkriegszeit", dans Migration und Avantgarde, Berlin, De Gruyter, 2020, 345-364 (à paraître).

Hanane LAGUER : La théâtralité du geste dans L'infante maure : outil de scénarisation de l'oralité
Ce que nous désignons par théâtralité est la forme spéculaire d'un théâtre(1), d'un art repris et représenté par le texte littéraire : "La théâtralité n'est pas le privilège de la chose représentée, mais du mouvement d'écriture par lequel on représente"(2). Très présente dans la littérature algérienne (poésie et roman), elle contribue à amplifier le sens et la signification. Chez Mohamed Dib, elle est souvent présentée comme une pratique de mise en scène d'une parole poétique véritablement imprégnée de la culture orale, et qui trouve sa complétude dans le geste du corps, l'emplacement de ce dernier dans l'espace ainsi que dans l'ensemble des éléments du décor qui l'accompagne. Dans L'Infante maure, la question de la gestuelle instille la théâtralité de cette écriture où se révèle le sens d'une oralité. Il s'agit de la gestuelle d'un corps primé, qui se conjugue dans la danse et le geste de Lyyli Belle. Son corps inspire sa théâtralité et abrite son théâtre dans le processus de recréation de son propre monde. Outrepassant le geste, Lyyli Belle s'adonne à une poétique de la géométrie. Celle-ci établit le lien entre le geste scriptural et la voix dans le roman. Autrement dit, notre réflexion se base aussi bien sur la scénarisation du geste/de la voix que celle de l'écriture. Pour ce faire, toute une dramatisation est déployée pour traiter l'aventure de l'écriture.
(1) Ici le mot théâtre renvoie au spectacle ou à la mise en pratique d'un spectacle ; autrement dit, mettre en scène un événement, un sentiment, dans le but d'être vu par les autres pour y contribuer. Dans cette intention, l'on retrouve forcément une forme d'exagération (amplification, dramatisation, paraphrase, redondance…), pour l'accomplissement de ce spectacle.
(2) Piemme Jean‐Marie, "Théâtralité", in Michel Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Larousse-­Bordas, 1998, p. 1614-­1615.

Hanane Laguer est doctorante à l'Inalco sous la direction de Mourad Yelles. Son projet porte sur les poétiques de l'exil et la question identitaire, abordées à partir d'un corpus multilingue (français-arabe littéraire et arabe maghrébin – melhûn -) et transgénérique (poésie/roman) dans le champ littéraire algérien. Elle est chargée de cours de littératures maghrébines à l'Inalco. Elle a participé à de nombreuses manifestations scientifiques sur la littérature maghrébine, notamment sur sa place au sein de la littérature comparée. Elle prépare un ouvrage collectif à partir d'une journée d'études qu'elle a co-organisée avec Mourad Yelles intitulée Poétiques de l'exil : Maghreb et diaspora, en 2016.
http://www.inalco.fr/sites/default/files/asset/document/prg_lacnad_15-12-2016_0.pdf

Amel MAAFA : De la polyphonie théâtrale à la narration romanesque. Le cas de Mille hourras pour une gueuse et de La danse du Roi de Mohammed Dib
Montée au festival d'Avignon en 1977, Mille hourras pour une gueuse est une expérience de théâtre menée par Mohammed Dib. Longtemps considérée comme une adaptation du roman La danse du Roi (1967), les travaux effectués par Isabelle Mette sur les manuscrits de l'auteur (disponibles à la BNF) ont démontré l'antériorité de la pièce sur le roman. Dans les deux œuvres, nous retrouvons le personnage de Arfia, une ancienne maquisarde, déchirée entre un passé glorieux et un présent désenchanté. Les personnages évoluent dans un univers éclaté, dans un va-et-vient entre passé et devenir. Le présent se voit transcendé dans la narration, accentuant ainsi le jeu dramatique du récit. Dans cette communication, nous essayerons d'étudier ce que Charles Bonn appelait "la fonction romanesque de représenter une représentation" en mettant l'accent sur le personnage de Arfia dans les deux œuvres.

Amel Maafa est maître de conférences, HDR, à la faculté des lettres et des langues, Université 8 Mai 1945 Guelma, Algérie. Elle s'intéresse tant à la littérature qu'aux arts. Elle a participé à de nombreuses rencontres scientifiques autour de ces thématiques dans de nombreux pays. Elle a publié de nombreux articles, et a co-dirigé un ouvrage sous forme d'entretiens avec Charles Bonn, Littérature algérienne. Itinéraire d'un lecteur (El Kalima, 2019).

Lamia OUCHERIF : L'écriture du "visuel"
Nous avons choisi de réfléchir sur la conception de l'écriture chez Mohammed Dib et surtout sur le rapport qui existe entre ce qu'il appelle lui-même "le visuel" et le monde. Dans un passage de L'Arbre à dires, il précise : "Ce qui est sûr, c'est que je suis un visuel, un œil. Cela ressort dans mes écrits et quel que soit le genre d'écrit : poème, roman, nouvelle" (p. 107). Qu'entend Mohammed Dib par l'expression "je suis un visuel" ? Même si l'expression paraît simple, elle ne l'est pas pour autant, surtout que l'écrivain la rattache à tous ses écrits et tous genres confondus.

Lamia Oucherif est maître de conférences en littérature au département de français de l'École normale supérieure de Bouzaréah, Alger. A soutenu son doctorat en mars 2010. L'intitulé de sa thèse est "Pour une poétique de la relation père/fille chez M. Dib, A. Djebbar et S. de Beauvoir". Chef d'équipe au sein du laboratoire LISODIP, à l'ENS de Bouzaréah. Les recherches de l'équipe portent sur la littérature francophone du XXIe siècle.
Publications
"L'invention d'une langue littéraire dans un milieu plurilingue", revue Socles (revue du laboratoire LISODIP), n°2, Janvier 2013.
"L'écriture comme dissimulation ou l'écriture de la dissimulation dans les littératures contemporaines, francophone et française (fin du XXe et XXIe siècles)", revue Socles (revue du laboratoire LISODIP), n°8, Janvier 2016.

Nasrin QADER : Le théâtre de l'écrit : jouer avec/jouer de…
Cette communication prend son élan dans le simple constat que Mohammed Dib est un grand joueur. Malgré le grand sérieux de son œuvre, autant du point de vue politique et éthique que poétique, l'écriture de Dib joue avec les mots et des mots et ainsi joue avec et de nous, joyeusement. Commençant par une lecture précise du rapport entre le jeu et l'écriture dans Neige de marbre, cette analyse la relie en même temps avec la question de la perspective plus généralement dans l'œuvre de Mohammed Dib et l'intérêt qu'elle manifeste à la visualité et à ses enjeux, cherchant ainsi à souligner que le jeu en tant que l'ouverture d'un espace de visibilité et de communication constitue le cœur de l'imagination et de la pensée de Mohammed Dib.

Nasrin Qader enseigne la littérature francophone et la littérature comparée à Northwestern University, aux États-Unis. Elle est auteur de Narratives of Catastrophe : Boris Diop, Ben Jelloun, Khatibi et des articles sur la littérature francophone et arabe du Maghreb. Elle travaille actuellement sur un projet de livre autour de la question de la visualité et le jeu, dans lequel Mohammed Dib occupe une place importante.

Abdellah ROMLI : L'intratextualité dans l'œuvre dibienne : une question de vie ou de mort
Reprendre un de ses textes ou un de ses personnages pour le replonger dans une nouvelle aventure scripturale fut certainement une des pratiques courantes des poétiques romanesques françaises du XIXe siècle. C'est à cette intratextualité, appréciée du moins par les éditeurs, qu'on doit ces grands ensembles romanesques signés par Balzac, Zola ou George Sand au nom d'une individualité créatrice unie et indivisible. Chez Mohammed Dib, le projet comme les intentions nous paraissent autres. Pour un auteur qui s'est très tôt prononcé pour une production de longue haleine, la reprise démasque principalement une tension dans le procès d'énonciation qui est constamment en train de se reconstruire autour de thèmes obsédants et qui est, par là-même, un acte qui se met en abyme, qui se théâtralise pour reprendre la thématique du colloque. Quand l'écho des Terrasses d'Orsol retentit dans une nouvelle de La Nuit sauvage : "La mort de Talilo" et quand Lyyli Belle, narratrice de L'Infante maure, renaît dans une partie de L'Arbre à dires, rien n'est aussi fort et aussi urgent que cette envie de renouer avec la vie par la prise de parole.

Abdellah Romli est professeur-chercheur en littératures francophones, auteur d'une thèse et de plusieurs articles sur l'œuvre de Mohammed Dib, membre d'une unité de recherche "Imaginaires, Textes et Écritures" du Laboratoire DILILARTICE affilié à l'université Ibn Tofaïl de Kénitra (Maroc) et chercheur associé à l'équipe de recherche sur les manuscrits de Mohammed Dib, à l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes ITEM-Paris (CNRS-ENS).

Hervé SANSON : La nébuleuse de La Fiancée du printemps : construction et déconstruction du mythe
La réécriture des mythes a toujours constitué dans l'écriture dibienne un motif essentiel. Jamais publiée, sans cesse reprise de 1960 à 1986, la pièce de théâtre La Fiancée du printemps n'échappe pas à la règle et mobilise notamment le rite berbère de Guendja, "La fiancée de la pluie" ; ce qui importe à l'écrivain algérien réside dans le fait d'"essayer de saisir ce moment particulier où le mythe émerge dans la vie quotidienne et où, détruisant nos particularités de caractère, de sentiment, de pensée, il nous agrège aux autres en un vaste corps anonyme mû par une force qui lui est à lui-même inconnue" ("Notes sur La Fiancée du printemps ou le théâtre à l’état naissant", inédit). À partir des différents tapuscrits dont nous disposons, tant les versions théâtrales successives que le scénario que Dib en a tiré avec Marcel Moussy au début des années soixante, mais aussi du roman Si Diable veut, dernier avatar — romanesque — de cette entreprise théâtrale, et en mobilisant les outils de la génétique des textes, nous nous attacherons à dégager les enjeux du travail de réécriture dibien quant au mythe, et l'évolution que celui-ci subit au long des différentes versions.

Après avoir soutenu une thèse de doctorat sur Mohammed Dib en 2005, Hervé Sanson a publié de nombreux articles sur Dib, notamment dans Expressions maghrébines ("L. A. Trip : la troisième voie ou : D'un rocking-chair", EM, "Dib poète", vol. 4, n°2, hiver 2005 ; "Une esthétique du bazar", EM, Varia, col. 18, n°1, été 2019), ou dans Apulée ("Dans l'œil du cyclone", n°2, "De l'imaginaire et des pouvoirs", Zulma, 2017). Il a coordonné le numéro de la revue Europe consacré à Dib, paru en mai 2020. Il prépare avec Habib Tengour l'édition critique et génétique des nouvelles de l'écrivain, à paraître prochainement aux éditions du CNRS.

Lucy STONE McNEECE : L'écriture de Mohammed Dib : La plume comme un pinceau
Cette communication démontrera la fonction du principe du féminin chez Dib comme agent de démantèlement des codes de la représentation conventionnels. Dib a compris que les genres littéraires et sexuels partagent une structure hiérarchique et binaire qui limite notre manière d'être au monde et notre capacité de créer les conditions éthiques propices à l'épanouissement de l'être humain. Ainsi Dib met en scène le "féminin" libéré de sa biologie et les clichés associés aux femmes, et en révisant les structures il transforme ses récits en découvertes épistémologiques et éthiques. Le féminin l'amène aussi à puiser dans la culture populaire orale, pour en extraire sa sagesse. Chez Dib le principe du féminin engendre une révolution qui abolit les frontières entre les oppositions telles que le féminin et le masculin, le moi et l'autre, la raison et la folie, le sujet et l'objet, la poésie et la prose, le Nord et le Sud, pour mettre en scène une vision plus inclusive et plus égalitaire.

Lucy Stone McNeece est diplômée de Harvard University. Elle a enseigné les littératures francophones ainsi que le théâtre et le cinéma à l'université du Connecticut puis à l'université de Mohammed V à Rabat. Elle a travaillé sur les littératures comparées au centre des Études maghrébines et du Moyen Orient et au C.E.M.A.T à Tunis. Depuis sa retraite, elle a fait une maîtrise en littérature arabe à l'INALCO, enseigné à l'université américaine de Beyrouth et passé une année de recherche à l'IFPO (Institut français du Proche Orient). Ses publications portent sur des écrivains francophones du Maghreb, de l'Afrique de l'ouest, et sur des auteurs du Moyen-Orient.

Manel ZAIDI AIT-MEKIDECHE : L'œil Cosmique et l'Ouïe : hypostases dibiennes
Dans cette communication, nous nous proposons d'examiner les fondements de l'écriture dibienne et la résurgence des multiples voix qui peuplent son œuvre du fait de l'importance que revêtent pour lui la Vision et l'Ouïe comme génératrices de sens. Nous commencerons par interroger le désert dans son essence dissolvante, capable de neutraliser le pouvoir testamentaire de l'écriture. Dans cet esprit, nous aborderons l'importance de la récitation et la sublimation de la vision par l'ouïe dans l'œuvre dibienne. Nous montrerons comment la vision relève d'un œil cosmique sublimé par le verbe récité et donc, systématiquement, par l'ouïe comme forme ésotérique de connaissance. Nous évoquerons par ailleurs un des atavismes du style dibien, lié à la parole qui traverse son œuvre sans qu'elle s'astreigne à la toute-puissance de l'écrit. Cet atavisme sera rapproché, dans la même lancée, de l'importance de l'ouïe et de ces traces qui aident à chercher et à reconstruire du sens à partir de bribes de paroles.

Manel Zaidi Ait-Mekideche est docteure en Sciences des Textes Littéraires à l'École Normale Supérieure d'Alger. Elle est autrice d'une thèse de doctorat dédiée à "L'Imagination de l'Ailleurs dans l'œuvre de Mohammed Dib" et d'un mémoire de magistère sur le "Symbolisme thériomorphe et l’imaginaire animé de Mohammed Dib". Ses publications et ses travaux de recherche portent sur l'imaginaire dibien et ses rapports avec le politique, la mythologie et la philosophie, notamment la philosophie illuminative et spirituelle.

Anna ZOPPELLARI : Mohammed Dib : images de l'ailleurs entre motif thématique et littérature de voyage
Cette intervention envisage d'analyser quelques œuvres poétiques de Mohammed Dib à partir de l'élaboration théorique sur la littérature de voyage. Les renvois à un ailleurs spatial et culturel doivent-ils être inscrits dans une interrogation thématique ou est-il possible de faire référence de façon profitable au sous-genre appelé "littérature de voyage" ? Notre propos sera donc de comprendre si, et jusqu'à quel point, l'œil du poète-voyageur transforme le texte en regard sur autrui ou le fait devenir un regard sur lui-même. L'attention sera portée notamment sur L.A Trip, recueil poétique que le paratexte éditorial définit comme "roman". Quelles sont les raisons, mais surtout, quelles sont les implications de ce triangle théorique-pragmatique où il existe un genre déclaré (le roman), un genre exposé (la poésie) et un sous-genre suggéré par le titre (le voyage) ?

Anna Zoppellari est professeure de littérature française à l'université de Trieste.
Publications
Dossier Jean Pélégri pour la revue Expressions maghrébines (2007).
Traduction du poème Tombeau d'Ibn Arabi de Abdelwahab Meddeb (Poema di un sufi senza Dio. Sulla tomba d'Ibn Arabi, 2012).
Plusieurs articles sur la littérature maghrébine d'expression française.


SOUTIENS :

• Textes, littératures : écritures et modèles (TELEM) — EA 4195 [Université Bordeaux Montaigne]
• Réseau mixte algéro-français de recherche-formation et de recherche sur la langue française et les expressions francophones (LaFEF)
• Société internationale des Amis de Mohammed Dib (SIAMD)
• Coordination internationale des chercheurs sur les littératures maghrébines (CICLIM)
Université Paris 8 | Vincennes - Saint-Denis
• Direction régionale des affaires culturelles Normandie (DRAC)

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


Colloque reporté
— 18 mai 2020 —

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque est reporté à une date ultérieure (précisée au mois d'octobre 2020).

La direction du CCIC


PENSER LES SOCIÉTÉS ET LES POUVOIRS AVEC MAX WEBER

VERS UNE "SCIENCE DE LA RÉALITÉ" ?


DU SAMEDI 29 AOÛT (19 H) AU SAMEDI 5 SEPTEMBRE (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


"Le monde moderne, un monde rationalisé ?"


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Félix BLANC, Raphaëlle LAIGNOUX, Francisco ROA BASTOS, Victor STRAZZERI


ARGUMENT :

Depuis un siècle, les travaux de ce grand savant allemand servent de référence aux sciences humaines et sociales. Fondées sur l'étude approfondie de différentes périodes historiques (de l'Antiquité grecque et romaine à la modernité occidentale, en passant par plusieurs cultures orientales), ses analyses de la construction des groupes sociaux (religieux, économiques et politiques), des motivations de l'action sociale ou encore des modes de légitimation des pouvoirs, permettent d'articuler l'étude des structures macrosociales et celle des actions individuelles dans toute leur complexité. Ces travaux comparatifs offrent, aujourd'hui encore, et peut-être plus que jamais, des outils précieux pour analyser notre temps. Pour peu qu'elle soit lue, discutée, voire critiquée, l'œuvre de Max Weber, un siècle après sa mort, ne cesse de remuer la pensée.

Ce colloque aura donc pour objectif de proposer un examen collectif des divers apports des travaux de Max Weber, et des usages qui peuvent en être faits pour mieux comprendre les sociétés contemporaines. Il s'agira d'évaluer le programme de connaissance wébérien, qui vise à jeter les bases d'une "science de la réalité" (Wirklichkeitswissenschaft), et à étudier la circulation comme la réception de ses travaux hors d'Allemagne et dans différentes disciplines (aussi bien l'histoire que la sociologie, la philosophie, le droit, l'économie et la science politique). Cette rencontre, qui se veut largement ouverte, rassemblera à la fois des spécialistes de la pensée de Weber mais aussi, et surtout, toute personne intéressée par la manière dont ce "classique des sciences sociales" peut aider à mieux penser la réalité actuelle, et ce afin d'y mieux agir.


MOTS-CLÉS :

Capitalisme, Croyances et valeurs, Déterminants de l'action, Domination, Économie politique, Épistémologie des sciences sociales, Éthique, Histoire comparée, Légitimation politique, Rationalités, Sociologie allemande, Sociologie compréhensive, Sociologie des religions, Weber (Max)


CALENDRIER PROVISOIRE :

Samedi 29 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 30 août
L'HISTOIRE A-T-ELLE UN (SEUL) SENS ? [présentation]
Matin
Félix BLANC, Raphaëlle LAIGNOUX, Francisco ROA BASTOS & Victor STRAZZERI : Introduction
Hinnerk BRUHNS : L'histoire conçue en étapes ?
Federico TARRAGONI : Trois pistes wébériennes pour une sociologie historique du politique

Après-midi
Pierre-Henri ORTIZ : Les prophètes contre la République : une lecture wébérienne des conflits religieux à Rome
Julien FAGUER : La terre et le marché du crédit en Grèce ancienne : une perspective wébérienne

Soirée
Sam WHIMSTER : Les études sur Max Weber aujourd'hui


Lundi 31 août
UNE SOCIÉTÉ VRAIMENT "OUVERTE" EST-ELLE POSSIBLE, ET À QUEL PRIX ? [présentation]
Discutants : Félix BLANC, Paulin ISMARD, Raphaëlle LAIGNOUX
Matin
Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Logiques identitaires et logiques d'appropriation
Aloys WINTERLING : Max Weber et Niklas Luhmann

Après-midi
Jean-Pierre GUILHEMBET & Pascal MONTLAHUC : Ville et communautés urbaines à Rome
Romain GUICHAROUSSE : Les étrangers au sein de la communauté athénienne (Ve-IIIe siècle av.n.è.)
Philippe CHANIAL : Les idées, les valeurs et les intérêts dans l'anthropologie wébérienne


Mardi 1er septembre
PEUT-IL Y AVOIR UN POUVOIR LÉGITIME ? [présentation]
Discutants : Vanessa BERNADOU, Félix BLANC, Jean-Philippe HEURTIN
Matin
Jean-Michel DAVID : Les magistratures romaines à la lumière des définitions wébériennes du charisme
Didier GEORGAKAKIS : L'Europe peut-elle être gouvernée par une personnalité charismatique ? Sur quelques contractions théoriques et empiriques du "leardership politique" de l'UE

Après-midi
Yves SINTOMER : La sociologie historique de Weber au test de la critique de l'eurocentrisme
Dominique LINHARDT : Les deux visages de la violence légitime : vers la fin de l'État ?

À quoi peut servir le triptyque de la légitimité aujourd'hui ?, table ronde avec Catherine COLLIOT-THÉLÈNE, Michel DOBRY, Patrice DURAN et Jean-Philippe HEURTIN

Soirée
Edith HANKE : Les luttes de Max Weber avec le concept de "démocratie". Un plaidoyer pour la sociologie politique


Mercredi 2 septembre
DÉTENTE


Jeudi 3 septembre
L'ŒUVRE DE WEBER, UNIQUE OU PLURIELLE ? [présentation]
Discutants : Edith HANKE, Jean-Philippe HEURTIN, Francisco ROA BASTOS, Victor STRAZZERI
Matin
Álvaro MORCILLO : Économie et société comme précondition à la théorie de la dépendance de Cardoso
Giulio DE LIGIO : Aron et le "problème Weber". Entre science et action

Après-midi
Julia CHRIST : Max Weber et la théorie critique : un problème d'interprétation ?
Frédéric NEYRAT : Quelle place pour Max Weber dans les facultés de droit et de sciences économiques en France aujourd'hui ?
Rita ALDENHOFF-HÜBINGER : Observer et explorer les paysages et les sociétés rurales avec Max Weber

Soirée
Philippe RAYNAUD (sous réserve)


Vendredi 4 septembre
QUE FAIRE DES CROYANCES EN SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES ? [présentation]
Discutants : Félix BLANC, Raphaëlle LAIGNOUX, Francisco ROA BASTOS, Victor STRAZZERI
Matin
Isabelle KALINOWSKI : Fides implicita. Weber et la notion d'obéissance
Paul COURNARIE : Les rois antigonides et leurs sujets

Après-midi
Gangolf HÜBINGER : Idées et intellectuels dans le travail de Max Weber
Thomas KEMPLE : Rationalizations of Culture and Their Directions : Weber on the Aesthethic Sphere
Hans-Peter MÜLLER : "Lebensführung". Vers une sociologie de la vie


Samedi 5 septembre
LA VOCATION DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES AUJOURD'HUI : CONCLUSION ET DISCUSSIONS
Matin
Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Toute domination est légitime !
Michel DOBRY : La sociologie de Max Weber et quelques problèmes actuels des sciences sociales

Rapport d'étonnement, par Vanessa BERNADOU

Après-midi
DÉPARTS


PRÉSENTATION DES JOURNÉES :

L'histoire a-t-elle un (seul) sens ? Repenser l'idée de "progrès" avec Weber
L'œuvre de Max Weber est à la fois profondément historique et tout à fait opposée à l'idée d'une téléologie ou d'une philosophie de l'Histoire. Contrairement à l'image qui en est parfois donnée, le travail de Weber n'a pas consisté à mettre en évidence les déterminants de la rationalisation du monde (et de son désenchantement) sur le mode d'un "développement" naturel et nécessaire, mais plutôt à mettre en évidence les particularités d'une rationalisation particulière, parmi d'autres : celle qui s'est opérée en Occident à partir de l'affirmation du capitalisme moderne, caractérisé avant tout par "l'organisation rationnelle du travail formellement libre" (Sociologie des religions, p. 497). Tout le travail comparatif de Weber dans sa sociologie des religions, et plus largement dans son économie politique et sa sociologie politique, a consisté à mettre en évidence les types humains variés, produits par différentes configurations sociales et rationalisations historiques particulières. Ce qui l'a conduit également à distinguer, dans chaque société, différents "ordres de vie" (Lebensordnungen, Lebenssphären ou Lebensbereichen) dont les transformations et évolutions sont désynchronisées. Tout ne change pas partout et tout le temps à la même vitesse, chez Weber, et l'histoire n'a pas un sens particulier. L'idée de progrès elle-même semble donc étrangère à celui qui s'attache plutôt à montrer la réduction des "chances" et des possibilités de vie qu'entraîne toute consolidation d'un système d'action particulier, comme la "cage d'acier" du capitalisme moderne, une fois délaissée par son éthique initiale. Mais Weber donne aussi les outils pour penser le changement social et la "possibilité même de l'inédit en histoire"(1), toujours possible mais dont le sens n'est jamais prévisible à l'avance.
Cette première journée sera donc consacrée principalement à la conception de l'histoire et des temporalités du changement social chez Max Weber. Qu'est-ce qui change quand ça change ? Pourquoi les "ordres de vie" ne changent-ils pas à la même vitesse et dans la même direction dans une société donnée ? Plus particulièrement : quel usage peut-on faire de l'anthropologie historique culturelle et comparée de Weber aujourd'hui, à l'heure où la "globalisation" semble à la fois entraîner la diffusion mondiale du capitalisme moderne, et l'apparition d'un "néo-capitalisme" et de nouveaux types humains dominants ?

(1) Catherine Colliot-Thélène, La sociologie de Max Weber, Paris, PUF, 2014, p. 99.


Individus, communautés, identités. Une société vraiment "ouverte" est-elle possible, et à quel prix ?
La traduction récente en français du volume I/22-1 de la Max Weber Gesamtausgabe (MWG)(1) intitulé Les communautés (Wirtschaft und Gesellschaft. Gemeinschaften), permet aujourd'hui de mieux saisir la cohérence du travail de Max Weber sur cette question centrale de Économie et société, ainsi que de traduire des textes jusqu'ici inédits en français. Auparavant dispersés dans différents chapitres des éditions successives de l'ouvrage posthume de Weber, ce travail éditorial permet de réinterroger aujourd'hui la conception des groupes sociaux de Weber, et l'usage que l'on peut en faire pour penser différentes périodes historiques, dont notre monde contemporain.
À l'opposition bien connue entre Vergemeinschaftung ("communautarisation" ou "communalisation") et Vergesellschaftung ("sociétisation" ou "sociation"), qui distingue les groupes fondés soit sur la base d'un sentiment d'appartenance subjectif, soit sur l'accord conventionnel d'intérêts particuliers, il faut ajouter l'étude des "puissances sociales" diverses qui contribuent à créer ces groupes sociaux, que celles-ci soient liées aux dynamiques (et aux contraintes) économiques, juridiques, politiques mais aussi culturelles ou idéelles dans lesquelles ces groupes évoluent. La formation de chaque communauté particulière est ainsi explicable par différents facteurs sociaux mais aussi par différentes "visions du monde", qui changent selon les groupes, les époques, les cultures, et qui contribuent à forger l'individu et ses caractéristiques, en d'autres termes son "identité".
Mais l'on oublie parfois qu'en mettant l'étude des communautés et des individus qui les composent au cœur de sa sociologie, Max Weber a aussi posé la question des frontières de ces groupes et de ces communautés, que l'on parle de la famille, de la nation, de l'État ou d'associations aux formes diverses, économiques, religieuses ou politiques. Car faire communauté, c'est tracer une ligne (spatiale, économique, politique ou "culturelle") entre son groupe et les autres. C'est aussi, peut-être, poser la question du dépassement éventuel de ces frontières, que ce soit sous la forme déjà ancienne des cosmopolitismes, ou sous celle plus récente des ou du "Commun(s)".
Cette journée s'intéressera donc à la façon dont Weber a conceptualisé les différents types de groupes et leurs rapports, mais aussi à la manière dont on peut s'appuyer sur ses travaux pour penser l'identité et les frontières. Comment s'articulent, aujourd'hui comme hier, "société ouverte" et communautés d'appartenance ou d'intérêts ? Un monde absolument ouvert est-il synonyme de solidarité, ou au contraire de compétition généralisée ? Comment se font et se défont les identités ? Voilà certaines des questions que nous souhaiterions poser lors de cette journée.

(1) Traduction de Catherine Colliot-Thélène et Elisabeth Kauffmann, aux éditions La Découverte, en 2019.


Peut-il y avoir un pouvoir légitime ? Tradition, charisme, bureaucratie : apports et limites du triptyque wébérien de la légitimité du pouvoir
La sociologie politique de Max Weber est parfois résumée au fameux triptyque de la légitimité du pouvoir et à ses idéaltypes bien connus : pouvoir traditionnel, pouvoir charismatique et pouvoir légal-rationnel (représenté notamment par le pouvoir bureaucratique dans la modernité occidentale). Toujours mêlés dans la réalité empirique, ils servent à Max Weber de pierres de touche conceptuelles, à l'aune desquelles on peut chercher à comprendre et expliquer les diverses configurations de pouvoir à des époques très différentes, et les revendications de légitimité qui l'accompagnent. La traduction récente par Isabelle Kalinowski du volume I/22-4 de la MWG, La domination (Herrschaft)(1), a permis de renouveler pour le public francophone la compréhension de la sociologie politique de Weber, et de lui redonner toute son ampleur originale qui s'étend bien au-delà des trois modes de légitimation du pouvoir. L'édition et la traduction des Œuvres politiques (1895-1919) de Max Weber(2) (mais aussi celle des 11 volumes de sa correspondance dans la Section II de la MWG), a apporté un complément très appréciable pour le public francophone, en permettant de mieux saisir l'engagement personnel de Weber dans la politique de son temps, et l'articulation souvent difficile entre réalité empirique de ces engagements et analyse sociologique à distance. Les débats — toujours ouverts — sur la question de la place éventuelle dans l'économie conceptuelle wébérienne d'un type de légitimité spécifiquement démocratique, ou ceux sur la définition du charisme et sa portée(3), montrent à quel point la sociologie politique de Weber continue, tout comme sa sociologie du droit, d'être utile pour penser les évolutions politiques actuelles et du passé, malgré les difficultés qu'elle soulève.
Cette journée se penchera donc sur la dimension proprement politique de l'œuvre de Weber, pour poser mais aussi recontextualiser la question de la légitimité et de la légitimation du pouvoir, qu'elle soit traditionnelle, charismatique ou légal-rationnelle. Au cœur de ces interrogations, on trouve en effet la tension qui oppose le "savant et le politique" Weber. En tant que savant, Weber semble en effet réfuter toute légitimité au pouvoir, quel qu'il soit, si par légitimité on entend le consentement rationnel en valeur et l'absence de domination. Tout pouvoir est nécessairement, pour Weber, l'affirmation d'une domination d'un groupe sur un ou plusieurs autres, et en tant que tel on ne peut vouloir s'y soumettre. Mais le Weber politique, celui par exemple des Œuvres politiques, n'aura de cesse, jusqu'à la fin de sa vie, de chercher les moyens et les dispositifs susceptibles de rendre les démocraties bureaucratisées et "impersonnelles" de son temps un peu plus "légitimes", par exemple en y introduisant une dose de charisme : c'est le fameux "tournant césariste" des démocraties qu'on a voulu voir dans ces écrits. Comment penser, ensemble, l'œuvre du savant et du politique Weber ? Comment définir et traduire, avec ou contre Weber, ces concepts politiques polysémiques comme Herrschaft ou Macht, qui sont au fondement de son système conceptuel ? Faut-il en finir avec ces idéaltypes imparfaits que sont le "charisme", le "pouvoir traditionnel" ou encore l'autorité "légal-rationnelle", que lui-même considérait comme des "concepts provisoires" ? En somme, comment penser aujourd'hui la politique et le pouvoir à partir des travaux de Weber, quitte à en pointer les limites et les adaptations nécessaires ?

(1) Max Weber, La domination, Paris, La Découverte, 2014, traduction d'Isabelle Kalinowski, introduction d'Yves Sintomer.
(2) Traduction d'Elisabeth Kauffmann, Jean-Philippe Mathieu et Marie-Ange Roy, aux éditions Albin Michel, 2004.
(3) Qu'on a tenté récemment de synthétiser et d'éclairer, dans le volume collectif Que faire du charisme ? Retours sur une notion de Max Weber, Rennes, PUR, 2014.


L'œuvre de Weber, unique ou plurielle ? Le programme de connaissance wébérien et son interprétation différenciée (traductions, appropriations, adaptations)
L'œuvre de Weber, on l'a souvent souligné, est multiple, complexe, et même parfois confuse, notamment parce qu'elle repose sur de nombreux manuscrits non publiés de son vivant, ou des éditions posthumes recomposées. Par ailleurs, le débat entre ceux qui considèrent qu'on peut y déceler plusieurs "périodes" — une phase plutôt historienne ou économiste, au début de sa carrière et jusqu'à la "crise" personnelle de 1897-1903, et une phase plus sociologique ensuite et jusqu'à sa mort — et ceux qui défendent l'unité conceptuelle du programme de connaissance wébérien n'est pas clos. À la question de l'interprétation et de la lecture des textes originaux de Weber s'ajoute surtout la manière dont ceux-ci ont été publiés, modifiés, mais aussi traduits et reçus à l'étranger, et ce dans différentes disciplines. La réception sociologique et philosophique de Weber en France (à travers notamment Raymond Aron), n'est pas la même que celle qu'il a connue aux États-Unis (par l'entremise et la "traduction", à tous les sens du terme, de Talcott Parsons par exemple). Le Weber des historiens de l'Antiquité (et du Agrarverhältnisse im Altertum) n'est pas le même que celui des sociologues des religions. Le Weber des enquêtes économiques n'est pas le même que celui des écrits épistémologiques ou que le Weber musicologue. À travers les traductions et les circulations de l'œuvre, celle-ci a connu depuis plus d'un siècle des interprétations diverses, voire opposées, constituant aujourd'hui un ensemble composite et multilingue de lectures de Weber qui parfois encore s'ignorent.
À travers cette journée, et grâce à la présence des éditeurs de la MWG mais aussi de plusieurs traductrices et traducteurs de l'œuvre de Weber ainsi que de membres de la Société des Amis de Raymond Aron, le colloque s'intéressera à la question de la circulation internationale des travaux de Max Weber et au rôle de ses passeurs, qu'ils soient sociologues, historiens, philosophes, économistes, juristes… Cette journée sera également l'occasion d'intégrer un regard réflexif sur les entreprises de célébration de Weber et de son œuvre, du fameux colloque de Heidelberg de 1964, organisé par la Deutsche Gesellschaft für Soziologie à l'occasion du centenaire de sa naissance(1), aux colloques du centenaire de sa mort (y compris le nôtre), qui font partie intégrante de l'économie générale de la réception de son œuvre.

(1) Publié sous la direction d'Otto Stammer en 1965 : O. Stammer (Hrsg.), Max Weber und die Soziologie Heute. Verhandlungen des 15. Deutschen Soziologentages in Heidelberg 1964, Tübingen, Mohr Siebeck, 1965.


Que faire des croyances en sciences humaines et sociales ? La construction des "personnalités" et des "conduites de vie" (Lebensführungen) et l'actualité de la sociologie compréhensive de Max Weber
Quelle place accorder aux "croyances" (à supposer que l'on puisse s'entendre sur une définition de ce terme) dans les processus historiques et sociaux ? Les "idées", les "convictions personnelles", les "visions du monde" peuvent-elles contribuer à expliquer les dynamiques de l'action sociale ? Ou faut-il n'y voir que des épiphénomènes résiduels, des discours de légitimation que l'on (se) donne pour justifier et rationaliser a posteriori des intérêts ou des contraintes sociales jugées moins avouables ? À ces questions, la "sociologie compréhensive" de Max Weber apporte des réponses nuancées, qui donnent néanmoins au sens subjectif visé par les acteurs une place centrale.
De la définition de l'action sociale dans les premiers paragraphes des premières éditions de Wirtschaft und Gesellschaft ("Nous entendons par […] action "sociale", l'action qui, d'après son sens visé par l'agent ou les agents, se rapporte au comportement d'autrui, par rapport auquel s'oriente son déroulement.") aux considérations de la Sociologie des religions sur le rôle (indirect) des "idées" dans l'histoire ("Ce sont les intérêts […] et non les idées qui gouvernent directement l'action des hommes. Toutefois, les "images du monde" qui ont été créées par le moyen d'"idées" ont très souvent joué le rôle d'aiguilleurs, en déterminant les voies à l'intérieur desquelles la dynamique des intérêts a été le moteur de l'action(1)."), Max Weber a mis au cœur de ses analyses la question de la place qu'il convient d'accorder aux idées et aux "conduites de vie" (Lebensführungen) qu'elles peuvent influencer, au moins partiellement. C'est cette interrogation qui est bien sûr au cœur de sa sociologie des religions et de leur "éthique économique", et notamment de Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus, comme l'ont bien montré les travaux d'Isabelle Kalinowski. Mais c'est cette question que pose aussi indirectement toute sa sociologie politique et notamment la fameuse formulation du "comme si" : que les gouvernés / dominés "croient" ou pas sincèrement aux revendications de légitimité des prétendants au pouvoir, ce qui compte avant tout pour Weber c'est qu'ils agissent comme s'ils y croyaient, quelles que soient par ailleurs leurs motivations profondes, comme l'a montré par exemple Michel Dobry(2). Pour Weber : ""L'obéissance" signifie que l'action de celui qui obéit se déroule, en substance, comme s'il avait fait du contenu de l'ordre la maxime de sa conduite(3)". Rien n'indique si les individus adhèrent ou non intimement aux croyances qu'ils affichent, mais ces croyances affichées n'en constituent pas moins les supports possibles de "conduites de vie" et d'éthiques qui, pour des raisons diverses, peuvent "aiguiller" l'action et la "dynamique des intérêts". En tant que telles, elles rendent tout simplement possible l'entreprise scientifique même d'une sociologie de la "compréhension" des acteurs sociaux, par interprétation de leurs "conduites de vie" et de leurs "personnalités" (ou "types humains").
Cette dernière journée aura donc pour but de discuter la place des croyances et des idées dans l'œuvre de Weber, pour tenter de mieux comprendre les usages que l'on peut en faire pour comprendre et expliquer différentes configurations sociales.

(1) Sociologie des religions, Paris, Gallimard, trad. J.-P. Grossein, 1996, p. 349-350.
(2) Michel Dobry, "Légitimité et calcul rationnel. Remarques sur quelques "complications" de la sociologie de Max Weber", dans Pierre Favre, Jack Hayward, Yves Shemeil (dir.), Être gouverné : études en l'honneur de Jean Leca, Paris, FNSP, 2003, p. 127-150.
(3) Économie et société, Plon, 1971, ch. III, p. 288.


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Rita ALDENHOFF-HÜBINGER : Observer et explorer les paysages et les sociétés rurales avec Max Weber
Penser les sociétés et les pouvoirs avec Max Weber implique de penser les sociétés rurales, si souvent négligées dans la discussion de l'œuvre wébérienne. Cependant, Weber avait commencé sa carrière en économie politique avec ses enquêtes empiriques portant sur la situation sociale des ouvriers agricoles en Allemagne orientale (1892). Il a poursuivi cette piste de recherche dans plusieurs cours magistraux tout en prenant en compte le fait que l'histoire des sociétés rurales participe de la grande histoire de la transformation capitaliste du monde. Avec un œil entraîné également par ses recherches sur l'Antiquité, il a voyagé en Europe et en Amérique du Nord. Il nous en a laissé de nombreuses lettres avec ses observations vivantes, illustratives et en même temps analytiques.

Rita Aldenhoff-Hübinger est professeur d'histoire à l'université européenne Viadrina Francfort-sur-l'Oder. Elle a édité, coédité et introduit plusieurs volumes de la "Max Weber-Gesamtausgabe" (écrits, lettres, cours magistraux).
Publications
"Enquêtes rurales et industrielles : le chemin de Max Weber vers la sociologie" (avec H. Bruhns), in Les Études Sociales, n°167-168 (2018), S. 335–362.
Max Weber : Reisebriefe 1877-1914 (édité avec E. Hanke), Tübingen, Mohr Siebeck, 2019.
"Lire Le Capital vers 1900", in H. Bruhns, Histoire et économie politique en Allemagne de Gustav Schmoller à Max Weber, Paris, 2004, p. 101–108.

Hinnerk BRUHNS
Hinnerk Bruhns est directeur de recherché émérite au CNRS, membre de Centre de recherches historiques (EHESS/CNRS) à Paris. Après une thèse en histoire ancienne (Université de Cologne) il a enseigné aux universités d'Aix-en-Provence et Bochum avant d'entamer à Paris, parallèlement à ses recherches sur les sciences sociales autour de 1900, une carrière dans l'administration de la recherche (DAAD, CNRS, FMSH). Il est fondateur et rédacteur en chef de la revue Trivium. Revue franco-allemande de sciences humaines et sociales.
En savoir plus : http://crh.ehess.fr/index.php?/membres/97
Publications récentes
Max Webers historische Sozialökonomie / L'économie sociale de Max Weber entre histoire et sociologie, Wiesbaden, Harrassowitz, 2014.
Max Weber und der Erste Weltkrieg, Tübingen, Mohr Siebeck, 2017.

Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Logiques identitaires et logiques d'appropriation
La partie économique des manuscrits qui ont servi à composer Économie et Société ("Les catégories fondamentales de l'économique") n'est pas la mieux servie par le commentaire wébérien. J'essaierai de croiser dans cet exposé les développements que cette partie consacre aux "formes d'appropriation" avec les analyses concernant les procès de "communautisation" (Vergemeinschaftung) dans les manuscrits des Communautés (La Découverte, 2019). En articulant les dimensions économiques et les dimensions symboliques des phénomènes communautaires, la sociologie wébérienne offre les moyens d'aborder les logiques identitaires de manière critique, sans cependant les disqualifier pour des raisons morales.

Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Toute domination est légitime !
La légitimité n'est pas un prédicat contingent de la domination, au sens où Weber définit celle-ci. Les différences entre les modes de légitimation induisent, certes, des différences dans l'exercice de celle-ci, mais toute domination doit s'étayer sur une forme quelconque, forte ou faible, de légitimité pour que le commandement des dominants puissent obliger l'action des dominés.

Catherine Colliot-Thélène est professeure émérite à l'université de Rennes 1. Elle a consacré une partie de son travail de recherche à l'œuvre de Max Weber, dont elle a également traduit certains textes, seule ou en collaboration.

Jean-Michel DAVID : Les magistratures romaines à la lumière des définitions wébériennes du charisme
La notion de charisme tient une place importante dans la pensée de Max Weber. Elle est sans doute aussi la forme de domination la plus difficile à définir. Instable, elle a fortement tendance à évoluer vers les autres formes de domination (bureaucratique, patriarcale, etc…) tant elle est sensible à tous les processus de routinisation qui lui font perdre de son caractère original. Un rapprochement avec les définitions et le fonctionnement des magistratures romaines républicaines permet, grâce à l'étude de cas, de faire apparaître des processus où la pertinence de l'heuristique wébérienne peut être vérifiée, mais aussi d'autres où, au contraire, elle apparaît comme ne répondant pas à la complexité des relations entre l'Amtscharisma, le Personalcharisma, l'Erbscharisma, ainsi qu'au rôle d'une Veralltäglichung généralement combattue par des acteurs soucieux de se distinguer.

Jean-Michel David, né en 1947, est agrégé d'Histoire, ancien membre de l'École française de Rome, professeur successivement aux universités de Strasbourg et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses travaux portent sur l'Histoire politique, sociale et culturelle de la République romaine.
Principales publications
Le patronat judiciaire au dernier siècle de la République romaine (1992).
La romanisation de l'Italie (1994).
La République romaine, crise d'une aristocratie (2000).
Au service de l'honneur, les appariteurs de magistrats romains (2019).

Michel DOBRY : La sociologie de Max Weber et quelques problèmes actuels des sciences sociales
Cette communication prendra pour point de départ certaines des "complications" qui jalonnent l'œuvre de Weber. Comme on le verra à propos de plusieurs des thèmes ou objets abordés par le colloque (en particulier la manière dont sont pensés les processus historiques, la légitimité et les modes de domination ou encore la place des croyances dans la théorie de l'action), ces "complications", parce qu'elles révèlent en fait ce sur quoi butte, dans son appréhension de la réalité sociale, la démarche de Weber, sont intéressantes en ce qu'elles éclairent son projet de "sociologie compréhensive" et surtout en ce qu'elles constituent simultanément un levier permettant de mieux cerner plusieurs des difficultés critiques caractérisant l'état actuel des sciences sociales.

Michel Dobry est professeur émérite à la Sorbonne (Université Paris 1). Ses travaux portent notamment sur les conjonctures critiques, la causalité historique, l'émergence de phénomènes charismatiques, les processus de légitimation et de délégitimation, les poussées autoritaires et fascistes dans l'Europe de l'entre-deux-guerres ou encore les "transitions" vers la démocratie.
Publications
"Légitimité et calcul rationnel. Remarques sur quelques "complications" de la sociologie de Max Weber", in Favre P., Hayward J.E.S., Shemeil Y. (dir.), Être gouverné : études en l'honneur de Jean Leca, Paris, FNSP, 2003, p. 127-150.
"Hitler, Charisma and Structure : Reflections on Historical Methodology", Totalitarian Movements and Political Religions, 2006, vol.7, n°2, p. 157-171.
Sociologie des crises politiques, Paris, 2009 [1986].

Julien FAGUER : La terre et le marché du crédit en Grèce ancienne : une perspective wébérienne
L'œuvre économique de Max Weber est principalement connue des historiens de l'Antiquité à travers la médiation de Moses Finley, qui a contribué à l'enfermer dans un schéma statique, d'inspiration polanyienne, opposant nos économies capitalistes contemporaines aux économies pré-modernes "encastrées" dans la sphère du politique. Loin de se résumer cependant à des oppositions binaires entre cité antique et ville médiévale, ou à une vision téléologique qui aurait pour principal horizon l'"éthique protestante" et le capitalisme d'entreprise, tout un pan de l'œuvre de Weber peut se lire comme un dialogue engagé avec les historiens de profession autour des facteurs du changement et des outils conceptuels permettant de l'appréhender. À travers l'exemple du marché de la terre et du crédit dans la Grèce d'époque classique et hellénistique, on s'intéressera ici à l'apport de son approche et notamment du raisonnement par idéal-types pour penser le changement historique et la relation entre "micro" et "macro" — entre les orientations définies par l'État et les dispositions individuelles des agents économiques.

Membre scientifique de l'École française d'Athènes, Julien Faguer soutient au printemps une thèse de doctorat en histoire économique du monde égéen aux époques classique et hellénistique ("La terre et l'argent : marché de la terre et marché du crédit à Athènes et dans les îles de l'Égée, ca. 400-100 av. n. è."), dans laquelle il s'intéresse en particulier au rôle de l'État dans la formation d'un marché de la terre et dans la définition des règles encadrant l'accès à ce marché.

Edith HANKE : Les luttes de Max Weber avec le concept de "démocratie". Un plaidoyer pour la sociologie politique
En général Max Weber met la notion de la "démocratie" entre guillemets, peu importe s'il l'utilise pour l'Antiquité ou l'époque moderne. Cela signale une distance et un scepticisme. On peut constater ce scepticisme également dans son refus d'établir, à côté de ses trois types de dominations légitimes bien connus, un quatrième type. Que veut dire "pouvoir du peuple" si l'on veut le traduire littéralement ? Jamais dans l'histoire de presque toute civilisation la totalité des citoyens, ou habitants d'une communauté politique, n'a participé au pouvoir d'une manière active. En général le droit d'y participer était réservé à de petits groupes exclusifs. Sur ce point la démocratie de masse moderne constitue le premier essai consistant à faire participer l'ensemble des habitants au pouvoir. Mais le scepticisme persiste : qui exerce réellement le pouvoir ? Weber invite à considérer l'ensemble des conditions politiques et sociales tout en posant la question de la genèse historique des structures de domination d'aujourd'hui.

Edith Hanke est assistante de recherche (depuis 1990) et rédactrice en chef (depuis 2005) de l'édition complète historico-critique de Max Weber (Max Weber-Gesamtausgabe) à l'Académie Bavaroise des Sciences et des Humanités, Munich. Elle a édité la "Sociologie de la domination" (2005 et 2013) et, avec Rita Aldenhoff-Hübinger, les "Lettres choisies" de Max Weber. Elle s'intéresse particulièrement à la réception mondiale de l'œuvre de Max Weber.

Gangolf HÜBINGER : Idées et intellectuels dans le travail de Max Weber
Dans le cadre de son analyse des visions du monde, Max Weber attribue aux intellectuels un rôle clé : dans "L'éthique protestante", il pose comme question fondamentale de savoir comment "les idées en général deviennent efficientes dans l'histoire" ; dans "L'introduction" aux "Essais de sociologie des religions", il caractérise les intellectuels comme guides ("Weichensteller") dans le domaine des idées et visions du monde ("Ideen und Weltbilder") ; et dans ses écrits politiques, il qualifie les intellectuels comme littérateurs ("Literaten") en examinant leurs interventions dans les débats publics d'après-guerre d'une façon critique. Trois questions sont au centre de la contribution : comment Weber a-t-il vu, dans sa sociologie des religions, le rôle des intellectuels pour "la rationalisation" des ordres de vie et pour "l'intellectualisation" des interprétations du monde ? Comment a-t-il appliqué son concept à l'analyse du présent politique et comment a-t-il lui-même agi en tant qu'intellectuel ? Finalement, quels sont les éléments centraux de sa sociologie des intellectuels ?

Gangolf Hübinger, Viadrina Senior Fellow, Center B/Orders in Motion, et professeur émérite de "Vergleichende Kulturgeschichte der Neuzeit, Europa-Universität Viadrina à Frankfurt (Oder)". De nombreuses publications sur l'histoire des idées, des intellectuels et des sciences humaines et sociales. Coéditeur des œuvres complètes de Max Weber et du théologien Ernst Troeltsch, co-directeur de la revue Internationales Archiv für Sozialgeschichte der deutschen Literatur (IASL).
Publications
Engagierte Beobachter der Moderne. Von Max Weber bis Ralf Dahrendorf, Göttingen, Wallstein, 2016.
Max Weber. Stationen und Impulse einer intellektuellen Biographie, Tübingen, Mohr Siebeck, 2019.
"Intellectuals, Scholars and the Value of Science", The Oxford Handbook of Max Weber, ed. Hanke/Scaff/Whimster (2019), S. 537-556.

Thomas KEMPLE : Rationalizations of Culture and Their Directions : Weber on the Aesthethic Sphere
Although Max Weber did not comment extensively or systematically on the literary, visual, and plastic arts, several key statements allow us to reconstruct his views on the rationalization of the aesthetic sphere against the backdrop of the development of Western culture more generally. This talk outlines this argument with reference to his remarks on art, literature, and cultural life in published writings, speeches, and private correspondence.
His allusions to and discussions of specific art historians, cultural critics, cultural movements, artworks, and artists — from Rembrandt and Milton to Stefan George and Leo Tolstoy, for instance — are considered in light of his ideas on the directions of rationalization and their implications for intellectual work (including his own) as itself a kind of cultural practice. Weber's concern with many dimensions of the rationalization of occidental culture, and of aesthetic culture in particular, has been taken up by later thinkers and has lessons for how we think of the directions of rationalization today.

Thomas Kemple, Professor of Sociology, University of British Columbia, Canada. In addition to articles in Theory, Culture & Society and the Journal of Classical Sociology, Thomas Kemple's most recent works include :
Intellectual Work and the Spirit of Capitalism, Palgrave, 2012.
The Anthem Companion to Georg Simmel, co-edited with Olli Pyyhtinen, Anthem, 2017.
Simmel, Polity, 2018.
Writing the Body Politic : A John O'Neill Reader, co-edited with Mark Featherstone, Routledge, 2020.

Frédéric NEYRAT : Quelle place pour Max Weber dans les facultés de droit et de sciences économiques en France aujourd'hui ?
Comme chez d'autres intellectuels d'Europe centrale de sa génération, le profil de Max Weber est marqué par un fort éclectisme disciplinaire. Juriste de formation, c'est l'histoire du droit qu'il enseignera d'abord à Berlin avant de devenir professeur d'économie politique à Fribourg. C'est d’ailleurs comme économiste qu'il se définira jusqu'au terme de sa vie : on a en tête le "nous autres économistes" (Nationalökonomen) en ouverture de la conférence de 1919 sur le métier et la vocation de savant. Mais c'est véritablement comme un père fondateur de la sociologie moderne qu'il est pleinement passé à la postérité. Cette communication propose une sociologie de la réception contemporaine de Max Weber chez les économistes et les juristes universitaires français, notamment à partir d'un corpus de manuels et d'articles.

Frédéric Neyrat est professeur des universités en sociologie à l'université de Rouen Normandie. Ses recherches portent notamment sur la sociologie de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle.

Federico TARRAGONI : Trois pistes wébériennes pour une sociologie historique du politique
Dans cette communication, nous tâcherons de montrer que l'un des volets du projet sociologique wébérien est de contribuer à une analyse socio-historique du politique, entendu dans sa triple acception philosophique d'ensemble de rapports de pouvoir, d'ensemble d'institutions et de procédures du gouvernement et d'ensemble de modes d'action conflictuels en commun. Avec sa sociologie historique, Weber parvient à réarticuler trois concepts du politique : le pouvoir, le gouvernement et l'action. Son œuvre propose trois pistes, qui restent d'actualité pour une sociologie historique du politique dont l'objet excéderait la genèse du gouvernement représentatif (comme c'est souvent le cas en science politique). La première piste porte sur la comparaison des formes sociales de domination, dans des cadres étatiques ou non ; la deuxième porte sur l'analyse des effets des idéologies sur les modes d'action politique, et donc sur le rapport entre idéologie, subjectivité et action ; la troisième porte sur le mode d'imputation causale en sociologie, et la place qu'il réserve à la contingence et aux possibilités de l'agir humain (donc à sa liberté et créativité fondamentale).

Agrégé de Sciences économiques et sociales, Federico Tarragoni est actuellement Maître de conférences HDR à l'université de Paris et directeur du Centre d'études interdisciplinaires sur le politique. Il est spécialiste de sociologie politique et de théorie sociologique.
Publications
L'Énigme révolutionnaire, Prairies ordinaires, 2015.
Sociologies de l'individu, La Découverte, 2018.
L'esprit démocratique du populisme, La Découverte, 2019.


BIBLIOGRAPHIE :

• Aldenhoff-Hübinger R., Bruhns H., "Enquêtes rurales et industrielles : le chemin de Max Weber vers la sociologie", Revue des études sociales, Les Études Sociales, n°167-168, 2018, p.335-362.
• Beetham D., Max Weber and the Theory of Modern Politics, Cambridge, Polity Press, 1985.
• Bendix R., Max Weber : An Intellectual Portrait, Garden City, N.Y, Doubleday, 1960.
• Bernadou V., Blanc, F., Laignoux R., Roa Bastos F., Que faire du charisme ? Retour sur une notion de Max Weber, PUR, 2014.
• Besnard P., Protestantisme et capitalisme. La controverse post-wébérienne, Armand Colin, 1970.
• Bouretz P., Les promesses du monde. Philosophie de Max Weber, Paris, Gallimard, 1996.
• Breuer S., Max Webers Herrschaftssoziologie, Frankfurt/New York, Campus Verlag, 1991.
• Bruhns H., Andreau J. (dir.), Sociologie économique et économie de l'Antiquité. À propos de Max Weber, Cahiers du Centre de recherches historiques, EHESS-CNRS, 2004.
• Bruhns H., Duran P. (dir.), Max Weber et le politique, Paris, LGDJ, 2009.
• Collins R., Weberian Sociological Theory, Cambridge, Cambridge UP, 1986.
• Colliot-Thélène C., Max Weber et l'histoire, Paris, PUF, 1990.
• Colliot-Thélène C., Le désenchantement de l'État. De Hegel à Max Weber, Éd. de Minuit, 1992.
• Colliot-Thélène C., Études wébériennes, Paris, PUF, 2001.
• Colliot-Thélène C., La sociologie de Max Weber, Paris, La Découverte, 2014.
• Coutu M., Max Weber et les rationalités du droit, LGDJ, 1995.
• Dobry M., "Légitimité et calcul rationnel. Remarques sur quelques "complications" de la sociologie de Max Weber", in Favre P., Hayward J.E.S., Shemeil Y. (dir.), Être gouverné : études en l'honneur de Jean Leca, Paris, FNSP, 2003, p.127-150.
• Dobry M., "Hitler, Charisma and Structure : Reflections on Historical Methodology", Totalitarian Movements and Political Religions, 2006, vol.7, n°2, p. 157-171.
• Gaïti B., "La décision à l'épreuve du charisme. Le général de Gaulle entre mai 1968 et avril 1969", Politix, n°82, vol. 2, 2008, p.39-68.
• Ghosh P., Max Weber in Context. Essays in the History of German Ideas, c. 1870-1930, Harrassowitz Verlag, 2016.
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• Grossein J.-P., "De l'interprétation de quelques concepts wébériens", RFS, 46-4, octobre-décembre 2005, p.685-722.
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• Hennis W., La problématique de Max Weber, PUF, 1996 (1987).
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• Sunar L., Marx and Weber on Oriental Societies. In the Shadow of Westerne Modernity, Ashgate, 2014.
• Swedberg R., Max Weber and the Idea of Economic Sociology, Princeton, Princeton University Press, 1998.
• Tarragoni F., Sociologies de l'individu, Paris, La Découverte, 2018.
• Tribe K., "Talcott Parsons as Translator of Max Weber's Basic Sociological Categories", History of European Ideas, n°33, 212-233, 2007.
• Whimster S., The Essential Weber. A Reader, London Routledge, 2004.
• Whimster S., Understanding Weber, London, Routledge, 2007.
• Zimmerman A., "Decolonizing Weber", Postcolonial Studies, 2006, 9/1, p.53-79.


SOUTIENS :

Fondation Fritz Thyssen
• Fondation Maison des sciences de l'homme (FMSH)
• Laboratoire Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques (ANHIMA) — UMR 8210 [Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne]
• Laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe (SAGE) — UMR 7363 [Université de Strasbourg]
Centre Marc Bloch
• Laboratoire des dynamiques sociales (DySoLab) — EA 7476 [Université de Rouen Normandie]
• Centre de Recherche Risques & Vulnérabilités (CERReV) — EA 3918 [Université de Caen Normandie]
• Société des Amis de Raymond Aron (S.A.R.A.)

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


Colloque reporté
— 4 mai 2020 —

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque est reporté aux dates suivantes : du jeudi 18 août au jeudi 25 août 2022.

La direction du CCIC


BALZAC ET LES DISCIPLINES DU SAVOIR

SCIENCES ET REPRÉSENTATION


DU JEUDI 20 AOÛT (19 H) AU JEUDI 27 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


Gustave Doré, Balzac l'entomologiste, 1855, Paris, Bnf


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Éric BORDAS, Andrea DEL LUNGO, Pierre GLAUDES


ARGUMENT :

Après "Balzac : l'invention du roman", en 1980, consacré à la poétique du romancier dans une perspective sociocritique, et "Penser avec Balzac", en 2000, qui dressait le portrait d'un écrivain philosophe, ce nouveau colloque de Cerisy consacré à l'auteur de La Comédie humaine se propose d'examiner son rapport aux disciplines du savoir de son époque.

Balzac est en effet le contemporain d'une mutation épistémologique fondamentale, qui voit abandonner le modèle universaliste de l'encyclopédisme au profit d'une spécialisation toujours croissante des sciences. Son œuvre, à travers les représentations qu'elle propose, met en scène et problématise, témoigne de cette mutation qui n'est pas étrangère à la conception romantique des savoirs, s'étendant aussi bien au rationalisme qu'à la mystique, à l'idéalisme philosophique qu'à l'histoire, à la physiognomonie qu'aux sciences naturelles sous le sceau d'un syncrétisme fécond. Il s'agira ainsi d'interroger la relation qu'entretient l'œuvre balzacienne avec les différents champs du savoir d'une époque qui n'a pas encore établi les lignes de partage qui seront celles du positivisme.

Cette manifestation permettra également de faire une synthèse des études balzaciennes et de tracer des perspectives de recherche inédites telles qu'elles sont redéfinies par les nouveaux modes d'interrogations des corpus, en particulier les données accessibles dans le cadre du projet ANR d'édition génétique et hypertextuelle Phœbus/eBalzac (www.ebalzac.com).


MOTS-CLÉS :

Balzac (Honoré de), Disciplines, Encyclopédisme, Roman, Savoir, Science, Spécialisation


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

* Jérémie ALLIET : Malheur aux sachants ! Le savoir créateur de discipline
* Claire BAREL-MOISAN : Construire une science de l'homme, entre sérieux et ironie
* Anne-Marie BARON : La botanique balzacienne : science naturelle ou symbolique spirituelle ?
* Lauren BENTOLILA-FANON : Balzac et la clinique du crime
* Vincent BIERCE : La science qui sait et la croyance qui doute : la métaphysique balzacienne à l'épreuve du monde contemporain
* Göran BLIX : Balzac zoographe : Une passion dans le désert et le refus de l'allégorie
* Éric BORDAS : Balzac socio-stylisticien
* Christèle COULEAU : Le discours caméléon, ou la nécessaire pluridisciplinarité du narrateur balzacien
* Andrea DEL LUNGO : La phrénologie à l'épreuve du roman
* Aude DÉRUELLE : Balzac et le savoir encyclopédique
* Tania DUCLOS : Genèse et effets de l'intertexte balzacien
* Jacques-David EBGUY : Le Balzac de l'épistémocritique. Un mariage de raison ?
* Françoise GAILLARD : Balzac protosociologue : prescience de la part du social dans les conduites humaines
* Pierre GLAUDES : Balzac et le cynisme
* Andrea GOULET : Balzac stratigraphe
* Kathia HUYNH : La médecine dans La Comédie humaine, entre savoir et romanesque
* Boris LYON-CAEN : Balzac psychologue ?
* Marion MAS : Entre la lettre et l'Esprit des Lois : discours et représentations du droit dans La Comédie humaine
* Dominique MASSONNAUD : Balzac et l'Histoire naturelle : transpositions épistémologiques
* Takeshi MATSUMURA : Balzac et la lexicographie de son temps
* Alexandre PÉRAUD : Faire œuvre économique contre l'économie politique
* Franc SCHUEREWEGEN : La science des balzaciens
* Francesco SPANDRI : La hantise du chiffre
* Scott SPRENGER : Balzac et Mesmer : une histoire de malentendus
* Karolina SUCHECKA : Le projet eBalzac : un hypertexte des sources scientifiques
* Rebecca SUDGEN : Balzac et la "French Theory"
* Laelia VÉRON : La "méthode artistique" de Balzac selon Lifschitz : un renouvellement de la forme épique grâce aux paradoxes de la science sociale
* Andrew WATTS : L'adaptation du savoir balzacien dans La Peau de chagrin d'Armand Lanoux (1980)


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jérémie ALLIET : Malheur aux sachants ! Le savoir créateur de discipline
"Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme" : la citation célèbre de l'antiquaire au début de la Peau de Chagrin (CH, X, 85) évoque déjà, aux portes d'entrée de la création balzacienne, la complexité de la relation qui unit la connaissance et l'action. Par la suite, le roman n'aura de cesse d'interroger la question laissée en suspens par la leçon de l'antiquaire : quel est le prix à payer pour atteindre ce statut de "sachant" ? Ce perpétuel état de calme est-il réellement désirable ? Existe-t-il dans une Comédie Humaine remplie de révélations foudroyantes, pertes des illusions catastrophiques, dessillements violents ? C'est toute l'ambiguïté de la révélation, de la reconnaissance, ou de l'accès à la vérité balzaciens qui se présentent au lecteur qui réfléchit à la Comédie Humaine et au savoir, et, bien au-delà des Études philosophiques, prend conscience que la découverte de la vérité entrave, bride et enracine le héros, le discipline et peut-être le détruit tout aussi certainement que le pouvoir accordé par le privilège de l'ignorance.

Jérémie Alliet est doctorant à l'École Normale Supérieure de Lyon.

Anne-Marie BARON : La botanique balzacienne : science naturelle ou symbolique spirituelle ?
L'intérêt certain de Balzac pour la flore repose sur une documentation solide, voire savante. Mais la botanique remplit dans La Comédie humaine une fonction moins réaliste que symbolique. Si on connaît plus la signification érotique des bouquets de Félix de Vandenesse dans Le Lys dans la vallée que leur sens mystique, on soupçonne encore moins la valeur spirituelle de la saxifrage de Séraphita ou la place qu'occupe, dans La Recherche de l'Absolu, le motif des tulipes, qui renvoie au roman alchimique où les opérations de l'Œuvre sont assimilées à une végétation luxuriante. On déchiffrera ces symboles à l'aide de l'Iconologie de Cesare Ripa, de la symbolique alchimique et de la symbolique sacrée, omniprésente dans la peinture religieuse.

Anne-Marie Baron est agrégée de lettres, docteure d'état, présidente de la société des Amis d'Honoré de Balzac et de la Maison de Balzac, directrice de la publication du Courrier Balzacien, critique de cinéma à la radio RCJ 94.8, sur internet et dans le magazine L'Arche.
Publications
Orson Welles, PAC, 1985.
Balzac cinéaste, Méridiens-Klincksieck, 1990.
La Shoah à l'écran. Crime contre l'humanité et représentation, Éditions du Conseil de l'Europe, 2004 (édition en anglais en 2006).
Romans français du XIXe siècle à l'écran. Problèmes de l'adaptation, Presses de l'université Blaise Pascal, 2008.
Derniers essais : Balzac et la Bible (Honoré Champion, 2007) et Balzac occulte. Alchimie, magnétisme et sociétés secrètes (L'Âge d'homme, 2013).
A dirigé les numéros de CinémAction : La Bible à l'écran (2017) et Balzac à l'écran (2019).

Lauren BENTOLILA-FANON : Balzac et la clinique du crime
Alors que les sciences de l'apparence telles que la physiognomonie et la phrénologie faisaient florès, le criminel est devenu l'objet d'un regard scrutateur en quête de spécificités accusatrices. Avec l'émergence du modèle anatomo-pathologique, le corps s'est en effet intimement lié à l'être, offrant à l'observateur initié une véritable signalétique du comportement. Convaincu du bien-fondé de ce postulat, Balzac a doté ses personnages homicides d'une physionomie idoine attestant l'infléchissement romanesque de paradigmes médicaux. Cette intervention visera ainsi à interroger l'influence éventuelle de ces discours pré-criminologiques sur la poétique balzacienne, de manière à mesurer les emprunts de l'auteur à des sciences proposant un véritable inventaire herméneutique. On se demandera en effet quelle forme l'écrivain donne au mal sanglant en questionnant l'origine des signes incriminants que Balzac appose sur la peau même de ses assassins.

Professeure agrégée de Lettres modernes, Lauren Bentolila-Fanon a soutenu en juillet 2018 une thèse intitulée "Balzac et les visages du mal : corps et corporations du crime". Elle a en outre consacré un certain nombre d'articles à l'influence de la culture et des sciences du crime sur la poétique romanesque balzacienne.
Articles
"Virtù et vertus du criminel balzacien : pour un héroïsme du mal", @nalyses, volume 12, n°2, printemps-été 2017.
"Figurer la violence. Portraits d'assassins dans le roman balzacien", Romantisme, n°176, 2017.
"L'anomie sexuelle du criminel balzacien ou la sublime marginalité de la révolte", Organon, n°63, 2017.

Vincent BIERCE : La science qui sait et la croyance qui doute : la métaphysique balzacienne à l'épreuve du monde contemporain
La foi est-elle un objet de connaissance comme un autre ? Et peut-on concevoir une science qui penserait le sentiment religieux comme un savoir susceptible d'être organisé et expliqué dans un système théorique ? Il s'agira d'examiner la manière dont Balzac invente et développe une théorie de type scientifique qui transforme le sentiment religieux en un savoir analysable, et comment il la confronte par la fiction, et dans une dynamique commune, à la fois à une pensée du présent incluse dans un cadre matérialiste et historique qui lui est a priori antagoniste et à un dispositif romanesque général qui semble précisément refuser toute perspective unifiante. Socialisée et contextualisée par le contemporain, la pensée métaphysique n'apparaît alors plus tant comme une science qui sait que comme une croyance qui doute.

Vincent Bierce est enseignant en CPGE.
Publications
Le sentiment religieux dans La Comédie humaine. Foi, ironie et ironisation, Thèse publiée en 2019.
A co-dirigé l'ouvrage collectif : Romantismes et croyances, Euredit Éditions, 2017.
Participe à la rédaction du Dictionnaire Balzac en préparation aux Éditions Classiques Garnier.

Tania DUCLOS : Genèse et effets de l'intertexte balzacien
Cette communication suivra d'abord l'évolution génétique, de l'état manuscrit jusqu'au Furne corrigé, de quelques passages descriptifs recelant des emprunts afin de jeter un éclairage sur ce que l'on peut appeler la poétique intertextuelle de Balzac. Au fil des corrections, le romancier reprend, transforme et digère la matière textuelle trouvée chez d'autres auteurs pour finalement se l'approprier de façon à ce qu'elle devienne foncièrement sienne et enrichisse son œuvre. Grâce à ces concentrés sémantiques, réactivés dans leur nouvel environnement textuel, Balzac réussit-il à se soustraire à l'angoisse de la nécessité de créer du neuf pour plutôt se permettre de réinventer ? L'exploration des effets ainsi produits par la démarche intertextuelle de Balzac mettra également en valeur les prochaines voies d'analyse offertes par le volet génétique et hypertextuel du projet ANR Phoebus-eBalzac.

Tania Duclos est professeure adjointe au département de Langues, littératures et études culturelles au St. Thomas More College de l'université de la Saskatchewan, Canada.
Publication
"Intratextualité et intertextualité du personnage : réemploi et création chez Balzac", Les Lettres romanes, vol. 71, n°1-2, 2017.

Andrea GOULET : Balzac stratigraphe
Cette communication propose d'explorer les rapports entre la Comédie humaine et les sciences "palaetiologiques" (Whewell) de reconstruction et de géo-stratigraphie. En se penchant non pas sur le Cuvier de la fameuse querelle avec Saint-Hilaire mais plutôt sur le Cuvier d'un imaginaire cataclysmique des révolutions géologiques, il s'agira d'esquisser une dimension souterraine de la stratigraphie sociale chez Balzac. La pétrification instable d'Angoulême dans Illusions perdues, la topographie parisienne de précipices et d'abîmes devant les ambitieux tels Lucien de Rubempré et Eugène de Rastignac, le volcanisme de Vautrin qui crée des fissures entre le bas-fond et les hautes sphères de la société (Le Père Goriot, Splendeurs et misères des courtisanes) — ou encore le topos d'un enlèvement conduisant dans les catacombes dans le roman signé Horace de Saint-Aubin Le Centenaire ou les deux Béringheld — seront mis en dialogue avec un discours scientifique du XIXe siècle. On abordera aussi une réflexion sur la pertinence d'un lexique plus contemporain, celui de l'anthropocène, mis à l'épreuve de la socio-géologie balzacienne.

Andrea Goulet est professeur de français et des études francophones à l'université de Pennsylvanie (USA) et co-directrice de la NCFS (Nineteenth-Century French Studies Association). Elle a écrit des articles sur Balzac, Hugo, Sue, Poe, Villiers, Huysmans, Maupassant, Gaboriau, Leroux, Lermina, Malet, Claude Simon, Japrisot, et Dantec.
Publications
Optiques : the Science of the Eye and the Birth of Modern French Fiction, Penn, 2006.
Legacies of the Rue Morgue : Space and Science in French Crime Fiction, Penn Press, 2016.
En collaboration avec Robert Rushing, Orphan Black : Performance, Gender, Biopolitics, Intellect Press, 2018.

Kathia HUYNH : La médecine dans La Comédie humaine, entre savoir et romanesque
Durant la première moitié du XIXe siècle, le genre romanesque en pleine mutation utilise les ressources de disciplines ou de sciences exogènes pour construire sa légitimité en tant que genre sérieux et source de connaissances. La médecine, désormais considérée sur la scène sociale et dans les œuvres littéraires comme un domaine du savoir de premier plan, est mise au service du roman balzacien, qui s'inspire de ses méthodes et s'empare de ses découvertes pour mener à bien son ambition de peindre les hommes et leurs mœurs. Avec le prêtre et l'homme de loi, le médecin devient une figure privilégiée dans l'élaboration de l'image de marque que l'on veut donner du genre : homme doté de grandes qualités d'observation, d'analyse et de déduction, réservoir d'enseignements scientifiques comme moraux, il est une figure d'autorité institutionnelle dont le prestige rejaillit sur la forme romanesque balzacienne en cours d'invention. Cependant, la médecine et le médecin font aussi office de "cheval de Troie" du romanesque. Ces personnages passe-partout ont accès à tous les secrets de famille et assistent dans l'ombre aux crimes cachés ; le narrateur en fait régulièrement des moteurs narratifs, les entoure d'un voile de mystère qui tient le lecteur en haleine, voire leur délègue ses pouvoirs de conteur. Notre communication se proposera d'explorer cette tension visible dans toute La Comédie humaine, qui fait de la médecine un outil de mise à distance comme de retour du romanesque, et place le médecin à mi-chemin entre le savant et un conteur digne des Mille et Une Nuits.

Kathia Huynh, agrégée de Lettres modernes, est doctorante contractuelle à l'université d'Orléans. Elle prépare depuis septembre 2018 une thèse sous la direction d'Aude Déruelle portant sur la poétique du romanesque chez Balzac, intitulée "Le Poignard et le Scalpel. Balzac et le romanesque".
Publications
"Aventures imperceptibles. Le Curé de Tours (1832), Eugénie Grandet (1833) et Le Cousin Pons (1847) d'Honoré de Balzac", Communication proposée le 8 novembre 2020 dans le cadre d'un colloque international organisé par l'université de Bucarest, "L'aventure au-delà de l'aventure", Actes à paraître.
"Le discours de séduction, ou la fabrique de l'autorité", Lyon-Caen Boris (dir.), Revue Balzac, n°2, "L’intériorité", Paris, Classiques-Garnier, 2019, p. 53-72.
"Le romanesque du rien dans Le Cousin Pons", Deruelle Aude (dir.), Le Cousin Pons, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, p. 67-80.

Boris LYON-CAEN : Balzac psychologue ?
Sous la plume de Balzac, "l'homme intérieur" devient le terrain d'une interrogation pleinement historique. Il convient en effet d'observer : 1. Ce que La Comédie humaine doit à l'évolution des manières de pratiquer l'analyse psychologique ; 2. Ce qu'elle accorde au procès historique d'"individualisation" (N. Elias), paradoxalement déterminé par le "milieu" où se débattent les personnages. L'enjeu est capital : ces questions inspirent de singuliers dispositifs d'immersion, dramatisant le récit et plaçant le narrateur et le lecteur dans des positions tout à fait neuves en littérature. Enfin, de telles trouées dans la vie psychique permettent peut-être de la modéliser — c'est-à-dire de distinguer les instances qui la composent et les dynamiques qui la travaillent. Vaste chantier…

Boris Lyon-Caen est maître de conférences à Sorbonne-Université. Ses recherches portent sur le roman français du XIXe siècle, et en particulier sur le courant réaliste.
Publications récentes
Direction de The Balzac Review / Revue Balzac, "L'intériorité", n°2, 2019.
"Le roman petit bourgeois", Balzac, l'invention de la sociologie, sous la dir. d'A. Del Lungo et P. Glaudes, Paris, Classiques Garnier, 2019.
"Un moment "littéraire" de la pensée : le statut de la connaissance dans la Physiologie du mariage", Balzac penseur, sous la dir. de F. Spandri, Paris, Classiques Garnier, 2019.

Marion MAS : Entre la lettre et l'Esprit des Lois : discours et représentations du droit dans La Comédie humaine
Balzac est sans doute l'un des romanciers les plus juridiques du XIXe siècle : La Comédie humaine, la critique l'a souvent souligné, ne se contente pas de mettre en scène des figures du droit (avocat, juge, condamné…), mais représente des mécanismes, des actions et des discours juridiques, sous des jours et dans des registres divers et contradictoires. Le Code civil ne fournit pas seulement des sujets au roman, mais intègre sa poétique : dans bien des récits, le Code fournit des scénarios romanesques, structure l'intrigue et fonde la tension narrative. Il s'agira alors d'examiner, à partir de quelques exemples, comment cette prise en charge totalisante du droit figure, d'un côté, un processus de spécialisation du savoir juridique, et d'un autre, l'élaboration compensatoire, par le roman, d'une sociologie juridique avant l'heure et de ce qu'on pourrait appeler une anthropologie juridique critique.

Marion Mas est maîtresse de conférences en littérature française à l'INSPE de Lyon et membre de l'IHRIM (UMR 5317). Ses travaux portent en particulier sur Balzac et sur les représentations de la famille dans le roman français du XIXe siècle, dans leurs relations avec le droit.
Publications
Le Père Balzac. Représentations de la paternité dans La Comédie humaine, Classiques Garnier, 2015.
A dirigé, avec François Kerlouégan, Le Code en toutes lettres. Écriture et réécritures du Code civil au XIXe siècle, Classiques Garnier, à paraître en 2020.

Dominique MASSONNAUD : Balzac et l'Histoire naturelle : transpositions épistémologiques
La pensée des Historiens de la nature paraît déterminante pour la production balzacienne. Les rencontres de Balzac avec Pyrame de Candolle à Genève, sa connaissance des "Messieurs du Museum" et de l'Académie des Sciences ou celle des écrits du "grand Goethe" ont pu marquer, en particulier, l'Avant-propos de La Comédie humaine. Plus largement, il s'agira de voir en quoi les textes de l'"historien du présent" qui propose une étude sociologique des caractérisations de l'homme — par son espace de vie et par les accidents de l'histoire — peuvent permettre de mettre en évidence d'effectives transpositions épistémologiques.

Dominique Massonnaud est professeur des universités (littérature des XIXe et XXe siècles), spécialiste des questions liées au réalisme littéraire et pictural.
Publications récentes
"Le "Penser par Cas" balzacien : une modélisation neuve pour l'analyse du présent", Balzac écrivain-monde : actualité d'une modélisation en action, André Vanoncini (dir.), L'Année balzacienne, nouvelle série, à paraître, 2020.
Goethe, le Mythe et la Science. Regards croisés dans les littératures européennes, D. Massonnaud (dir.), mai 2019 (https://www.fabula.org/colloques/sommaire6098.php).
"Goethe et le transformisme français : histoire et actualité", Goethe, le mythe et la science, mai 2019 (en ligne).
Faire vrai. Balzac et l'invention de l'Œuvre-monde, Genève, Droz, 2014.

Takeshi MATSUMURA : Balzac et la lexicographie de son temps
Dans La Comédie humaine comme dans les Contes drolatiques, Balzac utilise un vocabulaire très riche et souvent savoureux. Il ne manque pas de recourir aux régionalismes et aux archaïsmes. Quelles sont ses sources d'inspiration pour ces mots et expressions parfois rarement attestés ? Certes il aurait pu se renseigner auprès de personnes au courant de particularités locales ou puiser dans des œuvres anciennes contenant des termes pittoresques. Mais il aurait pu aussi consulter les travaux de certains lexicographes bien connus comme Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort ou peu connus comme Jean-Frédéric-Auguste Le Mière de Corvey ou Jean-François Le Gonidec. Un examen tant soit peu attentif de leurs recueils permettra de voir dans quelle mesure Balzac leur doit ou ne leur doit pas pour élaborer son texte.

Takeshi Matsumura est lexicographe et philologue, professeur à l'université de Tokyo et correspondant étranger de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Publications
Dictionnaire du français médiéval, Paris, Les Belles Lettres, 2015.
"Gastronomie drolatique : le cas de la Belle Impéria", dans Fracas, n°63, 2017.
"Sur une source de la Physiologie du mariage : Balzac et Lemontey", dans Fracas, n°66, 2017.
"Langue drolatique ? Quelques remarques lexicographiques et onomastiques sur Le Péché vesniel", dans Éric Bordas (dir.), Balzac et la langue, Paris, Kimé, 2019.

Francesco SPANDRI : La hantise du chiffre
L'œuvre balzacienne s'inscrit dans une époque de développement accéléré du savoir statistique. Dans l'univers de La Comédie humaine le langage des chiffres revêt une importance croissante. Bien conscient du caractère mouvant et insaisissable de la société contemporaine, Balzac conçoit le roman comme projet totalisant et lieu de mesure du réel. Pour explorer cette conception qui fait de l'ouverture encyclopédique et de la précision chiffrée le domaine propre de la littérature, on s'intéressera : à la réflexion que Balzac entreprend sur le lien entre poétique romanesque et logique de l'accumulation ; à la façon dont le texte associe prolifération du chiffre et représentation de l'argent.

Francesco Spandri est professeur de littérature française à l'université Roma Tre. Ses travaux portent en particulier sur Stendhal, sur Balzac et sur le rapport entre littérature et économie au XIXe siècle. Il dirige The Balzac Review/Revue Balzac (Paris, Classiques Garnier).
Publications récentes
"Balzac et le pouvoir de la parole à "l'ère de l'intelligence"", Studi francesi, n°186, 2018.
"Balzac et le non-sens de la terre", French Studies, 73.4, 2019.
"De l'argent comme dissolvant social : La Cousine Bette", Balzac, l'invention de la sociologie, sous la dir. d'Andrea Del Lungo et de Pierre Glaudes, Paris, Classiques Garnier, 2019.
A dirigé le volume Balzac penseur, Paris, Classiques Garnier, 2019.

Scott SPRENGER : Balzac et Mesmer : une histoire de malentendus
La critique balzacienne suppose généralement que Balzac était un mesmériste confirmé et que ses romans s'appuyant sur le mesmérisme, comme Ursule Mirouet, La Peau de chagrin ou Louis Lambert, démontrent son adhésion à cette pseudo-science populaire. Cette présentation soutiendra que le mesmérisme de Balzac est une démonstration théâtralisée d'une ambition anthropologique plus profonde : exposer l'impulsion mimétique comme trait humain universel et dont le mesmérisme dépend à la fois pour son effet thérapeutique et sa propagation historique. Balzac vise à exposer le mesmérisme comme une contagion sociale par le biais d'un double processus de mystification et de démystification ironique. C'est cette seconde étape que les critiques de Balzac n'ont pas encore pleinement appréciée.

Scott Sprenger est professeur de littérature comparée et auteur d'un volume et de plusieurs articles sur Balzac, dont certains dans L'Année Balzacienne.

Karolina SUCHECKA : Le projet eBalzac : un hypertexte des sources scientifiques
Le projet ANR Phœbus-eBalzac (www.ebalzac.com) a pour objectif de permettre des recherches et des comparaisons intertextuelles afin de mettre en résonance l'ensemble de l'œuvre balzacienne avec un vaste corpus d'écrits contemporains (œuvres romanesques, littérature panoramique, ouvrages scientifiques). Lors de cette communication, nous nous pencherons sur les enjeux littéraires, informatiques et éditoriaux de la constitution d'une bibliothèque hypertextuelle des sources intellectuelles de l'écrivain. Nous décrirons les différentes étapes d'une investigation opérée sur des quantités considérables de textes (qu'il eût été impossible d'exploiter manuellement) en nous intéressant plus particulièrement aux résultats des comparaisons intertextuelles élaborées semi-automatiquement entre La Comédie humaine et des théories scientifiques de l'époque.

Doctorante à l'université de Lille, Karolina Suchecka travaille sur la réécriture et l'édition intermédiale en explorant les possibilités des outils informatiques et du traitement automatique des langues.
Publication
"Édition comparative intermédiale de séries traductives : exploiter les homologies pour créer des visualisations modulables", avec N. Gasiglia et K. Zieger, TAL, 60/3, 2019.

Rebecca SUDGEN : Balzac et la "French Theory"
Si elle a peiné à percer dans les départements de littérature de l'université française, la "French Theory" a bouleversé le champ intellectuel anglo-saxon. Objet théorique privilégié, c'est souvent autour de Balzac que s'articulent les amours et désamours littéraires d'un groupe d'intellectuels français cherchant à se dévêtir de l'héritage des Lumières. Mais de quoi "Balzac" est-il le nom ? D'un pré- ou d'un anti-modernisme, lisible et naïf sur les plans esthétique et épistémologique ? D'un modernisme malgré lui, précurseur des lectures queer et trublion de la représentation ? Quels sont les différents visages dessinés par ces acceptions, utilisations et rejets du roman balzacien ? Et quels en sont les enjeux ? Il s'agira de retracer et d'interroger les modes de présence de Balzac au sein d'une œuvre critique emblématique d'un moment charnière agitant les rapports entre le monde universitaire anglophone et la vie intellectuelle française.

Rebecca Sugden est enseignante-chercheuse à l'université de Cambridge, Royaume-Uni. Ses travaux portent notamment sur le saisi et la construction de l'histoire et sa mise en fiction dans le roman du XIXe siècle.
Publications
"Balzac et les espaces ténébreux du complot", Secrets, complots, conspirations (XVIIIe-XXIe siècles), Colloque de Cerisy, Christian Chelebourg et Antoine Faivre (dir.), à paraître, 2020.
"Terre(ur) : Reading the Landscape of Conspiracy in Balzac's Une ténébreuse affaire", Nineteenth-Century French Studies, n°47, 2018-19.
"Lignes brouillées dans La Bête humaine", Les Cahiers naturalistes, n°91, 2017.


BIBLIOGRAPHIE :

Balzac, l'invention du roman, Claude Duchet & Jacques Neefs (éds.), Colloque de Cerisy, Belfond, 1982.
Penser avec Balzac, José-Luis Diaz & Isabelle Tournier (éds.), Colloque de Cerisy, Éditions Christian Pirot, 2003.
La Comédie (in)humaine de l'argent, Alexandre Péraud (éd.), BDL, 2013.
Balzac, l'invention de la sociologie, Andrea Del Lungo & Pierre Glaudes (éds.), Classiques Garnier, 2018.
Balzac penseur, Francesco Spandri (éd.), Classiques Garnier, 2019.
Balzac et la langue, Éric Bordas (éd.), Kimé, 2019.


SOUTIENS :

• Projet ANR Phœbus-eBalzac [Sorbonne université]
• Institut d'histoire des représentations et des idées dans les modernités (IHRIM) - UMR 5317 [ENS de Lyon]

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


Colloque annulé
— 25 mai 2020 —

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque a été annulé.

La direction du CCIC


MAZARINADES ET TERRITOIRES


DU JEUDI 20 AOÛT (19 H) AU JEUDI 27 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Stéphane HAFFEMAYER, Tadako ICHIMARU

Avec le concours de Patrick REBOLLAR


ARGUMENT :

Quels rapports les mazarinades entretiennent-elles avec les territoires ? Ceux des provinces plus ou moins soumises, des pays alliés ou ennemis, de la cour du roi, des parlements, des fiefs nobiliaires, des diocèses, des villes, des imprimeurs. La dimension spatiale se lira aussi dans la déclinaison des lieux symboliques, toponymes historiques ou fiefs des grandes familles. Elle se dévoilera également dans des espaces en représentation, un théâtre urbain qui offre une géographie sociale de l'application des lois et de la contestation. Du point de vue patrimonial, il conviendra aussi de s'interroger sur les logiques de localisation des collections jusqu'à nos jours. Comment certaines ont-elles traversé les siècles et les continents ? Que peut encore nous apprendre la géolocalisation des collections ? Aujourd'hui, grâce aux humanités numériques, les mazarinades sont devenues plus accessibles que par le passé et nul doute qu'elles ont encore beaucoup à nous apprendre sous l'angle d'une analyse spatiale : celle-ci s'entend dans un sens large et pluridisciplinaire, impliquant à la fois les chercheurs universitaires, les personnels de la conservation du patrimoine, les collectionneurs et les bibliophiles savants.


MOTS-CLÉS :

Bibliothéconomie, Fouille textuelle, Fronde (XVIIe siècle), Géohistoire, Histoire de la presse et des médias, Histoire diplomatique, Histoire littéraire, Histoire moderne, Humanités numériques, Littérature française, Littérature pamphlétaire, Louis XIV, Mazarin, Mazarinades, Philologie historique, Révoltes


CALENDRIER PROVISOIRE :

Jeudi 20 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Vendredi 21 août
Matin
Stéphane HAFFEMAYER & Tadako ICHIMARU : Ouverture
Stéphane HAFFEMAYER : Chanter la contestation politique à Paris : le pouvoir face aux chansons de la Fronde (1648-1653)
Patrick REBOLLAR : De la fouille textuelle à la cartographie des mazarinades, l'exemple du LeTSAJ

Après-midi
Tadako ICHIMARU : En tirant le fil du Japon dans les mazarinades…
Melaine FOLLIARD : Obscénité et athéisme dans le corpus du Projet Mazarinades : remarques sur la fonction de la poésie en contexte pamphlétaire


Samedi 22 août
Matin
Myriam TSIMBIDY : Le recueil de mazarinades pendant la Fronde : assemblage aléatoire ou habile agencement ?
Christophe VELLET : Éditions de mazarinades et propagande imprimée à Orléans pendant la Fronde

Après-midi
La Bibliographie des mazarinades : présentation et stratégies de recherche, atelier animé par Gina MARS

Édouard KLOS : Les mazarinades dans un territoire à l'écart des conflits, l'exemple lyonnais
Philippe MAURAN : Territoires dans le Journal de Jean Vallier ou la géographie dans une anti-mazarinade


Dimanche 23 août
Matin
Virginie COGNÉ : Quand Condé dirige et informe Paris : la circulation de l'information pour le parti des Princes, été 1652
Céline GRAILLAT-MANSUY : Les mazarinades en Suisse : tour d'horizon et le cas de la collection de Soleure

Après-midi
Atelier de fouille lexicale dans le corpus du Projet Mazarinades, atelier animé par Patrick REBOLLAR

Carrie F. KLAUS : Les dames, la justice, et les Mazarinades
Tsuyoshi SHISHIMI : Montaigne plagié dans une mazarinade


Lundi 24 août
DÉTENTE


Mardi 25 août
Matin
Laura BORDES : Les mazarinades du fonds aixois sont-elles aixoises ?
Jean-Dominique MELLOT : La Muse dialectale (et frondeuse ?) de l'imprimeur-poète rouennais David Ferrand (1589-1660)

Après-midi
Paléographie : méthodologie et pratique, appliquées aux mazarinades, atelier animé par Baptiste ÉTIENNE

Léonard DAUPHANT : Pour une géohistoire de l'insulte : espaces mentaux et ethnotypes, des chansons de geste aux mazarinades (XIIe-XVIIe siècles)
Teresa MALINOWSKI : La Pologne dans les mazarinades : une entrée de lecture inédite


Mercredi 26 août
Matin
Antonella AMATUZZI : Déterritorialiser les mazarinades pour étudier la variation du français classique
Takeshi MATSUMURA : Sur quelques mazarinades en proverbes

Après-midi
De quelques particularités de bibliographie matérielle des mazarinades, atelier animé par Jean-Dominique MELLOT

David ESCARPIT : Le "bordousain" : interdialectalité et hybridation linguistique dans les textes occitans de la Fronde bordelaise (1649-51)
Baptiste ÉTIENNE : Mazarinades : le duc, la duchesse et la Fronde en Normandie


Jeudi 27 août
Matin
Stéphane HAFFEMAYER & Tadako ICHIMARU : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Antonella AMATUZZI : Déterritorialiser les mazarinades pour étudier la variation du français classique
L'objectif de cette communication est de mettre en relief l'importance des mazarinades pour étudier certains phénomènes liés à la variation linguistique à un moment où s'établit une codification rigide sur le modèle de la cour parisienne. Après Wendy Ayres Benett qui a analysé une dizaine de mazarinades (2004) pour documenter la réalité linguistique du milieu du XVIIe siècle, il convient d'élargir l'enquête à un corpus de textes sensiblement plus vaste grâce à l'informatisation (notamment le corpus en ligne du Projet Mazarinades). Il s'agit donc d'interroger la langue des mazarinades pour faire émerger la variation par rapport au statut social et au lieu de provenance des "locuteurs", au registre utilisé, etc. On observera si ces textes respectent et réfléchissent la norme alors en formation ou s'ils s'en éloignent, sans oublier qu'ils sont parfois "construits" pour un effet et dans un but. Ce faisant, les avantages et les limites des outils informatiques dont nous disposons actuellement seront problématisés.

Antonella Amatuzzi est professeure d'Histoire de la langue française à l'université de Turin (Italie). Membre de la SIDF (Société internationale de diachronie du français) et spécialiste du français pré-classique et classique, elle a publié la correspondance du barnabite Albert Bailly, agent officieux des ducs de Savoie à Paris pendant la Fronde.
Publications
"La littérature politique de la Fronde : une guerre de plumes au service de la langue française. L'exemple des Mazarinades du Cardinal de Retz", in Perspectives franco-italiennes, Rome, Aracne, 2005.
"La politique au service de la langue : la valeur des mazarinades pour l'étude du français classique", in Histoire et civilisation du livre, XII, 2016.

Laura BORDES : Les mazarinades du fonds aixois sont-elles aixoises ?
L'exemple du fonds aixois de mazarinades n'est sans doute pas un cas isolé dans la configuration d'un fonds dont le contenu ne coïncide pas nécessairement avec l'histoire des événements qui ont touché la région durant la Fronde. La rébellion du territoire provençal contre l'autorité royale et la relation des événements et des actes pris par le Parlement Semestre d'Aix occupent pourtant une place presque aussi importante dans les mémoires du temps que la relation des mouvements qui ont agité la Guyenne dans la même période. Constitué au XVIIIe siècle d'apports divers, venant de France ou d'Europe, par le marquis de Méjanes, il convient de réinterroger le fonds aixois dans son rapport avec un territoire provençal frondeur. L'histoire de l'acquisition des recueils, l'analyse de leur constitution matérielle et du regard politique porté sur les pièces peuvent apporter quelques éléments de réponse ; ainsi que l'intérêt accordé aux événements provençaux et la réception des pièces provençales et aixoises en leur temps et sur leur territoire.

Laura Bordes, ATER (AMU), est doctorante en littérature française du XVIIe siècle sous la direction de Sylvie Requemora-Gros et Myriam Tsimbidy. Le sujet de sa thèse est : "Les Mazarinades : enjeux polémiques et formes agonistiques. L'exemple du fonds de la bibliothèque Méjanes". Elle a réalisé le catalogage et la numérisation d'une collection singulière du fonds aixois.
Article
"Du triolet des ruelles au triolet des rues. Un petit genre frondeur populaire au service d'une bataille d'auteurs", in Mineurs, Minorités, Marginalités au Grand Siècle, sous la direction de Marta Teixeira Anacletor, Paris, Classiques Garnier, 2019.

Virginie COGNÉ : Quand Condé dirige et informe Paris : la circulation de l'information pour le parti des Princes, été 1652
Considérant l'organisation et le fonctionnement des "bureaux de presses", je propose d'étudier la circulation de l'information au sein du parti des Princes et dans l'espace parisien entre les mois de juillet et d'octobre 1652, c'est-à-dire pendant la présence de Condé dans la capitale parisienne. Marquée par le massacre de l'Hôtel de Ville et la "Terreur condéenne", cette domination de Condé sur Paris se caractérise, notamment, par un contrôle de la presse. Bon nombre de mazarinades sont écrites en sa faveur et parfois même avec sa participation. D'après la correspondance passive de Condé, gardée au Château de Chantilly, nous découvrirons un réseau de circulation de l'information au sein de son bureau de presse : des nouvelles de subordonnés à l'extérieur de Paris, des lettres de Bordeaux écrites par son frère, sa sœur, etc. En fait, le cœur de ma présentation est de retrouver les informations (comme objet) échangées au sein des membres du parti, puis distribuées de façon ciblée dans certains quartiers parisiens. J’utilise aussi divers manuscrits de la Bibliothèque nationale de France et le corpus mis en ligne par le Projet Mazarinades, afin de comparer les informations, les lettres et les mazarinades produites pendant l'été 1652.

Léonard DAUPHANT : Pour une géohistoire de l'insulte : espaces mentaux et ethnotypes, des chansons de geste aux mazarinades (XIIe-XVIIe siècles)
Les textes littéraires véhiculent des clichés, des "lieux communs" et des ethnotypes régionaux, souvent agressifs ou sarcastiques accolés à une région. Le corpus des Mazarinades illustre l'évolution de cet imaginaire au XVIIe siècle : les auteurs puisent dans ce fonds d'origine médiéval de manière sélective. Spatialiser ces usages de l'insulte sur le temps long permet de comprendre l'évolution du territoire, commun à l'insulteur comme à l'insulté.

David ESCARPIT : Le "bordousain" : interdialectalité et hybridation linguistique dans les textes occitans de la Fronde bordelaise (1649-51)
L'occitan de Bordeaux et de la région bordelaise se rattache fondamentalement à l'ensemble gascon de la langue occitane, dont il forme la partie septentrionale. Traversé en diagonale par la Garonne et la Dordogne, le Bordelais se compose en réalité, si l'on se donne la peine d'en examiner plus attentivement la géolinguistique, de divers points de rencontre entre plusieurs sous-domaines de l'ensemble gascon et occitan. Cette ville et cette province de Guyenne, on le sait, ont été à l'époque de la Fronde le théâtre de soulèvements de type insurrectionnel, formés autour de la revendication du renvoi du gouverneur, le duc d'Épernon. Il en émergera, en 1651-52, une république insurrectionnelle autoproclamée, entrée dans l'Histoire sous l'appellation d'Ormée. Ces faits ont donné lieu, en Bordelais, à une abondante littérature, dans laquelle se trouvent notamment quatre textes en langue d'oc, appartenant donc au corpus transdialectal que nous étudions. Ils peuvent en effet être regardés comme remarquables à ce double titre, sachant que, ayant surtout été étudiés par les historiens, ils ne l'ont pas été sous l'angle de la linguistique et de la sociolinguistique. Nous verrons ce que ces disciplines peuvent apporter à la compréhension historique du corpus. En effet, la "généralité" de Guyenne débordait alors largement sur l'aire linguistique et culturelle languedocienne, englobant le Périgord, l'Agenais, le haut et le bas Quercy et le Rouergue jusqu'au Viaur, aux confins de l'Albigeois et du Biterrois. Bordeaux était la capitale de ce territoire qui partageait en commun la langue occitane sous des variantes dialectales diverses, nécessitant peut-être, dans un contexte de guerre physique mais aussi pamphlétaire, de dégager des traits pandialectaux afin que les textes puissent être réinterprétés et compris de tous.

David Escarpit est docteur ès Lettres et maître de conférences au sein de la 73e section du CNU. Historien de formation, il s'est ensuite orienté vers la linguistique et a travaillé un temps en dialectologie de la langue occitane au sein du laboratoire IKER (UMR 5478) à Bayonne, aux côtés de Ricardo Etxepare pour le projet IRUELE. Ancien responsable des contenus culturels de l’interface Occitanica au sein du CIRDOC - Institut Occitan de Culture, il est présentement enseignant.

Baptiste ÉTIENNE : Mazarinades : le duc, la duchesse et la Fronde en Normandie
À travers l'analyse d'un corpus de 460 mazarinades, dites "normandes", cette intervention se propose d'étudier l'image du duc et de la duchesse de Longueville durant la Fronde en Normandie. Tandis que l'image du duc gouverneur connait une détérioration progressive, la duchesse n'entre en scène que de manière éphémère à la suite du coup de théâtre de l'arrestation des princes du 18 janvier 1650. Un an après le soulèvement normand capté par son époux, sa tentative de renouveler l'exploit échoue et les mazarinades présentent un traitement radicalement différent de ces deux incarnations d'une identité aristocratique et normande, dans cet espace pivot de la Fronde à l'échelle du royaume. À Saint-Germain-en-Laye, la presse et les mazarinades offrent un écho lointain de cette Normandie révoltée et en crise. Entre vision idéalisée, désillusions, espérances et réalités, le traitement qu'offrent ces écrits pamphlétaires de l'image du gouverneur et de sa jeune épouse peut-il apporter un éclairage nouveau sur la situation normande ?

Melaine FOLLIARD : Obscénité et athéisme dans le corpus du Projet Mazarinades : remarques sur la fonction de la poésie en contexte pamphlétaire
Les poésies satyriques écrites et publiées pendant la Fronde ont longtemps été ramenées à leur dimension politique ou à une simple fonction de divertissement carnavalesque. À l'aide du corpus et des outils de recherche offerts par les RIM, la présente intervention propose de revenir sur la place et les usages du langage scabreux dans les mazarinades pour envisager comment, en période d'agitation politique, l'obscénité produite dans de nombreux libelles poétiques réanime, révèle et réorganise un discours de l'incroyance. L'enjeu de notre communication est double : d'une part, montrer comment l'espace pamphlétaire du premier XVIIe siècle, conçu comme un réservoir de modèles d'écriture et fondant un imaginaire collectif, a pénétré le langage des polémiques des années 1648-1652, d'autre part, montrer comment l'espace poétique reconfiguré par la Fronde, loin de pouvoir se maintenir à l'écart de la parole pamphlétaire, entre ici de plain-pied dans des jeux de violence avec la réalité, en se constituant comme condition philosophique pour la voir accoucher de vérités difficiles à entendre en d'autres circonstances.

Céline GRAILLAT-MANSUY : Les mazarinades en Suisse : tour d'horizon et le cas de la collection de Soleure
En 2015, lors du colloque "Mazarinades : nouvelles approches", de nombreux fonds et collections ont été présentés, montrant à quel point ces libelles ont voyagé. Le site des Recherches Internationales sur les Mazarinades présentait déjà une géolocalisation riche de ces textes, dont une seule collection en Suisse était alors déclarée. Pour compléter cette géolocalisation et permettre un meilleur accès aux documents, nous présenterons d'autres collections suisses de mazarinades et retracerons lorsque ce sera possible des "généalogies" complètes et évoquerons les raisons de l'existence de ces collections en terres helvètes. Puis nous nous pencherons sur la collection de Solothurn (Soleure), chef-lieu du canton du même nom, qui détient dans sa bibliothèque cantonale une collection de 315 mazarinades, réparties en quatre volumes, collectées et collectionnées dès leur publication au début de la Fronde et agencées volontairement en volumes qui se veulent cohérents — et qui n'ont pas bougé des bibliothèques de la ville depuis 1649.

Céline Graillat-Mansuy est doctorante au département de français de l'université de Fribourg (Suisse). Sa thèse porte sur la prosopopée et la politique d'outre-tombe dans les Mazarinades, sous la direction de Claude Bourqui. Un article sur "Mazarinades et poisons : Mazarin empoisonneur présumé, empoisonneur fabulé" intègrera la publication prochaine des actes du colloque "Poisons et philtres d'amour" (Université Cergy-Pontoise, avril 2019, org. prof. Pernot et prof. Vial).

Stéphane HAFFEMAYER : Chanter la contestation politique à Paris : le pouvoir face aux chansons de la Fronde (1648-1653)
D'après un texte conservé aux archives du Ministère des Affaires Étrangères, probablement écrit par une plume au service de Mazarin, rondeaux et chansons furent les satires les plus vigoureuses déployées contre le cardinal. Le rire n'est-il pas la "menace la plus redoutable pour l’autorité" ? (Hannah Arendt) ; la phrase célèbre, probablement jamais prononcée par Mazarin, "qu'ils chantent, pourvu qu'ils paient" traduisait en réalité un profond désarroi et une forme d'impuissance du pouvoir face à la dérision. Le pamphlétaire au service du cardinal s'interrogeait : "Sur le raport des chansons, fault il intenter des proces" ? Les autorités parisiennes tentèrent bien d'interdire les chansons sur le Pont-Neuf, aux carrefours et places publiques de Paris, et ce fut au moins à quatre reprises, entre 1651 et 1655, que le crieur Charles Canto en proclama l'interdiction, sans résultat. Il s'agira de se pencher à la fois sur les tentatives de réprimer les chanteurs du Pont Neuf et d'autres quartiers parisiens mais aussi de mieux comprendre la portée subversive des chansons et de leur performance en se fondant sur l'analyse du vocabulaire subversif en rapport avec les chansons, en mettant à profit les ressources que procure le corpus des RIM.

Tadako ICHIMARU : En tirant le fil du Japon dans les mazarinades…
Dans le corpus du Projet Mazarinades, on trouve deux pièces qui citent le "Iapon", publiées en 1649. La pièce présente le Japon comme un exemple d'un pays qui a réussi à faire justice d'un tyran par l'insurrection des nobles ; la deuxième utilise le Japon pour montrer qu'il y a un autre pays où se trouve un peuple dans une misère pire qu'en France. D'où viennent ces images ? Comment sont-elles arrivées sous des formes tellement contradictoires ? D'ailleurs, pourquoi les deux auteurs anonymes ont-ils pensé à employer une représentation d'un pays d'Extrême-Orient pour critiquer Mazarin ? Quel intérêt ont-ils trouvé dans ce pays probablement peu connu des contemporains de la Fronde ? En tirant le fil du Japon, nous allons tourner des pages de l'Asie dans un Atlas imaginaire de mazarinades afin de découvrir la valeur représentative de certains noms de pays lointains à l'époque de la Fronde.

Tadako Ichimaru est enseignante-chercheuse de français, histoire et littérature françaises à l'université Gakushuin (Tokyo), docteure ès arts libéraux de l'université de Tokyo en 2006 pour une thèse intitulée "Qu'est-ce que les Mazarinades ?" (en japonais), fondée sur la collection de 2709 pièces de l'université de Tokyo. Co-fondatrice en 2008 de l'équipe des Recherches internationales sur les Mazarinades (RIM) et du Projet Mazarinades depuis 2010, site web de consultation et de recherche de l'intégralité de la collection des Mazarinades de Tokyo numérisée et transcrite. Co-organisatrice des colloques : "Mazarinades, nouvelles approches" (juin 2015, bibliothèques Mazarine et de l'Arsenal, paru dans Histoire et Civilisation du Livre, n°12) ; "L'exploration des Mazarinades" (novembre 2016, Université de Tokyo, en ligne et à paraître en édition bilingue).
Publications en lien avec le sujet du colloque
"Les fonctions du burlesque dans les Mazarinades. Analyse de La Mazarinade de Scarron", Études de Langue et Littérature Françaises, n°72, Tokyo, SJLLF, 1998, p. 3-16.
"Mazarinades. La collection de l'université de Tokyo", Bulletin du Bibliophile, n°1, 2009, p. 107-123.
"Enjeux de la numérisation des mazarinades", Histoire et Civilisation du Livre, n°12 : "Mazarinades, nouvelles approches", 2016, p. 77-89.
"Les Mazarinades et leur étude aujourd'hui : la place du Japon", L'exploration des Mazarinades [en ligne et à paraître].

Carrie F. KLAUS : Les dames, la justice, et les Mazarinades
Lasses du siège de Bordeaux et des longues semaines de pénuries et de violences, les "dames du Parlement de Bordeaux" ont pris la plume le 26 septembre 1650 pour s'adresser à leurs homologues parisiennes pour les remercier d'avoir poussé leurs maris à accepter de servir de médiateurs entre le Parlement de Bordeaux et le Cardinal Mazarin. Persuadées que les épouses des membres du Parlement de Paris partagent déjà l'autorité avec leurs maris, les Bordelaises rêvent du retour du beau siècle ou les femmes prononçaient directement les décrets de justice. Les Parisiennes refusent cette suggestion le 15 octobre, implorant qu'on les laisse "vivre en l'estat que [le Ciel] a pleu de nous mettre", mais elles l'acceptent avec enthousiasme dans une Véritable Response parue deux semaines plus tard, promettant aussi de faire assassiner Mazarin par des harengères et de s'allier avec les dames de tous les parlements de France. Notre communication vise à interroger l'efficacité rhétorique des voix féminines dans les Mazarinades, surtout celles des épouses (des soldats et des partisans ainsi que des juges), et de démontrer comment les propagandistes se sont servis de ces voix pour propager une vision de la Fronde comme un vaste mouvement reliant des villes à travers le royaume.

Carrie F. Klaus, professeure à l'université DePauw aux États-Unis (Indiana), a publié la traduction en anglais de la Petite chronique de Jeanne de Jussie, une religieuse à Genève pendant la Réforme protestante, pour les presses de l'université de Chicago (2006). Elle travaille actuellement sur les voix féminines, réelles et inventées, dans les Mazarinades. Son article, "Eloquence Unchained : Women, Poetry, and Politics during the Fronde" a été publié dans Early Modern Women : An Interdisciplinary Journal 14.1 (2019) : 25-49. Un autre article, "Calling for Peace, Preparing for War : The Revolutionary Voice of Sainte Genevieve during the Fronde," paraîtra dans le Sixteenth Century Journal en 2020.

Édouard KLOS : Les mazarinades dans un territoire à l'écart des conflits, l'exemple lyonnais
Traiter de la ville de Lyon durant la Fronde constitue un paradoxe apparent : en effet, la cité est restée calme durant les années 1648-1653, ayant construit depuis un demi-siècle environ un imaginaire politique fondé sur la fidélité pleine et entière à l'autorité royale. Pour autant, les mazarinades sont nombreuses à Lyon, comme en témoigne le fonds relativement important d'environ 1300 pièces conservées à la bibliothèque municipale, issu de plusieurs maisons religieuses ainsi que de la collection du gouverneur et archevêque Camille de Villeroy. De plus, de nombreuses mazarinades y sont réimprimées, vendues et exportées. Restée à l'écart des conflits, la cité lyonnaise n'apparait que très rarement dans le contenu des mazarinades elles-mêmes. Cependant, un recensement a permis d'identifier six pièces qui mettent en scène la cité rhodanienne. Plusieurs d'entre elles, qui ont alerté le consulat, font d'ailleurs intervenir Lyon, symbole de la fidélité au roi, en faveur de la cause frondeuse selon une stratégie persuasive visant à démontrer l'ampleur de la Fronde.

Édouard Klos, Lyon et les Lyonnais à l'époque de la France (1648-1653), sous la direction de Nicolas Le Roux, Mémoire de Master, ENS de Lyon, 2009.

Teresa MALINOWSKI : La Pologne dans les mazarinades : une entrée de lecture inédite
La Pologne est relativement bien connue dans l'historiographie française par les traités monarchomaques du XVIe siècle, accompagnant la réflexion des opposants à la monarchie absolue, mais la présence polonaise dans les mazarinades est passée presque totalement inaperçue des historiens. Nous avons pourtant recensé quelque 120 pamphlets et 280 occurrences dans le corpus du Projet Mazarinades. La majeure partie s'intéresse aux troupes polonaises présentes dans l'armée royale. Systématiquement cités aux côtés des Allemands, des Italiens ou des Suédois, les Polonais sont alors associés à la tyrannie étrangère. D'autres écrits cependant voient dans la Pologne un modèle de liberté politique, parfois évoqué aux côtés d'autres États, comme l'Angleterre. Ces occurrences s'expliquent entre autres par le contexte international, auquel font référence les mazarinades elles-mêmes : en 1645, Marie de Gonzague, proche des milieux parisiens, a épousé Ladislas IV, roi de Pologne. L'intervention aura pour objectif d'explorer ces pistes de lecture, encore peu exploitées.

Teresa Malinowski est docteure en histoire des mondes modernes. Elle a soutenu sa thèse, "La République de Pologne dans les imprimés français (1573-1795). Penser les relations entre gouvernants et gouvernés à l'époque moderne", à l'université de Paris Nanterre, en cotutelle avec l'université Adam Mickiewicz de Poznan (Pologne). Elle réalise actuellement un projet scientifique sur le même sujet au Centre national des sciences de Pologne.

Takeshi MATSUMURA : Sur quelques mazarinades en proverbes
Dans Les Muses guerrières…, Hubert Carrier a attiré notre attention sur l'existence de plusieurs textes où l'auteur utilisait massivement des proverbes. Je me propose d'examiner quelques-unes de ces œuvres, qui semblent faire suite à La Comédie de proverbes (1633) composée par un auteur anonyme avec quelque mille sept cents proverbes, pour retracer l'histoire et éventuellement la géographie des locutions proverbiales que l'on y rencontre. Si l'on y regarde de près, il y en a dont les attestations anciennes remontent loin dans le temps, tandis qu'il y en a d'autres qui paraissent assez récentes ou qui font l'objet de modifications ; d'autre part, il y en a dont la diffusion semble être géographiquement assez limitée. Cet examen permettra également de compléter nos instruments de travail : le Französisches Etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg et les recueils parémiologiques tels que Le Livre des proverbes français de Le Roux de Lincy ou le Nouveau dictionnaire historique des locutions de Giuseppe Di Stefano.

Takeshi Matsumura est lexicographe et philologue, professeur à l'université de Tokyo et correspondant étranger de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Publications
"Sur quelques mazarinades attribuées à Paul Scarron : remarques lexicographiques", en ligne.
Dictionnaire du français médiéval, sous la direction de Michel Zink, Paris, Les Belles Lettres, 2015.
"Remarques lexicographiques sur le mot mazarinade", Histoire et Civilisation du Livre, n°12 : "Mazarinades, nouvelles approches", 2016, p. 163-168.
"Sur quelques dérivés du nom Mazarin", L'exploration des Mazarinades (en ligne et à paraître).

Philippe MAURAN : Territoires dans le Journal de Jean Vallier ou la géographie dans une anti-mazarinade
Jean Vallier, maître d'hôtel du roi né en 1591 à Saumur, est l'auteur d'un texte que ses inventeurs ont qualifié de "Journal", dont les années 1648 à 1653 ont été publiées par le passé et les années 1654 à 1657 sont à paraître prochainement. Cet écrit du for privé évolue au cours du temps de sa rédaction et la Fronde, qui l'alimente abondamment, lui confère un statut à part. Le "Journal de Jean Vallier" se veut l'exposé de faits débarrassés de tout appareil militant. L'intégration de pièces originales à la suite de ses écrits souligne la tentative d'un texte dépouillé d'artifices qui sollicite l'intelligence du lecteur par la seule confrontation des faits. La volonté affirmée de transparence de la langue et d'un récit "autoporteur" renvoie à l'attente eschatologique de l'harmonie du monde, dont le choix des événements que Vallier relate, énonce l'absence. Le texte apparaît alors comme une anti-mazarinade où les lieux nous aident à comprendre son élaboration. Saumur, le lieu des origines, Paris, le lieu de la vie quotidienne, les lieux qui apparaissent dans les années inédites et qui empêchent de considérer le récit comme autobiographique ou les lieux témoins d’une actualité ignorée par Jean Vallier, autant de territoires dont les reflets dans le texte de Vallier permettent d'appréhender son regard sur une Fronde que l'on aura du mal à prétendre qu'elle se clôt en 1653.

Philippe Mauran, éditeur des lettres d'Abraham de Wicquefort de l'année 1653 (Les gazettes parisiennes de l'année 1653, suivies de L'état de la France en 1654, Paris, Éditions Champion, 2014, préface d'Yves-Marie Bercé), a préparé une édition des années inédites du Journal de Jean Vallier (1654-1657), permettant d'achever un travail commencé, au sein de la Société de l'Histoire de France, il y a plus d'un siècle. Il a publié dans la revue XVIIe Siècle un article sur le Languedoc de l'après Fronde : "Le ballet des Incompatibles (Montpellier-1655) ou l'état du Languedoc en 1655", XVIIe Siècle, n°265 (2014), p. 691 à 707.

Jean-Dominique MELLOT : La Muse dialectale (et frondeuse ?) de l'imprimeur-poète rouennais David Ferrand (1589-1660)
David II Ferrand (1589-1660), membre de l'une des plus pérennes dynasties d'imprimeurs de Rouen, est surtout connu comme l'auteur et éditeur de la Muse normande, dont les livrets originaux s'échelonnent de 1625 à 1653. Cette vaste fresque poétique, écrite prétendument en "langue purinique ou gros normand" — dialecte des ouvriers drapiers rouennais —, mais aussi destinée à "esbaudir" les notables du lieu, embrasse trois décennies aussi fastes que mouvementées de l'histoire de Rouen et de la Normandie. David Ferrand y déploie une verve satirique non dénuée de charge politique. Avec le soutien implicite du parlement de Rouen, sa Muse joviale peut se montrer critique vis-à-vis de la politique fiscale et militaire du gouvernement royal et de sa marche centralisatrice. Est-il permis pour autant de ranger l'œuvre de D. Ferrand en ses dernières années parmi les écrits frondeurs voire de l'inscrire dans la veine des mazarinades normandes ?

Jean-Dominique Mellot, conservateur général à la Bibliothèque nationale de France, archiviste paléographe et docteur en histoire, est spécialiste d'histoire du livre et des pratiques culturelles aux XVIIe-XIXe siècles. Lors des colloques consacrés en 2015 (Paris) et 2016 (Tokyo) aux mazarinades, il a traité "Les mazarinades périodiques : floraison sans lendemain ou tournant dans l'histoire de la presse française ?" et "Mazarinades et presse périodique à l'époque de la Fronde : pour une réévaluation".
Publications
L'Édition rouennaise et ses marchés : dynamisme provincial et centralisme parisien, vers 1600 – vers 1730 (1998).
A dirigé plusieurs ouvrages collectifs dont le Dictionnaire encyclopédique du livre (2002-2011, 3 vol.).

Patrick REBOLLAR : De la fouille textuelle à la cartographie des mazarinades, l'exemple du LeTSAJ ?
Encore sous-exploité, le corpus en ligne de mazarinades proposé par l'équipe des RIM depuis 2011 semble poser plus de problèmes de méthodologie que d'accessibilité — ce qui inverse la donne des siècles précédents. À l’aide du LeTSAJ (Lexique territorial, social, administratif et juridictionnel hypertextuel, en ligne depuis février 2019), quelques thèmes de recherche liés à l'espace social du temps de la Fronde seront explorés (par exemple le pont de Charenton, l'image des intendants ou la notion de salaire). Nous verrons que les questions territoriales nécessitent de différencier puis de combiner une approche historiographique (appelant des concepts, des constructions sociales et des réalités matérielles) et un ensemble de considérations littéraires, sémantiques et lexicologiques (de la variation régionale du sens des mots à l'opacité de tournures obsolètes, en passant par des pratiques de connivence et des tropes extrêmement maîtrisés). Par suite, ces considérations questionnent de l'intérieur le rangement générique des mazarinades et, en perspective cavalière, la considération épistémologique que les chercheurs d'aujourd'hui ont des mazarinades.

Patrick Rebollar est enseignant-chercheur de français, langue, littérature et cinéma à l'université Nanzan (Nagoya, Japon), DEA de Lettres Modernes à l'université de La Sorbonne Nouvelle - Paris 3 (1989), co-fondateur de l'équipe de recherche Hubert de Phalèse (1990, Littérature et informatique, Paris 3) et de l'équipe des Recherches internationales sur les Mazarinades (RIM, 2008), webmestre depuis 2010 du site web du Projet Mazarinades (consultation et recherche de l'intégralité de la collection des Mazarinades de Tokyo numérisée et transcrite). Co-organisateur des colloques : "L'Internet littéraire francophone" (Cerisy, 2005) ; "Mazarinades, nouvelles approches" (juin 2015, bibliothèques Mazarine et de l'Arsenal, paru dans Histoire et Civilisation du Livre, n°12, 2016) ; "L'exploration des Mazarinades" (novembre 2016, Université de Tokyo, en ligne et à paraître en édition bilingue). Modérateur de la liste de discussion Litor (Littérature et ordinateur, depuis 1999).
Publications en lien avec le sujet du colloque
"Frantext, le chercheur nouveau est arrivé !", dans Centres de documentation et communication de l'information, état actuel et perspectives en France et au Japon, Actes du colloque de la MFJ, Tokyo, Maison Franco-Japonaise, p. 49-63, 1993.
Les salons littéraires sont dans l'internet, Paris, PUF, 2002, 224 p.
"Bordeaux dans les Mazarinades en ligne, approches méthodologiques", [revue] Eidôlon, n°116 : "Écritures de l'événement : les Mazarinades bordelaises, sous la direction de Myriam Tsimbidy", PU de Bordeaux, mai 2015, p. 71-83.
"Mensonge et tromperie dans les mazarinades", Histoire et Civilisation du Livre, n°12 : "Mazarinades, nouvelles approches", 2016, p. 169-185.
"Sérendipité des millions dans le corpus du Projet Mazarinades", L'exploration des Mazarinades (en ligne et à paraître).
"À propos de l'étude des mazarinades : peut-on parler d'un fiasco de la pensée ?", juin 2019 (édition en ligne).

Tsuyoshi SHISHIMI : Montaigne plagié dans une mazarinade
Ovide parlant à Tieste, un pamphlet anonyme paru en 1652, se compose de divers textes plagiés des Essais de Montaigne, accompagnant de la "Remontrance au Roy" qui, à son tour, recopie la péroraison de La Vérité tout nue, célèbre mazarinade attribuée à Arnauld d’Andilly. Nous allons examiner comment ce nouvel encadrement intègre, tout en déformant, le texte de Montaigne dans la polémique de l'époque.

Myriam TSIMBIDY : Le recueil de mazarinades pendant la Fronde : assemblage aléatoire ou habile agencement ?
Les recueils de mazarinades ont eu mauvaise presse : ces ensembles "sans intérêt" écrit Moreau au XIXe siècle sont faits "sans intelligence, sans critique" ; les libraires y auraient même vu un moyen de se débarrasser d'invendus, suggère Carrier. Nous voudrions revenir sur ces préjugés en différenciant, parmi les ouvrages conçus pendant la Fronde (1649-1653), les assemblages aléatoires de pièces, les dossiers de travail, les collections de curiosités et les reconfigurations des événements. Car, loin d'être le fruit du hasard ou d'échecs commerciaux, certains recueils témoignent par leur organisation d'une mise en intrigue apologétique et/ou démonstrative. C'est ce constat que nous nous proposons d'approfondir en examinant la composition de quelques-uns d'entre eux. Il s'agira de voir à quels principes répond leur conception, et de montrer comment leur orchestration peut altérer l'historicité des libelles contemporains et imposer une autre lecture des textes et des faits qu'ils commentent.

Myriam Tsimbidy, professeur de littérature du XVIIe siècle à l'université Bordeaux Montaigne, travaille sur les Mémoires, l'écriture polémique et la correspondance au XVIIe siècle ainsi que sur la littérature de jeunesse. Elle est membre de CLARE (EA 4593), directrice du CEREC (Centre d'étude et de recherche sur l'Europe Classique), membre associé du GRIHL (Groupe de recherche interdisciplinaire sur l'Histoire du littéraire).
Publications
Écritures de l'événement : les Mazarinades bordelaises, Eidôlon, n°116, Presses universitaires de Bordeaux, 2015, 159 p.
Le cardinal de Retz polémiste, Saint-Étienne, Université de Saint-Étienne, "Renaissance et Age Classique", 2005, 533 p.
Les Pamphlets du cardinal de Retz, Paris, Éditions du Sandre, 2009, 430 p.
"Retz, Gondi, cardinal, coadjuteur, ou mazarin corinthien : de quelques représentations d'un acteur de la Fronde" [en ligne].
"Usages des mazarinades dans les Mémoires de la Fronde", in Mazarinades, Nouvelles approches, S. Haffemayer, P. Rebollar & Y. Sordet (éd.), "Histoire et civilisation du livre", Droz, 2016, p. 225-237.
"Retz : théorie de l'action et action d'écriture", avec C. Blanquie, J-P Cavaillé, L. Giavarini, D. Ribard & N. Shapira, Chapitre in Écriture et Action, XVIIe-XIXe siècle, une enquête collective, Paris, Éditions EHESS, "En temps et lieux", 2016, 291 p.
"Les Mazarinades : récit d'événement et fiction littéraire", in Écritures de l'événement : les Mazarinades bordelaises, Eidôlon, n°116, Presses universitaires de Bordeaux, 2015, p. 27-39.
"S'imposer sans s'exposer : l'anonymat transparent dans les Mazarinades retziennes", in L'anonymat de l'œuvre à l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), B. Parmentier (dir.), Littératures Classiques, n°80, 2013, p. 153-165.
"Canevas, couleurs et motifs : le discours polémique dans la trame des Mémoires", in Littératures classiques, n°57, Les Mémoires du Cardinal de Retz, J. Garapon (éd.), 2005, p. 141-162.

Christophe VELLET : Éditions de mazarinades et propagande imprimée à Orléans pendant la Fronde
Ville sans parlement, mais peuplée de notables liés à "leur duc" Gaston, oncle du roi et protagoniste de la Fronde, ville sans événement frondeur marquant, mais où exercent d'actifs gens du livre, Orléans semble avoir participé à son niveau, mais plus que les seules mentions explicites imprimées le laissent paraître, à la production de pamphlets et de libelles propagandistes pendant la Fronde. L'enquête propose un repérage et un recensement de ces éditions qualifiables d'orléanaises, qu'elles soient plutôt frondeuses ou plutôt gouvernementales, reprises plus ou moins fidèles de publications parisiennes ou éditions éventuellement plus originales, plus locales.


La Bibliographie des mazarinades : présentation et stratégies de recherche, atelier animé par Gina MARS
La Bibliographie des mazarinades a pour vocation de recenser et décrire la totalité des pamphlets publiés pendant la Fronde qui s'étend en France de 1648 à 1653. Ouverte en 2019, cette ressource en ligne est en cours de développement et vise à offrir un référentiel propre à identifier toutes les éditions d’une même mazarinade et tous les états imprimés connus d’une même édition. Chacune de ces entités bibliographique dispose d'une description normalisée et d’un identifiant unique. Les participants sont invités à découvrir et à explorer les différentes fonctionnalités offertes par la Bibliographie des mazarinades. Cet atelier participatif sera l'occasion d'échanger autour des stratégies de recherche offertes par le logiciel et de recueillir les suggestions qui permettront de l'améliorer et de l'enrichir.
https://mazarinades.bibliotheque-mazarine.fr

Gina Mars, ingénieure d'études chargée de système d'information documentaire à la Bibliothèque Mazarine depuis 2016, a participé au projet de développement de la Bibliographie des mazarinades.

Paléographie : méthodologie et pratique, appliquées aux mazarinades, atelier animé par Baptiste ÉTIENNE
Les participants recevront des reproductions de mazarinades manuscrites et seront accompagnés dans les différentes étapes du travail en vue de l'établissement du texte et de la notice descriptive.

Atelier de fouille lexicale dans le corpus du Projet Mazarinades, atelier animé par Patrick REBOLLAR
Des exemples pratiques de requêtes et d'exploitation des résultats seront proposés aux participants. Ces derniers pourront à leur tour formuler leurs propres requêtes, par exemple relatives à leurs recherches.


SOUTIENS :

• Japan Society for the Promotion of Science (JSPS)
Centre Jean-Mabillon — EA 3624 [École nationale des chartes]
• Centre interdisciplinaire d'étude des littératures d'Aix-Marseille (CIELAM) — EA 4235 [Aix-Marseille Université]
• Centre de recherches sur l'Europe classique (XVIIe et XVIIIe siècles) (CEREC) [Université Bordeaux Montaigne]
• Groupe de recherche d'Histoire (GRHis) — EA 3831 [Université de Rouen Normandie]
Université de Caen Normandie

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


QUE FAIT LA COULEUR À LA PHOTOGRAPHIE ?

TECHNIQUES, USAGES, CONTROVERSES


DU MERCREDI 19 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 23 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 4 jours ]


René Desclée (1868-1953), Nature morte au vase de fleurs, restitution couleur d'après trois négatifs de sélection, [sd] © Ministère de la culture, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Diffusion RMN-GP


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Nathalie BOULOUCH, Gilles DÉSIRÉ DIT GOSSET


ARGUMENT :

Interrogé en 2006 sur la photographie couleur, Willy Ronis répondait : "oh non, ce n'était pas très intéressant !" Quelques semaines plus tard, il publiait Paris-couleurs. Cette anecdote résume la complexité de la question posée par ce colloque et l'exposition associée. Tandis que la couleur est aujourd'hui dominante, il convient de porter un point de vue tant rétrospectif que prospectif sur ce que ce progrès a fait, fait et fera à la photographie.

Le colloque, organisé en partenariat avec l'université Rennes 2 et la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (MAP), propose de faire le point sur l'évolution des techniques photographiques en couleur, puis de s'attacher à ses usages dans différents secteurs de la création. Mal aimée et parfois méprisée, la couleur a également suscité polémiques et controverses que le colloque interrogera.

Une séance publique réunira, sous forme d'une table ronde, des photographes contemporains dont la création artistique a été marquée par l'usage de la couleur. Une exposition grand public puisant dans les collections photographiques de la MAP sera accueillie par la ville de Saint-Lô, de juillet à septembre.


MOTS-CLÉS :

Archives, Art, Controverses, Couleur, Création, Photographie, Procédés, Usages


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 19 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 20 août
Matin
Nathalie BOULOUCH : Introduction

UN PROBLÈME, DES SOLUTIONS
Laure BLANC-BENON : La couleur : une autre idée de la photographie
Kim TIMBY : La palette du papier salé, ou l'appropriation artistique de la photographie par la couleur

Après-midi
Édouard de SAINT-OURS : La quête d'un procédé direct pour la reproduction photographique des couleurs (1848-1908)
Natalie COURAL & Anne WOHLGEMUTH : La trichromie à l'épreuve de la photographie : discriminer les solutions matérielles et techniques apportées par Louis Ducos du Hauron grâce à l'imagerie multi spectrale
Nicolas LE GUERN : Le développement à long terme du Kodachrome : des premières recherches de Mannes et Godowsky aux améliorations apportées au procédé en couleur

Soirée
Projection d'extraits de films sur la photographie couleur tirés des archives de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), animée par Nathalie BOULOUCH et Catherine GONNARD. Partenariat délégation INA Loire-Bretagne, Université Rennes 2


Vendredi 21 août
DE LA COULEUR AVANT TOUTE CHOSE
Matin
Diane TOUBERT : La photographie éloquente : autochromes du jardin Albert-Kahn
Camille CONTE : Les architectes et la couleur : les "autochromistes" Jules Antoine et Lucien Roy (1907-1927)
Jean DAVOIGNEAU : La couleur dans la production de l'Inventaire général des richesses artistiques de la France

Après-midi
Marlène VAN DE CASTEELE : La couleur appliquée à la photographie de mode : le cas des couvertures et éditoriaux du Vogue Amérique (1932-1942)
Audrey LEBLANC : Photojournalisme : la couleur des années 1960-70
Colette MOREL : Balthus et la photographie : "l'emploi des couleurs m'avantage"
Judith LANGENDORFF : Couleurs nocturnes dans la photographie contemporaine : distordre, sublimer ou transfigurer le réel ?


Samedi 22 août
LA COULEUR : INDIGNE OU ASSUMÉE ? (I)
Matin
Marion PERCEVAL : Lartigue, pourquoi la couleur ?
Matthieu RIVALLIN : André Kertész, couleurs indignes

Après-midi
"HORS LES MURS" — À LA MÉDIATHÈQUE DE SAINT-LÔ
SÉANCE PUBLIQUE
Visite de l'exposition "Le Triomphe de la couleur" accueillie à la Médiathèque La Source de la ville de Saint-Lô
Table ronde avec des photographes, animée par Mathilde FALGUIÈRE, avec la participation de John BATHO et Yves TRÉMORIN


Dimanche 23 août
LA COULEUR : INDIGNE OU ASSUMÉE ? (II)
Matin
Ronan GUINÉE : Willy Ronis : la couleur écartée
Cynthia A. YOUNG : Robert Capa, Photojournalism and Early Color Film

Jean-Pierre MONTIER : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

John BATHO
Né en 1939, John Batho commence à photographier en 1961. En 1963, il entreprend une recherche qui affirmera une vision personnelle de la photographie en couleurs. Représentés à partir de 1977 par la galerie Zabriskie à Paris et à New York, ses travaux connaissent une diffusion internationale. De 1983 à 1990, il est chargé de cours à l'université de Paris VIII dans le département Arts plastiques. Professeur des Écoles nationales d'art, il enseigne de 1992 à 2001 à l'école nationale supérieure d'art de Dijon. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques et privées en France et à l'étranger. Il est représenté par la galerie Nicolas Silin à Paris (www.galeriesilin.com).
http://www.johnbatho.com/

Laure BLANC-BENON : La couleur : une autre idée de la photographie
La "photographie" comme invention technique et "l'idée de photographie" sont deux choses distinctes. "L'idée de photographie" a été inventée en même temps que le daguerréotype, dans sa concurrence avec le calotype. Or il s'agit là d'images monochromes. Nous nous intéresserons à des théories récentes issues de la philosophie en langue anglaise : ces nouveaux théoriciens critiquent l'identification abusive de l'essence de la photographie au moment de l'enregistrement et l'assimilation de la photographie à une empreinte. Au contraire, ils envisagent l'image photographique comme une image visible produite par un processus à plusieurs étapes (voir par exemple D. Costello, On Photography, Routledge, 2017). Nous montrerons en quoi cette opposition remonte à celle entre photographies monochromes et photographies en couleurs telle qu'elle s'est construite dès le XIXe siècle. En négligeant la couleur, des théoriciens comme A. Bazin, R. Barthes, R. Scruton ou K. Walton ont été empêchés de voir les limites de la notion d'indice ou de trace pour comprendre ce qu'est une photographie. Nous souhaitons montrer en quoi la photographie couleur est un allié précieux pour lutter contre les préjugés des théoriciens sur "l'idée de photographie".

Laure Blanc-Benon est maîtresse de conférences en philosophie de l'art à Sorbonne Université et membre du Centre Victor Basch. Membre fondateur du Groupement de Recherche Internationale "Photographs : Perception and Change" (dir. B. Lavédrine), elle conduit actuellement des recherches sur la photographie couleur et sur la question de l'enregistrement dans le cadre d'un livre en préparation sur l'image photographique.
Publication
La Question du réalisme en peinture, Vrin, 2009.

Camille CONTE : Les architectes et la couleur : les "autochromistes" Jules Antoine et Lucien Roy (1907-1927)
Au tournant des XIXe et XXe siècles, s'est développée une pratique de la photographie chez les architectes jusqu'ici formés à l'héritage académique. Bien que plusieurs profils "d'architectes-photographes" aient émergé au cours de récentes recherches, cette pratique reste encore peu explorée. Pourtant, la photographie se rencontre régulièrement dans leurs archives. Multiple, elle se décline dans des techniques et des usages variés, pouvant même être réunis sous la forme d'un corpus cohérent et indépendant. Issus d'une corporation qui a longtemps été considérée comme méfiante à l'égard de ce médium, Lucien Roy et Jules Antoine se distinguent par une pratique inédite du premier procédé de photographie couleur : l'autochrome. Déterminer les usages, les contextes de prise de vue et les sujets traités, permettra de comprendre comment les architectes considéraient la photographie couleur et s'ils avaient pleinement conscience des valeurs intrinsèques de ce procédé. De la représentation de l'architecture à la conquête de l'intime, l'autochrome ne sera pas seulement un support à valeur professionnelle ou mémorielle, il donnera également accès à la découverte d'une sensibilité chez les architectes à saisir les "variations colorées" du monde qui les entoure.

Camille Conte réalise un doctorat au sein du laboratoire du CRIHAM (Centre de Recherche Interdisciplinaire en Histoire, Histoire de l'Art et Musicologie) à l'université de Poitiers, elle propose une réflexion autour de la pratique de la photographie par les architectes français entre 1880 et 1939.

Natalie COURAL & Anne WOHLGEMUTH : La trichromie à l'épreuve de la photographie : discriminer les solutions matérielles et techniques apportées par Louis Ducos du Hauron grâce à l'imagerie multi spectrale
En 2015, a été constitué à l'initiative de Thomas Galifot (musée d'Orsay, Paris), Jean-Paul Gandolfo (ENSLL, École Nationale Supérieure Louis-Lumière, La Plaine Saint-Denis), Clotilde Boust et Natalie Coural (C2RMF, Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, Paris), un groupe de travail se proposant d'identifier et de caractériser les photographies en couleur de Louis Ducos du Hauron (1837-1920) conservées dans les collections publiques françaises. Le corpus réuni jusqu'ici a permis une étude comparative caractérisant les procédés de fabrication de ces épreuves en couleur. À ce jour, vingt-sept photographies ont été analysées au C2RMF. Cette communication restitue les résultats de ces analyses en présentant les procédés photographiques trichromes mis en œuvre par Ducos du Hauron (charbon, photoglyptie et collotypie). Les inventions photographiques couleurs du photographe et les techniques d'imagerie employées aujourd'hui se font échos et révèlent chacune un aspect de la recherche complexe de ce "primitif" de la photographie en couleur.

Natalie Coural est conservateur du patrimoine, responsable de la filière Arts graphiques et photographies au département Restauration du Centre de Recherche et de Restauration des musées de France. Elle coordonne avec Clotilde Boust (responsable du groupe imagerie du département Recherche au C2RMF) les analyses menées sur un ensemble d'héliochromies de Louis Ducos du Hauron conservées dans les collections publiques françaises.

Anne Wohlgemuth a étudié la photographie à l'école nationale supérieure Louis-Lumière, et l'imagerie scientifique appliquée à la conservation et la restauration du patrimoine au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF). Intègre, sous la direction de Clotilde Boust et Natalie Coural, avec le soutien de Jean-Paul Gandolfo, le Comité de recherche pour le centenaire de la disparition de Louis Ducos du Hauron. Elle participe à l'organisation du colloque sur Louis Ducos du Hauron qui se tiendra à Agen en septembre 2020, avec le concours de la ville d'Agen, du musée des Beaux-Arts de la ville, l'Association des Amis de Louis Ducos du Hauron et le C2RMF.

Jean DAVOIGNEAU : La couleur dans la production de l'Inventaire général des richesses artistiques de la France
La création, en 1964, de l'Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France répondait à la nécessité de renouveler la connaissance du patrimoine. Bien qu'André Malraux qualifiât le projet d'aventure de l'esprit, l'Inventaire général est avant tout une entreprise documentaire. Son originalité réside dans la primauté du terrain sur la recherche et l'analyse des sources. Pour cela, le service se dota d'outils méthodologiques nationaux avant d'arpenter localement le territoire. Ces documents normatifs ne cessent de rappeler que la description des œuvres est l'ensemble des informations qui ressortent de leur observation, recueilli tant par le texte que par l'image. Avec un rôle primordial accordé à l'illustration photographique, le premier livret de prescription technique, établi dès 1968, souligne que le texte de la description doit servir de "texte de liaison" à la documentation figurée. Mais dans l'esprit des prescripteurs, il n'y a de photographie que noir et blanc. Elle constitue la norme, la photographie couleur constitue l'exception. Les photographies aériennes, les clichés de situation et d'ensemble pris d'un point de vue naturel (hauteur des yeux) et les photographies de détail sont en noir et blanc, grand et moyen format ; et ceci pour l'architecture, comme pour les objets mobiliers. La couleur, ne trouve grâce, dans l'enregistrement documentaire, que pour les cas de polychromie remarquable, mais il est rappelé que l'on préférera effectuer des vues de détails que des vues d'ensemble, en moyen et surtout petit format ; et, surtout, on n'oubliera pas de doubler toutes ces prises de vues couleur par des clichés noir et blanc. L'auteur propose de présenter ces normes, leur application et les exceptions constatées dès les débuts du service ; il entend surtout montrer l'évolution des prescriptions et des pratiques à la lumière de deux phénomènes : la part de plus en plus importante prise par les publications dans les restitutions des travaux du service et l'arrivée du numérique.

Ronan GUINÉE : Willy Ronis : la couleur écartée
Chantre de la photo sur le vif en noir et blanc, Willy Ronis (1910-2009) s'est forgé, à partir des années 1980, une image personnelle, forte et autobiographique, dans laquelle la couleur a été soigneusement écartée. Il lui faut atteindre sa quatre-vingt-quinzième année pour exhumer de ses archives une sélection restreinte de photographies en couleurs et accepter de l'exposer et de la publier. Pourtant, lors de sa carrière, la couleur s'impose à lui dès 1941, par obligation professionnelle mais également par adhésion. Cette contribution sera l'occasion de présenter le corpus couleur de la donation faite par l’auteur à l'État et la place de la couleur dans sa carrière professionnelle.

Judith LANGENDORFF : Couleurs nocturnes dans la photographie contemporaine : distordre, sublimer ou transfigurer le réel ?
Il s'agira de comprendre les processus des photographes en conditions nocturnes et les effets esthétiques qui en découlent, à travers des images de Darren Almond, Rut Blees Luxemburg, Daniel Boudinet, Gregory Crewdson, Nicolas Dhervillers, Bill Henson, Laurent Hopp et Chrystel Lebas. Certains d'entre eux fixent la ville et ses périphéries dans leurs parures polychromes, d'autres distordent l'espace pour le rendre plus graphique, d'autres encore restituent les lueurs impressionnistes et éphémères du ciel et de la nature ou construisent des tableaux vivants inspirés par la peinture et le cinéma. Tous mettent en œuvre différents processus afin de restituer un réel, bien moins distinct en conditions nocturnes. Les vues qu'ils construisent alors, en argentique comme en numérique, témoignent d'une perception aussi subtile que déconcertante, atteignent parfois un sublime dont la grâce n'est pas nécessairement celle du beau, ou transfigurent l'environnement, par des teintes nocturnes éphémères, uniquement perçues par leurs appareils.

Judith Langendorff est docteure en études cinématographiques et audiovisuelles (Université Sorbonne Nouvelle-Paris III), également diplômée du second cycle de l'École du Louvre et de l'université Panthéon-Sorbonne Paris I. Elle est chargée de cours à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Elle a également exercé le métier d'acheteuse d’art pour la photographie auprès de grands groupes privés.
Publications
Les couleurs du nocturne en photographie et cinéma contemporains, PU de Rennes, 2020 (à paraître).
Essai sur Gregory Crewdson pour la revue Écrans, Éditions Garnier, 2020 (à paraître).
En 2018 et 2019, elle a collaboré avec la revue internationale de théorie du cinéma La Furia Umana qui a mis en ligne : Visions Nocturnes de la ville et Stanley Kubrick, David Lynch : "noir" - coïncidences, différences, musicalités.

Audrey LEBLANC : Photojournalisme : la couleur des années 1960-70
Au milieu des années 1960, les quotidiens sont intégralement en noir et blanc et les hebdomadaires publient couramment leur couverture et environ 20% de leur iconographie en quadrichromie. La presse magazine d'actualité est alors dominée en France par L'Express, Le Nouvel Observateur et Paris Match. Chacun de ces magazines a ses propres habitudes éditoriales, y compris dans l'usage du noir et blanc ou de la couleur. Dans l'histoire du photojournalisme au XXe siècle, la valorisation du noir et blanc par la profession est une constante : il est associé au sujet noble, le news, au contraire de la couleur qui, dévalorisée, serait réservée aux sujets plus frivoles et plus mondains, que le photojournalisme peine à revendiquer pour sa propre histoire. Cette distinction dans la mémoire du métier est cependant démentie par les publications et les fonds photographiques, qui autorisent d'autres récits sur la couleur des années 1960-70.

Audrey Leblanc est docteure en histoire et civilisation de l'EHESS. Lauréate de la bourse annuelle Roederer pour la photographie, chercheuse associée à la BnF, elle a été commissaire de l'exposition issue de ses recherches de doctorat "Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire" ; dont elle a également dirigé le catalogue (BnF, 2018). Elle enseigne en histoire et culture visuelle à l'université de Lille et a animé à l'EHESS le séminaire "Photographie, édition, presse : histoire culturelle des producteurs d'images" (2018-2019). Lauréate d'une bourse de recherche annuelle de l'Institut Pour la Photographie des Hauts de France en 2019, elle mène actuellement un projet de recherche, en partenariat avec la Mission photographie des Archives nationales et l'INA, sur la place de la photographie dans les logiques documentaires de l'ORTF.
Carnet de recherche en ligne : http://clinoeil.hypotheses.org/
Dernières publications
Audrey Leblanc, "La fabrique de l'image de Mai 68 : retour d'expérience", revue numérique d'histoire actuelle Entretemps, Patrick Boucheron, Adrien Genoudet (dir.), Collège de France, 2018.
Audrey Leblanc, Dominique Versavel (dir.), Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire, Paris, BnF éditions, 2018 (catalogue d'exposition).
Audrey Leblanc, "Le fonds Sygma exploité par Corbis, une autre histoire du photojournalisme", Études photographiques, n°35, printemps 2017, p. 88-111.

Nicolas LE GUERN : Le développement à long terme du Kodachrome : des premières recherches de Mannes et Godowsky aux améliorations apportées au procédé en couleur
Cette intervention considère la mise au point à long terme du Kodachrome trichrome, issue de la collaboration scientifique entre les chercheurs indépendants Léopold Mannes, Léopold Godowsky et Eastman Kodak, en la situant dans le cadre des technologies couleur de l'entre-deux-guerres, de l'incertitude de la recherche et des stratégies industrielles d'innovation. L'analyse inédite du fonds d'archives Kodak de la British Library de Londres permet de mieux appréhender les rapports entre les débuts de la photographie et du cinéma amateur en couleur à grande échelle et les stratégies d'investissement des grandes firmes photographiques au vingtième siècle. Des archives manuscrites de Mannes et Godowsky révèlent combien la recherche industrielle façonna une photographie en couleurs naturelles en devenir et, ce faisant, notre vaste culture visuelle du vingtième siècle. Le développement physicochimique du Kodachrome trichrome, lancé dans sa version cinématographique 16mm en 1935, n'était pas abouti et cette intervention traitera également des moyens mis en jeu par Kodak pour simplifier ce procédé dans les années qui suivirent.

Nicolas Le Guern est docteur en histoire de la photographie (PHRC DMU, Leicester), anciennement diplômé de l'EHESS et de l'ENSLL. Il est responsable technique dans l'industrie photographique et chargé de cours à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée. Sa thèse récente porte sur la recherche industrielle chez Kodak en Europe au vingtième siècle.
Publications
"La recherche à long terme du Kodachrome trichrome : la collaboration scientifique entre Mannes, Godowsky et Eastman Kodak", Support Tracé, n°18, à paraître.
"Des recherches de Rodolphe Berthon chez Pathé en 1913-1914 au procédé lenticulaire Kodacolor", dans Recherches et innovations dans l'industrie du cinéma. Les Cahiers des ingénieurs Pathé (1906-1927), Stéphanie Salmon et Jacques Malthête (dir.), Paris, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 2017, p. 225-241.

Colette MOREL : Balthus et la photographie : "l'emploi des couleurs m'avantage"
En 2013 paraît The Last Studies, un recueil de polaroids présentés comme les dernières études du peintre Balthus. Le recours à l'appareil est justifié par le grand âge ​:​ "Je vois encore assez bien pour peindre, moins bien pour dessiner. L'emploi des couleurs m'avantage" déclare-t-il. Les couleurs vives dont se parent ses dernières toiles sont indissociables de leurs modèles photographiques. Aux ​cartes postales, reproductions et photographies de préférence monochromes utilisées depuis les années 1930, se substitue la photographie couleur dans les années 1980. En revenant sur la continuité du recours à la photographie chez Balthus, cette intervention sera l'occasion de questionner ce que la couleur photographique peut faire à l'œuvre d'un peintre.

Colette Morel est doctorante à l'université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, où elle prépare une thèse sur la photographie dans l'œuvre du peintre Balthus. Assistante de collections à la Société Française de photographie, elle enseigne dans le département photographique de l'École de Condé.

Marion PERCEVAL : Lartigue, pourquoi la couleur ?
Alors que John Szarkowski présente au Moma en 1963 les photographies de Jacques Henri Lartigue (1894-1986), il l'évoque comme la figure emblématique de la photographie instantanée en noir et blanc de la Belle Époque. Pourtant, Lartigue réalise près de 40000 phototypes couleurs entre 1912 et 1986. De l'autochrome aux diapositives sur support souple, l'introduction de la couleur va transformer son approche de la prise de vue, devenant plus réflexive. Son rapport à la couleur tient autant de son œuvre picturale que de sa recherche de captation du réel. Lartigue tentera d'imposer tout au long des années 70 et 80 une pratique qui, loin d'être anecdotique, était jugée à l'époque trop commerciale et décorative.

Marion Perceval est directrice de la Donation Jacques Henri Lartigue depuis septembre 2017. Elle s'emploie depuis sa nomination à montrer que l'œuvre du photographe, essentiellement connu pour ses photographies de la Belle Époque, est bien plus riche et complexe qu'il n'y paraît au premier regard.

Matthieu RIVALLIN : André Kertész, couleurs indignes
En 1994, la Mission du patrimoine photographique organise une rétrospective de l'œuvre d'André Kertész à Paris, composée de tirages modernes réalisés à partir des négatifs originaux conservés par l'Association française de diffusion du patrimoine photographique (AFDPP). L'exposition présente une vingtaine de tirages couleur de l'auteur. Ces tirages ont été réalisés d'après les diapositives originales conservées dans la donation qu'André Kertész a consentie à l'État français en 1984. Le fonds d'archives regroupe aujourd'hui plus de 20000 supports photographiques couleur. Ces tirages couleur vont alimenter une large polémique dans la presse. En détricotant cette histoire, il est possible de s'interroger sur le travail très méconnu d'un des photographes les plus importants du XXe siècle. Dés le début des années 1940, à la demande d'éditeurs américains comme Hyperion Press, André Kertész réalise des photographies en couleur. Il poursuit cette exploration lors des travaux commerciaux qui lui sont notamment commandés par le magazine House & Garden jusqu'en 1962. À ce travail commercial s'ajoute des prises de vues couleur, au format 24x36, reprenant les thèmes de la recherche de Kertész et ses points de vue sur la ville, à New York notamment. Ce sont plus de 15000 diapositives Kodachrome qui sont réalisées entre 1950 et 1980. Seules quelques unes de ces images sont publiées dans les années 1970, dans la revue Boy's Life. Ce n'est qu’à la fin de sa vie, avec la découverte du Polaroïd, qu'André Kertész accepte de montrer des images en couleur.

Édouard de SAINT-OURS : La quête d'un procédé direct pour la reproduction photographique des couleurs (1848-1908)
En 1848, Edmond Becquerel invente un procédé photochimique permettant la reproduction directe des couleurs projetées sur une plaque d'argent. La découverte d'une substance douée de mimétisme chromatique est ardemment désirée par les cercles photographiques depuis 1839. Toutefois, le procédé est incomplet, requérant plusieurs heures d'exposition pour obtenir des couleurs approximatives et qui ne peuvent être fixées. Si Becquerel est vite découragé par ces limites, ses résultats orientent la recherche vers une solution directe et chimique. Ses travaux sont poursuivis dès 1850 par Abel Niépce de Saint-Victor puis par de nombreux émules qui tentent, en vain, de finaliser le procédé jusqu'à la fin du siècle. Le procédé interférentiel de Gabriel Lippmann, publié en 1891, demeure trop complexe pour concurrencer la trichromie, une méthode indirecte et optique rendue publique en 1869. La quête d'un procédé direct pour la reproduction photographique des couleurs a suscité de nombreux échanges des deux côtés de l'Atlantique, parfois collaboratifs, parfois conflictuels. Cette intervention mettra l'accent sur les réseaux qui ont favorisés la circulation des savoirs dans ce domaine tout en entretenant le mythe d'une substance "caméléon".

Édouard de Saint-Ours est doctorant contractuel aux universités de St Andrews (Écosse) et du Havre, où il prépare une thèse sur la place de la photographie au sein de l'entreprise coloniale française en Indochine au XIXe siècle. Il a pris part en 2015 au programme PHOTOCHROMA, au sein du Centre de recherche sur la conservation des collections, par des recherches sur la réception critique des procédés couleur d'Edmond Becquerel et Abel Niépce de Saint-Victor. Il a depuis communiqué deux fois sur ce sujet, au Muséum national d'histoire naturelle en décembre 2015 et à l'université de St Andrews en octobre 2019.

Kim TIMBY : La palette du papier salé, ou l'appropriation artistique de la photographie par la couleur
La photographie des premières années était monochrome, mais loin d'être monotone. Une riche culture de la couleur s'est développée dans les années 1850 à travers l'usage du tirage sur papier salé, qui présentait des tonalités produites chimiquement mais malléables à l'intérieur d'une certaine gamme. La maîtrise chromatique est devenue une marque de talent chez le photographe et un argument en faveur du statut artistique de la photographie. Certaines tonalités, notamment celles associées au dessin, étaient dotées d'associations particulièrement heureuses. Ainsi, la couleur a été un outil important par lequel des individus se sont appropriés la photographie — un procédé de production d'images d'une mécanicité sans précédent — en tant que moyen de création.

Kim Timby est historienne de la photographie, enseigne à l'École du Louvre et travaille pour une collection privée de photographies du XIXe siècle. Ses recherches explorent l'histoire culturelle des technologies photographiques. Elle a publié de nombreux textes touchant à la couleur en photographie, analysant notamment l'association de la photographie en couleurs avec le "naturalisme perceptif", son utilisation dans la presse, et les tonalités de tirage.

Diane TOUBERT : La photographie éloquente : autochromes du jardin Albert-Kahn
À Boulogne, dans la propriété d'Albert Kahn devenue musée départemental, on trouve à côté du registre A répertoriant les autochromes des Archives de la Planète, un curieux registre B regroupant plus de 2443 photographies dont 1740 autochromes, prises entre 1910 et 1956 dans le jardin à scènes du banquier. La coexistence de deux régimes au sein de cet ensemble, l'un esthétique, l'autre épistémique, et la dimension spectaculaire des projections qui lui sont consacrées à Boulogne nous invitent à étudier la fonction rhétorique de la couleur en photographie. Caution scientifique et argument sensible, la couleur favorise l'adhésion du spectateur au projet documentaire d'Albert Kahn et révèle tout à la fois sa singularité et son appartenance à la modernité photographique.

Titulaire d'un master en histoire de la photographie (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne), Diane Toubert est chargée de recherche au MNAM/CCI - Centre Pompidou, Paris et travaille actuellement au sein du service Recherche et Mondialisation.

Marlène VAN DE CASTEELE : La couleur appliquée à la photographie de mode : le cas des couvertures et éditoriaux du Vogue Amérique (1932-1942)
À partir des années 1930, les procédés photographiques en couleurs sont tributaires non seulement de la demande cinématographique, de la demande publicitaire, mais aussi d'une presse féminine à caractère élitiste. En 1932, l'éditeur et magnat de presse Condé Nast met en place des méthodes de traitement de la photographie couleur, se confrontant aux difficultés de reproduction photomécanique des couleurs, formant des photographes à ces techniques, allouant un budget conséquent pour ces nouvelles formes d'expérimentation. Cette présentation se propose de s'appuyer sur les Condé Nast Papers(1), sources primaires inexplorées rassemblant, de 1932 à 1942, des documents de travail en circulation interne entre les différents collaborateurs de Vogue, afin de faire montre des différents usages de ces photographies et de témoigner de la relation intrinsèque entre photographie couleur et industrie de la mode.
(1) Les Condé Nast Papers, entreposés dans les archives du groupe Condé nast à New York, rassemblent principalement des mémos, télégrammes, lettres, enquêtes, contrats d'exclusivités, statistiques, listes comptables envoyés au directeur artistique Mehemed Fehmy Agha, à la rédactrice-en-chef Edna Woolman Chase, aux rédactrices de mode Jessica Daves ou Babs Simpson, aux photographes Hoyningen-Huene, Horst P. Horst, Cecil Beaton, Toni Frissel, André Durst, Mclaughlin, Rawlings etc. et aux différents collaborateurs à New York, en France ou en Angleterre (Lucien Vogel, Michel de Brunhoff, Harry Yoxall, Alexander Liberman, etc.).

Docteure en histoire de l'art contemporain et enseignante en histoire de la mode et des médias à l'ENSAD, Marlène Van de Casteele est actuellement conseillère scientifique au Palais Galliera, Musée de la Mode de la Ville de Paris, pour l'exposition célébrant le centenaire du Vogue Paris (novembre 2020-mars 2021).
Publication
"La photographie de mode aux XXe et XXIe siècles", in Sénéchal P. et Delille D. (dir.), Mode et vêtement. Études visuelles et culture matérielle, Paris, Éditions Les Arts Décoratifs, à paraître en avril 2020.

Cynthia A. YOUNG : Robert Capa, Photojournalism and Early Color Film
Robert Capa is known as a pioneering photojournalist of the 20th Century, but never as a photographer who worked or experimented with color film. His work in color was virtually unknown until an exhibition in 2014 dedicated to his color photographs made it known that Capa regularly used color film from the 1941 until his death in 1954. Some of these photographs were published in magazines of the day, but the majority were never printed, seen, or even studied. This talk will present some of his color work and discuss the challenges of the medium and in getting the work published in the magazines, as well as why his color work was not part of posthumous exhibitions and publications.

Cynthia A. Young is the Curator of the Robert Capa Archive at the International Center of Photography, where she has worked since 2000. She curated numerous exhibits for ICP, including Capa in Color, We Went Back : Photographs from Europe 1933-1956 by Chim and The Mexican Suitcase : The Rediscovered Negatives of the Spanish Civil War by Capa, Chim and Taro. All have been shown in widely across Europe and South America and had related publications.


SOUTIENS :

• Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (MAP)
Université Rennes 2


Colloque organisé dans le cadre et avec le concours de Normandie Impressionniste 2020
"La couleur au jour le jour" — Du 4 juillet au 15 novembre 2020

Normandie Impressionniste 2020


BULLETIN D'INSCRIPTION


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[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


LES MORALES DE DIDEROT


DU LUNDI 10 AOÛT (19 H) AU LUNDI 17 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]



PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Odile RICHARD-PAUCHET, Gerhardt STENGER


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Sylviane ALBERTAN-COPPOLA, Sophie AUDIDIÈRE, Vincent BARRAS, Colas DUFLO, Marie LECA-TSIOMIS, Stéphane LOJKINE, Véronique LE RU, François PÉPIN, Stéphane PUJOL, Franck SALAÜN


ARGUMENT :

L'athéisme est-il compatible avec la morale ? Cette question, Diderot se l'est posée tout au long de sa vie dans ses œuvres philosophiques, théâtrales et romanesques, ainsi que dans sa correspondance avec Sophie Volland. Pendant longtemps, il a cru pouvoir fonder une morale universelle sur des principes autres que religieux, mais il n'a jamais pu refouler la tentation du relativisme moral, la revendication de morales particulières, sinon l'absence de toute morale.

Parangon de vertu dans ses pièces de théâtre, ses Salons et face à ses amis et sa famille, il a pourtant gagné une réputation sulfureuse pour avoir, dans ses romans et ses contes, prôné la désobéissance civile et rompu une lance en faveur d'une sexualité presque sans limites.

Après un état des lieux de la "morale en action" chère à l'écrivain et au philosophe, puis une mise en perspective de ses positions réformatrices, révolutionnaires ou sceptiques, il s’agira de confronter ces positions aux problématiques de l’éthique contemporaine engendrées par les nouveaux défis sociaux, juridiques, médicaux, politiques et esthétiques.

Des philosophes, des universitaires, des gens de théâtre et des scientifiques tenteront de répondre à cette double question : Quelle morale Diderot aurait-il proposé pour le XXIe siècle ? Qu'est-ce que les Lumières ont encore à nous apprendre en matière de morale ?


MOTS-CLÉS :

Esthétique, Éthique, Diderot, Littérature, Morale, Philosophie, Politique, Religion


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 10 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 11 août
Matin
Gerhardt STENGER : Introduction
Marc BUFFAT : Sur les lettres de Diderot à son frère : tolérance et dialogisme [conférence]
Anouchka VASAK : La morale de la Lampedouse [communication]

Après-midi
Caroline JACOT GRAPA : Air, nuages, tempêtes : éthique et esthétique [communication]
Sophia FELOPOULOU : Les morales de Diderot, dramaturge et théoricien [communication] — [VIDÉO + VISIO]


Mercredi 12 août
Matin
Young-Mock LEE : Diderot casuiste : une lecture de l'Entretien d'un père avec ses enfants [conférence] — [VIDÉO + VISIO]
Michel HENRY : Entre déterminisme et fatalisme, la perception du hasard et des probabilités au XVIIIe siècle [conférence]

Après-midi
Luís Manuel A. V. BERNARDO : "Je trouve en moi une égale répugnance à mal raisonner et à mal faire" : la "Lettre à Landois", un texte à trous [communication] — [VIDÉO + VISIO]
Geneviève DI ROSA : Éthique et langage dans l'œuvre de Diderot : blasphémer, calomnier [communication]
Clara de COURSON : Stylistique de la maxime chez Diderot : une forme "enquestante et non resolutive" ? [communication]

Soirée
Les Deux Amis de Bourbonne, conte musical à deux voix par Bertrand CHAUVET & Anouchka VASAK et un instrument par Léopoldine HUMMEL


Jeudi 13 août
Journée de détente
Rallye de Diderot
Ce rallye consistera en une visite de quelques sites patrimoniaux sélectionnés dans la région proche (églises, châteaux, musées…) d'où les visiteurs, groupés en équipes et motorisés, rapporteront des indices permettant de renseigner un "tableau encyclopédique" placé à Cerisy, qui regroupera un état du savoir à un moment donné, à la façon de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert. L'équipe gagnante sera tirée au sort !

Fin d'après-midi
Diderot en prison, spectacle présenté par la Compagnie Théâtre de l'Entr'acte (texte de Gerhardt Stenger & Henri Mariel) [présentation]

Soirée
Remise du prix du Rallye de Diderot


Vendredi 14 août
Matin
Franck SALAÜN : L'éthique de l'homme de lettres [conférence]
Linda GIL : Le portrait des gens de bien dans la correspondance de Diderot avec Voltaire [conférence]

Après-midi
Gilles GOURBIN : L'abrutissement ou le degré zéro de la liberté [conférence]
Adrien PASCHOUD : Enquête dans l'Encyclopédie : Diderot historien de la philosophie [communication] — [VIDÉO + VISIO]

Soirée
Représentation de l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, par Françoise THYRION & Michel VALMER [présentation]


Samedi 15 août
Matin
Asma GUEZMIR : La morale de Diderot dans les Vues législatives sur les femmes de Mlle Jodin [conférence]
Odile RICHARD-PAUCHET : Diderot et la question féminine : un regard par anticipation sur la PMA et #MeToo [conférence]

Après-midi
La morale des comédiens, table ronde avec :
Geneviève CAMMAGRE : La morale des comédiennes : le cas Jodin
Françoise THYRION & Michel VALMER : Diderot et la morale du comédien [Rencontre-discussion]

Soirée
Lectures de Lettres à Sophie Volland, par Françoise THYRION & Michel VALMER [présentation]


Dimanche 16 août
Matin
Laurent DÉCHERY : Comment déterminer la morale dans les contes de Diderot ? [conférence] — [VIDÉO]
Charles VINCENT : La "maison flottante" de Bougainville et le dialogue des cultures [conférence]

Après-midi
Pierre LÉGER : De la théorie de la "perception des rapports" au "théâtre de la relation", esthétique et éthique chez le Diderot des années 1750 [communication]
Anne Elisabeth SEJTEN : Les morales de Diderot, critique d'art [communication] — [VIDÉO + VISIO]
Carole TALON-HUGON : Le bien, le beau, l'art [communication]

Soirée
Projection lecture théâtrale : Le Neveu de Rameau, par Damien Houssier et Maxime Kerzanet


Lundi 17 août
Matin
Giuseppina D'ANTUONO : Peuple, volonté générale et recherche d'une morale universelle non moniste dans les Œuvres politiques de Diderot : un antidote au populisme ? [conférence] — [VIDÉO + VISIO]
Kyosuke TAHARA : Diderot entre la morale universelle et la souveraineté nationale [communication]
Odile RICHARD-PAUCHET : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Luís Manuel A. V. BERNARDO : "Je trouve en moi une égale répugnance à mal raisonner et à mal faire" : la "Lettre à Paul Landois", un texte à trous
À l'encontre de l'idée que la "Lettre à Paul Landois" est un écrit de circonstance, fermé et assertorique, nous l'interprétons comme un texte à trous, ouvert et problématisant, se présentant comme une espèce de plaque tournante de la pensée de l'auteur en matière de morale. Il s'agit d'un vrai précis, où se croisent des développements précédents et postérieurs, dont le caractère schématique nous laisse la tâche de reconstituer les arguments et d’établir les rapports intertextuels. De même, l'aspect lacunaire nous convie à participer au mouvement d'une réflexion en acte et à contribuer à la discussion d'une cohérence visée entre théorie et pratique au sein d'une conception matérialiste. Nous nous proposons donc de l'interroger à partir d'un horizon assez large où s'entremêlent les questions de son temps avec celles du nôtre et se dévoile une systématicité sans système.

Luís Manuel A. V. Bernardo est professeur du département de philosophie et chercheur du CHAM - Center for the Humanities de la NOVA FCSH. Il a préfacé, traduit et annoté en portugais la Lettre sur les aveugles, les Pensées sur l'interprétation de la nature et la Lettre à Paul Landois, co-édité avec Colas Duflo le volume de Cultura sur "Diderot et la morale" et publié plusieurs articles sur sa philosophie.

Marc BUFFAT : Sur les lettres de Diderot à son frère : tolérance et dialogisme
"Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu que l'on me laisse penser à la mienne." (Entretien d'un philosophe avec la Maréchale)
Bien qu'il approuve certains aspects de la morale évangélique, Diderot, dans ses propos les plus radicaux, considère qu'il y a une immoralité d'essence de la religion : elle est par nature intolérante, c'est à dire source de guerre et de violence. Face à ceux qui estiment qu'il ne peut y avoir de morale sans religion, il propose une morale "laïque" et de remédier aux méfaits de la religion par la tolérance. C'est cette question de la tolérance que cette intervention examinera chez Diderot à travers l'étude d'un exemple concret : ses lettres à son frère, l'abbé intolérant. Au-delà de la religion, la tolérance est indispensable à la moralité, dans la mesure où, acceptation de l'altérité, elle permet seule d'échapper à la barbarie. Il s'agit de prendre en compte le point de vue de l'autre et ce qui, sur le plan religieux et moral, s'appelle tolérance, s'appelle dialogisme sur le plan littéraire.

Marc Buffat est maître de conférences à l'université Paris-Diderot. Directeur de la collection de la Société Diderot "L'Atelier, autour de Diderot et de l'Encyclopédie".
Dernières publications sur Diderot
"Tancrède au jugement de Diderot", dans Les Neveux de Voltaire, à André Magnan, Centre international d'étude du XVIIIe siècle, Ferney-Voltaire, 2017.
"Diderot/Rousseau : vertu ou vice du théâtre", dans Diderot et Rousseau. Littérature, science et philosophie, Opéra Éditions, Nantes, Haute-Goulaine, 2014.
"Diderot devant le théâtre de Voltaire : pour un inventaire", Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, n°47, 2012.
Édition (avec Odile Pauchet) des Lettres à Sophie Volland, Paris, Non Lieu, 2010.
"Diderot, Falconet et l'amour de la postérité", Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, n°43, 2008.

Geneviève CAMMAGRE : La morale des comédiennes : le cas Jodin
Dans les Entretiens sur le Fils naturel, Diderot propose un théâtre qui enseigne la vertu et rêve de faire des comédiens les prédicateurs des temps nouveaux. Leur condition infâmante ne les prédispose pourtant pas à être des modèles en matière de mœurs ; le Paradoxe sur le comédien souligne que la plupart embrassent leur profession faute de mieux. Les actrices, généralement des femmes entretenues, ne suscitent guère le respect. Pourvue d'un lourd passé, la jeune Marie-Madeleine Jodin, violente et scandaleuse, a constitué, pour Diderot, un cas expérimental privilégié. Dans les vingt lettres qui restent de sa correspondance avec la comédienne, il lui administre inlassablement conseils de jeu et de comportement. Il cherche à définir une morale praticable au service de l'art jusqu'au moment où, conscient de la médiocrité du talent de sa pupille, l'épistolier se contente d'esquisser pour elle un programme de vie sage et heureuse.

Geneviève Cammagre a été maître de conférences à l'université de Toulouse II où elle est toujours rattachée au laboratoire ELH-PLH. Elle fait partie de l'équipe chargée de la publication de la Correspondance de Diderot dans l'édition DPV (Hermann).
Publications
Roman et histoire de soi, la notion de sujet dans la correspondance de Diderot, Champion, 2000.
"Diderot, correspondance et morale", RDE 20, 1996.
"Diderot et l'argent d'après sa correspondance des années 1767 à 1769", RDE 54, 2019.

Clara de COURSON : Stylistique de la maxime chez Diderot : une forme "enquestante et non résolutive" ?
"Une maxime est une règle abstraite et générale de conduite dont on nous laisse l'application à faire" (Éloge de Richardson) : la maxime apparaît chez Diderot comme la pierre d'achoppement d'une écriture moraliste mal comprise, opposée aux ressources morales de la narration. On considérera la tension existant entre la mobilisation réflexive du genre de la maxime, constamment figuré en envers de l’écriture diderotienne, et sa pratique buissonnière par l'écrivain, généreux pourvoyeur de maximes presque invisibles à l'œil nu du fait de leur insertion dans des dispositifs exogènes. À partir d'une approche stylistique, on cherchera à isoler les traits formels caractéristiques de la maxime, et leurs contextes d'apparition privilégiés chez Diderot : la maxime n'apparaît plus, dès lors, comme le socle d'une pensée morale affermie, le lieu où se formule une évidence morale, mais comme le pivot d'une écriture moraliste "enquêtante" (Montaigne), affrontée à des dispositifs narratifs et argumentatifs qui la mettent en perspective et en débat.

Clara de Courson est allocataire-monitrice à Sorbonne-Université, où elle prépare une thèse de doctorat consacrée à Diderot sous la direction de Delphine Denis.
Publications
Montesquieu, Essai sur le goût de Montesquieu, Éditions Manucius, 2019 (préface, établissement du texte et annotation).
"Acoustique du paysage chez Diderot", Nature et paysage chez Diderot, Diderot Studies, vol. 40, à paraître en 2020.

Giuseppina D'ANTUONO : Peuple, volonté générale et recherche d'une morale universelle non moniste dans les Œuvres politiques de Diderot : un antidote au populisme ?
Ce travail présente une synthèse de recherches sur tout le corpus politique de Diderot. Mon analyse veut offrir une redéfinition sémantique des catégories de : peuple, foule, multitude, populace, peuplade. Sur la base de mes recherches les typologies de peuple, proposées par Mortier et Strugnell, ne convainquent pas complètement. Il faut développer les concepts de peuple sur trois domaines : sociologique, économique et politique. Le protagoniste est le peuple, un organisme in fieri, à construire. Seul ce type de peuple peut aspirer au gouvernement de la Nation par la Volonté générale. La démocratie représentative est un état intermédiaire de la démocratie et c'est un héritage moderne du corpus didérotien. La démocratie représentative n'est pas en opposition à la démocratie absolue, qui est le gouvernement du peuple (peuple souverain). Diderot concilie l'autonomie et la dignité de l'individu avec l'anti-autoritarisme. Son universalisme préserve la notion de nature humaine et de liberté et est capable de se concrétiser dans les différences. C'est pourquoi, comme alternative aux propositions de J. Israel (sur l'universalisme moniste des Lumières) et de V. Ferrone (héritages pluriels des Lumières), je me demande et vous demande si la politique universelle du peuple de Diderot peut constituer aujourd'hui un antidote au Populisme dans différentes régions à l'échelle globale. L'expérience d'une traversée des frontières, qu'elle soit réelle ou imaginaire s'impose de plus en plus aux recherches sur les auteurs des Lumières, qui, comme Diderot, ont su — pour défendre leurs idées — imaginer des mondes différents et préserver leur liberté de penser et d'agir.

Laurent DÉCHERY : Comment déterminer la morale dans les contes de Diderot ?
À travers quelques contes, Ceci n'est pas un conte, l'Entretien avec Mme la Maréchale de ...* et Les deux amis de Bourbonne, je veux penser en même temps la structure narrative du conte, les positions morales de ses personnages et la réaction des lecteurs. Il faudra répondre aux deux questions suivantes : qu'est-ce que la structure narrative des contes apporte aux questions morales qu'elle met en scène ? Est-ce une coïncidence si Diderot questionne le genre du conte au moment même où il traite de questions morales ? Il est très difficile d'ignorer l'auteur et les lecteurs quand nous lisons Diderot puisqu'ils sont tous inscrits dans le texte lui-même. Finalement, puisque Diderot n'a jamais écrit de traité de morale, il nous faudra montrer qu'une histoire (conte ou roman) est le meilleur moyen d'exprimer les questions morales. Un parallèle avec Jean-Paul Sartre pourra nous aider dans cette entreprise.

Laurent Déchery est Docteur es Lettres en philosophie et a soutenu une thèse sur la théorie de la vision chez George Berkeley. Il est professeur de français et de philosophie à Gustavus Adolphus College (Minnesota) depuis 1988.
Publications
Le premier regard. Études d'anatomie métaphysique, Paris, L'Harmattan, 2007.
Lire est un roman, Paris, L'Harmattan, 2019.

Geneviève DI ROSA : Éthique et langage dans l'œuvre de Diderot : blasphémer, calomnier
Nous proposons, à partir, d'abord, de l'Entretien du Philosophe avec la Maréchale de ***, d'étudier comment l'écriture de Diderot participe d'une réflexion éthique sur deux actes de langage, blasphémer et calomnier, en suggérant la perversion d'un système juridique où la protection de biens sacrés prévaut sur celle des personnes. La question de la réputation, de son éventuelle législation, renvoie alors à un débat prégnant sur la scène publique. Également, nous mettrons au jour comment l'œuvre de Diderot peut féconder une actualisation des réflexions, relative à l'inversion de la judiciarisation du blasphème (il n'est plus un délit) et de la diffamation (pénalisation fortement développée) ainsi qu'au paradoxe actuel d'un ressenti du blasphème comme atteinte à son identité personnelle, blessure de sa sensibilité religieuse. Ainsi appréhenderons-nous comment Diderot favorise un questionnement des finalités morales et religieuses du langage.

Geneviève Di Rosa, enseignante à l'Inspe-Sorbonne de Paris, a soutenu une thèse de doctorat en 2012 sous la direction de Georges Molinié, intitulée "Pensée du religieux au siècle des Lumières : études sémiostylistiques d'œuvres littéraires et picturales". Son approche synthétique lui permet d'aborder des corpus très variés tout en se fondant sur une analyse stylistique des textes afin de réfléchir aux diverses philosophies du langage qui peuvent être à l'œuvre, notamment dans leur dimension éthique ou religieuse.
Publications
"La croyance dans les contes de Voltaire", Revue Fééries, Conte et croyance, n°10, juillet 2013, Unité mixte de recherche LIRE (Littérature, idéologie, représentations), 2013.
Rousseau et la Bible, Pensée du religieux d'un Philosophe des Lumières, Éditions Brill/Rodopi, Collection "Faux-titre", Leyde, 2016.
"Diderot/Rousseau : Postérité et invention d'une philosophie du langage dans le creuset de la pensée chrétienne du témoignage", Actes du Colloque international à l'université de Varsovie, Institut d'Études Romanes, Rousseau et Diderot : traduire, interpréter, connaître, Varsovie (2-4 décembre 2013), 2016.
"La Question de l'origine au féminin dans l'œuvre de Rétif", Études rétiviennes, n°49 (décembre 2017), 2017.

Sophia FELOPOULOU : Les morales de Diderot, dramaturge et théoricien
Diderot, moraliste, moralisant et moralisateur, se sert du drame sérieux, qu'il a engendré, pour formuler ses idées sur la morale. L'action dramatique constitue en elle-même un objet moral, le nouveau genre étant propice à une morale générale et forte. Le conflit intérieur, l'éducation des enfants, l'amitié, les vertus nécessaires que l'homme de bien doit posséder, ainsi que ses réflexions sur la religion et la politique deviennent le sujet de son œuvre dramatique et théorique, par le biais de la conversation et de l'échange des idées entre auteur, héros et héroïnes. L'écriture diderotienne qui accorde une grande importance à la mise en scène, insérée dans le texte, avec ses pauses, ses silences, sa pantomime, ses gestes, éclaire l'aspect moral. La morale se trouve aussi bien dans le texte écrit et prononcé que dans le texte joué, concernant la forme et le contenu à la fois, elle est orale et visuelle, scénique et textuelle.

Sophia Felopoulou est professeur associée au département d'études théâtrales de l'université nationale et capodistrienne d'Athènes. Son champ de recherche porte sur la dramaturgie européenne moderne et contemporaine, l'esthétique théâtrale, les rapports entre le texte et la scène, ainsi que sur les relations du théâtre néo-grec de l'après-guerre avec le théâtre européen.
Publications
Métamorphoses et innovations de la dramaturgie européenne. Du XVIIIe au XXIe siècle (en grec), Papazissis, Athènes 2019.
"Le dialogue diderotien avec Aristote et Platon", dans Aude Lehmann (dir.), Diderot et l'Antiquité classique, Classiques Garnier, Paris 2018, p. 163-175.
"De Diderot à Kundera", dans A. Sivetidou, M. Litsardaki (dir.), Roman et théâtre. Une rencontre intergénérique dans la littérature française, Classiques Garnier, Paris 2010, p. 447-457.

Linda GIL : Le portrait des gens de bien dans la correspondance de Diderot avec Voltaire
Faisant l'éloge de la philosophie, au moment où les encyclopédistes sont attaqués, Diderot dresse dans ses lettres à Voltaire le portrait des "gens de bien et des hommes éclairés". Qu'est-ce qu'un philosophe ? se demande-t-il à l'heure où la poursuite du projet encyclopédique semble compromise. Comment associer courage et vérité ? Son credo philosophique repose sur une "trinité" qu'il définit comme l'association de "l'amour de la vérité, [du] sentiment de la bienfaisance, et [du] goût du vrai, du bon et du beau" et qu'il oppose à l'autre. Dans cette réflexion, le combat intellectuel pour la diffusion du savoir se double d'un combat moral, qui vise à prouver "que la philosophie fait plus de gens de bien que la grâce suffisante ou efficace". Dans ce dialogue épistolaire, Voltaire, "illustre et tendre ami de l'humanité", "l'ami des hommes, le père des orphelins, et le défenseur des opprimés", constitue à la fois un modèle et un repoussoir. Il permet à Diderot de réfléchir à une morale qui associe action et réflexion et, plus largement à l'image du philosophe dans une société en voie de laïcisation, où les valeurs de bienfaisance remplacent progressivement celles de charité.

Linda Gil est agrégée de Lettres modernes et maître de conférences en Littérature française à l'université Paul-Valéry de Montpellier 3. Spécialiste de l'histoire du livre au XVIIIe siècle, elle a consacré sa thèse à l'étude de la première édition posthume des œuvres complètes de Voltaire. Elle travaille actuellement sur la construction du mythe de Voltaire pendant la Révolution française, sur la correspondance de Voltaire et sur celle de Beaumarchais. Membre de la Société Voltaire et de la Société d'Études Voltairiennes, elle est co-directrice de la Revue Voltaire, et co-dirige un dossier d'enquête dans les Cahiers Voltaire consacré à la présence de Voltaire au Panthéon. En 2018, elle a publié L'édition Kehl de Voltaire, une aventure éditoriale et littéraire, aux éditions Honoré Champion.

Gilles GOURBIN : L'abrutissement ou le degré zéro de la liberté
On rencontre la notion d'"abrutissement" tout au long de l'œuvre de Diderot, depuis le Salon de 1767 jusqu'à l'Essai sur Claude, en passant par Les Éleuthéromanes, les Mélanges philosophiques, et l'Histoire des deux Indes. Dans l'état d'abrutissement où "la nation n'est plus qu'un amas d'âmes dégradées", écrit le philosophe, l'homme atteint un degré d'avilissement et de servitude sans recours car il est alors privé de l'ultime ressort qui aurait permis un sursaut en faveur d'une dignité recouvrée : le sentiment de liberté. On comprend ainsi que, loin d'être une vague qualification péjorative par laquelle il est aisé de dénigrer un individu, l'"abruti", chez Diderot, est une véritable catégorie morale. Au croisement de l'éthique, de la psychologie sociale et de la philosophie politique, l'abrutissement éclaire, par bien des aspects, la conception diderotienne de la liberté.

Gilles Gourbin est maître de conférences en philosophie à l'université de Lorraine (site de Metz) où il est responsable de la licence en Humanités depuis sa création en 2013. Il est également co-directeur de la revue de philosophie et de sciences humaines Le Portique. Membre de la Société Diderot, il a récemment publié, aux Éditions Classiques Garnier, La politique expérimentale de Diderot.

Asma GUEZMIR : La morale de Diderot dans les Vues législatives sur les femmes de Mlle Jodin
Les lettres envoyée par Diderot à Mlle Jodin, sa pupille, entre les années 1765 et 1769 semblent développer en filigrane une sorte de morale "casuistique" qui fonctionne par associations. Le philosophe expose en effet l'idée d'une morale propre à un sexe (le sexe féminin en l'occurrence), à une profession ou "un état" (le métier d'actrice), à un art (le théâtre), à une classe sociale (les honnêtes gens), à un caractère (Marie-Madeleine Jodin est selon lui "talentueuse", "violente", "dépensière"…). Dans les Vues législatives pour les femmes (1790), Mlle Jodin prend position contre les directives morales genrées de son tuteur. Entre réfutation et ajustement, devenue femme mure, elle déclare que "l'esprit n'a point de sexe, non plus que les vertus". Elle en vient même à un idéal non genré qui a animé quelques unes de ses concitoyennes aspirant à une nouvelle République : "les vertus civiles".

Asma Guezmir est enseignante-chercheure à l'université de Tunis. Elle a soutenu une thèse de doctorat sur "La Question du lecteur dans Le Paysan perverti, Le Ménage parisien et Le Pornographe" de Rétif de la Bretonne. Elle mène ses recherches post-doctorales sur des textes d'auteur-e-s du XVIIIe siècle au prisme de l'approche genre. Elle est l'auteure de plusieurs articles et communications qui s'articulent autour du même axe.

Michel HENRY : Entre déterminisme et fatalisme, la perception du hasard et des probabilités au XVIIIe siècle
Dans cette communication, je me propose de retracer brièvement les grandes étapes de la compréhension de la notion de probabilité en France au XVIIIe siècle. De la première intuition de Pascal et Fermat, libres de spéculer sur le hasard, au fatalisme de Jacques Bernoulli découvrant l'approche fréquentante de la notion de probalité par la loi des grands nombres, les conceptions du hasard et de ses mesures ont parcouru le siècle des Lumières avec de Moivre, Buffon, et, surtout, d'Alembert et Diderot dont j'évoquerai l'implication dans la controverse avec Daniel Bernoulli sur l'inoculation de la petite vérole. Entre fatalisme et déterminisme, l'apport de Diderot, notamment dans Jacques le Fataliste, a été l'objet de nombreux travaux. Contrairement à d'Alembert, Diderot et Condorcet ont parfaitement maîtrisé la définition et les calculs de probabilités, préparant le terrain de la magistrale Théorie analytique de Pierre-Simon Laplace.

Michel Henry est Professeur agrégé honoraire, docteur en mathématiques de l'université de Franche-Comté, enseignant chercheur en didactique des mathématiques, ancien président du comité scientifique des Instituts de Recherches sur l'Enseignement des Mathématiques.
Principales publications
Enseigner la statistique au Lycée, Éditions APMEP (2 vol.).
Autour de la modélisation en probabilités, (coord.), PUFC.
Rationalité en philosophie des sciences, une démarche zététique en épistémologie, logique et mathématiques, co-auteur : Élie Volf, L'Harmattan, 2018.

Caroline JACOT GRAPA : Air, nuages, tempêtes : éthique et esthétique
De Madame de La Carlière au Supplément au Voyage de Bougainville, Diderot développe une métaphore météorologique qui relie la physique et la morale. Il instaure la fiction comme laboratoire de pensée, comme "expérience de pensée" selon une perspective bien différente sans doute de celle des "baromètres de l'âme" conçue par Rousseau. S'agit-il d'une mise en scène de la spéculation morale, de la réflexion sur la prévisibilité (les règles, les préjugés, la rationalité) sinon des comportements du moins peut-être du jugement moral ou de la prise de décision ? Les thèmes météorologiques sont d'ailleurs très présents dans les textes de Diderot sur la peinture, et nous nous proposons d'explorer la qualité de cet air qui circule jusque dans "l'espace des peintres", figure non pas d'une intempérance, mais peut-être d'une dissipation éthique de la pensée.

Young-Mock LEE : Diderot casuiste : une lecture de l'Entretien d'un père avec ses enfants
Diderot casuiste. Le titre paraîtra, à bien des égards, paradoxal pour désigner ce philosophe athée qui prône une morale universelle fondée sur le matérialisme. Mais on n'oubliera pas qu'il fut l'auteur des articles tels que *CAS DE CONSCIENCE et *CASUISTE dans l'Encyclopédie avant d'attaquer le problème dans l'Entretien d'un père avec ses enfants. L'analyse de ce petit texte nous fera saisir d'abord une pratique d'écriture propre à Diderot, basée sur un principe de dualité. Et la lecture "entre les lignes" nous montrera qu'il procède, par une mise en scène d'une série de pratiques casuistiques, à des questionnements sur le principe et la validité d'une casuistique laïque.

Young-Mock Lee est professeur à l'université nationale de Séoul et président de la Société coréenne d'études du dix-huitième siècle. Ses intérêts principaux portent sur le rapport entre l'écriture de Diderot et sa pensée politique. Il a publié des articles sur des écrivains des Lumières dans des revues coréennes et françaises dont "Diderot et la lutte parlementaire au temps de l'Encyclopédie" (RDE, n°29 et n°30).

Pierre LÉGER : De la théorie de la "perception des rapports" au "théâtre de la relation", esthétique et éthique chez le Diderot des années 1750
Prenant le contrepied de la conception classique selon laquelle la première période de l'esthétique diderotienne, construite autour de sa célèbre théorie de la "perception des rapports", serait la tentative — trop rationaliste, dogmatique et rigide — heureusement vite abandonnée d'un Diderot encore néophyte dans ses relations à l'art, nous tenterons de montrer la continuité entre un premier moment de conceptualisation abstraite de l'expérience esthétique et les réflexions artistiques plus tardives du philosophe. Cette cohérence sera rendue particulièrement explicite par une analyse comparée de l'article BEAU de l'Encyclopédie et des textes de poétique théâtrale de la fin des années 1750 que sont les Entretiens sur le fils naturel et le Discours sur la poésie dramatique où nous verrons s'enchevêtrer un ensemble d'enjeux esthétiques et éthiques parfois difficilement discernables.

Pierre Léger est doctorant au Centre Gilles Gaston Granger, CNRS, et enseigne la philosophie à Aix-Marseille Université ainsi qu'à l'École supérieure de design et d'architecture contemporaine de Marseille. Sa thèse, dirigée par Pascal Taranto et Giuseppe Di Liberti, porte sur l'esthétique de la relation de Diderot. Il est également éditeur-annotateur pour l'ENCCRE et membre du comité de rédaction de la revue Proteus.

Adrien PASCHOUD : Enquête dans l'Encyclopédie : Diderot historien de la philosophie
Diderot est l'auteur de la quasi totalité des articles en histoire de la philosophie parus dans l'Encyclopédie (1751-1765). En tant que branche de la philosophie, la morale y occupe une place de choix, ainsi que les catégories qui lui sont affiliées (mœurs, caractères, esprit des nations). Pourtant, Diderot se refuse à inscrire le champ de la morale dans une généalogie, déjouant ainsi l'exercice même de l'exposé des doctrines. En effet, et à l'inverse du théologien protestant Brucker à qui il emprunte l'essentiel de sa documentation, Diderot procède par démembrements, greffes et réappropriations. Il infiltre des contenus de pensée pour leur donner une orientation historiquement étrangère ; il mêle les lieux et les temporalités, ouvrant à une interprétation sans cesse renouvelée. Cette démarche, fondée sur un éclectisme de méthode, permet d'explorer à nouveaux frais un faisceau de questionnements moraux remarquablement large : l'interprétation matérialiste des passions, la constitution d'une anthropologie du sujet, les rapports entre belle page et belle action, l'exercice du jugement, le scepticisme…

Adrien Paschoud est actuellement professeur boursier du Fonds national Suisse de la recherche scientifique (FNS) à l'université de Bâle où il enseigne la littérature du XVIIIe siècle. Ses travaux actuels abordent la question du temps dans l'œuvre fictionnelle et philosophique de Diderot. Ses domaines d'intérêt portent également sur le lien entre religion et littérature à l'âge classique ; il s'intéresse par ailleurs aux rhétoriques scientifiques dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Odile RICHARD-PAUCHET : Diderot et la question féminine : un regard par anticipation sur la PMA et #MeToo
Denis Diderot, par goût et sensibilité, s'est toujours senti proche des femmes. Son empathie pour des sujets qui les touchent de près (amour maternel, plaisir féminin) se ressent fortement dans sa correspondance et quelques autres textes. De façon empirique, il a réfléchi à des cas sur lesquels notre morale achoppe encore aujourd'hui : la femme peut-elle concevoir et élever seule un enfant ? Pour aider son conjoint, sa famille et elle-même, peut-elle "monnayer ses charmes" ? En termes plus contemporains, qu'en est-il de son intime consentement ? Dans certains de ces cas de conscience, le philosophe se révèle d'une ouverture d'esprit presque insoutenable.

Odile Richard-Pauchet est maître de conférences HDR en littérature du XVIIIe siècle à l'université de Limoges. Elle se consacre aux "écritures sensibles" du milieu de ce siècle. Spécialiste de correspondances amoureuses (de Diderot, de Rousseau et d'autres épistoliers), d'écriture de soi et de roman épistolaire, vice-présidente de la Société Diderot, elle a étudié dans sa thèse puis co-édité les Lettres à Sophie Volland de Diderot selon des critères qui font de cet ensemble une œuvre à part entière (2000, 2010). Elle collabore activement aux Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, ainsi qu'à la revue Épistolaire.
Publications récentes
Entrées "Lettres à Sophie Volland" et "Diderot", dans Françoise Simonet-Tenant (dir.), Dictionnaire de l'autobiographie française, Paris, Champion, 2017.
"Diderot et les jeunes musiciens : un chroniqueur et un mentor", dans M. Forycki, A. Jakuboszczak, T. Malinowska (dir.), Les dynamiques de changements dans l'Europe des Lumières, Poznan-Paris, 2018.
"Diderot et la promenade philosophique : Paris, Langres, Bourbonne, La Haye", dans Sophie Lefay (dir.), Se promener au XVIIIe siècle, Rituels et sociabilités, Paris, Classiques Garnier, 2019, p. 237-248.
Les Écrits indiscrets. Autoreprésentation et formes de l'écriture de soi dans l'œuvre de Diderot, Essai (à paraître).

Franck SALAÜN : L'éthique de l'homme de lettres
Dans le prolongement d'une étude publiée il y a quelques années sous le titre "Le nouvel homme de lettres selon Diderot", on se propose d'interroger les valeurs de Diderot à partir des textes dans lesquels il prend position sur le rôle de l'homme de lettres ainsi que sur celui de sa propre pratique, à la tête de l'Encyclopédie, dans ses relations avec les libraires, les journalistes, notamment le directeur de L'Année littéraire (Élie Fréron), les autres hommes de lettres, sans oublier les censeurs et Malesherbes. Cette enquête devrait permettre de dégager "l'éthique de l'homme de lettres" de Diderot.

Anne Elisabeth SEJTEN : Les morales de Diderot, critique d'art
La vaste expérience de critique d'art que Diderot entreprend dans les Salons (1759-1781) s'appuie sur le critère de la vérité, du dire vrai en peinture. Or, mettre l'art au service de la "vérité", du "vrai goût" ou encore des "idées justes" — appréciations qui relèvent du "grand art" prôné par l'Académie — tout cela affiche une vision moraliste encore largement tributaire du classicisme. Même si le goût classique est stable à travers les Salons, l'intérêt que portera Diderot par ailleurs aux pratiques artistiques, à ce qu'il nomme "le faire" ou "le métier" de l'art, l'amène à valoriser l'art plastique dans sa présence matérielle et concrète. Il sera question d'explorer comment cette perspective du faire en peinture à la fois supplée et se heurte à la morale du grand art, s'en dispute l'espace critique jusqu'à esquisser, bien que ce soit dans les marges des Salons, une autre morale, sinon une véritable éthique inhérente au geste de peindre.

Anne Elisabeth Sejten est professeur de philosophie à l'université de Roskilde au Danemark et directrice du réseau de recherches international Aesthetics Unlimited.
Publication
Diderot ou le défi esthétique - les écrits de jeunesse, Vrin 2000.

Gerhardt STENGER
Gerhardt Stenger est maître de conférences HDR à l'université de Nantes et membre du Centre de recherche en littérature L'AMo (EA 4276). Spécialiste de l'histoire des idées de l'âge classique, en particulier de Diderot et de Voltaire, il a également travaillé pour le théâtre et écrit deux pièces, Diderot en prison et Le Pardon de Dieu. Un dialogue entre Martin Luther et Jean Tetzel la veille de la Toussaint 1517.
Dernières publications sur Diderot
Diderot. Le combattant de la liberté, Paris, Perrin, 2013.
"Écrire la philosophie autrement : la subversion des modèles dans la Lettre sur les aveugles de Diderot", dans Diderot et le roman hors du roman, Paris, Société Diderot, 2017, p. 105-119.
"Le fatalisme de Diderot", dans Mélanges autour de Jacques le Fataliste de Diderot, Paris, L'Harmattan, 2017, p. 135-157.
"Le Neveu de Rameau ou l'impossible morale", dans Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 52, 2017, p. 71-86.
"Diderot, Helvétius et le génie du petit Mozart", dans Diderot, le génie des Lumières. Nature, normes, transgressions, Paris, Classiques Garnier, 2019, p. 23-39.

Kyosuke TAHARA : Diderot entre la morale universelle et la souveraineté nationale
Une des questions centrales de la morale et de la politique du dernier Diderot a certainement été, comme on le voit par exemple dans les Observations sur le Nakaz, celle de savoir comment mettre en pratique deux principes, la morale naturelle ou universelle et la souveraineté nationale, face aux réalités souvent contingentes et réfractaires. Mais comment remplir à la fois ces deux exigences ? Un peuple souverain légifère-t-il toujours conformément aux lois naturelles ? Que faire quand sa volonté collective contrarie celles-ci ? Pour élucider une telle aporie soulevée par l'éventuelle contradiction entre deux impératifs, il s'agira d'analyser leur rapport sous un triple angle : leur cohérence conceptuelle fondée sur la thèse de la lutte contre la nature, leur distinction correspondant à celle entre "volonté générale de l'espèce" et "concours des volontés", et leur conciliation par l'engagement politique du Philosophe.

Kyosuke Tahara est doctorant en philosophie au sein de l'équipe de recherches HIPHIMO (Centre d'histoire des philosophies modernes de la Sorbonne) de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Son projet de recherche porte sur la pensée politique de Diderot et son rapport à l'histoire. Il a publié un article, "Diderot et la légitimation philosophique de la révolution" (Philonsorbonne, 11, 2017, p. 53-73).

Carole TALON-HUGON : Le bien, le beau, l'art
Dans ses Recherches philosophiques sur l'origine et la nature du beau, Diderot rompt avec la conception métaphysique du Beau qui, de l'Antiquité à l'âge classique, liait intimement ce dernier au Bien et au Vrai. Procédant à une naturalisation du Beau, il y voit non plus une essence mais une qualité des objets proportionnés de telle manière qu'ils favorisent la vie humaine. Le beau n'est donc pas le bien. Pourtant, dans ses écrits sur les beaux-arts et dans ses Salons, Diderot relie ce qu'il avait délié en défendant une théorie humaniste des beaux-arts et en pratiquant une critique éthique de la peinture. Les artistes, affirme-t-il, ont un devoir moral : "Rendre la vertu aimable, le vice odieux, le ridicule saillant, voilà le projet de tout honnête homme qui prend la plume, le pinceau ou le ciseau". On analysera ici la complexité des positions de Diderot partagées entre une approche naturaliste du beau et une conception humaniste et éthique de l'art.

Carole Talon-Hugon est professeur de philosophie à l'université Paris-Est Créteil et membre honoraire de l'IUF. Elle préside la Société française d'esthétique et est directrice de publication de la Nouvelle Revue d'Esthétique.
Publications
Goût et dégoût. L'art peut-il tout montrer ?, J. Chambon, 2003.
Morales de l'art, Puf, 2009.
Art et éthique. Perspectives anglo-saxonnes, Puf, 2011.
L'Art sous contrôle, Puf, 2019.

Françoise THYRION & Michel VALMER : Diderot et la morale du comédien [Rencontre-discussion]
Comment dire (incarner ?) un texte de Diderot ? Les diverses traductions scéniques menées par la Compagnie Science 89 depuis la création parisienne d'Une Folie électrique (d'après le conte Mystification) en 1989 jusqu'au Neveu de Rameau en 2015 n'ont cessé d'être, pour ladite compagnie, un terrain riche en interrogations sur ce que nécessite l'activation "dramatique" des dialogues et autres contes. La référence au Paradoxe sur le comédien s'impose d'emblée. Brecht et sa distanciation, Vitez et sa "notion d'étrangéité" également. Mais, c'est surtout avec ces spectacles que la pratique de l'"émotion réflexive", théorisée par M. Valmer dans Le Théâtre de sciences (éd. CNRS, 2005) et chère à Science 89, a pu s'appliquer. Autour de ces mises en acte, Françoise Thyrion et Michel Valmer s'expliquent.

Anouchka VASAK : La morale de la Lampedouse
"Ah ! mes amis, si nous allons jamais à la Lampedouse fonder, loin de la terre, au milieu des flots de la mer, un petit peuple d'heureux !", s’écrie Dorval dans le Second Entretien sur le Fils naturel. La Lampedouse est le lieu idéal du théâtre moral, seul culte digne d'être célébré. La longue note de Diderot signale aussi que la Lampedouse, île quasi-déserte et fertile, à "distance presque égale" de la côte de Tunis, pays mahométan, et de l'île de Malte, terre chrétienne, n'a jamais été habitée que par un marabout puis un prêtre, de peu de vertu l'un et l'autre, du moins au regard de la morale religieuse. Quelle fonction "morale" donner à cette micro-utopie insulaire, en partie comparable à celle de Tahiti dans le Supplément au Voyage de Bougainville ? Comment intervient-elle dans le projet fondateur du nouveau genre théâtral, moral et fidèle à la "nature", promu par Dorval ? Pourquoi la Lampedouse, auquel Jaucourt consacre un petit article dans l'Encyclopédie (LAMPEDOUSE, ou LAMPADOUSE, (Géog.), vol. IX, 1765) intéresse-t-elle les philosophes ? S'il y a, esquissée par Diderot, une morale de la Lampedouse, est-elle encore audible aujourd'hui, à l'heure où, "au milieu des flots de la mer", des milliers d'êtres humains cherchent à gagner par Lampedusa l'Eldorado (Laurent Gaudé) européen ?

Anouchka Vasak a été maître de conférences en littérature française à l'université de Poitiers. Au croisement de l'histoire, de l'esthétique et de la littérature, ses travaux portent en particulier sur la météorologie et le climat.
Publications
Météorologies. Discours sur le ciel et le climat, des Lumières au romantisme, Champion, 2007.
Avec Osmo Pekonen, Maupertuis en Laponie. À la recherche de la figure de la Terre, Hermann, 2014.

Charles VINCENT : La "maison flottante" de Bougainville et le dialogue des cultures
Diderot a beaucoup réfléchi à la fin de sa vie à la gageure d'une morale universelle, en parallèle de sa dénonciation de l'attitude colonisatrice des Européens. Nous étudierons les ambivalences de cette universalité postulée en partant d'une métaphore complexe du Supplément au Voyage de Bougainville : la "maison flottante", bateau de l'explorateur, mais aussi imagination du penseur sédentaire. Il s'agira de confronter l'idéal humaniste et pacifiste à une mondialisation des échanges porteuse de rapports de pouvoir déséquilibrés et portée par les voyageurs, êtres suspects pour le philosophe. Nous mettrons en valeur et critiquerons les fondements théoriques diderotiens d'une mondialisation pacifiée et enrichissante, notamment linguistiques et cognitifs.

Actuellement maître de conférences à l'université polytechnique des Hauts-de-France, Charles Vincent a précédemment été professeur associé à l'université de Kyoto après avoir enseigné à La Sorbonne, Moscou et Saint-Pétersbourg. Il a publié de nombreux articles sur Diderot et l’éthique, sujet de sa thèse publiée chez Classiques Garnier en 2014 sous le titre Diderot en quête d’éthique, 1773-1784.


Lecture des Lettres à Sophie Volland et représentation de l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, par Françoise THYRION & Michel VALMER
Les lectures à haute voix de quelques lettres à Sophie Volland ainsi que la présentation théâtrale de Entretien d'un philosophe avec la maréchale de*** de Diderot (adaptation de G. Stenger et F. Thyrion – mise en scène de M. Valmer) par la Cie théâtrale Science 89 témoignent de la puissance d'oralité dont l'écriture diderotienne est investie. Dans ces deux écrits, la question de la morale est omniprésente et déclenche des interrogations dramaturgiques, tant sur le plan de la mise en scène que sur celui du jeu des interprètes. À noter que l'Entretien, créé à la Caserne des Pompiers pour le Festival d'Avignon en 1991 par Zabou Breitman et Jacques Bonnaffé, avant reprise dans la distribution actuelle, a été joué plus de deux cents fois en France et à l'étranger. Les prestations proposées lors du Colloque de Cerisy donneront lieu à une rencontre-discussion autour de la mise en théâtralité de la langue de Diderot.


SOUTIENS :

EHIC - EA 1087 [Université de Limoges]
L'AMo - EA 4276 [Université de Nantes]
Société Diderot
• Société Française d'Étude du Dix-huitième siècle (SFEDS)
Fondation Clarens - Fondation de France
Fondation d'entreprise La Poste


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Adresse personnelle ou professionnelle
Ces renseignements figureront sur la liste des participants qui sera remise lors du colloque.


Sélectionner la mention adéquate (le statut de contributeur est défini au préalable, en accord avec le CCIC, par la direction du colloque).


Versement à effectuer

Frais de séjour : *

Total à verser :

Si différente, merci d'indiquer une adresse de facturation


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Vous pouvez ajouter ici, si besoin, les documents nécessaires pour compléter votre inscription : copie de carte d'étudiant(e), justificatifs de revenus, ...


Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.