Programme 2020 : un des colloques


MAZARINADES ET TERRITOIRES


DU JEUDI 20 AOÛT (19 H) AU JEUDI 27 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Stéphane HAFFEMAYER, Tadako ICHIMARU

Avec le concours de Patrick REBOLLAR


ARGUMENT :

Quels rapports les mazarinades entretiennent-elles avec les territoires ? Ceux des provinces plus ou moins soumises, des pays alliés ou ennemis, de la cour du roi, des parlements, des fiefs nobiliaires, des diocèses, des villes, des imprimeurs. La dimension spatiale se lira aussi dans la déclinaison des lieux symboliques, toponymes historiques ou fiefs des grandes familles. Elle se dévoilera également dans des espaces en représentation, un théâtre urbain qui offre une géographie sociale de la contestation et de l'application des lois. Du point de vue patrimonial, il conviendra aussi de s'interroger sur les logiques de localisation des collections. Comment certaines ont-elles traversé les siècles et les continents ? Que peut encore nous apprendre la géolocalisation des collections ? Aujourd'hui, grâce aux humanités numériques, les mazarinades sont devenues plus accessibles que par le passé et nul doute qu'elles ont encore beaucoup à nous apprendre sous l'angle d'une analyse spatiale : celle-ci s'entend dans un sens large et pluridisciplinaire, impliquant à la fois les chercheurs universitaires, les personnels de la conservation du patrimoine, les collectionneurs et les bibliophiles savants.


MOTS-CLÉS :

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COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

BIBLIOGRAPHIE, FONDS, COLLECTIONS
* Laura BORDES : Les mazarinades du fonds aixois, aixoises ?
* Céline GRAILLAT-MANSUY : Les mazarinades en Suisse : tour d'horizon et le cas de la collection de Soleure
* Édouard KLOS : Les mazarinades dans un territoire à l'écart des conflits, l'exemple lyonnais
* Gina MARS : Présentation de la Bibliographie des mazarinades en ligne
* Jean-Dominique MELLOT : La muse dialectale (et frondeuse ?) de l'imprimeur-poète rouennais David Ferrand (1589-1660)

HISTOIRE, FRONDE, PARTIS
* Virginie COGNÉ : Quand Condé dirige et informe Paris : la circulation de l'information pour le parti des Prince, été 1652
* Baptiste ÉTIENNE : Mazarinades : le duc, la duchesse et la Fronde en Normandie
* Philippe MAURAN : Territoires dans le Journal de Jean Vallier ou la géographie dans une anti-mazarinade
* Christophe VELLET : Éditions de mazarinades et propagande imprimée à Orléans pendant la Fronde

HISTOIRE DES IDÉES, TRANSDISCIPLINARITÉ ET CORPUS
* Léonard DAUPHANT : Pour une géohistoire de l'insulte : espaces mentaux et ethnotypes, des chansons de geste aux mazarinades (XIIe-XVIIe siècles)
* Stéphane HAFFEMAYER : Chanter la contestation politique à Paris : le pouvoir face aux chansons de la Fronde (1648-1653)
* Tadako ICHIMARU : En tirant le fil du Japon dans les mazarinades…
* Teresa MALINOWSKI : La Pologne dans les mazarinades : une entrée de lecture inédite
* Patrick REBOLLAR : De la fouille textuelle à la cartographie des mazarinades, l'exemple du LeTSAJ ?

LEXICOLOGIE, LANGUE
* Antonella AMATUZZI : Déterritorialiser les mazarinades pour étudier la variation du français classique
* Takeshi MATSUMURA : Sur quelques mazarinades en proverbes

LITTÉRATURE ET SÉMIOLOGIE POLITIQUE
* Melaine FOLLIARD : Obscénité et athéisme dans le corpus du Projet Mazarinades : remarques sur la fonction de la poésie en contexte pamphlétaire
* Carrie F. KLAUS : Les dames, la justice, et les Mazarinades
* Tsuyoshi SHISHIMI : Montaigne plagié dans une mazarinade
* Myriam TSIMBIDY : Le recueil de mazarinades pendant la Fronde : assemblage aléatoire ou habile agencement ?

ATELIERS :

* Atelier de paléographie : méthodologie et pratique à partir de mazarinades manuscrites, animé par Baptiste ÉTIENNE
* Atelier pour une bonne utilisation du site de la Bibliothèque Mazarine, animé par Gina MARS
* Atelier de fouille lexicale dans le corpus du Projet Mazarinades, animé par Patrick REBOLLAR


RÉSUMÉS :

Antonella AMATUZZI : Déterritorialiser les mazarinades pour étudier la variation du français classique
L'objectif de cette communication est de mettre en relief l'importance des mazarinades pour étudier certains phénomènes liés à la variation linguistique à un moment où s'établit une codification rigide sur le modèle de la cour parisienne. Après Wendy Ayres Benett qui a analysé une dizaine de mazarinades (2004) pour documenter la réalité linguistique du milieu du XVIIe siècle, il convient d'élargir l'enquête à un corpus de textes sensiblement plus vaste grâce à l'informatisation (notamment le corpus en ligne du Projet Mazarinades). Il s'agit donc d'interroger la langue des mazarinades pour faire émerger la variation par rapport au statut social et au lieu de provenance des "locuteurs", au registre utilisé, etc. On observera si ces textes respectent et réfléchissent la norme alors en formation ou s'ils s'en éloignent, sans oublier qu'ils sont parfois "construits" pour un effet et dans un but. Ce faisant, les avantages et les limites des outils informatiques dont nous disposons actuellement seront problématisés.

Antonella Amatuzzi est professeure d'Histoire de la langue française à l'université de Turin (Italie). Membre de la SIDF (Société internationale de diachronie du français) et spécialiste du français pré-classique et classique, elle a publié la correspondance du barnabite Albert Bailly, agent officieux des ducs de Savoie à Paris pendant la Fronde.
Publications
"La littérature politique de la Fronde : une guerre de plumes au service de la langue française. L'exemple des Mazarinades du Cardinal de Retz", in Perspectives franco-italiennes, Rome, Aracne, 2005.
"La politique au service de la langue : la valeur des mazarinades pour l'étude du français classique", in Histoire et civilisation du livre, XII, 2016.

Laura BORDES : Les mazarinades du fonds aixois, aixoises ?
L'exemple du fonds aixois de mazarinades n'est sans doute pas un cas isolé dans la configuration d'un fonds dont le contenu ne coïncide pas nécessairement avec l'histoire des événements qui ont touché la région durant la Fronde. La rébellion du territoire provençal contre l'autorité royale et la relation des événements et des actes pris par le Parlement Semestre d'Aix occupent pourtant une place presque aussi importante dans les mémoires du temps que la relation des mouvements qui ont agité la Guyenne dans la même période. Constitué au XVIIIe siècle d'apports divers, venant de France ou d'Europe, par le marquis de Méjanes, il convient de réinterroger le fonds aixois dans son rapport avec un territoire provençal frondeur. L'histoire de l'acquisition des recueils, l'analyse de leur constitution matérielle et du regard politique porté sur les pièces peuvent apporter quelques éléments de réponse ; ainsi que l'intérêt accordé aux événements provençaux et la réception des pièces provençales et aixoises en leur temps et sur leur territoire.

Laura Bordes, ATER (AMU), est doctorante en littérature française du XVIIe siècle sous la direction de Sylvie Requemora-Gros et Myriam Tsimbidy. Le sujet de sa thèse est : "Les Mazarinades : enjeux polémiques et formes agonistiques. L'exemple du fonds de la bibliothèque Méjanes". Elle a réalisé le catalogage et la numérisation d'une collection singulière du fonds aixois.
Article
"Du triolet des ruelles au triolet des rues. Un petit genre frondeur populaire au service d'une bataille d'auteurs", in Mineurs, Minorités, Marginalités au Grand Siècle, sous la direction de Marta Teixeira Anacletor, Paris, Classiques Garnier, 2019.

Virginie COGNÉ : Quand Condé dirige et informe Paris : la circulation de l'information pour le parti des Prince, été 1652
Considérant l'organisation et le fonctionnement des "bureaux de presses", je propose d'étudier la circulation de l'information au sein du parti des Princes et dans l'espace parisien entre les mois de juillet et d'octobre 1652, c'est-à-dire pendant la présence de Condé dans la capitale parisienne. Marquée par le massacre de l'Hôtel de Ville et la "Terreur condéenne", cette domination de Condé sur Paris se caractérise, notamment, par un contrôle de la presse. Bon nombre de mazarinades sont écrites en sa faveur et parfois même avec sa participation. D'après la correspondance passive de Condé, gardée au Château de Chantilly, nous découvrirons un réseau de circulation de l'information au sein de son bureau de presse : des nouvelles de subordonnés à l'extérieur de Paris, des lettres de Bordeaux écrites par son frère, sa sœur, etc. En fait, le cœur de ma présentation est de retrouver les informations (comme objet) échangées au sein des membres du parti, puis distribuées de façon ciblée dans certains quartiers parisiens. J’utilise aussi divers manuscrits de la Bibliothèque nationale de France et le corpus mis en ligne par le Projet Mazarinades, afin de comparer les informations, les lettres et les mazarinades produites pendant l'été 1652.

Léonard DAUPHANT : Pour une géohistoire de l'insulte : espaces mentaux et ethnotypes, des chansons de geste aux mazarinades (XIIe-XVIIe siècles)
Les textes littéraires véhiculent des clichés, des "lieux communs" et des ethnotypes régionaux, souvent agressifs ou sarcastiques accolés à une région. Le corpus des Mazarinades illustre l'évolution de cet imaginaire au XVIIe siècle : les auteurs puisent dans ce fonds d'origine médiéval de manière sélective. Spatialiser ces usages de l'insulte sur le temps long permet de comprendre l'évolution du territoire, commun à l'insulteur comme à l'insulté.

Céline GRAILLAT-MANSUY : Les mazarinades en Suisse : tour d'horizon et le cas de la collection de Soleure
En 2015, lors du colloque "Mazarinades : nouvelles approches", de nombreux fonds et collections ont été présentés, montrant à quel point ces libelles ont voyagé. Le site des Recherches Internationales sur les Mazarinades présentait déjà une géolocalisation riche de ces textes, dont une seule collection en Suisse était alors déclarée. Pour compléter cette géolocalisation et permettre un meilleur accès aux documents, nous présenterons d'autres collections suisses de mazarinades et retracerons lorsque ce sera possible des "généalogies" complètes et évoquerons les raisons de l'existence de ces collections en terres helvètes. Puis nous nous pencherons sur la collection de Solothurn (Soleure), chef-lieu du canton du même nom, qui détient dans sa bibliothèque cantonale une collection de 315 mazarinades, réparties en quatre volumes, collectées et collectionnées dès leur publication au début de la Fronde et agencées volontairement en volumes qui se veulent cohérents — et qui n'ont pas bougé des bibliothèques de la ville depuis 1649.

Céline Graillat-Mansuy est doctorante au département de français de l'université de Fribourg (Suisse). Sa thèse porte sur la prosopopée et la politique d'outre-tombe dans les Mazarinades, sous la direction de Claude Bourqui. Un article sur "Mazarinades et poisons : Mazarin empoisonneur présumé, empoisonneur fabulé" intègrera la publication prochaine des actes du colloque "Poisons et philtres d'amour" (Université Cergy-Pontoise, avril 2019, org. prof. Pernot et prof. Vial).

Stéphane HAFFEMAYER : Chanter la contestation politique à Paris : le pouvoir face aux chansons de la Fronde (1648-1653)
D'après un texte conservé aux archives du Ministère des Affaires Étrangères, probablement écrit par une plume au service de Mazarin, rondeaux et chansons furent les satires les plus vigoureuses déployées contre le cardinal. Le rire n'est-il pas la "menace la plus redoutable pour l’autorité" ? (Hannah Arendt) ; la phrase célèbre, probablement jamais prononcée par Mazarin, "qu'ils chantent, pourvu qu'ils paient" traduisait en réalité un profond désarroi et une forme d'impuissance du pouvoir face à la dérision. Le pamphlétaire au service du cardinal s'interrogeait : "Sur le raport des chansons, fault il intenter des proces" ? Les autorités parisiennes tentèrent bien d'interdire les chansons sur le Pont-Neuf, aux carrefours et places publiques de Paris, et ce fut au moins à quatre reprises, entre 1651 et 1655, que le crieur Charles Canto en proclama l'interdiction, sans résultat. Il s'agira de se pencher à la fois sur les tentatives de réprimer les chanteurs du Pont Neuf et d'autres quartiers parisiens mais aussi de mieux comprendre la portée subversive des chansons et de leur performance en se fondant sur l'analyse du vocabulaire subversif en rapport avec les chansons, en mettant à profit les ressources que procure le corpus des RIM.

Tadako ICHIMARU : En tirant le fil du Japon dans les mazarinades…
Dans le corpus du Projet Mazarinades, on trouve deux pièces qui citent le "Iapon", publiées en 1649. La pièce présente le Japon comme un exemple d'un pays qui a réussi à faire justice d'un tyran par l'insurrection des nobles ; la deuxième utilise le Japon pour montrer qu'il y a un autre pays où se trouve un peuple dans une misère pire qu'en France. D'où viennent ces images ? Comment sont-elles arrivées sous des formes tellement contradictoires ? D'ailleurs, pourquoi les deux auteurs anonymes ont-ils pensé à employer une représentation d'un pays d'Extrême-Orient pour critiquer Mazarin ? Quel intérêt ont-ils trouvé dans ce pays probablement peu connu des contemporains de la Fronde ? En tirant le fil du Japon, nous allons tourner des pages de l'Asie dans un Atlas imaginaire de mazarinades afin de découvrir la valeur représentative de certains noms de pays lointains à l'époque de la Fronde.

Carrie F. KLAUS : Les dames, la justice, et les Mazarinades
Lasses du siège de Bordeaux et des longues semaines de pénuries et de violences, les "dames du Parlement de Bordeaux" ont pris la plume le 26 septembre 1650 pour s'adresser à leurs homologues parisiennes pour les remercier d'avoir poussé leurs maris à accepter de servir de médiateurs entre le Parlement de Bordeaux et le Cardinal Mazarin. Persuadées que les épouses des membres du Parlement de Paris partagent déjà l'autorité avec leurs maris, les Bordelaises rêvent du retour du beau siècle ou les femmes prononçaient directement les décrets de justice. Les Parisiennes refusent cette suggestion le 15 octobre, implorant qu'on les laisse "vivre en l'estat que [le Ciel] a pleu de nous mettre", mais elles l'acceptent avec enthousiasme dans une Véritable Response parue deux semaines plus tard, promettant aussi de faire assassiner Mazarin par des harengères et de s'allier avec les dames de tous les parlements de France. Notre communication vise à interroger l'efficacité rhétorique des voix féminines dans les Mazarinades, surtout celles des épouses (des soldats et des partisans ainsi que des juges), et de démontrer comment les propagandistes se sont servis de ces voix pour propager une vision de la Fronde comme un vaste mouvement reliant des villes à travers le royaume.

Carrie F. Klaus, professeure à l'université DePauw aux États-Unis (Indiana), a publié la traduction en anglais de la Petite chronique de Jeanne de Jussie, une religieuse à Genève pendant la Réforme protestante, pour les presses de l'université de Chicago (2006). Elle travaille actuellement sur les voix féminines, réelles et inventées, dans les Mazarinades. Son article, "Eloquence Unchained : Women, Poetry, and Politics during the Fronde" a été publié dans Early Modern Women : An Interdisciplinary Journal 14.1 (2019) : 25-49. Un autre article, "Calling for Peace, Preparing for War : The Revolutionary Voice of Saint Genevieve during the Fronde," paraîtra dans le Sixteenth Century Journal en 2020.

Édouard KLOS : Les mazarinades dans un territoire à l'écart des conflits, l'exemple lyonnais
Traiter de la ville de Lyon durant la Fronde constitue un paradoxe apparent : en effet, la cité est restée calme durant les années 1648-1653, ayant construit depuis un demi-siècle environ un imaginaire politique fondé sur la fidélité pleine et entière à l'autorité royale. Pour autant, les mazarinades sont nombreuses à Lyon, comme en témoigne le fonds relativement important d'environ 1300 pièces conservées à la bibliothèque municipale, issu de plusieurs maisons religieuses ainsi que de la collection du gouverneur et archevêque Camille de Villeroy. De plus, de nombreuses mazarinades y sont réimprimées, vendues et exportées. Restée à l'écart des conflits, la cité lyonnaise n'apparait que très rarement dans le contenu des mazarinades elles-mêmes. Cependant, un recensement a permis d'identifier six pièces qui mettent en scène la cité rhodanienne. Plusieurs d'entre elles, qui ont alertées le consulat, font d'ailleurs intervenir Lyon, symbole de la fidélité au roi, en faveur de la cause frondeuse selon une stratégie persuasive visant à démontrer l'ampleur de la Fronde.

Édouard Klos, Lyon et les Lyonnais à l'époque de la France (1648-1653), sous la direction de Nicolas Le Roux, Mémoire de Master, ENS de Lyon, 2009.

Teresa MALINOWSKI : La Pologne dans les mazarinades : une entrée de lecture inédite
La Pologne est relativement bien connue dans l'historiographie française par les traités monarchomaques du XVIe siècle, accompagnant la réflexion des opposants à la monarchie absolue, mais la présence polonaise dans les mazarinades est passée presque totalement inaperçue des historiens. Nous avons pourtant recensé quelque 120 pamphlets et 280 occurrences dans le corpus du Projet Mazarinades. La majeure partie s'intéresse aux troupes polonaises présentes dans l'armée royale. Systématiquement cités aux côtés des Allemands, des Italiens ou des Suédois, les Polonais sont alors associés à la tyrannie étrangère. D'autres écrits cependant voient dans la Pologne un modèle de liberté politique, parfois évoqué aux côtés d'autres États, comme l'Angleterre. Ces occurrences s'expliquent entre autres par le contexte international, auquel font référence les mazarinades elles-mêmes : en 1645, Marie de Gonzague, proche des milieux parisiens, a épousé Ladislas IV, roi de Pologne. L'intervention aura pour objectif d'explorer ces pistes de lecture, encore peu exploitées.

Teresa Malinowski est docteure en histoire des mondes modernes. Elle a soutenu sa thèse, "La République de Pologne dans les imprimés français (1573-1795). Penser les relations entre gouvernants et gouvernés à l'époque moderne", à l'université de Paris Nanterre, en cotutelle avec l'université Adam Mickiewicz de Poznan (Pologne). Elle réalise actuellement un projet scientifique sur le même sujet au Centre national des sciences de Pologne.

Takeshi MATSUMURA : Sur quelques mazarinades en proverbes
Dans Les Muses guerrières…, Hubert Carrier a attiré notre attention sur l'existence de plusieurs textes où l'auteur utilisait massivement des proverbes. Je me propose d'examiner quelques-unes de ces œuvres, qui semblent faire suite à La Comédie de proverbes (1633) composée par un auteur anonyme avec quelque mille sept cents proverbes, pour retracer l'histoire et éventuellement la géographie des locutions proverbiales que l'on y rencontre. Si l'on y regarde de près, il y en a dont les attestations anciennes remontent loin dans le temps, tandis qu'il y en a d'autres qui paraissent assez récentes ou qui font l'objet de modifications ; d'autre part, il y en a dont la diffusion semble être géographiquement assez limitée. Cet examen permettra également de compléter nos instruments de travail : le Französisches Etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg et les recueils parémiologiques tels que Le Livre des proverbes français de Le Roux de Lincy ou le Nouveau dictionnaire historique des locutions de Giuseppe Di Stefano.

Takeshi Matsumura est lexicographe et philologue, professeur à l'université de Tokyo et correspondant étranger de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Auteur de "Sur quelques mazarinades attribuées à Paul Scarron : remarques lexicographiques", "Remarques lexicographiques sur le mot mazarinade" et "Sur quelques dérivés du nom Mazarin".

Philippe MAURAN : Territoires dans le Journal de Jean Vallier ou la géographie dans une anti-mazarinade
Jean Vallier, maître d'hôtel du roi né en 1591 à Saumur, est l'auteur d'un texte que ses inventeurs ont qualifié de "Journal", dont les années 1648 à 1653 ont été publiées par le passé et les années 1654 à 1657 sont à paraître prochainement. Cet écrit du for privé évolue au cours du temps de sa rédaction et la Fronde, qui l'alimente abondamment, lui confère un statut à part. Le "Journal de Jean Vallier" se veut l'exposé de faits débarrassés de tout appareil militant. L'intégration de pièces originales à la suite de ses écrits souligne la tentative d'un texte dépouillé d'artifices qui sollicite l'intelligence du lecteur par la seule confrontation des faits. La volonté affirmée de transparence de la langue et d'un récit "autoporteur" renvoie à l'attente eschatologique de l'harmonie du monde, dont le choix des événements que Vallier relate, énonce l'absence. Le texte apparaît alors comme une anti-mazarinade où les lieux nous aident à comprendre son élaboration. Saumur, le lieu des origines, Paris, le lieu de la vie quotidienne, les lieux qui apparaissent dans les années inédites et qui empêchent de considérer le récit comme autobiographique ou les lieux témoins d’une actualité ignorée par Jean Vallier, autant de territoires dont les reflets dans le texte de Vallier permettent d'appréhender son regard sur une Fronde que l'on aura du mal à prétendre qu'elle se clôt en 1653.

Philippe Mauran, éditeur des lettres d'Abraham de Wicquefort de l'année 1653 (Honoré Champion édition, préface d'Yves-Marie Bercé), a préparé une édition des années inédites du Journal de Jean Vallier (1654-1657), permettant d'achever un travail commencé, au sein de la Société de l'Histoire de France, il y a plus d'un siècle. Il a publié dans la revue XVIIe Siècle un article sur le Languedoc de l'après Fronde : "Le ballet des Incompatibles (Montpellier-1655) ou l'état du Languedoc en 1655", XVIIe Siècle, n°265 (2014), p. 691 à 707.

Patrick REBOLLAR : De la fouille textuelle à la cartographie des mazarinades, l'exemple du LeTSAJ ?
Encore sous-exploité, le corpus en ligne de mazarinades proposé par l'équipe des RIM depuis 2011 semble poser plus de problèmes de méthodologie que d'accessibilité — ce qui inverse la donne des siècles précédents. À l’aide du LeTSAJ (Lexique territorial, social, administratif et juridictionnel hypertextuel, en ligne depuis février 2019), quelques thèmes de recherche liés à l'espace social du temps de la Fronde seront explorés (par exemple le pont de Charenton, l'image des intendants ou la notion de salaire). Nous verrons que les questions territoriales nécessitent de différencier puis de combiner une approche historiographique (appelant des concepts, des constructions sociales et des réalités matérielles) et un ensemble de considérations littéraires, sémantiques et lexicologiques (de la variation régionale du sens des mots à l'opacité de tournures obsolètes, en passant par des pratiques de connivence et des tropes extrêmement maîtrisés). Par suite, ces considérations questionnent de l'intérieur le rangement générique des mazarinades et, en perspective cavalière, la considération épistémologique que les chercheurs d'aujourd'hui ont des mazarinades.

Tsuyoshi SHISHIMI : Montaigne plagié dans une mazarinade
Ovide parlant à Tieste, un pamphlet anonyme paru en 1652, se compose de divers textes plagiés des Essais de Montaigne, accompagnant de la "Remontrance au Roy" qui, à son tour, recopie la péroraison de La Vérité tout nue, célèbre mazarinade attribuée à Arnauld d’Andilly. Nous allons examiner comment ce nouvel encadrement intègre, tout en déformant, le texte de Montaigne dans la polémique de l'époque.

Myriam TSIMBIDY : Le recueil de mazarinades pendant la Fronde : assemblage aléatoire ou habile agencement ?
Les recueils de mazarinades ont eu mauvaise presse : ces ensembles "sans intérêt" écrit Moreau au XIXe siècle sont faits "sans intelligence, sans critique" ; les libraires y auraient même vu un moyen de se débarrasser d'invendus, suggère Carrier. Nous voudrions revenir sur ces préjugés en différenciant, parmi les ouvrages conçus pendant la Fronde (1649-1653), les assemblages aléatoires de pièces, les dossiers de travail, les collections de curiosités et les reconfigurations des événements. Car, loin d'être le fruit du hasard ou d'échecs commerciaux, certains recueils témoignent par leur organisation d'une mise en intrigue apologétique et/ou démonstrative. C'est ce constat que nous nous proposons d'approfondir en examinant la composition de quelques-uns d'entre eux. Il s'agira de voir à quels principes répond leur conception, et de montrer comment leur orchestration peut altérer l'historicité des libelles contemporains et imposer une autre lecture des textes et des faits qu'ils commentent.

Myriam Tsimbidy, professeur de littérature du XVIIe siècle à l'université Bordeaux Montaigne, travaille sur les Mémoires, l'écriture polémique et la correspondance au XVIIe siècle ainsi que sur la littérature de jeunesse. Elle est membre de CLARE (EA 4593), directrice du CEREC (Centre d'étude et de recherche sur l'Europe Classique), membre associé du GRIHL (Groupe de recherche interdisciplinaire sur l'Histoire du littéraire).
Publications
Écritures de l'événement : les Mazarinades bordelaises, Eidôlon, n°116, Presses universitaires de Bordeaux, 2015, 159 p.
Le cardinal de Retz polémiste, Saint-Étienne, Université de Saint-Étienne, "Renaissance et Age Classique", 2005, 533 p.
Les Pamphlets du cardinal de Retz, Paris, Éditions du Sandre, 2009, 430 p.
"Retz, Gondi, cardinal, coadjuteur, ou mazarin corinthien : de quelques représentations d'un acteur de la Fronde" [en ligne].
"Usages des mazarinades dans les Mémoires de la Fronde", in Mazarinades, Nouvelles approches, S. Haffemayer, P. Rebollar & Y. Sordet (éd.), "Histoire et civilisation du livre", Droz, 2016, p. 225-237.
"Retz : théorie de l'action et action d'écriture", avec C. Blanquie, J-P Cavaillé, L. Giavarini, D. Ribard & N. Shapira, Chapitre in Écriture et Action, XVIIe-XIXe siècle, une enquête collective, Paris, Éditions EHESS, "En temps et lieux", 2016, 291 p.
"Les Mazarinades : récit d'événement et fiction littéraire", in Écritures de l'événement : les Mazarinades bordelaises, Eidôlon, n°116, Presses universitaires de Bordeaux, 2015, p. 27-39.
"S'imposer sans s'exposer : l'anonymat transparent dans les Mazarinades retziennes", in L'anonymat de l'œuvre à l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), B. Parmentier (dir.), Littératures Classiques, n°80, 2013, p. 153-165.
"Canevas, couleurs et motifs : le discours polémique dans la trame des Mémoires", in Littératures classiques, n°57, Les Mémoires du Cardinal de Retz, J. Garapon (éd.), 2005, p. 141-162.

Christophe VELLET : Éditions de mazarinades et propagande imprimée à Orléans pendant la Fronde
Ville sans parlement, mais peuplée de notables liés à "leur duc" Gaston, oncle du roi et protagoniste de la Fronde, ville sans événement frondeur marquant, mais où exercent d'actifs gens du livre, Orléans semble avoir participé à son niveau, mais plus que les seules mentions explicites imprimées le laissent paraître, à la production de pamphlets et de libelles propagandistes pendant la Fronde. L'enquête propose un repérage et un recensement de ces éditions qualifiables d'orléanaises, qu'elles soient plutôt frondeuses ou plutôt gouvernementales, reprises plus ou moins fidèles de publications parisiennes ou éditions éventuellement plus originales, plus locales.


Atelier de fouille lexicale dans le corpus du Projet Mazarinades, animé par Patrick REBOLLAR
Des exemples pratiques de requêtes et d'exploitation des résultats seront proposés aux participants. Ces derniers pourront à leur tour formuler leurs propres requêtes, par exemple relatives à leurs recherches.