Programme 2020 : un des colloques


MUSIQUES SACRÉES EN NORMANDIE : RITES ET PRATIQUES
( XIIe - XXIe SIÈCLES )


DU LUNDI 10 AOÛT (19 H) AU VENDREDI 14 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 4 jours ]


Missale ad usum Montis Sancti Michaelis, XIIIe s., Bibliothèque patrimoniale, Ville d'Avranches, Ms 42 f. 437


DIRECTION :

Jean-Baptiste AUZEL, Georges-Robert BOTTIN, Jean-François DETRÉE, François NEVEUX


ARGUMENT :

Les importantes collections encore conservées de manuscrits liturgiques, le récit des visites pastorales, nous montrent que, dès le XIIIe siècle, la vitalité de la musique religieuse est grande dans les églises et abbayes normandes mais, aussi, que grandes sont les difficultés quotidiennes rencontrées dans sa mise en œuvre. Cependant, sa pratique a été, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, un élément structurant de la vie musicale régionale, notamment par le cadre pédagogique qu'elle offrait. Il faut attendre une autre époque, la fin du XIXe siècle, pour qu'un regard historique soit porté par quelques érudits et musicologues sur cette longue histoire.

Depuis la fin du XXe siècle, l'intérêt des musicologues français s'est peu à peu porté sur la vie musicale des provinces françaises, puis, sous l'impulsion d’historiens, les musiciens d'église sont devenus un objet d'étude, en particulier en ce qui concerne le XVIIIe siècle, comme en témoigne l'enquête Musefrem en cours ("Musiciens d'Église en 1790").

La Normandie a toute sa place dans cette réflexion que ce colloque voudrait mener, sur une longue durée, allant du cadre rituel et institutionnel défini au Moyen Âge jusqu'aux pratiques contemporaines, où se rejoignent l'évolution liturgique, depuis Vatican II, et un contexte culturel où la musique sacrée retrouve étonnamment sa place.

Trois axes se dégagent pour faire un point historiographique sur la musique sacrée en Normandie :
1. Les cadres de la pratique de la musique sacrée : rites, livres et répertoires, typologie des communautés et des musiques ;
2. Les acteurs de la musique sacrée : les professionnels, les organistes, les compositeurs, les assemblées ;
3. Les instruments de la musique sacrée : l'orgue, l'harmonium, les autres instruments et leurs représentations.


MOTS-CLÉS :

Abbaye, Chant, Compositeur, Concert, Création, Église, Festival, Interprétation, Liturgie, Musique, Orgue, Usages


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

* Jean-Baptiste AUZEL : Présentation
* Jean-François DÉTRÉE : Rites et pratiques : la musique sacrée est-elle révélée ou masquée par les cérémoniaux ?

LES RÉPERTOIRES ET LES RITES, DU MOYEN ÂGE À NOS JOURS
* Guillaume ANTOINE & Louis CHEVALIER : Le chant liturgique du Mont Saint-Michel (XIe-XVe siècles)
* Georges-Robert BOTTIN : Les cantiques de pèlerinages dans la Manche (fin XIXe et début XXe siècle)
* Laurence BRISSET : Musique anglo-normande médiévale
* Bruno CENTORAME : La musique religieuse à l'institut Saint-Paul de Cherbourg (début XXe siècle)
* Frère Maximilien (chantre) : Le répertoire des Prémontrés de l'abbaye de Mondaye (fin XXe et début XXIe siècle)
* Yvon DAVY : De l'inspiration des cantiques religieux dans le chant populaire normand [sous réserves]
* Cécile DAVY-RIGAUX : Parcours et fortune des messes en plain-chant du P. Paul d'Amance de Lisieux (XVIIe-XXe s.)
* Christine NEVEU : Au Mont Saint-Michel, le répertoire des Fraternités monastiques de Jérusalem (fin XXe et début XXIe siècle)

MUSICIENS ET INTERPRÈTES
"HORS LES MURS" - À LA CATHÉDRALE DE COUTANCES PUIS À L'ABBAYE DE LA LUCERNE (SÉANCES PUBLIQUES)
* Jean-François DÉTRÉE, François NEVEUX & Fabrice SIMON : Conférence-Concert à l'orgue autour d'œuvres de compositeurs normands (XVIIIe - XXe siècles)
* Jean DURON : L'œuvre d'Antoine Merle (XVIIe siècle)
* Sylvie GRANGER & Pierre MESPLÉ : L'enquête Musefrem en Normandie (les maîtres de musiques des cathédrales normandes à la fin du XVIIIe siècle)
* Nicolas LECERVOISIER : Visite de l'abbaye et évocation du travail de redécouverte de la musique sacrée normande par l'abbé Lelégard

AUTOUR DE L'ORGUE
* X : Le chapiteau de Saint-Georges de Boscherville et l'organistrum
* Bernard JEHAN : La facture d'orgue à Coutances : Ménard, Orange, Laforge, six facteurs de 1839 à 1892
* François NEVEUX : Histoire des orgues de Bayeux (XVIIIe - XIXe siècles)
"HORS LES MURS" - SÉANCES ILLUSTRÉES DE MUSIQUES TENUES EN L'ÉGLISE DE CERISY-LA-SALLE (sous réserves)
* François LEMANISSIER : Organiste d'église aujourd'hui, témoignage
* Fabrice SIMON : L'œuvre de Paul Allix à Cherbourg, analyse

DES PRATIQUES EN ÉVOLUTION
* François DUPOUX : L'harmonium au-delà des salons parisiens
* Maurice ROUSSEAU : Les orgues à rouleaux en Normandie et ailleurs (XIXe siècle)
* Musique sacrée et ses usages aujourd'hui, entre cultuel et culturel, table ronde avec Daniel JAMELOT et Enrique THÉRAIN

SOIRÉES :

* Concert Heures musicales à Lessay : Œuvres de compositeurs normands du XVIIe siècle (Ensemble Correspondances, dir. Sébastien DAUCÉ)
* Concert Festival musical de l'abbaye de la Lucerne : musique médiévale normande (Ensemble De Caelis, dir. Laurence BRISSET)
* Concert à la chapelle du Sacré-Cœur du collège Guérard (Institut Jean-Paul II) de Coutances, musique sacrée normande des XIXe et XXe siècles


RÉSUMÉS :

Guillaume ANTOINE & Louis CHEVALIER : Le chant liturgique du Mont Saint-Michel (XIe-XVe siècles)
Sanctuaire consacré à saint Michel et lieu de vie canoniale (v. 708) et monastique (966), le Mont Saint-Michel posséda au Moyen-Âge une riche liturgie en partie héritée de l'ordo de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon diffusé en Normandie au XIe siècle. Son cursus canendi est présenté dans plusieurs livres liturgiques, parmi lesquels un missel et un évangéliaire-nocturnal pourvus d'une notation carrée sur lignes ; le rôle des officiers de la liturgie nous est connu par les prescriptions des ordinaires et du cérémonial de l'abbaye. Après avoir établi le catalogue des sources nécessaires à l'étude du chant du Mont Saint-Michel au Moyen-Âge, nous étudierons le chant propre de l'abbaye et sa notation, puis les circonstances de son exécution lors des offices, des processions et des drames liturgiques au long de l'année.
Bibliographie
A. Colk Santosuosso, Letter Notations in the Middle Ages, Ottawa, The Institute of Mediaeval Music, 1989.
D. M. Dolan, Les drames liturgiques de Pâques en Normandie et en Angleterre au Moyen-Âge, Paris, Presses universitaires de France, 1975.
Millénaire du Mont Saint-Michel, T1 : Histoire et vie monastique, J. Laporte (dir.), Paris, Lethielleux, 1967.

Diplômé en direction de chœur et paléographie musicale de l'École internationale du Chœur grégorien de Paris, chef de chœur de la Schola Collegium Normannorum, Guillaume Antoine est prêtre du diocèse de Coutances. Il participe chaque année au "Festival de musique du Mont Saint-Michel et sa baie Via Aeterna".

Ingénieur de recherche contractuel en analyse des livres d'heures manuscrits médiévaux (IRHT-CNRS), Louis Chevalier a soutenu en 2019 à l'université de Caen Normandie une thèse d'histoire consacrée à l'étude et à l'édition critique et numérique des deux ordinaires liturgiques du Mont Saint-Michel (XIVe-XVe s.).

Cécile DAVY-RIGAUX : Parcours et fortune des messes en plain-chant du P. Paul d'Amance de Lisieux (XVIIe-XXe s.)
Premier auteur à qualifier comme telles les messes "en plain-chant musical", expression qu'il fait graver en 1687 à l'attention de l'abbesse des bénédictines de Chelles, le Père Paul d'Amance, religieux de l'Ordre de la Très Sainte Trinité et de la rédemption des captifs et organiste de son couvent à Lisieux, marque ainsi l'apparition d'un nouveau type de plain-chant dont il est alors probablement loin d'imaginer le succès à venir au fil des siècles suivants. Dans le contexte de la reconsidération des cérémonies et de ses acteurs, qui intervient dans le cadre de la Réforme catholique post-tridentine, la place du chant liturgique au sein du cursus cérémoniel se voit nettement revalorisée. En France notamment, cette revalorisation se traduit par l'apparition de propositions nouvelles, destinées non seulement à le réformer, mais encore parfois à substituer au chant grégorien de nouvelles formes de chants liturgiques. C'est ainsi que le "plain-chant musical" deviendra l'une des manifestations les plus emblématiques de ces "innovations", en particulier par le succès des messes du maître de la Chapelle de Louis XIV Henri Du Mont, qui suscitera de nombreuses créations dans ce genre, de plus en plus autonome, des pièces en plain-chant musical. Outre leur place déterminante dans l'histoire de ce genre musical, les messes de d'Amance offrent, à l'image de celles de Du Mont, la particularité d'avoir été chantées dans des périmètres institutionnel et chronologique plus larges que ceux visés au départ, objets de l'étude présentée ici.

Cécile Davy-Rigaux, directeur de recherche du CNRS à l'IReMus, a dirigé l'Institut de recherche en musicologie (IReMus, UMR 8223) et l'Institut interdisciplinaire Collegium Musicæ Sorbonne Université jusqu'en 2018, préside la Société française de musicologie (Sfm), et co-coordonne le réseau international des musicologies francophones Épistémuse. Ses travaux s'inscrivent dans les domaines de l'édition musicale critique (éditions Rameau, Saint-Saëns), de la musicologie numérique (bibliothèque de partitions numériques Neuma, base Sequentia), du plain-chant et de la musique d'église à l'époque moderne, en particulier à travers leur lien à la liturgie (coresponsable du projet ANR Muséfrem (2009-2013), codirection de la collection ELSEM, "Église, liturgie et société dans l'Europe moderne", chez Brepols, nombreux articles, directions d'ouvrages et une monographie sur l'œuvre de plain-chant de Nivers, CNRS-Éditions, 2004).
http://www.iremus.cnrs.fr/fr/membres-permanents/cecile-davy-rigaux
Bibliographie
Guillaume-Gabriel Nivers, un art du chant grégorien sous le règne de Louis XIV, Paris, CNRS éditions, 2004, 516 p.
"À propos de "La Récollette" : les récollets et la messe en plain-chant musical à l'époque moderne", Les Récollets en quête d'une identité franciscaine, C. Galland, F. Guilloux, P. Moracchini (dir.), Tours, PUFR, 2014, p. 301-316.
"Les messes en plain-chant en France à l'époque moderne", Actes du colloque international, 1000 ans de chant grégorien (9-10 septembre 2010), Études grégoriennes XXXVIII, Éditions de Solesmes, 2011, p. 201-231.
Avec la collaboration de Sébastien Gaudelus et de François Auzeil, "Parcours et détours du "chant de Nivers"", Noter, annoter et éditer la musique, Mélanges offerts à Catherine Massip, C. Reynaud et H. Schneider (dir.), Genève, Droz, 2012, p. 461-476.

Jean-François DÉTRÉE : Rites et pratiques : la musique sacrée est-elle révélée ou masquée par les cérémoniaux ?
Les "antiquaires" qui, dans les premières années du XIXe siècle, se sont interrogés sur l'histoire de la musique en Normandie ont, d'emblée, posé leurs recherches dans le contexte d'une histoire culturelle dominée par la double référence aux figures du sacré et du profane : d'une part, celle des premiers siècles de christianisation et, d'autre part, celle des invasions scandinaves. À la première, appartiendrait la longue tradition du chant religieux ; à la seconde, celle d'une hypothétique tradition de musique épique. L'une et l'autre se trouvent inscrites dans des rituels certes différents, mais tous les deux placés sous le signe de la mémoire : rituel liturgique qui fait mémoire de la Révélation, et rituel profane qui ferait mémoire de l'histoire des hommes. Si les contours du second volet de cette histoire musicale restent encore très incertains, les sources relatives au premier sont abondantes (manuscrits notés, cérémoniaux, iconographies) et justifient de l'interroger sur la longue durée, ce qui sera l'objet de ce colloque. Ces musiques sacrées n'étant rendues possibles et nécessaires qu'en référence aux rituels dont elles sont l'expression sonore, la dualité "rites et pratiques" s'est imposée comme un fil directeur pour l'orientation des recherches et le choix des communications. En le suivant, nous verrons que, loin d'avoir un caractère immuable, les répertoires et les usages ont subi l'influence des évolutions culturelles et sociales du monde profane, reliant ainsi les deux facettes de la vie musicale.

Après des études de philosophie et de sciences politiques (mais aussi de musique), Jean-François Détrée est nommé, en 1970, organiste titulaire du grand orgue de la cathédrale de Coutances. En marge de ses activités professionnelles, il publie régulièrement des articles relatifs à l'histoire de la musique en Normandie et valorise divers aspects de patrimoine par des restitutions d'œuvres, des expositions ou l'organisation de concerts. Une synthèse de ce travail est proposée dans la publication de Musiciens et musique en Normandie (2010). Depuis 2014, il participe au réseau MUSEFREM (Musiciens d'Église en France à l'époque moderne).
Bibliographie
P. Aubry, La musique et les musiciens d'église en Normandie au XIIIe siècle, 1906.
C. Davy-Rigaux, B. Dompnier, D.-O. Hurel, Les cérémoniaux catholiques en France à l'époque moderne, 2009.
Base MUSEFREM (URL pérenne : http://philidor.cmbv.fr/musefrem/orne) : Départements de l'Eure (Pierre Mesplé), de la Manche (Jean-François Détrée) et de l'Orne (Sylvie Granger).

François DUPOUX : L'harmonium au-delà des salons parisiens
Le XIXe siècle, avide d'émotion, ne tarda pas à faire naître un nouvel instrument à clavier qui, comme l'orgue, était à sons tenus certes, mais doté d'expression. En 1943 François-Alexandre Debain déposait le brevet qui devait lui donner son nom : l'harmonium. Adopté par la grande famille de la musique de chambre, il fit les plus belles heures des salons parisiens du seconde empire. Mais, très vite, les facteurs d'instruments de plus en plus nombreux ont vu en lui un succédané de l'orgue et inondant de leur production, églises, chapelles et autres oratoires lui ont conféré la réputation largement répandue qu'on lui connaît encore aujourd'hui, confinant à la caricature. Après avoir séduit compositeurs, interprètes et mélomanes, l'harmonium — et sa fabrication — allait de l'atelier à l'usine, apporter sa contribution au renouveau de la musique religieuse et aux essors industriels, sociaux, et pédagogiques qui ont illustré son époque. La Normandie en est un exemple clair, simple et attachant.

Bibliographie
Dieterlen Michel, L'harmonium, Thèse de doctorat D'État, Presses universitaires du Septentrion, Novembre 2000.
Revue de l'association "L'harmonium français", numéros 3, 4, 7, 9 14, 23 (harmonium.fr).


SOUTIENS :

Archives de la Manche [Conseil départemental de la Manche]
• Cercle de généalogie et d'histoire locale de Coutances et du Cotentin (CGHLCC)


BULLETIN D'INSCRIPTION


ATTENTION : Les inscriptions à ce colloque ne seront ouvertes qu'à partir du 15 mars prochain.

En attendant, nous vous invitons à consulter la page Inscription de notre site.