Programme 2020 : un des colloques


Colloque reporté
— 20 avril 2020 —

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque est reporté aux dates suivantes : du mercredi 5 mai au dimanche 9 mai 2021.

La direction du CCIC


ARTS ET ÉCRITS REBELLES

IMAGES DISSIDENTES ET RÉSISTANCES DE LA LANGUE


DU MERCREDI 17 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 21 JUIN (14 H) 2020

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Idoli CASTRO, Sonia KERFA, Sophie LARGE, Evelyne LLOZE, Yolaine PARISOT


ARGUMENT :

Se rebeller, c'est repartir en guerre selon l'étymologie. Repartir implique un acte de réinvention des pratiques tant artistiques que littéraires, et il faut faire crédit à la rébellion et à la dissidence d'une capacité d'inventivité qui atteint l'ensemble des créations humaines, y compris les arts. Plus de soixante-dix ans après la célèbre définition de l'"artiste engagé" par Sartre, ce colloque propose d'analyser les reconfigurations actuelles de la résistance dans les arts et les écrits, et ainsi d'étudier en quoi l'émergence de nouvelles épistémologies ont pu profondément les modifier en faisant entrer dans le champ de la connaissance certaines pratiques. Les travaux s'intéresseront non pas à une aire culturelle mais à un réseau de relations : celles du monde dit occidental articulé aux mondes des "Suds" qui ont expérimenté des formes de rébellions et des révolutions multiples et diverses, mais aussi des manières de vivre la démocratie et de revendiquer des libertés individuelles qui ont été fécondes pour la création.


MOTS-CLÉS :

Arts visuels, Émancipation, Littérature, Rébellion, Réinvention


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

* Juan ALBARRÁN : Santiago Sierra et les sujets de la résistance
* Florian ALIX : Réécriture de l'Histoire coloniale au féminin : médiation et sensation chez Assia Djebar (La Femme sans sépulture), Anna Moï (Riz noir) et Léonora Miano (La Saison de l'ombre)
* Paula BARREIRO LÓPEZ : De retour à l'archive visuelle révolutionnaire : pratiques artistiques mondialisées et leurs spectres tricontinentaux
* Anne-Laure BONVALOT : Écofictions des Suds : "réalisme magique", environnementalisme littéraire et décolonialité
* Sylvie CHALAYE : Les marronnages de la création afro-diasporique contemporaine
* Chloé CHAUDET : Peter Weiss transaréal ? Enjeux et limites d'une (re)lecture de L'Esthétique de la résistance par temps de mondialisation
* Romuald FONKOUA : Léon-Gontran Damas, les voies rebelles de l'anthropologie et de la poésie
* Béatrice JOSSE : Contre l'art des œuvres d'art
* Samia KASSAB-CHARFI : La langue nue du judéotunisien : le récit en souffle continu de Marco Koskas
* Lawrence LA FOUNTAIN-STOKES : Transformisme et politique dans les Caraïbes hispanophones (Cuba et Porto Rico)
* Claire LAGUIAN : Les nouvelles Guérillères dans la poésie espagnole contemporaine : féminismes et représentations lesbiennes et queer
* Nadia LOUAR : Les figures insolentes de Virginie Despentes
* Valérie MAGDELAINE-ANDRIANJAFITRIMO : Créer et éditer depuis l'océan Indien : pratiques rebelles ou normalisation de l'expression artistique ?
* Valérie K. ORLANDO : Les voix insoumises postcoloniales des cinéastes maghrébines
* Amelia SANZ : Littératures numérisées : possibilités de dissidence (au Sud). Littératures numériques : poétiques politiques (du Sud)
* Michèle SORIANO : Contre-archives, écritures cyborgiennes et dissidence. Créations collectives dans le cinéma contre-hégémonique argentin
* Pascale THIBAUDEAU : Voix résistantes dans le cinéma espagnol contemporain : de l'objet au sujet
* Éliane VIENNOT : Langue des hommes ou langue de l'égalité : une rébellion renouvelée

SOIRÉES :

* Gerty DAMBURY : Fuir, c'est encore se rebeller
* Olivier HADOUCHI : Autour d'une sélection de court-métrages latino-américains révolutionnaires
* María RUIDO : "État d'inconfort", à partir de son film Estado de malestar (VOSTA)

PERFORMANCE :

* Lawrence LA FOUNTAIN-STOKES : Cabaret tropical


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Juan ALBARRÁN : Santiago Sierra et les sujets de la résistance
Les plus connus (et les plus polémiques) projets de l'artiste espagnol Santiago Sierra ont été construits à partir d'un recrutement de travailleurs rémunérés pour faire des tâches absurdes, improductives, voire humiliantes. De cette manière, Sierra se place dans la position d'un entrepreneur qui exploite ses employés pour produire de l'art. Face à ces œuvres qui veulent formuler une critique du capitalisme actuel, on se demande quel type de sujet-artiste incarne Sierra ? Quelle marge d'action reste aux travailleurs, ou performeurs délégués ? Comment peuvent-ils résister aux relations de travail conçues par l'artiste ? Et, finalement, quelle est la position du spectateur dans ce type de performances ? Cette contribution tentera de répondre à ces questions en prenant en considération certains des plus importants apports théoriques qui ont transformé le concept de sujet/subjectivité pendant les dernières décennies.

Juan Albarrán est professeur d'histoire de l'art à l'universidad Autónoma de Madrid. Il s'intéresse aux rapports entre art et politique depuis les années 70. Il est membre du projet international MoDe(s) et dirige le magazine Utopía. Revista de crítica cultural (Madrid-Ciudad de México).
Dernières publications
Disputas sobre lo contemporáneo, Exit, 2019.
Performance y arte contemporáneo, Cátedra, 2019.

Florian ALIX : Réécriture de l'Histoire coloniale au féminin : médiation et sensation chez Assia Djebar (La Femme sans sépulture), Anna Moï (Riz noir) et Léonora Miano (La Saison de l'ombre)
On se proposera de lire l'œuvre de trois romancières contemporaines à l'aune du concept postcolonial de writing back, conçu par Bill Ashcroft, Garreth Griffiths et Helen Tiffin comme un exercice de réécriture critique d'un corpus européen depuis des espaces marqués par l'implantation coloniale. Dans le cas qui nous occupe, l'approche prendra une coloration intersectionnelle puisqu'à cette question politique s'ajoute dans les romans une réflexion sur le genre et, dans une certaine mesure, sur les groupes sociaux (sinon sur les classes). Le writing back doit alors être conçu dans toute sa complexité : les romancières ne mobilisent pas simplement une reconfiguration littéraire mais également d'autres arts ou médias. En même temps, ce travail passe aussi par une tentative de se détacher d'un cadre épistémique au profit de la mise en œuvre d'une écriture de la sensation, comme outil stratégique de déplacement de la pensée de l'Histoire. L'écriture romanesque des trois romancières se situe donc entre complexité de la médiatisation et usage de la sensation (apparemment) immédiate : c'est cet entre-deux que nous nous proposons d'explorer.

Florian Alix est maître de conférences à la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université, rattaché au CIEF / CELLF. Il est l'auteur d’'une thèse sur l'essai postcolonial. Plusieurs de ses articles ont paru sur les littératures subsahariennes, maghrébines et antillaises (Edouard Glissant, Dany Laferrière, Abdelkebir Khatibi, Mongo Béti, Valentin Y. Mudimbe…). Membre du collectif "Write back", il a codirigé l'ouvrage Postcolonial Studies : modes d'emploi (Lyon, PUL, 2013).

Paula BARREIRO LÓPEZ : De retour à l'archive visuelle révolutionnaire : pratiques artistiques mondialisées et leurs spectres tricontinentaux
Avec la première conférence tricontinentale à La Havane (1966), la configuration d'un mouvement transnational de résistance et de soutien aux luttes de libération dans le sud global (Amérique latine, Afrique et Asie) s'est formée. Ce mouvement a fourni une structure qui allait au-delà des tactiques politiques et militaires, s'étendant au-delà du champ de bataille paysan et urbain pour devenir une tactique utile dans le domaine de l'art et de la culture en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine dans les années soixante et soixante-dix. Quarante années plus tard, l'archive tricontinentale et son arsenal d'images, longtemps oubliés, sont en train de renaître à travers des pratiques rebelles d'une multitude d'artistes visuels et réalisateurs afin de contrecarrer la colonialité du pouvoir et le capitalisme cognitif de notre monde actuel.

Paula Barreiro López est professeure d'histoire de l'art contemporain à l'université de Grenoble-Alpes (LARHRA UMR 5190). Elle dirige la plateforme internationale MoDe(s) et, dans ce cadre, le projet Résistance(s) Partisane(s).
Publications
Atlántico Frío. Historias transnacionales del arte y la política en los tiempos del telón de acero, 2019.
Avant-garde Art and Criticism in Francoist Spain, 2017.
Modernidad y vanguardia : rutas de intercambio entre España y Latinoamérica, 2015 (édité avec Fabiola Martínez).
Crítica(s) de arte : discrepancias e hibridaciones de la Guerra Fría a la globalización, 2014 (avec Julian Díaz).

Anne-Laure BONVALOT : Écofictions des Suds : "réalisme magique", environnementalisme littéraire et décolonialité
Dans les littératures environnementales contemporaines émanant des anciens pays colonisés, on repère de nombreux textes que la critique tend à considérer comme relevant du "réalisme magique". Le phénomène est tel que les deux catégories — "réalisme magique" et fiction environnementale — tendent même à se recouvrir, unies par des liens étroits dont la nature n'a, à ce jour, fait l'objet d'aucun examen systématique. Nous chercherons ainsi, en appui sur un corpus d'écofictions mêlant à la mise en texte de cosmovisions non-dualistes une critique de la prédation extractiviste globale, à comprendre comment l'environnementalisme littéraire des Suds renouvelle, refonde ou transcende ledit "réalisme magique". Cette communication s'attachera à dégager une poétique partagée, un fonds narratologique et esthétique commun aux écofictions du Sud Global, qui cherche notamment à mettre en lumière les présupposés culturels ou les réflexes herméneutiques qui président à la lecture du roman environnemental décolonial.

Anne-Laure Bonvalot est maîtresse de conférences en littératures et cultures hispaniques à l'université de Nîmes et chercheuse au LLACS — Université Paul Valéry Montpellier 3, ses domaines de spécialité sont la littérature espagnole contemporaine, la littérature comparée (domaines hispanophone, francophone, lusophone, catalanophone ; domaine africain) et la traduction. Ses travaux portent sur les formes de la fiction politique contemporaine, mais aussi sur la littérature environnementale, la fiction écologique, l'écocritique et l'écopoétique, en particulier dans les territoires du Sud global — éconarratologie décoloniale.

Sylvie CHALAYE : Les marronnages de la création afro-diasporique contemporaine
Des expressions hip-hop, chorégraphiques, plastiques ou musicales aux dramaturgies contemporaines, la création afro-diasporique a développé un geste marron aussi émancipateur que rebelle, geste de salut et de réinvention de soi, source d'inédit dont nous nous proposons d'analyser les enjeux esthétiques et politiques à travers quelques exemples.

Historienne des arts du spectacle et spécialiste des dramaturgies afro-diasporiques contemporaines, Sylvie Chalaye s'intéresse également aux esthétiques jazz et aux expressions scéniques issues du hip-hop. Professeur et directrice de recherche à l'université Sorbonne Nouvelle, elle co-dirige l'Institut de recherche en études théâtrales et a créé en 2007 le laboratoire "Scènes francophones et écritures de l'altérité" (SeFeA) dont le programme est consacré aux dramaturgies traversées par l'histoire coloniale et l'histoire des migrations.
Publication
Corps marron. Les poétiques de marronnage des dramaturgies afro-contemporaines, Passage(s), 2018.

Chloé CHAUDET : Peter Weiss transaréal ? Enjeux et limites d'une (re)lecture de L'Esthétique de la résistance par temps de mondialisation
"Roman-essai" de près de mille pages, Die Ästhetik des Widerstands (3 vol., 1975-1981) s'est maintes fois heurté à la résistance même des traducteurs et éditeurs, en dépit de son statut d'œuvre culte dans l'aire germanophone. Sa réédition récente en langue française (Klincksieck, 2017, dans la traduction d'Éliane Kaufholz-Messmer) nous invite à une (re)lecture actualisante de cette "Iliade du mouvement ouvrier et de la lutte contre le fascisme au XXe siècle" (Nicolas Weill). Il s'agira ainsi d'envisager la dimension fondatrice de cette somme intermédiale dans le cadre d'une épistémologie des arts rebelles. À ce titre, nous nous proposons d'interroger la portée transaréale (Ottmar Ette) de l'engagement littéraire et artistique prôné, figuré et réalisé par Peter Weiss : dans quelle mesure son magnum opus peut-il toujours se lire comme un "manifeste pour l'internationalisme" (Linda Lê) ?

Chloé Chaudet est maîtresse de conférences en littérature générale et comparée à l'université Clermont Auvergne, et membre du CELIS. Après avoir publié un essai, issu de sa thèse, consacré aux Écritures de l'engagement par temps de mondialisation (Classiques Garnier, 2016), elle poursuit ses recherches sur les liens entre littérature, politique et société dans une perspective internationale et, plus récemment, transmédiale.

Béatrice JOSSE : Contre l'art des œuvres d'art
Évincées de l'histoire de l'art académique, la performance ainsi que les autres formes d'œuvres protocolaires ou collectives n'ont guère eu de place dans les collections muséales, focalisées exclusivement sur les aspects matériels des œuvres. Alors que la notion de patrimoine immatériel est officialisée par l'Unesco à la fin des années 90, j'intègre des œuvres performatives, souvent conjuguées au féminin, au Fonds régional d'art contemporain de Lorraine basé à Metz. Il constitue ainsi la première collection publique en France à entériner cette forme d'acquisitions de formes live à réactiver, à interpréter. Animée par une démarche profondément féministe qui permet de révéler plus largement les questions d'invisibilité, je poursuis au MAGASIN des horizons à Grenoble la sape d'un certain monde de l'art arc-bouté sur la valeur marchande.

Béatrice Josse s'est formée en droit et en histoire de l'art avant d'être nommée au 49 Nord 6 Est - Frac Lorraine en 1993 puis au MAGASIN à Grenoble en 2006, destiné à collectionner des œuvres d'art. Elle a réussi à infléchir considérablement le nombre d'artistes masculins tout en y infiltrant des pratiques immatérielles (performances, protocoles…). Outre des monographies d'artistes femmes historiques : Vera Molnar, Nil Yalter, Cécilia Vicuna, Tania Mouraud…, elle a aussi organisé de nombreuses expositions collectives en lien avec ses engagements féministes : "Territoire occupé", "2 ou 3 choses que j'ignore d'elles", "Les Immémoriales"… Dorénavant à la direction du Magasin des horizons à Grenoble, elle s'oriente vers une nouvelle définition du rôle de l'artiste dans la société en proposant des projets pluridisciplinaires, ainsi qu'une formation professionnelle ouverte aux questions art/société/climat…

Lawrence LA FOUNTAIN-STOKES : Transformisme et politique dans les Caraïbes hispanophones (Cuba et Porto Rico)
Quelle est la politique de la performance de drag dans les Caraïbes hispaniques ? Dans cette communication, nous nous concentrerons sur deux artistes : Mickey Negrón (Porto Rico) et Pedro Manuel González Reinoso, mieux connu sous le nom de Roxana Rojo (Cuba). Nous contextualiserons leur travail par rapport à une politique de résistance dissidente qui négocie selon des contextes spécifiques. Dans le cas de Mickey Negrón, nous parlerons de sa performance PonerMickeytarme : ritual de pluma y purificación (2015), qui a été réalisée comme une intervention et protestation contre une marche menée par les églises pentecôtistes et évangéliques qui s'opposent à l'éducation avec une perspective de genre à Porto Rico. Dans le cas de González Reinoso, nous discuterons de son livre Vidas de Roxy, ó el aplatanamiento de una rusa en Cuba (2010) et sa participation à deux documentaires du jeune cinéaste Lázaro González González, Máscaras (2014) et Villa Rosa (2016), dans lesquels l'artiste drag discute de son incarnation d'un personnage russe à Cuba. Travaillant avec l'idée que la performance remet en question le genre et que la culture peut servir dans le cadre d'un processus décolonial, nous examinerons comment ces artistes questionnent et défient les cadres hégémoniques et les relations de pouvoir en lien avec la sexualité et l'État.

Lawrence La Fountain-Stokes est professeur de culture américaine et de langues et littératures romanes à la University of Michigan, Ann Arbor (États Unis). Ses recherches portent sur la littérature, le théâtre et la performance queer des Caraïbes hispanophones et de la diaspora.
Publications
Queer Ricans : Cultures and Sexualities in the Diaspora (2009).
Uñas pintadas de azul/Blue Fingernails (2009).
Abolición del pato (2013).
A Brief and Transformative Account of Queer History (2016).
Keywords for Latina/o Studies (2017).
Escenas transcaribeñas : ensayos sobre teatro, performance y cultura (2018).

Claire LAGUIAN : Les nouvelles Guérillères dans la poésie espagnole contemporaine : féminismes et représentations lesbiennes et queer
La poésie espagnole contemporaine est marquée par l'avènement de nombreuses poètes qui explorent dans leurs vers les identités lesbiennes et queer, comme marques d'une dissidence au sein du cis-tème hétéropatriarcal. Leur guerre symbolique et langagière est teintée par l'intermédialité caractéristique de l'extrême contemporain. Par ailleurs, elle est influencée par l'apparition de courants de pensée récents qui ont surgi après les féminismes européens des années 70. Nous pensons par exemple aux perspectives queer et aux études de genre qui inspirent ces poètes dont la radicalité s'aventure sur des terrains relativement neufs dans l'histoire des féminismes, tels que le postporn ou le pornoterrorisme. Néanmoins, nous verrons comment cette dissidence contemporaine s'inscrit également dans la continuité des luttes artistiques, en reconfigurant la figure fondamentale des Guérillères poétisée par Monique Wittig en 1969, et en conservant la viscéralité wittiguienne et sa déconstruction générique du langage.

Claire Laguian est docteure en littérature espagnole et professeure agrégée (PRAG) à l'université Gustave Eiffel (anciennement Paris-Est Marne-la-Vallée). Au-delà de ses travaux de doctorat sur la poésie contemporaine canarienne, elle a également travaillé sur les écrits poétiques des nombreuses écrivaines engagées ces dernières années en Espagne. Par ailleurs, elle a dirigé des ateliers d'écriture créative et d'autotraduction autour des stéréotypes et représentations de genre en littérature.

Valérie MAGDELAINE-ANDRIANJAFITRIMO : Créer et éditer depuis l'océan Indien : pratiques rebelles ou normalisation de l'expression artistique ?
Des revues artistiques, culturelles et littéraires contemporaines des îles du sud-ouest de l'océan Indien comme Indigo, Fragments, Project'îles, Lettres de Lémurie, Kanyar ou Point barre, résolument plurielles et pluridisciplinaires, rendent compte des productions artistiques des îles en s'appuyant sur un postulat : l'idée d'une Relation indianocéane ou "lémure". Ces revues contribuent-elles à poser un acte politique fort, en proposant une recomposition des champs artistiques internationaux devant prendre en considération des espaces anciennement minorés, ou bien contribuent-elles à une certaine normalisation des pratiques littéraires et artistiques ? Ces nouveaux regards sur les arts offrent ainsi l'occasion de réfléchir à une redéfinition de ce que peuvent être la rébellion et la résistance d'un "Sud global".

Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo est maître de conférences en littératures françaises et francophones à l'université de La Réunion. Elle est aussi rédactrice en chef de la revue NEF - Nouvelles Études Francophones, directrice des Presses universitaires Indianocéaniques. Francophoniste, elle est spécialisée dans les littératures de l'océan Indien. Elle a codirigé ou dirigé plusieurs ouvrages ou numéros de revues, dont, avec G. Armand et Y. Parisot, TROPICS, n°4, Discours artistiques du contemporain au prisme de l'océan Indien : fictions, critique et politiques (2018).

Valérie K. ORLANDO : Les voix insoumises postcoloniales des cinéastes maghrébines
À partir de plusieurs films, cette communication étudiera le cinéma féminin produit par les maghrébines vivant l'époque postcoloniale. Leurs œuvres cinématiques ont contribué au fil des décennies postcoloniales aux discours sociopolitiques et culturels au Maghreb. Cette communication considérera aussi certains moments historiques qui ont influencé les sujets des cinéastes du Maghreb. Ces moments comprennent : Les années de plomb au Maroc, La décennie noire en Algérie et La révolution du jasmin en Tunisie.

Valérie K. Orlando est professeur de littérature francophone à l'université du Maryland. Elle a obtenu la bourse Fulbright-Tocqueville Distinguished Chair (automne 2019) et une bourse du Collegium-Lyon, L'Insitut d'études avancées (printemps 2020).
Publications récentes
The Algerian New Novel : The Poetics of a Modern Nation, 1950-1979, University of Virginia Press, 2017.
New African Cinema, Rutger's University Press, 2017.
Screening Morocco : Contemporary Film in a Changing Society, Ohio UP, 2011.

María RUIDO : "État d'inconfort", à partir de son film Estado de malestar (VOSTA)
"Le capital rend le travailleur malade, puis les multinationales pharmaceutiques lui vendent des médicaments pour qu'il aille mieux. Les causalités sociales et politiques de la détresse mentale sont mises de côté en même temps que le mécontentement est individualisé et intériorisé." [Mark Fisher, Réalisme capitaliste]
Estado de malestar ["État de détresse"] (2019) prend comme point de départ une série de textes de Mark Fisher, Franco Berardi "Bifo" et Santiago López Petit, ainsi que des conversations avec des philosophes, des psychiatres et des patients ou des personnes diagnostiquées, notamment le collectif militant InsPiradas, à Madrid. Il se présente comme un essai visuel sur la symptomatologie et la souffrance psychique à l'ère du réalisme capitaliste, sur la douleur que notre mode de vie nous inflige et sur les lieux et modalités de résistance et/ou de changement que nous pouvons construire pour le combattre.
Estado de malestar - María Ruido - Video HD, super 8mm, 16 mm - 63 mn - 2019 - VO : espagnol - Sous-titres : anglais

Maria Ruido est réalisatrice, artiste, chercheure et enseignante. Elle vit à Madrid et à Barcelone, où elle enseigne au département d'Arts visuels depuis 2002, et où elle participe à plusieurs études sur les représentations et leurs contextes de production. Ses travaux des recherches portent sur les imaginaires du travail dans le capitalisme post-fordiste, sur les mécanismes qui construisent la mémoire et ses relations avec les différents récits historiques et, actuellement, sur l'imaginaire décolonial et ses possibilités d’émancipation.
Filmographie
2002 - La memoria interior (33 mn)
2003 - Tiempo real (43 mn)
2005 - Ficciones anfibias (33 mn)
2008 - Plan Rosebud 1 (114 mn) + Plan Rosebud 2 (120 mn)
2009 - Zona Franca (20 mn)
2010 - Le paradis (4 mn)
2010 - Lo que no puede ser visto debe ser mostrado (12 mn)
2011 - ElectroClass (53 mn)
2014 - Le rêve est fini / The dream is over (47 mn)
2015 - L'œil impératif / The imperative eye (63 mn)
2017 - Mater Amatísima (55 mn)
2019 - Estado de malestar (63 mn)

Amelia SANZ : Littératures numérisées : possibilités de dissidence (au Sud). Littératures numériques : poétiques politiques (du Sud)
À partir d'une distinction nette entre les littératures numérisées, qui naissent lors du passage du support papier au support numérique, et les littératures numériques qui sont nées dans et pour un environnement électronique, nous présenterons les enjeux de ce que nous appelons "l'hypercolonialisme" numérique triomphant et sa thématisation par des artistes. Nous présenterons autant les effets pervers de la globalisation du numérique que la souveraineté épistémologique revendiquée par des chercheurs et des créateurs. Nos exemples seront tirés des pays hispanophones, du Sud, pour atteindre un Sud global bien présent au Nord.

Amelia Sanz est professeure de littérature française et humanités numériques à l'université Complutense de Madrid. Son travail de recherche a suivi de près l'évolution du numérique depuis la création du groupe de recherche LEETHI (Littératures Européennes du Texte à l'Hypermédia) en 2000, à la direction du programme d'e-learning dans son université (2008-2012). À présent elle coordonne le Master en Lettres numériques : études avancées des textualités numériques à l'UCM (2015-2020).
https://www.ucm.es/leethi/amelia-sanz-cabrerizo

Pascale THIBAUDEAU : Voix résistantes dans le cinéma espagnol contemporain : de l'objet au sujet
Dans un pays encore marqué par la répression et la violence d'État, comment le cinéma espagnol contemporain rend-il compte des rébellions et résistances passées ? Cette intervention s'intéressera à deux modalités d'expression de la résistance au cinéma : celle qui prend le passé pour objet et observe l'histoire depuis un point de vue extérieur ; celle qui l'interroge depuis une subjectivité impliquée. Pour ce faire, nous aurons recours à quelques productions du cinéma mainstream, qui traitent de la résistance au fascisme et visent à mettre en garde les spectateurs contre ses possibles résurgences (par exemple Lettre à Franco d'Alejandro Amenábar). Puis seront examinées des propositions plus audacieuses de cinéastes (Carolina Astudillo, Alejandro Alvarado et Concha Barquero) qui offrent une caisse de résonance à des subjectivités passées tout en résistant, depuis certaines propositions formelles, aux effets pervers induits par l'esthétique et les procédés narratifs du cinéma dominant.

Pascale Thibaudeau est professeure à l'université Paris 8 et spécialiste du cinéma hispanique. Ses recherches actuelles portent sur les rapports entre cinéma, histoire et mémoire. Elle a coordonné trois numéros de revues sur ces questions : Politiques, Récits et Représentations de la mémoire en Espagne et en Amérique Latine aux XXe et XXIe siècles, Pandora, n°12, 2014 ; Spectres de la guérilla dans les cinémas hispaniques, HispanismeS, n°7, 2016 ; Las revoluciones en el visor: intervención, persistencia y usos, Fotocinema, n°17, 2018.

Éliane VIENNOT : Langue des hommes ou langue de l'égalité : une rébellion renouvelée
Les polémiques qu'a connues la société française depuis une quarantaine d'années, d'abord autour de la "féminisation" des noms de métiers et fonctions, puis autour de "l'écriture inclusive" font apparaitre deux idées fausses. La première : elles seraient nouvelles. La seconde : elles auraient pour fondement le désir des féministes contemporaines de modifier la langue afin de lui faire servir leurs objectifs. La conférence reviendra sur ces croyances en montrant que ce sont au contraire les distorsions introduites dans la langue par des lettrés masculinistes qui ont provoqué des contestations — dès le XVIIe siècle, et d'abord au sein du milieu savant lui-même. Le sujet concerne bien entendu toute la francophonie, dont les territoires d'implantation ont subi l'influence des diktats parisiens dans une mesure inversement proportionnelle à leur éloignement de la Métropole.

Éliane Viennot a enseigné la grammaire et la littérature française dans les universités de Seattle (USA), Nantes, Corte, Saint-Étienne, et elle a été dix ans membre de l'Institut universitaire de France. Ses recherches portent sur les écrivaines de la Renaissance, les actrices politiques de ce temps, l'histoire des relations de pouvoir entre les sexes en France, la Querelle des femmes et ses conséquences dans la langue française.
http://www.elianeviennot.fr/


BIBLIOGRAPHIE :

• BALASINSKI Justyne, "Art et constestation", in Olivier FILLEULE (éd.), Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Sciences Po, 2009, pp. 67-73.
• BALASINSKI Justyne & MATHIEU Lilian, "Introduction", in Justyne BALASINSKI & Lilian MATHIEU (éd .), Art et contestation, Rennes, PUR, 2010, pp. 9-27.
• BRETON André & RIVERA Diego, Pour un art révolutionnaire indépendant, Mexico, le 25 juillet 1938 [Manifeste de la Fédération internationale des Artistes révolutionnaires indépendants / rédigé avec la collaboration de Léon Trotsky], Service d'édition et de librairie du Parti communiste internationaliste (IVe Internationale), 1938, 4 p.
• DELEUZE Gilles, "Qu'est-ce que l'acte de création ?", Conférence donnée dans le cadre des mardis de la fondation Femis 17/05/1987 [Disponible sur https://www.webdeleuze.com/].
• DEWITTE Jacques, Le Pouvoir de la langue et la liberté de l'esprit, essai sur la résistance au langage totalitaire, Michalon, 2007.
• SAID Edward, L'Orientalisme : L'Orient créé par l'Occident, Paris, Éditions du Seuil [1980], 2005.
• SARTRE Jean-Paul, "Qu'est-ce que la littérature ?", Les Temps modernes, 1947.
• SCOTT James C., La domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, Paris, Éditions Amsterdam [1992], 2008.
• TARROW Sidney, "La mondialisation des conflits : encore un siècle de rébellion ?", Études internationales, n°24, vol. 3, 1993, p. 513–531.


SOUTIENS :

• Laboratoire Passages XX-XXI [Université Lumière Lyon 2]
• Institut des langues et cultures d'Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (ILCEA4) [Université Grenoble Alpes]
• Unité de recherche interdisciplinaire "Interactions culturelles et discursives" (ICD) — EA 6297 [Université de Tours]
• Centre d'études sur les langues et les littératures étrangères et comparées (CELEC) — EA 3069 [Université Jean Monnet Saint-Étienne]
• Laboratoire de recherche "Lettres, idées, savoirs" (LIS) — EA 4395 [Université Paris-Est Créteil]
• Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA) — UMR 5190 [Université de Grenoble-Alpes]
• Projets internationaux Idex Ré-Part [Université Grenoble Alpes] et I+D MoDe(s) [Université de Barcelone]