Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

Pour s'adapter à la persistance de la crise sanitaire, le CCIC et les organisateurs restructure ce colloque en deux temps : une journée d'hommage et une "mise en bouche" en distanciel le jeudi 20 mai 2021 (programme disponible ci-dessous) et une rencontre de 6 jours en présentiel à Cerisy du samedi 13 août au vendredi 19 août 2022 [en savoir plus].

La direction du CCIC


FRANCISCO VARELA, UNE PENSÉE ACTUELLE

AUTOPOÏÈSE, ÉNACTION, PHÉNOMÉNOLOGIE


DU MERCREDI 19 MAI (19 H) AU MARDI 25 MAI (14 H) 2021

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Natalie DEPRAZ, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Michel BITBOL, Amy COHEN-VARELA, Natalie DEPRAZ, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, Claire PETITMENGIN, Jean PETITOT


PRÉSENTATION DE LA JOURNÉE D'HOMMAGE EN DISTANCIEL DU 20 MAI 2021 :

Francisco Varela, une pensée actuelle
Francisco Varela, a thinker for our time
Journée d'hommage pour le 20e anniversaire de sa mort en 2001
A Tribute Day For the 20th Anniversary of his passing in 2001

[ Mind & Life Europe Website ]

Tout commença avec l'idée d'organiser un Colloque d'une semaine consacrée au travail scientifique et à la pensée philosophique de Francisco Varela, ainsi qu'à son ancrage dans le bouddhisme à Cerisy-la-Salle, cet endroit unique en Normandie où eurent lieu tant d'événements culturels internationaux depuis des décennies, en y adjoignant — le lieu s'y prêtant remarquablement — des performances d'artistes en soirée. On voulait par là témoigner de l'enaction (concept varelien s'il en est) de sa pensée et de l'incarnation authentique de sa prise de parole.

It all started with the project of organizing a week-long Conference dedicated to Francisco Varela's scientific work, philosophical thought and Buddhist anchorage at Cerisy-la-salle, a longstanding famous place in Normandy, France, for cultural international events, along with artists' performances in the evenings. All this being meant to attest to the genuine "enaction" (his innovative concept) of his thought and to the true embodiment of his words.

Le colloque devait avoir lieu en juin dernier, en 2020, mais la vie de la planète en décida autrement : nous nous adaptâmes — fidèles en cela à la "dérive naturelle" de Francisco, selon son expression singulière dans L'inscription corporelle de l'esprit (1991), dont nous célébrons d'ailleurs cette année le 30e anniversaire de sa parution — et le Colloque fut reporté aux 19-25 mai 2021, si proche du jour exact de sa mort, le 28 mai 2001, qu'il paraissait impossible de le reporter à nouveau…

This Conference was to take place last July, 2020, but the life of the planet decided otherwise : we adapted — faithful to Francisco's "natural drift" (a remarkable expression in The Embodied Mind, 1991, the 30th anniversary of which we also celebrate this year) — and the Conference was postponed to 19-25 May, 2021, so near to the very date of his passing, on the 28th of May, that it seemed impossible to postpone again…

Et pourtant… La Journée d'hommage qui aura lieu le 20 mai 2021 en distanciel honorera la mémoire de Francisco et offrira une "mise en bouche" ou un "coup d'envoi" (au choix) à un Colloque à nouveau reporté, et qui se tiendra cette fois espérons-le entièrement "en chair et en os" (selon l'expression chère à Husserl) entre le 13 et le 19 août 2022.

But yet… The Tribute Day which will take place on the 20th of May 2021 as a visio-event will honor Francisco’s memory and offer an appetizer or kick-off (according to the metaphor you prefer) to the anew postponed Conference, which will take place hopefully entirely "in flesh and blood" (Husserl's expression) this time between 13-19 August, 2022.

Avec cette première journée d'hommage du 20 mai prochain, nous souhaitons faire revivre la pensée de Francisco et son rayonnement intellectuel international en donnant la parole aux personnes qui l'ont bien connu, amies et amis, collaboratrices et collaborateurs scientifiques et philosophes, ainsi que méditants bouddhistes. Pour cela, nous projetterons aussi de courtes vidéos témoignant des contextes de vie dans lesquels son travail s'est déployé et a mûri, au gré de ses multiples interactions, tout à la fois scientifiques et interpersonnelles. Remarquablement, sa présence à Cerisy à différents moments de sa carrière et, en tout premier lieu, lors du célèbre Colloque "L'auto-organisation : de la physique au politique", en 1981, ouvrit un programme de recherche auquel la recherche de Francisco puisa nombre de ses inspirations et contribua tout autant de façon insigne.

During this first Tribute Day, we want to embody Francisco's thought and his international intellectual vibrancy by giving voice to some persons who knew him well as friends, scientific and philosophical collaborators, Buddhist meditators, and by projecting short videos showing some of the most important life-contexts of his work and scientific interpersonal interactions. And to begin with, his presence at Cerisy at various moments of his career, namely first for the famous Conference "L'auto-organisation : de la physique au politique (1981)" : a seminal research program, which Francisco emblematized so genuinely.

Organisation : Natalie Depraz, Ivan Magrin-Chagnolleau, avec Edith Heurgon et l'équipe de Cerisy


PROGRAMME DE LA JOURNÉE DU 20 MAI 2021 :

10h00
Amy COHEN-VARELA, Natalie DEPRAZ & Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Ouverture de la journée — Opening of the Day

I. FRANCISCO VARELA À CERISY
I. FRANCISCO VARELA IN CERISY

10h10
Edith HEURGON : Les présences de Francisco au Colloque sur L'auto-organisation en 1981 et au Colloque Castoriadis en 1990 : témoignage de Jean-Pierre Dupuy (texte lu) et vidéo de Francisco Varela sur Castoriadis et l'autonomie — Francisco's presence in 1981 and 1990 : Jean-Pierre Dupuy's testimony (text read) and a video showing Francisco discussing Castoriadis' ideas on autonomy

10h25
Pierre LIVET : Francisco Varela : l'autonomie à plusieurs, des interactions qui dépassent les représentations ? — Francisco Varela : living autonomy together : how interactions go beyond representations ?

10h40
La vie, le vivant, l'autonomie, l'auto-organisation, dialogue entre Tom FROESE et Andreas WEBERLife, The Living, Autonomy, Self-organisation, with Tom FROESE and Andreas WEBER [*]

11h20
Petite pause — Short break

II. FRANCISCO VARELA ET LA MÉDITATION BOUDDHISTE
II. FRANCISCO VARELA AND BUDDHIST MEDITATION

11h25
Matthieu RICARD : Ma rencontre avec Francisco (vidéo pré-enregistrée) — Meeting Francisco (pre-recorded video) [*]

11h45
Fabrice MIDAL : La méditation avec Francisco et Chögyam Trungpa — Meditation with Francisco and Chögyam Trungpa

12h05
Alexis LAVIS : Vivre dans un monde sans fondement : comment Francisco Varela ouvre un chemin de la systémique au bouddhisme — How to live in a world without grounds : opening the way from systemics to buddhism

12h20Intermezzo I
Raphaële JEUNE, Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU & Nico DOCKX : Une approche énactive de la création artistique — An enactive approach to artistic creation

12h40
Pause déjeuner — Lunch break

III. FRANCISCO VARELA À PARIS : DU CREA AU LENA (NATURALISATION DE LA PHÉNOMÉNOLOGIE ET NEUROPHÉNOMÉNOLOGIE)
III. FRANCISCO VARELA IN PARIS : FROM CREA TO LENA (NATURALISATION OF PHENOMENOLOGY AND NEUROPHENOMENOLOGY)

14h10
Jean PETITOT : Histoire d'un compagnonnage – The story of a companionship

14h30
Antoine LUTZ : Au LENA : la naissance du paradigme de la neurophénoménologie – The birth of the paradigm of neurophenomenology

IV. EN QUÊTE DE L'EXPÉRIENCE VÉCUE EN PREMIÈRE PERSONNE
IV. IN QUEST OF FIRST-PERSON LIVED EXPERIENCE :
THE VIEW FROM WITHIN (1999) ON BECOMING AWARE (1996-2004)

14h50
Claire PETITMENGIN : La découverte de l'entretien d'explicitation et la fécondité de la méthodologie en première personne – The discovery of the explicitation interview and the fertility of the first person methodology

15h10
Natalie DEPRAZ : De l'immersion dans la phénoménologie husserlienne à son énaction via les méthodes en première personne – From the immersion in Husserlian phenomenology to its enaction in first person methods

15h30Intermezzo II
Michèle DUZERT : Vivre ensemble son autonomie éducative (en films, audios et photos) – Living together one's educational autonomy (in films, photos and audios)

V. HOMMAGES DANS DES LIVRES ET UN LIVRE-ANNIVERSAIRE : THE EMBODIED MIND (1991)
V. TRIBUTES IN BOOKS AND A BOOK-ANNIVERSARY : THE EMBODIED MIND
(1991)

15h50
Le Cercle Créateur (Écrits 1976-2001), Seuil, 2017, Michel BITBOL éditeur — éditor

16h10
Phenomenology and the Cognitive Science : Francisco éditeur. Un premier Hommage (2003) / Un numéro spécial (2004). Natalie DEPRAZ et Shaun GALLAGHER, co-éditeurs — Francisco as a founding editor. A first Tribute 2003 / Special Issue 2004. Natalie DEPRAZ and Shaun GALLAGHER as first editors [*]

16h30
Ten Years of Viewing from Within. Journal of Consciousness Studies, 2009. Claire PETITMENGIN éditrice - éditor

16h45
Trente ans après — Thirty years after The Embodied MindL'inscription corporelle de l'esprit (1989-1991) : John PROTEVI : Situer le travail de Francisco Varela dans le paradigme de la cognition 4EA — Locating Francisco Varela's work in the "4EA cognition" paradigm [*]

17h05
Pause thé — Tea break

VI. FRANCISCO VARELA À DHARAMSALA : L'INSTITUT MIND AND LIFE ET LE DALAÏ-LAMA
VI. FRANCISCO VARELA IN DHARAMSALA : THE MIND AND LIFE INSTITUTE AND THE DALAÏ-LAMA

17h35
Francisco avec le Dalaï-Lama à Dharamsala (vidéo) – Francisco with the Dalaï-Lama in Dharamsala (video) [*]

17h45
Alan WALLACE : Les avantages qu'il y a à avoir plusieurs casquettes : l'héritage de Francisco Varela dans la rencontre entre le bouddhisme et la science (vidéo pré-enregistré) — The Advantages of Wearing Multiple Hats : the Legacy of Francisco Varela in the meeting of Buddhism and Science (pre-recorded video) [*]

18h00
Amy COHEN-VARELA : L'Institut Mind and Life : commencements et nouveaux développements — The Mind and Life Institute : beginnings and new developments [*]

VII. ENVOI
VII. DEPARTING WORDS

18h20Forum : Francisco après Francisco — Francisco after Francisco
François SEBBAH & Charles LENAY : Francisco à l'Université de Technologie de Compiègne, et après… — Francisco at the Université of Technology (Compiègne), And after…
Valérie BONNARDEL : 1986-1991, Jussieu, Quai Saint Bernard, 6e étage : le laboratoire de Francisco Varela — Francisco Varela's lab…
Jean-Daniel THUMSER : Relire Husserl et Varela, l'orée d’un nouveau paradigme… — Reading Husserl and Varela, the dawn of a new paradigm…

18h50
Francisco à Monte Grande et après : Le triptyque de Franz REICHLE : "Monte Grande" / "Mind and Life" / "Cisco Pancho" (projection d'extraits) — Francisco in Monte Grande and afterwards : Franz REICHLE's triptych-film (projection of extracts) [*]

19h20
Edith HEURGON, Amy COHEN-VARELA, Natalie DEPRAZ & Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Mots de conclusion / cyber-apéro : et après ? — Concluding words / cyber-appetizer : what's next ?

[*] This talk/presentation will be in English


PRÉSENTATION DU COLLOQUE EN PRÉSENTIEL DU 13 AU 19 AOÛT 2022 :

Francisco Varela a contribué de manière significative au développement du champ des sciences cognitives en proposant dans les années 80-90, du sein des théories de l'émergence, une nouvelle théorie, qu'il a nommée l'énaction. Il a également beaucoup travaillé au contact de la phénoménologie, en forgeant une approche novatrice de la conscience émergeant de la dynamique neuronale tout en lui étant irréductible, et qu'il a nommée "neurophénoménologie". Parallèlement à son travail scientifique et philosophique, il fondait le Mind and Life Institute, un lieu de dialogue avec le Dalaï Lama, et de réflexion sur les liens possibles entre sciences et pratiques contemplatives, notamment la méditation. D'ailleurs, dès son travail au Chili dans les années 70 avec son professeur Humberto Maturana, la formulation de sa théorie du vivant, l'autopoièse, a eu une résonance épistémologique déterminante, au delà même du champ de la biologie, dans les domaines artistiques et éducatifs par exemple.

Francisco Varela made significant contributions to the development of the field of cognitive science by proposing in the 80-90 his theory of enaction within the theories of emergence. He also worked intensively with phenomenologists, forging a new approach of consciousness emerging from but irreducible to neural dynamics, which he named neurophenomenology. He parallely founded the Mind and Life Institute, a place for dialogue with the Dalai Lama, and for reflection on the possible links between science and contemplative practices, and in particular meditation. Besides, his early work in the 70s in Chile with his teacher Humberto Maturana on the notion of autopoiesis as a new theory of the living has had a crucial epistemological resonance, even beyond the field of biology, in the artistic and educational fields for example.

Il nous a paru essentiel, 20 ans après sa disparition, de revisiter sa pensée, et de mesurer à nouveaux frais quel est son impact encore aujourd'hui dans les nombreux champs et disciplines qui continuent à faire fructifier sa pensée. Ce colloque est donc conçu comme un dialogue entre sciences naturelles et sciences humaines, entre art et science, et bien sûr entre science et philosophie. Il sera aussi l'occasion, grâce aux performances artistiques proposées, de réfléchir à l'interdisciplinarité et à sa mise en pratique concrète.

20 years after his death it appeared essential to revisit his thought and to measure what impact it still has today in the multifarious fields and disciplines that continue to fertilize his thought. This Conference therefore is conceived as a dialogue between natural sciences and humanities, between art and science, and of course between science and philosophy. It will also give us the opportunity hopefully to reflect on the spot on interdisciplinarity and its concrete implementation.


MOTS-CLÉS :

Art et science, Autopoièse, Bouddhisme, Conscience, Création artistique, Émergence, Énaction, Épistémologie, Interdisciplinarité, Méditation, Neurophénoménologie, Philosophie, Phénoménologie, Pratiques contemplatives, Sciences cognitives, Sciences humaines, Sciences de l'éducation, Varela (Francisco)


CALENDRIER PROVISOIRE DU COLLOQUE 2021 :

Mercredi 19 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 20 mai
Matin
Amy COHEN-VARELA : Ouverture

UNE VISION ÉLARGIE DE LA SCIENCE
Jean-Pierre DUPUY : L'émergence, l'épanouissement et le déclin d'une idée majeure dans l'histoire des sciences et des techniques : un ordre sans designer
Valérie BONNARDEL : Couleur, expérience humaine et cyborgisme

Après-midi
Henri ATLAN : La rencontre entre biologie et philosophie
Antoine LUTZ : Exploration neurophénoménologique de la relation entre douleur et souffrance chez des méditants novices et experts

Soirée
Raphaële JEUNE : Varela à l'aventure de l'art
Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Le concept d'énaction appliqué à la création artistique


Vendredi 21 mai
LA PHÉNOMÉNOLOGIE À SES LIMITES
Matin
Jean PETITOT : Que signifie naturaliser la phénoménologie ?
Tom FROESE : Being and Being-with versus the naturalization of phenomenology

Après-midi
Michel BITBOL : La dialectique du corps et de la conscience : une traduction métaphysique de la neurophénoménologie
Natalie DEPRAZ : La cardiophénoménologie. Ou comment raffiner la neurophénoménologie ?
Jean-Daniel THUMSER : Aux entrailles de la subjectivité : pour une cardio et une gastrophénoménologie

Soirée
Table ronde, animée par Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, avec Carole HOFFMAN (L'émergence, dans l'oscillation de l'entre-deux), Xavier LAMBERT (Autopoïèse et générativité) et Célio PAILLARD (L'émergence entre : l'accumulation comme stratégie de création)


Samedi 22 mai
LA PENSÉE DE FRANCISCO VARELA, SOURCE D'INSPIRATIONS ÉDUCATIVES
Matin
Michèle DUZERT : Vivre ensemble son autonomie
Sandrine ESCHENAUER : Langues performées, langues énactées

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Autour du film Monte Grande : What Is Life ? de Franz Reichle


Dimanche 23 mai
UNE SIGNATURE VARÉLIENNE : L'ÉNACTION
Matin
Claire PETITMENGIN : L'énaction comme expérience vécue
Charles LENAY : Énaction et interaction : la question du possible
Andreas WEBER : Skincentric Ecology

Après-midi
François SEBBAH : Énaction et éthique
Fabrice MÉTAIS : Faire sens et rencontrer l'autre : énaction et éthique levinassienne
Mario VILLALOBOS : The Enactive approach to consciousness and the Brainbound view : Enemies or allies ?

Soirée
Table ronde, animée par Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU, avec Nico DOCKX (À Travers le Temps et le Jour) et Frédéric MATHEVET (Énaction politique dans les arts sonores contemporains)


Lundi 24 mai
MÉDITATION EN ACTION ET NATURE DE L'ESPRIT
Matin
Le DALAÏ-LAMA : Témoignage
Amy COHEN-VARELA : Titre non communiqué

Après-midi
Fabrice MIDAL : Ce que j'ai appris de la méditation grâce à Francisco Varela
Alexis LAVIS : L'approche varélienne du bouddhisme et le rôle du bouddhisme dans l'œuvre de Varela

Soirée
Présentations artistiques


Mardi 25 mai
Matin
Table ronde finale et bilan

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Michel BITBOL : La dialectique du corps et de la conscience: une traduction métaphysique de la neurophénoménologie
L'une des tâches que Francisco Varela a assigné à la neurophénoménologie est de dissoudre, et de ne surtout pas essayer de résoudre, le "problème difficile" de l'origine physique de la conscience. Car, selon lui, c'est la formulation même de ce problème qui nous égare. C'est l'énoncé standard (physicaliste) du "problème difficile" qui suffit à en faire un faux mystère. Mais une telle dissolution du "problème difficile" de la conscience est très exigeante pour les chercheurs. Elle les invite à quitter leur position d'observateurs détachés ou de penseurs neutres, et à s'auto-transformer jusqu'à reconnaître qu'ils ne sont pas distincts du thème de leur quête. Elle ne laisse aucune place au "problème difficile" dans le champ du discours, et le transplante entièrement sur le plan des pratiques et des attitudes. Il en résulte que la dissolution neurophénoménologique du "problème difficile" de la conscience s'est exposée à être ignorée ou tenue pour une simple esquive par les philosophes analytiques de l'esprit. Comment surmonter cet obstacle ? Comment restituer toute sa force argumentative à la neurophénoménologie ? Je propose pour cela de lui adjoindre une traduction métaphysique qui la rende suffisamment homogène aux termes du débat sur la conscience en philosophie de l'esprit. Bien sûr, je n'ignore pas ce qu'il y a de paradoxal à vouloir réintégrer l'espace de la métaphysique, pour mieux faire comprendre une position aussi délibérément anti-métaphysique que la dissolution neurophénoménologique du problème de la conscience. J'esquisserai alors deux stratégies pour surmonter ce paradoxe. La première stratégie est d'explorer les potentialités de la traduction en général, et de l'appliquer à la traduction métaphysique proposée ici. Comme l'écrit Barbara Cassin, la traduction n'est pas (ou ne devrait pas être) une transposition de concepts fixes d'une langue à une autre ; la traduction est (ou devrait être) une manière de faire communiquer deux mondes "en inquiétant l'un par l'autre". Ici, je n'essaierai donc pas de transposer les mots de la neurophénoménologie dans le vocabulaire de la spéculation métaphysique, mais d'inquiéter la métaphysique en lui demandant de trouver en elle la ressource d'exprimer ses antipodes. La deuxième stratégie consiste à conserver le bénéfice d'un passage du discours à la manière d'être, typique de la neurophénoménologie, dans cette tentative de réinscrire une manière d'être dans le discours. Pour cela, une conception dynamique et participative de la relation entre le corps et la conscience est formulée. Elle s'appuie sur le concept Varélien de "dialectique cybernétique", et correspond étroitement à l'"intra-ontologie" du dernier Merleau-Ponty : une réflexion sur ce que c'est que d'être, loin des disciplines de la contemplation des étants. En fin de parcours, j'essaierai de montrer que cette métaphysique du corps et de la conscience ne s'inscrit nullement en faux contre la décision neurophénoménologique de suspendre toute théorisation du "problème difficile" de la conscience. Au contraire, elle a la capacité de conforter la neurophénoménologie dans sa décision d'inscrire la recherche en sciences cognitives dans une dynamique de vie vécue qui conditionne la dissipation du problème de la conscience à la transformation de l'être conscient.

Michel Bitbol est chercheur en philosophie de la physique, en philosophie de la connaissance, et en philosophie de l'esprit. Il est Directeur de recherche émérite CNRS aux Archives Husserl, ENS, Paris. Ayant fait ses études dans plusieurs universités à Paris, il a reçu successivement un doctorat en médecine en 1980, un doctorat d'État en physique en 1985, et une Habilitation à diriger des recherches en philosophie, en 1997. Il a poursuivi des recherches scientifiques de 1978 à 1990, puis, à partir de 1990, il s'est tourné vers la philosophie de la physique. Il a d'abord traduit et commenté des textes d'Erwin Schrödinger. Il a ensuite publié plusieurs livres sur une lecture néo-kantienne de la mécanique quantique, ainsi que sur une philosophie des sciences relationnelle. En 1997, l'Académie des Sciences Morales et Politiques lui a remis son prix Grammaticakis-Neumann de philosophie des sciences. Par la suite, il a concentré sa quête sur la philosophie de l'esprit, et sur ses éventuelles connexions avec la physique quantique. Il a travaillé en collaboration étroite avec Francisco Varela dans le sillage de ce travail. Puis il a approfondi cette direction de recherche, en développant une conception de la conscience inspirée par la phénoménologie et par une épistémologie de la connaissance en première personne. Plus récemment, s'appuyant sur sa double approche de la philosophie des sciences et de la philosophie de l'esprit, il s'est engagé dans le débat contemporain sur les nouvelles propositions métaphysiques développées sous la bannière du "réalisme spéculatif".
Publications
Mécanique quantique, une introduction philosophique, Flammarion, 1996.
Schrödinger's philosophy of quantum mechanics, Kluwer, 1996.
L'aveuglante proximité du réel, Champs-Flammarion, 1998.
Physique et philosophie de l'esprit, Champs-Flammarion, 2000.
De l'intérieur du monde, Flammarion, 2010.
La conscience a-t-elle une origine ?, Flammarion, 2014.
La pratique des possibles, une lecture pragmatiste et modale de la mécanique quantique, Hermann, 2015.
Maintenant la finitude, peut-on penser l'absolu ?, Flammarion, 2019.

Valérie BONNARDEL : Couleur, expérience humaine et cyborgisme
"L'abeille imagine la fleur et la fleur imagine l'abeille", Francis Huxley(1)
Dans leur ouvrage L'inscription corporelle de l'esprit. Science cognitive et expérience humaine(2) publié en 1993, Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch proposent une nouvelle conception de la cognition qualifiée d'énactive. L'énaction propose une théorie de la cognition basée sur le principe selon lequel les organismes vivants sont des systèmes autonomes, doués d'auto-organisation et générateurs de signification qui donne lieu à l'origine co-déterminée de la cognition et de l'environnement dans lequel l'organisme est situé(3). Pour notre propos, la position de l'énaction s'inscrit dans un contexte non-dualiste et tente de réconcilier les oppositions traditionnelles (sujet-objet, corps-esprit, soi-autres, etc.) et, ce faisant, offre une voie intermédiaire entre l'opposition "objectivisme computationnel" et le "subjectivisme neurophysiologique". Dans une perspective objectiviste, les organismes vivent dans un environnement préexistant et la cognition dont ils sont pourvus consiste à récupérer l'information nécessaire à la construction d'une représentation plus ou moins fidèle de cet environnement. Pour le subjectivisme, le système cognitif projette ses propres représentations et l'apparente réalité n'est que le reflet des lois internes du système. Pour illustrer les principes et l'intérêt d'une conception énactive de la cognition, les auteurs choisissent l'exemple de la vision colorée qui présente l'avantage d'être, d'une part un sujet transdisciplinaire, incluant entre autres, la biologie, la psychologie, l'anthropologie et les disciplines artistiques et qui, d'autre part, possède une signification immédiate dans l'expérience humaine en termes de perception, de cognition et d'émotion. Ainsi, les auteurs montrent que l'objectivisme peine à rendre compte de l'expérience colorée car il n'existe pas de relation de causalité simple et univoque entre le signal physique (flux lumineux) qui atteint l'œil et la couleur perçue. Quant au subjectivisme, il échoue à rendre compte des aspects universellement partagés de la vision des couleurs tels que leur perception catégorielle. L'approche énactive réconcilie ces deux aspects. Dans cette approche la cognition est "incarnée" c'est-à-dire qu'elle résulte d'expériences rendues possibles avec un corps doté de capacités sensorimotrices qui s'exercent dans un environnement physique, biologique, psychologique, social et culturel à partir duquel l'expérience émerge (énaction) et où perception et action sont indissociables. La qualité de l'expérience énactée de l'apparence colorée résulte alors du couplage structurel entre l'organisme et son environnement pour lequel l'intersubjectivité et le partage culturel de cette expérience sont essentiels à l'extraction de sa signification. Aujourd'hui, en rendant possible la mise en place de capacités sensorielles jusque alors inédites chez les organismes vivants, de récents développements technologiques qualifiés de cyborgisme offrent l'occasion d'une réflexion sur la nature des couplages structurels qui s'élaborent à partir de l'interaction entre le cyborg(4) et son milieu ainsi que de leur impact sur la cognition humaine.
(1) Cité par Francisco Varela, in Monte Grande 2014 Monte Grande : "What is life", Dir: Franz Reichle (2004).
(2) Publiée en 1993 aux Éditions du Seuil, "La couleur des idées". Il s'agit d'une traduction de The embodied mind. Cognitive Science and Human experience, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, publié en 1991. Une seconde édition révisée est publiée en 2016. Varela F. J., Thompson E. & Rosch E. (2016), The Embodied Mind Cognitive Science and Human Experience, Revised Edition, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts.
(3) Pour une discussion détaillée du concept d'énaction, et plus généralement de la pensée varelienne, on se référa au numéro spécial de la revue Constructivist Foundations, Volume 13 (1), "Missing the woods for the trees : neglected aspects of Francisco Varela's work".
(4) "Cyborg" vient de la contraction des termes "cybernétique" et "organisme".

Après avoir réalisé son travail doctoral sous la direction de Franciso Varela à l'Institut des Neurosciences (Université Pierre et Marie Curie), Valérie Bonnardel poursuivait ses recherches au Laboratoire de Psychologie Expérimentale à l'université de Cambridge (Royaume-Uni). Son travail de recherche concernait les aspects psychophysiques de la vision colorée chez l'homme. À l'exception d'une année passée en Inde pour mener une étude sur les aspects cognitifs et culturels de la couleur, l'ensemble de sa carrière d'enseignante s'est effectué au Royaume-Uni. Depuis ces dernières années, elle enseigne dans le département de Psychologie à l'université de Winchester où il lui a été possible de développer un cours destiné aux étudiants de troisième année sur le thème "Embodied Cognition and Contemplative Practice Studies".

Raphaële JEUNE : Varela à l'aventure de l'art
Comment aborder la pensée de Francisco Varela dans le champ de l'art contemporain ? Comment mettre en œuvre dans des dispositifs artistiques l'expérience de l'expérience à laquelle il invite ? Que nous disent les concepts qu'il a forgés, comme l'autopoïèse ou l'enaction, et ceux qu'il a embrassés, comme la mindfulness et la śūnyatā, sur la créativité des artistes, mais aussi celle de tout individu ? Nous aborderons ces questions à partir d'exemples, parmi lesquels l'exposition "La psyché de l'univers — Hommage à Francisco J. Varela" conçue et réalisée par l'auteure de cette communication et l'artiste Nico Dockx en 2015.

Raphaële Jeune est commissaire d'exposition, chercheuse et professeure d'Histoire et théorie de l'art à l'École Européenne Supérieure d'Art de Bretagne — Site de Rennes. Ses axes de recherches concernent les mutations du sujet à l'heure de l'anthropocène et de la subjectivité digitale, telles qu'elles apparaissent dans l'art. Elle soutient prochainement une thèse d'esthétique, inspirée par la pensée de Varela, sur des "situations de présence", œuvres qui invitent le spectateur à éprouver la réalité événementielle du soi par l'expérience de la présence ici et maintenant. Elle a réalisé de nombreuses expositions, dont "Ce qui vient" (Couvent des Jacobins, Frac Bretagne, Musée des Beaux-Arts, Centre d'art contemporain, Rennes, 2010), "Plutôt que rien" (Maison populaire, Montreuil, 2011), "En attendant la montée des eaux" (Centre d'art La Rochelle, 2011), "Des mers non répertoriées" (Mains d'œuvre, Saint-Ouen, 2014) et "La psyché de l’univers — Hommage à Francisco J. Varela" (Phakt, Rennes, 2015).
Dernières publications
La psyché de l’univers — Hommage à Francisco J. Varela, Phakt, Rennes, 2015.
"Kuka et nous", Traverses & Inattendus #1, La Chapelle Faucher, Éditions Traverses et inattendus, 2017.
"Puissances de l'attention dans l'art contemporain : l'exemple des situations de co-présence", in Yves Citton et Estelle Doudet (dir.), Écologies de l'attention et archéologie des media, Colloque de Cerisy, Grenoble, UGA Édition, 2019.

Charles LENAY : Énaction et interaction : la question du possible
Les difficultés à l'origine de la fracture apparue entre les approches varéliennes de l'énaction qui se développent actuellement autour de l'idée de sense-making et les approches de l'école de Maturana qui maintiennent une rigoureuse clôture organisationnelle de l'autopoïèse, peuvent se comprendre à partir de la question d'une naturalisation de l'expérience du possible. Je proposerai une piste pour résoudre cette question à partir d'une approche interactionniste prenant au sérieux l'altérité de la rencontre entre différentes clôtures organisationnelles. À l'appui de ces idées, je présenterai une étude expérimentale minimaliste des conditions de la constitution de l'expérience d'une séparation dans un champ de possibles.

Charles Lenay est professeur de sciences cognitives et philosophie, COSTECH (Connaissance, Organisation et systèmes Techniques) à l'université de technologie de Compiègne. Il consacre l'essentiel de ses recherches aux interactions entre organismes vivants et à la constitutivité biologique et technique de l'expérience humaine.

Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU : Le concept d'énaction appliqué à la création artistique
Le concept d'énaction, qui a été développé par Varela et al., notamment dans le livre The Embodied Mind, a depuis fait son chemin, et inspiré nombre de travaux en sciences cognitives, mais aussi en phénoménologie, en sciences de l'éducation, etc. Je m'intéresse pour ma part à la création artistique, et je présenterai quelques idées sur la façon dont le concept d'énaction peut s'appliquer dans ce cadre.

Ivan Magrin-Chagnolleau est chercheur au CNRS, au sein du laboratoire PRISM à Marseille. Il se consacre à la recherche et à l'enseignement universitaires, en particulier en art et en philosophie. Il s'intéresse particulièrement au processus créatif et à sa phénoménologie, au lien entre art et spiritualité, et à l'importance de réhabiliter l'amour comme une valeur essentielle. Il se consacre également à la création artistique, notamment pour le cinéma, le théâtre, la photographie, la musique et l'écriture.
Publications
"Hasard et Création", in Le hasard, le calcul et la vie, Thierry Gaudin, Marie-Christine Maurel & Jean-Charles Pomerol (dir.), Colloque de Cerisy (2019), ISTE Éditions, Collection "Systèmes d'information, web et société", pp. 161-175, 2021.
"L'énaction dans la création artistique: théâtre, cinéma et performance", in Action, Énaction, Xavier Lambert (ed.), L'Harmattan, Collection "Ouverture Philosophique", pp. 213-224, 2017.

Célio PAILLARD : L'émergence entre : l'accumulation comme stratégie de création
Basée sur ma démarche artistique, cette communication exposera une manière particulière de recourir à l'émergence pour produire des œuvres originales, à travers des stratégies d'accumulation. On verra d'abord comment la création par accumulation produit un monde plutôt qu'une histoire unique et est ainsi un moyen d'ouvrir le champ interprétatif. Cela questionnera à la fois le statut d'œuvre et celui de l'auteur : comment faire autorité lorsqu'on met en place des processus d'autopoïèse ? Il sera aussi beaucoup question de processus de perception, à la fois comme problématique de recherche plastique et comme mode d'accès à l'œuvre.

Célio Paillard est artiste plasticien et chercheur. Sa démarche plastique est centrée sur les médias textuels et sonores. Elle prend la forme d'écritures numériques, de performances, d'installations sonores programmées ou, souvent à travers des collaborations avec d'autres artistes, de pièces sonores associées à un travail vidéo. Après une thèse décrivant les processus d'artification de l'art numérique, sa recherche aborde des questions relatives à ce type d'art, mais aussi aux arts émergents et sonores. Il étudie aussi beaucoup les processus de création, dans une approche combinant sociologie et esthétique. Il est également co-fondateur et co-directeur de la revue numérique L'autre musique. Il est par ailleurs enseignant (en arts plastiques) dans l'école nationale d'architecture Paris-val-de-Seine, membre de la maison d’édition Ici-bas ainsi que graphiste free-lance.
Sélection de publications
"Faire émerger l'œuvre", article publié dans Action/énaction : l'émergence de l'œuvre d'art, sous la direction de Xavier Lambert, Paris, L'Harmattan, 2017.
""L'art numérique" : théories manifestes et pratiques singulières", Revue Études Littéraires (Canada), Volume 44, numéro 3, automne 2014, p. 123-138.
"Imaginaires des arts numériques et imaginaires des œuvres", publié dans Poétique(s) du numérique 2, Éditions l'Entretemps, Lavérune (34), 2013.

Claire PETITMENGIN : L'énaction comme expérience vécue
Dans L'inscription corporelle de l'esprit, Francisco Varela nomme "énaction" le point de vue selon lequel "la cognition, loin d'être la représentation d'un monde prédonné, est l'avènement conjoint d'un monde et d'un esprit à partir de l'histoire des diverses actions qu'accomplit un être dans le monde". Dans cet ouvrage, consacré à démontrer la nécessité d'intégrer une étude disciplinée de l'expérience humaine dans les sciences de la cognition, la plupart des arguments en faveur de l'énaction sont tirés de l'intelligence artificielle, des neurosciences, de la psychologie développementale, de la théorie de l'évolution et de l'immunologie. Dans mon exposé je développerai l'idée, en germe dans L'inscription corporelle de l'esprit, que le processus de co-émergence du moi et du monde peut aussi faire l'objet d'une expérience intime, concrètement vécue.

Claire Petitmengin is currently Professor Emerita in Philosophy at the Institut Mines-Télécom and member of the Archives Husserl, École Normale Supérieure in Paris. Her research focuses on the usually unrecognized dynamics of lived experience and "micro-phenomenological" methods enabling us to become aware of it and highlight its essential structures. She studies the epistemological conditions of these methods, as well as their educational, therapeutic, artistic and contemplative applications. She currently devotes herself to exploring the links between the ecological crisis and our blindness to our lived experience. She has written numerous scientific articles and two books : L'expérience intuitive, and Le chemin du milieu : Introduction à la vacuité dans la pensée bouddhiste indienne. She also edited Ten years of viewing from within : The legacy of Francisco Varela, which commemorates the tenth anniversary of the publication of The View from Within, wherein Francisco Varela designed the foundations of a research program on lived experience.
Publications
Petitmengin C. (2017), "Enaction as a lived experience. Towards a radical neurophenomenology", Constructivist Foundations, 12, (2): 139-147.
Petitmengin C. (2006), "L'énaction comme expérience vécue", Intellectica, 43, 85-92.

Jean PETITOT : Que signifie naturaliser la phénoménologie ?
Au cours des années 1990, j'ai co-organisé avec Francisco Varela, Jean-Michel Roy et Bernard Pachoud un séminaire au long cours sur la naturalisation de la phénoménologie. Ces travaux ont débouché sur la publication en 1999 de l'ouvrage Naturalizing Phenomenology : Issues in contemporary phenomenology and cognitive science (Stanford University Press). Plusieurs façons de concevoir les relations entre la phénoménologie husserlienne comme eidétique descriptive et les neurosciences cognitives y sont développées. Je me propose de revenir sur ces réflexions.

Né en 1944 à Paris, directeur d'études retraité à l'EHESS, Jean Petitot est un spécialiste des modèles mathématiques en sciences cognitives. Il a appliqué les théories des singularités et des bifurcations constitutives des modèles morphodynamiques de René Thom à divers aspects du structuralisme, à la phénoménologie de la perception et aux neurosciences cognitives. Ces recherches l'ont conduit à un programme de naturalisation de la phénoménologie husserlienne. Il est également un philosophe des sciences et a été dans ce domaine l'un des réintroducteurs de la philosophie transcendantale en mathématiques et en physique modernes.
Publications
Petitot J., 1999 (ed. with F. Varela, J.-M. Roy & B. Pachoud), Naturalizing Phenomenology : Issues in Contemporary Phenomenology and Cognitive Science, Stanford, Stanford University Press.
Petitot J., 2002, "Eidétique morphologique de la perception", Naturaliser la phénoménologie, J. Petitot, F. Varela, J.-M. Roy, B. Pachoud (eds), CNRS Éditions, Paris, 427-484 [en ligne].
Petitot J., 2004, "Géométrie et Vision dans Ding und Raum de Husserl", Des lois de la pensée aux constructivismes, M.-J. Durand-Richard (ed.), Intellectica, 2004/2, 39, 139-167 [en ligne].
Petitot J., 2010, ""Le hiatus entre le logique et le morphologique". Prédication et perception", Semiosis and Catastrophes. René Thom's Semiotic Heritage, W. Wildgen, P.A. Brandt (eds), Peter Lang, Bern, 141-166 [en ligne].
Petitot J., 2014, "Landmarks for neurogeometry", Neuromathematics of Vision, G. Citti, A. Sarti (eds), Springer, Berlin, Heidelberg, 1-85 [en ligne].
Petitot J., 2017, Elements of Neurogeometry. Functional Architectures of Vision, Lecture Notes in Morphogenesis, Springer.
Colloques de Cerisy
(dir.) 1982, Logos et théorie des catastrophes (à partir du travail de René Thom).
(dir.) 1988, Rationalité et objectivités.
(dir.) 1990, Avec Fernando Gil et Heinz Wismann, 1790-1990 - Le destin de la philosophie transcendantale.
(dir.) 1996, Avec Paolo FAabbri, Umberto Eco : au nom du sens.
"Auto-organisation, criticité et temporalité", in Jean-Pierre Dupuy. Dans l'œil du cyclone, Carnets Nord, 2008..

Jean-Daniel THUMSER : Aux entrailles de la subjectivité : pour une cardio et une gastrophénoménologie
Plutôt que de réduire la phénoménologie à une science auxiliaire des sciences cognitives, les chercheurs contemporains en phénoménologie tentent de développer une étude cogénérative de la vie subjective mêlant tantôt une perspective à la première personne, transcendantale, tantôt les données de recherches de type étiologique menées par des psychologues, psychiatres et neuroscientifiques. Dans la trame de ladite "naturalisation de la phénoménologie", nous souhaitons garder intacte la sphère de la phénoménalité afin de ne pas réduire cette dernière à ce qu'elle n'est pas, à savoir des processus neurophysiologiques asubjectifs. Pour ce faire, notre ambition consiste à remettre l'expérience au premier plan, à ne la réduire d'aucune façon, et à mettre au jour de quelle manière l'étude du cœur et du système nerveux entérique forme une nouvelle voie permettant d'outrepasser le fossé explicatif entre l'étude phénoménologique et l'étude strictement physicaliste. En considérant le corps (Leibkörper) en tant qu'organe de la volonté et lieu de l'expérience intime, nous traiterons les difficultés qu'il y a à vouloir étudier la vie subjective à partir du cerveau - organe noble considéré à tort ou à raison comme centre et source de la vie subjective, mais hors de portée de l'expérience —, puis les promesses d'une étude cogénérative à partir des entrailles — partie vile du corps, mais dotée d'un grand nombre de neurones et dont nous faisons l'expérience — afin de mettre en lumière les intrications entre les vicissitudes du corps et la vie subjective.


BIBLIOGRAPHIE :

• F. Varela, Principles of Biological Autonomy, Elsevier/North-Holland, New York, 1979, 306 pp (en français : Autonomie et Connaissance : Essai sur le Vivant, Seuil, Paris, 1988).
• H. Maturana and F. Varela, Autopoiesis and Cognition : The realization of the living, Boston, 1980, 141 pp.
• F. Varela, "L'auto-organisation : de l'apparence au mécanisme", in L'auto-organisation. De la physique au politique, Colloque de Cerisy, Éditions du Seuil, 1983.
• H. Maturana and F. Varela, The Tree of Knowledge : A new look at the biological roots of human understanding, Shambhala/New Science Library, Boston, 1987 (en français : L'Arbre de la Connaissance, Addison-Wesley France, Paris, 1994).
• F. Varela, Connaître Les Sciences Cognitives, tendances et perspectives, Éditions du Seuil, Paris, 1988.
• F. Varela, E. Thompson and E. Rosch, The Embodied Mind : Cognitive science and human experience, MIT Press, Cambridge, 1991 (en français : L'Inscription Corporelle de l'Esprit, Seuil, Paris, 1993).
• F. Varela, Un Know-how per l'ettica, The Italian Lectures 3, Editrice La Terza, Roma, 1992 (en français : Quel savoir pour l'éthique ? Action, sagesse et cognition, Éditions La Découverte, Paris, 1996).
• F. Varela and J.-P. Dupuy (Eds.), Understanding Origin : Scientific Ideas on the Origin of Life, Mind, and Society (A Stanford University Interational Symposium), Boston Studies Phil. Sci., Kluwer Assoc., Dordrecht, 1992.
• J. Hayward and F. Varela (Eds.), Gentle Bridges : Dialogues between the Cognitive Sciences and the Buddhist Tradition, Shambhala Publishers, 1992 (en français : Passerelles : Entretiens avec des scientifiques sur la nature de l'esprit, Albin Michel, 1995).
• M. R. Anspach & F. Varela, "Le système immunitaire : un "soi" cognitif autonome", in Introduction aux sciences cognitives, Colloque de Cerisy, Éditions Gallimard, Coll. "Folio Essais", 1992 (réédition en 1995 et 2004).
• F. Varela, Invitation aux Sciences Cognitives, Éditions du Seuil, "Points Sciences", 1996.
• F. Varela (Ed.), Sleeping, Dreaming and Dying : Dialogues between the Sciences and the Buddhist Tradition, Wisdom Book, Boston, 1997 (en français : Dormir, Rêver, Mourir, NIL Éditions, Paris, 1998).
• F. Varela and J. Shear (Eds.), The View from Within : First-Person Methodologies in the Study of Consciousness, Special Issue, Journal of Consciousness Studies, 6(2-3), 1999 (also available as book : Imprint Academic, London, 1999).
• J. Petitot, F. Varela, B. Pachoud and J.-M. Roy (Eds.), Naturalizing Phenomenology : Contemporary Issues in Phenomenology and Cognitive Science, Stanford University Press, Stanford, 1999.
• J. Hayward and F. Varela (Eds.), Gentle Bridges : Conversations with the Dalai Lama on the Sciences of Mind, Shambhala Publishers, 2001.
• N. Depraz, F. Varela and P. Vermersch, On Becoming Aware : Steps to a Phenomenological Pragmatics, Benjamin Publishing, Advances in Consciousness Research, New York, 2003.
• S. Brier and J. Bopry (Eds.), Francisco J. Varela 1946-2001, Special Issue, Cybernetics & Human Knowing, 2004 (also available as book : Imprint Academic, London, 2004).
• C. Petitmengin (Eds.), Ten Years of Viewing from Within : The Legacy of Francisco Varela, Special Issue, Journal of Consciousness Studies, 2009 (also available as book : Imprint Academic, London, 2009).
• F. Varela, Le cercle créateur - Écrits (1976-2001), Seuil, Paris, 2017.


SOUTIENS :

• Équipe de recherche interdisciplinaire sur les aires culturelles (ERIAC, EA 4705) | Université de Rouen Normandie
Archives Husserl (UMR 8547) | CNRS / ENS
• Laboratoire Perception Représentations Image Son Musique (PRISM, UMR 7061) | CNRS / Aix-Marseille Université
Mind & Life Europe

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

En raison de la persistance de la pandémie, et en accord avec les directeurs du colloque, Cerisy s'adapte et restructure cette rencontre de la manière suivante :
- un colloque en visioconférence, du mardi 11 au samedi 15 mai 2021  (programme disponible ci-dessous) ;
- des conférences de clôture (sous la présidence de notre président Jean-Baptiste de Foucauld) à l'Institut national d'histoire de l'art les lundis 27 septembre, 4 octobre, 11 octobre et 18 octobre 2021 (programme disponible ci-dessous) ;
- un colloque en présentiel à Cerisy, intitulé "Art et Argent : imager, raconter, créer", du mercredi 11 mai au dimanche 15 mai 2022.

La direction du CCIC


ART / ARGENT : L'ÉCONOMIE À L'ŒUVRE


DU MARDI 11 MAI (19 H) AU LUNDI 17 MAI (14 H) 2021

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Patrice BAUBEAU, Martial POIRSON, Yann TOMA


ARGUMENT :

Ce colloque interdisciplinaire portera sur les relations entre les arts et l'économie d'hier à aujourd'hui. En effet, les formes de production, de représentation et de réception de l'art à travers les âges sont indissociables du système économique de leur temps sans en être pour autant une simple transposition, alors que la mise en fiction de l'économie, sa réalité parfois portée à la critique, sublimée ou transformée par l'art, autorisent de subtiles stratégies d’infiltration, de détournement, de subversion de l'attribution de la valeur. D'où l'existence d'un rapport de fascination et de répulsion mutuelle entre art et argent. Ce dialogue complexe s'éclaire en interrogeant la position des œuvres, des artistes et des publics, mais aussi, de façon symétrique, les modalités de captation des gestes artistiques au sein de l'activité économique proprement dite. Le travail créateur s'insère ainsi dans la production de valeur marchande comme dans ses processus de créance, tout en interrogeant ses modalités d'évaluation, de distribution ou d'appropriation, sous leurs formes économiques, sociales, politiques, culturelles et symboliques.

La rencontre accordera une large place à la recherche créative et à l'expérimentation artistique des objets et mécanismes économiques (monnaie, actions). Elle articulera relecture de textes canoniques, paroles de penseurs de différentes disciplines, expérimentations d'artistes et rencontres avec des acteurs de l'économie.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Argent, Arts, Créance, Crise, Économie, Fiction, Littérature, Monnaie, Théâtre


PROGRAMME DU COLLOQUE EN VISIOCONFÉRENCE (11-15 mai 2021) :

Un site "Archives du colloque", regroupant l'ensemble des vidéos des interventions qui se sont tenues en visioconférence, est actuellement en ligne : argentgens.herokuapp.com.

Mardi 11 mai
L'ÉCONOMIE DANS L'ART : INTRODUCTION INAUGURALE
Introduction inaugurable du colloque
15h00
Mot d'accueil, par Edith HEURGON
Patrice BAUBEAU, Martial POIRSON & Yann TOMA : Introduction

16h00
Christine BARON : Flux monétaires à l'état gazeux


Mercredi 12 mai
ÉCRITURES DE L'ARGENT
Présidence : Christine BARON
9h30
Commerces du théâtre, théâtralisations de l'argent, table ronde avec Guillaume COT (Dom Juan ou le crédit d'une œuvre), Béatrice SCHUCHARDT (L'économie politique transformée en fiction : la mise en scène des secteurs économiques dans le théâtre sentimental espagnol et français), Romain JOBEZ (Le théâtre est-il un luxe ? Des valeurs dans le domaine du spectacle vivant) et Isabelle BARBÉRIS (Postures anticapitalistes sur la scène contemporaine)

11h30
Désorientations, table ronde avec Marion LAVAL-JEANTET (Dévalorisations : expériences artistiques de détournement de la valeur), Isabelle de MAISON ROUGE (Money money money, ou le fric c'est chic) et Agnieszka KOMOROWSKA ("Ça n'existe pas, une société qui ne batte pas monnaie". Communauté et fictions économiques dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes)


Jeudi 13 mai
FIGURATIONS, MOTIFS, TROPES ÉCONOMIQUES
Présidence : Sophie CRAS
13h30
Emmanuel BOUJU : Credit Crunch. Pour une poétique de l'insolvabilité

15h00
Pertes, profits, circulations, table ronde avec Marius Warholm HAUGEN (Économie du risque et mises en scène de la loterie au début du XIXe siècle), Marie-Laure MASSEI-CHAMAYOU ("I shall eat ice & drink French wine and be above vulgar economy"), Christophe RIOUX (L'âge de l'artketing : les noces de l'art, du marketing et de l'économie) et Ludovic DESMEDT (L'argent dans le neuvième art : les échanges monétaires vus par l'école franco-belge [en collaboration avec Jérôme BLANC])


Vendredi 14 mai
POSTURES ET IMPOSTURES ARTISTIQUES
Présidence : Yann TOMA
9h30
Stock Exchange, table ronde avec Jacinto LAGEIRA (Philosophie de l'argent – Sur les Théories esthétiques de Georg Simmel), Sophie CRAS (Petits traités d'économie rédigés par des artistes) et Christophe DOMINO (Gilles Mahé – Art & Gens) et

11h00
Entreprises critiques, table ronde avec Yann TOMA (De Marcel Duchamp aux entreprises critiques – Chèque en bois, sociétés fictives et libération de capital artistique), Res INGOLD (La valeur idéelle du vol) et Stephen WRIGHT (Vers un art sans reste, sans excédent et sans plus-value)


Samedi 15 mai
DIMENSIONS SENSORIELLES DES OBJETS MONÉTAIRES : UNE EXPLORATION À PARTIR DU FAUX
Présidence : Éric MÉCHOULAN
14h00
Éric MÉCHOULAN : Fausse monnaie et vérité artistique

RHÉTORIQUE DES ÉCONOMISTES
Présidence : Éric MÉCHOULAN

15h00
Styles et fictions des économistes, table ronde avec Alexandre PÉRAUD (Et l'économie devint épique) et Christophe REFFAIT (Les métaphores chez Jean-Baptiste Say)

17h30
Imaginaires économiques, table ronde avec Annika NICKENIG (Abondance et ambivalence de l'argent. Jean Bodin et sa Réponse aux paradoxes de Malestroit [1568]), Élise SULTAN-VILLET (Homo eroticus et homo œconomicus. Le calcul libertin ou le bonheur comptable) et Slaven WAELTI (Fertilité de l'argent et sacrifice : un imaginaire paradoxal de la monnaie)


PROGRAMME DES CONFÉRENCES DE CLÔTURE :

— Séminaire Arts & crise —
[ Institut national d'histoire de l’art ]

L'ART DE L'ÉCONOMIE
Fables et mythologies de l’économie — Présidence : Jean-Baptiste de FOUCAULD

Lundi 27 septembre 2021
17h00
André ORLÉAN : Les fables des économistes


Lundi 4 octobre 2021
17h00
Yann MOULIER-BOUTANG : L'abeille et l'économiste


Lundi 11 octobre 2021
17h00
Arnaud MANAS : "L'art de l'économie"


Lundi 18 octobre 2021
Atelier : La Révolution sera tokenisée, par Aude LAUNAY


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Christine BARON : Flux monétaires à l'état gazeux
L'argent au XXIe siècle se caractérise par son invisibilité et son ubiquité. À la manière des flux financiers et leur caractère immaîtrisable, la sociologie contemporaine et les arts se dématérialisent, mais cette dématérialisation est-elle neuve ? Après un bref détour historique, la communication portera entre autres sur le corps désincarné d'Eric (Cosmopolis) face à la compacité du corps civique qui associe à l'argent une ontologie spécifique et une éthique. Il ne s'agit plus dans une perspective romantique de refonder éthiquement le monde contre le pouvoir de l'argent mais de faire face à une utopie en suspension "pulvérulente" où se dissout même la possibilité d'un espace critique (Walter Siti). L'émergence d'une économie de l'attention (Citton) et d'une économie affective (Hochschild, Le prix des sentiments, 2017) investit le corps même des sujets en contexte néocapitaliste. Surgit alors le paradoxe d'un flux à la fois invisible, sans poids, et intériorisé qui investit le corps du sujet néolibéral comme une nouvelle forme diffuse de biogouvernance où l'État n'a aucune part. C'est cette apparente contradiction que ce travail tentera d'explorer notamment à travers la valorisation de l'émotion en contexte néocapitaliste.

Christine Baron est professeur de littérature comparée à l'université de Poitiers en délégation CNRS à "République des savoirs" (ENS Ulm). Après une thèse de théorie en littérature sur la notion d'utopie chez Calvino, Borges, Queneau, elle s'est spécialisée en épistémocritique et dans l'étude des relations économie/littérature et droit/littérature (France-USA).
Publications
La pensée du dehors, 2007, Coll. "Ouverture philosophique", L'Harmattan.
La littérature et son autre, 2008, Coll. "Littérature comparée", L'Harmattan.
Realism, antirealism in the XXth Century, 2010, Rodopi, Amsterdam.
Littérature, droit et transgression, 2013, La Licorne.
"Littérature et économie ; contacts, conflits, perspectives", 2013, Épistémocritique, n°12.
Literature and economics, 2017, en collaboration avec Cinla Akdere, Routledge.
The productivity of plagiarism, avec Charlotte Krauss et Larissa Polubojarinova.
En cours de parution
Le récit judiciaire, 2020, Presses du CNRS.
Contextes littéraires, émotions judiciaires, 2020, Garnier.

Emmanuel BOUJU
Emmanuel Bouju est Professeur de littérature comparée à l'université de la Sorbonne Nouvelle. Il a été membre senior de l'Institut Universitaire de France (programme "Littérature à crédit. Roman européen contemporain et paradigme fiduciaire", 2015-2020) et plusieurs fois Visiting Professor à Harvard University. Il co-dirige la collection "Littérature, Histoire, Politique" aux Classiques Garnier.
Dernier ouvrage
Épimodernes. Nouvelles "leçons américaines" sur l'actualité du roman, Codicille éditeur, Québec, 2020.

Guillaume COT : Dom Juan ou le crédit d'une œuvre
Dom Juan peut se lire comme une variation autour de la notion de crédit, en tant que création juridique et économique de valeur. La pièce met en scène des situations dans lesquelles un crédit est accordé, refusé ou dû à Dom Juan ou à d'autres personnages. Ce crédit peut être monétaire (comme dans le cas de Monsieur Dimanche), social (les frères d'Elvire), ou religieux (le Commandeur). Le crédit, la créance et la croyance fonctionnent dans l'œuvre selon une seule et même dynamique, et s'insinuent dans les moindres interactions. Nous proposons ainsi de nous saisir du phénomène du crédit, en tant que création de valeur par la croyance, comme grille de lecture dramaturgique, afin de dégager un discours porté par la pièce tant sur le crédit lui-même que sur le théâtre. Nous chercherons à déceler ce qui, dans Dom Juan, crée le théâtre par et autour du crédit.

Guillaume Cot est titulaire d'un master en études théâtrales de l'École normale supérieure ainsi que d'un master en droit public de l'université de la Sorbonne. Il est actuellement doctorant à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, où il rédige une thèse sous la direction de Martial Poirson. Sa thèse est intitulée : "La Scène et la Loi. Les dramaturgies du droit pendant la Révolution française, 1789-1794". Il est également attaché temporaire d'enseignement et de recherche à l'université de Lille.

Sophie CRAS : Petits traités d'économie rédigés par des artistes
Qu'advient-il de l'économie lorsqu'elle est pensée, inventée, rêvée par les artistes ? On le sait peu, mais nombreux furent les artistes qui, de la fin du XIXe siècle jusqu'à aujourd'hui, se firent un temps économistes et rédigèrent de véritables petits traités ambitionnant de renouveler la discipline. Cette contribution se propose de traverser ces textes et d'en explorer la portée d'aujourd'hui. Qu'ils aient suivi une formation universitaire en économie (tel Vassily Kandinsky ou Robert Filliou), qu'ils aient construit leur conception théorique de l'art en dialogue avec des économistes (comme William Morris ou Joseph Beuys), ou qu'ils aient élaboré un système théorique à part entière (à l'instar d'Asger Jorn ou d'Isidore Isou), ces artistes nous livrent une vision riche et singulière, tant sur la pensée économique de leur temps que sur les enjeux d'aujourd'hui.

Sophie Cras est maîtresse de conférences en Histoire de l'art contemporain à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et s'intéresse à de nouvelles approches à l'intersection de l'art et de l'économie. Son premier livre, L'économie à l'epréuve de l'art. Art et capitalisme dans les années 1960 (Presses du réel, 2018 ; traduit chez Yale University Press, 2019) s'intéresse au regard créatif et critique que les artistes contemporains ont porté sur l'économie de leur temps.

Ludovic DESMEDT : L'argent dans le neuvième art : les échanges monétaires vus par l'école franco-belge [en collaboration avec Jérôme BLANC]
Les échanges monétaires apparaissent de manière plus ou moins réaliste dans de nombreuses bandes dessinées : le but de cette communication consiste à délimiter le(s) rôle(s) de l'argent lorsqu'il est représenté dans les "grandes" séries franco-belges. Nous nous appuierons sur certains titres issus des séries Tintin, Astérix et Obélix, Lucky Luke, Les Schtroumpfs, Tif et Tondu, Gaston Lagaffe, Achille Talon ou Rahan pour repérer plusieurs thèmes : les effets sociaux de l'apparition de la monnaie, ses usages au sein de certaines communautés, la confrontation de systèmes monétaires différents, la corruption via la monnaie…

Jérôme Blanc est professeur des universités à Sciences Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle (UMR 5206). Ses travaux portent principalement sur la monnaie et la pluralité de ses formes, qu'il aborde en particulier d'un point de vue socioéconomique et d'histoire des idées.
Publication
Les monnaies alternatives, La Découverte, Repères, 2018.

Ludovic Desmedt est professeur à l'université de Bourgogne-Franche Comté et chercheur au LEDi. Il s'intéresse à l'évolution des pratiques bancaires et des théories monétaires.
Publication
A co-édité avec J. Blanc, Les pensées monétaires dans l'histoire, Classiques Garnier, 2014.

Marius Warholm HAUGEN : Économie du risque et mises en scène de la loterie au début du XIXe siècle
Cette intervention interrogera les mises en scène de la loterie dans le théâtre parisien au début du dix-neuvième siècle : Le hasard corrigé par l'amour (1801), Les Petites marionnettes, ou la Loterie (1806), L'Isle de mariages, ou les Filles en loterie (1809), Le Billet de Loterie (1811), La Maison en loterie (1818), Le jeune homme en loterie (1821). La suppression en 1793 de la Loterie royale, son rétablissement en 1795 avec la naissance de la Loterie nationale, et les débats qui accompagnaient ces décisions, reflétaient un problème économique, moral et politique : l'État français devait-il profiter d'une institution financière très rentable, ou devait-il abolir un système d'Ancien Régime servant à exploiter les classes populaires ? On examinera comment ces enjeux sont traduits dans les "comédies de loterie". Il s'agira surtout de déterminer dans quelle mesure celles-ci produisent des réponses explicites ou métaphoriques aux enjeux liés à la loterie comme institution financière.

Marius Warholm Haugen est maître de conférences en littérature française à NTNU, Université des sciences et techniques de Norvège, Département de Lettres modernes. Il est l’auteur de plusieurs articles sur la littérature française et italienne du dix-huitième siècle.
ntnu.edu/employees/marius.haugen
Publication
Jean Potocki : esthétique et philosophie de l'errance, Peeters 2014.

Res INGOLD : La valeur idéelle du vol
La compagnie aérienne transmediale exploite une large gamme de services complémentaires dans le cadre du trafic aérien et développe un service de substitutions du transfert des matières premières et des principes actifs. Elle s'est engagée depuis plus de 60 ans en faveur de la mobilité atmosphérique et de la sécurité des atterrissages. L'aviation civile est toujours au centre du modèle économique d'Ingold Airlines. Cependant le marché a unilatéralement accéléré et polarisé le développement. En conséquence, de nouveaux domaines de responsabilité sont apparus dans tous les secteurs de la mobilité. L'avenir du trafic aérien doit également être envisagé toujours davantage dans une perspective écologique. La perspective opérationnelle se tourne de plus en plus vers des motifs immatériels décisifs.

Romain JOBEZ : Le théâtre est-il un luxe ? Des valeurs dans le domaine du spectacle vivant
Le théâtre peut être l'objet de différentes sortes d'analyse, faciles à prendre en défaut quand elles ont tendance à mettre de côté sa dimension esthétique. D'une part, un discours purement économique, vite réduit à la question de sa rentabilité, de l'autre, des jugements normatifs, voire idéologiques. Or axiologie et économie critiquent toutes deux le spectacle vivant à l'aune de la valeur, notion qui a été récemment débattue dans le domaine de la sociologie. C'est ainsi que les travaux de Nathalie Heinich ont fait apparaître une tension entre descriptivité et normativité lorsqu'il est question de valeurs. Il convient de se demander si cette tension n'est pas constitutive de toute activité artistique, et plus particulièrement du théâtre, dans une opération consistant à la mise en circulation et à la conversion permanente des valeurs et qui s'apparenterait, depuis longtemps, au fonctionnement du monde du luxe.

Romain Jobez est professeur des universités en Études théâtrales à l'université de Caen. Ses recherches portent sur l'histoire culturelle des spectacles, en Allemagne et en France (en particulier du XVIIe au XIXe siècle), ainsi que sur la sociologie du théâtre.
Dernière publication
Des comédiens aux acteurs : genèse du champ théâtral dans l'Allemagne du XVIIIe siècle (sous presse).
Bibliographie
Isabelle Barbéris, L'art du politiquement correct, Paris, 2019.
Nathalie Heinich, Des valeurs. Une approche sociologique, Paris, 2017.
Olivier Neveux, Contre le théâtre politique, Paris, 2019.

Agnieszka KOMOROWSKA : "Ça n'existe pas, une société qui ne batte pas monnaie". Communauté et fictions économiques dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes
Circulant sur la même "pulsation souterraine" (Vernon Subutex 1, p. 233 sq.), art et argent sont intrinsèquement liés dans la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes. C'est avant tout la musique qui tisse le lien entre les protagonistes du roman, dont la plupart frôle et/ou tombe dans la précarité, pour ensuite expérimenter une nouvelle communauté que la narration présente comme utopie sociale. Le leitmotiv musical concerne en même temps la symbolique du flux de l'argent et la polyphonie des voix. Les mouvements sur les marchés des capitaux suivent une logique de "l'infra-instabilité", et les protagonistes essaient de déchiffrer, chacun de sa manière, le "diapason du logarithme" économique (ibd.). La polyphonie des voix reste unie par une narration désillusionnée et sarcastique qui démonte les utopies en même temps qu'elle présente la toute-puissance de l'argent comme force destructrice de la société.

Agnieszka Komorowska est enseignant-chercheur en littérature française et espagnole à l'université de Mannheim. Elle est l'auteur d'une thèse de doctorat sur l'écriture de la honte dans la littérature française contemporaine (Winter, 2017), et a publié un livre collectif sur les poétiques de l'échec et la narration non-économique (Fink, 2018, avec Annika Nickenig). Elle prépare un thèse HDR sur la relation entre amitié et économie dans la littérature espagnole aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Marion LAVAL-JEANTET : Dévalorisations : expériences artistiques de détournement de la valeur
Le tournant du XXIe siècle a vu la naissance d'un certain nombre d'expérimentations artistiques de détournement de l'argent public très symptomatique d'une situation économique intenable pour les artistes : étalage des frais de production d'exposition présentés sous forme de billets de banque, présentation d'achat de biens personnels obtenus avec le concours des musées, promotions dans des magasins privés offertes par des institutions culturelles publiques… Un ensemble d'expériences visant tout autant la révision utopique du système consumériste, que la dénonciation des nouveaux rouages de l'institution culturelle dans lesquels la survie de l'artiste n'est pas prise en compte. Ces propositions singulières, ludiques, parfois cyniques, conduisent immanquablement le spectateur sur le terrain politique d'une remise en cause du système social et culturel dans lequel il vit. Profondément ancrés dans une réflexion sur l'économie contemporaine, ces gestes de détournement sont peut-être une des plus fortes expressions de liberté artistique à l'heure d'une mondialisation exclusivement focalisée sur l'argent.

Marion Laval-Jeantet est professeure des universités à Paris I–Panthéon-Sorbonne, artiste et chercheure en art, en bio-anthropologie et en ethnopsychiatrie. Elle mène au sein du duo Art Orienté Objet une œuvre artistique engagée fortement, marquée par les sciences du vivant, et en particulier l'écologie. Ses recherches en art portent sur l'art environnemental, le bio art et les rapports entre art et anthropologie.
Publications récentes
No man's land. L'homme a-t-il encore sa place ?, Paris, C.Q.F.D., 2019.
Microbiota. Créer et soigner, Paris, Presses du réel, 2020.

Isabelle de MAISON ROUGE : Money money money, ou le fric c'est chic
L'économie ou, singulièrement, l'écosystème de l'art, devient à la fois le sujet et l'objet de formulations plastiques, autant prétexte que modèle, thème que motif. En développant leurs propres structures de distribution, en devenant émetteurs de monnaie fiduciaire ou d'actions au porteur, certains artistes produisent un ensemble de propositions qui ouvrent largement les frontières entre art et vie, entre production artistique et formes d'économie. Par des attitudes diverses, associées à des projets spécifiques, ils engagent le regardeur-participant à s'interroger sur les rapports de force que détermine l'argent dans nos sociétés contemporaines, les actes compulsifs d'achat et les situations de crises que peuvent provoquer la surabondance.

Diplômée de la Sorbonne, docteur en art et science de l'art, Isabelle de Maison Rouge est historienne de l'art, critique d'art et commissaire d'exposition. Auteure de nombreux essais sur l'art contemporain et de textes de catalogues, elle collabore régulièrement à diverses revues d'art contemporain (artpress, Optical Sound, Possible, Point contemporain…).
Publications
Mythologies personnelles, Éditions d'art Scala, collection "Tableaux choisis", avril 2004, réédition 2006.
Business Model, Catalogue de l'exposition eponyme à La Vitrine am, 2014.
"Philippe Mairesse" [Entretien], Optical Sound, n°2, automne 2014.
"Quel statut pour l'art à la marge ?", artpress, mai 2015, n°422, p.85-87 [fre/eng].
"Yann Dumoget" [Entretien], Optical Sound, automne 2015.
10 clefs pour collectionner l'art contemporain, Archibooks, 2008, réédition actualisée juin 2010, réédition actualisée 2016.
Le mythe de l'artiste au-delà des idées reçues, Éditions du Cavalier Bleu, collection "Idées reçues", octobre 2017.
"Jazon Frings", artpress, janvier 2017, n°440, p.5, p.66-68 [fre/eng].
"Artiste infantilisé", Point contemporain, 2018.

Arnaud MANAS : "L'art de l'économie"
Cette contribution explorera les liens entre l'art et les signes monétaires par le biais des chemins de traverse que sont la falsification, le détournement et la dépréciation de la monnaie par l'art (et réciproquement). Il s'agit de déconstruire les combinaisons artistes-billets sous les angles techniques et sémantiques. En partant de l'art du billet, on abordera les questions de la croyance et de la crédibilité, et, en particulier, celle du common knowledge sur ce qu'est un billet et sa valeur. Les dialectiques de l'unique et de la reproduction, du vrai et du faux, de l'original et du simulacre, de l'authentique et de la contrefaçon permettront une mise en abyme de l'art et de la monnaie à travers des cas concrets :
- vrais artistes pour vrais billets : les cas Luc-Olivier Merson, Maurice Denis, Lucien Jonas ;
- vrai artiste pour faux-faux billet : le cas Picasso ;
- faux-vrai artiste pour vrai-faux billet, le cas Bojarski…

Arnaud Manas dirige le service du patrimoine historique et des archives de la Banque de France. Ingénieur, docteur en économie et en histoire, il est chercheur associé à l'université de Paris I – Sorbonne (IDHE.S). Ses travaux portent principalement sur l'histoire monétaire française et celle de la Banque de France. Ses recherches portent notamment sur l'histoire du faux-monnayage ainsi que sur le patrimoine artistique et culturel de la Banque de France.
Publications
L'or de Vichy, Éditions Vendemiaire, 2016.
Zweig & la Souterraine : l'or de la Banque de France, Artélia Éditions, 2016.
La Galerie dorée de la Banque de France. Quatre siècles d'art, d'histoire et de pouvoir, Banque de France, 2018.

Marie-Laure MASSEI-CHAMAYOU
Agrégée d'anglais, Marie-Laure Massei-Chamayou est maître de conférences en études anglophones à l'université Paris 1-Panthéon Sorbonne et membre du Centre d'Histoire du XIXe Siècle. Spécialiste de l'œuvre de Jane Austen, elle s'intéresse à l'évolution des représentations de l'argent, de l'économie domestique ou politique chez les romancières britanniques des XVIIIe et XIXe siècles, telles Eliza Parsons, Frances Burney, Maria Edgeworth, George Eliot, Elizabeth Gaskell ou Harriet Martineau.

Annika NICKENIG : Abondance et ambivalence de l'argent. Jean Bodin et sa Réponse aux paradoxes de Malestroit (1568)
La Réponse aux paradoxes de Malestroit, publié par Jean Bodin en 1568, constitue un exemple paradigmatique d'une interférence productive entre plusieurs domaines de connaissance différents. Dans le but de démentir la théorie monétaire de son collègue concernant les causes de la cherté en France, Bodin développe une théorie quantitative de la monnaie qui marquera l'évolution de la pensée économique. Dans son argumentation, il ne prend pas seulement en considération les aspects économiques de son temps, mais il se réfère à une multitude d'exemples historiques, philosophiques, bibliques et littéraires qui lui servent à illustrer son propos. L'on s'intéressera donc à l'utilisation de procédés littéraires de ce traité et suivra l'hypothèse qu'il existe une homologie productrice entre son contenu — à savoir la découverte d'une ambivalence problématique de l'abondance monétaire — et son utilisation d'une multitude de sources et de discours divers.

Annika Nickenig est enseignante-chercheuse à la Humboldt-Universität de Berlin. Elle prépare une HDR sur l'abondance esthétique et économique en Espagne et France (1550-1650). Domaine de recherches : littérature et économie, nouvelles, discours de l'idyllique.
Publications récentes
Poetiken des Scheiterns, München, 2018 (avec A. Komorowska).
"Übungen des Schreibens. Ich-Ökonomie", in M. de Montaignes, "De l'exercitation" (II,6), in Goumegou/Gipper, Elan und Müdigkeit, Würzburg, 2020.

Christophe REFFAIT : Les métaphores chez Jean-Baptiste Say
Jets d'eau, pression de l'air et équilibre des forces : les métaphores et analogies qui apparaissent sous la plume de Jean-Baptiste Say, par exemple dans le "Discours préliminaire" du Traité d'économie politique de 1803, disent d'une part l'influence des sciences physiques sur la science économique en construction, d'autre part et plus généralement l'importance des images dans la rhétorique de l'économie. C'est dans et par ces expédients rhétoriques, et les références qu'ils supposent, qu'apparaît le mieux le sens du discours économique.

Christophe Reffait est professeur à l'université de Picardie Jules Verne (Amiens).
Publication
Les lois de l'économie selon les romanciers du XIXe siècle, Classiques Garnier, 2020.

Christophe RIOUX : L'âge de l'artketing : les noces de l'art, du marketing et de l'économie
Mot-valise mariant l'art et le marketing, l'artketing désigne les hybridations actuellement à l'œuvre entre ces différents champs. La notion peut s'appliquer à des créations commerciales s'inspirant de l'art comme à des collaborations entre marques et artistes. S'inscrivant dans le contexte plus général d'un capitalisme esthétique, ces rapprochements se sont intensifiés ces dernières années et ont fait l'objet de stratégies de plus en plus élaborées de la part des marques. Quel que soit leur secteur d'activité, elles revendiquent une reconnaissance artistique et viennent redéfinir les frontières de l'art et de l'économie, à travers la montée en puissance des industries culturelles et créatives. L'action des marques concerne l'ensemble des éléments du marketing, qu'il s'agisse du produit, de la distribution, du prix ou de la communication. Elle induit par ailleurs de profondes mutations dans l'écosystème de l'art, traversé par l'économie.

Diplômé de l'ESCP, du CELSA-Sorbonne Université et de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Christophe Rioux est enseignant-chercheur, critique d'art et écrivain. Directeur de programmes de Masters spécialisés dans le domaine des industries culturelles et créatives, il enseigne à Sciences Po Paris, Sorbonne Université et dans plusieurs grandes écoles. Chroniqueur sur France Culture, il a présenté Les Deniers de la Culture sur France 5 et écrit pour le Groupe BeauxArts, LIRE Magazine littéraire et la revue Études. Il est également auteur de romans publiés chez Flammarion et d'essais parus chez d'autres éditeurs.
Sélection de publications
Assignés à résidence, Éditions Gallimard, 2020.
"Un art anthropocène", in Food/Water/Life, Actes Sud, 2014.
"Le luxe et l'art : du marketing à l'artketing", in O. Assouly (dir.), Le luxe : essais sur la fabrique de l'ostentation, Éditions IFM/Regard, 2013.
Tête de gondole, Flammarion, 2009.
Des croix sur les murs, Flammarion, 2006.

Béatrice SCHUCHARDT : L'économie politique transformée en fiction : la mise en scène des secteurs économiques dans le théâtre sentimental espagnol et français
Le "genre sérieux" inventé par Diderot a connu un succès énorme non seulement en France, mais aussi en Espagne. L'adaptation du genre par les dramaturges espagnols, connue sous le terme de comedia lacrimosa ou género sentimental, va de pair avec la réception du roman sentimental anglais dans les deux pays. Cette intervention propose une comparaison des comédies sentimentales espagnoles et françaises en lien avec leurs représentations respectives du discours économique de l'époque. Il s'agira aussi d'analyser la relation entre valeurs morales et morale économique établie par les pièces dans leur contextes culturels différents : d'une part, une France de plus en plus sécularisée ; d'autre part, une Espagne toujours marquée par l'alliance de pouvoir entre l'Église et la couronne, et où le procédé de sécularisation se voit ralenti, sinon mis à terme par un gouvernement espagnol profondément inquiété par la Révolution française.

Béatrice Schuchardt est maître de conférences en littérature française et hispanophone à l'université de Münster (Westphalie, Allemagne). Elle a récemment fait son HDR sur les discours économiques du XVIIIe siècle et leurs personnifications dans les comédies sentimentales espagnoles.
Publications
Verkörperungen des Ökonomischen in sentimentalen Komödien der spanischen Spätaufklärung. Diskurs – Figur – Gattung – Geschlecht, Frankfurt/Main, Vervuert (à paraître).
"Économies amoureuses : homologies structurales dans les comédies espagnoles et françaises du XVIIIe siècle", in L'homme et la société, 200, 2, 2016, pp. 171-187.

Élise SULTAN-VILLET : Homo eroticus et homo œconomicus. Le calcul libertin ou le bonheur comptable
L'homo eroticus représenté par les romans libertins du XVIIIe siècle est-il l'ancêtre de l'homo œconomicus ? Étonnamment les libertins de Crébillon à Sade, en passant par Duclos, Dorat, Nerciat… font mentir l'adage "quand on aime, on ne compte pas". Certes, on trouve bien quelques obsédés du chiffre qui additionnent gaiement leurs exploits sexuels. Néanmoins, on rencontre tout autant des figures modérées qui optent pour la décroissance libidinale. Entre ces deux extrêmes, l'économie libertine à l'œuvre repose sur une circulation des corps dont on planifie la consommation immédiate tout en prévoyant une épargne mnésique en vue d'une jouissance différée. Ainsi, les dépenses libidinales ne sont pas si improductives : elles nourrissent l'imaginaire qui les capitalise quand elles n'inspirent pas la perle des plans économiques.

Élise Sultan-Villet est enseignante et docteure en philosophie (académie d'Amiens, université Picardie Jules Verne ; université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / HIPHIMO). Depuis 2014, elle est co-organisatrice du séminaire "Fictions et économies" avec Claire Pignol (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / PHARE) à l'université Paris 1.
Publications
L'économie à l'épreuve de la fiction, M. Chottin et É. Sultan (dir.), Paris, Corpus, revue de Philosophie, n°69, 2016.
"Le calcul des plaisirs et des peines dans les romans libertins du XVIIIe siècle", Paris, in Corpus, revue de philosophie, n°69, 2016.
"Du luxe au calme : la volupté dans les romans libertins", in Contre le luxe XVIIe-XVIIIe siècle, É. Pavy-Guilbert et F. Poulet (dir.), Paris, Classiques Garnier, "Rencontres / Le Siècle classique", à paraître.
Les romans libertins du XVIIIe siècle : la philosophie des sens dessus dessous, Paris, Honoré Champion, "Les Dix-huitièmes siècles", à paraître.

Slaven WAELTI : Fertilité de l'argent et sacrifice : un imaginaire paradoxal de la monnaie
Dans Le Sopha, Crébillon met en scène un étranger petit-maître. Le coureur Mazulhim est en effet un impuissant dont la réputation ne tient qu'"à la discrétion des femmes". Ce récit peut servir de point de départ à une réflexion sur le crédit social du séducteur et permet d'interroger le prix le plus insoupçonné de l'usage de la monnaie — en particulier fiduciaire. Sa valeur est-elle autre chose qu'une réputation à laquelle tous croient, mais qui ne repose que sur une jouissance promise et jamais obtenue ? Est-ce un hasard si c'est précisément une défaillance masculine qui la fonde ? Et, plus avant, est-ce un hasard si sa couverture n'est autre que le silence partagé par des femmes sur cette impuissance ? À ces questions, nous trouverons certaines réponses dans la théorie des genres proposée par Christina von Braun en 2012 dans Der Preis des Geldes : eine Kulturgeschichte [Le Prix de l'argent : une histoire culturelle] dont nous voulons discuter la pertinence à partir de textes littéraires du XVIIIe siècle.

Slaven Waelti est enseignant-chercheur à l'université de Bâle. Après une thèse de doctorat consacrée à la question de la communication littéraire chez Pierre Klossowski (Klossowski l'incommunicable. Lectures complices de Gide, Bataille et Nietzsche, Droz 2015), il s'est tourné vers la question de l'économie des échanges au XVIIIe siècle. Il développe actuellement un projet de recherche sur la notion "d'optimum" et d'optimisation au temps des Lumières.


BIBLIOGRAPHIE :

• Cinla Akdere and Christian Biet (ed.), Economics and Literature. A comparative and interdisciplinary Approach, London and New York, Routledge, 2018.
• Christine Baron (dir.), "Littérature et économie", Épistémocritique, n°12, Printemps 2013.
• Daniel Bell, Les contradictions culturelles du capitalisme [1976], Paris, PUF, 1979.
• Walter Benjamin, Charles Baudelaire. Un poète lyrique à l'apogée du capitalisme [1923], Paris, Payot, 1982.
• Christian Biet, Stéphanie Loncle, Martial Poirson et Geneviève Sicotte (dir.), Fiction et économie : représentations de l'économie dans la littérature et les arts du spectacle, XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires de Laval, 2013.
• Christian Biet, Yves Citton et Martial Poirson (dir.), Les Frontières littéraires de l'économie (XVIIe-XXe siècles), Paris, Desjonquères, 2008.
• Pierre Bras et Claire Pignol (dir.), Économie et littérature, L'Homme et la Société, n°200, 2016.
• Yves Citton, Portrait de l’économiste en physiocrate. Critique littéraire de l'économie politique, Paris, L'Harmattan, 2000.
• Pierre Force, Molière, ou le prix des choses. Morale, économie et comédie, Paris, Nathan, 1994.
• Pierre Force, Self-Interest before Adam Smith : A Genealogy of Economic Science, Cambridge University Press, 2003.
• Pierre Force (dir.), De la morale à l’économie politique : dialogue franco-américain sur les moralistes français, Revue Op. Cit., n°6, 1996.
• Frederic Jameson, Le postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif [1991], Beaux Arts de Paris éditions, 2011.
• D. N. McCloskey, "The Rhetoric of Economics", Journal of Economic Literature, vol. 31, 1983, p. 482-517.
• D. N. McCloskey, The Rhetoric of Economics, Madison, The University of Wisconsin Press, 1998.
• Éric Méchoulan, La crise du discours économique, Paris, Éditions Nota Bene, 2013.
• Martial Poirson, Art et argent au temps des Premiers Modernes, Oxford, SVEC, 2004:10, 2004.
• Martial Poirson, Politique de la représentation : littérature, arts du spectacle, discours de savoir, Paris, Champion, 2014.
• Martial Poirson, Spectacle et économie à l'âge classique, Paris, Classiques Garnier, 2011.
• Marc Shell, Money, Language and Thought : Literary and Philosophical Economies from the Medieval to the Modern Era, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1993.
• Marc Shell, Art and Money, Chicago-London, University of Chicago Press, 1995.
• Marc Shell, The Economy of Literature, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1996.
• Georg Simmel, Philosophie de l'argent [1900], Paris, PUF, 1987.
• Michael Watts, The Literary Book of Economics, ISI Books, 2003.

Programme 2021 : un des colloques

Programme complet


Information importante

En raison des contraintes sanitaires liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, Cerisy s'adapte et restructure cette rencontre de la manière suivante : un temps en distanciel lors d'une journée d'étude programmée le lundi 3 mai 2021 (programme disponible ci-dessous) et un temps en présentiel à Cerisy du mercredi 11 mai au dimanche 15 mai 2022 [en savoir plus].

La direction du CCIC


ARTS ET ÉCRITS REBELLES

IMAGES DISSIDENTES ET RÉSISTANCES DE LA LANGUE


DU VENDREDI 30 AVRIL (19 H) AU MARDI 4 MAI (14 H) 2021

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Idoli CASTRO, Sonia KERFA, Sophie LARGE, Evelyne LLOZE, Yolaine PARISOT


ARGUMENT :

Se rebeller, c'est repartir en guerre selon l'étymologie. Repartir implique un acte de réinvention des pratiques tant artistiques que littéraires, et il faut faire crédit à la rébellion et à la dissidence d'une capacité d'inventivité qui atteint l'ensemble des créations humaines, y compris les arts. Plus de soixante-dix ans après la célèbre définition de l'"artiste engagé" par Sartre, ce colloque propose d'analyser les reconfigurations actuelles de la résistance dans les arts et les écrits, et ainsi d'étudier en quoi l'émergence de nouvelles épistémologies ont pu profondément les modifier en faisant entrer dans le champ de la connaissance certaines pratiques. Les travaux s'intéresseront non pas à une aire culturelle mais à un réseau de relations : celles du monde dit occidental articulé aux mondes des "Suds" qui ont expérimenté des formes de rébellions et des révolutions multiples et diverses, mais aussi des manières de vivre la démocratie et de revendiquer des libertés individuelles qui ont été fécondes pour la création.

N.B. : Ce colloque ayant été initialement prévu en 2020, il vous est possible d'accéder à sa présentation 2020 : cliquer ici.


MOTS-CLÉS :

Arts visuels, Émancipation, Littérature, Rébellion, Réinvention


PROGRAMME DE LA JOURNÉE D'ÉTUDE EN DISTANCIEL DU 3 MAI 2021 :

11h-11h15
Présentation de la journée par l'équipe organisatrice

11h15-11h55
Valérie K. ORLANDO : Les voix insoumises postcoloniales des cinéastes maghrébines

11h55-12h05
Échanges avec le public

13h30-14h10
Chloé CHAUDET : Peter Weiss transaréal ? Enjeux et limites d'une (re)lecture de L'Esthétique de la résistance par temps de mondialisation

14h10-14h25
Échanges avec le public

14h25-15h05
Éliane VIENNOT : Langue des hommes ou langue de l'égalité : une rébellion renouvelée

15h05-15h20
Échanges avec le public
Clôture de la journée par l'équipe organisatrice


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Chloé CHAUDET : Peter Weiss transaréal ? Enjeux et limites d'une (re)lecture de L'Esthétique de la résistance par temps de mondialisation
"Roman-essai" de près de mille pages, Die Ästhetik des Widerstands (3 vol., 1975-1981) s'est maintes fois heurté à la résistance même des traducteurs et éditeurs, en dépit de son statut d'œuvre culte dans l'aire germanophone. Sa réédition récente en langue française (Klincksieck, 2017, dans la traduction d'Éliane Kaufholz-Messmer) nous invite à une (re)lecture actualisante de cette "Iliade du mouvement ouvrier et de la lutte contre le fascisme au XXe siècle" (Nicolas Weill). Il s'agira ainsi d'envisager la dimension fondatrice de cette somme intermédiale dans le cadre d'une épistémologie des arts rebelles. À ce titre, nous nous proposons d'interroger la portée transaréale (Ottmar Ette) de l'engagement littéraire et artistique prôné, figuré et réalisé par Peter Weiss : dans quelle mesure son magnum opus peut-il toujours se lire comme un "manifeste pour l'internationalisme" (Linda Lê) ?

Chloé Chaudet est maîtresse de conférences en littérature générale et comparée à l'université Clermont Auvergne, et membre du CELIS. Après avoir publié un essai, issu de sa thèse, consacré aux Écritures de l'engagement par temps de mondialisation (Classiques Garnier, 2016), elle poursuit ses recherches sur les liens entre littérature, politique et société dans une perspective internationale et, plus récemment, transmédiale.

Valérie K. ORLANDO : Les voix insoumises postcoloniales des cinéastes maghrébines
À partir de plusieurs films, cette communication étudiera le cinéma féminin produit par les maghrébines vivant l'époque postcoloniale. Leurs œuvres cinématiques ont contribué au fil des décennies postcoloniales aux discours sociopolitiques et culturels au Maghreb. Cette communication considérera aussi certains moments historiques qui ont influencé les sujets des cinéastes du Maghreb. Ces moments comprennent : Les années de plomb au Maroc, La décennie noire en Algérie et La révolution du jasmin en Tunisie.

Valérie K. Orlando est professeur de littérature francophone à l'université du Maryland. Elle a obtenu la bourse Fulbright-Tocqueville Distinguished Chair (automne 2019) et une bourse du Collegium-Lyon, L'Insitut d'études avancées (printemps 2020).
Publications récentes
The Algerian New Novel : The Poetics of a Modern Nation, 1950-1979, University of Virginia Press, 2017.
New African Cinema, Rutger's University Press, 2017.
Screening Morocco : Contemporary Film in a Changing Society, Ohio UP, 2011.

Éliane VIENNOT : Langue des hommes ou langue de l'égalité : une rébellion renouvelée
Les polémiques qu'a connues la société française depuis une quarantaine d'années, d'abord autour de la "féminisation" des noms de métiers et fonctions, puis autour de "l'écriture inclusive" font apparaitre deux idées fausses. La première : elles seraient nouvelles. La seconde : elles auraient pour fondement le désir des féministes contemporaines de modifier la langue afin de lui faire servir leurs objectifs. La conférence reviendra sur ces croyances en montrant que ce sont au contraire les distorsions introduites dans la langue par des lettrés masculinistes qui ont provoqué des contestations — dès le XVIIe siècle, et d'abord au sein du milieu savant lui-même. Le sujet concerne bien entendu toute la francophonie, dont les territoires d'implantation ont subi l'influence des diktats parisiens dans une mesure inversement proportionnelle à leur éloignement de la Métropole.

Éliane Viennot a enseigné la grammaire et la littérature française dans les universités de Seattle (USA), Nantes, Corte, Saint-Étienne, et elle a été dix ans membre de l'Institut universitaire de France. Ses recherches portent sur les écrivaines de la Renaissance, les actrices politiques de ce temps, l'histoire des relations de pouvoir entre les sexes en France, la Querelle des femmes et ses conséquences dans la langue française.
elianeviennot.fr


BIBLIOGRAPHIE :

• BALASINSKI Justyne, "Art et constestation", in Olivier FILLEULE (éd.), Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Sciences Po, 2009, pp. 67-73.
• BALASINSKI Justyne & MATHIEU Lilian, "Introduction", in Justyne BALASINSKI & Lilian MATHIEU (éd .), Art et contestation, Rennes, PUR, 2010, pp. 9-27.
• BRETON André & RIVERA Diego, Pour un art révolutionnaire indépendant, Mexico, le 25 juillet 1938 [Manifeste de la Fédération internationale des Artistes révolutionnaires indépendants / rédigé avec la collaboration de Léon Trotsky], Service d'édition et de librairie du Parti communiste internationaliste (IVe Internationale), 1938, 4 p.
• DELEUZE Gilles, "Qu'est-ce que l'acte de création ?", Conférence donnée dans le cadre des mardis de la fondation Femis 17/05/1987 [Disponible sur webdeleuze.com].
• DEWITTE Jacques, Le Pouvoir de la langue et la liberté de l'esprit, essai sur la résistance au langage totalitaire, Michalon, 2007.
• SAID Edward, L'Orientalisme : L'Orient créé par l'Occident, Paris, Éditions du Seuil [1980], 2005.
• SARTRE Jean-Paul, "Qu'est-ce que la littérature ?", Les Temps modernes, 1947.
• SCOTT James C., La domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, Paris, Éditions Amsterdam [1992], 2008.
• TARROW Sidney, "La mondialisation des conflits : encore un siècle de rébellion ?", Études internationales, n°24, vol. 3, 1993, p. 513–531.


SOUTIENS :

• Laboratoire Passages XX-XXI | Université Lumière Lyon 2
• Institut des langues et cultures d'Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (ILCEA4) | Université Grenoble Alpes (UGA)
• Unité de recherche interdisciplinaire "Interactions culturelles et discursives" (ICD, EA 6297) | Université de Tours
• Centre d'études sur les langues et les littératures étrangères et comparées (CELEC, EA 3069) | Université Jean Monnet Saint-Étienne
• Laboratoire de recherche "Lettres, idées, savoirs" (LIS, EA 4395) | Université Paris-Est Créteil (UPEC)
• Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA, UMR 5190) | Université Grenoble Alpes (UGA)
• Projets internationaux Idex Ré-Part | Université Grenoble Alpes (UGA) et I+D MoDe(s) | Université de Barcelone

Publication 2020 : un des ouvrages


Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman

PSYCHANALYSE ET CULTURE

L'ŒUVRE DE NATHALIE ZALTZMAN


Jean-François CHIANTARETTO, Georges GAILLARD (dir.)


Avec les catastrophes génocidaires et leur projet de négation de l'appartenance humaine, dont la Shoah constitue la figure paradigmatique, le XXe siècle aura marqué une rupture au cœur même de l'idée de culture. C'est en se confrontant à cette violence que Nathalie Zaltzman initie, à partir de sa pratique clinique, un véritable renouvellement de la psychanalyse.
Revenant sur la théorie freudienne des pulsions de mort pour l'enrichir du concept de "pulsion anarchiste" (1979), elle dessine une approche novatrice de la négativité, au-delà de l'autodestructivité narcissique de type mélancolique ou de la haine narcissique de la culture suscitée par l'exigence collective de sacrifices pulsionnels. Dans cette perspective, la culture apparaît irrémédiablement traversée par une lutte entre la transformation (partielle) de la destructivité et la régression destructrice qui fait fondre dans la notion de "masse" l'individuel et le collectif.
Dans ces temps troublés qui sont les nôtres, venant questionner de manière inédite la psychanalyse, on comprendra l"apport décisif de Nathalie Zaltzman : sa reformulation de l'approche psychanalytique de la culture en tant qu'elle modifie fondamentalement notre manière de penser tout à la fois la place de la psychanalyse dans la culture, et la place de la culture dans la psychanalyse.
En revisitant le travail de la cure, les processus de la culture, les figures de l'exclusion et du mal, les différentes contributions réunies dans ce volume témoignent de l'importance et de l'actualité de son œuvre, internationalement reconnue.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2019) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°637]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Les Éditions d'Ithaque

Collection : Hors collection

ISBN : 978-2-490350-14-8

Nombre de pages : 304 p.

Prix public : 26 €

Année d'édition : 2020

Publication 2020 : un des ouvrages


VILLES ET TERRITOIRES RÉSILIENTS


Sabine CHARDONNET DARMAILLACQ, Éric LESUEUR, Dinah LOUDA, Cécile MAISONNEUVE, Chloë VOISIN-BORMUTH (dir.)


Avec le concours de Sylvain ALLEMAND


Confrontées aux défis écologiques, bouleversements numériques, risques et catastrophes de tout ordre, les villes et territoires s'interrogent sur leurs capacités d'adaptation, de transformation et d'anticipation. Cet ouvrage, issu du colloque de Cerisy "Villes et territoires résilients", propose un dialogue contradictoire et constructif entre contributeurs issus d'horizons divers : chercheurs, industriels, ingénieurs, politiques, élus, acteurs culturels, assureurs, opérateurs de réseaux… La résilience de qui ? De quoi ? Pour qui ? Avec quels moyens, outils et connaissances ?
Au-delà des différences d'interprétation selon les disciplines de la notion comme de l'évaluation des actions engagées au titre de la résilience, des convergences se sont dessinées autour des enjeux, des méthodes et des leviers d'action. Ainsi, la question des échelles interroge particulièrement : échelles spatiales (locales, régionales, mondiales) ; échelles de temps dans la mise en œuvre des phases d'action et d'anticipation comme pour les perspectives humaines et techniques des territoires habités ; échelles d'action qui posent le problème des objectifs entre autonomie et solidarités, de l'information appropriée, jusqu'à repenser les rôles respectifs des citoyens et des réseaux, des assurances et de l'économie. L'ouvrage interroge notre compréhension des complexités à l'œuvre et souligne l'intérêt de faire une large place à l'intelligence collective et aux stratégies inclusives.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2017) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°636]


Articles à l'unité disponibles en accès payant sur CAIRN.INFO

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-0356-0

Nombre de pages : 462 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 32,00 €

Année d'édition : 2020

Publication 2020 : un des ouvrages


ENTREPRISES, RESPONSABILITÉS ET CIVILISATIONS

VERS UN NOUVEAU CYCLE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE


Armand HATCHUEL, Kevin LEVILLAIN, Blanche SEGRESTIN, Stéphane VERNAC (dir.)


Face aux menaces qui pèsent sur l'histoire humaine, les transformations à conduire vont bien au-delà d'un changement d'économie ou de société. C'est une transformation de civilisation qu'il s'agit de conduire : une transformation qui implique l'ensemble des pratiques, des savoirs et des valeurs qui conditionnent le fonctionnement des sociétés humaines. Or, l'État, le marché ou la société civile ne peuvent pas en être les seuls acteurs. Dans les grands récits de la modernité, le rôle de l'entreprise a été en grande partie ignoré, réduit au rôle d'employeur ou à ses effets les plus destructeurs. Pourtant, depuis leur apparition à la fin du XIXe siècle, les entreprises ont développé une puissance d'action sans précédent, et imprégné nos civilisations.
Les travaux réunis dans cet ouvrage prennent acte de cette puissance civilisationnelle de l'entreprise et de ses conséquences pour l'histoire mondiale. Ils examinent les formes de la responsabilisation de l'entreprise sans laquelle aucune transition souhaitable et globale n'est possible. Les fondements et les effets de la récente loi française (Pacte) sont en particulier discutés par les chercheurs et les dirigeants qui ont été pionniers sur ces questions. Mais concevoir l'entreprise comme une puissance responsable du bien commun suppose aussi de sortir des cadres économiques et juridiques classiques. L'ouvrage propose de penser désormais les interdépendances entre États, entreprises et autres acteurs collectifs (territoires, science, syndicats…) dans la perspective d'un cadre civilisationnel résilient et d'un nouvel âge de la responsabilité.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2019) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°635]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses des Mines

Collection : Économie et gestion

ISBN : 978-2-35671-625-5

Nombre de pages : 350 p.

Prix public : 29 €

Année d'édition : 2020


Publication associée


Publication 2020 : un des ouvrages


ÉCRIRE POUR INVENTER

( À PARTIR DES TRAVAUX DE JEAN RICARDOU )


Marc AVELOT, Mireille CALLE-GRUBER, Gilles TRONCHET (dir.)


Préface de Edith HEURGON


La diversité des travaux de Jean Ricardou et leur fondamentale unité se résument en un principe : une infatigable pratique de l'écriture, alliée à des investigations théoriques des plus rigoureuses. Telle est la dynamique qui a fait de lui un écrivain plein d'audaces en même temps qu'un pédagogue et un théoricien : explorateur du Nouveau roman, promoteur des ateliers d'écriture, il est aussi l'inventeur d'une discipline ayant l'écrit pour objet : la textique.
Ainsi la remarquable inventivité dont il a fait preuve dans le domaine du récit fictionnel s'est conjuguée avec une capacité hors du commun à tirer des leçons générales de ses expérimentations novatrices, à produire des ensembles de concepts permettant de mieux comprendre les mécanismes de l'écriture et leurs enjeux.
Ce volume, issu d'un colloque de Cerisy (août 2019), déploie les facettes d'un parcours intellectuel sans précédent, qui invite à renouveler les méthodologies dans des domaines très variés (pratique de la fiction, enseignement de l'écriture, analyse d'œuvres littéraires, plastiques et musicales, urbanisme, architecture), auxquels la textique peut apporter de nouveaux éclairages.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2019) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°634]


Articles à l'unité disponibles en accès payant sur CAIRN.INFO

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-0392-8

Nombre de pages : 512 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 26 €

Année d'édition : 2020


Publication associée


Publication 2020 : un des ouvrages


Territoires solidaires en commun

TERRITOIRES SOLIDAIRES EN COMMUN

LES ANTI-ACTES D'UN COLLOQUE INÉDIT


Elisabetta BUCOLO, Hervé DEFALVARD, Geneviève FONTAINE (dir.)


De multiples initiatives portées par l'économie sociale et solidaire et le mouvement des communs se déploient sur les territoires, tout en faisant système à de plus larges échelles régionale, nationale et mondiale. Elles renforcent un socle commun de nouvelles solidarités en matière d'emploi, d'énergie, d'habitat, de santé, de culture, pour une économie inclusive et plus durable, et ce à travers plusieurs axes comme l'écologie, le numérique ou encore la démocratie et la coopération.
Du 12 au 19 juillet 2019 s'est tenu à Cerisy, avec le soutien du Cercle des partenaires de Cerisy, le colloque "Territoires solidaires en commun : controverses à l'horizon du translocalisme". Cette réflexion collective a donné une large place aux acteurs de terrain et à des récits d'expérience, en France ou ailleurs.
Le colloque a fait surgir des points de croisement inattendus entre des initiatives très différentes et des formes de solidarité mises en jeu. Il a surtout permis d'aborder des aspects concrets et opérationnels de construction d'un projet politique qui ne soit pas celui de microsociétés qui se referment sur elles-mêmes, mais bien d'une société du commun.


Un SITE COMPAGNON de ce livre permet d'accéder à tous les contenus produits lors de la semaine d'échanges du colloque et de prolonger la réflexion.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2019) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°633]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Les Éditions de l'Atelier

Collection : Histoire / Société

ISBN : 978-2-7082-5363-6

Nombre de pages : 208 p.

Prix public : 16 €

Année d'édition : 2020


Publications associées


Publication 2020 : un des ouvrages


Purifier, soigner ou guérir ?

PURIFIER, SOIGNER OU GUÉRIR ?

MALADIES ET LIEUX RELIGIEUX DE LA MÉDITERRANÉE ANTIQUE À LA NORMANDIE MÉDIÉVALE


Cécile CHAPELAIN DE SERÉVILLE-NIEL, Christine DELAPLACE, Damien JEANNE, Pierre SINEUX (†) (dir.)


Qu'il puisse exister une corrélation entre les épidémies infectieuses récurrentes, les expressions de la piété et les comportements religieux, facteurs d'entraide et de regroupement, est une hypothèse féconde qui invite les scientifiques à analyser conjointement l'histoire des religions et l'histoire de maladies.
Cet ouvrage permet une première synthèse sur l'empreinte des phénomènes religieux dans le traitement des maladies au sein des sociétés antiques et médiévales. Les investigations archéologiques et paléopathologiques récentes menées pour la Normandie médiévale, mais aussi les études s'appuyant sur une aire géographique large (de la Grèce au monde anglo-normand) du VIIIe siècle av. J.-C. au XIIIe siècle après J.-C. ont permis aux archéologues, anthropologues, archéo-anthropologues et historiens ainsi réunis d'aboutir à un ensemble de réflexions croisées sur les problématiques suivantes : les sanctuaires de guérison participent-ils à la construction socioreligieuse du territoire ? Le religieux est-il indissociable du médical ? Quelle est la part de la magie dans les pratiques médicales ? La diffusion des savoirs médicaux éclipse-t-elle le religieux ? Quelles sont les continuités et les ruptures entre l'Antiquité et le Moyen Âge ?


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2014) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°632]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Rennes

Collection : Archéologie & Culture

ISBN : 978-2-7535-8025-1

Nombre de pages : 310 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 49,00 €

Année d'édition : 2020

Publication 2020 : un des ouvrages


VALÈRE NOVARINA

LES TOURBILLONS DE L'ÉCRITURE


Marion CHÉNETIER-ALEV, Sandrine LE PORS, Fabrice THUMEREL (dir.)


Avec Valère NOVARINA


Organisé à Cerisy, le colloque international dont est issu ce volume présente deux intérêts majeurs : d'une part, il réintroduit avec force le théâtre dans l'histoire des manifestations cerysiennes puisque consacré à l'œuvre du plus important dramaturge contemporain, qui est également écrivain, peintre et metteur en scène ; d'autre part, ce colloque marqué par un rare enthousiasme a mis en évidence la puissance théorique et pratique, éthique et esthétique, d'une œuvre déjà reconnue mais dont il convenait de récapituler les aspects les plus divers. Ainsi, cet espace novarinien (Novarimonde) qui nous arrache à notre tranquille humanité, à notre commode immobilité, pour nous entraîner dans un tourbillon de signes et de formes, les intervenants l'ont parcouru en tous sens, empruntant les pistes théologiques, philosophiques, dramaturgiques, poétiques, ou encore scéniques et topologiques, pour montrer comment le créateur organise le chaos grâce à la quadressence de son art.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2018) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°631]


Articles à l'unité disponibles en accès payant sur CAIRN.INFO

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-0362-1

Nombre de pages : 452 p.

Illustrations : Couleurs

Prix public : 26,00 €

Année d'édition : 2020