Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


PRATIQUER LE RÉEL EN DANSE : DOCUMENT, TÉMOIGNAGE, LIEUX


DU MERCREDI 4 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 11 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Laurent PICHAUD, Frédéric POUILLAUDE


ARGUMENT :

Depuis plusieurs années, nombre de pratiques chorégraphiques, scéniques ou extra-scéniques, s'efforcent d'inventer de nouveaux modes d'articulation de la danse au réel (social, politique, historique, spatial, etc.). À travers elles, c'est toute l'énergie contestataire de la "danse conceptuelle des années 2000", initialement tournée contre les formes réifiées du spectaculaire, qui se retrouve réinvestie au sein d'un nouvel espace critique, fait avant tout de réalités extra-chorégraphiques, apparemment sans lien avec la danse, mais avec lesquelles celle-ci s'efforce d'avoir quelque chose, sinon à dire, du moins à faire ou pratiquer.

Témoin d'un tel mouvement, ce colloque vise à inventorier les différentes facettes de ces pratiques chorégraphiques du réel, en se focalisant sur trois formes d'accès au réel : le document, le témoignage, les lieux. Par le document, qu'il soit présenté sur la scène ou qu'il alimente en sous-main les processus de création, l'acte chorégraphique se met sous la condition de certains faits et de traces antécédentes, qu'il tente de donner en partage sur le plateau ; ce faisant, il rejoint aussi bien la longue tradition du "théâtre documentaire" que de ce qui, plus récemment, a pris le nom de "documentary turn" dans le champ des arts visuels. Par le témoignage, directement performé ou confié à la médiation d'interprètes, il rejoint la tradition anglaise du verbatim theatre tout en questionnant les modalités de présence scénique d'un corps non-chorégraphique, saturé de savoirs, d'inscriptions, de cicatrices et d'histoires. Enfin, par l'attention portée aux lieux dans lesquels elles opèrent, les pratiques de "chorégraphie située" (in situ, site-specific) travaillent à la création d'un geste qui s'éprouve comme une interaction continue entre le corps sensoriel et l'environnement qui le stimule et l'accueille, geste qui s'offre du même coup comme un outil d'investigation et de terrain. Ces trois dimensions ne sont évidemment pas étanches et ne sont ici isolées qu'à des fins de clarification conceptuelle et thématique.

Ce colloque associe à parts égales artistes et enseignants-chercheurs. Il entend ajouter aux formats traditionnels des communications et des tables rondes des temps de pratique et d'élaboration artistique partagés. Il s'adresse à tout public intéressé par ces questions.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 4 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 5 juillet
Matin
INTRODUCTION ET EXPÉRIMENTATION
Laurent PICHAUD & Frédéric POUILLAUDE : Introduction générale

Exploration et discussion : lieux et contextes prospectifs (1)

Après-midi
EXTÉRIORITÉ, LOCALITÉ, ALTÉRITÉ
Julie PERRIN : L'imaginaire comme dimension du réel, dans la chorégraphie située
Isabelle GINOT : Les "autres" en pratiques ou IMAGINE, politiques du collectif

Soirée
Projections


Vendredi 6 juillet
Matin
DE L'ALTÉRITÉ AU DOCUMENT
Frédéric POUILLAUDE : Un pas au-delà. Réalité et altérité en danse
Leslie CASSAGNE : Faire corps avec le document : les chorégraphes contemporains face aux crises et aux conflits [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Exploration et discussion : lieux et contextes prospectifs (2)

Après-midi
DOCUMENTS (I)
Arkadi ZAIDES : Extrapolating / Pre-Enacting TALOS
Aline CAILLET : Corps / danse / document / témoignage
Gilles SAUSSIER : Autour de la publication de Spolia (Le Point du Jour éditeur, Cherbourg-Paris, 2018) [Témoin hors-champ]

Soirée
Actualités éditoriales


Samedi 7 juillet
Matin
DOCUMENTS (II)
Cécile PROUST : Autour d'Ethnoscape
Claire BUISSON : Les alentours, dispositifs participatifs de mise en parole

Exploration et discussion : lieux et contextes prospectifs (3)

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 8 juillet
Matin
TÉMOIGNAGE ET DOCUMENT
Gérard MAYEN : Une pièce rejouée et relue au travers du réel : deux décennies de mutations scéniques à partir du solo Good Boy, d'Alain Buffard
François FRIMAT : Rythmes et cadences (auto)biographiques dans Baron Samedi (Alain Buffard), Samedi détente (Dorothée Munyaneza) et Legacy (Nadia Beugré)

Après-midi
ACTIVER, RECUEILLIR ET PARTAGER LES PAROLES
Mélanie MESAGER : L'entretien comme pratique chorégraphique
Anne KERZERHO & Loïc TOUZÉ : Autour de la table : mettre en partage des récits de gestes ou comment pratiquer le réel par l'oralité [Temps de pratique théorisée]

Exploration et discussion : lieux et contextes prospectifs (4)

Soirée
Projections


Lundi 9 juillet
"HORS LES MURS" — À L'ABBAYE DE HAMBYE
PRATIQUER LES LIEUX
Matin
Visite de l'abbaye de Hambye
Léa BOSSHARD & Rémy HÉRITIER : Retours sur L'usage du terrain
Alix de MORANT : Événement ou non événement : pratiques de l'in situ, du réel au sensible

Après-midi
Alain MICHARD : La mémoire comme lieu [Temps de pratique théorisée]

Table ronde avec Véronique FERRERO DELACOSTE (Les programmations situées), Xavier GONZALEZ et Marie ROCHE


Mardi 10 juillet
Matin
FICTION ET SCIENCES HUMAINES : MISES EN RÉCIT, MISES EN MOUVEMENT
Bérénice HAMIDI-KIM : La preuve par le corps et par la voix. Poétique du geste et de la parole dans l'œuvre de Mohamed El Khatib
Sandra ICHÉ : L'aubaine chorégraphique : "Et si ?" (David) vs "C'est comme ça et puis c'est tout" (Goliath)
Mahalia LASSIBILLE : Terrain et sous-terrain. L'ethnographie entre témoignage et fiction narrative

Exploration et discussion : lieux et contextes prospectifs (5)

Après-midi
MIGRATIONS ET SOUS-REPRÉSENTATION
Barbara MANZETTI & Laurent PICHAUD : Habiter. L'art [Temps de pratique théorisée]

Retours sur différents projets chorégraphiques en regard de la condition migrante actuelle, table ronde avec l'ensemble des intervenants


Mercredi 11 juillet
Matin
Discussion avec Camille LAURENS, autour de La petite danseuse de quatorze ans [Témoin hors-champ]

Synthèse et débat collectif

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Léa BOSSHARD & Rémy HÉRITIER : Retours sur L'usage du terrain
Dans cette communication l'on reviendra sur la recherche intitulée L'usage du terrain, qui aura lieu d'avril à juin 2018 au stade Sadi-Carnot à Pantin. "Tentative d'épuisement" d'un lieu en transition autant "qu'essai d'archéologie préventive", il s'agit de donner la place à une recherche sur la spatialité de se faire sur le terrain. En prenant appui sur cinq notions liées à la composition spatiale définie par le travail chorégraphique de Rémy Héritier — la trace, le seuil, le témoin, le landmark, l'espace relatif —, cinq artistes ont été invités à y contribuer : Samira Ahmadi Ghotbi (artiste visuel), Julien Berberat (artiste visuel), Marcelline Delbecq (artiste et écrivain), Sébastien Roux (compositeur), La Tierce (chorégraphes) ainsi que Rémy Héritier développeront chacun leur recherche pendant trois semaines. Chaque session se conclura par un moment de partage public, mis en perspective critique et théorique par un invité extérieur. Il s'agira lors de ce colloque de revenir sur cette expérience et de tirer les fils offerts par cette recherche collaborative.

Léa Bosshard a fait des études d'histoire de l'art, de gestion de projets culturels et de recherche en danse. Depuis juin 2014, elle collabore avec le chorégraphe Rémy Héritier sur la recherche et le développement des activités de la compagnie GBOD!. Dans ce cadre, elle a notamment analysé les archives (cahiers des créations, vidéos, dossiers de présentation, presse, etc.) dont elle a tiré un glossaire. Celui-là est devenu un appui central pour creuser au fil d'entretiens les enjeux, les références et les processus à l'œuvre dans l'écriture chorégraphique de Rémy Héritier. En s'appuyant sur ces recherches et en souhaitant l'ouvrir à d'autres, ils conçoivent L'usage du terrain.

Danseur et chorégraphe, Rémy Héritier est auteur d'une œuvre qui étend les contours de l'art chorégraphique à l'intertextualité, au document ou encore à l'entropie, à la recherche de nouvelles poétiques du geste. Il engage à travers ses différentes écritures chorégraphiques des résurgences de strates temporelles et spatiales creusant ainsi l'épaisseur du passé pour parvenir au présent. Parallèlement, il poursuit depuis 1999 un parcours d'interprète auprès de Boris Charmatz, Laurent Chétouane, DD Dorvillier, Christophe Fiat, Philipp Gehmacher, Matthieu Kavyrchine, Jennifer Lacey, Mathilde Monnier, Laurent Pichaud, Sylvain Prunenec et Loïc Touzé. En 2016 et 2017, il est associé aux recherches Composition (dir. Myriam Gourfink, Julie Perrin, Yvane Chapuis) et Figure : que donne à voir une danse (dir. Mathieu Bouvier, Loïc Touzé) à La manufacture à Lausanne. En 2016-18, il est artiste chercheur associé à l'École Supérieure d'Art de Clermont Métropole.

Claire BUISSON : Les alentours, dispositifs participatifs de mise en parole
Cette intervention porte sur la pratique partagée du document dans une démarche de médiation. Elle s'appuie sur deux dispositifs élaborés par mes soins et qui proposent à des publics, de manière différente, de déplier des documents d'archive par le mot, le geste ou la voix. À travers le récit de ces deux dispositifs, l'on cherchera à problématiser les enjeux performatifs et relationnels qui les sous-tendent.

Claire Buisson, d'abord formée en Arts et Anthropologie à l'université, a achevé en 2010 un doctorat en Danse sur la notion d'environnement chorégraphique. En 2014, elle participe au PEPCC (programme de recherche et création chorégraphique) à Lisbonne et, en 2017, au programme pour chorégraphes "Édition Spéciale" proposé par le CND et la Belle Ouvrage. Entre 2010 et 2017, elle développe son propre travail chorégraphique au sein de Dolce Punto (DP). Son travail reçoit le soutien du Vivat-scène conventionné d'Armentières, le Gymnase-CDC Roubaix, Espace Alkantara, O Rumo O Fumo, Materiais Diversos. Par ailleurs, elle collabore avec Arkadi Zaides pour la pièce "Talos" et enseigne dans différents contextes (Université Lille 3, Galerie du Jeu de Paume, École Boulle...). Depuis 2018, elle est chargée d'éducation artistique et culturelle au CND.
Bibliographie
Clifford James & Marcus Georges, Writing culture : the poetics and politics of ethnography, University of California Press, Berkeley, 1986.
Deleuze Gilles, Pourparlers, Éditions de Minuit, 1990.
Perec Georges, Espèces d'espaces, Galilée, 1974.
Quiblier Marie, "Saisir le document : enjeux et formes chorégraphiques", in Gestes en éclats – art, danse, performance, Presses du Réel, 2016.
Sekula Allan, "The body and the Archive", in October, Vol. 39 (Winter, 1986), 3-64.

Aline CAILLET : Corps / danse / document / témoignage
"Quelles formes de relation ou d'interaction entre le corps performatif et les traces documentaires", la pratique du réel en danse établit-elle ? S'il convient, sur un plan conceptuel, de distinguer le corps médiateur (celui qui se fait vecteur d'une réalité qui lui est étrangère et qu'il transmet à autrui par l'entremise du document) ; le corps témoin (celui qui, depuis sa position et son expérience singulières, atteste d'une réalité qui lui est extérieure mais qu'il a lui-même perçue ou vécue) ; et le corps autobiographique (celui qui témoigne de sa propre histoire et d'elle seule), les pratiques artistiques engagées par les chorégraphes qui "pratiquent le réel en danse" déclinent ces trois figures en se plaçant à leur intersection, tout en donnant à voir leur besoin de réel. Les trois pièces chorégraphiques présentées dans cette communication ont pour point commun de mettre en rapport un corps avec un matériau documentaire. Comment faire danse avec un matériau ? Quel mode de relation dès lors peut s'établir entre eux afin de permettre l'écriture chorégraphique ? Comment le document vient-il nourrir, compléter, innerver, transformer, perturber la pensée (le désir de projet), la construction (la dramaturgie) et l'écriture (la chorégraphie) ?

Maître de conférences en esthétique et philosophie de l'art à l'université Paris 1, Aline Caillet mène des recherches sur les nouvelles pratiques documentaires en arts visuels au XXIe siècle.
Corpus
Sa prière, de et par Malika Djardi, 2015.
Moto Cross, de et par Maud Le Pladec, 2017.
Talos, de Arkadi Zaides, 2017.
Publications
Dispositifs Critiques. Le documentaire du cinéma aux arts visuels, Presses universitaires de Rennes, 2014.
Un art documentaire. Enjeux esthétiques, politiques et éthiques (co-dirigé avec Frédéric Pouillaude), Presses universitaires de Rennes, 2017.

Leslie CASSAGNE : Faire corps avec le document : les chorégraphes contemporains face aux crises et aux conflits
Cette communication se centrera autour de pièces chorégraphiques qui abordent des situations de crises politiques, économiques, humaines, à travers des matériaux documentaires. Il s'agira de dresser un panorama de l'utilisation du document — archives sonores, photographiques, audiovisuelles — et du témoignage, depuis la fin des années 1990, afin de cerner les enjeux esthétiques et politiques d'une danse qui convoque sur le plateau une réalité extra-chorégraphique. S'emparant du document, forme d'indice du réel, des chorégraphes et danseurs mettent en crise une certaine vision de la création chorégraphique, qui a pu être trop exclusivement rattachée à des préoccupations formelles ou pulsionnelles. Nous circulerons entre différentes façons de travailler avec le document, depuis son utilisation en écho lointain, comme trace, jusqu'à des expériences qui en font le centre de leur recherche. Cela nous permettra de questionner des formes qui revendiquent une portée critique pour leur art en même temps qu'elles appellent à faire dialoguer la matière documentaire avec la dimension sensible du mouvement.

Ancienne élève de l'École Normale Supérieure (Ulm), Leslie Cassagne est doctorante en théâtre et danse à l'université Paris 8 (EA 1573 "Scènes du monde, création, savoirs critiques") depuis septembre 2017. Dans le cadre de sa thèse, "Crise et mise en crise du médium chorégraphique : la matière documentaire dans la création chorégraphique contemporaine", elle s'intéresse au travail d'artistes tels que Luciana Acuña, Héloïse Desfarges, Sandra Iché, Dorothée Munyaneza, Rachid Ouramdane, Arkadi Zaides.

Véronique FERRERO DELACOSTE
Danseuse de formation, Véronique Ferrero Delacoste travaille dans le domaine de la programmation artistique depuis 1994. De 1995 à 2005, elle dirige un théâtre pour jeune public. Parallèlement, elle est engagée au far° festival des arts vivants à Nyon, en 1996, comme responsable de la programmation danse et performance. Elle rejoint la Bâtie — Festival de Genève en 2002 où elle est en charge de la programmation danse pendant quatre ans. En 2008, elle obtient un diplôme universitaire en gestion culturelle à l'université de Lausanne ainsi qu'un Master HES-SO en arts visuels, MAPS_Art in public Sphere. Elle prend la direction du far° festival des arts vivants à Nyon en automne 2009. Parallèlement, elle a fait partie de différentes commissions telles que la Corodis, ThéâtrePro Valais, Culture-aides ponctuelles Régionyon… Elle est régulièrement invitée en tant que membre de jurys : Journées de Danse Contemporaine Suisse, Plateforme IETM, Prix de la performance suisse, Écoles d'art…

François FRIMAT : Rythmes et cadences (auto)biographiques dans Baron Samedi (Alain Buffard), Samedi détente (Dorothée Munyaneza) et Legacy (Nadia Beugré)
Le projet chorégraphique est considéré ici à partir de la prééminence de la question "Que faire ?" sur "Que connaître ?". L'acte même d'investir et de pratiquer l'histoire ou sa mémoire particulière procède d'une transformation induite nécessairement sur soi-même ou sur celui qui en est témoin. Dans Baron Samedi, Alain Buffard reste fidèle à un régime de délégation qui parcourt son œuvre en convoquant sur le plateau des interprètes qui exposent chacun à leur tour des souvenirs personnels, leur histoire au fil d'un propos qui pourtant ne s'y résume pas. Deux d'entre eux écriront ensuite une pièce largement (auto)biographique (Samedi détente) et une autre qui affiche son ambition mémorielle (Legacy). Comment faire coexister et se confronter des temporalités différentes comme celle du souvenir, de la mémoire collective, d'une histoire toujours réinterrogée et qui fait actualité, celle interne au propos d'une pièce ? C'est la pratique du temps qui alors se pose. Cette communication misera sur les ressources d'une esthétique de la ponctuation pour tenter de comprendre et démêler comment les jeux d'espace produits par le chorégraphique constituent "un jeu de rapports où le temps est en jeu" (M. Blanchot, L'Entretien Infini).

François Frimat, philosophe, enseigne en CPGE à Valenciennes, à Sciences-Po Lille et à l'université de Lille. Il est également président du festival Latitudes Contemporaines de Lille.
Publication
Qu'est-ce que la danse contemporaine ? Politiques de l'hybride, PUF, 2011.

Isabelle GINOT : Les "autres" en pratiques ou IMAGINE, politiques du collectif
Qui sont les autres de la danse ? ceux qui ne dansent pas, ne vont pas au spectacle, n'ont pas pour pratique de soi l'introspection sensorielle, ne pensent pas le monde comme un studio d'improvisation ou de composition instantanée, ne réfléchissent pas à la subjectivité à partir d'une critique du dualisme corps esprit, ne prennent pas soin d'eux-mêmes selon des techniques d'auto-thérapie soigneusement acquises dans le marché libéral du bien-être et de l'alternatif ? De quelles danses deviennent-ils les acteurs, dans les projets "contextuels", "situés", "relationnels" ? dans les actions culturelles dites "de territoire" ? Saurions nous nous représenter un monde de la danse majoritairement peuplé de danseurs amateurs, noirs (ou autre !), obèses, handicapés, vieux, repris de justice, logeant dans des foyers d'accueil, analphabètes, bossus ? Que seraient des scènes où les danseurs jeunes blancs élancés virtuoses feraient figures d'altérité, d'exception symbolique ? Nous apparaîtraient-ils comme des "fragments de réel" faisant irruption dans le monde de la danse ? Et en attendant cet improbable renversement, à quoi rêvent les danseurs (souvent moins jeunes, mais quand même assez blancs, souvent virtuoses, mais en cours de sevrage ou de techniques de substitution, si rarement obèses que ça ne compte pas…) lorsqu'ils vont "à la rencontre du réel", font danser en prison, en foyers, en cité, en hôpital ? Quels espoirs, sensations fortes, utopies, déconvenues, forment l'horizon de leurs danses avec ces autres ? Voilà ce qu'on tentera de penser en commun.

Isabelle Ginot, professeure à l'université Paris 8, au département Danse, conduit des recherches, d'une part, sur les pratiques de danse et pratiques somatiques adressées à des publics autres que les danseurs, dans des contextes autres que le studio ou la scène. Et, d'autre part, sur l'analyse des œuvres scéniques impliquant des artistes handicapés. Elle est responsable du cursus "SOMADANSE - Danse, éducation somatique et publics fragiles" à l'université Paris 8. La plupart de ses publications sont accessibles sur le site danse.univ-paris8.fr.

Bérénice HAMIDI-KIM : La preuve par le corps et par la voix. Poétique du geste et de la parole dans l'œuvre de Mohamed El Khatib
L'expression "théâtre documentaire" renvoie à un style théâtral qui s'est expérimenté à partir des années 1930 puis s'est développé dans les années 1960, en particulier sous l'influence de figures du théâtre allemand d'Erwin Piscator à Peter Weiss. Il s'agit donc d'une esthétique qui prend forme et sens dans le cadre d'une vision du monde marxiste, confiante dans la capacité de l'art à critiquer la société et par là à la transformer. En découle la prédilection pour un certain type de matériau documentaire — archives, textes politiques, données chiffrées et tableaux scientifiques — qui correspond à un certain type d'usage : les documents sont présents comme argument et/ou comme preuve, pour instruire le procès d'une société et démontrer l'existence d'injustices. Pour autant, ce serait une erreur de croire que ces œuvres négligent les outils sensibles, car il s'agit aussi de pousser le spectateur à partager un sentiment d'injustice et, donc, d'indignation. Pour ce faire, certaines de ces œuvres, comme celles qui héritent aujourd'hui de cette tradition, recourent à une mise en scène de soi de l'artiste non seulement auteur et metteur en scène, mais interprète, comme conscience indignée. C'est à l'une de ces œuvres, celle de Mohamed El Khatib, que cette communication sera consacrée.

Bérénice Hamidi-Kim est maîtresse de conférences en études théâtrales, Université Lyon 2 et membre de l'Institut Universitaire de France. Ses recherches, qui combinent esthétique et sociologie, portent sur les enjeux politiques du théâtre et en particulier du théâtre public.
Publications récentes
"Quand la diversité fait diversion", in Martial Poirson & Sylvie Martin Lahmani, Alternatives théâtrales, n°133, 2017.
Avec Frédérique Aït-Touati, Tiphaine Karsenti & Armelle Talbot, La Révolution selon Pommerat, Revue électronique Theâtre, 2017.
Les Cités du théâtre politique en France depuis 1989, Préface de Luc Boltanski, L'Entretemps, 2013.

Sandra ICHÉ : L'aubaine chorégraphique : "Et si ?" (David) vs "C'est comme ça et puis c'est tout" (Goliath)
Ce que m'a légué ma pratique intensive de la danse classique puis contemporaine depuis l'enfance, c'est une certaine sensation, une certaine manière d'éprouver le réel, la mécanique de sa fabrication. Entre ce qu'il est, ce dont nous sommes faits, nos conditions historiques d'existence, et les possibilités d'irruption d'un changement, d'un virage, d'un événement. Sensation commune à tous, mais peut-être rendue plus aigüe, plus saillante pour le danseur. Se construire, s'éprouver, se pratiquer comme un corps-vecteur, attentif au feed-back du geste tout juste effectué et à la poussée du geste à venir. Une situation d'entre-deux sans cesse renouvelée, entre une écriture, ou simplement un état de faits, et son actualisation incarnée, entre le passé et le futur, entre mémoire et devenir, entre les choix possibles et le choix effectué. J'essaierai d'illustrer cette idée à partir d'un travail dit de "théâtre documentaire" tout juste terminé (création Festival Parallèle, Théâtre de la Joliette, Marseille, 2 et 3 février 2018), intitulé Droite-Gauche, en dégageant les intuitions ou principes chorégraphiques qui ont présidé à l'écriture et au montage des textes, des corps, des images et des sons (documents, témoignages et fables) présents sur scène.

Sandra Iché a étudié l'histoire et les sciences politiques (publication juin 2009 : "L’Orient-Express, chronique d'un magazine libanais des années 1990", Cahiers de l'Institut Français du Proche-Orient, n°3, Beyrouth), avant de devenir artiste chorégraphique (formation à P.A.R.T.S (Bruxelles) 2004-2006, et interprète permanente de la Compagnie Maguy Marin/Centre Chorégraphique National de Rillieux-La-Pape 2006-2010). Elle mène ses activités d'auteure et d'interprète à travers l'association Wagons libres, questionnant les modalités de "fabrication" de l'Histoire, de sa mise en récit (Wagons libres, 2012 ; Variations orientalistes, 2014 ; Droite-Gauche, 2018). Elle est membre fondatrice de MANSION (Beyrouth, Liban), maison partagée d'artistes, chercheurs, activistes, de LIEUES (Lyon), espace expérimental de recherche et de création artistique, et de la revue rodéo, revue pluridisciplinaire, plateforme de rencontres entre pratiques académiques et artistiques.

Mahalia LASSIBILLE : Terrain et sous-terrain. L'ethnographie entre témoignage et fiction narrative
"Dans la réalité pratique de la recherche sur le terrain, l'anthropologue doit toujours traiter son matériel d'observation comme s'il faisait partie d'un équilibre global, autrement toute description serait presque impossible. Tout ce que je demande est une reconnaissance explicite de la nature "fictionnelle" de cet équilibre." (Edmund Leach, Les Systèmes politiques des hautes terres de Birmanie, 1954, Trad. 1972, p. 285)
Cette citation introduit, de façon peu conventionnelle, la complexité du travail du chercheur de terrain, à la fois sur le terrain et à partir du terrain en prenant en compte les écrits qu'il produira. Au-delà de la dichotomie entre réalité et fiction, il s'agira ici d'en envisager les liens, d'en saisir les échos, d'en questionner les paradoxes, en anthropologie de la danse en particulier. En premier lieu, le terrain implique de "se frotter en chair et en os à la matière que l'on entend étudier" (J.-P. Olivier de Sardan, 1995), se confronter à la réalité du terrain, ce qui nécessite un positionnement essentiel à définir et un exercice réflexif constant de par le rapport "affecté" (J. Favret-Saada, 1990) que cela comprend. D'autant que le but de l'anthropologue est de rester au plus près des pratiques, des gestes, des paroles qu'il rencontre afin de rendre compte du point de vue des acteurs et d'éviter les dangers ethnocentriques qui ont marqué l'histoire de la discipline. Observer, écouter, prendre part deviennent des outils nécessaires mais le "hors piste" et une posture d'apparence peu scientifique s'avèrent parfois plus fructueux pour la recherche que les outils classiques de l'enquête. Abandonnant alors le débat entre objectivité et subjectivité, le travail est à construire à la croisée entre la relation enquêteur/enquêté, l'ethnographie, la relation auteur/texte, l'ethno-graphie, c'est-à-dire dans les interstices entre témoignage et fiction narrative.

Anthropologue en danse, Mahalia Lassibille est maître de conférences au département danse de l'université Paris 8 et membre de l'équipe "Analyse des discours et des pratiques en danse". Après un travail ethnographique mené sur les danses des Peuls WoDaaBe du Niger, elle mène actuellement ses recherches sur l'usage des catégories en danse, en particulier celles de "danse africaine" et de "danse africaine contemporaine", en croisant des outils utilisés en danse et en anthropologie. Elle a pour cela réalisé plusieurs études de terrain au Niger, Mali et Sénégal.
Dernières publications
""Lever les bras" ou "être possédé" : le redoutable transfert de l'écriture du geste. Ethno-graphie(s) de la possession chez les Peuls WoDaaBe du Niger", Corps, n°14, 2016, p. 239-248.
"La "danse africaine contemporaine" : un paradoxe chorégraphique. Une ethnographie de la catégorisation au Niger", in C. Delaporte, L. Graser, J. Péquinot (dir.), Penser les catégories de pensée, L'Harmattan, Paris, 2016, p. 99-113.

Gérard MAYEN : Une pièce rejouée et relue au travers du réel : deux décennies de mutations scéniques à partir du solo Good Boy, d'Alain Buffard
Alain Buffard crée Good Boy en 1998 — un solo alors reçu comme énonciateur de la contamination de son auteur par le VIH, dans un registre autobiographique. En 2001, Good For contrecarre cette perception réductrice, en redistribuant l'écriture de cette pièce à destination de trois autres interprètes rejoignant son auteur. À partir de 2003, la série des occurrences de Mauvais Genre démultiplie les effectifs des distributions d'interprètes développant cette écriture, tout en ouvrant des marges de variations de plus en plus considérables dans ses modalités d'exécution. Ainsi traversée par le réel de contextes variés (de New-York au Brésil ou à Nîmes, de coalitions temporaires de performers à une promotion d'école de danse), cette même pièce déploie des significations renouvelées, selon les espaces et les époques par lesquels elle est traversée. Sans que ces pièces successives n'aient jamais débordé du domaine scénique, l'observation du processus enclenché par Good Boy au-delà de son processus de création initial, conduit à interroger ce que le réel de contextes successifs de redistribution, d'interprétation et de réception parviennent à altérer du sens originel qui lui fut attribué. Dans ce même mouvement, c'est l'impact du sida, subi par un seul artiste de la danse, qui paraît apte à se détourner, voire se renverser et s'amplifier à l'endroit des bouleversements divers et plus généraux affectant une époque entière.

Gérard Mayen est journaliste, critique de danse. Il est titulaire d'un master 2 du Département d'études de danse de l'université Paris 8. Il est praticien de la méthode Feldenkrais de prise de conscience des représentations du mouvement. Ses objets de recherche se situent au croisement de l'analyse d'œuvres chorégraphiques, et du questionnement des conditions de production et de formulation du geste dansé. Dans cette optique, il a bénéficié de deux bourses de recherches sur le patrimoine en danse (Dispositif ARPD - Centre national de la danse) autour de la question : "Ce que le sida a fait à la danse - Ce que la danse a fait du sida".

Mélanie MESAGER : L'entretien comme pratique chorégraphique
Se revendiquant d'un imaginaire ethnographique, certains chorégraphes, de nos jours, éprouvent le besoin de sortir du studio de danse et d'aller à la rencontre d'une réalité extérieure à leur propre univers gestuel et imaginaire, en donnant la parole à "d'autres personnes". Ces pratiques d'interactions verbales, bien que diverses, peuvent être assimilées à celles de l'entretien : il s'agit de discussions sollicitées sur une question précise, en vue de faire émerger un "témoignage", une parole qui tire sa légitimité du vécu des personnes interrogées. Comment cette pratique s'articule-t-elle à la chorégraphie, l'art d'écrire la danse ? Je m'intéresserai lors de cette intervention à deux propositions dans lesquelles l'entretien n'est pas seulement le déclencheur ou l'élément d'un processus de création scénique habituel, mais où cette pratique vient contaminer, déterminer, interroger la forme même que prend la chorégraphie. Deux questions émergeront alors : à quel endroit du chorégraphique touchent les énoncés produits lors des entretiens ? et comment la pratique même de l'entretien participe de la performance chorégraphique ?

Mélanie Mesager est doctorante à l'université Paris 8 et agrégée de lettres. Formée à la linguistique médiévale puis enseignante, danseuse et chorégraphe, elle mène des recherches sur la façon dont certaines chorégraphies actuelles intègrent les pratiques verbales de l'entretien et de la conversation.

Alix de MORANT : Événement ou non événement : pratiques de l'in situ, du réel au sensible
La présence d'un corps dansant, faisant irruption dans l'espace public a-t-elle indubitablement un effet perturbateur ? Cette corporéité qui s'interpose de manière inattendue dans un espace donné, parmi et en dialogue avec d'autres corps, fait-elle effraction en imposant une dimension événementielle ou bien est-elle consubstantielle de l'espace et du temps dans lesquels elle s'inscrit ? De quel effet de réalité ou de virtualité ce corps dansant, comme manifestation du sensible, est-il porteur ?

Alix de Morant est Maître de Conférences à l'université Paul-Valéry Montpellier 3 et membre du RIRRA 21 (EA 4209). Elle est à ce titre associée au Master EXERCE adossé à l'université Paul Valéry et à ICI - Centre Chorégraphique National de Languedoc-Roussillon dirigé par Christian Rizzo et dirige le Master pro DAPCE. Auteur avec Sylvie Clidière d'Extérieur Danse, essai sur la danse dans l'espace public (Montpellier, L'Entretemps 2009), elle a participé aux ouvrages, La scène et les images (Paris, CNRS 2001), Butô(s) (Paris, CNRS, 2002), Rythmes, flux, corps. Art et ville contemporaine (CIEREC-PU de Saint Étienne, 2012), Danser la rue (PU de Rouen, à paraître). Outre son intérêt pour les démarches chorégraphiques in situ et les expériences participatives en espace public, ses recherches portent sur les esthétiques chorégraphiques contemporaines et la performance.
Bibliographie
Formis Barbara, Esthétique de la vie ordinaire, Paris, Presses universitaires de France, 2010.
Hölscher Stephan & Siegmund Gerald, Dance, politics&community, Berlin, Diaphanes, 2013.
Manning Erin, Always more than one, London, Duke University press, 2013.
Pouillaude Frédéric, Le désœuvrement chorégraphique, Paris, Vrin, 2009.
Rosset Clément, Le réel et son double, Paris, Gallimard, Coll. "Folio Essais", 1993.
Rubige Sarah & Schiller Gretchen, Choreographic Dwellings : Practicing Place, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014.
Žižek Slajov, Event, Penguin Book, 2014.

Julie PERRIN : L'imaginaire comme dimension du réel, dans la chorégraphie située
Les chorégraphies situées sont presque toujours présentées par leurs auteurs comme s'inscrivant dans le réel, comme des réponses directes à celui-ci, ou comme un dialogue immédiat avec un contexte donné. Sans autre forme d'explication, il faudrait alors comprendre comment le geste chorégraphique serait issu de ce monde qui semble pouvoir être saisi tout crûment, sans intermédiaire, en transparence. À quoi bon pourtant une œuvre qui coïnciderait avec le réel ? Elle serait comme cette carte fictive à l'échelle 1 du récit de Borgès (De la rigueur de la science, 1946), sorte de calque recouvrant le monde, et par là devenue inutile. De quelle nature alors est la relation entretenue avec le réel par cet art chorégraphique situé ? Si les artistes semblent vouloir engager la chorégraphie vers une dimension indicielle (dimension jusqu'alors réservée à la photographie ou au cinéma), il faudra néanmoins envisager d'autres régimes de capture et monstration du réel, afin de saisir combien les stratégies descriptives mises en œuvre par les chorégraphes sont inséparables d'un exercice incontournable et salutaire de l'imaginaire. Car au fond, c'est à l'endroit de cet imaginaire immanquablement noué au réel que se joue l'articulation du geste et du monde.

Maîtresse de conférences au département danse de l'université Paris 8 Saint-Denis (MUSIDANSE – E.A. 1572) et chercheuse à l'IUF (2016-2021), Julie Perrin est membre de l'aCD. Ses recherches portent sur la danse contemporaine à partir de 1950 aux États-Unis et en France, en particulier sur la spatialité en danse et la chorégraphie située.
Publications
Projet de la matière – Odile Duboc : Mémoire(s) d'une œuvre chorégraphique, CND / Les presses du réel, 2007.
Figures de l'attention. Cinq essais sur la spatialité en danse, Les presses du réel, 2012.
Écrits disponibles sur le site : danse.univ-paris8.fr

Frédéric POUILLAUDE : Un pas au-delà. Réalité et altérité en danse
Posons que le "réel" est toujours susceptible d'une entente au moins double. Le réel, c'est assurément ce dont je fais l'expérience ici et maintenant, ce qui se donne en chair et en os dans l'intimité corporelle d'un espace et d'un temps radicalement miens. On tient alors pour "réelle" l'évidence perceptive en tant précisément qu'elle refuse de s'aventurer au-delà du donné, en tant qu'elle n'est rien d'autre que l'immanence d'un "pas au-delà" : le réel comme cercle clos de mes expériences. Mais le réel, c'est aussi bien l'objet d'une visée, ce qui posé à l'horizon de mes expériences n'est en définitive jamais simplement là, toujours un peu au-delà, indéfiniment repoussé, toujours signifié et jamais éprouvé. On passe alors d'une caractérisation du réel comme immanence perceptive à une détermination avant tout relationnelle et négative : le non-moi, le pas-là, le lointain, le différent, l'autre… En somme : le réel comme ce qui exige toujours pour être rejoint que s'accomplisse un certain "pas au-delà". Il s'agira alors de voir comment les pratiques de danse parviennent à tenir ensemble, selon un équilibre vraisemblablement précaire et instable, ces deux sens du "pas au-delà".

Frédéric Pouillaude est maître de conférences (HDR) en philosophie de l'art à l'université Paris-Sorbonne. Depuis 2013, il est membre junior de l'Institut universitaire de France pour un projet de recherche consacré aux liens entre art et pratiques documentaires.
Publications
Le Désœuvrement chorégraphique. Étude sur la notion d'œuvre en danse, Paris, Vrin, 2009 (Trad. anglaise par Anna Pakes, Unworking Choreography : The Notion of the Work in Dance, New York, Oxford University Press, 2017).
Un art documentaire. Enjeux esthétiques, politiques et éthiques, Co-direction avec Aline Caillet, Presses universitaires de Rennes, 2017.

Cécile PROUST : Autour d'Ethnoscape
Je partirai du concept Ethnoscape de l'anthropologue indo-américain Arjun Appadurai et de ma chorégraphie, dont le titre est tiré, pour articuler quelques questions. En voici certaines : qu'est-ce qu'une chorégraphie documentaire ? Qu'est-ce qu'une chorégraphie documentée ? Qu'est-ce qu'un document ? Qu'est-ce qu'un support ou un médium pour un document au sein d'une œuvre ? Quel type de présence occupe un document dans une œuvre ?

Danseuse, chorégraphe, Cécile Proust est titulaire du Master d'Expérimentation Arts et Politiques, SciencePo Paris. Ses œuvres interrogent la fabrique des corps, des danses, des genres, des images et des regards. Elles sont reliées à des questions anthropologiques, croisent de multiples champs théoriques et tissent des liens spécifiques avec les gender studies et les arts plastiques. Cécile Proust est directrice du projet femmeuses et signe des chorégraphies documentaires qui mêlent danse, chant, vidéo, entretiens, vidéos et textes. Les vidéos sont faites en collaboration avec Jacques Hoepffner. Pour ces recherches, Cécile Proust effectue plusieurs séjours en Inde et au Japon, en tant que lauréate de la bourse Romain Rolland et du programme de la Villa Kujoyama afin de pratiquer le Kathak à Delhi, le Jiuta Maï à Kyoto, le Raqs Sharqi au Caire et le Flamenco à Madrid. Elle collabore à l'émergence de la nouvelle danse française des années 1980 et 1990 en travaillant auprès des chorégraphes Alain Buffard, Dominique Brun, Odile Duboc, le quatuor Albrecht Knust, Daniel Larrieu, Thierry Thieu Niang et des metteurs en scène Robert Carsen et Robert Wilson.

Arkadi ZAIDES : Extrapolating / Pre-Enacting TALOS
What kind of choreography arises in the proximity of borders ? Which strategies of restriction define movement ? Arkadi Zaides' new work sets out to explore a dynamic system of action and reaction, limitation and transgression, stasis and mobility. The work is a response to TALOS, an EU-funded initiative that designed an advanced system for protecting European land borders. TALOS was a collaborative project between ten countries that was officially conducted between the years 2008-2012. It resulted in a demonstration of a surveillance system that could be deployed in a matter of hours at any location. The system included mobile, semi-autonomous robots that were designed to replace human border guards in patrol missions in border areas. The TALOS project was never launched and remained an experiment, a test, and a proof of technological capabilities. Delegating the act of decision-making to a technological agent envisions a system that acts via protocols and scripts only, deprived of ethical, political and human aspects. The work strives to continue Zaides' interest in documentary materials while pushing these materials towards what is currently still unthinkable in terms of ideology, dehumanization, ethics and law. Using different materials (documents from the original project, documentary footage, interviews) Zaides' team is interested in speculating on a not so far into the future scenario of an encounter between humans and autonomous border-technologies.
arkadizaides.com


TÉMOIN HORS-CHAMP :

Gilles SAUSSIER : Autour de la publication de Spolia (Le Point du Jour éditeur, Cherbourg-Paris, 2018)
Spolia réunit des textes et des photographies réalisés en Roumanie dans la vallée du Jiu, site naturel et industriel remarquable où la Colonne sans fin de Brancusi fut fondue en 1937. En suivant le cours du fleuve, Gilles Saussier enquête sur les conditions matérielles et politiques de la fabrication du monument. Il révèle ce faisant la géologie d'un arrière-pays industriel de l'œuvre de Brancusi et son paradoxe : une colonne s'élevant vers le ciel grâce à des ingénieurs et à des ouvriers-mineurs creusant infiniment sous terre.

Proche des pratiques artistiques de site-specific telles que les définit l'historien d'art Hal Forster (recouvrer des histoires refoulées, activer des espaces culturels perdus, proposer des contre-mémoires historiques), Gilles Saussier propose une démarche documentaire expérimentale croisant les influences de la tradition photographique documentaire, de la littérature anthropologique et de l'art conceptuel. Il a participé à la documenta 11 de Kassel (2002), aux expositions Covering the real au Kunstmuseum de Bâle (2005), L'archive universelle au MACBA de Barcelone (2008), Site-specific au FRAC Rouen Normandie (2015), Looking at war au Bonniers Konsthall de Stockholm (2017), et publié au Point du Jour Studio Shakhari bazar en 2006, Le Tableau de chasse en 2010 et Spolia en 2018.


TEMPS DE PRATIQUE THÉORISÉE :

Anne KERZERHO & Loïc TOUZÉ : Autour de la table : mettre en partage des récits de gestes ou comment pratiquer le réel par l'oralité
Le projet Autour de la table (ATT) invite à une circulation des savoirs sur le geste et à une réciprocité dans l'échange qu'il s'agit de "performer". Pensé à l'échelle d'une ville, ATT propose à ses habitants un processus d'entretiens aboutissant à la mise en forme d'un récit sur leurs relations au geste, leurs imaginaires et habiletés mettant en jeu la spécificité de leurs savoirs. En fin de processus ces récits sont rendus publics, offrant l'expérience d'une parole augmentée par une écoute contributive. Notre intervention s'engagera selon trois modalités — descriptive, analytique et expérientielle — afin d'explorer en quoi les savoirs perceptifs des danseurs peuvent constituer une méthodologie d'entretien à même de recueillir un récit de gestes produits hors du champ chorégraphique. Reprenant une formulation partagée par le chorégraphe Laurent Pichaud et la chercheuse Julie Perrin, nous introduirons la notion d'entretien "en danseur" pour comprendre comment la forme oralisée de ces récits ne relève pas d'une explication du geste mais propose un autre espace d'apparition sensible et chorégraphique du geste.

Anne Kerzerho est actuellement directrice pédagogique du master exerce à ICI - Centre chorégraphique national de Montpellier, après avoir occupé la même fonction à l'école du CNDC d'Angers. Auparavant, elle a travaillé au CCN de Rennes en qualité de responsable du développement. Elle développe des dispositifs d'accompagnement de jeunes artistes et initie avec le chorégraphe Alain Michard la manifestation À domicile. À partir de 2010, elle engage une collaboration étroite avec le chorégraphe Loïc Touzé. Ils réalisent ensemble le projet Autour de la table, dispositif performatif et nomade autour des savoirs et pratiques du corps.

Loïc Touzé, danseur et chorégraphe, vit à Nantes et dirige le lieu Honolulu. Il crée des pièces de danse, réalise des films, invente avec d'autres artistes des objets protéiformes, imagine des manifestations, dans une attention aigüe aux gestes et aux récits. Il est souvent invité à participer à des projets pour le théâtre contemporain, le nouveau cirque, la musique. Il développe avec l'artiste Mathieu Bouvier une recherche autour de la notion de "Figure". Il enseigne à l'ENSA à Nantes et est invité régulièrement dans des écoles de Théâtre, d'Art et de Chorégraphie en France dans le monde.
Publications
"L'entretien "phrasé et interprétation"", in Partition(s) - Objet et concept des pratiques scéniques (20e-21e siècles), Julie Sermon et Yvane Chapuis (dir.), Collection "Nouvelles scènes / Manufacture", Presses du Réel, 2017.
Danse et cinéma, Édition Capricci, Centre National de la Danse, Entretien Loïc Touzé / Mathieu Bouvier, 2012.
Voir également : pourunatlasdesfigures.net

Barbara MANZETTI & Laurent PICHAUD : Habiter. L'art
Nous allons nous rencontrer à l'intérieur de l'activité qui nous fonde et nous définit. Nos projets actuels sont mitoyens, il nous a paru possible d'explorer en direct ce côtoiement. J'ai toujours eu ce rêve de verser ma pratique artistique dans le quotidien. Avec l'expérience Rester. Étranger, le monde est enfin entré, il était déjà là mais jamais de manière si définitive. Je recherchais cet abandon. Il se trame entre nous une espèce de famille. Soudaine et irrégulière, elle habite toutes les fractures ostensibles. Elle s'organise dans les transitions. Elle est transition. Elle est relais. Elle est mère. Elle est fils. Elle est Bonjour les amis. Elle résilie les chimères des identités assignées. Elle est pays. Najib Mohammadi et Sharif Saidi sont deux jeunes afghans. Arrivés en Suisse en novembre 2015, durant l'automne "migrant" que l'Europe a connu et qui se prolonge encore, ils sont aujourd'hui des requérants : en attente d'un statut de réfugiés qui leur permettrait de rester en Suisse. Ils rencontrent Laurent Pichaud via le far° - Festival des Arts Vivants de Nyon. Le chorégraphe identifie alors une coïncidence troublante : l'itinéraire qu'ont parcouru Najib et Sharif pour arriver en Suisse, à travers l'Iran, la Turquie et les Balkans, est le même que celui que Nicolas Bouvier a emprunté il y a plus de 60 ans, en sens inverse, et qui a fait l'objet de son livre L'usage du monde. C'est à l'usage troublé, contemporain et migrant du monde qu'un projet de collaboration entre eux trois fait écho.

"Barbara Manzetti parle souvent d'amitié au sujet de son travail et il me semble que les exigences de cette notion déterminent l'essentiel de ses décisions artistiques. Sa pratique artistique est une pratique sans extérieur, qui incorpore en permanence son propre environnement (…). Cette pratique ne sépare pas le temps de préparation du temps de représentation. Elle est un principe de déplacement et chaque lieu de son exercice en est l'unique lieu possible. De même chaque personne momentanément en contact avec le travail intègre celui-ci en s'engageant dans l'activité qui le fonde, ce mode d'être-ensemble induit par la performance de Barbara et que je nommerai avec elle l'activité d'amitier".
Rester. Étranger : Présentation du projet (Archives, Collection/collective, Pod-cast des émissions radiophoniques et journal en ligne) :
rester-etranger.fr
journal.rester-etranger.fr
L'expérience à Aubervilliers en janvier 2018 :
leslaboratoires.org/projet/rester-etranger-aubervilliers/rester-etranger-aubervilliers

À l'intérieur de son travail de création et de recherche, Laurent Pichaud privilégie l'inscription d'un geste chorégraphique dans des champs non spécifiquement artistiques au sein de sa structure projets x-sud, et déploie sa place d'artiste au sein du champ pédagogique en tant que professeur associé au département Danse de l'université Paris 8 Saint-Denis où il est aussi inscrit en thèse création.
Dernière publication
Deborah Hay, Mon corps, ce bouddhiste, édition augmentée, Traduction de Laurent Pichaud et Lucie Perineau, Coll. "Nouvelles scènes / Manufacture", Les presses du réel, Dijon, 2017, 177 pages.

Alain MICHARD : La mémoire comme lieu
L'atelier s'appuiera sur ma pratique artistique des espaces publics et sur une conception de la mémoire comme espace à la fois en mouvement et moteur du mouvement, de la mémoire comme lieu familier et méconnu à explorer. L'atelier débutera par une brève présentation du projet Virvoucher, qui est la matrice de ma sortie du studio pour chercher dans l'espace urbain, dans le quotidien et l'imprévisible, des lieux partagés, un autre rapport au corps et les matériaux d'une forme de création documentaire et sensible. Les participants seront invités à expérimenter les lieux, en stimulant l'imaginaire par les sens. Collectes, récits et interprétations partagées concluront l'atelier.

Alain Michard est chorégraphe et artiste visuel. Il développe ses projets pour la scène, l'espace public, les lieux d'art contemporain, et le cinéma. Ses créations croisent plusieurs mediums et pratiques nourries par contextes de travail et de représentation. Une part d'entre elles procède d'explorations de l'espace public, de l'architecture, quartier ou paysage, de rencontres et de collectes (images, récits, sons, objets). Il est régulièrement invité à enseigner dans les écoles d'art, de danse, d'architecture et les universités. Ses projets se développent en France et à l'étranger (Japon, Brésil, Canada, Turquie, Italie, Belgique, UK, …).
Publications
J'ai tout donné, PHAKT, 2010.
Ce qui vient, Presses du réel, 2010.
Journal d'anticipation, Biennale de Rennes, 2010.
Journaux des Promenades blanches (…).
Journal des Labos, n°…, 2018.


BIBLIOGRAPHIE :

• CAILLET Aline, Dispositifs critiques. Le documentaire, du cinéma aux arts visuels, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.
• CAILLET Aline & POUILLAUDE Frédéric (dir.), Un art documentaire. Enjeux esthétiques, politiques et éthiques, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017.
• CHEVRIER Jean-François & ROUSSIN Philippe (dir.), Communications, n°71, "Le parti pris du document. Littérature, photographie, cinéma et architecture au XXe siècle", Paris, Seuil, 2001.
• DELCUVELLERIE Jacques, Sur la limite, vers la fin. Repères sur le théâtre dans la société du spectacle à travers l'aventure du Groupov (roman), Bruxelles, Groupov/Alternatives théâtrales, 2012.
• DORNIER Carole & DULONG Renaud (dir.), Esthétique du témoignage, Éd. de la Maison des sciences de l'Homme, Paris, 2005.
• DULONG Renaud, Le témoin oculaire, les conditions sociales de l'attestation personnelle, Paris, Éditions de l'EHESS, 1998.
• FORSYTH Alison & MEGSON Chris (dir.), Get real. Documentary, theatre, past and present, Palgrave, Macmillan, Basingstoke & New York, 2009.
• FOSTER Hal, Le retour du réel. Situation actuelle de l'avant-garde, Trad. Yves Cantraine, Frank Pierobon et Daniel Vander Gucht, Bruxelles, La lettre volée, 2005.
• HAMMOND Will & STEWARD Dan (dir.), Verbatim : Contemporary Documentary Theatre, Oberon Books, Londres, 2008.
• INGOLD Tim, Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture, Trad. H. Gosselin et H.-S. Afeissa, Éditions Dehors, Bellevaux, 2017.
• KEMPF Lucie & MOGUILEVSKAIA Tania (dir.), Le théâtre néo-documentaire : résurgence ou réinvention ?, Nancy, PUN, 2013.
• KLEIN Gabriele & NOETH Sandra (dir.), Emerging Bodies : The Performance of Worldmaking in Dance and Choreography, Bielefeld, Transcript Verlag, 2011.
• Marges, n°6, "Art et Ethnographie", mai 2007.
• MARTIN Carol (dir.), TDR : The Drama Review, vol. 50, n°3, "Documentary Theater", MIT Press, New York, 2006.
• MARTIN Carol (dir.), Dramaturgy of the Real on the world Stage, Palgrave Macmillan, Basingstoke & New York, 2010.
• MORRIS Gay & GIERSDORF Jens (dir.), Choreographies of 21st Century Wars, New York, Oxford University Press, 2016.
• OLIVIER Laurent, Le sombre abîme du temps : mémoire et archéologie, Seuil, Paris, 2008.
• PAGET Derrek, ""Verbatim theatre" : Oral history and Documentary Techniques", New Theatre Quarterly, n°3, 1987, p. 317-336.
• PERRIN Julie, Figures de l'attention, cinq essais sur la spatialité en danse, Dijon, Les Presses du réel, "Nouvelles scènes", 2013.
• PERRIN Julie, "Du quotidien. Une impasse critique", in Formis Barbara (dir.), Gestes à l'œuvre, de l'Incidence éditions, Paris, 2008, p. 86-97.
• PERRIN Julie, "Composer la ville", in Du flou dans la ville. Une démarche artistique, urbaine et sensible, Alain Michard et Mathias Poisson (dir.), eterotopia éditions (à paraître).
• PERRIN Julie, "Traverser la ville ininterrompue : sentir et se figurer à l'aveugle. À propos de Walk, Hands, Eyes (a city) de Myriam Lefkowitz", Ambiances, 3 | 2017.
• PERRIN Julie, "Faire avec l'espace ou faire jouer le "tournant spatial" en art – Recomposition d'un échange épistolaire entre Julie Perrin, Laurent Pichaud et Anne Volvey", in Christian Gaussen (dir.), Du périmètre scénique en art : re/penser la Skéné, Cahier n°4, École supérieure des Beaux Arts Montpellier Agglomération, 2013, p. 6-27.
• PERRIN Julie, "Habiter en danseur", in Christian Gaussen (dir.), Du périmètre scénique en art : re/penser la Skéné, Cahier n°1, École supérieure des Beaux Arts Montpellier Agglomération, 2013, p. 8-19.
• PERRIN Julie, "L'expérience d'une réalité. À propos de trois promenades sensorielles", Dossier : Les artistes et la ville. Retours d'expériences, Le Merlan – Scène nationale, Marseille, 2012.
• PERRIN Julie, "(Ré)apprendre à marcher", Cahier n°1. Les artistes et la ville. En corps urbains, Le Merlan – Scène nationale, Marseille, juin 2012, p. 28-29.
• PERRIN Julie, "Une lecture kinésique du paysage dans les écrits de la chorégraphe Simone Forti", in Lambert Barthélémy (coord.), Imagination(s) environnementale(s), Raison publique. Arts, politique et société, n°17, Presses universitaires de Rennes, hiver 2012, p. 105-119.
• PIEMME Jean-Marie & LEMAIRE Véronique (dir.), Études théâtrales, n°50, "Usages du "document. Les écritures théâtrales entre réel et fiction", Louvain-La-Neuve, Centre d'Études Théâtrales, 2011.
• PISCATOR Erwin, Le théâtre politique suivi de Supplément au théâtre politique, L'Arche, Paris, 1972.
• POUILLAUDE Frédéric, Le désœuvrement chorégraphique. Étude sur la notion d'œuvre en danse, Paris, Vrin, 2009.
• POUILLAUDE Frédéric, "Dance as Documentary : Conflictual Images in the Choreographic Mirror (On Archive by Arkadi Zaides)", in Dance Research Journal, 48(2), août 2016, p. 80-94.
• SARRAZAC Jean-Pierre, NAUGRETTE Catherine & BANU Georges, Études Théâtrales, n°51-52, "Le geste de témoigner. Un dispositif pour le théâtre", Louvain-La-Neuve, Centre d'Études Théâtrales, 2011.
• TIBERGHIEN Gilles A., Land art, Carré, 1993, Réédition, Paris, La Découverte, 2012.
• WEISS Peter, "Notes sur le théâtre documentaire", in Discours sur la genèse et le déroulement de la très longue guerre de libération du Vietnam illustrant la nécessité de la lutte armée des opprimés contre leurs oppresseurs ainsi que la volonté des États-Unis d'Amérique d'anéantir les fondements de la Révolution, Traduit de l'allemand par Jean Baudrillard, Paris, Le Seuil, 1968.
• ZENETTI Marie-Jeanne, Factographies. L'enregistrement littéraire à l’époque contemporaine, Paris, Classiques Garnier, 2014.


SOUTIENS :

• Institut Universitaire de France | Université Paris-Sorbonne
• Université Paris 8

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


CONSTRUIRE LE RÉCIT : HISTOIRE ET POÉTIQUE DES CHAPITRES


DU LUNDI 25 JUIN (19 H) AU LUNDI 2 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Claire COLIN, Aude LEBLOND


ARGUMENT :

Comment construit-on un récit ? Telle est la question qui sera abordée sous l'angle du chapitre — ce mode de division si discret que l'on a tendance à ne pas y prêter attention, même s'il influence notre lecture…

Bien que négligé par la critique, le chapitre est en réalité un lieu privilégié du texte où se croisent des questions rhétoriques, éditoriales, narratologiques, thématiques, et historiques. Le chapitre s'impose-t-il définitivement comme la division naturelle du roman, voire du récit ? Ou est-il au contraire de plus en plus mis en question dans la littérature moderne et contemporaine ? L'imaginaire du chapitre est-il celui de l'architecture, de la musique, du fragment, du tableau ? Que devient le chapitre en BD ? Quel est son rapport à l'épisode dans un feuilleton littéraire comme une série télévisée ? Il s'agira aussi de repérer, dans l'immense diversité des pratiques de chapitrage, des évolutions à long terme, des tendances fortes, des régularités, des stabilités, en utilisant notamment pour ce faire des outils numériques.

Aux interventions critiques et théoriques s'adjoindront des entretiens d'écrivains, une performance d'écriture oulipienne par Jacques Jouet, qui écrira au cours du colloque plusieurs chapitres de son roman-feuilleton entamé depuis plusieurs années et en fera la lecture, ainsi qu'un atelier d'écriture et une présentation d'exposition virtuelle à partir d'un patrimoine sous format papier. Ouverte à tous, cette rencontre envisagera donc le chapitre comme une courroie de transmission majeure entre les communautés vivantes des écrivains et des lecteurs qui s'essayent, de plus en plus, à l'écriture dans le monde contemporain.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 25 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 26 juin
Matin
Claire COLIN & Aude LEBLOND : Ouverture du colloque

SEGMENT, ÉPISODE
Aude LEBLOND : Approches quantitatives du chapitre, du roman au corpus [article en ligne]
Françoise REVAZ : Scansion en chapitres et scansion en feuilletons : des modes de découpage redondants ou concurrents ?

Après-midi
CHAPITRES ET EXPÉRIMENTATION
Andrea DEL LUNGO : Le chapitrage polymorphe de La Comédie humaine
Virginie TAHAR : Usages du chapitre dans les expérimentations narratives oulipiennes

Soirée
Lecture des chapitres rédigés au cours du colloque par Jacques JOUET


Mercredi 27 juin
Matin
XXe-XXIe SIÈCLES (I)
Hélène BATY-DELALANDE : Le chapitre dans l'œuvre de Simone de Beauvoir [article en ligne]
Claire COLIN : La jeunesse forme-t-elle les chapitres ?

Après-midi
APPROCHES PÉDAGOGIQUES DU CHAPITRE
Virginie TAHAR & Claire COLIN : Le projet "Rocambolesques" : le chapitre dans les ateliers d'écriture [présentation]

Le chapitre comme prisme d'étude d'une œuvre, table ronde d'étudiants avec Maëlle BREYTON (Les textes du rappeur Médine à l'épreuve du chapitre), Camille CHAUVEAU (Le Chapitre dans Quai d'Orsay – Chroniques diplomatiques) et Corentin LE DUFF (Le chapitre dans le roman Magnus de Sylvie Germain)

Soirée
Lecture des chapitres rédigés au cours du colloque par Jacques JOUET


Jeudi 28 juin
Matin
XXe-XXIe SIÈCLES (II)
Jacques JOUET : Chapitres et contraintes dans l'œuvre oulipienne, entretien avec Virginie TAHAR
Atelier d'écriture avec Jacques JOUET et Virginie TAHAR

Après-midi
MIGRATIONS GÉNÉRIQUES (I)
François JOST : Peut-on utiliser la notion de chapitre pour les séries télévisées ? [article en ligne]

Soirée
"Patrimoine capitulaire", les chapitres dans les fonds de l'IMEC, avec Claire COLIN, Camille KOSKAS, Aude LEBLOND et Jérémy NAÏM [présentation]


Vendredi 29 juin
Matin
DES CHAPITRES OU PAS ?
Jérémy NAÏM : Le chapitre dans le recueil de nouvelles (1750-1850) [article en ligne]
Alain SCHAFFNER : Chapitre ou séquence ?

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Belinda CANNONE : Œuvre plurielle, chapitre pluriel ?, entretien avec Claire COLIN


Samedi 30 juin
Matin
PLANS, MONTAGES, ORGANISATIONS
Clémentine HOUGUE : Le chapitre à l'épreuve du collage et du montage littéraires : Dos Passos, Burroughs, Ballard [article en ligne]
Camille KOSKAS : Des brouillons au texte final. Jean Paulhan ou l'obsession du plan [article en ligne]

Après-midi
Marie-Hélène LAFON : Façonner l'œuvre à travers le chapitre, entretien avec Claire COLIN

Soirée
L'annonce, d'après le roman de Marie-Hélène Lafon


Dimanche 1er juillet
Matin
MIGRATIONS GÉNÉRIQUES (II)
Anaïs GOUDMAND : Le chapitre en bande dessinée : bilan et perspectives [article en ligne]
Marc DOUGUET : Finir in medias res : peut-on appliquer les outils de la théorie dramatique au chapitrage romanesque ? [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture] — [article en ligne]

Après-midi
APPROCHES QUANTITATIVES (I)
Alexandre GEFEN : Deux siècles de roman français, premières explorations quantitatives
Alain BOILLAT : Formes, statuts et fonctions du "chapitrage" dans l'écriture scénaristique de Jean Aurenche et Pierre Bost [article en ligne]


Lundi 2 juillet
Matin
APPROCHES QUANTITATIVES (II)
Nicholas PAIGE : Un nouveau roman chapitré au tournant du dix-neuvième siècle
Claire COLIN & Aude LEBLOND : Conclusion et perspectives

Après-midi
DÉPARTS


ENTRETIENS :

Belinda CANNONE : Œuvre plurielle, chapitre pluriel ?, entretien avec Claire COLIN
Cet entretien conduira à interroger Belinda Cannone sur ses pratiques d'écriture à travers le prisme du chapitre : quelle place occupe le chapitre dans la genèse de ses œuvres ? Cette place se modifie-t-elle au cours de la rédaction ou durant le processus éditorial ? La taille et la fonction des chapitres varient-elles selon le genre littéraire ? Autant de questions permettant de réfléchir sur le rapport entre un auteur et le chapitre, élément de division aussi banal qu'essentiel et, par-delà, sur les processus possibles de l'écriture.

Belinda Cannone est l'auteur d'une œuvre importante et variée : romans (L'Adieu à Stefan Zweig, 1990 ; L'Île au nadir, 1992 ; Trois nuits d'un personnage, 1994 ; Lent Delta, 1998 ; L'Homme qui jeûne, 2006 ; Entre les bruits, 2009 ; Nu intérieur, 2015), récits autobiographiques (La Chair du temps, 2012 ; Le Don du passeur, 2013), essais (L'Écriture du désir, 2000 ; Le Sentiment d'imposture, 2005 ; La Bêtise s'améliore, 2007 ; La Tentation de Pénélope, 2010 ; Le Baiser peut-être, 2011 ; Petit éloge du désir, 2013 ; S'émerveiller, 2017).

Jacques JOUET : Chapitres et contraintes dans l'œuvre oulipienne, entretien avec Virginie TAHAR
Certaines œuvres oulipiennes de l'écrivain Jacques Jouet, membre de l'Ouvroir depuis 1983, reposent sur des contraintes qui s'appuient sur la division en chapitres. C'est le cas en particulier de Fins (POL, 1999), dont la longueur des chapitres rebaptisés "unités-paragraphes" est déterminée par une transposition de forme poétique appelée la sextine ; d'Annette et l'Etna (Stock, 2001), récit palindromique composé de deux chapitres pouvant se lire dans un ordre ou dans l'autre ; ou encore de l"immense roman-feuilleton La République de Mek-Ouyes (POL, 2001) qui joue de manière parodique des effets de suspense d'un épisode à l'autre. Cet entretien a pour objectif de présenter les différentes expériences menées par Jacques Jouet sur la division en chapitres, d'interroger le rôle qu'elles jouent dans la genèse des œuvres et les effets de lecture qu'elles produisent.

Marie-Hélène LAFON : Façonner l'œuvre à travers le chapitre, entretien avec Claire COLIN
L'entretien portera plus spécifiquement sur la place et le rôle du chapitre dans les publications de Marie-Hélène Lafon : le chapitre est-il présent dès les origines de la genèse ou bien s'impose-t-il au fur et à mesure ? Comment concevoir la division narrative dans une œuvre qui se veut unitaire, organique, à la façon d'un corps qui comprend différents membres ? Enfin, quel regard porter sur l'adaptation du chapitre du livre à la télévision, à travers l'exemple de L'Annonce, adaptée au petit écran en 2015 ?

Le territoire du Cantal et le monde paysan sont parmi les éléments essentiels des livres de Marie-Hélène Lafon, auteur à la fois de romans (Le Soir du chien, 2001 ; Sur la photo, 2003 ; Mo, 2005 ; Les Derniers Indiens, 2008 ; L'Annonce, 2009 ; Les Pays, 2012 ; Joseph, 2014 ; Nos vies, 2017) et de nouvelles (Liturgie, 2002 ; Organes, 2006 ; Histoires, 2015). Lorsqu'elle est interrogée sur son écriture, l'écrivain indique la concevoir comme un malaxage, un pétrissage de mots et de thèmes dans une œuvre dont les personnages et les lieux circulent d'un ouvrage à l'autre.


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Alain BOILLAT : Formes, statuts et fonctions du "chapitrage" dans l'écriture scénaristique de Jean Aurenche et Pierre Bost
À partir d'une recherche effectuée dans le fonds d'archives Claude Autant-Lara de la Cinémathèque suisse à propos de chantiers scénaristiques auxquels participèrent Jean Aurenche et Pierre Bost dans les années 1940-1950, nous dégagerons et examinerons, en fonction de divers stades de l'écriture, certains éléments d'organisation textuelle susceptibles de faire office de "chapitrage". Cette étude tiendra compte des particularités de l'écriture scénaristique (collaborative, visant à produire un document transitoire, soumise à certaines exigences techniques, etc.), de même que du lien instauré entre le scénario et l'œuvre littéraire adaptée lorsque celle-ci est elle-même chapitrée. Enfin, l'état du texte — du synopsis au découpage technique — varie en termes de forme et de fonction : nous identifierons ainsi des variations dans le statut du "chapitrage" en fonction de cet état et discuterons plus avant le principe du "découpage" inhérent à la discontinuité du médium dans ses liens au rôle du chapitre.

Alain Boillat est professeur ordinaire à la section d'histoire et esthétique du cinéma de la Faculté des lettres de l'université de Lausanne. Ses recherches ont notamment pour objet l'histoire et la théorie du scénario et certaines questions d'intermédialité touchant à l'adaptation, à la narration et à la fiction dans les productions médiatiques. Cofondateur de la revue d'études cinématographique Décadrages, il en a dirigé plusieurs numéros.
Publication
Cinéma, machine à mondes. Essai sur les films à univers multiples, Collection "Emprise de vue", Éditions Georg, 2014.
Volumes collectifs
Dubbing, Schüren, 2014.
Dialogues avec le cinéma. Approches de l'oralité cinématographique, Nota Bene, 2016.
BD-US : les comics vus par l'Europe, Infolio, 2016.
Case, strip, action, Infolio, 2016.
L'Adaptation. Des livres aux scénarios, Impressions Nouvelles, à paraître en mars 2018.

Maëlle BREYTON : Les textes du rappeur Médine à l'épreuve du chapitre
Cette communication vise à analyser les textes du rappeur Médine en assimilant leurs fonctionnements à ceux des chapitres de romans selon des traits généraux de définitions habituellement appliqués à ces derniers. Si ces éléments ne semblent pas pouvoir être calqués sur un genre littéraire si différent qui appartient par ailleurs au domaine musical, le rappeur joue tout de même avec un vocable structurel qui prête à s'intéresser à cette question à propos de ses textes. Ceux-ci sont argumentés, documentés et défendus dans le but de mener des dénonciations contre l'Occident ainsi que de convaincre les auditeurs et auditrices d'adhérer aux idées du rappeur et de se joindre à lui. Cela oriente l'ensemble de son œuvre à être structurée de façon à favoriser l'argumentation, sa musique contribuant à l'organisation singulière de ses écrits. Au-delà des textes argumentés, l'analyse de ses quelques écrits narratifs appelés story-telling dévoile de la même façon une norme de structuration comparable à celle des chapitres tout en ayant des effets parfois contraires à ces derniers lorsqu'ils se trouvent au sein d'un roman. Enfin l'étude des dispositions des textes dans les albums du rappeur mène à quelques surprises lorsque celle-ci les compare à un chapitrage romanesque normé.

Maëlle Breyton, étudiante en master de lettres modernes à la Sorbonne Nouvelle, prépare un mémoire sur l'étude des textes des rappeurs Médine et Gaël Faye observés en rapport aux projections des mouvements continentalistes africains.

Camille CHAUVEAU : Le Chapitre dans Quai d'Orsay – Chroniques diplomatiques
Quai d'Orsay est une bande-dessinée chapitrée ce qui constitue en soi un problème, mais l'œuvre de Blain et Lanzac abandonne également le nom "chapitre" pour les divisions de son second volume. La dimension du chapitre y apparait donc comme centrale. Notre travail se propose de montrer que le chapitre y acquiert un rôle de premier rôle dans la structuration de l'œuvre mais sert également à en permettre la lecture dans la mesure où à travers le chapitre, et plus particulièrement les titres, se créent, au fil des lectures et relectures, des effets comiques. Le chapitre apparait donc comme le moyen pour nos deux auteurs de créer une esthétique de la surprise, elle-même propre à générer le comique dans ce qui s'apparente à un récit d'aventures.

Camille Chauveau, étudiante en Master 1 à Paris III Sorbonne-nouvelle, travaille sur le rire et la déformation dans les sonnets des poètes du Chat Noir.

Claire COLIN : La jeunesse forme-t-elle les chapitres ?
Cette intervention cherchera à analyser les pratiques du chapitre dans un corpus de sagas pour la jeunesse (La Passe-Miroir de Christelle Dabos, À la croisée des mondes de Philip Pullman, Harry Potter de J. K. Rowling). Ganna Ottevaere-van Praag souligne dans son ouvrage Le roman pour la jeunesse (1996) les caractéristiques du récit propre à satisfaire les pulsions juvéniles, avec notamment, "d'une part, une envie frénétique d'arriver en bout de course pour savoir à quoi les choses aboutissent, de l'autre le désir que l'histoire se poursuive indéfiniment." (p. 116), mais aussi la capacité à "aller à l'essentiel, user de brièveté et de concision" (p. 13), tout en faisant en sorte que "chaque chapitre offre un événement nouveau" (p. 12), pour maintenir éveillée la curiosité. Il s'agira de se demander si le rythme du chapitre, à l'intérieur du tome mais aussi à l'échelle de la saga entière, répond à un tel objectif, et quelle architecture capitulaire les auteurs entendent élaborer au sein d'une œuvre appréciée également du public adulte pour la richesse et la complexité des mondes fictifs élaborés.

Claire Colin, actuellement enseignante dans le secondaire et chercheuse associée du CERC (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3), s'intéresse aux évolutions contemporaines du récit et à la théorie littéraire. Elle a soutenu en 2013 une thèse de littérature comparée, L'Événement dans la nouvelle contemporaine, publiée aux éditions Classiques Garnier (2018). Elle a également co-dirigé Ce que le récit ne dit pas (PUFR, 2015) et Pratiques et poétiques du chapitre du XIXe au XXIe siècle (PUR, 2017). Elle est membre du projet "Chapitre" depuis 2009.

Marc DOUGUET : Finir in medias res : peut-on appliquer les outils de la théorie dramatique au chapitrage romanesque ?
Quels rapports existe-t-il entre le découpage des pièces de théâtre en scènes et en actes (qui repose sur un critère intrinsèque au texte, les mouvements d'entrée et de sortie des personnages) et le chapitrage romanesque (où il est impossible d'établir une corrélation systématique entre les événements de la diégèse et la structure du récit) ? Il s'agira d'étudier, sur le long terme (XVIIe-XXe siècles), les pratiques de chapitrage à la lumière des pratiques de séquençage dramatique en se focalisant sur les effets de suspension qu'elles peuvent produire quand elles viennent segmenter le déroulement continu des faits : l'interruption soudaine de la narration crée un effet d'attente tout en accentuant l'importance des événements narrés juste avant la coupure (sur le modèle de la fin de la première partie du Côté de Guermantes : "Elle avait compris qu'il n'y avait pas à me cacher ce que j'avais deviné tout de suite : qu'elle venait d'avoir une petite attaque. [Deuxième partie, chapitre premier] Nous retraversâmes l'avenue Gabriel, au milieu de la foule des promeneurs"). Quels équivalents, s'il en existe, peut-on trouver à ce procédé quand l'action n'est pas narrée mais représentée sur scène ? Et que nous apprend la comparaison avec le théâtre sur le fonctionnement et les usages du chapitrage ?

Marc Douguet, maître de conférences en littérature française et humanités numériques à l'université Grenoble Alpes, travaille sur les techniques de composition et de structuration des textes, notamment dans les pièces de théâtre françaises du XVIIe siècle.
Publications
"Entrée en scène, entrée en acte", Agôn, n°5, 2013.
"L'unité de lieu comme interprétation", dans Pierre Zoberman (dir.), Interpretation in/of the Seventeenth Century, Cambridge Scholars Publishing, 2015, p. 153 168.
Avec Didier Alexandre et Frédéric Glorieux, "Graphologie de Claudel : autour de La Jeune Fille Violaine et de L'Annonce faite à Marie", RHLF, n°3, 2016.
"MAnaDram : un moteur d'analyse pour l'extraction et le repérage des motifs dramaturgiques", Revue d'historiographie du théâtre, n°4, 2017.
La Composition dramatique, Genève, Droz, Coll. "Travaux du Grand siècle", 2018 [à paraître].

Alexandre GEFEN : Deux siècles de roman français, premières explorations quantitatives
Cette communication portera sur la fouille du corpus de plusieurs centaines de romans constitué par l'ANR Chapitre : on explorera la dynamique des récits, leur modalité d'énonciation, leur vocabulaire comme l'histoire des structures et découpages narratifs à travers de méthodes de distant reading, en faisant le pari que les explorations quantitatives sont de nature à offrir un point de vue renouvelé sur l'histoire et la structure des romans.

Alexandre Gefen est directeur de recherche au CNRS (UMR Thalim/Université Paris 3 - Sorbonne nouvelle). Il est par ailleurs directeur adjoint scientifique de l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS chargé de l'interdisciplinarité. Fondateur de Fabula.org et critique littéraire, il travaille sur la théorie littéraire, les littératures contemporaines et les Humanités numériques.
Dernières parutions
Vies imaginaires de la littérature française, Paris, Gallimard, 2014.
Art et émotions, Armand Colin, 2015.
Inventer une vie. La fabrique littéraire de l'individu, Les Impressions Nouvelles, 2015.
Réparer le monde. La littérature française face au XXIe siècle, Corti, 2017.

Anaïs GOUDMAND : Le chapitre en bande dessinée : bilan et perspectives
L'intervention sera consacrée à l'analyse des usages du chapitre en bande dessinée et proposera un bilan des pistes de réflexion ouvertes par le colloque "Les avatars du chapitre en bande dessinée", qui s'est tenu en mai 2017 à l'université de Lausanne. Il s'agira notamment d'interroger les stratégies narratives, esthétiques et symboliques que suppose le choix d'un type de segmentation exporté du modèle littéraire. L'on s'appuiera sur des exemples tirés d'un corpus francophone et américain afin de comparer les enjeux différenciés qui émergent des pratiques éditoriales spécifiques à ces deux ères culturelles : la question du format (comic book, album, roman graphique) ainsi que celle du mode de livraison, qui déterminent un réseau de contraintes indissociables de la poétique du récit, seront au cœur de la problématique.

Anaïs Goudmand est doctorante au Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (CRAL) de l'EHESS sous la direction de Jean-Marie Schaeffer et à l'université de Lausanne, sous la direction de Raphaël Baroni (intitulé du sujet : "Sérialité et fictionalité : pour une poétique du récit sériel") et assistante à l'École de Français Langue Étrangère de l'université de Lausanne. Elle a co-organisé avec Raphaël Baroni le colloque international "Les avatars du chapitre en bande dessinée" dans le cadre du projet ANR "Chapitres – Pratiques et poétiques du chapitre du XIXe au XXIe siècle : génétique, rhétorique de la lecture et transmédialité" (Université de Lausanne, 11-12 mai 2017).

Clémentine HOUGUE : Le chapitre à l'épreuve du collage et du montage littéraires : Dos Passos, Burroughs, Ballard
Cette intervention examinera les effets du collage et du montage littéraire sur le chapitre, à travers trois œuvres du domaine anglo-saxon : la trilogie USA de John Dos Passos (achevée en 1936), la trilogie Nova de William Burroughs, composée de The Soft Machine (1961), The Ticket That Exploded (1962) et Nova express (1964) et le roman The Atrocity Exhibition de James Graham Ballard (dans son édition augmentée de 1990). Il s'agira de comprendre comment le collage et le montage, procédés de fragmentation du texte, permettent une nouvelle mise en continuité des chapitres. On s'attardera en particulier sur la façon dont les trois auteurs utilisent ces techniques pour critiquer les médias et déjouer les artifices de la représentation. Le corpus invitera en outre à observer les évolutions de ces procédés tout au long du XXe siècle.

Docteure en Littérature comparée (CERC-Université Paris 3), Clémentine Hougue est l'auteur de Le cut-up de William Burroughs : histoire d'une révolution du langage (Les presses du réel, 2014). Elle a publié plusieurs articles sur le collage littéraire (dont "Collage pictural et collage littéraire de 1920 à 1970 : la construction d'un genre", in Genres Littéraires et Peinture, PUBP, 2015). Ses recherches portent également sur les liens entre science-fiction et politique, dans la littérature et la culture populaire.

François JOST : Peut-on utiliser la notion de chapitre pour les séries télévisées ?
La notion de chapitre peut paraître étrange s'agissant des séries télévisées. Les scénaristes lui préfèrent très généralement celle d'acte. Pour discuter la pertinence de l'une ou l'autre notion, il faut d'abord déterminer à quel paradigme se rattache le récit audiovisuel, film ou série : dramatique ou épique ? Il faut ensuite s'interroger sur les limites de l'œuvre. Les séries américaines sont aujourd'hui rarement des récits fermés. Elles ont toutes une dimension "feuilletonnante". Faut-il chercher l'équivalent du chapitre dans l'épisode ou dans la saison ? Les titres des épisodes se révèlent en dernier instance un indicateur précieux pour répondre à ces questions.

François Jost est professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle Paris III, où il a créé le Centre d'Études sur l'Image et le Son Médiatiques (CEISME). Il est Professeur invité dans de nombreuses universités à travers le monde. Spécialiste de l'image, il a écrit ou dirigé plus d'une trentaine de livres sur le cinéma et la télévision et publié 150 articles. Il a contribué, ces dernières années, à développer en France les études théoriques sur la télévision, par la direction de numéros de revue, de colloques (Penser la télévision, Cerisy 1997), la publication de livres et par de nombreuses interventions publiques. Il est directeur de la revue Télévision, première revue francophone scientifique sur ce média publiée par CNRS éditions. Il dirige la collection "A suivre" consacrée aux séries télévisées chez Atlande. Scénariste et réalisateur, entre 1977 et 1987, il a écrit plusieurs programmes pour la télévision. Il a réalisé plusieurs films, dont l'un, La Mort du révolutionnaire, hallucinée, a reçu trois prix (Festival international du Jeune Cinéma, Hyères et Belfort, 1979). Il est aussi auteur d'un roman, Les Thermes de Stabies (MK Littérature, 1990).
Derniers ouvrages
Le Culte du banal, CNRS éditions, 2007.
Télé-réalité, Éd. Cavalier bleu, 2009.
Les Médias et nous, Bréal, 2010.
De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme ?, CNRS éditions, 2011.
Sous le cinéma, la communication, Vrin, 2014.
Les nouveaux méchants dans les séries, Bayard, 2015.
Breaking Bad, Le Diable est dans les détails, Atlande, 2016.
Pour une éthique des médias. Les images sont aussi des actes, Éd. de L'aube, 2016.
La Méchanceté en actes à l'ère numérique, CNRS éditions, 2018.

Camille KOSKAS : Des brouillons au texte final. Jean Paulhan ou l'obsession du plan
L'examen des notes préparatoires, des plans et brouillons conservés dans les fonds Jean Paulhan à l'IMEC traduit l'importance accordée par ce dernier à la structuration minutieuse de ses textes. La construction du texte s'appuie sur une logique méthodique qui voit sections, sous-sections et autres subdivisions s'enchaîner selon un ordre rigoureux, objet par la suite de reprises et remaniements nombreux. Le titre du chapitre — ou de la section — semble constituer un des points de départ à partir duquel la réflexion se déploie : les listes de titres ou de thèmes occupent en effet une place fort importante au sein de ces documents. Le chapitre se comprend alors comme une étape orchestrée dès les balbutiements du texte, une case littéralement vide à remplir, comme le montrent les dispositifs qui préludent à l'écriture : listes de section mais aussi séries de cartes postales ornées d'un titre de chapitre que Paulhan complète ensuite et qu'il peut rebattre à loisir en fonction de l'ordre retenu pour le texte. L'intéressant pour nous est le continuum qui s'établit entre textes de nature essayistique et textes de fiction qui font l'objet du même travail de structuration rigoureuse. Peut-être faut-il lire dans cette logique de construction, à la fois ludique et rigoureuse, une clé de compréhension des récits paulhaniens dont maints observateurs ont souligné le caractère profondément hermétique.

Corentin LE DUFF : Le chapitre dans le roman Magnus de Sylvie Germain
"D'un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d'incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire ?". C'est la question que se pose Sylvie Germain en ouverture de son roman Magnus, où les méandres du chapitrage fragmentaire épousent le morcellement mémoriel du héros amnésique. Véritable odyssée des temps modernes, Magnus suit le parcours d'un homme à la dérive, à la poursuite de lui-même, dans une quête d'identité qui "porte le poids implacable de l'Histoire". Il s'agira de voir comment dans ce roman le chapitrage rend à la fois compte d'une dynamique centrifuge du récit, qui souligne l'éclatement de la mémoire et du sens, et d'une dynamique centripète, qui favorise la reconstruction d'une unité de l'existence. Nous examinerons ainsi en dernière instance comment le chapitre, en tant que matrice mytho-syncrétique de la narration, parvient finalement à réconcilier ces deux mouvements en apparence antithétiques.

Corentin Le Duff étudie en parallèle à l'université Paris 3 – Sorbonne-Nouvelle et à l'ENS d'Ulm. Il écrit son mémoire de M1 sur la représentation des femmes dans les romans du Monde réel d'Aragon, sous la direction d'Aude Leblond.

Jérémy NAÏM : Le chapitre dans le recueil de nouvelles (1750-1850)
Cette communication se propose d'étudier la manière dont le chapitre investit le recueil de nouvelles, au moment où, d'après les travaux d'Ugo Dionne, la chapitration devient le dispositif de segmentation de référence de la narration. Chapitrer le recueil, en effet, ne va pas de soi. Il est plus commode pour l'auteur ou l'éditeur de distinguer les nouvelles dans la table des matières, sans avoir besoin de les numéroter. Pourquoi alors, au tournant des deux siècles, voit-on le recueil recourir de plus en plus au chapitre, à la fois pour distinguer les nouvelles entre elles et pour marquer des unités à l'intérieur des nouvelles elles-mêmes ? Comment dialogue le chapitre avec l'autre modèle de segmentation du recueil qu'est le cadre narratif, tel que visible dans le Décaméron ou Les Mille et une nuits ?

Jérémy Naïm est agrégé de Lettres modernes, docteur en langue et littérature françaises et aujourd'hui ATER à l'université d'Artois. Il est l'auteur d'une thèse sur le récit enchâssé, où il s'interroge, entre autres choses, à la segmentation des récits courts au XIXe siècle. Ses travaux actuels s'intéressent au chapitre en tant que palier textuel de la narration.

Nicholas PAIGE : Un nouveau roman chapitré au tournant du dix-neuvième siècle
Strictement parlant, le chapitrage des romans n'est nullement une nouveauté au dix-huitième siècle. Mais quantitativement, il l'est : c'est seulement après 1760 que le roman chapitré commence peu à peu à dominer la production. Cette communication vise d'abord à mettre des chiffres sur ce phénomène, et cela pour la période 1700-1830. Il s'agira tant de la France que de l'Angleterre, et tant du chapitrage tout court que de différentes sortes de chapitres utilisés (avec titres ? de quelle espèce ?). Dans un deuxième temps, j'essayerai de cerner certaines autres caractéristiques romanesques en évolution pendant ces mêmes années, avec pour but de faire le portrait statistique d'une morphologie romanesque pleinement inédite.

Nicholas Paige est professeur dans le Département de français de l'université de Californie (Berkeley). Il prépare une histoire quantitative du roman considéré comme un système de technologies distinctes en évolution permanente.
Publications
Before Fiction : The Ancien Régime of the Novel, Penn, 2011.
"Grandeur et décadence des Grecs : roman et enchâssement au dix-septième siècle", Dix-septième siècle, 2013.
"Examples, Samples, Signs : An Artifactual View of Fictionality in the French Novel, 1681-1830", New Literary History, 2017.
"The Artifactuality of Narrative Form : First-Person Novels in France, 1650-1830", Poetics Today, 2018.

Françoise REVAZ : Scansion en chapitres et scansion en feuilletons : des modes de découpage redondants ou concurrents ?
Dans cette contribution, il s'agira de prolonger ma réflexion sur la poétique du feuilleton en bandes dessinées et sur la comparaison entre son mode de production fragmenté et le dispositif chapitral de la production romanesque. Je proposerai donc l'analyse d'un exemple de la production romanesque du XIXe siècle (Les Mystères de Marseille de Zola) dans ses deux modes de parution : sa publication en volume complet chapitré et sa publication en feuilletons dans la presse quotidienne. L'objectif est de comparer les deux pratiques de découpage (chapitre vs feuilleton) afin de voir si ces dernières sont redondantes (l'empan d'un feuilleton correspond à l'empan d’un chapitre) ou concurrentes (l'empan d'un feuilleton est plus grand ou plus petit que l'empan d'un chapitre).

Françoise Revaz, professeure de linguistique française à l'université de Fribourg, spécialiste en narratologie, est l'auteure de nombreux articles et ouvrages consacrés au récit et à ses modes de découpage.
Publications
2016, "Le découpage des histoires à suivre", in Boillat A., Borel M., Oesterlé R. & Revaz F., Case, strip, action !, Infolio, 39-81 (lauréat 2017 du Prix Papiers Nickelés SoBD).
2017, "L'épisode hebdomadaire des histoires "à suivre" : une forme de chapitre minimal ?", in Colin C., Conrad T. & Leblond A. (dirs), Pratiques et poétiques du chapitre du XIXe au XXIe siècle, Presses universitaires de Rennes, 135-149.

Virginie TAHAR : Usages du chapitre dans les expérimentations narratives oulipiennes
Les expérimentations de l'Oulipo dans le cadre du récit en prose s'appuient souvent sur la division en chapitres, présentée par François Le Lionnais comme une "contrainte" majeure du genre romanesque dans le premier manifeste. Depuis la création du groupe, ces expérimentations ont porté sur différentes caractéristiques de la division en chapitres : l'écrivain peut en déterminer le nombre (La Vie mode d'emploi), la longueur (La Liseuse de Paul Fournel), l'utiliser pour répartir différents éléments selon des transferts de structure plus ou moins complexes… Cette communication propose d'établir une typologie des usages du chapitre dans les expérimentations narratives oulipiennes, tout en s'interrogeant sur leur rôle dans le processus de création et dans l'expérience de lecture qu'elles engendrent.

Virginie Tahar est doctoresse en langue et littérature françaises et PRAG de Lettres à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée. Elle a soutenu en 2016 une thèse intitulée "La fabrique oulipienne du récit. Expérimentations et pratiques narratives depuis 1980", à paraître aux éditions Classiques Garnier. Elle a publié différents articles et chapitres d'ouvrage sur l'Oulipo et oriente ses recherches vers les interactions entre la création littéraire et le numérique.


Virginie TAHAR & Claire COLIN : Présentation du projet "Rocambolesques" : le chapitre dans les ateliers d'écriture
Le projet "Rocambolesques" se propose de faire réaliser par des élèves du secondaire et des étudiants du supérieur, avec l'aide de leurs enseignants, un roman-feuilleton collectif et numérique. Inspiré des contraintes de l'OULIPO, ce récit aux portes multiples prévoit une intrigue en arborescence, chaque épisode proposant plusieurs suites, de façon à laisser le lecteur choisir son propre parcours de lecture. Claire Colin et Virginie Tahar retraceront les principales étapes de ce projet qui doit s'achever en 2019 et présenteront les récits déjà mis en ligne. Le site "Les Rocambolesques" est consultable au lien suivant : rocambolesques.wixsite.com/roman.


"Patrimoine capitulaire", les chapitres dans les fonds de l'IMEC, avec Claire COLIN, Camille KOSKAS, Aude LEBLOND et Jérémy NAÏM
Les collections de l'IMEC conservées à l'abbaye d'Ardenne proposent un vaste fonds d'archives littéraires de l'époque contemporaine. Parmi les nombreux dossiers consultables, on peut trouver différents documents montrant comment les auteurs réfléchissent sur la segmentation de leurs œuvres en cours d'élaboration : plans de livres, parfois sous forme de carte, liste de chapitres ordonnés selon des codes de couleur, brouillons montrant au contraire une organisation chaotique jusqu'au dernier moment. Une présentation de cette exploration dans les fonds d'archives, destinée à être valorisée par un site en ligne, sera proposée afin de montrer la richesse et la variété du patrimoine capitulaire à l'IMEC.


BIBLIOGRAPHIE :

• AUBRY D., Du roman-feuilleton à la série télévisuelle. Pour une rhétorique du genre et de la sérialité, Berne, Peter Lang, Éditions scientifiques internationales, 2006.
• AUDET R., SAINT-GELAIS R. (dir.), 2007, La fiction, suites et variations, Québec/Rennes, Nota Bene/Presses Universitaires de Rennes.
• BARONI R., REVAZ F., 2016, Narrative sequence in contemporary narratology, Chicago, Ohio State Press.
• BENASSI S., 2000, Séries et feuilletons TV. Pour une typologie des genres fictionnels, Liège, CEFAL.
• BESSON A., 2015, Constellations. Des mondes fictionnels dans l'imaginaire contemporain, Paris, CNRS Éditions.
• BESSON A., 2004, D'Asimov à Tolkien : cycles et séries dans la littérature de genre, Paris, CNRS Éditions.
• BESSON A., 2002, "Les formes à épisodes, des structures multi-médiatiques (parallélisme et interaction des ensembles paralittéraires et télévisés)", Belphégor, vol. 1, n°2.
• BESSON A., FERRE V., PRADEAU Ch. (dir.), 2008, Cycle et collection, Paris, L'Harmattan.
• BESSON A., "Le Trône de Fer, un univers en expansion", 2014 [en ligne].
• BESSON A., 2016, Mondes fictionnels, mondes numériques, mondes possibles : adolescence et culture médiatique, Paris, PUR.
• CAÏRA O., 2011, Définir la fiction : Du roman au jeu d'échecs, Paris, EHESS.
• CANNONE B., 1990, Dernières promenades à Petrópolis, Paris, Seuil (réédité sous le titre L'Adieu à Stefan Zweig, Paris, Seuil, Coll. "Points" en 2013).
• CANNONE B., 1992, L'Île au nadir, Paris, Quai Voltaire.
• CANNONE B., 1994, Trois nuits d'un personnage, Paris, Stock.
• CANNONE B., 1998, Lent Delta, Paris, Verticales, 1998.
• CANNONE B., 2000, L'Écriture du désir, Paris, Calman-Levy.
• CANNONE B., 2006, L'Homme qui jeûne, Paris, Éditions de l'Olivier.
• CANNONE B., 2007, La Bêtise s'améliore, Paris, Stock.
• CANNONE B., 2009, Entre les bruits, Éditions de l'Olivier.
• CANNONE B., 2010, La Tentation de Pénélope, Paris, Stock.
• CANNONE B., 2011, Le Baiser peut-être, Paris, Alma éditeur.
• CANNONE B., 2012, La Chair du temps, Paris, Stock.
• CANNONE B., 2013, Le Don du passeur, Paris, Stock.
• CANNONE B., 2013, Petit éloge du désir, Paris, Gallimard.
• CANNONE B., 2015, Nu intérieur, Paris, Éditions de l'Olivier.
• CANNONE B., 2017, S'émerveiller, Paris, Stock.
• CHALVON-DEMERSAY S., 2005, "Le deuxième souffle des adaptations", L'Homme, n°175-176.
• COLIN C., CONRAD T., LEBLOND A. (dir.), 2017, Pratiques et poétiques du chapitre du XIXe au XXIe siècles, Paris, PUR.
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• GOETSCHEL P., JOST F. et TSIKOUNAS M. (dirs.), 2015, Écritures du Feuilleton, Paris, Publications de la Sorbonne, "Sociétés & représentations".
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• JOUET J., 2006, La République de Mek-Ouyes, Vol. 2, "Mek-Ouyes amoureux", Paris, POL.
• JOUET J., 2011, La République de Mek-Ouyes, Vol. 3, "Agatha de Mek-Ouyes", Paris, POL.
• JOUET J., 2011, La République de Mek-Ouyes, Vol. 4, "Ian Monk : la jeunesse de Mek-Ouyes", Paris, Cambourakis.
• JOUET J., 2011, La République de Mek-Ouyes, Vol. 5 (avec Zeinab Abirached), "Agatha de Beyrouth", Paris, Cambourakis.
• JOUET J., 2011, La République de Mek-Ouyes, Vol. 6, "Ágata de Medellín", Medellín, Medellín.
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• LAFON M.-H., 2006, Organes, Paris, Buchet / Chastel.
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• LAFON M.-H., 2008, Les Derniers Indiens, Buchet/Chastel.
• LAFON M.-H., 2009, L'Annonce, Paris, Buchet / Chastel.
• LAFON M.-H., 2012, Album, Paris, Libella.
• LAFON M.-H., 2012, Gordana, Paris, Éditions du chemin de fer.
• LAFON M.-H., 2012, Les Pays, Buchet / Chastel.
• LAFON M.-H., 2013, Traversée, Paris, Créaphis.
• LAFON M.-H., 2014, Joseph, Paris, Buchet / Chastel.
• LAFON M.-H., 2015, Histoires, Paris, Buchet / Chastel.
• LAFON M.-H., 2017, Nos Vies, Paris, Buchet / Chastel.
• LETOURNEUX M., 2017, Fictions à la chaîne : littératures sérielles et culture médiatique, Paris, Seuil, Coll. "Poétique".
• MIDDEKE M., RIPPL G., & ZAPF H., 2015, Handbook of Intermediality. Literature - Image - Sound – Music, Berlin, De Gruyter, Mouton.
• MITTELL J., 2015, Complex TV : The Poetics of Contemporary Storytelling, New York, NYU Press, 2015.
• RAJEWSKI I., 2005, "Intermediality, Intertextuality, and Remediation : A Literary Perspective on Intermediality", Intermédialités, n°6.
• RYAN M.-L., 2004, Narrative across Media : The Languages of Storytelling, Lincoln, University of Nebraska Press.
• RYAN M.-L., 2006, Avatars of Story : Narrative Modes in Old and New Media, Minneapolis, University of Minnesota Press.
• RYAN M.-L., THON J.-N., 2014, Storyworlds across Media : Toward a Media-Conscious Narratology, Lincoln, University of Nebraska.
• SAINT-GELAIS R., 2011, Fictions transfuges. La transfictionnalité et ses enjeux, Paris, Seuil, Coll. "Poétique".
• THON J.-N., 2016, Transmedial Narratology and Contemporary Media Culture, Lincoln et Londres, University of Nebraska.
• WOLF W., 2011, "(Inter)mediality and the Study of Literature", CLCWeb, Comparative Literature and Culture, 13.3.


SOUTIEN :

• Unité mixte de recherche THALIM UMR CNRS (ANR Chapitres)

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


LOUIS ALTHUSSER : POLITIQUE, PHILOSOPHIE


DU LUNDI 25 JUIN (19 H) AU LUNDI 2 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Julia CHRIST, Bertrand OGILVIE

Avec le concours de François BORDES, Agnès GRIVAUX et Gildas SALMON

À l'initiative de l'École normale supérieure (ENS) et de l'Institut Mémoire de l'édition contemporaine (IMEC)


ARGUMENT :

Dans le champ de la philosophie et de la théorie, Louis Althusser a produit un type d'intervention qui a déplacé durablement certaines lignes et souligné pour longtemps certains enjeux primordiaux. Par là, son travail apparaît lui-même comme l'effet d'une certaine "surdétermination" qui a dessiné une spécifique constellation de problèmes hiérarchisés (science/théorie/politique/philosophie) et a marginalisé, pour un temps, plusieurs orientations traditionnelles (morale, éthique, justice…). Le point central est sans doute le nouage considéré comme fondamental et non négociable entre philosophie et politique.

Sans traiter de la dimension traditionnelle de l'histoire des systèmes de pensée — celle qui analyserait principalement l'économie, le contenu ou la systématicité de l'œuvre de Louis Althusser — mais en présupposant la connaissance, ce colloque interrogera une conjoncture suivant deux directions de recherche.

Tout d'abord, il s'agira de comprendre la singularité de la position d'Althusser, à la fois nationale et internationale. Singularité dans le champ de la philosophie française de son temps, qui font de lui dans les années 60, "un auteur pas comme les autres" : d'une part, avec son rapport direct/indirect à la politique, central/latéral à l'université ; d'autre part, avec la constitution d'un groupe de travail consistant dans le temps, à géométrie variable, articulé autour de certains principes ("honneur" de "ne pas céder sur") et d'objectifs (ordonnés autour de l'idée de révolution). Singularité aussi au niveau international repérable à une large audience mondiale liée au contexte de la guerre froide, atypique en France à l'époque et comparable, dans un tout autre registre, à celle de Sartre. Ensuite, s'agissant de la capacité de certaines orientations d'Althusser à éclairer le monde contemporain, on se demandera si l'on peut déterminer ses spécificités aptes à dépasser ses propres problématiques pour en ouvrir d'autres ? Et cela tant en ce qui concerne la crise du marxisme, que son renouvellement ou son dépassement.

À côté des intervenants émanant de nombreuses disciplines, ce colloque s'adresse à tous ceux qu'intéresse la pensée de ce philosophe qui a marqué son temps et ouvre des perspectives pour le monde à venir.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 25 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 26 juin
PRENDRE POSITION EN PHILOSOPHIE ? QU'EST-CE QUE LIRE, AVEC ALTHUSER ? [présentation]
Matin
Warren MONTAG : Tracer les lignes de démarcation : image ou concept ?

Après-midi
Gabriel ALBIAC : D'un lire matérialiste. Pascal et Spinoza aux sources de la lecture symptômale de Louis Althusser ?
Gildas SALMON : Les appareils idéologiques de l'État colonial : Althusser et l'Inde britannique


Mercredi 27 juin
Matin
DÉTENTE

Après-midi
"HORS LES MURS" — À L'IMEC (Abbaye d'Ardenne à Caen)
• Présentation de l'IMEC et des archives Althusser et visite de l'exposition
• Perspectives de recherches, table ronde animée par François BORDES, avec Anthony CRÉZÉGUT (L'art d'écrire d'Althusser), Thomas HIPPLER et Nick NESBITT
• Yann MOULIER-BOUTANG : Le rôle de l'archive dans le récit biographique
• Buffet


Jeudi 28 juin
ÉPISTÉMOLOGIE / STRUCTURALISME ? COUPURE, SCHISME [présentation]
Matin
Nick NESBITT : Le problème du "réel" capitaliste dans "L'Introduction de 1857" (Marx) et "Du Capital à la philosophie de Marx" (Althusser)
Étienne BALIBAR : Althusser et la question des déviations du marxisme

Après-midi
Emmanuel TERRAY : Althusser libérateur des sciences sociales [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Débat autour de "la crise du concept de capital", avec Étienne BALIBAR, Fabio BRUSCHI, Warren MONTAG et Nick NESBITT


Vendredi 29 juin
Matin
LA QUESTION DE L'IDÉOLOGIE (THÉORIE DU SUJET. LANGAGE ET INTERPELLATION) [présentation]
Jean MATTHYS : Les fins sans fin d'Althusser. Décalages, limites et finalité dans la pratique théorique : réflexions à partir du spinozisme althussérien
Agon HAMZA : Reconstructing Althusserian critique of ideology : from Spinoza to Hegel

Après-midi
"ANTHROPOLOGIE" ET "SOCIOLOGIE" (RAPPORT SOCIAL OU EFFET DE SOCIÉTÉ ? L'ÉTAT QUI PENSE) [présentation]
Panagiotis SOTIRIS : Comment on peut avoir des bonnes rencontres ? Idéologie, subjectivité, organisation et la question d'une nouvelle pratique politique
Riccardo FANCIULLACCI : La lecture althusserienne de Montesquieu, entre Marx et Durkheim
Julia CHRIST : Des appareils qui pensent


Samedi 30 juin
DÉTENTE


Dimanche 1er juillet
Matin
QUELLE FOLIE ! DU RÔLE DE LA FOLIE DANS LA SPÉCULATION : LOIN DES REPRÉSENTATIONS CONVENUES ET GÉNÉRALES, CERNER DES SINGULARITÉS ET DES CONJONCTURES [présentation]
Jean ALLOUCH : Penser, agir
Discutante : Agnès GRIVAUX

HISTOIRE ET MATÉRIALISME : ÉVÉNEMENT, CONJONCTURE, MATÉRIALISME ALÉATOIRE… [présentation]
Vittorio MORFINO : Relations, temporalité plurielle, matérialisme aléatoire

Après-midi
Fabio BRUSCHI : Pour une histoire des devenirs interrompus
Hervé OULC'HEN : Marxisme et structuralisme. F. Jameson lecteur d'Althusser


Lundi 2 juillet
DÉPARTS


PRÉSENTATION DES THÉMATIQUES :

PRENDRE POSITION EN PHILOSOPHIE ? QU'EST-CE QUE LIRE, AVEC ALTHUSER ?
Cette section s'intéressera à la manière dont Althusser pratiquait la philosophie. Deux postulats althussériens formeront le point de départ de nos travaux : premièrement le postulat de la lutte des classes dans la théorie : en quoi la visée de transformer le monde affecte-elle la pratique de la philosophie, dont la visée traditionnelle est de dire la vérité sur ce monde ? Deuxièmement, et en étroit lien avec cette première préoccupation d'Althusser, son postulat sur la philosophie comme discipline sans histoire : que signifie écrire l'histoire de cette discipline sans histoire propre ? En quoi l'histoire de la philosophie est une manière de prendre position ?

ÉPISTÉMOLOGIE / STRUCTURALISME ? COUPURE, SCHISME
"Prendre position" dans l'œuvre d'Althusser va de pair avec les notions de coupure, rupture, voire de schisme. La coupure épistémologique qu'aurait opérée Marx est mise en œuvre par Althusser lui-même : par rapport au marxise humaniste bien évidemment, mais aussi par rapport au structuralisme (de Lévi-Strauss notamment). Quelle est le déplacement qu'Althusser introduit dans le structuralisme ? Comment combiner structuralisme et dialectique ? Quel est son mobile politique ? Quels sont ses effets théoriques pour l'épistémologie des sciences sociales ?

LA QUESTION DE L'IDÉOLOGIE (THÉORIE DU SUJET. LANGAGE ET INTERPELLATION)
Aucun motif de la philosophie d'Althusser n’a connu une aussi importante postérité que celui de l’interpellation des individus en sujets. Le lien avec la psychanalyse se tisse ici : c'est le langage qui fait advenir le sujet. Plus précisément : le langage de l'Autre qui s'adresse au sujet, l'interpelle. Dire, pour Althusser, n'est pas seulement faire, mais "faire faire", voire "faire penser". Quels effets a cette conception du langage dans son rapport à la subjectivité pour le concept d'idéologie ? Comment penser autrement, faire autre chose, faire le pas de côté nécessaire pour l'agir politique ? Quel est le rapport entre science et politique dans cette constellation ?

"ANTHROPOLOGIE" ET "SOCIOLOGIE" (RAPPORT SOCIAL OU EFFET DE SOCIÉTÉ ? L'ÉTAT QUI PENSE)
Qu'est-ce qu'une structure qui a des effets de société ? Quel est le concept de société d'Althusser et comment se situe-t-il par rapport à la société telle que Marx la pense, à savoir comme "ensemble des rapports sociaux" ? Si les sujets ne sont que des supports (Träger) des rapports sociaux, est-il juste de parler en sociologie ou en anthropologie de rapports sociaux ? Que se passe-t-il entre les sujets ? Peuvent-ils transformer les rapports, et partant eux-mêmes comme Träger, bref, sont-ils des acteurs ? Sinon, est-ce que la seule postérité que la pensée d'Althusser peut avoir en sociologie une postérité bourdieusienne. Sa théorie de l'État semble s'opposer à cette restriction : durkheimienne d'essence, elle suscite la question de savoir qui pense quand l'État pense dans les sujets ? Que pense l'État : des fonctions ou des actions ?

QUELLE FOLIE ! DU RÔLE DE LA FOLIE DANS LA SPÉCULATION : LOIN DES REPRÉSENTATIONS CONVENUES ET GÉNÉRALES, CERNER DES SINGULARITÉS ET DES CONJONCTURES
Althusser menait une vie à l'intérieur d'institutions : l'École Normale, le Parti Communiste, l'institution psychiatrique. Sa productivité philosophique se lit comme autant d'échappées à ces cadres institutionnels, sa singularité, y compris ou plutôt dans sa folie, se situe dans ces prises de tangents par rapport à ce qui, selon lui-même, le faisait tenir. Quelle est ce rôle singulier qu'Althusser a fait jouer à sa propre folie ? Quelle conjoncture a permis à cette folie d'être productive ? En quelle mesure une folie qui voit juste lorsqu'elle transforme des questions en problèmes est-elle délirante ? Y a t-il pour le cas singulier d'Althusser un rapport entre savoir juste et institution contraignante ?

HISTOIRE ET MATÉRIALISME : ÉVÉNEMENT, CONJONCTURE, MATÉRIALISME ALÉATOIRE…
Comment penser l'histoire en structuraliste dialectique ? Une des questions centrales en ce domaine est certainement celle de savoir comment faire place à l'imprévu, comment donner droit, en pensée, d'abord et davantage aux ruptures qu'aux continuités, sans pour autant abandonner l'idée de la réalité sociale comme étant une structure de structures ? Althusser doit développer un concept inédit de "tendance historique" pour répondre à ce problème dont l'esquisse ontologique se trouve dans le concept de matérialisme aléatoire. Mais il semble que le concept clé qui lui permet de penser ensemble structure et événement est celui de surdétermination. D'autres concepts psychanalytiques serait à examiner dans ce domaine où on s'interrogera sur la question de savoir comment faire de l'histoire avec Althusser : celui de transmission, de latence, de traumatisme, de retour du refoulé. L'histoire peut-elle accueillir ces concepts ? Peut-elle lire des symptômes, du négatif, pour développer un nouveau concept de tendance historique ?


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Gabriel ALBIAC : D'un lire matérialiste. Pascal et Spinoza aux sources de la lecture symptômale de Louis Althusser ?
Au moment d'écrire les articles qui sont à l'origine de Pour Marx, quels sont les recours théoriques dont Althusser dispose pour développer la perspective matérialiste qu'il fixe dans le concept de "lecture symptômale" ? Nous essaierons de montrer que le point de départ de cette lecture devrait être cherché dans deux auteurs auxquels Althusser s'est voué depuis sa jeunesse, et dont la préoccupation majeure a été celle de se doter d'un instrument adéquat à l'interprétation de l'Écriture Sainte : Baruch Spinoza, qui mène à bout ce projet dans le texte révolutionnaire du Traité Théologico-Politique, et Blaise Pascal, dont le concept de "figure" chercherait à établir, dans les Pensées, la clé de voute du déchiffrement d'un texte codé, celui de l'Ancien Testament. À partir de cette double source, nous voudrions analyser l'essentielle nouveauté — et aussi les paradoxes — que l'application d'une telle procédure sur les textes de Marx nous amène à comprendre.

Gabriel Albiac, docteur en philosophie par la Universidad Complutense de Madrid, est professeur honoraire de philosophie à l'université Complutense de Madrid. Actuellement Professeur Émérite. Prix National de Littérature (Essaie).
Publications
Louis Althusser, cuestiones del leninismo, Madrid, Zero, 1976.
De la añoranza del poder o consolación de la filosofía, Madrid, Hiperión, 1979.
Pascal, Barcelona, Barcanova, 1981.
La sinagoga vacía, Madrid, Hiperión, 1987 (réed. Ed. Tecnos, 2013), Traduction française (La synagogue vide) aux Presses universitaires de France, Paris, 1994.
Mayo del 68. Una educación sentimental, Madrid, Temas de hoy, 1993 (réed. Ed. Confluencias, 2018).
Diccionario de adioses, Barcelona, Seix Barral, 2005.
Sumisiones voluntarias, Madrid, Ed. Tecnos, 2011.
Édition de l'Éthique de Spinoza, Madrid, ed. Tecnos, 2008.
La máquina de buscar a Dios. Blaise Pascal : una antología, Madrid, ed. Tecnos, 2013.
Édition critique des Pensées de Blaise Pascal, En presse ed. Tecnos, Madrid (2018).

Jean ALLOUCH : Penser, agir
Sans doute parce que l'acte s'obstine à se soustraire au commentaire, voire à l'analyse, et parce que l'on ne cesse là de s'interroger, deux événements marquants ont récemment revisité le geste de Louis Althusser, meurtrier d'Hélène Rytmann le 16 novembre 1980 : un écrit de Jean-Claude Milner, "Au centre du texte, un voyage", qui — l'avouerai-je ? — m'a touché, et une pièce de théâtre, L'avenir dure longtemps. Le testament d'Althusser. Avec le séminaire L'Acte analytique (1967-1968), Jacques Lacan fit valoir l'irréductibilité de l'acte à toute prise signifiante. Ce qui a rendu plus tangible et plus problématique encore cette diversité des agirs répertoriés par la psychanalyse : acte manqué, acting-out, passage à l'acte, acte psychanalytique, autant de termes auxquels on ajoutera un nouveau venu : le saut épique. On se propose de revenir sur ce 16 novembre 1980 et ce qui s'y serait joué du rapport, ou de l'absence de rapport, de l'acte à la pensée.

Jean Allouch exerce la psychanalyse à Paris. Dès 1962, il suit les séminaires de Jacques Lacan (qui fut aussi son analyste) ; après la dissolution de l'École freudienne de Paris, il contribue aux premiers pas de la revue Littoral puis à la fondation de l'École lacanienne de psychanalyse. Avec la collection "Les grands classiques de l'érotologie moderne", qu'il dirige chez Epel, il s'emploie à faire connaître en France les travaux érudits issus du champ gai et lesbien.
Publications
Lettre pour lettre (1984).
Marguerite, ou l'Aimée de Lacan (1990).
Érotique du deuil au temps de la mort sèche (1995).
Le sexe du maître (2001).
Contre l'éternité. Ogawa, Mallarmé, Lacan (2009).
L'Amour Lacan (2009).
"Prisonniers du grand Autre", L'Ingérence divine I, 2012.
"Schreber théologien", L'Ingérence divine II, 2013.
"Une femme sans au-delà", L'Ingérence divine III, 2014.
L'Autresexe (2015).
Pourquoi y a-t-il de l'excitation sexuelle plutôt que rien ? (2017).
La Scène lacanienne et son cercle magique. Des fous se soulèvent (2017).

Étienne BALIBAR : Althusser et la question des déviations du marxisme
L'exposé se concentrera sur le retournement d'attitude qui survient en 1976 dans le langage d'Althusser à propos du rapport entre la théorie et la politique, au travers notamment d'une comparaison entre "Freud" et "Marx". Pour la première fois, dans ce qu'on peut considérer comme sa véritable "autocritique" au regard de la tradition communiste dont il s'est toujours réclamé, il reconnaît le fait suivant : dans l'histoire de sciences intrinsèquement "schismatiques" comme la psychanalyse et le matérialisme historique, dont les sujets sont immanents à leur propre objet, les "déviations" inévitables ne correspondent à aucune "orthodoxie". Ce qui veut dire que leur "rectification" ne conduit à aucune vérité définitive ou simplement acquise. Cette thèse, qui retrouve implicitement une proposition de Pascal à propos des théologies de la grâce, libère définitivement du dogmatisme. Elle soulève néanmoins sur le terrain épistémologique des difficultés qu'on essayera d'expliciter et de rendre productives.

Étienne Balibar, né le 23 avril 1942 à Avallon (Yonne), professeur émérite (Philosophie politique et morale) à l'université de Paris-X Nanterre, est aujourd'hui Anniversary Chair in Modern European Philosophy, Kingston University, London.
Principales publications
1965, Lire le Capital (en collaboration avec L. Althusser, P. Macherey, J. Rancière, R. Establet), Éditions François Maspéro.
1985, Spinoza et la politique, PUF.
1988, Race, Nation, Classe. Les identités ambiguës (en collaboration avec I. Wallerstein), Éditions La Découverte.
1997, La crainte des masses. Politique et philosophie avant et après Marx, Éditions Galilée.
1998, Droit de cité. Culture et politique en démocratie, Éditions de l'Aube (réédition 2002, PUF).
2001, Nous, citoyens d'Europe ? Les frontières, l'État, le peuple, Éditions La Découverte.
2010, Violence et Civilité, Éditions Galilée.
2010, La proposition de l'égaliberté. Essais politiques 1989-2009, PUF.
2011, Citoyen-Sujet et autres essais d'anthropologie philosophique, PUF.
2012, Saeculum. Culture, religion, idéologie, Galilée.
2016, Europe, crise et fin ?, Le Bord de l'Eau.
2016, Des Universels, Éditions Galilée.

Fabio BRUSCHI : Pour une histoire des devenirs interrompus
Selon Althusser, les modes de production n'existent qu'en étant surdéterminés par leurs conditions d'existence dans une formation sociale donnée. Dans notre communication, nous montrerons que cette idée conduit Althusser à développer le concept de sous-détermination pour rendre compte du "devenir interrompu" des modes de production n'ayant pas franchi le "seuil de détermination" qui leur aurait permis de durer. Nous soutiendrons ainsi que la théorie althussérienne de la révolution comme production d'une "unité de rupture" dans la formation sociale est accompagnée par une théorie souterraine de la transition comme réunion — avant et après la révolution — des conditions d'existence d'un mode de production dont le devenir est entravé par les conditions existantes.

Fabio Bruschi est chargé de cours à l'université catholique de Louvain, où il a soutenu en 2017 une thèse sur la pensée de Louis Althusser. Membre du Groupe de Recherches Matérialistes, il a publié plusieurs articles et deux numéros thématiques de revue (Cahiers du GRM, 7/8, 2015) consacrées au marxisme althussérien et ses héritages contemporains.

Riccardo FANCIULLACCI : La lecture althussérienne de Montesquieu, entre Marx et Durkheim
En analysant la pensée de Montesquieu, Althusser examine pour la première fois dans son œuvre l'enchevêtrement entre le travail théorique-philosophique et le parti pris politique-idéologique, sur lequel il reviendra ensuite dans Lénine et la philosophie. Cet enchevêtrement caractérise la lecture althussérienne elle-même de L'esprit des lois, qui se développe dans un corps à corps tacite avec la lecture élaborée par Durkheim dans sa thèse latine. L'enjeu de cette confrontation est le suivant : quel savoir hérite de la révolution scientifique inaugurée par Montesquieu et l'achève véritablement ? S'agit-il de la sociologie ou plutôt du matérialisme historique ? Bien qu'Althusser défende la deuxième thèse, l'on voudrait montrer que le passage par Durkheim a eu des effets importants sur ses recherches, notamment au moment où Althusser a arraché la conception matérialiste de la formation sociale à l'économicisme, sans toutefois revenir au concept hégélien de totalité expressive.

Riccardo Fanciullacci (Université de Venise) a été chercheur postdoctoral à l'université Ca'Foscari de Venise et il a enseigné à l'université de Vérone dans le cadre du Master "Consulenza filosofica di trasformazione". Il prépare un livre sur Althusser et Montesquieu.
Publications
Forme dell'agire. Ontologia sociale, conflitto e ideologia in un confronto con Louis Althusser, Napoli, 2012.
La misura del vero. Un confronto con l'epistemologia contemporanea sulla natura del sapere e la pretesa di verità, Napoli, 2012.
L'esperienza etica. Per una filosofia delle cose umane, Napoli, 2012.

Jean MATTHYS
Jean Matthys est doctorant en philosophie, titulaire d'un mandat "Aspirant" du Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS). Rattaché au Centre de Philosophie du Droit et à l'Institut Supérieur de Philosophie de l'université catholique de Louvain (Belgique), il est également membre du Groupe de Recherches Matérialistes. Ses recherches portent sur les réceptions françaises de Spinoza en lien avec les théories politiques marxistes au XXe siècle.
Publications
"Notes sur un communisme de la finitude. Hommage à André Tosel", Cahiers du GRM, n°11, 2017 [mis en ligne le 19 décembre 2017].
"L'autre de la science. Finitude et altérité chez Althusser", Interpretationes. Studia Philosophica Europeanea, Vol. VI, n°1-2, Prague, 2016, pp. 133-153.
""Dans le principe, les idées vraies servent toujours le peuple". Science et émancipation chez Althusser", Cahiers du GRM, n°7, 2015 [mis en ligne le 5 juin 2015].

Vittorio MORFINO : Relations, temporalité plurielle, matérialisme aléatoire
L'intervention prendra en considération les derniers écrits des années quatre-vingt sur le matérialisme aléatoire pour en mesurer la compatibilité avec les grand textes des années soixante et, en particulier, avec la théorie de la nature constitutive des relations et de la temporalité plurielle. On cherchera à montrer qu'il y a, dans ceux des années quatre-vingt, sinon la coprésence de deux philosophies de l'aléatoire, du moins deux tendances différentes : la première, déjà présente dans plusieurs notes ou manuscrits des cours des années soixante et du début des années soixante-dix, non seulement compatible, mais nécessaire au développement de la théorisation de la nature constitutive des relations et de la temporalité plurielle, que l'on appellera tendance matérialiste ; la deuxième, en discontinuité avec l'élaboration précédente par voie de simplification, on la nommera tendance eschatologique.

Vittorio Morfino est professeur associé en Histoire de la philosophie à l'Università degli Studi di Milano-Bicocca et directeur de programme au Collège international de philosophie. Il a été professeur invité à l'Universidade de São Paulo, à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à l'université Bordeaux-Montaigne et à l'Universidad Nacional de Cordoba. Il est rédacteur de Quaderni materialisti et de Décalages. An Althusserian Journal.
Publications
Le temps de la multitude, Amsterdam, 2010.
Le temps et l'occasion : la rencontre Spinoza-Machiavel, Garnier, 2012.
Plural temporality : transindividuality and the Aleatory between Spinoza and Althusser, Brill, 2014.
Genealogia di un pregiudizio : L'immagine di Spinoza in Germania da Leibniz a Marx, Olms, 2016.

Nick NESBITT : Le problème du "réel" capitaliste dans "L'Introduction de 1857" (Marx) et "Du Capital à la philosophie de Marx "(Althusser)
Si, dans son texte de 1965, Althusser souligne l'importance fondamentale du concept de "reproduction du concret" dans l'objet-pensé (Gedankenkonkretum), son argument semble retomber dans un modèle classique du rapport sujet-objet quand, pour conclure, il parle de "l'appropriation de l'objet réel". Comment donc penser le réel capitaliste, au-delà de tout empirisme pré-critique ? Selon Lacan et Badiou, le réel serait l'impasse ou l'impossibilité de toute formalisation. Pour le capital, ce réel est de toute évidence la vie, catégorie qui résiste à toute formalisation, tout en constituant la "substance" nécessaire de la survaleur. Ce réel capitaliste est ce qui ne se compte pas, ni en nombres d'heures de travail socialement nécessaires (Postone), ni même en forme de prix (Heinrich, Bellofiore). Mais à l'encontre de Michel Henry (Marx, 1976), pour qui "la vie" serait le fond réel préalable à tout processus de valorisation, il faut réaffirmer avec Althusser et Balibar que, sous le capitalisme, on ne "vit" pas, qu'on est plutôt assujetti au "sujet automate" et à l'obligation catégorielle de valorisation (Jappe). "La vie" est donc cet horizon postérieur à l'événement millénaire que nous subissons actuellement depuis le tournant du siècle, événement encore obscur, qui est l'effondrement de la valorisation du fait de l'automatisation générale de tout processus de production, matériel et immatériel. Ainsi, pour "vivre", pour déployer une politique adéquate à cette actualité, il faut tenter de "s'incorporer aux conséquences" (Badiou, LM 530) de cet événement qui est la crise mortelle de la valorisation du "sujet automate". Le réel du capital est cette impasse ou impossibilité de la valorisation, impasse que nous entrevoyons dans cette disposition entrecroisée d'Althusser, de Lacan, de Badiou, de Marx.

Panagiotis SOTIRIS : Comment on peut avoir des bonnes rencontres ? Idéologie, subjectivité, organisation : la question d'une nouvelle pratique politique
Un des plus importants aspects de l'œuvre de Louis Althusser est l'insistance qu'il porte à une nouvelle pratique politique pour le communisme. Cette intervention se propose d'interroger cette conception à partir, d'une part, des recherches d'Althusser sur l'idéologie et de la manière dont elles peuvent aider à formuler une conception non-subjectiviste de la "subjectivité politique", et, d'autre part, de la centralité de la notion de rencontre afin de repenser la politique pour le communisme comme une intervention et une pensée collectives pour de bonnes rencontres.

Panagiotis Sotiris, docteur en philosophie (Université Panteion, 1999), a enseigné la philosophie politique et sociale dans diverses universités grecques (Université de Crète, Université d'Égée, Université Panteion). Actuellement, il enseigne la philosophie Européenne à l'université ouverte Hellénique. Il est membre du comité éditorial de Historical Materialism Journal. Son livre A Philosophy for Communism. Rethinking Althusser, va paraitre chez l'éditeur Brill dans la série "Historical Materialism".

Emmanuel TERRAY : Althusser libérateur des sciences sociales
En récusant la notion de totalité expressive, en écartant toute spéculation sur l'origine, en introduisant le concept de tout-complexe-déjà-donné-à dominante, Althusser libère les sciences sociales du carcan où les avait enfermées le marxisme "orthodoxe".

Né en 1935, Emmanuel Terray a fait des études de philosophie sous la direction de Louis Althusser à l'ENS. Travaux d'anthropologie au Sénégal, en Côte d'Ivoire et en Allemagne.
Dernière publication
Mes Anges gardiens, Seuil, 2017.


SOUTIENS :

• Institut universitaire de France (IUF)
• Institut Marcel Mauss (IMM) | EHESS
• ANR ReMouS (Religions monothéistes et mouvements sociaux d'émancipation)
• École normale supérieure (ENS)
• Université de Princeton

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


L'ART PALÉOLITHIQUE AU RISQUE DU SENS


DU VENDREDI 15 JUIN (19 H) AU VENDREDI 22 JUIN (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Marc AVELOT, Jean-Paul JOUARY


ARGUMENT :

Depuis plus d'un siècle, au rythme des découvertes successives, les œuvres paléolithiques de portée artistique ne cessent de proposer leur énigme : que sont-elles ? qui les a produites ? à qui étaient-elles destinées ? Tenter de répondre à ces questions peut paraître risqué et c'est néanmoins ce risque que souhaite, en premier lieu, prendre ce colloque en conviant les meilleurs spécialistes à faire hardiment le point sur leurs hypothèses.

Fort de la conviction que la diversité des approches constitue la richesse même de la réflexion autour de l'art paléolithique, le but de ce colloque n'est pas de mettre en scène les oppositions existantes ou d'exacerber les contradictions. Il s'agira plutôt, en développant et en discutant de manière ouverte toutes les démarches et conceptions, d'en explorer toutes les potentialités et toutes les complémentarités.

Parallèlement aux conférences prendront place de nombreuses performances originales : une exposition photographique de l'artiste Claire Artemyz, une "carte blanche" donnée le soir à des personnalités différentes pour nous parler de leur passion pour l'art pariétal.

Bénéficiant du parrainage scientifique d'Yves Coppens, ce colloque promet déjà d'être un véritable événement.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 15 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 16 juin
INTERPRÉTER
Matin
Geneviève PINÇON : L'art paléolithique : de l'analyse de l'image à l'interprétation [texte lu par Marc AVELOT]

Après-midi
Filmer les grottes
Présentation par Jacques WILLEMONT de Lascaux au-delà des images

Conférence-Vernissage de l'exposition "Des Corps et des Visages" réalisée par Claire ARTEMYZ

Soirée
Projection du film La grotte des rêves perdus de Werner Herzog


Dimanche 17 juin
PENSER
Matin
Emmanuel ANATI : Les racines conceptuelles de l'art figuratif

Après-midi
Amélie BALAZUT : L'amont animal de l'histoire
François WARIN : Première main

Soirée
"Carte blanche à…"
Michel JULLIEN : Notes d'un souterrain


Lundi 18 juin
CROIRE
Matin
François SACCO : Le sensible. À la recherche du sens perdu des arts préhistoriques
Yves HERRY : Une approche raisonnée et raisonnable de l'art pariétal

Après-midi
Camille BOURDIER : Des images et des lieux : la réception de l'art pariétal paléolithique européen [visioconférence]
Chantal JÈGUES-WOLKIEWIEZ : Leur auberge était à la Grande Ourse… [texte lu par Marc AVELOT]

Soirée
Paleoratorio
Concert-conférence de Mirtha POZZI et Pablo CUECO


Mardi 19 juin
SITUER
Matin
Éric ROBERT : Des arts en grottes : pluralité des expressions graphiques au Paléolithique supérieur en Europe

Après-midi
DÉTENTE


Mercredi 20 juin
CRÉER
Matin
Marc AVELOT : Le double-jeu de l'art paléolithique
Renaud EGO : Ce qu'ouvre le contour

Après-midi
Rémi LABRUSSE : L'art moderne est-il une fabrique de la préhistoire ?
François JEUNE : L'art contemporain au risque de l'interprétation par l'art contemporain

Soirée
"Carte blanche aux… Artistes"
Art pariétal et art contemporain


Jeudi 21 juin
CONJOINDRE
Matin
Stéphane PETROGNANI : À l'épreuve du fait archéologique : stylistique et statistiques
Emmanuel GUY : Un art au service d'un élite ? [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Après-midi
Jean-Paul JOUARY : Futur antérieur (art contemporain et art paléolithique)
Jean-Paul JOUARY : Articuler les contradictions
Santiago ESPINOSA : Faut-il trouver un sens à l'art paléolithique ?

Soirée
Lecture
"À vous qui avant nous vivez", par Nathalie LÉGER-CRESSON


Vendredi 22 juin
SYNTHÉTISER
Matin
Marc AVELOT & Jean-Paul JOUARY : Bilan et perspectives

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Amélie BALAZUT : L'amont animal de l'histoire
L'élan qui porta les hommes du Paléolithique à s'enfoncer dans l'univers abyssal des grottes pour y réaliser d'innombrables figures animales répond à un besoin nécessaire en l'homme de retrouver des états affectifs primordiaux, ceux de leur interdépendance avec le monde animal. Quand l'animal n'était pas encore inférieur et pouvait exprimer la plus familière et la plus menaçante proximité du mystère. Un retournement réflexe, loin en amont de l'humanité, vers l'animalité antérieure, à partir de laquelle l'homme parvient à se retourner sur lui-même et par là même à imaginer l'irreprésentabilité de sa propre antériorité. Cette antériorité pure et invisible est celle à laquelle chacun de nous est conduit lorsqu'il pénètre pour la première fois dans une caverne paléolithique : celle de sa propre profondeur que l'animal ouvre devant lui et qu'il reconnaît puisque c'est la sienne, et par l'intermédiaire de laquelle s'ouvre celle plus originelle encore de l'insubordination matérielle du fond chaotique, éternel et matriciel d'où tout provient et à quoi tout retourne. Comme l'écrit Pascal Quignard, "un homme qui pénètre dans une caverne paléolithique, alors que c'est la première fois, la reconnaît. Il revient" (Abîmes). Cette première fois est sa première fois tout court, celle d'avant sa propre naissance, comme d'avant la naissance de tout être. Toutes ces bêtes, dont la silhouette est peinte sur les parois, ne sont pas celles qui étaient là auprès d'eux, au quotidien. C'était les modèles, les aïeux, les hommes d'avant, qui semblent bien plutôt avoir produit sur ces hommes du Paléolithique une forme d'hallucination de leur propre animalité. L'animal chassé, proie du prédateur que nous étions et que nous sommes toujours, est ainsi halluciné non pour sa seule dimension nutritive et vitale, mais pour la faim plus grande qu'il ouvre en nous, qu'il incarne : celle de notre antériorité, de notre propre animalité.

Amélie Balazut est Docteur en arts plastiques, sciences de l'art. Auteur d'un livre Portrait de l'homme en animal, PUP (préface de J.L. Nancy), et de plusieurs articles et actes de colloque ayant pour sujet la représentation de la duplicité homme/animal dans l'art, des origines à nos jours : Survivance de l'auto présentation des formes vivantes dans l'art paléolithique (PUP), Parés du prestige de la bête, les artistes chamanes du XXe siècle (revue Figure de l'art), De Chauvet à Barceló, survivance intempestive de l'art (PUR à paraître), et L'animal, figure anamorphosique de l'homme, Actes du congrès international IFRAO, sous la direction de Jean Clottes. Dernièrement, contribution au Dictionnaire sauvage Pascal Quignard, pour les entrées Chamanisme et Paléolithique, aux éditions Hermann.

Camille BOURDIER : Des images et des lieux : la réception de l'art pariétal paléolithique européen
En tant qu'expression graphique sur paroi rocheuse par définition immobile, l'art pariétal ou rupestre entretient un lien essentiel avec le lieu qui le reçoit. Si la portée signifiante du lieu peut précéder l'acte graphique et l'impulser, en retour la production graphique vient révéler, ancrer et pérenniser visuellement cette dimension. En attribuant une charge mémorielle à ces lieux, ou en la renforçant, elle participe plus largement à un processus d'anthropisation du paysage par lequel les populations s'inscrivent dans et se lient à leur environnement. Oscillant entre plein air et tréfonds, la variété des sites d'art pariétal ou rupestre du Paléolithique européen, des paysages dans lesquels ils s'intègrent, de leurs topographies internes et enfin des emplacements qui furent sélectionnés à l'intérieur, interroge quant au public destinataire de ces images. Considérant cette production graphique primordialement comme un vecteur d'information entre un créateur et un destinataire, les différents contextes de réception de ces images questionnent sur une probable diversité fonctionnelle des sites ornés, et au-delà sur une potentielle pluralité symbolique de cet art pariétal.

Camille Bourdier est maître de conférences en arts préhistoriques à l'université Toulouse Jean Jaurès et rattachée au laboratoire de recherches TRACES. Spécialiste d'art pariétal paléolithique européen ayant particulièrement travaillé sur les abris-sous-roche ornés, elle dirige actuellement un programme de recherches sur l'art rupestre des chasseurs-collecteurs d'Afrique australe (massif des Matobo, Zimbabwe).

Emmanuel GUY : Un art au service d'un élite ?
On s'est peu interrogé sur l'origine du naturalisme des figurations paléolithiques. Pourquoi ce goût millénaire pour l'imitation si rare, pour ne pas dire unique, dans les sociétés de chasse et de cueillette ? La question se pose d'autant plus que le parti pris de représenter aussi fidèlement le réel — même limité aux espèces animales — a exigé le développement de connaissances artistiques tout à fait exceptionnelles. Les peintures de Chauvet, de Lascaux ou de Niaux supposent à l'évidence un long apprentissage du dessin, complété par un entraînement et des exercices réguliers. Cette maîtrise artistique suggère une certaine répartition des activités et, à travers elle, une forme de segmentation sociale. Faut-il y voir le signe d'une hiérarchisation de la société ? L'art aurait-il servi les intérêts d'une classe dominante ? Ces hypothèses s'opposent au modèle égalitaire habituellement défendu par l'archéologie. Elles permettent pourtant, comme nous allons le voir, d'expliquer de nombreux faits restés à ce jour sans réponse.

Emmanuel Guy est historien de l'art paléolithique et docteur en Préhistoire (Paris I).
Publications
Préhistoire du sentiment artistique, l'invention du style il y a 20 000 ans, Les presses du réel, 2011.
Ce que l'art préhistorique dit de nos origines, Flammarion, 2017.

Rémi LABRUSSE : L'art moderne est-il une fabrique de la préhistoire ?
On met souvent en valeur la résonnance de l'idée de préhistoire dans la création artistique moderne, entre la fin du XIXe siècle et aujourd'hui. Mais cette influence — terme au reste inadéquat — est croisée : ce n'est pas seulement l'art moderne qui a été transformé par le surgissement de l'idée de préhistoire ; c'est aussi notre idée de la préhistoire qui a été informée, modelée par la création artistique, lorsqu'elle a pris en charge cette idée et se l'est appropriée. Par bien des aspects, la préhistoire telle que nous l'imaginons aujourd'hui est un produit de l'art moderne. Il reste à savoir dans quelle mesure, selon quelles voies et pour quels résultats. Pour ce faire, on insistera surtout sur les premières rencontres entre création artistique et idée de la préhistoire, des années 1870 à la Seconde Guerre mondiale.

Rémi Labrusse est professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-Nanterre. Il prépare, avec Cécile Debray et Maria Stavrinaki, une exposition consacrée aux rapports entre l'art moderne et l'idée de préhistoire, qui se tiendra au Centre Georges Pompidou en 2019. Sur ce thème, il a notamment co-dirigé avec Maria Stavrinaki un numéro spécial des Cahiers du Musée national d'art moderne en 2014.

Éric ROBERT : Des arts en grottes : pluralité des expressions graphiques au Paléolithique supérieur en Europe
Près de 400 grottes ornées sont aujourd'hui recensées en Europe pour la période du Paléolithique supérieur (40 000-15 000 cal. BP). Elles constituent un ensemble à la fois remarquable et singulier parmi les arts rupestres dans le monde. Le choix d'exploiter le milieu souterrain pour y réaliser peintures, gravures et parfois sculptures, est tout sauf anodin. Au sein des galeries et sur les parois de ces grottes apparaissent ainsi des architectures remarquables par leur complexité et leur diversité, selon les façons dont se répartissent les signes, animaux et représentations humaines. Exploitant volumes et reliefs naturels, les groupes du Paléolithique ont laissé des traces de leurs pensées, reflets de leurs cultures, au travers d'une expression graphique qui donne tout son sens à la caverne participante qu'avait identifiée André Leroi-Gourhan. Les architectures souterraines mettent en lumière une pluralité de "manières de dire" à travers les territoires européens, loin de l'uniformité dans laquelle ces productions graphiques se retrouvent souvent enfermées.

Maitre de conférences au Museum national d'Histoire naturelle, Éric Robert est archéologue, préhistorien, spécialisé dans l'étude des comportements symboliques. Ses travaux portent avant tout sur les structures des expressions graphiques en contexte souterrain, au Paléolithique supérieur en Europe. Responsable du programme études de la grotte du Mammouth (Dordogne), il est également membre de projets collectifs de recherches sur l'archéologie des sites ornés, sur les arts rupestres du Bassin parisien ou encore sur les peuplements préhistoriques dans le Bassin du Pantanal (Brésil).
Publications
SACCO F., ROBERT E. (dir.), 2016, L'Origine des représentations. Regards croisés sur l'art préhistorique, Ed. Ithaque, 21 contributions, 288 pages.
ROBERT E., 2016, "The role of the cave in the expression of prehistoric societies", in Quaternary International, Vol 432-B, 8 March 2017, pp.59–65.
ROBERT E., PETROGNANI S., LESVIGNES E., 2016, "Applications of digital photography in the study of Paleolithic cave art", in Journal of Archaeological Science : Reports, pp. 847-858, 17 fig.
ROBERT E., 2015, "Expression individuelle, expression collective : confrontation des motifs du Paléolithique supérieur", in MEDINA-ALCAIDE M.A., ROMERO A.J., RUIZ MARQUEZ R.M., SANCHIDRIAN J.L., Sobre rocas y huesos : manifestaciones plâsticas de las sociedades prehistoricas, pp. 97-115, 8 fig.

François SACCO : Le sensible. À la recherche du sens perdu des arts préhistoriques
La préhistoire et la psychanalyse se constituent en tant que disciplines scientifiques au XIXe siècle, siècle où on ne croit presque plus que le temps humain se répartit avant et après le Déluge. L'homme est remis au travail pour créer une nouvelle généalogie, plus conforme à ses nouvelles connaissances traçant des chemins à parcourir, qui, à la fois, modèlent l'héritage reçu et préparent l'avenir. La préhistoire et la psychanalyse sont deux démarches qui ont en commun une même tache : découvrir et assembler par des déplacements attentifs et successifs des éléments épars trouvés pour faire surgir une figure ou encore mieux pour la rendre intelligible, démarches reconstructives en termes de structure, comme l'observera Leroi-Gourhan pour la préhistoire. Cependant l'objet du travail du psychanalyste n'est pas l'observation de l'objet mais sa représentation : entre les deux démarches, l'apparition d'un écart constitue l'espace inépuisable de sens. Alors, dans cette communication, il ne s'agira pas de rechercher un nouvel archétype ni de faire une reconstruction historique mais de penser un tout de symbolisation, pleinement humain, au plus profond de nous-mêmes.

Publications
François Sacco, Éric Robert (dir.), L'Origine des représentations. Regards croisés sur l'art préhistorique, Éditions d'Ithaque, 2016.
François Sacco, "La Préhistoire, aujourd'hui", Revue française de psychanalyse, LXVII, 2003, p. 575-588.
François Sacco, "La quête de la forme", Cahiers de psychologie clinique, 2003/1, 20, p. 111-124.
François Sacco, "Question de style : face et profil", in Sacco F., Sauvet G. (dir.), Le Propre de l'homme. Psychanalyse et Préhistoire, Lausanne, Delachaux et Niestlé, 1998.
François Sacco, "La grotte ornée ou l'obscurité revisitée", in Fine A., Perron R., Sacco F. (dir.), Psychanalyse et Préhistoire, Monographies de la RFP, Paris, Puf, p. 55-70.

François WARIN : Première main
La philosophie aurait-elle quelque chose à dire de l'art des grottes ornées du paléolithique ? Le motif symboliquement très chargé de "la caverne" nous impose d'abord d'explorer les réquisits de ce vieil imaginaire, au risque de nous égarer dans un labyrinthe où l'on risque de perdre le sens et la raison. La découverte de la grotte Chauvet n'a-t-elle pas, d'ailleurs, définitivement prononcé l'arrêt de mort, l'interruption ou la suspension (épochè) du sens et de la pensée du progrès à laquelle notre civilisation, hier encore, toute entière adhérait ? Celle-ci aura été ainsi retournée comme un gant. "Premières mains", l'intitulé de cette intervention enveloppe en effet un paradoxe : ces "premières" mains ne sont pas tâtonnantes ou enfantines, elles sont "mains de maîtres" et font œuvres parfaitement abouties. Effets d'une mimèsis répondant de surcroît à un canon immuable, ces œuvres ont porté à l'achèvement les formes latentes dont la caverne était grosse. Mais ces "premières mains" ce sont aussi ces mains positives et négatives qui, à l'entrée des grottes, nous introduisent dans l'empire des signes et nous obligent à nous interroger sur un art né sous le signe de Narcisse et du Minotaure. Dans l'obscurité ténébreuse des cavernes, on le voit, c'est encore le sublime qui reste le trope fondamental qui nous permet d'approcher les cultures primitives et préhistoriques. Leur involution, disait Schelling, leur puissant retrait dans la crypte d'une nature aveugle et sombre ne peut que nous dérober leur sens et leur secret. C'est pourquoi peut-être de telles œuvres premières, en tous les sens du terme, resplendissent avec force, émouvant d'autant plus nos sens qu'elles s'enlèvent sur la réserve d'une nuit inépuisablement nourricière.

Agrégé et docteur en philosophie, François Warin a enseigné dans des universités étrangères, au Brésil et en Afrique subsaharienne. Il est l'auteur de Nietzsche et Bataille. La parodie à l'infini (Puf. 1994) et de textes sur Montaigne (Actes-Sud 2001), sur l'esthétique et notamment sur l'esthétique des arts premiers (Ellipses, 2000, 2006, Laffond, 2010) ainsi que d'articles concernant des questions de société et des questions géopolitiques. Il a participé à des activités (au Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon) à Quinson, village où il habite.


EXPOSITION :

"Des Corps et des Visages", par Claire ARTEMYZ

Exposition de photographies, réalisées à partir des objets originaux conservés dans les Collections des Musées
Ses photographies ont été réalisées à partir des originaux dans les collections du Musée des Confluences de Lyon, du Musée de l'Homme à Paris, du Musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, et du Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel, ainsi que de l'Institut de Paléontologie Humaine à Paris et à la MAE de l'université de Nanterre, depuis 2009 jusqu'à aujourd'hui. Elles ont fait l'objet de plusieurs expositions dans des Musées et de présentations lors de colloques internationaux au British Museum et à Tautavel.

La recherche artistique de Claire Artemyz se développe à partir d'une interrogation sur l'identité humaine, ce qui l'a amenée à explorer l'univers de la Préhistoire, depuis 2009, en s'éloignant volontairement du côté documentaire classique. Une grande partie de sa démarche porte sur les crânes en tant qu'enveloppe du cerveau, cet organe à l'origine de notre spécificité. Ses photographies montrent des images inhabituelles, allant parfois jusqu'à l'abstraction.
Claire Artemyz cherche à convoquer les émotions que suscite en nous le face à face avec ces objets du passé, fabriqués par les Préhistoriques, en les mettant en scène, par la lumière et le cadrage, sans aucune intervention après la prise de vue.
Au Paléolithique supérieur, on a sculpté et gravé, pas seulement sur les parois des grottes. À l'opposé du réalisme des représentations animales, les figurations humaines prennent leurs distances avec la réalité anatomique. S'agit-il là d'un témoin de pratiques rituelles ?
• artemyz.com
• hominides.com/html/references/artemyz-photographe-prehistoire-0877.php
• bradshawfoundation.com/memoires/index.php

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


SAISIR LE RAPPORT AFFECTIF AUX LIEUX


DU VENDREDI 15 JUIN (19 H) AU VENDREDI 22 JUIN (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Georges-Henry LAFFONT, Denis MARTOUZET


ARGUMENT :

Se dirige-t-on vers une fabrique affective des lieux ? Qu'il s'agisse d'architectes, de designers, d'économistes, de géographes, de paysagistes, de sociologues, d'urbanistes, d'artistes ou d'habitants, nombreux sont ceux qui, au niveau conceptuel ou pratique, manifestent un intérêt vis-à-vis du rapport affectif aux lieux. Toutefois, si les discours en ce sens se multiplient, les difficultés rencontrées sont importantes lorsqu'il s'agit de capter, comprendre, mobiliser ou encore susciter les émotions et les sentiments tant — entre aimer et ne pas aimer, témoigner de l'indifférence ou de la détestation — l'éventail est large et les mécanismes complexes. En outre, les termes employés qualifient autant la personne qui formule un sentiment, que les lieux concernés et la relation elle-même.

Questionnant la possibilité d'une fabrique affective des lieux, ce colloque a deux objectifs. Le premier consiste à saisir le rapport affectif aux lieux : d'une part, en tentant une clarification des dimensions du champ de l'affectif ; d'autre part, en confrontant les méthodes scientifiques et les démarches engagées par les acteurs de terrain pour y parvenir. Le second objectif entend aborder les raisons et manières de se saisir de ce rapport affectif pour la transformation des espaces habités. Quelle place lui accorder ? Dans quel but ? Est-il possible, souhaitable, d'atteindre une certaine amabilité des lieux ? Quels en sont les risques ? Comment passer du savoir au faire et au savoir-faire ?

Au cœur de ce faisceau d'interrogations, les échanges revêtiront des modalités diverses, de la communication suivie d'un débat à l’atelier in situ, de la table ronde à l'arpentage de terrain, mobilisant des compétences très diverses, académiques, opérationnelles, habitantes.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 15 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 16 juin
Matin
Jacques GLOWINSKI : Neuro-architecture et attractivité des lieux [vidéo en ligne sur Canal U]

MÉCANISME — Animateur : Daniel-Philippe de SUDRES
Gina STAMM : La ville suffisamment bonne : aimer la ville sans pitié [vidéo en ligne sur Canal U]
Pascal NOUVEL : Les tonalités affectives dans la perception du milieu ambiant en architecture et en urbanisme : Bollnow, Bachelard, Zumthor [vidéo en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie, sur Canal U et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Après-midi
Que disent et qu'apportent les littératures ?, table ronde animée par Nicholas MANNING, avec Dany JACOB (L'écriture affective proustienne comme ancre affectif) [vidéo en ligne sur Canal U], Justine FEYEREISEN (Tropique de la violence) [vidéo en ligne sur Canal U] et Cintia OKAMURA (Le théâtre et la littérature comme sources d'inspiration pour les sciences sociales) [vidéo en ligne sur Canal U]

Soirée
Atelier-Lecture, par Jean-Pierre DAVERNON, animé par Nicholas MANNING [vidéo en ligne sur Canal U]


Dimanche 17 juin
Matin
ATELIERS EN PARALLÈLE
• Cartographie affective, animé par Anne-Christine BRONNER et Florence TROIN
• Parcours affectifs, animé par Olivier OCQUIDANT

Après-midi
SENSORIALITÉS — Animatrice : Julie FAUBERT
Suzel BALEZ : Puissance émotionnelle de l'odeur dans les lieux [vidéo en ligne sur Canal U]
Ben Ori GITAI : Un instrument habitable
Clémence CHIROUZE : Frapper les sens, combler les désirs ou l'architecture comme agencement et disposition de matières à émotions [vidéo en ligne sur Canal U]

Soirée
Analyse de paysage, par Olivier ZATTONI


Lundi 18 juin
Matin
Réalité augmentée, table ronde animée par Philippe BACHIMON (Le kitsch objet transitionnel) [vidéo en ligne sur Canal U] et Julie DERAMOND (Mettre en spectacle les lieux patrimoniaux) [vidéo en ligne sur Canal U], avec César GÉLVEZ (La "Smart city", la "Smart destination" et le tourisme) [vidéo en ligne sur Canal U] et Olivier ZATTONI (Présences indicielles et affectives du paysage dans les photothèques des appareils mobiles, un éloge du souvenir) [vidéo en ligne sur Canal U]

Après-midi
HORS-LES-MURS
Visite de la ville haute de Granville, pilotée par Georges-Henry LAFFONT & Bénédicte MALLIER, avec le concours de l'Office de Tourisme de Granville Terre et Mer

Soirée
Débriefing "Hors-Les-Murs", atelier animé par Georges-Henry LAFFONT, Bénédicte MALLIER & Denis MARTOUZET, avec la participation de Marie LE CALONEC (Office de Tourisme de Granville Terre et Mer) et des deux guides de l'après-midi


Mardi 19 juin
Matin
ET LA RATIONALITÉ DANS TOUT CELA ? — Animateur : Denis MARTOUZET
Emmanuel PETIT : Les enjeux du "tournant émotionnel" dans l'analyse économique — relation, temps et espace [vidéo en ligne sur Canal U]
Nathalie GAUSSIER : L'économie urbaine face aux émotions : l'apport de la cognition spatiale (intervention établie avec Claude LACOUR) [vidéo en ligne sur Canal U]
Denis MARTOUZET : De quelques irrationalités [vidéo en ligne sur Canal U]

LA DISPARITION — Animateur : Denis MARTOUZET
Mélanie PAVY : Nostalgie après la fin du monde [vidéo en ligne sur Canal U]
Patrick ROMIEU : Anthropologie des engagements émotionnels dans les conduites de résistance aux nouveaux climats de terreur [vidéo en ligne sur Canal U]

Après-midi
Contradictions & Innovations méthodologiques, table ronde animée par Michel FAVORY, avec Cherif HANNA (Se perdre pour mieux se retrouver, une expérience pédagogique de projétation architecturale hors de l'urbain) [vidéo en ligne sur Canal U], Bénédicte MALLIER (Les conditions du dialogue entre l'architecte et l'habitant à travers des perceptions croisées de l'espace vécu) [vidéo en ligne sur Canal U], Isabelle FAVRE (Saisir l'effectivité des lieux ? [intervention établie avec Christophe THIÉBAULT]) [vidéo en ligne sur Canal U], Danièle MÉAUX (Des "œuvres enquêtes") [vidéo en ligne sur Canal U], Mouna ZAIRI (La typologie figurative comme approche méthodologique du rapport affectif au lieu) [vidéo en ligne sur Canal U], Inmaculada DIAZ-SORIA (Saisir les rapports affectifs aux lieux touristiques. Retour sur deux approches méthodologiques : l'analyse phénoménologique interprétative et les enquêtes photographiques auprès des visiteurs [intervention établie avec Émeline HATT]) [vidéo en ligne sur Canal U], Gaël RANNOU (Le rapport affectif et émotionnel des supporters de football avec le lieu du stade. Quels enjeux sociétaux et méthodologiques ?) [vidéo en ligne sur Canal U] et Olivier OCQUIDANT (Du trouble à l'aisance. La dimension interactionnelle des affects) [vidéo en ligne sur Canal U]

Soirée
Documentaire, atelier animé par Joël DANET ("Ma rue, notre rue" : lecture autobiographique de l'espace public dans le documentaire) et Thierry RAMADIER


Mercredi 20 juin
Matin
FAIRE AVEC LES AFFECTS : URBANISME ET INSTRUMENTALISATION — Animateur : Georges-Henry LAFFONT
François MANCEBO & Sylvie SALLES : Vers une écologie sensible du continuum urbain rural [vidéo en ligne sur Canal U]
Valérie BILLAUDEAU & Françoise CHARLES : Fabrique d'un tiers lieu : saisir le rapport affectif des "Locaux-moteurs" angevins [vidéo en ligne sur Canal U]
Jacques LOLIVE : De la théorie d'un espace public esthétique à l'expérimentation de méthodes participatives dans les zones à risque du Brésil. Le tournant pragmatiste d'une recherche sur les milieux de vie [vidéo en ligne sur Canal U]
Christophe LECLERQ : Affects et lieux - un nouveau spatialisme ? [intervention établie avec Maryvonne PRÉVOT] [vidéo en ligne sur Canal U]
Benoît FEILDEL : Faire la ville avec les affects : implications urbaines et pratiques [vidéo en ligne sur Canal U]

Après-midi
Saisir les représentations sociales du rapport affectif aux lieux par la cartographie mentale, atelier animé par Thierry RAMADIER

Soirée
Autour de la Martinique, atelier animé par Denis MARTOUZET


Jeudi 21 juin
Matin
Transversalités, table ronde animée par Nicole MATHIEU (Instruire le rapport affectif (individuel et collectif) aux lieux pour comprendre comment rendre "aimable" tout lieu même "inhabitable" ou Qu'est-ce qu'un lieu hospitalier ?) [vidéo en ligne sur Canal U] et Daniel-Philippe de SUDRES (Comment les lieux neuro- modifient-ils nos affects ?) [vidéo en ligne sur Canal U]

Après-midi
Adolescents, atelier animé par les enseignants du Collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy-la-Salle [Jean-Marie GALLIEN, Virginie LEMOINE et Emmanuelle PELLETIER, avec le concours d'Aline CLAUDEAU]

Situations sonores, atelier animé par Julie FAUBERT (Être là – propositions d’écoute in situ pour les lieux de Cerisy)

Soirée
Points de vue photographiques sur Cerisy, par Olivier ZATTONI


Vendredi 22 juin
Matin
Synthèse et poursuites, animée par Denis MARTOUZET & Georges-Henry LAFFONT [vidéo en ligne sur Canal U]

Après-midi
DÉPARTS


PRESSE / MÉDIAS :

• "Neuro-architecture et attractivité des lieux", entretien avec Jacques GLOWINSKI réalisé par Sylvain ALLEMAND [en ligne sur le site L'EPA Paris-Saclay | 23 août 2018].


CONCOURS & SOUTIENS :

• Laboratoire CITERES (UMR 7324) | Université de Tours / CNRS
• ENSASE | Université de Lyon
• UMR ESO | Université de Rennes
• PolytechTours
• Collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy-la-Salle
• Office de tourisme de Granville Terre et Mer

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


THÉORIE CRITIQUE DES CRISES CONTEMPORAINES :

INVARIANTS ÉPISTÉMOLOGIQUES ET NOUVELLES PERSPECTIVES


DU MERCREDI 6 JUIN (19 H) AU MERCREDI 13 JUIN (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



ARGUMENT :

Ce colloque se consacre à l'étude de la Théorie critique, non seulement du capitalisme, de la rationalité instrumentale, de la société administrée, de la culture de masse, mais aussi de la crise, généralisée et permanente qui définit si bien la société contemporaine.

L'on y abordera des thèmes multiples allant des crises technoscientifiques et écologiques jusqu'à celles de la valeur et du travail en passant par celles de la culture, de la connaissance et du politique sans limiter le champ de nos réflexions aux auteurs et aux textes les plus classiques de cette Théorie.

L'on souhaite, de la sorte, redéfinir collectivement les contours et l'avenir d'une Théorie critique indispensable au vivre ensemble, tout en en constituant un vaste panorama conceptuel et documentaire. Si la crise contemporaine concerne également la pensée, il faut veiller à ce que la crise de la pensée n'interdise pas une pensée de la crise.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 6 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 7 juin
ÉDUCATION ET POLITIQUE
Matin
Comment peut-on penser l'éducation après Auschwitz ? — Modérateur : Patrick VASSORT
Florent PERRIER : L'héroïsme du petit ou penser l'utopie après Auschwitz avec Miguel Abensour [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Christopher POLLMANN : Défaire le refoulement pour éviter le défoulement. Reconnaître la dimension affective de notre existence et apprendre la vie relationnelle

Après-midi
Modérateur : Ronan DAVID
Nicolas OBLIN : Hospitalité versus hospitalisation dans l'institution éducative
Philippe GODARD : Éducation, migrations, désillusion et… refus de parvenir ?
Marc CHATELLIER : Entre angoisse, déni et fétichisme, la disparition de l'institution comme tiers structurant au sein de l'École
Tristan POULLAOUEC : Regrets d'école. Le report des aspirations scolaires dans les familles populaires

Soirée
Jazz


Vendredi 8 juin
ÉCOLOGIE, POLITIQUE, ANTHROPOCÈNE ET POST-HUMAIN
Matin
Écologie, politique, anthropocène et post-humain : quelle articulation ? — Modérateur : Frédérick LEMARCHAND
Michelle DOBRÉ : L'écologie et l'environnement face au développement numérique
Alain GRAS : Le piège électrique, la transition énergétique n'aura pas lieu

Après-midi
Modérateur : Frédérick LEMARCHAND
Galia ACKERMAN : La Catastrophe de Tchernobyl, une leçon de métaphysique
Joël SPIROUX DE VENDOMOIS : Tchernobyl est partout…
David M. FORMAN : Généalogie du droit transgénérationnel
Émilie GAILLARD : Apports et perspectives ouvertes par un droit des générations futures pour faire face aux crises environnementales et bioéthique

Soirée
Lecture/débat "Avant Première", Revue Illusio, Enfance, Extrait d'un inédit de Theodor Adorno (Éd. BDL, Sept. 2018)


Samedi 9 juin
DIALECTIQUE DE LA RAISON
Matin
Processus de production et critique de la valeur : quelle dialectique ? — Modérateur : Marc CHATELLIER
Gérard RAULET : Le débat sur la réification dans la théorie critique contemporaine
Laurent PLET : La dialectique négative sous l'angle de la critique de l'abstraction

Après-midi
Modérateur : Fabien LEBRUN
Christophe DAVID : De la fronde à la bombe : Benjamin et Anders face aux progrès des technologies guerrières
Cédric BIAGINI : L'emprise numérique

Soirée
Lecture/débat "Avant Première", Extrait de S. Grünig, "Ivan Illich : pour une ville conviviale ?" (Éd. BDL, Sept. 2018)


Dimanche 10 juin
Matin
Traversée à pied de la baie du Mont Saint-Michel

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Théorie Critique et Édition(s), par Samuel BADAUD


Lundi 11 juin
Matin
SEXUALISATION - SEXUATION - DOMINATION ET RÉPRESSION
Modérateur : Gérard BRICHE
Patrick VASSORT : Sport et domination
Nicolas OBLIN : Le sport : une forme historique d'esthétisation politique du transhumanisme

PROCESSUS DE PRODUCTION ET CRITIQUE DE LA VALEUR
Technique et idéologie du progrès : quelle dialectique ? - Modérateur : Gérard BRICHE
Benoît BOHY-BUNEL : Kant ou les Lumières de la valeur

Après-midi
SEXUALISATION - SEXUATION - DOMINATION ET RÉPRESSION (II)
Modérateur : Marc CHATELLIER
Olivier VOIROL : L'amour à l'ère du capitalisme numérique
Ronan DAVID : Dialectique de la différenciation des sexes

Soirée
Lecture/débat "Avant Première", Extrait de la Correspondance Adorno - Kracauer (Éd. BDL, Sept. 2018)


Mardi 12 juin
Matin
SEXUALISATION - SEXUATION - DOMINATION ET RÉPRESSION (III)
Civilisation: sublimation ou répression de la sexualité : quelle dialectique ? - Modérateur : Florent PERRIER
Jorge NÓVOA : Une théorie critique des "nouvelles" formes de domination du capital en Amérique latine : le cas du Brésil
Alain-Patrick OLIVIER : Les conditions de la non-éducation à travers le prisme brésilien

Après-midi
PROCESSUS DE PRODUCTION ET CRITIQUE DE LA VALEUR (II)
Modérateur : Nicolas OBLIN
Soleni BISCOUTO FRESSATO : Le peuple brésilien entre informations, divertissement et aliénation. Les images spectaculaires du Réseau Globo de Télévision
Fabien LEBRUN : Techno-capitalisme et destructivité : du massacre de masse en cours au Congo (RDC), déterminé par le secteur high tech

Modérateur : Olivier VOIROL
Gérard BRICHE : Temps de travail, temps libre : temps compté
Jan SPURK : Encore du progrès… ?

Soirée
Débat sur alimentation et génie génétique, par Gilles-Éric SÉRALNI


Mercredi 13 juin
LA THÉORIE CRITIQUE : AU XXIe SIÈCLE ?
Matin
Modérateur : Olivier VOIROL
Katia GENEL : Progrès et pathologies dans la théorie critique
Patrick VASSORT - Collectif Illusio : En guise de perspectives

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Frédérick LEMARCHAND
Frédérick Lemarchand est Maitre de conférences en sociologie à l'université de Caen Normandie. Codirecteur du Pôle Risques de la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen. Dans l'héritage de la théorie critique, il travaille depuis quinze ans sur les aspects fondamentaux des sociétés technoscientifiques (crises du nucléaire, de la vache folle, OGM…).
Publications
"Le nucléaire, une technologie insoutenable", in Revue L'Économie Politique, n°72, Paris, 2016.
"Pour dépasser le concept de risque", in Du risque à la menace. Penser la catastrophe (sous la direction de D. Bourg, P.-B. Joly et A. Kaufmann), Colloque de Cerisy, Paris, PUF, 2013.
Les silences de Tchernobyl (avec G. Ackerman et G. Grandazzi), Paris, Autrement, 2006.

Patrick VASSORT
Patrick Vassort est Maître de conférences HDR de l'université de Caen Normandie. Il est directeur de publication de la revue Illusio.
Publications
Contre le capitalisme. Banalité du mal, superfluité et masse, Lormont, Le Bord de l'eau, 2013.
L'Homme superflu : Théorie politique de la crise en cours, Le Passager clandestin, 2012.
Le Sport contre la société (avec Clément Hamel et Simon Maillard), Lormont, Le Bord de l'eau, 2012.


Cédric BIAGINI : L'emprise numérique
Les nouvelles technologies recomposent le monde selon leur propre logique, celle de la performance et de l'efficacité. Elles renforcent le règne de la compétition et l'exigence d'aller toujours plus vite, de se mobiliser intégralement pour son entreprise et sur les "réseaux sociaux", d'être capable de s'adapter à toutes les évolutions technoculturelles, sous peine d'être exclu. L'homme numérique croit avoir trouvé l'autonomie en se débarrassant des pesanteurs du vieux monde matériel. "Enfin libre !", dit-il, alors qu'au contraire, il dépend de plus en plus de dispositifs technoscientifiques. Pour rester dans la course et tenter de maîtriser un réel qui lui échappe, il multiplie les machines. Mais ce sont elles qui désormais le possèdent.

Cédric Biagini anime les éditions L'échappée et contribue au journal La Décroissance.
Publications
L'Emprise numérique, L'échappée, 2012.
L'Assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, L'échappée, 2015.
Aux origines de la décroissance, avec P. Thiesset et D. Murray, L'échappée, 2017.

Soleni BISCOUTO FRESSATO : Le peuple brésilien entre informations, divertissement et aliénation. Les images spectaculaires du Réseau Globo de Télévision
Depuis l'invention du cinéma et plus fortement avec la diffusion de la télévision, les sociétés se forment et s'informent à base d'images en mouvement. Actuellement, ces images sont, dans la plus grande majorité, des représentations plus que complices du néolibéralisme et du capital fictif. Elles sont la traduction la plus spectaculaire de l'industrie culturelle et fusionnent d'une façon permanente, l'information avec le divertissement. Elles deviennent facteur d'identification, d'influence et de formation des subjectivités ainsi que d'aliénation. Ce sont des images révélatrices d'une société en crise, non seulement économique et politique, mais surtout, englobant les consciences et aussi l'inconscient d'une grande partie de la population brésilienne. Au Brésil, ces images sont produites et diffusées de façon hégémonique par le Réseau Globo de Télévision, la première grande entreprise de télédiffusion dans le pays et la deuxième plus grande au monde. Depuis sa fondation en 1965, la Globo favorise un remaniement systémique entre information et loisir, entre réalité et fiction.

Soleni Biscouto Fressato est docteure en sociologie, chercheuse au Groupe de Recherche Oficina Cinema-História (Université Fédérale de Bahia) et rédactrice en chef de Culture et Cinéma de la Revue O Olho da História. Auteure de Caipira oui, moldu non. Représentations de la culture populaire dans le cinéma de Mazzaropi (EDUFBA, 2011) et de Le "miroir magique" des feuilletons (images spectaculaires remplaçant la réalité) (sous presse). Auteure et organisatrice, avec Jorge Nóvoa et Kristian Feigelson, de Cinématographe. Un regard sur l'histoire (EDUFBA, EDUNESP, 2009) et, avec Jorge Nóvoa, de Regards sensibles : les beautés des villes et ces barbaries (Prismas, 2018).

Benoît BOHY-BUNEL : Kant ou les Lumières de la valeur
Il s'agira de revenir sur l'un de mes essais dans lequel je propose une critique matérialiste et sociale de la Critique de la raison pure. Une relecture de Marx, Lukacs, Sohn-Rethel et Bergson, permettra de confronter une théorie critique et une critique des sciences modernes à ce texte fondateur de la philosophie moderne. En particulier, la division entre un certain travail intellectuel spécifiquement moderne et une praxis dépossédée fera problème.

Benoît Bohy-Bunel est professeur de philosophie certifié, théoricien critique à la Wertkritik et militant communiste libertaire.
Bibliographie
Kant, Critique de la raison pure.
Marx, Capital.
Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience.
Sohn Rethel, Travail intellectuel et travail manuel.
Lukacs, Histoire et conscience de classe.

Gérard BRICHE
Gérard Briche est Professeur de philosophie et d'esthétique à l'École Nationale d'Arts de Dunkerque-Tourcoing. Il est membre du groupe français de la "Nouvelle critique de la valeur".
Publications
La Grande dévalorisation : pourquoi la spéculation et la dette de l'État ne sont pas les causes de la crise (de N. Trenckel et E. Lohoff) - (Trad. sous la dir. G. Briche), Inter-éditions, 2014.
Éloge du vandalisme : comment être artiste après la fin de l'art, Gruissan, Éditions ESA-Publi.net, 2014.
"Ce qu'il reste de la politique", in Revue Lignes, n°41, ("Quête"), mai 2012-mai 2013.

Marc CHATELLIER : Entre angoisse, déni et fétichisme, la disparition de l'institution comme tiers structurant au sein de l'École
La notion de lutte pour la reconnaissance — telle que la pose Axel Honneth — apparaît comme le point aveugle des relations complexes qu'entretiennent entre eux les processus de domination, réification et émancipation. L'auteur a abordé successivement — et à des époques différentes — les trois concepts, pour essayer d'identifier les mécanismes qui, dans le capitalisme contemporain, empêchent les êtres humains d'accéder à la réalisation de soi. Quels sont les rapports qu'entretiennent les notions de réification et de reconnaissance dans la pensée de Honneth, au sein d'une théorie sociale ? Et davantage dans les processus éducatifs institués ? Ce sont les mécanismes intersubjectifs de socialisation et de constitution de la personnalité qui définissent le besoin d'humanité de l'homme et la gravité des blessures que lui inflige le mode de vie moderne. Le primat de l'Autre, tel qu'il a été mis en évidence sur le plan de la psychologie sociale donne toute sa portée à la réification : "si l'Autre ne me regarde pas comme une personne digne de considération, je ne suis pas seulement frustré de la reconnaissance à laquelle j'ai droit, je suis aussi empêché de me constituer comme personne à mes propres yeux, je n'existe pas comme Sujet". Dès lors dans un ensemble d'institutions éducatives en crises — où le sujet (maître/élève) vacille entre souffrance au travail et difficultés d'apprentissage — nous examinerons comment la réification prend un triple visage : entre angoisse, déni et fétichisme, et montrerons comment seul un retour à l'institution — au sens du tiers structurant — peut permettre de déployer une reconnaissance intersubjective non morbide.

Marc Chatellier est Professeur des écoles spécialisé en ZEP, docteur en Sciences de l'Éducation (2000, CREN EA2661) et doctorant en philosophie (2014-2018, CAPHI EA2136) de l'université de Nantes, membre du Comité de rédaction de la revue Illusio.
Publications
Freud à l'École, de la résistance des sujets aux sujets de la résistance, Lormont, Bord de l'Eau, 2017.
"La critique de la valeur comme renversement épistémologique des sociétés dites libérales", in Revue LESTAMP, Actes du colloque "Le mal aux limites des sciences sociales", Nantes, Éditions LESTAMP, Juin 2016.
"Le concept de reconnaissance en sciences sociales", in Revue Pratiques, n°73, "Subjectif objectif, l'inextricable", Paris, Mai 2016.
"Entre Performance et Équité Sociale : l'école face aux paradoxes du paradigme de la reconnaissance", in Actes du Colloque International Reconnaissance et Critique Sociale, Nantes, Septembre 2015, ENS Éditions (à paraître).

Christophe DAVID : De la fronde à la bombe : Benjamin et Anders face aux progrès des technologies guerrières
La réflexion sur le progrès des technologies guerrières a été une des lignes de force de la déconstruction de l'idéologie du Progrès, qui avait accompagné la Révolution industrielle, par la première génération de la Théorie critique. Déchiffrant le dernier conflit mondial en date, imaginant le suivant, Walter Benjamin et Günther Anders ont travaillé à mettre en place une conception de l'Histoire dont ce n'est plus le Progrès mais la Catastrophe qui décide du sens. "Aucune histoire universelle ne conduit du sauvage à l'humanité civilisée, mais il y en a très probablement une qui conduit de la fronde à la bombe atomique", écrivait Adorno dans Dialectique négative. Cette intervention se propose d'éclairer la contribution de Benjamin et d'Anders à cette philosophie de l'Histoire qui "conduit de la fronde à la bombe atomique".

Christophe David est maître de conférences en philosophie à l'université Rennes 2. Traducteur de Benjamin, Anders et Adorno, il leur a consacré de nombreux articles et a co-organisé avec Florent Perrier un colloque sur la "Théorie esthétique d'Adorno" à l'université Rennes 2 en octobre 2016.

Ronan DAVID
Ronan David, docteur en sociologie à l'université de Caen Normandie et membre du comité de rédaction de la revue Illusio, s'intéresse, dans le cadre de ses recherches, à l'étude des processus de réification, de domination à l'œuvre dans la différenciation des sexes, l'éducation, le sport.
Publications
Jouer le monde. Critique de l'assimilation du sport au jeu (avec Nicolas Oblin), Lormont, Bord de l'Eau, 2017.
Le Sport contre les femmes, Lormont, Bord de l'Eau, 2015.

Michelle DOBRÉ
Michelle Dobré est Professeur des universités à l'université de Caen Normandie, sociologue. Ses recherches sont orientées vers l'écologie politique.
Publications
La Face cachée du numérique. L'impact environnemental des nouvelles technologies (avec F. Flipo et M. Michot), Paris, L'Échappée, 2013.
Consommer autrement. La réforme écologique des modes de vie (avec S. Juan sous la dir.), Paris, L'Harmattan, 2009.

Émilie GAILLARD : Apports et perspectives ouvertes par un droit des générations futures pour faire face aux crises environnementales et bioéthique
Intégrer la finitude en droit est devenu un impératif particulièrement nécessaire à notre temps. Le droit n'a pas su empêcher l'avènement de l'Anthropocène et est actuellement pris de vitesse par la question du transhumanisme. Il est devenu impératif de remonter aux fondements philosophiques du droit, d'enrichir la matrice temporelle du droit de sorte que les générations futures prennent chair de droit. De nouveaux principes juridiques tels que ceux de non-discrimination temporelle, de dignité des générations futures ou encore d'intégrité de l'espèce humaine pourraient voir le jour. Ainsi, tant la protection des équilibres du vivant, de la planète que l'infime protection de la condition humaine de l'Humanité pourraient être protégés en droit. Leur traduction sous forme de droits de l'homme transgénérationnels, voire de crimes permettrait de renouveler l'effectivité du droit face à ses crises.

Émilie Gaillard, maître de conférences en droit privé à l'université de Caen Normandie, enseigne le droit international de l'environnement et des droits de l'homme à Sciences Po Rennes. Ses écrits accompagnent le changement de paradigme que nécessite la protection juridique des générations futures, tant en théorie générale que dans la mise en œuvre de ce nouveau droit. Ses écrits portent sur les droits de l'homme des générations futures, la démocratie transgénérationnelle, les crimes et dommages transgénérationnels.
Publication
Générations futures et droit privé. Vers un droit des générations futures (éd. LGDJ 2011, 673 p.), Thèse primée par l'Académie des Sciences Morales et Politiques en 2010.

Katia GENEL : Progrès et pathologies dans la théorie critique
En comparaison avec le scepticisme des premiers théoriciens critiques, notamment Benjamin, Adorno et Horkheimer, on peut constater une certaine résurgence de l'idée de progrès dans les versions récentes de la théorie critique (Habermas et Honneth). Cette idée accompagne une pensée en termes de maladie de la société qui a toujours été présente dans la tradition de Francfort mais prend un sens nouveau avec l'inflation de la référence à la pathologie. Il s'agira ici d'explorer cette métaphore médicale afin de saisir plus précisément la nature du progrès évoqué et d'expliciter la philosophie de l'histoire qui sous-tend ces théories sociales. La référence à la santé et à la maladie vient-elle se substituer à la référence au progrès ? La théorie critique peut-elle se passer d'une telle référence ?

Katia Genel, maîtresse de conférences en philosophie allemande à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est actuellement en délégation au Centre Marc Bloch à Berlin.
Publications
Autorité et émancipation. Horkheimer et la Théorie critique, Paris, Payot, 2013.
Hannah Arendt. L'expérience de la liberté, Paris, Belin, 2016.
Ainsi que des articles sur l'École de Francfort et sur la sociologie et la philosophie françaises et allemandes contemporaines.

Philippe GODARD : Éducation, migrations, désillusion et… refus de parvenir ?
Dans un monde qui vit une mutation formidable, dans lequel l'État abandonne au secteur privé la totalité de ses rapports positifs avec ses citoyens, la place réservée par la nation à son système éducatif constitue un bon indicateur du niveau de totalitarisme. A fortiori si l'on évalue la place que le système éducatif réserve aux migrants, actuels ou "historiques". La désillusion est au rendez-vous, et, à son tour, elle se révèle un indicateur… du niveau des luttes : la désillusion n'est que l'aveu de notre peur de la libération. Au-delà de l'aspect humanitaire qui invite à accueillir toute personne cherchant un refuge, nous questionnons les motivations des uns et des autres, des "accueillants" comme des migrants. Ce qui est recherché par les premiers comme par les seconds ne semble pas aller dans le sens de l'émancipation. Trop d'acteurs tentent en effet, malgré les conditions socioculturelles et économiques, de parvenir dans ce monde-ci. Ils oublient qu'ils pourraient choisir la voie du refus.

Philippe Godard travaille depuis deux décennies avec des jeunes mal profilés par le système éducatif et qui ont du mal à y trouver leur place (élèves dits décrocheurs, individus "violents" ou dits hyperactifs, et jusqu'aux enfants placés en foyer, souvent discriminés par l'institution). Il est actuellement en train de réaliser un ouvrage avec des enfants placés et leurs éducateurs. Il a mené durant plusieurs années des actions d'éveil aux langues dans des collèges, avec des enfants migrants nouvellement arrivés.
Dernier ouvrage
Croire ou pas aux complots ?, Édition Calicot, 2017.

Alain GRAS : Le piège électrique, la transition énergétique n’aura pas lieu
La fée serait-elle devenue une sorcière ? Assurément appuyer sur un bouton procure un sentiment de puissance auquel ne se mêle aucune culpabilité. En réalité, le système technique électricité est rarement pris dans sa totalité, à la fois diverse et fragile. On ne cesse, en effet, au nom de la transition, de vanter les mérites de cette "énergie", un terme foncièrement trompeur dont la propagande "progressiste" abuse. L'électricité n'est qu'un flux, un vecteur qui transporte une puissance, provenant d'une source primaire, à travers des réseaux, parfois à très longue distance. La transition ne peut s'affranchir d'une prise de conscience que globalement le flux électrique apparemment immatériel fait partie, selon le mot bien choisi de Bruno Latour, du Terrestre. Les COP 21+n sur le CO2 ne seront que des bavardages de politiciens et technocrates, qui resteront inefficaces sans une mise en cause de la croissance et de notre mode de vie. Le piège électrique risque ainsi de se refermer sur un monde qui retourne à l'énergie du XIXe siècle.

Alain Gras est socio-anthropologue des techniques, professeur émérite, UFR de Philosophie, Uté Paris 1. Fondateur du Centre d'Étude des Techniques, des Connaissances et des Pratiques (CETCOPRA), Paris 1, actuellement dirigé par Thierry Pillon après Bernadette Bensaude.
Publications
OIL, anthropologie du pétrole, B2, 2016.
Le choix du feu, Fayard, 2007.
Fragilité de la puissance, Fayard, 2003.

Fabien LEBRUN : Techno-capitalisme et destructivité : du massacre de masse en cours au Congo (RDC), déterminé par le secteur high tech
La détermination guerrière du capitalisme numérique est une réalité depuis vingt ans dans un silence médiatique révoltant. Une guerre interminable se déroule effectivement en République Démocratique du Congo (RDC), causée entre autres par l'industrie numérique qui y pille les minerais indispensables à la fabrication des gadgets électroniques envahissant notre quotidien (téléphones portables, ordinateurs, etc.). Ainsi, c'est l'extractivisme névrotique et l'exploitation des ressources naturelles sur lesquels il faut se pencher afin de comprendre la matérialité de nos vies occidentales virtualisées. Il faut remonter le circuit de la mondialisation économique, repartir à la base de la chaîne produisant les marchandises technologiques par milliards, jusqu'à leur composition en métaux, eux-mêmes produits à partir de matières premières et exposer où, comment, dans quelles conditions, pour qui cela est possible et avec quelles conséquences. Seront abordés, à partir de cette exploitation illégale du sous-sol congolais, l'institutionnalisation du crime, les conditions de travail épouvantables dans les mines, le saccage environnemental, les multiples conflits se traduisant par des millions de morts et des centaines de milliers de viols, la responsabilité indéniable du secteur high tech.

Fabien Lebrun, docteur en sociologie et membre du collectif Illusio, a notamment coordonné les quatre volumes de la revue Illusio consacrés à la Théorie critique de la crise.
Publications
"Vers la convergence homme-machine et société-machine ou le techno-capitalisme comme nouveau stade du sujet automate", in L'Homme et la société, à paraître en 2018 (avec Paul-Fabien Groud).
"Le Congo (RDC) : un génocide au XXIe siècle ? D'un massacre de masse déterminé par l'industrie numérique", in Illusio, n°16-17, Bord de l'eau, 2017.
"Crime institutionnalisé : un désastre social, culturel et politique", Préface à Wolfgang Pohrt, Sociologie du crime politique. L'être humain à l'époque de son utilité, Bord de l'eau, 2013 (avec Nicolas Oblin).
Footafric. Coupe du monde, capitalisme, néocolonialisme, L'Échappée, 2010 (avec Ronan David et Patrick Vassort).

Jorge NÓVOA : Une théorie critique des "nouvelles" formes de domination du capital en Amérique Latine : le cas du Brésil
Une difficulté des sciences sociales est de cerner les époques de la modernité qui, pour cause des survivances des structures des périodes précédentes, ont survécu longtemps de façon pré-capitaliste. La globalisation a été progressive et a joué un rôle très important dans des régions colonisées par des États qui ont pris des avancées conduisant à l'industrialisation. L'Amérique Latine a vécu toutes les formes de la dialectique "rupture et continuité". La crise actuelle exige la critique des théories qui cherchent à expliquer les rapports dominations/subordinations à partir des idéologies du progrès, de la croissance, du développement, avec des concepts tels que sous-développement, dépendance, impérialisme, centre-périphérie, etc., afin d'élaborer une théorie critique capable de cerner les groupes sociaux qui subissent ses relations réelles. Le Brésil fait partie de cette totalité sous la domination du capital fictif. Son rôle leader dans le BRICS et la politique pós-Dilma tracent deux lignes qui font revenir un phénomène né à l'époque coloniale : la relation entre les élites dominantes des espaces colonisés et celle des régions des États colonisateurs dominants. L'étape actuelle propage dans tous les coins du monde la logique marchande dominée par la valeur fictive. Celle-ci "recrute" des fractions avancées, comme à la période de l'accumulation coloniale, ce qui remet en cause toute velléité de développement du dit "État national souverain". Le juridique prend le devant de la scène pour réorganiser cette nouvelle domination.

Jorge Nóvoa est professeur titulaire à l'université fédérale de Bahia, Professor Invité de Paris III - Sorbonne (Département du Cinéma et de l'Audiovisuel), Coordinateur du Groupe de Recherche Oficina Cinéma-Histoire, Rédacteur en chef de la Revue O OLHO DA HISTÓRIA.
Publications
L'histoire à la dérive : un bilan de fin de siècle, Salvador, EDUFBA, 1993.
Carlos Marighella : l'homme derrière le mythe, São Paulo Editora UNESP, 1999 (avec Cristiane Carvalho da Nova).
Incontournable Marx, São Paulo/Salvador, UNESP/EDUFBA, 2007.
Cinématographe. Un regard sur l'histoire, São Paulo/Salvador, UNESP/EDUFBA, 2009 (avec Soleni Biscouto Fressato et Kristian Feigelson).
Les regards sensibles. Les beautés des villes et ses barbaries, Curitiba, Prismas, 2018 (avec Soleni Biscouto Fressato).

Nicolas OBLIN : Le sport : une forme historique d'esthétisation politique du transhumanisme
Au cours de cette communication, nous interrogerons le rapport au temps et à l'histoire entretenu par l'institution sportive. D'un côté, les mises en scènes spectaculaires organisées par les différentes instances du sport seront analysées comme des éléments importants du déchaînement d'une histoire événementielle masquant les structures profondes de la société (Hartmut Rosa). D'un autre côté, nous montrerons que les finalités de l'institution sportive, qu'il s'agisse de l'établissement des hiérarchies sportives ou de l'établissement de records sont des catalyseurs de l'idée de progrès articulée à une conception de l'histoire "inséparable de celle d'un mouvement dans un temps homogène et vide" (Walter Benjamin). Enfin, nous développerons l'idée selon laquelle ces conceptions de l'histoire et du progrès sont familières des fondements épistémiques, philosophiques et politiques du courant transhumaniste (humanité augmentée). Le sport, avant-garde du déterminisme technoscientifique, n'est, de ce point de vue, qu'une de ces institutions qui offrent aux masses l'occasion de jouir de l'anéantissement politique, culturel, esthétique des individus et des peuples.

Nicolas Oblin est docteur en sociologie de l'université Paul Valéry Montpellier III, directeur de rédaction de la revue Illusio et enseignant spécialisé auprès de jeunes en grande difficulté scolaire. Il s'intéresse, dans le cadre de ses recherches, à l'étude de la corporéité, de l'institution sportive, ainsi qu'à celle des institutions d'éducation et de formation ; en particulier aux rapports de domination et aux processus de réification qui s'y déploient.
Publications
Sport et esthétisme nazis, Préface de Patrick Vassort, Paris, L'Harmattan, 2002.
La Crise de l'Université française. Traité critique contre une politique de l'anéantissement, Préface de Jean-Marie Brohm, Paris, L'Harmattan, 2005 (avec Patrick Vassort).
Sport et capitalisme de l'esprit. Sociologie politique de l'institution sportive, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2009.
Pourquoi nier le mal sportif ?, Lormont, Le Bord de l'eau, 2015.
Jouer le monde. Critique de l'assimilation du sport au jeu, Lormont, Le Bord de l'eau, 2017 (avec Ronan David).

Alain-Patrick OLIVIER
Alain-Patrick Olivier est Professeur des universités - Université de Nantes, CREN [en savoir plus].
Publications
Olivier, A. P. (2017), Identity and Difference in a post-dialectical Theory : on Theodor W. Adorno's Paris Lectures, Educação e Filosofia, 31 (63) [en ligne].
Olivier, A. P. (2017), "A demanda de reconhecimento em Educação [Le besoin de reconnaissance dans l'éducation]", in Bannell, R. I.; Gomes, L. R.; Gallo, S.; Pagni, P. A. (Eds), Filosofia da Educação. Entre a formação de educadores e a qualificação profissional, Sao Paulo : Cortez, 19-33.1.
Olivier, A. P. (2017), "Die Rhythmik des Fortschreitens. Über das Verhältnis zwischen Musik und Gesellschaft [La rythmique du progrès. Sur le rapport de la musique et de la société]", Zeitschrift für kritische Theorie, 44/45, 176-190.
Olivier, A. P. (2014), "La réception d'Adorno dans les institutions françaises d'enseignement : musicologie, sociologie, métaphysique", Illusio, 12/13, 367-377.
Olivier, A. P. (2014), "Théorie de l'éducation et philosophie politique selon Axel Honneth", Penser l'éducation, 35, 93-105.

Florent PERRIER : L'héroïsme du petit ou penser l'utopie après Auschwitz avec Miguel Abensour
Dans son dernier ouvrage publié avant sa disparition, La communauté politique des "tous uns" (Belles Lettres, 2014), Miguel Abensour est revenu sur la difficulté d'envisager la persistance de l'utopie après Auschwitz : qu'en est-il en effet de l'utopie après la catastrophe, comment peut-on même songer à l'utopie ? À l'opinion commune, satisfaite de pouvoir disqualifier l'idée qu'un monde meilleur puisse encore être envisagé, Miguel Abensour oppose pourtant "un renversement inattendu de la question" : "comme l'ont perçu à des degrés divers Etty Hilsum, Adorno, Levinas, loin de ruiner l'idée d'utopie, cette situation sans précédent aurait pour effet surprenant de faire naître, de susciter une sommation utopique d'un genre nouveau, inédite, inouïe, comme si le désir d'éviter la répétition de la catastrophe ne pouvait s'accomplir que par le choix radical de "l'écart absolu" propre à l'utopie de Charles Fourier" (p. 373). En revenant sur les moments d'apparition de l'idée de sommation utopique dans l'œuvre de Miguel Abensour, sur sa généalogie, nous proposons ici une lecture de la persistance de l'utopie après Auschwitz sous le signe d'un héroïsme du petit. Cette intervention participe d'une recherche en cours (cf. notamment Florent Perrier, "Insurgente insurgeante — Miguel Abensour ou la persistance de l'écart absolu", Lignes, Fécamp, mai 2018, n°56, "Miguel Abensour. La sommation utopique" (numéro conçu et réalisé par Michèle Cohen-Halimi et Sophie Wahnich), elle n'a donc aucunement un caractère définitif.

Membre de l'EA 7472 "Pratiques et théories de l'art contemporain" (PTAC), Florent Perrier est maître de conférences en esthétique et théorie de l'art à l'université Rennes 2, chercheur associé à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) et aux Archives Walter Benjamin de Berlin. Ses travaux portent sur les rapports entre l'art, l'utopie et le politique de l'ère industrielle à l'extrême contemporain, sur l'esthétique et le politique chez Walter Benjamin et sur l'esthétique de la résistance dans les arts contemporains.
Publication
Topeaugraphies de l'utopie, Collection "Critique de la politique", Payot, 2015.

Laurent PLET : La dialectique négative sous l'angle de la critique de l'abstraction
La dialectique négative est cette forme de discursivité philosophique qu'Adorno expose dans l'ouvrage éponyme paru en 1966 (Dialectique négative). Si la richesse de l'ouvrage permet de multiples entrées et traversées, il est possible de prendre pour fil conducteur la critique de l'abstraction comprise oubli, déni d'un réel impossible. Telle pourrait être, pour jouer avec la question initiale, la productivité encore actuelle de cette pensée malgré l'usage et l'usure possible de catégories apparemment bien fatiguées, comme de vieille chaussures abandonnées le long du chemin qui pourraient peut-être cependant retrouver une seconde vie.

Publications
Raison politique et dialectique négative chez Adorno, Variations, 2006.
La langue contre la langue, tentative de sauvetage, Théorie critique de la crise, Illusio, 2014.
Essai sur la Dialectique négative d'Adorno, Matérialisme critique et utopie, Classiques Garnier, 2016.

Gérard RAULET : Le débat sur la réification dans la théorie critique contemporaine
Dans le mouvement général de révision du marxisme orthodoxe, la publication du livre de Lukács Histoire et conscience de classe aux Éditions de Minuit a été un signe important. Elle correspond à une tendance générale à substituer le concept d'aliénation à celui, plus "basique" ou trop ouvriériste, d'exploitation et à ouvrir ainsi de nouvelles perspectives critiques à la pensée socialiste. S'interrogeant en 1998, à l'occasion du 30e anniversaire de Mai 1968, sur "les origines intellectuelles de cette révolution fondatrice […] de notre "France contemporaine"", Daniel Lindenberg prétendra, non sans raison, qu'Histoire et conscience de classe — "livre maudit du marxisme occidental" — est "(re)devenu la bible du gauchisme" (Daniel Lindenberg, "1968 ou la brèche situationniste", Esprit, n°242, mai 1998, p. 127-140). Cette question est importante — et d'autant plus que, pour la réception de Marcuse, par exemple, elle a constitué un point de fixation idéologique et théorique. Tandis que semblait dominer la vague de l'anti-humanisme — fût-il théorique (Althusser) — un front assez large s'est créé pour défendre la validité herméneutique et même analytique du concept d'aliénation, malgré son appartenance aux écrits du "jeune Marx". J'ai moi-même engagé ma thèse d'État de cette façon, en défendant la possibilité d'un humanisme marxiste utilisant la notion d'aliénation de façon négative, pour appréhender la tendance d'une désaliénation à conquérir. Dans un contexte d'épuisement de la Théorie critique, dans lequel elle peine à maintenir une ligne émancipatrice face à l'idéologie néo-libérale, Axel Honneth a relancé le débat sur Lukács et sur la réification. C'est l'occasion de faire le point sur une catégorie épistémologique qui est et a été tout autant au cœur des crises du marxisme que de sa théorisation des crises depuis les années 1920.

Gérard Raulet, professeur d'histoire des idées allemandes à l'université Paris-Sorbonne, est directeur du Groupe de recherche sur la culture de Weimar (Fondation Maison des Sciences de l'Homme & UMR 8138 SIRICE). Directeur de l'UPRES-A 8004 "Philosophie politique contemporaine" (CNRS / École Normale Supérieure de Lettres et Sciences humaines) de 1999 à 2003, il a dirigé le programme ANR/DFG CActuS (Critique, Actualité, Société) avec Axel Honneth de 2014 à 2016.
Publications en philosophie politique contemporaine
Critical Cosmology. Essays on Nations and Globalization, Lanham MD, Lexington Books, 2005.
La philosophie allemande depuis 1945, Paris, Armand Colin, 2006.
Republikanische Legitimität und politische Philosophie heute, Münster, 2012.
Philosophische Anthropologie. Themen und Positionen, Band 2 : Philosophische Anthropologie und Politik, Nordhausen, 2013 (dir. en collaboration avec Guillaume Plas).
European Constitutionalism. Historical and Contemporary Perspectives, Bruxelles e.a., 2014 (dir. en collaboration avec Alexandre Dupeyrix).
Wissen in Bewegung. Theoriebildung unter dem Fokus von Entgrenzung und Grenzziehung (dir. en collaboration avec Sarah Schmidt), Berlin, 2014.

Gilles-Éric SÉRALNI
Gilles-Éric Séralni est Professeur de biologie moléculaire, à l'université de Caen Normandie, membre associé de l'équipe CERREV. Responsable du pôle Recherche Risques, Qualité et Environnement Durable. Membre de l'équipe Estrogènes et Reproduction des Mammifères, laboratoire de biochimie ; sujet de recherche et d'expertise : effets des OGM et des pesticides sur la santé, président du Conseil scientifique du CRIIGEN.
Dernières publications
Le Sursis de l'espèce humaine, Belfond, 1997, Rééd. revue et augmentée sous le titre Nous pouvons nous dépolluer !, Josette Lyon, 2009.
OGM : le vrai débat, Flammarion, Collection "Dominos", octobre 2000.
L'Évolution de la matière, de la naissance de l'Univers à l'ADN, Éditions Pocket, Collection "Explora", 1994.

Jan SPURK : Encore du progrès… ?
L'ambiguïté et la perversion du progrès, de l'avancement réalisable et maîtrisable vers une vie meilleure, sont critiquées depuis longtemps et avec des orientations théoriques très différentes. On doit considérer non seulement les "dégâts du progrès" mais également sa perversion comparée à l'idée libératrice que les Lumières se sont faite du progrès. "Aussi peu l'humanité telle quelle avance suivant les lois de la réclame du toujours-mieux, aussi peu est l'idée du progrès sans l'idée de l'humanité" (Adorno). L'idée de l'humanité a disparu de la conception du progrès basé sur la généralisation de la logique marchande et de la marchandisation. En revanche, "Le progrès signifie la sortie de l'emprise, aussi de l'emprise du progrès, qui est lui-même une nature, grâce à l'humanité réalisant sa propre naturalité" (Adorno). C'est-à-dire que le progrès est à comprendre comme le projet de l'autonomie croissante et de la libération des hommes.

Jan Spurk est sociologue, professeur des Universités à l'université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales — Sorbonne, responsable du master "Sociétés contemporaines" ; études de sociologie à Francfort et à Paris. Ses champs de recherche sont : théories sociales, théories critiques, subjectivités, espaces publics.
Publications
Contre l'industrie culturelle. Les enjeux de la libération, Éditions Le Bord de l'Eau, 2016.
Au-delà de la crise ?, Éditions du Croquant, 2016.
Les limites de l'indignation ou la révolution commence-t-elle à Bure ?, Éditions du Croquant, 2017.

Olivier VOIROL
Olivier Voirol est Maître de Conférence à l'université des Sciences sociales et Politiques de Lausanne, membre du laboratoire de recherche Laboratoire capitalisme, culture et sociétés (Université de Lausanne).
Publications
"Autour d'Axel Honneth. Reconnaissance et communication", in Revue Réseaux, n°193, Paris, La Découverte, 2015.
"Luttes pour la reconnaissance", in Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.), 2009.
"Axel Honneth et la sociologie : reconnaissance et théorie critique à l'épreuve de la recherche sociale", in La quête de reconnaissance, Paris, La Découverte, 2007.


SOUTIENS :

• Laboratoire CERREV | Université de Caen Normandie
• Avec le concours de la revue Illusio, référencée par l'International Consortium for Critical Theorie Programs

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


LA RÉFORME EN SPECTACLES

PROTESTANTISME ET THÉÂTRE EN NORMANDIE ET EN EUROPE AU XVIe SIÈCLE


DU MERCREDI 30 MAI (19 H) AU DIMANCHE 3 JUIN (14 H) 2018

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Charlotte BOUTEILLE-MEISTER, Emmanuel BURON, Fabien CAVAILLÉ, Estelle DOUDET, Denis HÜE


ARGUMENT :

La Réforme a bouleversé la vie de l'Europe au XVIe siècle, incitant les citoyens à soutenir ou bien à combattre la nouvelle religion. La Normandie, terre de protestantisme, s'est alors imposée comme une interface majeure entre les pays germaniques, l'Angleterre, la Suisse et les Pays-Bas. La région était aussi l'un des principaux centres du théâtre en français. De 1520 à 1580, le théâtre normand a connu une production exceptionnellement riche, trop méconnue aujourd'hui.

En ouverture des commémorations des 500 ans de la Réforme, ce colloque a pour objectif de mettre au jour les interactions peu connues entre débats religieux et rayonnement des arts de la scène. Il étudiera la manière dont le protestantisme a suscité des débats dont l'intensité et la violence ont transformé le théâtre, qui était alors le media à l'audience la plus large.

La manifestation associe à un volet scientifique international et interdisciplinaire une résidence-création dirigée par le metteur en scène Michel Cerda. Elle explorera des pièces pro- et anti-protestantes du XVIe siècle. Le public est également invité à participer à une exposition-performance sur le théâtre en Normandie conçue en partenariat avec le collège de Cerisy-la-Salle, et à deux débats qui questionneront les relations entre les spectacles et le scandale, et le rôle des arts face aux mutations religieuses de nos sociétés.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 30 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 31 mai
Matin
Charlotte BOUTEILLE-MEISTER, Fabien CAVAILLÉ, Estelle DOUDET, Denis HÜE & Tiphaine KARSENTI : Introduction et présentation des différents volets du colloque [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie]

REPRÉSENTATION THÉÂTRALE ET MILIEUX RÉFORMÉS
Jelle KOOPMANS : Acteurs protestants - auteurs protestants - représentations protestantes ?

LES RELECTURES DE LA SAINT-BARTHÉLEMY
Ruth STAWARZ-LUGINBÜHL : La Famine de Jean de La Taille (1573) : une lecture dramatique du massacre de la Saint-Barthélemy ?

Après-midi
Performance avec les élèves du collège Anne-Heurgon-Desjardins de Cerisy-la-Salle, suivie de la présentation de l'exposition "Le théâtre à Rouen au XVIe siècle" [présentation]

Violence des/sur les images : iconoclasme et représentation blasphématoire (XVIe-XXIe siècle), débat avec Christian BIET, François LECERCLE et Isabelle SAINT-MARTIN

Soirée
La religion comme spectacle : médiatisation de l'expérience pentecôtiste, avec Damien MOTTIER


Vendredi 1er juin
Matin
UN THÉÂTRE RÉFORMÉ À ROUEN ?
Luc DAIREAUX : La Réforme en Normandie au XVIe siècle : genèse, dynamiques et spectre social [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Denis HÜE : Pierre Du Val et le théâtre mystique à Rouen
Estelle DOUDET : Scènes polémiques du recueil de Rouen
Mario LONGTIN : Écrire entre les lignes : lire les didascalies du manuscrit "BnF fr. 24341"

Après-midi
ÉCRITURES THÉÂTRALES ET RÉFORME
Marie-Madeleine FRAGONARD : Formes pré-théâtrales : dialogues polémiques et adaptations dialoguées
Charlotte BOUTEILLE-MEISTER : L'importance du schème allégorique dans le théâtre de la Réforme : entre plaisir scénique et efficacité polémique

ÉCLAIRAGE SUR LE TRAVAIL THÉÂTRAL EN COURS
Avec Fabien CAVAILLÉ & Tiphaine KARSENTI (Observation et analyse de la résidence-laboratoire du metteur en scène Michel Cerda), Marie BOUHAÏK-GIRONÈS et Mario LONGTIN


Samedi 2 juin
Matin
CIRCULATION ET DIFFUSION DES STRATÉGIES PERSUASIVES
Klaus RIDDER : La persécution comme menace dans le théâtre de la Réforme
Carlotta POSTH : L'apologie de la vraie foi dans L'Antéchrist de Lucerne (1549)
Richard HILLMAN : Le théâtre protestant continental en Angleterre

Après-midi
ESPACES DE REPRÉSENTATION : VILLE, COUR, COLLÈGES
Katell LAVÉANT : Culture joyeuse et Réforme : les Conards face aux Protestants rouennais
Éric SYSSAU : Les protestants sur la scène du collège de Navarre (Paris, 1533-1572)

Soirée
Forum des projets


Dimanche 3 juin
Matin
CRÉATION THÉÂTRALE, sous la direction de Michel CERDA, suivie d'un débat

Après-midi
DÉPARTS


PERFORMANCE :

• Avec les élèves du collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy-la-Salle
Les élèves du collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy-la-Salle présenteront une petite forme théâtrale, sorte d'écho à la pièce du Pardonneur qui lui aura valu un procès, mais version 2018 !
Ce petit spectacle trouve son point de départ dans la vie familiale : un trajet en voiture pour un mariage. Mais sur la route, on est rarement seul... Et la courtoisie n’est pas toujours de mise ! Qui viendra gâcher la fête ?
La représentation est ouverte aux parents d'élèves et sera suivie d'un échange avec les participants du colloque sur le travail mené par les élèves.
Atelier encadré par Émilie ROSSIER (CPE) et Virginie LEMOINE (professeur de Lettres)

EXPOSITION :

• "Le théâtre à Rouen au XVIe siècle", posters réalisés sous la direction de Denis HÜE, Mario LONGTIN et Estelle DOUDET — Conception graphique et réalisation : Marielle DEVLAEMINCK


SOUTIENS :

• Institut universitaire de France
• Université Grenoble Alpes
• Université Paris Nanterre
• Université de Caen Normandie | LASLAR, MRSH & OUEN
• Université de Rennes 2

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


ART, LITTÉRATURE ET RÉSEAUX SOCIAUX


DU LUNDI 21 MAI (19 H) AU LUNDI 28 MAI (9 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Emmanuel GUEZ, Alexandra SAEMMER


ARGUMENT :

Entre les artistes et les réseaux de communication et d'information, la relation est ancienne. Pensons au téléphone, à l'Internet des années 1980 et au Minitel. Depuis le Web des années 1990, les réseaux sont peu à peu devenus une scène de l'art, court-circuitant les chemins traditionnels de production et de diffusion, et un théâtre global, où s'expérimentent de nouvelles dramaturgies, peuplées d'identités multiples, composées avec la communication des machines.

Qu'en est-il, aujourd'hui, avec les réseaux sociaux ? Si Facebook ou Twitter par exemple, semblent s'apparenter à de véritables machines d'écriture pour artistes et écrivains, offrant des contraintes littéraires, des matériaux multiples (images, sons, textes), des opportunités de détournements et de dérives, ainsi qu'un espace-temps d'actions et de performances artistiques, ce sont aussi et surtout des entreprises de diffusion mondiale de l'information et des machines à capter le temps et l'attention disponible des utilisateurs. Quels types de rapport l'art et la littérature entretiennent-ils avec ces réseaux ? Quelles formes et quelles représentations font-ils émerger des réseaux sociaux ? Quels effets sur l'auteur, sur l'œuvre et sa pérennité ? Mais encore, dans quelle mesure les artistes, embarqués dans une telle machinerie industrielle et culturelle, parviennent-ils à s'emparer des réseaux, à en faire un médium artistico-littéraire, et à les mettre à l'épreuve ? Distance, critique et action (politique) sont-elles seulement possibles ?

En sus des communications suivies de débat, le colloque proposera des performances, un atelier d'édition par le collectif PréPostPrint et des expositions de recherche. Il s'adresse aux artistes, chercheurs, étudiants, professionnels du monde de l'art ainsi qu'à toute personne intéressée par les sujets traités.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 21 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 22 mai
Matin
Emmanuel GUEZ & Alexandra SAEMMER : Introduction
Raphaël BASTIDE, Louise DRULHE & Sarah GARCIN : Présentation de l'Atelier d'édition "DONC" (Un réseau social et une interface de publication des actes en temps réel du colloque, avec le concours des Éditions HYX)

ART & GAFAM (1)
Alexandra SAEMMER : Bienvenue dans la Colonie. Enjeux de l'impérialisme algorithmique, et tentatives d'insurrection

CAT room, table ronde par Messenger proposée par Emmanuel GUEZ, avec Ynfab BRUNO, Amandine MAAS et Anaëlle PIRAT

Après-midi
THÉÂTRALITÉS DU RÉSEAU (1)
Arnaud MAÏSETTI : Faire théâtre du numérique
Eli COMMINS : Textes numériques et plans de scènes : la carte et le territoire

Atelier d'édition "DONC"

Visite commentée de l'exposition 3615.LOVE (exposition d'art et de littérature Minitel, mêlant des œuvres anciennes et actuelles. Réalisation : PAMAL)


Mercredi 23 mai
Matin
ÉCOCARTOGRAPHIES DU RÉSEAU
Cécile PORTIER : Faux plats, cartographie par la fiction de nos espaces politiques
Louise DRULHE : L'atlas critique d’Internet

ANONYMAT, HÉTÉRONYMAT
Emmanuel GUEZ : Éloge de l'invisibilité

Après-midi
Gustavo GOMEZ-MEJIA : Épiphanies de contenus. Malaises et extases des écrans sociaux

LITTÉRATURE.COM (1)
Anaïs GUILET : Construire une posture auctoriale via le détournement des réseaux : l'#adventuregrams de Caroline Calloway et le Madeleine Project de Clara Beaudoux
Nolwenn TRÉHONDART : Été, social graphic novel sur Instagram
Marc JAHJAH : D'un ordre à l'autre : la mise en livre des écrits de réseau chez Publie.net

Atelier d'édition "DONC"

Soirée
Serge HOFFMAN : "De la banane à la botte" [Performance]


Jeudi 24 mai
Matin & Après-midi
Promenades, Discussions, Atelier d'édition "DONC"

Visite commentée de l'exposition Zone Blanche, par Jade CHASTAN et Chloé FOËX (ESA Avignon) et les étudiants de l'ENSAV-la Cambre

Soirée
Lucile HAUTE : "Vivace éphémère essaim" [Performance]


Vendredi 25 mai
Matin
THÉÂTRALITÉS DU RÉSEAU (2)
Jean-Pierre BALPE : Le jeu du littéraire
Françoise CHAMBEFORT : My Little Identity

LITTÉRATURE.COM (2)
Gilles BONNET : La LittéraTube, ou les autres voix
Gabriel GAUDETTE : #WhatYouSeeIsWhatYouTweet, mettre le monde en mots-clics

Après-midi
ART & GAFAM (2)
Albertine MEUNIER : Quand la data va, tout va !
Erika FÜLÖP : La bénédiction du piège sucré : l'auteur numérique face à Facebook
Raphaël BASTIDE : Pédagogie du Surf Club

Atelier d'édition "DONC"

Soirée
Jerome SAINT-CLAIR : "Dead Minitel Orchestra" [Performance]


Samedi 26 mai
Matin
HISTOIRES ET MÉDIARCHÉOLOGIES (1)
Serge HOFFMAN : Nouvelles Modalités de l'exposition du Net Art ?
Jean-Paul FOURMENTRAUX : IMAGE vs DATA. Art (numérique) et médiactivisme
RYBN : L'usine computationnelle : de Gaspard de Prony au Mechanical Turk d'Amazon

Après-midi
MINITEL & RÉSEAUX ALTERNATIFS
Jerome SAINT-CLAIR : Le Minitel en phase terminal
Benjamin CADON : Du Minitel à l'informatique paysanne, transformation des paysages imaginaires plantés d'algodonnées

HISTOIRES ET MÉDIARCHÉOLOGIES (2)
Camille PHILIBERT : Romans télématiques 1983-85 (ASCOO, Vertige(s), L'Objet perdu)

Table ronde, avec Stéphane BIZET (Art Minitel : reconstitution d'un serveur), Lionel BROYE (Dead Social Networks) et Morgane STRICOT (La préservation des œuvres d'art en réseau à l'épreuve des API Google, Facebook, Twitter & co.)

Soirée
Lucille CALMEL : "L'Animal que donc je suis…" [Performance]


Dimanche 27 mai
Matin
Conclusions et discussions

Atelier d'édition "DONC"

Après-midi
DÉTENTE


Lundi 28 mai
DÉPARTS


BIBLIOGRAPHIE :

• BADOUARD, Romain, Le désenchantement de l'Internet, Paris, FYP, 2017.
• BENKLER, Yochai, The Wealth of Networks, New Haven (CT), Yale University Press, 2006.
• BERARDI, Franco "Bifo", The Uprising, On Poetry and Finance, Cambridge (MA), MIT Press, 2012.
• BONNET, Gilles, Pour une poétique numérique. Littérature et Internet, Paris, Hermann, 2017.
• CITTON, Yves, Pour une écologie de l'attention, Paris, Seuil, 2014.
• CITTON, Yves, Médiarchie, Paris, Seuil, 2017.
• COLLECTIF, Manifeste médiarchéologiste, 2016 [en ligne].
• FOURMENTRAUX, Jean-Paul, Art et Internet, Les nouvelles figures de la création, Paris, CNRS, 2005.
• GEORGES, Fanny, Identités virtuelles, Les profils utilisateur du web 2.0, Paris, L>P, 2010.
• GOLDSMITH, Kenneth, Wasting Time on the Internet, New-York (NY), HarperCollins, 2016.
• GOMEZ-MEIJA, Gustavo, Les Fabriques de soi ? Identité et Industrie sur le web, Paris, MKF, 2016.
• GUEZ, Emmanuel (éd.), Machines d'écritures, MCD, n°66, 2012.
• GUEZ, Emmanuel, STRICOT Morgane, BROYE Lionel et BIZET Stéphane, "The afterlives of network-based artworks", Journal of the Institute of Conservation, 2017 [en ligne].
• GUILET, Anais, Pour une littérature cyborg : l'hybridation médiatique du texte littéraire, Thèse de Doctorat [en ligne].
• HAYLES, N. Katherine, Lire et Penser en milieux numériques, trad. C. Degoutin, Grenoble, ELLUG, 2016.
• LALONDE, Joanne (éd.), Abécédaire du Web [en ligne].
• LOVINK, Geert, Networks Without A Cause, Cambridge, Polity, 2011.
• LOVINK, Geert, Unlike Us Reader, Social Media Monopolies and Their Alternatives, Amsterdam, Institute of Networks Culture, 2013.
• LOVINK, Geert, "What Is the Social in Social Media ?", in Hito Steyerl (éd), The Internet does not exist, Berlin, Sternberg Press, 2012.
• MALLOY, Judy (éd.), Social Media Archaeology and Poetics, Cambridge (MA), MIT Press, 2016.
• MAILLAND, Julien, DRISCOLL Kevin, Minitel, Cambridge (MA), MIT Press, 2017.
• MUNSTER, Anna, An Aesthesia of Networks : Conjunctive Experience in Art and Technology, Cambridge (MA), MIT Press, 2013.
• PIRAT-TALUY, Anaëlle (éd.), Dick Head Man Records, Une anthologie commentée, Grenoble, AAA, 2016.
• SAEMMER, Alexandra, Rhétorique du texte numérique, Lyon, Presses de l'ENSSIB, 2015.
• SCHAFER, Valérie, THIERRY, Benjamin, Le Minitel. L'enfance numérique de la France, Paris, Nuvis, Cigref, 2012.
• SCHAFER, Valérie, SERRES, Alexandre (éds.), Histoires de l'Internet et du Web, infoclio.ch, 2017 [en ligne].
• STIEGLER, Bernard (éd.), Réseaux sociaux : Culture politique et ingénierie des réseaux sociaux, Paris, FYP, 2012.
• THÉLY, Nicolas (éd.), Search terms : Basse déf., Paris, B42, 2012.
• THÉLY, Nicolas, Le Tournant numérique de l'esthétique, Paris, Publie.net, 2011.
• THÉLY, Nicolas, Vu la webcam (essai sur la web-intimité), Dijon, Les Presses du Réel, 2002.
• TURKLE, Sherry, Alone Together : Why We Expect More from Technology and Less from Each Other, New-York (NY), Basic Books, 2011.
• VAILLANT, Alain, LINARÈS, Serge, SAEMMER, Alexandra, LEGOY, Corinne, La poésie délivrée, Presses de Paris Ouest, 2017.


SOUTIENS :

• École Supérieure d'Art d'Avignon (PAMAL)
• Laboratoire d'excellence des arts et médiations humaines (Arts-H2H)

AVEC LA PARTICIPATION DE :

• École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, Paris (ENSAD)
• École Nationale Supérieure des Arts Visuels, Bruxelles (ENSAV)
• Laboratoire PRIM | Université de Tours
• Laboratoire CEMTI | Université Paris 8

Programme 2018 : un séminaire

— Programme complet —


CRISES DE LA VILLE, FUTURS DE L'URBAIN

FAIRE FACE AUX DÉFIS DES INÉGALITÉS URBAINES


DU MERCREDI 2 MAI (19 H) AU DIMANCHE 6 MAI (14 H) 2018

[ séminaire de 4 jours ]



COMITÉ DE DIRECTION :

Sylvain ALLEMAND, Jean-Bernard AUBY, Nicolas BUCHOUD, Karine GERVAISE, Henri de GROSSOUVRE, Edith HEURGON, Maximilien PELLEGRINI


COORDINATEUR :

Thomas HENRY


ARGUMENT :

Voici trois décennies, un programme de recherche, Crise de l'urbain, futur de la ville avait été engagé durant plusieurs années, sous l'impulsion d'un grand opérateur de transport (la RATP), et le concours notamment du Centre Culturel International de Cerisy. Il faisait le pari des sciences sociales pour mieux comprendre les rapports entre les transports et la ville.

Ce séminaire est à l'initiative d'un groupe de réflexion constitué avec le souci d'assurer au travers de sa composition, la diversité des acteurs concernés par le devenir des territoires et de l'urbain: Suez Eau France, Chaire "Mutation de l'action publique et du droit public" de Sciences-Po Paris, Cercle Colbert, Cercle du Grand Paris de l'investissement durable et le Centre Culturel International de Cerisy. Il se propose de reprendre les termes des débats à la lumière des nouveaux enjeux de l'urbain, dans le contexte du réchauffement climatique et des transitions écologiques et numériques, et celui de la métropolisation. Avec le concours de spécialistes et de praticiens de différents horizons disciplinaires et professionnels, ainsi que des représentants de collectivités locales, il réfléchira à la manière d'adapter l'offre des opérateurs de l'urbain aux nouveaux besoins des populations et des territoires. Les échanges s'organiseront autour de communications et de tables rondes.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 2 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du séminaire et des participants


Jeudi 3 mai
Matin
INTRODUCTION GÉNÉRALE : ÉTAT DES LIEUX DE LA QUESTION URBAINE
Animé par Henri de GROSSOUVRE [Comité de direction du séminaire, Cercle Colbert & Suez]

Introduction
Maximilien PELLEGRINI [Directeur Développement & Stratégie, SUEZ Eau France]

Avant-propos : 25 colloques de questionnement sur la ville à Cerisy
Edith HEURGON [Prospectiviste, Directrice du Centre Culturel International de Cerisy)
Sylvain ALLEMAND [Journaliste, Secrétaire général de l'Association des Amis de Pontigny-Cerisy]

Intervention : Quelles approches spatiales pour interroger les inégalités ?
Daniel BÉHAR [Géographe, Professeur associé à l'École d’urbanisme de Paris - Cabinet ACADIE]

Les nouvelles inégalités urbaines, table ronde avec Daniel BÉHAR [Géographe, Professeur associé à l'École d’urbanisme de Paris - Cabinet ACADIE], Sébastien BOURDIN [Enseignant-chercheur en géographie et développement économique à l'EM Normandie], Nicolas BUCHOUD [Urbaniste, Historien, Directeur Cabinet de conseil en stratégie Renaissance Urbaine] et Stéphane GRUET [Architecte, Docteur en philosophie, Directeur de la coopérative "Faire ville"]

Après-midi
FUTURS DE L'URBAIN, FUTUR MÉTROPOLITAIN ?
Animé par Jean-Baptiste BLANC [Vice-Président du département du Vaucluse, Avocat]

Avant-propos : Quelle égalité des territoires ?
Hervé JUVIN [Essayiste]
Arnaud BRENNETOT [Maître de conférence en géographie à l'université de Rouen]

Quelle responsabilité des métropoles ?, table ronde avec Cécile ALTABER [Commissariat à l'égalité des territoires], Lilian LOUBET [Maître de conférence en urbanisme et en aménagement à l'université du Havre], Gérald ANDRIEU [Journaliste et Auteur de Le peuple de la frontière : 2000 km de marche à la rencontre des Français qui n'attendaient pas Macron, Cerf, 2017] et Achille WARNANT [Doctorant en géographie EHESS]

Les métropoles au prisme des réseaux, comment exercer et mettre en œuvre ses responsabilités ?, table ronde avec Benoit QUIGNON [Directeur général SNCF Immobilier], Vincent CARRY [Arty-Farty, Fondateur des nuits sonores de Lyon], Alexandre AVRIL [Doctorant à l'ENS et Fondateur d'Hexag'On] et Patrice DUNY [Directeur de l'agence d'urbanisme de Caen-Métropole, AUCAME]


Vendredi 4 mai
Matin
DROIT(S) À LA VILLE, 50 ANS APRÈS
Introduction : La ville du futur avec qui ?
Jean-Pierre SUEUR [Sénateur du Loiret]

Avec qui fabrique-t-on la ville ?, table ronde avec Cyril HANAPPE [Maître de conférence à l'École Nationale Supérieure d'Architecture Paris Belleville], Samuel ROUMEAU [OUISHARE connector, directeur d'étude "Pratiques collaboratives dans les villes moyennes"] et Laurent RIERA [Directeur de la communication de Rennes Métropole]

Après-midi
QUI DÉTIENT LES CLÉS DE LA VILLE NUMÉRIQUE ? LA SMART CITY EN QUESTION
Animé par Jean-Bernard AUBY [Titulaire de la chaire "Mutation de l'action publique et du droit public", Sciences Po Paris]

Intervention : Smart City & Pop City, quelle concertation pour la ville intelligente ?
Stéphane JUGUET [Anthropologue, Designer, Directeur de l'agence "What Time Is I.T"]

Quelle création de valeur collective pour la "ville intelligente" ?, table ronde avec Julie de BRUX [Économiste, Directrice du cabinet Citizing], Frédéric CHARLES [Directeur de la stratégie digitale de Suez] et Jean-Marie MARTINO [Directeur général des Services, Conseil départemental Haute-Loire]

Intervention : Des villes intelligentes, vraiment ?
Claude ROCHET [Professeur des universités, Université Versailles Saint Quentin-en-Yvelines]

Soirée
DISCUSSION AUTOUR DU GRAND PARIS
Animée par Sylvain ALLEMAND
Aurélien BELLANGER [Écrivain, auteur de Le Grand Paris, Gallimard, 2017]
Pascal AUZANNET [Président Ixxi, groupe RATP), auteur de Les secrets du Grand Paris. Zoom sur un processus de décision publique, Hermann, 2018]


Samedi 5 mai
Matin
GOUVERNANCE : QUELLES COALITIONS D'ACTEURS DANS LES PROJETS URBAINS DE DEMAIN ?
Animé par Catherine SAVEY [Déléguée générale de la Fondation Terre d'initiatives solidaires]

Comment les arts et la culture s'invitent dans la fabrique de la ville ?, table ronde avec Arnaud IDELON [Fondateur coopérative Ancoats et Journaliste pour TRAX, Makery & Enlarge Your Paris], Fazette BORDAGE [Directrice Dynamique artistique et culturelle, Ville du Havre] et Nathalie MONTIGNÉ [Directrice Le Pavillon, Caen]

Interventions : Quelle citoyenneté de proximité ?
Michel VAYSSIÉ [Directeur général des services de la ville de Lille]
Thomas DAWANCE [Chargé de projet pour le Community Land Trust de Bruxelles]

Après-midi
QUELS URBAINS DURABLE ? CE QUE NOUS DIT LA RÉSILIENCE
Animé par Franck GALLAND [Directeur général Environment Emergency & Security Services]

Avant-propos : Retour sur le colloque Villes et territoires résilients
Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ [Professeur d'architecture à l'ENSA Paris-Malaquais]

Résilience urbaine, quelle sécurité et robustesse pour les villes modernes ?, table ronde avec Lisa POLETTI-CLAVET & Marguerite WABLE [Architectes associés - Atelier Poletti-Wable], Jean-Claude SEROPIAN [Ingénieur, Ancien Directeur SUEZ Bangladesh, Haïti, Liban] et Léopold VERMEULEN [Chargé de mission sûreté et gestion de crise, Env. Emergency & Security Services]


Dimanche 6 mai
Matin
CONCLUSION DU SÉMINAIRE
Rapport d'étonnement des étudiants, animé et coordonné par Sylvain ALLEMAND, avec Nathan GOUIN, Laure LEPIGEON et Juliette PINARD

Discussion générale

Mot de conclusion
Maximilien PELLEGRINI [Directeur Développement & Stratégie, SUEZ Eau France]

Après-midi
DÉPARTS


PRESSE / MÉDIAS :

• "Les secrets du Grand Paris…", entretien avec Pascal AUZANET réalisé par Sylvain ALLEMAND [en ligne sur le site L'EPA Paris-Saclay | 25 mai 2018].


SOUTIENS :

• Suez Eau France
• Chaire "Mutation de l'action publique et du droit public" de Sciences Po Paris
• Cercle Colbert
• Cercle du Grand Paris de l'investissement durable

Programme 2017 : un des colloques

— Programme complet —


LE POUVOIR DES LIENS FAIBLES


DU JEUDI 28 SEPTEMBRE (19 H) AU LUNDI 2 OCTOBRE (14 H) 2017

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Alexandre GEFEN, Sandra LAUGIER


ARGUMENT :

La thèse centrale de l'article désormais classique de M. Granovetter, "La force des liens faibles" (1973), oppose des "liens forts" (amitié, famille, mariage, etc.) et des liens sociaux, à faible charge affective ou officielle, quoique essentiels dans le fonctionnement des structures relationnelles.

Écartés de la théorie de l'art, de l'éthique comme des philosophies traditionnelles du sujet, ces liens faibles sont pourtant au cœur de nos formes contemporaines d'attachement et d'attention : dans l'espace démocratique du commun réouvert par le champ numérique des réseaux sociaux, dans la sphère de notre vie culturelle, mais aussi dans l'espace de nos formes de présence à l'autre. Visages, objets, musiques, personnages, improvisations "d'un soir", lieux et situations ordinaires mais irremplaçables dans leurs singularités déterminent notre relation aux autres, nos engagements quotidiens comme le flux de nos identités et les inflexions de nos vies — et ce, tout autant que les passions de l'âme, les situations de longue durée, les identifications directes et les affects massifs.

Le concept est opératoire du côté de l'anthropologie (Victor W. Turner suggérait de repenser ce qu'il nommait le "pouvoir des faibles") comme de la politique lorsqu'elle s'intéresse aux liens sociaux dans l'espace public ou au souci des autres lointains ; du côté de l'écologie si l'on essaie de penser notre lien à l'environnement ou aux animaux ; du côté des arts et de la fiction si l'on pense à l'attachement aux objets et personnages. S'il offre des outils nouveaux pour analyser notre relation de projection ou d'affection pour des modèles originaux, il convient aussi à merveille pour décrire bien des aspects et rapports de notre vie numérique contemporaine. Poursuivant l'exploration initiée depuis deux ans dans le séminaire "Liens faibles", ce colloque décrira et analysera la richesse et l'importance de ce tissu sensible, de ces échos et de ces reconnaissances puissantes autant qu'inattendues.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 28 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 29 septembre
Matin
L'ORDINAIRE. GESTES, OBJETS, SITUATIONS (animatrice : Catherine LARRÈRE)
Barbara FORMIS : Manger et converser. De la douceur obstinée des gestes ordinaires
Martine de GAUDEMAR : Doudous d'adultes. Une aire commune d'illusion
Alexandra BIDET : S'engager en passant auprès d'inconnus

Après-midi
L'ENQUÊTE SUR LES LIENS (animateur : Alexandre GEFEN)
Mathieu SIMONET : Comment mettre en place des dispositifs créatifs en entreprise pour révéler la force des liens faibles ?
Yaël KREPLAK : Une enquête sur les formes d'attention ordinaires aux œuvres d'art
Christine DÉTREZ : Enquêter sur l'intime : le recours aux liens faibles

Soirée
"Bal du silence", atelier animé par Mathieu SIMONET


Samedi 30 septembre
Matin
ATTACHEMENT ET CULTURES POPULAIRES, DES LIENS FAIBLES DE PLUS EN PLUS FORT (animatrice : Sandra LAUGIER)
Pauline BLISTÈNE : Séries télévisées et formes de vie démocratiques
Thibaut de SAINT MAURICE : Portrait du sériephile en philosophe : attachement et transformation de soi
Catherine GUESDE : "Our Band Could Be Your Life" : attachement à la musique et éducation de l'écoute dans les contre-cultures

Après-midi
LA FAIBLESSE DES RELATIONS (animatrice : Martine de GAUDEMAR)
Sophie POIROT-DELPECH : Les liens éphémères sont-ils des liens faibles ?
Joëlle ZASK : Les relations face-à-face : "un fait social pur" (Simmel) [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Nathalie HEINICH : Axiologie de la conjugalité (entre force des liens faibles et faiblesse des liens forts)

Soirée
Camille LAURENS : Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère


Dimanche 1er octobre
Matin
LE LIEN À LA NATURE (animatrice : Barbara FORMIS)
Catherine LARRÈRE : Protection de la nature et pouvoir des liens faibles : l'exemple du parc de la Courneuve
Rémi BEAU : Fantastic Mr Thoreau, les liens environnementaux

Après-midi
LES LIENS FAIBLES ET L'AVENIR DE LA DÉMOCRATIE (animatrice : Joëlle ZASK)
Françoise CAHEN : Faire société avec les liens faibles (Autour du Monde de Laurent Mauvignier / Vernon Subutex de Virginie Despentes / Féérie générale d'Emmanuelle Pireyre)
Sandra LAUGIER : Liens faibles, care et démocratie
Anthony PECQUEUX : "Une fois par mois" : un pouvoir de la participation ?

Soirée
Projection suivie d'une discussion


Lundi 2 octobre
Matin
Alexandre GEFEN & Sandra LAUGIER : Discussion générale et perspectives

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Alexandra BIDET : S'engager en passant auprès d'inconnus
Les liens entre inconnus dans l'espace public sont l'archétype de liens faibles. Évitement, inattention civile, routine et stéréotypes semblent faire l'ordinaire des relations entre passants, qui ne se connaissent pas par ailleurs. Mais ces liens faibles sont aussi l'occasion et l'objet d'engagements. On se demandera par quoi nous sommes concernés quand nous nous engageons en passant auprès d'inconnus, dans le cours de nos activités, que ce soit à travers un geste, un regard, un sourire, une moue, une réorientation de son activité, une intervention plus directe, ou en y songeant après coup. Des institutions dédiées, comme le 115, entretiennent et cristallisent cette attention portée aux liens faibles, qui fait ainsi courir en pointillés, d'une situation en public à l'autre, une interrogation sur ce que nous pouvons faire avec les inconnus et notre responsabilité à leur égard. À partir d'enquêtes, menées par auto-ethnographies, observations et entretiens, sur ces engagements en passant, on interrogera l'expérience, les intérêts et les visées d'éducation qui s'y élaborent au quotidien.

Alexandra Bidet est chargée de recherche en sociologie au CNRS, Centre Maurice Halbwachs. Elle coordonne avec C. Gayet-Viaud dans le cadre du Labex Tepsis des recherches sur L'expérience citoyenne au prisme de la coexistence urbaine et sur Nuit debout. Ses recherches portent aussi sur les formes et l'expérience du travail contemporain, sur la pratique du bénévolat et sur les enquêtes menées au quotidien sur ce qui vaut.
Publications en lien avec le colloque
2015, "Publicité, sollicitation, intervention. Pistes pour une étude pragmatiste de l'expérience citoyenne", SociologieS, avec M. Boutet, F. Chave, C. Gayet-Viaud, E. Le Méner.
2014, "Les ressorts collectifs des signalements de sans-abri au 115. Appel politisé, voisinage troublé et geste citoyen en milieu urbain démocratique", in M. Carrel et C. Neveu (Eds.), Citoyennetés ordinaires. Pour une approche renouvelée des pratiques citoyennes, avec E. Le Méner, Paris, Karthala, p. 101-130.
2013, "Au-delà de l'intelligibilité mutuelle : l'activité collective comme transaction. Un apport du pragmatisme illustré par trois cas", Activités.org, 10 (1), p. 172-191, avec M. Boutet et F. Chave.
2011, L'engagement dans le travail. Qu'est-ce que le vrai boulot ?, Paris, PUF, Le lien social.
2011, La formation des valeurs, Paris, La Découverte, Les empêcheurs de penser en rond (traduction et présentation avec L. Quéré et G. Truc).

Pauline BLISTÈNE : Séries télévisées et formes de vie démocratiques
La spécificité de l'expérience des séries télévisées est souvent avancée pour faire état de notre attachement à ces fictions. Toutefois, l'on peine encore à distinguer les contours d'une telle proposition. Partant de l'œuvre de Stanley Cavell et de ses écrits sur la télévision, cet exposé entend faire valoir l'importance du format (la sérialisation) dans l'appréciation des liens qui nous unissent aux séries télévisées. Tels des compagnons de vie qui nous montreraient ce qui importe, les séries télévisées participent à notre éducation morale et politique, en opérant une ré-articulation du privé et du public. Plus que de simples divertissements, elles permettent en somme d'interroger le lien individu-communauté dans un contexte politique en constante recomposition.

Pauline Blistène est doctorante en philosophie à l'Institut des Sciences Juridiques et Philosophiques de la Sorbonne (ISJPS/Paris 1) sous la direction de Sandra Laugier. Ses recherches portent sur l'importance politique des fictions d'espionnage en démocratie (séries télévisées et cinéma) et mêlent perspectives philosophiques et entretiens, réalisés avec l'industrie du divertissement — scénaristes, showrunner, etc. — et services de renseignement aux États-Unis et en France. Elle dirige depuis mars 2016 le projet TESDEM (Terrorisme et Séries TV en Démocratie) financé par le CNRS dans le cadre de l'appel à projets "Attentats-Recherche".
Publication
"Homeland : l'ennemi, la menace et la guerre contre la Terreur", TV/Series, n°9, avec Olivier Chopin.

Françoise CAHEN : Faire société avec les liens faibles (Autour du Monde de Laurent Mauvignier / Vernon Subutex de Virginie Despentes / Féérie générale d'Emmanuelle Pireyre)
Comment Laurent Mauvignier, Virginie Despentes et Emmanuelle Pireyre décrivent-ils dans ces trois œuvres récentes la genèse d'une société ? Les histoires multiples qu'ils rassemblent dessinent à leur manière la cohérence réticulaire d'un monde solidaire. Vernon Subutex (I et II) est un roman qui montre le passage progressif des liens faibles à des liens forts entre des personnages, jusqu'à former une communauté utopique. Autour du Monde dessine la globalisation du monde à partir d'histoires apparemment isolées, reliées par le Tsunami qui va "transformer la planète en un immense corps conducteur". Dans Féérie générale d'Emmanuelle Pireyre, les liens faibles entre les personnages créent par sérendipité des rapprochements improbables mais riches, des ricochets se propageant entre les fragments narratifs distincts, un "small world phenomenon" assez malicieux et convivial. Les liens faibles entre des individus isolés et fragiles se transforment et font naître une société authentique. La fiction contemporaine serait-elle l'espace privilégié où a lieu cette métamorphose ?

Françoise Cahen, agrégée de lettres modernes et doctorante (Paris 3, Thalim), travaille sous la direction de B. Blanckeman sur "les réseaux romanesques à l'ère des réseaux sociaux numériques" après un Master 2 portant sur E. Reinhardt. Enseignante en lycée, formatrice académique, elle a publié des articles sur l'œuvre de J.-C. Massera, d'E. Reinhardt, sur la pédagogie et le numérique, et elle est l'auteure de la pétition sur la place des femmes dans les programmes de littérature.

Christine DÉTREZ : Enquêter sur l'intime : le recours aux liens faibles
Quoi de plus fort apparemment que le lien de filiation, que ce qui unit parents et enfants ? Quand ce lien disparaît, par "accident", et que la mémoire familiale réinvente une histoire, comment partir à la recherche de l'absente, de l'effacée des albums ? Cette communication vise à retracer les méandres d'une enquête, autour de la figure très intime de ma mère, tuée dans un accident de voiture en 1971 et exclue des récits familiaux. Paradoxalement, parce que la parole est interdite, c'est le recours aux liens faibles qui permet d'en retrouver la trace, et de pouvoir, enfin, poser les questions aux personnes les plus directement concernées : si la métaphore entre texte, tissu et linceul est certes déjà usée (jusqu'à la trame), c'est bien le fil de ces liens faibles qui permet de raccommoder les trous de la mémoire : qu'il s'agisse de l'éclairage par les archives d'une autre femme qui lui était contemporaine, de "complices" inattendues trouvées au gré de divers sites (Trombi, Copains d'avant…), de conseils et d'associations d'idées, ou de pistes laissées par la littérature… Le but, à partir d'un cas très précis, étant de révéler comment se construit, finalement, toute enquête.

Barbara FORMIS : Manger et converser. De la douceur obstinée des gestes ordinaires
La table est un espace de rencontre où les paroles se mélangent aux gestes, où les convives échangent des idées et partagent des aliments. De la même façon que tous les autres êtres vivants, en tant qu'êtres mangeurs et entièrement dépendants de la nourriture, nous sommes vulnérables et fragiles, La nourriture est donc ce qui nous relie à l'écosystème dans lequel nous vivons. À l'aide de problématiques propres au pragmatisme, tout particulièrement en suivant les pistes ouvertes par John Dewey et Jane Addams, il s'agira d'explorer les manières de co-existence entre le discours et l'alimentation afin de comprendre le repas comme un moment propice à la conversation et à l'expérience esthétique.

Barbara Formis, docteure en philosophie, est maître de conférences en esthétique et philosophie de l'art à l'université Paris I, Panthéon-Sorbonne et directrice de l'équipe EsPAS (Esthétique de la Performance et des Arts de la Scène) au sein de l'UMR ACTE, CNRS. Elle est co-fondatrice et co-directrice avec Mélanie Perrier du Laboratoire du Geste.
Publications
Gestes à l'œuvre, De L'Incidence, 2015.
Esthétique de la vie ordinaire, P.U.F., 2010.
Penser en Corps, L’Harmattan, 2009.

Martine de GAUDEMAR : Doudous d'adultes. Une aire commune d'illusion
Il s'agira d'éclairer comment notre rapport à des personnages partagés crée des liens entre ceux qui les partagent, comment cela contribue à produire un "nous", à nous faire sentir que nous partageons un même monde ou une même culture. À cette fin, je relierai ces "nous" à des pratiques et des interactions caractéristiques de la zone transitionnelle, intermédiaire entre monde interne et monde externe selon Winnicott. Les rapports aux personnages partagés sont inséparables d'une activité de "playing" qui nous permet de partager des émotions protégées de la dureté du monde purement externe, d'expérimenter des styles d'existence ou des formes de vie, d'alléger le tragique de l'existence et la brutalité de la vie actuelle. Ils nous font entrer dans ce que Winnicott appelait une "aire commune d'illusion". Grâce aux personnages qui peuplent cette aire commune d'illusion, nous prenons soin de nous en entretenant la dimension rêveuse de l'existence. L'espace transitionnel de la culture partagée, aire commune d'illusion, est l'espace d'un jeu et d'un rêve en commun. Ce pourquoi j'ai parlé à propos de ces personnages de "doudous d’adultes".

Ancienne élève de l'ENS Paris, agrégée de Philosophie et docteure d'état, diplômée de psychopathologie, Martine de Gaudemar est professeure émérite à l'université de Paris-Nanterre et membre honoraire de l'IUF. Connue pour ses travaux sur l'expression, les formes de vie et les mondes possibles emblématisés par des personnages (Leibniz, Cavell), elle travaille à une philosophie de la culture enracinée dans les gestes et pratiques élémentaires (une philosophie de l'embodyment) qui donne un rôle crucial à l'expressivité et aux formes, entre langage et corps.
Ouvrages et articles pertinents
La voix des Personnages, Les éditions du Seuil, 2011.
Les plis de la voix, Martine de Gaudemar (éd.), Lambert-Lucas, 2013.
"Opéra et Philosophie", in Implications philosophiques, 2013.
"Le souffle et le chant à l'opéra : un cogito sans personne", in Les plis de la voix, 2013.
"Le personnage de la femme inconnue : un nouveau Cogito", Revue Internationale de Philosophie, 2011.
"Personnages et formes de vie, ou Les filles de Médée", in Une éthique pour la vie, 2007.

Catherine GUESDE : "Our Band Could Be Your Life" : attachement à la musique et éducation de l'écoute dans les contre-cultures
Une contre-culture telle que le metal extrême donne à voir une forme particulière d'attachement à la musique, qui joue d'une part un rôle structurant, organisant autour d'elle les valeurs et pratiques des individus qui y participent, mais qui suppose, d'autre part, un goût particulier, défini par une opposition affichée au bon goût ou au mainstream. Si la question de l'appartenance à une contre-culture a bien été étudiée par les cultural studies (notamment dans l'ouvrage fondateur de Dick Hebdige, Sous-culture, le Sens du style) et par les sciences sociales, la part esthétique de cette intégration demande encore à être développée. Comment l'engagement dans ces contre-cultures s'articule-t-il à une éducation de la sensibilité ? Nous nous interrogerons sur la manière dont la formation du goût de l'amateur de musiques extrêmes permet de renforcer ces liens faibles à la musique.

Catherine Guesde, doctorante en esthétique et chargée de cours à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est membre du comité de rédaction de Volume ! la revue des musiques populaires et critique pour les revues New Noise magazine et Magic, revue pop moderne. Elle rédige une thèse sous la direction de Danièle Cohn sur les modes d'écoute spécifiques à la noise et au metal extrême.
Publications
"Création musicale et inconfort d'écoute : au-delà du principe de plaisir", pour WikiCréation, l'encyclopédie de la création et de ses usages.
"L'écoute de la harsh noise, de la physiologie à l'esthétique" (avec Pauline Nadrigny), in Perspectives philosophiques sur les musiques actuelles (dir. Clément Canonne), Éd. Delatour, Sampzon, 2017.

Nathalie HEINICH : Axiologie de la conjugalité (entre force des liens faibles et faiblesse des liens forts)
Un parallèle sera établi entre les types de liens de couples (tels que décrits dans mon livre États de femme) et les différents "registres de valeurs" mobilisés (tels que caractérisés dans mon livre Des valeurs). Du plaisir comme lien faible à l'institution comme lien fort, l'on verra de quelle façon se déploient, entre états de "première", de "seconde" et de "tierce", les registres aesthésique, affectif, économique, juridique et réputationnel. La question de la faiblesse ou de la force des liens conjugaux pourra être ainsi repensée dans sa dimension axiologique, en fonction du nombre et de la nature des valeurs concernées.

Nathalie Heinich est sociologue, directeur de recherches au CNRS. Elle a consacré de nombreux articles et plusieurs ouvrages au statut d'artiste et à l'art contemporain, à l'identité féminine, à la question des valeurs et à l'histoire des sciences sociales.
Publications
États de femme. L'identité féminine dans la fiction occidentale, Gallimard, 1996.
Les Ambivalences de l'émancipation féminine, Albin Michel, 2003.
Être écrivain. Création et identité, La Découverte, 2000.
Des Valeurs. Une approche sociologique, Gallimard, 2017.

Yaël KREPLAK : Une enquête sur les formes d'attention ordinaires aux œuvres d'art
Qu'est-ce que voir une œuvre ? Ou plutôt, comment rendre compte des modalités de réalisation particulière d'une pratique qui consiste à voir une œuvre (esthétiquement, techniquement, scientifiquement) ? Voir, décrire, manipuler, installer, nettoyer, sont autant de pratiques ordinaires par lesquelles s'accomplissent la plupart des activités avec les œuvres dans l'environnement muséal — qu'il s'agisse de travailler à un accrochage pour une exposition, d'emballer une œuvre ou de rédiger un constat de restauration. En m'appuyant sur des données d'enquête ethnographiques, c'est à l'examen des modalités concrètes de réalisation de ces pratiques que je consacrerai cette intervention. En montrant ce à quoi tiennent les différentes personnes qui participent de la vie des œuvres, en examinant la nature de la familiarité de leurs rapports distincts à elles, il s'agira de réfléchir à la dimension politique et morale des œuvres, au sens où elles organisent les relations entre les acteurs, et de poser les jalons d'une approche sensible à la diversité de nos formes d'attention ordinaires aux œuvres, susceptible de les intégrer à notre compréhension du fait artistique.

Yaël Kreplak est actuellement postdoctorante (Labex Patrima) et membre associée au CEMS-IMM (EHESS). Ses recherches, d'inspiration interactionniste et pragmatique (ethnométhodologie et analyse conversationnelle), visent à élaborer une approche praxéologique de l'art contemporain, fondée sur la description des pratiques ordinaires de mise en exposition, de conservation et de restauration observées dans les institutions muséales.
Publications
"Voir une œuvre en action. Une approche praxéologique de l'étude des œuvres", Cahiers du CAP, 2017, n°5, p. 189-213.
Des récits ordinaires, avec Grégory Castéra et Franck Leibovici, 2014, Dijon, Les presses du réel (coll. "Villa Arson").

Catherine LARRÈRE : Protection de la nature et pouvoir des liens faibles : l'exemple du parc de la Courneuve
Pour parler des problèmes environnementaux, il faut abandonner le langage des causes et des effets, qui suppose l'extériorité entre les hommes et la nature, et adopter celui de la sociabilité, de la façon dont se rencontrent humains et non humains dans un monde commun. Cependant les liens que nous entretenons ainsi avec des êtres (vivants et non vivants) de notre environnement ne doivent-ils pas être caractérisés, par opposition aux liens des humains entre eux, comme des liens faibles, d'intensité moindre et de plus grande fragilité ? Cela ne leur interdit pas, pour autant, de jouer un rôle aussi inattendu qu'important dans la recomposition des rapports sociaux qu'étudie la pensée écologique. C'est ce pouvoir des liens faibles dans les questions environnementales que nous voudrions montrer à partir de l'exemple du parc de la Courneuve et du rôle qu'y a joué le crapaud calamite.

Catherine Larrère est professeure émérite à l'université Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Spécialiste de philosophie morale et politique, elle a contribué à introduire en France les grands thèmes de l'éthique environnementale d'expression anglaise et à développer la philosophie environnementale, autour des questions de protection de la nature et de prévention des risques, aux niveaux local et global.
Publications récentes
Penser et agir avec la nature, une enquête philosophique, avec Raphaël Larrère, Paris, La Découverte, 2015.
Bulles technologiques, Marseille, Éditions Wildproject, 2017.

Anthony PECQUEUX : "Une fois par mois" : un pouvoir de la participation ?
La problématique des liens faibles est particulièrement appareillée à l'analyse des relations quotidiennes dans l'espace urbain : il suffit de penser aux développements de G. Simmel sur la réserve, à laquelle s'opposeraient les émotions issues d'événements (selon le paradigme de la fête). Entre ces deux extrêmes, il peut être heuristique de se pencher sur des formes intermédiaires, à même de mettre en évidence une diversité de sentiments et de relations, et de seuils entre ceux-ci. Parmi ces formes intermédiaires, les dispositifs de participation non-institutionnels offrent un terrain privilégié, dans la mesure où ils réunissent des individus qui ne partagent pas des relations forcément régulières (sans même parler de quotidiennes), ni des convictions communes précises. En somme, de tels dispositifs cherchent à faire émerger du commun sans faire fond sur la moindre communauté.

Anthony Pecqueux, docteur en sociologie de l'EHESS, est chargé de recherche au CNRS et directeur de l'équipe CRESSON de l'UMR Ambiances, Architectures, Urbanités (ENSAG). Ses recherches portent de manière générale sur l'ethnographie des expériences urbaines, et plus spécifiquement sur l'ethnographie de la perception.
Publications
2017, direction du dossier "La sensibilité urbaine des images filmiques", Multitudes, n°65.
2015, direction avec Olivier Roueff du dossier "Écouter de la musique ensemble", Culture et Musées, n°25, Actes Sud.
2012, direction du dossier "Les bruits de la ville", Communications, n°90, Éd. du Seuil.
2009, Le rap, Paris, Le cavalier bleu ("Idées reçues").
2009, dir. avec Olivier Roueff, Écologie sociale de l'oreille. Enquêtes sur l'expérience musicale, Paris, Éd. de l'EHESS.
2007, Voix du rap. Essai de sociologie de l'action musicale, Paris, L'Harmattan.

Sophie POIROT-DELPECH : Les liens éphémères sont-ils des liens faibles ?
Comme la force ou la faiblesse, la durée est un caractère essentiel des liens sociaux. On associée communément la durabilité aux liens forts. Pour autant, les liens qui se nouent de façon éphémères sont-ils nécessairement des liens faibles ? Et ne s'opposent-ils pas plus au continu qu'au durable ? En m'appuyant sur les contributions, réunies, le temps d'un numéro de la Revue Socio-Anthropologie, de chercheurs venus de différentes disciplines, autour de la question des collectifs éphémères, il s'agira de montrer la puissance que peuvent recéler les liens éphémères.

Sophie Poirot-Delpech est sociologue, maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Spécialiste des techniques aéronautiques, elle a en particulier étudié différents types de collectifs qui composent ce monde (contrôleurs aériens, équipage des avions, réglementateurs, pratiquants de la petite aviation ou de l'ULM).
Publication
Sophie Poirot-Delpech (dir), "Des collectifs éphémères", Revue Socio-Anthropologie, n°33, Publications de la Sorbonne, Paris, 2016.

Thibaut de SAINT MAURICE : Portrait du sériephile en philosophe : attachement et transformation de soi
Regarder une série, ce n'est pas seulement regarder plusieurs épisodes d'un même récit continu à la suite. On dit d'ailleurs que l'on "suit" une série, comme si l'on "suivait" quelqu'un. Et comme tout suivi, être spectateur d'une série signifie en fait une certaine forme d'engagement : cela prend du temps, cela suppose des capacités de remémoration régulière de la narration passée ou une attention particulière aux variations qui apparaissent dans le cadre général de la répétition d'un format ou d'un univers narratif. Suivre une série, c'est enfin se découvrir attaché à des personnages que l'on prend l'habitude de retrouver et qui deviennent peu à peu la raison principale de notre engrangement dans la fiction. Les séries sont des fictions qui nous attachent et qui, finalement, nous délivrent après nous avoir transformés. Le sériephile en fait l'expérience, à charge pour le philosophe de penser cette expérience et de renouveler la compréhension de la place que peut prendre la fiction dans nos vies.

Thibaut de Saint Maurice, professeur de philosophie dans un lycée d'Ile-de-France, fait porter sa réflexion sur la culture de masse et ses enjeux. Il travaille plus précisément sur les séries télévisées, le cinéma d'animation et les comédies romantiques. Deux fois par semaine, il propose sa chronique "La Petite Philo" sur les ondes de France Inter. En 2009 et 2010, il publie aux Éditions Ellipses, Philosophie en séries et Philosophie en séries saison 2. De 2011 à 2015, il est le directeur de la collection "Culture pop" toujours aux Éditions Ellipses.

Mathieu SIMONET : Comment mettre en place des dispositifs créatifs en entreprise pour révéler la force des liens faibles ?
Depuis plusieurs années, Mathieu Simonet met en place des dispositifs artistiques pour créer du lien. Il a par exemple organisé des échanges de secrets entre deux établissements scolaires, proposé à des détenus d'écrire les rêves qu'ils faisaient la nuit pour qu'ils soient lus à l'extérieur, orchestré une visite dans un musée où chacun devait tenir la main à un inconnu, invité 1000 patients de 37 hôpitaux à écrire leur adolescence sur un carnet pour analyser l'impact de l'écriture sur le bien-être. Depuis 2016, il utilise son expérience pour mettre en place des ateliers créatifs en entreprise qui répondent à des enjeux de ressources humaines (le "Bal du silence" pour développer un réseau interne, le "Dîner de l'échec" pour valoriser l'innovation, les "Déambulations en entreprise" pour intégrer les jeunes salariés, etc.). Dans quelle mesure ces dispositifs, qui favorisent les liens faibles, peuvent-ils améliorer la performance des entreprises ?

Mathieu Simonet est avocat et écrivain. Vice-président aux affaires juridiques de la Société des Gens de Lettres (SGDL) qu'il représente au sein de l'Observatoire de la Liberté de Création, il est actuellement artiste-chercheur associé aux Ateliers Médicis. Auteur notamment de trois romans publiés au Seuil, il vient de réaliser son premier documentaire. Il est par ailleurs co-fondateur de l'agence Gibraltar qui utilise la créativité pour accompagner les entreprises dans leur conduite du changement.

Joëlle ZASK : Les relations face-à-face : "un fait social pur" (Simmel)
Les relations face-à-face, largement sous-estimées, seraient elles pourtant déterminantes ? À partir d'une lecture de Simmel et de Tarde, elles s'imposent comme "un fait social pur" : autosuffisantes, libres, "flottantes", égalitaires, ce sont elles qui font le charme de la conversation, les plaisirs de la compagnie d'autrui, les formes les plus élémentaires comme les plus complexes de la sociabilité. Liens "faibles" par excellence, elles n'en laissent pas moins de transformer l'association humaine autrement mécanique ou contrainte en une "bonne société".

Joëlle Zask enseigne au département de philosophie de l'université Aix-Marseille. Spécialiste de philosophie politique et de la philosophie pragmatiste américaine, notamment celle de John Dewey, elle étudie les enjeux politiques des théories de l'art et de la culture. Outre des articles dont certains sont présents sur son site (joelle.zask.over-blog.com), elle est l'auteur de divers ouvrages dont John Dewey, philosophe du public (L'Harmattan, 2000), Art et démocratie ; Peuples de l'art (PUF, 2003), Participer ; Essais sur les formes démocratiques de la participation (Le bord de l'eau Éditions, 2011) et Outdoor Art. La sculpture et ses lieux (Éditions la Découverte, coll "Les empêcheurs de penser en rond", 2013). Son dernier ouvrage s'intitule La démocratie aux champs (Éditions la Découverte, 2016).


SOUTIEN :

• Équipe de recherche THALIM | Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle