Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


GOETHE : L'ACTUALITÉ D'UN INACTUEL


DU LUNDI 20 AOÛT (19 H) AU LUNDI 27 AOÛT (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Christoph KÖNIG, Denis THOUARD, Heinz WISMANN


ARGUMENT :

Le nom de Goethe est célèbre et on mesure son importance, mais sans le lire vraiment. L'œuvre se présente au lecteur comme un cosmos inaccessible. L'observateur perspicace de son temps fut aussi résolument étranger à son époque et fut constamment perçu comme parfaitement inactuel. Il faut d'abord pénétrer, au moyen d'une lecture insistante, dans le monde de ses œuvres et dans leur idiosyncrasie pour découvrir leur actualité. De grands lecteurs tels que Nietzsche, Freud, Gide, Benjamin et Kafka se sont nourris, en actualisant son œuvre, de l'inactualité systématique de Goethe. C'est à cette figure de créativité que sera consacré le présent colloque. L'œuvre de l'âge mûr — le Divan occidental-oriental, les Années de voyage de Wilhelm Meister et le Faust. Deuxième partie — occupera une place centrale : Goethe retourne cette créativité contre ses propres œuvres et leur confère une dimension fortement réflexive. Comment Goethe a-t-il pu échapper à son propre classicisme ? Comment, ayant édifié sa propre statue, Goethe parvient-il à y échapper, à se réinventer autrement dans son œuvre tardive, devenant peut-être un "second auteur" à l'ombre du premier ? Les discussions interrogeront la figure de ce Goethe méconnu, encore sous-estimé et pourtant plus porteur d'avenir que l'icône du classicisme weimarien.

Les intervenants ayant particulièrement étudié ces aspects négligés de l'œuvre, seront attachés à faire apparaître les résonances actuelles de celle-ci, dans ses aspects scientifiques, sa distance instruite avec la philosophie, mais aussi dans son ouverture aux littératures du monde, dont il fut le pionnier, et dans la réinvention de la figure de l'auteur.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 20 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 21 août
LE DEUXIÈME AUTEUR
Matin
Michael FORSTER : Goethe et Hegel : le rôle de Faust dans la "Phénoménologie de l'esprit" (1807)
Christoph KÖNIG : Le statut d’auteur second comme procédé poétique dans la Nuit de Walpurgis classique

Après-midi
Anne LAGNY : Le théâtre dans l'œuvre tardive
Denis THOUARD : Du vieillissement : réflexion


Mercredi 22 août
SCIENCE, PHILOLOGIE, HISTOIRE, PHILOSOPHIE
Matin
Eli FRIEDLANDER : Goethe et Benjamin : de la Nature à l'Histoire
Bruno HAAS : Théorie des couleurs et phénomène originaire dans le contexte de la crise du langage autour de 1800

Après-midi
Atelier de lecture, avec Christoph SCHMÄLZLE : La réflexion de Goethe sur l'Art - Le groupe du Laocoon

Mildred GALLAND-SZYMKOWIAK : Symbolisme et théâtralité

Soirée
"Élégies croisées", lectures d'extraits de Bessette et de Goethe, suivies d'une discussion | Avec le colloque en parallèle Hélène Bessette : l'attentat poétique


Jeudi 23 août
LA FORME MODERNE DES ŒUVRES
Matin
Bernhard FISCHER : L'"agrégat" de Goethe : Les Années de voyage de Wilhelm Meister (1829)
Kirk WETTERS : "Voici venu le temps de l'unilatéralité". Spécialisation, différenciation et métier dans Les Années de voyage de Wilhelm Meister

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 24 août
PRISES DE POSITION ET AUTORÉFLEXION
Matin
Beatrice GRUENDLER : La poésie arabe comme tradition du Divan occidental-oriental

Atelier de lecture, avec Christoph KÖNIG : Philologie et créativité dans le Divan occidental-oriental

Après-midi
Werner WÖGERBAUER : L'art poétique des "Élégies romaines" [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Atelier de lecture, avec Christoph KÖNIG & Denis THOUARD : Élégie de Marienbaed


Samedi 25 août
CRITIQUE HISTORIQUE DES INTERPRÉTATIONS
Matin
Michael WOLL : De Goethe à Celan : le potentiel du Divan pour la poésie du XXe siècle
Alexandra RICHTER : La métamorphose comme paradigme philosophique : Walter Benjamin, lecteur des écrits scientifiques de Goethe

Après-midi
Roland KREBS : La Réception de Goethe en France dans les années 1930 et aujourd'hui
Christian HELMREICH : Soulever le voile d'Isis. Science de la nature chez Alexandre de Humboldt et Goethe


Dimanche 26 août
LA LANGUE DE LA TRADUCTION
Matin
François THOMAS : Goethe, penseur de la traduction
Guillaume MÉTAYER : Nietzsche et Goethe : épigramme et inactualité

Après-midi
Atelier de lecture, avec Elisabeth DÉCULTOT : La traduction comme dialogue critique: Goethe et Diderot sur la peinture

Soirée
Goethe en musique, avec Julien SÉGOL (baryton basse) et Kunal LAHIRY (pianiste)


Lundi 27 août
CONCLUSION
Matin
Dialogue entre Adolf MUSCHG et Christoph KÖNIG

Après-midi
DÉPARTS


SOUTIENS :

• Fondation Thyssen
• Université d'Osnabruck
• Goethe-Institut
• Association "l'art de lire"
• Centre Georg Simmel

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


VALÈRE NOVARINA : LES QUATRE SENS DE L'ÉCRITURE


DU VENDREDI 10 AOÛT (19 H) AU VENDREDI 17 AOÛT (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Marion CHÉNETIER-ALEV, Sandrine LE PORS, Fabrice THUMEREL

Avec la participation de Valère NOVARINA


ARGUMENT :

"Très longtemps il m'a semblé que tout devait atteindre quatre sens : chaque phrase, chaque réplique, chaque scène de l'Écriture — et y compris mon nom (et y compris mes initiales !)", peut-on lire dans le dernier essai de Valère Novarina, Voix négative précisément[1]. Quels sont les quatre sens possibles de VN : Voie Négative, Voix Négative, Via Novarina, Viande Niée ?… Si les pistes ne manquent pas, il convient cependant de s'interroger sur la valeur herméneutique, poétique et critique d'une telle approche : en quoi cette voie onomastique constitue-t-elle un mode opératoire pertinent pour aborder l'œuvre ? Comment saisir la quatressence d'une œuvre particulière ou de l'œuvre dans son intégralité (lecture littérale, allégorique, morale et anagogique)[2] ? Dans quelle mesure l'écriture novarinienne doit-elle être rattachée à la scène de l'Écriture et comment comprendre cette expression dans toutes ses dimensions ?

Par ailleurs, ces quatre sens de l'écriture renvoient-ils à quatre points cardinaux qui détermineraient un territoire novarinien ? Sont-ils à mettre en relation avec les "quatre langues nourricières"[3] qu'évoque l'écrivain (le hongrois, le dialecte franco-provençal, l'italien valsésian et le latin) ? Avec diverses autres langues / langues autres ? Peut-on les relier à cette quatrième personne du singulier dont se revendique l'auteur[4] ? En quoi cette quatressence scripturale invite-t-elle à explorer les voies poétiques, dramatiques/dramaturgiques, picturales et musicales — mais aussi philosophiques, théologiques ? Faut-il donc excéder le quatre ?

Tels sont quelques-uns des enjeux que se propose d'approfondir ce premier colloque de Cerisy consacré à l'œuvre d'un écrivain, dramaturge et peintre d'ores et déjà considéré comme un classique de la modernité. Ont répondu présents la plupart des principaux spécialistes et interlocuteurs de Valère Novarina : écrivains, philosophes, traducteurs, universitaires, comédiens et metteurs en scène. C'est dire que, en présence de l'auteur qui interviendra de diverses façons — notamment par des lectures —, seront développés de multiples domaines : théâtre, poésie, philosophie, dramaturgie, peinture, théorie, traduction, culture et langues de l'antiquité, histoire des idées… Pour le plus grand plaisir des passionnés, qu'ils soient professionnels ou amateurs éclairés.

[1] P.O.L, 2017, p. 40.
[2] Dans cette même page, Novarina nomme "sens à l'arraché" ce sens anagogique qui est "sursens", passage du sens littéral au sens spirituel.
[3] Cf. ibid., p. 36-47.
[4] Cf. La Quatrième Personne du singulier, P.O.L., 2012.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 10 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 11 août
Matin
Marion CHÉNETIER-ALEV, Sandrine LE PORS & Fabrice THUMEREL : Ouverture
Francis COHEN : Ethnographie du stade d’action dans le théâtre novarinien
Constantin BOBAS : Valère Novarina, hypothèses pour une écriture synesthésique d'origine lointaine

Après-midi
Lecture de L'Homme hors de lui, par Valère NOVARINA
Thierry MARÉ : Valère Novarina, avec ou sans Japon
Enikő SEPSI : Le rituel kénotique dans les travaux (écrits et spectacles) de Valère Novarina
Lecture de Voie négative, par Valère NOVARINA

Soirée
Projection | Le Vrai sang, texte et mise en scène de Valère Novarina (2011), captation à l’Odéon par Virgile Novarina et Raphaël O’Byrne


Dimanche 12 août
Matin
Annie GAY : Entrée dans l'impossible "avec l'acteur comme objet de désir"
Jean-Luc STEINMETZ : L'antédiluvien

Après-midi
Vernissage de l'exposition Novarina (une sélection de dessins et de photographies des spectacles)
Claude BUCHVALD : Mettre en scène Valère Novarina : L'Opérette imaginaire, accompagnée par l'acteur Claude MERLIN
Lecture de Lumières du corps, par Claude MERLIN
Table ronde avec Valère NOVARINA et Zsófia RIDEG

Soirée
Musique | "Dialogue avec une langue inconnue" [à partir d'Une langue inconnue de Valère Novarina (Éditions Zoé, 2012)], avec Mathias LÉVY (violon) et Valère NOVARINA (voix)


Lundi 13 août
Matin
Christine RAMAT : Les bouffonneries macabres sur la scène novarinienne : un comique rédempteur [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Marie GARRÉ NICOARÃ : Voix et dispositifs marionnettiques dans l'écriture de Novarina [texte lu par Sandrine LE PORS]

Après-midi
Lecture de L'Atelier volant, par Valère NOVARINA
Marie José MONDZAIN : Variations autour de L'Homme hors de lui
Inhye HONG : "Sentiment inconnu" : la porte ouverte sur les catharsis

Soirée
Théâtre | Le Discours aux animaux de Valère Novarina, par André MARCON


Mardi 14 août
Matin
Laure NÉE : Novarina. L'intranquillité
Marco BASCHERA : Comment faut-il lire les textes théâtraux de Valère Novarina ?

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Théâtre | "Le Monologue d'Adramélech : Homo Automaticus" de Valère Novarina, par Leopold von VERSCHUER


Mercredi 15 août
Matin
Olivier DUBOUCLEZ : "Un vide est au milieu du langage". Novarina et le sens de la prière
Lecture de Le Drame de la vie, par Valère NOVARINA
Débat autour d'Homo Automaticus, avec Leopold von VERSCHUER

Après-midi
Leopold von VERSCHUER : Traduire les litonies ou les quatre outils de la traduction
Angela LEITE LOPES : Traduire, penser, jouer. Valère Novarina et son vivier des langues
Table ronde sur la traduction, avec Yuriko INOUE, Enikő SEPSI et Zsófia RIDEG

Soirée
Dialogue avec le colloque en parallèle : Aragon vivant


Jeudi 16 août
Matin
Eric EIGENMANN : Valère Novarina : les quatre temps du respir
Patrick SUTER : Valère Novarina : une écriture frontalière

Après-midi
Louis DIEUZAYDE : Faire l'animal. Quelques sorties de route de l'humanité dans le jeu de l'acteur novarinien
Rafaëlle JOLIVET PIGNON : De la cour d'honneur à la cour d'école : la poétique novarinienne à l'épreuve du bac théâtre

Soirée
Musique | "Éloge du réel" (textes de Valère Novarina), avec Christian PACCOUD (accordéon) et Agnès SOURDILLON (voix)


Vendredi 17 août
Matin
Céline HERSANT : "Espace, es-tu là ?" : cartographie des territoires novariniens
Marion CHÉNETIER-ALEV & Fabrice THUMEREL : Conclusions
Lecture de Chaos, par Valère NOVARINA

Après-midi
DÉPARTS


PRESSE / MÉDIAS :

• "Ouverture du colloque", par Marion CHÉNETIER-ALEV, sur le site Libr-critique | 23 août 2018.

• "Aperçu des trois premières journées", par Fabrice THUMEREL, sur le site Libr-critique | 5 septembre 2018.

• "Compte-rendu du colloque", écrit par Pierrette EPSZTEIN, dans La Une CED, Les Chroniques sur le site La Cause Littéraire | 18 décembre 2018.


BIBLIOGRAPHIE :

DES ŒUVRES UTOPIQUES POUR ALLER TRÈS LOIN

• Le Drame de la vie, Paris, P.O.L, 1984 ; Rééd. "Poésie/Gallimard", Préface de Philippe Sollers, 2003.
• Le Discours aux animaux, Paris, P.O.L, 1987.
• Théâtre [L'Atelier volant, Le Babil des classes dangereuses, Le Monologue d'Adramélech, La Lutte des morts, Falstafe], Paris, P.O.L, 1989.
• Je suis, Paris, P.O.L, 1991.
• La Chair de l'homme, Paris, P.O.L, 1995.

SEPT ŒUVRES POUR LA SCÈNE

• Le Jardin de reconnaissance, Paris, P.O.L, 1997.
• L'Opérette imaginaire, Paris, P.O.L, 1998.
• L'Origine rouge, Paris, P.O.L, 2000.
• La Scène, Paris, P.O.L, 2003.
• L'Acte inconnu, Paris, P.O.L, 2007.
• Le Vrai sang, Paris, P.O.L, 2011.
• Le Vivier des noms, Paris, P.O.L, 2015.

SEPT ESSAIS PAR VALÈRE NOVARINA

• Le Théâtre des paroles, Paris, P.O.L, 1989.
• Devant la parole, Paris, P.O.L, 1999.
• Lumières du corps, Paris, P.O.L, 2006.
• L'Envers de l'esprit, Paris, P.O.L, 2009.
• La Quatrième Personne du singulier, Paris, P.O.L, 2012.
• Observez les logaèdres !, Paris, P.O.L, 2014.
• Voie négative, Paris, P.O.L, 2017.

DEUX ENTRETIENS AVEC VALÈRE NOVARINA

• Paysage parlé (avec Olivier Dubouclez), Chatou, Les Éditions de la transparence, 2011.
• L'Organe du langage, c'est la main (avec Marion Chénetier-Alev), Paris, Argol, 2013.

SEPT DOSSIERS ET OUVRAGES CONSACRÉS À VALÈRE NOVARINA

• TXT, n°12, Paris, Christian Bourgois, 1980, p. 3-49.
• Valère Novarina. Théâtres du verbe, Alain Berset (dir.), Paris, Corti, "Les Essais", 2001.
• Europe, n°880-881, Paris, août-septembre 2002, p. 3-178.
• Le Théâtre de Valère Novarina. Une scène de délivrance, Louis Dieuzayde (dir.), Aix-en-Provence, Publications de l'université de Provence, 2004.
• La Voix de Valère Novarina, Pierre Jourde (dir.), Paris, L'Harmattan, "L'Écarlate", 2004.
• Littérature, n°176 : "Valère Novarina : une poétique théologique ?", O. Dubouclez, É. Grossman, D. Guénoun, A. James (dir.), Paris, Larousse, décembre 2014.
• Valère Novarina, Laure Née (dir.), Paris, Classiques Garnier, "Écrivains francophones d'aujourd'hui", 2015.


FILMOGRAPHIE :

• L'Atelier d'écriture de Valère Novarina, film réalisé par Pascale Bouhénic, DVD, Paris, Centre Georges Pompidou, 1996.
• Ce dont on ne peut parler, c'est cela qu'il faut dire, film réalisé par Raphaël O'Byrne, Paris, Les Films à Lou/ARTE France, diffusion Arte, 15 novembre 2002. Rééd. dans L'Acte inconnu de Valère Novarina, coffret 2 DVD, livret élaboré par Marion Ferry, Chasseneuil-du-Poitou, SCÉRÉN/CNDP-CRDP, "Œuvres accompagnées", n°3, 2010.


SITOGRAPHIE :

• On trouvera sur le site de l'auteur une bibliographie complète des publications et des manifestations de, et autour de, Valère Novarina : novarina.com.


SOUTIENS :

• Centre de Recherches Textes & Cultures, équipe "Praxis et esthétique des arts" | Université d'Artois
• ICD "Interactions culturelles et discursives" (EA 6297) | Université de Tours
• Institut de Recherche en études théâtrales (EA 3959), Programme fédératif de recherche Mémoire des arts et des lettres & Théâtrothèque Gaston Baty | Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
• Normandie Livre & Lecture
• Éditions P.O.L
• Site Libr-critique

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


ARAGON VIVANT


DU VENDREDI 10 AOÛT (19 H) AU VENDREDI 17 AOÛT (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Daniel BOUGNOUX, Luc VIGIER


ARGUMENT :

Quarante ans après le colloque Le mouvement - Aragon, dirigé à Cerisy par Daniel Bougnoux en 1978, l'œuvre et la figure de l'écrivain ont connu d'importants développements posthumes, notamment marqués par la publication de huit volumes (dont un album) dans la bibliothèque de la Pléiade, par l'édition régulière de quatre revues et la soutenance d'un nombre considérable de thèses. Aragon n'est pas une curiosité patrimoniale, ni tout à fait un "classique" qu'on saurait donc où classer, sa production follement prolifique déborde les rangements ordinaires et ne cesse de troubler, d'enchanter ou d'interroger.

Ce nouveau colloque explorera sans doute quelques aspects inédits ou des textes à découvrir ; mais on insistera surtout sur la relation personnelle que ses livres entretiennent, d'une part, avec les chercheurs et, d'autre part, avec les simples lecteurs, qui sont aussi les auditeurs de merveilleuses chansons tirées de ses poèmes. Qu'est-ce qu'Aragon a encore à nous dire d'urgent ou de singulier aujourd'hui ? Quels écrits, et quels cris, font de sa haute figure un "contemporain capital" ? Beaucoup lui contestent ce titre. Aragon divise, et son orageuse silhouette suscite toujours autant d'amour que de haine. Au-delà des circonstances historiques, auxquelles lui-même accordait tant d'attention et qui ont bien sûr changé, les pressions et les sommations venues des sentiments, des passions ou de la révolte peuvent trouver dans cette œuvre un miroir ou une caisse de résonance très actuels. Largement ouvert à celles et ceux qui aiment lire Aragon, cette rencontre posera à chacun la question suivante : et vous, quelles raisons de vivre, quelles ressources morales, esthétiques, politiques tirez-vous de cet homme, de cette œuvre ? En quoi vous touche-t-il à l'intime ?


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 10 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 11 août
Matin
Daniel BOUGNOUX : "Dans les ruines du temps démantelé" (Aragon) [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Luc VIGIER : Aragon ou l'écriture dessinée (1)

Après-midi
Elza ADAMOWICZ : Le collage ou la contradiction dans le réel
Johanne LE RAY : Aragon, au risque de la croyance

Soirée
Cabaret Aragon, par Liselotte HAMM & Jean-Marie HUMMEL (La Manivelle), avec Daniel BOUGNOUX [extrait vidéo sur la chaîne YouTube de Cerisy]


Dimanche 12 août
Matin
Georges SEBBAG : Aragon prend congé et revient saluer
Henri BÉHAR : Aragon, la machine au défi

Après-midi
Louise MAI : La loi, le moi et l'infini : pour une éthique du sujet aragonien
Emmanuelle ROIRON : Le rire d'Aragon [texte lu par Daniel BOUGNOUX]


Lundi 13 août
Matin
Jean-François RABAIN : Blanche, entre mémoire et oubli
Alice EL GHABA-ÉTIENNE : L'enchantement de la langue

Après-midi
Anne SZULMAJSTER-CELNIKIER : Aragon linguiste
Wolfgang ASHOLT : Aragon et l'Allemagne

Soirée
Cabaret franco-allemand, par Liselotte HAMM & Jean-Marie HUMMEL (La Manivelle)


Mardi 14 août
Matin
Maryse VASSEVIÈRE : Encore une fois Les Communistes ou la fin du grand récit
Aurélien D'AVOUT : L'immersion dans l'apocalypse. Lecture croisée des Communistes d'Aragon et du film Dunkerque de Christopher Nolan

Après-midi
DÉTENTE


Mercredi 15 août
Matin
Robert HORVILLE : Aragon/Ferré, deux conceptions croisées de la mise en musique des poèmes
Alice LEBRETON : Les collages dans le processus de création d'Aragon et dans la politique éditoriale des Lettres françaises (1965-1969)

Après-midi
Stéphane HIRSCHI : Aragon : le sans-père
Francisco FERREIRA : "Le biseau des baisers" : Aragon godardisé
Siân LUCCA : Aurélien, la question du genre

Soirée
Aragon dans ses lettres vives, lectures par Luc VIGIER
Dialogue avec le colloque en parallèle : Valère Novarina : les quatre sens de l'écriture


Jeudi 16 août
Matin
Edouard BÉGUIN : La vie de "l'homme écrit"
Claude ADELEN : La poésie d'Aragon

Après-midi
Velimir MLADENOVIĆ : Elsa Triolet et la Yougoslavie
Luc VIGIER : Aragon ou l'écriture dessinée (2)
Jean-Luc STEINMETZ : Entre Valère Novarina et Aragon


Vendredi 17 août
Matin
Daniel BOUGNOUX & Luc VIGIER : Conclusions générales

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Elza ADAMOWICZ : Le collage ou la contradiction dans le réel
Roman, tragédie, drame ? Le discours d'Aragon sur le collage prend des allures de récit théâtral, avançant à coup d'oppositions (collage cubiste contre surréaliste, poétique contre politique) et de contradictions (collage assimilé au merveilleux ou mis au service du réel, considéré comme simple jeu sans conséquence ou "test significatif de ma propre aventure spirituelle"). Et pourtant à partir de ces contradictions, de ce disparate, Aragon cherche à fabriquer une continuité, un "roman" dont les protagonistes — Max Ernst, John Heartfield ou Jiri Kolar — marqueraient les étapes de son parcours esthétique et politique. Notre but est de démonter les mécanismes de ce roman, l'histoire du collage constamment réécrite, pour montrer comment le collage est instrumentalisé, subordonné à l'itinéraire idéologique d'Aragon.

Elza Adamowicz est professeure émérite à Queen Mary University of London. Elle a publié de nombreuses études sur l'avant-garde européenne, Dada, le Surréalisme, et le livre d'artiste.
Publications
Surrealist Collage in Text and Image : Dissecting the Exquisite Corpse (1998, 2004).
Ceci n'est pas un tableau : les textes surréalistes sur l'art (2004).
Dada and Beyond (Co-édition, 2 vol. 2011, 2012).
Dada Bodies : between battlefield and fairground (À paraître).
Recherches actuelles
Un ouvrage sur André Breton et les arts visuels (Reaktion Press).

Claude ADELEN : La poésie d'Aragon
L'intervention comprend trois parties autour d'un thème qui est, selon son titre ("Une chose de caractère intime"), celui du traumatisme de l'abandon, lequel plonge profondément dans l'inconscient d'Aragon. Au-delà du fameux "mentir vrai", sous l'exaltation de l'amour, l'utopie politique (l'avenir de l'homme) on peut entrevoir la partie immergée de l'iceberg. Sous le bel canto (le lyrisme du désastre), sous la métaphore du théâtre ("Théâtre de l'insomnie") et dans les grands livres de poésie des années soixante, se cache "un mal inguérissable", un profond désespoir, un secret inavouable. Tous les grands poèmes d'Aragon sont des poèmes "à crier dans les ruines".

Claude Adelen est professeur de Lettres Modernes en région parisienne, à la retraite, réside à Montpellier. Ses premiers poèmes ont été publiés dans Les Lettres françaises, en 1969, à l'initiative d'Elsa Triolet et d'Aragon. Il est membre du comité de rédaction de la revue Action poétique de 1971 à 2013, date à laquelle cette revue a cessé de paraître. En tant que critique de poésie, il collabore à La Quinzaine littéraire, la NRF, Europe. Ses chroniques de poésie publiées dans Action poétique depuis 1987, ont été rassemblées en 2004 dans l'Émotion concrète (Éditions Comp'Act). Il a été secrétaire général de la Maison des Écrivains à Paris de 2004 à 2008.
Publications (Poésie)
Légendaire, EFR., Coll. "Petite Sirène", 1977.
Intempéries, Ipomée, 1989.
Le nom propre de l'amour, Le cri et J. Darras, 1994.
Aller où rien ne parle, Farrago, Coll. "Biennale internationale des poètes", 2001.
Soleil en mémoire, Dumerchez, 2002, Prix Apollinaire.
D'où pas même la voix, Dumerchez, 2006, Prix Louise Labé.
Légendaire, Auto-anthologie, Flammarion, 2010, Prix Théophile Gautier de l'Académie Française.
Obligé d'être ici, Obsidiane, 2012.
L'Homme qui marche, Flammarion, 2015.
"Je déteste les dieux qui n'ont pas mal aux pieds", Variations Hugo (À paraître chez Obsidiane).

Wolfgang ASHOLT : Aragon et l'Allemagne
"La culture allemande [qui] constitua l'un des aspects de la formation intellectuelle d'Aragon" (Annick Jauer) ne sera pas envisagée dans son ensemble mais à partir de quatre situations-clés : la rencontre avec les réalités sociales et politiques allemandes en 1918/19 ainsi que lors du séjour berlinois en 1922 ; l'anti-fascisme d'avant 1940 et surtout la "Reconnaissance à l'Allemagne" en 1939 ; les conséquences de l'expérience de l'occupation dans L'Enseigne de Gersaint en 1945 et le sort du "héros tragique du réalisme" (Florian Gödel) avec la réception dans les deux Allemagnes jusqu'à la "redécouverte" de l'Aragon surréaliste dans les deux pays au cours des années 1970. Au-delà de la diachronie, l'importance de la relation avec la culture allemande trouvera sa conclusion avec la tragédie du "vent interminable de l'Histoire" dans le poème "Hölderlin" de 1967, dépassant largement les influences d'une culture nationale.

Edouard BÉGUIN : La vie de "l'homme écrit"
"Aragon vivant" : cet intitulé invite à envisager la survie de l'œuvre de l'écrivain dans l'intensité du vivre. Faire survivre cette œuvre, cette tâche qui incombe à la postérité des lecteurs, ne consisterait pas à la classer, à la fixer, à la faire résister à l'épreuve du temps mais à activer les ressources de vie qu'elle recèle, pour assurer sa transformation, son renouvellement, son maintien en devenir. En préalable à une telle entreprise, il semble utile de se demander comment celle-ci s'accorde avec l'œuvre elle-même. Dans cette perspective, on se propose d'examiner la façon dont Aragon a conçu l'articulation du vivre et de l'écrire. L'investigation, tout en parcourant la totalité de l'œuvre, se fera sous le signe du "concept" de "l'homme écrit" qu'Aragon a mis en circulation dans Théâtre/Roman, son "dernier roman", ce texte testamentaire où l'écrivain s'affronte à la question de sa survie.

Edouard Béguin, professeur agrégé honoraire de l'Éducation nationale, a été le premier président de l'Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur Louis Aragon et Elsa Triolet (ERITA). Il est l'auteur d'une thèse soutenue en 2002 à l'université Lyon 2 et intitulée Faire œuvre - Le problème de l'invention dans l'œuvre d'Aragon.

Henri BÉHAR : Aragon, la machine au défi
Oui, j'ai connu Aragon vivant, si c'est là le critère auquel il faut répondre pour s'exprimer au cours du présent colloque. Je figure même, par métaphore, dans l'un de ses romans, Blanche ou l'oubli. Mais son œuvre, je la connaissais bien davantage, d'une façon traditionnelle, dirais-je, jusqu'au jour où je l'ai abordée d'une manière toute différente grâce à la saisie numérique que mon frère opéra de l'ensemble intitulé L'Œuvre poétique d'Aragon, et aux diverses analyses, d'ordre mathématique, auxquelles je la soumis, dont je donnai quelque aperçu au colloque de Reims. Il est étrange que cet auteur, si curieux de la recherche qu'on pourrait entreprendre sur ses écrits, au point d'en léguer une partie, considérable, au CNRS, n'ait guère fait l'objet de ces travaux monumentaux auxquels se sont livrés divers chercheurs sur les œuvres de Flaubert, Proust ou Zola, en ayant recours à la machine. En l'attente d'une telle somme, mon propos sera triple : 1) déterminer la valeur exacte que l'auteur accordait aux deux concepts employés tour à tour par les organisateurs ; 2) me livrer à un examen critique des études assistées par ordinateur sur le corpus aragonien et, réciproquement, voir ce que des approches traditionnelles gagneraient à s'appuyer sur des analyses computationnelles ; 3) voir, enfin, comment l'œuvre d'Aragon, par certaines subtilités échappant à l'esprit de géométrie, met la machine au défi de l'interpréter totalement.

Daniel BOUGNOUX : "Dans les ruines du temps démantelé" (Aragon)
J'aurai au cours de ma vie beaucoup fréquenté Aragon, à travers l'édition de cinq volumes de ses romans dans la Pléiade notamment, qui ont fait de cet auteur ma véritable université. Je voudrais donc réfléchir à ce qu'il m'a vraiment appris, aux ressources d'énergie intellectuelle et morale, de courage, d'invention qu'il peut nous prodiguer si nous le lisons bien. Mais réfléchir aussi, dans les parages de François Jullien, au vers fameux "Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard" : que veut dire "apprendre à vivre", est-ce bien concevable ? Nous, qui faisons profession d'enseigner, qu'aurons-nous vraiment transmis aux jeunes gens qui nous ont écoutés pendant quarante ans disserter des œuvres ? Mais encore, question médiologique, comment un auteur se survit-il ? Pourquoi (par exemple) l'éclipse presque totale de noms qui furent grands de leur vivant (Anatole France, Romain Rolland) et l'essor posthume de quelques autres ? Dans le cas d'Aragon, plus lu aujourd'hui qu'Eluard, à quoi tient sa (relative) survie, aux romans, aux dizaines de poèmes mis en chanson ? De quelle alchimie se compose ce qu'on appelle une postérité, cette floraison des cimetières ?

Daniel Bougnoux, philosophe, ancien élève de l'ENS, est professeur émérite à l'université des Alpes de Grenoble. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages consacrés à la littérature et aux théories de l'information-communication, il a accompagné Régis Debray dans l'aventure des Cahiers de médiologie, devenus revue Médium. Il a dirigé l'édition des Œuvres romanesques complètes d'Aragon (cinq volumes) dans la bibliothèque de la Pléiade, et présenté aussi Le Paysan de Paris dans les Œuvres poétiques complètes de la même collection. Auteur avec Cécile Narjoux de deux Foliothèques, sur Aurélien puis Le Roman inachevé, il tient régulièrement un blog, "Le Randonneur" hébergé par La Croix, où il est assez souvent question d'Aragon, et maintenant de ce colloque en préparation.

Aurélien D'AVOUT : L'immersion dans l'apocalypse. Lecture croisée des Communistes d'Aragon et du film Dunkerque de Christopher Nolan
La dernière partie des Communistes d'Aragon et le récent film de Christopher Nolan restituent l'expérience de "l'enfer de Dunkerque" vécu par des milliers de soldats français et britanniques fuyant les troupes allemandes en mai-juin 1940. Ces deux œuvres produisent chez le lecteur ou le spectateur l'expérience poignante d'une immersion dans l'apocalypse de la guerre. La convocation du film Dunkerque permet d'interpréter à nouveaux frais le dispositif narratif employé par Aragon, dont l'intégration de cartes topographiques au sein même du texte est l'un des traits saillants. Derrière la puissance immersive des deux œuvres prévaut toutefois deux points de vue nationaux bien distincts. Il conviendra en ce sens d'observer les écarts entre la perception française et anglaise de la guerre ainsi que leurs implications politiques. Cette communication a donc pour but d'interroger les rapports entre poétique et politique du témoignage.

Aurélien d'Avout, ancien élève de l'École normale supérieure (Ulm) et agrégé de Lettres modernes, est actuellement doctorant à l'université de Rouen. L'objet de sa thèse, menée sous la direction de Jean-Louis Jeannelle, porte sur les représentations du territoire français dans les récits de l'année 1940.

Alice EL GHABA-ÉTIENNE : L'enchantement de la langue
La langue est le matériau de travail de chaque écrivain, mais elle revêt une importance particulière chez Aragon, sur lequel sa propre langue, mais aussi les langues autres (langue des autres écrivains et langues étrangères), exercent une fascination particulière, notamment à travers des procédés de citation et traduction, d'appropriation progressive de l'altérité pour se dire. L'œuvre aragonienne est donc le fruit d'un métissage langagier, qui prend une tournure particulièrement significative dans Le Fou d'Elsa avec l'arabe à travers la réappropriation de la figure du Medjnoun pour dire la folie de l'amour d'Elsa. Ce métissage comme cet intérêt pour les langues et les civilisations orientales sont aussi mis en scène par Mathias Enard (qui cite Aragon comme l'un de ses poètes préférés) dans ses romans, qui font se confronter Orient et Occident, à travers une hypertextualité vertigineuse. Il s'agira donc, à partir de cet écho oriental, de questionner les liens entre ces deux auteurs, d'esquisser une poétique comparée de la fascination pour l'autre et, au-delà, de son exhibition comme source de l'écriture.

Alice El Ghaba-Étienne est agrégée de Lettres Modernes et auteure de deux mémoires de master sur l'intertexte anglais chez Aragon, elle enseigne actuellement en région parisienne. Elle a rédigé plusieurs notices du Dictionnaire Aragon à paraître chez Champion, sous la direction de Nathalie Piégay et Josette Pintueles.

Stéphane HIRSCHI : Aragon, le sans-père
De la figure de Boniface, présenté comme le "sans-père" dans Les Voyageurs de l'Impériale, jusqu'au fil, plus que suggéré par Aragon dans Henri Matisse roman, de la construction par ce livre d'une forme d'adoption implicite du romancier par le peintre — dont ce livre serait témoignage et manifestation, toute l'œuvre d'Aragon semble traversée par cette question existentielle qui le taraude d'abord en tant qu'homme : comment exister sans père ? Il traduit d'emblée ce manque en effaçant de ses couvertures le prénom Louis hérité du père biologique, Louis Andrieux. Aragon s'affiche ainsi comme "sans père", marqué par un patronyme sans ascendant. Dès lors, en s'appuyant sur la mise en œuvre du personnage de Boniface, celui qui va sauver Suzanne, la fille de Blanche, on s'attachera à mettre en lumière la dynamique d'auto-engendrement si caractéristique d'Aragon, éternel orphelin d'une écriture de l'infini, en particulier dans plusieurs de ses romans, du Monde réel jusqu'aux derniers livres.

Stéphane Hirschi est un ancien élève de l'École Normale Supérieure (Ulm), ancien Président des Presses universitaires de Valenciennes ; Doyen de la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines (FLLASH) ; Professeur de littérature française moderne à l'université de Valenciennes depuis 1999.
Douze livres publiés ou coordonnés, dont Sur Aragon – Les voyageurs de l’infini ; Aragon et le Nord ; Jacques Brel, Chant contre silence ; Chanson : l'art de fixer l'air du temps et La chanson française depuis 1980 ; plus de quatre-vingt dix articles parus en France et à l'étranger.

Robert HORVILLE : Aragon/Ferré, deux conceptions croisées de la mise en musique des poèmes
En 1961, paraît, chez Barclay, le disque Les Chansons d'Aragon chantées par Léo Ferré. Cette collaboration entre le poète et le musicien va leur donner l'occasion d'exprimer, l'un et l'autre, leur conception de la mise en musique des poèmes. Deux textes croisés, "Léo Ferré et la mise en chanson, pour Aragon", "La Mise en musique pour Léo Ferré", verront ainsi le jour, figurant sur la pochette du disque et publiés conjointement dans Les Lettres Françaises du 19 janvier 1961. Ce sont ces deux textes, parfaitement complémentaires, qui donneront matière à cette communication.

Robert Horville, professeur émérite à l'université de Lille, a pour champ principal de recherche le XVIIe siècle et le théâtre. Auteur de plus de 40 ouvrages et d'une centaine d'articles, il a dirigé plusieurs collections de livres scolaires, à créé, à l'université de Lille 3, le département d'études théâtrales, qu'il a dirigé pendant une vingtaine d'années, et a été professeur invité dans une quinzaine d'universités étrangères. Il a aussi écrit plusieurs articles sur Aragon et, proche de Léo Ferré, il a beaucoup travaillé sur son œuvre, auquel il a consacré de nombreuses interventions et de nombreux articles : il a, en particulier, organisé, en 2004, un colloque international, réunissant une trentaine d'intervenants, intitulé "L'Œuvre polymorphe de Léo Ferré et a été l'instigateur des Rencontres d'Aulnoye-Aymeries organisées autour de ce grand artiste.

Alice LEBRETON : Les collages dans le processus de création d'Aragon et dans la politique éditoriale des Lettres françaises (1965-1969)
L'esthétique des collages est intimement liée à la jeunesse d'Aragon et la grande période des rencontres entre Dada et le surréalisme. Pourtant, comme la jeunesse en tant que telle et le souvenir des grands visages qui ont accompagné celle d'Aragon, les collages apparaissent parmi les grands sujets d'actualité à part entière à la fin des années 1960 dans l'hebdomadaire Les Lettres françaises. La mise à mort ne constitue pas la seule œuvre d'Aragon symptomatique d'une nouvelle étape tant romanesque qu'éditoriale : ce n'est pas un hasard si la même année paraît l'essai d'Aragon Les collages, comme un autre signe du dialogue que permettent Les Lettres françaises entre le début des années 1920 et les années 1960. Au cœur de ce dialogue vont se jouer les grandes questions récurrentes soulevées par les articles des Lettres françaises et particulièrement depuis le basculement de la politique éditoriale que suscite La mise à mort : ainsi, les Collages, œuvre de 1965 de rassemblements de textes sur des artistes qu'Aragon aime à percevoir comme un "roman inachevé" jouent le rôle de passerelle pas uniquement entre deux époques, entre deux états de jeunesse, vers la définition du réalisme perpétuellement en réflexion : elle est aussi le pont entre la notion de "roman" et l'"actualité", les deux faces du visage des Lettres françaises.

Johanne LE RAY : Aragon, au risque de la croyance
Dans un passage bien connu de La Fin du Monde Réel, Aragon se présente comme "appartenant à une catégorie d'hommes qui ont cru désespérément à certaines choses", avant de compléter sa pensée en précisant que ces hommes ont "toujours cru plus fort qu'ils n'ont craint". Comment ne pas identifier dans ce courage de croire, ce corps à corps avec l'Histoire, cette façon de s'exposer, une ressource majeure et très actuelle ? Alors même que la croyance est souvent stigmatisée par le sceptique pour le confort et la facilité qu'elle offrirait, et assimilée s'agissant d'Aragon à une persévérance coupable dans l'erreur, cette communication s'attachera à montrer qu'elle fut avant tout dans son parcours d'homme, d'écrivain comme de militant, la manifestation d'une formidable prise de risque (personnel, politique, existentiel), ce qu'une calcification ultérieure certaine a encore trop souvent tendance à occulter. Pour stimulantes qu'elles soient, les analyses psychanalytiques faisant du Parti comme d'Elsa le corset orthopédique nécessaire à l'enfant illégitime pour "tenir debout", ne rendent pas compte de l'ampleur, de la force et de la richesse de ce qui se joue dans l'embrassement passionnel qui marque le mode relationnel de l'homme Aragon au monde. Défions-nous des caractérisations qui font de cet engagement, au sens large du terme, une pathologie. "L'esprit révolutionnaire doit-il être considéré comme une maladie ?" demandait Simone Weil. "S'il s'agit de se fuir soi-même, il est plus simple de jouer ou de boire. Et il est encore plus simple de mourir".

Johanne Le Ray, agrégée de Lettres modernes, PRAG à l'université Paris Nanterre, termine actuellement une thèse sur la croyance dans la poésie d'Aragon sous la direction de Nathalie Piégay (Paris-Diderot). Également traductrice, elle s'est par ailleurs intéressée à la pratique de traducteur d'Aragon et a publié des articles sur cette question.

Louise MAI : La loi, le moi et l'infini : pour une éthique du sujet aragonien
L'infini aragonien s'écrit dans les années 1920 avant tout contre la loi, qu'elle soit morale, rationnelle, psychologique, sociale ou politique, et contre le moi, considéré par le poète comme une objectivation réductrice du sujet qui bride sa complexité et son imprévisibilité créatrice. Est-il alors seulement possible de penser une éthique à partir d'un philosophème — l'infini — qui fait fi de la loi et du sujet auquel celle-ci devrait s'appliquer ? Si l'association de ces deux termes pourrait paraître contradictoire, tant on a souligné le caractère aporétique d'une existence en prise avec l'infini, vouant le sujet qui en prend la défense à un nomadisme sans repères et à un nihilisme furieux, nous essaierons de souligner l'exigence existentielle qui soutient la défense passionnée par Aragon d'une telle notion, en explorant à partir d'elle la possibilité d'une véritable éthique. Le sujet de l'infini, loin de se réduire à une provocation inefficiente voire irresponsable, est porteur d'une révolte qui se donne comme une arme morale et politique apte à saper les fondements et les pièges de l'idéologie et de ses cadres normatifs. Nous chercherons ainsi, à partir de cette insoumission du sujet aragonien à la loi et au moi, à penser la possibilité d'une éthique de l'infini qui, dans ses aspirations comme dans ses éventuelles impasses, fait encore aujourd'hui d'Aragon l'un de nos plus proches contemporains.

Louise Mai, élève à l'École Normale Supérieure de Paris, a réalisé deux mémoires sous la direction de Jean-François Louette, le premier portant sur le rapport entre érotisme et infini dans l'œuvre de Louis Aragon, le second sur l'écriture du désir féminin dans un corpus de textes français de la première moitié du XXe siècle (Louis Aragon, Marguerite Duras, Joyce Mansour et Jean-Paul Sartre).

Velimir MLADENOVIĆ : Elsa Triolet et la Yougoslavie
Les liens entre Elsa Triolet et les artistes yougoslaves datent de 1927 quand elle a rendu visite à Paris à un artiste yougoslave Ljubomir Micić. En 1947, Louis Aragon et Elsa Tiolet ont visité la Yougoslavie. Après cette visite, Elsa Triolet a publié deux textes sur la Yougoslavie et sur les surréalistes yougoslaves. Ces textes ont provoqué une polémique intellectuelle entre Marko Ristić, Elsa Triolet et André Breton. Dans cette communication, nous allons analyser les liens qu'entretenait Elsa Triolet avec les artistes yougoslaves, la visite du couple en Yougoslavie, la réception de cette visite dans la presse yougoslave, la correspondance avec des écrivains serbes, tous les articles de journaux yougoslaves sur Elsa Triolet, ainsi que la réception de son œuvre dans la culture yougoslave et serbe jusqu'à nos jours.

Velimir Mladenović, doctorant en littérature française à l'université de Poitiers (France) et à l'université de Novi Sad (Serbie). Il a réalisé un mémoire sur "Le thème de la guerre dans les nouvelles de Vercors, Aragon et Aymé". Le 3 février 2018 à l'ENS, il a organisé le séminaire (direction M. Luc Vigier) sur "La réception de Louis Aragon et Elsa Triolet en Serbie".

Jean-François RABAIN : Blanche, entre mémoire et oubli
On interrogera la féminité. Le célèbre incipit de Nadja : "Qui suis-je", résonne dans toute l'œuvre d’Aragon. "Je ne sais plus qui je suis, j'ai oublié qui je fus, je ne crois pas que je vais être", écrit Aragon dans L'anonyme (Théâtre/Roman). Nadja habitée de l'absence d'elle-même renvoie Breton au fantôme qui le hante. Son double ? Le féminin en lui ? Freud note que Macbeth et lady Macbeth apparaissent comme un seul caractère scindé en deux personnages, comme souvent chez Shakespeare. "Chacun paraît imparfaitement compréhensible aussi longtemps que l'on ne l'a pas réuni à l'autre pour reconstituer l'unité", écrit-il. "Ne dormez plus, Macbeth assassine le sommeil et donc Macbeth ne doit plus dormir", écrit Shakespeare, mais c'est la reine qui devient somnambule. "Ainsi se réalise en elle, ce que Macbeth avait redouté dans l'angoisse de sa conscience. Ils épuisent à eux deux les possibilités de réactions au crime", écrit Freud. Breton fasciné par Nadja voit en elle toutes les dissolutions de son moi. La griffe du lion de Léona Delcourt court sur le visage léonin d'André. "Il a fallu que je cessasse d'être pour être qui je suis", écrit Breton. On interrogera à travers les dissolutions de la mémoire d'Aragon, à partir de Blanche et l'oubli, cette figure du féminin qui n'a cessé de hanter l'écrivain dans son œuvre.

Jean-François Rabain, pédo-psychiatre, psychanalyste, est un ancien membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris. Enseignant à Paris VI (Pierre et Marie Curie) et Paris XIII (Bobigny).

Emmanuelle ROIRON : Le rire d'Aragon
"Un grand auteur, c'est quelqu'un qui rit beaucoup", pour reprendre le mot de Deleuze. En effet, Aragon n'est jamais plus universel, donc plus "vivant" pour nous que lorsque nous avons le sentiment de le rejoindre : lire ses textes de façon jubilatoire, en entendant les échos de son rire, en est l'un des moyens privilégiés. Cette dimension de l'œuvre a longtemps été ignorée, car elle contrarie l'image de rigidité et de dogmatisme associée à Aragon ; elle reste méconnue aujourd'hui encore, dans la mesure où ce sont plutôt les déchirements de l'homme et de l'écrivain qui intéressent. Or c'est justement là que résident la singularité et le paradoxe du rire d'Aragon — celui qui relève de la narration et de la voix poétique. Il ne s'agit pas seulement d'un rire de protection, contrepoint à la gravité et à la contrainte — "ce rire déconcertant qui contredisait soudain tout ce qu'on venait de penser", comme le dit Aragon du rire de Tzara. On entend en même temps plusieurs voix dans ce rire, y compris parfois la voix lyrique d'Aragon : loin d'annuler l'émotion, cette indistinction la renforce. Son rire est alors un moyen de rendre sa parole insaisissable, donc toujours vivante.

Ancienne élève de l'École Normale Supérieure de Lyon et agrégée de lettres modernes, Emmanuelle Roiron enseigne la littérature en classes préparatoires, à Lyon. Elle a soutenu sa thèse sur l'art de la dérive dans les romans d'Aragon, en 2015, à l'université Paris Diderot, et publié plusieurs articles sur cet auteur. Elle a rédigé récemment une dizaine de notices du Dictionnaire Aragon, à paraître aux Éditions Champion, sous la direction de Nathalie Piégay-Gros et de Josette Pintueles.

Georges SEBBAG : Aragon prend congé et revient saluer
En 1932, à l'issue d'une longue pièce à grand spectacle et à grande distribution, Aragon a pris congé d'André Breton et du groupe surréaliste. Quelque trente ans après, il est revenu pourtant saluer ses anciens amis et a rejoué la pièce. Un tel mouvement pendulaire paraît inhérent à l'existence et à l'écriture d'Aragon ; il est à l'œuvre dans l'instant comme sur une longue période ; il peut dicter sa loi à un poème bref comme à un roman interminable. Ce jeu théâtral aragonien, où l'on se quitte pour mieux se saluer, peut-il s'immiscer dans notre monde contemporain ? Cela est plus que probable car, dès le départ, Aragon qui a franchi le seuil des espaces littéraire et philosophique et a gravi les scènes artistique et médiatique, n'a pas manqué d'en repérer certaines issues.

Georges Sebbag est écrivain, docteur en philosophie. Dans Potence avec paratonnerre, Surréalisme et philosophie (Hermann, 2012), il montre que le duo Aragon-Breton élabore un projet philosophie ; le surréalisme connaît une suite avec Foucault Deleuze, Nouvelles Impressions du Surréalisme (Hermann, 2015).

Anne SZULMAJSTER-CELNIKIER : Aragon linguiste
La présente contribution se propose d'apporter un éclairage sur un versant moins exploré du texte aragonien. Elle tente de dévoiler comment une conscience linguistique aiguë — celle du poète qui nous réunit — alliée à une réflexion métalinguistique percutante, elle-même nourrie, de l'intérieur, par un questionnement sur toutes les certitudes, conventions, règles, lois, catégories, identités, et, de l'extérieur, par une érudition ciblée, rejoignent des préoccupations chères à la communauté des linguistes. Parmi celles-là figurent notamment les dichotomies fondamentales avec lesquelles ces derniers opèrent, dégageant certaines distinctions subtiles, l'appréhension de l'immense diversité linguistique et l'expérience des limites du dicible. On cherchera à mettre en valeur comment de telles qualités, loin de se cristalliser en traité, s'incorporent en littérature, prennent forme, se sculptent dans l'écriture spécifique d'Aragon qui en tire toute sa force. Si le roman phare de cette analyse est Blanche ou l'Oubli, avec son héros Gaiffier le linguiste, quelques références à d'autres œuvres romanesques peuvent survenir à titre comparatif.

1990. Ingénieur à la Chaire de Théorie Linguistique, Prof. Claude Hagège, Collège de France.
2014. Membre de l'EA 7347, INHA-EPHE Histara.
2018. Responsable éditoriale de la revue La Linguistique.
Publication
Le yiddish à travers la chanson populaire, Préface d'André Martinet, 1991, Louvain-la Neuve, Éd. Peeters, Coll. "BCILL", 276 p.
Articles
"À travers les langues ; L'ennui, féconde mélancolie", Didier Nordon (dir.), Paris, Éditions Autrement, n°175, Janv. 1998.
6 préfaces "Histoire de mots" dans L'attraction, La défense, La mémoire, La force, Le risque, L'évolution, L'exemple, Le vide, EDP Sciences, Coll. "Mot à mot", 2002-2003.
"Représentations et imaginaires parisiens : métaphores, réanalyses et figements analytiques", La Linguistique, 2010/1, Vol. 46.
"Expression interlinguistique des ruines et poétique", Karolina Kaderka (dir.), Les Ruines, Entre destruction et construction des de l'Antiquité à nos jours, Rome, Campisano Éd., 2013.
"La question de l'origine des langues : vaine quête du Graal ?", Béatrice Fracchiolla (dir.), Les origines du langage et des langues, Vol. 2, Paris, L'Harmattan, Coll. "Marges linguistiques", 2013.
"Composition et dérivation expressives en yidiche", Le langage de l'émotion: variations linguistiques et culturelles, Leuven-Paris-Bristol, Éd. Peeters, 2017.

Maryse VASSEVIÈRE : Encore une fois Les Communistes ou la fin du grand récit
Cette communication suit mon processus de lecture et mêle les analyses littéraires à des parenthèses sur ma propre lecture, qui pourraient toucher aussi à la question de l'actualité d'Aragon. En proposant "Encore une fois Les Communistes" comme titre, j'ai l'impression de boucler la boucle : faire ainsi que mon premier et mon dernier articles soient sur ce roman encore si souvent décrié surtout par la doxa universitaire, est une façon de réhabiliter ce roman "réaliste socialiste à la française" pour sa modernité justement… Encore une fois Les Communistes… je privilégierais la partie militaire du roman, c'est-à-dire le tome IV sur la campagne de Belgique et la campagne de France qui constitue une sorte de roman dans le roman. Et le choix de ce corpus lié aux aléas de la lecture m'a mise sur le chemin d'une relecture et d'une découverte capitale concernant la parole romanesque qui situe ce roman pourtant "inachevé" et déceptif pour son auteur dans une rupture décisive avec ce que Pierre Bergounioux appelle "le grand récit". J'ai découvert l'extraordinaire modernité d'un grand roman qui, bien qu'inachevé, se situe à l'avant-garde du Monde réel, comme une première ébauche de l'écriture romanesque : 1) pour la prédominance du discours sur le récit comme une parole dans la guerre ; 2) pour le métalangage de l'art ; 3) pour le travail du lecteur. Ce sont les trois grands axes développés dans cette communication, le dernier permettant d'aborder la question de "ce qui me parle" dans l'œuvre d’Aragon. Et même qui se situe dans une ligne de partage avec d'autres écritures plus contemporaines apportant ainsi ma contribution à ce qui fait l'objet de notre colloque : l'interrogation sur "Aragon vivant"…

Maryse Vassevière est une ancienne élève de l'ENS de Fontenay, agrégée de Lettres Modernes et Docteur de l'université Paris III-Sorbonne Nouvelle où elle a enseigné de 1998 à 2008. Elle a publié Aragon romancier intertextuel ou Les pas de l'étranger chez L'Harmattan (1998) et de nombreux articles sur Aragon dans diverses revues (Europe, Mélusine, Recherches croisées Elsa Triolet-Aragon). Elle participe aux travaux des deux groupes Aragon de l'ERITA et de l'ITEM (séminaires et colloques) et fait partie du comité de rédaction de Recherches croisées Aragon-Elsa Triolet. Elle a participé au Dictionnaire Breton et au Dictionnaire Aragon. Elle a organisé en 2007 une journée d'étude de Paris III à la Sorbonne sur l'"Actualité d'Aragon" dont les travaux ont été publiés dans Recherches croisées (n°12, 2009). Et elle a coordonné le n°305 de Revue des Sciences Humaines, "Aragon une écriture au carrefour" (Presses du Septentrion, 2012), où elle a publié "Aragon et le "plagiat par anticipation" ou la filiation à rebours".
Derniers articles
Recherches croisées Aragon-Elsa Triolet, n°13, Presses universitaires de Strasbourg, 2012 : "Aragon, Breton et la peinture soviétique" et traduction d'une interview d'Aragon à la revue communiste italienne Rinascita en février 1968.
"Aragon et la lumière de Colette", Cahiers Colette, n°32, Société des amis de Colette, 2011.
Revue Mélusine, n°XXXI, 2011, "Correspondance Baron-Aragon".
"Aragon et la construction d'une image romanesque de la France", in La France des écrivains. Éclats d'un mythe (1945-2005), Marie-Odile André, Marc Dambre, Michel. P. Schmitt (éds), Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011.
"Aragon, métalangage et métalepse", in La Langue d'Aragon "Une constellation de mots", sous la direction de Cécile Narjoux, Éditions universitaires de Dijon, 2011.
Actes du colloque "Aragon et Les Lettres françaises", Recherches croisées Aragon Elsa-Triolet, n°14, 2013 : "Savoir aimer : une critique littéraire entre mémoire et avenir".
Recherches croisées Aragon-Elsa Triolet, n°15, Presses universitaires de Strasbourg, 2014 : "Les paradoxes d'Aragon".
Revue Mélusine, n°XXXV, 2015, "Aragon, Breton et les pompiers. Tout m'est sexe".
"Le manuscrit de Théâtre/Roman : jeux et chemins du sens", Théâtre/Roman d’Aragon Un singulier pluriel, sous la direction de Marie-Christine Mourier et Roselyne Waller, Presses universitaires de Valenciennes, 2015.
Revue d'histoire littéraire, Belgrade, 2017 : "Aragon, d'une avant-garde à l'autre".

Luc VIGIER : Aragon ou l'écriture dessinée
L'intérêt d'Aragon pour le dessin et les croisements entre l'écriture, la peinture et le tracé sont aussi anciens que ses premiers textes. La correspondance des années 1917-1930 a révélé un goût régulier pour le petit croquis rapide donné en guise d'illustration. Les années Dada sont de même peuplées de dessins issus des expériences les plus diverses : Aragon voit naître les dessins de Desnos, les cadavres exquis du groupe, les automatismes de Masson, plus tard ses illustrations du Con d'Irène, et l'on devine la fascination qu'exerceront plus tard les variations au fusain de Matisse sur son visage ou encore certains dessins de Cocteau. La question du dessin a également des implications politiques, avec ceux de Fougeron (1947) où Aragon verra le destin de l'art figuratif ainsi qu'un accès plus simple à l'art, moins indéchiffrable que la peinture, avant que le dessin de Picasso lors de la mort de Staline ne détruise l'amitié avec Fougeron. Ce n'est pas un cas isolé : le propos sera repris et approfondi dans la valorisation du dessin au sein des Lettres françaises (dirigées par Aragon de 1953 à 1972) mais aussi dans les textes d'Aragon sur André Masson, David D'Angers ou plus tard dans son approche des dessins de Giacommetti, avec l'ombre portée de la sculpture. Cet ensemble d'indices convervent vers la pensée, chez Aragon, d'un lien très étroit entre la pratique manuscrite de l'écriture et le dessin même, particulièrement identifiable dans Les Incipit (1969) et Henri Matisse, roman (1971), au moment où Aragon par ailleurs dessine à la place des photographies de l'album d'Elsa mais aussi sur les murs d'images de son appartement parisien, dans une sorte de surécriture palimpseste. On interrogera enfin l'érotisme des dessins du dernier chapitre de sa vie, qui jouent de la vibration des couleurs et des situations de désir.


SOUTIEN :

• Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM) - UMR 8132 | CNRS / ENS

Programme 2018 : un séminaire

— Programme complet —


TEXTIQUE : RÉAPPRENDRE À ÉCRIRE


DU MERCREDI 1er AOÛT (19 H) AU MERCREDI 8 AOÛT (14 H) 2018

[ séminaire de 7 jours ]



DIRECTION :

Jean-Christophe TOURNIÈRE, Gilles TRONCHET


AVERTISSEMENT :

Le présent Séminaire, qui se tient tous les ans à Cerisy depuis 1989, accueille toute personne qui, ayant une suffisante maîtrise de la langue française, s'estime requise par le sujet traité.

En effet la textique est une discipline qui se développe avec sa technicité propre, mais l'usage de son vocabulaire spécial peut toujours se voir expliqué en vocabulaire courant.

À cela, il convient d'ajouter que les deux premières séances, tenues à partir des contributions appelées Un aperçu de la textique et Abrégé de textique, permettent aux nouveaux participants une rapide mise au clair, tandis que, un jour sur deux, l'après-midi, de facultatives séances supplémentaires sont destinées à fournir des explications sur les concepts majeurs.


ARGUMENT :

La textique ? Une discipline inaugurée, en 1985, par Jean Ricardou lors d'un séminaire tenu au Collège International de Philosophie, et visant à établir par niveaux une théorie unifiante de l'écrit accompagnée d'une théorie unifiante de l'écriture.

Sa méthode ? Explorer le domaine en cause selon des ensembles conceptuels d'exhaustion échelonnée, réfutables à mesure, le cas échéant, par tout contre-exemple établi comme tel.

Ses avantages ? Pour la théorie : une coordination conceptuelle de mécanismes jadis et naguère plus ou moins bien pensés, une reformulation critique de certaines notions trop admises, ainsi qu'une réévaluation concertée de phénomènes négligés, voire méconnus, et une classification réfléchie de la plupart des imperfections possibles. Pour les conséquences sur l'analyse : avec, pour base, la cardinale notion de lieu scriptuel, une attention inédite portée, notamment, sur les prétendues "broutilles". Pour les conséquences sur l'écriture : la possibilité de programmes et métaprogrammes raisonnés permettant la correction et la récriture à plusieurs. En général : une clarté et une rigueur neuves dans l'ordre des concepts.

Le thème 2018 ? À la suite du séminaire 2017 s'étant déroulé, pour la première fois, en l'absence de son fondateur (disparu en 2016), il a paru opportun d'orienter la suite des travaux du côté de la didactique et de la pédagogie, en explorant les leçons inédites qu'est susceptible d'apporter sur l'écriture la conceptualisation élaborée par la discipline.

Le travail ? Les contributions étant expédiées environ un mois à l'avance, chaque séance sera intégralement consacrée à leur discussion méthodique.

Les participants ? Toutes celles et tous ceux qui, répondant au critère formulé plus haut ("Avertissement"), sont intéressés ou intrigués par le domaine ainsi balisé comme par le travail dès lors permis, et qui, sachant que l'abondant vocabulaire technique se trouve en séance aussi réduit que possible, voire, s'il le faut, éclairci à mesure, désirent venir à titre de contributeurs actifs ou d'auditeurs curieux.

Les séances ? En guise d'initiation ou de révision, un retour, pendant quatre demi-journées, sur la méthode et les enjeux. Puis le traitement des autres contributions annoncées à partir des observations et des questions que chacune et chacun aura eu le temps de préparer.

L'inscription ? Il est souhaitable de l'accomplir au plus tôt à partir du 15 mars, et si possible avant le 15 mai (pour bénéficier du précoce envoi des écrits préparatoires).

••••••

À l'intention de celles et ceux qui souhaitent, d'ores et déjà, en savoir davantage, il est loisible d'ajouter les précisions suivantes.

Sitôt, d'une part, que la textique vise à établir une théorie unifiante de l'écrit dans ses divers modes (elle en recense quatre respectivement nommés phanoscrit, grammoscrit, iconoscrit, symboloscrit), et, conjointement, une théorie unifiante de l'écriture, ce qui l'oblige à une exhaustivité contrôlée sur un domaine immense, et sitôt, d'autre part, que ses premiers efforts, comme tels, datent du milieu des années 1980, nul doute que, à l'orée du prochain séminaire, comme pour les années précédentes, se posent, quant à la mise à niveau, l'un étant celui de l'initiation et l'autre celui de la révision, deux problèmes distincts.

Le problème de l'initiation concerne les participants nouveaux qu'une curiosité intellectuelle aura portés à venir une première fois, car il est nécessaire, pour bien saisir la pensée textique, voire pour y concourir, d'être mis en possession, aussi soigneusement que possible, de la méthode et des enjeux.

Le problème de la révision concerne les participants habitués, voire chevronnés, car il est opportun, avant ces journées de réflexion intense, de se remettre en tête, soigneusement, les grandes perspectives du travail.

Cette initiation et cette révision se feront à partir des contributions Un aperçu de la textique par Gilles Tronchet et Abrégé de textique par Jean-Christophe Tournière.

Quant à la préparation : ces écrits étant expédiés un mois environ avant le début du séminaire, les participants auront toute la durée qu'ils s'accorderont pour en prendre, à leur guise, ce qu'on appelle habituellement connaissance.

Quant à la discussion : les deux premières journées étant réservées à de libres échanges oraux sur ces contributions, les participants auront tout le loisir permis par les séances pour solliciter les éclaircissements éventuellement nécessaires, voire pour énoncer, très librement, d'éventuelles objections.


BIBLIOGRAPHIE :

Il est possible, d'ores et déjà, de prendre une vue de la textique en consultant, chacun paru aux éditions Les Impressions nouvelles dans la série TEXTICA, les six ouvrages suivants :

• Jean Ricardou, Intellection textique partagée
• Jean Ricardou, Intellection textique de l'écrit
• Jean Ricardou, Intellection textique de l'écriture
• Jean Ricardou, Intelligibilité structurale du trait
• Jean Ricardou, Grivèlerie
• Gilles Tronchet, Un aperçu de la textique


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 1er août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque en parallèle, du séminaire et des participants


Jeudi 2 août
Matin
Gilles TRONCHET : Un aperçu de la textique | Initiation

Après-midi
Jean-Christophe TOURNIÈRE : Abrégé de textique (évolution 2018) | Initiation


Vendredi 3 août
Matin
Laurent LIENART : Obscénités en séries | Investigation

Après-midi
Laurent LIENART : Obscénités en séries | Investigation


Samedi 4 août
Matin
Patrice HAMEL : L'immanence de l'écriture | Invitation

Après-midi
Sandra SIMMONS : Écrire en fonction de l'espace | Invitation


Dimanche 5 août
Matin
Jean-Claude RAILLON : Pratique du bi-zonage | Investigation

Après-midi
Johanna GOSSART : Margeure(s) | Investigation


Lundi 6 août
Matin
Michel SIRVENT : Éclaircir l'écrit | Investigation

Après-midi
Michel SIRVENT : Éclaircir l'écrit | Investigation


Mardi 7 août
Matin
Gilles TRONCHET : En textique à bonne école avec la palinodation | Investigation

Après-midi
Gilles TRONCHET : En textique à bonne école avec la palinodation | Investigation


Mercredi 8 août
Matin
Perspective : Cercle Ouvert de Recherche en TEXTique (18-19), rencontre 2019 autour des travaux de Jean Ricardou

Après-midi
DÉPARTS


En première partie d'après-midi, un jour sur deux :
Gilles TRONCHET & Amandine CYPRÈS : Concepts majeurs | Explication

En fin d'après-midi, chaque jour :
APPRENDRE À RÉCRIRE | Atelier d'écriture


INITIATION :

Jean-Christophe TOURNIÈRE : Abrégé de textique (évolution 2018)

Ce travail vise à offrir, sur la base du massif théorique ayant pour titre Intellection textique (par Jean Ricardou)*, un exposé de ses concepts fondamentaux qui, à la fois, suive une construction méthodique et permette une accessibilité assez large.

Au niveau de sa construction, cet Abrégé de textique adopte la globale procédure qui organise toute ladite Intellection textique : celle nommée rubrication.

Elle consiste à décliner chaque phase démonstrative du propos en une série de rubriques dont voici les quatre principales :
- la "Définition", qui procède à la délimitation d'un concept ;
- la "Proposition", qui procède à l'affirmation d'une hypothèse impliquant ce concept ;
- l'"Argumentation", qui procède à la justification de cette hypothèse ;
- l'"Exemplation", qui procède à l'application du concept en jeu à des occurrences lors censées éclaircies.

Au niveau de son accessibilité, cet Abrégé de textique, dans son évolution 2018, veillera à l'élargir en convoquant, tirés des domaines les plus variés ("arts", "journalisme", "publicité", "sciences"…), de nombreux nouveaux exemples.

* ensemble composé de 12 tomes déployés sur environ 1600 pages.


Gilles TRONCHET : Un aperçu de la textique

Proposant une simple présentation de la textique, ce volume a été publié en 2012. Il a une double visée : d'abord, fournir un historique succinct, pour montrer dans quelles conditions et selon quelles étapes la textique est apparue et s'est constituée en une discipline nouvelle ; puis, offrir un exposé des principaux concepts et outils d'analyse élaborés jusqu'à présent.

Tout d'abord, comme la textique s'efforce d'établir une théorie unifiante des structures de l'écrit, il est indispensable d'expliquer la très large portée qu'elle donne à son objet, puis de préciser comment il trouve à se spécifier selon différents modes, permettant d'envisager, notamment, les particularités des caractères alphabétiques, des images et des symboles.

Ensuite, est retenu un domaine plus restreint et sans nul doute familier à tout lecteur, l'écrit représentatif relevant du mode grammique : cela correspond, quitte à simplifier un peu, aux écrits basés sur des séries de lettres, associables aux sonorités d'une langue et susceptibles, par équivalence avec d'autres séries, de faire surgir certaines idées (ainsi lorsqu'un terme s'échange avec sa définition). Il s'agit d'inventorier et d'expliciter les grandes catégories capables d'appréhender exhaustivement les structures possibles dans un écrit grammique : la textique prétend y parvenir, en l'attente d'une éventuelle démonstration contraire, susceptible de relancer la recherche.

Enfin, il a semblé utile de signaler quelques-uns des instruments analytiques servant à explorer en détail les dispositifs repérables dans un écrit représentatif, sachant que l'un des acquis majeurs de la textique consiste à distinguer, par rapport aux structures qui sont au service de la représentation, celles qui outrepassent un tel régime, en imposant leurs contraintes propres à la représentation, alors forcée de s'adapter. C'est le cas par exemple avec les rimes classiques, mais aussi avec beaucoup d'autres agencements irréductibles à la logique représentative, qui relèvent dès lors d'un régime métareprésentatif.

Il faut observer toutefois qu'un simple aperçu comme celui-ci ne saurait dispenser à propos de la textique davantage qu'une information initiale: une approche théorique plus fouillée, débouchant sur une pratique effective de la discipline, exige de bien plus amples développements.


INVESTIGATION :

Johanna GOSSART : Margeure(s)

Attentive à la question de la mise en page (de l'écrit théorique) et convaincue qu'il existe certains bénéfices à mettre en avant ce qui d'ordinaire est tenu à l'index, la contribution cherche à poursuivre l'examen visant à interroger les rapports qu'entretiennent le pavé d'imprimerie et sa marge alentour, éléments constitutifs de l'écrit, selon la définition qu'en donne la textique.

Il s'agira, d'une part, de récrire les feuillets précédemment commis, pour se risquer à les perfectionner, tant dans les dispositifs mis en œuvre que dans les résultats obtenus, et, d'autre part, de prolonger l'analyse, jusqu'à initier un questionnement vis-à-vis de ce que l'on peut nommer, issues des subdivisions du pavé d'imprimerie (que constituent, notamment, les paragraphes, les titres et les phases illustratives), les "marges intermédiaires" ou "secondaires".


Laurent LIENART : Obscénités en séries

Il s'agira de repérer, au sein d'Une légère blessure de Laurent Mauvignier, à la faveur d'une identité de lettres en position de vis-à-vis, une série de mots tous plus obscènes les uns que les autres.


Jean-Claude RAILLON : Pratique du bi-zonage

L'on nomme bi-zonage en textique le protocole selon lequel les analyses se trouvent partagées en deux secteurs distincts dévolus, d'un côté, aux observations de style ordinaire et de l'autre coté, aux développement rédigés avec le vocabulaire technique la discipline. Ce dispositif veut réserver au lecteur le loisir d'une lecture différenciée, soit continûment en langage commun s'il ne souhaite que récolter les résultats de l'examen, soit par alternance, en langage technique, s'il désire s'intéresser au jeu plus rigoureux des concepts requis.

Or, cette pratique rencontre maintes difficultés que l'on s'efforcera par l'exemple d'examiner de près.


Michel SIRVENT : Éclaircir l'écrit

Sous ce titre, seront proposées quelques pistes de réflexion liées à la récriture d'un écrit recourant à la discipline textique. Elles accompagneront la reprise et l'approfondissement de notre contribution 2017 "Lecture d'un logotype publicitaire".

Avec la récriture, sitôt que s'engage un ensemble d'opérations visant à réformer, voire à transformer un écrit, pointe d'emblée la question : récrire, certes, mais pour quoi faire ? En la circonstance, la récriture sera guidée par une recherche des manières qui permettraient une meilleure accessibilité de l'écrit à visée textique.

Or, si l'écrit à récrire recourt à la textique, c'est de plusieurs façons. L'une consiste à faire appel à certains concepts élaborés par la théorie. Une autre est de mettre en jeu les concepts pertinents et de recourir à la méthode textique. La mise en œuvre de certaines procédures (comme la circoncription, la palinodation) permet ainsi d'affiner l'analyse d'un objet.

Toutefois, un écrit peut recourir à la discipline textique (sa théorie, sa méthode d'analyse) sans pour autant se présenter comme un écrit textique. Et donc ce que, sous le nom de "textique", recouvre ladite discipline, ce n'est pas seulement, en tant que pure théorie, un formidable arsenal de concepts. Ni seulement, en la sphère pratique, avec sa panoplie d'"outils", une rigoureuse et fructueuse méthode d'analyse.

C'est surtout, progressivement élaborées et adoptées par la discipline, la mise au point de certaines particulières manières d'écrire. Ainsi, la textique, si elle propose, indissociable de celle de l'écrit, une théorie de l'écriture, ce n'est pas sans que s'édifie, pour ce faire, une précise façon de s'écrire. D'où l'expression "faire de la textique" ne saurait se réduire à une pure convocation de concepts ni à une stricte application de la "théorie" et de sa méthode d'analyse. Bref, proposer un écrit textique (et non point "de textique") ne va pas sans engager certaines précises procédures d'écriture et, par suite, de récriture.

•••••

En l'occurrence, l'écrit à récrire ("Lecture d'un logotype publicitaire") se présente comme un essai d'application pratique. Il porte sur un objet choisi pour son apparente simplicité. De plus, il est ici réduit sous la suivante forme élémentaire : "TRI▲NGLE". Ainsi schématisé, il comporte un seul mot dans lequel s'inscrit à la place d'une de ses lettres (A) un triangle. C'est un écrit mixte qui se déploie ainsi selon deux modes distincts, en termes textiques : le grammique et l'iconique. Outre sa structure en abyme, il comporte une autre particularité : il s'agit d'un écrit, dont le mode d'exposition, au lieu d'être fixe, stable et persistant (comme en sa présente inscription), est mobile, progressif et intermittent. Il s'agit donc, pour la théorie textique, de prendre en compte ce type d'écrit nommé, pour l'heure, kinescrit.


Gilles TRONCHET : En textique à bonne école avec la palinodation

Mis au point dans le cadre de la textique grâce aux travaux de Jean Ricardou, le concept de palinodation, appliqué aux écrits, est un outil majeur d'apprentissage. Le principe selon lequel un diagnostic à propos d'une structure, au fil d'un examen portant sur les mécanismes où elle s'intègre, est sujet à basculer en un autre, permet d'explorer des particularités souvent négligées et de réfléchir à leur élaboration. Par exemple, il donne à saisir l'intérêt d'un défaut repérable, quand ce dernier s'avère l'indice dans l'écrit d'une qualité moins immédiatement accessible. Cet angle d'approche, au-delà des trouvailles apparemment paradoxales qu'il procure, ouvre sur des façons nouvelles d'aborder l'écrit, donc aussi de pratiquer l'écriture.


INVITATION :

Patrice HAMEL : L'immanence de l'écriture

Opposée au matérialisme essentialiste auquel paraît succomber la textique, cette contribution exposera les principes d'un matérialisme sensoriel.

Celui-ci se caractérise par des modalités d'appréhension dont les principales sont l'endo-stimulation et l'exo-stimulation pour ce qui concerne les sensorialités, et d'autre part, un système d'analogies, de codes ou de relations physiques établis entre éléments constituant la représentation*.

Ces modalités peuvent être utilisées en littérature et mettre en évidence l'immanence de l'écriture, ce qui a été mis en pratique dans le roman Dans la boucle imparfaite publié récemment (éditions galerie[s]mortier).

* L'on trouvera cet appareil théorique défini sur le site patricehamel.org (rubrique "Théories", sous-rubrique "L'immanence de l'art") ou en vidéos sur YouTube.


Sandra SIMMONS : Écrire en fonction de l'espace

Imaginons quelqu'un voulant poser des mots dans un lieu défini, tel un plasticien des installations. Afin d'accomplir un écrit selon un espace donné, il faudrait aborder la question de la place. La textique possède un outillage apte à faire apprécier non seulement la place des mots mais aussi, et surtout, leur emplacement. Sans dépendre d'un idéalisme pondant, la textique engage à mesurer la juste contribution de la matérialité sous tous les angles. Écrire devient alors un exercice de mise en espace à travers une loupe qui permet de rencontrer, de comprendre, et de forger des écrits réglés.


APPRENDRE À RÉCRIRE | Atelier d'écriture :

Le travail quotidien en atelier d'écriture se fera sur la base de ce que la textique nomme RAPT (Récrit Avisé Par la Textique), lequel forme le lieu d'articulation de trois opérations majeures : la lecture (qui considère les structures d'un objet), la critique (qui détecte une faille dans les structures cet objet), et la récriture (qui corrige telle faille et améliore ainsi la tenue structurale de l'objet).

Il comportera les quatre phases suivantes :

Première phase : Sélection d'un écrit relativement simple, choisi par l'un(e) des participant(e)s et susceptible, selon elle ou lui, de bénéficier d'au moins un perfectionnement notable.

Deuxième phase : Analyse, par l'ensemble des participants, des structures que comporte tel écrit sélectionné.

Troisième phase : Critique, par l'ensemble des participants, des structures de l'écrit sélectionné, et conduisant à identifier, ou pas, celles présentant quelque défaut structural.

Quatrième phase : Si quelque faille est identifiée, recherche, par l'ensemble des participants, des structures alternatives permettant d'y remédier en élaborant une récriture censée perfectionner l'écrit sélectionné.

Deux exemples d'écrits qui pourront faire l'objet d'un RAPT :

"As de carreau", Atlas de littérature potentielle, Gallimard/Idées, 1981, p. 198.

André Breton, Signe ascendant, Poésie/Gallimard.

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


BRASSAGES PLANÉTAIRES


DU MERCREDI 1er AOÛT (19 H) AU MERCREDI 8 AOÛT (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Patrick MOQUAY, Véronique MURE, Sébastien THIÉRY


ARGUMENT :

Dans le prolongement du colloque de 2016, Jardins en politique (auprès de Gilles Clément) et des enjeux du "jardin planétaire", il s'agira de se saisir de la question des "brassages planétaires". En riposte et réponse à la démultiplication contemporaine des frontières, nous travaillerons à défaire les fables de l'identité et à discuter des inquiétants projets politiques qu'elles engendrent. Sans céder à une vision du monde consistant en une fable tout aussi problématique de "l'indifférencié", l'on se posera les questions suivantes : comment l'ici et l'ailleurs, sans pour autant se confondre, peuvent être pensés en solidarité ? Comment l'habitant du "planétaire" n'en demeure pas moins un sujet toujours situé, fort d'une singularité faisant de lui un être irréductible et irremplaçable ? Notre intuition est que la notion de "brassages planétaires" forme un socle possible pour repenser et refonder notre monde. À la condition néanmoins de dépasser à son endroit la sympathie pour forger à partir d'elle une doctrine, voire un programme…

Ces échanges n'auront de portée que s'ils s'appuient précisément sur l'expérience de chacun des "êtres" envisagés" : végétaux, animaux, humains, appréhendés selon des champs linguistiques, architecturaux, musicaux, culinaires, etc. Pour ce faire, on partira de l'introduction de Éloge des vagabondes de Gilles Clément (NiL éditions, 2002), ode à tous les franchissements de frontières, sinon à leur abrogation. Ce texte sera soumis à divers contributeurs qui le liront à l'aune de leur pratique singulière. Dans tel champ spécifique, le vagabondage s'avère-t-il un état de fait, sinon de loi ? Jusqu'à quel point les migrations menacent-elles les "êtres" ou, au contraire, en assurent-elles la croissance ? Il y sera sans doute question de chemins de traverse, non sans écho avec la manière dont se mettent en place les nouvelles rencontres jardinières de Cerisy : en apprendre d'une expérience de l'autre, à travers les frontières disciplinaires et les domaines de pensée.

À côté des conférences suivies de débats, des ateliers seront proposés par des artistes-chercheurs-jardiniers, ainsi que des tables rondes confrontant les points de vue d'acteurs engagés dans différentes situations.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 1er août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque, du séminaire en parallèle et des participants


Jeudi 2 août
Matin
Gilles CLÉMENT : Lecture de l'introduction de l'Éloge des vagabondes
Patrick MOQUAY & Véronique MURE : Introduction du colloque

Actualité des brassages, table ronde animée par Sylvain ALLEMAND, avec Gilles CLÉMENT, Sylvie GLISSANT et Camille LOUIS

Après-midi
ATELIERS "JARDINS DIVERS" | Présentation
"À la rencontre des arbres de Cerisy issus du brassage planétaire", balade avec Martin BOMBAL, Mathilde CLÉMENT, Nicolas DELPORTE, Tom TROÏANOWSKI et Véronique MURE

Ruedi BAUR : Dessine moi un monde sans frontière !

Vernissage de l'exposition "Comment se concrétise spatialement le concept du brassage planétaire ?", travaux du work-shop de Ruedi BAUR avec des étudiants du BTS d'Arts Appliqués du Lycée André Malraux de Montereau (77)

Soirée
Marie José MONDZAIN : Pousser - saxifrage politica


Vendredi 3 août
Matin
Cécilia CLAEYS : Fluctuantes natures, hésitantes cultures
Olivier FILIPPI : Plantes exotiques envahissantes en Méditerranée, entre présupposés éthiques et non-dits

Après-midi
Sylvie MOMBO : Contes

ATELIERS "JARDINS DIVERS" | Présentation
"Expérience de voyage", avec Adrien SARELS

Olivier DARNÉ : Les abeilles en mouvement
Dénètem TOUAM BONA : L'esprit de la forêt : esquisse d'une cosmo-poétique du refuge

Soirée
Camille LOUIS, Dimitri ROBERT-RIMSKY, Hélène DELÉAN & Kendra Mc LAUGHLIN : Leçons de Calais. Projections


Samedi 4 août
Matin
Emanuele COCCIA : Continent théorique et tectonique des êtres : la vie comme fait planétaire
Antoine KREMER : Brassages génétiques, diversité et adaptation

Après-midi & Soirée
Traversée guidée et commentée au départ du Bec d'Andaine (plage de Genêts) pour marcher jusqu'au Mont Saint-Michel en aller-simple


Dimanche 5 août
Matin
Jacques TASSIN : Regard d'un écologue sur l'ici et l'ailleurs
Sarah CLÉMENT : Archives et migrations

Après-midi
Emmanuelle HELLIO : Les fruits de la frontière [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Sarah VANUXEM : Du commerce ou du brassage juridique des semences paysannes

ATELIERS "JARDINS DIVERS" | Présentation
"À propos du potager planétaire", avec Yann LAFOLIE

Lancement de la grainothèque planétaire : cueillette, exposition et dégustation... des légumes planétaires — Suivi d'un Buffet planétaire

Soirée
ATELIERS "JARDINS DIVERS" | Présentation
Montage vidéo, avec Bulle MEIGNAN & Camille ZÉHENNE [Collectif Les Froufrous de Lilith]


Lundi 6 août
Matin
André MICOUD : Indigènes, natifs, autochtones, endémiques : restez plantés là où vous êtes !
Serge BAHUCHET : Les jardiniers de la nature et les brassages planétaires : à propos des animaux

Après-midi
L'expérience de Démosthène à Caen : migrations, droits et citoyenneté, table ronde avec Anne-Marie FIXOT, Miguel MARTINEZ et Bénédicte VACQUEREL

Sylvie MOMBO : Contes

Soirée
Bénédicte VACQUEREL : Ceux qu'on ne voit pas. Projection


Mardi 7 août
Matin
Christian GRATALOUP : La diversialité du vivant mondial. Peuples, plantes, animaux, maladies : petite histoire des discontinuités dans le temps long du Monde
Antoine HENNION : Débattre des mondes que nous voulons : les migrations comme proposition politique [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Après-midi
Maxime AUMON : Le Règne des Grands Chariots

ATELIERS "JARDINS DIVERS" | Présentation
"Balade", avec Raphaël CAILLENS
"Restitution des différents ateliers "Jardins divers"

Soirée
Sylvie MOMBO : Contes


Mercredi 8 août
Matin
ATELIERS "JARDINS DIVERS" | Présentation
"Restitution des différents ateliers "Jardins divers" (suite)

Synthèse et discussion générale

Gilles CLÉMENT : Esquisse de la préface de la nouvelle édition de l'Éloge des vagabondes [en ligne]

Après-midi
DÉPARTS


PRESSE / MÉDIAS :

• "Paris-Saclay au prisme des "brassages planétaires"", entretien avec Patrick MOQUAY (co-directeur du colloque) réalisé par Sylvain ALLEMAND [en ligne sur le site L'EPA Paris-Saclay | 31 août 2018].

• "Migrer, une condition d'existence du vivant", tribune de Gilles CLÉMENT, Emanuele COCCIA, Antoine KREMER, Jacques TASSIN et Sébastien THIÉRY [en ligne sur le site Libération | 20 septembre 2018].


ATELIERS "JARDINS DIVERS" :

Étudiants à l'ENSP et l'ENSA de Marseille, nous participons à l'organisation d'ateliers lors du colloque "Brassages planétaires". Ce thème est, et sera, au cœur de nos futurs métiers. C'est pourquoi nous voyons ce colloque comme une véritable opportunité pour participer aux débats, sous un regard, nous l'espérons, neuf.

Les ateliers "jardins divers" auront bien sûr pour thème les brassages planétaires, en abordant à la fois les notions de migrations végétales, mais aussi humaines et culturelles. Ils seront aussi l'occasion de discuter du sujet de manière moins formelle et plus détendue, que ce soit au travers de balades commentées dans le parc, de visionnages vidéo ou encore de récits d'expériences de voyage.

Nous proposons plusieurs interventions sous différentes formes :

"À la rencontre des arbres de Cerisy issus du brassage planétaire", balade avec Martin BOMBAL, Mathilde CLÉMENT, Nicolas DELPORTE, Tom TROÏANOWSKI et Véronique MURE
1h à 1h30 — Parc du domaine

Mathilde CLÉMENT
Mathilde Clément est étudiante en deuxième année à l'École Nationale Supérieure de Paysage de Marseille. De plus, avec Nicolas Delporte, lui aussi étudiant à l'ENSP, ils ont récemment remporté un concours étudiant national, organisé par l'Institut Klorane "Imaginer le jardin urbain méditerranéen de demain". Ce jardin prône le brassage planétaire en essayant d'accueillir des plantes de tout le biome méditerranéen (Afrique du Sud, Californie, Australie…) dans une seule parcelle : le Jardin des Nymphes. Ce jardin de 170 m2 a été inauguré en mai 2018 sur les plages du Prado à Marseille.

Nicolas DELPORTE
Nicolas Delporte est étudiant en dernière année à l'École Nationale Supérieure de Paysage de Marseille, ainsi qu'à l'Institut d'urbanisme d'Aix-Marseille, en Master 2 Paysage et aménagement. D'autre part, avec Mathilde Clément, elle aussi étudiante à l'ENSP, ils ont récemment remporté un concours étudiant national, organisé par l'Institut Klorane "Imaginer le jardin urbain méditerranéen de demain". Ce jardin prône le brassage planétaire en essayant d'accueillir des plantes de tout le biome méditerranéen (Afrique du Sud, Californie, Australie…) dans une seule parcelle: le Jardin des Nymphes. Ce jardin de 170 m2 a été inauguré en mai 2018 sur les plages du Prado à Marseille.

Tom TROÏANOWSKI
Tom Troïanowski est étudiant en 4ème et dernière année de l'École Nationale Supérieure de Paysage de Marseille. Il fait partie de la dernière promotion donnant accès au titre de Paysagiste DPLG (Diplômé Par Le Gouvernement).


Adrien SARELS étudie le monde arabe par le biais d'un Master à Science Po Lyon. Ce jeune voyageur solitaire nous racontera une des expériences de voyage dans le monde arabe, à travers notamment ses périples en auto-stop en Iran, Egypte, Maroc, Israël, Palestine ou Turquie. C'est au contact direct avec les habitants qu'il a pu embrasser le brassage des cultures. L'occasion pour nous de débattre autour du sujet.
30 min à 1h — Salle de projection ou en extérieur


Yann LAFOLIE est paysagiste concepteur, il aimerait proposer un travail in situ dans le potager de Cerisy. Parler des plantes comestibles directement dans le jardin, est pour lui un bon moyen de voir, goûter, sentir et toucher les brassages planétaires à l'œuvre dans les jardins vivriers du monde entier.
1h — Potager de Cerisy


Raphaël CAILLENS est paysagiste concepteur, mais ce qui l'anime avant tout c'est de raconter des histoires. Au fil d'une balade dans le parc, il nous contera une histoire de brassages planétaires.
1h à 1h30 — Parc du domaine


Collectif Les Froufous de Lilith (représenté par Bulle MEIGNAN et Camille ZÉHENNE) proposeront un montage vidéo sur le thème du brassage planétaire.
Camille Zéhenne est diplômée des beaux-arts de Cergy et doctorante. Elle est artiste-chercheuse.
Bulle Meignan travaille quant à elle à images de bibliothèque de Paris.
Toutes les deux font partie du collectif Les Froufrous de Lilith et organisent une fois par mois le Food and Film. Autour d'une thématique choisie et d'une proposition culinaire, Food and Film délivre une programmation de films de différentes natures: entre cinéma, vidéo, curiosités YouTube, clips clandestins ou archives. Elles proposent un montage d'extraits toujours critiques, politiques et décalés.
30 min à 1h — Salle de projection


SOUTIENS :

• École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles
• Val'hor (les professionnels du végétal)
• Klorane Botanical Foundation
• Veolia

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


QUE NOUS DISENT LES BEST-SELLERS ?


DU LUNDI 23 JUILLET (19 H) AU LUNDI 30 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Olivier BESSARD-BANQUY, Sylvie DUCAS, Alexandre GEFEN


ARGUMENT :

Rien n'est plus mystérieux qu'un best-seller. Car si certains semblent fabriqués à partir de recettes qui ne peuvent mener qu'au succès, combien d'autres livres issus du même moule passent complètement inaperçus tandis que des ouvrages parfois difficiles reçoivent un succès inattendu ? Quel point commun peut-on trouver au Capital de Marx, aux romans de Dickens ou aux aventures d'Harry Potter en passant par Le Petit Prince de Saint-Exupéry, Belle du seigneur d'Albert Cohen, sans oublier les œuvres de Pigault-Lebrun ou de Maurice Dekobra ? Y a-t-il des raisons objectives permettant de comprendre que ces livres aient rencontré le succès ? Et comment passer du livre qui anime une librairie à celui qui y met le feu ? Y a-t-il un élément, un secret, une technique qui permet de transformer tout volume en n°1 des ventes ? Quelle part revient à l'auteur dans cette réussite ? Et à l'éditeur ? Et aux lecteurs ? Et au-delà d'une simple recension des livres qui se sont très bien vendus depuis le XIXe siècle, que nous disent les best-sellers ? Est-ce une catégorie historique dont on peut relater l'invention ? Nous racontent-ils une histoire d'un horizon de réception, celui du "grand public", voire une histoire de la lecture ?

Le présent colloque vise à offrir un grand moment d'échange et de débat entre des spécialistes des différents aspects de la question et un large public composé d'auteurs, de professionnels du livre, d'enseignants, mais aussi d'auditeurs intéressés par les problèmes posés.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 23 juillet
Après-midi
"HORS LES MURS" — À LA MÉDIATHÈQUE DE SAINT-LÔ
EN AVANT-PREMIÈRE : SÉANCE PUBLIQUE
Accueil par Pascale NAVET, directrice de la Médiathèque de Saint-Lô
Rencontre-débat avec Michel BUSSI, auteur de best-sellers aux Presses de la cité
[vidéos en ligne sur la chaîne YouTube de Cerisy]

ACCUEIL DES PARTICIPANTS À CERISY

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 24 juillet
Matin
POURQUOI PRENDRE LES BEST-SELLERS AU SÉRIEUX ?
Olivier BESSARD-BANQUY & Sylvie DUCAS : Brève histoire des best-sellers, questions et enjeux liés aux best-sellers, d'après "l'entrée dans l'ère des cent mille" de Jean-Yves Mollier
Lecture du texte de Jean-Yves Mollier, par Olivier BESSARD-BANQUY & Sylvie DUCAS

Après-midi
LECTURES POUR TOUS
Anthony GLINOER : Les collections de classiques à bas prix [vidéoconférence]
David MARTENS : La fabrique publicitaire d'un best-sellers : que dire des lectures dans l'entre-deux-guerres ?
Alix MÉRAT : Proposer un dispositif de valorisation spécifique aux best-sellers en bibliothèque : enjeux et questionnements autour d'un rayon de best-sellers


Mercredi 25 juillet
Matin
SEXE, MONTAGES ET TOPOÏ
Matthieu LETOURNEUX : Best-sellers : consommation et idéologie [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Christelle REGGIANI : Y a-t-il une poétique du best-seller ?

Après-midi
AUTEUR À SUCCÈS, SUCCÈS DE L'AUTEUR
Martin WINCKLER : Comment (sur)vivre après un best-seller ? [vidéoconférence]
Sylvie DUCAS : Le prix Wepler, un anti-prix marchand dans une économie du prestige

Soirée
Débat, avec Marc LEVY [visioconférence]


Jeudi 26 juillet
Matin
ÉCONOMIE ET RECETTES DU SUCCÈS
Bertrand LEGENDRE : Économie du best-seller [texte lu par Olivier BESSARD-BANQUY]
Pascal DURAND : Le best-seller hors littérature
Michel MURAT : Utile dulci : le best-seller comme aide à la résilience [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Projection de Michel Bussi et le roman populaire, présenté par son réalisateur Christian CLÈRES


Vendredi 27 juillet
Matin
MONDIALISATION DU BEST-SELLER
Ofra LÉVY : Étudier les motifs générateurs de best-sellerisation en littérature Young Adult
Marie-Ève THÉRENTY : "Oui, je sais. On dirait du Storytelling…" : les incroyables histoires des auteurs de best-sellers

Après-midi
QUE FAIRE DE TOUS CES BEST-SELLERS EN LIBRAIRIE ET BIBLIOTHÈQUE ?
Table ronde avec des professionnels du livre, de l'édition, de la librairie, de la bibliothèque, avec la participation de Arnaud COIGNET [librairie Ryst, Cherbourg], de Marie-Rose GUARNIERI [libraire des Abbesses et fondatrice du prix Wepler], de François LAURENT [directeur général d'Univers Poche] et de Pascale NAVET [directrice de la Médiathèque de Saint-Lô]


Samedi 28 juillet
Matin
LE SEXE COMME INCUBATEUR DE SUCCÈS ?
Olivier BESSARD-BANQUY : De quelques succès poivrés d'avant-hier à hier
Magali BIGEY & Stéphane LAURENT : Nouveau lectorat et/ou Machine Marketing : 50 Nuances de Grey, les dessous d'un best-sellers

Après-midi
QUE NOUS DISENT LES BEST-SELLERS, DE LA LITTÉRATURE AUX SCIENCES HUMAINES
Charline PLUVINET : Spécularité des romans best-sellers : que nous disent les best-sellers de la littérature ?
Éric THIÉBAUD : Les best-sellers en sciences humaines


Dimanche 29 juillet
Matin
ALGORITHMES ET FEEL-GOOD BOOKS
Alexandre GEFEN : The Best Seller code and so on

Après-midi
BEST-SELLERS 2.0
Christine GUÉRINET : Quand les youtubeurs créent des best-sellers : entre starisation et légitimation
Oriane DESEILLIGNY : Des secrets de fabrication de best-sellers en contexte numérique ? Étude des conseils donnés aux auteurs et des pratiques éditoriales sur les plateformes numériques


Lundi 30 juillet
Matin
Synthèse et débat collectif

Après-midi
DÉPARTS


SOUTIENS :

• Université Bordeaux Montaigne
• Université de Paris Nanterre
• Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
• Fondation Khôra - Institut de France
• La Sofia
• Fondation d'entreprise La Poste

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


LES DISCOURS MEURTRIERS AUJOURD'HUI


DU LUNDI 23 JUILLET (19 H) AU LUNDI 30 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Laurence AUBRY, Gabriela PATIÑO-LAKATOS, Béatrice TURPIN


ARGUMENT :

Face aux phénomènes actuels de violence, une tendance manifeste porte à considérer les discours comme un épiphénomène, voire à en disqualifier la valeur. Poursuivant la démarche inaugurée avec le colloque Le langage totalitaire d'hier à aujourd'hui. En hommage à Victor Klemperer (Cerisy, 2010), l'on se proposera, à l'inverse, d'en étudier la dimension mortifère et d'interroger ce qui fonde l'efficacité des appels au meurtre. En effet le discours n'est pas un registre séparé des actes, ni des réalités historiques, sociales, politiques, économiques et subjectives.

Pour le montrer, ce nouveau colloque abordera cette dimension proprement discursive par l'exploration de différents champs de la communication. Il appréhendera les discours djihadistes contemporains en les situant dans leurs contextes géopolitiques, compte tenu de l'impact des nouveaux médias et des idéologies, mais aussi en les envisageant parmi d'autres phénomènes de violence sociale. Les discours destructeurs seront confrontés aux entreprises qui y résistent ou en fondent la critique par l'analyse anthropologique ou communicationnelle, la création littéraire et artistique, l'approche psychanalytique. Avec Victor Klemperer comme fil rouge des discussions, la rencontre suivra la trame du "religieux" sous ses différentes formes, dans un dialogue entre des intervenants venus de plusieurs horizons culturels, géographiques et disciplinaires et toutes les personnes qui se montreront intéressées par ces phénomènes sociétaux majeurs.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 23 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 24 juillet
Matin
Laurence AUBRY, Gabriela PATIÑO-LAKATOS & Béatrice TURPIN : Introduction générale
Paola PAISSA : Le "visage de la France" : que se cache-t-il derrière cette formule de l'après-janvier 2015 ?

Après-midi
Gilbert DIATKINE : Idéologie et violence
Mathieu TERRIER : Mémoire meurtrie et discours meurtrier : jihâd et apocalypse dans le shi'isme imamite


Mercredi 25 juillet
Matin
Luis Miguel CAMARGO GOMEZ : Le discours intime des institutions médicales et de secours face aux violences dans les villes colombiennes
Sophie JEHEL : Adhésion aux images meurtrières, adhésion aux discours meurtriers. Analyse de la réception par les adolescents des images violentes, sexuelles et haineuses diffusées en contexte médiatique néolibéral

Après-midi
Dominique BOURDIN : Idéalisation et diabolisation dans les discours meurtriers
Yana GRINSHPUN : Les nouveaux médias d'information et les vieux procédés de manipulation

Soirée
Sabine OLEWKOWIEZ CANN : Aller Retour. Voyages dans le temps… : autour d'un livre


Jeudi 26 juillet
Matin
Laure WESTPHAL : Le discours jihadiste et sa dialectique de vengeance et sacrifice
Laurence AUBRY : Les discours meurtriers aujourd'hui : quelle séduction ?

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 27 juillet
Matin
Maéva CLÉMENT & Éric SANGAR : L'engagement violent féminin : contournements discursifs sous le nazisme et sous l'État Islamique [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Karine ROUQUET-BRUTIN & Suzanne MULLER : Partir étudier ailleurs, passer une frontière, trouver une langue

Après-midi
Nolwenn LORENZI BAILLY : Discours de radicalisation : manipulation et tensions identitaires
Augustin EMANE : Les controverses autour des chants en Afrique du Sud. Entre incitation au meurtre et liberté d'expression, un passé qui ne passe pas


Samedi 28 juillet
Matin
Gabriela PATIÑO-LAKATOS : Les fonctions de l'image et du discours dans les montages mythiques des actes meurtriers

Après-midi
Béatrice TURPIN : Discours meurtriers et discours totalitaires. En en suivant la trame…
Hasna HUSSEIN : Daëch, langue du IVe Reich ?


Dimanche 29 juillet
Matin
Fred HAILON : La pensée figée ou la "comédie macabre" du discours
Ghyslain LÉVY : On tue quelque chose ou des paradoxes meurtriers

Après-midi
Ugo RUIZ : Tuer au nom de valeurs démocratiques : une étude du discours du 16 novembre 2015 du Président François Hollande
Noëlle DIEBOLD : "On a rien vu" : voir, prévoir, prévenir pour protéger


Lundi 30 juillet
Matin
Conclusion générale

Après-midi
DÉPARTS


BIBLIOGRAPHIE :

• ANGENOT Marc, "La rhétorique de la qualification et les controverses d'étiquetage", Argumentation et Analyse du Discours, 13, 2014 [en ligne].
• ANGENOT Marc, Dialogues de sourds. Traité de rhétorique, Paris, Mille et Une Nuits, 2008.
• ARCHETTI Cristina, "Terrorism, Communication and the New Media in the Digital Age", Perspectives on Terrorism, 9/1, Universiteit Leiden, 2015.
• ARENDT Hannah, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, Trad. A. Guérin, Paris, Gallimard, 1966, Coll. "Folio", 1991.
• ATHENS Loonie H., The Creation of Dangerous Violent Criminals, Champaign, University of Illinois Press, 1992.
• AUBRY Laurence, "In lingua veritas. La langue comme crédo ou comme balancier", Revue française de psychanalyse, vol. 79, n°1, 2015, pp. 42-54.
• AUBRY Laurence, "D'une perversion de l'autorité dans le langage. Ces langues qui coupent la pensée", Topique, n°133, 2015, pp. 65-79.
• AUBRY Laurence, TURPIN Béatrice, Victor Klemperer. Repenser le langage totalitaire, Colloque de Cerisy, CNRS éditions, Paris, 2012.
• BALIBAR Étienne, Violence et civilité : Wellek Library Lectures et autres essais de philosophie politique, Paris, Éditions Galilée, 2010.
• BENICHOU David, KHOSROKHAVAR Farhad, MIGAUX Philippe, Le jihadisme, Plon, 2015.
• BENSLAMA Fethi, La psychanalyse à l'épreuve de l'Islam, Paris, Aubier, 2003.
• BENSLAMA Fethi, Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman, Paris, Le Seuil, 2016.
• BENSLAMA Fethi, KHOSROKHAVAR Farhad, Le Jihadisme des femmes. Pour-quoi ont-elles choisi Daech ?, Paris, Le Seuil, 2017.
• BERTRAND Michèle, "Le djihadisme à l'adolescence", Adolescence, n°99, 2017, pp. 135-147.
• BERTRAND Michèle, "Le théologico-politique aujourd'hui", Topique, n°133, 2015, p. 107-114.
• BLANCHET Philippe, Les mots piégés de la politique, "Petite encyclopédie critique", Éd. Textuel, Paris, 2017.
• BOUDON Raymond, Le juste et le vrai, Paris, Fayard, 1995.
• BOURDIN Dominique, "Enjeux de l'idéalisation religieuse à l'adolescence", Adolescence, n°86, 2014, pp. 835-851.
• BOURDIN Dominique, "De la rage d'exister à la rage de tuer. Quelques notations partielles", Aspasia, Psychanalyse dans la cité, 30 mai 2016.
• BOURDIN Dominique, "Le meurtre du semblable : quelques notations partielles", Le Carnet PSY, n°203, 2017, pp. 31-36.
• BRETON Philippe, La parole manipulée, Paris, La Découverte, "Poche", 2000.
• CANETTI Elias, Masse et puissance, Gallimard, 1966 [Hamburg, Claussen Verlag, 1960].
• CASTAREDE Marie-France, DOCK Samuel, Le nouveau malaise dans la civilisation, Paris, Plon, 2015.
• CHARAUDEAU Patrick, Les médias et l'information, Bruxelles, De Boeck, 2011.
• CHAUVET Évelyne, DANON BOILEAU Laurent (éd.), Psychanalyse et terrorisme : l'effroi peut-il s'élaborer ?, Paris, Presses universitaires de France, 2017.
• DANBLON Emmanuelle, La fonction persuasive, Paris, A. Colin, 2005.
• DELEPLACE M. (éd.), Les discours de la haine. Récits et figures de la passion dans la Cité, Presses universitaires du Septentrion, 2009.
• DELESTRE Antoine, LEVY Clara, L'esprit du totalitarisme, La Tour d'Aigues, L'Aube, 2016.
• DEWITTE Jacques, Le Pouvoir de la langue et la liberté de l'esprit, essai sur la résistance au langage totalitaire, Paris, Michalon, 2007.
• DIATKINE Gilbert, "La dictature de la raison", Revue française de psychanalyse, vol. 80, n°1, 2016, pp. 54-64.
• DIATKINE Gilbert, "L’énigme du sadisme", Revue française de psychanalyse, vol. 80, n°3, 2016, pp. 733-740.
• DOURY Marianne, Argumentation. Analyser textes et discours, Paris, A. Colin, 2016.
• EL DIFRAOUI Abdelasiem, Al-Qaida par l'image. La prophétie du martyre, Paris, Presses universitaires de France, 2013.
• FAIRCLOUGH Norman, Analyzing Discourse. Textual Analysis for Social Research, London, Routledge, 2003.
• FAYE Jean Pierre, Le langage meurtrier, Hermann, 1996.
• FAYE Jean Pierre, Introduction aux langages totalitaires, Hermann, 2003.
• FREUD Sigmund, Totem et tabou, Paris, Payot [1913], 2001.
• FREUD Sigmund, L'avenir d'une illusion, Paris, PUF [1927], 2004.
• FREUD Sigmund, Malaise dans la civilisation, Paris, Payot [1930], 2010.
• GAUCHET Marcel, L'avènement de la démocratie. À l'épreuve des totalitarismes, Paris, Gallimard, 2010.
• KAHN Laurence, Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse, Presses universitaires de France, 2018.
• KHOSROKHAVAR Farhad, Les Nouveaux Martyrs d'Allah, Paris, Flammarion, 2002.
• KHOSROKHAVAR Farhad, Radicalisation, Paris, Éditions de la maison des sciences de l'Homme, 2014.
• KLEMPERER Victor, LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d'un philologue, Paris, Albin Michel, Coll. "Bibliothèque Idées" [1947], 1996.
• KOREN Roselyne, AMOSSY Ruth (éds.), Après Perelman : quelles politiques pour les nouvelles rhétoriques ?, L'Harmattan, 2002.
• KRISTEVA Julia, Pouvoir de l'horreur. Essai sur l'abjection, Paris, Éditions du Seuil, 1980.
• KRISTEVA Julia, Cet incroyable besoin de croire, Paris, Bayard, 2017.
• L'HEUILLET Hélène, Tu haïras ton prochain comme toi-même, Paris, Albin Michel, 2017.
• HALLDEN Philip, "What is Arab Islamic Rhetoric ? Rethinking the history of Muslim oratory art and homiletics", International Journal of Middle East Studies, 37, 2005.
• LECERCLE Jean-Jacques, La violence du langage, Paris, Presses universitaires de France, 1996.
• LEGENDRE Pierre, Jouir du pouvoir, Paris, Minuit, 1976.
• MERTON Robert K., "War and the crisis of language", in GINSBERG Robert, The Critique of War : Contemporary Phisolophical Explorations, Chicago, H. Regnery Company, 1969.
• MONDZAIN Marie-José, L'image peut-elle tuer ?, Montrouge, Bayard Culture, 2015.
• MONDZAIN Marie-José, Confiscation : des mots, des images et du temps, Paris, Les Liens qui libèrent, 2017.
• MOURAD Suleiman, La mosaïque de l'islam. Entretien sur le Coran et le djihadisme avec Perry Anderson, Paris, Fayard, Institut d'Études Avancées de Nantes, 2016.
• OLEWKOWIEZ-CANN Sabine, Aller Retour. Voyages dans le temps…, Paris, L'Harmattan, 2014.
• PANH Rithy, L'élimination, Éd. Grasset & Fasquelle, 2011.
• RICHARD François, L'actuel malaise dans la culture, Paris, Éditions de l'Olivier, 2011.
• RICHARD François, "Le surmoi perverti", Revue Française de Psychanalyse, vol. 81, n°2, 2017, pp. 338-350.
• ROGOZINSKI Jacob, Djihadisme : le retour du sacrifice, Paris, Desclée de Brouwer, 2017.
• SALAZAR Philippe-Joseph, Paroles Armées. Comprendre et combattre la propagande terroriste, Paris, Lemieux Éditeur, 2015.
• SANSAL Boualem, Gouverner au nom d'Allah, Paris, "Folio", Gallimard, 2013.
• SEMELIN Jacques, Purifier et détruire, Usages politiques des massacres et génocides, Paris, Seuil, 2005.
• STRENGER Carlo, Le Mépris civilisé, Paris, Belfond, 2016.
• TRAVERSO Enzo, Le totalitarisme, Le XXe siècle en débat, Seuil, "Points", 2001.
• TCHAKHOTINE Serge, Le viol des foules par la propagande politique, Gallimard, 1952.
• TODOROV Tzvetan, Le siècle des totalitarismes, Paris, "Bouquins", Laffont, 2010.
• WEIMANN Gabriel, New terrorism and new media, Washington D.C., Wilson Center, 2014.


SOUTIENS :

• Université de Cergy-Pontoise
• Université de Perpignan

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


LES SUPERHÉROS : UNE MYTHOLOGIE POUR AUJOURD'HUI


DU VENDREDI 13 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 20 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Christian CHELEBOURG, Lauric GUILLAUD


ARGUMENT :

Nés entre les deux Guerres Mondiales, au carrefour des principales littératures de l'imaginaire, superhéros et superhéroïnes apparaissent comme un concentré des rêveries occidentales sur l'héroïsme et la Force. Ils réactivent alors la veine mythologique pour mieux refléter les ambivalences de la culture américaine, déchirée entre sauvagerie primitive et modernité technologique. Leur succès depuis près d'un siècle doit désormais interroger sur le sens qu'a pris leur geste dans la culture de jeunesse.

S'il convient de revenir sur leur genèse, voire sur leur définition, il est surtout important d'étudier leur fortune intermédiatique et l'étonnante malléabilité qui a favorisé tout à la fois leur prolifération et les hybridations génériques auxquelles ils se prêtent. Il faut examiner l'abondante descendance qui est la leur dans tous les registres, jusqu'à la parodie, et la manière dont ils ont renouvelé les figures de Sauveurs. Les superhéros n'étant rien sans les supervilains qu'ils affrontent, la dialectique qui les oppose mérite aussi toute l'attention, de même que les chronotopes allégoriques dans lesquels ils évoluent. Enfin les modes de production et de diffusion de ces personnages interrogent le statut de l'auteur dans le contexte de l'industrie culturelle, tout comme ils mettent en avant la part grandissante des produits dérivés sur le marché de la fiction.

Les communications devront être accessibles à un public non spécialiste. Le public sera le bienvenu et les auditeurs pourront prendre part aux débats, éclairer les discussions de leurs propres connaissances et contribuer à la réflexion collective.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 13 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 14 juillet
Matin
Lauric GUILLAUD : Généalogie des superhéros : du régime de l'écrit au régime de l'image
Xavier FOURNIER : Superhéros, défenseurs secrets de l'hexagone

Après-midi
Kévin POEZEVARA : Superman ou l'invention de l'adolescence
Dennis TREDY : Adaptation, traumédialité et kitschification : la percée des superhéros de bandes dessinées lors des âges d'or de la radio et de la télévision américaines


Dimanche 15 juillet
Matin
Dominique MEYER-BOLZINGER : Enquêteurs et superhéros, même combat ?
Marie-Hélène BAUER : Fantômette, une superhéroïne franco-française ?

Après-midi
Victor-Arthur PIÉGAY : Naissance et renaissances des Watchmen, de Charlton Comics à DC Rebirth [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Guillaume LABRUDE : Batman : Arkham, caractérisation et contre-pouvoir des supervilains dans le domaine vidéoludique


Lundi 16 juillet
Matin
Clotilde THOURET : Normalité du superhéros, ou : de l'ordinaire dans le superhéroïsme
Maryse PETIT : L'Habit fait-il le superhéros ?

Après-midi
Anne-Marie PAQUET-DEYRIS : Jessica Jones : entre privée de Film noir et anti-Superwoman ?
Mélanie BOISSONNEAU & Camille ZIMMERMANN : Wonder Woman et Jessica Jones : les féminismes des superhéroïnes
Élodie CHAZALON : Mystique et mystification de la femme engagée à l'heure du "global feminism"


Mardi 17 juillet
Matin
Christian CHELEBOURG : La cape et le pantin : Disney et les superhéros avant Marvel (1965-2009)
Sébastien BERTRAND : Les Super sentai et le triomphe du soft power japonais

Après-midi
DÉTENTE


Mercredi 18 juillet
Matin
Isabelle LABROUILLERE : Le devenir mythique d'un héros ordinaire : du prototype à l'archétype dans Darkman de Sam Raimi
Gilles MENEGALDO : Intertextualité et variations plastiques dans Batman et Batman Returns de Tim Burton

Après-midi
Stella LOUIS : Les vampires du XXIe siècle : demi-dieux et superhéros, entre héritage et transgression
Chloé QUESNEL : Les résonances gothiques dans le monde des superhéros


Jeudi 19 juillet
Matin
Jean-Paul MEYER : The Phantom : ascendances et filiations d'un super-justicier
Yann CALVET : Les superhéros sont-ils des hommes ?

Après-midi
Christophe BECKER : marXist ! De la dissémination des théories "alt left" dans les comic books anglo-saxons
Danièle ANDRÉ : Quand la guerre tue les superhéros : de Serge Lehman à Marvel Civil War


Vendredi 20 juillet
Matin
Hélène VALMARY : Les bienfaits de la colère : à propos de Hulk (comics, séries télévisées, cinéma)
Cong Minh VU : Logan (2017) ou la finitude des superhéros

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Danièle ANDRÉ : Quand la guerre tue les superhéros : de Serge Lehman à Marvel Civil War
La deuxième guerre mondiale a vu la naissance des superhéros américains et la disparition des superhéros français. La guerre semble donc étroitement liée au sort de ces figures hors du commun. Avec Marvel Civil War (2006-2007), la guerre ne leur est plus extérieure, elle les divise et les décime. Étrangement, en France, à peu près à la même époque, les superhéros réapparaissent. Nés dans des périodes d'instabilité ou de guerre, dont ils sont victimes et/ou témoins, ils reviennent parler de leur origine, de la première moitié du XXe siècle, et des guerres subies. Ce faisant, ils nous rappellent, comme les personnages de Marvel, combien leur existence et leur disparition sont symptomatiques d'une société qui semble chercher qui elle est, ou qui a peut-être déjà perdu son identité en se dépouillant de certaines valeurs fondatrices. C'est ce que cette communication s'attachera à analyser à travers Marvel Civil War et les œuvres de Serge Lehman : La Brigade Chimérique (2009-2010), Masqué (2012-2013), L'Homme Truqué (2013) et L'Œil de la nuit (2015-2016).

Danièle André est maître de conférences en civilisation et cultures populaires états-uniennes dans le département LEA Amériques de l'université de La Rochelle. Ses recherches ont pour but d'analyser et de comprendre comment la culture populaire (surtout en Amérique du Nord) et, plus particulièrement, la science-fiction, le cinéma, les séries télévisées, les jeux de rôle et les romans graphiques, traitent de l'être humain dans son environnement social. Ses travaux ont pour but de souligner que les cultures populaires non seulement reflètent le fonctionnement des sociétés, mais qu'elles aident aussi à imaginer leur évolution et à façonner leur avenir.

Marie-Hélène BAUER : Fantômette, une superhéroïne franco-française ?
Dès le premier épisode de la série, Ficelle, sa camarade, la dessine avec des ailes de chauve-souris, l'affiliant de fait à son homologue américain Batman. Pourtant, Pierre Bannier note qu'il s’agit d'"une œuvre franco-française" dans son ouvrage Les Microsociétés pour la littérature pour la jeunesse. L'Exemple de Fantômette (L'Harmattan, 2000). Il s'agira alors d'étudier la particularité de Fantômette et du chronotope dans lequel elle évolue. Dans cette perspective, nous comparerons, entre autres, les livres originaux et la série animée du début des années 2000 destinée à un public international.

Christophe BECKER : marXist ! De la dissémination des théories "alt left" dans les comic books anglo-saxons
Longtemps considérés comme s'adressant à un public adolescent, les comic books ont subi une transformation profonde avec l'apparition de l'underground comix aux États-Unis à partir de 1968 et en Angleterre à partir de 1973, mais également de la "British Invasion" dans les années 1980. La bande dessinée n'est, dés lors, plus un divertissement simple ou naïf, mais le moyen de disséminer des théories marxistes passées par le prisme des Situationnistes français, de l'Anarchisme ou de mouvements politiques baptisés — souvent de façon péjorative — "alt left" ou "hard left". Nous étudierons les stratégies employées par les scénaristes de comic books pour développer, voire questionner, ces théories, mais également leur réception au sein des sociétés américaines et britanniques peu enclines au discours collectiviste ou anticapitaliste. Nous nous pencherons autant sur les comic books indépendants, comme V for Vendetta d'Alan Moore (Vertigo, 1988) ou The Invisibles de Grant Morrison (Vertigo, 1994), que sur des titres précurseurs qui, aujourd'hui encore, sont en tête des ventes dans le monde comme les X-Men créés par Stan Lee et Jack Kirby en 1963, ou Silver Surfer créé par Jack Kirby en 1966 pour Marvel Comics.

Enseignant l'anglais dans un collège de Villejuif, Christophe Becker est professeur certifié d'anglais et Docteur de l'université Paris 8 en Langues, littératures et civilisations des pays anglophones. Après avoir soutenu en décembre 2010 une thèse intitulée : "L'Influence de William S. Burroughs dans l'œuvre de William Gibson et de Genesis P-Orridge", ses recherches portent essentiellement sur l'héritage Burroughsien dans le domaine littéraire et musical, mais également sur le corps comme sujet d'expérience artistique et sur la culture populaire. En collaboration avec l'éditeur Aurélien Gleize (Questions Théoriques) et le Victoria & Albert Museum de Londres, il coordonne actuellement la traduction et la publication en ligne du poème "Agrippa" de William Gibson, 1992.

Sébastien BERTRAND : Les Super sentai et le triomphe du soft power japonais
Depuis 1979 au Japon, les séries franchisées Super sentai mettent en scène des groupes de héros doués de superpouvoirs en lutte contre les forces du Mal qui menacent la Terre. Tournées dans un pays qui atteint un pic de croissance et de prospérité économique dans les années 1980, plébiscitées par le public, elles sont ensuite renouvelées chaque année tout en gardant des codes stricts. Les Super sentai connaissent également un grand succès à l'exportation (notamment en France, où elles sont principalement diffusées dans l'émission Club Dorothée) et la consécration mondiale en 1993 à travers son adaptation américaine Power Rangers. L'intervention posera comme problématique le lien entre les Super sentai et la puissance économique et culturelle japonaise dans les années 1980 et 1990. Elle analysera les codes et principes qui régissent ces séries, les thèmes qui y sont développés et enfin, les raisons et modalités de leur succès international, à mesure que le phénomène de mondialisation s'accélère.

Sébastien Bertrand, professeur agrégé et docteur en histoire contemporaine, enseigne en Classes Préparatoires aux Grandes Écoles aux Lycées Janson de Sailly (Paris XVIe) et Chaptal (Paris VIIIe). Ses travaux portent sur l'Asie orientale (Japon, Corée du Sud, monde chinois) et sur l'inscription des cultures de jeunesse dans l'histoire contemporaine. Il a participé à trois colloques de Cerisy : Walt Disney (2011), Littérature et culture de jeunesse : configuration des mœurs (2013) et Secrets, complots, conspirations (2016).
Dernière parution
"Adolescence et mythologie : Saint Seiya, manga et anime éducatifs", in C. Chelebourg & F. Marcoin (dir.), Civiliser la jeunesse, Colloque de Cerisy, Artois presses université, Les Cahiers Robinson, n°38, 2015.

Mélanie BOISSONNEAU & Camille ZIMMERMANN : Wonder Woman et Jessica Jones : les féminismes des superhéroïnes
Depuis quelques années, les films et séries mettant en scène des superhéros se multiplient (37 films depuis 2010, seulement pour les comics américains). Parmi ces adaptations, les quelques personnages féminins qui ont eu les honneurs du premier rôle interrogent de manière différente la notion du genre, et mettent en exergue une forme de déchirement au sein de la culture pop entre héroïsme et féminité, agentivité et hyper-sexualisation. Jessica Jones (adaptée par Melissa Rosenberg pour Netflix en 2015) et Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017) sont deux exemples représentatifs de l'avenir possible pour les superhéroïnes. Cette communication à quatre mains permettra d'explorer, dans une perspective diachronique, ces nouvelles représentations féminines.

Mélanie Boissonneau, docteure en études cinématographiques et audiovisuelles et ATER à l'université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, est membre de l'IRCAV.
Publications
Les pin-up au cinéma, Co-écrit avec Laurent Jullier, Armand Colin, 2010.
(co-dirigé) Tim Burton, horreurs enfantines, L'Harmattan, 2016.
Articles
"Enjeux de la superhéroïne au cinéma", Revue Théorème, n°13, Numéro spécial : "Du héros au superhéros", Dirigé par Claude Forest, 2009.
""Je mettrai une robe quand on t'enterrera". Jessica Jones et le renouvellement de la figure de la super-héroïne", Avec Laurent Jullier, Ouvrage collectif : Le superhéros à l'écran. Mutations, transformations, évolutions, Dirigé par Elie Yazbek, Orizons, Coll. "Cinématographies", 2017.

Camille Zimmermann est doctorante contractuelle à l'université de Lorraine où elle poursuit depuis octobre 2016 sous la direction de Christian Chelebourg une thèse intitulée "Belles mais pas bêtes : la rénovation de l'identité féminine dans les fictions de jeunesse à l'heure du Girl Power".

Yann CALVET : Les superhéros sont-ils des hommes ?
Les personnages des comic strips présentent la version moderne des héros mythologiques ou folkloriques en même temps qu'ils sont une incarnation d'une forme d'idéal, voire des archétypes qui se manifestent sous forme d'histoires. Parmi cet ensemble apparemment homogène et optimiste du film de superhéros, se développent pourtant, dans le cinéma indépendant comme au sein des majors, des sous-ensembles qui cherchent à déconstruire ou bien à inverser les enjeux et les valeurs du modèle initial. Incassable (M. Night Shyamalan, 2000) déconstruit par exemple les mécanismes de la fascination du public pour le "superhéros". Avec Split (2017), Shyamalan récidive en construisant cette fois son récit autour de l'évolution traumatique d'un personnage aux pouvoirs inquiétants. De même les (anti)superhéros, irrévérencieux et sans idéaux, de Hancock (Peter Berg, 2008) à Deadpool (Tim Miller, 2016) se multiplient au cinéma et un film comme American Hero (Nick Love, 2016) transforme le film de superhéros en fable sociale tragi-comique. Que nous dit cette évolution de la figure du superhéros au cinéma sur la société américaine ?

Yann Calvet est MCF en études cinématographiques à l'université de Caen Normandie. Ses recherches portent sur les rapports entre le cinéma, l'imaginaire et les mythes. Il a publié un ouvrage intitulé Cinéma, imaginaire, ésotérisme : Murnau, Dreyer, Tourneur, Lewin (L'Harmattan, 2003). Fondateur et rédacteur en chef adjoint de la revue Eclipses, il a coordonné plusieurs numéros sur F.F. Coppola, Gus Van Sant, M. Cimino, H. Miyazaki, Tim Burton, les frères Coen, David Fincher, Michael Powell, John Boorman, Wim Wenders, Christopher Nolan, M. Night Shyamalan.

Élodie CHAZALON : Mystique et mystification de la femme engagée à l'heure du "global feminism"
Depuis la "troisième vague" féministe des années 80 et l'émergence d'Internet et des nouveaux médias, l'imaginaire autour de la femme engagée l'apparie de façon presque systématique à la figure de la superhéroïne. La mystique autour de la superhéroïne des All-Stars comics des années 40 sature la culture visuelle et se déploie aujourd'hui via un panel de films, séries télévisées, livres, musiques, arts visuels et produits dérivés. La terminologie, l'esthétique et la mythographie étasunienne que l'on trouve dans ces fictions populaires s'appliquent aux individus et groupes féminins dits engagés, soit une ritualisation frôlant la mystification et redéfinissant la notion même d'engagement et ses perceptions intergénérationnelles.

Élodie Chazalon est Maître de Conférences en Études Anglophones à l'université de La Rochelle. Ses recherches en civilisation américaine portent sur les représentations féminines dans la culture populaire américaine (presse, séries TV, culture visuelle) et sur les pratiques culturelles et la façon dont elles (dé)construisent les identités individuelles et collectives. Elle s'intéresse depuis peu à la notion d'"engagement au travers" (politique, culturel, artistique, "au féminin") et a récemment coordonné, aux côtés de Danièle André, l'ouvrage Popular Culture(s) on the Move in the United States : Miscellanies, aux Éditions Michel Houdiard.

Xavier FOURNIER : Superhéros, défenseurs secrets de l'hexagone
Et si le superhéros n'était pas 100% américain ? S'il avait plus de trois cents ancêtres ou/et cousins français produits depuis le dix-neuvième siècle ? Et s'ils repoussaient aussi les frontières des médias ? S'ils se cachaient aussi bien dans les romans populaires que dans la BD, le cinéma muet et même dans les faits divers ? Si certains d'entre eux s'étaient exportés aussi bien en Italie qu'au Mexique ou aux États-Unis ? Femmes ailées, robots combattants les nazis, aveugles clairvoyants, hommes-panthères, télépathes ou seigneurs du temps… Atomas, Fulguros, l'Oiselle, Fantax, Coraline, HeroCorp, le Nyctalope, les Chevaliers de l'Étoile, Ladybug (Miraculous)… Qui sont les superhéros français, qu'ont-ils inspirés et pourquoi, pour la plupart d'entre eux, les avons-nous rangés dans un grenier oublié ?

Lauric GUILLAUD : Généalogie des superhéros : du régime de l'écrit au régime de l'image
Comment est-on passé, dans la littérature de l'imaginaire anglo-saxonne (fantastique, aventure, science-fiction), de l'écrit à l'image, en moins de cent ans ? Comment la figure mythique du héros s'est-elle imposée à travers de nouveaux vecteurs de diffusion populaire (BD, cinéma) ? Loin d'être monolithiques, les héros américains subissent graduellement des métamorphoses, dues essentiellement au contexte idéologique de l'époque. Par l'éclatement générique et le glissement vers l'hybridation, ils révèlent le caractère fondamentalement schizoïde de l'inconscient américain. Pour retracer la genèse des superhéros, il faut revisiter les mythologies, la littérature populaire, les comics, sans oublier les héros du XIXe siècle (Leatherstocking, Tarzan, Allan Quatermain). Il faut retracer l'histoire américaine avec l'essor du cinéma et la découverte au XXe siècle d'une nouvelle culture de masse, le "pulp fiction magazine". Mais la genèse des "superhéros" américains passe aussi par l'Europe. D'abord par la France, où Fantomas lance le culte du vengeur masqué. Ensuite par la Grande-Bretagne où paraît, dès 1913, dans The Wonder, l'étrange personnage de "the Winged Man", personnage de l'entre-deux, qui se tient entre "Minuit et l'Aube". Cette double activité diurne et nocturne est au cœur de la problématique schizoïde des futurs "superhéros" américains, de Superman à Batman, en passant par The Shadow ou The Spirit. Cette hybridité typiquement anglo-saxonne d'archaïsme et de futurisme annonce non seulement Batman, mais Flash, Phantom, Doll Man et autre Bulletman. Dynamisée par le triomphe graduel du régime de l'image, la genèse du superhéros participe aussi du métissage généralisé des formes littéraire (le gothique) et graphique, l'une des caractéristiques fondamentales du phénomène des superhéros au XXIe siècle.

Guillaume LABRUDE : Batman : Arkham, caractérisation et contre-pouvoir des supervilains dans le domaine vidéoludique
La naissance d'un superhéros entraîne bien souvent celle de supervilains : ces ennemis hauts en couleur forment un contre-pouvoir de taille à la justice superhéroïque et à sa capacité discutable à être juge, juré et bourreau. Lorsqu'un joueur incarne un superhéros, comme c'est le cas dans la quadrilogie Batman : Arkham des studios Rocksteady, il se confronte aux antagonistes qui peuplent l'univers qu'il parcourt. Le medium vidéoludique va alors permettre vis-à-vis de ces supervilains deux processus : une caractérisation des personnages à travers le gameplay, la façon de les vaincre et leur environnement ; mais également la mise en lumière de leur fonction première de contre-pouvoir, induisant ainsi une question morale dans le jeu vidéo. Le joueur peut échouer et ainsi ne plus progresser au sein de l'intrigue, le phénomène accentuant l'antagonisme avec ces criminels de fiction et induisant chez celui ou celle qui incarne le héros une volonté de confrontation. Pourtant, depuis l'Âge de Bronze des comics, les ennemis du Chevalier Noir de Gotham City se trouvent davantage approfondis en terme de background, induisant une certaine empathie de la part du lecteur qui, des années plus tard, devra les affronter. Cette communication se propose d'analyser la construction des supervilains dans les jeux vidéo Batman : Arkham Asylum, Arkham City et Arkham Knight afin de mettre en lumière les techniques vidéoludiques de caractérisation des personnages.

Diplômé de l'Institut Européen de Cinéma et d'Audiovisuel (Nancy), Guillaume Labrude est doctorant au sein du laboratoire LIS (Littératures, imaginaire, sociétés) à l'université de Lorraine, sous la direction de Christian Chelebourg. Ses travaux de thèse ont pour thème les représentations de la famille dans la licence Batman et ses différentes adaptations depuis 1939. En 2016 et 2017, il communique lors des colloques de Cerisy, Secrets, complots, conspirations et Spectres de Poe dans la littérature et les arts, sur les sociétés secrètes vues par Christopher Nolan dans sa trilogie dédiée au Batman et à l'influence d'Edgar Allan Poe sur la licence initiée par Bob Kane et Bill Finger. Il contribue régulièrement à la revue The Conversation avec des articles traitant de cinéma et de télévision et a publié De Robin à Batman : le complexe du rouge-gorge à l'université de Caen Normandie.

Stella LOUIS : Les vampires du XXIe siècle : demi-dieux et superhéros, entre héritage et transgression
À l'aube des années 2000, un nouveau type de superhéros a émergé, coïncidant avec les nouvelles capacités du cinéma à l'ère du numérique : le vampire. Désormais détaché de toute monstruosité mortifère et démoniaque, il propose une nouvelle descendance hybride au superhéros, dont il hérite aussi une origine mythologique. La voie de ce changement est ouverte par Blade, comic Marvel adapté au cinéma par Stephen Norrington en 1998. S'adaptant à la modernité numérique, plusieurs autres vampires suivront (jusqu'au personnage même de Dracula), confrontant l'ordinaire (humain), l'archaïque (la tradition), au futur (la technologie), dans un contexte social et politique évident.

Stella Louis, qui termine une thèse en études cinématographiques sur la représentation contemporaine du vampire à l'ère numérique, enseigne le cinéma à l'université et participe à l'animation d'un ciné-club à Paris.

Dominique MEYER-BOLZINGER : Enquêteurs et superhéros, même combat ?
L'enquêteur et le superhéros sont deux personnages mythiques modernes, deux figurations de l'héroïsme dans des imaginaires qui semblent incompatibles. On peut donc s'interroger sur ce qui les sépare : est-ce leur histoire, leur mission, leur genre, leurs motivations ? Si certains détectives peuvent être rapprochés des superhéros par leur pouvoir extraordinaire d'observation et l'acuité de leur coup d'œil, s'il existe des superhéros qui se mettent à enquêter, on s'attardera plus particulièrement sur Daredevil, Watchmen et Thursday Next, pour montrer comment, d'un point de vue narratologique et méthodologique, ils enquêtent, ce qui revient à caractériser la manière dont s'élaborent leurs univers fictionnels et leur identité fictive, de même que leur figuration de l'héroïsme.

Dominique Meyer-Bolzinger est maître de Conférences en Littérature Française à l'université de Haute-Alsace (Mulhouse). Spécialiste de l'enquête, qu'elle étudie d'un point de vue épistémologique et poétique, elle s'intéresse tout particulièrement aux méthodes d'investigation fictive, à l'imaginaire de l'enquête et aux transferts du roman policier vers la littérature. Elle est l'auteur de plusieurs articles sur ces questions, en particulier sur les traces du roman policier dans l'œuvre de Patrick Modiano.
Publication
"L'imaginaire de l'autopsie", in H. Machinal, G. Ménégaldo, J.-P. Naugrette (dir.), Sherlock Holmes, un nouveau limier pour le XXIe siècle, Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Rennes, 2016, p. 75-88.
"Sherlock Holmes est-il un héros pour la jeunesse ?", in P. Clermont, L. Bazin, D. Henky (dir.), Esthétiques de la distinction : gender et mauvais genres en littérature de jeunesse, Peter Lang, 2013, p. 239-250.
La méthode de Sherlock Holmes, de la clinique à la critique, Campagne Première, 2012.

Anne-Marie PAQUET-DEYRIS : Jessica Jones : entre privée de Film noir et anti-Superwoman ?
Dans l'univers des productions Marvel, le personnage de "superhéros" de Jessica Jones est l'un des plus récents à être apparus à l'écran en 2015. Dérogeant au mode superhéroïque systématique des protagonistes du studio, sa représentation d'être cynique brisé par un trauma ancien la rend paradoxalement attachante, non grâce à ses super-pouvoirs dont la dimension minimaliste est clairement affichée, mais parce que c'est avant tout une femme qui lutte contre ses démons et le monde tout entier. Paradoxalement toutefois, la distribution des rôles genrés reste très conventionnelle dans la série et ne remet jamais totalement en question cette répartition et la forme de violence qu'elle induit inéluctablement.

Anne-Marie Paquet-Deyris est professeur d'Études Filmiques et Sérielles Anglophones à l'université Paris Nanterre. Ses ouvrages et articles explorent les séries télévisées et le cinéma anglo-américains contemporains. Elle a co-organisé divers séminaires dans ces domaines, sur les séries télé en général et, plus particulièrement, sur celles du créateur David Simon.
Publications
The Wire. L'Amérique sur écoute, La Découverte, 2014.
"Treme, New Orleans and Music", Publication radiophonique (en ligne), 2016.
Dependence In / To TV Series. Dépendance aux/dans les séries télé, français anglais, Cambridge Scholars Publishing, 2018.
Histoire, légende, imaginaire : nouvelles études sur le western, Éditions Rue d'Ulm, 2018.

Maryse PETIT : L'Habit fait-il le superhéros ?
Étranges costumes colorés, carapaces de métaux inusités, éléments de parure distinctifs : il n'est pas de superhéros qui se montre — au moins aux yeux des lecteurs ou des spectateurs — sans son emblématique vêtement. Le plus souvent, d'ailleurs, revêtir le costume marque pour le personnage le passage à sa dimension surhumaine : le tissu marque la frontière entre les états de personnalités, le corps est sublimé par la tenue. Cependant, une fois endossé, telle la tunique de Nessus, le costume colle à la peau : il dure autant que le personnage : au gré des illustrateurs, des incarnations cinématographiques, les traits peuvent changer, les visages être sensiblement différents : du moment que les pièces d'habillement y sont, il est assuré que le superhéros est authentique et ne manquera pas à sa réputation. Pas de mode, donc, pour les Super Héros. Sauf celles qui ont prévalu lors de leur création : impératifs graphiques, connotations sociales, connotations idéologiques (les costumes, en général mettent en valeur les corps aux caractéristiques sociologiquement datées : muscles masculins, formes féminines), reprise d'éléments et d'emblèmes mythologiques inscrits dans les cultures qui les ont fait naître. Et bien entendu, leurs adversaires récurrents ne sont pas en reste.

Victor-Arthur PIÉGAY : Naissance et renaissances des Watchmen, de Charlton Comics à DC Rebirth
La présence des personnages de Watchmen au sein du récent relaunch de DC Comics, DC Universe Rebirth, peut apparaître comme une double provocation, pour ne pas dire profanation, orchestrée par le Chief Creative Officer et scénariste vedette de la firme, Geoff Johns. Ce dernier donne en effet une suite au roman graphique contre la volonté de son auteur, Alan Moore, farouche opposant à toute expansion transfictionnelle de son œuvre. Dans cette suite, intitulée Doomsday Clock, Johns s'appuie au surplus sur une manipulation cavalière des mondes fictionnels de l'univers DC en associant pour la première fois l'uchronie des Gardiens à la temporalité canonique de Batman, Superman ou Wonder Woman. La renaissance des Watchmen n'est cependant pas qu'une vulgaire manifestation d'opportunisme éditorial, mais témoigne aussi de la volonté de Geoff Johns d'orienter les comics estampillés DC vers la métafiction en mettant en question le sens du geste créateur au sein de l'industrie.

Agrégé et docteur en lettres modernes, Victor-Arthur Piégay est actuellement maître de conférences en études culturelles à l'université de Lorraine. Ses recherches portent principalement sur la culture de jeunesse et la culture de masse, particulièrement sur les problématiques relatives à la sérialité (séries télévisées, comics, mangas).
Dernière publication
"Transmédialité de Twin Peaks ou le puzzle sans fin de Mark Frost et David Lynch", in Sébastien Hubier, Emmanuel Le Vagueresse (dirs.), Séries télévisées : Hybridation, recyclage, croisements sémiotiques, Reims, Épure, 2018.

Kévin POEZEVARA : Superman ou l'invention de l'adolescence
Si le superhéros — et en premier lieu, Superman — est bien un des grands mythes de la modernité (ce qui a été affirmé dès 1962 par Umberto Eco(1)), qu'est ce que cette qualification implique d'un point de vue anthropologique et psychanalytique ? Au plus fort de ses accointances avec l'anthropologie structurale d'un Lévi-Strauss(2), la théorie psychanalytique (plus précisément lacanienne) a en effet pu soutenir "que les créations mythiques engendrent, plus qu'elles ne les reflètent, les créations psychologiques"(3). Ce qui implique que le superhéros comme mythe pourrait bien constituer, moins le miroir de la subjectivité contemporaine, qu'une de ses éminentes causes. Ainsi, c'est en renseignant et en documentant cette logique (qui sera nourrie de ma pratique de clinicien) que je me propose de discuter la thèse suivante : avec Superman, pendant l'été 1932 au 10622 Kimberly Avenue à Cleveland, c'est rien de moins que l'adolescence (telle qu'on la connaît) qui a été inventée.
(1) U. Eco, De Superman au Surhomme, Paris, Le livre de poche, 2005.
(2) M. Zafiropoulos (2003), Lacan et Lévi-Strauss – ou le retour à Freud (1951-1957), Paris, PUF, 2008.
(3) J. Lacan (1958), Le désir et son interprétation, Livre VI du Séminaire (1958-1959), Paris, Le champ freudien, 2013, p. 288.

Psychologue clinicien de formation et actuellement ATER au département d'études psychanalytiques de l'Institut Humanités, sciences et sociétés (Paris Diderot), Kévin Poezevara a soutenu en 2015 une thèse d'anthropologie psychanalytique intitulée "Études sur l'héroïsme", notamment consacrée à un commentaire du texte d'Umberto Eco : "Le mythe de superman". Il a publié plusieurs articles à propos de la figure du superhéros, qu'il considère comme un précieux exemple de la vitalité de l'activité mythopoïétique dans la modernité.
Publications
Avec Zafiropoulos M., Université Sorbonne Paris Cité, Université Paris Diderot - Paris 7, & École doctorale de recherches en Psychanalyse et Psychopathologie (2015), Étude sur l'héroïsme : Incidences culturelles et cliniques de la lutte contre l'inertie.
(2014) "De grands pouvoirs", Topique, n°125 (4), 53-67.
(2016) "Wonder-Woman ou la séduction des innocents", Sygne (revue de psychanalyse en ligne).
(2016) "Superman ou les conditions d'émergence d'un mythe dans la modernité", Sygne (revue de psychanalyse en ligne).

Chloé QUESNEL : Les résonances gothiques dans le monde des superhéros
Entre doubles identités, supervilains et avancées scientifiques spectaculaires, Dr Jekyll et Mr Hyde semblent avoir envoyé leur descendance dans le monde contemporain de nos superhéros. À travers des personnages et thèmes dignes de Poe et Stevenson, cette communication s'intéressera à la place et à l'importance de ces emblèmes de la littérature gothique dans ces Comics, un genre pourtant bien distinct. Ce sont les raisons de la pérennité de ces thèmes que nous interrogerons et que nous tenterons de rattacher au contexte culturel américain, berceau des maisons d'éditions Marvel et DC Comics.

Clotilde THOURET : Normalité du superhéros, ou : de l'ordinaire dans le superhéroïsme
La fragilité du superhéros, qu'elle soit physique ou psychologique, a déjà beaucoup retenu l'attention. Cette communication prendra comme objet la normalité du superhéros. Au-delà d'une normalité originaire ou dissimulatrice (comme celle de Superman), qui est finalement toujours problématique parce qu'elle entre en tension avec l'identité du superhéros, je m'intéresserai à la normalité acceptée ou revendiquée du superhéros, qui apparaît en particulier quand le super-pouvoir n'est pas mis en scène à travers une rhétorique de la force ou de l'exceptionnalité. L'analyse portera notamment sur les épisodes de Hawkeye par David Aja et Matt Fraction (Marvel, 2012-2015) et sur le film de Thomas Salvador, Vincent n'a pas d'écailles (2015), la figure superhéroïque ouvrant alors sur l'exploration de la relation amoureuse dans le monde moderne.

Clotilde Thouret est professeure de littérature comparée à l'université de Lorraine. Spécialiste du théâtre européen des XVIe et XVIIe siècles et de bande dessinée.
Publications
"Comment peut-on être (un super-héros) mutant ? Réflexions sur la mutation dans l'univers super-héroïque des comics américains", Critique, n°709-710, 2006.
"Traveling Possible Worlds in Graphic Narratives : the Example of Watchmen (Alan Morre et Dave Gibbons)", Neohelicon, Avril 2013.
"La destruction des images chez Edika : défiguration et déconstruction", dans La Destruction des images en bande dessinée, Henri Garric (dir.), À paraître.

Hélène VALMARY : Les bienfaits de la colère : à propos de Hulk (comics, séries télévisées, cinéma)
Le personnage de Hulk, deuxième personnage créé par la maison Marvel dans les années 60 après le groupe des Quatre fantastiques, marque la permanence du monstrueux dans l'univers super-héroïque. Alors que les premières aventures du héros, inspiré par Docteur Jekyll/Mr Hyde et la créature de Frankenstein, le voient se transformer à la nuit tombée, tel le loup-garou les nuits de pleine lune, cette transformation devient petit à petit l'expression d'une rage que le personnage ne peut contenir. À la fois brillant savant et monstre déchaîné, créature rejetée alors qu'elle veut être acceptée, personnage tiraillé entre ses désirs et leur répression, le personnage de Bruce Banner/Hulk fait le lien entre le fantastique du XIXe siècle et la crise d'identité masculine des années 60. Cette intervention interrogera ainsi les imaginaires drainés par le personnage de Hulk des origines aux adaptations cinématographiques Marvel contemporaines en passant par la série à succès L'incroyable Hulk (1977-1982, Kenneth Johnson, CBS/NBC).

Maître de conférences en études cinématographiques à l'université de Caen Normandie, Hélène Valmary est l'auteure d'une thèse sur les superhéros dans le cinéma américain (Origines et poétique d'un héroïsme intranquille) et de divers articles sur la question. Elle a donné en décembre 2017 au Forum des Images, dans le cadre du cycle "Les Incassables", un cours de cinéma intitulé "Le corps de l'angoisse" sur le rapport des superhéros au sentiment amoureux.
Articles
"De quelques usages du costume chez les superhéros", in Christian Viviani (dir.), Le costume au cinéma, Condé-sur-Noireau, Éditions Corlet-Télérama/Cerf, Collection "Cinémaction", 2012.
"Un surhomme dans la ville", in Claude Forest (dir.), Du héros au super héros, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, Collection "Théorème", 2009.
"Reflet dans un décor", Article pour le numéro hors-série sur les superhéros de la revue Tausend Augen, n°31, Berlin, 2006.

Cong Minh VU : Logan (2017) ou la finitude des superhéros
Superhéros emblématique des X-men, Logan (ou Wolverine) possède la capacité d'auto-guérison, autant dire qu'il est la métaphore vivante de l'immortalité des héros. Pourtant, dans cet émouvant épisode qui clôt (pour l'instant) le cycle des X-men, nous sommes témoins de la décrépitude, voire la sénilité de ces héros. Dans cette communication, nous voudrons explorer cette tension entre immortalité et finitude que met en scène le film, tension qui fait apparaître la véritable valeur du courage.

Cong Minh Vu, docteur en Arts du spectacle à l'université de Caen Normandie, est chargé de cours à l'université Catholique de Lille en Cinéma d'Animation et à l'université Lille 3 en Arts Plastiques. Sa thèse portait sur les superhéros américains dans sa dimension mythologique et eschatologique. Il prépare actuellement un ouvrage sur les animaux comme métaphores du désir dans le cinéma d'animation.


SOUTIENS :

• Laboratoire LIS | Université de Lorraine
• Région Lorraine

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


LA PSYCHANALYSE : ANATOMIE DE SA MODERNITÉ

( À PARTIR DES TRAVAUX DE LAURENCE KAHN )


DU VENDREDI 13 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 20 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Odile BOMBARDE, Catherine MATHA, Françoise NEAU

Avec la participation de Laurence KAHN


ARGUMENT :

Depuis plusieurs décennies, nombre de psychanalystes somment la psychanalyse de remanier ses théories et ses pratiques, pour affronter de nouvelles pathologies et, disent-ils, mieux soulager la souffrance contemporaine. Selon eux, cette évolution de la psychanalyse, gage de modernisation, d'ouverture et de progrès, serait la condition de sa survie : consensus oblige, elle imposerait entre autres de renoncer à la métapsychologie, jugée abstraite et dépassée et, avec elle, à toute visée scientifique, au profit du relativisme théorique, de l'empiricité de la clinique et de l'empathie du thérapeute — loin des scandales du sexuel et de la conflictualité psychique. Quels sont les enjeux et les effets d'une telle psychanalyse, "révisée" disait Adorno dès 1946 ? Que reste-t-il aujourd'hui de l'inconvenance, de la subversion et du mordant de la découverte freudienne ? Et que reste-t-il des outils théoriques permettant aux analystes de penser non seulement les butées individuelles de la cruauté et de la tyrannie internes, mais aussi les créations culturelles et leurs destins religieux et politiques ?

Ce colloque, qui réunira des psychanalystes, des philosophes, des anthropologues, des historiens, des linguistes, des traducteurs, ainsi que toute personne intéressée par ces questions, permettra d'échanger à partir des travaux menés par Laurence Kahn[1] depuis 1975, en sa présence.

[1] Derniers ouvrages parus :
Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne, Éd. de l'Olivier, 2014, "Penser/rêver" ;
Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse, Puf, 2018, "Petite bibliothèque de psychanalyse".


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 13 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 14 juillet
LES DÉCLINAISONS DU MYTHE | Présentation
Matin
Patrice BIDOU : Les déclinaisons mythiques de l'inutilisable : une théorie amazonienne de l'évolution
Ellen CORIN : L'actualité du mythe et sa mise en abîme

Après-midi
Patrick MÉROT : Les mythes en héritage
Paul DENIS : Œdipe créateur des mythes originaires


Dimanche 15 juillet
LA PSYCHANALYSE ET LES ENFANTS | Présentation
Matin
Viviane ABEL PROT : L'unité de la psychanalyse
Jocelyne MALOSTO : Le psychanalyste et l'enfant : entre le Charybde de la désexualisation et le Scylla de la resexualisation

Après-midi
Aline COHEN DE LARA : Quelques considérations actuelles sur "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre" (L. Kahn, in Penser/rêver, n°14, 2011)
Sylvain MISSONNIER : Au commencement était le mouvement


Lundi 16 juillet
L'ÉCOUTE ET LA MÉTHODE DE L'ANALYSTE | Présentation
Matin
Françoise COBLENCE : Les embûches de l'affect [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Laurence KAHN : "Quand ce que nous attendons ne vient pas". L'écoute analytique selon Daniel Widlöcher

Après-midi
Pierre-Henri CASTEL : Laurence Kahn, l'esprit de Freud, et l'ennemi à l'intérieur de la psychanalyse


Mardi 17 juillet
QUEL GENRE DE SEXE ? | Présentation
Matin
Vincent BOURSEUL : Le genredesexe fini et infini ou Du genre à l'identitaire
Jean-Yves TAMET : Changer de sexe, attribuer un sexe : questions actuelles, mais sont-elles nouvelles ?

Après-midi
DÉTENTE


Mercredi 18 juillet
L'USAGE DE LA PAROLE | Présentation
Matin
Laurent DANON-BOILEAU : L'aphasie bavarde
Laurence KAHN : Quel après-coup dans l'analyse d'enfant ?

Après-midi
Dominique SCARFONE : Trace et transduction
Corinne ENAUDEAU : L'usure de la parole


Jeudi 19 juillet
LES DESTINS DE LA PSYCHANALYSE : APRÈS-GUERRE ET POST-MODERNITÉ | Présentation
Matin
Udo HOCK : Bénédiction et malédiction du pluralisme en psychanalyse
Jean-François CHIANTARETTO : Survivre/penser : l'écriture de Kertész pour le psychanalyste

Après-midi
Jacob ROGOZINSKI : Ce que Hitler aurait appris à Freud


Vendredi 20 juillet
Matin
Discussion générale avec Laurence KAHN

Après-midi
DÉPARTS


THÉMATIQUES :

LES DÉCLINAISONS DU MYTHE

Le terrain du mythe a de tout temps été un terrain miné. Objet d'un débat houleux avec les anthropologues — que l'on songe à l'accueil de Totem et Tabou ou, plus près de nous, à "Œdipe sans complexe" de Vernant —, il fut aussi le territoire de la rencontre enthousiaste de Freud et de Jung — "Je suis heureux que vous partagiez ma conviction que la mythologie devrait être entièrement conquise par nous" (17 octobre 1909) — et celui de leur affrontement fracassant.
À y regarder de près, le motif de la difficulté semble avoir été toujours à peu près le même. Si l'effet provoqué par le spectacle de la tragédie d'Œdipe permettait aux yeux de Freud de démontrer l'universalité de l'inconscient, les mythes et leur lecture ont constamment rouvert le problème de la modalité d'inscription de l'action du refoulement dans l'héritage culturel. Division du sumbolon, sens opposés dans les mots primitifs, équations symboliques, traduction des "significations" ou bien double fond de celles-ci (songeons au Prométhée de Freud) : le débat porte toujours sur l'écart entre les contenus des pensées inconscientes et les opérations effectuées par l'appareil psychique. Est-ce à son pouvoir symbolisant — c'est-à-dire à la structure dont il est porteur et qui pense à la fois l'homme et le monde (pensons cette fois à Cassirer ou à Lévi-Strauss) — que le mythe doit son efficacité ? Ou bien l'efficace des mythes relève-t-elle d'une théorie de l'acte, impliquant tout à la fois l'amphibologie de l'expression et l'action de la profération du mythe ?
Le débat est toujours actuel et il engage la question pulsionnelle. Car il ne suffit pas de dire qu'il y a des "contenus sexuels" dans les récits mythiques. Peut-être faut-il aussi approcher, par une voie autre qu'herméneutique, le terreau dans lequel s'active le moteur pulsionnel et conflictuel. Mais alors comment penser l'universalité de l'héritage culturel ?

L. K.

LA PSYCHANALYSE ET LES ENFANTS

Quand Freud manifeste le souhait qu'on lui rapporte des "observations d'enfant" (ce qui est le point de départ du cas de Hans), c'est que, selon lui, il serait permis d'obtenir ainsi un témoignage plus direct des propositions construites dans les Trois essais sur la théorie sexuelle. Mais, ajoute-t-il, il ne s'agira là que de la confirmation des constructions qui ont été forgées dans l'analyse des adultes. Tel est le premier paradoxe dans lequel est prise l'analyse des enfants. Surgit aussitôt le deuxième : l'asymétrie réelle de ces cures mettant en présence un grand et un petit mobilise d'emblée une charge libidinale incestueuse qui comporte intrinsèquement un double risque : celui du poids suggestif exercé par la parole de l'adulte et celui que a contrario fait peser sur le traitement de l'enfant une intention éducative, qu'elle soit consciente ou inconsciente. D'où le troisième paradoxe : entre énigme et effraction, entre enfantin et infantile, entre évolution temporelle de l'enfant et répétition du dispositif pulsionnel inconscient, comment situer, entendre, manier le transfert dans ces cures ? Que faire des notions de primitivité et de représentation symbolique ? Comment s'y travaillent à la fois la levée des refoulements et la mise en place des refoulements ? Et quelle place accorder dans ces traitements aux parents dont l'enfant est encore dépendant ? La psychanalyse d'enfant est un cas difficile de la psychanalyse — ce dont témoignent les grandes querelles dont elle a fait et fait toujours l'objet.

L. K.

L'ÉCOUTE ET LA MÉTHODE DE L'ANALYSTE

Si la psychanalyse est une "cure de parole", la méthode confronte l'écoute à une antinomie de prime abord insoluble. Dans la pratique, si l'analysant fait droit à l'association libre, ses idées incidentes, ses pensées inconvenantes, ses mots, ses phrases ne seront pas seulement entendus pour ce qu'ils disent, mais tout autant pour ce qu'ils font. Or, du point de vue de la théorie, l'agir transférentiel — réincarnation "en présence" du dispositif pulsionnel infantile refoulé — semble inaccessible à l'interprétation, les vocables permettant de sémantiser sa visée inconsciente ayant justement été bannis du champ représentationnel. Par quelles voies l'analyste accède-t-il à ce noyau qui se découvre transférentiellement dans la répétition agie mais se refuse à la remémoration ? Entre les ruses de l'affect et de la séduction, la décomposition du discours effectuée grâce à la parole associative, la déformation par transfert, comment parvient-il à cerner, à deviner, à construire l'action exercée par le patient non seulement sur sa sensibilité consciente mais aussi sur sa "sensibilité inconsciente" ? Par quels chemins transporte-t-il ce qu'il perçoit sur sa propre scène psychique vers une scénarisation pertinente des positions fantasmatiques actives sur la scène psychique de son patient ? Où trouve-t-il un appui qui ne soit pas contaminé par la suggestion ?
À la question ouverte par la "nouvelle" psychanalyse — qui a besoin de la métapsychologie ? —, on répondrait volontiers que la modernité de la psychanalyse tient précisément à cette méthode théorique qui, au-delà de l'empiricité subjective, récuse le dialogue et la contextualisation. Bâtissant un modèle dont la visée est anti-métaphysique, elle ne capitule pas devant les labyrinthes de la croyance. Tout comme face au relativisme ambiant, elle ne cède pas à l'antiréalisme qui réduit le monde à la seule fabrique langagière. Comme l'écrit Putnam, les dinosaures existaient avant que nous y pensions. Le refoulé inconscient et la réalité psychique sans doute aussi.

L. K.

QUEL GENRE DE SEXE ?

Une fois Freud et la psychanalyse stigmatisés pour avoir transformé la loi morale en loi scientifique et concouru à la légitimation de la norme sexuelle, comment les théories du genre permettent-elles de traiter cliniquement le transsexualisme et l'hermaphrodisme qui furent au départ du débat entre l'approche psychodynamique de Stoller et le behaviorisme endocrinologique de Money ? Face à la conviction d'un patient que l'assignation de son sexe est incorrecte, la référence à la bisexualité des positions psychiques a-t-elle quelque pertinence ? Car cette bisexualité et les conflits intrapsychiques qu'elle génère sont inconscients. Or tant la notion d'identité sexuelle que celle de "rôle de genre", et bien davantage encore l'idée que la donnée corporelle du sexe est elle-même une fiction, produit d'une construction discursive, articulent in fine l'expérience subjective d'un ressenti à l'expérience sociale d'un assujettissement.
En outre, si l'usage du langage est ici actif, sa fonction performative est au service de la "lisibilité", que celle-ci soit inféodée aux valeurs normatives ou qu'elle soit à son tour transformable par des actes qui remodèleraient les individus selon leur vœu conscient. Y a-t-il une commune mesure entre cette conception de la "puissance d’agir" et l'agir pulsionnel tels que les psychanalystes l'envisagent ? La référence à la personne, entée sur l'auto-construction identitaire et les "histoires de soi", ne laisse-t-elle pas à la marge la complexité des identifications inconscientes ? Si la matérialité des corps existe, et avec elle ce que Freud n'hésite pas à nommer dans L'Homme Moïse le "trauma" de la découverte de la différence des sexes associée à la castration, comment en pratique — face à une demande, et laquelle ? — est pensé non pas le destin de l'anatomie mais le destin de ce trauma ?

L. K.

L'USAGE DE LA PAROLE

"Ils ne font que parler", certes. Mais que mobilise la parole adressée dans la cure qui permette d'outrepasser les limitations imposées par la conscience ? Aux fondements de la talking cure, le dire, le Sprechen, est à la charnière entre qualité et quantité : succédané de l'acte, il permet aussi bien d'exprimer un affect ressenti que d'expulser l'excès d'excitation pulsionnelle. Mais il faut aussi compter avec le fait que le discours, moment d'actualisation et d'appropriation de la langue par un locuteur, est tout à la fois porteur de message et instrument destiné à influencer d'une manière ou d'une autre l'auditeur. De sorte que la méthode analytique s'appuie sur la cohabitation de deux fonctions discursives dans la cure : sémantique et performative. D'un côté, ce qui est dit est commandé par la clause de la signification ; de l'autre, l'énonciation est constituée de conditions formelles, capables de désorienter la désignation. Les oppositions entre signifiant et signifié ou bien entre langue et parole sont-elles suffisantes pour rendre compte du régime oral de la prosodie et de ses effets ?
Dans les conditions formelles de la manifestation du sens — phonatoires, corporelles, rythmiques — la sexualisation pulsionnelle trouve son matériau, aussi bien que l'absence à soi ou le retrait, travaillant au déroutement du signifié qui peut être intelligible tandis que le sous-sol (intention, désignation) se dérobe. Brouillage des références, déplacements d'accentuation, parole affectée, magie du mot : n'est-ce pas dans ce périmètre que Freud saisit les modalités de la "satisfaction hallucinatoire motrice" ? Quelle relation avec ce qui, très tôt, est avancé concernant l'"image verbale motrice" ?
Reste que, si la parole affectée du locuteur est en mesure d'affecter l'auditeur, où trouver dans la cure l'écart, le décalage, le surplomb, le ralentissement, la fragmentation nécessaires au travail de pensée ? Entre amour et haine, entre demande et trahison, entre emprise et narcissisme, jusqu'où va le spectre qualitatif de la parole dont font usage les deux protagonistes de la situation analytique pour donner forme à ce qui a été banni de la scène et de la figuration ?

L. K.

LES DESTINS DE LA PSYCHANALYSE : APRÈS-GUERRE ET POST-MODERNITÉ

Depuis le premier éditorial de International Journal of Psychoanalysis, mettant en garde contre les "réajustements de la perspective" et l'"élargissement des points de vue" destinés à conquérir un public réticent, qu'est-il advenu de ce que Freud considérait comme les piliers de la psychanalyse ? En disqualifiant la métapsychologie sous l'argument de sa non-scientificité, en récusant la théorie pulsionnelle au prétexte de sa métaphysique, en arguant de la prétendue ignorance par Freud de l'ampleur du contre-transfert et de ses implications subjectives, en substituant au concept d'inconscient la notion vague de monde interne, en ignorant la pulsion de mort et en renonçant finalement à l'association libre, les pionniers de la "nouvelle psychanalyse" n'ont-ils pas corroboré les soupçons d'Adorno : transformer l'analyse en une pratique "humaine et présentable" grâce à une herméneutique simplifiée, considérer les individus sous les traits de leur "soi intime", et ignorer l'irrémissible propension des hommes à l'anéantissement ?
Comment les psychanalystes ont-ils traité le paradoxe que constitue l'engendrement de l'anti-civilisation par la civilisation elle-même ? Que, passés les tout premiers travaux sur l'antisémitisme et la psychose de masse, les recherches psychanalytiques sur la Shoah se soient essentiellement centrées sur le "trauma extrême" et la pathologie des victimes, que l'empathie se soit alors présentée comme la méthode pour soigner et communiquer, donne à penser que la dérive humanisante participe sans doute des conséquences de l'impact du nazisme sur la psychanalyse, et en particulier l'altération des mots sur lesquels elle était bâtie (pensons au large usage par Hitler des termes de "pulsion" et d'"autoconservation"). Longtemps il appartint aux philosophes et aux écrivains de prendre en charge l'ébranlement du socle langagier qu'infligea la "contre-culture nazie". Aujourd'hui les psychanalystes trouveraient peut-être dans les récents travaux des historiens matière à interroger les doubles-fonds juridiques de la construction identitaire.

L. K.


BIBLIOGRAPHIE :

Ouvrages en français de Laurence Kahn

• Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse, Puf, 2018 ("Petite bibliothèque de psychanalyse").
• Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne, Éd. de l'Olivier, 2014 ("Penser/rêver").
• L'écoute de l'analyste : de l'acte à la forme, Puf, 2012 ("Fil rouge").
• Faire parler le destin, Klincksieck, 2005 ("Méridiens").
• Cures d'enfance, Gallimard, 2004 ("Connaissance de l'inconscient, Tracés").
• Fiction et vérité freudiennes : entretiens avec Michel Enaudeau, 
Balland, 2004.
• Sigmund Freud. Volume 2 : 1897-1904, Puf, 2000 ("Psychanalystes d'aujourd'hui").
• La petite maison de l'âme, Gallimard, 1993 ("Connaissance de l’inconscient").
• Hermès passe : ou les ambiguïtés de la communication, Maspéro, 1978 ("Textes à l'appui").


SOUTIENS :

• Laboratoire PCPP | Université Paris Descartes
• Laboratoire UTRPP | Université Paris 13

Programme 2018 : un des colloques

— Programme complet —


SEGALEN 1919-2019 : "ATTENTIF À CE QUI N'A PAS ÉTÉ DIT"


DU MERCREDI 4 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 11 JUILLET (14 H) 2018

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Colette CAMELIN, Muriel DÉTRIE, Mathilde POIZAT-AMAR, Philippe POSTEL


ARGUMENT :

Disparu prématurément, Victor Segalen (1878-1919), médecin, voyageur, sinologue, archéologue, éditeur, poète, a laissé une œuvre abondante, en grande partie inédite à sa mort, publiée et commentée seulement à partir des années soixante. Fondée sur une riche expérience humaine, située au carrefour de plusieurs cultures et de plusieurs disciplines, novatrice en matière de formes et d'idées, elle n'a cessé depuis lors de susciter de l'intérêt dans le monde entier, notamment en Chine.

Ce premier colloque de Cerisy, "attentif à ce qui n’a pas été dit" de l'œuvre et de la pensée de Segalen, réunira des chercheurs anglais, allemands, américains, canadiens, français, suisses, japonais, chinois (du continent et de Taiwan). Il s'attachera d'abord à situer précisément les œuvres dans les contextes historiques (guerre de 14, révolution chinoise, situation du Tibet), artistiques, philosophiques et scientifiques de l'époque. Les interprétations multiples de "l'Exotisme" et du "Divers" seront ensuite interrogées à la lumière de "l'histoire globale" et confrontées aux lectures qu'en ont faites Édouard Glissant, Jean Baudrillard, François Jullien. Les réceptions de Segalen par des poètes, des critiques littéraires et un large public en révèleront des aspects nouveaux. Pour la première fois, des traducteurs de Segalen dans diverses langues (chinois, japonais, anglais, allemand) échangeront leurs lectures de Segalen et leurs expériences autour d'une table ronde. Et l'on sera attentif à ce que les remous du "grand fleuve Diversité" segalenien peuvent nous dire de notre propre Diversité.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 4 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 5 juillet
Matin
SEGALEN CENT ANS APRÈS
Colette CAMELIN, Muriel DÉTRIE, Mathilde POIZAT-AMAR & Philippe POSTEL : Ouverture
Noël CORDONIER : L'œuvre et la réception de Segalen au prisme de l'"appropriation culturelle"

Après-midi
CONTEXTE HISTORIQUE
Dominique MABIN : Naissance d'un écrivain. À propos de la thèse de médecine de Victor Segalen
Corentin SEGALEN : La Grande Guerre de Victor Segalen
Colette CAMELIN : Segalen médecin, archéologue et poète "en temps de détresse" [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]


Vendredi 6 juillet
Matin
"L'EXOTISME" EN QUESTION
Dominique GOURNAY : Thibet d'un siècle à l'autre : résonances géopolitiques et géopoétiques d'un titre
Olivier SALAZAR-FERRER : Deux poétiques du réel impossible. Le dialogue de Victor Segalen et Benjamin Fondane avec Jules de Gaultier

Après-midi
SEGALEN ET LES ARTS : NOUVELLES APPROCHES
Visite commentée de l'exposition "Œuvres d'après Peintures de Segalen" de l'artiste Ye XIN, avec Muriel DÉTRIE
Muriel DÉTRIE : Peintures de Segalen et les arts vivants de son temps
Dominique FAJNZANG : Voyage au pays du visage

Soirée
Lecture de Peintures et de lettres de Segalen, par Delphine BRUAL


Samedi 7 juillet
Matin
NOUVEAUX QUESTIONNEMENTS SUR LE "JE" DANS L'ŒUVRE DE SEGALEN
Sophie LABATUT : René Leÿs, œuvre réversible ou réciproque ?
Huang BEI : L'invention du "je" dans l'écriture exotique de Segalen
Gabriel HOURCADE : Segalen mis à nu dans Le Siège de l'âme

Après-midi
DÉTENTE


Dimanche 8 juillet
"MAKE IT NEW" (EZRA POUND)
Matin
Béatrice BONHOMME : L'influence de Segalen sur Pierre Jean Jouve et Henry Bauchau
Mathilde POIZAT-AMAR : Roland Barthes, lecteur de Segalen
Makoto KINOSHITA : Traduire, réécrire et écrire — stratégie de textes segaleniens

Après-midi
Comment traduire Segalen ?, table ronde animée par Muriel DÉTRIE & Philippe POSTEL, avec la participation de Charles FORSDICK, Bei HUANG, Makoto KINOSHITA, Esther LIN et Maria ZINFERT


Lundi 9 juillet
Matin
LECTURES POSTCOLONIALES DE SEGALEN
Charles FORSDICK : Segalen postcolonial
Jean-Xavier RIDON : Jean Baudrillard et Édouard Glissant : lecture croisée et contradictoire de Segalen
Haun SAUSSY : Bovary et exotisme. Pour une rencontre Victor Segalen – Jean Price-Mars [texte lu]

Après-midi
MISES EN PERSPECTIVES DU DIVERS
Valérie BUCHELI : Segalen entre "universalisme mou" et "relativisme paresseux", ou les deux pôles antithétiques d'une réception critique
Esther LIN : Face à la disparition du Divers. De l'exotisme à l'exoptisme
Suzanne LE MEN : De Segalen à Volodine, d'une distinction à l'autre : généalogie dissidente de l'utopie exotique


Mardi 10 juillet
Matin
SEGALEN ET LES SCIENCES HUMAINES
Maria ZINFERT : Travail de terrain : tremplin terrestre vers une écriture littéraire
Philippe DESPOIX : La contre-épreuve chinoise. Singularités du corpus photographique des expéditions Segalen

Après-midi
SEGALEN TOUJOURS VIVANT
Françoise LIVINEC : Le retour de Segalen au Huelgoat : réception de l'œuvre de Segalen à partir de l'espace d’art, l'École des filles
Philippe POSTEL : Portraits imaginaires de Victor Segalen


Mercredi 11 juillet
Matin
CONCLUSIONS ET OUVERTURE : SEGALEN AUJOURD'HUI
Kenneth WHITE : Ouvrir un monde : aux frontières de l'intelligence poétique

Après-midi
DÉPARTS


BIBLIOGRAPHIE :

Œuvres de Victor Segalen

• Œuvres complètes, 2 vol., Robert Laffont, Coll. "Bouquins", 1995.
• Correspondance I, 1893-1912, Texte établi et annoté par Annie Joly-Segalen, Dominique Lelong et Philippe Postel, Paris, Fayard, 2004.
• Correspondance II, 1913-1919, Texte établi et annoté par Annie Joly-Segalen, Dominique Lelong et Philippe Postel, Paris, Fayard, 2004.
• Les Immémoriaux (1907), Édition de Marie Dollé et Christian Doumet, Le Livre de poche, 2001.
• René Leÿs (1922), Édition présentée, établie et annotée par Sophie Labatut, Préface par Michel Butor, Éd. Chatelain-Julien, 1999 ; Folio Classique, 2000.
• Stèles (1914), Présentation et notes de Christian Doumet, Le Livre de poche, 1999.
• Stèles, Translated and annoted by Timothy Billings and Christopher Bush, Preface by Haun Saussy, Wesleyan University Press, 2008.
• Le Fils du Ciel, Édition d'Esther Lin fondée sur le deuxième manuscrit, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1999.
• Équipée, Voyage au Pays du Réel, Gallimard, Coll. "L'imaginaire", 1983.
• Essai sur l'exotisme, Le Livre de poche, Biblio/Essais, 1986.
• Peintures (1916), Gallimard, Coll. "L'imaginaire", 1996 ; Éditions Mille et une Nuits, Postface de Muriel Détrie, 2000.
• Chine. La grande statuaire, Texte établi et annoté par Philippe Postel, Honoré Champion, 2010.
• Premiers écrits sur l'art (Gauguin, Moreau, sculpture), Textes établis par Colette Camelin et Carla Van den Berg, Annotés et commentés par Colette Camelin, Honoré Champion, 2011.

Biographies de Segalen

• Dollé Marie, Victor Segalen, le voyageur incertain, Éd. Eden, 2014.
• Coatalem Jean-Luc, Mes pas vont ailleurs, Stock, 2017.
• Manceron Gilles, Segalen, Éd. J. Cl. Lattès, 1991.

Ouvrages sur Victor Segalen

• Bouillier Henry, Victor Segalen, Paris, Mercure de France, 1961.
• Cheng François, L'un vers l'autre. En voyage avec Victor Segalen, Paris, Albin Michel, 2008.
• Cordonier Noël, Max-Anély et les fantômes, Kimé, "Détours littéraires", 1996.
• Cordonier Noël, Victor Segalen, l'expérience de l'œuvre, Paris, Champion, 1996.
• Doumet Christian, Segalen, l'origine et la distance, Éd. Champ Vallon, 1993.
• Forsdick Charles, Victor Segalen and the Aesthetics of Diversity, Oxford University Press, 2000.
• Gontard Marc, La Chine de Victor Segalen, Paris, Presses universitaires de France, 2000.
• Gournay Dominique, Victor Segalen ou les voies plurielles, Éd. Séli Arslam, 1999.
• Huang Bei, Segalen et Claudel. Dialogue à travers la peinture extrême-orientale, Presses universitaires de Rennes, 2007.
• Postel Philippe, Victor Segalen et la statuaire chinoise, archéologie et poétique, Paris, Champion, 2001.
• Taylor Michael, Vents des royaumes ou les voyages de Victor Segalen, Traduit de l'anglais par Annie Saumont, Seghers, 1983.
• White Kenneth, Segalen, Théorie et pratique du voyage, Lausanne, Alfred Eibel, 1979.
• Zinfert Maria, Über eine Poetik der Inversion die Romane von Victor Segalen, München 2003.

Ouvrages collectifs

• Dollé Marie & Doumet Christian (Éd.), Cahier de l'Herne Victor Segalen, 1998.
• Livinec Françoise (Éd.), 100 ans de Stèles, Paris, Françoise Livinec, 2013.
• Camelin Colette (Éd.), Cahier Victor Segalen, n°2, "Segalen et la Polynésie : exotisme et altérité", Champion, 2015.
• Huang Bei & Postel Philippe (Éd.), Cahier Victor Segalen, n°3, "Lectures chinoises de Victor Segalen", Champion, 2017.


SOUTIENS :

• Association Victor Segalen
• Fondation d'entreprise La Poste
• Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
• Université de Nantes,
• Université de Poitiers
• University of Kent