Programme 2019 : un des colloques


ENTREPRISE, RESPONSABILITÉ ET CIVILISATION :

UN NOUVEAU CYCLE EST-IL POSSIBLE ?


DU LUNDI 27 MAI (19 H) AU LUNDI 3 JUIN (9 H) 2019



DIRECTION :

Kevin LEVILLAIN, Blanche SEGRESTIN, Stéphane VERNAC


ARGUMENT :

L'entreprise était jusqu'à récemment un "point aveugle du savoir"(1), réduite à un acteur économique ou à un lieu de production et de confrontation entre capital et travail. Or, plusieurs travaux récents et le contexte contemporain conduisent à reconnaître aujourd'hui la capacité qu'a l'entreprise de transformer le monde.

Cette capacité de transformation a des conséquences multiples. Ce sont le plus souvent les conséquences "négatives" qui sont discutées : pollutions, consommations excessives des ressources naturelles, inégalités sociales. Pour autant, depuis 150 ans, l'entreprise contribue aussi à construire notre culture en introduisant de nouvelles technologies, de nouvelles médecines et de nouveaux arts… Ainsi, l'activité des entreprises n'a pas seulement un impact sur les rapports sociaux ou sur l'environnement. Elle participe aussi de la dynamique des connaissances, de la détermination des modes de vie, des cultures ou des écosystèmes.

Il faut donc considérer la responsabilité "civilisationnelle" de l'entreprise dans toute sa complexité. La notion de civilisation est ici envisagée dans son acception la plus dynamique et la plus opératoire, comme l'ensemble des pratiques, savoirs et valeurs qui conditionnent le fonctionnement des sociétés humaines. Face aux déstabilisateurs de civilisation que sont la menace climatique, la mondialisation, la digitalisation, les mutations financières, les inégalités ou les atteintes aux droits humains, l'entreprise ne peut se dérober. Un tel élargissement de sa responsabilité impose d'analyser les entreprises multinationales comme des puissances d'une nature nouvelle qui impose de repenser l'architecture du politique et la mission des États eux-mêmes. Il exige symétriquement de ne pas sous-estimer les capacités d'innovation de l'entreprise, qui se révèlent critiques pour faire face aux défis contemporains.

Le colloque portera sur les liens entre entreprise et civilisation et sur les nouvelles responsabilités de l'entreprise. Il cherchera d'abord à mieux comprendre comment l'entreprise a été, depuis son émergence et tout au long du XXe siècle, à la fois un objet, un vecteur ou un destructeur de civilisation. Il s'attachera ensuite à faire le point sur les réformes de l'entreprise engagées en France et à l'étranger, qui comme la loi PACTE, reconnaissent la responsabilité civilisationnelle de l'entreprise. Mais il reste à tirer toutes les implications pratiques et conceptuelles de ces réformes pour comprendre ce qu'elles apportent ou ce qu'elles désignent comme terrains de réformes futures. In fine, un nouveau cycle est-il possible ? Et quels sont les cadres de pensée qui permettraient de construire des rapports plus soutenables et plus souhaitables entre entreprise et civilisation ?

(1) Segrestin B., Roger B., & Vernac S. (Eds.), L'entreprise. Point aveugle du savoir, Colloque de Cerisy, Éditions Sciences Humaines, 2014.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 27 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 28 mai
REPÈRES ET OUVERTURES. L'ENTREPRISE, OBJET DE CIVILISATION ?
Matin
Kevin LEVILLAIN, Blanche SEGRESTIN & Stéphane VERNAC : Ouverture
Armand HATCHUEL : Entreprise et civilisation : des couplages à repenser
Patrick FRIDENSON : L'éducation au management comme marqueur de civilisation

Après-midi
Pascal LE MASSON : Histoire de l'entreprise et révolutions scientifiques : inventer des formes de liberté et de responsabilité face à l'inconnu [communication établie avec Benoît WEIL]
Joël RUET : L'impensé de l'entreprise en Chine

Soirée
Hamid BOUCHIKHI : L'entreprise moderne au Maroc. Regard d'un indigène sur une autre civilisation


Mercredi 29 mai
ENTREPRISE, FACTEUR DE CIVILISATION ET RESPONSABILITÉ COLLECTIVE
Matin
Aurore CHAIGNEAU : Entreprise et commun
François EWALD : Responsabilité, entreprise, civilisation [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
Jean-Louis BANCEL : L'entreprise un monde en soi ou un levier pour un monde meilleur ? Les coopératives, mutuelles et autres entreprises sociales et solidaires comparées à l'entreprise à capital
Jean-Baptiste BARFETY & Jean-Baptiste de FOUCAULD : L'Entreprise vis-à-vis de l'État : civilisatrice ou à civiliser ?

Soirée
Perspective syndicale sur l'histoire de l'entreprise, table ronde animée par Stéphane VERNAC, avec Jean-Paul BOUCHET, Claude CAMBUS, Vincent GAUTHERON et Nicolas HATZFELD


Jeudi 30 mai
ENTREPRISE DESTRUCTRICE DE CIVILISATION ? LE CHOC CONTEMPORAIN
Matin
Elsa BERTHET : Face aux défis de l'Anthropocène, s'inspirer de l'écologie pour innover ? [communication établie avec Vincent BRETAGNOLLE]
Bettina LAVILLE : L'entreprise face à la notion de capital naturel

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 31 mai
CHOCS CONTEMPORAINS ET NOUVELLES VOIES
Matin
Arnaud STIMEC & Pierre VICTORIA : Entreprises et territoires
François FAURE : Inverser la relation entre entreprise et capital

Après-midi
Francis JUTAND : La Métamorphose Numérique
Gilles BERHAULT : Lost in transitions ? Accélérons !

Soirée
Les pionniers de l'entreprise à mission, table ronde animée par Kevin LEVILLAIN, avec Isabelle LESCANNE, Laurence MÉHAIGNERIE et Pierre-Dominique VITOUX


Samedi 1er juin
CHOCS CONTEMPORAINS ET NOUVELLES VOIES
Matin
Errol COHEN & Kevin LEVILLAIN : Les entreprises à mission
Christophe CLERC : L'avenir du modèle pluraliste de gouvernement d'entreprise

Après-midi
Véronique CAMERER & Mathilde MESNARD : L'avenir des normes internationales
Stéphane VERNAC : Quelles nouvelles réformes pour l'entreprise ? [communication établie avec Antoine LYON-CAEN]

Soirée
Quelles perspectives après la loi PACTE ?, table ronde animée par Armand HATCHUEL, avec Antoine FRÉROT et Philippe ZAOUATI


Dimanche 2 juin
UN NOUVEAU CYCLE ?
Matin
Paul ALLIBERT & Bernard RAMANANTSOA : Quelles perspectives pour l'enseignement ?

Clôture et discussion générale

Après-midi
DÉTENTE & PROMENADE


Lundi 3 juin
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jean-Louis BANCEL : L'entreprise, un monde en soi ou un levier pour un monde meilleur ? Les coopératives, mutuelles et autres entreprises sociales et solidaires comparées à l'entreprise à capital
Analyser les pratiques coopératives, mutualistes et autres formes d'Économie Sociale et Solidaire pour comprendre l'interaction entre entreprise et civilisations vient spontanément à l'esprit lorsqu'on se rappelle que le slogan retenu par l'ONU pour l'année internationale des coopératives, en 2012, était : "les coopératives, des entreprises pour un monde meilleur". Cette communication analysera le rôle et la place des valeurs et des principes définis par l'Alliance Coopérative Internationale comme outil d'identification de l'entreprise coopérative au-delà de la diversité des référentiels historiques, juridiques et culturels qui prévalent dans les différents pays où ces structures agissent. Nous tenterons de voir comment s'exercent les tensions au sein de l'Entreprise entre les aspirations des humains qui la mettent en mouvement et les nécessités induites par la durabilité du projet et sa capacité à avoir un impact sur le Monde. Seront également examinées les analyses conduites sur la démarche coopérative afin de voir si, en tant qu'entreprise, une coopérative est une communauté qui constitue par elle-même un monde meilleur ou si elle est un levier pour construire au-delà d'elle-même un monde meilleur. Ces analyses s'appuieront sur des éléments théoriques mais également seront nourries par de nombreux exemples concrets existant dans différents pays. Il sera également fait référence aux apports du colloque de Cerisy de 2016 "Vers une république des biens communs ?" en ce qui concerne les entreprises.

Jean-Louis Bancel est le président d'une banque coopérative et exerce depuis de nombreuses années des responsabilités à l'échelon national et international dans les secteurs coopératifs et mutualistes. À ce titre, il connaît bien la diversité des expériences coopératives en France et à l'étranger. Il a été en charge, au sein de l'Alliance Coopérative internationale, de rédiger, en 2015, les notes d'orientation pour les principes coopératifs [en ligne]. Il a été co-directeur du colloque de Cerisy de 2016 "Vers une république des biens communs ?". Il est fondateur de la Coop des communs, association qui travaille à construire des alliances entre l'Économie Sociale et Solidaire et les Communs et qui s'intéresse à l'émergence de nouvelles formes d'entreprises autour des communs.

Jean-Baptiste BARFETY : L'Entreprise vis-à-vis de l'État : civilisatrice ou à civiliser ?
L'État et l'entreprise se situent a priori sur deux plans différents et sont donc davantage complémentaires que concurrents. L'injonction entrepreneuriale faite à l'État d'une part, la théorie moderne de l'entreprise d'autre part, qui la présente comme une institution politique, rebattent cependant les cartes. L'entreprise se comporte dès lors en civilisatrice de l'État, tandis que celui-ci cherche lui-même à civiliser l'entreprise par ses normes et selon ses représentations. Quelle est cette guerre des représentations, voire de civilisations ? Comment a-t-elle été rendue possible et a-t-elle des précédents historiques ? Que serait la civilisation de l'entreprise et qui désigne-t-elle comme "barbares" ? L'entreprise n'apparaît-elle pas réciproquement comme un pouvoir primitif, d'une faible civilité politique, bien peu responsable en comparaison de l'auto-contrainte que l'État s'impose à lui-même ? Peut-on enfin dépasser cette opposition par un mouvement politique de l'entreprise ?

Jean-Baptiste Barfety, ancien élève de l'ESSEC et de l'ENA, inspecteur des affaires sociales, est secrétaire général du Conseil de l'inclusion dans l'emploi et conseiller inclusion auprès du Délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle et maître de conférences à Sciences Po Paris.
Publications
Co-rédacteur du rapport de l'IGAS-IGF-CGEDD sur le reporting de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (2016).
Co-auteur du manuel Politiques économiques (Lextenso éditions, 2017).
Rapporteur du rapport de Jean-Marc Borello sur l'inclusion dans l'emploi (2018).
Rapporteur du rapport de Nicole Notat et de Jean-Dominique Senard "L'Entreprise, objet d'intérêt collectif" (2018).

Gilles BERHAULT : Lost in transitions ? Accélérons !
Comment se comporter face aux grands enjeux sociétaux ? Nous nous devons de penser et d'agir sur une démarche large qui adresse le changement d'échelle. C'est d'autant plus important qu'il ne s'agit plus d'inventer une nouvelle bonne pratique mais bien de changer d'ambition sociétale pour l'entreprise en s'engageant dans les Objectifs de développement durable dont la lutte contre les exclusions. Est-ce justement l'opportunité pour l'entreprise de prendre toute sa place en une réconciliation avec la société ? […] La notion d'intégrité sociétale est particulièrement questionnée par des crises profondes : écologiques, sociales, sociétales, sanitaires, culturelles… L'innovation technologique change tout, apporte des solutions, mais cela ne suffit pas. Les changements de comportements, et même de modèles civilisationnels, s'imposent. […] La démarche transitionnelle se nourrit d'une approche pluriacteurs et très transversale autour de cinq clés pour une transition réussie — utile, efficace et agréable. La première clé est un socle : renforcer les capacités et attirer les talents. La deuxième clé consiste à donner toute sa place à l'innovation technologique. La troisième est celle de l'acceptabilité, et donc de l'adaptation. La quatrième est liée à l'innovation dans le financement et aussi dans les modèles économiques. Enfin la cinquième clé réside dans la gestion des différences temporelles. Ce qui caractérise les transitions actuelles auxquelles sont confrontées les entreprises est leur rapidité, et le fait qu'elles soient en accélération depuis 10 ans. C'est une question générationnelle bien sûr, mais pas seulement. Chacun intègre, avance, expérimente à son rythme… C'est une grande cohabitation, où l'intégration des transitions renvoie à une individuation renforcée.

Ancien président du Comité 21, du Club France Développement durable, du Pavillon de la France lors du Sommet de la Terre Rio+20, de l'exposition SolutionsCOP21 au Grand Palais, du comité de programme de la MedCOP Climat 2016/COP22 Maroc… Après avoir été comédien, agent artistique, producteur, Gilles Berhault s'est intéressé à l'interactivité (site pour les professionnels de la musique, bornes interactives). Il s'est ensuite consacré à la communication principalement événementielle, se centrant de plus en plus sur des sujets liés au développement durable. Il a créé en 2000 ACIDD (Association communication et innovation pour le développement durable), et organise de nombreuses rencontres et événements, dont depuis 16 ans l'Université d'été de la communication pour le développement durable, devenue en 2017 l'Université d'été des Transitions. Ses premiers engagements sociétaux orientés sur les droits de l'homme et l'éducation populaire se sont ouverts à l'écologie suite aux premières grandes marées noires sur les côtes bretonnes, sa région d'origine.
Publications
Développement durable 2.0, Éd. de l'Aube, 2009 (Aube Poche, 2011).
Propriétaire ou artiste ? Manifeste pour une écologie de l'être, Éd. de l'Aube, 2015.
Co-auteur de GreenIT (Éd. Lavoisier), Métamorphose numérique (Alternative Gallimard), Nouveaux imaginaires pour un monde durable (Éd. Les Petits Matins), Un autre monde est possible. Lost in transition ? (Éd. de l'Aube).
Auteur de deux rapports pour la DATAR : Adaptation aux changements climatiques et Aménagement numérique et durable des territoires.

Elsa BERTHET : Face aux défis de l'Anthropocène, s'inspirer de l'écologie pour innover ? [communication établie avec Vincent BRETAGNOLLE]
La science écologique s'est développée au fil des derniers siècles en restant fidèle au programme énoncé par Humboldt en 1799, à savoir "explorer l'unité de la nature": elle cherche à comprendre les interactions complexes et dynamiques entre les êtres vivants et avec leur milieu. Cette connaissance de la nature a souvent été utilisée par notre civilisation pour en améliorer la maîtrise, dans une perspective de domination de la nature par l'homme. Cependant, alors que l'impact environnemental des activités humaines s'est intensifié et généralisé depuis la révolution industrielle, au point que certains scientifiques parlent aujourd'hui d'Anthropocène, l'écologie s'est affirmée comme "une pensée des limites et de la complexité de notre monde" ainsi que "la conscience aigüe des dangers de cette évolution" (Deléage, 1992). L'écologie a progressivement renouvelé ses concepts, non seulement pour mieux appréhender les systèmes complexes, mais aussi pour prendre davantage en compte l'action de l'homme. Ces concepts ont essentiellement été introduits en vue de produire de nouvelles connaissances. Or, face aux crises multiples auxquelles notre civilisation est confrontée, les connaissances ne suffisent pas; nous avons aussi besoin d'imaginaires inspirants pour penser conjointement des solutions sociales et écologiques. N'est-ce pas l'un des défis actuels de l'écologie que de contribuer à les formuler ? Dans cette intervention, nous analyserons en quoi mobiliser les concepts scientifiques, non plus pour simplement produire des connaissances mais aussi pour imaginer de nouvelles modalités d'action, peut nous aider à repenser les liens entre notre civilisation et la nature.

Elsa Berthet est Chargée de recherches à l'INRA. Ingénieur agronome, elle est titulaire d'un doctorat en Sciences de Gestion (Mines ParisTech et INRA) et a réalisé un post-doctorat de deux ans à l'université McGill (Canada). Sa recherche porte sur la gouvernance des écosystèmes cultivés, et plus particulièrement sur la générativité de la science en vue d'imaginer des formes de gouvernance innovantes. Elle est l'auteur du livre Concevoir l'écosystème, un nouveau défi pour l'agriculture, paru en 2014 aux Presse des Mines, ainsi que d'une quinzaine d'articles dans des revues à comité de lecture dans le champ des sciences de gestion, de l'écologie et de l'agronomie.

Vincent Bretagnolle est Directeur de echerches au CNRS. Il a fondé en 1994 la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre (département des Deux Sèvres), dans laquelle il mène des recherches sur les conséquences du changement global (principalement l'intensification des pratiques agricoles) sur la dynamique spatiale et temporelle des populations et des communautés animales et végétales dans les milieux agricoles. Ses recherches en Agroécologie des territoires visent à concilier l'agriculture et l'environnement, en identifiant des systèmes de culture innovants à partir de solutions fondées sur la nature. Il est l'auteur de plus de 300 publications scientifiques et siège dans de nombreux comités d'experts sur la biodiversité.

Claude CAMBUS
L'activité humaine a toujours eu un effet sur son environnement, naturel et social. La sédentarisation depuis le néolithique, l'exode rural avec l'ère industrielle, la globalisation aujourd'hui. L'impact dépasse l'aménagement du territoire, il porte sur les libertés et l'humanité elle-même avec le génie génétique, l'intelligence artificielle… Et l'entreprise intervient plus ou moins volontairement dans ces impacts. La relation de l'entreprise à la société et à la civilisation est affectée désormais par la globalisation et la financiarisation qui concourent à abstraire l'humain de la décision économique. Il est impératif de sortir de l'analyse du conflit d'intérêt entre actionnaires et salariés comme de la relation d'aide ou de charge fiscale avec la puissance publique. Il faut inventer des modes de régulation intégrant l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise, fondés sur la coopération, l'intérêt partagé et la définition de son objet social et des conditions de sa pérennité.
La CFE-CGC, confédération syndicale de l'encadrement, est une organisation singulière qui a, du fait de ses adhérents, toujours considéré que l'intérêt des salariés et celui des propriétaires de la société avaient en commun le succès et la pérennité de l'entreprise. Pour cette confédération, l'entreprise aurait dû considérer ses salariés comme un second groupe d'associés. En ce sens, elle a soutenu "la participation" des salariés dès l'origine, dans les années 60. Elle a ensuite participé activement au développement de la responsabilité sociétale des entreprises en fondant l'ORSE avec Geneviève Férone. Aujourd’hui, elle est tout à fait convaincue que l'émergence d'un nouveau statut juridique de l'entreprise est nécessaire et elle fait des propositions en ce sens.

Claude Cambus est Ingénieur Arts et Métiers ParisTech, 1960. Ancien Secrétaire général et Vice-président délégué de la CFE-CGC et Secrétaire général de la CEC (confédération européenne des cadres). Ancien membre du CESE et du CES européen. Co-auteur de Cadres et Techniciens témoins pour l'avenir (Le Centurion, 1981) et coordinateur de Considérations économiques et sociales (IRSEH Institut du management LEXIES), ainsi que de nombreuses publications de la CFE-CGC.

François EWALD : Responsabilité, entreprise, civilisation
Nous vivons un nouveau temps de la responsabilité des entreprises : en-dehors ou au-delà d'une référence à des obligations légales, on demande aux entreprises, en raison des pouvoirs qu'elles exercent, d'expliciter ce dont elles s'estiment devoir répondre, non seulement aux apporteurs de capitaux, mais à la société. Il ne s'agit pas seulement pour elles de définir leur raison d'être ou leur mission, mais de leur vision des conséquences de leur activité pour la société. Mais cette demande est-elle si nouvelle ? Le triangle "responsabilité, entreprise, civilisation" n'accompagne-t-il pas la présence d'acteurs économiques et financiers dans la cité ? Et pour comprendre le moment contemporain, ne convient-il pas de le comparer aux figures précédentes qu'il a pu prendre ?

Philosophe, juriste, François Ewald est professeur honoraire au Conservatoire national des arts et métiers où ses travaux portent plus particulièrement sur la politique du risque. Ancien assistant de Michel Foucault au Collège de France, il a créé l'Association pour le centre Michel-Foucault. François Ewald est délégué général du Comité Médicis. Sa publication la plus récente est : Aux risques d'innover : Les entreprises face au principe de précaution, Autrement, 2009.

François FAURE : Inverser la relation entre entreprise et capital
L'entreprise doit pouvoir mettre en concurrence les fournisseurs de capitaux propres, comme elle le fait pour les préteurs et pour tous les fournisseurs de ses ressources essentielles. Cela libérera l'entreprise de son objectif contestable de maximiser à tout prix la valeur pour l'actionnaire, et créera un cadre favorable à une relation plus saine et efficace avec l'ensemble de ses parties prenantes, en plaçant le capital humain au centre du projet d'entreprise. Une telle approche est implémentable en utilisant l'infrastructure actuelle des marchés financiers, qui s’en trouvera revalorisée aux yeux du public, de manière synergique avec la montée en puissance des considérations ESG des grands investisseurs. Du côté de l'entreprise, elle est également implémentable en utilisant les dispositions légales existantes, en particulier les plus récentes, du droit des sociétés. Au plan opérationnel, elle favorisera une transformation de la fonction managériale, en établissant pour les dirigeants une communauté d'intérêt avec et une responsabilité vis-a-vis du capital humain de l'entreprise.

François Faure a 30 ans d'expérience en banque d'affaires. Il a exercé des responsabilités importantes dans plusieurs établissements financiers de premier rang, français, européens et américains. Il est le co-fondateur de l'Académie NewCode, qui propose un cadre formel pour une refonte de l'entreprise dans ses 5 dimensions fondamentales : Le Projet d'Entreprise, sa Gouvernance, le Partage de la Valeur, la Gestion des Difficultés, et la Structuration Financière (www.academienewcode.com).

Pascal LE MASSON : Histoire de l'entreprise et révolutions scientifiques: inventer des formes de liberté et de responsabilité face à l'inconnu [communication établie avec Benoît WEIL]
On peut difficilement faire l'histoire des entreprises sans noter ce que ces dernières doivent à la science — depuis les mathématiques et l'astronomie si nécessaires pour la navigation commerciale à la physique la plus pointue pour les semi-conducteurs contemporains. Il est moins évident, et pourtant tout aussi vrai, que les entreprises ont contribué aux avancées de la science, en fournissant les instruments, les organisations, voire les phénomènes et les questions nécessaires. Les interactions fortes entre science et entreprise sont au cœur de nos civilisations contemporaines — et il importe donc d'en comprendre la variété, la fécondité mais aussi les risques, voire les limites intrinsèques. Car on est surpris de voir que, si les rapports entre science et entreprise ont pu conduire à des réussites remarquables, ils prennent aussi parfois la forme d'un asservissement dramatique ou d'une déresponsabilisation mutuelle. Lors de la présentation, on reviendra sur ces formes d'interdépendance. On s'interrogera ensuite sur le fait que science et entreprise réclament toutes deux, face à l'inconnu, une forme de liberté (liberté du chercheur, liberté d'entreprendre) doublée d'une responsabilité limitée. La similitude est d'autant plus troublante qu'elles en sont parfois mutuellement garantes, ce qui pourrait être la clé des formes d'interdépendance entre science et entreprise pour explorer l'inconnu.

Pascal Le Masson et Benoît Weil sont professeur à MINES ParisTech - PSL, chaire de théorie et méthodes de la conception innovante. Leurs travaux sur la conception, et notamment l'histoire des bureaux d'études et des laboratoires de recherche, ont contribué à mettre en lumière le rôle crucial de la conception dans le développement de la grande entreprise et l'importance des inconnus communs non-appropriables dans l'invention des formes nouvelles de l'action collective.

Arnaud STIMEC
L'intervention consiste à présenter une étude de cas, l'entreprise Legallais, installée à Caen. Cette entreprise se distingue par son engagement social et sociétal et sa capacité à s'adapter dans un contexte difficile. En outre, cette entreprise a défini sa "raison d'être", témoignant ainsi d'un intérêt marqué pour la thématique de ce colloque. L'étude de cas est menée avec des étudiants de l'IEP avec bienveillance mais sans complaisance. Quatre thématiques particulières sont étudiées: la gouvernance; l'engagement sociétal et territorial; l'économie circulaire et l'environnemen; le management, la gestion des ressources humaines et la qualité de vie au travail. Les données du cas seront confrontées aux acquis des études de cas antérieures et aux concepts issus des travaux sur les entreprises à mission.

Arnaud Stimec est professeur à l'Institut d'Études Politiques de Rennes et responsable du campus de Caen (consacré à la transition écologique). Ses travaux portent principalement sur le dialogue dans les organisations (mais aussi les conflits et les négociations), les conditions de sa pérennité et ses effets, notamment en termes de responsabilité sociétale des organisations (en particulier santé au travail et impact environnemental).

Philippe ZAOUATI
En créant Mirova, une société de gestion entièrement dédiée à l'investissement responsable, Philippe Zaouati a contribué à l'émergence d'une finance durable en France comme dans le reste de l'Europe. Il s'est également impliqué, à cette même fin, dans différentes associations professionnelles (l'Association française de la gestion financière — AFG et l'EFAMA, l'association qui représente l'ensemble des acteurs de la gestion collective d'actifs) et initiatives internationales (International Corporate Governance Network-ICGN, International Integrated Reporting Council-IIRC, Investment Leaders Group-ILG). Il a récemment été nommé membre du High-Level Expert Group on Sustainable Finance (HLEG) de la Commission européenne, et préside Finance for Tomorrow, une initiative lancée au sein de Paris Europlace pour développer et promouvoir l'écosystème français en matière de finance verte et durable. Philippe Zaouati était précédemment directeur général délégué de Natixis Asset Management. Son expérience antérieure comprend également des rôles de gestion de haut niveau au sein du Groupe Caisse des Dépôts, de La Banque Postale et du Crédit Agricole. Membre accrédité de la Société française des actuaires, il est diplômé de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE).