Programme 2019 : un des colloques


TERRITOIRES SOLIDAIRES EN COMMUN :

CONTROVERSES À L'HORIZON DU TRANSLOCALISME


DU VENDREDI 12 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 19 JUILLET (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Elisabetta BUCOLO, Hervé DEFALVARD, Geneviève FONTAINE


ARGUMENT :

Nous sommes entrés dans "une sorte de nouvel âge des communs, celle de l'enracinement des communs dans la société, de leur extension à des domaines sans cesse élargis de la vie sociale et de leur pérennisation dans le temps", telle est l'une des conclusions du premier colloque de Cerisy (Vers une république des biens communs ?, Éditions Les Liens qui Libèrent, 2018). Après un deuxième colloque consacré en 2017 à L'alternative du commun, cette troisième rencontre vise à débattre des questions, peu abordées dans les précédentes éditions, des territoires solidaires en commun. Il questionnera notamment les manières dont les solidarités locales autour de diverses ressources (santé, logement, énergie, emploi, culture…) s'articulent aujourd'hui à des solidarités jouant à des échelles territoriales plus larges jusque et y compris mondiales.

Comment ces multiples réalités qui se développent dans les territoires, portées par l'économie sociale et solidaire, le mouvement du libre ou les mouvements sociaux, peuvent-elles ne pas se limiter à panser les plaies des crises écologiques, démocratiques et sociales ? À quelles conditions peuvent-elles, à l'inverse, faire système selon de multiples échelles autour d'un socle commun de nouvelles solidarités ?

Ce colloque propose de formuler ensemble une réponse en faisant l'hypothèse d'un translocalisme des communs. D'une part, elle considère que se déploient aujourd'hui sur les territoires des constructions sociales qui relient diverses échelles spatiales, voire temporelles : de l'ancrage local à un élargissement progressif des dimensions, jusqu'à atteindre, parfois, une configuration mondiale. D'autre part, elle suppose que ces constructions se font à travers plusieurs axes du translocalisme, comme l'écologique, le numérique ou encore le démocratique, donnant lieu à des universalismes locaux et non alignés.

À partir de conférences plénières introduisant ces axes du translocalisme, de tables rondes associant acteurs et chercheurs, de débats et de controverses mettant en tension les notions et les pratiques, l'objectif est de stimuler une intelligence collective des communs translocaux permettant de sortir de l'opposition actuelle entre mondialisme et localisme, qui nourrit le duo infernal du néolibéralisme et du populisme.

La rencontre s'ouvrira avec le Projet Poétique Planétaire avec lequel, depuis 2013, en plusieurs langues, des poèmes d'un lieu sont adressés par voie postale à des habitants d'autres territoires de France et du monde, faisant de la poésie une langue commune locale et universelle.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 12 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 13 juillet
Matin
Elisabetta BUCOLO, Hervé DEFALVARD & Geneviève FONTAINE : Introduction

En parallèle
Table ronde 1 : Ressource des territoires à révéler, avec Barbara BLIN BARROIS, Philippe CHEMLA et Fatima MOSTEFAOUI
Table ronde 2 : Territoires solidaires et emploi, avec Rachid CHERFAOUI, Daniel LE GUILLOU (L'emploi : du droit citoyen au bien commun du territoire) et Claude SICART

Après-midi
Jean-Louis LAVILLE : Démocratie et solidarité

Débat public 1 : Formes de solidarité et commun, avec Philippe EYNAUD et Stéphane VEYER

Restitution des tables rondes 1 & 2

Soirée
Jacques JOUET : Présentation du projet planétaire poétique


Dimanche 14 juillet
Matin
Table ronde 4 : Systèmes alimentaires solidaires territorialisés, avec Gheorghe CIASCAI (Phénomènes inédits dans l’écosystème des communs de Roumanie : Coopérative Agricole Carrefour Vărăşti entre l’approche économique et la responsabilité sociale corporative), Giuseppe LI ROSI (L'expérience du collectif Simenza dans la gestion de la biodiversité sicilienne) et Marc LOURDAUX (Le commun & les Singuliers. Démarche de structuration en écosystème des circuits courts agricoles en Provence Alpes Côte d'Azur)

Débat public 2 : Regards croisés Nord-Sud, une épistémologie commune ?, avec Pedro HESPANHA et Stéphanie LEYRONAS (Sortir d'une relation Nord Sud à sens unique - l'aide au développement peut-elle se réinventer ?)

Après-midi
Bernard STEPHAN : Présentation du projet éditorial (Éditions de l'Atelier)
Lionel MAUREL : Numérique et savoir commun

Soirée
Lecture de poèmes "Territoires de Cerisy et solidarité", écrits par des agents de La Poste suite à un atelier d'écriture animé par Jacques JOUET


Lundi 15 juillet
Matin
Jean-François DRAPERI : Le temps des méso-républiques inter-coopératives

En parallèle
Table ronde 5 : Culture et commun dans les territoires, avec Laura AUFRÈRE, Luc de LARMINAT et Raphaël LHOMME (La revue Profession Spectacle comme ressource commune)
Table ronde 6 : Grandes entreprises et territoire, avec Sylvain BAUDET, Fabien JOURON et Eric LESUEUR (Innovation sociale et territoires)

Après-midi
Restitution des tables rondes 5 & 6

Débat public 3 : Valeurs et communs pour les territoires, avec Nicolas CHOCHOY et Hervé DEFALVARD

Table d'enjeux et de controverses

Soirée
Débat public 4 : Pouvoirs publics et commun, avec Silke HELFRICH et François Xavier VIALLON


Mardi 16 juillet
Matin
En parallèle
Table ronde 7 : Échelles territoriales de la santé en commun, avec Corinne BEBIN (Favoriser la coopération des acteurs d'un territoire pour améliorer les parcours de vie, une proposition originale : la SCIC "Solidarité Versailles Grand Age"), Olivier BENOÎT et Eric BONNEAU
Table ronde 8 : Habiter en commun les territoires, avec Emile BEUCHER, Joseph HAERINGER (Comment transformer un "Habitat" en un "Habiter". L'histoire d'un projet) et Olivier LANDAIS

Restitution des tables rondes 7 & 8

Après-midi
"HORS LES MURS"
Visite de deux acteurs de la solidarité (SCIC Ecoreso & Association Enerterre) puis du marais du Cotentin [organisée en partenariat avec le Conseil départemental de la Manche]


Mercredi 17 juillet
Matin
En parallèle
Table ronde 3 : Énergie durable et territoire, avec Arnaud ASSIÉ, Michel CARRÉ (L'association "Énergies Citoyennes en Pays de Vilaine") et Michel DERDEVET
Débat public 5 : Émancipation et commun, avec Fanélie CARREY-CONTE et Melaine CERVERA (Possibilités d'auto-émancipation et changement institutionnel)

Isabelle DELANNOY : Économie symbiotique, écologie et commun

Après-midi
Débat public 6 : Monnaie et commun, avec Denis DUPRÉ (Rôle des monnaies dans le cadre d'une perspective d'effondrement de notre société thermo-industrielle. Récit de science-fiction) et Marie FARE (Penser autrement les monnaies)

Débat public 7 : Critères et outils de gestion et commun, avec Nicole ALIX (Quels critères pour élaborer des outils de gestion adaptés aux communs ?) et Denis DURAND (Prises de pouvoir locales sur l'économie et cohérence systémique)

Soirée
Table d'enjeux et de controverses


Jeudi 18 juillet
Matin
En parallèle
Table ronde 9 : Friches en commun et territoires, avec Sylvie BARROS (Valorisation et redynamisation de la Vallée des usines à Thiers par l'économie sociale et solidaire), Benedetta CELATI (Friches "en commun" et régénération urbaine en Italie : une interaction complexe entre solidarités territoriales et régulation juridique) et Maïté JUAN
Table ronde 10 : Éducation populaire, construire un monde commun, avec Ana DUBEUX (Éducation Populaire en commun : son rôle, ses défis), Christophe GIROGUY (Les communs urbains) et Colin ROBINEAU (Politiser en construisant du commun : le cas d'un squat d'activités de l'Est parisien)

Débat public 8 : Droit, commun et territoire, avec Benjamin CORIAT et Viviane HAMON (Le système de garantie participatif. Un commun intellectuel local comme alternative à la certification par tierce-partie)

Après-midi
Restitution des tables rondes 9 & 10

Débat public 9 : Coopératives et commun pour quelles solidarités ?, avec Jean-Louis BANCEL et Noémie de GRENIER

Table d'enjeux et de controverses

Soirée
Lecture de poèmes "Territoires de Cerisy et solidarité", écrits par des agents de La Poste suite à un atelier d'écriture animé par Jacques JOUET


Vendredi 19 juillet
Matin
Rapports d'étonnements & Conclusion

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jean-François DRAPERI : Le temps des méso-républiques inter-coopératives
Une sociologie historique des économies alternatives nous enseigne que celles-ci ont été initiées tantôt par des travailleurs, tantôt par des consommateurs, tantôt par des États. Leurs projets se situent à l'échelle du groupement de personnes ou de l'entreprise (c'est l'utopie de micro-républiques de producteurs), à celle de l'œcoumène (c'est l'utopie de la macro-république de consommateurs), ou encore à celle des nations (c'est l'utopie des républiques de développement coopératif). En ce début de XXIe siècle, les propositions alternatives portent simultanément sur les conditions de production, d'échanges et de consommation. Elles se situent à l'échelle de territoires connectés, qu'elles coproduisent par le biais d'inter-coopérations, les unes internes à l'économie sociale et solidaire, les autres externes à celle-ci. Ces inter-coopérations définissent des méso-républiques inter-coopératives qui questionnent les principes historiques de la coopération et de l'économie sociale issus de Rochdale. Ces méso-républiques constituent des modèles qui se déclinent en divers types appréhendés comme des milieux, qu'on distingue essentiellement à partir des rapports qu'ils entretiennent avec l'économie dominante et avec les collectivités publiques. L'analyse de ces milieux permet de dessiner une géographie des économies alternatives.

Publications
Draperi J.-F., L'économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoires et démocratie, Dunod, 2011.
Draperi J.-F., La république coopérative, Larcier, 2012.
Draperi J.-F. et Le Corroller C. (coord.), S'inspirer du succès des coopératives, Dunod, 2016.
Draperi J.-F., "Territoires", in CnCres, Atlas commenté de l'économie sociale et solidaire, Dalloz, 2017.
Draperi J.-F., Histoires d'économie sociale et solidaire, Les Petits Matins, 2017.
Draperi J.-F., Coopérer pour consommer autrement, Presses de l'économie sociale / FNCC, 2017.

Geneviève FONTAINE
Agrégée de Sciences Économiques et Sociales, Geneviève Fontaine est l'une des initiatrices du Pôle Territorial de Coopération Économique TETRIS (Transition Écologique Territoriale par la recherche et l'Innovation Sociale) basé à Grasse (France) où elle anime et coordonne le centre de recherche appliquée pluridisciplinaire qui structure ce PTCE. Doctorante de l'université de Marne-la-Vallée et chargée de mission de l'Institut Godin, ses recherches portent sur le croisement entre les analyses sur les communs et l'approche par les capabilités du développement durable.


TR1 : Ressource des territoires à révéler, avec Barbara BLIN BARROIS (PTCE Ôkhra), Philippe CHEMLA (PTCE Tétris) et Fatima MOSTEFAOUI (Collectif Pas sans nous)
Les ressources des territoires susceptibles d'être gérées en commun ou de constituer un monde commun pour et par les habitants sont parfois invisibilisées, oubliées, voire vécues comme des handicaps. Comment les révéler ? Comment en faire un élément commun à partager sur le territoire et au-delà ?


TR 2 : Territoires solidaires et emploi, avec Rachid CHERFAOUI (Maison d'économie solidaire), Daniel LE GUILLOU (Territoires zéro chômeur de longue durée) et Claude SICART (Le PoleS)
L'emploi de qualité est, sur de nombreux territoires, une ressource menacée pour de nombreuses personnes qui en sont privées. Si la société civile s'est souvent mobilisée pour offrir des réponses à cette question sociale, avec l'IAE par exemple, quelles sont aujourd'hui les nouvelles perspectives qui sur les territoires concourent à faire de l'activité un commun pour tous ?

Daniel LE GUILLOU : L'emploi : du droit citoyen au bien commun du territoire
Aujourd'hui en France, près de 50% des personnes privées d'emploi le sont depuis plus d'un an et la plupart d'entre elles ne touchent plus aucune allocation au titre du chômage. En dépit de la (timide) reprise économique constatée depuis 2016, le nombre des personnes concernées par le chômage de longue durée ne diminue pas. La privation durable d'emploi coûte cher à la collectivité nationale (43 milliards € en 2017, soit environ 16000 € par personne privée durablement d'emploi), elle est également, et peut-être surtout, à l'origine de l'augmentation de la pauvreté et de l'exclusion sociale. Depuis le début des années 90, période à laquelle les premières mesures visant à réduire le coût du travail ont été prises, les mesures générales et ciblées se sont multipliées et leur montant a plus que doublé (122 milliards € en 2015). Et pourtant, les résultats s'avèrent, au minimum, décevants. Face à ce double constat — un marché de l'emploi fabriquant de la précarité et des politiques de l'emploi inefficientes — le projet "Territoires zéro chômeur de longue durée" prétend que nous n'avons pas tout essayé. Grâce à l'expérimentation en cours dans 10 territoires depuis janvier 2017, il s'agit de montrer qu'en partant de la mobilisation et de la volonté d'un territoire, il est possible de proposer, conformément au préambule de la Constitution, un emploi digne et durable, sans sélection, à toutes les personnes privées durablement d'emploi qui le souhaitent et cela à coût nul pour les finances publiques.

Engagé dans le projet "Territoires zéro chômeur de longue durée" depuis 2015, Daniel Le Guillou est actuellement vice-président de l'entreprise à but d'emploi du territoire expérimental de Thiers (63) et chargé de la capitalisation au sein de l'association "Territoires zéro chômeur de longue durée".
Bibliographie
"Travailler et apprendre ensemble", Collectif, Éditions Quart Monde, 2010.
"L'entreprise réinventée", Desmedt Gérard, Éditions Quart Monde / Éditions de l'Atelier, 2012.
Présentation du projet TZCLD [en ligne].
"L'expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée : une opportunité pour renforcer l'État social ?", Le Guillou Daniel, Semenowicz Philippe, communication pour le colloque : "Quel modèle social pour le XXIe siècle ?", juin 2017.
"Un emploi, c'est mon droit", Soulé Véronique, Éditions Quart Monde, 2018.
"Zéro chômeur, dix territoires relèvent le défi", Goubert Didier, Hédon Claire, Le Guillou Daniel, Éditions de l'Atelier, à paraître (avril 2019).


TR3 : Énergie durable et territoire, avec Arnaud ASSIÉ (Cired), Michel CARRÉ (L'association "Énergies Citoyennnes en Pays de Vilaine") et Michel DERDEVET (Enedis)
Symbole des liens entre le global et le local, les modes de production, de distribution, de répartition et d'utilisation de l'énergie touchent aux enjeux économiques, environnementaux, démocratiques et sociaux auxquels nous devons collectivement faire face. Autonomie, souveraineté, organisation citoyenne de l'énergie sur les territoires, quel rôle pour les communs ?

Michel CARRÉ : L'association "Énergies Citoyennnes en Pays de Vilaine"
L'association est créée en 2003 par des citoyens intéressés pour produire et économiser des énergies renouvelables. Ils ont créé des outils juridiques et financiers, et des outils de production : une société de capital risque; une société de services pour les appuis techniques et juridiques; trois sociétés de portages de parcs éoliens; des animations et outils financés par ces investisseurs pour permettre des économies d'énergie (groupements d'achats, constructions de cuiseurs bois, de fours solaires…); la création de deux réseaux régionaux (bretons et ligériens) et du réseau national Énergie Partagée. En projet, on peut citer deux nouveaux parcs éoliens et plusieurs centrales solaires. En tout, une cinquantaine de bénévoles très actifs, 150 participants réguliers aux activités (conseils d'administration, conseils de directions, comités de pilotage…), seize salariés.
Nos convictions sont les suivantes : les énergies fossiles et fissiles doivent être rapidement dépassées, en conjuguant accélération de la production de renouvelables et économies d’énergie; comme le vent, le soleil, l'eau, sont à tout le monde, il n'y a aucune raison pour que la plus-value produite ne reste pas sur le territoire (dividendes et impôts locaux); les projets sont complexes mais maîtrisables par les citoyens engagés (bénévoles pilotant les sociétés des parcs) qui ont acquis de vrais savoirs faire qu'il faut faire reconnaître aux banquiers, à la puissance publique, à EDF…; les riverains, les élus doivent pouvoir rencontrer les responsables des installations et faire prendre en compte leurs souhaits; l'entrée est thématique (les énergies), mais la préoccupation globale : en recherchant l'implication du plus grand nombre sur des sujets transversaux (énergie, déchets, eau…), on vise une société démocratique, solidaire et résiliente; les collectivités publiques doivent s'emparer rapidement de ces préoccupations pour accélérer le mouvement, ne pas laisser progresser la financiarisation de ces secteurs d'activités; ces approches doivent aussi permettre aux espaces ruraux de devenir créateurs de nouvelles richesses à exporter vers les espaces urbains.

Michel Carré est militant bénévole de l'implication citoyenne pour une réelle démocratie solidaire et écologique. Retraité (64 ans) de la formation professionnelle d'agriculteurs, de responsables associatifs et de collectivités en milieu rural. Il préside l'association "Énergies Citoyennes en Pays de Vilaine" (EPV) depuis 3 ans.


TR4 : Systèmes alimentaires solidaires territorialisés, avec Gheorghe CIASCAI (Univ. Cantemir de Bucarest), Giuseppe LI ROSI (Collectif Simenza) et Marc LOURDAUX (Échanges paysans)
Face à l'agriculture intensive et au système de la Grande distribution, de plus en plus d'acteurs sur les territoires s'organisent pour reconstruire une autre économie : consommateurs citoyens des Amap, agriculteurs et militants des semences reproductibles et même grandes entreprises, font émerger des systèmes alimentaires solidaires territorialisés : à travers quels combats, quelles difficultés ? En s'appuyant sur quels liens entre le local et le plus global ?

Gheorghe CIASCAI : Phénomènes inédits dans l'écosystème des communs de Roumanie : Coopérative Agricole Carrefour Vărăşti entre l'approche économique et la responsabilité sociale corporative
La création en 2017 de la coopérative agricole Carrefour Vărăşti près de Bucarest par quatre paysans de Vărăşti et la grande entreprise Carrefour est-elle un événement exceptionnel parce que la coopérative en Roumanie reste marquée par la mauvaise image de la coopérative communiste. Cette nouvelle coopérative peut être pensée selon le modèle des communs sociaux selon une déclinaison particulière dans le translocalisme de laquelle la grande entreprise joue un rôle essentiel. Les ressources mises en commun sont produites par environ 60 producteurs qui, en tant que membres de la coopérative, ont le droit de les vendre à la coopérative qui les met en commun en destination des magasins de Carrefour en Roumanie. La création de la coopérative s’est appuyée sur le renouveau du droit roumain en matière de coopérative agricole et de circuits courts. La coopérative construit une première communauté locale, celle des paysans de Vărăşti, membres de la coopérative dont quatre d’entre eux, en plus du droit d’accès à la mise en commun de la ressource, ont des droits de gestion et d’aliénation. Mais la construction locale est en lien étroit avec des solidarités construites à des échelles extra-locales. La première échelle est celle de la Roumanie. La solidarité organisée par la loi en matière des circuits courts se situe entre les consommateurs et les producteurs roumains afin que les deux bénéficient d’une alimentation en circuit court. La seconde échelle est celle de la grande entreprise multinationale Carrefour à travers la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), qui va d’ailleurs au-delà de la possibilité de faire bénéficier les consommateurs de Carrefour de produits frais locaux et d'assurer aux producteurs des débouchés sécurisés à leur production maraichère. Cette RSE repose sur un levier sinon démocratique du moins qui relie l’entreprise à l’intérêt général.

Gheorghe Ciascai a deux maîtrises en philosophie et en sciences politiques à l'université "Babes-Bolyai" de Cluj-Napoca, un diplôme conjoint en droit européen d'affaires à l'université Paris I Sorbonne et à l'université de Bucarest. Il a obtenu le titre de docteur en philosophie à l'université "Babes-Bolyai" de Cluj-Napoca. Depuis 2010, il est maître de conférences à la Faculté de Sciences Politiques de l'université chrétienne "Dimitrie Cantemir" de Bucarest où il a dirigé le master Économie sociale entre 2011 et 2013. Ses domaines d'intérêt sont : relations internationales, études européennes, communication et relations publiques internationales, économie sociale, philosophie des sciences sociales. Entre 2014 et 2016, il a participé aux projets de création d'entreprises sociales en Roumanie financées par le Fonds Social Européen. Dans le domaine de l'économie sociale, il a publié l'article "La mise en valeur des friches industrielles : un projet roumain d'entreprise sociale à Vad dans le cadre d'un programme de l'Union européenne" dans Cahier de recherche Chaire ESS - UPEM, numéro spécial (2016).

Marc LOURDAUX : Le commun & les Singuliers. Démarche de structuration en écosystème des circuits courts agricoles en Provence Alpes Côte d'Azur
La dynamique en Provence Alpes Côte d'Azur consiste à créer une plate-forme commerciale régionale 100% Bio, capable de réunir l'ensemble du "panier agricole Bio du territoire", pour le distribuer en restauration hors domicile et dans les magasins bio. Ce projet de "commun" est le fruit de la confrontation entre les enjeux nationaux des filières bio avec les histoires singulières des plates-formes de circuits courts départementales et de leurs territoires. Il fait le pari d'un réseau équitable et pérenne. D'une manière générale, ces démarches s'inscrivent dans une logique de "médiation commerciale d'intérêt territorial". Ce sont des "OVNI" qui revisitent, expérimentent au présent, la vie des "Biens communs" dans le domaine des circuits courts agricoles. Ils relèvent d'une forme hybride entre privé et public, qui s'intéresse, se nourrit et tisse des liens entre les acteurs, entre les territoires, entre le local et le global. Elles ont un triple atout : jouer un rôle d'"Assembleur - Rassembleur", à contre-courant du repli sur soi et de l'hyperspécialisation professionnelle mortifères, reposer la question dans le bon ordre, des fins et des moyens et bénéficier d'une vitesse d'interactions vives entre les différentes parties prenantes.


TR5 : Culture et commun dans les territoires, avec Laura AUFRÈRE (Univ. Paris 13), Luc de LARMINAT (Opale) et Raphaël LHOMME (Revue Profession Spectacle)
Les communs culturels, les initiatives solidaires, les pratiques alternatives, œuvrent pour une réappropriation et une reconnaissance des droits culturels face à la standardisation et la marchandisation de la culture. Comment ces pratiques se construisent et émergent-elles ? Comment impactent-elles la conception élitiste et dominante de la culture dite légitime ? Quelles formes d’émancipation sont possibles ?

Raphaël LHOMME : La revue Profession Spectacle comme ressource commune
Lors de cette contribution, j'aborderai le rôle que peut avoir une publication comme Profession Spectacle dans la réflexion autour des formes de solidarité liées à la culture, comprise au sens large des droits culturels. Cette revue en ligne — via sa rubrique "Droits culturels & ESS" — permet en effet de porter à la connaissance des acteurs du monde du spectacle, mais aussi de tous ceux qui s'intéressent à la culture, des exemples et analyses d'initiatives solidaires et de pratiques alternatives œuvrant à une réappropriation et à une reconnaissance des droits culturels, et relevant d'une démarche d'économie sociale et solidaire. Ces exemples pratiques peuvent ainsi contribuer à la réflexion des acteurs de la culture autour de ces enjeux. Les partenariats — locaux et nationaux — qu'entretient la revue sont également à même de permettre la mise en relation et l'activation de solidarités entre différentes échelles territoriales. Il s'agira alors de montrer en quoi Profession Spectacle peut être considérée comme une ressource commune dans le monde de la culture, s'insérant dans des partenariats avec divers acteurs, sur plusieurs échelles territoriales (locale et nationale), et contribuant ainsi à activer les solidarités territoriales.

Raphaël Lhomme est actuellement professeur de Sciences économiques et sociales (SES) au lycée Raoul Follereau de Belfort, en Franche-Comté. Il est par ailleurs référent pour l'Économie sociale et solidaire (ESS) et les droits culturels au sein de la revue culturelle en ligne Profession Spectacle. Il a d'ailleurs rédigé pour cette dernière une série d'articles sur les relations entre ESS, droits culturels et approche par les capabilités.


TR6 : Grandes entreprises et territoire, avec Sylvain BAUDET (La Banque des territoires), Fabien JOURON (La Poste) et Eric LESUEUR (Veolia)
À travers l'économie circulaire, les circuits-courts ou l'économie sociale et solidaire, les territoires deviennent de plus en plus l'objet de gouvernance territoriale. Comment les grandes entreprises se positionnent-elles dans cette évolution ? De quels liens entre les échelles de territoires sont-elles porteuses et pour quel partage de la valeur ?

Eric LESUEUR : Innovation sociale et territoires
Les métiers de service à l'environnement sont généralement articulés autour de délégations ou de marchés publics quand ils s'exercent au bénéfice des collectivités locales. Il en va ainsi de la gestion de l'eau potable et de l'assainissement notamment, mais également de la gestion des déchets des transports et, dans certains cas, de l'énergie. Il s'agit bien sûr de services essentiels aux habitants et au fonctionnement des écosystèmes urbains en particulier et leur bonne mise en œuvre à un impact très important sur l'environnement, au-delà des limites des territoires directement concernés. L'équité d’accès à ces services est indispensable pour maintenir leur cohésion sociale et leur dynamisme économique. Comment mettre en place de nouveaux partenariats entre collectivités locales, opérateurs, mais aussi acteurs de la société civile ou de l'économie sociale et solidaire, pour répondre de manière durable à ces enjeux cruciaux ? Comment mettre à profit les mécanismes de l'Économie Circulaire et les opportunités offertes par la révolution numérique pour intégrer l'ensemble des citoyens dans une dynamique de progrès ? Peut-on envisager une forme hybridée de partenariat public-privé qui associe l'efficacité sociale et économique à la performance environnementale des territoires ? Comment les grandes entreprises peuvent-elles contribuer à renforcer les liens et les apprentissages entre des territoires divers et entre les échelles de territoires ? Les mentalités des acteurs évoluent très rapidement et des coopérations robustes et efficaces commencent à se dessiner.

Eric Lesueur est le Président exécutif de 2EI, filiale du groupe VEOLIA dédiée à l'innovation et au conseil sur les services urbains pour les villes et territoires durables notamment dans le domaine de l'innovation sociale. Eric Lesueur est en particulier le Managing Director de Grameen Veolia Water, social business pour l'eau potable au Bangladesh, en partenariat avec Mohamed Yunus. 2EI a également développé POP Up, un réseau international d'incubateurs d'entreprenariat social autour des activités de VEOLIA. Diplômé de l'École Polytechnique, Eric Lesueur a rejoint VEOLIA en 1993 où il a occupé plusieurs responsabilités, comme Directeur Environnement ou Directeur Adjoint de la R&D, avant de créer 2EI en 2008.


TR7 : Échelles territoriales de la santé en commun, avec Corinne BEBIN (SCIC "Solidarité Versailles Grand Age"), Olivier BENOÎT (Aide) et Eric BONNEAU (SCIC Ecoreso)
À l'instar de la santé communautaire, des collectifs, des associations, des mutuelles et des coopératives proposent à leurs publics (personnes âgées, publics fragiles, porteurs d'handicaps, …) des formes d'accompagnement et de participation innovantes. Il s'agit de réfléchir en commun pour l'amélioration de leur santé et de leur qualité de vie. Jusqu'à quel point est-il possible de soutenir ces processus dans le contexte très réglementé de la santé ? Quelles marges de manœuvre sont possibles pour la prise en compte des besoins exprimés collectivement ?

Corinne BEBIN : Favoriser la coopération des acteurs d'un territoire pour améliorer les parcours de vie, une proposition originale : la SCIC "Solidarité Versailles Grand Age"
La coopération entre acteurs sociaux, médico-sociaux et sanitaires : une démarche mise en œuvre par la SCIC "Solidarité Versailles Grand Age".
L'analyse des trois principaux déterminants du maintien de l'autonomie a conduit les acteurs du territoire à s'interroger sur les moyens et outils à disposition pour une mise en œuvre opérationnelle. Ainsi la Ville — par la voix de son CCAS — demeurait légitime quant à l'attention portée à la demande du Rester chez soi, par la gestion ou l'animation de services à domicile. C'est aux familles et aux professionnels du "domicile" que s'adressait la question du "Ne pas être isolé" tandis que c'est aux professionnels de santé de toutes institutions que revenait la question du "Accéder facilement aux soins". Confirmant sa volonté de contribuer à l'amélioration de la qualité de vie telle qu'envisagée par Wood, chaque acteur concerné par l'un des trois principaux déterminants se déclara favorable à utiliser un outil juridique innovant : la société coopérative d'intérêt collectif en ce qu'elle illustrait la volonté coopérative dans le respect d'un juste équilibre des acteurs en présence. Ainsi, il appartenait à deux promoteurs de l'innovation de concrétiser cette volonté. D'une part, le CCAS de la Ville, à deux titres, celui de gestionnaire d'un EHPAD (totalement habilité à l'aide sociale) et d'un SSIAD, et celui de financeur d'un projet de reconstruction. D'autre part, une foncière, Entreprendre pour Humaniser la Dépendance (EHD), membre du mouvement Habitat et Humanisme spécialisé dans l'épargne solidaire et solidement implantée sur le territoire. Ainsi la création — en 2012 — de la Société Coopérative d'Intérêt collectif Solidarité Versailles Grand Age affiche une convergence avec les principes retenus par la loi ASV.
Personnes impliquées : Bernard Devert (Habitat et humanisme), Melina Ferlicot (CCAS Ville de Versailles), Kevin Charras (Fondation Médéric Alzheimer), Docteur Pierre Aquino (Fondation Méderic Alzheimer) et Sophie Quelennec (Lepine Versailles).

Corinne Bebin est diplômée de l'IEP Paris et de l'INSHEA. Maire-adjoint déléguée aux affaires sociales et à la Santé de la Ville de Versailles. Vice-présidente du CCAS. Présidente de la Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) Solidarité Versailles Grand Age. Élue locale depuis 10 ans, l'expérience de l'accompagnement de la vulnérabilité enrichit quotidiennement ses réflexions éthiques sur l'action politique. Présidente de la Commission spécialisée Médico-Sociale - CRSA - ARS Ile de France.


TR8 : Habiter en commun les territoires, avec Emile BEUCHER (Hamosphère), Joseph HAERINGER (Habitat et Humanisme) et Olivier LANDAIS (Association Enerterre)
Favoriser l'accès de tous à un logement digne et abordable est l'un des principes défendus dans la loi Alur. Mais cela doit s'accompagner de la participation des habitants à la définition, la conception, voire la réhabilitation de leur logement. Habiter en commun implique donc une pensée nouvelle sur les lieux et les liens à tisser pour habiter autrement la ville comme la campagne. Quels projets communs sont aujourd'hui possibles ? Quelles modalités de mise en œuvre pour une réelle participation des habitants ? À quelles nouvelles reconfigurations territoriales cela donne lieu ?

Joseph HAERINGER : Comment transformer un "Habitat" en un "Habiter". L'histoire d'un projet
Le défi que tente de relever ce projet est de substituer à la démarche dominante d'une succession de phases (conception du projet, construction, livraison et emménagement des habitants), celle d'une imbrication du monde de l'immobilier et de celui des habitants afin de rompre les rapports entre les ingénieurs concepteurs (architectes, entreprises, finances) et les habitants (locataires assujettis aux dispositifs du logement social). Du fait de sa proximité avec les publics concernés, l'association Habitat et Humanisme se fait successivement porteuse des attentes et besoins des futurs locataires, puis chargée de constituer le public de locataires et, in fine, garant d'un bon fonctionnement en "donnant les clés" aux habitants. Cette imbrication requiert des agencements particuliers et des agents de traduction afin de pouvoir aménager un espace commun local suffisamment autonome pour tisser ces liens. La possibilité d'un tel espace d'ajustement, d'exploration de pratiques nouvelles, nécessite un ancrage plus large localement, mais aussi national, fédéral en l'espèce. Le réseau national, dans sa triple dimension d'échanges d'expériences entre associations, d'expertise apportée au projet local par la technostructure fédérale et de plaidoyer auprès des pouvoirs publics, constitue une sorte d'"écosystème", sorte de vivier favorable à l'éclosion et à la diffusion de telles innovations.

Sociologue, Joseph Haeringer a été associé au LISE-CNRS (laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique) après avoir exercé les fonctions de direction d'association. Enseignant à Sciences Po Formation, il était coresponsable pédagogique de l'Executive Master "Sociologie de l'association et action dirigeante". Ses travaux de recherche portent notamment sur les associations d'action sociale et médico-sociale. Dans cette perspective, il a publié divers articles ou participé à divers ouvrages sur l'évaluation, la gouvernance et la participation des usagers. La Démocratie : un enjeu pour les associations d'action sociale et médico-sociale est le dernier ouvrage qu'il a dirigé. Il prépare un ouvrage collectif sur le changement dans les associations.


TR9 : Friches en commun et territoires, avec Sylvie BARROS (Mairie de Thiers), Benedetta CELATI (Univ. de Pise) et Maïté JUAN (Post-doctorante CNRS)
Quarante ans de désindustrialisation et de réduction des services publics ont produit de nombreux territoires abandonnés, marqués par la poussée de friches de toute sorte. Comment celles-ci ont-elles été réinvesties par des acteurs du territoire selon une logique des communs ? À quelles difficultés ces acteurs sont-ils confrontés, quelles solutions innovantes inventent-ils ?

Benedetta CELATI : Friches "en commun" et régénération urbaine en Italie : une interaction complexe entre solidarités territoriales et régulation juridique
Les friches — urbaines et industrielles — et leur régénération constituent une déclination spécifique du concept plus large et aux définitions multiples de la régénération urbaine. Une notion, cette dernière, profondément marquée par la relation et les liens avec la communauté et le territoire dans lequel elle se déploie. D'un point de vue juridique, les éléments à retenir sont plusieurs : il s'agit d'ailleurs de dépasser l'approche classique de l'aménagement et de la gestion du territoire, pour intégrer aussi la question des droits fondamentaux des individus. L'Italie représente un prisme d'observation important, du fait du grand nombre des solutions locales de réutilisation et requalification des lieux désaffectés qui se répandent dans ses régions. Le droit semble parfois incapable de dialoguer avec les innovations sociales produites par ces dernières, et de le traduire, par conséquent, en innovations règlementaires, alors qu'il s'avère, dans d'autres cas, un instrument précieux de soutien et de pérennisation des projets locaux. Comment relever alors le défi de conjuguer des initiatives mobilisant des énergies citoyennes avec des réponses législatives, surtout régionales, qui évoquent une pluralité d'objectifs associés, mais qui éprouvent également des difficultés à sortir de la dimension qui favorise les rendements privés des investisseurs plutôt que le commun ? Ce point, aussi bien que celui du translocalisme, comme circulation et interconnexion vertueuse des bonnes pratiques, ouvrent des pistes de réflexion fertiles sur les opportunités et limites d'une interaction complexe entre espaces d'autonomie (et d'autogouvernement) et la nécessité, qui émerge dans une dynamique de transformation, d'institutionnalisation et fédéralisation des différentes expériences.

Benedetta Celati, docteure en droit public de l'économie à l'université de Pise et en sciences économiques à l'université Paris-Est, est actuellement post-doctorante sur la thématique des politiques publiques et des instruments juridiques pour la valorisation socio-économique des territoires, également dans la perspective de la régénération urbaine. Pour sa recherche doctorale, elle a abordé le sujet des dynamiques socio-économiques locales et de leur interaction avec le droit, en étudiant, sous le prisme de l'économie sociale et solidaire comme vecteur de transformation sociale, des communautés énergétiques durables et des monnaies alternatives.
Publications
Celati, B. (2016), "Economia sociale e dinamiche istituzionali", Rivista del Gruppo di Pisa, 3, 1-18.
Celati, B. (2016), "Les communautés énergétiques durables : un modèle social fondé sur le commun et la subsidiarité", in Communs et transformations sociales : Expériences européennes sous un regard pluriel, Acte du Workshop international, 16 mai 2016, Université Paris Est Marne-la-Vallée, Cahier de recherche Chaire Ess-Upem, Numéro spécial 2016, 104-13.
Celati, B. (2017), "Le monete alternative nel modello dell'amministrazione condivisa", Labsus, Laboratorio per la Sussidiarietà, 1-4.
Celati, B. (2017), "Coconstruction des politiques publiques en Italie", Jurisassociations, Dossier ESS/Pouvoirs publics, 554, 31-32.
Celati, B. (2018), "La rigenerazione dei siti industriali dismessi: diritto e tecnica", Labus, Laboratorio per la sussidiarietà, 1-2.
Celati, B. (2018), "Le monete locali come strumenti giuridici per l’attuazione del principio di democraticità", Rivista Trimestrale di Diritto dell'Economia, 3, 349-390.


TR10 : Éducation populaire, construire un monde commun, avec Ana DUBEUX (Univ. Fédérale Rurale de Pernambouc), Christophe GIROGUY (Lisra) et Colin ROBINEAU (Univ. Paris 2)
Sans monde commun, il est difficile de faire société. L'éducation pour et par tous au service de l'émancipation individuelle et collective est-elle une ressource pour construire un monde commun local et planétaire ? Quels liens peut-on tisser entre éducation populaire, commoning et communs pour faire société en évitant les dangers du localisme ?

Ana DUBEUX : Éducation Populaire en commun : son rôle, ses défis
L'éducation populaire est essentielle à la construction d'un projet démocratique de société en commun. Les limites du modèle économique actuel et ses impacts dans la vie en société nous renvoient au besoin de revisiter les principes et pratiques de l'éducation populaire en tant que socle de la construction de ce projet. Le Brésil a eu pendant 15 ans un gouvernement qui a mis en place, en partenariat avec les mouvements sociaux, une politique publique d´économie solidaire dont une des priorités était les processus éducatifs populaires tournés vers les thématiques liées à une autre économie à partir de la logique des épistémologies du sud. Cette initiative avait pour but principal de renforcer des réseaux d'éducateurs populaires en économie solidaire à partir des processus de formation de formateurs qui vivaient l'économie solidaire au quotidien, provoquant un effet cascade de multiplication des formations dans les diverses régions et villes du pays. Actuellement, ce pays a un gouvernement d'extrême droite et un énorme recul devant la conquête de droits obtenus pendant les 15 dernières années s'annonce. Ainsi, les réseaux d'éducateurs populaires vont devoir agir face à une réalité adverse, pour construire la lutte collective dans une société où les fissures sociales et économiques conduisent à la suppression des droits humains fondamentaux. Notre contribution poretera sur le besoin de réinventer l'éducation populaire à partir des problématiques actuelles, surtout liées à l'économique, en la comprenant, ainsi que l'affirme Paulo Freire, comme un point de départ pour que les citoyens prennent conscience du besoin de changer leur propre réalité à partir d'un projet collectif de société en commun.

Ana Dubeux, docteur en sociologie, diplômée de l'université de Paris I, est actuellement professeur du Département de Sciences de l'Éducation à l'université Fédérale Rurale de Pernambouc au Brésil, membre du Centre de Recherche en Agroécologie et Paysannerie et de l'Incubateur Technologique de Coopératives Populaires de cette université. Travaillant toujours dans la perspective de la recherche-action avec des mouvements sociaux liés à l'agroécologie et à l'économie solidaire, ses recherches lient ces thématiques à la quête d'un nouveau sens au processus de construction de connaissances et de la science à partir de la perspective des épistémologies du sud et des communs.
Publications
Dubeux A., "Extensao universitaria no Brasil : democratizando o saber da universidade na perspectiva do desenvolvimento territorial", Sinergias - Dialogos educativos para a transformação social, v. 6, p. 9-24, 2018.
Dubeux A., Batista M. P., "Agroecologia e Economia Solidária : um diálogo necessário à consolidação do direito à soberania e segurança alimentar e nutricional", Redes (Santa Cruz do Sul. Online), v. 22, p. 227-249, 2017.
Medeiros A., Vilaca M., Nunes Da Silva J., Dubeux A. (Org.), Economia Solidaria, educação popular e pedagogia da autogestão - reaprendendo a aprender pelas veredas da descolonização do saber no nordeste, 1a. ed. Recife : MXM Grafica e editora, 2018, 146 p.
Dubeux A., Brito H. D. (Org.), Educação em Economia Solidaria e autogestão, 1a. ed. Recife : MXM Grafica e editora, 2018, 95 p.
Dubeux A., Medeiros A., Aguiar M. V. A. (Org.), Agroecologia na convivência com o semiarido : Sistematização de experiências vividas, sentidas e aprendidas, 1a. ed. Recife : Editora dos Organizadores, 2015, v. 1, 181 p.
Dubeux A., Medeiros A., Vilaca M., Santos S. (Org.), A construção do Conhecimento em Economia Solidaria. Sistematização de Experiências no Chão do Trabalho e da Vida no Nordeste, 1a. ed. Recife : F&A Grafica e Editora Ltda, 2012, v. 1, 288 p.
Dubeux A., "Technological incubators of Solidarity economy initiatives : a methodology for promoting social innovation in Brazil", in Moulaert F., MacCallum D., Mehmood A., Hamdouch A. (Org.), The International Handbook in Social Innovatio Social innovation : Collective action, Social learning and Transdisciplinary research, 1aed. Cheltenham : Edwrd Elgar Publishing, 2012, p. 299-307.

Christophe GIROGUY : Les communs urbains
On partira de l'analyse de l'expérience du quartier de l'Ariane à Nice et des communs de voisinage : en 3 ans, des habitants ont pu faire commun autour des jardins partagés, des incroyables comestibles, de repas partagés, de savoirs, de transmission, de projets collectifs qui améliorent le cadre de vie. Ces personnes, pour la plupart isolées, ne se connaissaient pas et ont réussi à s'organiser localement entre intérêt commun et intérêt collectif : auto-organisation, interpellation de collectivités locales… Ensuite, un Tiers-Lieu, baptisé "L'Utopie", a été ouvert et cet espace commun sert de refuge pour rencontrer de nouveaux habitants ou se retrouver autour d'une friperie solidaire, d'une zone de gratuité, d'un frigo partagé, ou encore d'une bibliothèque de sciences humaines : l'objectif n'est pas de consommer mais de faire société. Est-ce les communs qui font collectif(s) ou le(s) collectif(s) qui font commun ?

Formé au Théâtre de l'Opprimé (cf. Augusto Boal) en 1996, puis à l'économie alternative et solidaire en 2007, Christophe Giroguy se reconnaît dans l'éducation populaire politique au sens citoyen du terme. Avec l'association La ManuFabriK, il ancre ses activités (ouverture de Tiers-espaces et organisation de groupes) dans le quartier populaire de l'Ariane à Nice avec des liens de coopération en régions et au national (Laboratoire du LISRA – Laboratoire d'Innovation Sociale par la Recherche-Action).

Colin ROBINEAU : Politiser en construisant du commun : le cas d'un squat d'activités de l'Est parisien
Les travaux de Colin Robineau se situent au croisement de la sociologie, des sciences de l'information et de la communication et de la science politique. Accordant une place centrale à la démarche ethnographique, ses recherches interrogent de façon transversale des objets variés : les formes contemporaines de l'engagement, les modalités d'organisation et de politisation d'espaces publics locaux et contestataires, les processus de socialisation politique ainsi que les conditions de possibilité de la critique ordinaire de l'ordre social.
Publications
"S'engager corps et âme. Socialisations secondaires et modes de production du militant "autonome"", Agora débats/jeunesses (Presses de Sciences Po), vol. 3, n°80, 2018, p. 53-69.
"Constituer un contre-public en marge des médias : négociations, circulations et normativités d'un discours "révolutionnaire" au sein d'une cantine de quartier‪", Études de communication, vol. 2, n°47, 2016, p. 131-148.‬‬
"Ouvrir les portes d'un squat d'activités à des non-militants pour amorcer une politisation. Conditions et enjeux de la mise en suspens du sens pratique", Savoir/Agir, vol. 4, n°38, 2016, p. 53-59.
"Quand le sociologue est dans la confidence : les fonctions et les usages sociaux du secret en terrain militant radical", ¿Interrogations?, n°22, juin 2016 [en ligne].


DP1 : Formes de solidarité et commun, avec Philippe EYNAUD (IAE-Paris 1) et Stéphane VEYER (Coop des communs)
Les articulations possibles entre économie sociale et solidaire et communs sont évidentes à la fois dans le débat théorique comme dans les pratiques. L'ESS comme les communs proposent un dépassement par rapport à une lecture dichotomique de la société fondée uniquement sur l'État et le marché. Or, plusieurs questions restent ouvertes. Les contextes de mobilisation et d'émergence comme les enjeux de régulation, d'opposition, voire de revendication auprès des pouvoirs publics, impliquent diversement les acteurs. Quels sont les enjeux de reconnaissance comme d'opposition qui traversent les débats ? Quels dépassements et quelles synergies sont possibles ?


DP2 : Regards croisés Nord-Sud, une épistémologie commune ?, avec Pedro HESPANHA (Univ. de Coimbra) et Stéphanie LEYRONAS (AFD)
Une ligne imaginaire, qui n'est pas uniquement géographique, divise le monde en deux. Dans ce partage, les réalités des Sud ont été tellement disqualifiées qu'elles disparaissent et deviennent invisibles ou inintelligibles. Comment la perspective des communs nous permet-elle de dépasser les distinctions, visibles et invisibles, qui divisent le monde en deux ? Est-t-il possible, dans une perspective renversée, de trouver dans ces réalités des matrices d'action qui peuvent éclairer et servir d'exemple dans les Nords du monde ?


DP3 : Valeurs et communs pour les territoires, avec Nicolas CHOCHOY (Institut Godin) et Hervé DEFALVARD (Chaire ESS - UPEM)
Le commun est intimement lié à ce que nous avons des raisons de valoriser et, ce faisant, il nous amène à questionner les représentations de la valeur. Quels liens entre valeurs au sens sociologique du terme et commun ? Comment les communs peuvent-ils échapper au localisme des valeurs ? Si la valeur économique n'est ni attachée aux biens, ni aux personnes comme dans les théories classiques en économie, mais est une construction sociale, alors les communs semblent en redistribuer les cartes. Comment la représentation économique de la valeur s'en trouve-t-elle bousculée ? Le commun ne nécessite-t-il pas également de modifier notre représentation du temps ?


DP4 : Pouvoirs publics et commun, avec Silke HELFRICH (Commons Strategies Group) et François Xavier VIALLON (Univ. de Lausanne)
Le mouvement des communs, dans une perspective de société des communs, interroge aussi la place, le rôle et la posture des pouvoirs publics vis-à-vis des communs. Des collectivités locales aux pouvoirs supranationaux en passant par l'État, les pouvoirs publics doivent-ils et peuvent-ils être des facilitateurs ou des co-producteurs des communs ? Quelles représentations de l'organisation démocratique et des pouvoirs publics véhiculent les communs et la pratique des communs ?


DP5 : Émancipation et commun, avec Fanélie CARREY-CONTE (Coop des communs) et Melaine CERVERA (Univ. de Lorraine)
La perspective des communs pose la question de la préservation et du partage égalitaire mais sous-tend également celle de la transformation et de la capacité d'agir de collectifs. Quel horizon émancipateur les communs mobilisent-ils ? Quelles stratégies de réappropriation et de revendication sont possibles dans la perspective des communs ? Quels processus d’émancipation se mettent en œuvre par des expérimentations sociales et économiques ?

Melaine CERVERA : Possibilités d'auto-émancipation et changement institutionnel
Pour ce débat public, il s'agit d'ouvrir la discussion sur les possibilités concrètes d'une auto-émancipation des citoyens et citoyennes associés en prenant l'exemple de l'habitat alternatif ou collectif ancré dans des communs de territoire. Des études de cas aussi éloignées que les communautés d'habitat alternatif diffusant des spectacles vivants d'une part, des lieux de vie et d'accueil en protection de l'enfance développant une approche libertaire d'autre part, viendront illustrer les possibilités de changements institutionnels trans-locaux aux marges du social pour une transformation sociale vers une société du commun. L'intervention posera la question des possibilités d'auto-émancipation dans des cadres contraints, ouvrant le débat sur les capacités de subversion des collectifs autonomes.

Melaine Cervera, docteur en sciences économiques, maître de conférences en sociologie à l'université de Lorraine et co-fondateur de l'association de promotion des expérimentations sociales (APEX), étudie la co-construction de l'action publique entre les pouvoirs publics et les associations en termes d'accompagnement des publics fragiles. Les dynamiques d’économie solidaire et des communs sur les territoires constituent pour lui un terrain d'étude privilégié pour repenser les analyses de la solidarité et de l'autonomie.


DP6 : Monnaie et commun, avec Denis DUPRÉ (Univ. de Grenoble) et Marie FARE (Univ. Lyon 2)
Dans la perspective autant anthropologique qu'économique de la monnaie comme lien social, celle-ci ne peut échapper à sa relecture à l'aune du mouvement des communs. Dans cette réflexion, deux entrées questionnant le monopole étatique sur la monnaie semblent possibles : l'échelle du monde avec les cryptomonnaies et l'échelle locale avec les monnaies complémentaires. Quelle place pour les communs dans ces réinventions ? Ces deux entrées s'opposent-elles ou se rejoignent-elles à l'aune des communs ?

Denis DUPRÉ : Rôle des monnaies dans le cadre d'une perspective d'effondrement de notre société thermo-industrielle. Récit de science-fiction
À l'heure où sont écrites ces lignes, le 16 mars 2019, les crypto-monnaies ont un coup de blues et les monnaies locales restent marginales dans l'économie. Ce même jour a eu lieu la marche mondiale pour le climat. L'effondrement de la société thermo-industrielle devient de plus en plus probable et de plus en plus proche. Comment penser l'utilité des monnaies pour garder une société encore humaine où la possibilité de vie digne pour tous reste accessible ? Nous allons décrire un scénario d'effondrement dont nous ne pouvons pas estimer la probabilité. Nous ferons donc de la science-fiction. Dans ce cadre, nous décrirons un imaginaire possible d'un collectif qui créerait des institutions nouvelles. Nous regarderons comment les formes monétaires pourraient être définies par cette communauté, associant crypto-monnaies et monnaies locales. Cette utopie nous permettra de donner des éléments de réponses à trois interrogations. Comment les monnaies influeront sur les valeurs de la communauté ? Comment les monnaies permettront des échanges de matières avec les communautés extérieures ? Comment les monnaies participeront aux échanges de valeurs avec les communautés extérieures ?

Après avoir passé 15 ans dans divers organismes bancaires, Denis Dupré enseigne l'éthique, la finance et l'écologie territoriale depuis 20 ans à l'université Grenoble-Alpes et à l'ENSIMAG (Institut national polytechnique de Grenoble). Il a écrit une dizaine de livres sur l'éthique, la finance et la monnaie disponible [souvent en version gratuite]. Denis Dupré alerte, depuis 1998, sur les risques de démesure de notre système financier et sur la puissance exponentielle de l'économie nuisible. Il a proposé des actions collectives pour remettre la finance à sa place en vue d'élaborer une économie au service des projets d'autonomie des hommes et a participé à quelques initiatives pour réformer la finance (Finance et biens communs à Genève, Finance And Sustainability en France, Stopevasionfiscale).

Marie FARE : Penser autrement les monnaies
Qualifiées de sociales, citoyennes, locales ou complémentaires, des monnaies à dénominations, formes, objectifs et usages multiples connaissent, depuis plusieurs décennies et partout dans le monde, une visibilité et un développement croissants. La plasticité des systèmes monétaires à l'échelle d'un territoire ou d'une communauté — ainsi que les possibilités ouvertes par l'utilisation des principes monétaires à des fins définies par des groupes spécifiques d'acteurs, y compris de citoyens — reste cependant trop peu étudiée. Plusieurs facteurs contribuent à entretenir cet angle mort : la représentation commune de la monnaie comme objet de souveraineté coupé des dynamiques citoyennes; le champ d'influence encore restreint de la plupart des monnaies sociales et complémentaires; leur dimension souvent folklorique, conviviale et joyeuse, qui tranche avec le sérieux de la fonction monétaire et son inscription dans l'univers bancaire et technocratique. Or ces monnaies portent des potentialités riches de perspectives : il en est ainsi du soutien à des dynamiques territoriales socioéconomiques et politiques, de l'instauration de pratiques économiques reposant sur de nouvelles normes (sociales et environnementales), ainsi que du développement de la capacité d'agir des individus et des communautés, dont il s'agit d'étudier le caractère disruptif. S'il est relativement aisé de voir, dans le développement de ces différentes monnaies, une réponse à la crise économique, certaines d'entre elles s'inscrivent résolument dans un projet politique plus vaste, transformateur, où il s'agit d'interroger en profondeur le faire société. Si la crise systémique nous invite à repenser notre modèle de développement mondialisé, elle tend partout à réactiver un véritable désir d'inventer de nouveaux projets de société mieux ancrés dans les réalités locales et suivant des réponses articulées entre elles, respectant et intégrant les particularismes sans en promouvoir les écueils. Diversité et démocratie, bien-être individuel et collectif, coopération et co-élaboration, partage équitable des ressources, participation citoyenne et "faire commun" : en d'autres termes, cette transformation touche à l'ensemble des sphères économique, sociale mais surtout culturelle et symbolique. La monnaie constituant à cet égard un puissant levier de changement, il s'agit d'ouvrir ici un double débat. Le premier débat porte sur l'intérêt — et peut-être l'urgence — de penser autrement la monnaie, c'est-à-dire dans sa capacité transformatrice. Le second débat porte sur les chemins qu'empruntera cette transition, sur le rôle et la place des territoires, ainsi que sur les formes nouvelles d’expression et d’action adoptées par la démocratie.

Marie Fare est économiste, maître de conférences à l'université Lumière-Lyon 2 et membre du laboratoire Triangle (UMR 5206). Ses travaux se concentrent sur la pluralité monétaire et particulièrement sur les monnaies locales, sociales et complémentaires, analysées au regard des enjeux du développement territorial soutenable.
Publications
Marie Fare, Repenser la monnaie, transformer les territoires, faire société, Éditions Charles Léopold Mayer, 2016.
Marie Fare, "Sustainable territorial development and monetary subsidiarity", in Georgina M. Gomez (ed.), Monetary Plurality in Local, Regional and Global Economies, Routledge, 2018.
Tristan Dissaux et Marie Fare, "Jalons pour une approche socioéconomique des communs monétaires", Économie et institutions, n°26, numéro spécial sur l'institutionnalisme monétaire, 2018.
Jérôme Blanc et Marie Fare, "La monnaie, éclairages et débats institutionnalistes", Économie et institutions, n°26, Introduction du numéro spécial sur l'institutionnalisme monétaire, 2018.
Jérôme Blanc et Marie Fare, "Pathways to improvement. Successes and difficulties of local currency schemes in France since 2010", International Journal of Community Currency Research, vol. 22, Winter, p. 60‑73, 2018.
Marie Fare et Pepita Ould-Ahmed, "Why are Complementary Currency Systems difficult to grasp within conventional economics ?", Interventions économiques / Papers in Political Economy, numéro special "Dialogues et controverses sur la nature sociale du rapport monétaire", n°59, 2017.
Marie Fare et Pepita Ould-Ahmed, "Complementary Currency Systems and their ability to support economic and social changes", Development and change, vol. 48, n°5, pp. 847–872, 2017.


DP7 : Critères et outils de gestion et commun, avec Nicole ALIX (Coop des communs) et Denis DURAND (Revue Économie et politique)
Notre "monde commun" est largement façonné par les outils de gestion. Le régime dominant de la valeur pour l'actionnaire est orienté par ses critères financiers (le ROI ou le ROA) qui se déclinent en critères de gestion faisant l'objet de multiples reportings, dessine ainsi notre monde actuel. L'économie sociale et solidaire n'est pas exempte de cette évolution avec, par exemple, les contrats à impact social (les social impact bonds). Une économie en commun appelle non seulement une critique de ces critères de gestion mais aussi et peut-être surtout la mise en place de nouveaux critères.

Nicole ALIX : Quels critères pour élaborer des outils de gestion adaptés aux communs ?
Nicole Alix est présidente de La Coop des Communs, pour construire des alliances entre économie sociale et solidaire et les communs. HEC 74, elle a travaillé 15 ans au Crédit Coopératif dont elle a été la directrice du développement et 25 ans dans le monde associatif de l'action sociale et la santé (DGA de l'UNIOPSS, créatrice du "Comité de la Charte pour le don en confiance", DG du groupe de Maisons de retraite Isatis).

Denis DURAND : Prises de pouvoir locales sur l'économie et cohérence systémique
L'accumulation du capital qui commande tout le fonctionnement du système économique contemporain est régulée par un critère : le taux de profit. Ce critère, rendu encore plus pesant par la globalisation financière, est profondément contradictoire avec l'exigence désormais vitale d'une promotion de toutes les capacités humaines et des biens communs qui en sont la condition : écologie, santé, éducation, culture, sécurité, paix… La réponse à cette exigence doit donc conduire à opposer au critère de rentabilité de nouveaux critères d’efficacité économique, sociale et écologique qui peuvent aider les expériences et mobilisations dans les territoires à faire émerger une cohérence globale ouvrant la voie à un dépassement du capitalisme et du libéralisme. On s’appuie dans cette démarche sur les travaux fondateurs de Paul Boccara.

Denis Durand, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'université Paris I, a été directeur adjoint à la Banque de France où il a également exercé des responsabilités syndicales. Il a été membre du Conseil économique et social puis du Conseil économique, social et environnemental. Il est actuellement codirecteur de la revue Économie et politique.
Publications
Un autre crédit est possible !, Le Temps des CeRises, Paris, 2005.
En collaboration avec Frédéric Boccara et Yves Dimicoli, Pour une autre Europe, Le Temps des CeRises, Paris, 2014.
Financer l'expansion des services publics en Europe, Note de la fondation Gabriel-Péri, Paris, 2016.
Sept leviers pour prendre le pouvoir sur l'argent, Éditions du Croquant, Paris, 2017.


DP8 : Droit, commun et territoire, avec Benjamin CORIAT (Coop des communs) et Viviane HAMON (Conseil)
Le droit constitue un élément essentiel du contexte plus ou moins favorable au développement des communs et à leur interconnexion. Les communs quant à eux produisent des règles dans cet environnement institutionnel mais peuvent-ils contribuer à le transformer ? Comment penser le rôle du droit dans ce mouvement de transformation sociale ? Existe-t-il dans les différentes approches et traditions juriques des pistes pour un rôle du droit dans le translocalisme des communs ?

Viviane HAMON : Le système de garantie participatif. Un commun intellectuel local comme alternative à la certification par tierce-partie
Le droit constitue un élément essentiel du contexte plus ou moins favorable au développement des communs et à leur interconnexion. Les communs quant à eux produisent des règles dans cet environnement institutionnel mais peuvent-ils contribuer à le transformer ? Comment penser le rôle du droit dans ce mouvement de transformation sociale ? L'exemple du Système Participatif de Garantie (SPG) permet d'illustrer cette question. Ce processus de certification par les pairs peut être défini comme un bien intellectuel commun, ancré au plus près des parties-prenantes dans les territoires. Il s'oppose aux standards internationaux dominants de la certification par tierce-partie (CTP) et de la normalisation qui bénéficient d'une reconnaissance juridique imbriquée aux différentes échelles nationale, européenne (UE) et mondiale. Créé pour certifier les productions paysannes, le SPG appliqué à l'agriculture biologique s'est répandu dans un grand nombre de pays acquérant, dans certains d'entre eux, une reconnaissance juridique (ex. Brésil). L'organisation internationale IFOAM consacre l'alliance des SPG de l'agriculture biologique. Développé initialement en Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le label Bâtiments Durables Méditerranéens (BDM) a pour objet de certifier les performances environnementales et durables des bâtiments, en tenant compte du contexte climatique, culturel et social de leur territoire d'implantation et en utilisant le SPG. Aujourd'hui adapté dans d'autres régions françaises (Occitanie, Ile de France, Nouvelle Aquitaine…), ce label participe également à une association européenne de labels équivalents (CESBA). Une alliance d'organisations et d'acteurs utilisant le SPG — agriculture biologique, bâtiment durable mais aussi banques solidaires, entreprises de l'ESS… — peut-elle permettre de sécuriser juridiquement le SPG, commun intellectuel ancré dans le territoire, pour le faire reconnaître par les institutions nationales et internationales en tant qu'alternative aux processus privés de certification par tierce-partie, aujourd'hui totalement dominants ?

Viviane Hamon (École Supérieure de Commerce de Paris - DEA Sciences de gestion - Master d'anthropologie) est consultante indépendante depuis 1985. Son activité est centrée sur l'application du marketing sociétal aux questions du développement durable des territoires (agriculture, tourisme, économie locale) et de la transition énergétique. Sur ces sujets, elle contribue à la création, la mise en œuvre et à l'évaluation de politiques publiques auprès des collectivités territoriales (EPCI et de Régions) et d'agences nationales (ADEME, ANAH, Plan Bâtiment Durable...). En 2006, elle a participé à la création du label Bâtiments Durables Méditerranéens et est aujourd'hui membre du Comité d'Orientation Stratégique de l'Association Envirobat-BDM.


DP9 : Coopératives et commun pour quelles solidarités ?, avec Jean-Louis BANCEL (Crédit coopératif) et Noémie de GRENIER (Coopaname et Manucoop)
Au XIXe siècle, avant le cloisonnement juridique, la coopérative est à la fois association, coopération et mutualisation autour d'un intérêt commun. Après un siècle de fragmentations juridiques, le retour des communs ouvre un débat sur l'identité des coopératives que vient alimenter les nouveaux statuts de SCIC ou de CAE. Selon les différents points de vue, comment les finalités, les frontières et les échelles de la coopérative sont-elles reconfigurées ?


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Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.