Publicación 2023 : una de las obras


Dinámicas transnacionales de la diversidad cultural : cine y literatura entre Francia y América latina desde finales del siglo XX

DINÁMICAS TRANSNACIONALES DE LA DIVERSIDAD CULTURAL : CINE Y LITERATURA ENTRE FRANCIA Y AMÉRICA LATINA DESDE FINALES DEL SIGLO XX


Julie AMIOT-GUILLOUET, Gustavo GUERRERO, Françoise MOULIN CIVIL (dir.)


Europa y Francia desempeñan un papel clave en los debates alrededor de las cuestiones transnacionales y los conceptos de "diversidad", "cooperación" y "excepción" culturales, así como en el desarrollo de políticas que apuntan a preservarlas frente al mercado. 15 años después de la adopción por la UNESCO de la Convención sobre la Protección y Promoción de la Diversidad de las Expresiones Culturales (2005), dichos conceptos parecen en crisis, cuando la producción y la difusión de las obras literarias y cinematográficas parecen probar lo contrario.
Este libro propone un balance e inventario del concepto de "diversidad", enfatizando la estética y los géneros de la "diversidad cultural" y analizando las condiciones materiales de producción y circulación de las obras de la literatura y del cine de América Latina a través del Atlántico.

L'Europe et la France jouent un rôle clé dans les débats autour des questions transnationales et des concepts de "diversité", "coopération" et "exception" culturelles, ainsi que dans le développement de politiques qui visent à les préserver face au mmonde. 15 ans après l'adoption par l'UNESCO de la Convention sur la Protection et Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles (2005), de tels concepts paraissent en crise, alors même que la production et la diffusion des œuvres littéraires et cinématographiques paraissent prouver le contraire.
Ce livre propose un bilan et un inventaire du concept de "diversité", en mettant l'accent sur l'esthétique et les genres de la "diversité culturelle" et en analysant les conditions matérielles de production et de circulation des œuvres de la littérature et du cinéma d'Amérique Latine à travers l'Atlantique.


Trabajo resultante de un coloquio de Cerisy (2021) [más información]
Disponible en Cerisy para los amigos de Pontigny-Cerisy [n°673]

CARACTERÍSTICAS

Editor : Peter Lang

Colección : Hybris : Literatura y Cultura Latinoamericanas, Volume 7

ISBN : 978-2-87574-895-9

Número de páginas : 378 p.

Ilustración : Colores

Precio público : 52 €

Año de edición : 2023

Publication 2024 : un des ouvrages


PSYCHANALYSE ET ÉCRITURE


Jean-François CHIANTARETTO (dir.)


Postface de Claude BURGELIN


La psychanalyse est née avec l'écriture de Freud. Comment s'écrit la psychanalyse et comment comprendre son rapport électif à l'écriture ? Cette double question est donc originelle et, après Freud, non seulement les psychanalystes écrivent mais ils mettent en œuvre un point de vue spécifique sur l'écriture — comme acte, comme trace et comme représentation. Ce point de vue n'est pas séparable du déploiement historique de la psychanalyse, dans son dialogue avec la littérature et les sciences humaines. Depuis les années soixante, le Centre culturel international de Cerisy-la-Salle a joué un rôle central dans ce dialogue. Les textes ici réunis en témoignent, en montrant les différentes facettes des implications psychanalytiques de l'écriture, à travers l'expérience de psychanalystes, mais aussi d'écrivains et de traducteurs.


"Les traversées de Cerisy" sont destinées à un large public intéressé par les arts, la littérature, la philosophie, les sciences et la société. À travers des recueils de textes, elles visent à favoriser les débats autour d'une thématique et à nourrir une pensée prospective sur le temps long.


Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy (T5)

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Les Traversées de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-3786-2

Nombre de pages : 184 p.

Prix public : 24 €

Année d'édition : 2024

Publication 2023 : un des ouvrages


L'ARCHITECTURE EN NORMANDIE À L'ÂGE CLASSIQUE
(XVIIe-XVIIIe SIÈCLES)


Étienne FAISANT (dir.)


Les XVIIe et XVIIIe siècles furent, en Normandie, une période d'une grande richesse sur le plan architectural, comme en témoignent encore, entre autres, d'innombrables châteaux, de nombreuses églises et de grands bâtiments monastiques. Certains de ces monuments comptent sans conteste parmi les édifices majeurs de cette époque en France. Cet exceptionnel patrimoine demeure pourtant peu étudié et ce volume, qui constitue les actes d'un colloque tenu au Centre culturel international de Cerisy, en propose donc une approche inédite.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2018) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°672]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Société des antiquaires de Normandie

Collection : Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie — Tome XLIX

ISBN : 978-2-919026-29-6

Nombre de pages : 336 p.

Illustrations : N & B et Couleurs

Prix public : 39 €

Année d'édition : 2023

Publication 2023 : un des ouvrages


LOGER MOBILES

LE LOGEMENT AU DÉFI DES MOBILITÉS


Sylvain ALLEMAND, Mireille APEL-MULLER, Olivier LECOINTE, Jean-Baptiste MARIE (dir.)


Depuis toujours, urbanistes et architectes se sont préoccupés des rapports entre habitat et transport pour répondre aux besoins et attentes des populations. Mais qu'advient-il de ces attentes et besoins quand on déplace son attention sur l'espace domestique et les pratiques de mobilités, la manière dont ils co-évoluent ? Un changement de focal auquel nous incitent le contexte de crises sociale (exprimée par la France des ronds-points), sanitaire (liée à la Covid-19) et environnementale (le changement climatique), et la perspective de transitions écologique, énergétique et numérique.
C'est du moins le parti pris de cet ouvrage issu du colloque "Loger mobiles, le logement au défi des mobilités" qui s'est déroulé du 10 au 16 juin 2022 au Centre culturel international de Cerisy (CCIC), en croisant les expertises de chercheurs et de professionnels des secteurs du logement ou des mobilités.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°671]


Ouvrage et articles à l'unité disponibles en accès payant sur CAIRN.INFO

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-3321-5

Nombre de pages : 492 p.

Prix public : 35 €

Année d'édition : 2023

PRESSE / MÉDIAS

• Recension de l'ouvrage, dans la revue ARCHISCOPIE, n°36, avril 2024 - Thème : la ruine, espace de création [en ligne].

Publication 2023 : un des ouvrages


USAGES CONTEMPORAINS DU RÊVE

TÉMOIGNAGES D'UNE EXPÉRIENCE CERISYENNE - SAISON 2


Sylvain ALLEMAND (dir.)


Cet ouvrage réunit des témoignages de personnes ayant vécu la deuxième édition du Foyer de création et d'échanges, qui s'est déroulée du 2 au 18 août 2021, au Centre culturel international de Cerisy autour des "Usages contemporains du rêve". Chacun à leur manière, ils éclairent sur la manière dont ce dispositif original, entre résidence d'artiste et de recherche, et colloque, concourt à l'avancement de projets personnels dans une démarche collective, à travers une programmation qui s'élabore au fil de l'eau.


Disponible auprès du CCIC

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Sérendip'éditions

ISBN : 978-2-9570270-5-7

Nombre de pages : 120 p.

Prix public : 10,00 €

Année d'édition : 2023


Publication associée


Programme 2024 : un des colloques

— Programme complet —


SEIGNEURS ET MAÎTRES : DOMINER EN NORMANDIE MÉDIÉVALE

(XIe-XVe SIÈCLES)


DU MERCREDI 2 OCTOBRE (19 H) AU DIMANCHE 6 OCTOBRE (14 H) 2024

[ colloque de 4 jours ]



ARGUMENT :

Qui domine la terre et les hommes en Normandie du XIe au XVe siècle ? Tout en rouvrant les dossiers classiques de l'historiographie normande, telle la question de la féodalité ou de l'absence du servage, cette rencontre souhaite faire émerger de nouvelles réflexions sur la notion de domination. Construits à hauteur d'homme, par une large gamme de relations qui s'entrecroisent dans tous les aspects de l'existence, les rapports de domination invitent à prendre en compte la complexité du jeu des acteurs dans la société normande du second Moyen Âge, à partir de dossiers précis et d'études de cas choisies. À travers la relecture de phénomènes politiques, économiques, sociaux et religieux, pris dans leur ensemble, ce colloque s'inscrit donc dans la continuité de travaux récents sur la fabrique du pouvoir dans les sociétés médiévales tout en souhaitant interroger les spécificités des structures sociales normandes, et ce du règne fondateur de Richard II (996-1026) au recouvrement de la Normandie par Charles VII en 1450.

Pour cela, le colloque réunira de nombreux spécialistes français et étrangers, en laissant une large place aux jeunes chercheurs. Il intéressera des auditeurs curieux d'histoire normande qui souhaitent questionner l'image d'un Moyen Âge de seigneurs et de maîtres.


MOTS-CLÉS :

Angleterre, Archéologie, Châteaux, Distinction, Domination, Guerre de Cent Ans, Normandie, Pratiques de l'écrit, Rouen, Seigneurie


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 2 octobre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 3 octobre
Matin
Hugo FRESNEL & Bastien MICHEL : Introduction

LES MAÎTRES DU DUCHÉ : PRINCES, CHEVALIERS ET BOURGEOIS
Pierre BAUDUIN : "Fidèle ou vassal ?" : Richard II et Robert le Pieux
Bastien MICHEL : Guillaume de Tancarville (fl. vers 1140-1193). Réseaux et domination aristocratique dans le duché de Normandie
Lydwine SCORDIA : Michel Dumont, bourgeois de Rouen, et ses achats de fiefs nobles en Pays de Caux sous la monarchie lancastrienne

Après-midi
DOMINATIONS EN MARGES ?
Hugo FRESNEL : Dominer et intégrer les îles anglo-normandes (début XIe siècle-fin du XIIe siècle)
Grégory COMBALBERT : Une domination d'exception. Les enclaves diocésaines dans la Normandie médiévale


Vendredi 4 octobre
Matin
BÂTIR LA DOMINATION : AUTOUR DE QUELQUES CHÂTEAUX
Aude PAINCHAULT : Châteaux ducaux, châteaux rebelles en Normandie sous Henri Ier Beauclerc, les marqueurs de la contestation du pouvoir
Camille MARCY MARGUERITE : Le château de Gisors, une architecture marquée par les changements de pouvoir
Alban GOTTFROIS : Le château de Caen sous la domination anglaise (1417-1450)

Après-midi
DOMINER : CODES, MARQUEURS, SYMBOLES
Arnaud MONTREUIL : L'adoubement chevaleresque et la domination seigneuriale laïque en Normandie (XIIe-XIIIe siècles) [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]
Benoît CLAVEL, Stéphanie DERVIN & Bénédicte GUILLOT : Gibiers, poissons et vins. Le repas comme lieu de pouvoir au XIIIe siècle au château de Caen
Caroline SIMONET : Mettre en scène la domination. La place des femmes dans le scellement d'actes en Normandie médiévale (nobles, religieuses, paysannes, bourgeoises)


Samedi 5 octobre
Matin
SERVIR LE SEIGNEUR, DOMINER LES HOMMES
Catherine LETOUZEY-RÉTY : "Dei gratia Sancte Trinitatis de Cadomo abbatissa" : exercer sa domination sur la terre et les hommes à l'abbaye de la Trinité de Caen (XIe-XIIIe s.) [visioconférence]
Fabien PAQUET : Les intermédiaires de la domination des abbés normands au XIIIe siècle : premières pistes
Daniel POWER : Les droits et les pouvoirs seigneuriaux des Du Hommet en Normandie et en Angleterre (XIe-XIIIe siècles)

Après-midi
"HORS LES MURS" — À REGNÉVILLE-SUR-MER
Visite de l'estuaire de la Sienne, du château et de l'église paroissiale, avec Louis-Michel GOHEL (conservateur du patrimoine et des musées)

DES CARTES ET DES MOTS : PENSER LA DOMINATION
Leonie HICKS : Gestion de l'environnement ou domination ? Cartographier les ressources à travers les chartes dans la Normandie ducale
Lény RETOUX : Faire valoir sa domination et répondre aux usurpations de coutumes sous Guillaume d'Estouteville [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]


Dimanche 6 octobre
Matin
VILLE ET CAPITALE : DOMINER ROUEN
Camille CILONA : Dominer de toute sa hauteur. Les enceintes urbaines, (en)jeu de domination dans la société urbaine médiévale. Le cas de la ville de Rouen au XVe siècle
Adrien CARBONNET & Anne KUCAB : Dominer Rouen en temps de guerre civile. La capitale de la Normandie pendant la Ligue du Bien Public et la Guerre folle

Conclusions, table ronde avec Luc BOURGEOIS, Antoine DESTEMBERG et Laure VERDON-LOPPACHER

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Hugo FRESNEL : Dominer et intégrer les îles anglo-normandes (début XIe siècle-fin du XIIe siècle)
La place des îles anglo-normandes dans le duché de Normandie n'a pas suscité beaucoup d'études portant sur les premiers siècles du duché de Normandie. Il faut dire que la documentation à disposition reste encore fortement lacunaire pour cette période. Cependant, de nombreux travaux récents, tels ceux de Mark Hagger et d'Éric van Thorhoudt, ont repris l'étude de l'intégration de l'ouest de la Normandie au duché. C'est dans ce sillage que cette communication se penchera sur ces îles et sur la domination que les Normands mirent en place pour les contrôler. Les possessions ducales y sont très importantes et plusieurs épisodes célèbres, telle la réclusion de l'archevêque de Rouen Mauger ou la déviation de la flotte de Robert le Magnifique, pose la question de la façon dont les ducs normands ont intégré l'île comme lieu d'exercice de leur pouvoir. En-dehors des ducs, les abbayes normandes mais également de nombreux lignages aristocratiques ont des possessions sur l'île. Les actes de la pratique rassemblés dans le Cartulaire de Jersey permettront d'essayer de dresser un tableau de la domination de ces îles par les ducs et l'aristocratie normande.

Hugo Fresnel est doctorant à l'université de Caen Normandie sous la direction de Pierre Bauduin. Sa thèse porte sur les conceptions et usages de la violence du prince dans les mondes normands médiévaux entre 911 et 1154.
Publications
"Refréner la violence de la conquête : le Pénitentiel d'Ermenfroi de Sion", dans P. Bauduin, S. Lebouteiller & A. Peters-Custot (éd.), Conquérir, soumettre, gouverner : théories et pratique de la "pacification" dans les mondes normands, Colloque de Cerisy, École Française de Rome [à paraître].
Avec Victor Barabino et Alban Gautier, "Guerriers du Nord", Médiévales, n°84, 2023.
"Petites guerres en famille : guerre et violences intrafamiliales dans le duché de Normandie", Médiévales, n°84, 2023.
"Repenser la relation avunculaire dans le duché de Normandie : diversité et multiplicité des points de vue documentaires (Xe-XIIIe siècle)", Annales de Normandie, n°72-1, 2022, p. 3-27.

Bastien MICHEL : Guillaume de Tancarville (fl. vers 1140-1193). Réseaux et domination aristocratique dans le duché de Normandie
Guillaume de Tancarville, dit le Jeune, est à bien des égards un personnage exceptionnel, dont la vie est largement documentée. C'est l'un des plus puissants barons normands de son temps : chambellan ducal, il dispose d’un patrimoine considérable en haute Normandie et dans le Pays d’Auge. Personnage central à la cour des princes normands, Gautier Map le surnomme le "père des chevaliers", tant la suite de guerriers qui l'entoure est importante. C'est auprès de lui que Guillaume le Maréchal fait d'ailleurs son apprentissage chevaleresque. Or la famille de Tancarville n'a pas fait l'objet d'études approfondies depuis la monographie que lui a consacrée Achille Deville en 1834. Cette communication est donc l'occasion de revenir sur la carrière de son représentant le plus éminent. Quels sont les ressorts du pouvoir de Guillaume de Tancarville ? Quelles stratégies permettent à un baron aussi puissant de tenir son rang ? Autrement dit, comment Guillaume de Tancarville domine-t-il la terre et les hommes dans la seconde moitié du XIIe siècle ?

Bastien Michel est doctorant à l'université de Caen Normandie, rattaché au CRAHAM (dir. Pierre Bauduin). Sa thèse porte sur les vassaux des évêques de Bayeux (XIe-XIIIe siècle), étudiés sous l'angle des réseaux et des mobilités. Il s'intéresse aux rapports entre vassalité, fief et écrit dans les mondes normands médiévaux ainsi qu'aux trajectoires de l'aristocratie normande dans le duché, le royaume de France et en Europe.
Publications
"Les hommes d'Odon de Bayeux : conquête, "pacification" et réseaux en Angleterre après 1066", dans P. Bauduin, A. Peters-Custot, S. Lebouteiller (dir.), Conquérir, soumettre, gouverner : théories et pratiques de la "pacification" dans les mondes normands, Colloque de Cerisy (5-9.10.2022), Rome, Publications de l'École française de Rome (à paraître).
"Servir saint Michel : les clientèles guerrières du Mont (XIIe-XIIIe siècles)", dans M. Labatut, C. Maneuvrier, F. Paquet (dir.), 1023-2023, Le Mont-Saint-Michel en Normandie et en Europe : nouvelles découvertes et nouvelles perspectives de recherche, Colloque de Cerisy (31.05-04.06.2023), Caen, Presses universitaires de Caen (à paraître).
"Pierre de Benais et ses vassaux : administrer la féodalité par l’écrit dans le diocèse médiéval de Bayeux (fin XIIIe siècle)", dans C. Barralis, G. Combalbert (dir.), Les évêques en leur monde : réseaux, communautés, influences (Xe-XIIIe siècles), Colloque ACTÉPI de Nancy (24-26.05.23), Caen, Presses universitaires de Caen (à paraître).


Pierre BAUDUIN : "Fidèle ou vassal ?" : Richard II et Robert le Pieux
La communication propose de poser la question de la domination au plus haut échelon de la société politique : celui des relations entre le duc de Normandie et le roi de France à la charnière des Xe-XIe siècles. Le titre renvoie à l'ouvrage bien connu de Ferdinand Lot (Fidèles ou vassaux ? Essai sur la nature juridique du lien qui unissait les grands à la royauté depuis le milieu du IXe jusqu'à la fin du XIIe siècle, Paris, Bouillon, 1904) qui entendait alors démontrer que "Du Xe au XIIIe siècle, le duc et marquis de Normandie est vassal du roi au même titre que le comte de Flandre ou celui de Chartres" (p. 176), ce qu'illustrait presque sans aucune ombre les relations entre Richard II et son suzerain (p. 193-196). Succédant à leur père au même moment (automne 996), les deux princes régnèrent simultanément jusqu'à la mort de Richard II (1026), quelques années avant celle de Robert (1031). Après un parcours historiographique sur chacun des protagonistes et la manière dont ont été envisagées les relations entre princes normands et rois de France, il s'agira d'explorer comment les nouveaux questionnements sur la domination permettent aujourd'hui d'envisager et de qualifier cette relation où s'articule hiérarchie, coopération, négociation, voire contestation, mais aussi les pratiques et conceptions du pouvoir, les stratégies d'imitation ou de distinction, les rapports aux territoires et aux communautés.

Pierre Bauduin est professeur d'histoire médiévale à l'université de Caen Normandie. Ses domaines de recherche concernent les mondes normands médiévaux, les vikings, le duché de Normandie les transferts culturels, les identités, la parenté, l'écrit et l'historiographie. Il est l'auteur, entre autres, de La première Normandie (Xe-XIe siècles). Sur les frontières de la haute Normandie : identité et construction d'une principauté, Caen, 2004 ; Le monde franc et les Vikings, VIIIe-Xe siècle, Paris, 2009 ; Histoire des vikings, des invasions à la diaspora, Paris, 2019 ; "Richard II : figure princière et transferts culturels, fin Xe-début XIe siècle", Anglo-Norman Studies, XXXVII (Proceedings of the Battle Conference, 2014), Woodbridge, 2015, p. 53-82 ; "Richard II, duc de Normandie (996-1026), en ses actes", Bibliothèque de L'École des chartes, 176, 2021 (publ. 2023), p. 389-464. Il a publié plusieurs colloques dont (avec D. Bates), 911-2011. Penser les mondes normands médiévaux, Actes du colloque international de Caen et Cerisy, 29 septembre-2 octobre 2011, Caen, Presses universitaires de Caen, 2016.

Luc BOURGEOIS
Luc Bourgeois est professeur d'archéologie médiévale à l'université de Caen Normandie (Centre Michel de Boüard – Craham, UMR 6273) après avoir été conservateur du patrimoine au ministère de la Culture puis maître de conférences à l'université de Poitiers. Il s'intéresse aux manifestations matérielles des élites laïques du haut Moyen Âge et du Moyen Âge central à travers leurs résidences, leur contrôle du paysage et leur usage particulier des objets. Ses travaux portent parallèlement sur l'historiographie et l'épistémologie de l'archéologie médiévale. Il dirige la revue Archéologie médiévale (CNRS Éditions) et la collection des publications du Craham (Presses universitaires de Caen) et développe depuis plus d'une décennie des échanges avec les archéologues et historiens médiévistes japonais.
Publications récentes
2024, L. Bourgeois et F. Prodeo (dir.), Les seigneurs du marais : l'habitat fossoyé de la Mothe de Pineuilh (Gironde, Xe-XIIe s.), 2 vol., Caen, Presses universitaires de Caen (Collection des publications du Craham).
2022, "Archéologie et mobilier domestique dans les résidences des élites (France, 2014 – "Production et distinction : l'artisan au château (Nord-Ouest de l'Europe, Xe-XIIe siècles)", dans Juan Vincente Garcia Marsilla (dir.), Espacios de vida. Casa, hogar y cultura material en la Europa medieval, actes du congrès international, Valencia, 13-16 décembre 2021, Valencia, Universitad de Valencia, p. 321-343.
2021, "Recent research on fortifications in France, Belgium and Switzerland 750-1000", dans E. Bennett, G. M. Bernt, S. Esders et L. Sarti (dir.), Early Medieval Militarisation, actes du colloque international de Freiburg im Breisgau, 28-29 September 2018, Manchester, Manchester University Press, p. 130-151.
2021, "Practical and symbolic uses of the medieval horn: from the object of power to ordinary instrument", dans C. Fletcher (dir), Everyday political objects from the Middle Ages to the Contemporary World, Londres, Routledge, p. 30-47.
2020, "The fate of Roman small towns, Hill-top settlements, and elite residences in merovingian period Gaul", dans B. Effros et I. Moreira (dir.), The Oxford Handbook of the Merovingian World, Oxford, Oxford University Press, p. 611-640.

Adrien CARBONNET & Anne KUCAB : Dominer Rouen en temps de guerre civile. La capitale de la Normandie pendant la Ligue du Bien Public et la Guerre folle
Après le recouvrement de la Normandie par Charles VII, la domination de Rouen par le roi de France est loin d'être totale comme le montrent deux épisodes de remise en cause du pouvoir du souverain : la guerre du Bien Public (1465) et la Guerre folle (1484-1485). Rouen peut à la fois se présenter menaçante pour la domination royale et essentielle pour gouverner un territoire frontalier riche et doté d'une identité ancienne et forte. Il conviendra de s'interroger sur la notion de domination à travers l'étude du lien politique qui unit le pouvoir souverain et les Rouennais. La population de la ville sera prise en compte dans toute sa complexité, aussi bien les élites municipales que le reste des habitants dont on examinera la manière de percevoir et de vivre ces périodes de contestation du pouvoir royal. Il ne s'agira pas tant d'étudier des temps de rupture que des temps des construction de la domination au cours desquels le roi et la ville apprennent à coopérer.

Adrien Carbonnet est Maître de conférences à Sorbonne Université (Centre Roland Mousnier). Ses travaux portent sur les contestations du pouvoir souverain et sur le lien politique entre le roi de France et les villes au XVe siècle (Louis XI et les villes en révolte, Paris, Classiques Garnier, 2023). Ses recherches portent également sur les situations d'occupation militaire dans les villes frontalières à la fin du Moyen Âge (Artois, Cambrésis, Bourgognes, Roussillon).

Agrégée d'histoire-géographie et docteure en études médiévales, Anne Kucab s'est intéressée dans sa thèse aux questions économiques et sociales à Rouen pour le demi-siècle suivant la fin de la Guerre de Cent Ans. Il s'agissait notamment d'examiner les liens entre changements politiques et reprise économique. En tant que responsable d'opération archéologique dans l'Epte, elle a aussi interrogé la place de cette rivière en tant que frontière.

Camille CILONA : Dominer de toute sa hauteur. Les enceintes urbaines, (en)jeu de domination dans la société urbaine médiévale. Le cas de la ville de Rouen au XVe siècle
Marqueurs des plus emblématiques de la vie urbaine médiévale, les murs demeurent paradoxalement peu interrogés sous l'angle de leur fonction sociale. Une grille de lecture que cette communication entend justement mobiliser : il s'agit de comprendre dans quelle mesure les enceintes urbaines s'imposent comme un enjeu majeur, symbole et instrument tout à la fois, d'une domination exercée par des acteurs multiples dans les sociétés urbaines médiévales. Documentée par des sources variées, l'enceinte anglaise de la ville de Rouen au XVe siècle révèle toute la complexité des mécanismes de domination à l'œuvre dans une ville qui connaît plusieurs changements de maîtres. Empreinte physique de la puissance des dominants, outil de contrôle des habitants, instrument de la mise en scène du pouvoir de la municipalité autant que symbole identitaire jalousement gardé par les bourgeois, les fortifications urbaines constituent la pièce maîtresse du jeu d'acteurs qui régit les structures de la domination dans les villes médiévales.

Camille Cilona (Université de Rouen, GRHis - UR 3831) est certifiée en histoire-géographie et actuellement doctorante contractuelle du ministère des Armées en histoire médiévale. Elle se spécialise en histoire urbaine depuis son Master et prépare, sous la double-direction de Boris Bove (Université de Rouen) et de Laurence Jean-Marie (Université de Caen), une thèse portant sur les fonctions et incidences des fortifications urbaines sur la ville de Rouen à la fin du Moyen Âge. Elle co-dirige, avec Guillaume Yverneau, un colloque international intitulé "Abandon de poste. Processus, usages et représentations de l'abandon du patrimoine bâti militaire, de l'Antiquité à nos jours", qui se tiendra au printemps 2025 au château de Vincennes.

Benoît CLAVEL, Stéphanie DERVIN & Bénédicte GUILLOT : Gibiers, poissons et vins. Le repas comme lieu de pouvoir au XIIIe siècle au château de Caen
La communication portera sur l'étude de deux dépotoirs successifs fouillés au château de Caen, remarquable par la quantité et la variété des céramiques et des restes osseux mis au jour. Le mobilier céramique est représenté par près de 300 vases dont plus de la moitié par des pichets/cruches portant de nombreux décors alors que le matériel osseux est d'une très grande richesse, à la fois par le nombre et par la variété des espèces représentées. La détermination de plus de soixante espèces animales, avec une forte proportion de volaille, la présence conjointe des trois cervidés (daim, chevreuil et cerf), d'une bonne vingtaine d'espèces d'oiseaux sauvages et une première place tenue par les produits de la pêche (marine ou d'eau douce) amènent à nous tourner vers un régime au caractère exceptionnel. L'analyse ostéologique permet de préciser que ces rejets proviennent essentiellement, voire en totalité, de la préparation de repas et non de restes de table. Le mobilier céramique comprend lui une surreprésentation des récipients à liquides, dont une forte proportion de céramiques "très décorées" associées généralement à "la table" alors que les restes osseux sont issus d'une cuisine. La composition du lot semble donc au premier abord surprenante mais on se trouve manifestement dans le cadre d'un repas avec des personnages de haut rang, et fort probablement le roi de France, où tout est important, le lieu où se place le repas, le déroulé de ce dernier, les espèces consommées selon son rang et sa place au banquet, et la vaisselle utilisée même dans la préparation du festin.

Stéphanie Dervin est responsable de recherche archéologique spécialisée en céramologie médiévale à l'Inrap et membre permanent du Craham (Centre Michel de Boüard, UMR 6273). Son doctorat l'a portée à s'intéresser particulièrement aux céramiques des XIIIe et XIVe siècle retrouvés en Normandie occidentale et plus spécifiquement aux ensembles céramiques du château de Caen. Elle a notamment mené le réexamen des lots anciens ainsi que l'étude des nouvelles découvertes réalisées au château de Caen.

Bénédicte Guillot est responsable de recherches archéologiques à l'Inrap et membre permanent du Craham (Centre Michel de Boüard, UMR 6273). Un de ses sujets de recherches est le château de Caen et tout particulièrement les édifices de pouvoir et le domaine palatial. Elle a publié "Forge médiévale et écurie de la Renaissance au château de Caen" en 2015 (aux Presses Universitaires de Caen), a fouillé un second grand édifice construit au XIIe siècle et elle a repris les données des fouilles anciennes sur le donjon et le Vieux Palais. Elle dirige actuellement les fouilles en lien avec les travaux de restructuration de l'ensemble du château de Caen après avoir suivi pendant 2,5 ans les travaux du château de Villers-Cotterêts dans l'Aisne.

Grégory COMBALBERT : Une domination d'exception. Les enclaves diocésaines dans la Normandie médiévale
À la fin du Moyen Âge, plusieurs des sept diocèses normands comprennent des "exemptions", c'est-à-dire des territoires enclavés à l'intérieur d'autres diocèses. L'objectif de cette communication est de proposer un examen méthodique des processus qui aboutissent à la constitution de ces "exemptions". Il s'agit de processus de domination de nature variée, qui posent la question de la capacité du titulaire d'une fonction épiscopale à être reconnu comme évêque d'un lieu déterminé, à une époque où le "droit épiscopal" et la juridiction associée sont encore inexistants ou en construction, et où les territoires diocésains ne sont pas fixés (du haut Moyen Âge au XIIIe siècle). Dans certains cas, la domination seigneuriale qu'exerce l'évêque est en cause, comme l'a suggéré ailleurs Florian Mazel. Dans d'autres, c'est l'exercice de fonctions ecclésiastiques non épiscopales par un évêque qui est à l'origine du processus. Toujours, cela finit par provoquer une confusion avec la domination spirituelle et juridictionnelle de l'évêque en qualité d'évêque. Dans plusieurs cas, on peut observer la construction consciente et choisie d'un contrôle aux multiples facettes qui permet, au-delà de la personne de l'évêque, de rattacher le lieu en question à un siège épiscopal qui n'aurait a priori pas dû être son siège de référence, jusqu'à finalement donner à la situation un habillage juridique, la confusion des dominations fondant alors une exception en droit.

Grégory Combalbert est maître de conférences d'histoire médiévale à l'université de Caen Normandie, rattaché au CRAHAM (UMR 6273). Il porte le projet ACTÉPI, soutenu par l'ANR. Ses travaux portent sur l'Église et sur les pratiques documentaires, en particulier les actes d'évêques, en Normandie médiévale entre le XIe et le XIIIe siècle. Il a publié "Sauf le droit épiscopal". Évêques, paroisses et société dans la province ecclésiastique de Rouen (XIe-milieu du XIIIe siècle), Caen, Presses universitaires de Caen, 2021.

Antoine DESTEMBERG
Antoine Destemberg est Maître de conférences en histoire médiévale à l'université d'Artois et Research Fellow (Classics and Medieval Studies) à la Maison française d'Oxford (CNRS – UAR 3129 / UMIFRE 11). Agrégé d'histoire et docteur de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sa thèse a été éditée en 2015 aux Presses universitaires de France sous le titre L'honneur des universitaires au Moyen Âge. Études d'imaginaire social (Prix Le Monde de la recherche universitaire ; Prix Lantier de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres). Ses recherches portent sur la construction et les ressorts de l'imaginaire social des élites intellectuelles, les formes d'acculturation savante et le rôle des universitaires dans l'élaboration d'une théologie sociale de gouvernement. Membre du comité éditorial de la Revue historique, il dirige au sein du Centre de Recherche et d'Études Histoire et Société (UR 4027) le programme "Dominatio. Formes et modalités de la gouvernementalité médiévale", ainsi que le programme de recherche ANR "SOCIOMA : Pour une sociologie médiévale / For a medieval sociology" (2024-2028).
Publications récentes
""A desire to see more clearly" : theological device and sociological innovation of scholars in the 13th-15th centuries", dans Innovation and Medieval Communities (1200-1500), Nils Bock et Élodie Lecuppre-Desjardin (dir.), Turnhout, Brepols, coll. "Studies in European Urban History", 2024.
"Création divine et naturalisation de l'ordre social aux XIIIe-XVe siècles : l'exégèse visuelle et textuelle de la Genèse dans les Bibles moralisées", dans Naturalisation and Legitimation of Power (1300-1600), Éloïse Adde et Jonathan Dumont (dir.), Florence, Sismel – Edizioni del Galluzo, coll. "Micrologus'Library", 2024.

Leonie HICKS : Gestion de l'environnement ou domination ? Cartographier les ressources à travers les chartes dans la Normandie ducale
Cet article cherche à réunir l'étude des chartes, l'histoire de l'environnement et les approches numériques pour étudier si les seigneurs étaient des agents actifs dans la consolidation et la maximisation des ressources naturelles, par exemple les forêts gérées, les droits de pêche et les ressources fluviales, la production de sel, etc. Dans l'affirmative, comment géraient-ils ces ressources et que peuvent nous apprendre les preuves sur les qualités de la terre ? En m'appuyant sur les chartes et les chroniques, j'ai l'intention d'utiliser le SIG pour cartographier ces ressources, ce qui pourrait nous éclairer sur la concurrence entre les seigneurs. Cette communication reflétera les aspects spatiaux des thèmes de la conférence.

Leonie Hicks est Professor of Medieval Studies at Canterbury Christ Church University. De septembre 2023 à août 2025, elle sera titulaire d'une bourse de recherche majeure Leverhulme pour achever son prochain livre Landscapes of the Normans : Ways of Seeing. Elle a déjà écrit A Short History of the Normans (I.B. Tauris, 2016) ainsi que des ouvrages sur l'histoire monastique normande, l'utilisation de l'espace et les paysages. Elle a édité un recueil d'essais sur le Rouen médiéval avec Elma Brenner et un autre sur les frontières et le monde normand avec Dan Armstrong, Áron Kecskés et Charles Rozier.

Catherine LETOUZEY-RÉTY : "Dei gratia Sancte Trinitatis de Cadomo abbatissa" : exercer sa domination sur la terre et les hommes à l'abbaye de la Trinité de Caen (XIe-XIIIe s.)
Dès la fondation de l'abbaye de La Trinité de Caen par Guillaume et Mathilde, la première abbesse, Mathilde de Préaux, se trouva dotée d'une autorité considérable, exerçant une domination sur l'ensemble des terres et des hommes du vaste temporel constitué par le couple ducal. Dans le prolongement de la réflexion menée par V.G. Spear (Leadership in medieval English nunneries), on pourra s'interroger sur une quelconque spécificité féminine dans l'exercice de cette domination. À l'instar du cas de Fontevraud, et de celui de nombre de grands monastères de femmes de l'Ouest de la France et d'Angleterre, on soulignera que les femmes placées à la tête de La Trinité de Caen furent en mesure d'élaborer des stratégies de gestion spécifiques, de négocier, et d'imposer leur suprématie en matière économique — en bref, d'exercer les différentes facettes d'une domination tant symbolique que matérielle.

Catherine Letouzey-Réty est Professeur en CPGE, filière Chartes (histoire de l'art et histoire médiévale, lycée Pierre de Fermat, Toulouse). Elle a soutenu 2011 une thèse intitulée "Écrit et gestion du temporel dans une grande abbaye de femmes anglo-normande : la Sainte-Trinité de Caen (XIe-XIIIe siècle)" (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et I.H.R/université de Londres), menée sous la direction de Laurent Feller et de David Bates.

Camille MARCY MARGUERITE : Le château de Gisors, une architecture marquée par les changements de pouvoir
La communication s'attachera à mettre en lumière comment l'aménagement du château de Gisors, situé sur une frontière majeure aux XIIe et XIIIe siècles, traduit les changements de domination du Vexin normand. Nous verrons ainsi les programmes architecturaux initiés par Henri II Plantagenet, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste, mais également comment les bâtiments ont pu être débutés par l'un puis finis par l'autre au gré des conquêtes et des accords. Nous évoquerons également comment la juxtaposition des éléments architecturaux marqueurs d'un pouvoir (enceintes, tours maitresses, lieu de justice, portes) s'impose alors comme manière de démontrer sa domination sur le territoire.

Arnaud MONTREUIL : L'adoubement chevaleresque et la domination seigneuriale laïque en Normandie (XIIe-XIIIe siècles)
Cette communication posera la question du rapport entre une pratique sociale distinctive de l'aristocratie laïque — l'adoubement chevaleresque — et ses effets sur l'actualisation, la reproduction et la transformation de la domination seigneuriale laïque en Normandie entre la fin du XIIe siècle au tout début du XIVe. Elle démontrera que la pratique de l'adoubement chevaleresque agissait à deux niveaux : à l'échelle du groupe dominant d'abord, car la tenue d'un adoubement chevaleresque avait pour fonction de réaménager les hiérarchies internes du groupe chevaleresque, et pour résultat de reproduire sa cohésion sociale ; au sein du rapport seigneurial ensuite, dans le cadre coutumier des aides aux trois cas, où elle constituait une forme de participation consentante (et distincte de la fiscalité) des communautés à la reproduction du pouvoir de leur seigneur.

Titulaire d'un doctorat de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Arnaud Montreuil est professeur régulier en histoire à l'université du Québec à Chicoutimi depuis 2023. Ses recherches portent notamment sur la sociologie historique des groupes dominants dans l'Europe médiévale. Sa thèse, soutenue en septembre 2022 et intitulée Écrire, décrire et saisir l'adoubement chevaleresque a été récompensée par le prix Boyle 2023 de la Société canadienne des médiévistes.

Aude PAINCHAULT : Châteaux ducaux, châteaux rebelles en Normandie sous Henri Ier Beauclerc, les marqueurs de la contestation du pouvoir
Au cours de la période ducale, la domination des ducs sur le territoire de la Normandie est matérialisée entre autres par la construction d'un réseau de châteaux. L'autorité d'Henri 1er Beauclerc au XIIe siècle sur les terres normandes, s'appuie alors sur les constructions de ses prédécesseurs mais également sur ses propres créations ou améliorations avec notamment l'édification de donjons quadrangulaires comme à Arques-la-Bataille ou Falaise. Néanmoins, le caractère controversé de sa prise de pouvoir en Normandie, par l'emprisonnement de son frère Robert, puis l'absence d'héritier mâle après la mort de son fils Guillaume Ascelin, disparu lors du naufrage de la Blanche Nef, suscitent un certain nombre de contestations seigneuriales. Elles se traduisent par des tentatives de déstabilisation, qui ont pour centre de la rébellion, les châteaux seigneuriaux. À travers ces mouvements de contestation et la réponse du roi d'Angleterre et de ses fidèles, le réseau de châteaux ducal et seigneurial est mis en exergue et montre que le territoire fait l'objet d'un quadrillage presque complet, assurant ainsi un contrôle manifeste du roi sur celui-ci. La question sera abordée de manière interdisciplinaire à travers la documentation écrite laissée par les chroniqueurs et à travers les sources archéologiques. La révolte de 1118-1119 fomentée par Amaury de Montfort et les exemples du domaine de Breteuil-Tosny, de Gournay ou encore d'Alençon étayeront les différents points abordés au cours de ce propos.

Aude Painchault est Docteure en histoire et archéologie médiévales, spécialisée sur les châteaux normands de la période du XIIe siècle ; Ingénieure à la DRAC de Normandie, Chargée de cours en Archéologie Médiévale à l'université de Rouen, Membre associée au CRAHAM. Elle est responsable scientifique de la fouille du château médiéval de Maulévrier (76) et responsable scientifique d'une recherche thématique sur les archéomatériaux : "L'utilisation de la craie de Vallée de Seine dans le bâti médiéval en Normandie orientale (Xe-XIVe s.)".
Bibliographie
"La salle pavée du château de Maulévrier (76), XIIIe-XIVe siècle ?", Journées archéologiques de Normandie du 7 avril 2024, Alençon, à paraître.
"Quelques exemples sur les usages de la craie dans le bâti castral et religieux en Normandie orientale (Xe-XVe s.)", Châteaux et Églises, Château Gaillard 30, Études de castellologie médiévale, Actes du 30e colloque international tenu à Goldegg (Autriche) en septembre 2022, à paraître.
"La construction de maisons neuves dans la basse cour du château à Maulévrier-Sainte-Gertrude (76). Ouvriers, maçons tuiliers : ces occupants temporaires du château", Château Gaillard 29. Études de castellologie médiévale, Actes du 29e colloque international tenu à Château-Thierry (France) en août 2018, Publications du CRAHAM, PUC, Caen, 2020.
"L'empreinte castrale dans le paysage normand à Maulévrier-Sainte-Gertrude – 76", Château et paysage, Château Gaillard 28. Étude de castellologie médiévale, Actes du 28e colloque international à Roscommon (Irlande) en août 2016, Publications du CRAHAM, PUC, Caen, 2018.
"Les châteaux dans l'œuvre d'Orderic Vital et leurs traces archéologiques", A.-M. Flambard Héricher (dir.), Mémoire de Thèse de l'université de Rouen, Rouen, 2015.

Fabien PAQUET : Les intermédiaires de la domination des abbés normands au XIIIe siècle : premières pistes
Particulièrement dense, le tissu monastique de la Normandie médiévale est un des visages incontournables de la domination de la terre et des hommes. La communication adoptera une perspective comparatiste à partir de plusieurs "grandes" abbayes normandes (Le Bec, Fécamp, Jumièges, Saint-Ouen de Rouen, Saint-Wandrille, le Mont Saint-Michel…), étudiées ici dans un long XIIIe siècle allant jusqu'à la veille de la guerre de Cent Ans. Cette période correspond en effet au temps des "abbés gestionnaires", j'ai notamment montré leurs talents en la matière et l'attention que l'on portait à ces questions au sein des cloîtres. L'objectif de la communication sera, en quelque sorte, d'inverser la perspective et de décaler le regard en cherchant cette fois à identifier et analyser les incarnations quotidiennes de cette domination parfois lointaine : si les visites de l'abbé et des moines (officiers ou non) sont une des modalités de celle-ci, il s'agira surtout de mettre en avant le rôle de leurs intermédiaires laïcs, dont les fonctions et même les noms varient en fonction des monastères, en particulier pour ceux qui occupent des fonctions importantes (par exemple d'ordre militaire, comme le maréchal de l'abbé de Jumièges). La hiérarchie et l'organisation de la gestion sont-elles comparables d'une abbaye à l'autre ? Qui sont les hommes choisis pour exercer ces fonctions, en particulier celle de bras droit de l'abbé pour les affaires temporelles ? Quel est leur degré d'autonomie et comment rendent-ils des comptes au moines ?

Fabien Paquet est maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Caen Normandie, où il co-dirige également l'Office Universitaire d'Études Normandes (OUEN, MRSH). Ses recherches portent sur l'histoire religieuse des mondes normands médiévaux (en particulier le monde monastique) et sur l'écriture de l'histoire au Moyen Âge. Il a notamment publié Maîtriser le temps & façonner l'histoire. Les historiens normands au Moyen Âge (dir.) (Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Caen, 2022) et dirigé en 2023, avec Mathilde Labatut, le colloque de Cerisy : 1023-2023 : le Mont Saint-Michel en Normandie et en Europe. Nouvelles découvertes et nouvelles perspectives de recherche.

Lény RETOUX : Faire valoir sa domination et répondre aux usurpations de coutumes sous Guillaume d'Estouteville
Au XVe siècle, Dieppe, notamment grâce à l'importance de son port, constitue une source conséquente de revenus pour l'archevêque de Rouen qui en est le seigneur temporel. Il prélève dans cette ville des redevances sur le commerce et il y possède des prérogatives sur la mer mais aussi sur la pêche sur l'Arques. Certains de ces droits, plus communément appelés "coutumes", sont décrits dans un coutumier mis par écrit en 1396 et s'exercent sur un territoire centré sur Dieppe, mais dont il est difficile de définir précisément les limites. Par conséquent, le prélèvement des coutumes et la revendication de ces droits a pu parfois entrainer des conflits avec les seigneuries et juridictions voisines. C'est notamment le cas au début de l'archiépiscopat de Guillaume d'Estouteville (1453-1483) qui doit faire face aux représentants royaux tels que l'amiral de France et le vicomte d'Arques. Ainsi, cette communication se propose d'analyser ces conflits et leurs ressorts et la manière dont l'archevêque de Rouen justifie la possession des coutumes qui lui sont contestées sur certains territoires. D'autre part, il s'agit de voir comment ces conflits sont une occasion pour l'archevêque d'affirmer ses prétentions sur un espace et constituent un outil de territorialisation de son pouvoir. Le sujet est d'autant plus pertinent qu'il se place dans un contexte où la domination des archevêques de Rouen sur Dieppe a longtemps été remise en cause par une confiscation de leur pouvoir temporel sur cette seigneurie par le roi de France de 1435 à 1449 et lors de la régale qui a précédé l'élection de Guillaume d'Estouteville à l'archiépiscopat.

Lény Retoux est Doctorant allocataire en histoire médiévale depuis octobre 2022 à l'université de Caen Normandie sous la direction de Laurence Jean-Marie. Sa thèse a pour titre : "Coutumiers et perception des coutumes dans les seigneuries de l'archevêque de Rouen à la fin du Moyen Âge : pratiques scripturaires et comptables comme outils d'administration".

Lydwine SCORDIA : Michel Dumont, bourgeois de Rouen, et ses achats de fiefs nobles en Pays de Caux sous la monarchie lancastrienne
Les conquêtes d'Henry V ont provoqué de nombreux changements de propriété concernant les fiefs nobles de Normandie (confiscations, morts, "chevaliers absents"…). Ces mutations ont laissé des traces dans les lettres patentes des Norman Rolls d'Henry V (The Norman Rolls of Henry V - Home), les édits royaux de Charles VII, les minutes du tabellionage de Rouen (ADSM, série 2 1) et les arrêts de l'Échiquier de Normandie (ASDM, série 1 B). Le croisement de ces documents largement inédits permet de faire apparaître de nombreux acteurs allant des maîtres de la terre (anciens et nouveaux propriétaires), aux intermédiaires de toutes sortes (procureurs, "conseulx"…) et aux officiers royaux des juridictions gracieuses et contentieuses, qui ont acté les contrats et siégé aux différents étages des procédures judiciaires. Ce contexte offre la possibilité de faire une enquête judiciaire, financière et sociale, centrée sur les relations entre anciens et nouveaux maîtres de la terre en Pays de Caux sous la monarchie lancastrienne, à partir du cas de Michel Dumont, bourgeois de Rouen, lieutenant du vicomte de Rouen, qui a multiplié les achats de fiefs ou portions de fiefs nobles dans les années 1420-1430.

Lydwine Scordia est PR d'histoire médiévale à l'université de Rouen Normandie. Ses thèmes de recherches (XIIIe-XVIe siècle) se portent sur les relations gouvernants-gouvernés dans le royaume de France (registres argumentatifs, représentations réciproques…) ; la Normandie entre France et Angleterre (rivalités, réseaux de pouvoirs et adaptations…). Depuis 2021, elle s'occupe du montage d'un stage annuel d'initiation au tabellionage normand et un programme de recherche TabelNorm (IA et registres des tabellions).
Publications récentes
"La "duchié de Normandie", entre France et Angleterre dans la chronique du Rosier des guerres", Royauté, écriture et théâtre au Moyen Âge. Mélanges en l'honneur d'Élisabeth Lalou, Marie Bouhaïk-Gironès, Alexis Grélois et Xavier Hélary (dir.), Rouen-Le Havre, PURH, 2024, p. 107-120.
"Le Normand Pierre Choinet, médecin et astrologue de Louis XI", Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie, 81, 2024, p. 143-157.
"Jeanne Dumont, bourgeoise de Rouen : patrimoines et dévotions d'une héritière au XVe siècle", Annales de Normandie, 73, 2023, p. 109-133.
2020- Richesses du tabellionage normand au Moyen Âge, Lydwine Scordia (dir.), Tabularia. Sources écrites des mondes normands médiévaux.

Caroline SIMONET : Mettre en scène la domination. La place des femmes dans le scellement d'actes en Normandie médiévale (nobles, religieuses, paysannes, bourgeoises)
Le scellement des actes se caractérise par une très large ouverture sociale en Normandie, la coutume favorisant l'usage des sceaux par les paysans et les jeunes héritières pas encore mariées. Ainsi le duché offre une situation originale en matière de sceaux féminins : les paysannes possédaient des sceaux au même titre que les aristocrates. Cependant la possession d'un tel objet, loin d'effacer les hiérarchies, soulignait au contraire les rapports de domination sociale, territoriale, économique et genrée. La légende des sceaux féminins définissait les sigillantes à l'aune de leur statut marital. Mais nombre de femmes mariées scellaient sans leur époux ou portait un nom qui leur était propre. Par ailleurs, revendiquer sa parenté avec le lignage d'un mari permettait d'asseoir son rang dans la société. Quant aux abbesses, certaines n'hésitaient pas à se dire abbesse dei gratia, comme le faisaient les rois ou les évêques. Si la domination sociale des élites féminines transparaissait dans l'emploi prestigieux du portrait sigillaire, la qualité et la dimension des matrices montraient également le pouvoir économique des aristocrates et de certaines abbesses, parfois des bourgeoises. À l'inverse, les sceaux de certaines bourgeoises, voire de dames de la petite noblesse ne les distinguaient guère des sceaux de paysannes : la domination sociale ne transparaît donc pas toujours sur l'objet, ou du moins l'objet met en lumière la diversité des situations économiques au sein d'un même groupe social. Enfin, la domination passait aussi par la diffusion territoriale des empreintes : les dames de la noblesse expédiaient au loin des actes scellés, en lien avec un patrimoine éparpillé au gré des origines et alliances, signe de l'importance de leur réseau familial, alors que les actes des paysannes demeuraient en Normandie.

Caroline Simonet est Docteur en histoire médiévale (Paris I), co-rédactrice en chef de la Revue française d'héraldique et de sigillographie, membre associé du CRAHAM (Université de Caen Normandie). Ses travaux sont consacrés à la sigillographie et à l'emblématique, autour de quatre axes : la question du pouvoir, avec des études centrées sur la circulation des emblèmes au sein des lignages aristocratiques (notamment anglo-normands) ; l'héritage antique sur les sceaux ; l'animal emblème ; les usages sigillaires du petit clergé, tant régulier que séculier.
Publications
"Objects of the law, holy images : religious iconography on medieval seals in France", Method and Theory in the Study of Religion. Journal of the North American Association for the Study of Religion, (dir.) Daniel Dubuisson, Brill, 2015, vol. 27, n°4-5, p. 361-383.
"The (Re-)Use of Ancient Gems and Coins : the Presence of Antiquity in Medieval Sigillography", A Companion to Seals in the Middle Ages, (éd.) Laura Whatley, Leyde-Boston, Brill, 2019, p. 355-396.
"Le scribe à Laon et à Soissons : au service de l'Église, du roi et de la ville. Esquisses de carrières (XIIIe-XVe siècles)", Le scribe d'archives dans l'Occident médiéval : formations, carrières, réseaux, (éd.) Xavier Hermand, Jean-François Nieus, Étienne Renard, Utrecht Studies in Medieval Litteracy, vol. 43, Turnhout, Brepols, 2019, p. 441-468.
"L'excommunication des Frères mineurs de Rouen (1285). Des chartes multi-scellées au service de la politique de l'archevêque", Écrire à l'ombre des cathédrales. Espace anglo-normand et France de l'Ouest, XIe-XIIIe siècle, Colloque de Cerisy, (dir.) Grégory Combalbert, Chantal Senséby, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2024, p. 195-224.

Laure VERDON-LOPPACHER
Laure Verdon-Loppacher est professeur d'histoire du Moyen Âge à l'université d'Aix-Marseille. Elle est membre de l'UMR 7303 TELEMMe AMU-CNRS et directrice de l'École doctorale 355 "Espaces, Cultures, Sociétés" d'Aix-Marseille université. Ses recherches portent sur les structures seigneuriales, la place des femmes et les interactions entre dominants et dominés. Son Habilitation à diriger les recherches avait pour thème : "L'enquête en Provence sous les premiers Angevins (1250-1309). Structures, rites et pratiques du pouvoir à travers les usages de la procédure inquisitoire". Son doctorat, quant à lui, portait sur : "La terre et les hommes en Roussillon aux XIIe et XIIIe siècles. Structures seigneuriales, rente et société d'après les sources templières".
Principales publications
"Communauté(s)", dans Nouvelle Histoire du Moyen Âge, sous la direction de Florian Mazel, Seuil, Paris, 2021.
"The Prince, his Officer and the Community : How Secular Inquisitorial Procedures Brought against Officers Contributed to Community-Building in the Thirtheenth-Century Comtat Venaissin", The Officer and the People. Accountability and Authority in Pre-Modern Europe, Maria Angeles Martin Romera and Hannes Ziegler (eds), Oxford University Press, Oxford, 2021, p. 77-97.
"S'émanciper par la délibération ? Autour du premier registre de délibérations communales de Trets (Provence, 1340)", Edad Media. Revista de Historia, n°21, 2020, p. 153-177.
"Refus de justice et identité nobilaire. L'afffaire Hugues de Baux contre Pelet de Mimet, Roquevaire (1298-1303)", dans M. Charageat, M. Soula (dir), Résister à la justice XIIe-XVIIIe siècles, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 59-74.
La voix des dominés. Communauté et seigneurie en Provence au bas Moyen Âge, Rennes, PUR, 2013.
L'enquête générale de Leopardo da Foligno en Provence centrale, introduction et transcription de l'enquête sur la baillie de Castellane, Paris, CTHS, 2011.
"La paix du prince. Droit savant et pratiques féodales dans la construction de l'État en Provence (1250-1309)", dans Revue Historique, n°654, 2010, p. 291-336.
"Territoires de domination et structuration des communautés au miroir de la fiscalité comtale. Forcalquier et Fontienne, 1345", Mélanges en l'honneur du Professeur Jean-Michel Matz, sous la direction de Isabelle Mathieu et Thierry Pécout, PUR, Rennes, 2024.
Sous Presse
"Les femmes et le pouvoir seigneurial en Provence. Autour de l'hommage des habitants de Régusse à Marguerite de Trian, 14 et 15 mai 1422", Mélanges Elisabeth Malamut, sous la direction de Jean-Baptiste Delzant et Guy Le Thiec, Dossiers Byzantins.
"Enjeux historiographiques de la seigneurie provençale médiévale", à paraître dans L'Atelier du CRH (EHESS).
"Fief, féodalité et seigneurie en Provence à travers l'œuvre de Camille Arnaud (deuxième moitié du XIXe siècle", Séminaire EHESS Paris, novembre-décembre 2023.
"La révolte de Taulignan (Drôme provençale) en août 1333 : la "fabrique" d'un scandale", Mélanges Aymat Catafau, sous la direction d'Olivier Passarrius et Nicolas Berjoan, Presses de Perpignan.


BIBLIOGRAPHIE :

• ANGERS Denise, Le terrier de la famille d'Orbec à Cideville (Haute-Normandie) : XIVe-XVIe siècles, Montréal, Presses de l'université de Montréal, 1993.
• BARTHELEMY Dominique, Les deux âges de la seigneurie banale : pouvoir et société dans la terre des sires de Coucy milieu XIe-milieu XIIIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1984.
• BAUDUIN Pierre, La première Normandie, Xe-XIe siècles : sur les frontières de la Haute-Normandie, identité et construction d'une principauté, Caen / Mont-Saint-Aignan, Pôle universitaire normand / Presses universitaires de Caen / Publications des universités de Rouen et du Havre, 2006.
• BOIS Guy, Crise du féodalisme : économie rurale et démographie en Normandie orientale du début du XIVe siècle au milieu du XVIe siècle, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1976.
• BOURIN Monique et Pascual MARTINEZ SOPENA (éd.), Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes médiévales : XIe-XIVe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, 2 vol.
• BOVE Boris, Dominer la ville : prévôts des marchands et échevins parisiens de 1260 à 1350, Éditions du CTHS, 2004.
• DELISLE Léopold, Études sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au Moyen Âge, Évreux, A. Hérissey, 1851.
• FOSSIER Robert, La terre et les hommes en Picardie jusqu'à la fin du XIIIe siècle, Amiens, Centre régional de documentation pédagogique, 1987.
• GUERREAU Alain, "Féodalité", dans Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt (éd.), Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval, Paris, Fayard, 1999, p. 387-406.
• JEAN-MARIE Laurence et Christophe MANEUVRIER (dir.), Distinction et supériorité sociale (Moyen Âge et époque moderne), Colloque de Cerisy (2007), Caen, Publications du CRAHM, 2010.
• MAZEL Florian, L'espace du diocèse : genèse d'un territoire dans l'Occident médiéval, Ve-XIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008.
• MORSEL Joseph, La noblesse contre le prince : l'espace social des Thüngen à la fin du Moyen Âge, Franconie, v. 1250-1525, Stuttgart, JThorbecke, 2000.
• MUSSET Lucien, "Gouvernés et gouvernants, II, Gouvernés et gouvernants dans le monde scandinave et dans le monde normand (XIe-XIIe siècles)", dans Gouvernés et gouvernants, Bruxelles, Éditions de la Librairie encyclopédique, 1968, p. 439-468.
• SENELLART Michel, Les arts de gouverner : du "regimen" médiéval au concept de gouvernement, Paris, Éditions du Seuil, 1995.
• STRAYER Joseph R., On the medieval origins of the modern State, Princeton, Princeton University Press, 1970.


SOUTIENS :

• Université de Caen Normandie (UniCaen)
• Centre Michel de Boüard - Craham (UMR 6273) | Université de Caen Normandie (UniCaen)
• Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
• Direction régionale des Affaires culturelles Normandie (DRAC Normandie)
• École doctorale 558 — Normandie Humanités | Université de Caen Normandie (UniCaen)
• Office universitaire d'études normandes (OUEN) | Université de Caen Normandie (UniCaen)
• Maison de la recherche en sciences humaines de Caen (MRSH) | Université de Caen Normandie (UniCaen)
• Institute of historical research (IHR)

Programme 2024 : un des colloques

— Programme complet —


LA PERFORMANCE COMME MÉTHODE

QUAND LES ARTS VIVANTS RENCONTRENT LES SCIENCES SOCIALES


DU SAMEDI 21 SEPTEMBRE (19 H) AU VENDREDI 27 SEPTEMBRE (14 H) 2024

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Si les rencontres entre les arts et les sciences se multiplient selon des modalités diverses qui déplacent les limites entre domaines, ces rapprochements permettent de questionner les complémentarités qui opèrent entre les pratiques des artistes et des scientifiques. Ce colloque mettra en scène les rencontres qui existent déjà entre les arts vivants (théâtre, danse ou performance) et les sciences sociales, en portant l'accent sur les démarches de terrain. Et cela pour décloisonner les disciplines et langages en envisageant la circulation d'un champ à l'autre, mise en œuvre sous l'angle de la performance, afin de favoriser au cœur du colloque un travail expérimental.

Nous questionnerons ce qu'est un colloque de Cerisy, c'est-à-dire à la fois cette forme très normée (modalités et attendus) de manifestation scientifique, mais aussi le lieu qui l'accueille et qui lui confère à la fois sa spécificité et son ancrage dans une tradition intellectuelle. Les espaces du château deviendront des laboratoires d'expérimentation où étudier la spécificité d'un colloque : non plus un lieu où l'on parle entre soi, mais un lieu de création, un lieu d'hospitalité où la co-présence est essentielle à un dialogue en action. Le programme sera structuré autour d'ateliers de retours d'expérience ou d'échanges de pratiques, mais aussi de performances et de restitutions de travaux. La configuration du château, tout comme l'esprit qui y règne, invite à forger une petite communauté qui habite Cerisy pendant une semaine comme une ressource, un terrain ou un corpus commun. Plutôt que de débattre de savoirs déjà là, nous habiterons ce lieu pour douter, expérimenter, penser ensemble, faire laboratoire. Par ses espaces, son fonctionnement institutionnel, sa communauté intellectuelle, son histoire, ses matières de créer, le Centre culturel permettra d'accomplir des gestes au croisement entre arts du spectacle et sciences sociales (se situer, observer, collecter, arpenter, enquêter, documenter, intervenir, interpréter, traduire, raconter, restituer…). Un colloque en actes, avant la publication des Actes du colloque sous la forme d'un manifeste et d'un cahier d'activités.

Alors que se développent des démarches de recherche-création et du practical turn des humanités et des sciences sociales, l'on s'intéressera aux gestes artistiques comme processus de recherche, aux pratiques donnant forme à des recherches et savoirs propres à l'action ou à la performance. Nous expérimenterons ces productions de "savoirs situés" et dégagerons la spécificité des savoirs incarnés ainsi que les liens entre recherche artistique et recherche académique dans une approche dialogique (et donc hétérogène), interdisciplinaire et expérientielle.


MOTS-CLÉS :

Arts vivants, Enquête, Essai, Expérience, Hybridité, Matériaux, Méthode, Performance, Protocole, Recherche-création, Sciences sociales, Terrain, Théâtre


CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 21 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 22 septembre
Matin
En parallèle
"Comment fait-on naître un bon mort ?" (1), atelier animé par Aurélia LÜSCHER et Magali MOLINIÉ
"De Cerisy à l'humanité - une croyance en l'universel (essai n°32)" (1), atelier animé par Caroline ARROUAS et Guillermo PISANI

Après-midi
En parallèle
"L'usage du terrain" (1), atelier animé par Yann CALBÉRAC et Rémy HÉRITIER
"Le château comme médium" (1), atelier animé par Barbara MÉTAIS-CHASTANIER et Saul PANDELAKIS

Dispute, avec Michel LUSSAULT

Soirée
Introduction : Book club de présentation


Lundi 23 septembre
Matin
En parallèle
"Le château comme médium" (2), atelier animé par Barbara MÉTAIS-CHASTANIER et Saul PANDELAKIS
"Adapter Thésée. Sa vie nouvelle" (1), atelier animé par Fabien JOUBERT, Michel LUSSAULT et Marion SUZANNE

Après-midi
En parallèle
"Une géoscénographie à l'épreuve de Cerisy" (1), atelier animé par Carolina E. SANTO
"De Cerisy à l'humanité - une croyance en l'universel (essai n°32)" (2), atelier animé par Caroline ARROUAS et Guillermo PISANI

Dispute, avec Frédérique AÏT-TOUATI

Soirée
En parallèle
"L'usage du terrain" (2), atelier animé par Yann CALBÉRAC et Rémy HÉRITIER
"Comment fait-on naître un bon mort ?" (2), atelier animé par Aurélia LÜSCHER et Magali MOLINIÉ


Mardi 24 septembre
Matin
En parallèle
"L'usage du terrain" (3), atelier animé par Yann CALBÉRAC et Rémy HÉRITIER
"Comment fait-on naître un bon mort ?" (3), atelier animé par Aurélia LÜSCHER et Magali MOLINIÉ

Après-midi
En parallèle
"Regimen Sanitatis Salernitanum, un apprentissage" (1), atelier animé par Ondine CLOEZ et Viviane GRIVEAU-GENEST
"De Cerisy à l'humanité - une croyance en l'universel (essai n°32)" (3), atelier animé par Caroline ARROUAS et Guillermo PISANI

Chloé DÉCHERY : Créer sous d'autres noms que le sien [conférence-performée]

Soirée
En parallèle
"Adapter Thésée. Sa vie nouvelle" (2), atelier animé par Fabien JOUBERT, Michel LUSSAULT et Marion SUZANNE
"Le château comme médium" (3), atelier animé par Barbara MÉTAIS-CHASTANIER et Saul PANDELAKIS


Mercredi 25 septembre
Matin
En parallèle
"Enquête/création : penser l'enquête par les formes" (1), atelier animé par Nicolas NOVA
"Regimen Sanitatis Salernitanum, un apprentissage" (2), atelier animé par Ondine CLOEZ et Viviane GRIVEAU-GENEST

Après-midi
Séance plénière : FABRIQUE COLLECTIVE


Jeudi 26 septembre
Matin
En parallèle
"Comment fait-on naître un bon mort ?" (4), atelier animé par Aurélia LÜSCHER et Magali MOLINIÉ
"De Cerisy à l'humanité - une croyance en l'universel (essai n°32)" (4), atelier animé par Caroline ARROUAS et Guillermo PISANI

Après-midi
En parallèle
"L'usage du terrain" (4), atelier animé par Yann CALBÉRAC et Rémy HÉRITIER
"Regimen Sanitatis Salernitanum, un apprentissage" (3), atelier animé par Ondine CLOEZ et Viviane GRIVEAU-GENEST

Dispute, avec Carolina E. SANTO

Soirée
Ciné-club, avec Matthieu CANAGUIER


Vendredi 27 septembre
Matin
Séance plénière : "Acter la recherche", atelier conclusif mené par Philippe ARTIÈRES

Après-midi
DÉPARTS


TÉMOIGNAGES :

• Cerisy, une micro-société intellectuelle héritée de Pontigny. Rencontre avec Caterina ZAMBONI RUSSIA, propos recueillis par Sylvain ALLEMAND.


PRÉSENTATION DES ATELIERS :

"Adapter Thésée. Sa vie nouvelle", animé par Fabien JOUBERT, Michel LUSSAULT et Marion SUZANNE
Un atelier pour montrer les différentes étapes d'un processus d'adaptation et de mise en scène d'un texte comme Thésée. Il sera structuré autour des grands enjeux de l'adaptation, de la dramaturgie et de la scénographie, activités qui ont associé comédiens (Marion Suzanne, Fabien Joubert), Metteur en scène (Fabien Joubert), Géographe (Michel Lussault), en dialogue avec l'auteur (Camille de Toledo). L'atelier abordera donc 4 thématiques-clefs.
1. Que reste-t-il du XXe siècle ?
Alors que le récit moderne s'est magnifié durant les trente glorieuses jusqu'à vouloir faire oublier les traumatismes des guerres et des génocides, quelles sont les traces du XXe siècle dans notre actualité ? Comment celui-ci ressurgit-il au sein des grandes questions contemporaines que nous avons à affronter ?
2. Le corps et ses fantômes
Thésée s'effondre parce qu'il porte des fantômes, réduit au silence par l'oubli et les défauts de récits familiaux. Mais chaque individu n'est-il pas le siège de ces tensions mémorielles contrariées, nos corps et nos esprits ne se chargent-ils pas, toujours, des poids cumulés des deuils, des douleurs, des chagrins, ne sommes-nous pas toujours rattrapés par les mémoires transgénérationnelles qui peuvent nous blesser jusqu'à nous mettre à terre ou, au contraire, nous soutenir ?
3. Altération/réparation
Le fil conducteur de Thésée est celui de la tension entre altération et réparation. Ce couple a le mérite d'être pertinent pour tous les objets à toutes les échelles : de l'individu, de la famille, d'une activité économique, d'une société, de la planète-terre elle-même. Ne serait-ce pas une caractéristique de cette époque anthropocène dans laquelle nous entrons que de nous confronter à la généralisation de cette question de l'altération et des possibles voies réparatrices qui (ré)confortent.
4. L'Enquête comme mode d'existence
En sciences sociales, en littérature, au cinéma, dans les séries, au théâtre la méthode de l'enquête et la figure de l'enquêteur deviennent omniprésentes. Thésée. Sa vie nouvelle, se conçoit comme une restitution au plateau d'une enquête "généalogique". Comment comprendre cette fascination contemporaine, où il semble nécessaire de toujours enquêter — mais pour élucider quel crime, car le problème fondamental est bien celui de la question posée par l'enquête, comme le montre le leitmotiv de Thésée : qui commet le meurtre d'un homme qui se tue ?


"L'usage du terrain", animé par Yann CALBÉRAC et Rémy HÉRITIER
L'usage du terrain est une pièce de recherche-création qui a connu deux développements distincts, chaque fois dans l'espace public, à Pantin en 2018 et à Vitry en 2022.
Via nos pratiques artistiques et de recherche, il s'agissait à Pantin de procéder à "l'archéologie préventive par le chorégraphique" d'un lieu en transition avant la construction d'un conservatoire en lieu et place d'un terrain de sport délaissé des années 1930.
À Vitry neuf artistes du champ chorégraphique se sont relayés sept jours sur sept pendant six semaines sur un terrain "sans qualité" du centre ville. Chaque prise de relai était médiée par un habitant de Vitry à qui était confiée la tâche de transmettre formes, récits et contenus aux artistes suivants. À l'issue du processus de création ces passeuses et ce passeur sont désormais les dépositaires de l'œuvre, garants de sa réactivation.
À Cerisy, je voudrais transposer les processus d'enquête mis à jour à Vitry pour les éprouver non plus dans un espace public mais sur le site même du Centre culturel international : ses espaces extérieurs, intérieurs (cuisines, secrétariat, salles de réunions, salle à manger, etc). Je voudrais constituer un groupe d'une dizaine de personnes maximum, composé de chercheurs, d'artistes, d'auditeurs avec qui inventer des pratiques d'enquêtes permettant d'éclairer ce terrain depuis une autre perspective. Je souhaiterais également que deux ou trois membres du personnel (quelles que soient leur fonctions) nous rejoignent en qualité de passeur et qu'ils deviennent les dépositaires de nos pratiques, partitions pour pouvoir ensuite les réactiver lors de futurs colloques.
Aucune pratique spécifique de la danse n'est requise pour participer !


"De Cerisy à l'humanité - une croyance en l'universel (essai n°32)", animé par Caroline ARROUAS et Guillermo PISANI
L'existence même d'un lieu comme le Centre culturel international de Cerisy repose en partie sur cette croyance que ce à quoi nous réfléchissons et ce dont nous discutons dans les colloques a une importance bien au-delà de ces murs… une importance universelle. Le travail d'atelier, suivant l'une des démarches du laboratoire CROYANCES de la Compagnie LSDI, proposera d'explorer des procédés théâtraux nous permettant de déplacer / révéler certaines de nos croyances, que nous ne percevons pas aisément d'habitude. De quelle manière le colloque de Cerisy s'articule avec (ou contre) ces croyances ? À travers quels rituels ? L'activité de l'atelier sera de tenter de mettre en jeu ces croyances dans le contexte de Cerisy, à partir de procédés théâtraux, c'est-à-dire par l'écriture et par le jeu, plutôt que par une appréhension intellectuelle.


"Regimen Sanitatis Salernitanum, un apprentissage", animé par Ondine CLOEZ et Viviane GRIVEAU-GENEST
Pendant ces trois ateliers Ondine Cloez, avec la complicité de Viviane Griveau-Genest, offre le jardin de Cerisy, éclairé par les sources anciennes (textes et images, Moyen Âge et Renaissance) objets de leurs recherches respectives, comme support d'exploration et d'expérimentation du vivant. En mélangeant pratique physique, lecture, pratiques vocales et apprentissage, elles invitent à considérer le vivant comme terrain de transmission, méthode d'investigation et clé heuristique en vue d'une réappropriation subjective.


"Une géoscénographie à l'épreuve de Cerisy", animé par Carolina E. SANTO
La géoscénographie surgit d'une volonté de sortir du bâtiment théâtral pour aller vers un théâtre du dehors. Le préfixe géo vient donner du sens à une discipline renouvelée par les lieux qu'elle investit et qui cherche à déceler dans les traces qu'elle repère, les énigmes de sa dramaturgie. Le plateau s'ouvre ainsi sur le monde qu'on observe, qu'on écoute et que l'on ressent pour pouvoir ensuite le révéler autrement. Par ce renversement, ce n'est pas tant la scénographie qui transforme le monde mais plutôt le monde qui la transforme. En devenant plus présent à nos yeux, nous devenons nous aussi plus présent au monde. Il y a comme une augmentation de présence. En reprenant le fil d'une pensée de Francesco Carreri lorsqu'il fait allusion à l'artiste qui marche, le projet de la géoscénographie entend inscrire dans le corps de l'artiste-chercheur une compréhension plus profonde du monde, lui permettant de mesurer à la fois l'espace et le temps et ainsi refléter la structure physique de la croûte terrestre. Si Carreri propose qu'en marchant l'artiste opère une transformation du territoire sans avoir à intervenir matériellement sur le lieu de son errance. La géoscénographie entend œuvrer à partir de cette expérience terrestre. Elle en fait le matériau principal de sa création artistique.
Ainsi la géoscénographie s'organise en trois temps. Il y a d'abord la scénarisation d'un processus créatif qui suppose l'écriture d'une dramaturgie à déployer dans un lieu choisi. Il y a ensuite sa mise en œuvre pratique — cette étape suppose une mise en relation avec un lieu par une action pragmatique comme la marche, la fouille, le traçage, le pistage, l'écurage ou autre. Il y a enfin la création d'une forme — plastique, narrative, fictionnelle, ou scientifique — à partir des éléments récoltés par l'action menée dans le lieu investi.
Pour Cerisy, nous mettrons à l'épreuve du public les deux derniers temps de la démarche géoscénographique. Ainsi, le lundi 23 septembre, nous activerons une expérience commune préalablement scénarisée dans un lieu choisi. Le canevas de cette expérience permettra de brouiller les catégories, délimitations, et autres frontières entre évènement pragmatique, recherche, processus et performance. Nous observerons à cette occasion, si la consigne donnée agit ou pas sur la qualité de notre présence à la fois individuelle et collective et si celle-ci est capable d'augmenter notre expérience spatiale et sensible du lieu. Le mercredi 25 septembre, nous restituerons une forme ou un projet de forme — plastique, narrative, fictionnelle, ou scientifique — à partir de l'expérience partagée des lieux du colloque. Cette présentation pourra faire intervenir les personnes ayant participé à l'expérience commune du 23 septembre.


"Enquête/création : penser l'enquête par les formes", animé par Nicolas NOVA
Le terme d'enquête-création désigne la démarche d'investigation combinant les approches d'observation des sciences humaines et sociales avec les manières de faire des pratiques artistiques. Celle-ci s'appuie sur l'élaboration d'un dispositif d'observation singulier et conduit à une restitution au format original. Cette intervention débutera par une introduction concernant les implications de cette notion, illustrée par deux projets (Bestiaire de l'Anthropocène, Chamonix-Sentinelles). Elle abordera plus particulièrement la place accordée à l'observation dans une telle approche, et notamment les motivations qui ont sous-tendu la rédaction du livre Exercices d'observation (Premier parallèle, 2023). Il s'agira dans un second temps d'expérimenter in situ et en petits groupes quelques-unes de ces activités de production de matériau d'enquête, pour penser leur restitution avec des formats divers. L'intention ne sera pas de réaliser un projet de grande ampleur, mais plutôt de saisir la logique et les modalités concrètes de ce genre d'investigations.


"Comment fait-on naître un bon mort ?", animé par Aurélia LÜSCHER et Magali MOLINIÉ
Au départ de cette question, il y a d'un côté l'enquête menée par Magali Molinié (2006) sur les relations qu'entretiennent les vivants avec les morts, l'analyse compréhensive des pratiques qui conduisent à leur transformation réciproque, qui font les morts féconds (2014) ; de l'autre, le travail d'écriture théâtrale d'Aurélia Lüscher autour de la question : comment rendre visible au plateau les relations invisibles ? Comment donner à voir des morts ce qui d’ordinaire ne se montre pas ? (comme l'activité de la thanatopractrice, du fossoyeur, du législateur dans sa pièce "Les corps incorruptibles", 2023). Et puis il y a leur rencontre autour d'une idée : énigme en soi — que me veut celui-ci ? Que me lègue celle-là ? —, les morts font de chacun de nous potentiellement des chercheurs, chercheuses, souvent à la croisée de l'intime et du collectif. Les méthodes de la création théâtrale peuvent-elles rouvrir, renouveler ces questions, faire surgir de l'inédit, de nouveaux récits, de nouvelles dramaturgies ?
Nous ferons de Cerisy un milieu propice à la découverte, à l'élaboration de réponses, en proposant au cours de ces journées un atelier nouant recherche collaborative, implication personnelle, performance pour enquêter sur nos objets et nos liens d'attachement aux morts, nos dispositifs d'invention des bons morts. Nous serons peut-être amenés à utiliser notre corps, notre voix, n'hésitez pas à venir avec des tenues confortables et de quoi écrire, dessiner, prendre des notes.


"Le château comme médium", animé par Barbara MÉTAIS-CHASTANIER et Saul PANDELAKIS
Partir en quête des mémoires paysagères, intellectuelles et sonores de Cerisy, dedans et dehors. Quelle méthode mettre en place dans ce lieu qui est à la fois un lieu physique, un lieu de pensée, un lieu paysager ? L'atelier mettra en partage les outils de l'enquête, de la récolte sonore et du graphisme pour explorer comment la réalisation de fresques et d'un fanzine performent, produisent et restituent les recherches en cours ; l'élaboration de cartes et la préparation d'une déambulation dans le château permettront d'arpenter la recherche réelle et rêvée.


BIO-BILIOGRAPHIES :

Marion BOUDIER
Marion Boudier est dramaturge et Maîtresse de conférences en Arts du spectacle à l'université Picardie Jules Verne (Amiens), membre du CRAE et de l'Institut Universitaire de France. Ancienne élève de l'ENS de Lyon, agrégée de Lettres modernes, elle a construit son parcours au carrefour de la recherche et de la création. Ses travaux portent sur les écritures textuelles et scéniques contemporaines, la dramaturgie, les processus de création, le jeu d'acteur et sa portée heuristique (projet ADOC), les liens entre art, pédagogie et recherche. Co-directrice du programme "Performer Les Savoirs" avec Chloé Déchery depuis 2018, elle est également chercheuse associée au Laboratoire d'Histoire Permanente du Centre Pompidou où elle intervient sur les archives de/en création. Comme dramaturge, elle accompagne notamment l'auteur-metteur en scène Joël Pommerat et La Compagnie Louis Brouillard pour des projets au théâtre et à l'opéra.
Dernières publications
"L'éphémère est éternel : la programmation vivante au Centre Pompidou 1977-1987, un patrimoine de théâtre au musée d'art moderne" (2024), avec Linus Gratte, In situ-revue des patrimoines, à paraître 2024.
"La dramaturgie prospective : art, savoir et recherche-création" (2023), Actes du colloque "L'indiscipline dramaturgique- Territoires de la dramaturgie", coord. Olivier Neveux et Anne Pellois, à paraître.
Artistes-Chercheurs, Chercheur.es-Artistes, Performer Les Savoirs (2022), avec Chloé Déchery (co-dir), Dijon, Grande Collection ArTeC / Les presses du réel, 2022.
Documents-Matériaux (2022), avec Chloé Déchery (co-dir.), thaêtre, revue électronique en libre accès.
Avec Joël Pommerat (tome 2), L'écriture de Ça ira (1) fin de Louis (2019), Arles, Actes Sud - Papiers, coll. "Apprendre", 2019, Prix du Syndicat de la critique - Meilleur livre sur le théâtre.

Yann CALBÉRAC
Yann Calbérac est Maître de conférences en géographie à l'université de Reims Champagne-Ardenne, membre du CRIMEL et membre junior de l'Institut universitaire de France. Ancien élève de l'École normale supérieure de Lyon et agrégé de géographie, ses recherches portent à la fois en histoire et épistémologie des sciences sociales sur l'émergence et la diffusion du tournant spatial, et en géographie sur l'élaboration théorique des spatialités à partir des arts du spectacle qu'il analyse avec les outils et les démarches de la géographie.
Dernières publications
Annales de géographie (2021) : ""Tu crois que ça suffit d'être indigné pour investir l'espace des autres ?" Pour une géographie des spatialités théâtrales : Une lecture de la trilogie Des territoires de Baptiste Amann" | en ligne.
EspacesTemps.net (2022) : "La métaphore spatiale. Pour une lecture de Michel Foucault et Yves Lacoste" | en ligne.
Nouvelle revue d'esthétique (2023) : "Dispositif, récit et spatialité. Le motif du tokonoma dans l'œuvre du plasticien Alexandre-Takuya Katô" | en ligne.
EspacesTemps.net (2024) : "Spatialités scéniques, dramaturgie et scénographie : vers un récit spatial(isé) ? Espæce : quand Aurélien Bory adapte Espèces d'espaces de Georges Perec" | en ligne.

Chloé DÉCHERY
Chloé Déchery est Maîtresse de conférences en études du théâtre et de la performance de l'université de Paris 8, membre de l'EA Scènes du Monde. Ancienne élève de l'École Normale Supérieure-Lettres et Sciences Humaines à Lyon et agrégée de lettres modernes, Chloé Déchery est spécialiste de la performance contemporaine et des questions de recherche-création. Elle a enseigné la théorie et la pratique de la performance en France (École Normale Supérieure-Ulm, Université de Paris Nanterre, Institut des Sciences Politiques de Lille), en Grande-Bretagne (University of Surrey, Queen Mary University, Goldsmith University, Royal Central School of Speech and Drama) et en Australie (University of Wollongong). À partir de cette triple entrée ; artiste, théoricienne, pédagogue, Chloé Déchery s'intéresse aux logiques d'hybridation entre expérimentation pratique, innovation artistique et élaboration théorique. Chloé Déchery est co-directrice artistique, avec Marion Boudier, de Performer Les Savoirs, plateforme curatoriale et programme de recherche artistique créée en 2018.
Dernières publications
'A Duet Without You', Performing Collaboration in Solo Performance and Practice-as-Research (2023), Chloé Déchery (dir.), Bristol, Intellect Books.
"Sustainable Solutions for Living on Earth: Performing Alternative Habitats in The Theatre of Philippe Quesne" (2023), in Routledge Companion to French Theatre and Performance, Aneta Mancewicz et Ralf Remshardt (co-dir), Londres et New-York, Routledge, 2023.
"Penser la performance avec Christian Biet : de l'émergence des études de la performance en France" (2023), in Christophe Triau, Tiphaine Karsenti and Olivier Neveu (ed.), Éloge du désordre : penser le désordre avec Christian Biet, Paris, Garnier.
Artistes-Chercheurs, Chercheur.es-Artistes, Performer Les Savoirs (2022), Marion Boudier et Chloé Déchery (co-dir), Dijon, Grande Collection ArTeC / Les presses du réel, 2022.
Documents-Matériaux (2022), avec Chloé Déchery (co-dir.), thaêtre, revue électronique en libre accès.
Staging Atmospheres : Theatre and the Atmospheric Turn, Volumes 1 et 2 (2020 et 2021) ; Atmosphères en scène : le théâtre à l'ère du tournant atmosphérique, volumes 1 et 2, Chloé Déchery et Martin Welton (co-dir), ambiances, revue électronique en accès libre.
"Performer Les Savoirs ou comment en finir avec le congrès ?" (2020), Marion Boudier et Chloé Déchery (co-dir), in Quel congrès voulons-nous ?, Monique Martinez Thomas and Nina Jambrina (ed), L'Harmattan, Paris.

Michel LUSSAULT
Michel Lussault, né en 1960, est géographe, professeur à l'École Normale Supérieure de Lyon, membre du laboratoire de recherche "Environnement, villes, sociétés" (UMR 5600 CNRS/Université de Lyon) et du Labex IMU ("Laboratoire d'excellence Intelligence des mondes urbains") de l'université de Lyon. Dans son travail, il analyse les modalités de l'habitation humaine des espaces terrestres, à toutes les échelles et en se fondant sur l'idée que l'urbain mondialisé anthropocène constitue le nouvel habitat de référence pour chacun et pour tous. Il est très impliqué dans une réflexion sur "les nouvelles scénographies du savoir" et à ce titre a mené plusieurs expérimentations en lien avec des scénographes, chorégraphes, comédiens, metteurs en scène.
Dernières publications
"Spatiality first", in Timothy Tambassi & Marcello Tanca (eds), Philosophy and Geography, Springer Nature, 2021, p. 81-93.
"When a virus takes place : Some geographical reflections on the Sars-Cov-2 pandemic", GeoUSP, Espaço et Tempo, Universidad de Sao Paulo, V. 25, n°3-2021.
Valérie Disdier et Michel Lussault (dir.), Néolitihique-Anthropocène. Dialogue autour des 13000 dernières années, collection "À partir de l'Anthropocène", Lyon, Éditions 205, 2021.
Tim Ingold, Michel Lussault, Cristian Simonetti (dir.), Urban Liquefaction. Rethinking the Relationship Between Land and Sea, Goletta, Punctum, 2024.


BIBLIOGRAPHIE :

• Arlander A., Barton B., Dreyer-Lude M., Spatz B. (dir.), Performance as Research. Knowledge, Methods, Impact, Routledge, 2018.
• Bigé E., Mouvementements. Écopolitiques de la Danse, La Découverte, 2023.
• Boudier M. et Déchery C. (dir.), Artistes-chercheur·es, chercheur·es-artistes. Performer les savoirs, Les presses du réel / ArTec, 2022.
• Delacourt S., Schneller K., Théodoropoulou V. et Abonnenc M. K. (dir.), Le chercheur et ses doubles, Éditions B42, 2015.
• Grésillon B., Pour une hybridation entre arts et sciences sociales, CNRS Éditions, 2020.
• Jocqueviel-Bourjea M., Châtelet C., Pinel K., Morant A. de, et Groupierre K. (dir.), L'atelier en acte(s). Espaces de création, création d'espace, Hermann, 2023.
• Losco-Lena M., Faire théâtre sous le signe de la recherche, PUR, 2017.
• Manning, E. et Massumi, B., Pensée en acte. Vingt propositions pour la recherche-création, ArTeC / Les presses du réel, 2018.
• Nova, N., Exercices d'observation. Dans les pas des anthropologues, des écrivains, des designers et des naturalistes du quotidien, Premier Parallèle, 2022.
• Toledo C. de, Imhoff A. et Quiros, K., Les potentiels du temps. Art et politique, Manuella éditions, 2016.


SOUTIENS :

• Institut universitaire de France (IUF)
• Laboratoire "Environnement, Ville, Société" (EVS - UMR 5600) | ENS de Lyon
• Maison européenne des sciences de l'Homme et de la société (MESHS, UAR 3185 | Lille Nord de France)
• Performer les savoirs

Programme 2024 : un des colloques

— Programme complet —


L'ASSURANCE AU DÉFI DES RUPTURES


DU JEUDI 12 SEPTEMBRE (19 H) AU MERCREDI 18 SEPTEMBRE (14 H) 2024

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Jean-Louis BANCEL, Laurence BARRY, Pierre FRANÇOIS

Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires


ARGUMENT :

Depuis la fin du XVIIIe siècle, l'assurance s'est imposée comme un dispositif qui confère de la résilience aux activités humaines, en proposant une compensation lorsque se réalise le risque qui les pénalise. La place de cette activité s'est accrue, pour s'incarner, à la fin du XXe siècle, dans une "société du risque"(1). Elle est devenue un rouage essentiel de l'industrialisation et de l'extension d'un progrès qui se retourne, parfois, contre nous.

La notion de risque évolue et est associée à la finance dont l'assurance n'est devenue qu'une des composantes. La crise de 2008, l'accélération des risques naturels extrêmes (cyclones, sécheresses, etc…) et la pandémie de Covid ont bousculé les certitudes sur la capacité du couple assurance/finance à apporter des solutions pour faire face aux risques du monde de demain.

Le choc de plusieurs ruptures, technologiques (mobilisation des données massives), sociales et économiques (propension des parties prenantes, offreurs comme demandeurs, à faire en sorte que chacun "paie son propre risque"), invite à repenser les fondements de l'assurance, ses objectifs et les techniques mises en œuvre pour les atteindre.

Face à la montée de périls globaux (dépassement des capacités de la Terre, évolutions climatiques…) mais aussi de nouvelles opportunités (médecine personnalisée…) les ressorts traditionnels de l'assurance (aléa, mutualisation, solidarité) sont-ils encore pertinents et opératoires ?

Les participants au colloque s'interrogeront sur les limites et les perspectives d'évolution de l'assurance. Ils tenteront d'esquisser des pistes "d'atterrissage"(2) pour l'assurance.

Les échanges dans l'enceinte du château se combineront avec des visites, en Normandie, permettant d'appréhender des situations, de risques (montée des eaux marines ou confrontation entre des risques industriels et préservation de sites naturels), où l'Assurance/Finance est mise à l'épreuve.

(1) "La société du risque. Sur la voie d'une autre modernité", Ulrich Beck, Champs, n°822, Champs essais, 2008.
(2) Où atterrir ? Comment s'orienter en politique, Bruno Latour, La découverte, 2017.


MOTS-CLÉS :

Assurabilité, Catastrophes, Données massives, Financiarisation, Individualisation du risque, Intelligence artificielle, Réchauffement climatique, Solidarité


CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 12 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 13 septembre
Matin
Ouverture du colloque, par Jean-Louis BANCEL, Laurence BARRY & Pierre FRANÇOIS

Le risque avant l'Assurance. La naissance de l'Assurance moderne, l'éclairage de l'histoire
Animation :
Pierre FRANÇOIS
Alberto CEVOLINI : Gambling on Claim Frequency : Loss Expectation and the Spread of Risks in the Making of Modern Insurance (Parier sur la fréquence des sinistres : anticipation des pertes et répartition des risques dans la création de l'assurance moderne)
Benoit GIRY : Catastrophe(s) – polysémie, problèmes de mesure

Après-midi
L'Assurance moderne, fondements et limites. Comment en sommes-nous arrivés là ? De l'émergence de l'idée moderne d'Assurance à son encastrement dans la Finance de marché
Animation :
Jean-Louis BANCEL
Turo-Kimmo LEHTONEN : Notes on insurance solidarity, its variations and its future (Remarques sur la solidarité assurantielle, ses variantes et son avenir)

Comment l'Assurance s'est-elle encastrée dans la Finance de marché (présentation), table ronde animée par Pierre FRANÇOIS, avec Jean-Louis BANCEL (La Mutualité, de la solidarité à l'absorption pour l'Assurance lors de la transposition des directives européennes d'assurance dans le code de la Mutualité), Florence PICARD et Marc PORIN

Soirée
Jean-Louis BANCEL : La représentation de l'assureur au cinéma


Samedi 14 septembre
LES RELATIONS ENTRE L'ASSURANCE ET L'ACTIVITÉ FINANCIÈRE DE MARCHÉ
Matin
Quart d'heure de la Fabrique de l'Assurance

Évolutions de la Finance contemporaine et interaction avec l'Assurance
Animation :
Laurence BARRY
Paul LAGNEAU-YMONET : L'assurance, acteur-clé de la finance ?

Ce que le contrôle par la solvabilité fait à l'Assurance
Animation :
Laurence BARRY
Pierre FRANÇOIS : La longue marche de Solvabilité II
Sylvestre FREZAL : La mise en œuvre de Solvabilité II dans les entreprises

Après-midi
Assurance et finance stop ou encore ? (présentation), table ronde animée par Sylvestre FREZAL, avec Édouard VIEILLEFOND et Pierre VAYSSE

Mutualisme et assurance, frère siamois ou frères ennemis ? L'avenir du mutualisme : l'assurance ou la solidarité ? (présentation), table ronde animée par Laurence BARRY, avec Cyril BENOÎT, Christian OYARBIDE et Séverine SALGADO

Soirée
Ciné-club


Dimanche 15 septembre
Matin
Quart d'heure de la Fabrique de l'Assurance

Le traitement des données massives une nouvelle ère pour l'Assurance ?
Animation :
Pierre FRANÇOIS
Laurence BARRY : Les données massives : quelles implications en assurance ? [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]
Arthur CHARPENTIER : Certitudes collective et incertitudes individuelles, les données massives changent-elles la donne ?

Big data et santé
Animation :
Jean-Louis BANCEL
Chloé BERUT : Les données de santé en France et dans l'UE : quelles perspectives d’accès pour les acteurs privés ?

Après-midi
L'intelligence artificielle générative ouvre-t-elle une nouvelle ère pour l'assurance ?
Animation :
Laurence BARRY
Louis ABRAHAM : Les Modèles de Langage : Révolution ou Évolution dans l'Assurance ?
Nicolas BERKOUK : Régulation de l'Intelligence Artificielle : le point de vue d'une autorité de protection des données

Soirée
Ciné-club


Lundi 16 septembre
Matin
Quart d'heure de la Fabrique de l'Assurance

Les risques "catastrophes" un renversement du monde ? Indemniser ou rétablir la nature ? Comment les assureurs peuvent-ils répondre au défi ?
Animation :
Jean-Louis BANCEL
Frédérique CHLOUS : Face à l’érosion de la biodiversité : Transformer – Restaurer

Quand la terre ne tourne plus rond, comment peut-on encore être assureur ?, table ronde animée par Laurence BARRY, avec Thierry COHIGNAC, Patrick DEGIOVANNI (Regard d'un assureur et d'un spécialiste de la prévention des risques) et Myriam MERAD

Après-midi
"HORS LES MURS"
Visites de terrain : Surveiller, prévenir, traiter, réparer ou quelle articulation entre sciences et assurances ?
Visite du groupement de laboratoires départementaux (Manche, Orne, Calvados) LABÉO en charge de la sécurité alimentaire, animale, produits de la mer. Avec un axe sur épizooties, pollution et contagion dans les parcs à huitres — Accueil par Stéphane LE GLATIN et Fabienne BENOIT

Soirée
Ciné-club


Mardi 17 septembre
MAINTENANT ET DEMAIN ?
Matin
Quart d'heure de la Fabrique de l'Assurance

L'État assureur en dernier ressort ou davantage ? (présentation), table ronde animée par Jean-Louis BANCEL, avec Daniel BENAMOUZIG (Quelles leçons tirer de la pandémie de la Covid ?), Cyril BENOÎT et Mireille MARTINI (Le rôle de l'État dans la régulation macroprudentielle de l'assurance face aux risques climatiques)

L'Assurance au défi du principe de réalité
Animation :
Jean-Louis BANCEL
Kevin LEVILLAIN : Les avaries communes, un nouveau paradigme dans un monde fini ?
Stéphane MULLER : Entre finance de marché et les contraintes de la réalité, quelle voie pour les assureurs ?

Après-midi
La prévention, comment les assureurs embarquent-ils cette activité aux externalités positives ? (présentation), table ronde animée par Roland NUSSBAUM, avec Nicolas BAUDUCEAU et Véronique LEHIDEUX

Soirée
Ciné-club


Mercredi 18 septembre
Matin
Quart d'heure de la Fabrique de l'Assurance

L'assurance vers de nouvelles visions du monde. Business model et enjeux éthiques (présentation), table ronde animée par Pierre FRANÇOIS, avec notamment Sylvestre FREZAL et Sandrine LEMERY

Conclusions, animées par Jean-Louis BANCEL, Laurence BARRY & Pierre FRANÇOIS

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jean-Louis BANCEL
HEC (78). ENA (82). DESS droit.
Ancien haut fonctionnaire à la Direction des Assurances. Dirigeant dans des entreprises mutualistes d'assurance de dommages et de personnes. Ancien dirigeant de banque. Fondateur du "think-tank" La Fabrique de l'Assurance.

Laurence BARRY : Les données massives : quelles implications en assurance ?
Nous examinerons dans cette présentation la rupture potentielle apportée par les données massives en assurance : est-ce que l'individualisation du risque, depuis longtemps annoncée, est finalement en train de prendre forme ? La réponse est fortement nuancée : d'un côté, un examen historique de l'usage des statistiques et de la quantification du risque montre que la segmentation comme technique assurancielle n'est pas récente. De l'autre, les données massives et les algorithmes qui les accompagnent effectuent un saut qualitatif dont nous essaierons de rendre compte, même si les implications en assurance semblent, pour l'heure, surtout conceptuelles et éthiques.

Ancienne élève de l'École polytechnique, statisticienne économiste de l'ENSAE, et titulaire d'un doctorat de sciences politiques, Laurence Barry est co-titulaire de la chaire PARI (Programme de recherche sur l'Appréhension des Risques et des Incertitudes) depuis 2018 et chercheuse associée au CREST-ENSAE. Elle mène de front des projets académiques et de conseil en actuariat. Ses recherches portent sur les transformations de la rationalité moderne et sa mutation algorithmique et, plus récemment, le gouvernement des catastrophes.

Pierre FRANÇOIS : La longue marche de Solvabilité II
La mise au point de Solvabilité II fut longue et chaotique. Les principales propriétés de la directive (la radicalité des outils dont elle appelle la mise en œuvre et sa complexité) s'expliquent par son processus de négociation, qui obéit à deux principaux mécanismes : une dépendance de sentier (à mesure que la négociation se déroule, il est impossible de revenir sur les options initiales) et une bataille de systèmes qui aboutit à des compromis, partiels et locaux, qui ajoutent à la complexité. Solvabilité II s'impose, au mitan des années 2010, comme un facteur déterminant d'imposition des logiques financières à des segments entiers du monde assurantiel qui pouvaient jusque-là les ignorer.

Diplômé Sciences Po Paris (94). ENS Cachan (97). Agrégation Sc. Sociales (96) Docteur en sociologie (EHESS 96).
A été professeur à l'École Polytechnique et directeur du département de sociologie de Sciences Po, il est depuis 2017 doyen de l'École de la recherche de Sciences Po. Co-directeur de la Chaire PARI de Sciences Po/ENSAE. Auteur, notamment, de Financiariser l'assurance et, avec Claire Lemercier, de Sociologie historique du capitalisme.


Louis ABRAHAM : Les Modèles de Langage : Révolution ou Évolution dans l'Assurance ?
Les modèles de langage (LLM) représentent une avancée technologique majeure en intelligence artificielle, capable de traiter et générer du texte avec une sophistication impressionnante. Leur potentiel de transformation dans divers secteurs, y compris l'assurance, soulève des questions cruciales. Constituent-ils une véritable rupture pour l'industrie de l'assurance, ou sont-ils simplement un outil d'amélioration incrémental ? Cette intervention explorera les caractéristiques des LLM, leurs applications potentielles et les défis qu'ils posent, notamment en termes de gestion des données, de sécurité et d'éthique.

Présentation de Louis Abraham

Nicolas BERKOUK : Régulation de l'Intelligence Artificielle : le point de vue d'une autorité de protection des données
L'essor fulgurant des performances des techniques d'apprentissage profond dans les années 2010 a permis de développer des systèmes qui rendent possibles des usages qui hier semblaient inaccessibles. Si ChatGPT en est l'exemple le plus populaire, l'intelligence artificielle ne se limite, et ne se limitera pas à ceux-ci, et on observe dès à présent une profusion de nouveaux systèmes qui reposent sur cette technologie : caméra intelligentes, voitures autonomes, médecine personnalisée, industrie 4.0, etc…
L'Union Européenne s'est dotée cette année, avec le règlement IA, d'un premier cadre réglementaire visant à encadrer la mise sur le marché des systèmes d'IA. Pour autant, ce règlement s'applique sans préjudice des textes européens pré-existants, et en particulier du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). En effet, les données personnelles constituent le carburant par lequel les modèles d'IA sont nourris, et leur développement est incidemment soumis au RGPD.
Dans cette présentation, j'introduirai les grands enjeux de l'application des principes de la protection des données au développement et déploiement de systèmes d'IA, ainsi que certaines décisions de la Cour de Justice de l'Union Européenne fondées sur le RGPD qui pourraient avoir un impact jurisprudentiel sur le monde des assureurs.

Chloé BERUT : Les données de santé en France et dans l'UE : quelles perspectives d’accès pour les acteurs privés ?
Avec la numérisation croissante de nos activités et le développement de l'intelligence artificielle, la question de l'accès aux données est devenue centrale sur l'agenda politique. Cela est particulièrement vrai pour les données de santé, dont l'exploitation à grande échelle offre de nombreuses promesses, que ce soit en matière de recherche médicale ou d’amélioration du parcours de soins. Toutefois, en raison de leur caractère sensible, les données de santé sont soumises à de nombreuses régulations, tant au niveau national qu'européen. L'objectif de cette présentation est d'examiner les dynamiques sociales et politiques qui sous-tendent ces régulations sur le long terme. En effet, la situation actuelle ne peut être comprise qu'à la lumière des nombreuses évolutions qui ont structuré ce secteur, notamment celles initiées par le secteur assurantiel au début des années 2000. Nous reviendrons ainsi sur la création de l'Institut des Données de Santé en 2004, puis sur celle du Health Data Hub à la fin des années 2010, avant d'aborder les changements induits par la toute récente adoption de la régulation européenne concernant un "Espace européen des données de santé".

Sciences Po Grenoble (2015), Doctorat en sciences politiques (Université Grenoble Alpes, 2020). Chercheuse postdoctorante à l'université Ca' Foscari de Venise (bourse européenne Marie Skłodowska-Curie). Ses travaux ont été publiés dans plusieurs revues académiques françaises et internationales, telles que Gouvernement et Action publique, Politique européenne, Governance, et West European Politics.

Alberto CEVOLINI : Gambling on Claim Frequency : Loss Expectation and the Spread of Risks in the Making of Modern Insurance
There is historical evidence that the two main principles underlying modern insurance business, i.e., loss expectation and the spread of risks, were not unknown in late-medieval and early-modern insurance practice. The former was embedded into premium rates and explains why in late-medieval and ear¬ly-modern insurance contracts, premiums were expressed not as a bare sum but in the form of a rate. The latter was clearly formulated by Benedetto Cotrugli as he recommended to underwrite "continuously, & upon every ship, because the one offsets the other, & by pooling, [insurers] cannot but make a profit". In my talk I focus on the principle of loss expectation and argue that underlying this principle there was a kind of commodification of uncertainty that both propelled and was underpinned by the semantic distinction of risk and danger. I finally sketch out some of the reasons why the basic principles underlying insurance business could find full exploitation only in modern society. My argument is that if a statistical calculus of probability for insurance purposes was first carried out between the mid-17th century and the mid-18th century, it was not because of a deficit of ideas but because of a deficit of social structures. Compared to modern insurance business, late-medieval and early-modern insurance agreements were a form of gambling based on some estimate of claim frequency.

Alberto CEVOLINI : Parier sur la fréquence des sinistres : anticipation des pertes et répartition des risques dans la création de l'assurance moderne
Nous avons les preuves historiques que les deux grands principes qui sous-tendent le secteur de l'assurance moderne, à savoir l'espérance de perte et la répartition des risques, n'étaient pas inconnus dans la pratique de l'assurance de la fin du Moyen Âge et du début de l'époque moderne. Le risque était intégré aux taux de primes ce qui explique pourquoi dans les contrats d'assurance de la fin du Moyen Âge et du début de l'époque moderne, les primes n'étaient pas exprimées sous forme d'une simple somme mais sous la forme d'un taux. La répartition des risques a été clairement formulée par Benedetto Cotrugli qui recommandait de souscrire "en continu, et sur chaque navire, parce que l'un compense l'autre, et en se regroupant, [les assureurs] ne peuvent que faire du profit". Dans mon exposé, je me concentrerai sur le principe de l'espérance de perte et je soutiendrai que, sous ce principe, il y avait une forme de marchandisation de l'incertitude qui à la fois véhiculait et était sous-tendue par la distinction sémantique entre risque et du danger. Enfin, j'esquisserai quelques-unes des raisons pour lesquelles les principes fondamentaux qui sous-tendent le secteur de l'assurance ne peuvent trouver leur pleine exploitation que dans la société moderne. Mon argument est que si un calcul statistique de probabilité destiné à l'assurance n'a été réalisé pour la première fois qu'entre le milieu du XVIIe et le milieu du XVIIIe siècle, ce n'était pas à cause d'un manque d'idées mais à cause des insuffisances de structures sociales. Comparés aux activités modernes de l'assurance, les contrats d'assurance de la fin du Moyen Âge et du début de l'ère moderne étaient une forme de pari basé sur une certaine estimation de la fréquence des sinistres.

Alberto Cevolini est professeur associé de sociologie à l'université de Modène et Reggio Emilia. Il a été boursier de la Fondation Alexander von Humboldt à l'université de Constance (2010/12), boursier du Max-Weber Kolleg à l'université d'Erfurt (2022/23) et professeur invité à l'université de Bielefeld (2019/20). Ses articles sur la sociologie du risque et de l'assurance ont été publiés dans les revues Soziale Systeme, Valuation Studies, Big Data & Society, European Journal of Futures Research, Journal of Historical Sociology.

Arthur CHARPENTIER : Certitudes collective et incertitudes individuelles, les données massives changent-elles la donne ?
Dans cette intervention, nous commencerons par un détour historique et sociologique en revenant sur les travaux d'Émile Durkheim et Max Weber. Ces chercheurs ont montré que bien que les actions individuelles puissent être imprévisibles, les comportements collectifs suivent des schémas réguliers. En agrégeant les actions individuelles, nous observons des régularités au sein de groupes plus larges, une idée illustrée par la prédictibilité du suicide dans le contexte des données massives. Ensuite, nous aborderons les réflexions de Herbert Simon et sa théorie de la rationalité limitée, suggérant que malgré les limites cognitives des individus, les rendant individuellement imprévisibles, des modèles prévisibles émergent dans la prise de décision globale. Nous explorerons ensuite des questions épistémologiques en discutant l'interprétation fréquentiste des probabilités, laquelle requiert la répétition pour être quantifiée, et la difficulté d'associer une probabilité à un événement unique. La réponse bayésienne, qui interprète les probabilités comme des croyances ou des scores, complique la relation avec l'équité actuarielle. Nous questionnerons la calibration des modèles et l'interprétation des scores à travers des exemples simples, tels que "avoir 70% de chances qu'une opération militaire réussisse" ou "avoir 70% de chances de pluie entre 14 et 15 heures". Enfin, nous conclurons en prenant en compte le caractère temporel de la prévision : prévoir un accident 15 minutes avant qu'il ne survienne n'est pas équivalent à le prévoir un an à l'avance.

Frédérique CHLOUS : Face à l’érosion de la biodiversité : Transformer – Restaurer
Nos sociétés connaissent des changements environnementaux à une intensité et une vitesse jamais égalées. Ceux-ci sont notamment documentés par les rapports des plateformes intergouvernementales GIEC et IPBES qui synthétisent les nombreuses études scientifiques à ce sujet. Les pressions qui pèsent sur la biodiversité sont documentées et l'origine anthropique ne fait aucun doute. La question majeure n'est pas tant la question des ressources disponibles, mais de la capacité des écosystèmes à absorber les conséquences de nos activités et donc de l'habitabilité de la terre pour les humains et les autres vivants. Il est alors impératif d'agir et si l'assurance fonctionne majoritairement sur les deux principes que sont la prévention et la réparation, n'est-il pas envisageable de s'orienter vers la transformation et la restauration ?

Frédérique Chlous est , Professeure d'anthropologie, Directrice générale déléguée à la recherche, l'Expertise, la Valorisation et l'Enseignement, Muséum national d'Histoire naturelle, Paris. Dans le contexte d'effondrement de la biodiversité, ses recherches portent sur les relations entre humains et environnement, plus spécifiquement sur les milieux marins et côtiers, dans une perspective d'anthropologie sociale et culturelle. Les travaux menés concernent les savoirs, les savoir-faire, les représentations sociales de l'environnement et également les formes de gouvernance des espaces naturels incluant les parties prenantes. Les démarches participatives sont expérimentées et analysées, celles-ci permettent de prendre en compte la diversité des relations que les habitants tissent avec leur environnement, les processus de patrimonialisation et de discuter des formes de gestion.

Patrick DEGIOVANNI : Regard d'un assureur et d'un spécialiste de la prévention des risques
Un assureur n'existe que parce qu'il y a du risque et donc une croissance du risque peut tout à fait apparaître comme une opportunité. Mais il y a plusieurs limites à cette vision : Capacité à quantifier un risque pour le tarifer ? Inassurabilité du risque certain ! Limites de la mutualisation et de la segmentation ? Besoin de fonds propres croissants et réassurance ! Acceptabilité des primes par le client potentiel ?

Patrick Degiovanni est statisticien économiste et actuaire de formation, assureur pendant 40 ans, spécialisé en assurance dommages et en dernier lieu directeur général adjoint de Pacifica, la compagnie d'assurance dommages du Crédit Agricole. Il est aujourd'hui président du CNPP (Protection et Prévention), du FGAO (Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires).

Sylvestre FREZAL : La mise en œuvre de Solvabilité II dans les entreprises
Dans un premier temps, nous décrirons les différentes questions que l'implémentation opérationnelle de Solvabilité II dans les entreprises a soulevées, qui sont de natures diverses : méthodologiques, organisationnelles, impact business, outils. Dans un second temps, nous contrasterons les adaptations induites selon les profils des acteurs ayant été exposés à l'introduction de cette réglementation.

Sylvestre Frezal a une vingtaine d'années d'expérience dans l'assurance, où il a notamment été Directeur Général Délégué de Covéa (MAAF, MMA, GMF), administrateur de PartnerRe (10ème réassureur mondial), co-fondateur du courtier digital Appenin, et Directeur des Risques d'Assurance et Financiers de Generali France. Il a également été commissaire-contrôleur des assurances, et avait co-fondé la chaire PARI. X-ENSAE, actuaire, il a un doctorat en Sciences de gestion.

Benoit GIRY : Catastrophe(s) – polysémie, problèmes de mesure
Dans le monde social, de nombreux acteurs (médiatiques, politiques, économiques, etc.) concourent à qualifier les évènements afin de distinguer les "normaux" des "catastrophiques", ces derniers exigeant un effort collectif particulier de prise en charge. Ces différences d'appréciation et leurs déterminants ont fait l'objet d'une littérature importante. Face à la diversité des critères, ces travaux ont contribué à dissoudre l'intérêt analytique de la notion de catastrophe, de plus en plus considérée comme une concession au langage commun, de moins en moins comme un concept sociologique à même de rendre compte d'une classe distincte et relativement homogène de phénomènes. Dans cet exposé, nous proposerons de montrer qu'une définition sociologique relativement autonome de la catastrophe est possible et nous envisagerons des pistes concrètes afin de mesurer le phénomène qu'elle désigne.

Paul LAGNEAU-YMONET : L'assurance, acteur-clé de la finance ?
"Assurance et finance" : le syntagme invite à l'étude de l'une ou de l'autre des deux implications possibles de la relation entre une action économique spécifique — garantir, moyennant rémunération, contre certains risques — et le fonctionnement ordinaire de tout un secteur d'activité, qualifié de financier parce qu'il a trait aux (grandes) affaires d'argent. Quelles sont, d'une part, les contributions de l'assurance — ses techniques, ses métiers, ses organisations et les professionnels qui les animent — à la finance ? Quels sont, d'autre part, les effets sur l'assurance des évolutions du secteur financier ? Cette intervention n'abordera pas la seconde implication, à laquelle Pierre François, avec la participation de Sylvestre Frezal, a consacré un maître-ouvrage. Après avoir rappelé que les rapports entre assurance et finance ont un long passé, je chercherai plutôt à répondre à la question suivante : quels rôles les assureurs ont-ils joué dans le processus de financiarisation qui, depuis les années 1970, a affecté l'économie française ?

Paul Lagneau-Ymonet, maître de conférences en sociologie, Université Paris Dauphine – PSL, IRISSO ; senior visiting fellow à l'International Inequalities Institute de la London School of Economics and Political Science.

Turo-Kimmo LEHTONEN : Notes on insurance solidarity, its variations and its future
What makes insurance a particular social technology is the way in which it builds on mechanisms of pooling ; by definition, insurance is about sharing and distributing responsibility regarding future risks. The inbuilt sharing of risk makes the concept of 'solidarity' relevant for all insurance, as François Ewald emphasized already 40 years ago in his major work L'État providence. However, the reference is not to solidarity 'in general' but to particular forms of solidarity that are especially characteristic of insurance. This presentation will identify three of them : chance solidarity, risk solidarity and income solidarity. The main aim of the talk is to clarify how these forms of insurance solidarity differ from each other, while claiming that the (often implicit and unarticulated) necessity to choose which one of these forms of solidarity to emphasize makes insurance an inherently moral and political social technology. In addition, the paper addresses the question how the moral philosophical notions of 'solidarity' and 'fairness' relate to each other, and how the practical meanings of such concepts can vary. For example, it is noteworthy that insurance practices that rely on the conception of 'actuarial fairness' can in some social situations seem deeply 'unfair'. Empirically, the talk is based on examples given by three sources : the history of private insurance marketing in Finland, the more recent developments of digital self-tracking applied to personal insurance, and cyber insurance.


Comment l'Assurance s'est-elle encastrée dans la Finance de marché, table ronde animée par Pierre FRANÇOIS, avec Jean-Louis BANCEL (La Mutualité, de la solidarité à l'absorption pour l'Assurance lors de la transposition des directives européennes d'assurance dans le code de la Mutualité), Florence PICARD et Marc PORIN
Historiquement, l'assurance constitue l'un des segments des activités financières. Au cours des 30 dernières années, les principes de capillarité entre l'activité des assureurs et celles qui relèvent de la finance de marché se sont multipliés : les raisonnements issus des mathématiques financières innervent désormais les calculs des assureurs ; parce qu'ils sont en Europe les premiers investisseurs institutionnels, les assureurs jouent un rôle déterminant sur les marchés financiers ; la construction de groupes financiers mêlant gestion d'actif, activités bancaires et assurance peut introduire des passerelles entre des activités autrefois bien étanches. Comment en est-on arrivés là ? Seront évoquées, notamment, la distinction des logiques financières et assurantielles, le rôle des règles européennes et celui des concentrations à l'œuvre dans le monde financier en général et celui des assureurs en particulier, et les conséquences de la recomposition des liens entre finance et assurance pour le secteur mutualiste d'une part, le groupe des actuaires d'autre part.

Florence PICARD
Docteur en mathématique, diplômée de Sciences Cognitives et membre de l'institut des actuaires, Florence Picard a exercé sa carrière professionnelle en tant que directeur et directeur général dans la finance et l'assurance. Elle occupe maintenant des fonctions d'administrateur et de membre de comités scientifiques, notamment : administrateur de HSBC Assurance et présidente du comité d'audit et des risques, membre du Comité des Chaires et du conseil scientifique du CNAM, membre du comité de direction de l'ILB, membre du CA de la Société Française de Statistiques. Elle anime depuis 2013 des groupes de travail sur les sujets du numérique : machine Learning, intelligence artificielle, blockchain, et plus récemment sur le thème "Anticiper en Univers Incertain" et l'assurabilité des risques . Elle intervient également dans les instances de fondations et associations de solidarité : Institut du Cerveau, Ligue contre le Cancer, Partage avec les enfants du monde.


Assurance et finance stop ou encore ?, table ronde animée par Sylvestre FREZAL, avec Édouard VIEILLEFOND et Pierre VAYSSE
L'un des aspects de la financiarisation d'un secteur est le tropisme au démembrement de ses activités, horizontalement ou verticalement, en acteurs spécialisés sur un grain de marché ou sur un segment de la chaîne de valeur. Ces composantes au couple risque/rendement "pures" peuvent alors être incorporées à des portefeuilles d'investisseurs ou d'assembleurs. Nous nous interrogerons sur l'effectivité d'une telle tendance au sein du secteur assurantiel et sur son avancement différencié entre grandes catégories d'acteurs.

Sylvestre FREZAL
Sylvestre Frezal a une vingtaine d'années d'expérience dans l'assurance, où il a notamment été Directeur Général Délégué de Covéa (MAAF, MMA, GMF), administrateur de PartnerRe (10ème réassureur mondial), co-fondateur du courtier digital Appenin, et Directeur des Risques d'Assurance et Financiers de Generali France. Il a également été commissaire-contrôleur des assurances, et avait co-fondé la chaire PARI. X-ENSAE, actuaire, il a un doctorat en Sciences de gestion.

Édouard VIEILLEFOND
Édouard Vieillefond est ingénieur, ancien élève de l'École polytechnique, de l'École nationale supérieure de l'aéronautique et de l'espace (Sup'Aéro) et titulaire d'un DEA d'économie industrielle. Passé par plusieurs postes au sein de la Direction générale du Trésor au début de sa carrière, Édouard Vieillefond a été notamment, de 2006 à 2009, Directeur de Participations chargé des entreprises du secteur de l'énergie au sein de l'Agence des Participations de l'État (APE). Il est ensuite, de 2009 à 2013, Secrétaire général adjoint, Directeur de la régulation et des Affaires internationales à l'AMF. Il rejoint le Groupe Covéa en 2014, où il occupe plusieurs postes jusqu'à celui de Directeur général de GMF de 2018 à 2020. Depuis avril 2021, il était à la tête de sa structure de conseil, Praesential. Édouard Vieillefond a été nommé à compter du 1er juillet 2023, par le Président de la République, Directeur général de CCR, sur proposition du conseil d'administration (décret du 16 juin 2023). Il y occupait depuis neuf mois les fonctions de Directeur général délégué du groupe CCR.


Mutualisme et assurance, frère siamois ou frères ennemis ? L'avenir du mutualisme : l'assurance ou la solidarité ?, table ronde animée par Laurence BARRY, avec Cyril BENOÎT, Christian OYARBIDE et Séverine SALGADO
Pour François Ewald, les mécanismes assurantiels, qu'ils prennent la forme de l'État social, de mutuelles d'assurance ou celui de compagnies d'assurance à but lucratif, produisent toujours de la solidarité : a minima, ce sera une solidarité "aléatorique" telle que la définit Turo-Kimmo Lehtonen. L'objet de cette table ronde sera d'interroger cette affirmation, en mettant en avant les spécificités historiques et culturelles des sociétés mutuelles d'assurance dans la construction et la pratique de la solidarité. Mais cette spécificité tendrait-elle à disparaitre ? Dans un second temps, nous envisagerons certaines des ruptures auxquelles est confrontée l'assurance (au sens large) pour mettre en avant les défis propres aux mutuelles : comment faire face au vieillissement de la population dans un univers concurrentiel ? Comment se positionner, en tant que mutualiste, face aux mutations technologiques que constituent les données massives et les algorithmes prédictifs ?

Cyril BENOÎT
Cyril Benoît est chargé de recherche CNRS. Ses recherches s'inscrivent dans le périmètre de l'économie politique comparative. Combinant des méthodes quantitatives et qualitatives, elles portent plus particulièrement sur les politiques de régulation, l'influence des entreprises privées dans l'action publique, et la manière dont les institutions politiques (particulièrement législatives) façonnent les politiques économiques. Docteur en science politique (2016, IEP de Bordeaux), Cyril Benoît a notamment été chercheur invité à l'université de Sheffield, boursier de la Hoover Institution à l'université Stanford et Visiting Fellow de Nuffield College, Université d'Oxford. Il est membre du comité de rédaction de la revue Politique européenne.

Christian OYARBIDE
Christian Oyarbide est dirigeant mutualiste depuis plus de quinze ans après avoir exercé le même type de fonction dans d'autres environnements assurantiels. Il est co-fondateur du Cercle Vivienne, think tank réunissant des acteurs de la protection sociale complémentaire. Il a publié en 2023 aux éditions les petits matins Réinventer le mutualisme et co dirigé en 2024 un ouvrage collectif chez le même éditeur réunissant des dirigeants mutualistes : 20 propositions pour changer le mutualisme. Actuellement il co-conduit un projet de rassemblement de mutuelles pour le financement de thèses de recherches universitaires sur le mutualisme. Christian Oyarbide est Président de Mutlog.

Séverine SALGADO
Séverine Salgado est Directrice générale de la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) depuis le 1er juillet 2021, elle y était auparavant Directrice déléguée à la santé depuis 2017. D'abord inspectrice du Trésor Public à la Direction générale des finances publiques, elle a ensuite rejoint en 2008 la Direction de la Sécurité sociale où elle a successivement été chargée de mission auprès du directeur de la Sécurité sociale, cheffe du bureau relations avec les professionnels de santé et cheffe de la Division des affaires européennes et internationales. Elle a également été rapporteure à la troisième chambre de la Cour des comptes — secteur enseignement supérieur et recherche (2012-2014). Ancienne élève de l'École Nationale d'Administration, Séverine Salgado est titulaire d'un DESS "Banque et finances européennes" à l'université des Sciences Sociales de Toulouse et diplômée de l'IEP de Toulouse.


L'État assureur en dernier ressort ou davantage ?, table ronde animée par Jean-Louis BANCEL, avec Daniel BENAMOUZIG (Quelles leçons tirer de la pandémie de la Covid ?), Cyril BENOÎT et Mireille MARTINI (Le rôle de l'État dans la régulation macroprudentielle de l'assurance face aux risques climatiques)
Pendant longtemps l'assurance a été une activité considérée comme dangereuse pour la collectivité du fait de sa nature aléatoire donc spéculative puis du fait de la difficulté à pouvoir appliquer la "loi des grands nombres" dans certains risques trop étroits et volatils.
Ceci a conduit à assurer une mission de police sur l'activité d’assurance. En autorisant les opérateurs habilités à prendre des risques d'assurance, puis ensuite en fixant des règles sur le contrat d'assurance étant censées "équilibrer" les relations entre assureurs et assurés. C'est dans ce cadre que l'État régulateur a défini des règles générales d'exclusion du fait des occurrences de sinistres de masse (faits de guerre, épidémie, etc…). Là où l'assurance ne peut pas intervenir les textes prévoient l'intervention de la "collectivité nationale" intervienne via l'État au titre de la solidarité (cf constitution as des calamités publiques). Toutefois l'évolution des pratiques générées par la mise en place de l'État providence a conduit à une évolution des attentes vis-à-vis de l'État que ne saurait plus seulement être un policier mais un "assureur en dernier ressort" pour couvrir les risques jugés insupportables individuellement. Avec la place des assurances obligatoires et l'intervention de l'État via des régimes d'assurance hybrides les distinguos entre assurance et solidarité sont-ils encore pertinents ?
Au regard des défis qui nous attendent : défis climatiques se traduisant par des phénomènes naturels (inondations, sécheresse, etc,) allant croissant en nombre et en intensité jusqu’où l'État doit-il, peut-il aller pour que les assureurs fassent leur métier ? A défaut ne faudrait-il pas envisager de changer de paradigme ?

Cyril BENOÎT
Cyril Benoît est chargé de recherche CNRS. Ses recherches s'inscrivent dans le périmètre de l'économie politique comparative. Combinant des méthodes quantitatives et qualitatives, elles portent plus particulièrement sur les politiques de régulation, l'influence des entreprises privées dans l'action publique, et la manière dont les institutions politiques (particulièrement législatives) façonnent les politiques économiques. Docteur en science politique (2016, IEP de Bordeaux), Cyril Benoît a notamment été chercheur invité à l'université de Sheffield, boursier de la Hoover Institution à l'université Stanford et Visiting Fellow de Nuffield College, Université d'Oxford. Il est membre du comité de rédaction de la revue Politique européenne.

Mireille MARTINI : Le rôle de l'État dans la régulation macroprudentielle de l'assurance face aux risques climatiques
Face aux risques climatiques, les régulateurs macroprudentiels européens s'orientent vers une hiérarchie des solutions où l'État n'intervient qu'en tout dernier ressort. En s'appuyant sur des exemples de pays où ce type de choix a été fait, on s'interrogera sur son bilan socio-économique et sur une option alternative qui pourrait être "davantage d'État".

Diplômée de l'ESSEC en 1985, Mireille Martini a mené une carrière bancaire en financement de projets internationaux (Calyon à Moscou, BERD à Londres, Caisse des Dépôts à Paris). En 2015, elle s'est orientée vers la finance climat passant notamment par l'OCDE. Elle est l'auteur, avec l'économiste Alain Grandjean, de l'ouvrage Financer la transition énergétique (Éditions de l'Atelier, 2016) et de l'article "Watered down ? Investigating the materiality of water related risks in the financial system" (publications de l'OCDE).


La prévention, comment les assureurs embarquent-ils cette activité aux externalités positives ?, table ronde animée par Roland NUSSBAUM, avec Nicolas BAUDUCEAU et Véronique LEHIDEUX
La prévention, en tant qu'activité reconnue des parties prenantes à la gestion des risques naturels, s'étend bien au-delà des mesures individuelles, des grands ouvrages de protection ou de l'alerte précoce dispensée elle aussi par des organismes d'État. L'engagement des acteurs et même des bénéficiaires, est allé croissant avec leur acculturation au risque. Avec un État volontariste en France, le service et les entreprises d'assurance ont contribué à enclencher un processus de changement des mentalités. En cohabitation avec les nombreuses externalités positives en jeu, un secteur économique de la prévention des risques s'installe, que l'assurance tente de contribuer à viabiliser. Le diagnostic de prévention des risques tente de s'inscrire dans la trajectoire du diagnostic de performance énergétique…
Pour autant, le poids macroéconomique de la prévention dans une approche nationale du cout global annuel des grands postes constitutifs de la maitrise des "dangers naturels" (selon formulation suisse) demeure partout incertain. Selon une estimation ancienne de PLANAT, la plateforme nationale suisse, qui a été pionnière en la matière, mais a retiré cette publication officielle de son site, l'ordre de grandeur des ressources allouées à la prévention (amortissement des investissements + fonctionnement) serait de l'ordre de grandeur du cumul des indemnisations par l'assurance publique ou privée, loin devant bien sûr les dépenses de sécurité civile, elles-mêmes bien devant elles de "constitution des connaissances" (carto, vigilance, etc), c'est-à-dire l'action publique de terrain et la recherche appliquée pour le développement de connaissances et méthodes de prévention aux différentes échelles. Les informations en provenance d'autres pays, y compris la France, ne sont pas constituées, en dépit d'une collaboration internationale organisée en réduction des risques de catastrophes (cf. UNDRR). Un référentiel national très important en France est apporté par le monitoring les flux d'investissements du Fonds Barnier, dans les programmes PAPI notamment Ces derniers démontrent l'existence d'un flux de financement conséquent de l'assurance vers la prévention, de l'ordre de plusieurs centaines de millions d'euros par an, ce qui peut être considéré comme une source de fierté nationale, eu égard aux difficultés posées par une politique de financement public de la prévention. Mais sans savoir ce qui se passe pour les autres aléas, et l'on se situerait donc bien en dessous des équilibres suisses, s'ils sont confirmés, pour ce qui est du montant cumulé des ressources annuelles allouées à la prévention, rapporté au montant des primes et/ou des indemnisations cumulées annuellement. On rappelle l'argument onusien qui soutient que un euro investi en prévention économise 7 euros de dommages !
Les interventions et débats entre nos trois panélistes vont s'attacher à expliquer, analyser et commenter "l'embarquement par les assureurs de cette activité de prévention, en apparence périphérique, aux externalités positives".

Nicolas BAUDUCEAU
Nicolas Bauduceauest directeur du Département Conseil en prévention et Fonds Publics - Direction des Réassurances, du Conseil et de la Modélisation à la CCR.

Véronique LEHIDEUX
Véronique Lehideux est cheffe du Service des Risques Naturels et Hydrauliques (SRNH) à la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) du ministère de la transition écologique.

Roland NUSSBAUM
Roland Nussbaum est Administrateur et membre du Bureau exécutif de l'Association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques (AFPCNT) ; Membre du Conseil scientifique de la Fondation MAIF pour la recherche en prévention ; Créateur et directeur pendant 20 ans de la Mission des sociétés d'assurances pour la connaissance et la prévention des Risques Naturels (MRN), association spécialisée entre les entreprises de France Assurances qui opèrent dans la branche d'assurance des catastrophes naturelles. Il est également Ancien président du "Natural Hazards Working Group" de Insurance Europe ; Ancien Expert National Détaché auprès des services de la Commission européenne (DG FISMA) ; Ingénieur civil des mines et Titulaire d'un HEC Executive MBA. Il est auteur de nombreux articles sur l'assurance et la prévention des catastrophes naturelles.


L'assurance vers de nouvelles visions du monde. Business model et enjeux éthiques, table ronde animée par Pierre FRANÇOIS, avec notamment Sylvestre FREZAL Sandrine LEMERY
Les enjeux discutés durant le colloque sont susceptibles de remettre en cause le modèle économique des assureurs tel qu'il s’est progressivement stabilisé au cours des deux derniers siècles : les chocs successifs de la financiarisation, de la mobilisation des données massives et des défis posés par la prise en compte du risque climatique sont susceptibles de profondément redessiner les contours de la mutualisation, voire de remettre en cause son principe même. Cette remise en cause emporterait avec elle des conséquences normatives considérables : si l'on admet, avec François Ewald, que la mutualisation assurantielle constituait bien plus qu'un dispositif technique mais qu'elle était au fondement du lien social tel qu'il s'est construit et déployé au sein des sociétés occidentales du XXe siècle — alors on voit que remettre en cause la couverture collective des risques est susceptible d’ébranler nos sociétés dans leur fondement même.

Sylvestre FREZAL
Sylvestre Frezal a une vingtaine d'années d'expérience dans l'assurance, où il a notamment été Directeur Général Délégué de Covéa (MAAF, MMA, GMF), administrateur de PartnerRe (10ème réassureur mondial), co-fondateur du courtier digital Appenin, et Directeur des Risques d'Assurance et Financiers de Generali France. Il a également été commissaire-contrôleur des assurances, et avait co-fondé la chaire PARI. X-ENSAE, actuaire, il a un doctorat en Sciences de gestion.


SOUTIENS :

• Matmut
• Mutuelle du logement MUTLOG
• La Fabrique d'Assurance
• La Fabrique de la Cité

Programme 2024 : un des colloques

— Programme complet —


PORTS ET PORTES


DU MERCREDI 4 SEPTEMBRE (19 H) AU MARDI 10 SEPTEMBRE 2024

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ, Pauline DETAVERNIER, Perig PITROU, Arnaud SERRY

Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires


ARGUMENT :

Les portes matérialisent les passages, les seuils et les cultures. Les ports reflètent la complexité du monde qui se manifeste dans des échanges intentionnels, contrôlés, masqués ou accidentels, qui inscrit des limites construites, vivantes ou rêvées, parfois dissonantes dans nos territoires entre mer et terre. Ports & Portes interrogent les dialogues et métabolismes de ces deux milieux étroitement combinés qui, au-delà du rôle d'approvisionnement ou de relâche, renvoient à une philosophie du monde où s'entrelacent terres et mers. Entre le quai, lisière du mouvant, horizon du voyage, espace logistique, seuil d'un territoire et la ville portuaire, lieu de ce qui demeure durablement, se tissent des paysages, des usages et des destins croisés que nous allons explorer. Penser le port en coupe entre air, terre et mer, ainsi que dans la profondeur de son hinterland et que dans la coïncidence des échelles de ses réseaux locaux et mondiaux est d'autant plus urgent que planent des incertitudes concernant le fonctionnement et les contours de nos milieux de vie.

Les intervenants représentant plusieurs disciplines, cultures et champs d'action aborderont les ports dans une perspective historique et spatiale pour réfléchir à leurs développements futurs. Collectivement nous discuterons de potentiels d'action, de changement de modèles, d'utopies ou rêves abandonnés dans une perspective de co-construction de la ville et du port de demain.


MOTS-CLÉS :

Changement d'échelles et systèmes complexes, Énergies du futur, Équilibres territoriaux, Imaginaires et représentations, Liens vivant et société, Métabolismes, Métiers de la mer et logistique, Relations terre-mer, Seuils et limites, Villes portuaires


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 4 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 5 septembre
PERCEPTIONS, RÉCITS, IMAGINAIRES, HISTOIRE ET FUTURS DES PORTS
Matin
Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ : Mot d'ouverture
Pauline DETAVERNIER, Perig PITROU & Arnaud SERRY : Introduction
André TAVARES : La sardine et l'architecte. Comment les poissons construisent le paysage et les bâtiments transforment les écosystèmes marins
Carola HEIN : Ports de rêves, rêves de ports : exploration des imaginaires villes ports, passé, présent et futur [visioconférence]

Après-midi
Yann ALIX : Ports et portes dans un monde maritime turbulent : leçons géopolitiques et pensées prospectives
Clément BRUN : Transformer le port pour favoriser son appropriation : les nouveaux bains portuaires de Copenhague. Aménagement de l'espace et nouvelle gouvernance du port
Mariantonia LO PRETE : Exposition "PorTraits". Une recherche de terrain engagée pour rendre compte de la mutation des territoires littoraux

Soirée
Damien CHARDONNET-DARMAILLACQ : Variations littéraires, à propos des mondes maritimes et portuaires


Vendredi 6 septembre
TERRITOIRES ET DYNAMIQUES DES ESPACES PORTUAIRES
Matin
Jean LECROART : Les ports face à la montée des eaux. Retour sur quelques démarches engagées par les ports maritimes français
Sylvain DOURNEL : Géohistoire des plaines de l'estuaire de la Seine : une diversité de relations entre les ports et leur hinterland (en collaboration avec Laurence LESTEL)

Après-midi
Arnaud SERRY : Quand la géopolitique ferme les port(e)s : l'exemple baltique
Adam PRZYBYLOWSKI : Port et ville intelligente – un mythe ou un enjeu ?

Soirée
Pauline DETAVERNIER & Catherine GONNARD : Présentation de documents de l'INA : métiers et représentations


Samedi 7 septembre
Matin
INTERFACES VILLE-PORT
Alberto CAPPATO : Quels bateaux et quels ports pour quelle relation terre-mer ? [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]
Max YVETOT : Les dilemmes d'une ville portuaire moyenne adossée à un port d'envergure
Jean-Denis SALESSE : Comment devient-on une ville portuaire ? HAROPA Port / Dynamique ville-port

Après-midi
DES PORTS, DES HOMMES ET DES VILLES
Vincent GUIGUENO : L'accueil des marins à Dunkerque (XIXe-XXIe siècle) : une porte qui se ferme
Jérôme BESANCENOT : Le port et les enjeux du numérique

Soirée
Jean-Marc ZEKRI : Les ports font leur cinéma


Dimanche 8 septembre
Matin
ÉCOSYSTÈMES PORTUAIRES ET MARINS ET LEURS SERVICES
Amelia CURD : Les ports, ces portes d'entrée d'espèces exotiques. Enjeux en écologie marine
Denis CORTHÉSY : Plongeurs portuaires, les yeux immergés de la vigie
Hervé BERNARD : Exposition "Ports Vivants"

Après-midi
TERRITOIRES ET ENVIRONNEMENTS
Nils LE BOT : Imaginaires portuaires dans une économie post-croissance, décarbonée et low-tech
Roman SOLÉ-POMIES : Aux ports du monstrueux. Infrastructures maritimes et multiplicité des rencontres inter-espèces dans les espaces de fiction

Soirée
Giuseppe GAVAZZA : AÉROPORTS [installation audiovisuelle]


Lundi 9 septembre
REGARDS VERS LE FUTUR
Matin
Marie-Annick LAMY-GINER : Ports et Portes des petites îles du Sud-Ouest de l'Océan Indien : enjeux d'accessibilité
Roberto CASATI : La philosophie des ports

Après-midi
Philippe DEISS : Les ports à la croisée des enjeux industriels, environnementaux et sociétaux : l'exemple de Caen, Cherbourg et Dieppe

François COLLET : Présentation de la maquette conceptuelle et du projet éditorial

Rapports d'étonnement des étudiants, par Roman SOLÉ-POMIES, Léo CUSIN et Térence FOURNIÉ

Alberto CAPPATO & Olivier LECOINTE : Retour sur le colloque par deux grands témoins


Mardi 10 septembre
"HORS LES MURS" — AU HAVRE
Matin
Visite en bateau du port du Havre commentée par Jean-Denis SALESSE (HAROPA Port)

Après-midi
Les ports du futur, table ronde animée par Jean-Louis BANCEL (Président de l'AAPC), avec Céline PICARD (Université Le Havre), Bruno DELSALLE (AIVP), Jean-Denis SALESSE (HAROPA Port), Arnaud SERRY (Université Le Havre), Max YVETOT (Agence d'urbanisme du Havre) et les participants du colloque

Débat collectif et conclusion

DÉPARTS


TÉMOIGNAGES :

• Un plongeur à Cerisy, une première !. Rencontre avec Hervé BERNARD, propos recueillis par Sylvain ALLEMAND.


RAPPORTS D'ÉTONNEMENT :

• Une expérience enrichissante entre ports et portes, par Léo CUSIN


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ
Sabine Chardonnet-Darmaillacq est architecte et urbaniste, chercheur au Laboratoire Architecture Culture et Société de l'ENSA Paris-Malaquais / UMR AUSser du CNRS. Elle est membre de la Chaire Ville Métabolisme / Université PSL. Son travail porte sur les dynamiques de la mobilité soutenable, le talent urbain de la marche, les formes spatiales et sociales de l'espace public et leurs problématiques contemporaines, les stratégies des villes en transition. Elle a co-dirigé les colloques de Cerisy "Le génie de la marche. Poétique, savoirs et politique des corps mobiles", et "Villes et territoires résilients", dont les actes ont été publiés en 2016 et en 2020 aux éditions Hermann.

Pauline DETAVERNIER
Pauline Detavernier est architecte, docteure en architecture (Laboratoire Infrastructure, Architecture, Territoire [LIAT], ENSA Paris-Malaquais) et maîtresse de conférences à l'ENSA Paris-Val de Seine. Sa thèse, réalisée en contrat Cifre à l'agence AREP, portait sur la conception des cheminements piétons en gare, et plus largement sur la pratique de la marche dans les lieux de mobilité. Elle travaille aujourd'hui en tant que directrice de projet R&D chez PCA-Stream, où elle pilote notamment les actions et animations scientifiques de la Chaire Ville Métabolisme.

Perig PITROU
Perig Pitrou est anthropologue, directeur de recherche au CNRS à la Maison Française d'Oxford et au Laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France / Université PSL où il dirige l'équipe "Anthropologie de la vie". Un volet de ses recherches porte sur la diversité des manières de construire et d'habiter les villes. Auteur de l'ouvrage Les anthropologues et la vie (Mimésis, 2021), il a dirigé de nombreuses publications collectives sur les relations entre vie et technique, notamment Puissance du végétal et cinéma animiste. La vitalité révélée par la technique (Presses du réel, 2020) et un numéro de Techniques & culture sur les "Biomimétismes".


Yann ALIX : Ports et portes dans un monde maritime turbulent : leçons géopolitiques et pensées prospectives
Notre société contemporaine consumériste s'est construite sur une mondialisation des productions et une standardisation des consommations qui relèvent de trois révolutions. La première demeure la moins connue et pourtant la plus décisive : le conteneur maritime. Les deux suivantes s'imposent dans leur universalisme : l'internet et le smartphone. La démocratisation numérique des dernières décennies a généré un nomadisme marchand où les volumes et les valeurs ont crû de manière quasi exponentielle. Ce demi-siècle de croissance continue a montré sa première fragilité avec la crise pandémique qui a révélé au plus grand nombre notre hyper dépendance aux réseaux maritimes et aux interfaces portuaires. Les conflits militaires et les tensions géopolitiques ont mis en lumière les vulnérabilités énergétiques liées aux circulations des produits fossiles par les mers et les ports. Les déficits hydriques liés au changement climatique menacent l'efficience du Canal de Panama dans les équilibres des échanges maritimes et portuaires entre l'Atlantique et le Pacifique. Ce monde nouveau en permacrise impose des incertitudes qui exigent des anticipations géopolitiques dans l'objectif de minimiser les risques et les impacts sur des Nations (trop ?) dépendantes de leurs connectivités maritimes et portuaires. La présente contribution expose plusieurs pensées prospectives sur le réalisme des relocalisations industrialo-portuaires, l'hypothétique re-régionalisation économique et les enjeux de souveraineté vis-à-vis de territoires océaniques de plus en plus perçus comme des objets géopolitiques à défendre avec les ports comme portes géostratégiques.

Depuis 2011, Yann Alix occupe le poste de Délégué Général de la Fondation SEFACIL, laboratoire d'idées prospectives sur les stratégies maritime, portuaire et logistique. Il a fondé et dirige la collection "Les Océanides" et co-dirige la collection "Afrique Atlantique". Titulaire d'un PhD de Concordia University (1999) et d'un doctorat en géographie des transports de l'université de Caen Normandie en France, Yann Alix fut consultant chez Innovation Maritime à Rimouski au Canada (2000-2004) avant d'occuper un poste d'enseignant-chercheur à l'École de Management de Normandie au Havre où il devient en 2007 le Directeur de l'IPER (Institut Portuaire d'Enseignement et de Recherche). De 2011 à 2019, Dr. Yann Alix travaille chez SOGET au développement international du Cargo Community System avant de poursuivre entre 2019 et 2024 au sein du cabinet Abington Advisory en qualité de Senior Manager. Yann Alix travaille sur les nouveaux modèles d'affaires dans les chaînes de valeur mondiales et analyse la transformation d'une économie servicielle dans les secteurs du transport maritime et de la logistique portuaire. Il a publié et dirigé près d'une vingtaine d'ouvrages en français, anglais, espagnol et russe. Son dernier ouvrage publié en février 2024 s'intitule L'intelligence portuaire. Opération – Innovation – Projection aux Éditions EMS. En juin 2024, Yann Alix fonde et préside le cabinet de conseil en stratégie maritime et portuaire WlogU.

Alberto CAPPATO : Quels bateaux et quels ports pour quelle relation terre-mer ?
La relation ville-port représente un lien complexe et dynamique qui englobe les interactions économiques, sociales et environnementales entre ces deux entités. Le port est un moteur de développement économique, offrant des emplois et des opportunités commerciales, mais il peut aussi poser des défis en termes de pollution, de congestion et de pression sur les ressources. La ville, à son tour, est un lieu de vie et de consommation qui influence la demande portuaire et les activités qui s'y déroulent. Les relations entre le port et la ville doivent être gérées de manière harmonieuse pour garantir un développement durable et une meilleure qualité de vie pour tous.
Le rôle des ports dans l'économie mondiale est en constante évolution, et les villes portuaires doivent s'adapter à ces changements. L'accent est mis sur la durabilité, l'innovation et la collaboration pour créer des ports et des villes plus intelligents, plus écologiques et plus résilients.
Les défis clés dans la gestion de la relation port-ville incluent :
- La gestion des impacts environnementaux: pollution atmosphérique, bruit, congestion, gestion des déchets ;
- Le développement durable : intégration des aspects sociaux et environnementaux dans les projets portuaires ;
- La mobilité et l'accessibilité : amélioration des liaisons entre le port et la ville pour faciliter le transport des personnes et des marchandises ;
- L'intégration urbaine : intégration du port dans le tissu urbain et création de synergies entre les activités portuaires et les activités de la ville.
En conclusion, la relation port-ville est un processus complexe qui exige une approche intégrée et collaborative. Il est important de promouvoir un développement durable et une meilleure intégration entre le port et la ville afin de maximiser les avantages économiques, sociaux et environnementaux de cette relation. Dans cette intervention, on essaye de se concentrer sur certains points de cette relation complexe ; en particulier l'accueil des bateaux des plus en plus grands dans les villes-portuaire de la Méditerranée où les impacts et les externalités négatives sont en général potentiellement plus importantes par rapport à d'autres contextes.

Alberto Cappato est actuellement Directeur de l'innovation, du développement et de la durabilité auprès de Porto Antico de Gênes. Titulaire d'un PhD en Ingénierie et Économie des Transports, d'une maitrise en Économie du Territoire, a été Professeur d'Économie et d'Organisation des entreprises à la Faculté d'Ingénierie de l'université de Gènes, Vice-Président pour 10 ans et secrétaire générale pour 12 ans de l'IIC-Institut International des Communications et Président de la Commission Tourisme de Confindustria de 2013 à 2020. Il est un Expert en Aménagement du Territoire, économie régionale et économie des transports. Membre du Conseil d'Administration de nombreuses organisations liée au Développent territorial et au tourisme. Il a été pour 4 ans PDG de Progetto Santa Margherita qui gère le front de mer de Santa Margherita Ligure et Villa Durazzo, palais historique siège d'événements culturels et scientifiques.

Roberto CASATI : La philosophie des ports
Quel est le statut philosophique de l'interface terre-mer ? Le littoral est un lieu d'échange, mais ceci est une conséquence automatique du fait qu'il y a de la terre et que la mer vient s'y frotter. Le port est certes un lieu d'échange, mais il a aussi une fonction d'échange. En cela, un port est un lieu humain, intrinsèquement et irréductiblement social. Le terme de "port naturel" est donc peut-être un oxymore, ou le résultat d'une coïncidence géomorphologique. Dans le port, l'interface terre/mer atteint une intensité extrême : des fragments de terre (les navires) se détachent de la terre et partent en mer. Pour cela, il faut que la mer entre dans les terres et devienne un fleuve ou presque un lac. Cet aspect humain a alors sa propre évolution et son histoire, qui est l'histoire des choses humaines. Si le port est considéré comme un lieu et une fonction, il faut bien reconnaître que sa nature n'est pas seulement spatiale, mais aussi temporelle, ou plutôt spatio-temporelle. Il n'est pas seulement un lieu mais un lieu-temps, une entité métaphysiquement hybride, voire chimérique.

Roberto Casati est un "philosophe-navigateur". Spécialiste de la philosophie des sciences cognitives, il dirige l'Institut Jean Nicod (École normale supérieure et École des hautes études en sciences sociales). Il est notamment l'auteur de La Découverte de l'ombre (Albin Michel, 2002) et de Philosophie de l'océan (PUF, sciences de la cité, 2002).

Amelia CURD : Les ports, ces portes d'entrée d'espèces exotiques. Enjeux en écologie marine
Le transport maritime est un vecteur essentiel de la mondialisation. En plus des marchandises, par ce biais toute sorte d'espèces provenant du monde entier sont transportées, le plus souvent par inadvertance, à un rythme de plus en plus soutenu. Les ports forment des portes indispensables à l'acheminement des flux du commerce extérieur mais aussi à l'introduction d'espèces exotiques. Ces îlots urbanisés sont nouveaux pour les espèces marines avec des supports, des pollutions et un endiguement inédits. Sans le vouloir, les humains ont ainsi créé des écosystèmes nouveaux, relativement peu étudiés jusqu'à présent. L'écologie, de l'évolution et de l'invasion, est donc une préoccupation grandissante parmi les enjeux et opportunités en zone portuaire.

Amelia Curd est écologue en milieu marin, chercheur au Laboratoire d'Écologie Benthique Côtière de l'IFREMER. Au CIEM (Conseil International pour l'Exploration de la Mer), elle est la déléguée française de deux groupes de travail, portant sur l'introduction d'organismes marins d'une part, et sur les vecteurs d'introductions de ces organismes émanant du trafic maritime respectivement. Son travail se focalise sur le fonctionnement des écosystèmes marins des fonds rocheux côtiers. Elle est également membre du REST EEE – le Réseau d'Expertise Scientifique et Technique sur les Espèces Exotiques Envahissantes.

Sylvain DOURNEL : Géohistoire des plaines de l'estuaire de la Seine : une diversité de relations entre les ports et leur hinterland
L'estuaire de la Seine représente pour Paris une véritable porte ouverte sur le monde. Amorcée en 2011, la démarche Seine Gateway valorise cette situation régionale opportune, développant un projet économique stratégique commun à l'ensemble de la vallée fluviale, de la région francilienne à la baie. Dix ans plus tard, la réunion des grands ports maritimes (GPM) de Rouen et du Havre et du port fluvial de Paris sous un même établissement, "HAROPA Port", va plus loin dans l'action en formalisant la volonté politique et économique de renforcer la connexion de la capitale française au trafic maritime international. Dans ce contexte, l'estuaire de la Seine est avant tout identifié sur un plan longitudinal, renvoyant à un ensemble complexe de 160 km de linéaire, déterminé par la salinité des eaux et l'onde de marée. Cette vision dominante s'avère néanmoins incomplète, omettant une succession de vastes plaines développées de part et d'autre du fleuve. Si les dynamiques de divagation et de sédimentation les ont progressivement formées, les travaux de chenalisation, orchestrés par l'État aux XIXe et XXe siècles, en ont fixé les contours. Coupées des dynamiques fluviomaritimes par de puissantes digues, les plaines ont d'abord représenté de véritables eldorados agricoles et fonciers pour les riverains. Exposées dans la continuité à d'importants remblaiements, elles ont aussi accueilli de nombreux équipements industrialo-portuaires. La dynamique générale eut non seulement pour effet d'assécher les plaines estuariennes mais encore de diversifier leurs représentations et leurs usages. À ce jour, les acteurs régionaux et nationaux souhaitent inculquer un projet de territoire commun à l'ensemble de l'estuaire de la Seine, mobilisant de nombreux outils d'aménagement et de planification. Dans les faits, ils se heurtent à des entités assez méconnues, marquées par l'hybridité de leurs paysages et la complexité de leur fonctionnement. Devant cette difficulté d'action, la communication promeut la géohistoire pour reconstituer la trajectoire paysagère des plaines estuariennes sur les deux derniers siècles et faire ainsi la lumière sur leurs évolutions et leur hétérogénéisation, selon des besoins politico-économiques propres qui varient du local à l'international. Les plaines estuariennes s'avèrent alors être le siège d'une diversité de relations entre les ports de Rouen et du Havre et leur hinterland.

Sylvain Dournel est géographe et aménageur, enseignant-chercheur contractuel à l'université d'Orléans et chercheur associé au Centre d'études pour le développement des territoires et l'environnement. Ses travaux portent sur les enjeux de requalification et de gestion des milieux fluviaux et humides en ville, la géohistoire des rapports entre les sociétés et leur environnement et l'intégration des questions de qualité de vie et bien-être dans les champs de l'aménagement et de l'urbanisme. Il effectue, entre 2017 et 2019, un postdoctorat sous la direction de Laurence Lestel (directrice de recherche CNRS à Sorbonne Université et directrice de la Zone Atelier Seine) consacré à la reconstitution de la trajectoire paysagère de l'estuaire de la Seine, par l'intermédiaire de ses plaines alluviales. Il est, depuis 2021, membre du Groupe support zones humides de la fédération des Conservatoires d'espaces naturels du bassin de la Loire et, depuis 2024, président du Groupe d'histoire des zones humides.

Marie-Annick LAMY-GINER : Ports et Portes des petites îles du Sud-Ouest de l'Océan Indien : enjeux d'accessibilité
Pour les petits territoires insulaires du Sud-Ouest de l'océan Indien, l'accessibilité maritime s'avère vitale. Le port y joue le rôle de porte d'entrée ou de sortie des marchandises et plus secondairement de passagers. Ces ports, au nombre de sept, se localisent dans le canal du Mozambique (Moroni et Mutsamudu aux Comores, Longoni à Mayotte), dans l'archipel des Mascareignes (Port Est et Port Ouest, qui forment une même entité, à La Réunion, Port Louis et Port Mathurin à Maurice) et dans l'archipel des Seychelles (Port Victoria). Ils se caractérisent par le poids de leurs importations (+ de 75% de leur trafic total). Certains renferment de nombreux terminaux, d'autres sont plus rachitiques. À Moroni, les marchandises doivent être déchargées au large tandis qu'à Maurice, des porte-conteneurs de plus de 14000 evp font relâche. Comment ont évolué les ports insulaires régionaux en termes de physionomie, d'activités et de stratégies ? Ces portes sont-elles davantage concurrentes ou complémentaires ? En creux, comment se décline la hiérarchie portuaire régionale ? Cette communication se propose d'analyser le rôle et les fonctions des portes "océanes" du Sud-Ouest de l'océan Indien dont l'inscription dans les flux maritimes internationaux est, somme toute, inégale.

Nils LE BOT : Imaginaires portuaires dans une économie post-croissance, décarbonée et low-tech
Sur les 40 milliards de tonnes de CO2 que produisent les activités humaines sur terres, environ 3% sont directement issues du trafic des porte-containers, pétroliers et autres bateaux de marchandise à moteur thermique. Ce pourrait paraître peu, au regard des 97% restant, si ce trafic ne servait pas de clef de voute du libre échange et de toute une série de chaînes de valeurs mondialisées. Derrière le port de marchandise viennent se greffer le trafic routier, les zones commerciales, industrielles et logistiques, les autoroutes…, toute une typologie d'emprises urbaines carrossables et bitumées, non reliées à la ville, et fractionnant les écosystèmes paysagers. Des "propriétés de Lucifer", telles que les nommaient Paola Vigano et Bernardo Secchi dans leurs travaux du Grand Paris, qui stimulent le déménagement permanent du monde et décuplent l'aggravation du réchauffement climatique. Les imaginaires du port sont aujourd'hui enferrés dans des logiques organisationnelles, des rationalités, et des rythmes, qui ne laissent aucune place à de possibles bifurcations technico-économiques qui envisageraient ralentissement, sobriété ou décroissance des flux matériels qui les traversent. Cette recherche, basée sur les travaux réalisés dans le cadre projet de recherche financé par l'ADEME, se donne pour objectif de discuter, par l'analyse critique et une représentation argumentée, la pertinence d'une bifurcation low-tech, post-carbone et post-croissance du port de marchandise. Le devenir de ses spatialités, de leur programmation et de leur fonctionnement y est abordé par la transformation de ses marqueurs archétypaux (bâtiment, objet, organisation, matérialités…), accompagné d'une réflexion plus systémique sur la logistique.

Nils Le Bot est responsable de coordination de la recherche du groupe AREP, il est également chercheur associé à la TU Delft School of Architecture et enseignant associé à l'École d'Architecture de Paris Val-de-Seine. Architecte diplômé d'État et docteur en urbanisme, sa thèse portait sur l'hypermobilité dans les métropoles, et le devenir des grandes gares métropolitaines à l'horizon 2050. Ses recherches portent aujourd'hui sur les approches transverses et multiscalaires des mobilité métropolitaines, la cohabitation urbaine, ainsi que les démarches prospectives low-tech et l'urbanisme de discernement.

Jean LECROART : Les ports face à la montée des eaux. Retour sur quelques démarches engagées par les ports maritimes français
Les ports sont des infrastructures structurantes, voire vitales, pour les territoires qui en dépendent de l'échelle locale (emplois, aménagement, etc.) à l'échelle nationale voire globale. De leur bon fonctionnement peuvent ainsi dépendre de nombreux enjeux : commerciaux et économiques, mais aussi militaires, énergétiques voire alimentaires. Or, leur localisation à l'interface terre-mer les expose directement aux aléas et changement climatiques, en particulier à l'élévation du niveau marin. L'intervention consistera à présenter les initiatives engagées par plusieurs ports maritimes français pour améliorer leur résilience à cette nouvelle donne climatique et à en tirer les principaux enseignements.

Géographe diplômé d'un Master mêlant géographie, droit, économie, SIG et paysage (Université Panthéon-Sorbonne), Jean Lecroart accompagne depuis 13 ans les collectivités et acteurs du littoral dans la mise en œuvre de leurs politiques d'adaptation et de résilience au changement climatique ; du diagnostic territorial à la mise en œuvre de stratégies dédiées. En tant que chef de projet, il assure régulièrement l'interface entre les différentes expertises nécessaires à ces prestations (génie côtier et hydraulique, génie civil, gestion de crise, aménagement, etc.) dans un souci de facilitation et d'aide à la décision. Il dispose de nombreuses expériences d'organisation et d'animation de processus de concertation, inhérentes à ces prestations.

Jean-Denis SALESSE
Jean-Denis Salesse, Architecte DPLG diplômé de Paris La Villette, est fondateur de la société Ax'6 Architecture. Il a mis en œuvre des projets très divers, de la réalisation de PLU à celle de terminaux à conteneurs, ou bien des aménagements de places urbaines et de bâtiments publics. Il tient à définir le rôle d'architecte comme une profession de service qui permet d'être le facilitateur de l'acte de construire. Après 20 années d'entreprenariat et très inspiré par une conférence d'Antoine Grumbach sur son projet du Grand Paris, il décide de rejoindre le Grand Port Maritime du Havre en 2009. D'abord en charge des bâtiments, des routes et terres pleins, il prend ensuite la responsabilité des relations entre Villes et Port. À ce titre, il collabore à la réalisation de multiples projets, tels que "Réinventer la Seine et ses Canaux", "Réinventer Le Havre", l'aménagement du Quai de Southampton, la création du Port Center, le schéma directeur de la Citadelle ou bien encore "Un été au Havre" lancé lors du 500e anniversaire de la cité portuaire havraise. Fin 2023, Stéphane Raiosn, Président du Directoire de HAROPA PORT, lui confie à ses côtés, le rôle de Responsable de la planification de l'aménagement des espaces urbano-portuaires.

Roman SOLÉ-POMIES : Aux ports du monstrueux. Infrastructures maritimes et multiplicité des rencontres inter-espèces dans les espaces de fiction
Dans les fictions caractéristiques de l'ontologie moderne, l'océan fonctionne comme contrepoint extrême de la maison. Celle-ci donne le point de départ de toute aventure ; celui-là offre leur horizon aux grandes conquêtes civilisatrices. Les conceptions sous-jacentes de la distance entre nature et société dépendent de systèmes techniques. L'architecture des espaces domestiques travaille à écarter une multitude de créatures jugées sauvages ; mais comment la matérialité des aménagements maritimes que sont les infrastructures de la navigation organise-t-elle les rencontres entre espèces pour contribuer, elle aussi, à circonscrire le sauvage et le civilisé ? De l'épopée de Moby Dick à la fresque des Travailleurs de la mer, les romanciers occidentaux du dix-neuvième siècle ont construit des héros remarquables en les faisant affronter des animaux marins. Regardant la faune depuis les infrastructures, ports et navires, qui organisaient l'espace de leurs récits, ils ont façonné des monstres, pieuvres ou cachalots. Par contraste, certaines œuvres littéraires pour la jeunesse, également axées sur la navigation, font une place centrale à la diversité des rencontres corporelles entre créatures plus ou moins anthropomorphes. Dans ces formes narratives alternatives, les ports apparaissent comme des lieux de rencontre contrôlés entre différents mondes socio-biologiques : des portes dont l'ouverture a un coût, mais permet de passer d'une certaine expérience du normal et du monstrueux à une autre.

Roman Solé-Pomies est docteur de l'université Paris Sciences et Lettres (Mines Paris–PSL, 2023) en sociologie des sciences et des techniques. Dans le prolongement d'une thèse consacrée à la gestion patrimoniale des voiries dans les petites collectivités de France métropolitaine, ses recherches portent essentiellement sur la maintenance des infrastructures comme enjeu de politiques territoriales, et sur l'appréhension de l'environnement qui sous-tend et que perpétuent ces politiques.
Publications
Solé-Pomies, Roman (2023), Faire durer la chaussée. Le souci des voiries communales en France métropolitaine après la décentralisation, Thèse de doctorat en STS, École nationale supérieure des mines de Paris | en ligne.
Solé-Pomies, Roman (2024), "Re-Negotiating Infrastructural Boundaries in Urban Spaces: Road Maintenance as a Dualistic Mode of Infrastructuring", in Handbook of Infrastructures and Cities, édité par Olivier Coutard et Daniel Florentin, 417‑29, Londres : Edward Elgar.

André TAVARES : La sardine et l'architecte. Comment les poissons construisent le paysage et les bâtiments transforment les écosystèmes marins
Cette fable se situe parmi les conserveries éparpillées sur la côte de Bretagne de la deuxième moitié du XIXe siècle et raconte les aventures croisées de la construction des paysages de la pêche et de la destruction des écosystèmes marins. Le développement de certaines technologies de transformation alimentaire, telles que la conservation ou la congélation du poisson, fait muter les typologies architecturales et pressurise les écosystèmes marins. À chaque évènement architectural répondent des bouleversements en mer, dans un continuum.

André Tavares (Porto, 1976) est architecte et, depuis 2006, coordinateur de Dafne Editora, une maison d'édition indépendante basée à Porto. Entre autres livres publiés, il est l'auteur de The Anatomy of the Architectural Book (Lars Müller/Canadian Centre for Architecture, 2016), L'Étoile Filante Charles Siclis (B2, 2016) et Vitruvius Without Text (gta Verlag, 2022). Il est actuellement chercheur à l'université de Porto, où il conduit le projet de recherche Fishing Architecture (ERC, Fish-A, 101044244).


Giuseppe GAVAZZA : AÉROPORTS [installation audiovisuelle]
AÉROPORTS est une installation Ambiance Spécifique que j'ai conçue et réalisée lors du colloque. Comme les fois précédentes à Cerisy, mon intervention est née de ma présence dans le château, suivant les interventions, vivant et échangeant avec les participants les moments, y compris conviviaux et informels, des journées passées ensemble. La Sérendipité — comme toujours — m'a guidée : "par hasard", j'avais à ma disposition une vingtaine de haut-parleurs portables (avec lesquels je travaille habituellement) et j'avais avec moi de minuscules leds clignotantes. J'ai récupéré les enregistrements audio que j'ai réalisés entre 2008 et 2024 dans 24 aéroports différents, dans 12 pays différents, et j'ai installé ces sons en hauteur et au plafond de l'endroit le plus haut du château : le Grenier, la nuit, avec les lumières éteintes.
Les voix des aéroports sont les sons qui anticipent et précèdent les vols ; les petites LED clignotantes évoquent les lumières des avions la nuit, dans le ciel.


PARTENARIAT :

• Institut national de l'audiovisuel (INA)


SOUTIENS :

• Chaire Ville Métabolisme | Université PSL (Paris Sciences & Lettres)
• Institut pour la recherche | Groupe Caisse des Dépôts (CDC)
• La Fabrique de la Cité | Groupe VINCI
• Université Le Havre Normandie
• Association Passé-Présent-Mobilité (P2M)

Programme 2024 : un des colloques

— Programme complet —


RACONTER ET MONTRER L'INVISIBLE À LA CROISÉE DE LA LITTÉRATURE,

DES ARTS DE LA SCÈNE ET DU CINÉMA (1850-1930)


DU LUNDI 19 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 25 AOÛT (14 H) 2024

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

À partir de la fin des années 1850, s'installe dans la littérature et l'art un réalisme qui tend à répudier l'imagination, la fantaisie, au profit d'un modèle d'exactitude et d'enquête scientifique. Dans cette période durant laquelle s'imposent aussi toujours davantage le rationalisme, le positivisme et le scientisme, le besoin de merveilleux s'exprime pourtant avec urgence : "Alors que le matérialisme sévit, la magie se lève", déclare Huysmans en 1891.

Ce colloque se propose d'interroger comment, des années 1860 aux années 1930, la question de l'Invisible et de sa représentation a hanté à la fois la littérature, les arts de la scène et le cinéma, ce questionnement se nourrissant des interactions et des influences croisées entre ces différents arts. Plusieurs questionnements seront soulevés :
- Quelles traditions philosophiques, ésotériques, théosophiques et religieuses sont revendiquées par les écrivains, dramaturges et cinéastes durant cette période ? Quelles nouvelles influences et références utilisent-ils dans leur propre représentation de phénomènes surréels ?
- Comment ces artistes appréhendent-ils l'Invisible et quel discours ("en actes", dans les œuvres, ou théorique) produisent-ils au sujet de ce qu'ils cherchent à faire apparaître ? Comment conçoivent-ils et conceptualisent-ils dans cette optique les fonctions de l'Art et les propriétés de la représentation ?
- Par quels procédés le mystère est-il représenté ? Quels sont les mécanismes, les rouages ou "machines" capables de faire advenir l'Invisible ? Quelles écritures spécifiques s'inventent ?
- Quels sont les enjeux idéologiques, voire politiques de cette revalorisation du surréel ? Quelles idoles les images ou histoires d'Invisible peuvent-elles vouloir déboulonner, et au profit de quels idéaux ?

Ce colloque réunira des spécialistes français et étrangers de littérature, de théâtre et de cinéma, et s'ouvrira à la création contemporaine grâce à l'invitation d'artistes et écrivains d'aujourd'hui.


MOTS-CLÉS :

Cinéma, Imaginaire, Invisible, Littérature, Merveilleux, Occultisme, Spiritisme, Théâtre


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 19 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 20 août
PENSER L'INVISIBLE ENTRE 1850 ET 1930
Matin
Julie ANSELMINI : Peindre l'Invisible : spiritualisme et matière dans la critique d'art du XIXe siècle
Yann CALVET : Le cinéma, voilement et dévoilement

Après-midi
Pascale AURAIX-JONCHIÈRE : Barbey d'Aurevilly et la poétique de l'invisible [visioconférence]
Philippe ROGER : Les trois sources de l'invisible au cinéma selon Jean Grémillon [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]


Mercredi 21 août
SACRÉ, SCIENCES ET SOCIÉTÉS
Matin
Audrey MILET : L'étrange fatalité des Histoires désobligeantes de Léon Bloy : pour une représentation nietzschéenne du sacré ?
Nicolas GAUTHIER : Marionnettes visibles, marionnettistes invisibles : limites scientifiques et fragilité sociale chez Rosny aîné et Maurice Renard

Après-midi
Pauline PICOT : Vie, mort, vie encore : le Grand-Guignol obsédé par la visibilité des seuils
Benjamin THOMAS : Éprouver l'invisible dont se tisse le monde. Réflexions sur les formes écologiques du film (1910-1930)
Jean-Louis VINCENDEAU : La photographie, un art de l'invisible, certains objets en suspens

Vernissage de l'exposition réalisée par Jean-Louis VINCENDEAU


Jeudi 22 août
D'UN ART L'AUTRE, D'UN ÉCRAN L'AUTRE : ESTHÉTIQUES DE L'INVISIBLE
Matin
Mathilde RÉGENT : Des atomes aux écrans. La féerie entre théâtre, sciences et cinéma chez Saint Pol-Roux et Maeterlinck
Vincent AMIEL : Béance de l'expression

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 23 août
L'INVISIBLE : MOI ET L'AUTRE
Matin
Samantha CARETTI : La permanence de l'invisible féminin dans l'œuvre de Théophile Gautier
Hélène FRAZIK : Hantise des doubles invisibles

Après-midi
Jérémie ALLIET : "Je ne le verrai donc plus", une litote dix-neuviémiste ?
Massimo OLIVERO : Tempêtes et passions : figures de l'invisible dans le cinéma scandinave muet
Dominique MASSONNAUD : Faire voir l'invisible. Créations dadas et surréalistes

Soirée
Galien SARDE : Narration et images du fantasme dans le roman contemporain : présentation de Trafic (2023) et Échec, et Mat (2022) parus aux Éditions Fables fertiles | Entretien / discussion


Samedi 24 août
MÉDIA ET VOIES/-X DE L'INVISIBLE
Matin
Philippe BAUDOUIN : Voir l'invisible. Le "corps-machine" des médiums : spiritisme, transes et expériences-limites autour de 1900
Frank KESSLER : Documenter l'invisible autour de 1900

Après-midi
José MOURE : Puissances de l'invisible dans les fictions pré-cinématographiques de la fin du XIXe siècle
Maxime SCHEINFEIGEL : L'invisible en images ?
Stéphane HIRSCHI : Proust Phonographe. Fixer des voix et leur évanescence à l'ère des enregistrements naissants

Soirée
RIEN À VOIR (#3), performance de Pauline PICOT


Dimanche 25 août
Matin
Synthèse et Bilan

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Julie ANSELMINI : Peindre l'Invisible : spiritualisme et matière dans la critique d'art du XIXe siècle
À partir des années 1850, le réalisme s'impose en peinture et de jeunes artistes suscitent autant de curiosité que de scandale : on songe à celui provoqué par l'Olympia de Manet, ou par L'Origine du monde de Courbet. La critique d'art est une arène privilégiée des débats qui font rage ; s'y orchestrent des réflexions et interrogations où s'opposent spiritualisme et matérialisme, et où se posent ces questions lancinantes : comment la matière, et la matière peinte particulièrement, peut-elle laisser transparaître et exprimer l'Invisible ? En ce XIXe siècle de plus en plus positiviste, où souffle encore l'Esprit ? Une botte de carottes, peinte avec génie, peut-elle en être le réceptacle ? Nous explorerons ces débats et questionnements chez quelques grands écrivains-critiques d'art de la période tels que Baudelaire et Gautier.

Julie Anselmini est professeure de littérature française du XIXe siècle à l'université de Caen Normandie. Elle est spécialiste de Dumas, à qui elle a consacré plusieurs ouvrages. Elle s'intéresse plus largement aux liens entre presse et littérature, aux relations entre littérature et critique ainsi qu'aux hiérarchies structurant l'univers culturel. Ses derniers ouvrages : J. Anselmini, L'Écrivain-critique au XIXe siècle. Dumas, Gautier, Barbey d'Aurevilly, Presses universitaires de Liège, 2022 ; J. Anselmini et Ch. Massol (dir.), Écritures et discours populaires. Nouveaux regards, Grenoble, UGA Éditions, 2023.

Yann CALVET : Le cinéma, voilement et dévoilement
Dans Vampyr (1932), un film sorti à l'aube du parlant, Carl Th. Dreyer et son opérateur Rudolf Maté, font une utilisation très particulière de la lumière et de l'image. Un faux jour s'étant glissé dans la caméra, à cause d'une erreur technique, au cours des premières prises de vue du film, les images, après tirage de la pellicule, étaient floues et grisâtres. Ce travail particulier sur l'image voilée crée un "lien" entre tous les points de l'espace et permet aussi d'exprimer, selon la parabole des Corinthiens (1 Co 13), dans la forme même du film, l'idée du miroir (l'écran de cinéma) dans lequel nous voyons de façon confuse. Au moment de son invention pourtant, ce qui fascine les premiers spectateurs devant la projection par exemple du Repas de bébé (Lumière, 1895), ce qui retient leur attention, ce n'est pas la scène principale à l'avant plan mais un détail insignifiant entraperçu à l'arrière-plan : "Les feuilles bougent !". Le cinématographe donne ainsi au premier spectateur un formidable sentiment de réalité, dévoilant le rapport secret entre les êtres et les choses, pour reprendre une formule de Jean Epstein. Voilement et dévoilement semblent donc être les modalités contradictoires et pourtant complémentaires du pouvoir de représentation du cinématographe. Cette communication s'interrogera, à partir des spéculations philosophiques et poétiques du XIXe sur le voile d'Isis, sur cette figure/image du voile qui permet de penser l'articulation du visible et de l'invisible dans l'herméneutique du symbole au cinéma.

Yann Calvet est MCF en études cinématographiques à l'université de Caen Normandie et directeur de l'UFR "Humanités et Sciences Sociales". Il a publié différents ouvrages : Les cinéastes du Diable (2024) ; Jean Grémillon et les quatre Éléments, Colloque de Cerisy, aux Presses universitaires du Septentrion en collaboration avec Philippe Roger (2019) ; Cinéma, imaginaire, ésotérisme : Murnau, Dreyer, Tourneur, Lewin chez L'Harmattan (2003)… Fondateur et rédacteur en chef adjoint de la revue Eclipses, il a coordonné plusieurs numéros sur F.F. Coppola, Gus Van Sant, M. Cimino, H. Miyazaki, Tim Burton, les frères Coen, David Fincher, Michael Powell, John Boorman, Wim Wenders, Christopher Nolan, M. Night Shyamalan, Abbas Kiarostami, Philippe Faucon, Bong Joon Ho, Paul-Thomas Anderson, Clint Eastwood… Il collabore aussi à de nombreuses publications (Double Jeu, CinémAction, Contrebande, Positif…) tout en continuant ses recherches sur les rapports entre le cinéma, l'imaginaire et les mythes.

José MOURE : Puissances de l'invisible dans les fictions pré-cinématographiques de la fin du XIXe siècle
À la fin XIXe siècle, avant l'avènement du Cinématographe des frères Lumière, plusieurs fictions pré-cinématographiques mettent en récit le rêve d'une extension du domaine du visible que semblent pouvoir réaliser les machines. Anticipant ou relayant les inventions en cours et les pouvoirs d'appareils capables de recréer la vie, d'abolir les distances, de vaincre l'absence, de voyager dans le temps et de conquérir l'ubiquité, elles inventent les scénarios d'un futur parfois très proche qui font de l'optique et de ses techniques l'instrument d'une littérature fantastique où se manifeste et s'affirme la toute puissance du voir. À travers l'étude de récits fantastiques ou d'anticipation mettant en scène des machines de vision, il s'agira de questionner l'imaginaire pré-cinématographiques d'un XIXe siècle finissant qui, entre messianisme scientifique et utopies fantasmagoriques, a vu se déplacer et se reconfigurer les frontières entre le visible et l'invisible.

José Moure est professeur en études cinématographiques à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est notamment, avec Daniel Banda, l'auteur des anthologies : Charlot : histoire d'un mythe (Flammarion, 2013) ; Avant le cinéma : l'œil et l'image (Armand Colin, 2012) ; Le cinéma : l'art d'une civilisation – 1920-1960 (Flammarion, 2011) ; Le cinéma, naissance d'un art – 1895-1920 (Flammarion, 2008). Il a récemment publié : Histoire vagabonde du cinéma (avec Vincent Amiel, Vendémiaires, 2020) et Aux commencements du cinéma (collection "Épures", Presses universitaires de Rennes, 2023).


Jérémie ALLIET : "Je ne le verrai donc plus", une litote dix-neuviémiste ?
Cette communication porte sur l'usage dans le discours romanesque du XIXe siècle, de l'expression "je ne le/la verrai plus" et ses dérivés. On remarque en effet un usage assez rare du verbe "voir" dans son sens affectif, qui permet de présenter un corpus d'occurrences remarquable. À l'étude de ce corpus (Balzac, Hugo, Stendhal, Zola, parmi d'autres), on observe que l'expression "je ne le verrai plus" s'impose comme une réelle litote au XIXe siècle, liée à l'impossibilité non seulement de la rencontre (due à la mort ou à la rupture), mais aussi de l'expression de la relation (relation incestueuse, homosexuelle, inconvenante). Ces expressions invitent à interroger la valeur de la métaphore de la vision (est-elle un stéréotype propre à une certaine représentation clichée de la relation au XIXe siècle ? une gelstalt expérientielle renvoyant à une réalité concrète ?) ; la sémantique de la forme verbale (comment le verbe voir s'impose-t-il comme moteur d'une vision intérieure, d'une étude introspective ?) ; l'opérativité de la formule dans la diégèse (que fait le "je ne le verrai plus" au personnage invisibilisé ? Le lecteur a-t-il encore le privilège de "voir" cet invisible ?).

Docteur en littérature française, Jérémie Alliet a soutenu une thèse sur l'intériorité du personnage balzacien (1842-1848) sous la direction d'Eric Bordas. Il travaille actuellement sur les rapports entre le personnage et la narration, l'expression de l'intimité en régime romanesque et l'ontologie fictionnelle.

Vincent AMIEL : Béance de l'expression
Dans un premier temps, en particulier lorsque le cinéma est encore "cinématographe", c'est la qualité photographique de celui-ci qui interroge la possible révélation à l'écran de réalités invisibles dans le monde. C'est l'enregistrement, nimbé d'une aura mystérieuse, qui pourrait permettre un accès à l'invisible. Mais dans les années 1920, les caractéristiques techniques ont en grande partie perdu leur dimension magique au profit d'une manipulation des formes qui implique un processus créatif plus conscient. Ainsi en est-il pour le montage. Forme objectivement discontinue, il construit pourtant des associations, des narrations, des continuités qui sollicitent des articulations invisibles. Nous nous appuierons sur l'exemple du film Ménilmontant, de Dimitri Kirsanoff (1925), pour tenter de cerner la part spécifique d'invisible portée par cette "écriture" naissante qu'est le montage.

Pascale AURAIX-JONCHIÈRE : Barbey d'Aurevilly et la poétique de l'invisible
Convaincu qu'une transcendance double le réel, Barbey est particulièrement sensible aux traces du surnaturel dans le quotidien. La présence de l'invisible — que l'on pourrait dès lors considérer comme une catégorie esthétique à part entière, est l'une des manifestations scripturales de ce principe. Procédant d'un constat de l'illisibilité des signes tangibles, notre objectif est de questionner formes et enjeux de cet invisible dans les fictions narratives, sous la double espèce de la spectralité et de l'innommable. Notre hypothèse est que trois romans : L'Ensorcelée, Un prêtre marié et Une histoire sans nom, correspondent à trois étapes d'une poétique dont les enjeux évoluent et se précisent.

Pascale Auraix-Jonchière a consacré sa thèse à "La mythologie de Barbey d'Aurevilly", publiée chez Nizet en 1997 sous le titre L'Unité impossible. Professeure à l'université Clermont Auvergne, elle a édité les poèmes de Barbey d'Aurevilly ("Un palais dans un labyrinthe", Champion, 2000) et publié Barbey d'Aurevilly et l'écriture, formes et signes aux Lettres Modernes Minard en 2011. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages consacrés à George Sand, dont George Sand et la fabrique des contes (Garnier, 2017). Auteure de poésie (éd. Le Taillis Pré), Plein-champ. Poésie verte (2020), La Plume du peintre. Tombeau (2023).

Philippe BAUDOUIN : Voir l'invisible. Le "corps-machine" des médiums : spiritisme, transes et expériences-limites autour de 1900
À partir d'un corpus d'images rares voire inédites, il s'agira de donner à voir et comprendre les différents protocoles photographiques mis sur pied au tournant du XXe siècle par les représentants du spiritisme et de la communauté scientifique dans le cadre de séances avec des médiums. Immortalisés par l'appareil technique, ces moments singuliers d'états modifiés de conscience sont alors considérés comme de possibles vecteurs de communications avec l'au-delà. Situé aux marges de la connaissance scientifique, ce type d'expérience tend simultanément à redéfinir le statut du corps. En fonction des fins visées par les expérimentateurs — qu'il s'agisse d'amplifier, ou bien au contraire de contrôler les phénomènes escomptés — le corps médiumnique, tantôt ligoté, tantôt libéré, devient littéralement un "corps-machine", comme le fait remarquer très justement l'historienne Mireille Berton dans son étude. Décuplée par d'innombrables prothèses, l'hypersensibilité qui le caractérise lui permet — le temps de la séance — de capter et de mesurer, tel "corps-sismographe", les signaux et autres "messages" reçus. Sous certaines conditions, le corps médiumnique peut même, à son tour, donner forme d'autres corps, à l'instar des "apports", "ectoplasmes" et autres accouchements monstrueux que favorise l'état de transe.

Spécialiste de l'histoire des techniques et de l'archéologie des médias, Philippe Baudouin est maître de conférences associé à l'université Paris-Saclay et membre du Centre de recherche en Design à l'ENS-Paris-Saclay. Son ouvrage Walter Benjamin au micro a remporté le Prix Walter Benjamin 2022. Auteur de plusieurs ouvrages et articles consacrés à l'histoire de l'occultisme, il a notamment publié Surnaturelles. Une histoire visuelle des femmes médiums (Pyramyd, 2021).

Samantha CARETTI : La permanence de l'invisible féminin dans l'œuvre de Théophile Gautier
L'écrivain Théophile Gautier n'a jamais cessé d'être fasciné par les mondes de l'irréel au sein desquels se meuvent de "mystérieuse(s) et fantastique(s) créature(s)" (La Cafetière, 1831) féminines, fantasmes d'amour et de beauté des héros mélancoliques de ses récits, privilégiés par la disponibilité de leur esprit au surnaturel. Ces "apparition(s) insaisissable(s)" (Giselle ou les Wilis, 1841) envahissent sa production narrative, de ses romans et nouvelles jusqu'à ses livrets d'opéra. Le goût proprement romantique de l'auteur pour ces figures de sylphides réappropriées ne faiblit pas avec les années et cela, malgré le déclin d'intérêt pour le mouvement littéraire et artistique de sa jeunesse. S'agit-il d'une nostalgie désespérée de l'auteur ou bien d'un choix esthétique procédant d'une résistance, par le principe d’amplification de ses thèmes de prédilection, face à l'influence croissante du réalisme dans le champ littéraire et artistique depuis les années 1850 ? Cette fidélité de Théophile Gautier aux personnages de fantômes féminins nous permettra de mettre en lumière l'influence de son attrait soutenu pour les sciences occultes, d'interroger l'équivocité de son geste créateur dans la représentation du surnaturel et d'étudier sa capacité à donner accès, par l'art, à l'invisible.

Docteur en littérature française et membre associée de l'équipe de recherche du LASLAR, Samantha Caretti a consacré sa thèse à l'étude des stratégies publicitaires de promotion de la littérature romantique en France sous la Restauration et à l'analyse du régime de gloire auctoriale à l'époque romantique.

Hélène FRAZIK : Hantise des doubles invisibles
Très présents dans la littérature fantastique pour figurer les troubles psychologiques, les doubles invisibles se manifestent tôt dans le cinéma muet. Alors qu'ils s'intégraient dans une littérature où le surnaturel était davantage suggéré, ils apparaissent, deviennent visibles dès les premiers temps du cinéma grâce aux pouvoirs expressifs de l'image. Les surimpressions, technique privilégiée de figuration de la présence de ces doubles, se multiplient au point d'atténuer, voire de faire disparaitre, leur force d'invisibilité. Paradoxalement, c'est parce qu'ils sont doubles qu'ils ont encore à voir avec l'invisible. Qu'il soit visible ou suggéré (à travers le jeu des acteurs par exemple), le double renvoie à une forme d'impossibilité à représenter l'invisible qu'est par exemple le dérèglement de l'esprit humain hanté par des peurs qui vont jusqu'à le faire vaciller. En se référant aux textes de Clément Rosset et d'Alain Chareyre-Méjan, cette communication propose de revenir sur la manière dont la littérature (William Wilson d'Edgar Poe, Lui ?, Le Horla et Qui sait ? de Maupassant) et surtout le fantastique cinématographique muet (Fantômas de Louis Feuillade, Les Mains d'Orlac de Robert Wiene, Le Brasier ardent d'Ivan Mosjoukine et Feu Mathias Pascal de Marcel L'Herbier) ont pu rendre sensible ce paradoxe.

Hélène Frazik est maître de conférences en Cinéma et Littérature à l'université de Toulouse Jean Jaurès. Elle a soutenu en 2018 une thèse intitulée "Présences fantastiques dans le cinéma français de l'entre-deux-guerres". Ses recherches se concentrent sur le cinéma d'auteur, sur l'histoire et l'esthétique des formes filmiques et sur l'étude des motifs au cinéma. Elle a codirigé un ouvrage consacré à L'Apparition dans les œuvres d'art (PUC, 2020) et deux de ses textes font partie d'actes de colloques de Cerisy : "Le stratagème du rideau : de la photographie des phénomènes occultes au cinéma fantastique" (L'image, le secret, PUR, 2020) et "L'insolite dans le cinéma de Jean Grémillon" (Jean Grémillon et les quatre Éléments, Presses universitaires du Septentrion, 2019).

Nicolas GAUTHIER : Marionnettes visibles, marionnettistes invisibles : limites scientifiques et fragilité sociale chez Rosny aîné et Maurice Renard
À quelques mois d'intervalle, Maurice Renard, avec Le Péril bleu (1911), et Rosny aîné, avec La Force invisible (1913), mettent en fiction l'existence d'un monde invisible affectant "notre" monde. Rosny aîné avait déjà touché ce sujet avec Un autre monde (1895) et Renard y reviendra notamment avec L'Homme truqué (1921) et des nouvelles publiées à partir de 1929. La découverte de ces mondes invisibles entraîne un délitement collectif (et parfois individuel), alors que l'invisible révèle les limites des sens et de la science, laquelle ne permet qu'une compréhension partielle du phénomène et n'offre aucune protection. Nous examinerons comment la mise au jour de ces mondes invisibles, ainsi que les conséquences qui y sont associées concernant la fragilité de la civilisation et ce qui échappe au savoir, façonnent un propos qui résonne avec des préoccupations majeures en ces premières décennies du XXe siècle.

Professeur agrégé au département d'études françaises de l'université de Waterloo (Canada), Nicolas Gauthier a publié Lire la ville, dire le crime (PULIM, 2017) et a créé Le Rez-de-chaussée, un répertoire en ligne de romans-feuilletons français publiés entre 1836 et 1881. Il agit comme webmestre du site Littératures Populaires et Culture Médiatique. Il a publié dans diverses revues, dont Romantisme, Belphégor, Nineteenth-Century French Studies, Arborescences, Études littéraires, et ouvrages collectifs, dont Écritures et discours "populaires" (XIXe–XXe siècles) (2023), Le Roman des possibles (2019) et Les Téléséries : historicité des communautés imaginaires (2016).

Stéphane HIRSCHI : Proust Phonographe. Fixer des voix et leur évanescence à l'ère des enregistrements naissants
Lorsque Proust affuble le noble Palamède de Guermantes du titre de baron de Charlus, son humour se délecte sans doute d'offrir ainsi à sa créature le nom d'un chanteur contemporain, que sa frénésie d'enregistrer des chansons avait fait gratifier du sobriquet de "forçat du gramophone" (on lui prête plus de 10000 enregistrements entre 1895 et 1914!). Or l'intérêt de Proust, non seulement pour la musique et le chant, mais pour les voix dans leur matérialité évanescente et pourtant sensible, se manifeste sous de multiples formes dans La Recherche, qu'elle caractérise le timbre, le débit, le sel ou les tics d'un personnage, qu'elle permette de faire partager certains marqueurs stylistiques de la Berma ou de Rachel dans leur déclamation, ou même qu'elle éclaire de façon saisissante le passage du temps lors du Bal des têtes, lorsque le narrateur entend la voix d'un vieil ami comme émise artificiellement par un phonographe dans le corps d'un gros bonhomme grisonnant… On tentera ici, sans bien sûr viser l'exhaustivité, d'esquisser une possible typologie de ces captations d'invisible sonore à travers La Recherche du temps perdu.

Stéphane Hirschi est professeur de littérature française à l'université polytechnique Hauts-de-France (Valenciennes) depuis 1999, où il a été Doyen de la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines. Il a publié ou coordonné dix-sept livres, dont Jacques Brel, Chant contre silence ; Sur Aragon - Les voyageurs de l'infini ; Aragon et le Nord ; Chanson : l'art de fixer l'air du temps ; Nord et chansons ; Paris en chansons et La chanson française depuis 1980 ; et fait paraître près de 150 articles en France et à l'étranger, dans des revues prestigieuses : NRF, RSH, ArtPress2, Europe, etc., dont "Enregistrements fin de siècle : ce que fixent les cylindres Lioret", in Romantisme, 2023/2, n°200. Inventeur de la "cantologie", étude de la chanson considérée dans sa globalité (textes, musique et interprétation), il dirige la collection "Cantologie", aux Belles Lettres/PUV, qui compte 9 ouvrages.

Frank KESSLER : Documenter l'invisible autour de 1900
Avec l'invention de certains médias au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, quelques-uns des aspects du monde inaccessible aux organes des sens humains peuvent être traduits en signaux sonores ou images : les sons de l'"éther" captés par la radio, les os à l'intérieur du corps par les rayons Roentgen, mais aussi les êtres défunts par la photographie spirite. Ma communication se concentrera tout particulièrement sur le monde microscopique, "the unseen world", comme le dit le titre d'une série de films présentés à Londres par la firme de Charles Urban en 1903. Grâce à la microphotographie et la microcinématographie, il devient possible de montrer ce monde invisible à un public et de le transformer aussi bien en un objet de recherche qui, du coup, peut être étudié collectivement par des scientifiques, qu'en une forme de spectacle pour le grand public.

Frank Kessler est professeur en histoire des médias à l'université d'Utrecht. Il est l'un des fondateurs de KINtop. Jahrbuch zur Erforschung des frühen Films et de la collection KINtop – Studies in Early Cinema. Ses recherches portent notamment sur l'émergence du cinéma en tant que média protéiforme et pratique culturelle. Actuellement, il dirige un projet sur le rôle de la lanterne de projection en tant qu'instrument de communication des savoirs de la fin du XIXe jusqu'aux premières décennies du XXe siècle.

Dominique MASSONNAUD : Faire voir l'invisible. Créations dadas et surréalistes
Alors que la notion de "surréel", est définie par Aragon, dans "Une vague de rêves" en octobre 1924, comme ce qui advient au terme d'un processus où voisinent ce qui est et l'irréel, il affirme ensuite : "On sait peut-être qu'une certaine recherche, une certaine façon de faire prédominer le surréel a pris dans le langage courant le nom de surréalisme" (Aragon, La Révolution surréaliste, n°1, décembre 1924, p. 23). De fait, Apollinaire dans Les Mamelles de Tirésias (1917), sous-titré "Drame surréaliste", s'opposait au "naturalisme en trompe-l'œil" à "l'imitation" et au "vraisemblable", privilégiant le fait de "faire paraître des mondes nouveaux, […] élargissant les horizons" (Apollinaire, "Préface", Les Mamelles de Tirésias, SIC, 1918, p. 11-12 et p. 18). Les innovations textuelles et plastiques que proposent les créations dadas et surréalistes entre 1918 et 1930 permettent l'accès à la "surréalité", définie par Aragon comme "horizon commun des religions, des magies, de la poésie, du rêve, de la folie, des ivresses et de la chétive vie, ce chèvrefeuille tremblant que vous croyez suffire à nous peupler le ciel". L'écriture automatique, les récits et images de rêve ou les combinaisons syntaxiques inattendues permettent ainsi de raconter et de faire voir l'invisible de manière novatrice.

Dominique Massonnaud, professeur des universités en Littérature françaises XIXe-XXIe siècles, est spécialiste des productions narratives ainsi que des rapports entre texte et image. Elle a publié en particulier : Faire vrai. Balzac et l'invention de l'œuvre-monde, Genève, Droz, 2014 ; Aragon romancier, Genèse, Modèles, Réemplois, en collaboration avec J. Piat, Classiques Garnier, 2016 ; Genèse et Génétique éditoriale des textes imagés, en collaboration avec V. Obry, textimage, n°13, Lyon, IHRIM-CNRS, 2021. Elle collabore actuellement à l'édition des Essais littéraires d'Aragon, chez Gallimard pour la "Bibliothèque de La Pléiade".

Audrey MILET : L'étrange fatalité des Histoires désobligeantes de Léon Bloy : pour une représentation nietzschéenne du sacré ?
Les Histoires désobligeantes (1894) de Léon Bloy semblent offrir au lecteur l'image d'un monde absurde et perverti, où les personnages seraient la proie stupide d'un mauvais sort insondable. Tout principe transcendant et porteur de sens y paraît à première vue absent, chose curieuse pour un écrivain catholique qui n'a cessé de faire figurer dans son œuvre le pouvoir du divin sur les individus ; ces brèves et violentes Histoires pourraient cependant permettre à Bloy d'aménager une façon nouvelle de représenter un sacré au mieux insidieux, au pire révélateur dans son absence. Le recueil coïnciderait alors avec "la mort de Dieu", au sens où Nietzsche l'entendait véritablement : l'Invisible, remis en cause par la rupture épistémologique qui ouvrit le XIXe siècle, doit chercher une reviviscence que Bloy propose justement de sentir dans la représentation d'une fatalité aussi étrange que violente.

Audrey Milet, agrégée de Lettres et doctorante contractuelle à l'université de Caen Normandie, prépare une thèse intitulée "Le ré-enchantement du monde dans les romans du premier XIXe siècle : figurations du sacré d'Atala (1801) à L'Ensorcelée (1852)" sous la direction du Professeur Julie Anselmini. Ses travaux de recherche et de vulgarisation portent sur la prose du XIXe siècle et les représentations du sacré et du religieux.

Massimo OLIVERO : Tempêtes et passions : figures de l'invisible dans le cinéma scandinave muet
Dans cette intervention, il s'agira d'étudier les principales manifestations plastiques de l'invisible dans le cinéma scandinave du muet, notamment chez les cinéastes Sjöström, Stiller et Dreyer. Des motifs naturels du paysage, par la médiation du vent et de l'eau, jusqu'aux formes filmiques comme le gros plan et la surimpression, la finalité sera celle de définir les forces de l'invisible qui traversent le cinéma scandinave d'un point de vue figuratif et thématique, en se focalisant davantage sur la visualisation de l'invisible en tant que dimension transcendantale, à la fois pathétique et destructrice, vitaliste et mortifère.

Massimo Olivero est Maître de conférences en esthétique et théorie du cinéma à l'université Panthéon-Sorbonne Paris 1. Il a fait sa thèse sur le concept eisensteinien d'extase de la représentation filmique. Ses travaux se concentrent sur différentes périodes de l'histoire du cinéma, notamment sur les avant-gardes des années Vingt et le cinéma classique hollywoodien, mais aussi sur l'esthétique des formes filmiques (montage, gros plan). Il coordonne actuellement une politique scientifique au sein de l'Institut ACTE sur l'écriture de l'histoire et de la théorie du cinéma. Il est l'auteur du livre Figures de l'extase Eisenstein et l'esthétique du pathos au cinéma aux éditions Mimésis (2017).

Pauline PICOT : Vie, mort, vie encore : le Grand-Guignol obsédé par la visibilité des seuils
Cette communication se présente comme l'étude croisée de deux drames du Grand-Guignol : L'Horrible expérience (1909) d'Alfred Binet et André de Lorde et Vers l'au-delà (1922) de Charles Hellem et Pol d'Estoc. Structurées chacune autour d'une scène fondamentale qui représente, pour l'une, le passage de la mort à la vie et, pour l'autre, celui de la vie à la mort, ces deux œuvres peuvent fonctionner comme un diptyque des seuils invisibles, que le Grand-Guignol se propose de faire apparaître à l'aide de trucs concrets qui produisent des images frappantes. Ce faisant, ces deux drames réactivent également des fantasmes liés à d'autres invisibles obsédants du XIXe siècle : la survie de l'âme humaine, le mystère du courant électrique, l'intérieur du corps et les profondeurs de l'esprit. En bref, tout ce qui a trait à l'inquiétant et passionnant remuement du vivant.

Pauline Picot est docteure en Études Théâtrales. Soutenue en décembre 2021, sa thèse a été effectuée à l'université Lumière Lyon 2 sous la direction de Mireille Losco-Lena. Son champ de recherche porte sur l'imaginaire du fluide (magnétisme, électricité, spiritisme) dans le théâtre français du XIXe siècle. Il déploie des questionnements défrichés à l'occasion de son Master 2 effectué à l'ENS de Lyon, dont le mémoire investiguait les échos entre le théâtre et l'hypnose au XIXe siècle. Elle est intervenante à l'ENSATT Lyon en dramaturgie depuis 2018, et contributrice permanente à la revue Synapsis publiée par le département d'Humanités Médicales de l'université de Columbia (New York). Pauline Picot est également performeuse et autrice ; les éditions Quartett publient ses textes théâtraux depuis 2012. Sa dernière pièce, Votre âme sœur est peut-être dans cette forêt (2022), est mise en voix au Théâtre du Rond-Point en février 2023. En 2024, elle écrit Je pourrais compter tous mes os, qui bénéficie de l'accompagnement du dispositif Texte En Cours.
https://www.ardetpaulinepicot.com/
Publications
"Quand l'électricité s'invite dans le champ domestique : le fantasme du mobilier électrique au théâtre dans la deuxième moitié du XIXe siècle", in BAREL-MOISAN Claire et GLEIZES Delphine (dir.), Merveilles électriques : invention littéraire, vulgarisation et circulation médiatique, Champs sur Marne, LISAA Éditeur [disponible en ligne sur OpenEdition Books - novembre 2024].
"Faire connivence : l'invention électrique sur scène (1859-1908)", in BAZIN Laurent et BAREL-MOISAN Claire (dir.), Itinéraires 2024-2 : Le Merveilleux scientifique en spectacle (1850-1940) (disponible en ligne sur le site de la revue - mai 2024).
"Stunning and Stirring : A Theory on the Symbolic of Spirit Ectoplasm in the Early 20th century" ["Sidérer et troubler : sur la symbolique de l'ectoplasme spirite au tournant du XXe siècle], in Synapsis : A Health Humanities Journal, mis en ligne le 9 novembre 2022.
"Corps conducteurs : l'acteur et le magnétisme au XIXe siècle", in FEUILLEBOIS Victoire et PÉZARD Émilie (dir.), Le Réel invisible. Le magnétisme dans la littérature (1780-1914), Paris, Classiques Garnier, 2022.
"Galvanism in 19th Century Fench Theater : Bringing Dead Words Back to Life" ["Le galvanisme dans le théâtre du XIXe siècle en France : ressusciter les mo(r)ts"], in Synapsis : A Health Humanities Journal, mis en ligne le 16 octobre 2019.
"Sur la spectacularité de l'hypnotisme clinique", in FARAMOND Julie de et FILIPPI Florence (dir.), Théâtre et médecine : de l'exhibition spectaculaire de la médecine à l'analyse clinique du théâtre, Actes du colloque organisé les 27 et 28 mai 2010 à l'université Paris Descartes, Épistémocritique, mis en ligne le 13 mai 2016.

Mathilde RÉGENT : Des atomes aux écrans. La féerie entre théâtre, sciences et cinéma chez Saint Pol-Roux et Maeterlinck
Saint-Pol-Roux et Maeterlinck occupent au début du XXe siècle une position distincte mais comparable : à la croisée des pratiques littéraires associées au symbolisme, d'une réflexion sur les invisibles de la science (en particulier physique) de leur temps, et d'une réflexion, théorique ou pratique, sur le cinéma. Le "féerique" est dans leur œuvre à la fois une catégorie générique ou descriptive, et l'embrayeur d'une saisie nouvelle du réel, où visible et invisible, matière et esprit, vision et croyance se rejoignent. La féerie, théâtrale ou cinématographique n'est alors pas seulement un dispositif de matérialisation de l'invisible, mais aussi un modèle théorique pour penser différents types d'incarnation ou d'agentivité de la matière. L'objet de cette communication est d'étudier les transferts entre ces trois domaines (littérature, cinéma, sciences) chez ces deux auteurs, en s'appuyant sur les sources scientifiques de leur réflexion : les catégories descriptives de la matière physique elle-même y sont porteuses d'une part métaphorique et semblent renvoyer à une forme d'agentivité non-humaine que le cinéma ou la féerie peuvent justement mettre en lumière.

Docteure en littérature française, Mathilde Régent est l'auteure d'une thèse en cours de publication sur la poétique de la Nature dans l'œuvre de Maeterlinck. Ses travaux actuels portent sur l'écriture et la pensée du vivant et de l'animé au XIXe et au XXe siècle (essai, théâtre, poésie) ; sur les transferts entre discours scientifiques, philosophiques et littéraires ; sur les liens entre symbolisme et "traductions". En 2023-2024, elle enseignait au Département de Didactique du Français Langue Étrangère à la Sorbonne Nouvelle.

Philippe ROGER : Les trois sources de l'invisible au cinéma selon Jean Grémillon
La question de l'invisible et de sa représentation se trouve au cœur de la poétique du jeune cinéaste français qu'est Jean Grémillon dans les années vingt. À sa première pratique documentaire vient alors s'adjoindre celle des fictions, tandis que le parlant commence à faire son apparition ; c'est précisément au croisement du documentaire et de la fiction, ainsi que du muet et du parlant, que s'inscrit la réflexion originale du cinéaste sur l'invisible au cinéma. Trois axes majeurs se partagent sa pensée à cet égard. Pour Grémillon, l'invisible est d'abord ce qui échappe à la vue, ce qu'on ne sait pas voir ; c'est le concept de réalisme qui est ici interrogé. Sur ce point, il faut aller chercher dans les écrits du cinéaste les fondements de sa vision paradoxale du réalisme cinématographique. Deuxième aspect, connexe en profondeur, l'invisible est aussi ce qu'on ne peut pas voir, ce qui se dérobe au regard ; c'est le vaste domaine de l'ésotérisme, que Grémillon prend au sérieux. Dernier aspect, pas le moindre et sans doute le plus novateur en ce qui regarde le langage cinématographique, l'invisible est pour le cinéaste ce qu'on est amené à percevoir autrement, à voir par un autre sens que la vue : l'ouïe, avant tout. C'est à ce titre la réalité essentielle d'un invisible qui se révèlerait dans l'audible, un audible repensé qui s'apparenterait à un inouï, que Grémillon expérimente dès ses derniers films muets (Tour au large, 1927, Maldone, 1928, Gardiens de phare, 1929) et bien sûr dans son premier parlant (La Petite Lise, 1930).

Philippe Roger enseigne depuis une vingtaine d'années l'histoire et l'esthétique du cinéma, comme maître de conférences à l'université Lumière Lyon 2. Mélomane autant que cinéphile, il a toujours été attentif à la musicalité des films, comprise comme écriture de l'image autant que du son ; rien d'étonnant à ce qu'il se soit consacré à Max Ophuls et Jean Grémillon, ces deux cinéastes-musiciens dont l'œuvre vivante demeure une source inépuisable d'inspiration. D'autres auteurs sont devenus ses compagnons de route ; de Luis Bunuel à Jaime Rosales, en passant par Jean-Claude Guiguet et Todd Haynes, il cherche à décrypter des poétiques du sensible, au croisement de l'intime et de l'extime. S'il pratique avec passion la réalisation documentaire, l'animation de ciné-club et le journalisme radiophonique, c'est à l'écriture, d'articles et de livres, que vont ses préférences. Son ouvrage le plus récent est l'Attrait du piano aux éditions Yellow now (collection "Motifs"). Il a publié chez le même éditeur Lumière d'été de Jean Grémillon (collection "Côté films"). Il a dirigé avec Yann Calvet le volume des Actes du colloque de Cerisy Jean Grémillon et les quatre Éléments, paru aux Presses universitaires du Septentrion.

Galien SARDE : Narration et images du fantasme dans le roman contemporain : présentation de Trafic (2023) et Échec, et Mat (2022) parus aux Éditions Fables fertiles
Comment le récit et le style qui l'informe peuvent-ils donner à voir des fantasmes signifiants dans l'espace d’un roman ? Comment des agencements verbaux peuvent-il visualiser les fruits des désirs qui portent ce dernier ? C'est à ces deux questions que répondra l'intervention de Galien Sarde.

Né à Blois, agrégé de lettres modernes, Galien Sarde est un romancier français. Son premier roman s'intitule Échec, et Mat (2022) et son second, Trafic (2023). Publiés par les éditions Fables fertiles, tous deux sondent, entre autres, la fiction.

Maxime SCHEINFEIGEL : L'invisible en images ?
À partir de deux textes littéraires notoires, Le Horla (Maupassant, 1887) et La Métamorphose (Kafka, 1915), seront explorés les rapports du cinéma à l'invisible à travers cette question : pourquoi La Métamorphose n'a connu sa première adaptation qu'en 1977 alors que Le Horla l'a été dès 1914 ? La réflexion sera élargie à l'approche de deux autres films liés à la représentation d'un ailleurs improbable : La Glace à trois faces (Jean Epstein, 1927) et Freaks (Tod Browning, 1932). Sur la base d'un ouvrage du philosophe Clément Rousset, L'Invisible, l'analyse de ces quatre films sera fondue dans une double réflexion visant : le lien entre l'invisible et l'apparition (Le Horla, Freaks) et l'influence de la pensée religieuse et de la pensée scientifique sur l'histoire du cinéma et de son héritage pictural. Seront mises à l'étude les œuvres suivantes : d'une part, La Création d'Adam (Michel-Ange), Moïse recevant les Tables de la Loi (Raphaël et Chagall) et L'Homme de Vitruve (De Vinci) ; d'autre part, Le Horla, Freaks, Le Voyage dans la lune (Méliès, 1902).

Maxime Scheinfeigel est professeur émérite de l'université Paul Valéry-Montpellier 3, en Esthétique et histoire du cinéma. Elle a dirigé ou co-dirigé huit ouvrages collectifs, entre autres sur Jean Rouch, René Allio, le cinéma documentaire, des théories croisées entre musique, théâtre et cinéma, l'écoute et la vision au cinéma. Elle a publié sept ouvrages personnels dont Cinéma et magie (Armand Colin, 2008) et Rêves et cauchemars au cinéma (Armand Colin, 2012), plus une centaine d'articles. Elle a organisé des rencontres filmées avec André Labarthe, Luc Moullet, Raymond Bellour, Michel Marie, Luc Vancheri, Emmanuelle André (…).

Benjamin THOMAS : Éprouver l'invisible dont se tisse le monde. Réflexions sur les formes écologiques du film (1910-1930)
Gilbert Simondon, dans Du mode d'existence des objets techniques, postule que l'apparition de la pensée technique a clivé l'appréhension originelle du monde par l'humain, la "pensée magique", qui ne distinguait pas figure et fond. La pensée technique entérine l'idée d'une figure indépendante de tout fond : elle considère que des éléments, les objets techniques, sont mobilisables et manipulables en tout contexte, donc indépendants de tout lieu. En réponse, la pensée religieuse s'affirme en prenant en charge les puissances de fond : c'est une pensée de la totalité en laquelle, idéalement, toute singularité doit se résorber voire être niée. Or, la pensée esthétique, selon Simondon, naît au point de disjonction de ces deux modes de pensée. Elle cherche à réactiver l'interdépendance de la figure et du fond. Elle opère en l'humain avant même qu'il élabore des objets esthétiques. Mais la pensée esthétique, fondamentalement analogique, façonne ses produits comme autant de composés d'affects et de percepts de corrélation. Si l'on suit Simondon, il n'est pas étonnant que les images constituent un lieu privilégié pour donner à éprouver des réalités puissamment relationnelles. Parmi ces réalités intangibles, il y a bien évidemment ce fond connectif, ce milieu d'interdépendances qu'est la condition écologique, la condition d'existence même des formes du vivant. Or il semble que le cinéma tente en fait assez tôt de donner à éprouver cet invisible, qu'il y traite de questions explicitement environnementalistes ou non. On se proposera de vérifier cette hypothèse auprès de films aussi différents que La Fin du monde (Verdens Undergang, 1916, Auguste Blom) ou L'Heure suprême (Seventh Heaven, 1927, Frank Borzage), parmi bien d'autres.

Benjamin Thomas, professeur en études cinématographiques, est spécialiste d'esthétique du cinéma. Ses dernières publications sont Sujets sensibles. Une esthétique des personnages de cinéma (La Lettre Volée, 2022), De l'insistance du monde. Le paysage en cinéma (Passage[s], 2022) et un ouvrage collectif consacré à Bruno Dumont (Warm, 2021). Dans le prolongement de son essai Faire corps avec le monde. De l'espace cinématographique comme milieu (Circé, 2019), il s'intéresse aux puissances écologiques des formes filmiques.

Jean-Louis VINCENDEAU : La photographie, un art de l'invisible, certains objets en suspens | Présentation de son travail et exposition
Petits théâtres d'objets ou théâtres de petits objets, ces petites choses abandonnées, trouvées, retrouvent un sol autre, un site, elles se déploient alors ou irradient bien au-delà d'elles-mêmes. Pour qu'une brindille ressemble à un arbre il faut qu'elle soit bien disposée, installée au bon endroit sous une bonne lumière. Au détour d'une association d'idées, selon les affrontements de hasard et du hasard, un petit éclat d’abîme arraché au néant se découvre à la première personne du singulier et embarque le récit vers de nouvelles aventures. De petites scénographies nées de rencontres d'objets et d'images, curiosités naturelles et ressorts cachés, plus ou moins domestiqués, de la nature dans ses affleurements hermétiques. Un objectif est cependant poursuivi, à savoir faire se déplacer un objet dans le lieu décor préparé spécialement pour l'animer et l'enchanter. Sur un site donné il existe parfois un endroit que l'on ne voit pas et pourtant apparaît pour certain un lieu secret, invisible. Lieu qui à son tour interagit et interfère. Il s'agit à chaque fois d'organiser "l'ichnographie", l'architecture des justes places, s'il est bien placé l'objet vient combler la distance entre le site et le sol. La brindille ramassée au sol se régénère en arbre debout, campée sur "son" nouveau sol par la magie de "l'anaktisis" (de "ana", en remontant et "ktisis", création). Des objets abandonnés, invisibles pour tout un chacun, sont recueillis, rassurés, éclairés, adoptés dans un nouveau monde, ce monde où ils redeviennent visibles et retrouvent leur dignité. Ce seul objet devenu "digne de présence" peut faire advenir un lieu, l'objet placé constitue alors un point d'articulation entre le site et le sol. Interaction, hybridation et discrètes affordances, l'espace que l'on désire explorer et d'où peut surgir l'inattendu doit se mériter. Fenêtres ouvertes sur "l'impensé", de nouveaux objets viennent se glisser encore et encore dans un territoire qui s'invente au fur et à mesure, voilà l'idée traversière de cette aventure.

Jean-Louis Vincendeau, né en 1949 à Gétigné, en pays nantais, en retraite de l'enseignement supérieur, toujours curieux, fouilleur assurément, artiste peut-être ?. Il a réalisé plusieurs expositions, notamment à la Galerie Polaris, Paris.
Ouvrages publiés
Petit traité du jardin en ville, Desclée de Brouwer éd., Paris, 1993.
Parchemins, à propos du jardin Shakespeare, ENSBA éd, Paris, 2004.
Giuseppe Penone, la salle des épines, Les éditions éoliennes, Paris, 2007.


PERFORMANCE :

RIEN À VOIR (#3), performance de Pauline PICOT

Ce sera peut-être doux, peut-être inquiétant.
Ce sera peut-être de l'hypnose, et peut-être pas.
Ce sera une traversée ; une suspension.
Il n'y aura rien à voir.
Quelque chose à vivre.

RIEN À VOIR est une performance créée en décembre 2022 à la bibliothèque Diderot de l'ENS de Lyon, en écho à l'exposition conçue par Céline Frigau Manning autour de son ouvrage Ce que la musique fait à l'hypnose. Une relation spectaculaire au XIXe siècle (Les presses du réel, 2021). Cette forme est reprise — avec toutes les fluctuations et variations que suppose l'art de la performance — à l'occasion du festival lyonnais Pop'Sciences en mai 2023. Pour ce colloque, Pauline Picot propose une troisième version de RIEN À VOIR.

Pauline Picot est docteure en Études Théâtrales. Soutenue en décembre 2021, sa thèse a été effectuée à l'université Lumière Lyon 2 sous la direction de Mireille Losco-Lena. Son champ de recherche porte sur l'imaginaire du fluide (magnétisme, électricité, spiritisme) dans le théâtre français du XIXe siècle. Il déploie des questionnements défrichés à l'occasion de son Master 2 effectué à l'ENS de Lyon, dont le mémoire investiguait les échos entre le théâtre et l'hypnose au XIXe siècle. Elle est intervenante à l'ENSATT Lyon en dramaturgie depuis 2018, et contributrice permanente à la revue Synapsis publiée par le département d'Humanités Médicales de l'université de Columbia (New York). Pauline Picot est également performeuse et autrice ; les éditions Quartett publient ses textes théâtraux depuis 2012. Sa dernière pièce, Votre âme sœur est peut-être dans cette forêt (2022), est mise en voix au Théâtre du Rond-Point en février 2023. En 2024, elle écrit Je pourrais compter tous mes os, qui bénéficie de l'accompagnement du dispositif Texte En Cours.
https://www.ardetpaulinepicot.com/
Publications
"Quand l'électricité s'invite dans le champ domestique : le fantasme du mobilier électrique au théâtre dans la deuxième moitié du XIXe siècle", in BAREL-MOISAN Claire et GLEIZES Delphine (dir.), Merveilles électriques : invention littéraire, vulgarisation et circulation médiatique, Champs sur Marne, LISAA Éditeur [disponible en ligne sur OpenEdition Books - novembre 2024].
"Faire connivence : l'invention électrique sur scène (1859-1908)", in BAZIN Laurent et BAREL-MOISAN Claire (dir.), Itinéraires 2024-2 : Le Merveilleux scientifique en spectacle (1850-1940) (disponible en ligne sur le site de la revue - mai 2024).
"Stunning and Stirring : A Theory on the Symbolic of Spirit Ectoplasm in the Early 20th century" ["Sidérer et troubler : sur la symbolique de l'ectoplasme spirite au tournant du XXe siècle], in Synapsis : A Health Humanities Journal, mis en ligne le 9 novembre 2022.
"Corps conducteurs : l'acteur et le magnétisme au XIXe siècle", in FEUILLEBOIS Victoire et PÉZARD Émilie (dir.), Le Réel invisible. Le magnétisme dans la littérature (1780-1914), Paris, Classiques Garnier, 2022.
"Galvanism in 19th Century Fench Theater : Bringing Dead Words Back to Life" ["Le galvanisme dans le théâtre du XIXe siècle en France : ressusciter les mo(r)ts"], in Synapsis : A Health Humanities Journal, mis en ligne le 16 octobre 2019.
"Sur la spectacularité de l'hypnotisme clinique", in FARAMOND Julie de et FILIPPI Florence (dir.), Théâtre et médecine : de l'exhibition spectaculaire de la médecine à l'analyse clinique du théâtre, Actes du colloque organisé les 27 et 28 mai 2010 à l'université Paris Descartes, Épistémocritique, mis en ligne le 13 mai 2016.


BIBLIOGRAPHIE :

• AMIEL Vincent, Naissances d'images : L'image dans l'image, des enluminures à la société des écrans (Esthétique t. 92), Paris, Klincksieck, 2018.
• ANSELMINI Julie et BOBLET Marie-Hélène (dir.), De l'émerveillement dans les littératures narratives et poétiques du XIXe et XXe siècles, Grenoble, ELLUG, "Ateliers de l'imaginaire", 2017.
• AUMONT Jacques, Doublures du visible. Voir et ne pas voir en cinéma, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2021.
• BANDA Daniel & MOURE José, Avant le cinéma. L'œil et l'image, Paris, Armand Colin, collection "Cinéma / Arts Visuels", 2012.
• BANDA Daniel & MOURE José (textes choisi et présentés par), Le cinéma : naissance d'un art (1895-1920), Paris, Champs Flammarion, 2008.
• BAUDOUIN Philippe, Apparitions : les archives de la France hantée, Paris, Hoëbeke, 2021.
• BERNARD-GRIFFITHS Simone et BRICAULT Cécile (dir.), Magie et magies dans la littérature et les arts du XIXe siècle français, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2012.
• BERTON Mireille, Le Corps nerveux des spectateurs : cinéma et sciences du psychisme de 1900, Lausanne, L'âge d'homme, 2015.
• CALVET Yann, Cinéma, imaginaire, ésotérisme : Murnau, Dreyer, Tourneur, Lewin, Paris, Éditions L'Harmattan, Collection "Champs Visuels", 2003.
• FEUILLEBOIS Victoire et PÉZARD Émilie, Le Réel invisible : le magnétisme dans la littérature, 1780-1914, Minard, Lettres modernes, "Écritures XIX", 2022.
• GLAUDES Pierre et PAGANI Francesca (dir.), Cahiers de littérature française, n°17, "Littérature et magnétisme", 2018.
• HOPKINS-LOFÉRON Fleur, Voir l'invisible. Histoire visuelle du mouvement merveilleux-scientifique (1909-1930), Paris, Champ Vallon, 2023.
• LEUTRAT Jean-Louis, Vie des fantômes : le fantastique au cinéma, collection "Essais", Édition de l'Étoile / Cahiers du Cinéma, 1995.
• LEDDA Sylvain (dir.), Cahiers de l'Herne : Mondes invisibles, mars 2023.
• MANNONI Laurent et CAMPAGNONI Donata Pesenti, Lanterne magique et film peint, Paris, La Martinière / Cinémathèque française, 2009.
• MILNER Max, La Fantasmagorie, Paris, PUF, 1982.
• MOURE José, Aux commencements du cinéma, Rennes, collection "Épures", Presses universitaires de Rennes, 2023.
• OLIVERO Massimo, Figures de l'extase. Eisenstein et l'esthétique du pathos au cinéma, Sesto San Giovanni – Italie, Mimésis, 2017.
• PRIEUR Jérôme, Séance de lanterne magique, Paris, Gallimard, 1985.
• SCHEINFEIGEL Maxime, Cinéma et magie, Paris, Armand Colin, 2008.
• THOMAS Benjamin, Fantômas de Louis Feuillade, Paris, Vendémiaire, 2017.
• VERNET Marc, Figures de l'absence : de l'invisible au cinéma, Paris, collection "Essais des Cahiers du cinéma", Éditions de l'étoile, 1988.


SOUTIENS :

• UFR "Humanités et Sciences Sociales" (HSS) | Université de Caen Normandie
• Laboratoire "Lettres, Arts du Spectacle, Langues Romanes" (LASLAR - UR 4256) | Université de Caen Normandie
• Institut "Arts Créations Théories Esthétique" (ACTE - UR 7539) | Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
• Caen la mer Normandie