Publication 2024 : un des ouvrages


FRANCISCO VARELA

UNE PENSÉE ACTUELLE


Natalie DEPRAZ (dir.)


Francisco Varela a contribué de manière significative au développement du champ des sciences cognitives en proposant, dès les années 1970, avec son professeur Humberto Maturana, la formulation de sa théorie du vivant, l'autopoïèse, dont la résonance a été déterminante, au-delà même du champ de la biologie, dans les domaines artistiques et éducatifs. Dans les années 80-90, du sein des théories de l'émergence, il a construit une nouvelle théorie : l'énaction. Au contact de la phénoménologie, il a forgé une approche novatrice de la conscience à partir de la dynamique neuronale tout en lui étant irréductible : la neurophénoménologie. Parallèlement, il fondait le Mind and Life Institute, lieu de dialogue avec le Dalaï Lama et de réflexion sur les liens possibles entre sciences et pratiques contemplatives, notamment la méditation.
Vingt ans après sa disparition, il est essentiel de revisiter sa pensée et de mesurer son influence dans les nombreux champs et disciplines actuels qui font fructifier sa pensée. Ce colloque tenu à Cerisy en 2022 propose un dialogue entre sciences naturelles et sciences humaines, art et science, science et philosophie. Il sera aussi l'occasion, grâce à diverses performances artistiques, de réfléchir à une mise en pratique de l'interdisciplinarité.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2022) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°682]


Ouvrage et articles à l'unité disponibles en accès payant sur CAIRN.INFO

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-3954-5

Nombre de pages : 344 p.

Prix public : 35 €

Année d'édition : 2024

Publication 2024 : un des ouvrages


JULIA KRISTEVA

RÉVOLTE ET RELIANCE


Sarah-Anaïs CREVIER GOULET, Keren MOCK, Nicolas RABAIN, Beatriz SANTOS (dir.)


Toujours en acte, la pensée de Julia Kristeva est à l'écoute des bouleversements de l'histoire, des théories et des disciplines, tout comme des enjeux contemporains et des questions éthiques. Conçue dans les mouvements de révolte et de reliance, elle prend ancrage au cœur de ce qui relie l'intime et le social-historique : là se trouve la force créative d'une œuvre protéiforme, dont le rayonnement dépasse cultures et disciplines.
L'exigence de la vision humaniste de l'autrice oblige à suivre l'héritage des Lumières : c'est en confrontant les points de vue que, dans le vaste ensemble de leurs enchevêtrements, la complexité se dévoile. De la signifiance au récit intertextuel, de l'inscription inconsciente aux limites de la vie, de la révolte adolescente à la violence des pouvoirs de l'horreur, des portraits littéraires aux expressions esthétiques et artistiques, du besoin de croire à la pulsion de savoir, les trois volets de cet ouvrage, issu du colloque de Cerisy tenu en 2021 (humanités, littérature, psychanalyse), permettront de considérer à sa juste mesure la singularité du parcours kristévien.
Sans pour autant prétendre à l'exhaustivité, les réflexions éclairées par le débat avec de nombreux penseurs, tant français qu'étrangers, permettront d'entretenir un dialogue privilégié avec celle qui se définit comme un "monstre de carrefours" et qui est assurément non seulement une personnalité hors pair, mais aussi l'une des intellectuelles les plus importantes de notre temps.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2021) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°681]


Ouvrage et articles à l'unité disponibles en accès payant sur CAIRN.INFO

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-2282-0

Nombre de pages : 548 p.

Prix public : 35 €

Année d'édition : 2024

Publication 2024 : un des ouvrages


RÉÉDITION


EDGAR MORIN

LES CENT PREMIÈRES ANNÉES


Claude FISCHLER, Pascal ORY de l'Académie française (dir.)

Avec la participation d'Edgar MORIN


Le 8 juillet 2021, Edgar Morin célébrait son centième anniversaire. Quelques jours auparavant, Cerisy accueillait un colloque qui lui était consacré : pendant huit jours, avec sa participation à distance, on a débattu de sa biographie et de son œuvre, examiné la réputation et l'influence d'un chercheur-penseur prolifique, d'un intellectuel présent dans les grands remous de l'histoire et les grands débats de société des années 30 jusqu'aux années 2020. Collègues, amis et collaborateurs mais aussi lecteurs inspirés ou critiques, interprètes ou analystes ont évoqué et discuté, entre eux ou avec lui, l'itinéraire et la pensée, les événements qui les ont influencés et instruits, qu'il s'agisse du livre Autocritique, de la revue Arguments, des ouvrages sur le cinéma et la culture de masse, de Chronique d'un été et de L'Esprit du temps, des enquêtes de terrain de Plozévet et de La rumeur d'Orléans, du Paradigme perdu et de La Méthode, d'Introduction à la pensée complexe ou de Pour une politique de civilisation… Un auteur transdisciplinaire, au point d'en être inclassable.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2021) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°666bis]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-3952-1

Nombre de pages : 350 p.

Prix public : 35 €

Année d'édition : 2024

ÉDITION D'ORIGINE

Edgar Morin : les cent premières annéesÉditeur : Hermann Éditeurs

Collection : Colloque de Cerisy

ISBN : 979-1-0370-2931-7

Nombre de pages : 350 p.

Prix public : 35 €

Année d'édition : 2023

Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°666]


Publications associées


Rapport d'étonnement

— Tous les rapports d'étonnement —


"UNE EXPÉRIENCE ENRICHISSANTE ENTRE PORTS ET PORTES"

PAR LÉO CUSIN


Du 4 au 10 septembre 2024, s'est tenu à Cerisy le colloque Ports et portes, sous la direction de Sabine Chardonnet-Darmaillacq, Pauline Detavernier, Perig Pitrou et Arnaud Serry. Voici le ressenti d'une "expérience enrichissante" selon Léo Cusin, étudiant en dernière année de bachelor Arts visuels (École de design et haute école d'art du Valais, ÉDHÉA à Sierre).

Léo Cusin, Theresa Bartinger, Nils Le Bot,
Roman Solé-Pomies, Damien Chardonnet

Assister à ce colloque interdisciplinaire m'a beaucoup intéressé car cela touchait à de nombreux domaines cousins se superposant avec une expertise certaine. Il est en outre impressionnant de découvrir à quel point la thématique "Ports et portes" met en lumière les crises et tensions politiques d'aujourd'hui.

Concernant l'ordre des présentations, je me suis demandé pour qui il était important de pouvoir discuter avec qui sur ces sujets de friction-clés. Cela a entraîné en moi une réflexion sur la forme idéale pour permettre aux personnes qui le souhaiteraient de se confronter à d'autres (présentation individuelle, table-ronde, débat, …). De plus, la densité du programme ne m'a pas empêché de tenir le rythme des présentations en restant concentré. Ce rythme élevé m'a tenu en haleine sans divagations.

Il aurait toutefois été agréable de disposer de temps supplémentaire pour bénéficier des ressources offertes par les lieux, notamment les publications passées et d'éventuelles promenades d'échanges. Par exemple, faire une présentation de la bibliothèque éphémère en plénière aurait peut-être permis d'étoffer les discussions connexes. À cet égard, c'est intéressant d'avoir l'opportunité de consulter toutes les publications à l'Est@minet à tout moment du colloque.

Aussi, j'ai apprécié l'éventail des dimensions portuaires abordées. Il m'intéresserait d'en savoir davantage sur la manière dont le port est réfléchi sur les continents éloignés, étant donné sa nature mondiale. Les perspectives de l'Océanie, l'Asie et l'Amérique, ont été notamment assez peu développées durant l'événement. Il m'a également manqué de pouvoir obtenir le point de vue des personnes qui travaillent directement à la base des lieux dont nous parlions (docks, navires, …).

Autrement, à mon arrivée, faisant partie de l'auditoire libre, il m'a fallu un petit moment avant de me sentir légitime pour prendre la parole ouvertement dans le cadre des présentations. J'ai de ce fait d'autant plus apprécié les moments de convivialité qui ont permis un échange naturel et spontané ainsi que de découvrir d'autres facettes des personnalités présentes.

En conclusion, ce séjour très agréable me permet de m'informer sur un sujet éloigné de manière globale et d'en comprendre les principales implications. Cela élargit toujours plus mes horizons de connaissances et m'aide à comprendre un peu plus la manière dont le monde fonctionne.

Je remercie donc chaleureusement toute l'équipe impliquée dans la réalisation de ce colloque qui me restera en mémoire.

Rapport d'étonnement

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"UNE RENCONTRE IMPROBABLE POUR DÉCOUVRIR LES CYCLES DE L'EAU"

PAR THÉOPHILE GERVAIS


Du 16 au 21 mai 2024, s'est tenu à Cerisy le colloque Vers des politiques des cycles de l'eau, sous la direction de Mathias Rollot et Marin Schaffner. Voici le retour d'un étudiant de la Fondation suisse d'études avec laquelle le CCIC a engagé un partenariat : Théophile Gervais, originaire de la région lausannoise et actuellement en cursus d'ingénierie mécanique à l'École Polytechnique de Zurich.

Théophile Gervais, Edith Heurgon

Il convient en premier lieu de remercier Edith Heurgon, sa famille et toute l'équipe d'organisation pour leur accueil qui est pour beaucoup dans l'agrément de ces quelques jours à Cerisy. Un grand merci à Marin Schaffner et Mathias Rollot ainsi qu'à tous les intervenants pour la richesse des interventions proposées durant ce colloque. Enfin je souhaite remercier la Fondation suisse d'études pour avoir rendu possible ma participation à cet événement.

Dans la continuité d'une tradition de plus d'un siècle, l'Association des Amis de Pontigny-Cerisy organise, dans le cadre magnifique du château de Cerisy-la-Salle (France), les Colloques de Cerisy. Ces rencontres s'articulent autour de sujets variés et réunissent à la fois des experts spécialisés sur le thème du colloque, des artistes, des chercheurs et, dans une moindre mesure, des auditeurs, venus par curiosité ou toute autre raison, comme cela a été mon cas.

Le colloque

Le colloque était dirigé par Marin Schaffner et Mathias Rollot. Marin Schaffner, ethnologue de formation, auteur et traducteur, codirige la collection de poche des éditions Wildproject. Il est aussi le fondateur du collectif pluridisciplinaire Hydromondes, inspiré par les idées biorégionalistes et dont le travail gravite autour des thèmes de l'eau et des bassins versants. Mathias Rollot est docteur en architecture, enseignant-chercheur à l'École nationale supérieure d'architecture de Grenoble, auteur et traducteur. Il a notamment traduit en français Dwellers in the Land : The Bioregional Vision de Kirkpatrick Sale qu'il considère comme l'ouvrage de référence du mouvent biorégionaliste. La toile de fond du colloque faisait largement écho au travail des deux directeurs, aux publications des éditions Wildproject et plus largement au mouvement biorégionaliste ainsi qu'à certains de ses penseurs-clés, notamment le poète américain Gary Snyder et la militante indienne Vandana Shiva. Plus spécifiquement, les différentes interventions étaient axées sur les thèmes des cycles de l'eau et des bassins versants. Bien que liées par un sujet commun, les natures des présentations étaient diverses allant de l'anthropologie à la géochimie, de l'architecture à l'ethnologie, sans oublier différentes performances artistiques. Une des caractéristiques partagées par la plupart des participants était un haut niveau d'éducation supérieure, ainsi qu'une certaine familiarité avec les concepts liés au biorégionalisme. Étaient représentés parmi les participants les environnements académique, artistique, militant, étudiant et associatif, les absents notables étant les entreprises et autres parties prenantes issues de l'industrie privée.


Retour d'expérience

La structure de colloque, alternant conférences-débats et excursions dans les alentours de Cerisy était très agréable et l'investissement que demande l'organisation et la coordination d'activités très diverses mérite d'être souligné. Les excursions en particulier ont eu un double effet positif sur le colloque, d'abord en appuyant le propos de ce dernier d'encourager un ancrage des individus et des communautés au sein de leur environnement naturel, et donc d'en connaître les particularités et les richesses, mais aussi d'éviter une approche trop scolaire permettant "d'aérer les esprits" et d'éviter le désengagement du public que risque d'apporter aux activités une constance de format et le lieu. Comme de nombreux participants, j'ai eu le sentiment que davantage de temps aurait pu être alloué aux échanges informels, mais j'estime que souvent dans ces circonstances, une forme de contrainte (dans ce cas-ci temporelle) oblige à une meilleure structuration des idées et mène à des discussions de meilleure qualité. Un autre aspect intéressant du colloque du point de vue des membres de la Fondation est de se confronter à la manière de réfléchir "à la française" qui présente des différences claires avec l'approche "suisse" des choses (par exemple dans le degré de pragmatisme et l'importance accordée à la faisabilité et à l'efficacité).

La diversité des approches soulevées vis-à-vis de l'intitulé du colloque représente selon moi la force mais aussi une forme de limitation de ces quelques jours à Cerisy. Une force puisqu'elle augmente la probabilité que des auditeurs puissent s'identifier au moins à un des propos avancés ou expériences partagées par les intervenants. Une force également dans la mesure où, au même titre que celle qui caractérisait la forme et le lieu des activités, la diversité du contenu permet d'éviter l'installation d'une routine et d'un éventuel ennui. Une faiblesse parce que le large éventail d'idées empêche dans une certaine mesure de progresser dans une direction définie (donnant le sentiment que, plutôt que d'avancer vers des politiques des cycles de l'eau, les idées irradiaient dans de nombreuses directions depuis les notions de cycles de l'eau). Nonobstant, et en dépit de l'intitulé du colloque, je ne pense pas que l'intention était d'arriver à des conclusions définissant une marche à suivre ferme et claire à propos desdits cycles de l'eau. Ainsi, cette "faiblesse" pourrait tout aussi bien être considérée comme une force (it's not a bug, it's a feature).

Les idées biorégionalistes m'étant inconnues, elles font donc partie des découvertes que m'a offert ce colloque. Je retiendrai en outre les différences drastiques de comportement entre un lit de rivière en fonction de son degré d'aménagement, ainsi que la mesure dans laquelle cet aménagement a été systématisé en Europe au point de faire oublier à une partie significative sinon majoritaire de la population à quoi ressemble un lit de rivière vierge de toute construction humaine.

Cependant, la leçon centrale de ces quelques jours reste pour moi la notion selon laquelle tenter d'analyser une idée au travers du prisme de son propre paradigme et de son propre ensemble de valeurs alors qu'il n'en est pas issu mène à l'incompréhension, l'approche davantage enrichissante étant de tenter de concevoir quel paradigme a conduit à l'éclosion de cette idée, en ayant comme but non de tomber d'accord avec l'autre, mais de le comprendre. Ces idées peuvent paraître évidentes au premier abord, mais seule l'expérience de la contradiction permet de les ancrer dans un esprit et une approche d'analyse des philosophies qui nous sont étrangères.

Conclusion

Ces quelques jours en Normandie ont été une expérience très enrichissante. La combinaison de la découverte d'un domaine de réflexion avec lequel je n'avais à titre personnel aucune familiarité, d'un contenu riche et varié ainsi que du cadre aussi splendide qu'accueillant, a donné tout son intérêt à ce colloque, et je recommande vivement aux membres de la Fondation en ayant la possibilité de participer à ceux qu'elle propose.

Témoignage

— Tous les témoignages —


"UN PLONGEUR À CERISY, UNE PREMIÈRE !"

RENCONTRE AVEC HERVÉ BERNARD


Du 4 au 10 septembre 2024 s'est déroulé le colloque Ports et portes sous la direction de Sabine Chardonnet-Darmaillacq, Pauline Detavernier, Perig Pitrou et Arnaud Serry. En voici un écho à travers le témoignage de Hervé Bernard, directeur de projets dans une agence d'architecture (CALQ), qui s'adonne à titre bénévole à la plongée sous-marine dans les bassins du port du Havre dans le cadre de l'association "Port Vivant", pour en faire découvrir la biodiversité et les subtils équilibres.

Hervé Bernard, Amelia Curd,
Sabine Chardonnet-Darmaillacq, Denis Corthésy


Vous êtes intervenu au cours du colloque, au titre de plongeur. C'est bien la première fois que j'en entendais un à Cerisy ! Pouvez-vous commencer par rappeler dans quel cadre vous pratiquez la plongée sous-marine ?

Hervé Bernard : J'en fais dans les bassins du port du Havre dans le cadre de "Port Vivant", une association créée en 2005 avec pour mission principale d'observer la biodiversité sous-marine et d'en dresser un inventaire et ce, durant toute l'année. Nous pouvons ainsi — c'est important de le préciser — en avoir une connaissance fine et saisonnière.


Vous nous avez donné à voir cette biodiversité à travers une communication illustrée de photos et une exposition. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle est d'une étonnante richesse…

Hervé Bernard : En effet ! Les bassins portuaires constituent des milieux à part entière. Des milieux eux-mêmes très divers puisqu'on distingue le milieu de l'herbier, le milieu rocheux, le milieu des éboulis, le milieu de la plaine océanique, le coralligène, etc. Sans oublier, bien sûr, le milieu portuaire, qui fait partie de ce qu'on appelle le paralique, le milieu marginal intermédiaire entre le milieu marin franc et le milieu continental. Bien qu'artificiel, un port est comme tout autre milieu riche d'une biodiversité spécifique. Sa richesse tend cependant à devenir "cosmopolite" sous l'effet des vidanges de ballast (le réservoir de navire rempli d'eau de mer pour lui permettre de naviguer la cale à vide, et qu'on libère dans le port quand on le charge de cargaisons) ou du fouling (la colonisation, d'un port à l'autre, de la coque des bateaux par des organismes vivants). Étant entendu qu'en sens inverse, le milieu portuaire exporte par les mêmes mécanismes des espèces endémiques. Ainsi des espèces du monde entier viennent s'y brasser, s'y mélanger. Notre inventaire ne peut donc être définitif ni prétendre à l'exhaustivité. De là les plongées que nous effectuons à intervalles réguliers, l'enjeu étant aussi de comprendre comment les nouvelles espèces vont s'insérer dans la chaîne alimentaire locale, le rôle que chacune va y jouer — un rôle qui peut être selon le cas négatif, positif ou neutre…


Ce faisant, vous avez mis en exergue une notion qui me semble avoir été reléguée au second plan (au profit notamment de celles de résilience ou d'adaptation), alors que, sous son apparence ordinaire, elle ouvre des perspectives intéressantes : celle d'"équilibre", qui était au cœur notamment de cette "physique œconomique" exhumée par l'historien Arnaud Orain, dans son ouvrage
Les savoirs perdus de l'économie. Contribution à l'équilibre du vivant (Gallimard, 2023) — une science soucieuse de maintenir un juste équilibre entre les ressources d'un milieu naturel et l'exploitation qu'en font les hommes, et dont il nous a parlé ici-même à Cerisy à l'occasion du colloque Université et créativité. L'idéal et l'impératif, qui s'est tenu du 5 au 11 juillet 2023. Je ne résiste donc pas à l'envie de vous faire réagir non sans m'amuser de constater que cette notion refait en quelque sorte surface depuis l'observation de milieux sous-marins…

Hervé Bernard : Cette notion est toute sauf anodine pour les naturalistes que nous sommes : notre mission est d'observer les espèces, animales et végétales, qui peuplent un milieu, qu'il soit terrestre ou marin. Naturellement, cette observation nous amène à comprendre ce milieu, son fonctionnement, et, à partir de là, les conditions de son équilibre. Qu'entend-on par là ? Un rapport de forces qui s'est stabilisé, en somme, jusqu'à ce que le milieu soit de nouveau perturbé avant de trouver un nouvel équilibre, et ainsi de suite. Donc oui, cette notion est importante. Elle nous paraît évidente quand on observe la nature sous l'eau, car on perçoit bien les bouleversements qui affectent la chaîne alimentaire, l'écosystème avant de déboucher sur de nouvelles formes d'équilibre. Naturellement, ces bouleversements proviennent de l'arrivée de nouvelles espèces exotiques, des activités portuaires — lesquelles ne sont pas étrangères à cette arrivée — au travers notamment des ballasts et du fouling que j'ai évoqués. À travers l'équilibre des écosystèmes, c'est celui entre l'homme et la nature qui se joue. À ce propos, je suis pour ma part resté fidèle à des lectures de jeunesse, qui pourront paraître désuètes, mais qui ne m'en ont pas moins marqué dans ma perception des choses.

De quelles œuvres littéraires s'agit-il ?

Hervé Bernard : Je pense en premier lieu au roman d'Ernest Hemingway, Le Vieil Homme et la Mer (publié en 1952), qui décrit merveilleusement ce terrible rapport de forces entre l'homme et la nature, ici l'océan, à travers la figure d'un vieux pêcheur cubain, Santiago, en lutte avec un gigantesque marlin au large du Golf Stream. Dans un premier temps, c'est lui qui semble devoir l'emporter. En réalité, il n'en est rien. La nature finit par renvoyer l'homme à sa vanité et son orgueil en le dépouillant du trophée de sa pêche : le marlin finit dévoré par des requins — étant trop grand, il n'avait pu être embarqué dans le bateau de Santiago. Bien plus, Hemingway met en exergue l'incompréhension des hommes entre eux, à travers ce couple de touristes, qui va à la rencontre de Santiago à son arrivée au port de pêche, après plusieurs jours de lutte avec les requins ; il lui demande ce qui a bien pu se passer avec son poisson. À quoi le pêcheur répond juste par un : "tiburon !", qui signifie requin en espagnol. Un des touristes n'a pas d'autre réaction qu'un : "Ah, je ne savais pas que les requins avaient un rostre", soit le prolongement pointu qui caractérise en réalité le marlin… Une manière subtile d'illustrer le fait que non seulement les hommes ne se comprennent pas, se méconnaissent, mais encore n'ont pas la même connaissance de la biodiversité.
Je ne résiste pas à évoquer une autre référence qui me tient à cœur : Le Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry. De quoi est-il question ? D'un enfant qui veut apprivoiser la nature à travers la figure du renard, lequel ne manque pas d'objecter que cela engagera la responsabilité de son maître. Manière de dire que nous autres humains ne pouvons prétendre en faire autant avec la nature en général, sans assumer nos responsabilités à son égard. Je pourrais encore citer les Fables de La Fontaine.
Toutes ces références littéraires vous paraîtront peut-être bien naïves, innocentes. Pour ma part, je trouve qu'elles délivrent des messages qui restent d'actualité, aujourd'hui plus que jamais à l'heure où les atteintes à la biodiversité n'ont jamais été aussi grandes. Mais après tout, n'est-ce pas à cela qu'on reconnaît des chefs-d'œuvre de la littérature, à cette capacité à traverser le temps, à être indémodables ? À parler à toutes les générations tout simplement parce qu'en définitive la nature humaine ne change pas, reste la même avec ses qualités et ses défauts dans ses rapports à la nature ?
Quel rapport avec la plongée sous-marine, me direz-vous ? Je dirai que cette littérature m'aide à prendre de la hauteur, en tout cas du recul par rapport à ce qui se joue dans ce rapport de forces entre les activités humaines, portuaires en particulier, et la biodiversité sous-marine.

Au cours de votre intervention, vous nous avez donné à voir cette biodiversité, mais aussi à entendre un florilège de noms et de mots précis pour désigner et décrire la moindre espèce… Non sans me remettre en mémoire le livre de Romain Bertrand, Le Détail du monde. L'art perdu de la description de la nature (Seuil, 2019), qui nous invite à réapprendre à bien nommer les choses, à nous re-familiariser avec la langue précise des botanistes et autres entomologistes, si on veut préserver la biodiversité — la solution ne pouvant reposer seulement sur des politiques publiques, des mesures ou des innovations techniques ; elle requiert aussi la capacité à bien nommer et décrire cette biodiversité…

Hervé Bernard : C'est exactement ça ! C'est parfois en observant la nature dans le détail, ses organismes vivants jusqu'aux plus petits, aux plus minuscules que l'on trouve des clés de compréhension de la vie. Aussi nous attachons-nous, mes amis plongeurs et moi, à observer le petit, le microscopique, en le considérant avec la même attention que le macro, l'énorme, autrement dit ce qu'on voit de prime abord, toujours dans ce souci de rendre justice à ce besoin d'équilibre qui caractérise le fonctionnement des milieux.


Qu’est-ce qui vous a personnellement prédisposé à vous lancer dans cette activité bénévole de plongeur ?

Hervé Bernard : Au sein de "Port Vivant", nous sommes effectivement tous des bénévoles, c'est important de le souligner. Si j'ai parlé jusqu'ici à la première personne, c'est d'abord en tant que membre d'un collectif que je tiens à témoigner…

D'ailleurs, vous n'êtes pas venu seul à Cerisy…

Hervé Bernard : Non, en effet, je suis venu avec Denis Corthésy, le président de l'association, à qui je veux au passage rendre hommage : il tient le flambeau à bout de bras. L'association a été créée à son initiative et à celle de Gérard Breton, qui nous a malheureusement quitté en 2020. Pour ma part, je l'ai rejointe en 2019 avec l'envie de m'inscrire dans leurs pas à tous deux. Je ne suis pas scientifique, encore moins biologiste — je travaille dans un cabinet d'architecture. Mais depuis que je suis petit, je suis passionné par la nature. J'ai trouvé dans la plongée sous-marine quelque chose que j'aime par dessus tout, à savoir la possibilité de traiter d'une question sans pouvoir prétendre en faire le tour. Avec la plongée sous-marine, j'ai le sentiment d'apprendre tous les jours. C'est aussi cela que je trouve formidable.

Un mot sur l'exposition que l'ancienne étable du château de Cerisy a accueillie et que vous avez présentée lors de son vernissage…

Hervé Bernard : C'est une exposition itinérante conçue en partenariat avec l'Inserm et Haropa, afin d'illustrer la diversité des écosystèmes que l'on rencontre dans les différents bassins du port du Havre, en fonction de leur salinité, leur éclairement et leur niveau d'eau.
Un panneau d'introduction rappelle l'importance historique et contemporaine de ce port créé sous François 1er. Les panneaux suivants font plonger le visiteur dans les bassins du port pour lui faire découvrir les caractéristiques de l'eau, des quais et de la vase environnante, ainsi que l'écosystème du plancton et des organismes fixés sur les quais. Ils rendent compte également des stratégies alimentaires des mollusques ainsi que de la diversité des crustacés et poissons qui habitent les eaux portuaires. D'autres panneaux présentent les associations écologiques et les populations humaines, passées et présentes, qui ont influencé et continuent d'influencer la vie autour du port. À travers cette exposition, nous espérons bousculer l'image négative associée habituellement à un port — un lieu où les eaux seraient polluées, mortes et, donc, dépourvues de biodiversité. En réalité, c'est bien un lieu vivant.

Un mot encore sur le cadre dans lequel s'est déroulé le colloque, un cadre éloigné des bassins portuaires… Je ne résiste pas néanmoins à l'envie de savoir si vous l'avez vécu comme un lieu propice à une autre forme de plongée, cette fois dans d'autres disciplines, d'autres pratiques professionnelles…

Hervé Bernard : Le parallèle est pertinent car, effectivement, j'ai eu l'impression d'avoir plongé dans un milieu pluridisciplinaire, où il s'est agi de se confronter à d'autres disciplines sinon d'autres points de vue, que le mien. On a aussi pu entendre une diversité d'acteurs du monde portuaire, dont je ne soupçonnais pas l'étendue. Cela étant dit, où que je sois, j'ai le sentiment d'être connecté à la nature, qu'elle soit sous l'eau ou à sa surface. Donc, non, je n'ai pas eu le sentiment d'avoir plongé dans un milieu totalement étranger. D'autant moins qu'ici, nous sommes environnés de nature. À peine vous sortez du château, vous vous retrouvez dans un parc magnifique. C'est dire si je me suis senti dans mon élément. Même en ville, j'arrive d'ailleurs à trouver dans le spectacle d'une simple toile d'araignée ou des poissons d'argent de nos salles de bain, des motifs d'émerveillement. Que voulez-vous, quand on est connecté à la nature, on l'est 24 h sur 24, 7 jours sur 7, par tous les temps, en tout lieu.

La cloche sonne… Vous savez désormais ce que cela signifie…

Hervé Bernard : Oui, la séance reprend et il nous faut donc regagner la bibliothèque (rire).

Propos recueillis par Sylvain ALLEMAND
Secrétaire général de l'AAPC

Publication 2024 : un des ouvrages


L'Écriture du malaise

L'ÉCRITURE DU MALAISE


Houria ABDELOUAHED, Jean-François CHIANTARETTO, Jean-Michel HIRT (dir.)


Comment de nos jours rester freudiens dans notre réflexion sur les maux de la civilisation ?
Seule aujourd'hui une écriture reliée à celle de Freud — mais sous quelle forme ? — nous permettrait-elle de questionner le système de pensées, étayé sur le langage de l'histoire, qui conditionne notre penser ? Et d'interroger dans le même mouvement ce qui dans l'état actuel de la culture, et donc de la psychanalyse, nous empêche de penser ?
Mais alors qu'en est-il lorsque l'écriture prend le malaise pour motif ? Comment le malaise dans la culture est-il articulé au malaise dans la cure ? Et en quoi cela viendrait-il spécifier l'écriture de l'analyste, par rapport à celle de l'écrivain ?
Des psychanalystes sont ainsi conviés à partager les questions de l'écriture quand celles-ci sont envisagées sous l'angle du travail de culture — comme possible transformation de la destructivité et de l'autodestructivité — et de ses empêchements.
Différentes figures du malaise contemporain sont ainsi abordées, notamment : dans l'identité (du sexe au genre), dans l'emprise du virtuel sur l'intime, la parole et les liens, dans la formation psychanalytique, dans le transfert et son écriture…


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2023) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°680]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Les Éditions d'Ithaque

Collection : Hors collection

ISBN : 978-2-490350-48-3

Nombre de pages : 286 p.

Prix public : 26,00 €

Année d'édition : 2024

Témoignage

— Tous les témoignages —


RETOUR SUR LE FOYER DE CRÉATION ET D'ÉCHANGES (2024) - PÉRIODE II

PAR SARA MARTOUZET & LAURA MONFLEUR


Du 2 au 16 août, s'est déroulé à Cerisy la seconde période du Foyer de création et d’échanges. En voici les témoignages rédigés par deux doctorantes de l'Université de Tours : Sara Martouzet (thèse sur "Sens et valeur du soin dans l'accompagnement des fins de vie associées aux prélèvements d'organes : approche de philosophie de terrain") et Laura Monfleur (thèse sur "Faire vivre et vivre la domination étatique. Géographie de l'autoritaire dans les espaces centraux du Caire postrévolutionnaire").

Élise Simon, Nazanin Ramezanian, Sara Martouzet, Laura Monfleur


Le séjour de deux semaines au Centre Culturel International de Cerisy (CCIC) a constitué une expérience déterminante pour l'avancement de ma thèse. Le cadre exceptionnel de Cerisy, véritable havre propice à la réflexion et à la concentration, a grandement facilité mon immersion totale dans l'écriture. Propices à la réflexion et à la concentration, le château et son parc ont joué un rôle crucial dans ma capacité à me plonger pleinement dans la rédaction. La tranquillité et la beauté du lieu, alliée à une ambiance studieuse, m'ont permis de considérablement augmenter ma productivité, grâce à de longues plages de travail ininterrompues, souvent impossibles à obtenir dans le quotidien. Concrètement, j'ai pu rédiger un premier jet de mon quatrième chapitre, tout en relisant, corrigeant et améliorant la forme des chapitres deux et trois au cours de ce séjour.

Nous étions quatre doctorantes à bénéficier de cette retraite, et la dynamique de groupe s'est avérée particulièrement enrichissante. Les échanges que nous avons eus ont non seulement favorisé une entraide mutuelle, mais ont également apporté un regard neuf grâce à la diversité disciplinaire et l'absence d'enjeux hiérarchiques réels ou symboliques. Ce fut également le cas des interactions avec les membres du Foyer de création et d'échanges, ainsi qu'avec les participants aux colloques. Nos discussions ont largement dépassé le cadre de nos recherches, abordant des perspectives professionnelles, des stratégies d'écriture et de recherche, des actualités scientifiques à venir, ainsi que des contacts potentiels pour la constitution d'un jury de thèse. À titre d'exemple, mes échanges avec Mme Natalie Depraz ont été fructueux, notamment en ce qui concerne la clarification des attentes pour la qualification en section CNU 17.

En parallèle de nos sessions de rédaction, j'ai eu l'opportunité d'assister à quelques interventions de colloques, notamment celui organisé par M. Hervé Breton sur le thème Histoire de vie, récits et savoirs expérientiels en formation et santé. Ces interventions ont élargi mes perspectives méthodologiques, m'incitant à prendre du recul pour envisager le domaine de la santé et le milieu médical sous d'autres angles et à travers d'autres outils méthodologiques. Si j'utilise principalement l'entretien semi-directif, l'approche de l'entretien d'explicitation de Pierre Vermersch, présentée lors de ce colloque, m'a permis d'approfondir ma compréhension des limites et apports de ma propre méthodologie, tout en la situant et la défendant face à d'autres approches. Les échanges informels avec les chercheurs présents ont également nourri certaines pistes que je compte approfondir dans ma thèse, et m'ont permis d'en défendre d'autres ou d'envisager de nouveaux sujets de recherche pour un postdoctorat.

Un autre temps fort de ce séjour a été le projet de création "Lire avec les vivants : les oiseaux". Bien que sans lien direct avec mes travaux, il m'a offert une véritable parenthèse de ressourcement. Si l'équilibre entre la rédaction de ma thèse et la participation à ce projet a parfois été délicat à maintenir, cela a surtout favorisé une harmonie entre mon travail intellectuel et l'immersion dans la nature, propice à une sérénité mentale indispensable à la réflexion et à l'écriture. La thématique a également constitué une porte d'entrée pour la découverte du château, du parc, et plus largement de la Normandie lors des excursions commentées. La perspective d'un prochain Foyer axé sur les chants d'oiseaux et la musique m'enthousiasme, les oiseaux m'ayant sensibilisée aux lieux durant ces deux semaines, et la musique occupant une place importante à côté de mon travail de thèse.

En somme, cette retraite à Cerisy a non seulement permis une avancée significative dans l'écriture de ma thèse, objectif initial du séjour, mais elle a également été le lieu de rencontres et d'échanges formels et informels enrichissants, dont les effets se prolongent encore aujourd'hui.

Sara MARTOUZET


Actuellement dans la rédaction du manuscrit de ma thèse, j'ai eu la chance d'avoir une bourse pour me rendre au Foyer de Cerisy pour deux semaines. J'ai pu écrire une partie d'un chapitre mais aussi me replonger dans certaines lectures et surtout composer les idées de mon introduction générale. En effet, les deux semaines à Cerisy m'ont permis de prendre du recul sur ce que j'avais déjà écrit et d'avoir une vue d'ensemble de ma thèse. Dans l'ensemble, le Foyer me paraît être une bonne occasion pour tous les doctorants, même s'ils ne sont pas dans la phase de rédaction et finalisation de leur manuscrit.

Si le lieu se prête à une écriture et une réflexion intenses, c'est qu'il est une pause loin des contraintes de la vie quotidienne. On y est reçu dans les meilleures conditions : les chambres sont confortables, les repas sont délicieux et très équilibrés, les espaces de travail sont nombreux et vastes. Le parc ainsi que les chemins alentours offrent un très beau cadre pour des pauses réflexives ou contemplatives. L'équipe du secrétariat, des cuisines, des bénévoles — leur efficacité, bienveillance et joie de vivre — participe énormément à faire de ce lieu un cadre parfait. Venant à Cerisy pour la première fois, je ne connaissais pas du tout le site et son fonctionnement : j'ai pu être aiguillée et aidée dès que j'avais une question. Les visites du parc ou du château permettaient de s'approprier très vite le domaine. Il est, à mon sens, très rare dans la vie d'un doctorant — et je dirai même d'un chercheur — de pouvoir travailler dans un tel lieu.

Être avec les autres membres du Foyer était une source d'inspiration. Le fait d'être avec non seulement d'autres doctorantes, mais aussi des écrivains, chercheurs, professeurs permettait des échanges fructueux. Il me semble nécessaire de maintenir cette diversité des membres pour ne pas faire de ce Foyer uniquement une résidence doctorale. Entendre le travail respectif de chacun me permettait à la fois de penser à autre chose par rapport à la thèse, mais aussi d'y revenir avec de nouvelles idées. Un moment que j'ai particulièrement apprécié : l'atelier d'écriture sur les oiseaux organisé par l'auteure Paule Brajkovic. Le fait que nous puissions aussi nous rendre aux conférences et ateliers des colloques est également très appréciable : j'ai pu me rendre à une conférence très intéressante sur les micro-récits et la micropolitique où les idées et références étaient très proches des miennes malgré deux approches et disciplines différentes, j'ai pu assister à un atelier de micro-phénoménologie et découvrir l'entretien d'explicitation. Ces rencontres n'auraient pas été possibles ailleurs.

Je dois avouer que je n'ai pas appréhendé au début ce Foyer comme étant l'occasion de réaliser un objet de médiation culturelle, surtout avec un sujet sur les oiseaux, très éloigné de mes compétences de recherche. J'ai néanmoins pu m'investir progressivement après l'arpentage avec Monsieur Jean Collette qui nous a parlé de son territoire dans la vallée de la Sée. J'ai beaucoup appris sur les oiseaux et cela a nourri mon intérêt et mon imagination. Je pense que faire deux arpentages avec des spécialistes du thème collectif est une bonne idée : le premier dès le début pour apprivoiser le thème collectif, un deuxième éventuel au début de la deuxième semaine pour relancer le processus de création. J'ai pu ainsi contribuer à mon humble niveau au cahier collectif regroupant les textes, dessins, photographies réalisés par les membres du Foyer, en proposant une calligraphie en arabe qui représentait pour moi les idées les plus marquantes de l'arpentage. Ce cahier est une excellente idée pour créer collectivement et garder une trace de notre expérience au Foyer.

Je serai ravie de pouvoir continuer cette dynamique collective, en mettant une petite pierre à l'édifice (une carte, un dessin, un texte) si l'idée d'un objet de médiation culturelle était lancée pour le Foyer de l'année prochaine, en particulier si des spécialistes et artistes accompagnent ce projet. Je pense en effet revenir pour rédiger un article qui sera issu d'un de mes chapitres de thèse à destination d'une revue scientifique. J'aurai normalement soutenue ma thèse courant du mois de mai.

Laura MONFLEUR

Témoignage

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RETOUR SUR LE FOYER DE CRÉATION ET D'ÉCHANGES (2024) - PÉRIODE I

PAR HECTOR JENNI


Du 15 au 30 juillet, s'est déroulé à Cerisy la première période du Foyer de création et d’échanges. En voici un témoignage rédigé par Hector Jenni, doctorant en littérature française à l'ED 120 de l'Université Sorbonne Nouvelle et dont la thèse porte sur : "Les formes esthétiques de la conflictualité politique dans le rap français (1994-2024)".

Hector Jenni et Ona Balló Pedragosa


J'ai participé au premier séjour du Foyer de création et d'échanges organisé par le Centre Culturel International de Cerisy à l'été 2024, au cours de la deuxième quinzaine du mois de juillet. Cette participation m'a été permise par l'obtention d'une bourse de rédaction de fin de thèse proposée par France Universités.

Nous étions cinq participants et participantes : trois doctorants — une doctorante en histoire de l'art, une doctorante en études industrielles et moi-même, doctorant en littérature française sur la rhétorique du rap français —, et deux autres participants non-universitaires, inscrits au Foyer pour avancer leurs productions littéraires personnelles et participer aux colloques qui se tenaient à Cerisy pendant la même période.

J'ai entendu parler du Foyer de création et d'échanges de Cerisy par mon directeur de recherche, Xavier Garnier, professeur des universités en littératures françaises et francophones à la Sorbonne Nouvelle. Il m'a conseillé de candidater à la bourse proposée par France Universités, qui permet aux lauréats sélectionnés de profiter d'une quinzaine de jours de résidence au Foyer de Cerisy au cours de l'été, afin d'avancer la rédaction de leur thèse. Cette bourse prend en charge les frais d'hébergement et de restauration — les frais de blanchisserie et de transports étant à la charge du boursier.

Je ne connaissais pas le Centre Culturel International de Cerisy, bien que je connaissais la plupart des grands noms du monde littéraire et philosophique passés par ces lieux depuis les années 50. J'étais donc à la fois excité et curieux de profiter de ce lieu où d'autres avaient demeuré avant moi, et enthousiaste à l'idée de rencontrer les autres personnes inscrites en même temps que moi au Foyer. En restant deux semaines entières, j'ai pu en outre cohabiter avec les équipes de deux colloques différents : un colloque autour de l'œuvre du philosophe Michel Guérin, en présence de l'intéressé, et un colloque sur les enjeux de traduction, avec des participants internationaux.

Sur place, j'ai consacré la plupart de mon temps au Foyer à rédiger ma thèse — une trentaine de pages sur deux semaines, ce qui correspond à peu près à mon rythme de rédaction habituel, les jours où je me consacre exclusivement à ce travail. Un des avantages du Foyer est de proposer des repas à heure fixe, en compagnie des équipes de colloques présentes, ce qui constitue un cadre matériel particulièrement confortable. Le domaine en lui-même, un château avec ses dépendances, présente un environnement propice à la concentration et à la tranquillité d'esprit. La régularité du rythme de vie collective permet d'avancer sereinement dans le travail, sans se préoccuper des nécessités matérielles : un avantage non-négligeable ! Un deuxième avantage réside dans le fait de rencontrer et d'échanger sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avec des personnalités issues du même monde universitaire, qu'elles soient co-inscrites au Foyer ou appartenant aux équipes colloquiales, toujours unies par un intérêt commun pour la chose intellectuelle, culturelle et artistique. Les échanges ont donc été fructueux et ont donné naissance à des amitiés qui se sont prolongées au-delà du cadre du Foyer.

Cette année, le Foyer comportait également une thématique, celui du chant des oiseaux : il était en effet possible pour les participants du Foyer de profiter de leur temps de résidence sur place pour développer un projet de mise en valeur des différentes espèces d'oiseaux présentes sur le domaine à cette période de l'année. Nous avons donc fait le choix collectif de tenir un Carnet des oiseaux de Cerisy, dans lequel nous avons identifié les différentes espèces présentes au mois de juillet sur le site, à partir de l'utilisation de l'application gratuite Merlin Bird, qui permet de reconnaître les variétés d'oiseaux en fonction de leur chant, capté par le micro du téléphone. Nous avons alors repéré une dizaine d'espèces d'oiseaux différentes que nous nous sommes réparties pour leur consacrer une page dans le carnet commun. Ce carnet alterne ainsi entre évocation poétique des oiseaux, descriptions zoologiques et écologiques de ceux-ci et croquis divers de ces espèces. Le carnet a également pu trouver d'autres participants ici et là, parmi les personnes qui ont manifesté un intérêt particulier pour le projet, en s'y investissant ponctuellement.

L'alternance entre travail de rédaction sur un sujet très spécifique et développement d'un projet commun apportait un équilibre précieux au séjour dans le Foyer. Enfin, à plusieurs reprises, nous avons organisé, avec les autres participants, des moments d'échanges plus ou moins formalisés autour de nos sujets de thèse respectifs : à ce titre, j'ai pu présenter un morceau de rap aux autres membres du Foyer, en en expliquant la teneur rhétorique et politique. Nous avons ainsi pu procéder à un échange collectif autour des formes de rap, de leur rhétorique et de leur style, de leur aspect conflictuel voire violent, et de la possibilité d'interpréter ces éléments-là sur le mode de la revendication ou de la subversion politique. Les différents participants ont apporté des réflexions pertinentes, qui m'ont permis de revoir certaines positions qui étaient devenues des évidences pour moi au cours du long travail de thèse. Nous avons aussi procédé à des présentations et des échanges similaires concernant le travail des autres participants au Foyer, avec des résultats que j'imagine tout aussi fructueux pour eux.

Je recommande donc sans réserve la participation au Foyer de création et d'échanges du Centre Culturel International de Cerisy, permise par la bourse accordée par France Universités : il s'agit d'une expérience à la fois efficace sur le plan du travail universitaire, stimulante sur le plan des sociabilités académiques et impérissable sur le plan des expériences humaines.

Hector JENNI

Témoignage

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"RESSENTIS D'UNE DOCTORANTE SUR SA PARTICIPATION AU FOYER"

RENCONTRE AVEC ONA BALLÓ PEDRAGOSA


Cette année, la cinquième édition du Foyer de création et d'échanges se déroulait durant deux périodes de quinze jours (du 15 au 30 juillet et du 2 au 16 août) avec pour thème les oiseaux. Pour la première fois, il accueillait cinq jeunes doctorants, bénéficiant d'une bourse allouée par France Universités, pour couvrir leurs frais de séjour. En voici un écho avec le témoignage d'Ona Balló Pedragosa, espagnole, qui poursuit à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble (ENSAG) une thèse intitulée "Le son qui reste : l'espace sonore des églises des Pyrénées catalanes". Elle témoigne à l'issue de la première semaine de sa "résidence", au cours de laquelle se déroulait en parallèle le colloque Figures de Michel Guérin.

Hector Jenni et Ona Balló Pedragosa


Pouvez-vous pour commencer rappeler comment vous en êtes venue à vous lancer dans une thèse sur "l'espace sonore des églises des Pyrénées catalanes" ?

Ona Balló Pedragosa : L'origine de ma thèse a probablement à voir avec ma première expérience esthétique : enfant, j'avais visité avec ma classe, le Musée national d'art de Catalogne, à Barcelone — un passage obligé pour les élèves de toutes les écoles de la ville. Parmi les œuvres qui y étaient exposées (et qui le sont encore) : des peintures murales des XIe-XIIIe siècles, provenant d'églises des Pyrénées catalanes, de l'Andorre et, pour certaines d'entre elles, de l'Aragon. Cette visite m'avait impressionnée : elle nous faisait passer d'une peinture murale à l'autre en traversant des galeries, les espaces reconstituant la forme des absides. Les fresques elles-mêmes sont impressionnantes : elles représentent une foule d’animaux fantastiques dans un mixte de cultures païenne et chrétienne. Elles possèdent un style unique, difficilement comparable à d'autres représentations que l'on peut trouver dans d'autres églises en Espagne ou dans le reste de l'Europe.

Comment se sont-elles retrouvées dans le Musée national d'art de Catalogne ?

Ona Balló Pedragosa : Elles y ont été installées au fur et à mesure à partir de 1920, sur décision du gouvernement catalan pour les protéger contre le risque qu'elles ne quittent le territoire : au début du XXe siècle, ces peintures murales étaient prisées de collectionneurs américains qui allaient jusqu'à organiser des excursions et négocier leur achat auprès des prêtes qui officiaient encore dans ces églises. Elles étaient alors extraites en recourant à la technique du strappo. Des ensembles picturaux, comme celui de Santa Maria de Mur par exemple, se sont ainsi retrouvés dans des musées — celui des Beaux-Arts de Boston en l'occurrence. À l'époque, on n'était pas encore aussi sensible au patrimoine. Le gouvernement catalan a fini par prendre une mesure radicale : rapatrier toutes les pentures murales encore existantes dans les Pyrénées dans le Musée national en y dédiant un espace. Ironie de l'histoire : il recourut aux mêmes artisans intervenus pour les besoins des collectionneurs américains…
Dès les années 1920-30, ces peintures ont fait l'objet d'études iconographiques, mais dans le contexte du musée. Or, quand on les observe, on ressent que quelque chose manque. D'emblée, j'ai perçu qu'elles devaient avoir aussi à voir avec l'environnement sonore des églises où elles avaient été réalisées. C'est comme cela que j'en suis venue à les étudier, dans le cadre de ma thèse, au regard de leur environnement sonore original. Un environnement dans lequel j'inclus, bien sûr, l'acoustique intérieure, mais aussi la tradition orale nourrie de légendes villageoises avec leurs chansons, appelées "goigs", ainsi que les sons de l'activité quotidienne comme ceux liés aux pâturages. Tout cela a survécu jusqu'à nos jours de sorte qu'on peut encore l'entendre. En somme, c'est un voyage inversé à celui que les peintures ont réalisé, il y a un siècle, que j'entreprends non sans certaines difficultés.

Lesquelles ?

Ona Balló Pedragosa : La principale tient au fait que la plupart de ces églises sont fermées, quand elles ne sont pas presqu'en ruine. Il faut trouver la personne qui en possède la clé. Une bonne chose au demeurant. D'abord parce que cette personne, le plus souvent, ne manque pas de vous renseigner à son sujet. Surtout, quand elle pénètre l'église tout en poursuivant ses explications, elle l'active au plan sonore.
Parmi les sons qu'on peut y entendre, j'en étudie certains tout particulièrement, ceux qui se sont maintenus jusqu'à aujourd'hui, comme par exemple ceux produits par un troupeau de brebis, qui passent devant pour aller paître dans une prairie située à l'arrière d'une église. Le berger vit dans la maison qui appartient à sa famille depuis 1540 ou 1640 — il y a encore un doute sur l'acte de propriété. Toujours est-il que le son qu'on entend à leur passage est celui qui a été entendu durant plusieurs siècles…

Précisons que vous êtes, au sein de l'ENSAG, rattachée au Cresson — le Centre de recherche sur l'espace sonore et l'environnement urbain. Un centre que nous connaissons bien — son précédent directeur, Nicolas Tixier, a dirigé plusieurs colloques à Cerisy, en plus d'être administrateur de l'Association des Amis de Pontigny-Cerisy. Est-ce le fait d'être au Cresson qui vous a incitée à choisir votre sujet de thèse ou lui qui vous a amenée à rejoindre ce centre de recherche ?

Ona Balló Pedragosa : C'est mon intérêt pour le son qui m'y a amenée. Ce centre de recherche correspondait à mon souhait de combiner une approche à la fois théorique et de terrain, avec l'intuition que la prise en compte de l'environnement sonore des églises des Pyrénées catalanes permettrait d'en appréhender les peintures murales différemment. J'ai contacté Nicolas sur les conseils de Naïm Aït-Sidhoum, réalisateur et producteur de cinéma grenoblois. Nicolas m'a proposé de faire préalablement un séjour au Cresson pour s'assurer que je trouverais bien ma place dans son centre de recherche. Ce qui a été le cas. J'ai pu ensuite l'intégrer comme doctorante grâce à la bourse doctorale de La Caixa décrochée voici quelques mois. Si ma thèse a débuté officiellement en décembre 2023, en réalité, cela fait deux ans que je travaille sur ce sujet — jusqu'à alors, c'était plus pour le plaisir.

Et c'est ce qui vous vaut d'être aujourd'hui au Foyer, en bénéficiant d'une autre bourse couvrant vos frais de séjour. Vous découvrez donc Cerisy à cette occasion…

Ona Balló Pedragosa : Non, j'y étais déjà venue, l'an passé, à l'occasion du séminaire Comment sonne le monde. L'art infini de la radio, que Nicolas avait coorganisé dans le cadre d'un programme européen. Des intervenants de différentes nationalités — finlandaise, grecque, … — y avaient participé. Nicolas m'a proposé de présenter mon projet de thèse. Nous avons profité de ce séjour à Cerisy pour monter le dossier de demande d'une bourse doctorale.

La découverte de Cerisy avait-elle été l'occasion d'une autre expérience esthétique ?

Ona Balló Pedragosa : Oui ! (rire). Et pour faire transition avec le sujet du Foyer, j'avais été impressionnée par la qualité des chants d'oiseaux que l'on peut entendre en se baladant dans le parc. Une sensation que j'avais éprouvée la première fois que je suis allée dans les Pyrénées catalanes, pour les besoins de ma visite des églises. À ceci près qu'à Cerisy, on ressent une coupure nette selon qu'on est à l'extérieur ou à l'intérieur du château. Lors du séminaire, nous avions d'ailleurs organisé, chaque soir, des séances d'écoute dans des pièces différentes. Une expérience qui m'a convaincue de la reproduire dans les églises.

Un mot sur le Foyer, un dispositif qui tranche avec le principe des colloques comme du séminaire : il s'inspire de la résidence d'artiste ou de recherche à ceci près que les résidents sont invités à consacrer du temps à un travail collectif, en parallèle à la poursuite de leur projet personnel… Même si vous n'êtes qu'à la moitié de votre parcours, quel retour d'expérience voudriez-vous partager ? En quoi est-il utile par rapport à votre démarche de doctorante ?

Ona Balló Pedragosa : Il m'est utile en ceci qu'il me permet de me mettre en mode méditation. C'est ainsi que je le vis en tout cas. Il est vrai que le lieu mis à notre disposition — le hall de l'Orangerie avec ses baies vitrées qui donnent sur le parc —, nous permet de travailler dans le calme, loin du bruit qui fait notre quotidien. Cela fait à peine cinq jours que je suis arrivée et je sens déjà, petit à petit, une focalisation de mon attention sur mon travail de thèse. Bref, c'est le cadre idéal pour travailler sans pour autant s'isoler : le Foyer est propice à des échanges avec les résidents comme avec les participants au colloque qui se tient en parallèle.

Actuellement, le Foyer compte un deuxième doctorant, en la personne de Hector Jenni dont la thèse porte sur les "Formes esthétiques de la conflictualité dans le RAP français" [à l'Université Sorbonne Nouvelle]. Échangez-vous autour de vos travaux de thèse ?

Ona Balló Pedragosa : Oui, et c'est un autre intérêt de ce Foyer. Au début, nous avons commencé à travailler chacun de notre côté. Petit à petit, nous nous sommes rendus compte que nous aurions intérêt de mettre à profit le fait de travailler sur la même table, à l'Orangerie, pour faire des points sur là où nous en étions. Nous avons poussé la rigueur jusqu'à rédiger et signer une sorte de contrat dans lequel nous nous sommes fixés des objectifs à atteindre au terme du Foyer, en nous engageant à les montrer à l'autre. Maintenant, il nous faut nous y tenir (rire).

Incroyable ! Un vrai défi quand on sait les mille et un motifs de distraction du fait de ce colloque qui se tient en parallèle et de ce que vous partagez les repas avec ses participants…

Ona Balló Pedragosa : Je ne pense pas qu'on travaille mieux en se coupant de tout échange, même quand il s'agit d'un projet d'écriture. Et puis ce colloque en parallèle a été l'occasion de vivre une soirée à laquelle je ne m'attendais pas, mais qui enrichira très certainement mon travail de thèse : je veux parler de ce "concert d'improvisation musicale et vidéographique", au grenier du château, proposé par Pierre Sauvanet [codirecteur du colloque] et Stéphane Abboud [vidéaste] avec des instruments de percussion. J'y ai vu une piste pour activer l'espace sonore des églises. Ce n'est pas tout, les mouvements des mains de Pierre étaient filmés et projetés sur un écran, donnant l'impression d'un film en train de se faire sous nos yeux, au rythme de la performance. Une démarche à laquelle j'ai totalement adhéré. J'ai pu ensuite en discuter avec Pierre. Nul doute que cette rencontre aura été décisive pour la suite de ma thèse. Donc, oui, j'apprécie cette formule du Foyer qui nous offre l'opportunité de côtoyer d'autres univers.

Sans exclure la possibilité de poursuivre les échanges au-delà de la durée du Foyer…

Ona Balló Pedragosa : En effet. D'ailleurs, une des participantes au colloque, Sabine Forero Mendoza, m'a proposé d'intervenir à un colloque qui se tiendra à l'Université de Pau, sur le thème du renouvellement de l'expérience du spectateur au musée au travers de nouveaux médias. C'est très proche de mon sujet de thèse, car je me pose la question de savoir jusqu'où on peut transporter la dimension sonore des églises des Pyrénées catalanes, si on n'en est pas réduit à la transposer. C'est en tout cas une question que je pourrais creuser dans la perspective de cet autre colloque.

Si je vous entends bien, vous conseilleriez donc à des doctorants de vivre cette expérience du Foyer ?

Ona Balló Pedragosa : En fait, tout dépend du moment où on se trouve dans son travail de thèse, un long voyage s'il en est. Cela étant dit, il se trouve que Hector et moi en sommes à des stades différents : lui est en train de la finir, tandis que, moi, je la commence. Pour l'heure, je suis encore dans un moment d'ouverture. Mais j'ai l'impression que même dans le moment de clôture, durant lequel il faut achever la rédaction de sa thèse, il peut être utile d'expliquer ce qu'on fait en le clarifiant préalablement à l'oral avant de passer à l'écriture. C'est en tout cas ainsi que procède Hector : il me "raconte" ce qu'il a en tête, avant même d'avoir entrepris de l'écrire. Je trouve intéressant ce passage préalable par la parole. Ce qui suppose de pouvoir échanger. C'est précisément ce que permet le Foyer de création et d'échanges.

Propos recueillis par Sylvain ALLEMAND
Secrétaire général de l'AAPC