Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


Colloque reporté

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque a été reporté aux dates suivantes : du lundi 6 septembre au vendredi 10 septembre 2021 [en savoir plus].

La direction du CCIC


LE THÉÂTRE DES GENRES DANS L'ŒUVRE DE MOHAMMED DIB


DU MARDI 1er SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 5 SEPTEMBRE (14 H) 2020

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Charles BONN, Mounira CHATTI, Naget KHADDA


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Zineb ALI-BENALI, Guy BASSET, Sabeha BENMANSOUR, Reda BENSMAÏA, Charles BONN, Denise BRAHIMI, Mireille CALLE-GRUBER, Mounira CHATTI, Ali CHIBANI, Assia DIB-CHAMBON, Guy DUGAS, Naget KHADDA, Fritz-Peter KIRSCH, Abdellah ROMLI, Hervé SANSON, Habub TENGOUR, Mourad YELLES


ARGUMENT :

L'œuvre de Mohammed Dib, principal écrivain algérien francophone avec Kateb Yacine, a trop souvent été déformée par des lectures de circonstance. On n'a ainsi perçu que tardivement que cette œuvre était d'abord une réflexion originale et sans cesse renouvelée sur les pouvoirs du langage face au défi de l'indicible.

Le colloque tentera de montrer que cette réflexion passe d'abord par une mise en scène des langages, et principalement des genres littéraires, entre lesquels cette œuvre est en constante alternance, à l'intérieur même des textes. Genres soumis par cette théâtralisation à une sorte de distanciation qui amène le lecteur à leur prêter parfois autant d'attention qu'aux thèmes qu'ils développent. Mais il permettra également de montrer que les "genres", au sens sexuel cette fois, sont aussi un de ces langages que l'œuvre de Dib théâtralise, et qu'on peut ainsi, malicieusement, traiter en parallèle avec les genres littéraires et leurs jeux de séduction.


MOTS-CLÉS :

Conte, Dib (Mohammed), Essai, Genre littéraire, Insignifiance, Intertextualité, Intratextualité, Langage, Lecture critique, Littérature francophone, Oralité, Photographie, Poésie, Roman, Sens, Théâtre


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mardi 1er septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 2 septembre
Matin
Charles BONN, Mounira CHATTI & Naget KHADDA : Introduction

SCÉNOGRAPHIE ET THÉÂTRALISATION DES GENRES LITTÉRAIRES — Modérateur : Charles BONN
Naget KHADDA : Propositions pour penser une esthétique de l'abstraction
Hervé SANSON : La nébuleuse de La Fiancée du printemps : construction et déconstruction du mythe
Mounira CHATTI : Simorgh de Mohammed Dib : les bocages du genre et du sens

Après-midi
LA QUÊTE ÉPERDUE DES FORMES ET DU SENS — Modératrice : Naget KHADDA
Mireille DJAÏDER : Alchimie du langage et "nostalgie du sens"
Manel ZAIDI AIT-MEKIDECHE : L'œil Cosmique et l'Ouïe : hypostases dibiennes
Anna ZOPPELLARI : Mohammed Dib : images de l'ailleurs entre motif thématique et littérature de voyage


Jeudi 3 septembre
Matin
LA GÉNÉRATION DU TEXTE : INTERTEXTUALITÉS ET DÉCONSTRUCTIONS DES FORMES — Modératrice : Zineb ALI-BENALI
Lucy STONE McNEECE : L'écriture de Mohammed Dib : La plume comme un pinceau
Regina KEIL-SAGAWE : Lyyli… des 4 saisons — les correspondances du genre, entre poème et prose
Abdellah ROMLI : L'intratextualité dans l'œuvre dibienne : une question de vie ou de mort

Après-midi
THÉÂTRALITÉ ET ÉCRITURE ROMANESQUE — Modératrice : Regina KEIL-SAGAWE
Amel MAAFA : De la polyphonie théâtrale à la narration romanesque. Le cas de Mille hourras pour une gueuse et de La danse du Roi de Mohammed Dib
Hanane LAGUER : La théâtralité du geste dans L'infante maure : outil de scénarisation de l'oralité
Nasrin QADER : Le théâtre de l'écrit : jouer avec/jouer de…


Vendredi 4 septembre
Matin
L'ÉCRITURE, LE VISUEL ET LE SONORE — Modérateur : Abdellah ROMLI
Maya BOUTAGHOU : Les paysages visuels et sonores de Mohammed Dib
Lamia OUCHERIF : L'écriture du "visuel"
Toufik HADJI : Mohammed Dib se ressource, en écriture et en photographie, dans une ville plurielle : Tlemcen

Après-midi
LA POÉSIE SUBSUME LE THÉÂTRE DES GENRES — Modératrice : Mounira CHATTI
Zineb ALI-BENALI : La construction du genre dans l'œuvre dibienne : l'importance du poème
Mohammed Ismaïl ABDOUN : Peut-on parler d'une poétique dibienne ?


Samedi 5 septembre
Matin
LA VALSE DES INTERACTIONS GÉNÉRIQUES : ENTRE EXISTENCE ET HÉRITAGE — Modérateur : Hervé SANSON
Ines KREMER : Autobiographie et exil dans l'œuvre de Mohammed Dib
Guy BASSET : Le tissage des traditions

Charles BONN, Mounira CHATTI & Naget KHADDA : Conclusion

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Mohammed Ismaïl ABDOUN : Peut-on parler d'une poétique dibienne ?
La poésie de Dib passe pour être difficile d'accès, voire hermétique. Il s'agirait alors, à travers les débats entre spécialistes, de dégager les caractéristiques spécifiques — la singularité — de l'écriture poétique dibienne, sur les plans aussi bien thématiques que prosodiques et rythmiques. En un mot, jeter les bases, ou les prémisses, d'une poétique dibienne pour lever enfin l'hypothèque qui pèse sur la lecture de sa poésie.

Mohammed Ismaïl Abdoun est maître de conférences à l'Institut des langues étrangères de l'université d'Alger - Bouzaréah.
Publication
Lecture(s) de Kateb Yacine, Casbah, 2007.

Zineb ALI-BENALI : La construction du genre dans l'œuvre dibienne : l'importance du poème
Une lecture des textes dibiens dans la perspective des questions de genre est-elle possible ? Pour le poète Dib, la femme est porteuse du rêve de liberté et de l'élan qui l'anime. Elle est (la mère, l'aimée, l'enfant…) celle qui inspire et dit un verbe de profonde vérité. Pour l'écrivain attentif à ce qui se passe dans sa société, puis dans les sociétés de l'ailleurs, les relations entre les hommes et les femmes s'inscrivent dans une histoire, sociale et politique, héritière d'un patriarcat qui sait s'adapter. Mais cette histoire est aussi celle d'un mouvement de changement et de création d'inédit.

Guy BASSET : Le tissage des traditions
L'œuvre de Dib comporte un volume rassemblant cinq contes algériens, qui paraît peu de temps après l'installation de Dib en métropole en 1959 et quelques autres contes parus principalement en revues, ou même certains qui sont restés inédits. Cette face méconnue de son œuvre la traverse souterrainement d'un bout à l'autre et entretient avec ses fictions des relations étroites. Dib n'hésite pas à faire référence de temps en temps à toute cette tradition orale transmise par les contes et aussi les proverbes. Quelle articulation faut-il faire entre la création littéraire pure et le recours à cette littérature populaire qui peut mettre en scène des animaux et des hommes dans leurs relations réciproques ?

Docteur ès lettres (Paris 3 Sorbonne Nouvelle 2016), Guy Basset a publié de nombreux articles sur la vie intellectuelle, universitaire et artistique à Alger entre 1880 et 1970, et s'est plus particulièrement intéressé à l'œuvre d'Albert Camus.
Publications dans des ouvrages collectifs
Dictionnaire L'Algérie et la France, Jeannine Verdès-Leroux (dir.), Robert Laffont, 2009.
Dictionnaire Albert Camus, Jeanyves Guérin (dir.), collection "Bouquins", 2013.

Charles BONN
Charles Bonn a exercé dans les universités de Constantine, Fès, Lyon 3, Paris 13, et enfin Lyon 2 et Leipzig. Il a dirigé le Centre d'études littéraires francophones et comparées à l'université Paris 13, et co-dirigé les revues Itinéraires et contacts de cultures et Expressions maghrébines. Il a créé le programme documentaire informatisé Limag et le site limag.com. Il a dirigé de nombreuses thèses sur les littératures du Maghreb et de l'émigration, et a été également co-directeur de plusieurs publications collectives, dont la collection "Littératures francophones" (Hatier/AUPELF, 1997 et 1999).
Principales publications
La Littérature algérienne de langue française et ses lectures, Naaman, 1974.
Le Roman algérien de langue française, L'Harmattan, 1985.
"Nedjma", de Kateb Yacine, PUF, 1990.
Anthologie de la littérature algérienne, Livre de poche, 1990.
Lectures nouvelles du roman algérien. Essai d’autobiographie intellectuelle, Paris, Classiques Garnier, 2016.
Littérature algérienne : Itinéraire d'un lecteur, Alger, El Kalima, 2019.

Maya BOUTAGHOU : Les paysages visuels et sonores de Mohammed Dib
Dans L'Arbre à dires, Mohammed Dib déclare : "Il y a dans la langue une transparence obscure qui me convient". Cette image s'ajoute à celles régulièrement et brillamment exprimées par les auteurs maghrébins de la génération de Dib. Pour le poète, la langue française permettait ce voyage intérieur et le retour à son paysage autant sonore que visuel. Dans cette contribution, il sera question de l'écriture "transparente obscure" de la poésie de Mohammed Dib, à partir de deux recueils qui affichent son rapport au voyage et au retour à ses lieux d'écriture, mais aussi à la photographie. Dans Tlemcen ou les lieux de l'écriture (1992) ainsi que dans L.A Trip (2003) deux dimensions du voyage se manifestent, le voyage intérieur pour retrouver la douceur du foyer et de l'enfance, mais aussi le voyage de la langue et des langues pour saisir l'image juste par le mot juste. Par l'analyse de l'énonciation, du rythme, et des tropes, nous traiterons le texte poétique comme le punctum, ou point d'origine de l'émotion qui révèle un paysage fait d'images sonores et visuelles.

Maya Boutaghou est Associate Professor of French à l'université de Virginie et Andrew Mellon Fellow, elle est l'auteure d'Occidentalismes, Romans historiques postcoloniaux et identités nationales au XIXe siècle (Honoré Champion, 2016) qui propose une approche comparatiste poétique pour l'étude des littératures postcoloniales au XIXe siècle ; ses articles sont parus dans des revues et ouvrages consacrés à la littérature comparée et à la francophonie.

Mounira CHATTI : Simorgh de Mohammed Dib : les bocages du genre et du sens
Dans Simorgh, Mohammed Dib aborde les thèmes de la langue, de l'étranger ou du potentiel du rêve en mêlant la poésie, le conte, la nouvelle, l'essai, le journal. La réactualisation du mythe et du symbole du Simorgh et d'Œdipe permet d'interroger, de manière novatrice et oblique, la condition humaine et la création contemporaines. Dib "brise le mur" entre les genres littéraires puisque, ainsi qu'il le suggérait dès 1961, le roman est "une sorte de poème inexprimé" et la poésie "le noyau central du roman". Ce texte ultime fait éclater les limites entre les genres, les langues, les imaginaires, les patrimoines littéraires et philosophiques. Le fragment, le discontinu, le double, l'indécidable, autant de figures et de caractéristiques qui fondent la poétique dibienne. Celle-ci renvoie, comme le montre Naget Khadda, "les reflets tantôt dissociés, tantôt décalés, tantôt superposés ou même fondus d'un monde ancré dans une double référence culturelle, mythique et linguistique" et "porte l'estampille de cet entre-deux de la circulation du sens".

Mounira Chatti est professeure à l'université Bordeaux Montaigne (et membre de l'équipe d'accueil TELEM, EA 4195).
Publications
La fiction hérétique. Créations littéraires arabophones et francophones en terre d'islam, Classiques Garnier, 2016.
La traduction comme expérience des limites. Les écritures franco-arabes, PUB, 2016.
Co-directions
Littératures plein Suds. Langues, histoire, mémoire, Marsa Éditions, 2015.
Sexe, genre, identité, L'Harmattan, 2013.
Femmes et création, L'Amandier, 2012.
Elle a publié un roman, Sous les pas des mères, L'Amandier, 2009.
En collaboration avec Marie Virolle, elle prépare l'édition d'un ouvrage collectif : Littératures du monde arabe : traduction, intertextualité, exil (à paraître en 2020).

Mireille DJAÏDER : Alchimie du langage et "nostalgie du sens"
Dans Habel, récit en crise, pour donner à voir de l'intérieur la descente aux enfers du migrant de Paris, l'écriture croise mots et images, s'hybride. Ce roman carnavalesque, tout de montages, joue de l'alliage du lisible et du visible, emprunte à la littérature et aux arts visuels. Des réminiscences cinématographiques et picturales théâtralisent les métamorphoses textuelles et sexuelles d'Habel, jalonnent son parcours halluciné. Au miroir des mots, ces reflets anachroniques, projetés dans le cours diégétique, doublent et troublent la scène de l'écriture, laissant entrevoir l'innommable. Dans ce jeu de réflexion, une illumination : l'apparition de nuit de Lily, l'illisible, l'illimité, la fugitive, l'âme errante, l'Absente comme Leïla du diwân de Medjnoûn ouvre une quête quasi mystique de l'amour fou aux limites du rêve et du réel pour donner à lire ce qui ne s'écrit pas : l'appel d'une parole première et "la nostalgie du sens".

Mireille Djaïder, titulaire d'une thèse sur l'œuvre de Kateb Yacine, a enseigné à l'université d'Alger et publié plusieurs articles sur la littérature algérienne de langue française. Elle a organisé, avec Beïda Chikhi, les archives de Kateb Yacine à l'IMEC et l'exposition qui lui a été consacrée à l'Institut du Monde Arabe (1994). Elle a participé au catalogue Kateb Yacine, Éclats de mémoire (Éditions de l'IMEC, 1994, 80 pages).

Toufik HADJI : Mohammed Dib se ressource, en écriture et en photographie, dans une ville plurielle : Tlemcen
Certains diront que Mohammed Dib publie Tlemcen ou les lieux de l'écriture [1994] dans le but d'une autobiographie, ou plutôt d'une "Phautobiographie". D'autres expliqueront son texte illustré par une démarche photo-littéraire. Or, Mohammed Dib parle souvent des lieux qui n'existent plus dans le présent. Il nous les montre grâce à la photographie, car il a besoin d'un autre élément, conjointement à l'écriture, pour se ressourcer. Tlemcen n'est pas seulement sa ville natale mais aussi la source de son écriture et de ses photographies : Tlemcen est issu du berbère "Tilmas", qui veut dire "source". À partir de l'origine du mot "Tlemcen", Dib nous raconte d'autres lieux qui lui sont chers : par exemple le "Médresse", qui a une origine turque. D'autre part, grâce aux photographies de Philippe Bordas en 1993, nous verrons une autre période de "l'histoire" de l'Algérie : la décennie noire. Pour cela, les deux photographes, Dib et Bordas, utilisent un jeu de lumière pour raconter ce qui reconstruit la mémoire d'une ville algérienne. Par rapport à l'écriture, les photographies prises par Mohammed Dib et Philippe Bordas viennent jouer ici une manière différente de réagir aux émotions, une manière de transmission d'un monde autochtone, distincte de celle connue dans les livres dits "orientalistes", et de la fixer par la notation. Par ailleurs, cette représentation de l'autochtone est problématique : en réalité, il s'agit d'un mélange de plusieurs cultures que, par paresse ou par légèreté, on ne différenciait pas.

Toufik Hadji est en 2e année de doctorat "littérature générale et comparée" à l'université Côte d'Azur, CTEL.
Corpus
DIB Mohammed, Tlemcen ou les lieux de l'écriture, Paris, Revue noire, 2003.
Critiques
BARTHES Roland, La chambre claire. Note sur la photographie, Gallimard, 1980.
DÉJEUX Jean, Mohammed Dib, écrivain algérien, Naaman, Sherbrook, 1977.
KHADDA Naget (dir.), Mohammed Dib : 50 ans d'écriture, Publications de l'université de Montpellier 3, 2002.
MÉAUX Danièle, Voyages de photographes, Saint-Étienne, Publications de l'université de Saint-Étienne, CIEREC-Travaux 141, 2009.

Naget KHADDA : Propositions pour penser une esthétique de l'abstraction
On le sait, les genres littéraires se créent dans une histoire à la fois politique et culturelle. Lorsque des écrivains algériens ont pris la plume en langue française et dans la forme romanesque pendant la période coloniale, ils répondaient à une exigence du seul champ culturel patenté — celui du pouvoir colonial — en marge de leur habitus familial. Ce faisant, ils ajoutaient à l'histoire littéraire de leur territoire (elle-même complexe par ses héritages multiples) une nouvelle branche : la littérature algérienne de langue française. On a beaucoup glosé sur le mixte culturel constitutif de toutes les littératures francophones (pour nous en tenir à celles-là) et sur leur "bilangue". Or, chacun des auteurs de ce vaste corpus a eu à négocier, à sa façon, les termes de son existence, à conquérir son espace de liberté au cœur des contraintes imposées par la doxa dominante et à y inventer son univers propre. Dib, qui a la particularité d'avoir mené de front une réflexion critique et le geste d'écriture, nous offre un texte disparate qui donne à voir la scénographie de l'interaction de ses multiples références (philosophiques, linguistiques, mythiques, génériques…). Je m'attacherai à montrer comment, sur la scène de ce théâtre des compétitions culturelles, se dessine, chemin faisant, la tension vers une esthétique du signe qui récuse toute description mimétique du monde.

Professeure de langue et littérature françaises, Naget Belkaïd-Khadda, aujourd'hui à la retraite, a enseigné dans les universités d'Alger et de Montpellier III. Elle a effectué de brefs passages par les universités de Paris XIII (à titre d'invitée) et de Paris VIII (comme professeure associée). Spécialiste de l'œuvre de Mohammed Dib et, plus largement, des grands auteurs algériens des années 1950 qui ont consacré la littérature de langue française en Algérie ; elle s'intéresse aussi aux arts plastiques pour avoir accompagné la réflexion et la création de son mari, Mohammed Khadda, un des pionniers de la peinture moderne en Algérie, décédé en 1991. N. Khadda est, plus généralement, attentive au champ culturel maghrébin et à ses formes d'art nouvelles, indexées sur l'histoire culturelle européenne et amarrées à l'héritage ancestral. Membre fondateur de La Fondation Mohammed Dib ("La grande maison") de Tlemcen et du prix Mohammed Dib qu'elle a présidé jusqu'en 2014, elle a aussi présidé en 2016 et 2017 le jury du prix Assia Djebar. Naget Khadda a publié plusieurs études, dirigé des ouvrages collectifs et produit de nombreux articles dans des revues spécialisées.

Regina KEIL-SAGAWE : Lyyli… des 4 saisons — les correspondances du genre, entre poème et prose
Dans mes archives, se trouve le typoscript d'un recueil de poèmes de Mohammed Dib publié seulement post mortem, dans le premier volume de l'édition de ses Œuvres Complètes, "Poésies" (Paris, La Différence 2007), rassemblé par Habib Tengour. Il est intéressant de suivre la piste des résurgences de Lyyli entre poèmes et prose, dans les différents écrits dibiens, et de voir surgir Lyyli comme chiffre, non seulement de l'élément féminin parmi d'autres figures féminines emblématiques de l'œuvre dibien, mais aussi comme symbole d'un avenir autre, imprégné par l'imbroglio des civilisations et cultures, et comme esquisse d'un(e) alter ego permettant à l'auteur/au narrateur d'élaborer, dans un va-et-vient méditatif, sa propre pensée.

Enseignante à l'université de Heidelberg pendant de longues années, de nos jours traductrice littéraire libre, spécialisée dans les littératures francophones du Maghreb, Regina Keil-Sagawe a beaucoup travaillé sur les problèmes de traduction/réception du texte maghrébin.
Publication
A traduit, entre autres, L'Infante Maure de Mohammed Dib en allemand (Die Maurische Infantin, Cologne 1997 et 2016).
A édité le numéro spécial de la revue Expressions maghrébines consacré à "Mohammed Dib poète" (2009).

Ines KREMER : Autobiographie et exil dans l'œuvre de Mohammed Dib
Profondément ancrée dans la tradition littéraire française et européenne, l'écriture autobiographique marque l'émergence et l'évolution de la littérature maghrébine d'expression française. Même si les textes en prose de Mohammed Dib n'admettent pas ouvertement leur dimension autobiographique — ne proposant pas de pacte autobiographique dans le sens de Lejeune — plusieurs d'entre eux sont fondés sur des expériences vécues qui ont marqué l'auteur. Après sa trilogie algérienne qui transmet ses idéaux communistes, Dib publie des romans moins explicitement engagés et d'autant plus personnels qu'ils thématisent l'exil, l'isolement et le déchirement identitaire. Parmi eux, il semble que ce sont surtout Habel (1977) et la trilogie nordique (Les terrasses d'Orsol, 1985 ; Le sommeil d'Ève, 1989 ; Neiges de marbre, 1990), dont le fondement autobiographique joue un rôle prépondérant, qui sont les plus appropriés à l'étude de cette problématique. Cette contribution propose d'analyser la signification de la composante autobiographique dans l'œuvre de Mohammed Dib tout en s'interrogeant sur la réflexion poétologique qu'elle inspire à l'auteur.

Ines Kremer est titulaire d'un master en langues et littératures romanes, Université Johannes-Gutenberg, Mayence (2015). Depuis mars 2016, elle est doctorante et enseignante à l'université de Duisburg-Essen (équivalent à A.T.E.R.), le titre provisoire du projet de sa thèse est "Entre assimilation et rébellion — stratégies et transformations au sein du champ littéraire français et algérien des années 1940 et 1950".
Publications
"Taos Amrouche und die Transformation des Diskurses im literarischen Feld Algeriens", dans Transformationen. Wandel, Bewegung, Geschwindigkeit. Beiträge zum XXXIII. Forum Junge Romanistik in Göttingen (15.-17. März 2017), München, Akademische Verlagsgesellschaft München, 2019, 161-173.
"Zwischen Assimilation und Rebellion : die algerische "Avantgarde" und das Paris der Nachkriegszeit", dans Migration und Avantgarde, Berlin, De Gruyter, 2020, 345-364 (à paraître).

Hanane LAGUER : La théâtralité du geste dans L'infante maure : outil de scénarisation de l'oralité
Ce que nous désignons par théâtralité est la forme spéculaire d'un théâtre(1), d'un art repris et représenté par le texte littéraire : "La théâtralité n'est pas le privilège de la chose représentée, mais du mouvement d'écriture par lequel on représente"(2). Très présente dans la littérature algérienne (poésie et roman), elle contribue à amplifier le sens et la signification. Chez Mohamed Dib, elle est souvent présentée comme une pratique de mise en scène d'une parole poétique véritablement imprégnée de la culture orale, et qui trouve sa complétude dans le geste du corps, l'emplacement de ce dernier dans l'espace ainsi que dans l'ensemble des éléments du décor qui l'accompagne. Dans L'Infante maure, la question de la gestuelle instille la théâtralité de cette écriture où se révèle le sens d'une oralité. Il s'agit de la gestuelle d'un corps primé, qui se conjugue dans la danse et le geste de Lyyli Belle. Son corps inspire sa théâtralité et abrite son théâtre dans le processus de recréation de son propre monde. Outrepassant le geste, Lyyli Belle s'adonne à une poétique de la géométrie. Celle-ci établit le lien entre le geste scriptural et la voix dans le roman. Autrement dit, notre réflexion se base aussi bien sur la scénarisation du geste/de la voix que celle de l'écriture. Pour ce faire, toute une dramatisation est déployée pour traiter l'aventure de l'écriture.
(1) Ici le mot théâtre renvoie au spectacle ou à la mise en pratique d'un spectacle ; autrement dit, mettre en scène un événement, un sentiment, dans le but d'être vu par les autres pour y contribuer. Dans cette intention, l'on retrouve forcément une forme d'exagération (amplification, dramatisation, paraphrase, redondance…), pour l'accomplissement de ce spectacle.
(2) Piemme Jean‐Marie, "Théâtralité", in Michel Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Larousse-­Bordas, 1998, p. 1614-­1615.

Hanane Laguer est doctorante à l'Inalco sous la direction de Mourad Yelles. Son projet porte sur les poétiques de l'exil et la question identitaire, abordées à partir d'un corpus multilingue (français-arabe littéraire et arabe maghrébin – melhûn -) et transgénérique (poésie/roman) dans le champ littéraire algérien. Elle est chargée de cours de littératures maghrébines à l'Inalco. Elle a participé à de nombreuses manifestations scientifiques sur la littérature maghrébine, notamment sur sa place au sein de la littérature comparée. Elle prépare un ouvrage collectif à partir d'une journée d'études qu'elle a co-organisée avec Mourad Yelles intitulée Poétiques de l'exil : Maghreb et diaspora, en 2016.
inalco.fr/sites/default/files/asset/document/prg_lacnad_15-12-2016_0.pdf

Amel MAAFA : De la polyphonie théâtrale à la narration romanesque. Le cas de Mille hourras pour une gueuse et de La danse du Roi de Mohammed Dib
Montée au festival d'Avignon en 1977, Mille hourras pour une gueuse est une expérience de théâtre menée par Mohammed Dib. Longtemps considérée comme une adaptation du roman La danse du Roi (1967), les travaux effectués par Isabelle Mette sur les manuscrits de l'auteur (disponibles à la BNF) ont démontré l'antériorité de la pièce sur le roman. Dans les deux œuvres, nous retrouvons le personnage de Arfia, une ancienne maquisarde, déchirée entre un passé glorieux et un présent désenchanté. Les personnages évoluent dans un univers éclaté, dans un va-et-vient entre passé et devenir. Le présent se voit transcendé dans la narration, accentuant ainsi le jeu dramatique du récit. Dans cette communication, nous essayerons d'étudier ce que Charles Bonn appelait "la fonction romanesque de représenter une représentation" en mettant l'accent sur le personnage de Arfia dans les deux œuvres.

Amel Maafa est maître de conférences, HDR, à la faculté des lettres et des langues, Université 8 Mai 1945 Guelma, Algérie. Elle s'intéresse tant à la littérature qu'aux arts. Elle a participé à de nombreuses rencontres scientifiques autour de ces thématiques dans de nombreux pays. Elle a publié de nombreux articles, et a co-dirigé un ouvrage sous forme d'entretiens avec Charles Bonn, Littérature algérienne. Itinéraire d'un lecteur (El Kalima, 2019).

Lamia OUCHERIF : L'écriture du "visuel"
Nous avons choisi de réfléchir sur la conception de l'écriture chez Mohammed Dib et surtout sur le rapport qui existe entre ce qu'il appelle lui-même "le visuel" et le monde. Dans un passage de L'Arbre à dires, il précise : "Ce qui est sûr, c'est que je suis un visuel, un œil. Cela ressort dans mes écrits et quel que soit le genre d'écrit : poème, roman, nouvelle" (p. 107). Qu'entend Mohammed Dib par l'expression "je suis un visuel" ? Même si l'expression paraît simple, elle ne l'est pas pour autant, surtout que l'écrivain la rattache à tous ses écrits et tous genres confondus.

Lamia Oucherif est maître de conférences en littérature au département de français de l'École normale supérieure de Bouzaréah, Alger. A soutenu son doctorat en mars 2010. L'intitulé de sa thèse est "Pour une poétique de la relation père/fille chez M. Dib, A. Djebbar et S. de Beauvoir". Chef d'équipe au sein du laboratoire LISODIP, à l'ENS de Bouzaréah. Les recherches de l'équipe portent sur la littérature francophone du XXIe siècle.
Publications
"L'invention d'une langue littéraire dans un milieu plurilingue", revue Socles (revue du laboratoire LISODIP), n°2, Janvier 2013.
"L'écriture comme dissimulation ou l'écriture de la dissimulation dans les littératures contemporaines, francophone et française (fin du XXe et XXIe siècles)", revue Socles (revue du laboratoire LISODIP), n°8, Janvier 2016.

Nasrin QADER : Le théâtre de l'écrit : jouer avec/jouer de…
Cette communication prend son élan dans le simple constat que Mohammed Dib est un grand joueur. Malgré le grand sérieux de son œuvre, autant du point de vue politique et éthique que poétique, l'écriture de Dib joue avec les mots et des mots et ainsi joue avec et de nous, joyeusement. Commençant par une lecture précise du rapport entre le jeu et l'écriture dans Neige de marbre, cette analyse la relie en même temps avec la question de la perspective plus généralement dans l'œuvre de Mohammed Dib et l'intérêt qu'elle manifeste à la visualité et à ses enjeux, cherchant ainsi à souligner que le jeu en tant que l'ouverture d'un espace de visibilité et de communication constitue le cœur de l'imagination et de la pensée de Mohammed Dib.

Nasrin Qader enseigne la littérature francophone et la littérature comparée à Northwestern University, aux États-Unis. Elle est auteur de Narratives of Catastrophe : Boris Diop, Ben Jelloun, Khatibi et des articles sur la littérature francophone et arabe du Maghreb. Elle travaille actuellement sur un projet de livre autour de la question de la visualité et le jeu, dans lequel Mohammed Dib occupe une place importante.

Abdellah ROMLI : L'intratextualité dans l'œuvre dibienne : une question de vie ou de mort
Reprendre un de ses textes ou un de ses personnages pour le replonger dans une nouvelle aventure scripturale fut certainement une des pratiques courantes des poétiques romanesques françaises du XIXe siècle. C'est à cette intratextualité, appréciée du moins par les éditeurs, qu'on doit ces grands ensembles romanesques signés par Balzac, Zola ou George Sand au nom d'une individualité créatrice unie et indivisible. Chez Mohammed Dib, le projet comme les intentions nous paraissent autres. Pour un auteur qui s'est très tôt prononcé pour une production de longue haleine, la reprise démasque principalement une tension dans le procès d'énonciation qui est constamment en train de se reconstruire autour de thèmes obsédants et qui est, par là-même, un acte qui se met en abyme, qui se théâtralise pour reprendre la thématique du colloque. Quand l'écho des Terrasses d'Orsol retentit dans une nouvelle de La Nuit sauvage : "La mort de Talilo" et quand Lyyli Belle, narratrice de L'Infante maure, renaît dans une partie de L'Arbre à dires, rien n'est aussi fort et aussi urgent que cette envie de renouer avec la vie par la prise de parole.

Abdellah Romli est professeur-chercheur en littératures francophones, auteur d'une thèse et de plusieurs articles sur l'œuvre de Mohammed Dib, membre d'une unité de recherche "Imaginaires, Textes et Écritures" du Laboratoire DILILARTICE affilié à l'université Ibn Tofaïl de Kénitra (Maroc) et chercheur associé à l'équipe de recherche sur les manuscrits de Mohammed Dib, à l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes ITEM-Paris (CNRS-ENS).

Hervé SANSON : La nébuleuse de La Fiancée du printemps : construction et déconstruction du mythe
La réécriture des mythes a toujours constitué dans l'écriture dibienne un motif essentiel. Jamais publiée, sans cesse reprise de 1960 à 1986, la pièce de théâtre La Fiancée du printemps n'échappe pas à la règle et mobilise notamment le rite berbère de Guendja, "La fiancée de la pluie" ; ce qui importe à l'écrivain algérien réside dans le fait d'"essayer de saisir ce moment particulier où le mythe émerge dans la vie quotidienne et où, détruisant nos particularités de caractère, de sentiment, de pensée, il nous agrège aux autres en un vaste corps anonyme mû par une force qui lui est à lui-même inconnue" ("Notes sur La Fiancée du printemps ou le théâtre à l’état naissant", inédit). À partir des différents tapuscrits dont nous disposons, tant les versions théâtrales successives que le scénario que Dib en a tiré avec Marcel Moussy au début des années soixante, mais aussi du roman Si Diable veut, dernier avatar — romanesque — de cette entreprise théâtrale, et en mobilisant les outils de la génétique des textes, nous nous attacherons à dégager les enjeux du travail de réécriture dibien quant au mythe, et l'évolution que celui-ci subit au long des différentes versions.

Après avoir soutenu une thèse de doctorat sur Mohammed Dib en 2005, Hervé Sanson a publié de nombreux articles sur Dib, notamment dans Expressions maghrébines ("L. A. Trip : la troisième voie ou : D'un rocking-chair", EM, "Dib poète", vol. 4, n°2, hiver 2005 ; "Une esthétique du bazar", EM, Varia, col. 18, n°1, été 2019), ou dans Apulée ("Dans l'œil du cyclone", n°2, "De l'imaginaire et des pouvoirs", Zulma, 2017). Il a coordonné le numéro de la revue Europe consacré à Dib, paru en mai 2020. Il prépare avec Habib Tengour l'édition critique et génétique des nouvelles de l'écrivain, à paraître prochainement aux éditions du CNRS.

Lucy STONE McNEECE : L'écriture de Mohammed Dib : La plume comme un pinceau
Cette communication démontrera la fonction du principe du féminin chez Dib comme agent de démantèlement des codes de la représentation conventionnels. Dib a compris que les genres littéraires et sexuels partagent une structure hiérarchique et binaire qui limite notre manière d'être au monde et notre capacité de créer les conditions éthiques propices à l'épanouissement de l'être humain. Ainsi Dib met en scène le "féminin" libéré de sa biologie et les clichés associés aux femmes, et en révisant les structures il transforme ses récits en découvertes épistémologiques et éthiques. Le féminin l'amène aussi à puiser dans la culture populaire orale, pour en extraire sa sagesse. Chez Dib le principe du féminin engendre une révolution qui abolit les frontières entre les oppositions telles que le féminin et le masculin, le moi et l'autre, la raison et la folie, le sujet et l'objet, la poésie et la prose, le Nord et le Sud, pour mettre en scène une vision plus inclusive et plus égalitaire.

Lucy Stone McNeece est diplômée de Harvard University. Elle a enseigné les littératures francophones ainsi que le théâtre et le cinéma à l'université du Connecticut puis à l'université de Mohammed V à Rabat. Elle a travaillé sur les littératures comparées au centre des Études maghrébines et du Moyen Orient et au C.E.M.A.T à Tunis. Depuis sa retraite, elle a fait une maîtrise en littérature arabe à l'INALCO, enseigné à l'université américaine de Beyrouth et passé une année de recherche à l'IFPO (Institut français du Proche Orient). Ses publications portent sur des écrivains francophones du Maghreb, de l'Afrique de l'ouest, et sur des auteurs du Moyen-Orient.

Manel ZAIDI AIT-MEKIDECHE : L'œil Cosmique et l'Ouïe : hypostases dibiennes
Dans cette communication, nous nous proposons d'examiner les fondements de l'écriture dibienne et la résurgence des multiples voix qui peuplent son œuvre du fait de l'importance que revêtent pour lui la Vision et l'Ouïe comme génératrices de sens. Nous commencerons par interroger le désert dans son essence dissolvante, capable de neutraliser le pouvoir testamentaire de l'écriture. Dans cet esprit, nous aborderons l'importance de la récitation et la sublimation de la vision par l'ouïe dans l'œuvre dibienne. Nous montrerons comment la vision relève d'un œil cosmique sublimé par le verbe récité et donc, systématiquement, par l'ouïe comme forme ésotérique de connaissance. Nous évoquerons par ailleurs un des atavismes du style dibien, lié à la parole qui traverse son œuvre sans qu'elle s'astreigne à la toute-puissance de l'écrit. Cet atavisme sera rapproché, dans la même lancée, de l'importance de l'ouïe et de ces traces qui aident à chercher et à reconstruire du sens à partir de bribes de paroles.

Manel Zaidi Ait-Mekideche est docteure en Sciences des Textes Littéraires à l'École Normale Supérieure d'Alger. Elle est autrice d'une thèse de doctorat dédiée à "L'Imagination de l'Ailleurs dans l'œuvre de Mohammed Dib" et d'un mémoire de magistère sur le "Symbolisme thériomorphe et l’imaginaire animé de Mohammed Dib". Ses publications et ses travaux de recherche portent sur l'imaginaire dibien et ses rapports avec le politique, la mythologie et la philosophie, notamment la philosophie illuminative et spirituelle.

Anna ZOPPELLARI : Mohammed Dib : images de l'ailleurs entre motif thématique et littérature de voyage
Cette intervention envisage d'analyser quelques œuvres poétiques de Mohammed Dib à partir de l'élaboration théorique sur la littérature de voyage. Les renvois à un ailleurs spatial et culturel doivent-ils être inscrits dans une interrogation thématique ou est-il possible de faire référence de façon profitable au sous-genre appelé "littérature de voyage" ? Notre propos sera donc de comprendre si, et jusqu'à quel point, l'œil du poète-voyageur transforme le texte en regard sur autrui ou le fait devenir un regard sur lui-même. L'attention sera portée notamment sur L.A Trip, recueil poétique que le paratexte éditorial définit comme "roman". Quelles sont les raisons, mais surtout, quelles sont les implications de ce triangle théorique-pragmatique où il existe un genre déclaré (le roman), un genre exposé (la poésie) et un sous-genre suggéré par le titre (le voyage) ?

Anna Zoppellari est professeure de littérature française à l'université de Trieste.
Publications
Dossier Jean Pélégri pour la revue Expressions maghrébines (2007).
Traduction du poème Tombeau d'Ibn Arabi de Abdelwahab Meddeb (Poema di un sufi senza Dio. Sulla tomba d'Ibn Arabi, 2012).
Plusieurs articles sur la littérature maghrébine d'expression française.


SOUTIENS :

• Textes, littératures : écritures et modèles (TELEM, EA 4195) | Université Bordeaux Montaigne
• Réseau mixte algéro-français de recherche-formation et de recherche sur la langue française et les expressions francophones (LaFEF)
• Société internationale des Amis de Mohammed Dib (SIAMD)
• Coordination internationale des chercheurs sur les littératures maghrébines (CICLIM)
Université Paris 8 | Vincennes - Saint-Denis
• Direction régionale des affaires culturelles Normandie (DRAC)

Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


Colloque reporté

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque a été reporté aux dates suivantes : du lundi 26 septembre au dimanche 2 octobre 2022 [en savoir plus].

La direction du CCIC


PENSER LES SOCIÉTÉS ET LES POUVOIRS AVEC MAX WEBER

VERS UNE "SCIENCE DE LA RÉALITÉ" ?


DU SAMEDI 29 AOÛT (19 H) AU SAMEDI 5 SEPTEMBRE (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


"Le monde moderne, un monde rationalisé ?"


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Félix BLANC, Raphaëlle LAIGNOUX, Francisco ROA BASTOS, Victor STRAZZERI


ARGUMENT :

Depuis un siècle, les travaux de ce grand savant allemand servent de référence aux sciences humaines et sociales. Fondées sur l'étude approfondie de différentes périodes historiques (de l'Antiquité grecque et romaine à la modernité occidentale, en passant par plusieurs cultures orientales), ses analyses de la construction des groupes sociaux (religieux, économiques et politiques), des motivations de l'action sociale ou encore des modes de légitimation des pouvoirs, permettent d'articuler l'étude des structures macrosociales et celle des actions individuelles dans toute leur complexité. Ces travaux comparatifs offrent, aujourd'hui encore, et peut-être plus que jamais, des outils précieux pour analyser notre temps. Pour peu qu'elle soit lue, discutée, voire critiquée, l'œuvre de Max Weber, un siècle après sa mort, ne cesse de remuer la pensée.

Ce colloque aura donc pour objectif de proposer un examen collectif des divers apports des travaux de Max Weber, et des usages qui peuvent en être faits pour mieux comprendre les sociétés contemporaines. Il s'agira d'évaluer le programme de connaissance wébérien, qui vise à jeter les bases d'une "science de la réalité" (Wirklichkeitswissenschaft), et à étudier la circulation comme la réception de ses travaux hors d'Allemagne et dans différentes disciplines (aussi bien l'histoire que la sociologie, la philosophie, le droit, l'économie et la science politique). Cette rencontre, qui se veut largement ouverte, rassemblera à la fois des spécialistes de la pensée de Weber mais aussi, et surtout, toute personne intéressée par la manière dont ce "classique des sciences sociales" peut aider à mieux penser la réalité actuelle, et ce afin d'y mieux agir.


MOTS-CLÉS :

Capitalisme, Croyances et valeurs, Déterminants de l'action, Domination, Économie politique, Épistémologie des sciences sociales, Éthique, Histoire comparée, Légitimation politique, Rationalités, Sociologie allemande, Sociologie compréhensive, Sociologie des religions, Weber (Max)


CALENDRIER PROVISOIRE :

Samedi 29 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 30 août
L'HISTOIRE A-T-ELLE UN (SEUL) SENS ? [présentation]
Matin
Félix BLANC, Raphaëlle LAIGNOUX, Francisco ROA BASTOS & Victor STRAZZERI : Introduction
Hinnerk BRUHNS : L'histoire conçue en étapes ?
Federico TARRAGONI : Trois pistes wébériennes pour une sociologie historique du politique

Après-midi
Pierre-Henri ORTIZ : Les prophètes contre la République : une lecture wébérienne des conflits religieux à Rome
Julien FAGUER : La terre et le marché du crédit en Grèce ancienne : une perspective wébérienne

Soirée
Sam WHIMSTER : Les études sur Max Weber aujourd'hui


Lundi 31 août
UNE SOCIÉTÉ VRAIMENT "OUVERTE" EST-ELLE POSSIBLE, ET À QUEL PRIX ? [présentation]
Discutants : Félix BLANC, Paulin ISMARD, Raphaëlle LAIGNOUX
Matin
Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Logiques identitaires et logiques d'appropriation
Aloys WINTERLING : Max Weber et Niklas Luhmann

Après-midi
Jean-Pierre GUILHEMBET & Pascal MONTLAHUC : Ville et communautés urbaines à Rome
Romain GUICHAROUSSE : Les étrangers au sein de la communauté athénienne (Ve-IIIe siècle av.n.è.)
Philippe CHANIAL : Les idées, les valeurs et les intérêts dans l'anthropologie wébérienne


Mardi 1er septembre
PEUT-IL Y AVOIR UN POUVOIR LÉGITIME ? [présentation]
Discutants : Vanessa BERNADOU, Félix BLANC, Jean-Philippe HEURTIN
Matin
Jean-Michel DAVID : Les magistratures romaines à la lumière des définitions wébériennes du charisme
Didier GEORGAKAKIS : L'Europe peut-elle être gouvernée par une personnalité charismatique ? Sur quelques contractions théoriques et empiriques du "leardership politique" de l'UE

Après-midi
Yves SINTOMER : La sociologie historique de Weber au test de la critique de l'eurocentrisme
Dominique LINHARDT : Les deux visages de la violence légitime : vers la fin de l'État ?

À quoi peut servir le triptyque de la légitimité aujourd'hui ?, table ronde avec Catherine COLLIOT-THÉLÈNE, Michel DOBRY, Patrice DURAN et Jean-Philippe HEURTIN

Soirée
Edith HANKE : Les luttes de Max Weber avec le concept de "démocratie". Un plaidoyer pour la sociologie politique


Mercredi 2 septembre
DÉTENTE


Jeudi 3 septembre
L'ŒUVRE DE WEBER, UNIQUE OU PLURIELLE ? [présentation]
Discutants : Edith HANKE, Jean-Philippe HEURTIN, Francisco ROA BASTOS, Victor STRAZZERI
Matin
Álvaro MORCILLO : Économie et société comme précondition à la théorie de la dépendance de Cardoso
Giulio DE LIGIO : Aron et le "problème Weber". Entre science et action

Après-midi
Julia CHRIST : Max Weber et la théorie critique : un problème d'interprétation ?
Frédéric NEYRAT : Quelle place pour Max Weber dans les facultés de droit et de sciences économiques en France aujourd'hui ?
Rita ALDENHOFF-HÜBINGER : Observer et explorer les paysages et les sociétés rurales avec Max Weber

Soirée
Philippe RAYNAUD (sous réserve)


Vendredi 4 septembre
QUE FAIRE DES CROYANCES EN SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES ? [présentation]
Discutants : Félix BLANC, Raphaëlle LAIGNOUX, Francisco ROA BASTOS, Victor STRAZZERI
Matin
Isabelle KALINOWSKI : Fides implicita. Weber et la notion d'obéissance
Paul COURNARIE : Les rois antigonides et leurs sujets

Après-midi
Gangolf HÜBINGER : Idées et intellectuels dans le travail de Max Weber
Thomas KEMPLE : Rationalizations of Culture and Their Directions : Weber on the Aesthethic Sphere
Hans-Peter MÜLLER : "Lebensführung". Vers une sociologie de la vie


Samedi 5 septembre
LA VOCATION DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES AUJOURD'HUI : CONCLUSION ET DISCUSSIONS
Matin
Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Toute domination est légitime !
Michel DOBRY : La sociologie de Max Weber et quelques problèmes actuels des sciences sociales

Rapport d'étonnement, par Vanessa BERNADOU

Après-midi
DÉPARTS


PRÉSENTATION DES JOURNÉES :

L'histoire a-t-elle un (seul) sens ? Repenser l'idée de "progrès" avec Weber
L'œuvre de Max Weber est à la fois profondément historique et tout à fait opposée à l'idée d'une téléologie ou d'une philosophie de l'Histoire. Contrairement à l'image qui en est parfois donnée, le travail de Weber n'a pas consisté à mettre en évidence les déterminants de la rationalisation du monde (et de son désenchantement) sur le mode d'un "développement" naturel et nécessaire, mais plutôt à mettre en évidence les particularités d'une rationalisation particulière, parmi d'autres : celle qui s'est opérée en Occident à partir de l'affirmation du capitalisme moderne, caractérisé avant tout par "l'organisation rationnelle du travail formellement libre" (Sociologie des religions, p. 497). Tout le travail comparatif de Weber dans sa sociologie des religions, et plus largement dans son économie politique et sa sociologie politique, a consisté à mettre en évidence les types humains variés, produits par différentes configurations sociales et rationalisations historiques particulières. Ce qui l'a conduit également à distinguer, dans chaque société, différents "ordres de vie" (Lebensordnungen, Lebenssphären ou Lebensbereichen) dont les transformations et évolutions sont désynchronisées. Tout ne change pas partout et tout le temps à la même vitesse, chez Weber, et l'histoire n'a pas un sens particulier. L'idée de progrès elle-même semble donc étrangère à celui qui s'attache plutôt à montrer la réduction des "chances" et des possibilités de vie qu'entraîne toute consolidation d'un système d'action particulier, comme la "cage d'acier" du capitalisme moderne, une fois délaissée par son éthique initiale. Mais Weber donne aussi les outils pour penser le changement social et la "possibilité même de l'inédit en histoire"(1), toujours possible mais dont le sens n'est jamais prévisible à l'avance.
Cette première journée sera donc consacrée principalement à la conception de l'histoire et des temporalités du changement social chez Max Weber. Qu'est-ce qui change quand ça change ? Pourquoi les "ordres de vie" ne changent-ils pas à la même vitesse et dans la même direction dans une société donnée ? Plus particulièrement : quel usage peut-on faire de l'anthropologie historique culturelle et comparée de Weber aujourd'hui, à l'heure où la "globalisation" semble à la fois entraîner la diffusion mondiale du capitalisme moderne, et l'apparition d'un "néo-capitalisme" et de nouveaux types humains dominants ?

(1) Catherine Colliot-Thélène, La sociologie de Max Weber, Paris, PUF, 2014, p. 99.


Individus, communautés, identités. Une société vraiment "ouverte" est-elle possible, et à quel prix ?
La traduction récente en français du volume I/22-1 de la Max Weber Gesamtausgabe (MWG)(1) intitulé Les communautés (Wirtschaft und Gesellschaft. Gemeinschaften), permet aujourd'hui de mieux saisir la cohérence du travail de Max Weber sur cette question centrale de Économie et société, ainsi que de traduire des textes jusqu'ici inédits en français. Auparavant dispersés dans différents chapitres des éditions successives de l'ouvrage posthume de Weber, ce travail éditorial permet de réinterroger aujourd'hui la conception des groupes sociaux de Weber, et l'usage que l'on peut en faire pour penser différentes périodes historiques, dont notre monde contemporain.
À l'opposition bien connue entre Vergemeinschaftung ("communautarisation" ou "communalisation") et Vergesellschaftung ("sociétisation" ou "sociation"), qui distingue les groupes fondés soit sur la base d'un sentiment d'appartenance subjectif, soit sur l'accord conventionnel d'intérêts particuliers, il faut ajouter l'étude des "puissances sociales" diverses qui contribuent à créer ces groupes sociaux, que celles-ci soient liées aux dynamiques (et aux contraintes) économiques, juridiques, politiques mais aussi culturelles ou idéelles dans lesquelles ces groupes évoluent. La formation de chaque communauté particulière est ainsi explicable par différents facteurs sociaux mais aussi par différentes "visions du monde", qui changent selon les groupes, les époques, les cultures, et qui contribuent à forger l'individu et ses caractéristiques, en d'autres termes son "identité".
Mais l'on oublie parfois qu'en mettant l'étude des communautés et des individus qui les composent au cœur de sa sociologie, Max Weber a aussi posé la question des frontières de ces groupes et de ces communautés, que l'on parle de la famille, de la nation, de l'État ou d'associations aux formes diverses, économiques, religieuses ou politiques. Car faire communauté, c'est tracer une ligne (spatiale, économique, politique ou "culturelle") entre son groupe et les autres. C'est aussi, peut-être, poser la question du dépassement éventuel de ces frontières, que ce soit sous la forme déjà ancienne des cosmopolitismes, ou sous celle plus récente des ou du "Commun(s)".
Cette journée s'intéressera donc à la façon dont Weber a conceptualisé les différents types de groupes et leurs rapports, mais aussi à la manière dont on peut s'appuyer sur ses travaux pour penser l'identité et les frontières. Comment s'articulent, aujourd'hui comme hier, "société ouverte" et communautés d'appartenance ou d'intérêts ? Un monde absolument ouvert est-il synonyme de solidarité, ou au contraire de compétition généralisée ? Comment se font et se défont les identités ? Voilà certaines des questions que nous souhaiterions poser lors de cette journée.

(1) Traduction de Catherine Colliot-Thélène et Elisabeth Kauffmann, aux éditions La Découverte, en 2019.


Peut-il y avoir un pouvoir légitime ? Tradition, charisme, bureaucratie : apports et limites du triptyque wébérien de la légitimité du pouvoir
La sociologie politique de Max Weber est parfois résumée au fameux triptyque de la légitimité du pouvoir et à ses idéaltypes bien connus : pouvoir traditionnel, pouvoir charismatique et pouvoir légal-rationnel (représenté notamment par le pouvoir bureaucratique dans la modernité occidentale). Toujours mêlés dans la réalité empirique, ils servent à Max Weber de pierres de touche conceptuelles, à l'aune desquelles on peut chercher à comprendre et expliquer les diverses configurations de pouvoir à des époques très différentes, et les revendications de légitimité qui l'accompagnent. La traduction récente par Isabelle Kalinowski du volume I/22-4 de la MWG, La domination (Herrschaft)(1), a permis de renouveler pour le public francophone la compréhension de la sociologie politique de Weber, et de lui redonner toute son ampleur originale qui s'étend bien au-delà des trois modes de légitimation du pouvoir. L'édition et la traduction des Œuvres politiques (1895-1919) de Max Weber(2) (mais aussi celle des 11 volumes de sa correspondance dans la Section II de la MWG), a apporté un complément très appréciable pour le public francophone, en permettant de mieux saisir l'engagement personnel de Weber dans la politique de son temps, et l'articulation souvent difficile entre réalité empirique de ces engagements et analyse sociologique à distance. Les débats — toujours ouverts — sur la question de la place éventuelle dans l'économie conceptuelle wébérienne d'un type de légitimité spécifiquement démocratique, ou ceux sur la définition du charisme et sa portée(3), montrent à quel point la sociologie politique de Weber continue, tout comme sa sociologie du droit, d'être utile pour penser les évolutions politiques actuelles et du passé, malgré les difficultés qu'elle soulève.
Cette journée se penchera donc sur la dimension proprement politique de l'œuvre de Weber, pour poser mais aussi recontextualiser la question de la légitimité et de la légitimation du pouvoir, qu'elle soit traditionnelle, charismatique ou légal-rationnelle. Au cœur de ces interrogations, on trouve en effet la tension qui oppose le "savant et le politique" Weber. En tant que savant, Weber semble en effet réfuter toute légitimité au pouvoir, quel qu'il soit, si par légitimité on entend le consentement rationnel en valeur et l'absence de domination. Tout pouvoir est nécessairement, pour Weber, l'affirmation d'une domination d'un groupe sur un ou plusieurs autres, et en tant que tel on ne peut vouloir s'y soumettre. Mais le Weber politique, celui par exemple des Œuvres politiques, n'aura de cesse, jusqu'à la fin de sa vie, de chercher les moyens et les dispositifs susceptibles de rendre les démocraties bureaucratisées et "impersonnelles" de son temps un peu plus "légitimes", par exemple en y introduisant une dose de charisme : c'est le fameux "tournant césariste" des démocraties qu'on a voulu voir dans ces écrits. Comment penser, ensemble, l'œuvre du savant et du politique Weber ? Comment définir et traduire, avec ou contre Weber, ces concepts politiques polysémiques comme Herrschaft ou Macht, qui sont au fondement de son système conceptuel ? Faut-il en finir avec ces idéaltypes imparfaits que sont le "charisme", le "pouvoir traditionnel" ou encore l'autorité "légal-rationnelle", que lui-même considérait comme des "concepts provisoires" ? En somme, comment penser aujourd'hui la politique et le pouvoir à partir des travaux de Weber, quitte à en pointer les limites et les adaptations nécessaires ?

(1) Max Weber, La domination, Paris, La Découverte, 2014, traduction d'Isabelle Kalinowski, introduction d'Yves Sintomer.
(2) Traduction d'Elisabeth Kauffmann, Jean-Philippe Mathieu et Marie-Ange Roy, aux éditions Albin Michel, 2004.
(3) Qu'on a tenté récemment de synthétiser et d'éclairer, dans le volume collectif Que faire du charisme ? Retours sur une notion de Max Weber, Rennes, PUR, 2014.


L'œuvre de Weber, unique ou plurielle ? Le programme de connaissance wébérien et son interprétation différenciée (traductions, appropriations, adaptations)
L'œuvre de Weber, on l'a souvent souligné, est multiple, complexe, et même parfois confuse, notamment parce qu'elle repose sur de nombreux manuscrits non publiés de son vivant, ou des éditions posthumes recomposées. Par ailleurs, le débat entre ceux qui considèrent qu'on peut y déceler plusieurs "périodes" — une phase plutôt historienne ou économiste, au début de sa carrière et jusqu'à la "crise" personnelle de 1897-1903, et une phase plus sociologique ensuite et jusqu'à sa mort — et ceux qui défendent l'unité conceptuelle du programme de connaissance wébérien n'est pas clos. À la question de l'interprétation et de la lecture des textes originaux de Weber s'ajoute surtout la manière dont ceux-ci ont été publiés, modifiés, mais aussi traduits et reçus à l'étranger, et ce dans différentes disciplines. La réception sociologique et philosophique de Weber en France (à travers notamment Raymond Aron), n'est pas la même que celle qu'il a connue aux États-Unis (par l'entremise et la "traduction", à tous les sens du terme, de Talcott Parsons par exemple). Le Weber des historiens de l'Antiquité (et du Agrarverhältnisse im Altertum) n'est pas le même que celui des sociologues des religions. Le Weber des enquêtes économiques n'est pas le même que celui des écrits épistémologiques ou que le Weber musicologue. À travers les traductions et les circulations de l'œuvre, celle-ci a connu depuis plus d'un siècle des interprétations diverses, voire opposées, constituant aujourd'hui un ensemble composite et multilingue de lectures de Weber qui parfois encore s'ignorent.
À travers cette journée, et grâce à la présence des éditeurs de la MWG mais aussi de plusieurs traductrices et traducteurs de l'œuvre de Weber ainsi que de membres de la Société des Amis de Raymond Aron, le colloque s'intéressera à la question de la circulation internationale des travaux de Max Weber et au rôle de ses passeurs, qu'ils soient sociologues, historiens, philosophes, économistes, juristes… Cette journée sera également l'occasion d'intégrer un regard réflexif sur les entreprises de célébration de Weber et de son œuvre, du fameux colloque de Heidelberg de 1964, organisé par la Deutsche Gesellschaft für Soziologie à l'occasion du centenaire de sa naissance(1), aux colloques du centenaire de sa mort (y compris le nôtre), qui font partie intégrante de l'économie générale de la réception de son œuvre.

(1) Publié sous la direction d'Otto Stammer en 1965 : O. Stammer (Hrsg.), Max Weber und die Soziologie Heute. Verhandlungen des 15. Deutschen Soziologentages in Heidelberg 1964, Tübingen, Mohr Siebeck, 1965.


Que faire des croyances en sciences humaines et sociales ? La construction des "personnalités" et des "conduites de vie" (Lebensführungen) et l'actualité de la sociologie compréhensive de Max Weber
Quelle place accorder aux "croyances" (à supposer que l'on puisse s'entendre sur une définition de ce terme) dans les processus historiques et sociaux ? Les "idées", les "convictions personnelles", les "visions du monde" peuvent-elles contribuer à expliquer les dynamiques de l'action sociale ? Ou faut-il n'y voir que des épiphénomènes résiduels, des discours de légitimation que l'on (se) donne pour justifier et rationaliser a posteriori des intérêts ou des contraintes sociales jugées moins avouables ? À ces questions, la "sociologie compréhensive" de Max Weber apporte des réponses nuancées, qui donnent néanmoins au sens subjectif visé par les acteurs une place centrale.
De la définition de l'action sociale dans les premiers paragraphes des premières éditions de Wirtschaft und Gesellschaft ("Nous entendons par […] action "sociale", l'action qui, d'après son sens visé par l'agent ou les agents, se rapporte au comportement d'autrui, par rapport auquel s'oriente son déroulement.") aux considérations de la Sociologie des religions sur le rôle (indirect) des "idées" dans l'histoire ("Ce sont les intérêts […] et non les idées qui gouvernent directement l'action des hommes. Toutefois, les "images du monde" qui ont été créées par le moyen d'"idées" ont très souvent joué le rôle d'aiguilleurs, en déterminant les voies à l'intérieur desquelles la dynamique des intérêts a été le moteur de l'action(1)."), Max Weber a mis au cœur de ses analyses la question de la place qu'il convient d'accorder aux idées et aux "conduites de vie" (Lebensführungen) qu'elles peuvent influencer, au moins partiellement. C'est cette interrogation qui est bien sûr au cœur de sa sociologie des religions et de leur "éthique économique", et notamment de Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus, comme l'ont bien montré les travaux d'Isabelle Kalinowski. Mais c'est cette question que pose aussi indirectement toute sa sociologie politique et notamment la fameuse formulation du "comme si" : que les gouvernés / dominés "croient" ou pas sincèrement aux revendications de légitimité des prétendants au pouvoir, ce qui compte avant tout pour Weber c'est qu'ils agissent comme s'ils y croyaient, quelles que soient par ailleurs leurs motivations profondes, comme l'a montré par exemple Michel Dobry(2). Pour Weber : ""L'obéissance" signifie que l'action de celui qui obéit se déroule, en substance, comme s'il avait fait du contenu de l'ordre la maxime de sa conduite(3)". Rien n'indique si les individus adhèrent ou non intimement aux croyances qu'ils affichent, mais ces croyances affichées n'en constituent pas moins les supports possibles de "conduites de vie" et d'éthiques qui, pour des raisons diverses, peuvent "aiguiller" l'action et la "dynamique des intérêts". En tant que telles, elles rendent tout simplement possible l'entreprise scientifique même d'une sociologie de la "compréhension" des acteurs sociaux, par interprétation de leurs "conduites de vie" et de leurs "personnalités" (ou "types humains").
Cette dernière journée aura donc pour but de discuter la place des croyances et des idées dans l'œuvre de Weber, pour tenter de mieux comprendre les usages que l'on peut en faire pour comprendre et expliquer différentes configurations sociales.

(1) Sociologie des religions, Paris, Gallimard, trad. J.-P. Grossein, 1996, p. 349-350.
(2) Michel Dobry, "Légitimité et calcul rationnel. Remarques sur quelques "complications" de la sociologie de Max Weber", dans Pierre Favre, Jack Hayward, Yves Shemeil (dir.), Être gouverné : études en l'honneur de Jean Leca, Paris, FNSP, 2003, p. 127-150.
(3) Économie et société, Plon, 1971, ch. III, p. 288.


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Rita ALDENHOFF-HÜBINGER : Observer et explorer les paysages et les sociétés rurales avec Max Weber
Penser les sociétés et les pouvoirs avec Max Weber implique de penser les sociétés rurales, si souvent négligées dans la discussion de l'œuvre wébérienne. Cependant, Weber avait commencé sa carrière en économie politique avec ses enquêtes empiriques portant sur la situation sociale des ouvriers agricoles en Allemagne orientale (1892). Il a poursuivi cette piste de recherche dans plusieurs cours magistraux tout en prenant en compte le fait que l'histoire des sociétés rurales participe de la grande histoire de la transformation capitaliste du monde. Avec un œil entraîné également par ses recherches sur l'Antiquité, il a voyagé en Europe et en Amérique du Nord. Il nous en a laissé de nombreuses lettres avec ses observations vivantes, illustratives et en même temps analytiques.

Rita Aldenhoff-Hübinger est professeur d'histoire à l'université européenne Viadrina Francfort-sur-l'Oder. Elle a édité, coédité et introduit plusieurs volumes de la "Max Weber-Gesamtausgabe" (écrits, lettres, cours magistraux).
Publications
"Enquêtes rurales et industrielles : le chemin de Max Weber vers la sociologie" (avec H. Bruhns), in Les Études Sociales, n°167-168 (2018), S. 335–362.
Max Weber : Reisebriefe 1877-1914 (édité avec E. Hanke), Tübingen, Mohr Siebeck, 2019.
"Lire Le Capital vers 1900", in H. Bruhns, Histoire et économie politique en Allemagne de Gustav Schmoller à Max Weber, Paris, 2004, p. 101–108.

Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Logiques identitaires et logiques d'appropriation
La partie économique des manuscrits qui ont servi à composer Économie et Société ("Les catégories fondamentales de l'économique") n'est pas la mieux servie par le commentaire wébérien. J'essaierai de croiser dans cet exposé les développements que cette partie consacre aux "formes d'appropriation" avec les analyses concernant les procès de "communautisation" (Vergemeinschaftung) dans les manuscrits des Communautés (La Découverte, 2019). En articulant les dimensions économiques et les dimensions symboliques des phénomènes communautaires, la sociologie wébérienne offre les moyens d'aborder les logiques identitaires de manière critique, sans cependant les disqualifier pour des raisons morales.

Catherine COLLIOT-THÉLÈNE : Toute domination est légitime !
La légitimité n'est pas un prédicat contingent de la domination, au sens où Weber définit celle-ci. Les différences entre les modes de légitimation induisent, certes, des différences dans l'exercice de celle-ci, mais toute domination doit s'étayer sur une forme quelconque, forte ou faible, de légitimité pour que le commandement des dominants puissent obliger l'action des dominés.

Catherine Colliot-Thélène est professeure émérite à l'université de Rennes 1. Elle a consacré une partie de son travail de recherche à l'œuvre de Max Weber, dont elle a également traduit certains textes, seule ou en collaboration.

Jean-Michel DAVID : Les magistratures romaines à la lumière des définitions wébériennes du charisme
La notion de charisme tient une place importante dans la pensée de Max Weber. Elle est sans doute aussi la forme de domination la plus difficile à définir. Instable, elle a fortement tendance à évoluer vers les autres formes de domination (bureaucratique, patriarcale, etc…) tant elle est sensible à tous les processus de routinisation qui lui font perdre de son caractère original. Un rapprochement avec les définitions et le fonctionnement des magistratures romaines républicaines permet, grâce à l'étude de cas, de faire apparaître des processus où la pertinence de l'heuristique wébérienne peut être vérifiée, mais aussi d'autres où, au contraire, elle apparaît comme ne répondant pas à la complexité des relations entre l'Amtscharisma, le Personalcharisma, l'Erbscharisma, ainsi qu'au rôle d'une Veralltäglichung généralement combattue par des acteurs soucieux de se distinguer.

Jean-Michel David, né en 1947, est agrégé d'Histoire, ancien membre de l'École française de Rome, professeur successivement aux universités de Strasbourg et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses travaux portent sur l'Histoire politique, sociale et culturelle de la République romaine.
Principales publications
Le patronat judiciaire au dernier siècle de la République romaine (1992).
La romanisation de l'Italie (1994).
La République romaine, crise d'une aristocratie (2000).
Au service de l'honneur, les appariteurs de magistrats romains (2019).

Michel DOBRY : La sociologie de Max Weber et quelques problèmes actuels des sciences sociales
Cette communication prendra pour point de départ certaines des "complications" qui jalonnent l'œuvre de Weber. Comme on le verra à propos de plusieurs des thèmes ou objets abordés par le colloque (en particulier la manière dont sont pensés les processus historiques, la légitimité et les modes de domination ou encore la place des croyances dans la théorie de l'action), ces "complications", parce qu'elles révèlent en fait ce sur quoi butte, dans son appréhension de la réalité sociale, la démarche de Weber, sont intéressantes en ce qu'elles éclairent son projet de "sociologie compréhensive" et surtout en ce qu'elles constituent simultanément un levier permettant de mieux cerner plusieurs des difficultés critiques caractérisant l'état actuel des sciences sociales.

Michel Dobry est professeur émérite à la Sorbonne (Université Paris 1). Ses travaux portent notamment sur les conjonctures critiques, la causalité historique, l'émergence de phénomènes charismatiques, les processus de légitimation et de délégitimation, les poussées autoritaires et fascistes dans l'Europe de l'entre-deux-guerres ou encore les "transitions" vers la démocratie.
Publications
"Légitimité et calcul rationnel. Remarques sur quelques "complications" de la sociologie de Max Weber", in Favre P., Hayward J.E.S., Shemeil Y. (dir.), Être gouverné : études en l'honneur de Jean Leca, Paris, FNSP, 2003, p. 127-150.
"Hitler, Charisma and Structure : Reflections on Historical Methodology", Totalitarian Movements and Political Religions, 2006, vol.7, n°2, p. 157-171.
Sociologie des crises politiques, Paris, 2009 [1986].

Julien FAGUER : La terre et le marché du crédit en Grèce ancienne : une perspective wébérienne
L'œuvre économique de Max Weber est principalement connue des historiens de l'Antiquité à travers la médiation de Moses Finley, qui a contribué à l'enfermer dans un schéma statique, d'inspiration polanyienne, opposant nos économies capitalistes contemporaines aux économies pré-modernes "encastrées" dans la sphère du politique. Loin de se résumer cependant à des oppositions binaires entre cité antique et ville médiévale, ou à une vision téléologique qui aurait pour principal horizon l'"éthique protestante" et le capitalisme d'entreprise, tout un pan de l'œuvre de Weber peut se lire comme un dialogue engagé avec les historiens de profession autour des facteurs du changement et des outils conceptuels permettant de l'appréhender. À travers l'exemple du marché de la terre et du crédit dans la Grèce d'époque classique et hellénistique, on s'intéressera ici à l'apport de son approche et notamment du raisonnement par idéal-types pour penser le changement historique et la relation entre "micro" et "macro" — entre les orientations définies par l'État et les dispositions individuelles des agents économiques.

Membre scientifique de l'École française d'Athènes, Julien Faguer soutient au printemps une thèse de doctorat en histoire économique du monde égéen aux époques classique et hellénistique ("La terre et l'argent : marché de la terre et marché du crédit à Athènes et dans les îles de l'Égée, ca. 400-100 av. n. è."), dans laquelle il s'intéresse en particulier au rôle de l'État dans la formation d'un marché de la terre et dans la définition des règles encadrant l'accès à ce marché.

Edith HANKE : Les luttes de Max Weber avec le concept de "démocratie". Un plaidoyer pour la sociologie politique
En général Max Weber met la notion de la "démocratie" entre guillemets, peu importe s'il l'utilise pour l'Antiquité ou l'époque moderne. Cela signale une distance et un scepticisme. On peut constater ce scepticisme également dans son refus d'établir, à côté de ses trois types de dominations légitimes bien connus, un quatrième type. Que veut dire "pouvoir du peuple" si l'on veut le traduire littéralement ? Jamais dans l'histoire de presque toute civilisation la totalité des citoyens, ou habitants d'une communauté politique, n'a participé au pouvoir d'une manière active. En général le droit d'y participer était réservé à de petits groupes exclusifs. Sur ce point la démocratie de masse moderne constitue le premier essai consistant à faire participer l'ensemble des habitants au pouvoir. Mais le scepticisme persiste : qui exerce réellement le pouvoir ? Weber invite à considérer l'ensemble des conditions politiques et sociales tout en posant la question de la genèse historique des structures de domination d'aujourd'hui.

Edith Hanke est assistante de recherche (depuis 1990) et rédactrice en chef (depuis 2005) de l'édition complète historico-critique de Max Weber (Max Weber-Gesamtausgabe) à l'Académie Bavaroise des Sciences et des Humanités, Munich. Elle a édité la "Sociologie de la domination" (2005 et 2013) et, avec Rita Aldenhoff-Hübinger, les "Lettres choisies" de Max Weber. Elle s'intéresse particulièrement à la réception mondiale de l'œuvre de Max Weber.

Gangolf HÜBINGER : Idées et intellectuels dans le travail de Max Weber
Dans le cadre de son analyse des visions du monde, Max Weber attribue aux intellectuels un rôle clé : dans "L'éthique protestante", il pose comme question fondamentale de savoir comment "les idées en général deviennent efficientes dans l'histoire" ; dans "L'introduction" aux "Essais de sociologie des religions", il caractérise les intellectuels comme guides ("Weichensteller") dans le domaine des idées et visions du monde ("Ideen und Weltbilder") ; et dans ses écrits politiques, il qualifie les intellectuels comme littérateurs ("Literaten") en examinant leurs interventions dans les débats publics d'après-guerre d'une façon critique. Trois questions sont au centre de la contribution : comment Weber a-t-il vu, dans sa sociologie des religions, le rôle des intellectuels pour "la rationalisation" des ordres de vie et pour "l'intellectualisation" des interprétations du monde ? Comment a-t-il appliqué son concept à l'analyse du présent politique et comment a-t-il lui-même agi en tant qu'intellectuel ? Finalement, quels sont les éléments centraux de sa sociologie des intellectuels ?

Gangolf Hübinger, Viadrina Senior Fellow, Center B/Orders in Motion, et professeur émérite de "Vergleichende Kulturgeschichte der Neuzeit, Europa-Universität Viadrina à Frankfurt (Oder)". De nombreuses publications sur l'histoire des idées, des intellectuels et des sciences humaines et sociales. Coéditeur des œuvres complètes de Max Weber et du théologien Ernst Troeltsch, co-directeur de la revue Internationales Archiv für Sozialgeschichte der deutschen Literatur (IASL).
Publications
Engagierte Beobachter der Moderne. Von Max Weber bis Ralf Dahrendorf, Göttingen, Wallstein, 2016.
Max Weber. Stationen und Impulse einer intellektuellen Biographie, Tübingen, Mohr Siebeck, 2019.
"Intellectuals, Scholars and the Value of Science", The Oxford Handbook of Max Weber, ed. Hanke/Scaff/Whimster (2019), S. 537-556.

Thomas KEMPLE : Rationalizations of Culture and Their Directions : Weber on the Aesthethic Sphere
Although Max Weber did not comment extensively or systematically on the literary, visual, and plastic arts, several key statements allow us to reconstruct his views on the rationalization of the aesthetic sphere against the backdrop of the development of Western culture more generally. This talk outlines this argument with reference to his remarks on art, literature, and cultural life in published writings, speeches, and private correspondence.
His allusions to and discussions of specific art historians, cultural critics, cultural movements, artworks, and artists — from Rembrandt and Milton to Stefan George and Leo Tolstoy, for instance — are considered in light of his ideas on the directions of rationalization and their implications for intellectual work (including his own) as itself a kind of cultural practice. Weber's concern with many dimensions of the rationalization of occidental culture, and of aesthetic culture in particular, has been taken up by later thinkers and has lessons for how we think of the directions of rationalization today.

Thomas Kemple, Professor of Sociology, University of British Columbia, Canada. In addition to articles in Theory, Culture & Society and the Journal of Classical Sociology, Thomas Kemple's most recent works include :
Intellectual Work and the Spirit of Capitalism, Palgrave, 2012.
The Anthem Companion to Georg Simmel, co-edited with Olli Pyyhtinen, Anthem, 2017.
Simmel, Polity, 2018.
Writing the Body Politic : A John O'Neill Reader, co-edited with Mark Featherstone, Routledge, 2020.

Frédéric NEYRAT : Quelle place pour Max Weber dans les facultés de droit et de sciences économiques en France aujourd'hui ?
Comme chez d'autres intellectuels d'Europe centrale de sa génération, le profil de Max Weber est marqué par un fort éclectisme disciplinaire. Juriste de formation, c'est l'histoire du droit qu'il enseignera d'abord à Berlin avant de devenir professeur d'économie politique à Fribourg. C'est d’ailleurs comme économiste qu'il se définira jusqu'au terme de sa vie : on a en tête le "nous autres économistes" (Nationalökonomen) en ouverture de la conférence de 1919 sur le métier et la vocation de savant. Mais c'est véritablement comme un père fondateur de la sociologie moderne qu'il est pleinement passé à la postérité. Cette communication propose une sociologie de la réception contemporaine de Max Weber chez les économistes et les juristes universitaires français, notamment à partir d'un corpus de manuels et d'articles.

Frédéric Neyrat est professeur des universités en sociologie à l'université de Rouen Normandie. Ses recherches portent notamment sur la sociologie de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle.

Federico TARRAGONI : Trois pistes wébériennes pour une sociologie historique du politique
Dans cette communication, nous tâcherons de montrer que l'un des volets du projet sociologique wébérien est de contribuer à une analyse socio-historique du politique, entendu dans sa triple acception philosophique d'ensemble de rapports de pouvoir, d'ensemble d'institutions et de procédures du gouvernement et d'ensemble de modes d'action conflictuels en commun. Avec sa sociologie historique, Weber parvient à réarticuler trois concepts du politique : le pouvoir, le gouvernement et l'action. Son œuvre propose trois pistes, qui restent d'actualité pour une sociologie historique du politique dont l'objet excéderait la genèse du gouvernement représentatif (comme c'est souvent le cas en science politique). La première piste porte sur la comparaison des formes sociales de domination, dans des cadres étatiques ou non ; la deuxième porte sur l'analyse des effets des idéologies sur les modes d'action politique, et donc sur le rapport entre idéologie, subjectivité et action ; la troisième porte sur le mode d'imputation causale en sociologie, et la place qu'il réserve à la contingence et aux possibilités de l'agir humain (donc à sa liberté et créativité fondamentale).

Agrégé de Sciences économiques et sociales, Federico Tarragoni est actuellement Maître de conférences HDR à l'université de Paris et directeur du Centre d'études interdisciplinaires sur le politique. Il est spécialiste de sociologie politique et de théorie sociologique.
Publications
L'Énigme révolutionnaire, Prairies ordinaires, 2015.
Sociologies de l'individu, La Découverte, 2018.
L'esprit démocratique du populisme, La Découverte, 2019.


BIBLIOGRAPHIE :

• Aldenhoff-Hübinger R., Bruhns H., "Enquêtes rurales et industrielles : le chemin de Max Weber vers la sociologie", Revue des études sociales, Les Études Sociales, n°167-168, 2018, p.335-362.
• Beetham D., Max Weber and the Theory of Modern Politics, Cambridge, Polity Press, 1985.
• Bendix R., Max Weber : An Intellectual Portrait, Garden City, N.Y, Doubleday, 1960.
• Bernadou V., Blanc, F., Laignoux R., Roa Bastos F., Que faire du charisme ? Retour sur une notion de Max Weber, PUR, 2014.
• Besnard P., Protestantisme et capitalisme. La controverse post-wébérienne, Armand Colin, 1970.
• Bouretz P., Les promesses du monde. Philosophie de Max Weber, Paris, Gallimard, 1996.
• Breuer S., Max Webers Herrschaftssoziologie, Frankfurt/New York, Campus Verlag, 1991.
• Bruhns H., Andreau J. (dir.), Sociologie économique et économie de l'Antiquité. À propos de Max Weber, Cahiers du Centre de recherches historiques, EHESS-CNRS, 2004.
• Bruhns H., Duran P. (dir.), Max Weber et le politique, Paris, LGDJ, 2009.
• Collins R., Weberian Sociological Theory, Cambridge, Cambridge UP, 1986.
• Colliot-Thélène C., Max Weber et l'histoire, Paris, PUF, 1990.
• Colliot-Thélène C., Le désenchantement de l'État. De Hegel à Max Weber, Éd. de Minuit, 1992.
• Colliot-Thélène C., Études wébériennes, Paris, PUF, 2001.
• Colliot-Thélène C., La sociologie de Max Weber, Paris, La Découverte, 2014.
• Coutu M., Max Weber et les rationalités du droit, LGDJ, 1995.
• Dobry M., "Légitimité et calcul rationnel. Remarques sur quelques "complications" de la sociologie de Max Weber", in Favre P., Hayward J.E.S., Shemeil Y. (dir.), Être gouverné : études en l'honneur de Jean Leca, Paris, FNSP, 2003, p.127-150.
• Dobry M., "Hitler, Charisma and Structure : Reflections on Historical Methodology", Totalitarian Movements and Political Religions, 2006, vol.7, n°2, p. 157-171.
• Gaïti B., "La décision à l'épreuve du charisme. Le général de Gaulle entre mai 1968 et avril 1969", Politix, n°82, vol. 2, 2008, p.39-68.
• Ghosh P., Max Weber in Context. Essays in the History of German Ideas, c. 1870-1930, Harrassowitz Verlag, 2016.
• Giddens A., Politics and Sociology in the Thought of Max Weber, London, MacMillan, 1972.
• Grossein J.-P., "De l'interprétation de quelques concepts wébériens", RFS, 46-4, octobre-décembre 2005, p.685-722.
• Grossein J.-P., "Max Weber "à la française". De la nécessité d'une critique des traductions", RFS, 46-4, octobre-décembre 2005, p.883-904.
• Hanke E., Scaff L., Whimster S. (eds.), The Oxford Handbook of Max Weber, Oxford, Oxford University Press, 2019.
• Hennis W., La problématique de Max Weber, PUF, 1996 (1987).
• Hennis W., Max Webers Wissenschaft vom Menschen, Tübingen, Siebeck, 1996.
• Heurtin J.-P., Molfessis N. (dir.), La sociologie du droit de Max Weber, Paris, Dalloz, 2006.
• Heurtin J.-P., "Weber lecteur de Rudolph Sohm, et l'inachèvement du concept de charisme de fonction", in Bernadou V., Blanc F., Laignoux R., Roas Bastos F., Que faire du charisme. Retour sur une notion de Max Weber, PUR, 2014.
• Hirschhorn M., Max Weber et la sociologie française, Paris, L'Harmattan, 1988.
• Kaesler D., Max Weber. Sa vie, son œuvre, son influence, Paris, Fayard, 1995.
• Kalberg S., Les valeurs, les idées et les intérêts. Introduction à la sociologie de Max Weber, Paris, La Découverte, 2010.
• Kershaw I., Hitler. A Profile of Power, Longman, Londres, 1991.
• Lascoumes P. (dir.), Actualité de Max Weber pour la sociologie du droit, Paris, LGDJ, 1995.
• Morcillo Á., Weisz E. (ed.), Max Weber en Iberoamérica. Nuevas interpretaciones, estudios empíricos y recepción, México, CIDE/CFE, 2016.
• Morcillo Á., "Aviso a los navegantes. La traduccion al español de Economia y sociedad de Max Weber", Estudios sociologicos, 32 (96), 709-766, 2012.
• Müller H.-P., Max Weber. Eine Einführung in sein Werk, Köln/Weimar/Wien, Böhlau UTB, 2007.
• Müller H.-P., "Wie ist Individualtität möglich ? Strukturelle und kulturelle Bedingungen eines modernen Kulturideals", Zeitschrift für Theoretische Soziologie, 01/2015, p.89-111.
• Oakes G., Weber and Rickert. Concept formation in the Cultural Sciences, MIT Press, 1988.
• Ouedraogo J.-M., "La réception de la sociologie du charisme de Max Weber", Archives De Sciences Sociales Des Religions, n°83 (1), 1993, p.141-57.
• Raynaud P., Max Weber et les dilemmes de la raison, PUF, 1987.
• Schluchter W., Religion und Lebensführung, Suhrkamp, 1988.
• Sintomer Y., La démocratie impossible ? Politique et modernité chez Weber et Habermas, Paris, La Découverte, 1999.
• Stamme Otto (ed.), Max Weber und die Soziologie heute. Verhandlungen des fünfzehnten deutschen Soziologentages, Tubingen, Mohr, 1965.
• Strazzeri V., "Max Weber and the "labour question" : an initial appraisal", Max Weber Studies, 15/1, 2015, p.69-100.
• Sunar L., Marx and Weber on Oriental Societies. In the Shadow of Westerne Modernity, Ashgate, 2014.
• Swedberg R., Max Weber and the Idea of Economic Sociology, Princeton, Princeton University Press, 1998.
• Tarragoni F., Sociologies de l'individu, Paris, La Découverte, 2018.
• Tribe K., "Talcott Parsons as Translator of Max Weber's Basic Sociological Categories", History of European Ideas, n°33, 212-233, 2007.
• Whimster S., The Essential Weber. A Reader, London Routledge, 2004.
• Whimster S., Understanding Weber, London, Routledge, 2007.
• Zimmerman A., "Decolonizing Weber", Postcolonial Studies, 2006, 9/1, p.53-79.


SOUTIENS :

Fondation Fritz Thyssen
• Fondation Maison des sciences de l'homme (FMSH)
• Laboratoire Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques (ANHIMA, UMR 8210) | Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
• Laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe (SAGE, UMR 7363) | Université de Strasbourg
Centre Marc Bloch
• Laboratoire des dynamiques sociales (DySoLab, EA 7476) | Université de Rouen Normandie
• Centre de Recherche Risques & Vulnérabilités (CERReV, UR 3918) | Université de Caen Normandie
• Société des Amis de Raymond Aron (S.A.R.A.)

Publication 2008 : un des ouvrages


L'univers de Sylvie Germain

L'UNIVERS DE SYLVIE GERMAIN


Alain GOULET (dir.)


Ce bouquet d'études dialoguant entre elles tout en approfondissant l'enquête sur la figure et l'œuvre de Sylvie Germain — romancière et essayiste capitale de notre temps — constitue un vaste panorama éclairant les principales facettes de son univers : sa pensée et sa vision du monde, son esthétique et son éthique, son interrogation sur le sens de l'existence, sa création.
Chaque spécialiste s'est attaché à mettre en évidence une de ses caractéristiques, de sorte que c'est un premier bilan qui est ici rassemblé, où se succèdent des considérations sur l'histoire littéraire et la grande Histoire, la situation de la pensée de l'auteur, les spécificités et le travail de son imaginaire et de son écriture, ses conceptions esthétiques et éthiques, l'univers propre à ses romans et les modalités de sa création romanesque, la singularité de sa voix. Le tout est accompagné par la présence, l'écoute et les réactions de Sylvie Germain, et suivi d'une bibliographie de référence.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2007) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°406]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Caen

Collection : Symposia

ISBN : 978-2-84133-327-1

Nombre de pages : 360 p.

Prix public : 27 €

Année d'édition : 2008

Publication 2008 : un des ouvrages


Autour de Stephen King. L'horreur contemporaine

AUTOUR DE STEPHEN KING. L'HORREUR CONTEMPORAINE


Guy ASTIC, Jean MARIGNY (dir.)


Depuis plus de trente ans, le fantastique et l'horreur sont indissociablement liés au nom de Stephen King. Héritier de H.P. Lovecraft, Richard Matheson, Robert Bloch et Ray Bradbury, l'écrivain du Maine a engendré un mouvement imaginaire qui s'est imposé dans le monde et ne cesse encore de se feuilleter. Ses œuvres constituent une exploration terrifiante de la civilisation occidentale où se généralise la technoculture, où l'emporte le devenir libéral, médiatique, sécuritaire, paranoïaque de la société. Stephen King, mais aussi Clive Barker, Peter Straub, Graham Masterton, Bentley Little, Harry Crews, Neil Gaiman, Serge Brussolo, Patrick Senécal, etc., ont su enregistrer et amplifier les bouleversements engendrés par les régimes actuels du voir, pour dégager de nouvelles expressions de la peur et de la monstruosité. Nous sommes passés à une jouissance sans innocence de l'horreur, engendrée par des auteurs et des réalisateurs au fait des codes du genre qu'ils perpétuent et complexifient sans rien lâcher en matière d'intensité narrative. Comme l'écrivain a pu le faire en son temps avec Danse macabre (1981), ce colloque dégage les principales lignes de force d'une "anatomie de l'horreur" dont le centre vital et rayonnant reste Stephen King.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2007) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°405]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Bragelonne

Collection : Essais

ISBN : 978-2-35294-222-1

Nombre de pages : 384 p.

Prix public : 40 €

Année d'édition : 2008

Publication 2008 : un des ouvrages


Littérature et Photographie

LITTÉRATURE ET PHOTOGRAPHIE


Liliane LOUVEL, Danièle MÉAUX, Jean-Pierre MONTIER, Philippe ORTEL (dir.)


Longtemps la critique littéraire a ignoré superbement la photographie et le rôle qu'elle a eu en relation avec le discours ou l'esthétique littéraires, au point que des ouvrages universitaires sur le naturalisme ne mentionnent même pas cette invention ! Les récents travaux de quelques chercheurs ont au contraire démontré combien littérature et photographie avaient connu des interactions problématiques sans doute mais fécondes, voire "révolutionnaires". Cette avancée dans la recherche, il était important de la concrétiser et l'amplifier en un lieu lui-même symbolique de la critique moderne. Le présent ouvrage constitue les actes du colloque qui s'est tenu en juillet 2007 au Centre international de Cerisy-la-Salle. Il a rassemblé plus de trente chercheurs internationaux, dont les travaux portent sur l'histoire de la photographie, l'art contemporain, l'esthétique, les littératures française, anglaise, américaine essentiellement. Les chapitres qui le scandent n'ont d'autre ambition que de procéder à un état des lieux, examinant la nature des convergences, comment le photographique est à l'œuvre, comment entrent en dialogue l'espace du livre et l'espace du moi, ce que sont les territoires du lisible et du visible. Autant qu'être une référence, l'ouvrage ambitionne d'impulser l'essor d'un nouveau champ de recherche.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2007) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°404]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Rennes

Collection : Interférences

ISBN : 978-2-7535-0745-6

Nombre de pages : 576 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 23 €

Année d'édition : 2008

Publication 2008 : un des ouvrages


Bernard Noël : le corps du verbe

BERNARD NOËL : LE CORPS DU VERBE


Fabio SCOTTO (dir.)


Auteur d'une œuvre majeure saluée par Aragon, Mandiargues et Blanchot comme l'une des plus marquantes de notre époque, Bernard Noël mène depuis cinquante ans une investigation lyrique de l'organique corporel, celle d'un témoin de son époque en révolte contre toute tentative de "sensure".
Ce volume rassemble les actes du colloque de Cerisy qui a réuni pour la première fois en 2005 des spécialistes de tous bords dans le but de rendre compte des diverses facettes de son travail d'écriture. Des lectures d'orientation phénoménologique alternent avec d'autres plus politiques en approfondissant le lien entre le corps et la langue, l'esthétique et le rapport à la peinture, la spécificité du récit, la relation au monde, la poéticité profonde d'un écrivain transgénérique et inclassable qui a fondé sur l'interrogation du vide et de l'absence sa présence à l'autre.
Trois textes inédits et un important dossier publiant les actes et les témoignages du procès intenté en 1973 à Bernard Noël pour outrage aux mœurs à la suite de la publication sous son propre nom du roman Le Château de Cène confirment l'unicité du rôle de l'auteur dans son temps et l'actualité offensive de sa pensée.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2005) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°403]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : ENS Éditions

Collection : Signes

ISBN : 978-2-84788-128-8

Nombre de pages : 352 p.

Prix public : 37 €

Année d'édition : 2008

Publication 2008 : un des ouvrages


Camille Claudel. De la vie à l'œuvre. Regards croisés

CAMILLE CLAUDEL

DE LA VIE À L'ŒUVRE. REGARDS CROISÉS


Silke SCHAUDER (dir.)


Préface de Reine-Marie PARIS

Postface de François CLAUDEL


Adoptant une approche pluridisciplinaire de la vie et de l'œuvre de Camille Claudel, les Actes du colloque qui a eu lieu au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle en juillet 2006 réunissent ici, en vue d'un débat pluriel et contradictoire, des spécialistes de sensibilités et de disciplines différentes. Des artistes — acteurs, cinéastes, danseurs, dessinateurs, photographes —, des chercheurs universitaires, des psychanalystes, des écrivains et des historiens d'art témoignent de l'expérience singulière que représente pour eux la rencontre avec Camille Claudel. Par le croisement de leurs regards, les vingt-sept intervenants ont interrogé l'infinie complexité de la création artistique. Leurs débats nourris des différentes disciplines ont permis de lire et relire l'œuvre et la vie de Camille Claudel. À titre d'exemple, la présence de Camille dans l'œuvre de son frère Paul comme son influence, tant active que passive, dans celle de Rodin ont fait l'objet de controverses fertiles. Des interprétations artistiques que la sculpture de Camille Claudel et son destin ont suscitées au cinéma, en danse, en littérature et au théâtre sont ici exposées et discutées. Destiné aux amateurs passionnés par l'artiste, le présent ouvrage intéressera également les spécialistes désireux de confronter des points de vue différents sur la vie et l'œuvre de Camille Claudel.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2006) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°402]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions L'Harmattan

ISBN : 978-2-296-05787-6

Nombre de pages : 372 p.

Illustrations : N & B

Prix public : 35,50 €

Année d'édition : 2008

Publication 2008 : un des ouvrages


Senghor et sa postérité littéraire

SENGHOR ET SA POSTÉRITÉ LITTÉRAIRE


Dominique RANAIVOSON (dir.)


Le colloque de Cerisy qui a été consacré en 2006 à la postérité littéraire de Senghor a rassemblé des universitaires mais aussi des écrivains francophones africains.
L'héritage de celui que le congolais Sony Labou Tansi nommait "le Roi Senghor" a donc été évalué à la fois à travers une analyse concernant la place de l'œuvre et de la pensée dans des milieux littéraires situés sur plusieurs continents (Amérique, Antilles, Maghreb, Congo, Madagascar) et dans le témoignage de ceux que l'on aurait pu penser être ses héritiers directs.
La diversité des origines et des positions des différents collaborateurs de ce volume permet de multiplier les points de vue et de comprendre comment l'œuvre de Senghor peut être tour à tour omniprésente, admirée, remise en question ou totalement ignorée.
Sans prétendre établir de bilan, l'ensemble de ces contributions constitue un large panorama sur la circulation, dans l'espace et dans le temps, de l'œuvre de Senghor.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2006) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°401]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Metz

Collection : Littérature des mondes contemporains, série Afriques (Vol. 3)

ISBN : 978-2-917403-02-0

Nombre de pages : 198 p.

Prix public : 18 €

Année d'édition : 2008

Publication 2008 : An Edited Book


One Hundred Years of Intuitionism (1907-2007)

ONE HUNDRED YEARS OF INTUITIONISM (1907-2007)


Mark van ATTEN, Pascal BOLDINI, Michel BOURDEAU, Gerhard HEINZMANN (ed.)


With logicism and formalism, intuitionism is one of the main foundations for mathematics proposed in the twentieth century ; and since the seventies, notably its views on logic have become important also outside foundational studies, with the development of theoretical computer science.
The aim of the book is threefold : to review and complete the historical account of intuitionism ; to present recent philosophical work on intuitionism ; and to give examples of new technical advances and applications of intuitionism. This volume brings together 21 contributions by today's leading authors on these topics, and surveys the philosophical, logical and mathematical implications of the approach initiated in 1907 in L.E.J. Brouwer's dissertation.

Publication of Cerisy Symposiums (2007) [For more information]
Available from the CCIC [n°400]

CHARACTERISTICS

Publisher : Birkhäuser Verlag AG

Collection : History of Mathematical Sciences

ISBN : 978-3-7643-8652-8

Length : 422 p.

Price : 124,79 €

Publication Date : 2008

Publication 2008 : un des ouvrages


Normandie constitutionnelle

NORMANDIE CONSTITUTIONNELLE

UN BERCEAU DES DROITS CIVIQUES ?

De la "Charte aux Normands" (1315) au "traité constitutionnel" : du prétoire à l'urne


Didier MAUS, Odile RUDELLE (dir.)


Surgie entre terre et mer, la Normandie est un lieu d'exceptionnels destins humains. Mille ans de combats pour les droits civiques sont ici restitués : des Vikings aux ducs créateurs de l'État, de la Charte aux Normands de 1315 concédée par les Capétiens, à l'État de Justice, déclaré à Rouen par Michel de l'Hospital en 1563, de Thouret et Charlotte Corday, héros malheureux de la Révolution, à Tocqueville, rédacteur du préambule de 1848, d'Arcisse de Caumont, inventeur du patrimoine, au général de Gaulle débarqué en 1944, pour abolir toute discrimination et revenu à Bayeux en 1946, la Normandie a été berceau et conservatoire de droits imprescriptibles, mais aussi terre nourricière d'une Idée constitutionnelle qui, léguée par les ancêtres et fondée sur la citoyenneté, a valeur universelle.
Cinq ans de travail et la réunion d'universitaires issus de toutes disciplines ont abouti à une moisson de faits oubliés, à la redécouverte d'une mémoire enfouie, aux retrouvailles avec un savoir toujours actuel.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2006) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°399]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions ECONOMICA

Collection : Droit

ISBN : 978-2-7178-5469-5

Nombre de pages : 467 p.

Prix public : 37 €

Année d'édition : 2008