Programme 2020 : un des colloques


LA TRADUCTION DANS UNE SOCIÉTÉ INTERCULTURELLE


DU VENDREDI 31 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 7 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Niall BOND, Philiep BOSSIER, Dinah LOUDA


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Niall BOND, Philiep BOSSIER, Barbara CASSIN, Yves CITTON, Michèle GENDREAU-MASSALOUX, Xavier NORTH, HEINZ WISMANN, François YVON


ARGUMENT :

Une des questions majeures de nos sociétés contemporaines est le maintien de la diversité linguistique. Or, à l'opposé des poncifs qui la font passer pour chère, lente, voire superflue, de nombreuses raisons conduisent à penser que la traduction constitue, pour le futur, un formidable atout quant à la préservation du trésor de la culture humaine. Loin d'être une banalité, la traduction est à la fois omniprésente et indispensable, mais elle est souvent "invisible". Il s'agira donc de réaffirmer cette faculté inouïe de l'homme pour en réhabiliter, dans un univers désormais hautement numérisé et mondialisé, le caractère interculturel de tout premier ordre.

Ce colloque, qui réunira un réseau d'interlocuteurs en résonance, se propose d'interroger la traduction aujourd'hui à partir d'un questionnement ambitieux, ouvert au monde qui bouge et où la promesse de nouvelles technologies laisse miroiter un "dépassement" de la traduction humaine. Ce questionnement comporte quatre volets. Le premier concerne la traduction et l'interculturel : il portera un regard sur les idées qui traversent des frontières linguistiques ou passent d'une époque à une autre. Le deuxième explore les possibilités technologiques qui permettent de repenser constamment les méthodes de travail pour traduire et interpréter l'autre. Le troisième concerne l'urgence d'une mise au point des formations pour les nouvelles générations de traducteurs-interprètes. Enfin le quatrième volet, d'ordre éthique, aborde les différentes finalités de la traduction, et notamment son rôle capital face aux nouveaux défis sociétaux du temps présent et à venir.


MOTS-CLÉS :

Diversité linguistique, Éthique, Métiers et formation, Nuances sémantiques, Société interculturelle, Traduction automatique, Traduction professionnelle et littéraire


COMMUNICATIONS & TABLES RONDES (suivies de débats) :

TRADUCTION ET INTERCULTUREL
* Amanda GALSWORTHY : La communication entre les cultures
* Anne LAGNY : Entre communauté et territoire : traduire le terme de Heimat
* Tristan VIGLIANO : Mettre en ligne les premières traductions du Coran : perspectives historiques, enjeux contemporains
* Traduire et annoter Proust pour un lectorat d'aujourd'hui, table ronde avec Philippe NOBLE, Desirée SCHYNS et Ieme VAN DER POEL
* L'interculturalité, table ronde avec des représentants des grands groupes et des consultants dans le domaine du management et de la négociation interculturels (Veolia, L’Oréal, Club Med) : Dinah LOUDA (L'interculturel dans l'entreprise et traduire la nuance)
* La traduction, l'interprétation et la politique, table ronde avec Maurice GOURDAULT MONTAGNE (Traduction et diplomatie)
* La langue française dans le monde interculturel, table ronde avec la DGLFLF (Ministère de la Culture)
* Table ronde des doctorants, avancées des recherches, avec Solange ARBER (Beckett du Vaucluse au Breisgau. La question de l'adaptation culturelle dans l'œuvre du traducteur Elmar Tophoven), Philipp JONKE (Traduire la presse de mode allemande de la fin du XIXe siècle) et Marie-Alice REBOURS (Perspective franco-britannique sur la terminologie de la mode)

TRADUCTION ET FORMATION
* Niall BOND : Traduire communauté, traduire entre les communautés
* Philiep BOSSIER : La recherche en traductologie : bilan et perspectives
* Fayza EL QASEM : Savoir-faire et savoir être du traducteur à l'heure des bouleversements technologiques : faut-il repenser la formation ?
* Hendrik KOCKAERT : La traduction : une mise au point des formations
* Fabrice MALKANI : Théorie et pratique de la traduction comparée allemand-français dans la formation

TRADUCTION, SCIENCE ET TECHNOLOGIE
* Henri BLOEMEN : La créativité des traducteurs et les limites de la mensurabilité, avec Winibert Segers
* Ton HOENSELAARS : Shakespeare, translation and intermediality
* Sjef HOUPPERMANS : Traduire les Nouvelles Impressions d'Afrique de Raymond Roussel : contraintes et création
* Gisèle SAPIRO : La traduction dans les sciences de l'homme
* Winibert SEGERS : L'évaluation de la créativité des traductrices/traducteurs littéraires
* Françoise THIBAULT : Sciences et Traduction

TRADUCTION ET ÉTHIQUE
* Philippe AUBERT : La traduction des personnes en situation de handicap
* Laurent BARUCQ : La traduction : une passion, limites du métier
* Bente CHRISTENSEN : Droit d'auteur, droit de parole
* Marie-France IONESCO : Le statut du traducteur dans la Roumanie de la dictature : aspects éthiques
* Françoise ORAZI : La traduction et le genre : traductions de l'anglais
* Stéphane VALTER : Quels truchements pour la pensée égyptienne ? La pyramide de Maslow, ou les limites de la production du savoir
* Table ronde des doctorants, avec Chris MOLE (Langue dominante, langue dominée dans l'autotraduction en anglais) et Claire SHIRES (Communication interculturelle dans le champ des risques naturels : questionnements traductologiques et sémiotiques)

CONCLUSION / RAPPORT D'ÉTONNEMENT
* Thomas JONKERGOUW
* Colin LAMMERTINK

HORS LES MURS :

* Excursion à Jersey : Multilinguisme des îles anglo-normandes (Léa LUCAS)


RÉSUMÉS :

Solange ARBER : Beckett du Vaucluse au Breisgau. La question de l'adaptation culturelle dans l'œuvre du traducteur Elmar Tophoven
Que vient faire le Godot allemand dans le Breisgau plutôt que dans le Vaucluse ? Pourquoi remplacer un croque-monsieur par des frites, et quelles conséquences en termes de mastication ? Comment faire comprendre à un lecteur allemand qu'une "fève" cachée dans un gâteau n'est pas une légumineuse mais une petite figurine de porcelaine ? Elmar Tophoven, le traducteur allemand de Samuel Beckett, Alain Robbe-Grillet et Nathalie Sarraute, a été fréquemment confronté au problème de la traduction des realia et des culturèmes. Les choix qu'il a adoptés nous permettent de retracer l'évolution des normes de traduction dans la seconde moitié du XXe siècle : avec le développement des contacts interculturels, les stratégies d'adaptation reculent au profit de la préservation du référent d'origine. Le traducteur a ainsi de moins en moins l'occasion d'imprimer sa patte sur son texte en l'infusant de son propre vécu.

Solange Arber est doctorante en études germaniques à Sorbonne Université, en cotutelle avec l'université de Lausanne et ATER à l'université Lumière Lyon II. Son sujet de thèse porte sur le traducteur Elmar Tophoven et sa méthode de "traduction transparente". Elle a publié des articles sur la génétique des traductions, la métaphore de la transparence et la réception du Nouveau Roman en Allemagne.

Bente CHRISTENSEN : Droit d'auteur, droit de parole
La plupart des pays civilisés ont une loi qui protège les droits d'auteur — et le traducteur est regardé comme un ayant droit au même titre que l'écrivain. Le droit d'auteur a deux aspects : l'aspect matériel, qui veut dire que l'auteur doit être rémunéré d'une manière décente, et l'aspect immatériel, qui regarde la forme et le contenu du texte. Personne n'a le droit de changer le texte sans l'accord de l'auteur, ce qui rend par exemple la censure illégale. Pour sauvegarder ces deux aspects du droit d'auteur, les écrivains et les traducteurs ont fondé, entres autres, deux associations mondiales : le PEN International (1921) et la Fédération Internationale des Traducteurs (F.I.T., 1953). En tant qu'ancienne présidente du Comité des droits d'auteurs de la F.I.T., et ancienne membre du Comité de la Traduction et des Droits Linguistiques de PEN International, je vais présenter le travail fait par ces deux associations en ce domaine, et montrer qu'il excède de loin l'interprétation des paragraphes juridiques.

Bente Christensen est traductrice littéraire (français/norvégien), vit et travaille à Oslo. Elle est ancienne présidente de l'Association Norvégienne des Traducteurs Littéraires, et ancienne vice-présidente de la F.I.T. (Fédération Internationale des Traducteurs).

Sjef HOUPPERMANS : Traduire les Nouvelles Impressions d'Afrique de Raymond Roussel : contraintes et création
Roussel a fondé son œuvre sur un certain nombre de contraintes formelles (avant tout l'exploitation de l'homonymie et un emploi radical des rimes) qui font que chez lui "l'imagination est tout". Comment faire la part de ces contraintes dans la traduction tout en conservant l'essentiel de sa portée sémantique ? Ici, on se concentrera sur les Nouvelles Impressions d'Afrique publiées en 1932, à la traduction en néerlandais desquels on a travaillé tout au long des années 1990. Une particularité de l'édition néerlandaise chez van Oorschot est l'usage des couleurs pour distinguer les différents niveaux du texte, suivant ainsi un souhait de Roussel. Notre traduction a voulu conserver les principes de la méthode Roussel. Ainsi l'alexandrin a été maintenu, de même que l'alternance des rimes. On comparera cette traduction avec d'autres traductions du même texte, notamment en anglais, en allemand et en portugais.

Sjef Houppermans est chercheur en lettres modernes attaché à l'université de Leyde. Il a publié des livres sur Roussel, Proust et Beckett entre autres.
Publications
"Autour des canevas", in Raymond Roussel. Perversion classique ou invention moderne ?, Colloque de Cerisy, PU de Rennes, 1993.
"Contraintes et couleurs", in Le goût de la forme en littérature, Colloque de Cerisy, Éditions Noesis, 2004.
Présence de Samuel Beckett, Colloque de Cerisy, Éditions Rodopi, 2006.
"Le temps et ses intermittences chez Yourcenar", in Les diagonales du temps. Marguerite Yourcenar à Cerisy, Colloque de Cerisy, PU de Rennes, 2007.
"Futurs hibernations. Renaud Camus en pleine forme", in Forme & Informe dans la création moderne et contemporaine, Colloque de Cerisy, Éditions Noésie, 2009.
"Prendre ses distances", in Victor Klemperer. Repenser le langage totalitaire, Colloque de Cerisy, CNRS Éditions, 2012.
"D'un monument élevé à la gloire de la langue et des lettres françaises", in Roussel : hier, aujourd'hui, Colloque de Cerisy, PU de Rennes, 2014.
Raymond Roussel et la psychanalyse, Éditions Classiques Garnier-Minard, 2019.

Philipp JONKE : Traduire la presse de mode allemande de la fin du XIXe siècle
La presse de mode de la fin du XIXe siècle a non seulement pour but d'informer ses lectrices des dernières nouveautés de la saison, mais aussi de les renseigner sur les tenues adaptées à chaque occasion et sur l'effet des modèles décrits. Ainsi, toute rubrique de mode s'écrit à destination d'un lectorat socialement identifié avec ses propres repères culturels. Traduire des passages de ces textes appelle donc à s'interroger sur ces repères et à les replacer dans le contexte de chaque pays : est-ce que "culture" / "Kultur", par exemple, signifie la même chose dans un texte allemand et français, dans un journal à destination des femmes les plus aisées et dans celui publié pour la couche moyenne ? L'étude de passages extraits de Der Bazar, de Die Modenwelt, de Die Praktische Berlinerin et de Die Dame et la comparaison avec des périodiques français rend compte de la difficulté de traduire les connotations culturelles et sociales des textes de mode.

Philipp Jonke est ATER à l'université Lumière Lyon 2 et prépare une thèse en études germaniques à l'École normale supérieure de Lyon sur le système de la mode berlinois autour de 1900. Ses travaux portent en premier lieu sur les implications économiques et sociales de la mode sérielle et de la grande distribution, ainsi que sur les pratiques urbaines.

Anne LAGNY : Entre communauté et territoire : traduire le terme de Heimat
Patria, domicilium (équivalents latins dans l'article "Heimat" du grand dictionnaire Grimm), maison, "chez soi", pays, pays natal, petite patrie, parfois patrie, territoire : l'éventail des traductions possibles est révélateur de la complexité, sinon de l'équivoque qui s'attache à ce terme. La question de la Heimat est revenue au cœur de l'actualité ces dernières années, avec la réactivation de son potentiel politique, de l'extrême-droite qui inscrit la "protection de la Heimat" dans son programme de mobilisation contre la mondialisation et la prétendue islamisation de l'Allemagne, au parti écologique qui ambitionne de "verdir" le terme instrumentalisé par les nazis, sans oublier le premier discours de Horst Seehofer, à la tête du ministère de l'Intérieur dont le périmètre, redéfini en Bundesministerium des Innern, für Bau und Heimat, intègre désormais les chantiers "de la Construction et du Territoire" (Building and Community). Dans le contexte des débats actuels, la notion de Heimat est mise en œuvre dans des formes littéraires, artistiques et culturelles qui contribuent à réhabiliter l'attachement à ce que l'on pourrait appeler une "patrie de proximité". On se proposera ici de reconstituer quelques-uns des contextes culturels et historiques dans lesquels apparaît le terme, en s'interrogeant sur les possibilités et les limites de la traduction de cet "intraduisible".

Anne Lagny est professeure d'études germaniques (histoire des idées et civilisation germanique) à l'École normale supérieure de Lyon. Publications sur les Lumières allemandes, le roman d'époque de la République de Weimar, sur l'autobiographie et sur le piétisme allemand.

Winibert SEGERS : L'évaluation de la créativité des traductrices/traducteurs littéraires
Le sujet de cette communication est délicat et se heurte souvent à beaucoup de résistance de la part des traductrices/traducteurs littéraires. Tout d'abord, nous examinerons le modèle de compétence de l'ELV 2014 (Expertisecentrum Literair Vertalen/Centre d'expertise en traduction littéraire) et la place accordée à la créativité dans ce modèle. Nous étudierons ensuite dans quelle mesure les tests de créativité existants (Mednick, Wallach-Kogan, Guilford, Torrance) peuvent être utilisés pour évaluer la créativité des traductrices/traducteurs littéraires. Enfin, nous donnerons quelques exemples de tests qui pourraient être utilisés pour évaluer la créativité des traductrices/traducteurs littéraires. Les questions que nous posons portent sur la distinction entre créativité et compétence linguistique (en langue source et en langue cible) et sur les limites de la mesurabilité.

Winibert Segers anime des ateliers de traduction juridique et médicale (français -> néerlandais) et enseigne la théorie de la traduction à la KU Leuven (Belgique). La didactique, l'éthique, l'évaluation et la philosophie de la traduction sont ses domaines de recherche.

Tristan VIGLIANO : Mettre en ligne les premières traductions du Coran : perspectives historiques, enjeux contemporains
L'objet de cette communication sera de présenter les premières traductions du Coran, telles que mises en ligne sur le site Coran 12-21. Nous rapporterons les problèmes que pose cette mise en ligne, dans le contexte d'une société interculturelle, aux difficultés qu'ont pu rencontrer les premiers éditeurs de ces traductions, dans des sociétés qui, elles, n'étaient pas à proprement parler interculturelles. C'est donc le contrepoint qui nous intéressera ici.

Tristan Vigliano est maître de conférences (hdr) en littérature française de la Renaissance à l'université Lumière - Lyon 2. Après une thèse consacrée à la réception d'Aristote au XVIe siècle, il a traduit le De disciplinis, somme pédagogique de Juan Luis Vives, puis s'est intéressé aux représentations médiévales, renaissantes et modernes de l'islam. Il co-dirige, avec Mouhamadoul Khaly Wélé, le site Coran 12-21 : www.coran12-21.org.


SOUTIENS :

• Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) [Ministère de la Culture]
Veolia
Université d'Utrecht