Programme 2020 : un des colloques


LA TRADUCTION DANS UNE SOCIÉTÉ INTERCULTURELLE


DU VENDREDI 31 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 7 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]



DIRECTION :

Niall BOND, Philiep BOSSIER, Dinah LOUDA


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Niall BOND, Philiep BOSSIER, Barbara CASSIN, Yves CITTON, Michèle GENDREAU-MASSALOUX, Xavier NORTH, Heinz WISMANN, François YVON


ARGUMENT :

Une des questions majeures de nos sociétés contemporaines est le maintien de la diversité linguistique. Or, à l'opposé des poncifs qui la font passer pour chère, lente, voire superflue, de nombreuses raisons conduisent à penser que la traduction constitue, pour le futur, un formidable atout quant à la préservation du trésor de la culture humaine. Loin d'être une banalité, la traduction est à la fois omniprésente et indispensable, mais elle est souvent "invisible". Il s'agira donc de réaffirmer cette faculté inouïe de l'homme pour en réhabiliter, dans un univers désormais hautement numérisé et mondialisé, le caractère interculturel de tout premier ordre.

Ce colloque, qui réunira un réseau d'interlocuteurs en résonance, se propose d'interroger la traduction aujourd'hui à partir d'un questionnement ambitieux, ouvert au monde qui bouge et où la promesse de nouvelles technologies laisse miroiter un "dépassement" de la traduction humaine. Ce questionnement comporte trois volets. Le premier concerne la traduction, l'interculturel et les savoirs : il portera un regard sur les idées qui traversent des frontières linguistiques ou passent d'une époque à une autre. Le deuxième concerne l'urgence d'une mise au point des formations pour les nouvelles générations de traducteurs-interprètes et explore les possibilités technologiques qui permettent de repenser constamment les méthodes de travail pour traduire et interpréter l'autre. Enfin le troisième volet, d'ordre éthique, aborde les différentes finalités de la traduction, et notamment son rôle capital face aux nouveaux défis sociétaux du temps présent et à venir.


MOTS-CLÉS :

Diversité linguistique, Éthique, Métiers et formation, Nuances sémantiques, Société interculturelle, Traduction automatique, Traduction professionnelle et littéraire


CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 31 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque, de l'atelier en parallèle et des participants


Samedi 1er août
Matin
OUVERTURE, ENJEUX ET PERSPECTIVES — Modérateur : Niall BOND
Philiep BOSSIER : La recherche en traductologie : bilan et perspectives
Fayza EL QASEM : Savoir-faire et savoir être du traducteur à l'heure des bouleversements technologiques : faut-il repenser la formation ?

Après-midi
PRATIQUES ACTUELLES DE L'INTERCULTURALITÉ — Modérateur : Philiep BOSSIER
La communication entre les cultures : comment traduire la nuance ?, dialogue entre Amanda GALSWORTHY et Dinah LOUDA

La gestion des langues et de l'interculturalité dans des groupes internationaux, table ronde animée par Dinah LOUDA, avec des représentants des grands groupes et des consultants

Soirée
LE TRADUCTEUR COMME PASSEUR DU MONDE
Les liens traducteur/passeur, débat autour de Nurith AVIV à partir de son film Traduire


Dimanche 2 août
Matin
TRADUIRE LES SAVOIRS — Modérateur : Philiep BOSSIER
Françoise THIBAULT : Langues, sciences et politique
Gisèle SAPIRO : La traduction dans les sciences de l'homme

Après-midi
Claire SHIRES : Communication interculturelle dans le champ de risques naturels : questionnements traductologiques et sémiotiques

LA LANGUE FRANÇAISE DANS LE MONDE CULTUREL — Modératrice : Dinah LOUDA
Xavier NORTH : La diplomatie linguistique française : atouts et limites
Philippe NOBLE : Langue française et action culturelle

Soirée
LE TRADUCTEUR COMME PASSEUR DU MONDE
Les liens traducteur/passeur, débat autour de Nurith AVIV à partir de son film Signer


Lundi 3 août
Matin
TRADUIRE LE SENSIBLE, TRADUIRE LES CONCEPTS, TRADUIRE COMMUNAUTÉ — Modérateur : Niall BOND
Niall BOND : Traduire communauté, interpréter entre les communautés
Anne LAGNY : Entre communauté et territoire : traduire le terme de "Heimat"
Philipp JONKE : Traduire la presse de mode allemande de la fin du XIXe siècle

Après-midi
CROYANCES, RELIGIONS ET SAVOIRS
Stéphane VALTER : Quels truchements pour la pensée égyptienne ? La pyramide de Maslow, ou les limites de la production du savoir
Tristan VIGLIANO : Mettre en ligne les premières traductions du Coran : perspectives historiques, enjeux contemporains

Soirée
Daniel BELL & Pei WANG : La traduction de concepts politiques du chinois en anglais : trois propositions pour des améliorations


Mardi 4 août
Matin
LES LIMITES DE LA TRADUCTION INTERCULTURELLE — Modérateur : Xavier NORTH
Table ronde, introduite et animée par Astrid GUILLAUME [Sémioticienne, Présidente de la Société française de Zoosémiotique, Fondatrice de l'Observatoire Européen du Plurilinguisme], avec des membres de la SfZ : Georges CHAPOUTHIER [Neurobiologiste et philosophe, Directeur de recherche émérite CNRS], Pierre FRATH [Linguiste, Professeur émérite de l'université de Reims], Laurent NAGLE [Éthologue spécialiste de la culture des oiseaux, Professeur à l'université de Paris Nanterre] et Christian TREMBLAY [Président de l'Observatoire Européen du Plurilinguisme]

Après-midi
"HORS LES MURS" — AU NORMANDY VICTORY MUSEUM, CATZ (Carentan-Les-Marais) — Organisatrice : Léa LUCAS
Visite du musée et table ronde publique "Traduire l'histoire, traduire la mémoire"

Soirée
Philippe AUBERT : Enjeux de la technologie pour les personnes en situation de handicap


Mercredi 5 août
Matin
LA TRADUCTION LITTÉRAIRE ET LA FORMATION DES FUTURS TRADUCTEURS — Modérateur : Philiep BOSSIER
Ton HOENSELAARS : Shakespeare, translation and intermediality
Sjef HOUPPERMANS : Traduire les Nouvelles Impressions d'Afrique de Raymond Roussel : contraintes et création
Solange ARBER : Beckett du Vaucluse au Breisgau. La question de l'adaptation culturelle dans l'œuvre du traducteur Elmar Tophoven

Après-midi
Transfert culturel. Traduire et annoter Proust pour un lectorat contemporain néerlandophone, table ronde avec Philippe NOBLE, Desirée SCHYNS et Ieme VAN DER POEL

Winibert SEGERS : L'évaluation de la créativité des traductrices/traducteurs littéraires [communication établie avec Henri BLOEMEN]


Jeudi 6 août
Matin
TRADUCTION, ÉTHIQUE ET POLITIQUE — Modératrice : Dinah LOUDA
Présentation des travaux de la Maison de la Sagesse-Traduire, table ronde avec Philippe BAZIRE et Hocine TANDJAOUI

Le langage des signes, entretien de Jérémie BOROY avec Jean-Louis BANCEL

Après-midi
Modérateur : Philiep BOSSIER
Marie-France IONESCO : Le statut du traducteur dans la Roumanie de la dictature : aspects éthiques
Bente CHRISTENSEN : Droit d'auteur, droit de parole

TRANSLATION as EMPOWERMENT — Modérateur : Sylvain ALLEMAND
Laurent BARUCQ : La traduction : une passion, limites du métier

La traduction comme passion et "trade-off", table ronde animée par Sylvain ALLEMAND, avec Laurent BARUCQ, Bente CHRISTENSEN, Marie-France IONESCO, Philippe NOBLE et Désirée SCHYNS


Vendredi 7 août
Matin
Niall BOND, Philiep BOSSIER & Dinah LOUDA : Synthèse

Discussion générale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Solange ARBER : Beckett du Vaucluse au Breisgau. La question de l'adaptation culturelle dans l'œuvre du traducteur Elmar Tophoven
Que vient faire le Godot allemand dans le Breisgau plutôt que dans le Vaucluse ? Pourquoi remplacer un croque-monsieur par des frites, et quelles conséquences en termes de mastication ? Comment faire comprendre à un lecteur allemand qu'une "fève" cachée dans un gâteau n'est pas une légumineuse mais une petite figurine de porcelaine ? Elmar Tophoven, le traducteur allemand de Samuel Beckett, Alain Robbe-Grillet et Nathalie Sarraute, a été fréquemment confronté au problème de la traduction des realia et des culturèmes. Les choix qu'il a adoptés nous permettent de retracer l'évolution des normes de traduction dans la seconde moitié du XXe siècle : avec le développement des contacts interculturels, les stratégies d'adaptation reculent au profit de la préservation du référent d'origine. Le traducteur a ainsi de moins en moins l'occasion d'imprimer sa patte sur son texte en l'infusant de son propre vécu.

Solange Arber est doctorante en études germaniques à Sorbonne Université, en cotutelle avec l'université de Lausanne et ATER à l'université Lumière Lyon II. Son sujet de thèse porte sur le traducteur Elmar Tophoven et sa méthode de "traduction transparente". Elle a publié des articles sur la génétique des traductions, la métaphore de la transparence et la réception du Nouveau Roman en Allemagne.

Niall BOND : Traduire communauté, interpréter entre les communautés
Les études autour de la traduction et de l'interprétation se trouvent confrontées à un paradoxe : les traducteurs et les interprètes, qui sont par définition des passeurs entre des communautés, restent parfois cloisonnés dans des communautés. Incités par une certaine idéologie professionnelle, certains interprètes de conférence prennent leur distance par rapport à d'autres interprètes ou traducteurs en dépit de la similitude de métiers souvent exercés par les mêmes personnes. La réflexion sur la traduction et l'interprétation est également scindée en communautés distinctes qui ont peu d'occasions et, parfois, peu de désir de communiquer.
Ce colloque permet de réunir, entre autres, des communautés de traducteurs, avec de interprètes et des traductologues, comparatistes stylistiques qui étudient la traduction comme produit : l'école de Paris qui étudie les processus de déverbalisation et de reverbalisation ; les linguistes appliqués, absorbés par les structures grammaticales des suites de mots ; les sémiologues s'intéressant au jeu entre les signes linguistiques et d'autres codes ; les historiens des concepts et des idées qui constatent que les signes évoluent en fonction du contexte des relations humaines et du pouvoir ; les terminologues, parfois consternés par la fluidité des signes linguistiques ; les praticiens techniques de très haut niveau, focalisés sur la traduction comme faisabilité ; les philosophes, interpellés par la traduction de certaines notions comme impossibilité ; les personnes persuadées que la technologie représente une violation de l'intégrité d'une traduction ; les auteurs d'extraordinaires avancées dans la technologie de la traduction et de l'interprétation… Il a été dit de l'un des plus grands savants de la traduction e, George Steiner (qui vient de disparaître), qu'il appartenait à une seule communauté : celle de la République des Savants. En vérité, ce polyglotte pluridisciplinaire appartenait à un nombre incalculable de communautés, auxquelles il était capable d'étendre sa pensée. Convaincu de l'intérêt d'appartenir à chacune des communautés énumérées, réfléchissant entre les langues et les disciplines, cette communication se propose d'analyser les différents sens que peut revêtir le signe linguistique "communauté", notamment le signe "Gemeinschaft", pour ces différentes communautés, et de les problématiser sur un fond d'histoire sémantique, politique, économique et sociale — en sachant que, selon Nietzsche, tout mot est un préjugé, et que, selon le même auteur, ne peut être défini que ce qui n'a pas d'histoire.

Bente CHRISTENSEN : Droit d'auteur, droit de parole
La plupart des pays civilisés ont une loi qui protège les droits d'auteur — et le traducteur est regardé comme un ayant droit au même titre que l'écrivain. Le droit d'auteur a deux aspects : l'aspect matériel, qui veut dire que l'auteur doit être rémunéré d'une manière décente, et l'aspect immatériel, qui regarde la forme et le contenu du texte. Personne n'a le droit de changer le texte sans l'accord de l'auteur, ce qui rend par exemple la censure illégale. Pour sauvegarder ces deux aspects du droit d'auteur, les écrivains et les traducteurs ont fondé, entres autres, deux associations mondiales : le PEN International (1921) et la Fédération Internationale des Traducteurs (F.I.T., 1953). En tant qu'ancienne présidente du Comité des droits d'auteurs de la F.I.T., et ancienne membre du Comité de la Traduction et des Droits Linguistiques de PEN International, je vais présenter le travail fait par ces deux associations en ce domaine, et montrer qu'il excède de loin l'interprétation des paragraphes juridiques.

Bente Christensen est traductrice littéraire (français/norvégien), vit et travaille à Oslo. Elle est ancienne présidente de l'Association Norvégienne des Traducteurs Littéraires, et ancienne vice-présidente de la F.I.T. (Fédération Internationale des Traducteurs).

Sjef HOUPPERMANS : Traduire les Nouvelles Impressions d'Afrique de Raymond Roussel : contraintes et création
Roussel a fondé son œuvre sur un certain nombre de contraintes formelles (avant tout l'exploitation de l'homonymie et un emploi radical des rimes) qui font que chez lui "l'imagination est tout". Comment faire la part de ces contraintes dans la traduction tout en conservant l'essentiel de sa portée sémantique ? Ici, on se concentrera sur les Nouvelles Impressions d'Afrique publiées en 1932, à la traduction en néerlandais desquels on a travaillé tout au long des années 1990. Une particularité de l'édition néerlandaise chez van Oorschot est l'usage des couleurs pour distinguer les différents niveaux du texte, suivant ainsi un souhait de Roussel. Notre traduction a voulu conserver les principes de la méthode Roussel. Ainsi l'alexandrin a été maintenu, de même que l'alternance des rimes. On comparera cette traduction avec d'autres traductions du même texte, notamment en anglais, en allemand et en portugais.

Sjef Houppermans est chercheur en lettres modernes attaché à l'université de Leyde. Il a publié des livres sur Roussel, Proust et Beckett entre autres.
Publications
"Autour des canevas", in Raymond Roussel. Perversion classique ou invention moderne ?, Colloque de Cerisy, PU de Rennes, 1993.
"Contraintes et couleurs", in Le goût de la forme en littérature, Colloque de Cerisy, Éditions Noesis, 2004.
Présence de Samuel Beckett, Colloque de Cerisy, Éditions Rodopi, 2006.
"Le temps et ses intermittences chez Yourcenar", in Les diagonales du temps. Marguerite Yourcenar à Cerisy, Colloque de Cerisy, PU de Rennes, 2007.
"Futurs hibernations. Renaud Camus en pleine forme", in Forme & Informe dans la création moderne et contemporaine, Colloque de Cerisy, Éditions Noésie, 2009.
"Prendre ses distances", in Victor Klemperer. Repenser le langage totalitaire, Colloque de Cerisy, CNRS Éditions, 2012.
"D'un monument élevé à la gloire de la langue et des lettres françaises", in Roussel : hier, aujourd'hui, Colloque de Cerisy, PU de Rennes, 2014.
Raymond Roussel et la psychanalyse, Éditions Classiques Garnier-Minard, 2019.

Philipp JONKE : Traduire la presse de mode allemande de la fin du XIXe siècle
La presse de mode de la fin du XIXe siècle a non seulement pour but d'informer ses lectrices des dernières nouveautés de la saison, mais aussi de les renseigner sur les tenues adaptées à chaque occasion et sur l'effet des modèles décrits. Ainsi, toute rubrique de mode s'écrit à destination d'un lectorat socialement identifié avec ses propres repères culturels. Traduire des passages de ces textes appelle donc à s'interroger sur ces repères et à les replacer dans le contexte de chaque pays : est-ce que "culture" / "Kultur", par exemple, signifie la même chose dans un texte allemand et français, dans un journal à destination des femmes les plus aisées et dans celui publié pour la couche moyenne ? L'étude de passages extraits de Der Bazar, de Die Modenwelt, de Die Praktische Berlinerin et de Die Dame et la comparaison avec des périodiques français rend compte de la difficulté de traduire les connotations culturelles et sociales des textes de mode.

Philipp Jonke est ATER à l'université Lumière Lyon 2 et prépare une thèse en études germaniques à l'École normale supérieure de Lyon sur le système de la mode berlinois autour de 1900. Ses travaux portent en premier lieu sur les implications économiques et sociales de la mode sérielle et de la grande distribution, ainsi que sur les pratiques urbaines.

Anne LAGNY : Entre communauté et territoire : traduire le terme de "Heimat"
Patria, domicilium (équivalents latins dans l'article "Heimat" du grand dictionnaire Grimm), maison, "chez soi", pays, pays natal, petite patrie, parfois patrie, territoire : l'éventail des traductions possibles est révélateur de la complexité, sinon de l'équivoque qui s'attache à ce terme. La question de la Heimat est revenue au cœur de l'actualité ces dernières années, avec la réactivation de son potentiel politique, de l'extrême-droite qui inscrit la "protection de la Heimat" dans son programme de mobilisation contre la mondialisation et la prétendue islamisation de l'Allemagne, au parti écologique qui ambitionne de "verdir" le terme instrumentalisé par les nazis, sans oublier le premier discours de Horst Seehofer, à la tête du ministère de l'Intérieur dont le périmètre, redéfini en Bundesministerium des Innern, für Bau und Heimat, intègre désormais les chantiers "de la Construction et du Territoire" (Building and Community). Dans le contexte des débats actuels, la notion de Heimat est mise en œuvre dans des formes littéraires, artistiques et culturelles qui contribuent à réhabiliter l'attachement à ce que l'on pourrait appeler une "patrie de proximité". On se proposera ici de reconstituer quelques-uns des contextes culturels et historiques dans lesquels apparaît le terme, en s'interrogeant sur les possibilités et les limites de la traduction de cet "intraduisible".

Anne Lagny est professeure d'études germaniques (histoire des idées et civilisation germanique) à l'École normale supérieure de Lyon. Publications sur les Lumières allemandes, le roman d'époque de la République de Weimar, sur l'autobiographie et sur le piétisme allemand.

Philippe NOBLE
"Les mystères des jeunes filles" : le texte de Proust est aujourd'hui entouré, en traduction mais aussi en langue originale, d'une forêt de commentaires et de paratextes. Ceux-ci nous éclairent sur un certain nombre de faits historiques, sociaux ou culturels, ou sur les traces laissées dans le texte par une genèse compliquée. Mais ces explications n'ont-elles pas leurs limites ? Pourquoi M. de Norpois n'était-il plus ambassadeur après le 16 mai 1877 ? Pourquoi le jeune narrateur entend-il, le soir de la Saint-Sylvestre, le "son du cor" s'élever au fond de ce que l'auteur appelle "un mastroquet" ? Pourquoi telle plaisanterie de Bloch ne nous fait-elle pas rire ? Comment visualiser certains tableaux d'Elstir ? Lecteurs, nous passons outre sans difficultés à certains passages dont le sens reste enveloppé de clair-obscur. Le traducteur est en principe tenu de prendre parti, en d'autres termes de choisir une interprétation. À moins d'opter pour l'attitude inverse, et d'accepter l'amère constatation qu'il est parfois plus facile de traduire que de comprendre. En commentant quelques passages précis d'À l'Ombre des jeunes filles en fleurs, j'essaierai de mieux cerner les termes de ce dilemme.

Philippe Noble, ancien élève de l'école normale supérieure, agrégé de lettres classiques, docteur en littérature néerlandaise, est traducteur littéraire et directeur de collection aux éditions Actes Sud. Il a traduit une soixantaine d'ouvrages — prose et poésie — d'auteurs flamands et néerlandais, et notamment une grande partie de l'œuvre de Cees Nooteboom. Avec Désirée Schyns, il a publié en 2018 une nouvelle traduction néerlandaise d'À l'Ombre des jeunes filles en fleurs.

Désirée SCHYNS
Le monde évoqué par Proust est surtout un monde littéraire et culturel, lié à une époque qui est déjà lointaine pour des lecteurs francophones (cf. les notes dans l'édition Tadié), a fortiori pour des néerlandophones. Je comparerai les traductions néerlandaises De kant van Swann (2009) de Marcel Proust, traduit par Thérèse Cornips et annotée par Ieme van der Poel et Ton Hoenselaars et Swanns kant op (2015) traduit par Martin de Haan et Rokus Hofstede. Convaincus que le lecteur pourra trouver des informations culturelles sur internet, les traducteurs de la retraduction de 2015 n'ont ajouté aucune note. J'ai pu constater qu'ils expliquent des références culturelles dans la traduction même, la rendant parfois plus explicite. Dans cette contribution, j'examinerai quelques références culturelles dans le texte source français et leur fonction pour étudier ensuite les explications fournies par le paratexte de Van der Poel et Hoenselaars : en quels sens les notes aident-elles les lecteurs néerlandophones à pénétrer dans l'univers proustien, à comprendre le sens du texte ? Ensuite, j'aimerais analyser dans quelle mesure les explications données par de Haan et Hofstede dans la traduction même, ou l'absence d'explications, ont une incidence sur la transmission du sens.

Désirée Schyns est maître de conférences HDR à la Faculté des lettres et de philosophie de l'université de Gand en Belgique. Elle a publié des traductions littéraires en néerlandais notamment de Proust (À l'ombre des jeunes filles en fleurs, avec Philippe Noble) et de Yoko Tawada (traduit de l'allemand avec Bettina Brandt). Elle a publié La mémoire littéraire de la guerre d'Algérie dans la fiction algérienne francophone et co-édité des recueils sur la traduction et l'exil, et sur la poésie de Cees Nooteboom en traduction. Actuellement ses recherches portent sur la traduction et le témoignage. Dans ce cadre elle prépare une traduction d'Auschwitz et après de Charlotte Delbo.

Winibert SEGERS : L'évaluation de la créativité des traductrices/traducteurs littéraires [communication établie avec Henri BLOEMEN]
Le sujet de cette communication est délicat et se heurte souvent à beaucoup de résistance de la part des traductrices/traducteurs littéraires. Tout d'abord, nous examinerons le modèle de compétence de l'ELV 2014 (Expertisecentrum Literair Vertalen/Centre d'expertise en traduction littéraire) et la place accordée à la créativité dans ce modèle. Nous étudierons ensuite dans quelle mesure les tests de créativité existants (Mednick, Wallach-Kogan, Guilford, Torrance) peuvent être utilisés pour évaluer la créativité des traductrices/traducteurs littéraires. Enfin, nous donnerons quelques exemples de tests qui pourraient être utilisés pour évaluer la créativité des traductrices/traducteurs littéraires. Les questions que nous posons portent sur la distinction entre créativité et compétence linguistique (en langue source et en langue cible) et sur les limites de la mesurabilité.

Winibert Segers anime des ateliers de traduction juridique et médicale (français -> néerlandais) et enseigne la théorie de la traduction à la KU Leuven (Belgique). La didactique, l'éthique, l'évaluation et la philosophie de la traduction sont ses domaines de recherche.

Claire SHIRES : Communication interculturelle dans le champ de risques naturels : questionnements traductologiques et sémiotiques
Les risques naturels sont présents pour l'humanité depuis qu'elle existe, et elle doit faire face aux aléas qu'ils entraînent partout sur la planète. Les personnes concernées par les risques et les catastrophes naturels utiliseront les expressions linguistiques et systèmes sémiotiques selon leur propre contexte culturel et socio-politique, relevant d'univers linguistiques et culturels parfois très différents. Dans le cadre de collaborations régionales et internationales en matière de gestion des risques, ces différences peuvent entraîner des difficultés de communication importantes et éventuellement dangereuses. La communication s'inscrira dans le cadre d'un projet de glossaire multilingue répondant au besoin croissant d'outils plurilingues dans la communication interculturelle des catastrophes et risques naturels. Son objet sera aussi de proposer une première analyse des problèmes traductologiques et interculturels pouvant se poser en situation de catastrophe naturelle, en donnant quelques exemples des variantes linguistiques et sémiotiques pour un même risque naturel en fonction des aires linguistiques.

Claire Shires est doctorante au Laboratoire de recherche sur le langage (LRL, EA 999) à l'université de Clermont Auvergne. Son sujet de thèse se situe dans le cadre de projet CLOUDBURST de glossaire sur les risques naturels et porte sur les questionnements traductologiques et sémiotiques dans la communication interlinguistique et interculturelle dans des situations de risques naturels.

Ieme VAN DER POEL
Depuis les années 80 du siècle dernier les études proustiennes se sont progressivement éloignées d'une approche critique axée sur les aspects formels du texte pour se consacrer au caractère encyclopédique de la Recherche. Cette évolution du discours critique universitaire se reflète aussi dans la présentation de l'œuvre, comme l'illustrent les éditions successives de la Pléiade. Tandis que dans la première (Clarac et Ferré, 1954), l'appareil critique concerne uniquement le collationnement du texte, dans la seconde (Tadié, 1987) celui-ci se trouve complété par un ensemble de références se rapportant au contexte historique et culturel du texte. Cette communication essayera de répondre aux questions suivantes qui seront illustrées par des exemples concrets : en quoi l'annotation destinée à lectorat non-français diffère-t-elle de celle destinée à un lectorat français ? À l'époque qui est la nôtre, le texte proustien — y compris l'humour et la prédilection de son auteur pour la petite histoire — serait-il encore compréhensible sans annotation ? Comment faire la distinction entre un éclaircissement nécessaire à la compréhension du texte et son interprétation ?

Ieme van der Poel est professeur de littérature française émérite à l'université d'Amsterdam, Pays-Bas. En collaboration avec Ton Hoenselaars, elle a annoté et préfacé les traductions en néerlandais de Du côté de chez Swann (2009, traduction : Thérèse Cornips) et À l'ombre des jeunes filles en fleurs (2018, traduction : Philippe Noble et Désirée Schyns). À paraître (Liverpool UP) : Republic of Cousins. The Literatures of the Moroccan Diaspora in a Comparative Perspective.

Tristan VIGLIANO : Mettre en ligne les premières traductions du Coran : perspectives historiques, enjeux contemporains
L'objet de cette communication sera de présenter les premières traductions du Coran, telles que mises en ligne sur le site Coran 12-21. Nous rapporterons les problèmes que pose cette mise en ligne, dans le contexte d'une société interculturelle, aux difficultés qu'ont pu rencontrer les premiers éditeurs de ces traductions, dans des sociétés qui, elles, n'étaient pas à proprement parler interculturelles. C'est donc le contrepoint qui nous intéressera ici.

Tristan Vigliano est maître de conférences (hdr) en littérature française de la Renaissance à l'université Lumière - Lyon 2. Après une thèse consacrée à la réception d'Aristote au XVIe siècle, il a traduit le De disciplinis, somme pédagogique de Juan Luis Vives, puis s'est intéressé aux représentations médiévales, renaissantes et modernes de l'islam. Il co-dirige, avec Mouhamadoul Khaly Wélé, le site Coran 12-21 : www.coran12-21.org.


SOUTIENS :

LabEx COMOD [Université de Lyon]
• Institut d'histoire des représentations et des idées dans les modernités (IHRIM) — UMR 5317 [ENS de Lyon]
Veolia
Université d'Utrecht
• Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) [Ministère de la Culture]


BULLETIN D'INSCRIPTION


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Précisions à nous communiquer pour l'agrément de votre séjour :
[par exemple : grande taille (plus de 1,80 m), problèmes de mobilité, partage d'une chambre ou voisinage de chambres, inscription groupée, régime médicalement surveillé, ...]
Ces renseignements sont utiles à la répartition des chambres. Le logement est assuré au château de Cerisy et ses dépendances, en chambres doubles ou individuelles. En cas de grande affluence, les inscrits tardifs se logeront aux alentours.