Programme 2019 : un des colloques

Programme complet


ART, INDUSTRIE ET SOCIÉTÉ

AU TEMPS DE LA RECONSTRUCTION ET DE LA CROISSANCE D'APRÈS-GUERRE


DU MERCREDI 5 JUIN (19 H) AU MERCREDI 12 JUIN (19 H) 2019



DIRECTION :

Gwenaële ROT, François VATIN


ARGUMENT :

Art et industrie peuvent-ils faire bon ménage ? La question est probablement aussi ancienne que l'industrie elle-même et rares sont ceux qui, tel Achille Kaufmann en 1853, ont revendiqué la "poésie de l'industrie".

Après la première guerre mondiale, la "querelle du machinisme" fit rage entre ceux qui ne voyaient plus dans la machine qu'un instrument de mort et ceux que fascinaient sa puissance et sa beauté fonctionnelle. L'après seconde guerre ne laissa guère de place au refus romantique du progrès, car il fallait reconstruire, et vite. Mais, des exigences de rapidité de la Reconstruction, on a trop vite conclu, rétrospectivement, qu'on n'aurait, à l'époque, eu aucun souci de l'esthétique. C'est cette question que l'on entend revisiter en discutant des relations entre art et industrie au cours de cette époque.

Il s'agira d'abord de s'interroger sur l'esthétique fonctionnelle de l'usine elle-même et sur son influence sur l'ensemble de l'architecture de la période. La question est, ensuite, celle des médias artistiques et de leur renouvellement : la photographie et le cinéma sont directement en phase avec l'esthétique usinière, mais la peinture, la sculpture, la tapisserie sont aussi mobilisées. Il faut réconcilier les hommes avec leur nouvel univers. Si l'industrie peut pénétrer l'art, l'art pourra aussi pénétrer l'industrie. Car l'enjeu est aussi social. Cette période est celle des grandes ambitions de démocratisation artistique. La beauté doit appartenir à tout le monde comme l'affirmait André Malraux. Il faudra aussi s'intéresser aux représentations de l'activité productive, longtemps marquées par la figure ouvriériste de la puissance corporelle. Comment rendre compte de l'usine moderne, celle où l'homme semble disparaître derrière le gigantisme industriel ?

L'organisation de ce colloque en Normandie, région durement touchée par les destructions de la guerre et où la "Reconstruction" d'après-guerre fut en conséquence particulièrement importante, a une portée symbolique. Mais ce sera aussi l'occasion d'aborder, in situ, notamment à Saint-Lô, "capitale des ruines", ville détruite à 90% pendant la guerre, un certain nombre de problématiques du colloque. L'idée de "l'heure de la Reconstruction" est en ce sens à entendre dans une acception plus large que les années d'immédiat après-guerre. Elle renvoie à l'idée de "relèvement" de la France, urbanistique, industriel, mais aussi social et culturel qui marqua les décennies d'après-guerre et a laissé des traces vives jusqu'à aujourd'hui.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 5 juin
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 6 juin
Matin
Gwenaële ROT & François VATIN :
Introduction générale

ESTHÉTIQUE ET MACHINISME
Max BONHOMME : Machinisme ou humanisme ? La culture visuelle du communisme français de 1925 à 1939
Thierry PILLON : De la couleur dans les bureaux en France de 1950 à 1970

Après-midi
RECONSTRUIRE PLUS BEAU, PLUS FONCTIONNEL ET PLUS ÉCONOMIQUE
Robert BLAIZEAU : La Reconstruction de Saint-Lô
Patrice GOURBIN : La belle et la bête. Esthétique urbaine et nécessités industrielles pendant la Reconstruction
Carlos SAUTCHUK : Corps, nature, béton : technique et rythme à Brasilia


Vendredi 7 juin
Matin
TECHNIQUE ET ESTHÉTIQUE USINIÈRE
Stéphanie DUPONT : Minoteries reconstruites : programmes et esthétique architectural. Les cas de Caen (14) et de Cérences (50)
Florence HACHEZ-LEROY : L'aluminium et l'esthétique architecturale
Nicolas PIERROT : "Refuser d'enlaidir la vie" : l'esthétique de l'usine dans la France de la "grande croissance" (1945-1973)

Après-midi
DES OBJETS DE L'INDUSTRIE
Florence BRACHET-CHAMPSAUR : Les Galeries Lafayette, pionner de l'esthétique industrielle. "Le Festival de la création française" (1954)
Guillaume BLANC : L'industrie photographique et sa nation. Kodak-Pathé et la Biennale Photo-Optique à Paris (1955)
Delphine DROUIN-PROUVÉ : L'œuvre de Jean Prouvé dans l'urgence de la Reconstruction, une réponse industrielle et humaniste au mal logement (1945-1956)


Samedi 8 juin
Matin
LES ENTREPRISES, LES COMITÉS D'ENTREPRISE ET L'ART
Jean-Michel LETERRIER : Les comités d'entreprise de la médiation au métissage
Patrick FRIDENSON : Renault et l'art (1945-1985)
Gwenaële ROT & François VATIN : L'art et l'usine. Raymond Gosselin (1924-2017) et la sculpture automobile

Après-midi
"HORS LES MURS" — À L'USINE UTOPIK (Centre d'Art Contemporain de Tessy-Bocage)

Soirée
MUSIQUE ÉLECTROACOUSTIQUE ET INDUSTRIE
Hubert MICHEL : Présentation d'œuvres du répertoire de musique concrète


Dimanche 9 juin
Matin
L'ART EN SES LIEUX : MUSÉES, GALERIES, ÉTAT
Julie VERLAINE : Le marché de l'art français, créateur de liens entre art et industrie ?
Clothilde ROULLIER : Origine et devenir des peintures d'industrie achetées ou commandées par l'État
Clémence DUCROIX : Le musée-outil de Reynold Arnould. Le Havre, 1952-1961

Après-midi
DÉCORER LA VILLE
Marie-Laure VIALE : Sculpter, peindre à l'échelle monumentale : les modes de fabrication au service du 1% artistique
Raphaëlle SAINT-PIERRE : Les interventions d'artistes dans la Chambre de Commerce et d'Industrie du Havre et le Palais des Consuls de Rouen
Marie-Domitille PORCHERON : "Le lieu naturel du peintre est dans les grands moments de la civilisation, sur les chantiers (…) La vie des échafaudages est passionnante humainement (…)" [Alfred Manessier, 1978]
Grégor BLOT-JULIENNE & Sophie DERROT : Le luxe public de la reconstruction : le mobilier de Jacques Quinet pour l'université de Caen


Lundi 10 juin
Matin
LA PEINTURE ET LE MOTIF INDUSTRIEL
Bénédicte DUVERNAY : Fernand Léger, peinture et architecture
Odile LASSÈRE : La peinture industrielle de Camille Hilaire
Gwenaële ROT & François VATIN : Reynold Arnould : un portrait de la France industrielle à la fin des années 1950

Après-midi
PHOTOGRAPHIER L'INDUSTRIE
Véronique FIGINI-VERON : Aux frontières de l'art, la documentation photographique industrielle comme communication d'État
Dominique VERSAVEL : John Craven (1912-1981), chantre du développement industriel ?
Sandrine BULA : La France industrielle dans l'objectif d'Alain Perceval


Mardi 11 juin
SÉANCE PUBLIQUE
"HORS LES MURS" — À SAINT-LÔ
La reconstruction de la "capitale des ruines" : Saint-Lô, coordonnée par Robert BLAIZEAU (Directeur du pôle attractivité et développement territorial, Directeur des musées)
Visite de l'hôpital-mémorial (architectes P. Nelson, M. Mersier, Ch. Sébillotte, Roger Gilbert, 1956)
Visite du théâtre municipal et de sa salle des fêtes (architecte M. Mersier, 1963)
Visite de l'hôtel de ville de Saint-Lô (architecte Marcel Mersier, 1958) et de la place de l'hôtel de ville
Visite de l'appartement-témoin des années 1950
Balade dans le cœur historique reconstruit de Saint-Lô : préfecture, église Notre-Dame, remparts
Musée des beaux-arts : présentation du projet d'espace historique dédié à l'histoire de la Reconstruction de Saint-Lô et visite du musée


Mercredi 12 juin
Matin
Bilan et perspectives

Après-midi
SÉANCE PUBLIQUE
"HORS LES MURS" — À L'UNIVERSITÉ DE CAEN NORMANDIE (amphithéâtre de la MRSH)
La patrimonialisation de l'art d'après-guerre : villes, entreprises, musées, table ronde avec :
Daniel DELAHAYE (Vice-président de l'université de Caen Normandie) : L'université reconstruite : une vision qui s'impose [enregistrement vidéo en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie]
Stéphanie DUPONT (Pôle "Inventaire général du patrimoine culturel", Région Normandie) & Isabelle ROBERGE (Service "Aménagement", Région Normandie) : Région Normandie : Label "Patrimoine de la reconstruction [enregistrement vidéo en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie]
Nicolas PIERROT : La difficile patrimonialisation de l'héritage industriel des années 50-70 [enregistrement vidéo en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie]
Marie de LAUBIER (Directrice des relations générales de Saint-Gobain) : Saint-Gobain, le paradoxe de l'âge d'or de la reconstruction
Christine MANESSIER (Créatrice en textiles - Fille du peintre Alfred Manessier - Ancienne documentaliste au Musée des arts décoratifs de Paris) : Autour d'Albert Manessier (1911-1993) [enregistrement vidéo en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie]

François VATIN : Bilan du colloque [enregistrement vidéo en ligne sur la Chaîne YouTube de Cerisy]

Visite du patrimoine artistique du campus de l'université de Caen Normandie

DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Robert BLAIZEAU : La Reconstruction de Saint-Lô
Préfecture du département de la Manche en Normandie, Saint-Lô a été reconstruite en quasi-totalité après les bombardements alliés de juin et juillet 1944. Le nouveau plan d'urbanisme prend en compte la dimension historique et patrimoniale de la ville mais apporte aussi plusieurs nouveautés en matière de circulation, de règles de construction, d'aménagement public. Ville avant tout administrative et commerçante, Saint-Lô compte toutefois un certain nombre d'équipements techniques qui font écho à la modernisation de la société: hôpital, stations services, etc. L'art est également présent dans l'espace public comme au sein des équipements scolaires. À la présentation générale à Cerisy succèdera une visite d'application à Saint-Lô.

Robert Blaizeau est conservateur du patrimoine à la Ville de Saint-Lô depuis 2015. Il dirige les musées de Saint-Lô et est également directeur général adjoint en charge de la culture et de l'attractivité. Ses travaux de recherche portent notamment sur le patrimoine de la Reconstruction. Il conduit actuellement le réaménagement du musée des beaux-arts de Saint-Lô en vue d'y présenter l'histoire de la Reconstruction de la ville.

Guillaume BLANC : L'industrie photographique et sa nation. Kodak-Pathé et la Biennale Photo-Optique à Paris (1955)
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'industrie photographique française entreprend sa reconstruction et sa réorganisation. Son principal objectif, dans un contexte de pénurie de matières premières, est de retrouver le plus rapidement possible une productivité vigoureuse et stable face aux pays concurrents qui la distancent largement du point de vue technique. Mais rapidement se dessinent dans l'industrie des impératifs qui excèdent son périmètre d'activité et de compétence : on se donne pour mission de répondre aux enjeux de la Nation, à savoir regagner la souveraineté culturelle perdue au cours de la guerre et réaffirmer pour la France un statut d'universalisme. À partir du cas de la maison Kodak-Pathé, dirigée par Alfred Landucci depuis 1946 et jusqu'à son décès en 1962, on cherchera à opérer un retour critique sur cette stratégie pour interroger, d'une part, les fondements idéologiques d'une telle entreprise, et, d'autre part, ses conséquences sur la fonction de la photographie dans la constitution d'un imaginaire national, à l'heure où progrès et modernisation constituent les maîtres-mots d'une France en pleine transformation.

Guillaume Blanc, doctorant en histoire de l'art contemporain à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est secrétaire général de la Société française de photographie et chargé de cours à l'université catholique de l'Ouest et l'université Paris-Est Marne-la-Vallée. Il prépare une thèse sur le champ photographique français d'après-guerre et les enjeux idéologiques qui le traversent et le structurent. Ses publications récentes incluent des articles pour les revues Transbordeur (2019) et Image & Narrative (2019) et un essai pour le catalogue de l'exposition Icônes de Mai 68. Les images ont une histoire (BnF, 2018).

Grégor BLOT-JULIENNE & Sophie DERROT : Le luxe public de la reconstruction : le mobilier de Jacques Quinet pour l'université de Caen
La reconstruction de l'université de Caen, à partir de 1949, se déroule sur un programme, celui de la modernité d'un campus à l'organisation repensée. Dans ce cadre, l'architecte Henry Bernard est chargé de la construction, mais le mobilier ne fait largement pas partie de ses attributions. Il s'agit ici d'évoquer la commande faite au designer et ébéniste Jacques Quinet d'un ensemble mobilier destiné à la bibliothèque et à la faculté de Droit, qui s'inscrit pleinement dans l'idée d'aménagement d'un palais du savoir. Cette réalisation, qui intervient à un moment de transition dans la carrière de Quinet, doit s'inscrire dans des bâtiments soigneusement organisés et dans un fonctionnement moderne, notamment celui d'une grande bibliothèque universitaire au service des étudiants et des professeurs.

Grégor Blot-Julienne est conservateur des bibliothèques, directeur du service commun de documentation de l'université de Caen Normandie.

Docteure en histoire de l'art, Sophie Derrot est conservatrice à la bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art, responsable des fonds d'archives patrimoniaux.

Max BONHOMME : Machinisme ou humanisme ? La culture visuelle du communisme français de 1925 à 1939
De façon à éclairer les débats sur l'art et l'industrie après 1945, il est nécessaire de revenir à la période de l'entre-deux-guerres, dans laquelle la question a été débattue de façon particulièrement intense. Alors que les courants modernistes en architecture et en design prônent une "esthétique de la machine", celle-ci fait l'objet de vives critiques de part des contempteurs du "machinisme". Vers 1930 en effet, le monde intellectuel français est saisi d'une hantise anti-moderne, nourrie d'un imaginaire du déclin civilisationnel, qui n'est pas le fait exclusif de penseurs conservateurs. La presse illustrée donne corps à ces spéculations, par le biais d'une iconographie apocalyptique. À l'encontre de ce pessimisme techno-critique, les communistes accompagnent en général l'élan moderniste au nom d'un rationalisme technophile, et la propagande par l'image qu'ils développent va grandement contribuer à forger une vision humaniste du rapport entre l'homme et la machine.

Max Bonhomme est diplômé de l'École du Louvre et doctorant en histoire de l'art à l'université Paris–Nanterre. Il travaille sous la direction de Rémi Labrusse et Christian Joschke et sa recherche est financée par le Labex Arts-H2H. Sa thèse s'intitule "Propagande graphique : les usages politiques du photomontage en France face aux exemples étrangers (1925-1945)". Dans l'optique d'une histoire graphique de la presse politique, ses recherches interrogent les formes du graphisme militant, qui engagent nécessairement une collaboration entre amateurs et professionnels de l'image. Il a contribué au catalogue de l'exposition "Photographie, arme de classe" qui s'est tenue au Centre Pompidou en 2018-2019.

Florence BRACHET-CHAMPSAUR : Les Galeries Lafayette, pionner de l'esthétique industrielle. "Le Festival de la création française" (1954)
Le Festival organisé en 1954 par les Galeries Lafayette, pour mettre en relation créateurs et fabricants, est à replacer plus largement dans le contexte d'émergence en France d'une "esthétique industrielle" après la Seconde Guerre mondiale. Cette initiative du grand magasin renvoie aux deux grands enjeux qui ont alimenté un siècle de débats depuis le milieu du XIXe siècle : la démocratisation de la création par la production en série et la difficile collaboration entre artistes, artisans et industriels. Après 1945, la question du rapport entre créateurs et industriels se pose en des termes nouveaux. Dans la France des années 1950, deux associations font la promotion du design industriel : Formes Utiles sous l'égide de l'architecte André Hermant et l'Institut d'esthétique industrielle fondé par Jacques Viénot. Elles mettent en place des stratégies différentes. Par leur initiative, les Galeries Lafayette s'engagent dans la voie ouverte par Jacques Viénot convaincu qu'une sensibilisation des producteurs donnera des résultats plus rapidement que l'éducation des consommateurs. Le dispositif mis en œuvre par le grand magasin pour le festival de 1954 montre plus largement que les fonctions du grand magasin ne peuvent se résumer à acheter et vendre des marchandises. La distribution n'est pas à la périphérie, elle est plus que le chaînon manquant entre le producteur et le consommateur, elle est au cœur du management de la création.

Florence Brachet-Champsaur a soutenu sa thèse en histoire, "Créer c'est avoir vu le premier. Les Galeries Lafayette et la mode (1893-1969)", à l'École des hautes études en sciences Sociales (EHESS) en juin 2018. Elle est diplômée de l'EM Lyon business school et de l'université de Lyon. Rattachée au Centre de recherches historiques (CRH), en tant qu'historienne des entreprises, ses recherches portent sur les industries créatives, l'histoire de la mode, des grands magasins, et l'histoire de la distribution.
Publications récentes
"Buying abroad, selling in Paris : the 1953 Italian fair at Galeries Lafayette", in Regina Lee Blaszczyk & Véronique Pouillard (ed.), European fashion : The creation of a global industry, Oxford University Press, 2018.
"Madeleine Vionnet and Galeries Lafayette. The unlikely marriage of a couture house and a French department store. 1922-1940", Business History, special issue on fashion, Volume 54, Issue1, 2012, pp. 48-66.

Sandrine BULA : La France industrielle dans l'objectif d'Alain Perceval
Les années d'après-guerre sont marquées par l'essor du marché de la photographie aérienne. Des pilotes-opérateurs, souvent à la tête de leur propre société, répondent aux demandes éditoriales émanant d'institutions et d'entreprises privées. Alain Perceval est l'un de ces entrepreneurs-photographes, acteur majeur dans son secteur d’activité depuis la fin des années 1950. Il a, au cours de près de trois décennies, saisi l'évolution du territoire français dans toutes ses composantes, notamment les paysages et sites industriels. Dans quel contexte technique et économique ces vues aériennes ont-elles été produites par Alain Perceval ? Pour répondre à quels impératifs de communication et d'information, suivant quelles intentions esthétiques ? À travers l'étude des commandes passées par Saint-Gobain, EDF et la Documentation française, l'on tentera de cerner les spécificités de création et d'usage de ces photographies, replacées dans la perspective du regard porté durant les Trente Glorieuses sur le monde industriel.

Sandrine Bula est conservateur aux Archives nationales, depuis 2012 responsable de la mission photographie à la Direction des fonds.
Publications
"Les archives photographiques de presse aux Archives nationales : un patrimoine adventice ?", in In situ - Revue des patrimoines, n°36, octobre 2018.
"Sels et lumière : un siècle de procédés photographiques", in La Haute-Marne vue par les premiers photographes : 1850-1880, 2019.

Marie de LAUBIER : Saint-Gobain, le paradoxe de l’âge d’or de la reconstruction
La période de la reconstruction est une période faste pour Saint-Gobain, qui participe de manière intense à l’effort de reconstruction : nouveaux centres de recherche, nouveaux produits, nouveaux procédés industriels, nouveaux marchés. Le chiffre d'affaires de Saint-Gobain croît d'environ 10% chaque année de 1950 à 1969. C'est la plus forte progression de la longue histoire de ce Groupe tricentenaire, créé par Louis XIV et Colbert. Saint-Gobain a saisi toutes les occasions que la reconstruction lui offrait et a compris aussi que l'esthétique avait un rôle important à jouer dans ce vent de modernité. Cela ne va pas sans quelques contradictions : tout en s'intéressant à son histoire, Saint-Gobain ne prend pas toujours soin de son patrimoine industriel; tout en étant soucieux de l'esthétique des réalisations architecturales auxquelles il concourt, dans ses usines, le rationalisme passe avant l'esthétique. Tout en soutenant ou en initiant des démarches artistiques originales et remarquables dans le monde industriel, le Groupe n'a pas toujours le souci de la conservation ou de la pérennité des œuvres qu'il commande. À partir de 1980, un centre d'archives et de mémoire est créé qui va permettre de retrouver l'héritage de cette période, d'en conserver la mémoire et de mettre en place une politique d'acquisitions, de préservation et de partage de ce patrimoine.

Marie de Laubier rejoint le groupe industriel Saint-Gobain en 2012 en tant que directrice des relations générales, en charge des archives et de l'histoire du Groupe, de la coordination des célébrations du 350e anniversaire de Saint-Gobain en 2015, du mécénat culturel. La responsabilité de la Fondation du Groupe lui est également confiée. Elle a publié en 2015 un ouvrage sur Saint-Gobain aux éditions Albin Michel. Auparavant, Marie de Laubier, archiviste paléographe, a été conservateur à la Bibliothèque nationale de France (1997-2012) où elle a rempli plusieurs missions.

Delphine DROUIN-PROUVÉ : L'œuvre de Jean Prouvé dans l'urgence de la Reconstruction, une réponse industrielle et humaniste au mal logement (1945-1956)
Jean Prouvé (1901-1984) a grandi dans le milieu artistique de l'École de Nancy qui visait à concilier l'homme et la nature par le biais de l'art et de l'industrie. Il appliqua ce précepte tout au long de sa vie professionnelle dont le point culminant se situe entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le premier choc pétrolier. Au cours des années 1950, en particulier, Jean Prouvé propose une réponse à la crise du logement en mettant au point un outil industriel à même de produire des éléments de construction — métal en feuilles d'acier ou d'aluminium pliées — ajustables à la demande, légers et bon marché : "il faut des maisons usinées !". Il conçoit notamment la Maison des Jours Meilleurs en réponse à l'appel de l'Abbé Pierre (1954) puis l'École de Villejuif en 1956. Un nouveau vocabulaire constructif voit le jour, faisant l'objet de brevets d'invention. De ses "Ateliers" sortent des meubles, des maisons et des écoles préfabriquées dont les structures creuses et élancées expriment les lignes de force. Avant que Studal, la filière économique de Péchiney, ne prenne le contrôle financier des Ateliers en 1952, les Ateliers Jean Prouvé maîtrisaient toute la chaine de production, depuis la conception jusqu'à la fabrication d'un produit fini, sa livraison et son montage. Le passage de ce modèle de petite "industrie fermée" à un modèle d'"industrie ouverte", ne produisant et ne commercialisant que les fragments d'un tout, entraîne la démission de Jean Prouvé en 1954. Il crée en 1956 un bureau d'études où il poursuit ses créations et innovations. Mais malgré ses efforts, les pouvoirs publics ne lui accordent pas l'homologation nécessaire pour la reproductibilité du modèle. À l'échelle de l'État, la Reconstruction est une affaire de poids lourds avec des enjeux d'emplois à la clé. L'industrialisation ouverte permet de rendre interdépendants les industriels et de contrôler la répartition des marchés. Le débouché pour la préfabrication légère se limitera aux parois des immeubles (cloisons et façades) tandis que la préfabrication lourde se concentrera sur les structures (noyaux et planchers). Les "techniques" de Jean Prouvé influenceront toutefois l'architecture de la seconde moitié du XXe siècle. Ses œuvres figurent aujourd'hui dans les plus grands musées d'art contemporain.

Delphine Drouin-Prouvé est architecte DPLG, et diplômée de troisième cycle en Histoire culturelle et sociale à l'université de Saint-Quentin-en-Yvelines. Collaboratrice régulière du service régional de l'Inventaire général du patrimoine de la Région Île-de-France, elle travaille sur l'architecture des années de reconstruction et de croissance, et notamment sur l'œuvre de Jean Prouvé.
Publication
"Les Renardières, centre de recherches et d'essais EDF", dans L'Industrie au vert, patrimoine industriel et artisanal de la vallée de la Seine en Seine-et-Marne, Paris, Somogy Éditions d'Art, 2017.
Bibliographie
Olivier CINQUALBRE, Jean Prouvé bâtisseur, collection "Carnets d'architectes", Éditions du Patrimoine / Centre des monuments nationaux, Paris, 2016.
Armelle LAVALOU, Jean Prouvé par lui-même, Éditions du Linteau, Paris, 2001.
Nicolas PIERROT (sous la direction de), L'Industrie au vert, patrimoine industriel et artisanal de la vallée de la Seine en Seine-et-Marne, p. 164-169: "Les Renardières, centre de recherches et d'essais EDF", Éditions Somogy, Paris, 2017.
Peter SULZER, Jean Prouvé, œuvre complète, volumes 3 (1944-1954) et 4 (1954-1984), Éditions Birkäuser, Bâle, 2008.
Jean Prouvé "constructeur", collection "Monographie", Éditions du Centre Pompidou, Paris, 1990.
Jean Prouvé, Monographies de la Galerie Patrick Seguin, volumes 1 (maison démontable 6x6, 1944), 7 (maison démontable métropole, 1949), 8 (maison démontable Les jours meilleurs, 1956) et 10 (école provisoire Villejuif, 1957).

Bénédicte DUVERNAY : Fernand Léger, peinture et architecture
La communication mettra en relation les décorations monumentales de Fernand Léger avec l'évolution interne à sa peinture. Elle s'attachera particulièrement à la période de la reconstruction, marquée par des relations étroites avec deux personnalités importantes de l'architecture et de sa théorie : Sigfried Giedion et Paul Nelson. Elle s'intéressera également de près à la dernière commande passée à l'artiste, la décoration murale de la cokerie d'Alfortville.

Bénédicte Duvernay est docteure en histoire de l'art. Elle a étudié à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, puis a enseigné dans les universités Paris XII, Paris I et Rennes 2. Elle est actuellement professeure à l'École supérieure d'art de Lorraine et chargée de recherches et d'expositions au Centre Pompidou-Metz. Elle prépare une exposition Fernand Léger au musée des beaux-arts de Caen pour le prochain festival Normandie impressionniste.

Véronique FIGINI-VERON : Aux frontières de l'art, la documentation photographique industrielle comme communication d'État
Alors qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, démonstration est faite d'une efficacité politique de l'image, les photothèques publiques se développent en corollaire d'une demande croissante en documentation, notamment industrielle. Destinée en premier lieu comme aide à la prise de décision des pouvoirs publics en vue de redresser et de moderniser la France, cette information revêt d'autres fonctions, dont celle de préparer les citoyens à un monde nouveau. Sur fond de défiance à l'égard d'une communication d'État assimilée systématiquement à de la propagande, l'élaboration d'une information neutre est revendiquée, parmi laquelle figure la documentation photographique. À partir de l'exemple industriel, comment traduire cette neutralité sous forme visuelle ? Quels rôle et enjeux sont réservés à la documentation photographique ? Sous couvert d'objectivité et d'impartialité, une nouvelle forme de propagande n'est-elle pas mise en place ? En dehors des circuits des musées ou des galeries, une légitimation artistique peut-elle exister ? Autant d'approches qui permettront de questionner tant les frontières entre propagande et communication publique, entre secteurs public et privé, que celle entre document et œuvre d'art où le regard de l'ingénieur sera mis en exergue.

Maître de conférences à l'ENS Louis-Lumière, expert près la cour d'appel de Paris, Véronique Figini-Veron est historienne de la photographie. Ses recherches sont centrées sur l'État et la Photographie ; les politiques publiques photographiques (patrimoine, création, information et communication) et leurs enjeux tant sur le plan national (leurs usages à caractère social et pédagogique) que transnational (leur rôle dans les relations internationales). Son champ d'étude est axé sur les problématiques liées à l'objet/photographie, sans exclusive, du domaine des médias à celui des arts visuels. Carnet de recherches : https://4p.hypotheses.org.
Prochain ouvrage à paraître
L'État et le patrimoine photographique (1968-2000). Son rôle, ses ambitions, ses réalisations, Paris, Éditions Filigranes.

Patrick FRIDENSON : Renault et l'art (1945-1985)
La présence de l'art dans l'entreprise et pas seulement dans la conception des produits apparaît progressivement comme un des signes de rupture entre le Renault nationalisé et le Renault privé. Nous examinerons trois éléments distinctifs. Le premier est la conférence de 1954 du PDG Pierre Lefaucheux sur l'esthétique industrielle. Le deuxième est le recours à de grands architectes : Bernard Zehrfuss pour l'usine de Flins sous Pierre Lefaucheux, Oscar Niemeyer pour le projet de nouveau siège social sous son successeur Pierre Dreyfus. Le troisième est la constitution à partir de 1967, à l'initiative d'un cadre supérieur, Claude Renard, d'une collection Renault d'art contemporain. Comment s'expliquent ces trois développements ? Forment-ils ou non un ensemble ? Comment sont-ils perçus dans et hors de Renault ? Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?

Patrice GOURBIN : La belle et la bête. Esthétique urbaine et nécessités industrielles pendant la Reconstruction
Dans le Projet de reconstruction et d'aménagement, document réglementaire servant de socle à la reconstruction, les rapports entre la ville et l'industrie sont énoncés sous forme d'exclusion. La ville doit suivre les règles de l'esthétique classique alors que l'industrie doit être mise à distance par de grands espaces et camouflée par des alignements d'arbres. Mais dans la réalité, les choses ne sont pas si tranchées. Certaines usines ou activités annexes se maintiennent en centre-ville. Elles doivent alors se plier avec plus ou moins de bonheur à la discipline architecturale prévue pour le logement. Ailleurs, on conçoit de véritables quartiers industriels, qui sont réglés par des normes esthétiques inspirées de celles des quartiers centraux. Enfin les usines qui répondent à la règle de la mise à l'écart dans les zones industrielles sont à la recherche de formes monumentales et signifiantes. Elles peuvent être inspirées par le rationalisme structurel de Perret. Elles peuvent aussi se concentrer sur des bâtiments de bureaux très architecturés, qui dissimulent des installations industrielles très frustes.

Patrice Gourbin est actuellement enseignant à l'École nationale supérieure d'architecture de Normandie. Ses recherches portent sur le patrimoine ancien pendant la seconde guerre mondiale et la reconstruction, sur le patrimoine comme objet politique et social, et sur son utilisation au service du projet d'architecture. Il dirige actuellement un programme de recherche sur le devenir des villes reconstruites et leur capacité à répondre aux attendus du XXIe siècle. Il participe à la mise en place d'un label régional "villes reconstruites".

Florence HACHEZ-LEROY : L'aluminium et l'esthétique architecturale
L'industrie française de l'aluminium, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, doit faire face à une situation complexe : outre les dégâts sur son appareil de production, la nationalisation des équipements de production électrique prive le premier producteur d'électricité d'avant-guerre de l'ensemble de son parc énergétique. Ces obstacles surmontés, l'entreprise Pechiney se relance dans la conquête des marchés interrompue pendant la guerre. Nous nous attacherons ici à comprendre le rapport de l'entreprise à l'Art, en interne comme en externe, au travers notamment du cas de la décoration et de l'architecture, dont le secteur est perçu comme l'un des plus prometteurs. Fer de lance du développement, la société de vente L'Aluminium Français promeut une certaine image de l'aluminium. Celle-ci évolue ensuite au contact d'architectes qui s'approprient le métal au nom d'une esthétique qui se veut nouvelle.

Odile LASSÈRE : La peinture industrielle de Camille Hilaire
En 2016, le musée de l'Histoire du fer a reçu en don de la société ArcelorMittal France une œuvre monumentale de Camille Hilaire (1916-2004) intitulée "Sidérurgie". Cette œuvre constitue un portrait de l'industrie sidérurgique lorraine dans les années de "grande croissance". De dimensions monumentales (7,45 m x 3,25 m), d'une valeur décorative plus que documentaire, cette œuvre est à la fois un témoin et un manifeste de la puissance sidérurgique lorraine, l'homme semblant disparaître derrière le gigantisme industriel. La communication mettra en perspective la permanence du motif industriel dans la peinture de Camille Hilaire, son systématisme pour répondre aux commandes des industriels, ses influences et son cercle artistique. Elle s'intéressera tout particulièrement à "Sidérurgie", la commande de Sidélor à l'artiste en 1956 en tant qu'œuvre décorative de la salle du Conseil d'administration à Paris, aujourd'hui œuvre muséale présentée dans les espaces permanents du musée, elle traitera également des commandes effectuées pour l'entreprise Saint-Gobain de Pont-à-Mousson.

Odile Lassère est conservatrice en chef du patrimoine à la Métropole du Grand Nancy depuis 2012. Elle dirige le musée de l'Histoire du fer de Jarville-la-Malgrange dont elle conduit actuellement la refonte des espaces permanents en vue, d'une part, d'y présenter l'histoire industrielle de la région et, d'autre part, d'y créer un espace dédié aux sciences et aux techniques. Elle a mené des travaux de recherche d'inventaire du patrimoine industriel et agit pour faire connaître et valoriser patrimoine et objets techniques en direction du plus large public.
Publications récentes
L'industrie au vert, patrimoine industriel et artisanal de la vallée de la Seine en Seine-et-Marne, Paris, Somogy, 2017.
Des maisons métalliques pour l'Afrique, la maison tropicale de Jean Prouvé, Cahiers du LHAC, École Nationale Supérieure d'Architecture de Nancy, 2017.
Tour Eiffel made in Lorraine, petit journal de l'exposition présentée du 24 février 2018 au 7 janvier 2019, Musée de l'Histoire du fer, 2018.
Neuves-Maisons, une ville industrielle dans la nature, collection "Les Patrimoines", Édition L'Est Républicain, 2019.

Hubert MICHEL : Présentation d'œuvres du répertoire de musique concrète
La musique concrète a été conçue par Pierre Schaeffer en 1948. Cette nouvelle façon de composer de la musique est en résonance avec le contexte de l'époque, celui de la reconstruction de la France d'après-guerre. Lors du concert, seront exécutées deux œuvres de Pierre Henry composées dans les année 1950, une œuvre contemporaine de Samuel Sighicelli, ainsi qu'une œuvre personnelle sur le thème du polystyrène.

Hubert Michel est titulaire du diplôme d'étude musicale en composition électroacoustique (Prix Sacem). Compositeur de musique concrète, il travaille la matière sonore pour réaliser des musiques de concert ou des installations sonores. Il collabore actuellement avec différentes compagnies de danse et de théâtre et intervient dans des festivals de musique contemporaine. Membre du collectif "Module étrange", il possède son propre instrument d'interprétation de la musique concrète : la Bétonneuse.

Nicolas PIERROT : "Refuser d'enlaidir la vie" : l'esthétique de l'usine dans la France de la "grande croissance" (1945-1973)
La Reconstruction et les années de la "grande croissance" ont-elles été le laboratoire de l'"usine nouvelle" ? En amont, face à l'urgence de reconstituer les moyens de production, les usines sont pour la plupart élevées sans architecte. Quel fut alors l'écho des appels d'un André Chastel, rêvant d'une reconstruction soignée, contrôlée par "la masse française, de l'instituteur au journaliste, de l'industriel au paysan", ou d'un Albert Laprade, prônant le "travail en commun des ingénieurs et des architectes" pour "rechercher la beauté dans les usines" et "refuser d'enlaidir la vie" ? En aval, à partir des années 1970, sous la triple influence des revendications sociales de Mai 1968, du "tournant environnemental" et des premiers signes de la désindustrialisation, s'élabore le projet d'une "usine post-industrielle" dont le programme serait certes toujours dicté par les ingénieurs — garants des exigences de la production — mais dont l'"humanisation" et l'insertion dans l'environnement seraient confiées aux architectes, jusqu'alors cantonnés à valoriser '’image de marque de l'entreprise par le dessin des façades… Qu'en est-il entre ces deux périodes ? On esquissera ici, à partir des revues d'architecture et des travaux de l'inventaire général, l'évolution de la pensée architecturale de l'usine, marquée durant ces trente années de constructions massives et de radicalité de choix esthétiques oscillant entre l'effacement visuel des fonctions, le retour au décor et l'hypertrophie formelle, par la fréquence du gigantisme, l'évolution des chaînes opératoires vers toujours plus de modularité, la rivalité entre les professions.

Nicolas Pierrot est conservateur en chef du patrimoine au service Patrimoines et Inventaire de la Région Île-de-France et chercheur associé au Centre d'Histoire des techniques de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne (IHMC). Il partage ses activités entre l'histoire culturelle de l'industrie et l'archéologie industrielle.
Dernières publications
L'industrie au vert, Paris, Somogy, 2017.
Industries. Paysages, formes, patrimoines, avec P. Ayrault, F. Hébel et J. Corteville, coll. "Ré-Inventaire", n°3, Paris, Éd. Loco, 2018.

Marie-Domitille PORCHERON : "Le lieu naturel du peintre est dans les grands moments de la civilisation, sur les chantiers (…) La vie des échafaudages est passionnante humainement (…)" [Alfred Manessier, 1978]
Né et élevé dans le paysage industriel textile de la Somme (Usines Saint-Frères de Saint-Ouen près de Flixecourt), Alfred Manessier, formé, en 1931 à l'architecture à l'École des Beaux-Arts de Paris (atelier Recoura et Mathon) à la fresque à l'Académie Ranson, collabore en 1937 à l'exposition internationale de Paris, avec l'équipe de Félix Aublet et de Robert Delaunay : une composition monumentale sur le thème de la machine. Dès 1948 commence l'aventure du "peintre-verrier" : les vitraux à Sainte-Agathe des Bréseux, les murs de lumière de l'église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus-et-de-la-Sainte-Face de Hem (1956), qui trouvera son acmé dans la reconstruction "intime" de l'artiste avec le Saint-Sépulcre d'Abbeville (1993). De la peinture, au vitrail, à la tapisserie, cette intervention s'attachera à cerner l'un des acteurs majeurs et dérangeant de la reconstruction come du renouveau de l'art sacré.

Marie-Domitille Porcheron est maître de conférences d'histoire de l'art moderne et contemporain à l'UFR Arts de l'université de Picardie Jules Verne (UPJV), Amiens. Membre du CRÆ - EA 4291 (Centre de Recherches en Arts et Esthétique), UFR Arts de l'UPJV.
Commissaire de l'exposition Alfred Manessier. Le tragique et la lumière (1937-1989), Abbaye de Saint-Riquier - Baie-de-Somme - Centre Culturel de Rencontre, 24 juin - 24 septembre 2012.
Catalogue de l'exposition, Alfred Manessier. Le tragique et la lumière (1937-1989) (dir.), Abbaye de Saint-Riquier - Baie-de-Somme - Centre Culturel de Rencontre, 24 juin- 24 septembre 2012, Service des Affaires culturelles de l'UPJV, Illustria, 2012.
Dir. sc. du colloque "Alfred Manessier : Le politique, le spirituel, le naturel", 11 et 12 avril 2012, Logis du Roy, Amiens, Villa Les Martinets, Saint-Valery-sur-Somme.
"Manessier à Paris, dans la seconde École de Paris", catalogue de l'exposition Alfred Manessier. Du crépuscule au matin clair. 1927-1992, Philippe Leburgue (dir.), Musée Mendjisky-Écoles de Paris, 5 juin-5 octobre 2015, Fonds de dotation Mendjisky-Écoles de Paris, 2015.
Conférence "Alfred Manessier, ancrages et encrages picards" dans le cadre du cinquantenaire de l'université de Picardie Jules Verne, jeudi 7 mars 2019, Logis du Roy, Amiens.

Gwenaële ROT & François VATIN : Reynold Arnould : un portrait de la France industrielle à la fin des années 1950
Formé par Jacques-Emile Blanche, Reynold Arnould fut d'abord un portraitiste. Prix de Rome en 1939, il a, dans le sillage de son premier maître, vécu de la réalisation de "portraits mondains". La rencontre en 1947 de Jacques Villon chez le restaurateur-mécène de Puteaux, Camille Renault, va réorienter son destin artistique. Prenant Camille Renault, surnommé big boy pour son obésité, pour modèle, il en développe, pour sa première grande exposition personnelle en 1949, l'image en 145 portraits dans une recherche de saisie de la multiplicité du personnage. En 1955, c'est une série de portraits d'automobiles qu'il présente au musée des Arts décoratifs. En 1959 enfin, c'est la France de la modernité industrielle qu'il entend fixer en une série de portraits de machines, d'usines, d'installations techniques. Il pratique, sur ces objets qu'on dit inanimés, mais qui sont en fait animés par les intentions des hommes, la même technique de décomposition analytique que celle dont il avait usé pour les portraits de Camille Renault. Ce n'est pas l'anatomie de la machine qu'il entend figurer, mais bien sa physiologie, c'est-à-dire sa dynamique productive. Il n'est pas étonnant en ce sens que l'enquête picturale de Reynold Arnould converge avec celle, sociotechnique, menée à la même époque par le sociologue Pierre Naville sur les mêmes terrains. Cet exposé s'efforcera d'interroger la signification d'une telle représentation picturale de l'industrie moderne, automatisée. La peinture peut-elle nous dire, à côté de la photographie, du cinéma, de la littérature, voire de la sociologie, quelque chose d'original sur l'industrie ? Autrement dit, peut-on faire un portrait de l'industrie ?

Gwenaële Rot est professeur de sociologie à l'Institut d'études politiques de Paris (CSO/CNRS). Ses travaux portent sur la sociologie du travail, la sociologie de l'art, la sociologie visuelle et l'histoire de la sociologie.

François Vatin est professeur de sociologie à l'université de Paris Nanterre (IDHES/CNRS) où il dirige le master de sciences économiques et sociales. Ses travaux portent sur la sociologie du travail, la sociologie économique et l'histoire des idées aux XIXe et XXe siècle.

Ils mènent ensemble depuis plusieurs années des recherches d'histoire et de sociologie des arts plastiques en France au cours de la seconde moitié du XXe siècle, centrées sur les relations entre les artistes et l'industrie. Dans ce cadre, ils ont notamment publié :
"Reynold Arnould : un peintre à l'usine. Esthétique industrielle et mécénat d'entreprises dans la France de la Reconstruction", Artefact, février 2016, n°2.
"The poectics of automation", Cogent – Arts & humanities, vol. 4, n°1.
"Effets de miroir à Saint-Gobain. Relations publiques et sociologie du travail (1956-1958)", Le Mouvement social, 2018, n°262 .
Reynold Arnould, La Poétique de l'industrie, Presses universitaires de Paris, Ouest (à paraître en juin 2019).

Clothilde ROULLIER : Origine et devenir des peintures d'industrie achetées ou commandées par l'État
Cette communication se propose de partir des fonds présents aux Archives nationales pour explorer les possibilités de réponses aux questions posées par le colloque, à travers la question de l'investissement de l'État dans les œuvres d'art donnant à voir l'activité industrielle sous ses différentes facettes. En 1945, l'enthousiasme qu'entraîne la libération du pays amène les représentants politiques — du maire au chef de l'État — à s'engager dans la célébration de la victoire. Par l'intermédiaire du bureau des Travaux d'art, les communes ont pu demander la réalisation d'œuvres hautement symboliques ou plus discrètes, installées sur l'ensemble du territoire. Prenant part au grand chantier de la reconstruction et côtoyant, au sein de l'espace public, l'architecture moderniste, les œuvres d'art s'attachent généralement à enraciner l'image d'une renaissance urbaine et culturelle succédant au délabrement de villes parfois réduites à l'état de ruines. Au sortir de la guerre, près de deux millions de bâtiments d'habitation — et plus de cent mille bâtiments industriels — sont en ruine sur le sol français. Face à cette situation, le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme tente de mettre en place une véritable politique de reconstruction et d'aménagement. Dans ce contexte, les artistes sont confrontés, à travers la commande d'œuvres monumentales, à cette nouvelle architecture marquée par l'industrialisation, notamment au sein des grands ensembles qui connaissent leur essor au milieu des années 1950. Il a donc paru intéressant d'examiner de plus près l'attention portée, dans ce contexte, aux œuvres incarnant elles-mêmes ces thématiques, que ces œuvres aient eu vocation à enrichir les collections nationales (aujourd'hui sous la responsabilité du Centre national des arts plastiques) ou à décorer les édifices scolaires (via la procédure du 1% artistique).

Clothilde Roullier, docteur es lettres, chargée d'études documentaires aux Archives nationales, responsable des fonds relatifs à la création artistique.
Publications et direction d'ouvrages
Archives en acte – arts plastiques, danse, performance, avec Yann Potin et Paul-Louis Rinuy, Presses universitaires de Vincennes, 2018.
Un art d'État ? Commandes publiques aux artistes plasticiens (1945-1965), avec Christian Hottin et en collaboration avec le Centre national des arts plastiques, Archives nationales / Presses universitaires de Rennes, 2017 (qui accompagnait une exposition éponyme dont elle a été commissaire aux Archives nationales).

Raphaëlle SAINT-PIERRE : Les interventions d'artistes dans la Chambre de Commerce et d'Industrie du Havre et le Palais des Consuls de Rouen
Les chantiers de reconstruction de la Chambre de Commerce du Havre et du Palais des Consuls de Rouen ont débuté l'un et l'autre en 1953. D'importantes et diverses commandes sont alors passées à plusieurs artistes. Bien que transformé ensuite en hôtel-casino, le bâtiment havrais a conservé deux œuvres de très grandes dimensions : une fresque de Nicolas Untersteller rappelant les activités portuaires (navigation, industries, importation de produits exotiques) et un étonnant bas-relief de Paul Lemagny sur un monde sous-marin fantasmagorique. À Rouen, l'escalier monumental est accompagné d'un bas-relief sculpté en pleine pierre par Maurice de Bus : il évoque le port, les industries, les relations avec les pays d'Afrique. Dans le Grand Salon, une frise en staff de Sylvia Bernt illustre l'épopée des Vikings. Dans la Salle de l'Assemblée, une fresque du peintre Toutblanc symbolise l'économie rouennaise et une toile de Reynold Arnould est destinée à orner la grande galerie. Récemment vendu, le Palais a été vidé de son mobilier et d'une partie de ses œuvres d'art pour laisser place à une opération de promotion immobilière.

Historienne et journaliste d'architecture, Raphaëlle Saint-Pierre est l'auteure de Villas 50 en France et Villas 60-70 en France (éd. Norma, 2005 et 2013), Maisons-bulles (éd. du Patrimoine, 2015) et Roger-Henri Expert à Metz, l'église Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus (avec Pierre Maurer, éd. Jean-Michel Place, 2018). Entre 2003 et 2005, elle a réalisé pour Docomomo France et la ville du Havre une étude sur son centre reconstruit dans le cadre de son inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco.

Carlos SAUTCHUK : Corps, nature, béton : technique et rythme à Brasilia
Brasilia, la ville moderniste inaugurée en 1960, a suscité deux débats : l'un sur les raisons et les conséquences de la décision politique de construire la nouvelle capitale; l'autre sur le contraste entre le projet et la ville réelle. Il est vrai que les utopies politiques et urbanistes de Brasília ne se sont pas réalisé comme prévu. La conception moderniste de la ville-machine, avec ses fonctions combinées dans une totalité synergique, a subi des adaptations "brésiliennes" au cours de la réalisation du projet lui-même et a été ensuite l'objet d'une réélaboration des formes et des sens dans l'usage quotidien des habitants. Par conséquent, plutôt que de s'interroger sur la réalisation ou la trahison du plan original, il est plus pertinent de chercher à comprendre la relation entre le projet et le vécu. Le rapport dynamique entre le béton, la nature et les corps nous amène à penser la genèse de la technique et du rythme à Brasilia métropole du XXIe siècle.

Carlos Sautchuk est professeur du Département d'Anthropologie de l'université de Brasília. Il y enseigne l'anthropologie de la technique et de l'environnement. Il a mené des études de terrain dans l'Amazonie et dans le Cerrado (la savane du centre du Brésil) sur les savoirs traditionnels et les changements techniques. Il a récemment publié Técnica e Transformação: perspectivas antropológicas (ABA Publicações, 2017) ainsi que divers articles sur ces sujets.

Julie VERLAINE : Le marché de l'art français, créateur de liens entre art et industrie ?
La présente contribution examinera les diverses manières par lesquelles les galeries d'art parisiennes des années de la Reconstruction participent à (re)nouer des liens entre art et industrie, ou plutôt entre artistes et industriels : de la présentation d'expositions individuelles et collectives ayant pour thème la question de la reconstruction du pays, à la mise en relation de plasticiens avec des entrepreneurs et industriels (certains collectionneurs d'art, d'autres pas du tout), en passant par la théorisation d'un "art de la reconstruction" tournant délibérément la page des Années noires et faisant le lien avec la réconciliation entre l'art vivant et le public, les galeries d'art sont des lieux à considérer pour qui s'interroge sur les modalités intellectuelles et socio-économiques du rapprochement entre art et industrie après-guerre.

Julie Verlaine est agrégée d'histoire et maîtresse de conférences en histoire culturelle contemporaine à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne, rattachée au Centre d'histoire sociale du XXe siècle (UMR 8058). Ses recherches portent sur les rapports entre arts et sociétés à l'époque contemporaine, avec une attention particulière pour le marché de l'art (thèse sur les galeries d'art parisiennes après 1945 publiée en 2012; monographie Daniel Templon, une histoire d'art contemporain, Flammarion, 2016), l'histoire des collections publiques et privées (ouvrage sur les Femmes collectionneuses d'art et mécènes publié chez Hazan en 2014), et la question des rapports artistiques de genre — assignations, frontières et transgressions du masculin et du féminin – qui est au centre de plusieurs projets achevés ou en cours. Le processus de patrimonialisation, dans ses dimensions sociales, économiques et culturelles, l'intéresse également, tout comme les questions de philanthropie et de mécénat au musée aux XXe et XXIe siècles.
Publications
Les Galeries d'art contemporain à Paris. Une histoire culturelle du marché de l'art, 1944-1970, Paris, Publications de la Sorbonne, 2012, 584 p.
Avec Séverine Sofio, "Tableaux croisés : le marché de la peinture, entre sociologie de l'art et histoire culturelle", Biens symboliques / Symbolic Goods, n°3, 2018 [en ligne].
"Les associations professionnelles de marchands d'art après 1945 : lobbying et modernisation à Paris et à New York", Le Mouvement social, 2013/2, n°243, p. 53-65.
"Une histoire de la société ArtCo. Le commerce des reproductions d'art après la Seconde Guerre mondiale", Vingtième Siècle, n°108, octobre-décembre 2010, p. 141-151.

Dominique VERSAVEL : John Craven (1912-1981), chantre du développement industriel ?
On retient principalement de John Craven (1912-1981) son activité de photographe industriel, qui, des années 1950 à 1970, contribue à promouvoir l'essor de nouvelles infrastructures en France. Mais John Craven est alors également un fervent promoteur d'art (galeriste et commissaire d'expositions) et un grand reporter spécialiste des États-Unis. Comme le montre l'analyse des images qu'il produit ou promeut, ainsi que ses reportages et ses écrits dans la presse professionnelle ou artistique, le regard de Craven sur l'industrie varie en fonction du rôle qu'il endosse : selon qu'il l'aborde au travers de commandes photographiques à visée promotionnelle, en tant que promoteur d'un art avant-gardiste devant user de techniques de pointe ou comme reporter témoin des conséquences sociales et des limites du modèle américain, John Craven adopte face au développement industriel une posture changeante et ambiguë — entre enthousiasmes esthétiques et appréhension de l'avenir.

Archiviste-paléographe, Dominique Versavel est, depuis 2002, conservatrice chargée de photographie moderne ainsi que, depuis 2014, chef du service de la photographie au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France. Elle a participé à de nombreux colloques ainsi qu'à la conception et aux catalogues de plusieurs expositions dont "Objets dans l'objectif" (2005), "La Photographie humaniste" (2006), "Presse à la Une" (2012), "Alix-Cléo Roubaud" (2014), "Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire" (2018).

Marie-Laure VIALE : Sculpter, peindre à l'échelle monumentale : les modes de fabrication au service du 1% artistique
Le 18 mai 1951, paraît au Journal Officiel un arrêté, texte fondateur concernant les travaux de décoration dans les établissements scolaires et universitaires. En octobre de la même année, le Groupe Espace est fondé par l'ingénieur, sculpteur et directeur de revues André Bloc et l’artiste Félix Del Marle. Réunissant des architectes, des ingénieurs et des plasticiens, le groupe rassemble des créateurs autour d'une volonté commune: parvenir à une synthèse des arts pour dépasser le clivage traditionnel entre peinture, sculpture et architecture. Toujours en 1951, le ministère de l'Éducation crée une commission du Plan de l'Équipement scolaire, universitaire et sportif pour répondre à l'essor de la construction scolaire. Ces trois événements contribuent à la réalisation d'œuvres 1% dans l'architecture scolaire et favorisent les influences réciproques entre architectes et artistes. Ces derniers empruntent les modes industriels de la construction architecturale pour réaliser des œuvres à l'échelle de l’architecture qui les reçoit.

Marie-Laure Viale est enseignante à l'École des beaux-arts de Nantes-Saint-Nazaire. Elle développe depuis Nantes une pratique curatoriale en art public dans le cadre d'Entre-deux, association qu'elle a fondée en 1996 et qu'elle dirige avec Jacques Rivet. Suite à des missions d'inventaire des œuvres réalisées dans le cadre du 1%, elle entame un doctorat en histoire de l'art et de l'architecture à l'université de Rennes 2 sur le 1% artistique dans l'architecture scolaire (1948-1983). La recherche s'intéresse particulièrement à l'histoire de l'enseignement croisé de l'art et de l'architecture, aux influences réciproques des modes de production industrielles architecturales et artistiques, aux environnements sculptés et à la sculpture d'usage.
Publications
"M + O + I = Joséphine Chevry", Bulletin de la Bibliothèque Forney, n°212, 3e & 4e trimestre 2018, p. 24-27.
"Reprendre : Une histoire retrouvée de la commande publique", Substrat, carnet d’un chercheur, Saint-Nazaire, centre d’art contemporain (à paraître).
"Faire œuvre à la croisée des politiques des arts et de l'architecture sous la tutelle de l'éducation : les débuts du 1% de décoration", in Un Art d'État ? Commandes publiques aux artistes plasticiens 1945-1965, Paris, Rennes, coédition des Archives nationales et des Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 50-65.
"Le concours d'art monumental à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris : refonte d'un enseignement simultané et collectif des sections d'architecture, de peinture et de sculpture, de 1950 à 1967", in Carnets de recherche du ministère de la culture [en ligne].
"Le concours d'art monumental à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris : refonte d'un enseignement simultané et collectif des sections d’architecture, de peinture et de sculpture, de 1950 à 1967", in Cahier HensA20, Strasbourg, Éd. Ensas, 2017.
"L'Œuvre d'Hervé Beurel produit de l'art en public", in Collection publique, Hervé Beurel, Rennes, Éd. Frac Bretagne, 2016, p. 54-57 (fr), p. 104-106 (an).
"Le 1% et l'architecture scolaire dans une ville en reconstruction : Saint-Nazaire (1951-1973)", In Situ, revue des patrimoines.
"À la cité scolaire de Saint-Nazaire, les premiers pas du 1% artistique", in Place Publique, n°54, nov-dec 2015, p. 140-146.

Programme 2019 : un des colloques

Programme complet


ENTREPRISE, RESPONSABILITÉ ET CIVILISATION :

UN NOUVEAU CYCLE EST-IL POSSIBLE ?


DU LUNDI 27 MAI (19 H) AU LUNDI 3 JUIN (9 H) 2019



DIRECTION :

Kevin LEVILLAIN, Blanche SEGRESTIN, Stéphane VERNAC


ARGUMENT :

L'entreprise était jusqu'à récemment un "point aveugle du savoir"(1), réduite à un acteur économique ou à un lieu de production et de confrontation entre capital et travail. Or, plusieurs travaux récents et le contexte contemporain conduisent à reconnaître aujourd'hui la capacité qu'a l'entreprise de transformer le monde.

Cette capacité de transformation a des conséquences multiples. Ce sont le plus souvent les conséquences "négatives" qui sont discutées : pollutions, consommations excessives des ressources naturelles, inégalités sociales. Pour autant, depuis 150 ans, l'entreprise contribue aussi à construire notre culture en introduisant de nouvelles technologies, de nouvelles médecines et de nouveaux arts… Ainsi, l'activité des entreprises n'a pas seulement un impact sur les rapports sociaux ou sur l'environnement. Elle participe aussi de la dynamique des connaissances, de la détermination des modes de vie, des cultures ou des écosystèmes.

Il faut donc considérer la responsabilité "civilisationnelle" de l'entreprise dans toute sa complexité. La notion de civilisation est ici envisagée dans son acception la plus dynamique et la plus opératoire, comme l'ensemble des pratiques, savoirs et valeurs qui conditionnent le fonctionnement des sociétés humaines. Face aux déstabilisateurs de civilisation que sont la menace climatique, la mondialisation, la digitalisation, les mutations financières, les inégalités ou les atteintes aux droits humains, l'entreprise ne peut se dérober. Un tel élargissement de sa responsabilité impose d'analyser les entreprises multinationales comme des puissances d'une nature nouvelle qui impose de repenser l'architecture du politique et la mission des États eux-mêmes. Il exige symétriquement de ne pas sous-estimer les capacités d'innovation de l'entreprise, qui se révèlent critiques pour faire face aux défis contemporains.

Le colloque portera sur les liens entre entreprise et civilisation et sur les nouvelles responsabilités de l'entreprise. Il cherchera d'abord à mieux comprendre comment l'entreprise a été, depuis son émergence et tout au long du XXe siècle, à la fois un objet, un vecteur ou un destructeur de civilisation. Il s'attachera ensuite à faire le point sur les réformes de l'entreprise engagées en France et à l'étranger, qui comme la loi PACTE, reconnaissent la responsabilité civilisationnelle de l'entreprise. Mais il reste à tirer toutes les implications pratiques et conceptuelles de ces réformes pour comprendre ce qu'elles apportent ou ce qu'elles désignent comme terrains de réformes futures. In fine, un nouveau cycle est-il possible ? Et quels sont les cadres de pensée qui permettraient de construire des rapports plus soutenables et plus souhaitables entre entreprise et civilisation ?

(1) Segrestin B., Roger B., & Vernac S. (Eds.), L'entreprise. Point aveugle du savoir, Colloque de Cerisy, Éditions Sciences Humaines, 2014.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 27 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 28 mai
REPÈRES ET OUVERTURES. L'ENTREPRISE, OBJET DE CIVILISATION ?
Matin
Kevin LEVILLAIN, Blanche SEGRESTIN & Stéphane VERNAC : Ouverture
Armand HATCHUEL : Entreprise et civilisation : des couplages à repenser
Patrick FRIDENSON : L'éducation au management comme marqueur de civilisation

Après-midi
Pascal LE MASSON : Histoire de l'entreprise et révolutions scientifiques : inventer des formes de liberté et de responsabilité face à l'inconnu [communication établie avec Benoît WEIL]
Joël RUET : L'impensé de l'entreprise en Chine

Soirée
Hamid BOUCHIKHI : L'entreprise moderne au Maroc. Regard d'un indigène sur une autre civilisation


Mercredi 29 mai
ENTREPRISE, FACTEUR DE CIVILISATION ET RESPONSABILITÉ COLLECTIVE
Matin
Aurore CHAIGNEAU : Entreprise et commun
François EWALD : Responsabilité, entreprise, civilisation [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
Jean-Louis BANCEL : L'entreprise un monde en soi ou un levier pour un monde meilleur ? Les coopératives, mutuelles et autres entreprises sociales et solidaires comparées à l'entreprise à capital
Jean-Baptiste BARFETY & Jean-Baptiste de FOUCAULD : L'Entreprise vis-à-vis de l'État : civilisatrice ou à civiliser ?

Soirée
Perspective syndicale sur l'histoire de l'entreprise, table ronde animée par Stéphane VERNAC, avec Jean-Paul BOUCHET, Claude CAMBUS, Vincent GAUTHERON et Nicolas HATZFELD


Jeudi 30 mai
ENTREPRISE DESTRUCTRICE DE CIVILISATION ? LE CHOC CONTEMPORAIN
Matin
Elsa BERTHET : Face aux défis de l'Anthropocène, s'inspirer de l'écologie pour innover ? [communication établie avec Vincent BRETAGNOLLE]
Bettina LAVILLE : L'entreprise face à la notion de capital naturel

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 31 mai
CHOCS CONTEMPORAINS ET NOUVELLES VOIES
Matin
Arnaud STIMEC & Pierre VICTORIA : Entreprises et territoires
François FAURE : Inverser la relation entre entreprise et capital

Après-midi
Francis JUTAND : La Métamorphose Numérique
Gilles BERHAULT : Lost in transitions ? Accélérons !

Soirée
Les pionniers de l'entreprise à mission, table ronde animée par Kevin LEVILLAIN, avec Isabelle LESCANNE, Laurence MÉHAIGNERIE et Pierre-Dominique VITOUX


Samedi 1er juin
CHOCS CONTEMPORAINS ET NOUVELLES VOIES
Matin
Errol COHEN & Kevin LEVILLAIN : Les entreprises à mission
Christophe CLERC : L'avenir du modèle pluraliste de gouvernement d'entreprise

Après-midi
Véronique CAMERER & Mathilde MESNARD : L'avenir des normes internationales
Stéphane VERNAC : Quelles nouvelles réformes pour l'entreprise ? [communication établie avec Antoine LYON-CAEN]

Soirée
Quelles perspectives après la loi PACTE ?, table ronde animée par Armand HATCHUEL, avec Antoine FRÉROT et Philippe ZAOUATI


Dimanche 2 juin
UN NOUVEAU CYCLE ?
Matin
Paul ALLIBERT & Bernard RAMANANTSOA : Quelles perspectives pour l'enseignement ?

Clôture et discussion générale

Après-midi
DÉTENTE & PROMENADE


Lundi 3 juin
DÉPARTS


ENTRETIENS RÉALISÉS PAR SYLVAIN ALLEMAND :

"De la responsabilité et du rôle civilisationnel… de l'entreprise", entretien avec Blanche SEGRESTIN (co-directrice du colloque) [disponible en ligne sur le site de Paris-Saclay Le Média].

"Entre science et débat, la Revue française de gestion", entretien avec Jean-Philippe DENIS (participant au colloque) [disponible en ligne sur le site de Paris-Saclay Le Média].

"Entreprise à mission ou comment transformer le monde en innovant", entretien avec Kevin LEVILLAIN (co-directeur du colloque) [disponible en ligne sur le site de Paris-Saclay Le Média].

"Écosystème à mission : le point de vue du juriste", entretien avec Stéphane VERNAC (co-directeur du colloque) [disponible en ligne sur le site de Paris-Saclay Le Média].


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jean-Louis BANCEL : L'entreprise, un monde en soi ou un levier pour un monde meilleur ? Les coopératives, mutuelles et autres entreprises sociales et solidaires comparées à l'entreprise à capital
Analyser les pratiques coopératives, mutualistes et autres formes d'Économie Sociale et Solidaire pour comprendre l'interaction entre entreprise et civilisations vient spontanément à l'esprit lorsqu'on se rappelle que le slogan retenu par l'ONU pour l'année internationale des coopératives, en 2012, était : "les coopératives, des entreprises pour un monde meilleur". Cette communication analysera le rôle et la place des valeurs et des principes définis par l'Alliance Coopérative Internationale comme outil d'identification de l'entreprise coopérative au-delà de la diversité des référentiels historiques, juridiques et culturels qui prévalent dans les différents pays où ces structures agissent. Nous tenterons de voir comment s'exercent les tensions au sein de l'Entreprise entre les aspirations des humains qui la mettent en mouvement et les nécessités induites par la durabilité du projet et sa capacité à avoir un impact sur le Monde. Seront également examinées les analyses conduites sur la démarche coopérative afin de voir si, en tant qu'entreprise, une coopérative est une communauté qui constitue par elle-même un monde meilleur ou si elle est un levier pour construire au-delà d'elle-même un monde meilleur. Ces analyses s'appuieront sur des éléments théoriques mais également seront nourries par de nombreux exemples concrets existant dans différents pays. Il sera également fait référence aux apports du colloque de Cerisy de 2016 "Vers une république des biens communs ?" en ce qui concerne les entreprises.

Jean-Louis Bancel est le président d'une banque coopérative et exerce depuis de nombreuses années des responsabilités à l'échelon national et international dans les secteurs coopératifs et mutualistes. À ce titre, il connaît bien la diversité des expériences coopératives en France et à l'étranger. Il a été en charge, au sein de l'Alliance Coopérative internationale, de rédiger, en 2015, les notes d'orientation pour les principes coopératifs [en ligne]. Il a été co-directeur du colloque de Cerisy de 2016 "Vers une république des biens communs ?". Il est fondateur de la Coop des communs, association qui travaille à construire des alliances entre l'Économie Sociale et Solidaire et les Communs et qui s'intéresse à l'émergence de nouvelles formes d'entreprises autour des communs.

Jean-Baptiste BARFETY : L'Entreprise vis-à-vis de l'État : civilisatrice ou à civiliser ?
L'État et l'entreprise se situent a priori sur deux plans différents et sont donc davantage complémentaires que concurrents. L'injonction entrepreneuriale faite à l'État d'une part, la théorie moderne de l'entreprise d'autre part, qui la présente comme une institution politique, rebattent cependant les cartes. L'entreprise se comporte dès lors en civilisatrice de l'État, tandis que celui-ci cherche lui-même à civiliser l'entreprise par ses normes et selon ses représentations. Quelle est cette guerre des représentations, voire de civilisations ? Comment a-t-elle été rendue possible et a-t-elle des précédents historiques ? Que serait la civilisation de l'entreprise et qui désigne-t-elle comme "barbares" ? L'entreprise n'apparaît-elle pas réciproquement comme un pouvoir primitif, d'une faible civilité politique, bien peu responsable en comparaison de l'auto-contrainte que l'État s'impose à lui-même ? Peut-on enfin dépasser cette opposition par un mouvement politique de l'entreprise ?

Jean-Baptiste Barfety, ancien élève de l'ESSEC et de l'ENA, inspecteur des affaires sociales, est secrétaire général du Conseil de l'inclusion dans l'emploi et conseiller inclusion auprès du Délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle et maître de conférences à Sciences Po Paris.
Publications
Co-rédacteur du rapport de l'IGAS-IGF-CGEDD sur le reporting de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (2016).
Co-auteur du manuel Politiques économiques (Lextenso éditions, 2017).
Rapporteur du rapport de Jean-Marc Borello sur l'inclusion dans l'emploi (2018).
Rapporteur du rapport de Nicole Notat et de Jean-Dominique Senard "L'Entreprise, objet d'intérêt collectif" (2018).

Gilles BERHAULT : Lost in transitions ? Accélérons !
Comment se comporter face aux grands enjeux sociétaux ? Nous nous devons de penser et d'agir sur une démarche large qui adresse le changement d'échelle. C'est d'autant plus important qu'il ne s'agit plus d'inventer une nouvelle bonne pratique mais bien de changer d'ambition sociétale pour l'entreprise en s'engageant dans les Objectifs de développement durable dont la lutte contre les exclusions. Est-ce justement l'opportunité pour l'entreprise de prendre toute sa place en une réconciliation avec la société ? […] La notion d'intégrité sociétale est particulièrement questionnée par des crises profondes : écologiques, sociales, sociétales, sanitaires, culturelles… L'innovation technologique change tout, apporte des solutions, mais cela ne suffit pas. Les changements de comportements, et même de modèles civilisationnels, s'imposent. […] La démarche transitionnelle se nourrit d'une approche pluriacteurs et très transversale autour de cinq clés pour une transition réussie — utile, efficace et agréable. La première clé est un socle : renforcer les capacités et attirer les talents. La deuxième clé consiste à donner toute sa place à l'innovation technologique. La troisième est celle de l'acceptabilité, et donc de l'adaptation. La quatrième est liée à l'innovation dans le financement et aussi dans les modèles économiques. Enfin la cinquième clé réside dans la gestion des différences temporelles. Ce qui caractérise les transitions actuelles auxquelles sont confrontées les entreprises est leur rapidité, et le fait qu'elles soient en accélération depuis 10 ans. C'est une question générationnelle bien sûr, mais pas seulement. Chacun intègre, avance, expérimente à son rythme… C'est une grande cohabitation, où l'intégration des transitions renvoie à une individuation renforcée.

Ancien président du Comité 21, du Club France Développement durable, du Pavillon de la France lors du Sommet de la Terre Rio+20, de l'exposition SolutionsCOP21 au Grand Palais, du comité de programme de la MedCOP Climat 2016/COP22 Maroc… Après avoir été comédien, agent artistique, producteur, Gilles Berhault s'est intéressé à l'interactivité (site pour les professionnels de la musique, bornes interactives). Il s'est ensuite consacré à la communication principalement événementielle, se centrant de plus en plus sur des sujets liés au développement durable. Il a créé en 2000 ACIDD (Association communication et innovation pour le développement durable), et organise de nombreuses rencontres et événements, dont depuis 16 ans l'Université d'été de la communication pour le développement durable, devenue en 2017 l'Université d'été des Transitions. Ses premiers engagements sociétaux orientés sur les droits de l'homme et l'éducation populaire se sont ouverts à l'écologie suite aux premières grandes marées noires sur les côtes bretonnes, sa région d'origine.
Publications
Développement durable 2.0, Éd. de l'Aube, 2009 (Aube Poche, 2011).
Propriétaire ou artiste ? Manifeste pour une écologie de l'être, Éd. de l'Aube, 2015.
Co-auteur de GreenIT (Éd. Lavoisier), Métamorphose numérique (Alternative Gallimard), Nouveaux imaginaires pour un monde durable (Éd. Les Petits Matins), Un autre monde est possible. Lost in transition ? (Éd. de l'Aube).
Auteur de deux rapports pour la DATAR : Adaptation aux changements climatiques et Aménagement numérique et durable des territoires.

Elsa BERTHET : Face aux défis de l'Anthropocène, s'inspirer de l'écologie pour innover ? [communication établie avec Vincent BRETAGNOLLE]
La science écologique s'est développée au fil des derniers siècles en restant fidèle au programme énoncé par Humboldt en 1799, à savoir "explorer l'unité de la nature": elle cherche à comprendre les interactions complexes et dynamiques entre les êtres vivants et avec leur milieu. Cette connaissance de la nature a souvent été utilisée par notre civilisation pour en améliorer la maîtrise, dans une perspective de domination de la nature par l'homme. Cependant, alors que l'impact environnemental des activités humaines s'est intensifié et généralisé depuis la révolution industrielle, au point que certains scientifiques parlent aujourd'hui d'Anthropocène, l'écologie s'est affirmée comme "une pensée des limites et de la complexité de notre monde" ainsi que "la conscience aigüe des dangers de cette évolution" (Deléage, 1992). L'écologie a progressivement renouvelé ses concepts, non seulement pour mieux appréhender les systèmes complexes, mais aussi pour prendre davantage en compte l'action de l'homme. Ces concepts ont essentiellement été introduits en vue de produire de nouvelles connaissances. Or, face aux crises multiples auxquelles notre civilisation est confrontée, les connaissances ne suffisent pas; nous avons aussi besoin d'imaginaires inspirants pour penser conjointement des solutions sociales et écologiques. N'est-ce pas l'un des défis actuels de l'écologie que de contribuer à les formuler ? Dans cette intervention, nous analyserons en quoi mobiliser les concepts scientifiques, non plus pour simplement produire des connaissances mais aussi pour imaginer de nouvelles modalités d'action, peut nous aider à repenser les liens entre notre civilisation et la nature.

Elsa Berthet est Chargée de recherches à l'INRA. Ingénieur agronome, elle est titulaire d'un doctorat en Sciences de Gestion (Mines ParisTech et INRA) et a réalisé un post-doctorat de deux ans à l'université McGill (Canada). Sa recherche porte sur la gouvernance des écosystèmes cultivés, et plus particulièrement sur la générativité de la science en vue d'imaginer des formes de gouvernance innovantes. Elle est l'auteur du livre Concevoir l'écosystème, un nouveau défi pour l'agriculture, paru en 2014 aux Presse des Mines, ainsi que d'une quinzaine d'articles dans des revues à comité de lecture dans le champ des sciences de gestion, de l'écologie et de l'agronomie.

Vincent Bretagnolle est Directeur de echerches au CNRS. Il a fondé en 1994 la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre (département des Deux Sèvres), dans laquelle il mène des recherches sur les conséquences du changement global (principalement l'intensification des pratiques agricoles) sur la dynamique spatiale et temporelle des populations et des communautés animales et végétales dans les milieux agricoles. Ses recherches en Agroécologie des territoires visent à concilier l'agriculture et l'environnement, en identifiant des systèmes de culture innovants à partir de solutions fondées sur la nature. Il est l'auteur de plus de 300 publications scientifiques et siège dans de nombreux comités d'experts sur la biodiversité.

Claude CAMBUS
L'activité humaine a toujours eu un effet sur son environnement, naturel et social. La sédentarisation depuis le néolithique, l'exode rural avec l'ère industrielle, la globalisation aujourd'hui. L'impact dépasse l'aménagement du territoire, il porte sur les libertés et l'humanité elle-même avec le génie génétique, l'intelligence artificielle… Et l'entreprise intervient plus ou moins volontairement dans ces impacts. La relation de l'entreprise à la société et à la civilisation est affectée désormais par la globalisation et la financiarisation qui concourent à abstraire l'humain de la décision économique. Il est impératif de sortir de l'analyse du conflit d'intérêt entre actionnaires et salariés comme de la relation d'aide ou de charge fiscale avec la puissance publique. Il faut inventer des modes de régulation intégrant l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise, fondés sur la coopération, l'intérêt partagé et la définition de son objet social et des conditions de sa pérennité.
La CFE-CGC, confédération syndicale de l'encadrement, est une organisation singulière qui a, du fait de ses adhérents, toujours considéré que l'intérêt des salariés et celui des propriétaires de la société avaient en commun le succès et la pérennité de l'entreprise. Pour cette confédération, l'entreprise aurait dû considérer ses salariés comme un second groupe d'associés. En ce sens, elle a soutenu "la participation" des salariés dès l'origine, dans les années 60. Elle a ensuite participé activement au développement de la responsabilité sociétale des entreprises en fondant l'ORSE avec Geneviève Férone. Aujourd’hui, elle est tout à fait convaincue que l'émergence d'un nouveau statut juridique de l'entreprise est nécessaire et elle fait des propositions en ce sens.

Claude Cambus est Ingénieur Arts et Métiers ParisTech, 1960. Ancien Secrétaire général et Vice-président délégué de la CFE-CGC et Secrétaire général de la CEC (confédération européenne des cadres). Ancien membre du CESE et du CES européen. Co-auteur de Cadres et Techniciens témoins pour l'avenir (Le Centurion, 1981) et coordinateur de Considérations économiques et sociales (IRSEH Institut du management LEXIES), ainsi que de nombreuses publications de la CFE-CGC.

François EWALD : Responsabilité, entreprise, civilisation
Nous vivons un nouveau temps de la responsabilité des entreprises : en-dehors ou au-delà d'une référence à des obligations légales, on demande aux entreprises, en raison des pouvoirs qu'elles exercent, d'expliciter ce dont elles s'estiment devoir répondre, non seulement aux apporteurs de capitaux, mais à la société. Il ne s'agit pas seulement pour elles de définir leur raison d'être ou leur mission, mais de leur vision des conséquences de leur activité pour la société. Mais cette demande est-elle si nouvelle ? Le triangle "responsabilité, entreprise, civilisation" n'accompagne-t-il pas la présence d'acteurs économiques et financiers dans la cité ? Et pour comprendre le moment contemporain, ne convient-il pas de le comparer aux figures précédentes qu'il a pu prendre ?

Philosophe, juriste, François Ewald est professeur honoraire au Conservatoire national des arts et métiers où ses travaux portent plus particulièrement sur la politique du risque. Ancien assistant de Michel Foucault au Collège de France, il a créé l'Association pour le centre Michel-Foucault. François Ewald est délégué général du Comité Médicis. Sa publication la plus récente est : Aux risques d'innover : Les entreprises face au principe de précaution, Autrement, 2009.

François FAURE : Inverser la relation entre entreprise et capital
L'entreprise doit pouvoir mettre en concurrence les fournisseurs de capitaux propres, comme elle le fait pour les préteurs et pour tous les fournisseurs de ses ressources essentielles. Cela libérera l'entreprise de son objectif contestable de maximiser à tout prix la valeur pour l'actionnaire, et créera un cadre favorable à une relation plus saine et efficace avec l'ensemble de ses parties prenantes, en plaçant le capital humain au centre du projet d'entreprise. Une telle approche est implémentable en utilisant l'infrastructure actuelle des marchés financiers, qui s’en trouvera revalorisée aux yeux du public, de manière synergique avec la montée en puissance des considérations ESG des grands investisseurs. Du côté de l'entreprise, elle est également implémentable en utilisant les dispositions légales existantes, en particulier les plus récentes, du droit des sociétés. Au plan opérationnel, elle favorisera une transformation de la fonction managériale, en établissant pour les dirigeants une communauté d'intérêt avec et une responsabilité vis-a-vis du capital humain de l'entreprise.

François Faure a 30 ans d'expérience en banque d'affaires. Il a exercé des responsabilités importantes dans plusieurs établissements financiers de premier rang, français, européens et américains. Il est le co-fondateur de l'Académie NewCode, qui propose un cadre formel pour une refonte de l'entreprise dans ses 5 dimensions fondamentales : Le Projet d'Entreprise, sa Gouvernance, le Partage de la Valeur, la Gestion des Difficultés, et la Structuration Financière (www.academienewcode.com).

Pascal LE MASSON : Histoire de l'entreprise et révolutions scientifiques: inventer des formes de liberté et de responsabilité face à l'inconnu [communication établie avec Benoît WEIL]
On peut difficilement faire l'histoire des entreprises sans noter ce que ces dernières doivent à la science — depuis les mathématiques et l'astronomie si nécessaires pour la navigation commerciale à la physique la plus pointue pour les semi-conducteurs contemporains. Il est moins évident, et pourtant tout aussi vrai, que les entreprises ont contribué aux avancées de la science, en fournissant les instruments, les organisations, voire les phénomènes et les questions nécessaires. Les interactions fortes entre science et entreprise sont au cœur de nos civilisations contemporaines — et il importe donc d'en comprendre la variété, la fécondité mais aussi les risques, voire les limites intrinsèques. Car on est surpris de voir que, si les rapports entre science et entreprise ont pu conduire à des réussites remarquables, ils prennent aussi parfois la forme d'un asservissement dramatique ou d'une déresponsabilisation mutuelle. Lors de la présentation, on reviendra sur ces formes d'interdépendance. On s'interrogera ensuite sur le fait que science et entreprise réclament toutes deux, face à l'inconnu, une forme de liberté (liberté du chercheur, liberté d'entreprendre) doublée d'une responsabilité limitée. La similitude est d'autant plus troublante qu'elles en sont parfois mutuellement garantes, ce qui pourrait être la clé des formes d'interdépendance entre science et entreprise pour explorer l'inconnu.

Pascal Le Masson et Benoît Weil sont professeur à MINES ParisTech - PSL, chaire de théorie et méthodes de la conception innovante. Leurs travaux sur la conception, et notamment l'histoire des bureaux d'études et des laboratoires de recherche, ont contribué à mettre en lumière le rôle crucial de la conception dans le développement de la grande entreprise et l'importance des inconnus communs non-appropriables dans l'invention des formes nouvelles de l'action collective.

Arnaud STIMEC
L'intervention consiste à présenter une étude de cas, l'entreprise Legallais, installée à Caen. Cette entreprise se distingue par son engagement social et sociétal et sa capacité à s'adapter dans un contexte difficile. En outre, cette entreprise a défini sa "raison d'être", témoignant ainsi d'un intérêt marqué pour la thématique de ce colloque. L'étude de cas est menée avec des étudiants de l'IEP avec bienveillance mais sans complaisance. Quatre thématiques particulières sont étudiées: la gouvernance; l'engagement sociétal et territorial; l'économie circulaire et l'environnemen; le management, la gestion des ressources humaines et la qualité de vie au travail. Les données du cas seront confrontées aux acquis des études de cas antérieures et aux concepts issus des travaux sur les entreprises à mission.

Arnaud Stimec est professeur à l'Institut d'Études Politiques de Rennes et responsable du campus de Caen (consacré à la transition écologique). Ses travaux portent principalement sur le dialogue dans les organisations (mais aussi les conflits et les négociations), les conditions de sa pérennité et ses effets, notamment en termes de responsabilité sociétale des organisations (en particulier santé au travail et impact environnemental).

Philippe ZAOUATI
En créant Mirova, une société de gestion entièrement dédiée à l'investissement responsable, Philippe Zaouati a contribué à l'émergence d'une finance durable en France comme dans le reste de l'Europe. Il s'est également impliqué, à cette même fin, dans différentes associations professionnelles (l'Association française de la gestion financière — AFG et l'EFAMA, l'association qui représente l'ensemble des acteurs de la gestion collective d'actifs) et initiatives internationales (International Corporate Governance Network-ICGN, International Integrated Reporting Council-IIRC, Investment Leaders Group-ILG). Il a récemment été nommé membre du High-Level Expert Group on Sustainable Finance (HLEG) de la Commission européenne, et préside Finance for Tomorrow, une initiative lancée au sein de Paris Europlace pour développer et promouvoir l'écosystème français en matière de finance verte et durable. Philippe Zaouati était précédemment directeur général délégué de Natixis Asset Management. Son expérience antérieure comprend également des rôles de gestion de haut niveau au sein du Groupe Caisse des Dépôts, de La Banque Postale et du Crédit Agricole. Membre accrédité de la Société française des actuaires, il est diplômé de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE).

Programme 2019 : un des colloques

Programme complet


LA PENSÉE INDISCIPLINÉE DE LA DÉMOCRATIE ÉCOLOGIQUE

( DÉMOCRATIE, PARTICIPATION ET ENVIRONNEMENT )


DU LUNDI 13 MAI (19 H) AU VENDREDI 17 MAI (14 H) 2019



DIRECTION :

Loïc BLONDIAUX, Dominique BOURG, Marie-Anne COHENDET, Jean-Michel FOURNIAU


ARGUMENT :

Alors qu'il y a peu encore, le principe de "concerter autrement [et de] participer effectivement" semblait acquis à la vie démocratique, l'utilité du débat public est questionnée par différents vents contraires. Le retour du populisme d'une part, la tentation d'un retour à la décision autoritaire d'autre part, contribuent à cette remise en cause. Alors que la création de la Cndp (1995-2002) faisait sens dans un contexte où l'on s'imaginait pacifier les rapports de l'humanité avec la Nature, les potentialités de la délibération démocratique se trouvent confrontées à l'urgence climatique et écologique. C'est une des leçons de Notre-Dame-des-Landes (avec Sivens, Bure, etc.) : la démocratie se définit aussi à partir de conflits et de ruptures qu'exigent aujourd’hui de nouvelles formes de vie plus respectueuse de l'écologie. La démocratie confrontée à de nouveaux défis est toujours à réinventer.

La réflexion collective sur la démocratie écologique ne peut qu'être indisciplinée, une invitation à dépasser les disciplines à travers lesquelles sont pensées la démocratie, ses institutions et la participation. L'indiscipline est aussi un caractère du débat public, qui n'exclut ni ne trie, mais propose l'intelligence collective comme fabrique de la raison. L'indiscipline enfin, parce que les innovations et les formes nouvelles de vies démocratiques émergent en dehors de tout cadre institutionnel et n'en revendiquent pas nécessairement d'autres. La démarche indisciplinée de ce colloque vise une réelle confrontation entre la théorie et sa mise en œuvre dans des pratiques institutionnelles.


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 13 mai
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 14 mai
LA DÉMOCRATIE À L'ÈRE DE L'ANTHROPOCÈNE
Matin
Dominique BOURG [Université de Lausanne] : La difficulté à exprimer la radicalité écologique dans les modes d'expression démocratique actuels
Serge AUDIER [Paris IV Lettres Sorbonne Université] : Le défi écologique : une question soluble démocratiquement ? [enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi
Loïc BLONDIAUX [Centre européen de sociologie et de science politique de la Sorbonne, Université Paris I Panthéon-Sorbonne] : Les pathologies de la démocratie contemporaine : stratégies pour une renaissance

La réforme constitutionnelle et la démocratie écologique, table ronde avec :
Marie-Anne COHENDET [Centre de recherche en droit constitutionnel (CRDC), Université Paris I Panthéon-Sorbonne]
Loïc BLONDIAUX [Centre européen de sociologie et de science politique de la Sorbonne, Université Paris I Panthéon-Sorbonne]
Dominique BOURG [Université de Lausanne]
Jean-Michel FOURNIAU [pilote de l'Observatoire des débats]

Soirée
Le "grand débat national", une réponse à la crise politique et sociale ?, table ronde avec :
Maxime GABORIT & Théo GRÉMION [équipe Enquêtes Gilets jaunes (Centre Émile Durkheim)]
Jean-Michel FOURNIAU [pilote de l'Observatoire des débats]
Manuel CERVERA MARZAL [UMR DICE 7318, LabexMed, Aix-Marseille Université]


Mercredi 15 mai
CONFLITS ENVIRONNEMENTAUX ET FORMES NOUVELLES DE VIE DÉMOCRATIQUE
Matin
L'écologie a-t-elle besoin de la démocratie ?
Joëlle ZASK [Aix-Marseille Université] : Qu'est-ce que la notion de "public" ? Pourquoi cette notion (ré)émerge-t-elle avec l'écologie ?
Étienne BALLAN : Généalogie des conflits : ce que l'environnement apporte à la vitalité démocratique
Corinne GENDRON & Mandy VEILLETTE [CRSDD, UQAM] : Science pacificatrice et controverses : dynamique de l'acceptabilité sociale au Québec

Après-midi
La démocratie entre procédures et émotions
Corine PELLUCHON [Université Paris-Est-Marne-La-Vallée] : La démocratie écologique au-delà des procédures

Expertise scientifique et débat public
Catherine LARRÈRE [Université Paris I Panthéon-Sorbonne] : Compétence et autonomie démocratiques
Françoise VERCHÈRE : Est-ce le projet qui est conflictuel ou est-ce la procédure, c'est-à-dire la manière dont les projets sont décidés ? À propos de Notre-Dame-des-Landes
Michel BADRÉ : Le rôle et la place de l'expertise dans le débat public

Soirée
Expérimentations démocratiques, participation du public et démocratie participative, table ronde avec les lauréates et lauréats des deux éditions du prix de thèse de la Commission nationale du débat public et du Gis Démocratie et Participation :
Baptiste GODRIE [CREMIS] : Savoirs expérientiels et professionnels en santé mentale : tensions entre les modèles intégrationniste et écologique [lauréat du deuxième prix en 2015]
Laura SEGUIN [Istéa] : Faire participer pour faire accepter ? Quand les sciences de la nature en appellent aux sciences sociales dans un projet de recherche participatif [lauréate du premier prix en 2017]
Barbara BERARDI-TADIÉ : Démocratie participative et pesticides : techniques de contre-lobbying citoyen [lauréate du troisième prix en 2017]


Jeudi 16 mai
L'INSTITUTIONNALISATION DE LA DÉMOCRATIE ÉCOLOGIQUE
Matin
Réinventer le débat public
Jean-Michel FOURNIAU : Le débat public et l'agir citoyen pour la transition écologique
Mario GAUTHIER [UQO] & Louis SIMARD [Université d'Ottawa] : Le BAPE, 40 ans de démocratie écologique : entre survie et innovation

Après-midi
Ce que peut le droit pour la démocratie écologique
Erin DALY [Université de Dalaware (USA)] : Le droit de la dignité humaine, comme instrument utile pour la démocratie écologique
Marie-Anne COHENDET [Centre de recherche en droit constitutionnel (CRDC), Université Paris I Panthéon-Sorbonne] : La synergie entre droit international et droit constitutionnel pour renforcer la démocratie écologique

Fin d'après-midi & Soirée
SÉANCE PUBLIQUE
"HORS LES MURS" — À ART PLUME (Saint-Lô)
La Parenthèse Utopique : explorons les possibles de la démocratie écologique, présentation animée par les étudiants du Parcours Concertation et Territoires en Transition du Master politiques publiques de Sciences Po Rennes à Caen : Emma BEAUDOIN, Noémie BESSETTE, Clément BRANDELON, Julie FRANÇOIS, Aloïse GERMAIN, Samuel LAFORGE, Goulven LEBRETON, Clara LE DIOLEN, Louison LEVRARD, Nala LORIOT, Flore PETIT, Coline PHILIPPE, Élise RIBARDIÈRE, Nolwenn THIRIET, Romane THOMAZEAU et Sandra VIAN, avec le concours d'Anne CHEVREL


Vendredi 17 mai
FACE AUX URGENCES, EST-IL ENCORE POSSIBLE ET TEMPS DE DÉLIBÉRER ?
Matin
Jeunes chercheurs, table ronde avec :
Juliette ROUSSIN [Centre de recherche en éthique, Université de Montréal] : La démocratie au secours de l'écologie
Caroline LEJEUNE [Institut de géographie et durabilité, Université de Lausanne] : De la justice environnementale à la justice écologique
Dimitri COURANT [Institut d'études politiques, historiques et internationales, Université de Lausanne, et CRESSPA-Paris 8 Saint-Denis] : Délibérer pour sauver la planète ? L'assemblée citoyenne irlandaise et la lutte contre le réchauffement climatique

Conclusions, par Floran AUGAGNEUR & Ilaria CASILLO [Cndp]

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIE :

Serge AUDIER : Le défi écologique : une question soluble démocratiquement ?
La crise écologique impose de repenser nos catégories politiques et notre conception même de la démocratie. En dialogue avec l'exposé de Dominique Bourg prononcé à Cerisy, et en réponse aux tentatives récentes de proposer en France une "démocratie écologique" — notamment dans l'ouvrage collectif, Pour une 6e République écologique —, Serge Audier esquisse quelques pistes de réflexion. La démocratie, dans ses modalités actuelles, est-elle armée pour affronter le péril écologique ? Doit-elle muter dans ses institutions ? Si les défis de l'anthropocène suggèrent la nécessité d'un renouvellement intellectuel, moral et institutionnel, ces questions ne sont toutefois pas toujours si inédites qu'on l'imagine. Dès le XIXe siècle, les enjeux de très long terme ont été affrontés par les théoriciens de la démocratie. Nous avons peut-être là un bagage théorique qu'il est possible de transformer sans faire un saut périlleux, et sans tomber dans les périls, agités par les adversaires d'une "démocratie écologique", d'une dictature des savants ou d'une expertocratie court-circuitant la souveraineté populaire. Ce qui suppose aussi d'articuler enjeux sociaux et environnementaux dans un sens égalitaire, et de réfléchir à ce que signifie le mot "peuple"…

Serge Audier, philosophe, est maître de conférences à l'université Paris-Sorbonne.
Publications
La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l'émancipation, La Découverte, 2017.
Âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, résistances et alternatives écologiques, La Découverte, 2018.

Loïc BLONDIAUX : Les pathologies de la démocratie contemporaine : stratégies pour une renaissance
La décomposition des institutions de la démocratie libérale représentative est à l'œuvre, l'épuisement est manifeste au point que l'effondrement semble désormais proche. Menaces sur les libertés, tentations autoritaires et épistocratiques, rétrécissement des espaces de délibération, discrédit des représentants : les pathologies qui affectent les démocraties contemporaines sont multiples et les dégâts qu'elles provoquent apparaissent pour beaucoup irréparables. Le dérèglement climatique et l'érosion de la bio-diversité risquent par ailleurs d'imposer un cadre de contraintes susceptible de rendre de plus en plus chimérique le gouvernement démocratique de nos sociétés. Au moment où certains en viennent à prophétiser la "mort des démocraties" (Levitsky et Ziblatt), le moment est venu d'une réflexion sur les antidotes. Tout en regardant le mal en face, il nous faut inventorier les remèdes mais aussi les alternatives possibles à cette démocratie malade. Car le moment présent est aussi celui de mobilisations nombreuses contre l'état des choses, de l'invention ou de la réinvention de formes démocratiques nouvelles, d'initiatives multiples de partage, de coopération et de vie commune. Quel bilan peut-on tirer de ces expériences ? Quelle stratégies peuvent-elle permettre de déjouer les mécanismes autoritaires à l'œuvre ? Comment sortir de ce piège mortel ? Au delà du précis de décomposition, il s'agira aussi de chercher des voies de guérison.

Loïc Blondiaux est professeur de science politique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne où il dirige le parcours "Ingénierie de la concertation" du Master de science politique. Il est également chercheur au Centre d'études sociologiques et de science politique de La Sorbonne (CESSP/Paris I/CNRS/EHESS). Il dirige la revue Participations (De Boeck éditeurs) et participe à la direction collégiale du GIS Démocratie et participation. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH), de "Décider ensemble" ainsi que du collectif "Mieux voter" et co-anime l'Institut de la Concertation et de la Participation Citoyenne. Ses travaux de recherche portent sur les théories de la démocratie, la démocratie participative et la démocratie délibérative.
Publications
En collaboration : Inventer la Démocratie du XXIe siècle, Les Liens qui Libèrent, 2017.
Avec C. Traïni : La démocratie des émotions, Presses de Sciences Po, 2018.

Dominique BOURG : La difficulté à exprimer la radicalité écologique dans les modes d'expression démocratique actuels
Le moment démocratique actuel : où en est la démocratie et comment la crise environnementale la questionne ? Je repartirai des difficultés présentes de la démocratie française avec au premier chef une crise violente de la représentation, manifeste avec la crise des Gilets jaunes et le soutien populaire qu'a connu durant des semaines ce mouvement. Les causes en sont probablement multiples, mais il semble que quelque chose comme un sentiment de trahison des élites politiques, soupçonnées de servir des intérêts financiers internationaux aux lieu et place de l'intérêt des citoyens, y ait joué un rôle déterminant. Vient créditer un tel soupçon l'effondrement général, largement au-delà du cas français, du capital public vis-à-vis du capital privé; effondrement qui, dans le cas spécifique du dirigisme français, ne pouvait se réaliser sans la collaboration des élites publiques, lesquelles passent désormais avec une grande facilité du public au privé. La revendication du RIC prend bien sûr tout son sens dans un tel contexte. Un contexte qui rend délicate l'interprétation du détonateur écologique de la crise des Gilets jaunes, à savoir une pseudo-taxe carbone, mal ficelée et essentiellement destinée à combler les déficits publics. Mais il n'en reste pas moins vrai que cette première crise se déploie sur fond de transformations plus profondes et au long cours. À la fin des trente glorieuses, qui n'est pas étrangère à la crise politique évoquée, se superpose l'incapacité des régimes représentatifs à faire face aux difficultés écologiques. Une incapacité qui était jusqu'alors sans conséquences, les problèmes en question paraissant lointains. Or, tel n'est plus le cas. Le dérèglement climatique devient accessible à nos sens. L'effondrement des faunes sauvages pourrait au moins dans ses effets devenir également sensible. Autrement dit le faux-semblant des politiques publiques environnementales devient visible. Or, en un sens, ni les élites politiques, trop proches des élites économiques, ni le "peuple" ne veulent en majorité sortir de ce faux-semblant. Du côté des élites politiques et économiques car la logique de la croissance exige la destruction de mécanismes naturels auquel il convient de substituer des processus industriels; du côté de la population, car elle reste, pour une grande part, attachée au confort matériel produit par le productivisme antérieur. Et si l'on prend au sérieux le devenir de quelque chose comme une démocratie écologique, force est de constater qu'il mettrait à mal l'un des fondements des démocraties représentatives, à savoir le renvoi à la seule liberté négative de la détermination des modes de vie individuels.

Dominique Bourg est philosophe, professeur, Université de Lausanne, Faculté des Géosciences et de l'Environnement. Dirige la collection "L'écologie en questions" et http://lapenseeecologique.com aux Puf. Appartenance à : CFDD, Commission Coppens, Conseil national du développement durable, Grenelle de l'environnement, etc.; à conseils scientifiques : Ademe (2004-2006), Fondation pour la Nature et l'Homme (1998-2018; Paris) ; Organe de prospective de l'État de Vaud (2008-2017); Fondation Zoein (Genève). Domaines de recherches : pensée écologique, risques et principe de précaution, économie circulaire et démocratie écologique.
Derniers ouvrages parus
Perspectives on Industrial Ecology, Greenleaf Publishing, 2003 / Routledge, 2017.
Dictionnaire de la pensée écologique, avec Alain Papaux, Puf, 2015.
Écologie intégrale. Pour une société permacirculaire, avec Christian Arnsperger, Puf, 2017.
Inventer la démocratie du XXIe siècle. Une Assemblée citoyenne du futur, D. Bourg et alii, L.L.L., 2017.
Une nouvelle Terre, Desclée de Brouwer, 2018.

Marie-Anne COHENDET : La synergie entre droit international et droit constitutionnel pour renforcer la démocratie écologique
À la fin des années 1960 pratiquement aucune constitution ne traite de la protection de l'environnement. La première à le faire est la Constitution de la Pennsylvannie, en 1970. Deux ans plus tard, la déclaration Stockholm ouvre la voie à l'échelle mondiale, à une reconnaissance du droit de l'homme à un environnement sain et, plus globalement, à une protection internationale des droits de l'homme. Depuis lors, la quasi-totalité des constitutions d'États démocratiques qui modifient leur constitution y intègrent la protection de l'environnement. La Conférence de Rio, en 1992, donne un nouvel élan à ce mouvement en droit international et c'est justement deux ans après que la Cour Européenne des Droits de l'Homme interprète la Convention de 1950 à la lumière de cette évolution pour reconnaître un droit de l'homme à un environnement sain à l'appui du droit à une vie familiale normale et du droit à la vie. Cette jurisprudence a exercé une grande influence pour la constitutionnalisation de la protection de l'environnement dans de nombreux pays et notamment en France, où la Charte de l'environnement est intégrée dans la Constitution en 2005. Aujourd'hui, 170 États sur 193 ont des dispositions constitutionnelles relatives à la protection de l'environnement. Les principes majeurs du droit international sont de plus en plus souvent reconnus et appliqués en droit constitutionnel et/ou directement dans l'ordre interne. Ainsi, les principes de la Convention d'Aahrus ont donné lieu à la moitié des décisions QPC du Conseil constitutionnel, via les dispositions de la Charte de l'environnement qui les reprend en grande partie, notamment sur la démocratie participative. Sur le terrain, la démocratie écologique a beaucoup progressé par cette voie dans de nombreux pays, puisque les constitutions s'imposent immédiatement à tous, pouvoirs publics, juges et particuliers. Cependant ces progrès restent très insuffisants.

Marie-Anne Cohendet est professeure de droit constitutionnel, et de droit constitutionnel de l'environnement à l'École de droit de la Sorbonne, Université Paris 1. Elle co-dirige l'axe "Environnement" à l'ISJPS (UMR CNRS).
Publications
Droit constitutionnel, Éditions LGDJ, 4ème éd., 2019 (à paraître).
Droit constitutionnel de l'environnement, (dir.), Éditions Mare et Martin, 2019 (à paraître).
Droit de l'environnement, avec M. Prieur, J. Bétaille, H. Delzancles, J. Makoviak et P. Steichen, précis Dalloz, 8ème éd., 2019 (à paraître).
Rapport sur Le Référendum d'Initiative Citoyenne délibératif, avec L. Blondiaux, M. Fleury, B. François, J. Lang, J.-F. Laslier, Q. Sauzay et F. Sawicki, Terra Nova, Février 2019.
Inventer la démocratie du XXIe siècle. L'Assemblée citoyenne du futur, avec F. Augagneur, L. Blondiaux, D. Bourg, J.-M. Fourniau, B. François et M. Prieur, Éditions Les Liens qui Libèrent, 2014.
Pour une 6ème République écologique, avec D. Bourg, J. Bétaille, L. Blondiaux, J.-M. Fourniau, B. François, P. Marzolf et Y. Sintomer, Éditions O. Jacob, 2011.

Dimitri COURANT : Délibérer pour sauver la planète ? L'assemblée citoyenne irlandaise et la lutte contre le réchauffement climatique
Depuis presque dix ans, la démocratie délibérative irlandaise se développe et constitue un laboratoire pour des transformations politiques majeures. Trois assemblées citoyennes tirées au sort se sont succédées faisant la preuve par l'exemple que l'inclusion de citoyens ordinaires dans les processus de décision permettait d'avancer sur des enjeux complexes et clivants. Les récents référendums issus des propositions des assemblées et ayant permis la légalisation du mariage pour tous, du droit à l'IVG et du blasphème, ont monopolisé l'attention médiatique et académique, au point de faire oublier les autres sujets traités par les mini-publics irlandais. En effet, outre la question de l'avortement, la troisième assemblée citoyenne a également délibéré sur les enjeux du vieillissement de la population, des référendums, des parlements et de la lutte contre le réchauffement climatique. C'est sur ce dernier thème que la présente contribution se concentre. Elle se base sur des données empiriques de première main, observations ethnographiques, entretiens semi-directifs, analyses de discours et de documents, produites lors d'une enquête de terrain qualitative de plusieurs années. Comment délibérer pour sauver la planète ? Quels sont les effets de cadrage du dispositif ? En quoi les délibérations sur des enjeux écologiques de long terme sont-elles différentes de celles sur des enjeux sociétaux précis, comme le droit à l'avortement ? Quels sont les apports d'un mini-public comparés à la délibération de politiciens élus ? Comment penser la légitimité démocratique de citoyens tirés au sort ?

Dimitri Courant est doctorant en science politique à l'université de Lausanne (IEPHI) et à l'université Paris-VIII-Saint-Denis (CRESPPA). Ses travaux portent sur la délibération, la représentation politique, la démocratie et les usages du tirage au sort aux XXe et XXIe siècles. Ses enquêtes qualitatives de terrain comparent les assemblées citoyennes irlandaises, le CSFM français et les PubliForums suisses, ainsi que le groupe citoyen du CESE et le Grand Débat National. Sa thèse s'intitule "Le nouvel esprit du tirage au sort. Représentation et principes démocratiques au sein de dispositifs délibératifs contemporains".
http://www.cresppa.cnrs.fr/csu/equipe/les-membres-du-csu/courant-dimitri/
Publications
"Penser le tirage au sort. Modes de sélection, cadres délibératifs et principes démocratiques", in Chollet A., Fontaine A. (dir.), Expériences du tirage au sort en Suisse et en Europe : un état des lieux, Berne, Schriftenreihe der Bibliothek am Guisanplatz, p. 257-28, 2018.
"Les assemblées citoyennes en Irlande. Tirage au sort, référendum et constitution", La Vie des Idées, 2019a.
"Petit bilan du Grand Débat National", AOC, 2019b.
"Délibération et tirage au sort au sein d’une institution permanente. Le Conseil Supérieur de la Fonction Militaire (1968-2016)", Participations, vol. 23, n°1, 2019c.
"Du klérotèrion à la cryptologie. L'acte de tirage au sort au XXIe siècle, pratiques et instruments", Participations, numéro hors-série : Tirage au sort et démocratie, Pratiques, instruments, théories, 2019d.
Le tirage au sort au XXIe siècle, (dir.) avec Yves Sintomer, (Participations, dossier spécial, vol. 23, n°1), 2019e.

Erin DALY : Le droit de la dignité humaine, comme instrument utile pour la démocratie écologique
En cherchant des approches indisciplinées et transversales qui transcendent les voies bien établies pour aborder les défis de la démocratie environnementale, la reconnaissance du droit à la dignité humaine peut constituer l'un des terrains les plus fertiles. Le droit à la dignité humaine est inhérent à la personne humaine et globalement reconnu comme un droit constitutionnel et fondamental qui lie tous les autres droits de l'homme. La dignité humaine est comprise comme protégeant le droit de toute personne de développer pleinement sa personnalité, en tant qu'individu et en tant que membre d'un groupe. Elle nourrit ainsi l'action démocratique et, en particulier, les activités particulièrement liées à l'environnement naturel dont dépendent tous les êtres humains, car elle fonde le droit de chacun de prendre des décisions au niveau de l'individu et de la communauté. Ainsi, participer à la démocratie environnementale est en soi un acte de dignité. De plus, le caractère unique de la dignité humaine réside dans le fait qu’elle n'est pas seulement la source des droits, mais aussi leur objectif : les personnes peuvent exercer leurs droits démocratiques en matière d'environnement parce qu'elles jouissent de la dignité humaine, et elles y participent dans le but de renforcer leur capacité de vivre dans la dignité.

Erin Daly, professeur de droit au Delaware Law School, aux États-Unis, est la co-fondateur du Dignity Rights Project.
Publications
Dignity rights : courts, constitutions and the worth of the human person, Penn. Press, 2013.
Avec James R May, Global environmental constitutionalism, Cambridge 2015.
Co-editeur de plusieurs tomes, y compris, Implementing environmental constitutionalism (Cambridge, 2018) et Encyclopedia of human rights and the environment legality, indivisibility, dignity, and geography (Edward Elgar, 2019).

Jean-Michel FOURNIAU : Le débat public et l'agir citoyen pour la transition écologique
Après vingt années d'existence, il ne s'agit pas seulement pour la Commission nationale du débat public de renouveler les modalités de son activité mais d'en refonder la légitimité et l'efficacité. Le cycle engagé avec la création de la CNDP, de démocratisation de la décision environnementale, s'achève en effet. D'une part, la défiance vis-à-vis des institutions et des experts à laquelle un débat ouvert offre une occasion d'expression libre tend à favoriser des formes de populisme quand les transitions imposées aux populations conduisent la force des attachements territoriaux et la montée des peurs devant les risques au repli sur une identité territoriale restreinte, plutôt qu'au travail du commun dont le déploiement déborde le temps du débat. D'autre part, la défiance des élus et des exécutifs face à l'expression populaire se lit dans les divers retours de la décision tranchée (y compris sous des formes apparemment démocratiques comme le référendum sur Notre-Dame-des-Landes) pour couper court à la recherche de compromis sociotechniques partagés. Dans ce jeu de défiances croisées, l'élargissement des missions et la consolidation d'une ingénierie de la participation attentive aux évolutions des attentes des publics ne suffisent plus à assurer le fait politique du débat public. Son institution perd en légitimité et sa pratique tend à être perçue comme une technique de participation. L'éviction de la CNDP de la conduite du "grand débat national" l'a souligné. Aussi, face aux enjeux radicalement nouveaux qu'impose la crise écologique à la vie démocratique, il s'agit de réinventer le débat public comme forme d'exploration et d'expérimentation de l'agir démocratique dans une société en transition.

Jean-Michel Fourniau est sociologue et directeur de recherche au laboratoire Dynamiques Économiques et Sociales des Transports de l'IFSTTAR. Il enseigne à l'EHESS où il est chercheur associé de Groupe de sociologie pragmatique et réflexive. Il est président du Groupement d'Intérêt scientifique du CNRS Démocratie et Participation. Il préside le programme de recherche Cit'in, financé par le ministère de la transition écologique et composé de 12 projets de recherche qui explorent "Les expérimentations démocratiques pour la transition écologique". Il pilote l'Observatoire des débats, initiative indépendante organisée dans le temps du "grand débat national". Il est membre du comité éditorial de la revue Participations (Éditions De Boeck) et co-directeur de la collection "Pragmatismes" aux Éditions Petra.
Publications
Inventer la Démocratie du XXIe siècle, Les Liens qui Libèrent, 2017.
La portée de la participation face au retour du conflit territorial, Ifsttar, 2015.
Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Gis Démocratie et Participation, 2013.
Démocratie et participation : un état des savoirs, De Boeck, 2011 (Participations, n°1).
Pour une 6ème République écologique, Paris, Odile Jacob, 2011.

Mario GAUTHIER & Louis SIMARD : Le BAPE, 40 ans de démocratie écologique : entre survie et innovation
Après 40 ans d'existence, le BAPE est devenu une véritable institution dans le paysage québécois de la démocratie écologique. Pionnier dans le domaine de la participation publique en aménagement du territoire et en évaluation environnementale, au fil des décennies, il a fait face à plusieurs tentatives de réformes qui visaient tant à freiner voir à bannir ses activités qu'à les renforcer ou les développer. Le BAPE apparait aujourd'hui comme une référence tant par les principes qu'il a développés que pour les pratiques qu'il a engendrées. Au cœur des tensions entre développement économique, protection de l'environnement et acceptabilité sociale, le BAPE a participé au développement d'une culture de la participation au Québec dans le domaine et au-delà. La communication propose de rendre compte des principales étapes qui ont marqué son parcours, des innovations observables et de l'influence que l'institution a pu avoir au-delà des disciplines et des tensions en tant qu'instrument participatif.

Mario Gauthier (Ph. D. études urbaines) est professeur titulaire au Département des sciences sociales de l'université du Québec en Outaouais (UQO) depuis 2006, où il enseigne aux trois cycles universitaires. Géographe et urbaniste de formation, il est chercheur régulier au sein du réseau de recherche Villes Régions Monde et du Centre de recherche sur le développement territorial, deux regroupements stratégiques reconnus par le FRQSC. Ses travaux de recherche et publications portent sur la planification urbaine et métropolitaine, l'aménagement du territoire et l'urbanisme, l'évaluation environnementale et le développement durable des territoires. Au cours des dernières années, il s’est particulièrement intéressé à la question de la participation publique en environnement, aménagement et urbanisme.
Publications
Bacqué M.-H. & Gauthier M., 2017, "Participation, Urban Planning and Urban Studies : Four Decades of Debates and Experiments since S. R. Arnstein's "A Ladder of Citizen Participation"", in C. Silver, R. Freestone and C. Demaziere (Ed.), Dialogues in Urban and Regional Planning 6, Routledge, Taylor & Francis group.
Bherer L., Gauthier M. & Simard L. (eds.), 2017, The Professionalization of Public Participation, Routledge, Taylor & Francis.
Bherer L., Gauthier M. & Simard L. (eds.), 2018, "Quarante ans de participation publique en environnement, aménagement du territoire et urbanisme au Québec : entre expression des conflits et gestion consensuelle", Les Cahiers de géographie du Québec, Vol. 62, n°175, p.15-40.
Gauthier M. & Simard L., 2017, "Le BAPE et l'institutionnalisation de la participation publique au Québec", dans A. Chaloux (dir.), L'action publique environnementale au Québec : entre local et mondial, Montréal, Les Presses de l'université de Montréal, p.129-151.

Détenteur d'un doctorat de sociologie de l'Institut d'études politiques de Paris et d'une maîtrise en science politique de l'UQAM, Louis Simard enseigne l'administration publique à l'École d'études politiques de l'université d'Ottawa. Ses travaux de recherche portent sur la participation publique dans les secteurs de l'environnement et de l'énergie, plus particulièrement sur les effets des instruments de participation publique sur les processus de régulation, la mise en œuvre de l'action publique et l'apprentissage organisationnel. Il travaille actuellement sur l'acceptabilité sociale comme instrument normatif de l'action publique. Il est notamment co-auteur du livre The Professionalization of the Public Participation (2017, Routledge).

Baptiste GODRIE : Savoirs expérientiels et professionnels en santé mentale : tensions entre les modèles intégrationniste et écologique
Cette intervention décrit les tensions actuelles entre les modèles intégrationniste et écologique des savoirs expérientiels et professionnels dans les institutions publiques de la santé à la lumière d'enquêtes empiriques réalisées à Montréal dans des équipes multidisciplinaires en santé mentale qui emploient des intervenants pairs-aidants. La perspective écologique se situe au cœur du projet des épistémologies du Sud proposé par le sociologue Boaventura de Sousa Santos. Elle offre une perspective critique de la vision positiviste de la connaissance et des soins au cœur du modèle intégrationniste, qui vise essentiellement à valider et à mobiliser les différents savoirs professionnels et expérientiels au sein du cadre médical. L'écologie des savoirs vise, quant à elle, à interroger les mondes rendus possibles par ces savoirs et les pratiques qu'ils permettent de développer sans les ramener à une seule et unique hiérarchie médicale.

Baptiste Godrie est sociologue au Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS) où il dirige l'axe Savoirs et professeur associé au Département de sociologie de l'université de Montréal. Il co-dirige le groupe de travail 21 Diversité des savoirs de l'AISLF. Ses recherches portent sur les inégalités sociales, la participation sociale et la production des savoirs dans le champ des services sociaux et des soins de santé.

Catherine LARRÈRE : Compétence et autonomie démocratiques
La démocratie reconnaît, dans son principe, la capacité de chaque citoyen à participer aux décisions qui engagent l'avenir commun. Mais la compétence ainsi reconnue concerne le juste, l'action politique entre citoyens. Qu'en est-il quand ces décisions, comme c'est souvent le cas dans les questions écologiques, font appel à un savoir scientifique et technique, censé réservé à des experts ? Le risque, dans ce genre de cas, d'une extension du pouvoir technique et bureaucratique au détriment de l'autonomie politique des citoyens, a souvent été dénoncé. Peut-on lutter contre ce risque ? Il s'agira, à partir d'exemples tirés des débats publics sur les questions environnementales, d'examiner quelles peuvent être les compétences du public dans ce genre de débat. Renvoient-elles à l'information et à la capacité à comprendre les enjeux techniques d'une question, capacité que les conférences de citoyens mettent régulièrement en évidence ? Ou y a-t-il des compétences propres au public, au citoyen ordinaire, non réductibles à un savoir technique ou scientifique ?

Catherine Larrère, philosophe, professeure émérite à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, travaille depuis 1992 sur les questions de philosophie et d'éthique environnementales.
Publications
Avec Raphaël Larrère, Penser et agir avec la nature, une enquête philosophique, La Découverte, 2015.
Avec Raphaël Larrère, Bulles technologiques, Marseille, Éditions Wildproject, 2017.
Collectif, Les inégalités environnementales, Paris, PUF, 2017.
Direction avec Rémi Beau, Penser l’anthropocène, Presses de Sciences Po, 2018.

Caroline LEJEUNE : De la justice environnementale à la justice écologique
La notion de "démocratie écologique" est née dans les années 90 de l'engagement de chercheurs anglosaxons et francophones en sciences humaines et sociales au sein de la théorie politique environnementale. Cette notion a été construite pour apporter des solutions pragmatiques aux défis politiques du long terme qu'impose la réalité physique de la crise écologique aux systèmes participatifs et représentatifs des démocraties occidentales. Des propositions ont tenté de faire entrer la nature en politique en conciliant des systèmes de valeurs et des temporalités politiques des démocraties occidentales, a priori incompatibles, avec ceux de la nature. Elles ont nourri jusqu'ici les débats théoriques en tentant d'inclure les générations futures et les données physiques par des ajustements procéduraux. Certains ont parfois été diffusés dans les procédures participatives et institutionnelles. Le dilemme de la compatibilité des valeurs semble toutefois perdurer. Cette communication reviendra sur ces propositions. Elle insistera sur les valeurs ontologiques et épistémiques que la notion de "démocratie écologique" diffuse dans les arènes participatives et institutionnelles. Elle énoncera enfin quelques angles morts de la démocratie écologique visant à discuter des sentiers inexplorés de cette notion.

Caroline Lejeune, docteure en sciences politiques environnementales, travaille dans le domaine des humanités environnementales sur les implications éthiques et politiques des transformations environnementales à partir des enjeux de justice. Pour cela, elle questionne les cadres théoriques des sciences humaines et sociales à partir d'études empiriques. Elle est première assistante au sein du groupe des humanités environnementales de l'Institut de géographie et de durabilité de l'université de Lausanne en Suisse. Elle est secrétaire de rédaction de la revue La Pensée écologique et membre du comité de rédaction de la revue Développement durable et territoires.
Pour en savoir plus : http://igd.unil.ch/clejeune/

Corine PELLUCHON : La démocratie écologique au-delà des procédures
Les conditions sont-elles réunies pour mettre en œuvre la transition écologique et solidaire qui implique une reconversion des modes de production et des changements importants dans les styles de vie des personnes, mais aussi dans la manière de penser le rapport entre le local et le global ? Lorsqu'elle est conçue comme une sagesse de l'habitation de la Terre et de la cohabitation avec les autres, l'écologie ne se limite pas à sa dimension environnementale. Elle est articulée à une écologie sociale, liée à la répartition équitable des coûts de la pollution et à une réorganisation du travail. Elle est aussi indissociable d'une modification profonde de notre manière de nous rapporter aux autres et de consommer. Ainsi, au lieu de conduire à des mesures atomistes, souvent vécues comme des punitions, cette approche holistique de l'écologie, qui ne sépare pas les impératifs de réduction des GES des enjeux d'équité sociale, requiert aussi des remaniements importants dans notre manière de faire de la politique. Il s'agira d'insister sur les traits moraux qui sont requis de la part des gouvernants et des gouvernés afin de transformer la transition énergétique en un projet de coopération. Nous verrons que, si les citoyen.ne.s doivent s'organiser afin de valoriser leurs expérimentations et leur savoir-faire dans le domaine de l'efficacité énergétique, de l'agriculture, de l'alimentation et des échanges, les représentants, de leur côté, sont invités à abandonner leur conception technocratique de l'État et à réaffirmer ses missions principales.

Corine Pelluchon, philosophe, professeur à l'université Paris-Est-Marne-La-Vallée. Spécialiste de philosophie politique et d'éthique appliquée (bioéthique, philosophie de l’environnement et de l'animalité).
Publications
Leo Strauss, une autre raison, d'autres Lumières, Vrin, 2005, Prix F. Furet.
L'autonomie brisée. Bioéthique et philosophie, PUF, 2009, 2014.
Éléments pour une éthique de la vulnérabilité. Les hommes, les animaux, la nature, Cerf, 2011, Grand Prix Moron de l'Académie française.
Les Nourritures. Philosophie du corps politique, Seuil, 2015, Prix É. Bonnefous de l'Institut des Sciences Morales et Politiques et Prix de l'essai francophone Paris Liège.
Manifeste animaliste. Politiser la cause animale, Alma, 2017.
Éthique de la considération, Seuil, 2018.
http://corine-pelluchon.fr/

Juliette ROUSSIN
Juliette Roussin est chercheuse postdoctorale au Centre de recherche en éthique de l'université de Montréal. Elle travaille sur la légitimité démocratique et les conditions sociales du jugement politique.
Publications
"Frontiers of Responsibility for Global Justice", Journal of Social Philosophy, 2018 (avec Mathilde Unger).
"Démocratie contestataire ou contestation de la démocratie ? L'impératif de la bonne décision et ses ambiguïtés", Philosophiques, 2013.
Constitution de la démocratie : Ronald Dworkin et le principe d'égalité, Hermann Éditeurs, À paraître fin 2019.


La Parenthèse Utopique : explorons les possibles de la démocratie écologique, présentation animée par les étudiants du Parcours Concertation et Territoires en Transition du Master politiques publiques de Sciences Po Rennes à Caen : Emma BEAUDOIN, Noémie BESSETTE, Clément BRANDELON, Julie FRANÇOIS, Aloise GERMAIN, Samuel LAFORGE, Goulven LEBRETON, Clara LE DIOLEN, Louison LEVRARD, Nala LORIOT, Flore PETIT, Coline PHILIPPE, Romane RAIFFÉ, Élise RIBARDIÈRE, Lucile TAMAGNAN, Nolwenn THIRIET, Romane THOMAZEAU et Sandra VIAN, avec le concours d'Anne CHEVREL

Cette présentation grand public, organisée dans les locaux d'Art Plume à Saint-Lô, proposera à chacun(e) de s'interroger sur la ou les manière(s) de faire entendre sa voix et de contribuer à la démocratie environnementale. Il s'agira de questionner et d'entendre celles et ceux qui sont déjà impliqués comme celles et ceux qui ne se sentent pas encore concernés dans ce lieu utopique de la démocratie écologique, un espace/temps d'échanges simple et lisible, déculpabilisant et permettant à chacun d'imaginer une véritable capacité d'agir.
Les sujets abordés à travers les différents ateliers proposés viseront à répondre aux questions suivantes :
- démocratie sauvage, démocratie d'élevage : quelle(s) forme(s) de démocratie(s) pour assurer les transitions ?
- quelle place pour les citoyens, les associations, les partis politiques, les syndicats dans la démocratie environnementale ?
Cette présentation se voudra également un temps de convivialité et d'échanges informels associant restauration, musique et arts graphiques.

Les étudiants du Master Politiques Publiques de Sciences Po Rennes à Caen, parcours Concertation et Territoires en Transition se forment à devenir des "transitionneurs", citoyens et professionnels en capacité de comprendre les enjeux de la démocratie écologique pour mettre en œuvre des politiques et projets de transition. Leur enseignante, Anne Chevrel, est consultante, dirigeante du cabinet de concertation Vox Operatio et maître de conférences associée à Sciences Po Rennes.

Publication 2002 : un des ouvrages


De Pontigny à Cerisy. Un siècle de rencontres intellectuelles

DE PONTIGNY À CERISY

UN SIÈCLE DE RENCONTRES INTELLECTUELLES


Claire PAULHAN (dir.)


Avant-propos de Jacques LE GOFF


Cerisy célèbre son cinquantenaire après avoir organisé plus de 450 colloques qui ont fait de ce château de la Manche l'un des plus importants lieux de rencontres intellectuelles du XXe siècle.
Cette institution culturelle, unique en son genre, a pris la suite en 1952 des fameuses Décades, créées entre 1910 et 1939 par Paul Desjardins à l'abbaye de Pontigny, en Bourgogne. Dirigé par sa fille, Anne Heurgon-Desjardins, puis, aujourd'hui, par ses deux petites-filles, Catherine Peyrou et Edith Heurgon, le Centre culturel international de Cerisy-la-Salle offre, selon l'historien Jacques Le Goff, "une union intime et féconde de fidélité et de renouvellement, de tradition et d'avant-garde".
Illustré par des photographies, lettres et documents, le plus souvent inédits, essentiellement extraits des archives de Cerisy confiées à l'IMEC, cet ouvrage retrace l'aventure intellectuelle de Pontigny et de Cerisy, et précise la liste des décades et colloques qui s'y sont tenus.


Catalogue de l'exposition de Caen organisée par l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (du 10 juillet au 6 octobre 2002)
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Institut Mémoires de l'édition contemporaine

Collection : Empreintes

ISBN : 2-908295-68-7

Nombre de pages : 111 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 15,00 €

Année d'édition : 2002

Amitiés culturelles, Aventure familiale, Colloques de Cerisy, Décades de Pontigny, Exposition IMEC, Histoire intellectuelle du XXe siècle, Royaumont

Remerciements et crédits

Avant-propos, par Jacques LE GOFF

Les Décades de Pontigny, par Claire PAULHAN
• Pontigny, 1910-1939. Un humanisme et une démocratie modernes : l'Europe des esprits
• 1942-1952 : les surgeons. Transitions à Mount Holyoke et Royaumont

Les Colloques de Cerisy, par Edith HEURGON
• Le Centre Culturel international de Cerisy
• Cerisy, 1952-1966. Amitiés et Engagements
• Cerisy, 1967-1980. Entre tradition et modernité
• Cerisy, 1981-2001. Chemins dans la diversité

Liste des colloques de Pontigny, Royaumont et Cerisy, par Sylviane DROUILLAC

Repères chronologiques, par Claire PAULHAN

Les archives du CCIC à l'IMEC

Publication 2002 : un des ouvrages


Cerisy. Un château, une aventure culturelle

CERISY. UN CHÂTEAU, UNE AVENTURE CULTURELLE


Sophie HAUDEBERT (dir.)

Avec la collaboration de Gilles DÉSIRÉ DIT GOSSET, Edith HEURGON et Catherine & Jacques PEYROU


Si la Manche, comme bien d'autres départements, est riche d'un patrimoine considérable de châteaux et de manoirs, peu d'entre eux peuvent s'ennorgueillir de voir liés à leur histoire une aventure intellectuelle aussi passionnante que celle du château de Ceriy-la-Salle. Depuis cinquante ans en effet, cette élégante demeure du XVIIe siècle abrite un centre culturel international dont la renommée a dépassé depuis longtemps toutes les frontières.
Jusqu'en 1952, le nom de Cerisy, commune rurale d'un millier d'habitants située au coeur du bocage contançais, n'avait guère franchi les limites du département. Le château était une agréable "maison de famille" dont on savait tout au plus dans la région qu'il avait été un foyer protestant actif pendant les guerres de religion et au-delà. Rien ne le prédestinait à devenir un foyer intellectuel de premier plan, même si au tournant du XIXe et du XXe siècle, il avait vu dans ses murs s'installer une société lettrée autour d'un des plus grands philologues de son temps, Gaston Paris.
C'est par la volonté d'une femme de caractère, Anne Heurgon-Desjardins, que le destin de Cerisy a basculé. En 1952, celle-ci recrée à Cerisy les décades littéraires, philosophiques et politiques que son père, Paul Desjardins, avait inaugurées à l'abbaye de Pontigny (Yonne) en 1910. Depuis lors, chaque été, Cerisy reçoit des intellectuels, des artistes, des écrivains, des scientifiques pour débattre et nouer des échanges à l'abri des agitations de la vie urbaine. C'est ce projet, initié par Paul Desjardins, poursuivi par ses descendants, Anne Heurgon-Desjardins, et depuis 1977, par ses filles, Catherine et Edith, qui a fait en cinquante ans la renommée internationale du château de Ceriy-la-Salle.
C'est dans ce cadre que prend place l'exposition qui fait l'objet du présent catalogue, fruit d'un partenariat étroit entre le Centre culturel de Cerisy et les Archives départementales qui, au sein du Conseil général, ont pour mission de préserver et de valoriser l'histoire et la patrimoine écrit du département. Heureux exemple de collaboration entre deux institutions culturelles et scientifiques qui, chacune dans leur domaine, poursuivent une œuvre majeure de diffusion de la connaissance auprès de nos concitoyens.

Préface de Jean-François LEGRAND,
Sénateur de la Manche, Président du Conseil général


Catalogue de l'exposition de Saint-Lô organisée par les Archives départementales de la Manche (du 24 juin au 31 août 2002)
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Archives départementales de la Manche

ISBN : 2-B 60 50-010-3

Nombre de pages : 111 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

Prix public : 18,00 €

Année d'édition : 2002

Architecture, Château de Cerisy, Colloques de Cerisy, Exposition d'archives et de photographies, Histoire intellectuelle du XXe siècle, Familles, Paris (Gaston), Occupation, Protestantisme, Publications de Cerisy

Remerciements, par Sophie HAUDEBERT

Préface, par Jean-François LE GRAND

LES FAMILLES

Les origines

Cerisy : la commune

Les Pirou, seigneurs de Cerisy

Les Richier : des seigneurs protestants

Les Richier et le début de l'Église réformée de Cerisy

Un homme de projets : Jean Richier

La fin de l'Église réfomée de Cerisy

Du protestantisme au catholicisme

De la conversion à l'épiscopat

Les derniers Richier

Un bien d'émigré

Une famille politique : les Savary

Des origines modestes

Une réussite sociale et politique

Les désillusions d'une famille

Gaston Paris et les Savary

Des Savary aux Desjardins

LE CHÂTEAU

Une demeure Louis XIII

Trois campagnes de construction

Austérité et agrément

Les dépendances

Le cadre

Des bâtiments fonctionnels

Les évolutions du XIXe siècle

La Seconde Guerre Mondiale

L'occupation allemande

Le débarquement

Un nouveau départ

LE CENTRE CULTUREL

Un pôle culturel normand

Un éveilleur de conscience : Paul Desjardins (1859-1940)

Les décades de Pontigny

Une femme de caractère : Anne Heurgon-Desjardins (1899-1977)

Les colloques de Cerisy
• 1952-1966 : "Amitiés et engagements"
• 1967-1980 : "Entre Tradition et Modernité"
• 1981-2002 : "Chemins dans la diversité"

Le Centre Culturel de Cerisy et la Normandie

Les "week-ends" normands

Partenariats culturels dans la région
• Les rencontres normandes de l'Université de Caen
• Les autres rencontres
• La coopération avec l'IMEC
• Les échanges avec le collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy
• La commission régionale

Repères historiques

Liste des colloques

Les décades de Pontigny

Les colloques de Royaumont

Les colloques de Cerisy

Sources et bibliographie

Crédits photographiques


Publication associée


Publication 2000 : un des ouvrages


Aspects de la philosophie américaine aujourd'hui

ACTES PARTIELS DU COLLOQUE


ASPECTS DE LA PHILOSOPHIE AMÉRICAINE AUJOURD'HUI


Jean-Pierre COMETTI, Robert DI MASCIO (dir.)

Avec le concours du Conseil scientifique de l'université de Nice, du Conseil général des Alpes-Maritimes et du Comité Doyen Lépine de la ville de Nice


Les contributions qui composent le présent numéro ont en partie leur source dans un colloque qui s'est tenu à Cerisy sous le titre : "Cent ans de philosophie américaine". Conformément à l'inspiration initiale de ce colloque, l'ensemble que nous proposons s'attache à présenter quelques aspects significatifs des courants de pensée qui se sont développés aux États-Unis, autant que des questions qui leur sont liées dans le contexte actuel de la discussion philosophique. Il va sans dire qu'ils n'en offrent qu'une vision partielle, tant il est vrai que les universités américaines, qui constituent le cadre majeur de ces discussions, accueillent ou ont accueilli des écoles dont la variété excède de beaucoup les seules orientations qui sont ici concernées, qu'il s’agisse du transcendantalisme, d'importance certes majeure dans le contexte américain, du pragmatisme ou de la "conception scientifique du monde". Les perspectives qui s'y dessinent n'en permettent pas moins, nous semble-t-il, d'aborder clairement la question significativement posée par Stanley Cavell en ouverture : "Y a-t-il une différence américaine en philosophie ?".


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1995) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°247]


Articles à l'unité également disponibles en accès libre sur le site de la Revue CYCNOS

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Centre de recherches sur les écritures de langue anglaise (Université de Nice)

Collection : Revue CYCNOS, vol. 17, n°1

ISBN : 2-910897-89-3

Nombre de pages : 112 p.

Prix public : 15,24 € (100,00 FF)

Année d'édition : 2000

...........

Avant-propos, par Jean-Pierre COMETTI

Introduction, par Patrick DI MASCIO

Y a-t-il une différence américaine en philosophie ?, par Stanley CAVELL

Y a-t-il une philosophie post-analytique ?, par Sandra LAUGIER

La "conception scientifique du monde" et sa version américaine de 1936 à nos jours, par Christiane CHAUVIRÉ

Cavell et ses critiques : à propos de la signification et de l'usage, par James CONANT

Vérité, justice : quelle objectivité ?, par Alain BOYER

De quelle sorte d'accords l'union sociale dépend-elle ? Le point de vue pragmatiste, par Joëlle ZASK

Notes sur les auteurs

Abstracts


Publication associée