Publication 1997 : un des ouvrages


Eugen Fink

EUGEN FINK


Natalie DEPRAZ, Marc RICHIR (dir.)


Située à la croisée de la phénoménologie, de la cosmologie, de l'anthropologie et de la métaphysique, la pensée d'Eugen Fink ouvre la voie singulière d'une re-compréhension en profondeur du sens rigoureux et authentique de la démarche phénoménologique et, plus généralement, de la philosophie elle-même dans ses interrogations dernières.
Fink occupe en effet une position privilégiée au sein du mouvement phénoménologique : tout en ayant été, dès 1928 et jusqu'en 1938, l'assistant privé de Edmund Husserl, mieux, son collaborateur et son co-penseur, il suivit parallèlement les Séminaires de Martin Heidegger, alors extrêmement en vogue à Fribourg. Plus tard, après la deuxième guerre mondiale, son dialogue avec ce dernier sur des questions touchant principalement aux rapports de l'être, du monde et de l'homme, fut particulièrement vif et fécond. C'est donc, au sein de cette constellation éminente de penseurs à la source de la phénoménologie, la voix tout autant originaire qu'originale d'Eugen Fink que ce colloque de Cerisy a voulu faire entendre en procédant à une lecture attentive de son œuvre.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1994) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°209]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Rodopi B.V.

Collection : Elementa, Vol. 68

ISBN : 9-0420-0243-3

Nombre de pages : 367 p.

Année d'édition : 1997

Publication 1997 : un des ouvrages


Île des merveilles. Mirage, miroir, mythe

ÎLE DES MERVEILLES

MIRAGE, MIROIR, MYTHE


Daniel REIG (dir.)


Qu'elle soit baignée par les eaux translucides d'un lagon ou battue par les flots qui semblent monter d'abîmes insondables, l'île est un refuge pour le navigateur, ou en prison… Inconnue, elle est riche en surprises, déserte, elle peut devenir une terre d'élection : monde en réduction à découvrir ou à construire, image du cosmos ou de son centre, sanctuaire qui peut recéler les trésors de la matière comme ceux de l'esprit, l'île est située dans un ailleurs qui devient merveilleux car il est un objet de désir et symbolise un espace de réalisation, terrestre ou céleste, du bonheur humain…
On devine, sur la base de ces quelques notations, comment a pu se constituer une imagerie îlienne qui, depuis que l'homme existe, imprime sa marque dans la mythologie, la religion, la philosophie, la littérature, la science, l'art, la publicité… Elle est un lieu, en effet, ou s'effectue, non seulement la réalisation des destins personnels, mais aussi l'accomplissement de mythes universels.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1993) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°208]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions L'Harmattan

ISBN : 2-7384-5259-0

Nombre de pages : 298 p.

Prix public : 23,90 €

Année d'édition : 1997

Publication 1997 : un des ouvrages


Les limites de la rationalité - Tome 2. Les figures du collectif

LES LIMITES DE LA RATIONALITÉ

TOME 2. LES FIGURES DU COLLECTIF


Bénédicte REYNAUD (dir.)


L'analyse des collectifs constitue la question clé des sciences sociales. En un sens, tout a été dit sur cette notion, ceci allant d'un marxisme orthodoxe où l'individu n'existe qu'en tant que porteur d'institutions, à une philosophie sociale libérale, soutenue par un Ludwig Von Mises : "une collectivité n'a pas d'existence et de réalité, autres que les actions des individus membres. (…) Ce sont des actions définies d'individus qui constituent le collectif". En un autre sens, tout reste à dire, une fois que l'on s'est débarrassé de la question de la prééminence du collectif sur l'individuel. Car, comme le souligne Wittgenstein, un problème insoluble est un problème mal posé.
Prenant acte de ce changement de perspective, ce livre explore les figures du collectif, dans un inconfortable entre-deux, entre une indivisibilité totale et une visibilité aveuglante. Comment un collectif tient-il ? Comment se reconstruit-il au travers des crises ? Ce livre illustre l'apport des différentes sciences sociales à l'analyse des collectifs : la question de l'émergence des normes et de la coopération implique, en effet, de donner un statut analytique rigoureux aux notions de règles, d'apprentissage organisationnel, et de savoir collectif. Les contributions ici présentées s'attachent à définir ce que sont ces dispositifs collectifs cognitifs qui encadrent et servent de support aux décisions individuelles.
Organisé par le CREA (École polytechnique et CNRS), ce colloque de Cerisy a réuni certains des meilleurs spécialistes français et étrangers de la question.

Présentation du premier tome : Les limites de la rationalité - Tome 1. Rationalité, éthique et cognition (Éditions La Découverte, 1997)


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1993) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°207b]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions La Découverte

Collection : Recherches

ISBN : 2-7071-2676-4

Nombre de pages : 330 p.

Prix public : 39 €

Année d'édition : 1997

Publication 1997 : un des ouvrages


Les limites de la rationalité - Tome 1. Rationalité, éthique et cognition

LES LIMITES DE LA RATIONALITÉ

TOME 1. RATIONALITÉ, ÉTHIQUE ET COGNITION


Jean-Pierre DUPUY, Pierre LIVET (dir.)


Les fondements de la théorie du choix rationnel, dans ses multiples déclinaisons (économie théorique, théorie de la décision, théorie des jeux, théorie de l'action que l'on trouve au cœur de la philosophie analytique, etc.), ne sont plus aussi assurés en cette fin du XXe siècle qu'ils semblaient l'être durant, ou immédiatement après, la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'un John von Neumann ou un Leonard Savage en posaient les prolégomènes.
À la source des difficultés présentes, on trouve l'ambition croissante de la théorie du choix rationnel d'expliquer, et surtout de fonder, des phénomènes très éloignés du champ à l'intérieur duquel elle s'était d'abord confinée. Le défi le plus grand que le choix rationnel s'est fixé à lui-même est de rendre compte de la possibilité du jugement moral dans un monde d'individus isolés, autonomes et intéressés (et notamment de la promesse, de l'engagement, du contrat, de la parole donnée et tenue, de la menace, de la dissuasion crédible et efficace). C'est en tentant de relever ces défis que les théoriciens ont rencontré sur leur chemin, comme autant d'obstacles inattendus, des paradoxes redoutables.
Ce livre présente les recherches les plus récentes dans le domaine. Il s'en dégage la thèse que le paradigme de la rationalité est radicalement incomplet. L'idéal de transparence qui est au cœur de la théorie du choix rationnel est incapable de venir à bout de l'extériorité et de l'opacité du collectif. Si elles ne prenaient appui sur des références extérieures qui les guident en les "poussant", les interactions entre acteurs rationnels seraient en général incapables de produire à elles seules quoi que ce soit de déterminé. Les recherches ici présentées s'attachent à définir ce que sont ces dispositifs collectifs cognitifs qui encadrent et servent de support aux décisions individuelles. Elles s'inscrivent dans cette synergie entre sciences sociales, sciences cognitives et philosophie qui renouvelle aujourd'hui les sciences de l'homme.
Organisé par le CREA (École polytechnique et CNRS), ce colloque de Cerisy a réuni certains des meilleurs spécialistes français et étrangers de la question.

Présentation du second tome : Les limites de la rationalité - Tome 2. Les figures du collectif (Éditions La Découverte, 1997)


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1993) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°207a]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions La Découverte

Collection : Recherches

ISBN : 2-7071-2675-6

Nombre de pages : 454 p.

Prix public : 39 €

Année d'édition : 1997

Publication 1996 : un des ouvrages


La jalousie

LA JALOUSIE


Frédéric MONNEYRON (dir.)


La jalousie est-elle consubstantielle à la nature humaine ou n'est-elle que le produit de structures sociales et familiales particulières ? L'amour jaloux est-il un sentiment occidental ou se retrouve-t-il selon des schèmes identiques, dans d'autres aires culturelles ? Le monde de la jalousie, tel que les psychologues le décrivent aujourd'hui, revêtait-il les mêmes formes dans les civilisations anciennes, dans les siècles passés ? La distinction entre envie et jalousie, désormais canonique, a-t-elle toujours eu une raison d'être ? Si l'on s'en tient aux sociétés contemporaines existe-t-il une différence entre la jalousie masculine et la jalousie féminine ? Qu'en est-il de la jalousie homosexuelle ? La jalousie est-elle une force qui nous déborde ou peut-elle être réduite voire étouffée ?
Telles sont quelques-unes des questions, les principales, qui ont guidé le pas des conférenciers du colloque qui s'est tenu au château de Cerisy en 1989. Cet ouvrage qui est le produit des travaux menés lors de cette rencontre s'efforce d'y apporter des réponses et de dégager les principales lignes de force autour desquelles toute réflexion ultérieure sur la jalousie ne peut manquer de s'articuler.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1989) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°204]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions L'Harmattan

Collection : Psychanalyse et civilisations

ISBN : 2-7384-4293-5

Nombre de pages : 232 p.

Prix public : 22,50 €

Année d'édition : 1996

Publication 1996 : un des ouvrages


L'auteur

L'AUTEUR


Gabrielle CHAMARAT, Alain GOULET (dir.)


"L'Auteur" demeure une notion problématique qui émerge lentement dans l'histoire, qui reste indécise, recule, disparaît. Auctor, il est d'abord celui qui augmente, accroît, puis le garant de l'œuvre que le génie humain ajoute à la création. Il est aussi celui qui, par son œuvre, détient l'autorité.
Aujourd'hui, la notion d'auteur reste mouvante et polysémique, incontournable et protéiforme, et c'est bien imprudemment qu'on avait annoncé naguère "la mort de l'auteur". Reste toujours l'œuvre qui, en tant que création de forme originale, définit son auteur.
C'est cette problématique de "l'auteur" de textes littéraires qui est soumise ici aux points de vue d'historiens de la littérature, de critiques littéraires, de juristes, d'une bibliothécaire, d'un éditeur et aussi d'un psychanalyste.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1995) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°203]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Presses universitaires de Caen

ISBN : 2-84133-080-X

Nombre de pages : 215 p.

Prix public : 22,87 €

Année d'édition : 1996

Publication 1996 : un des ouvrages


Création et événement. Autour de Jean Ladrière

CRÉATION ET ÉVÉNEMENT. AUTOUR DE JEAN LADRIÈRE


Ghislaine FLORIVAL, Jean GREISCH (dir.)


Comment penser la venue à l'être de qui aurait pu ne pas être ? Comment penser la possibilité objective de la nouveauté ? Aux confins de la philosophie de la nature, de l'épistémologie et de la philosophie de l'action, la pensée de Jean Ladrière refuse de se résigner à l'oubli, voire à la condamnation, dont l'idée de création semble aujourd'hui être l'objet dans le domaine de la pensée.
Dans la continuité directe de ses derniers enseignements, le colloque de Cerisy a tenté d'éclairer l'un par l'autre les concepts de création et d'événement, en cherchant de part et d'autre les analogies les plus remarquables dans les différents champs du savoir : cosmologie (modèles cosmologiques avec ou sans singularité initiale, etc.), philosophie du langage, théorie de l'action (actions et événements), esthétique, théologie.
Il ne s'agissait pas seulement d'y repérer les analogies pertinentes, dans la mesure du possible mais également de tenter une interprétation spéculative capable de fonder ces analogies. En fin de compte, il s'agissait de savoir s'il y a un fil conducteur qui relie des pensées apparemment aussi différentes que celles de l'"il y a", de l'extériorité, de l'Ereignis, de l'abîme, de l'utopie logique, du procès, de l'altérité, de la différence et même de la dispersion.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1995) [en savoir plus]
Non disponible auprès du CCIC [n°202]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions de l'Institut Supérieur de Philosophie (Louvain) / Éditions Peeters

Collection : Bibliothèque philosophique de Louvain, n°45

ISBN : 90-6831-869-1

Nombre de pages : 390 p.

Année d'édition : 1996

Publication 1996 : un des ouvrages


Graal et modernité

GRAAL ET MODERNITÉ


Robert BAUDRY, Gérard CHANDÈS (dir.)


Le Graal a hanté les imaginations. Il l'a fait au Moyen-Âge. Il le fait encore de nos jours. Il n'est guère de pays d'Occident qui ne témoigne de la résurgence moderne de cette merveilleuse légende : en France, certes ; mais aussi en Allemagne, en Italie, en Roumanie, dans les pays anglo-saxons, ailleurs encore. Et ce non seulement en littérature, où elle colonise des genres nouveaux — le théâtre, la bande dessinée, le science-fiction — mais aussi dans les différents arts : la peinture, la musique, l'opéra, le cinéma. Son influence a gagné aussi bien certaines spéculations ésotériques que les moyens modernes de communication de masse.
C'est à retracer le panorama de tous ce moderne et nouveau "cycle du Graal" qu'est voué le présent ouvrage. Il rassemble les travaux d'une pléiade de spécialistes qui, en 1995, s'étaient rencontrés pendant toute une semaine au château de Cerisy-la-Salle autour de ce mythe fabuleux, toujours susceptible de polariser nos rêves.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (1995) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°201]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Dervy

Collection : Cahiers de l'Hermétisme

ISBN : 2-85076-723-9

Nombre de pages : 240 p.

Prix public : 19,32 €

Année d'édition : 1996

Programme 2020 : un des colloques

— Programme complet —


QUE FAIT LA COULEUR À LA PHOTOGRAPHIE ?

TECHNIQUES, USAGES, CONTROVERSES


DU MERCREDI 19 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 23 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 4 jours ]


René Desclée (1868-1953), Nature morte au vase de fleurs, restitution couleur d'après trois négatifs de sélection, [sd] © Ministère de la culture, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Diffusion RMN-GP


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Nathalie BOULOUCH, Gilles DÉSIRÉ DIT GOSSET

Colloque organisé dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste, "La couleur au jour le jour" (4 juillet - 15 novembre 2020).


ARGUMENT :

Interrogé en 2006 sur la photographie couleur, Willy Ronis répondait : "oh non, ce n'était pas très intéressant !" Quelques semaines plus tard, il publiait Paris-couleurs. Cette anecdote résume la complexité de la question posée par ce colloque et l'exposition associée. Tandis que la couleur est aujourd'hui dominante, il convient de porter un point de vue tant rétrospectif que prospectif sur ce que ce progrès a fait, fait et fera à la photographie.

Le colloque, organisé en partenariat avec l'université Rennes 2 et la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (MAP), propose de faire le point sur l'évolution des techniques photographiques en couleur, puis de s'attacher à ses usages dans différents secteurs de la création. Mal aimée et parfois méprisée, la couleur a également suscité polémiques et controverses que le colloque interrogera.

Une séance publique réunira, sous forme d'une table ronde, des photographes contemporains dont la création artistique a été marquée par l'usage de la couleur. Une exposition grand public puisant dans les collections photographiques de la MAP sera accueillie par la ville de Saint-Lô, de juillet à septembre.


MOTS-CLÉS :

Archives, Art, Controverses, Couleur, Création, Photographie, Procédés, Usages


CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 19 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 20 août
Matin
Nathalie BOULOUCH : Introduction

UN PROBLÈME, DES SOLUTIONS
Laure BLANC-BENON : La couleur : une autre idée de la photographie
Kim TIMBY : La palette du papier salé, ou l'appropriation artistique de la couleur

Après-midi
Édouard de SAINT-OURS : La quête d'un procédé direct pour la reproduction photographique des couleurs (1848-1908). Les promesses du sous-chlorure d'argent
Natalie COURAL & Anne WOHLGEMUTH : La trichromie à l'épreuve de la photographie. Discriminer les solutions matérielles et techniques apportées par Louis Ducos du Hauron grâce à l'imagerie multispectrale
Nicolas LE GUERN : Le développement à long terme du Kodachrome : des premières recherches de Mannes et Godowsky aux améliorations apportées au procédé en couleur

Soirée
Projection d'extraits de films sur la photographie couleur tirés des archives de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), animée par Nathalie BOULOUCH et Catherine GONNARD. Partenariat délégation INA Loire-Bretagne, Université Rennes 2


Vendredi 21 août
DE LA COULEUR AVANT TOUTE CHOSE
Matin
Diane TOUBERT : La photographie éloquente : autochromes du jardin Albert-Kahn [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Camille CONTE : Lucien Roy, un "architecte-photographe" face à la couleur
Jean DAVOIGNEAU : La couleur dans la production de l'Inventaire général : le constat d'une longue absence

Après-midi
Marlène VAN DE CASTEELE : La couleur appliquée à la photographie de mode : le cas des couvertures et éditoriaux du Vogue Amérique (1932-1942)
Audrey LEBLANC : Photojournalisme : la couleur des années 1960-70
Colette MOREL : Balthus et la photographie : "L'emploi des couleurs m'avantage"
Judith LANGENDORFF : Couleurs nocturnes dans la photographie contemporaine : distordre, sublimer ou transfigurer le réel ?

Soirée
Benjamin LE BRUN & Sarah YADAVAR : "La couleur au cœur de nos travaux"


Samedi 22 août
LA COULEUR : INDIGNE OU ASSUMÉE ? (I)
Matin
Marion PERCEVAL : Jacques Henri Lartigue, pourquoi la couleur ?
Matthieu RIVALLIN : André Kertész : couleurs indignes ?

Après-midi
"HORS LES MURS" — À LA MÉDIATHÈQUE DE SAINT-LÔ
SÉANCE PUBLIQUE
Visite de l'exposition "Le Triomphe de la couleur" accueillie à la Médiathèque La Source de la ville de Saint-Lô
Table ronde avec des photographes, animée par Mathilde FALGUIÈRE, avec la participation de John BATHO et Yves TRÉMORIN


Dimanche 23 août
LA COULEUR : INDIGNE OU ASSUMÉE ? (II)
Matin
Ronan GUINÉE : Willy Ronis : la couleur écartée
Cynthia A. YOUNG : Robert Capa, Photojournalism and Early Color Film [visioconférence]

Nathalie BOULOUCH : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

John BATHO
Né en 1939, John Batho commence à photographier en 1961. En 1963, il entreprend une recherche qui affirmera une vision personnelle de la photographie en couleurs. Représentés à partir de 1977 par la galerie Zabriskie à Paris et à New York, ses travaux connaissent une diffusion internationale. De 1983 à 1990, il est chargé de cours à l'université de Paris VIII dans le département Arts plastiques. Professeur des Écoles nationales d'art, il enseigne de 1992 à 2001 à l'école nationale supérieure d'art de Dijon. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques et privées en France et à l'étranger. Il est représenté par la galerie Nicolas Silin à Paris (galeriesilin.com).
johnbatho.com

Laure BLANC-BENON : La couleur : une autre idée de la photographie
La "photographie" comme invention technique et "l'idée de photographie" sont deux choses distinctes. "L'idée de photographie" a été inventée en même temps que le daguerréotype, dans sa concurrence avec le calotype. Or il s'agit là d'images monochromes. Nous nous intéresserons à des théories récentes issues de la philosophie en langue anglaise : ces nouveaux théoriciens critiquent l'identification abusive de l'essence de la photographie au moment de l'enregistrement et l'assimilation de la photographie à une empreinte. Au contraire, ils envisagent l'image photographique comme une image visible produite par un processus à plusieurs étapes (voir par exemple D. Costello, On Photography, Routledge, 2017). Nous montrerons en quoi cette opposition remonte à celle entre photographies monochromes et photographies en couleurs telle qu'elle s'est construite dès le XIXe siècle. En négligeant la couleur, des théoriciens comme A. Bazin, R. Barthes, R. Scruton ou K. Walton ont été empêchés de voir les limites de la notion d'indice ou de trace pour comprendre ce qu'est une photographie. Nous souhaitons montrer en quoi la photographie couleur est un allié précieux pour lutter contre les préjugés des théoriciens sur "l'idée de photographie".

Laure Blanc-Benon est maîtresse de conférences en philosophie de l'art à Sorbonne Université et membre du Centre Victor Basch. Membre fondateur du Groupement de Recherche Internationale "Photographs : Perception and Change" (dir. B. Lavédrine), elle conduit actuellement des recherches sur la photographie couleur et sur la question de l'enregistrement dans le cadre d'un livre en préparation sur l'image photographique.
Publication
La Question du réalisme en peinture, Vrin, 2009.

Camille CONTE : Lucien Roy, un "architecte-photographe" face à la couleur
Au tournant des XIXe et XXe siècles, s'est développée une pratique de la photographie chez les architectes jusqu'ici formés à l'héritage académique. Bien que plusieurs profils "d'architectes-photographes" aient émergé au cours de récentes recherches, cette pratique reste encore peu explorée. Pourtant, la photographie se rencontre régulièrement dans leurs archives. Multiple, elle se décline dans des techniques et des usages variés, pouvant même être réunis sous la forme d'un corpus cohérent et indépendant. Issus d'une corporation qui a longtemps été considérée comme méfiante à l'égard de ce médium, Lucien Roy et Jules Antoine se distinguent par une pratique inédite du premier procédé de photographie couleur : l'autochrome. Déterminer les usages, les contextes de prise de vue et les sujets traités, permettra de comprendre comment les architectes considéraient la photographie couleur et s'ils avaient pleinement conscience des valeurs intrinsèques de ce procédé. De la représentation de l'architecture à la conquête de l'intime, l'autochrome ne sera pas seulement un support à valeur professionnelle ou mémorielle, il donnera également accès à la découverte d'une sensibilité chez les architectes à saisir les "variations colorées" du monde qui les entoure.

Camille Conte réalise un doctorat au sein du laboratoire du CRIHAM (Centre de Recherche Interdisciplinaire en Histoire, Histoire de l'Art et Musicologie) à l'université de Poitiers, elle propose une réflexion autour de la pratique de la photographie par les architectes français entre 1880 et 1939.

Natalie COURAL & Anne WOHLGEMUTH : La trichromie à l'épreuve de la photographie. Discriminer les solutions matérielles et techniques apportées par Louis Ducos du Hauron grâce à l'imagerie multispectrale
En 2015, a été constitué à l'initiative de Thomas Galifot (musée d'Orsay, Paris), Jean-Paul Gandolfo (ENSLL, École Nationale Supérieure Louis-Lumière, La Plaine Saint-Denis), Clotilde Boust et Natalie Coural (C2RMF, Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, Paris), un groupe de travail se proposant d'identifier et de caractériser les photographies en couleur de Louis Ducos du Hauron (1837-1920) conservées dans les collections publiques françaises. Le corpus réuni jusqu'ici a permis une étude comparative caractérisant les procédés de fabrication de ces épreuves en couleur. À ce jour, vingt-sept photographies ont été analysées au C2RMF. Cette communication restitue les résultats de ces analyses en présentant les procédés photographiques trichromes mis en œuvre par Ducos du Hauron (charbon, photoglyptie et collotypie). Les inventions photographiques couleurs du photographe et les techniques d'imagerie employées aujourd'hui se font échos et révèlent chacune un aspect de la recherche complexe de ce "primitif" de la photographie en couleur.

Natalie Coural est conservateur du patrimoine, responsable de la filière Arts graphiques et photographies au département Restauration du Centre de Recherche et de Restauration des musées de France. Elle coordonne avec Clotilde Boust (responsable du groupe imagerie du département Recherche au C2RMF) les analyses menées sur un ensemble d'héliochromies de Louis Ducos du Hauron conservées dans les collections publiques françaises.

Anne Wohlgemuth a étudié la photographie à l'école nationale supérieure Louis-Lumière, et l'imagerie scientifique appliquée à la conservation et la restauration du patrimoine au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF). Intègre, sous la direction de Clotilde Boust et Natalie Coural, avec le soutien de Jean-Paul Gandolfo, le Comité de recherche pour le centenaire de la disparition de Louis Ducos du Hauron. Elle participe à l'organisation du colloque sur Louis Ducos du Hauron qui se tiendra à Agen en septembre 2020, avec le concours de la ville d'Agen, du musée des Beaux-Arts de la ville, l'Association des Amis de Louis Ducos du Hauron et le C2RMF.

Jean DAVOIGNEAU : La couleur dans la production de l'Inventaire général : le constat d'une longue absence
La création, en 1964, de l'Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France répondait à la nécessité de renouveler la connaissance du patrimoine. Bien qu'André Malraux qualifiât le projet d'aventure de l'esprit, l'Inventaire général est avant tout une entreprise documentaire. Son originalité réside dans la primauté du terrain sur la recherche et l'analyse des sources. Pour cela, le service se dota d'outils méthodologiques nationaux avant d'arpenter localement le territoire. Ces documents normatifs ne cessent de rappeler que la description des œuvres est l'ensemble des informations qui ressortent de leur observation, recueilli tant par le texte que par l'image. Avec un rôle primordial accordé à l'illustration photographique, le premier livret de prescription technique, établi dès 1968, souligne que le texte de la description doit servir de "texte de liaison" à la documentation figurée. Mais dans l'esprit des prescripteurs, il n'y a de photographie que noir et blanc. Elle constitue la norme, la photographie couleur constitue l'exception. Les photographies aériennes, les clichés de situation et d'ensemble pris d'un point de vue naturel (hauteur des yeux) et les photographies de détail sont en noir et blanc, grand et moyen format ; et ceci pour l'architecture, comme pour les objets mobiliers. La couleur, ne trouve grâce, dans l'enregistrement documentaire, que pour les cas de polychromie remarquable, mais il est rappelé que l'on préférera effectuer des vues de détails que des vues d'ensemble, en moyen et surtout petit format ; et, surtout, on n'oubliera pas de doubler toutes ces prises de vues couleur par des clichés noir et blanc. L'auteur propose de présenter ces normes, leur application et les exceptions constatées dès les débuts du service ; il entend surtout montrer l'évolution des prescriptions et des pratiques à la lumière de deux phénomènes : la part de plus en plus importante prise par les publications dans les restitutions des travaux du service et l'arrivée du numérique.

Ronan GUINÉE : Willy Ronis : la couleur écartée
Chantre de la photo sur le vif en noir et blanc, Willy Ronis (1910-2009) s'est forgé, à partir des années 1980, une image personnelle, forte et autobiographique, dans laquelle la couleur a été soigneusement écartée. Il lui faut atteindre sa quatre-vingt-quinzième année pour exhumer de ses archives une sélection restreinte de photographies en couleurs et accepter de l'exposer et de la publier. Pourtant, lors de sa carrière, la couleur s'impose à lui dès 1941, par obligation professionnelle mais également par adhésion. Cette contribution sera l'occasion de présenter le corpus couleur de la donation faite par l’auteur à l'État et la place de la couleur dans sa carrière professionnelle.

Judith LANGENDORFF : Couleurs nocturnes dans la photographie contemporaine : distordre, sublimer ou transfigurer le réel ?
Il s'agira de comprendre les processus des photographes en conditions nocturnes et les effets esthétiques qui en découlent, à travers des images de Darren Almond, Rut Blees Luxemburg, Daniel Boudinet, Gregory Crewdson, Nicolas Dhervillers, Bill Henson, Laurent Hopp et Chrystel Lebas. Certains d'entre eux fixent la ville et ses périphéries dans leurs parures polychromes, d'autres distordent l'espace pour le rendre plus graphique, d'autres encore restituent les lueurs impressionnistes et éphémères du ciel et de la nature ou construisent des tableaux vivants inspirés par la peinture et le cinéma. Tous mettent en œuvre différents processus afin de restituer un réel, bien moins distinct en conditions nocturnes. Les vues qu'ils construisent alors, en argentique comme en numérique, témoignent d'une perception aussi subtile que déconcertante, atteignent parfois un sublime dont la grâce n'est pas nécessairement celle du beau, ou transfigurent l'environnement, par des teintes nocturnes éphémères, uniquement perçues par leurs appareils.

Judith Langendorff est docteure en études cinématographiques et audiovisuelles (Université Sorbonne Nouvelle-Paris III), également diplômée du second cycle de l'École du Louvre et de l'université Panthéon-Sorbonne Paris I. Elle est chargée de cours à l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Elle a également exercé le métier d'acheteuse d’art pour la photographie auprès de grands groupes privés.
Publications
Les couleurs du nocturne en photographie et cinéma contemporains, PU de Rennes, 2020 (à paraître).
Essai sur Gregory Crewdson pour la revue Écrans, Éditions Garnier, 2020 (à paraître).
En 2018 et 2019, elle a collaboré avec la revue internationale de théorie du cinéma La Furia Umana qui a mis en ligne : Visions Nocturnes de la ville et Stanley Kubrick, David Lynch : "noir" - coïncidences, différences, musicalités.

Audrey LEBLANC : Photojournalisme : la couleur des années 1960-70
Au milieu des années 1960, les quotidiens sont intégralement en noir et blanc et les hebdomadaires publient couramment leur couverture et environ 20% de leur iconographie en quadrichromie. La presse magazine d'actualité est alors dominée en France par L'Express, Le Nouvel Observateur et Paris Match. Chacun de ces magazines a ses propres habitudes éditoriales, y compris dans l'usage du noir et blanc ou de la couleur. Dans l'histoire du photojournalisme au XXe siècle, la valorisation du noir et blanc par la profession est une constante : il est associé au sujet noble, le news, au contraire de la couleur qui, dévalorisée, serait réservée aux sujets plus frivoles et plus mondains, que le photojournalisme peine à revendiquer pour sa propre histoire. Cette distinction dans la mémoire du métier est cependant démentie par les publications et les fonds photographiques, qui autorisent d'autres récits sur la couleur des années 1960-70.

Audrey Leblanc est docteure en histoire et civilisation de l'EHESS. Lauréate de la bourse annuelle Roederer pour la photographie, chercheuse associée à la BnF, elle a été commissaire de l'exposition issue de ses recherches de doctorat "Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire" ; dont elle a également dirigé le catalogue (BnF, 2018). Elle enseigne en histoire et culture visuelle à l'université de Lille et a animé à l'EHESS le séminaire "Photographie, édition, presse : histoire culturelle des producteurs d'images" (2018-2019). Lauréate d'une bourse de recherche annuelle de l'Institut Pour la Photographie des Hauts de France en 2019, elle mène actuellement un projet de recherche, en partenariat avec la Mission photographie des Archives nationales et l'INA, sur la place de la photographie dans les logiques documentaires de l'ORTF.
Carnet de recherche en ligne : clinoeil.hypotheses.org
Dernières publications
Audrey Leblanc, "La fabrique de l'image de Mai 68 : retour d'expérience", revue numérique d'histoire actuelle Entretemps, Patrick Boucheron, Adrien Genoudet (dir.), Collège de France, 2018.
Audrey Leblanc, Dominique Versavel (dir.), Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire, Paris, BnF éditions, 2018 (catalogue d'exposition).
Audrey Leblanc, "Le fonds Sygma exploité par Corbis, une autre histoire du photojournalisme", Études photographiques, n°35, printemps 2017, p. 88-111.

Nicolas LE GUERN : Le développement à long terme du Kodachrome : des premières recherches de Mannes et Godowsky aux améliorations apportées au procédé en couleur
Cette intervention considère la mise au point à long terme du Kodachrome trichrome, issue de la collaboration scientifique entre les chercheurs indépendants Léopold Mannes, Léopold Godowsky et Eastman Kodak, en la situant dans le cadre des technologies couleur de l'entre-deux-guerres, de l'incertitude de la recherche et des stratégies industrielles d'innovation. L'analyse inédite du fonds d'archives Kodak de la British Library de Londres permet de mieux appréhender les rapports entre les débuts de la photographie et du cinéma amateur en couleur à grande échelle et les stratégies d'investissement des grandes firmes photographiques au vingtième siècle. Des archives manuscrites de Mannes et Godowsky révèlent combien la recherche industrielle façonna une photographie en couleurs naturelles en devenir et, ce faisant, notre vaste culture visuelle du vingtième siècle. Le développement physicochimique du Kodachrome trichrome, lancé dans sa version cinématographique 16mm en 1935, n'était pas abouti et cette intervention traitera également des moyens mis en jeu par Kodak pour simplifier ce procédé dans les années qui suivirent.

Nicolas Le Guern est docteur en histoire de la photographie (PHRC DMU, Leicester), anciennement diplômé de l'EHESS et de l'ENSLL. Il est responsable technique dans l'industrie photographique et chargé de cours à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée. Sa thèse récente porte sur la recherche industrielle chez Kodak en Europe au vingtième siècle.
Publications
"La recherche à long terme du Kodachrome trichrome : la collaboration scientifique entre Mannes, Godowsky et Eastman Kodak", Support Tracé, n°18, à paraître.
"Des recherches de Rodolphe Berthon chez Pathé en 1913-1914 au procédé lenticulaire Kodacolor", dans Recherches et innovations dans l'industrie du cinéma. Les Cahiers des ingénieurs Pathé (1906-1927), Stéphanie Salmon et Jacques Malthête (dir.), Paris, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 2017, p. 225-241.

Colette MOREL : Balthus et la photographie : "L'emploi des couleurs m'avantage"
En 2013 paraît The Last Studies, un recueil de polaroids présentés comme les dernières études du peintre Balthus. Le recours à l'appareil est justifié par le grand âge ​:​ "Je vois encore assez bien pour peindre, moins bien pour dessiner. L'emploi des couleurs m'avantage" déclare-t-il. Les couleurs vives dont se parent ses dernières toiles sont indissociables de leurs modèles photographiques. Aux ​cartes postales, reproductions et photographies de préférence monochromes utilisées depuis les années 1930, se substitue la photographie couleur dans les années 1980. En revenant sur la continuité du recours à la photographie chez Balthus, cette intervention sera l'occasion de questionner ce que la couleur photographique peut faire à l'œuvre d'un peintre.

Colette Morel est doctorante à l'université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, où elle prépare une thèse sur la photographie dans l'œuvre du peintre Balthus. Assistante de collections à la Société Française de photographie, elle enseigne dans le département photographique de l'École de Condé.

Marion PERCEVAL : Jacques Henri Lartigue, pourquoi la couleur ?
Alors que John Szarkowski présente au Moma en 1963 les photographies de Jacques Henri Lartigue (1894-1986), il l'évoque comme la figure emblématique de la photographie instantanée en noir et blanc de la Belle Époque. Pourtant, Lartigue réalise près de 40000 phototypes couleurs entre 1912 et 1986. De l'autochrome aux diapositives sur support souple, l'introduction de la couleur va transformer son approche de la prise de vue, devenant plus réflexive. Son rapport à la couleur tient autant de son œuvre picturale que de sa recherche de captation du réel. Lartigue tentera d'imposer tout au long des années 70 et 80 une pratique qui, loin d'être anecdotique, était jugée à l'époque trop commerciale et décorative.

Marion Perceval est directrice de la Donation Jacques Henri Lartigue depuis septembre 2017. Elle s'emploie depuis sa nomination à montrer que l'œuvre du photographe, essentiellement connu pour ses photographies de la Belle Époque, est bien plus riche et complexe qu'il n'y paraît au premier regard.

Matthieu RIVALLIN : André Kertész : couleurs indignes ?
En 1994, la Mission du patrimoine photographique organise une rétrospective de l'œuvre d'André Kertész à Paris, composée de tirages modernes réalisés à partir des négatifs originaux conservés par l'Association française de diffusion du patrimoine photographique (AFDPP). L'exposition présente une vingtaine de tirages couleur de l'auteur. Ces tirages ont été réalisés d'après les diapositives originales conservées dans la donation qu'André Kertész a consentie à l'État français en 1984. Le fonds d'archives regroupe aujourd'hui plus de 20000 supports photographiques couleur. Ces tirages couleur vont alimenter une large polémique dans la presse. En détricotant cette histoire, il est possible de s'interroger sur le travail très méconnu d'un des photographes les plus importants du XXe siècle. Dés le début des années 1940, à la demande d'éditeurs américains comme Hyperion Press, André Kertész réalise des photographies en couleur. Il poursuit cette exploration lors des travaux commerciaux qui lui sont notamment commandés par le magazine House & Garden jusqu'en 1962. À ce travail commercial s'ajoute des prises de vues couleur, au format 24x36, reprenant les thèmes de la recherche de Kertész et ses points de vue sur la ville, à New York notamment. Ce sont plus de 15000 diapositives Kodachrome qui sont réalisées entre 1950 et 1980. Seules quelques unes de ces images sont publiées dans les années 1970, dans la revue Boy's Life. Ce n'est qu’à la fin de sa vie, avec la découverte du Polaroïd, qu'André Kertész accepte de montrer des images en couleur.

Édouard de SAINT-OURS : La quête d'un procédé direct pour la reproduction photographique des couleurs (1848-1908). Les promesses du sous-chlorure d'argent
En 1848, Edmond Becquerel invente un procédé photochimique permettant la reproduction directe des couleurs projetées sur une plaque d'argent. La découverte d'une substance douée de mimétisme chromatique est ardemment désirée par les cercles photographiques depuis 1839. Toutefois, le procédé est incomplet, requérant plusieurs heures d'exposition pour obtenir des couleurs approximatives et qui ne peuvent être fixées. Si Becquerel est vite découragé par ces limites, ses résultats orientent la recherche vers une solution directe et chimique. Ses travaux sont poursuivis dès 1850 par Abel Niépce de Saint-Victor puis par de nombreux émules qui tentent, en vain, de finaliser le procédé jusqu'à la fin du siècle. Le procédé interférentiel de Gabriel Lippmann, publié en 1891, demeure trop complexe pour concurrencer la trichromie, une méthode indirecte et optique rendue publique en 1869. La quête d'un procédé direct pour la reproduction photographique des couleurs a suscité de nombreux échanges des deux côtés de l'Atlantique, parfois collaboratifs, parfois conflictuels. Cette intervention mettra l'accent sur les réseaux qui ont favorisés la circulation des savoirs dans ce domaine tout en entretenant le mythe d'une substance "caméléon".

Édouard de Saint-Ours est doctorant contractuel aux universités de St Andrews (Écosse) et du Havre, où il prépare une thèse sur la place de la photographie au sein de l'entreprise coloniale française en Indochine au XIXe siècle. Il a pris part en 2015 au programme PHOTOCHROMA, au sein du Centre de recherche sur la conservation des collections, par des recherches sur la réception critique des procédés couleur d'Edmond Becquerel et Abel Niépce de Saint-Victor. Il a depuis communiqué deux fois sur ce sujet, au Muséum national d'histoire naturelle en décembre 2015 et à l'université de St Andrews en octobre 2019.

Kim TIMBY : La palette du papier salé, ou l'appropriation artistique de la couleur
La photographie des premières années était monochrome, mais loin d'être monotone. Une riche culture de la couleur s'est développée dans les années 1850 à travers l'usage du tirage sur papier salé, qui présentait des tonalités produites chimiquement mais malléables à l'intérieur d'une certaine gamme. La maîtrise chromatique est devenue une marque de talent chez le photographe et un argument en faveur du statut artistique de la photographie. Certaines tonalités, notamment celles associées au dessin, étaient dotées d'associations particulièrement heureuses. Ainsi, la couleur a été un outil important par lequel des individus se sont appropriés la photographie — un procédé de production d'images d'une mécanicité sans précédent — en tant que moyen de création.

Kim Timby est historienne de la photographie, enseigne à l'École du Louvre et travaille pour une collection privée de photographies du XIXe siècle. Ses recherches explorent l'histoire culturelle des technologies photographiques. Elle a publié de nombreux textes touchant à la couleur en photographie, analysant notamment l'association de la photographie en couleurs avec le "naturalisme perceptif", son utilisation dans la presse, et les tonalités de tirage.

Diane TOUBERT : La photographie éloquente : autochromes du jardin Albert-Kahn
À Boulogne, dans la propriété d'Albert Kahn devenue musée départemental, on trouve à côté du registre A répertoriant les autochromes des Archives de la Planète, un curieux registre B regroupant plus de 2443 photographies dont 1740 autochromes, prises entre 1910 et 1956 dans le jardin à scènes du banquier. La coexistence de deux régimes au sein de cet ensemble, l'un esthétique, l'autre épistémique, et la dimension spectaculaire des projections qui lui sont consacrées à Boulogne nous invitent à étudier la fonction rhétorique de la couleur en photographie. Caution scientifique et argument sensible, la couleur favorise l'adhésion du spectateur au projet documentaire d'Albert Kahn et révèle tout à la fois sa singularité et son appartenance à la modernité photographique.

Titulaire d'un master en histoire de la photographie (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne), Diane Toubert est chargée de recherche au MNAM/CCI - Centre Pompidou, Paris et travaille actuellement au sein du service Recherche et Mondialisation.

Marlène VAN DE CASTEELE : La couleur appliquée à la photographie de mode : le cas des couvertures et éditoriaux du Vogue Amérique (1932-1942)
À partir des années 1930, les procédés photographiques en couleurs sont tributaires non seulement de la demande cinématographique, de la demande publicitaire, mais aussi d'une presse féminine à caractère élitiste. En 1932, l'éditeur et magnat de presse Condé Nast met en place des méthodes de traitement de la photographie couleur, se confrontant aux difficultés de reproduction photomécanique des couleurs, formant des photographes à ces techniques, allouant un budget conséquent pour ces nouvelles formes d'expérimentation. Cette présentation se propose de s'appuyer sur les Condé Nast Papers(1), sources primaires inexplorées rassemblant, de 1932 à 1942, des documents de travail en circulation interne entre les différents collaborateurs de Vogue, afin de faire montre des différents usages de ces photographies et de témoigner de la relation intrinsèque entre photographie couleur et industrie de la mode.
(1) Les Condé Nast Papers, entreposés dans les archives du groupe Condé nast à New York, rassemblent principalement des mémos, télégrammes, lettres, enquêtes, contrats d'exclusivités, statistiques, listes comptables envoyés au directeur artistique Mehemed Fehmy Agha, à la rédactrice-en-chef Edna Woolman Chase, aux rédactrices de mode Jessica Daves ou Babs Simpson, aux photographes Hoyningen-Huene, Horst P. Horst, Cecil Beaton, Toni Frissel, André Durst, Mclaughlin, Rawlings etc. et aux différents collaborateurs à New York, en France ou en Angleterre (Lucien Vogel, Michel de Brunhoff, Harry Yoxall, Alexander Liberman, etc.).

Docteure en histoire de l'art contemporain et enseignante en histoire de la mode et des médias à l'ENSAD, Marlène Van de Casteele est actuellement conseillère scientifique au Palais Galliera, Musée de la Mode de la Ville de Paris, pour l'exposition célébrant le centenaire du Vogue Paris (novembre 2020-mars 2021).
Publication
"La photographie de mode aux XXe et XXIe siècles", in Sénéchal P. et Delille D. (dir.), Mode et vêtement. Études visuelles et culture matérielle, Paris, Éditions Les Arts Décoratifs, à paraître en avril 2020.

Cynthia A. YOUNG : Robert Capa, Photojournalism and Early Color Film
Robert Capa is known as a pioneering photojournalist of the 20th Century, but never as a photographer who worked or experimented with color film. His work in color was virtually unknown until an exhibition in 2014 dedicated to his color photographs made it known that Capa regularly used color film from the 1941 until his death in 1954. Some of these photographs were published in magazines of the day, but the majority were never printed, seen, or even studied. This talk will present some of his color work and discuss the challenges of the medium and in getting the work published in the magazines, as well as why his color work was not part of posthumous exhibitions and publications.

Cynthia A. Young is the Curator of the Robert Capa Archive at the International Center of Photography, where she has worked since 2000. She curated numerous exhibits for ICP, including Capa in Color, We Went Back : Photographs from Europe 1933-1956 by Chim and The Mexican Suitcase : The Rediscovered Negatives of the Spanish Civil War by Capa, Chim and Taro. All have been shown in widely across Europe and South America and had related publications.


SOUTIENS :

• Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (MAP)
• Université Rennes 2

Programme 2020 : un des colloques

— Programme complet —


LES MORALES DE DIDEROT


DU LUNDI 10 AOÛT (19 H) AU LUNDI 17 AOÛT (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]



PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Odile RICHARD-PAUCHET, Gerhardt STENGER


COMITÉ SCIENTIFIQUE :

Sylviane ALBERTAN-COPPOLA, Sophie AUDIDIÈRE, Vincent BARRAS, Colas DUFLO, Marie LECA-TSIOMIS, Stéphane LOJKINE, Véronique LE RU, François PÉPIN, Stéphane PUJOL, Franck SALAÜN


ARGUMENT :

L'athéisme est-il compatible avec la morale ? Cette question, Diderot se l'est posée tout au long de sa vie dans ses œuvres philosophiques, théâtrales et romanesques, ainsi que dans sa correspondance avec Sophie Volland. Pendant longtemps, il a cru pouvoir fonder une morale universelle sur des principes autres que religieux, mais il n'a jamais pu refouler la tentation du relativisme moral, la revendication de morales particulières, sinon l'absence de toute morale.

Parangon de vertu dans ses pièces de théâtre, ses Salons et face à ses amis et sa famille, il a pourtant gagné une réputation sulfureuse pour avoir, dans ses romans et ses contes, prôné la désobéissance civile et rompu une lance en faveur d'une sexualité presque sans limites.

Après un état des lieux de la "morale en action" chère à l'écrivain et au philosophe, puis une mise en perspective de ses positions réformatrices, révolutionnaires ou sceptiques, il s’agira de confronter ces positions aux problématiques de l’éthique contemporaine engendrées par les nouveaux défis sociaux, juridiques, médicaux, politiques et esthétiques.

Des philosophes, des universitaires, des gens de théâtre et des scientifiques tenteront de répondre à cette double question : Quelle morale Diderot aurait-il proposé pour le XXIe siècle ? Qu'est-ce que les Lumières ont encore à nous apprendre en matière de morale ?


MOTS-CLÉS :

Esthétique, Éthique, Diderot, Littérature, Morale, Philosophie, Politique, Religion


CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 10 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 11 août
Matin
Gerhardt STENGER : Introduction
Marc BUFFAT : Sur les lettres de Diderot à son frère : tolérance religieuse et morale [conférence]
Anouchka VASAK : La morale de la Lampedouse [communication]

Après-midi
Sophia FELOPOULOU : Les morales de Diderot, dramaturge et théoricien [communication] — [VIDÉO + VISIO]
Caroline JACOT GRAPA : Air, nuages, tempêtes : éthique et esthétique [communication]


Mercredi 12 août
Matin
Young-Mock LEE : Diderot casuiste : une lecture de l'Entretien d'un père avec ses enfants [conférence] — [VIDÉO + VISIO]
Michel HENRY : Hasard, probabilité et morale : Diderot, d'Alembert et le problème de la vaccination [conférence]

Après-midi
Geneviève DI ROSA : Blasphémer / calomnier ; de la laïcisation de la morale de Diderot à sa féminisation ? [communication]
Clara de COURSON : Stylistique de la maxime chez Diderot : une forme "enquestante et non resolutive" ? [communication]

Soirée
Les Deux Amis de Bourbonne, conte musical à deux voix par Bertrand CHAUVET & Anouchka VASAK, avec Léopoldine HUMMEL (accompagnement musical)


Jeudi 13 août
Journée de détente
Rallye de Diderot
Ce rallye consistera en une visite de quelques sites patrimoniaux sélectionnés dans la région proche (églises, châteaux, musées…) d'où les visiteurs, groupés en équipes et motorisés, rapporteront des indices permettant de renseigner un "tableau encyclopédique" placé à Cerisy, qui regroupera un état du savoir à un moment donné, à la façon de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert. L'équipe gagnante sera tirée au sort !
Sites proposés à la visite :
- Musée Tancrède (Hauteville-le-Guichard), Cathédrale de Coutances, Musée de Coutances
- Fonderie de Cloches de Villedieu-les-Poëles, Abbaye de Hambye
- Musée Barbey d'Aurevilly et Abbaye de Saint-Sauveur
- Four à chaux et Pêcheries (Hauteville sur Mer et Regnéville), baignade
- Vains, Éco-Musée de la Baie du Mont-Saint-Michel : récolte du sel, pêche à pied

Fin d'après-midi
Diderot en prison, spectacle présenté par la Compagnie Théâtre de l'Entr'acte (texte de Gerhardt Stenger & Henri Mariel) [présentation]

Soirée
Remise du prix du Rallye de Diderot


Vendredi 14 août
Matin
Franck SALAÜN : L'éthique de l'homme de lettres selon Diderot [conférence] [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]
Linda GIL : Le portrait des gens de bien dans la correspondance de Diderot avec Voltaire [conférence]

Après-midi
Adrien PASCHOUD : Diderot et la morale : enquête dans les articles en histoire de la philosophie dans l'Encyclopédie [communication] — [VIDÉO + VISIO]
Gilles GOURBIN : L'abrutissement ou le degré zéro de la liberté [conférence]

Soirée
Représentation de l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, par Françoise THYRION & Michel VALMER [présentation], avec Léopoldine HUMMEL (accompagnement musical)


Samedi 15 août
Matin
Asma GUEZMIR : La morale de Diderot dans les Vues législatives sur les femmes de Mlle Jodin [conférence]
Odile RICHARD-PAUCHET : Diderot et la question féminine, regard par anticipation sur la PMA et #MeToo [conférence]

Après-midi
Geneviève CAMMAGRE : La morale des comédiennes : le cas Jodin [communication]

La morale des comédiens, table ronde avec Geneviève CAMMAGRE et Françoise THYRION & Michel VALMER (Diderot et la morale du comédien)

Soirée
Lectures de Lettres à Sophie Volland, par Françoise THYRION & Michel VALMER [présentation]


Dimanche 16 août
Matin
Laurent DÉCHERY : Comment déterminer la morale dans les contes de Diderot ? [conférence] — [VIDÉO]
Charles VINCENT : La "maison flottante" de Bougainville et le dialogue des cultures [conférence]
Anne Elisabeth SEJTEN : Les morales de Diderot, critique d'art [communication] — [VIDÉO]

Après-midi
Pierre LÉGER : De la théorie de la "perception des rapports" au "théâtre de la relation", esthétique et éthique chez le Diderot des années 1750 [communication]
Carole TALON-HUGON : Le bien, le beau, l'art [communication] [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site Radio France, rubrique France Culture]

Soirée
Projection lecture théâtrale : Le Neveu de Rameau, par Damien Houssier et Maxime Kerzanet


Lundi 17 août
Matin
Kyosuke TAHARA : Diderot entre la morale universelle et la souveraineté nationale [communication]
Luís Manuel A. V. BERNARDO : "Je trouve en moi une égale répugnance à mal raisonner et à mal faire" : la "Lettre à Landois", un texte à trous [communication] — [VIDÉO + VISIO]
Odile RICHARD-PAUCHET : Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Luís Manuel A. V. BERNARDO : "Je trouve en moi une égale répugnance à mal raisonner et à mal faire" : la "Lettre à Paul Landois", un texte à trous
À l'encontre de l'idée que la "Lettre à Paul Landois" est un écrit de circonstance, fermé et assertorique, nous l'interprétons comme un texte à trous, ouvert et problématisant, se présentant comme une espèce de plaque tournante de la pensée de l'auteur en matière de morale. Il s'agit d'un vrai précis, où se croisent des développements précédents et postérieurs, dont le caractère schématique nous laisse la tâche de reconstituer les arguments et d’établir les rapports intertextuels. De même, l'aspect lacunaire nous convie à participer au mouvement d'une réflexion en acte et à contribuer à la discussion d'une cohérence visée entre théorie et pratique au sein d'une conception matérialiste. Nous nous proposons donc de l'interroger à partir d'un horizon assez large où s'entremêlent les questions de son temps avec celles du nôtre et se dévoile une systématicité sans système.

Luís Manuel A. V. Bernardo est professeur du département de philosophie et chercheur du CHAM - Center for the Humanities de la NOVA FCSH. Il a préfacé, traduit et annoté en portugais la Lettre sur les aveugles, les Pensées sur l'interprétation de la nature et la Lettre à Paul Landois, co-édité avec Colas Duflo le volume de Cultura sur "Diderot et la morale" et publié plusieurs articles sur sa philosophie.

Marc BUFFAT : Sur les lettres de Diderot à son frère : tolérance religieuse et morale
"Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu que l'on me laisse penser à la mienne." (Entretien d'un philosophe avec la Maréchale)
Bien qu'il approuve certains aspects de la morale évangélique, Diderot, dans ses propos les plus radicaux, considère qu'il y a une immoralité d'essence de la religion : elle est par nature intolérante, c'est à dire source de guerre et de violence. Face à ceux qui estiment qu'il ne peut y avoir de morale sans religion, il propose une morale "laïque" et de remédier aux méfaits de la religion par la tolérance. C'est cette question de la tolérance que cette intervention examinera chez Diderot à travers l'étude d'un exemple concret : ses lettres à son frère, l'abbé intolérant. Au-delà de la religion, la tolérance est indispensable à la moralité, dans la mesure où, acceptation de l'altérité, elle permet seule d'échapper à la barbarie. Il s'agit de prendre en compte le point de vue de l'autre et ce qui, sur le plan religieux et moral, s'appelle tolérance, s'appelle dialogisme sur le plan littéraire.

Marc Buffat est maître de conférences à l'université Paris-Diderot. Directeur de la collection de la Société Diderot "L'Atelier, autour de Diderot et de l'Encyclopédie".
Dernières publications sur Diderot
"Tancrède au jugement de Diderot", dans Les Neveux de Voltaire, à André Magnan, Centre international d'étude du XVIIIe siècle, Ferney-Voltaire, 2017.
"Diderot/Rousseau : vertu ou vice du théâtre", dans Diderot et Rousseau. Littérature, science et philosophie, Opéra Éditions, Nantes, Haute-Goulaine, 2014.
"Diderot devant le théâtre de Voltaire : pour un inventaire", Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, n°47, 2012.
Édition (avec Odile Pauchet) des Lettres à Sophie Volland, Paris, Non Lieu, 2010.
"Diderot, Falconet et l'amour de la postérité", Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, n°43, 2008.

Geneviève CAMMAGRE : La morale des comédiennes : le cas Jodin
Dans les Entretiens sur le Fils naturel, Diderot propose un théâtre qui enseigne la vertu et rêve de faire des comédiens les prédicateurs des temps nouveaux. Leur condition infâmante ne les prédispose pourtant pas à être des modèles en matière de mœurs ; le Paradoxe sur le comédien souligne que la plupart embrassent leur profession faute de mieux. Les actrices, généralement des femmes entretenues, ne suscitent guère le respect. Pourvue d'un lourd passé, la jeune Marie-Madeleine Jodin, violente et scandaleuse, a constitué, pour Diderot, un cas expérimental privilégié. Dans les vingt lettres qui restent de sa correspondance avec la comédienne, il lui administre inlassablement conseils de jeu et de comportement. Il cherche à définir une morale praticable au service de l'art jusqu'au moment où, conscient de la médiocrité du talent de sa pupille, l'épistolier se contente d'esquisser pour elle un programme de vie sage et heureuse.

Geneviève Cammagre a été maître de conférences à l'université de Toulouse II où elle est toujours rattachée au laboratoire ELH-PLH. Elle fait partie de l'équipe chargée de la publication de la Correspondance de Diderot dans l'édition DPV (Hermann).
Publications
Roman et histoire de soi, la notion de sujet dans la correspondance de Diderot, Champion, 2000.
"Diderot, correspondance et morale", RDE 20, 1996.
"Diderot et l'argent d'après sa correspondance des années 1767 à 1769", RDE 54, 2019.

Clara de COURSON : Stylistique de la maxime chez Diderot : une forme "enquestante et non résolutive" ?
"Une maxime est une règle abstraite et générale de conduite dont on nous laisse l'application à faire" (Éloge de Richardson) : la maxime apparaît chez Diderot comme la pierre d'achoppement d'une écriture moraliste mal comprise, opposée aux ressources morales de la narration. On considérera la tension existant entre la mobilisation réflexive du genre de la maxime, constamment figuré en envers de l’écriture diderotienne, et sa pratique buissonnière par l'écrivain, généreux pourvoyeur de maximes presque invisibles à l'œil nu du fait de leur insertion dans des dispositifs exogènes. À partir d'une approche stylistique, on cherchera à isoler les traits formels caractéristiques de la maxime, et leurs contextes d'apparition privilégiés chez Diderot : la maxime n'apparaît plus, dès lors, comme le socle d'une pensée morale affermie, le lieu où se formule une évidence morale, mais comme le pivot d'une écriture moraliste "enquêtante" (Montaigne), affrontée à des dispositifs narratifs et argumentatifs qui la mettent en perspective et en débat.

Clara de Courson est allocataire-monitrice à Sorbonne-Université, où elle prépare une thèse de doctorat consacrée à Diderot sous la direction de Delphine Denis.
Publications
Montesquieu, Essai sur le goût de Montesquieu, Éditions Manucius, 2019 (préface, établissement du texte et annotation).
"Acoustique du paysage chez Diderot", Nature et paysage chez Diderot, Diderot Studies, vol. 40, à paraître en 2020.

Laurent DÉCHERY : Comment déterminer la morale dans les contes de Diderot ?
À travers quelques contes, Ceci n'est pas un conte, l'Entretien avec Mme la Maréchale de ...* et Les deux amis de Bourbonne, je veux penser en même temps la structure narrative du conte, les positions morales de ses personnages et la réaction des lecteurs. Il faudra répondre aux deux questions suivantes : qu'est-ce que la structure narrative des contes apporte aux questions morales qu'elle met en scène ? Est-ce une coïncidence si Diderot questionne le genre du conte au moment même où il traite de questions morales ? Il est très difficile d'ignorer l'auteur et les lecteurs quand nous lisons Diderot puisqu'ils sont tous inscrits dans le texte lui-même. Finalement, puisque Diderot n'a jamais écrit de traité de morale, il nous faudra montrer qu'une histoire (conte ou roman) est le meilleur moyen d'exprimer les questions morales. Un parallèle avec Jean-Paul Sartre pourra nous aider dans cette entreprise.

Laurent Déchery est Docteur es Lettres en philosophie et a soutenu une thèse sur la théorie de la vision chez George Berkeley. Il est professeur de français et de philosophie à Gustavus Adolphus College (Minnesota) depuis 1988.
Publications
Le premier regard. Études d'anatomie métaphysique, Paris, L'Harmattan, 2007.
Lire est un roman, Paris, L'Harmattan, 2019.

Geneviève DI ROSA : Blasphémer / calomnier ; de la laïcisation de la morale de Diderot à sa féminisation ?
Nous proposons, à partir, d'abord, de l'Entretien du Philosophe avec la Maréchale de ***, d'étudier comment l'écriture de Diderot participe d'une réflexion éthique sur deux actes de langage, blasphémer et calomnier, en suggérant la perversion d'un système juridique où la protection de biens sacrés prévaut sur celle des personnes. La question de la réputation, de son éventuelle législation, renvoie alors à un débat prégnant sur la scène publique. Également, nous mettrons au jour comment l'œuvre de Diderot peut féconder une actualisation des réflexions, relative à l'inversion de la judiciarisation du blasphème (il n'est plus un délit) et de la diffamation (pénalisation fortement développée) ainsi qu'au paradoxe actuel d'un ressenti du blasphème comme atteinte à son identité personnelle, blessure de sa sensibilité religieuse. Ainsi appréhenderons-nous comment Diderot favorise un questionnement des finalités morales et religieuses du langage.

Geneviève Di Rosa, enseignante à l'Inspe-Sorbonne de Paris, a soutenu une thèse de doctorat en 2012 sous la direction de Georges Molinié, intitulée "Pensée du religieux au siècle des Lumières : études sémiostylistiques d'œuvres littéraires et picturales". Son approche synthétique lui permet d'aborder des corpus très variés tout en se fondant sur une analyse stylistique des textes afin de réfléchir aux diverses philosophies du langage qui peuvent être à l'œuvre, notamment dans leur dimension éthique ou religieuse.
Publications
"La croyance dans les contes de Voltaire", Revue Fééries, Conte et croyance, n°10, juillet 2013, Unité mixte de recherche LIRE (Littérature, idéologie, représentations), 2013.
Rousseau et la Bible, Pensée du religieux d'un Philosophe des Lumières, Éditions Brill/Rodopi, Collection "Faux-titre", Leyde, 2016.
"Diderot/Rousseau : Postérité et invention d'une philosophie du langage dans le creuset de la pensée chrétienne du témoignage", Actes du Colloque international à l'université de Varsovie, Institut d'Études Romanes, Rousseau et Diderot : traduire, interpréter, connaître, Varsovie (2-4 décembre 2013), 2016.
"La Question de l'origine au féminin dans l'œuvre de Rétif", Études rétiviennes, n°49 (décembre 2017), 2017.

Sophia FELOPOULOU : Les morales de Diderot, dramaturge et théoricien
Diderot, moraliste, moralisant et moralisateur, se sert du drame sérieux, qu'il a engendré, pour formuler ses idées sur la morale. L'action dramatique constitue en elle-même un objet moral, le nouveau genre étant propice à une morale générale et forte. Le conflit intérieur, l'éducation des enfants, l'amitié, les vertus nécessaires que l'homme de bien doit posséder, ainsi que ses réflexions sur la religion et la politique deviennent le sujet de son œuvre dramatique et théorique, par le biais de la conversation et de l'échange des idées entre auteur, héros et héroïnes. L'écriture diderotienne qui accorde une grande importance à la mise en scène, insérée dans le texte, avec ses pauses, ses silences, sa pantomime, ses gestes, éclaire l'aspect moral. La morale se trouve aussi bien dans le texte écrit et prononcé que dans le texte joué, concernant la forme et le contenu à la fois, elle est orale et visuelle, scénique et textuelle.

Sophia Felopoulou est professeur associée au département d'études théâtrales de l'université nationale et capodistrienne d'Athènes. Son champ de recherche porte sur la dramaturgie européenne moderne et contemporaine, l'esthétique théâtrale, les rapports entre le texte et la scène, ainsi que sur les relations du théâtre néo-grec de l'après-guerre avec le théâtre européen.
Publications
Métamorphoses et innovations de la dramaturgie européenne. Du XVIIIe au XXIe siècle (en grec), Papazissis, Athènes 2019.
"Le dialogue diderotien avec Aristote et Platon", dans Aude Lehmann (dir.), Diderot et l'Antiquité classique, Classiques Garnier, Paris 2018, p. 163-175.
"De Diderot à Kundera", dans A. Sivetidou, M. Litsardaki (dir.), Roman et théâtre. Une rencontre intergénérique dans la littérature française, Classiques Garnier, Paris 2010, p. 447-457.

Linda GIL : Le portrait des gens de bien dans la correspondance de Diderot avec Voltaire
Faisant l'éloge de la philosophie, au moment où les encyclopédistes sont attaqués, Diderot dresse dans ses lettres à Voltaire le portrait des "gens de bien et des hommes éclairés". Qu'est-ce qu'un philosophe ? se demande-t-il à l'heure où la poursuite du projet encyclopédique semble compromise. Comment associer courage et vérité ? Son credo philosophique repose sur une "trinité" qu'il définit comme l'association de "l'amour de la vérité, [du] sentiment de la bienfaisance, et [du] goût du vrai, du bon et du beau" et qu'il oppose à l'autre. Dans cette réflexion, le combat intellectuel pour la diffusion du savoir se double d'un combat moral, qui vise à prouver "que la philosophie fait plus de gens de bien que la grâce suffisante ou efficace". Dans ce dialogue épistolaire, Voltaire, "illustre et tendre ami de l'humanité", "l'ami des hommes, le père des orphelins, et le défenseur des opprimés", constitue à la fois un modèle et un repoussoir. Il permet à Diderot de réfléchir à une morale qui associe action et réflexion et, plus largement à l'image du philosophe dans une société en voie de laïcisation, où les valeurs de bienfaisance remplacent progressivement celles de charité.

Linda Gil est agrégée de Lettres modernes et maître de conférences en Littérature française à l'université Paul-Valéry de Montpellier 3. Spécialiste de l'histoire du livre au XVIIIe siècle, elle a consacré sa thèse à l'étude de la première édition posthume des œuvres complètes de Voltaire. Elle travaille actuellement sur la construction du mythe de Voltaire pendant la Révolution française, sur la correspondance de Voltaire et sur celle de Beaumarchais. Membre de la Société Voltaire et de la Société d'Études Voltairiennes, elle est co-directrice de la Revue Voltaire, et co-dirige un dossier d'enquête dans les Cahiers Voltaire consacré à la présence de Voltaire au Panthéon. En 2018, elle a publié L'édition Kehl de Voltaire, une aventure éditoriale et littéraire, aux éditions Honoré Champion.

Gilles GOURBIN : L'abrutissement ou le degré zéro de la liberté
On rencontre la notion d'"abrutissement" tout au long de l'œuvre de Diderot, depuis le Salon de 1767 jusqu'à l'Essai sur Claude, en passant par Les Éleuthéromanes, les Mélanges philosophiques, et l'Histoire des deux Indes. Dans l'état d'abrutissement où "la nation n'est plus qu'un amas d'âmes dégradées", écrit le philosophe, l'homme atteint un degré d'avilissement et de servitude sans recours car il est alors privé de l'ultime ressort qui aurait permis un sursaut en faveur d'une dignité recouvrée : le sentiment de liberté. On comprend ainsi que, loin d'être une vague qualification péjorative par laquelle il est aisé de dénigrer un individu, l'"abruti", chez Diderot, est une véritable catégorie morale. Au croisement de l'éthique, de la psychologie sociale et de la philosophie politique, l'abrutissement éclaire, par bien des aspects, la conception diderotienne de la liberté.

Gilles Gourbin est maître de conférences en philosophie à l'université de Lorraine (site de Metz) où il est responsable de la licence en Humanités depuis sa création en 2013. Il est également co-directeur de la revue de philosophie et de sciences humaines Le Portique. Membre de la Société Diderot, il a récemment publié, aux Éditions Classiques Garnier, La politique expérimentale de Diderot.

Asma GUEZMIR : La morale de Diderot dans les Vues législatives sur les femmes de Mlle Jodin
Les lettres envoyée par Diderot à Mlle Jodin, sa pupille, entre les années 1765 et 1769 semblent développer en filigrane une sorte de morale "casuistique" qui fonctionne par associations. Le philosophe expose en effet l'idée d'une morale propre à un sexe (le sexe féminin en l'occurrence), à une profession ou "un état" (le métier d'actrice), à un art (le théâtre), à une classe sociale (les honnêtes gens), à un caractère (Marie-Madeleine Jodin est selon lui "talentueuse", "violente", "dépensière"…). Dans les Vues législatives pour les femmes (1790), Mlle Jodin prend position contre les directives morales genrées de son tuteur. Entre réfutation et ajustement, devenue femme mure, elle déclare que "l'esprit n'a point de sexe, non plus que les vertus". Elle en vient même à un idéal non genré qui a animé quelques unes de ses concitoyennes aspirant à une nouvelle République : "les vertus civiles".

Asma Guezmir est enseignante-chercheure à l'université de Tunis. Elle a soutenu une thèse de doctorat sur "La Question du lecteur dans Le Paysan perverti, Le Ménage parisien et Le Pornographe" de Rétif de la Bretonne. Elle mène ses recherches post-doctorales sur des textes d'auteur-e-s du XVIIIe siècle au prisme de l'approche genre. Elle est l'auteure de plusieurs articles et communications qui s'articulent autour du même axe.

Michel HENRY : Hasard, probabilité et morale : Diderot, d'Alembert et le problème de la vaccination
Dans cette communication, je me propose de retracer brièvement les grandes étapes de la compréhension de la notion de probabilité en France au XVIIIe siècle. De la première intuition de Pascal et Fermat, libres de spéculer sur le hasard, au fatalisme de Jacques Bernoulli découvrant l'approche fréquentante de la notion de probalité par la loi des grands nombres, les conceptions du hasard et de ses mesures ont parcouru le siècle des Lumières avec de Moivre, Buffon, et, surtout, d'Alembert et Diderot dont j'évoquerai l'implication dans la controverse avec Daniel Bernoulli sur l'inoculation de la petite vérole. Entre fatalisme et déterminisme, l'apport de Diderot, notamment dans Jacques le Fataliste, a été l'objet de nombreux travaux. Contrairement à d'Alembert, Diderot et Condorcet ont parfaitement maîtrisé la définition et les calculs de probabilités, préparant le terrain de la magistrale Théorie analytique de Pierre-Simon Laplace.

Michel Henry est Professeur agrégé honoraire, docteur en mathématiques de l'université de Franche-Comté, enseignant chercheur en didactique des mathématiques, ancien président du comité scientifique des Instituts de Recherches sur l'Enseignement des Mathématiques.
Principales publications
Enseigner la statistique au Lycée, Éditions APMEP (2 vol.).
Autour de la modélisation en probabilités, (coord.), PUFC.
Rationalité en philosophie des sciences, une démarche zététique en épistémologie, logique et mathématiques, co-auteur : Élie Volf, L'Harmattan, 2018.

Caroline JACOT GRAPA : Air, nuages, tempêtes : éthique et esthétique
De Madame de La Carlière au Supplément au Voyage de Bougainville, Diderot développe une métaphore météorologique qui relie la physique et la morale. Il instaure la fiction comme laboratoire de pensée, comme "expérience de pensée" selon une perspective bien différente sans doute de celle des "baromètres de l'âme" conçue par Rousseau. S'agit-il d'une mise en scène de la spéculation morale, de la réflexion sur la prévisibilité (les règles, les préjugés, la rationalité) sinon des comportements du moins peut-être du jugement moral ou de la prise de décision ? Les thèmes météorologiques sont d'ailleurs très présents dans les textes de Diderot sur la peinture, et nous nous proposons d'explorer la qualité de cet air qui circule jusque dans "l'espace des peintres", figure non pas d'une intempérance, mais peut-être d'une dissipation éthique de la pensée.

Young-Mock LEE : Diderot casuiste : une lecture de l'Entretien d'un père avec ses enfants
Diderot casuiste. Le titre paraîtra, à bien des égards, paradoxal pour désigner ce philosophe athée qui prône une morale universelle fondée sur le matérialisme. Mais on n'oubliera pas qu'il fut l'auteur des articles tels que *CAS DE CONSCIENCE et *CASUISTE dans l'Encyclopédie avant d'attaquer le problème dans l'Entretien d'un père avec ses enfants. L'analyse de ce petit texte nous fera saisir d'abord une pratique d'écriture propre à Diderot, basée sur un principe de dualité. Et la lecture "entre les lignes" nous montrera qu'il procède, par une mise en scène d'une série de pratiques casuistiques, à des questionnements sur le principe et la validité d'une casuistique laïque.

Young-Mock Lee est professeur à l'université nationale de Séoul et président de la Société coréenne d'études du dix-huitième siècle. Ses intérêts principaux portent sur le rapport entre l'écriture de Diderot et sa pensée politique. Il a publié des articles sur des écrivains des Lumières dans des revues coréennes et françaises dont "Diderot et la lutte parlementaire au temps de l'Encyclopédie" (RDE, n°29 et n°30).

Pierre LÉGER : De la théorie de la "perception des rapports" au "théâtre de la relation", esthétique et éthique chez le Diderot des années 1750
Prenant le contrepied de la conception classique selon laquelle la première période de l'esthétique diderotienne, construite autour de sa célèbre théorie de la "perception des rapports", serait la tentative — trop rationaliste, dogmatique et rigide — heureusement vite abandonnée d'un Diderot encore néophyte dans ses relations à l'art, nous tenterons de montrer la continuité entre un premier moment de conceptualisation abstraite de l'expérience esthétique et les réflexions artistiques plus tardives du philosophe. Cette cohérence sera rendue particulièrement explicite par une analyse comparée de l'article BEAU de l'Encyclopédie et des textes de poétique théâtrale de la fin des années 1750 que sont les Entretiens sur le fils naturel et le Discours sur la poésie dramatique où nous verrons s'enchevêtrer un ensemble d'enjeux esthétiques et éthiques parfois difficilement discernables.

Pierre Léger est doctorant au Centre Gilles Gaston Granger, CNRS, et enseigne la philosophie à Aix-Marseille Université ainsi qu'à l'École supérieure de design et d'architecture contemporaine de Marseille. Sa thèse, dirigée par Pascal Taranto et Giuseppe Di Liberti, porte sur l'esthétique de la relation de Diderot. Il est également éditeur-annotateur pour l'ENCCRE et membre du comité de rédaction de la revue Proteus.

Adrien PASCHOUD : Diderot et la morale : enquête dans les articles en histoire de la philosophie dans l'Encyclopédie
Diderot est l'auteur de la quasi totalité des articles en histoire de la philosophie parus dans l'Encyclopédie (1751-1765). En tant que branche de la philosophie, la morale y occupe une place de choix, ainsi que les catégories qui lui sont affiliées (mœurs, caractères, esprit des nations). Pourtant, Diderot se refuse à inscrire le champ de la morale dans une généalogie, déjouant ainsi l'exercice même de l'exposé des doctrines. En effet, et à l'inverse du théologien protestant Brucker à qui il emprunte l'essentiel de sa documentation, Diderot procède par démembrements, greffes et réappropriations. Il infiltre des contenus de pensée pour leur donner une orientation historiquement étrangère ; il mêle les lieux et les temporalités, ouvrant à une interprétation sans cesse renouvelée. Cette démarche, fondée sur un éclectisme de méthode, permet d'explorer à nouveaux frais un faisceau de questionnements moraux remarquablement large : l'interprétation matérialiste des passions, la constitution d'une anthropologie du sujet, les rapports entre belle page et belle action, l'exercice du jugement, le scepticisme…

Adrien Paschoud est actuellement professeur boursier du Fonds national Suisse de la recherche scientifique (FNS) à l'université de Bâle où il enseigne la littérature du XVIIIe siècle. Ses travaux actuels abordent la question du temps dans l'œuvre fictionnelle et philosophique de Diderot. Ses domaines d'intérêt portent également sur le lien entre religion et littérature à l'âge classique ; il s'intéresse par ailleurs aux rhétoriques scientifiques dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Odile RICHARD-PAUCHET : Diderot et la question féminine : un regard par anticipation sur la PMA et #MeToo
Denis Diderot, par goût et sensibilité, s'est toujours senti proche des femmes. Son empathie pour des sujets qui les touchent de près (amour maternel, plaisir féminin) se ressent fortement dans sa correspondance et quelques autres textes. De façon empirique, il a réfléchi à des cas sur lesquels notre morale achoppe encore aujourd'hui : la femme peut-elle concevoir et élever seule un enfant ? Pour aider son conjoint, sa famille et elle-même, peut-elle "monnayer ses charmes" ? En termes plus contemporains, qu'en est-il de son intime consentement ? Dans certains de ces cas de conscience, le philosophe se révèle d'une ouverture d'esprit presque insoutenable.

Odile Richard-Pauchet est maître de conférences HDR en littérature du XVIIIe siècle à l'université de Limoges. Elle se consacre aux "écritures sensibles" du milieu de ce siècle. Spécialiste de correspondances amoureuses (de Diderot, de Rousseau et d'autres épistoliers), d'écriture de soi et de roman épistolaire, vice-présidente de la Société Diderot, elle a étudié dans sa thèse puis co-édité les Lettres à Sophie Volland de Diderot selon des critères qui font de cet ensemble une œuvre à part entière (2000, 2010). Elle collabore activement aux Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, ainsi qu'à la revue Épistolaire.
Publications récentes
Entrées "Lettres à Sophie Volland" et "Diderot", dans Françoise Simonet-Tenant (dir.), Dictionnaire de l'autobiographie française, Paris, Champion, 2017.
"Diderot et les jeunes musiciens : un chroniqueur et un mentor", dans M. Forycki, A. Jakuboszczak, T. Malinowska (dir.), Les dynamiques de changements dans l'Europe des Lumières, Poznan-Paris, 2018.
"Diderot et la promenade philosophique : Paris, Langres, Bourbonne, La Haye", dans Sophie Lefay (dir.), Se promener au XVIIIe siècle, Rituels et sociabilités, Paris, Classiques Garnier, 2019, p. 237-248.
Les Écrits indiscrets. Autoreprésentation et formes de l'écriture de soi dans l'œuvre de Diderot, Essai (à paraître).

Franck SALAÜN : L'éthique de l'homme de lettres selon Diderot
Diderot avait une très haute idée de l'état d'homme de lettres. Conscient du moment historique auquel il appartenait, fidèle aux idéaux de la République des Lettres, et soucieux de donner le bon exemple à la tête de l'Encyclopédie, il a, au fils du temps, dans ses prises de position comme dans ses relations avec les éditeurs, les journalistes, notamment le directeur de L'Année littéraire (Élie Fréron), les autres hommes de lettres, les censeurs et le directeur de la librairie (Malesherbes), précisé ses principes. Le Neveu de Rameau est sous-tendu par ces préoccupations, en particulier le souci de ne pas fragiliser le combat collectif pour la liberté d’expression. Ce faisant, Diderot a affirmé une véritable éthique de l'homme de lettres.

Franck Salaün est professeur de littérature française à l'université Paul-Valéry Montpellier-3. Directeur de la revue Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, et membre du Comité de publication des Œuvres complètes de Diderot (Paris, Hermann), il a publié plusieurs études sur les Lumières.
Dernier ouvrage paru
Le Genou de Jacques. Singularités et théorie du moi dans l'œuvre de Diderot, édition revue et augmentée, Paris, Hermann, 2020.

Anne Elisabeth SEJTEN : Les morales de Diderot, critique d'art
La vaste expérience de critique d'art que Diderot entreprend dans les Salons (1759-1781) s'appuie sur le critère de la vérité, du dire vrai en peinture. Or, mettre l'art au service de la "vérité", du "vrai goût" ou encore des "idées justes" — appréciations qui relèvent du "grand art" prôné par l'Académie — tout cela affiche une vision moraliste encore largement tributaire du classicisme. Même si le goût classique est stable à travers les Salons, l'intérêt que portera Diderot par ailleurs aux pratiques artistiques, à ce qu'il nomme "le faire" ou "le métier" de l'art, l'amène à valoriser l'art plastique dans sa présence matérielle et concrète. Il sera question d'explorer comment cette perspective du faire en peinture à la fois supplée et se heurte à la morale du grand art, s'en dispute l'espace critique jusqu'à esquisser, bien que ce soit dans les marges des Salons, une autre morale, sinon une véritable éthique inhérente au geste de peindre.

Anne Elisabeth Sejten est professeur de philosophie à l'université de Roskilde au Danemark et directrice du réseau de recherches international Aesthetics Unlimited.
Publication
Diderot ou le défi esthétique - les écrits de jeunesse, Vrin 2000.

Gerhardt STENGER
Gerhardt Stenger est maître de conférences HDR à l'université de Nantes et membre du Centre de recherche en littérature L'AMo (EA 4276). Spécialiste de l'histoire des idées de l'âge classique, en particulier de Diderot et de Voltaire, il a également travaillé pour le théâtre et écrit deux pièces, Diderot en prison et Le Pardon de Dieu. Un dialogue entre Martin Luther et Jean Tetzel la veille de la Toussaint 1517.
Dernières publications sur Diderot
Diderot. Le combattant de la liberté, Paris, Perrin, 2013.
"Écrire la philosophie autrement : la subversion des modèles dans la Lettre sur les aveugles de Diderot", dans Diderot et le roman hors du roman, Paris, Société Diderot, 2017, p. 105-119.
"Le fatalisme de Diderot", dans Mélanges autour de Jacques le Fataliste de Diderot, Paris, L'Harmattan, 2017, p. 135-157.
"Le Neveu de Rameau ou l'impossible morale", dans Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 52, 2017, p. 71-86.
"Diderot, Helvétius et le génie du petit Mozart", dans Diderot, le génie des Lumières. Nature, normes, transgressions, Paris, Classiques Garnier, 2019, p. 23-39.

Kyosuke TAHARA : Diderot entre la morale universelle et la souveraineté nationale
Une des questions centrales de la morale et de la politique du dernier Diderot a certainement été, comme on le voit par exemple dans les Observations sur le Nakaz, celle de savoir comment mettre en pratique deux principes, la morale naturelle ou universelle et la souveraineté nationale, face aux réalités souvent contingentes et réfractaires. Mais comment remplir à la fois ces deux exigences ? Un peuple souverain légifère-t-il toujours conformément aux lois naturelles ? Que faire quand sa volonté collective contrarie celles-ci ? Pour élucider une telle aporie soulevée par l'éventuelle contradiction entre deux impératifs, il s'agira d'analyser leur rapport sous un triple angle : leur cohérence conceptuelle fondée sur la thèse de la lutte contre la nature, leur distinction correspondant à celle entre "volonté générale de l'espèce" et "concours des volontés", et leur conciliation par l'engagement politique du Philosophe.

Kyosuke Tahara est doctorant en philosophie au sein de l'équipe de recherches HIPHIMO (Centre d'histoire des philosophies modernes de la Sorbonne) de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Son projet de recherche porte sur la pensée politique de Diderot et son rapport à l'histoire. Il a publié un article, "Diderot et la légitimation philosophique de la révolution" (Philonsorbonne, 11, 2017, p. 53-73).

Carole TALON-HUGON : Le bien, le beau, l'art
Dans ses Recherches philosophiques sur l'origine et la nature du beau, Diderot rompt avec la conception métaphysique du Beau qui, de l'Antiquité à l'âge classique, liait intimement ce dernier au Bien et au Vrai. Procédant à une naturalisation du Beau, il y voit non plus une essence mais une qualité des objets proportionnés de telle manière qu'ils favorisent la vie humaine. Le beau n'est donc pas le bien. Pourtant, dans ses écrits sur les beaux-arts et dans ses Salons, Diderot relie ce qu'il avait délié en défendant une théorie humaniste des beaux-arts et en pratiquant une critique éthique de la peinture. Les artistes, affirme-t-il, ont un devoir moral : "Rendre la vertu aimable, le vice odieux, le ridicule saillant, voilà le projet de tout honnête homme qui prend la plume, le pinceau ou le ciseau". On analysera ici la complexité des positions de Diderot partagées entre une approche naturaliste du beau et une conception humaniste et éthique de l'art.

Carole Talon-Hugon est professeur de philosophie à l'université Paris-Est Créteil et membre honoraire de l'IUF. Elle préside la Société française d'esthétique et est directrice de publication de la Nouvelle Revue d'Esthétique.
Publications
Goût et dégoût. L'art peut-il tout montrer ?, J. Chambon, 2003.
Morales de l'art, Puf, 2009.
Art et éthique. Perspectives anglo-saxonnes, Puf, 2011.
L'Art sous contrôle, Puf, 2019.

Françoise THYRION & Michel VALMER : Diderot et la morale du comédien [Rencontre-discussion]
Comment dire (incarner ?) un texte de Diderot ? Les diverses traductions scéniques menées par la Compagnie Science 89 depuis la création parisienne d'Une Folie électrique (d'après le conte Mystification) en 1989 jusqu'au Neveu de Rameau en 2015 n'ont cessé d'être, pour ladite compagnie, un terrain riche en interrogations sur ce que nécessite l'activation "dramatique" des dialogues et autres contes. La référence au Paradoxe sur le comédien s'impose d'emblée. Brecht et sa distanciation, Vitez et sa "notion d'étrangéité" également. Mais, c'est surtout avec ces spectacles que la pratique de l'"émotion réflexive", théorisée par M. Valmer dans Le Théâtre de sciences (éd. CNRS, 2005) et chère à Science 89, a pu s'appliquer. Autour de ces mises en acte, Françoise Thyrion et Michel Valmer s'expliquent.

Anouchka VASAK : La morale de la Lampedouse
"Ah ! mes amis, si nous allons jamais à la Lampedouse fonder, loin de la terre, au milieu des flots de la mer, un petit peuple d'heureux !", s’écrie Dorval dans le Second Entretien sur le Fils naturel. La Lampedouse est le lieu idéal du théâtre moral, seul culte digne d'être célébré. La longue note de Diderot signale aussi que la Lampedouse, île quasi-déserte et fertile, à "distance presque égale" de la côte de Tunis, pays mahométan, et de l'île de Malte, terre chrétienne, n'a jamais été habitée que par un marabout puis un prêtre, de peu de vertu l'un et l'autre, du moins au regard de la morale religieuse. Quelle fonction "morale" donner à cette micro-utopie insulaire, en partie comparable à celle de Tahiti dans le Supplément au Voyage de Bougainville ? Comment intervient-elle dans le projet fondateur du nouveau genre théâtral, moral et fidèle à la "nature", promu par Dorval ? Pourquoi la Lampedouse, auquel Jaucourt consacre un petit article dans l'Encyclopédie (LAMPEDOUSE, ou LAMPADOUSE, (Géog.), vol. IX, 1765) intéresse-t-elle les philosophes ? S'il y a, esquissée par Diderot, une morale de la Lampedouse, est-elle encore audible aujourd'hui, à l'heure où, "au milieu des flots de la mer", des milliers d'êtres humains cherchent à gagner par Lampedusa l'Eldorado (Laurent Gaudé) européen ?

Anouchka Vasak a été maître de conférences en littérature française à l'université de Poitiers. Au croisement de l'histoire, de l'esthétique et de la littérature, ses travaux portent en particulier sur la météorologie et le climat.
Publications
Météorologies. Discours sur le ciel et le climat, des Lumières au romantisme, Champion, 2007.
Avec Osmo Pekonen, Maupertuis en Laponie. À la recherche de la figure de la Terre, Hermann, 2014.

Charles VINCENT : La "maison flottante" de Bougainville et le dialogue des cultures
Diderot a beaucoup réfléchi à la fin de sa vie à la gageure d'une morale universelle, en parallèle de sa dénonciation de l'attitude colonisatrice des Européens. Nous étudierons les ambivalences de cette universalité postulée en partant d'une métaphore complexe du Supplément au Voyage de Bougainville : la "maison flottante", bateau de l'explorateur, mais aussi imagination du penseur sédentaire. Il s'agira de confronter l'idéal humaniste et pacifiste à une mondialisation des échanges porteuse de rapports de pouvoir déséquilibrés et portée par les voyageurs, êtres suspects pour le philosophe. Nous mettrons en valeur et critiquerons les fondements théoriques diderotiens d'une mondialisation pacifiée et enrichissante, notamment linguistiques et cognitifs.

Actuellement maître de conférences à l'université polytechnique des Hauts-de-France, Charles Vincent a précédemment été professeur associé à l'université de Kyoto après avoir enseigné à La Sorbonne, Moscou et Saint-Pétersbourg. Il a publié de nombreux articles sur Diderot et l’éthique, sujet de sa thèse publiée chez Classiques Garnier en 2014 sous le titre Diderot en quête d’éthique, 1773-1784.


Lecture des Lettres à Sophie Volland et représentation de l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, par Françoise THYRION & Michel VALMER
Les lectures à haute voix de quelques lettres à Sophie Volland ainsi que la présentation théâtrale de Entretien d'un philosophe avec la maréchale de*** de Diderot (adaptation de G. Stenger et F. Thyrion – mise en scène de M. Valmer) par la Cie théâtrale Science 89 témoignent de la puissance d'oralité dont l'écriture diderotienne est investie. Dans ces deux écrits, la question de la morale est omniprésente et déclenche des interrogations dramaturgiques, tant sur le plan de la mise en scène que sur celui du jeu des interprètes. À noter que l'Entretien, créé à la Caserne des Pompiers pour le Festival d'Avignon en 1991 par Zabou Breitman et Jacques Bonnaffé, avant reprise dans la distribution actuelle, a été joué plus de deux cents fois en France et à l'étranger. Les prestations proposées lors du Colloque de Cerisy donneront lieu à une rencontre-discussion autour de la mise en théâtralité de la langue de Diderot.


SOUTIENS :

• Espace Humains et Interactions Culturelles (EHIC, EA 1087) | Université de Limoges
• Littératures Antiques et Modernes (LAMO, EA 4276) | Nantes Université
• Société Diderot
• Société Française d'Étude du Dix-huitième siècle (SFEDS)
• Fondation Clarens | Fondation de France
• Fondation d'entreprise La Poste