Programme 2020 : un des colloques


Colloque reporté
— 21 avril 2020 —

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque est reporté aux dates suivantes : du lundi 6 septembre au dimanche 12 septembre 2021.

La direction du CCIC


MORPHOGENÈSE : DONNER LIEU AU PATRIMOINE ORIGINAIRE
AVEC ARNO STERN ET PASCAL QUIGNARD


DU VENDREDI 10 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 17 JUILLET (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


Grotte Chauvet. Homme-Bison s'approchant de la matriarche © Carole Fritz / Ministère de la Culture


PRÉSENTATION VIDÉO :


DIRECTION :

Mireille CALLE-GRUBER, Anaïs FRANTZ, Pascal QUIGNARD

Avec la participation d'Arno STERN


ARGUMENT :

L'originaire fait signe — il fait signe dans les découvertes scientifiques, dans l'art, dans les rêves, dans la langue littéraire, dans l'amour, dans le jeu des enfants, dans la vie sauvage. Mais comment accueillir ces signes — ces traces — dont la manifestation précède le logos (le langage de la raison) et les sciences régies par le logos ?

Ce qui se donne à penser, avec les travaux d'Arno Stern et de Pascal Quignard, ce sont autant les conditions d'expression de l'"Homo vulcanus" (Stern) dont, sans répit, Quignard guette l'éruption dans les images et les textes qu'il collecte, que celles de la réception des traces de l'ancienne "vie aquatique" (Quignard) dont l'atelier de peinture créé par Arno Stern à Paris au lendemain de la Seconde Guerre mondiale reconstitue l'état de plénitude. C'est, dans toute son amplitude, la question de la morphogenèse envisagée sous l'angle de la sémiologie (Stern) ou du rêve (Quignard).

À partir des œuvres d'Arno Stern et de Pascal Quignard, de l'exposé de leurs singularités respectives et de leur rencontre, le Centre culturel international de Cerisy se propose d'être le lieu d’une méditation transdisciplinaire, à l'intersection de la paléontologie, de l'embryologie, de la psychanalyse, des sciences du langage, de la danse, de la peinture, de la littérature, autour des conditions d'accueil et d'expression du patrimoine originaire.


MOTS-CLÉS :

Danse, Images originaires, Lascaux, Littérature, Mémoire archaïque, Morphogenèse, Paléontologie, Psychanalyse, Quignard (Pascal), Sémiologie, Stern (Arno), Traces


CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 10 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 11 juillet
Matin
Mireille CALLE-GRUBER, Anaïs FRANTZ & Pascal QUIGNARD : Ouverture
Jean-Claude AMEISEN : Morphogenèse et sculpture du vivant

Après-midi
Performance de Pascal QUIGNARD

Soirée
Autour du film Les Feux de la mer de Jean Epstein (1948)


Dimanche 12 juillet
Matin
Emmanuel ANATI : La décodification de l'art préhistorique et l'origine de l'écriture
Amélie BALAZUT : Du secret des images endogènes : retour aux sources animales de l'esthétique

Après-midi
Marie-Christine LALA : Aux tréfonds de l'être inexprimer l'exprimable encore
Mireille CALLE-GRUBER : Le corps archaïque. Urszenen de Pascal Quignard


Lundi 13 juillet
Matin
Chantal LAPEYRE : Le Mur de Planck
Stefano GENETTI : Autour d'un ballet imaginaire des origines

Après-midi
Geneviève HAAG : La morphogenèse au croisement du jaillissement et des rebonds de la rencontre
François FARGES : Scènes de la vie fœtale
Nicole FARGES : À l'origine, la nuit fœtale

Soirée
Autour du film Jérôme Andrews, forwards and backwards réalisé par n + n Corsino (1994)


Mardi 14 juillet
Matin
Catherine DOLTO : Dans l'infime de l'intime, surgissement du Sujet dans la vie prénatale
Dimitrios KRANIOTIS : Jerome Andrews : la danse profonde, la joie d'être en mouvement
Victor PITRON : Bases cognitives de la perception corporelle

Après-midi
Pascal QUIGNARD : Morphée

Soirée
Discussion autour du film Marie Morel, une vie de peintre (2020), en présence de Marie MOREL


Mercredi 15 juillet
Matin
Eberhard GRUBER : De la morphogenèse à partir de l'informe
Joël BALAZUT : L'ordre symbolique et son envers
Éric MARTY : Le Travesti

Après-midi
Hugo RUDY : À la recherche de l'universalité psychique : Georges Devereux et l'approche ethnopsychiatrique
Anaïs FRANTZ : "Et ce n’est pas de l’art…"

Soirée
Discussion autour du film Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines) d'Arnaud Desplechin (2013)


Jeudi 16 juillet
Matin
Arno STERN : Le Tracé révélateur d'une mémoire archaïque

Après-midi
Arno STERN : Genèse d'une découverte

Soirée
Discussion autour du film Alphabet d'Erwin Wagenhofer (2013)


Vendredi 17 juillet
Matin
Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Amélie BALAZUT : Du secret des images endogènes : retour aux sources animales de l'esthétique
En faisant le choix délibéré et asocial de se "rencoigner" dans l'ombre de cette enclave ancêtre prolongée que constitue la grotte, les artistes paléolithiques ont ainsi trouvé l'occasion de "recoïncider" avec le secret de leur origine. Une autre intrigue linguistique se propose alors où ce qui se joue, ou plutôt se rejoue, est autre et pour autant en rien nouveau, puisqu'il s'agit du retour à l'initialité sauvage de leur condition, dans l'aparlance originaire, silencieuse et secrète du premier royaume. Dans cette intrigue préhumaine, le dénouement prendra nécessairement la forme d'images venues de l'ombre elle-même, celles échappées et rêvées de la sauvagerie source. C'est en ce sens, nous dit Pascal Quignard, que "les images sont préhumaines. Elles datent d'avant les langues naturelles dans les bouches humaines". Pour bien comprendre la pré-humanité de ce pré-langage, dans l'immersion sensorielle de laquelle les images nous replongent, il importe de prendre la pleine mesure de ce qui-vive animal, imprédictible et extravagant, qui fait le fond de l'activité créatrice comme de l'activité onirique où ce qui s'exalte et s'hallucine, puis s'évade et s'exvague, au travers de cette motricité fantôme qui engage le corps du rêveur comme celui du graveur ou encore du danseur, est pareil à l'élan dissident qui emporte tous ceux qui osent lâcher la corde de la langue pour regagner cette animalité antérieure, dont cette enclave ancêtre, reconstituée, garde les plus saisissantes archives.

Amélie Balazut est Docteur en Arts plastiques — sciences de l'art et Membre associé du Museum National d'Histoire Naturelle, UMR 7194 - Histoire naturelle de l'homme préhistorique. Après sa thèse "Origine de l'art — art des origines", sa recherche s'est prolongée par la publication d'un livre Portrait de l'homme en animal, PUP (préface de J.-L. Nancy) et celle de plusieurs articles et actes de colloque ayant pour sujet la représentation de la duplicité homme/animal dans l'art, des origines à nos jours. Une approche plus spécifique de ces questions, dans l'œuvre de Pascal Quignard, l'amène aujourd'hui à faire entrer en résonance leurs pensées et leurs sensibilités sur le secret auquel ouvrent ces images paléolithiques — une recherche qui a déjà donné lieu à plusieurs productions : contribution au Dictionnaire sauvage Pascal Quignard, Hermann, "L'amont animal de l'histoire", intervention au colloque L'Art paléolithique au risque du sens, à Cerisy, et écriture d'un essai, In illo tempore. Voyage imaginaire dans le dernier royaume de Pascal Quignard, en cours de publication.

Joël BALAZUT : L'ordre symbolique et son envers
L'ordre symbolique, cet ensemble de règles et d'interdits culturels portés par le langage, est par un aspect essentiel le véhicule d'un "dressage" qui nous coupe non seulement de notre singularité mais aussi d'une ouverture primaire au monde en médiatisant notre relation à celui-ci qui est tenu à distance. Nous sommes ainsi séparés du réel par une grille de lecture, conventionnelle et imposée, propre à le "cartographier". Or, il est une autre dimension du symbolique, trop souvent méconnue mais non moins importante, par laquelle il se rapporte, au contraire et paradoxalement, à son propre envers, ménageant ainsi un espace de transgression permettant de regagner l'immédiateté, le Jadis fusionnel dont il nous avait d'abord coupé. Nous nous proposons alors de montrer qu'une telle ouverture du symbolique à son envers, laquelle est véhiculée par les arts dans leurs productions les plus fortes (ainsi que Lacan avait essayé de le montrer dans le Séminaire VII) est si essentielle qu'elle est ce à partir de quoi seulement celui-ci peut être compris en son origine.

Joël Balazut est Docteur en Philosophie et auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la pensée de Heidegger, mais également sur Bataille et Lacan. Il s'efforce de mettre en œuvre un questionnement ontologique originaire qui permettrait de rétrocéder en deçà de la pensée représentative (du clivage sujet objet). D'où l'intérêt qu'il porte à la relation qu'entretient l'ordre symbolique avec son envers, avec l'immédiateté dont il nous a d'abord séparé.
Principales publications
L'impensé de la philosophie heideggérienne, Paris, L'Harmattan, 2007.
Art, tragédie et vérité, Paris, L'Harmattan, 2011.
Heidegger : une philosophie de la présence, Paris, L'Harmattan, 2013.
Georges Bataille ou l'envers de la philosophie, sous le pseudonyme de Frédéric Altberg, Camion noir, 2014.
Les racines secrètes de l'ontologie ou la question de la chose, Paris, L'Harmattan, 2016.
Heidegger et l'essence de la poésie, Paris, L'Harmattan, 2017.
Lacan. Une lecture philosophique, Paris, L'Harmattan, 2018.
Descartes et l'essence de la métaphysique, Paris, L'Harmattan, 2019.

François FARGES : Scènes de la vie fœtale
L'échographie obstétricale a pour effet latéral de faire sortir le fœtus de sa caverne. Il surgit sur l'écran et avec lui les traces de l'origine de la vie. À côté et souvent après l'examen médical, François Farges filme le fœtus, les fœtus. Le but étant, in fine, d'accueillir, avec les parents, la vie fœtale. Surgissent alors des scènes de la vie fœtale en lien avec ce qui se produit dans le sein maternel ou dans l'environnement. En particulier les observations de grossesses gémellaires montrent en direct les relations intra-utérines avec un "autre". François Farges a sélectionné de courtes séquences significatives de cette émergence de la vie fœtale, à l’origine.

François Farges est obstétricien, gynécologue et échographiste, spécialisé en AMP. Après une longue carrière d'obstétricien, il travaille maintenant spécifiquement avec des couples en situation d'infertilité. Il pratique des observations échographiques dans le cadre de recherches sur la vie fœtale et les relations entre jumeaux in utero.
Publications
Farges F. et Farges N. (1994), Paroles d'échographiste, Film primé au festival médical d'Amiens et aux entretiens de Bichat.
Farges F. et Groupe Echo (2001), "D'une certaine pratique de l'échographie obstétricale", in Linguistique et psychanalyse, Colloque de Cerisy, Éditions In Press, p.195-231 (réédition Hermann Éditeurs, 2013).
Farges F. (2012), "Dépistage de la trisomie 21 au premier trimestre, incertitude et iatrogénie" in Médecine et psychanalyse, Entre autorité et incertitude : moments critiques, Paris, Éd. Études freudiennes, pp. 265-271.
Farges F., Farges N. et Missonnier S. (2016), "L'observation échographique prénatale. Vers une clinique du fœtus ?", in Journal de la psychanalyse de l'enfant, Paris, Puf, n°2, vol. 6, pp. 203-223.
Farges F. et Farges N. (2017), "La fratrie in utéro. Des frères et sœurs dans la chambre obscure", in Petite sœur et petit frère, revue Spirale, n°81, Paris, érès, pp. 55-64.
Farges F. (2017), "La clinique du fœtus", in Bébé Sapiens, Colloque de Cerisy, érès, 2017.
Farges F. et Farges N. (2018), "Sa majesté le fœtus", in Quand les temps changent, les bébés changent-ils ?, Paris, érès, 1001BB, pp. 25-39.

Nicole FARGES : À l'origine, la nuit fœtale
Si la psychanalyse revient inlassablement vers l'Ur, préfixe difficile à traduire, il s'agit de penser la scène primitive, les fantasmes originaires, le père de la horde, la séduction précoce. Mais la vie prénatale, plus précisément la nuit fœtale est restée terra incognita pour Freud, interdit persistant suivi par de nombreux analystes. Or la nuit fœtale, suite de la nuit sexuelle, est mouvement, traces, sensation, recherche. Elle nous habite de la conception jusqu'à la mort. Les images échographiques nous donnent à voir cette activité incessante. La succion en est un prototype à déchiffrer.

Nicole Farges est psychanalyste, de formation psychologue clinicienne. Elle accueille des couples infertiles dans le cadre de la PMA, questionnant le mystère de la fécondité. En collaboration avec François Farges, échographiste, elle travaille depuis plusieurs années sur ce que donne à voir les films échographiques sur la vie fœtale.
Publications
Farges F. et Farges N. (1994), Paroles d'échographiste, Film primé au festival médical d'Amiens et aux entretiens de Bichat.
Farges F., Farges N. et Missonnier S. (2016), "L'observation échographique prénatale. Vers une clinique du fœtus ?", in Journal de la psychanalyse de l'enfant, Paris, Puf, n°2, vol. 6, pp. 203-223.
Farges F. et Farges N. (2017), "La fratrie in utéro. Des frères et sœurs dans la chambre obscure", in Petite sœur et petit frère, revue Spirale, n°81, Paris, érès, pp. 55-64.
Farges F. et Farges N. (2018), "Sa majesté le fœtus", in Quand les temps changent, les bébés changent-ils ?, Paris, érès, 1001BB, pp. 25-39.

Anaïs FRANTZ : "Et ce n’est pas de l’art…"
En usant de la forme négative pour présenter les tableaux qui sont réalisés dans son atelier de peinture, le Closlieu, Arno Stern invite à poser sur la trace un autre regard que celui qui est habituellement porté sur le dessin des enfants et, par extension, sur l'enfance et sur l'enfance de l'art. Formulée en l'occurrence de façon spontanée, la tournure négative ("ce n'est pas") peut dès lors être entendue comme une stratégie soucieuse de préserver un potentiel que l'affirmation limiterait aux catégories linguistiques. Trouvant appui en l'œuvre de Pascal Quignard, l'intervention souhaite s'attarder sur les enjeux méthodologiques, pédagogiques et théoriques de cette approche "négative" de la trace par Arno Stern.

Anaïs Frantz est docteure en littérature et civilisation françaises de la Sorbonne Nouvelle Paris 3. Elle enseigne la littérature française à Paris. En 2018, elle a publié La Mémoire et l'Expression aux éditions Regard, livre où elle dialogue avec Arno Stern. En 2019, elle a organisé à la Sorbonne un après-midi d'étude et d'hommage consacré aux travaux d'Arno Stern sous le patronage de l'UNESCO.

Stefano GENETTI : Autour d'un ballet imaginaire des origines
Entre morphogenèse et métamorphose, les figures du mouvement originaire se multiplient dans les entretiens avec Pascal Quignard ayant trait au corps dansant et à ses expériences théâtrales. Tour à tour amniotiques et volcaniques, antéhistoriques et chamaniques, elles dessinent un parcours qui va de l'évocation de la danse perdue à l'é-motion performative dont il est question dans L'Origine de la danse et dans Performances de ténèbres. Celle-ci sera illustrée par une présentation du Ballet de l'origine de la langue et de la littérature françaises (2016) en termes de dispositio scénique et de danse de la lumière et des ombres, en termes de dramatisation de la lecture et de transcription du chant des oiseaux. Tout en soulignant le rapport qui lie ces fragments du "noyau de nuit" aux pages de Les Larmes et de Dans ce jardin qu'on aimait, il s'agira d'interroger cet étrange ballet d'images et de phrases-sons en tant que mise en espace et en mouvement du patrimoine originaire.

Stefano Genetti enseigne la littérature française à l'université de Vérone. Ses recherches, concernant l'œuvre de Pascal Quignard, portent sur l'écriture fragmentaire et sur les Petits traités, sur les figures d'Ulysse et de Médée, ainsi que sur les collaborations chorégraphiques et les expériences scéniques de l'auteur et non moins sur sa pensée-écriture.

Geneviève HAAG : La morphogenèse au croisement du jaillissement et des rebonds de la rencontre
À partir d'observations du premier développement et de séances de psychothérapie psychanalytique avec des enfants autistes en reprise de communication et de développement, quelques éléments se rassemblent autour de la proposition de Pascal Quignard concernant l'accueil nécessaire du patrimoine originaire : "Le temps ne séjourne comme Origine dans le monde qu'à la condition que, de la part de ceux qui tirent profit de son jaillissement, il obtienne l'hospitalité". Les formes semblent en effet prendre leur origine dans cette rencontre du jaillissement et du retour qu'en organise l'environnement. J'en donnerai quelques exemples dans l'organisation tonico-psychomotrice précoce pré et post natale (les dialogues tonico-émotionnels), dans les émergences de langage (les dialogues sonores), dans les théâtralisations gestuelles des relations dans la première année de la vie (dialogue entre les deux côtés du corps), et dans les composants du dessin préfiguratif spontané des trois premières années.

Publications
Le moi corporel, autisme et développement, PUF, 2018.
"Construction du moi corporel dans les niveaux archaïques du transfert", in Autismes, transferts et langage, dir. Tristan Garcia-Fons, éd. Campagne Première, Paris, 2016.
"Processus psychothérapiques psychanalytiques au long cours avec des enfants autistes : réflexions et approfondissements entre reprises et particularités du développement psychique", in Autismes : spécificités des pratiques psychanalytiques, Autismes et psychanalyses – II, Toulouse, Eres, p.35-73, 2016.

Dimitrios KRANIOTIS : Jerome Andrews : la danse profonde, la joie d'être en mouvement
"La danse au plus profond de moi, ma danse profonde, cette nécessité personnelle, d'où vient-elle ? Et votre danse, celle qui est au plus profond de vous, d'où vient-elle ? Dans le dictionnaire, il est dit que les danses sont des pas rythmés. La danse profonde, c'est autre chose. Il y a des gens qui n'ont jamais appris des pas de danse et qui se sont éveillés du moment qu'ils se sont mis à danser. La danse profonde, ce n'est pas un système, c'est quelque chose que vous connaissez avant même de naître, c'est une chose profonde en vous. Mais vous pouvez passer toute votre vie à éviter ce que vous êtes…"
Figure majeure de la danse moderne aux États-Unis puis en France, influencé intimement par Martha Graham, Mary Wigman ou bien Joseph Pilates, le danseur, chorégraphe et pédagogue Jerome Andrews (1908-1992) a marqué de nombreux artistes contemporains. Entre 1968 et 1980, à l'invitation d'Arno Stern, pionnier en matière éducative, il donne des conférences sur sa conception de la danse et sa pratique pédagogique. Dans ces interventions affleurent son humilité, sa spiritualité, sa fantaisie. On y découvre surtout la subtilité et l'exigence de sa quête, celle d'un épanouissement personnel à travers le mouvement, et son désir de libérer en chacun les possibilités d'une "danse profonde".

Dimitrios Kraniotis est né à Athènes en 1950. Après des études de mathématiques et de philosophie à l'université de Paris il séjourne pendant deux ans au Mont Athos, où il compose son premier receuil de poèmes. En 1980 il s'initie à la danse moderne auprès du chorégraphe américain Jerome Andrews. En 1992-1994, il travaille pour le Wuppertaler Tanztheater de Pina Bausch en tant que dramaturge. Depuis il enseigne la danse contemporaine et crée en collaboration avec Christine Kono plusieurs évènements chorégraphiques : If out of Paris (2002), Sacred Dances Jena (2004), Impromptus Paris (2006), L'altra svolta Rosazza (2007), Nothing always returns Paris (2009), Aporia Athènes (2014).
Il est membre de la Fondation Yannis Tsarouchis à Athènes.
Publications
Il a publié à Athènes neuf recueils de poèmes : Eros Allogenis (1979), Alitis Moira (1985), Avyssos Anoixis (1989), Dithyramboi tis siopis (1994), Archaios Rythmos (2005), Ap'tis rodias to soï (2013), Meteora (2016), Hairetismoi (2016), Pina au rythme des oracles (2017).
Il a traduit en grec Soubresauts et Comment dire de Samuel Beckett, Amours d'écume de Jacques Lacarrière.
Michel Volkovitch a traduit en français des extraits de son œuvre sous le titre Éros Étrange Étranger pour les éditions Desmos, Paris, 1997.
Site : http://www.kraniotis.com/

Marie-Christine LALA : Aux tréfonds de l'être inexprimer l'exprimable encore
Que le patrimoine originaire réside en nous ne fait nul doute. Là où la fin et le commencement se rejoignent, au juste point de l'aube, le tout-humain s'enquiert des premiers signes de l'univers. Cet éveil à la source, Lascaux me l'inspira un jour à égale distance de l'enfant du rivage grec saisissant la pointe pour tracer d'un seul geste sur la page vierge du livre les lignes entrelacées de la prose du monde. La rencontre de Pascal Quignard et Arno Stern fait la part du silence dans les blancs du stade créateur et ravive le saisissement où plongent les gravures de Lascaux. Retour obligé au lieu natal d'un berceau de l'humanité. Ici règne l'inconnu. Lieu de commencement où l'origine se démarque en signant son absence de départ. Nous dirons cette incroyable proximité au fond de la grotte qui n'est pas abolition du temps, mais le Temps lui-même vécu et accueilli au point du "jadir" quand la peinture, la danse ou l'écriture rend à la profondeur de la disparition définitive la sauvagerie de l'intime. Nous pourrons ainsi discuter des enjeux qui sont les nôtres entre onto- et morphogenèse.

Marie-Christine Lala est maître de conférences-HDR en sciences du langage et en langue et littérature françaises à l'université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Ses publications portent en particulier sur les écritures des XX-XXIe siècles et sur l'analyse linguistique du texte littéraire. Elle est responsable de séminaires au Collège international de philosophie.
Publications
Georges Bataille, Poète du réel, Bern, Peter Lang, 2010.
"De l'élan du réel au mouvement du monde", Pascal Quignard, Translations et métamorphoses, Colloque de Cerisy, Herman Éditeurs, 2015.
A contribué au Dictionnaire sauvage Pascal Quignard, Herman Éditeurs, 2016.
"(L') Impossible", Dictionnaire Bataille, Les Cahiers Bataille, 2019.
"Blanc (typographique)", "Silence" et "Solitude", Dictionnaire Duras, À paraître, 2020.

Marie MOREL
L'œuvre censurée de Marie Morel de Pascal Quignard, Éditions J'en suis bleue, 2019.
Marie Morel, la peinture libre d'Anaïs Frantz, Éditions J'en suis bleue, 2016.
Visages de Marie Morel d'Anaïs Frantz, Éditions J'en suis bleue, 2017.
La peinture de Marie Morel nous regarde d'Anaïs Frantz, Éditions J'en suis bleue, 2016.
Une vie de peintre (textes de Pascal Quignard et peintures de Marie Morel), Éditions J'en suis bleue, 2014.
Peintures de Marie Morel, peindre à livre ouvert d'Anaïs Frantz, Éditions J'en suis bleue, 2011.

Victor PITRON : Bases cognitives de la perception corporelle
La perception que chacun a de son corps peut sembler inaltérable tant notre corps constitue notre identité. "Ce bon vieux corps toujours là" disait le philosophe William James, avec lequel nous entretenons un sentiment "de chaleur et d'intimité" (1890). Pourtant, les anomalies de la perception du corps sont fréquentes notamment dans les maladies neurologiques et psychiatriques. Se pose alors la question : comment se forme (et se déforme) la perception du corps ? Dans cette intervention, nous nous pencherons sur les déterminants cognitifs de la perception corporelle. Nous tracerons les contours d'un modèle qui rende compte de la construction de la perception du corps dans le cerveau, pour finalement tenter de mieux caractériser ce qu'il a de particulier à percevoir son propre corps.

Victor Pitron est psychiatre et chercheur en sciences cognitives. Il s'intéresse particulièrement aux interactions entre maladies corporelles et mentales. Il est actuellement Chef de Clinique à la Pitié Salpêtrière à Paris après avoir passé plusieurs années à développer des thématiques de recherche autour des mécanismes cognitifs de la perception du corps à l'École Normale Supérieure (Ulm).

Hugo RUDY : À la recherche de l'universalité psychique : Georges Devereux et l'approche ethnopsychiatrique
Georges Devereux (1908-1985) anthropologue et psychanalyste, est considéré comme le père fondateur de l'approche transculturelle en psychiatrie. En nous appuyant sur l'œuvre de Devereux, notamment l'idée du complémentarisme entre anthropologie et psychanalyse, et en illustrant le propos de situations cliniques rencontrées dans notre pratique auprès d'adolescents kanaks en Nouvelle-Calédonie, nous tenterons d'approcher la notion d'originaire et son lien aux contenants culturels qui entourent la vie psychique d'un être humain.

Hugo Rudy est psychiatre d'adolescents à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Il a été formé à l'hôpital Avicenne de Bobigny, berceau de l'approche ethnopsychiatrique et a participé à la prise en charge d'adolescents et de familles migrants au sein de dispositifs de consultations transculturelles.
Bibliographie
Georges Devereux, Psychothérapie d'un Indien des Plaines : réalités et rêve (1951), Paris, Fayard, 1998 ; 2013.
Georges Devereux, Essais d'ethnopsychiatrie générale, Paris, Gallimard, 1970.

Arno STERN : Le Tracé révélateur d'une mémoire archaïque
Arno Stern est le créateur du Closlieu, où il exerce le rôle de Servant depuis 1948. La Trace, qui se produit dans les conditions spécifiques de ce lieu, appartient à un code appelé la Formulation. Arno Stern a prolongé son étude par des séjours dans des contrées lointaines (déserts, brousse, forêt vierge) et démontre que la Formulation est un code universel. Il révèle aussi l’origine de la Formulation, la Mémoire Organique, dont l'existence est, aujourd'hui, confirmée par les chercheurs dans le domaine de la neurobiologie l'embryologie, la génétique… Arno Stern forme, à travers le monde, de nombreux Praticiens-Servants du Jeu de Peindre. Cette formation, ainsi que l’information pour faire connaître ses découvertes sont, à côté de son rôle dans le Closlieu, des activités incessantes d'Arno Stern, auteur de nombreux livres et d'articles traduits dans une dizaine de langues.

Bibliographie résumée en français
Le Jeu de Peindre, Actes Sud.
Heureux comme un enfant qui peint, Éditions du Rocher.
Le Closlieu, le Jeu de Peindre et la Formulation, Hermann Éditeurs.
L'Âge d’or de l'Expression, DDB.
Les Enfants du Closlieu, Éditions Hommes & Groupes


BIBLIOGRAPHIE :

• AMEISEN Jean-Claude, La Sculpture du vivant. Le suicide cellulaire ou la mort créatrice, Seuil, 2003.
• ANATI Emmanuel, Aux origines de l'art, 50000 ans d'art préhistorique et tribal, préface d'Yves COPPENS, Fayard, 2003.
• ANDREWS Jerome, La Danse profonde, de la carcasse à l'extase, avec un texte d'Arno STERN, éd. CND, 2017.
• BONNEFIS Philippe, LYOTARD Dolorès (dir.), Pascal Quignard, figures d'un lettré, Colloque de Cerisy, Éditions Galilée, 2005.
• BONNET BALAZUT Amélie, Portrait de l'homme en animal, de la duplicité de la figure humaine dans l'art pariétal, PUP, 2014.
• CALLE-GRUBER Mireille, DEGENÈVE Jonathan, FENOGLIO Irène (dir.), Pascal Quignard. Translations et métamorphoses, Colloque de Cerisy, Hermann, 2015.
• CALLE-GRUBER Mireille, FRANTZ Anaïs (dir.), Dictionnaire sauvage Pascal Quignard, Hermann, 2016.
• CALLE-GRUBER Mireille, Pascal Quignard ou Les leçons de ténèbres de la littérature, Galilée, 2018.
• FRANTZ Anaïs, STERN Arno, La Mémoire et l'Expression, éd. Marie Morel Regard – J'en suis bleue, 2018.
• FRANTZ Anaïs, Marie Morel la peinture libre, éd. Marie Morel Regard – J'en suis bleue, 2019.
• HAAG Geneviève, Le Moi corporel : autisme et développement, PUF, 2018.
• QUIGNARD Pascal, Le Sexe et l'Effroi, Gallimard, 1994.
• QUIGNARD Pascal, Sur le jadis, Dernier Royaume, Tome II, Grasset, 2002.
• QUIGNARD Pascal, Les Paradisiaques, Dernier Royaume, Tome IV, Grasset, 2005.
• QUIGNARD Pascal, La Nuit sexuelle, Flammarion, 2007.
• QUIGNARD Pascal, Sur l'image qui manque à nos jours, Arléa, 2014.
• QUIGNARD Pascal, Marie Morel, Marie Morel une vie de peintre, éd. Marie Morel Regard –J'en suis bleue, 2014.
• QUIGNARD Pascal, Angoisse et beauté, Seuil, 2018.
• QUIGNARD Pascal, La Vie n'est pas une biographie, Galilée, 2019.
• QUIGNARD Pascal, Marie Morel, L'œuvre censurée de Marie Morel, éd. Marie Morel Regard – J'en suis bleue, 2019.
• STERN Arno, Aspects et technique de la Peinture d'enfants, éd. Delachaux & Niestlé, 1956.
• STERN Arno, Compréhension de l'Art enfantin, préface de Françoise DOLTO, éd. Delachaux & Niestlé, 1959.
• STERN Arno, Une grammaire de l'Art enfantin, éd. Delachaux & Niestlé, 1966.
• STERN Arno, L'Expression ou l'Homo Vulcanus, éd. Delachaux & Niestlé, 1973.
• STERN Arno, Le Monde des Autres, éd. Delachaux & Niestlé, 1974.
• STERN Arno, Antonin ou la Mémoire organique, éd. Delachaux & Niestlé, 1978.
• STERN Arno, Les Enfants du Closlieu, éd. Hommes & Groupes, 1989/2007.
• STERN Arno, Heureux comme un enfant qui peint, éd. du Rocher, préface d'Albert JACQUART, photographies de Peter LINDBERGH.
• STERN Arno, Le Jeu de peindre, Actes Sud, 2011.
• STERN Arno, L'Âge d’or de l'Expression, Desclée de Brouwer, 2014.

VIDÉOS :

Hommage rendu à Arno Stern en Sorbonne le 9 septembre 2019 : une conférence d'Arno Stern précédée par les discours du Président de l'université la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, d'un représentant de la Commission nationale française pour l'UNESCO, d'André Stern, d'Anaïs Frantz et de Zelda Egler :
- Discours d'hommage précédant la conférence : voir la vidéo
- Conférence d’Arno Stern en Sorbonne, 9 septembre 2019 : voir la vidéo


SOUTIENS :

• Direction des Affaires Internationales (DAI) & Commission de la Recherche (CR) [Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3]
• Institute for the International Education of Students (IES), Paris


Sous le patronage de la Commission nationale française pour l'UNESCO