Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


DÉMOCRATIE OU BARBARIE

LA POLITIQUE EN TEMPS DE CRISE


DU VENDREDI 25 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 1er OCTOBRE (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]


Blue segment, Vassily Kandinsky, 1921


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Samuel GODOT


ARGUMENT :

La démocratie s'érode, lentement ou brutalement, partout sur le globe. Dans le même temps, des résistances s'organisent, des expérimentations se déploient, des brèches s'ouvrent. Si la démocratie est un régime politique, avec ses institutions, ses procédures et ses dispositifs, elle est aussi un imaginaire articulé autour d'une idée radicale de l'égalité et d'un ensemble de pratiques insurgeantes, telles que des occupations de places, les manifestations interdites ou des zones à défendre.

Comment la démocratie résiste-t-elle aux crises actuelles ? Comment se réinvente-t-elle dans les interstices des institutions ? Ces questions seront au cœur de ce colloque. Pour y répondre, des historiens, des sociologues, des philosophes, des anthropologues et des politistes poseront un regard critique sur des expériences passées et contemporaines. Les échanges se focaliseront sur les nouvelles formes d'agir en commun, les pratiques infra-politiques et les résistances sensibles.

Une place particulière sera accordée aux doctorant. Deux soirées spéciales seront consacrées à l'écrivain Arno Bertina et à la documentariste Hind Meddeb, pour appréhender les récits de la démocratie. Ce colloque est ouvert à toutes celles et ceux qui refusent de céder à la sidération, et veulent comprendre — et transformer — ce que démocratie veut dire.


MOTS-CLÉS :

Citoyenneté, Crises politiques, Délibération, Démocratie, Dérives autoritaires, Désobéissance civile, Égalité, Infra-politique, Militantisme, Mobilisations politiques


CALENDRIER PROVISOIRE (06/03/2026) :

Vendredi 25 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 26 septembre
Matin
BASCULEMENTS AUTORITAIRES ET NATIONAL-CONSERVATISMES | Animation : Yohann AUCANTE
Stéphanie TAWA LAMA : Le grand bond en arrière de la démocratie indienne
Aurélien MONDON : La construction du peuple réactionnaire
Nitzan PERELMAN-BECKER : Democraticwashing : le rôle du discours politique dans l'érosion démocratique

Après-midi
IMAGINAIRES DÉMOCRATIQUES | Animation : Federico TARRAGONI
Manuel CERVERA-MARZAL & Bruno FRÈRE : Ensauvager la démocratie ? Une sociologie dans la chair des conflits
Déborah COHEN : Inventer la démocratie par le bas : les conceptions de la démocratie dans les pétitions envoyées à l'Assemblée au début de la Révolution française (1789-1793)
Gérard BRAS : Manières d'être démocratiques : peuple souverain et exercice de la souveraineté
Estelle FERRARESE : Contre-feu. Pour une critique de l'intensité


Dimanche 27 septembre
Matin
POST-DÉMOCRATIES ET INSTITUTIONS EN TENSION | Animation : Pascale DEVETTE
Martin CONWAY : Crise et renouveau : réflexions sur le paysage "post-démocratique" en Europe
Michèle RIOT-SARCEY : La démocratie impossible ou la représentation politique en marche
Yohann AUCANTE : Démocratie fossile vs démocratie climatique : conflits et mobilisations autour du pétrole en Norvège
Benjamin LEMOINE : Le pouvoir de la finance : à l'ombre et aux limites de la démocratie

Après-midi
EXPÉRIMENTATIONS DÉMOCRATIQUES ET PRATIQUES INSURGENTES | Animation : Gérard BRAS
Sixtine VAN OUTRYVE D'YDEWALLE : Face à l'extrême droite, l'assemblée populaire comme arène alternative
Dan FURUKAWA MARQUES : Planification démocratique et autogestion : le modèle d'"organicité" du Mouvement des sans terre (MST) du Brésil
Claire BÉNIT-GBAFFOU : Activistes au sein des institutions municipales : Johannesburg et Marseille
Samuel HAYAT : Une antipolitique démocratique est-elle possible ? Penser les résistances à la politisation

Soirée
"Littérature et démocratie", avec Arno BERTINA


Lundi 28 septembre
Matin
CRISES GLOBALES ET ÉCOLOGIES POLITIQUES | Animation : Antoine CHOLLET
Maristella SVAMPA : Récits de la crise socio-écologique et démocratie. Un regard depuis le Sud global
Pascale DEVETTE : Politiques de la déprise : démocratie et écologie
Fu TONG : Une démocratie barbare : Tocqueville dans le monde actuel
Cristobal BALBONTIN : De Agon à Polemos : la descente aux enfers de la démocratie

Après-midi
Table ronde de jeunes chercheurs-doctorants, avec Tam BLONDIAU-LEBEAU [Les éco-citoyens et la question du logement : la participation à l'aménagement du territoire au prisme de la classe, de la race et du genre], Étienne FURRER, Valentina NAVA, Ulysse RABATÉ et Arthur ROUSELLE

Soirée
Projection du documentaire Soudan, souviens-toi, en présence de la réalisatrice Hind MEDDEB


Mardi 29 septembre
Matin
DÉTENTE

Après-midi
"HORS LES MURS" — À L'IMEC (Abbaye d'Ardenne, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe)


Mercredi 30 septembre
Matin
ÉMOTIONS, VULNÉRABILITÉS, MÉMOIRES DÉMOCRATIQUES | Animation : Dan FURUKAWA MARQUES
Célia ROMULUS : Mémoires de la violence politique et démocratie
Jan IFVERSEN : Nouvelles formes d’agence démocratique : les travailleuses migrantes du secteur du soin en tant qu'agents épistémologiques
Martin DELEIXHE : Entre auto- et in-détermination : la démocratie vue depuis l'exil

Après-midi
CRISES, CONFLIT ET TEMPORALITÉ | Animation : Martin DELEIXHE
Antoine CHOLLET : Quels présents pour la démocratie ?
Federico TARRAGONI : Gramsci : éclaireur et boussole de la démocratie en temps de crise
John KRINSKY : Entre et au-delà deux crises démocratiques à New York : les stratégies du mouvement actuel dans une perspective historique


Jeudi 1er octobre
Matin
Rapports d'étonnement des doctorants, avec Tam BLONDIAU-LEBEAU, Étienne FURRER, Valentina NAVA, Ulysse RABATÉ et Arthur ROUSELLE

Discussion générale et conclusion des directeurs

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Manuel CERVERA-MARZAL : Ensauvager la démocratie ? Une sociologie dans la chair des conflits, avec Bruno FRÈRE
Cette communication propose de discuter les fondements et les enjeux d'une "sociologie charnelle", conçue comme une tentative de dépassement des apories contemporaines de la sociologie critique et de la sociologie pragmatique. Partant du constat d'un double risque — celui d'une critique surplombante reconduisant le magistère du savant, et celui d'un pragmatisme descriptif neutralisant la conflictualité sociale — nous défendons l'hypothèse d'une critique constructive, engagée dans la chair du social. Inspirée notamment par la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty et par certaines relectures critiques de Marx, Bourdieu et Boltanski, la sociologie charnelle assume l'imbrication du scientifique et du politique. Elle vise à décrire et renforcer, avec les acteurs, des pratiques et des collectifs déjà porteurs d'émancipation, sans renoncer à l'analyse des rapports de domination ni à l'exigence de scientificité.

Manuel Cervera-Marzal est sociologue, chercheur qualifié FNRS à l'université de Liège, où il dirige le laboratoire Pragmapolis. Ses recherches portent sur les contestations sociales, les partis politiques, la théorie de la démocratie et l'épistémologie des sciences sociales. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels Le populisme de gauche (La Découverte, 2021), Résister. Petite histoire des luttes contemporaines (Éditions 10/18, 2022) et Pour une démocratie sauvage (co-écrit avec Bruno Frère, La Découverte, 2026).

Déborah COHEN : Inventer la démocratie par le bas : les conceptions de la démocratie dans les pétitions envoyées à l'Assemblée au début de la Révolution française (1789-1793)
La démocratie n'a pas seulement été pensée et élaborée à partir des œuvres philosophiques et des discours d'assemblée, elle a fait l'objet d'appropriations et de propositions populaires dont la mise au jour permet de tracer le tableau d'une vivacité démocratique par en bas. Dans les pétitions envoyées aux assemblées révolutionnaires se lisent la dignité politique retrouvée et la volonté populaire de contribuer au débat en dénonçant les violations du droit mais aussi en proposant des évolutions juridiques ou pratiques.

Déborah Cohen est Maîtresse de conférences HdR en histoire moderne à l'université de Rouen Normandie. Elle travaille sur la pensée politique populaire au XVIIIe siècle et en Révolution. Son prochain ouvrage, issu de son HdR, portera sur les dénonciations en Révolution.

Pascale DEVETTE : Politiques de la déprise : démocratie et écologie
La crise écologique impose de repenser en profondeur les formes de la démocratie, non seulement au niveau des institutions, mais aussi du type de subjectivité qu'elles présupposent et produisent. Cette communication propose d'explorer l'hypothèse selon laquelle une véritable démocratie écologique suppose des politiques de la déprise, c'est-à-dire des pratiques individuelles et collectives de détachement à l'égard des logiques de maîtrise, de croissance et d'appropriation qui structurent nos imaginaires politiques modernes.

Pascale Devette est professeure agrégée de théorie politique à l'université de Montréal et responsable des programmes en études féministes, des genres et des sexualités. Spécialiste des pensées critiques contemporaines, elle explore les liens entre éthique et politique. Ses recherches portent également sur la décroissance, l'attention, les formes de domination et les pratiques d'émancipation. Elle dirige le Centre de recherche sur les politiques et le développement social (CPDS). Son dernier livre, Devenir inutile. Pour une philosophie politique de la démission (2025, Éditions de la rue Dorion), propose une pensée radicale du détachement comme geste politique.

Federico TARRAGONI : Gramsci : éclaireur et boussole de la démocratie en temps de crise
Cent ans après son arrestation en novembre 1926, Gramsci est désormais devenu une référence des sciences sociales critiques, dont la pensée est souvent réduite au poncif de la guerre culturelle. En réalité, une dimension centrale de son œuvre, singulièrement inexploitée, est la démocratie. Gramsci déconstruit et recompose les idéologies du XXe siècle — le libéralisme, le socialisme, le nationalisme, le républicanisme, le communisme — pour inventer une nouvelle manière "moléculaire" d'appréhender la démocratie. En la définissant, au plus loin d'un régime politique ou d'un type de gouvernement, comme le "passage moléculaire des groupes dirigés au groupe dirigeant", il introduit une problématique inédite : quels sont les processus socio-historiques qui favorisent le passage des groupes sociaux de la passivité à l'activité, de l'hétéronomie à l'autonomie, de la domination à l'émancipation ?

Federico Tarragoni est professeur de sociologie politique à l'université de Caen Normandie, membre junior de l'Institut Universitaire de France et fondateur du Centre de recherches interdisciplinaires sur le politique (CRIPOLIS) de l'université Paris Cité. Spécialiste du populisme et des mouvements de radicalisation de la démocratie, il a été titulaire de la chaire "Democracy" de l'Alliance universitaire européenne Circle U. Il a notamment publié L'Énigme révolutionnaire (Les Prairies ordinaires, 2015), L'esprit démocratique du populisme. Une nouvelle analyse sociologique (La Découverte, 2019) et Émancipation (Anamosa, 2021).


Yohann AUCANTE : Démocratie fossile vs démocratie climatique : conflits et mobilisations autour du pétrole en Norvège
La Norvège, pays de 5 millions d'habitants à la tête du plus grand fonds souverain de la planète, qui est sur le point d'immatriculer 100% de véhicules neufs non thermiques, est l'une des rares démocraties à générer l'essentiel de sa richesse à partir des énergies fossiles tout en s'étant paradoxalement constituée une réputation internationale favorable dans le champ de l'environnement et du climat. Depuis une quinzaine d'années, la nature des mobilisations contre les fossiles en Norvège a foncièrement changé en s'attaquant notamment à l'État lui-même y compris par voie judiciaire jusqu'au niveau européen et avec une certaine mesure de succès. Une opposition entre plusieurs formes et normes de démocratie — fossile et climatique — apparaît dans ce contexte.

Yohann Aucante est politiste, Directeur d'études à l'EHESS, Directeur du Centre sur les savoirs du politique (CESPRA), auteur de "La démocratie sociale face à la "Big Tech" : comprendre la grève historique des syndicats contre Tesla inc.", Pouvoirs, 2025, n°195, p. 91-103 ; The Swedish Experiment : The Covid-19 Response and its Controversies, Bristol, Bristol University Press, 2022.

Cristobal BALBONTIN
Cristobal Balbontin est sociologue et politiste, chercheur associé à l'Universidad de Chile et à plusieurs réseaux internationaux sur les mouvements sociaux. Ses travaux portent sur les mobilisations politiques, les transformations de la gauche latino-américaine et les dynamiques de contestation dans les démocraties contemporaines.

Claire BÉNIT-GBAFFOU
Géographe et urbaniste, professeure associée à Aix-Marseille Université (département de géographie, aménagement et environnement). Ses recherches portent sur la politique urbaine, la gouvernance des villes et les formes d'activisme institutionnel, notamment en Afrique du Sud et dans les villes du Sud global. Elle a récemment publié Local Officials and the Struggle to Transform Cities (2024).

Arno BERTINA
Arno Bertina est écrivain et dramaturge français. Auteur de romans, récits documentaires et essais mêlant littérature et enquête sociale, il s'intéresse notamment aux luttes sociales et aux marges du monde du travail. Parmi ses livres figurent Des châteaux qui brûlent (2017) et Ceux qui trop supportent (2021).

Gérard BRAS : Manières d'être démocratiques : peuple souverain et exercice de la souveraineté
Nous partirons de la déclaration d'Élisa Locon, dans son discours d'ouverture de la Constituante chilienne, le 5 juillet 2021 : "nous installons ici une manière d'être (manera de ser) plurielle, une manière d'être démocratique, une manière d'être participative" pour tâcher d'élaborer ce concept afin d'éclairer les contradictions inhérentes à la démocratie des modernes. Sous cet aspect, l'examen de la contradiction entre les deux termes, souvent confondus, de "Peuple souverain", principe ou fondement des institutions démocratiques et la "souveraineté populaire", pratiques collectives, effectives ou absentes en telle conjoncture historique, servira d'axe de l'intervention. Introduire le concept de "manières d'être" c'est poser la question de la constitution de puissances populaires capables de durer, de ne pas s'épuiser dans l'événement de leur surgissement.

Gérard Bras est philosophe, professeur (honoraire) en Première supérieure, ancien Directeur de programme au Collège International de Philosophie et Président de l'Université Populaire des Hauts-de-Seine. Il est l'auteur de Les voies du peuple (Éditions Amsterdam, 2018).

Antoine CHOLLET : Quels présents pour la démocratie ?
Les critiques qui sont adressées à la démocratie la condamnent toujours à l'éternelle médiocrité d'un présent privé soit des exemples édifiants du passé, soit d'une vision consolante de l'avenir. Nous montrerons que le régime d'historicité propre à la démocratie est bien centré sur le présent, mais qu'il repose en réalité sur des présents, qui à leur tour construisent des rapports spécifiques avec passés et futurs. Nous examinerons quelle articulation peut s'instituer entre ces différents présents — kaïros grec, présent/ce d'une assemblée, Jetztzeit chez Walter Benjamin, "pas-encore" chez Ernst Bloch, utopie chez Miguel Abensour, entre autres — et si les différents temps qu'ils supposent sont compatibles entre eux.

Antoine Chollet est enseignant-chercheur en pensée politique au Centre Walras-Pareto de l'université de Lausanne. Il travaille sur les théories de la démocratie, le populisme, le nationalisme et la pensée politique contemporaine. Il prépare un ouvrage sur les Landsgemeinden, assemblées citoyennes des cantons suisses.

Martin CONWAY : Crise et renouveau : réflexions sur le paysage "post-démocratique" en Europe
Nous vivons depuis la fin du XXe siècle une évolution profonde des structures et mentalités de la démocratie en Europe. Je ne veux pas présenter une étude historique des origines multiples de ces évolutions. Je veux plutôt interroger les dynamiques des nouvelles pratiques de la démocratie qui émergent en Europe. La démocratie est toujours en évolution, et je trouve l'évocation d'une "crise" de la démocratie contemporaine trop simpliste. Ce n'est pas le danger d'un effondrement de la démocratie qui s'annonce (et qui reflète trop souvent l'attitude nostalgique des cadres de la démocratie d'hier), mais plutôt une transformation des structures et de normes de la démocratie : l'intégration d'une droite radicale, la marginalisation des structures représentatives, un langage démocratique plus populaire et moins poli, une évolution vers une démocratie plus personnalisée avec des réformes constitutionnelles vers une présidentialisation du pouvoir.

Martin Conway est professeur d'histoire européenne contemporaine à l'université d'Oxford. Il est l'auteur de nombreux travaux portant sur différents aspects de l'histoire européenne du XXe siècle, notamment deux ouvrages consacrés à la Belgique du milieu du siècle, ainsi qu'une étude sur l'âge démocratique de l'Europe occidentale, 1945-168 (Princeton, 2020). Son livre le plus récent (avec Camilo Erlichman) a été publié par CUP en 2024 : Social Justice in Twentieth-Century Europe. Il est actuellement président du conseil de la Faculté d'histoire à Oxford et travaille à une étude sur les hommes politiques dans l'Europe du XXe siècle.

Martin DELEIXHE : Entre auto- et in-détermination : la démocratie vue depuis l'exil
Considérée depuis le point de vue de celles et ceux qui lui sont étrangers mais cherchent à en devenir membre, la communauté démocratique offre un visage paradoxal. Sa capacité à se donner ses propres lois est ce qui fait son attrait. C'est parce que les exilés reconnaissent et louent cette capacité, propre à la démocratie, de forger un destin collectif qu'ils cherchent à la rejoindre. Mais cette autodétermination s'accompagne d'une part incompressible d'exclusion. Car, pour se doter d'un destin collectif, il est indispensable de définir au préalable les contours de cette entité démocratique. Cette aporie, désignée dans la théorie démocratique comme le "boundary problem", est traditionnellement présentée comme insurmontable. J'aimerais dépasser ce constat fataliste. Car la démocratie est aussi et indissociablement le régime politique qui place la conflictualité au centre de sa vie publique et reconnaît par voie de conséquence qu'il n'existe pas d'ordre ultime, de fondation dernière ou de principe directeur qui guide son action. Ce faisant, elle témoigne du fait qu'elle se caractérise tant par son in-détermination constitutive que par sa faculté d'auto-détermination. Une telle démocratie, ouverte sur l'imprévisible, est — comme je chercherai à l'exposer — conceptuellement plus outillée pour envisager la construction d'une solidarité avec les exilés.

Martin Deleixhe est chargé de cours à l'université libre de Bruxelles depuis 2021. Il a mené des projets de recherche à l'université d'Oxford, à la KULeuven et à la Sorbonne. Il a également enseigné en tant que professeur invité à Sciences Po Lille et à l'université de Vienne. Ses recherches portent principalement sur les théories de la démocratie et sur leur rapport aux questions migratoires comme à l'intégration européenne.

Estelle FERRARESE : Contre-feu. Pour une critique de l'intensité
Face aux attaques auxquelles sont actuellement soumises les institutions démocratiques, de nombreuses voix plaident pour une démocratie définie comme vertu, engagement, voire passion. Elle serait d'abord une expérience, elle rassemblerait un ensemble de mœurs, allant de la critique à la civilité, ou encore elle serait porteuse de l'exigence d'une expression fidèle de soi. Selon ces conceptions, la politique n'est pas une sphère particulière distincte de la vie, elle ne se loge pas dans une activité particulière. Et la démocratie est une forme de vie, c'est-à-dire une forme émergeant des différents bords de nos existences. En même temps, la question de la démocratie semble devenir une question d'intensité, la forme de vie démocratique reposant sur la multiplication et l'investissement de certaines pratiques en ferveur. Il est alors postulé qu'il existe un seuil minimum de vivacité au-delà duquel se déploie la vraie démocratie. Un tel a priori est contestable, parce qu'il implique que les menaces planant sur la démocratie ne peuvent être qu'endogènes et coïncident très exactement avec la possibilité d'une décrue de l'intensité des pratiques, d'une déflation de la ferveur. C'est là un diagnostic que l'on peut contester de bien des manières. Les rapports de production, les puissances imposées par l'histoire ou la technique, bref toutes les forces qui ne s'originent pas dans des pratiques politiques mais qui déterminent les vies des individus dans leur dos, mais encore la pure brutalité, ne sont en rien éliminées par une vie menée dans l'habitation des pratiques et des mœurs démocratiques.

Estelle Ferrarese est professeure de philosophie à l'université de Picardie Jules Verne, et membre de l'Institut Universitaire de France. Elle a été professeure invitée à la New School for Social Research à New York, et lauréate de la Fondation Alexander von Humboldt à la Humboldt Universität. Elle est notamment l'auteure de Une philosophie des sanglots, Rivages, 2025 ; Le Marché de la vertu. Critique de la consommation éthique, Vrin, 2023 ; Vulnerability and Critical Theory, Brill, 2018 ; La Fragilité du souci des autres. Adorno et le care, Éditions de l'ENS, 2018 ; Éthique et politique de l'espace public. Habermas et la discussion, Paris, Vrin, 2015.

Bruno FRÈRE : Ensauvager la démocratie ? Une sociologie dans la chair des conflits, avec Manuel CERVERA-MARZAL
Cette communication propose de discuter les fondements et les enjeux d'une "sociologie charnelle", conçue comme une tentative de dépassement des apories contemporaines de la sociologie critique et de la sociologie pragmatique. Partant du constat d'un double risque — celui d'une critique surplombante reconduisant le magistère du savant, et celui d'un pragmatisme descriptif neutralisant la conflictualité sociale — nous défendons l'hypothèse d'une critique constructive, engagée dans la chair du social. Inspirée notamment par la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty et par certaines relectures critiques de Marx, Bourdieu et Boltanski, la sociologie charnelle assume l'imbrication du scientifique et du politique. Elle vise à décrire et renforcer, avec les acteurs, des pratiques et des collectifs déjà porteurs d'émancipation, sans renoncer à l'analyse des rapports de domination ni à l'exigence de scientificité.

Bruno Frère est directeur de recherches honoraire au FNRS et professeur à l'université de Liège. Ses recherches portent sur la sociologie critique et les théories de l'émancipation, ainsi que l'épistémologie des sciences sociales.

Dan FURUKAWA MARQUES : Planification démocratique et autogestion : le modèle d'"organicité" du Mouvement des sans terre (MST) du Brésil
Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST) est l'un des mouvements sociaux les plus étudiés de l'histoire. Ayant fêté son 40e anniversaire en janvier 2024, le MST est composé d'environ 1,5 million de paysans, vivant dans plus de 2000 communautés agricoles permanentes. Il a développé un réseau de plus de 2000 écoles primaires et secondaires, des centaines de cliniques de santé communautaires, une école nationale et des centaines de coopératives et d'associations agricoles. De plus, il compte actuellement plus de 90000 familles occupant des terres dans tout le pays. Pourtant, très peu d'études ont tenté de décrire en détail comment le MST s'autogouverne. Présent dans 24 États brésiliens (sur 27) et affinant son modèle de gouvernement, depuis des décennies, le MST a développé une forme de planification démocratique et d'autogestion des plus sophistiquées, combinant des processus décisionnels verticaux et horizontaux, articulant de manière originale responsabilités individuelles et collectives, tout en essayant toujours d'empêcher la concentration du pouvoir et la domination. Basée sur une ethnographie multisite s'étirant sur plusieurs années, cette communication présentera ainsi l'"organicité" du MST.

Dan Furukawa Marques est professeur agrégé au département de sociologie de l'université Laval. Ses travaux portent sur la construction de communautés coopératives et de subjectivités politiques, ancrées dans le travail collectif, la démocratie, l'économie solidaire et les communs. Il a dirigé l'ouvrage Politique des communs. Expérimenter, transformer, instituer (Presses de l'université Laval, 2026) et co-dirigé les ouvrages L'Amérique latine en transformation. Mobilisation et citoyenneté (PUM, 2024) et New Democratic Initiatives in 21st Century Authoritarian Latin America (Rowman & Littlefield, 2025).

Samuel HAYAT : Une antipolitique démocratique est-elle possible ? Penser les résistances à la politisation
La démocratie est souvent présentée comme le régime par excellence, voire le seul, à réaliser la politique en un sens fort. Pourtant, la politique et la politisation ne sont des valeurs positives que pour un nombre restreint de personnes, qui ont un intérêt spécifique pour la politique. À l'inverse, le peuple de la démocratie n'est pas nécessairement un peuple politique ou qui apprécie la politique. Des sans-culottes aux gilets jaunes, les soulèvements populaires se sont souvent faits au nom d'une volonté de contrôler, d'empêcher, voire de mettre fin à une activité vue comme néfaste, et qualifiée de politique. Retrouver le sens des résistances à la politisation, c'est alors se donner les moyens de penser une autre démocratie, qui se déploie non pas dans, mais contre la politique.

Samuel Hayat est chargé de recherche du CNRS en science politique au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF). Il travaille sur la représentation politique et sur les révolutions du XIXe siècle, au croisement de la théorie politique et de l'histoire des idées. Il a notamment publié Démocratie (Anamosa, 2020).

Jan IFVERSEN : Nouvelles formes d’agence démocratique : les travailleuses migrantes du secteur du soin en tant qu'agents épistémologiques
En Occident, la politique est absorbée par la crise migratoire. L'intégration et l'exclusion constituent les technologies dominantes. Les migrants et leurs descendants agissent cependant en coulisses, de manière infrapolitique (cf. Scott), tout en mobilisant leurs compétences transculturelles sous la forme d'une capacité d'agir politique. Je propose ici d'observer comment les travailleuses migrantes du secteur du soin — principalement des femmes employées dans un secteur gériatrique en crise — peuvent se constituer en agents épistémologiques, capables de transformer les paradigmes et les pratiques dominants. Lorsqu'elles assument un tel rôle, elles exercent une mise en question susceptible d'entraîner des transformations institutionnelles. Cette activité peut ainsi être comprise dans le prolongement de la conception fondamentale de la créativité démocratique et de son inconditionnalité chez Lefort et Castoriadis. Mes observations reposent sur une collaboration avec des étudiants aides-soignants et des Instituts de Formation d'Aide-Soignant (IFAS) au Danemark.

Jan Ifversen est professeur en études globales et européennes à l'École de culture et société de l'université d'Aarhus. Il est spécialisé dans les politiques de l'identité européenne, l'histoire conceptuelle, la transculturalité, l'héritage colonial et l'analyse du discours. Il a obtenu son doctorat en études culturelles à l'université d'Aarhus.

John KRINSKY : Entre et au-delà deux crises démocratiques à New York : les stratégies du mouvement actuel dans une perspective historique
Le contraste entre l'élection de Zohran Mamdani à New York et les atteintes à la démocratie au niveau national révèle une dynamique plus profonde au sein de la vie politique américaine. Ce contexte politique, où les politiques d'austérité sont renforcées par la répression, offre un éclairage idéal sur les défis que doit relever une stratégie émergente de "cogouvernance" au niveau local.

John Krinsky est politologue au City College de New York, spécialiste des mouvements sociaux, du travail précaire et de la politique urbaine. Il est l'un des fondateurs de la revue Metropolitics et cofondateur de la NYC Community Land Initiative.

Benjamin LEMOINE
Benjamin Lemoine est sociologue, chargé de recherche au CNRS au sein de l'IRISSO (Université Paris-Dauphine-PSL). Spécialiste de la dette publique et des relations entre États et marchés financiers, il analyse les transformations de la souveraineté économique à l'ère de la finance globalisée. Il est notamment l'auteur de L'ordre de la dette (2016) et La démocratie disciplinée par la dette (2022).

Aurélien MONDON : La construction du peuple réactionnaire
Cette intervention a pour but de mettre en lumière la manière dont "le Peuple", en tant que signifiant vide, a été construit et tenu responsable de la résurgence des politiques réactionnaires. Elle se concentrera sur comment cette construction a détourné l'attention des échecs de l'élite libérale et de son rôle dans le recul démocratique, conféré une crédibilité démocratique injustifiée à l'extrême droite et à ses politiques tout aussi élitistes, discrédité d'autres alternatives par le biais des "hypes" populiste, illibérale et sur la polarisation.

Aurélien Mondon est professeur en science politique à l'université de Bath. Sa recherche se concentre principalement sur l'impact du racisme et du populisme sur les démocraties libérales, ainsi que la normalisation des discours d'extrême droite. Il est co-directeur du Reactionary Politics Research Network (Réseau de Recherche sur les Politiques Réactionnaires).

Valentina NAVA
Valentina Nava est doctorante en sociologie politique au Laboratoire de Changement Social et Politique (Université Paris Cité). Sa thèse, sous la direction de Federico Tarragoni, porte sur le vote au parti d'extrême droite Fratelli d'Italia dans une région anciennement communiste et antifasciste. Elle a été visiting scholar à l'Université de California Berkeley, et à la Scuola Normale Superiore de Florence.

Nitzan PERELMAN-BECKER : Democraticwashing : le rôle du discours politique dans l'érosion démocratique
Cette intervention interrogera un paradoxe central des régimes tenus pour démocratiques : l'érosion des principes libéraux s'y déploie rarement contre la démocratie, mais en son nom, à travers le discours politique. Elle analysera comment des initiatives qui affaiblissent les contre-pouvoirs, restreignent les droits des minorités ou redéfinissent les frontières de la liberté d'expression, sont légitimées par un vocabulaire démocratique mobilisé comme ressource stratégique. À travers le concept de democraticwashing, elle mettra au jour un processus de redéfinition interne des normes démocratiques, au sein duquel la démocratie devient le langage même de sa propre transformation. Loin d'être uniforme, ce phénomène dépend des représentations historiques, politiques et symboliques dominantes de la démocratie dans chaque contexte national. Comprendre ces variations permet d'éclairer les recompositions contemporaines de la légitimité démocratique et les nouvelles formes de conflictualité politique qu'elles produisent.

Docteure en sociologie politique de l'université Paris Cité, Nitzan Perelman-Becker est l'autrice de Anatomie de la droite israélienne (Amsterdam, octobre 2026). Elle est également co-autrice du documentaire Israël, les ministres du chaos (Arte, 69 minutes), cofondatrice du collectif de recherche Yaani et membre du projet ANR CHOICE - Challenging the Hegemonic Order : The Israeli Case Examined (CNRS/CENS).

Michèle RIOT-SARCEY : La démocratie impossible ou la représentation politique en marche
Cette intervention partira des questions d'actualité relatives à de ce qu'il est convenu d'appeler la crise de la représentation démocratique qui sévit dans les pays se réclamant de l'universelle liberté. Afin de suivre, à rebours, le chemin parcouru par la pratique politique fondée sur une instrumentalisation des espoirs démocratiques, mais aussi sur une adhésion à l'idée de représentation citoyenne. Nous présenterons une réflexion sur les mots, leurs sens et l'historicité de leurs usages. Ainsi saisirons-nous la mise en acte de l'idée de représentation, pensée comme une nécessité de l'Angleterre à la France dans une modernité marquée par les antagonismes sociaux. Ceux-ci furent largement portés par l'utopie de la démocratie vraie selon les expressions surgies dans les moments où le principe espérance participait de la fabrique du mouvement de l'histoire. La démocratie sera alors analysée dans sa triple dimension : son rejet car perçue comme l'équivalent du chaos social ; son instrumentalisation à travers la pratique de la délégation de pouvoir ; a contrario, son attente où l'horizon nécessaire vécu comme un possible inaccessible, pour le moins entravé. Nous verrons alors comment s'entrelacent concrètement les notions de démocratie, d'émancipation, d'utopie, de liberté et de responsabilité.

Michèle Riot-Sarcey est historienne, professeure émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Spécialiste de l'histoire des utopies et des traditions démocratiques au XIXe siècle, elle a notamment publié Le procès de la liberté (2016) et L'utopie au XIXe siècle (2009).

Célia ROMULUS : Mémoires de la violence politique et démocratie
Cette présentation vise à partager des réflexions préliminaires concernant les enseignements tirés à la fois en matière de travail de mémoire et de recherche de réparations à la suite des périodes de violence politique en Haïti, sous le duvaliérisme (1957-1986), pendant le régime militaire de Cédras (1991-1994) mais également concernant les expériences de déplacements forcés du fait de la violence raciale (migrations haïtiennes vers le Canada dans les années 1960-1980).

Célia Romulus est professeure adjointe à l'Institut d'Études Féministes et de Genre ainsi qu'à l'École de Développement International et Mondialisation de l'université d'Ottawa. Sa recherche et son enseignement s'inspirent de l'éducation anti-oppression et antiraciste ainsi que des afroféminismes et du féminisme décolonial. Ils explorent des questions liées au genre, à la justice transitionnelle et aux politiques mémorielles, à la citoyenneté, à la violence politique.

Maristella SVAMPA : Récits de la crise socio-écologique et démocratie. Un regard depuis le Sud global
La polycrise civilisationnelle que nous traversons présente de multiples imbrications qui rendent sa résolution difficile. La crise n'est pas seulement environnementale, elle est aussi profondément politique et implique, entre autres, des processus de concentration des richesses, l'expansion des droites autoritaires et l'érosion des valeurs associées à la démocratie. Dans mon intervention, je propose de passer en revue certaines de ces dimensions clés de la polycrise, à partir de la présentation des différents récits de la crise socio-écologique : le récit catastrophiste ou dystopique, le récit technocratique-capitaliste, le récit réactionnaire-pancapitaliste de la fin et le récit relationnel-contre-hégémonique. D'autre part, je présenterai la vision construite à partir de l'Amérique latine, liée aux luttes écoterritoriales et à l'écologie politique, parmi lesquelles certains concepts-horizons sont utilisés pour aborder de manière plus globale la crise socio-écologique (Buen Vivir, Droits de la Nature, Transition écosociale juste et populaire).

Sociologue, militante et écrivaine, Maristella Svampa est argentine, chercheuse au Conicet et au Centre de documentation et de recherche sur la culture de gauche (CeDinCi), à Buenos Aires. Ses recherches portent sur la crise socio-écologique et l'extractivisme, les scénarios de transition écosociale, ainsi que des questions liées à la pensée critique. Elle a publié une vingtaine d'ouvrages, dont des essais et des romans. Son dernier livre est Policrisis. Cómo afrontar el vaciamiento de las izquierdas y la expansión de las derechas autoritarias (2025).

Stéphanie TAWA LAMA : Le grand bond en arrière de la démocratie indienne
Parler de barbarie dans le contexte indien évoque immédiatement la "mission civilisatrice" invoquée par les Britanniques comme justification de la colonisation. La démocratie indienne a été construite par le mouvement anti-colonial comme une réponse à cet argument. B.R. Ambedkar déclare en 1948 que "la démocratie en Inde n'est qu'un engrais de surface sur un terreau indien qui est foncièrement non-démocratique" et la Constitution, rédigée sous sa houlette et promulguée en 1950, vise à transformer la société par la politique. Au cours des décennies suivantes, la démocratie indienne a su affronter des défis gigantesques (pauvreté, inégalités, diversité) et produire quelques réussites majeures — notamment l'institutionnalisation de l'égalité politique à travers le processus électoral. Mais depuis que le nationalisme hindou est arrivé au pouvoir avec Narendra Modi, en 2014, la démocratie indienne subit une érosion sévère. Je propose d'examiner deux aspects en particulier, la réintroduction d'une forme de cens et la délégitimation des élections, pour réfléchir au futur de cette expérience démocratique majeure — qui ressemble à son passé.

Stéphanie Tawa Lama est politiste, directrice de recherche au CNRS rattachée au Centre d'études sud-asiatiques et himalayennes (CEIAS, EHESS). Ses travaux portent sur la démocratie indienne, la représentation politique, la participation citoyenne et la gouvernance urbaine. Elle est notamment l'autrice de Les avatars de la participation en Inde. Formes et ambiguïtés de la démocratie participative (2018).

Fu TONG : Une démocratie barbare : Tocqueville dans le monde actuel
À la fin de La démocratie en Amérique, Tocqueville souligne d'une part que toutes les nations s'orientent inévitablement vers la démocratie, et d'autre part, il invite ces nations à faire leur propre choix entre les lumières et la barbarie. Cela signifie que, selon lui, la démocratie et la barbarie ne s'excluent pas. Ou plutôt, il considère même que la démocratie recèle des éléments de barbarie. Cela tient à la perspective singulière à partir de laquelle il envisage la démocratie : pour lui, elle est d'abord et essentiellement un état social défini par l'égalité des conditions, et seulement ensuite un régime politique. Or, si l'on adopte son point de vue pour observer le monde actuel, on constate que : 1. Quel que soit le régime politique adopté par les pays aujourd'hui, les différences entre leurs états sociaux sont en réalité moins marquées que nous ne l'imaginons ; 2. Ce qui permet de résister à la barbarie, en fin de compte, ce sont les lumières, et non la démocratie en tant que régime politique. L'état social démocratique ressemble à l'état de nature, d'où la prédominance de l'individualisme ; pourtant, il n'est pas l'état de nature, ce qui explique le règne des idées générales. L'individualisme et les idées générales déchirent l'esprit et le cœur des hommes démocratiques. Seules les lumières, en réconciliant cette guerre interne, peuvent préserver la démocratie d'une chute dans la barbarie.

Fu Tong est docteur en philosophie à l'université Paris Cité, assistant professor à l'Université Xi'an Jiaotong.

Sixtine VAN OUTRYVE D'YDEWALLE
Sixtine Van Outryve D'Ydewalle est sociologue et chercheuse associée à l'université libre de Bruxelles (ULB), spécialisée dans l'étude des mobilisations sociales, des mouvements citoyens et des pratiques démocratiques contemporaines. Ses travaux portent notamment sur les formes d'engagement politique et les dynamiques de participation collective en Europe.


BIBLIOGRAPHIE :

• Miguel Abensour, La démocratie contre l'État, Paris, Le Félin, 2012.
• G. Agamben, A. Badiou, D. Bensaïd, W. Brown, J-L. Nancy, J. Rancière, K. Ross, S. Zizek, Démocratie, dans quel état ?, Paris, La Fabrique, 2009.
• Yohann Aucante, Les démocraties scandinaves. Des systèmes politiques exceptionnels ?, Paris, Armand Colin, 2013.
• Wendy Brown, Défaire le démos, Paris, Amsterdam, 2018.
• Luciano Canfora, La démocratie. Histoire d'une idéologie, Paris, Seuil, 2006.
• Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975.
• Francis Dupuis-Déri, Démocratie. Histoire politique d'un mot aux États-Unis et en France, Montréal, Lux, 2019.
• David Graeber, La démocratie aux marges, Paris, Flammarion, 2018.
• Joanna Innes, Mark Philp (Éd.), Re-Imagining the Democracy in the Age of Revolution. America, France, Britain, Ireland, 1750-1850, Oxford, Oxford University Press, 2013.
• Peter Mair, Ruling the Void. The Hollowing-Out of Western Democracy, London, Verso, 2013.
• Alfio Mastropaolo, La democrazia è una causa persa? Paradossi di un’invenzione imperfetta, Torino, Bollati Boringhieri, 2011.
• Chantal Mouffe, L'illusion du consensus, Paris, Albin Michel, 2016.


SOUTIEN :

• Université de Liège (ULiège)


PARTENAIRES :

• Centre des Savoirs sur le Politique - Recherches et Analyses (CESPRA, UMR 8036 CNRS–EHESS)
• Chaire de leadership en enseignement Alban D'Amours en sociologie de la coopération (CLEASC) | Université Laval (ULaval)
• École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
• Fonds de la recherche scientifique (FNRS)
• Institut universitaire de France (IUF)
• Université de Caen Normandie (UniCaen)


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


AUTOUR DU CNAM :

RÉINVENTER LA SINGULARITÉ DANS L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR


DU VENDREDI 18 SEPTEMBRE (19 H) AU MARDI 22 SEPTEMBRE (14 H) 2026

[ colloque de 4 jours ]



DIRECTION :

Michèle ANTOINE, Gilles GAREL, Christine MUSSELIN

Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Cesar JUNG-HARADA


ARGUMENT :

L'histoire du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) est celle d'une institution pionnière et singulière, sans équivalent dans l'enseignement supérieur. Il est créé par la Révolution française face à l'émergence d'un monde nouveau qui sera qualifié plus tard de révolution industrielle. Il s'agit alors de "perfectionner l'industrie nationale" en enseignant et en valorisant les arts mécaniques.

Des premiers "démonstrateurs" aux professeurs de chaires et aux enseignants-chercheurs d'aujourd'hui, le Cnam s'est adressé à des publics variés qui n'étaient pas ceux de l'université ou des écoles. En parallèle, le Cnam a développé des relations très tôt avec les industries. Son noyau d'origine est une collection d'objets techniques qui est devenue par la suite un musée (aujourd'hui Le musée des arts et métiers) et qui fut au fondement d'une pédagogique fondée sur la démonstration. Le Cnam a travaillé sur des sujets à la marge ou émergents, inventé des disciplines et innové dans les modalités pédagogiques.

Si l'héritage du Cnam est une référence, son identité est aujourd'hui fortement questionnée. L'histoire récente le rapproche progressivement du fonctionnement des universités. Les enjeux sociétaux, démographiques, écologiques, géopolitiques et industriels requestionnent l'horizon et la stratégie. Dans un monde traversé par de multiples crises, qu'est-ce que l'histoire du Cnam peut nous apprendre ? Que peut et doit apprendre le Cnam tout en affirmant et en préservant sa singularité ?


MOTS-CLÉS :

Chaires, Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Écoles, Enseignement supérieur, Industries, Innovations pédagogiques, Instituts, Musée des arts et métiers, Publics, Service public, Singularité, Universités


CALENDRIER PROVISOIRE (02/04/2026) :

Vendredi 18 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 19 septembre
CADRAGE GÉNÉRAL : LA "LONGUE TRAÎNE" DU CNAM
Matin
Bénédicte FAUVARQUE-COSSON : Propos d'accueil
Loïc PETITGIRARD : La longue histoire du Conservatoire
Armand HATCHUEL : Sur la singularité

Après-midi
DISPOSITIFS SINGULIERS D'INTERACTION AVEC LES MONDES PROFESSIONNELS
Des chaires et des instituts, table ronde animée par Gilles GAREL, avec Catherine DELGOULET [De l'ergonomie à l'Inetop], Michel LALLEMENT [Les chaires sur le travail au Cnam] et Catherine RADTKA [Histoire de l'Institut AéroTechnique]

La singularité des chaires : du passé à la prospective, table ronde animée par Christine MUSSELIN, avec Jean-François CONDETTE [De la chaire au poste : la structuration de l'enseignement supérieur en chaires et son progressif déclin (XIXe-XXe siècles)] et Gilles GAREL

Soirée
Ali SAÏB : L'institutionnalisation de la recherche au Cnam


Dimanche 20 septembre
LA SINGULARITÉ MUSÉALE
Matin
Interlude | Un musée au sein du Cnam : rappel historique en image, par Michèle ANTOINE

La pédagogie par l'objet, une singularité muséale, table ronde animée par Lucie MARINIER, avec Johannes-Geert HAGMANN, Olivier LABAT et Matthieu MONTÈS

Interlude | État des lieux de la muséologie des sciences et des techniques en France, par Bruno MAQUART

Sébastien SOUBIRAN : Musées, universités et recherche, la singularité des musées universitaires

Après-midi
LES PUBLICS DU CNAM
Introduction à la "frise universitaire" ou le temps de l'histoire des universités en France, par Christine MUSSELIN

Les publics du Cnam et la formation tout au long de la vie, table ronde animée par Larry BENSIMHON, avec Ariane FREHEL, Stéphane LEFEBVRE et Stéphane LEMBRÉ

Soirée
Mutations du monde du travail et formation professionnelle, table ronde animée par Gilles GAREL, avec Antoine FRÉROT et Florence PARLY


Lundi 21 septembre
PÉDAGOGIES CONTEMPORAINES & INTERNATIONAL
Matin
Ruptures pédagogiques actuelles, table ronde animée par Michèle ANTOINE, avec Larry BENSIMHON, Hicham EL HABTI, Sophie GUICHARD et Frédérique PAIN

Interlude datas | Universités, écoles et Cnam à l'international, par Christine MUSSELIN

Dialogue | Le déploiement international, entre Antoine BRICOUT [Le déploiement universitaire à l'international] et Karim MEDJAD [Internationalisation et singularité]

Après-midi
PARTIES PRENANTES & RÉSEAUX
Pascale HEURTEL : Relations au pouvoir politique

Interlude datas | Réseaux dans l'enseignement supérieur, par Christine MUSSELIN

Valérie CHARRIÈRE : Le Cnam, un établissement en réseau


Mardi 22 septembre
DÉBRIEF GÉNÉRAL, PROSPECTIF
Matin
Atelier de synthèse, restitution et perspectives, par Michèle ANTOINE, Gilles GAREL & Christine MUSSELIN

"World café", avec l'aide de Frédéric TOUVARD et d'un rapport d'étonnement d'Anne-Sophie DUBEY et des doctorants présents, et la participation de Cesar JUNG-HARADA

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Michèle ANTOINE
Michèle Antoine est la directrice du Musée des Arts et Métiers, après avoir été directrice des expositions notamment à Universcience (Paris) et à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (Bruxelles) et consultante en ingénierie culturelle à Montréal (Québec). Ses recherches menées sur le terrain du commissariat d'exposition ont porté essentiellement sur les enjeux discursifs de la mise en dispositif et en espace des concepts scientifiques et sur les questions d'interface contenu/visiteurs, en ce compris le rôle de la scénographie dans le cadre d'un design interprétatif.

Gilles GAREL
Gilles Garel est Professeur titulaire de la chaire de gestion de l'innovation du Cnam depuis 2011. Il a auparavant été Professeur à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée (aujourd'hui université Gustave Eiffel) et à l'École polytechnique pendant douze ans et a travaillé à l'université d'Ottawa (Canada). Ses recherches portent sur le management de l'innovation en lien direct avec des entreprises et des organisations innovantes. Au Cnam, il a cofondé et dirigé le Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l'action (Lirsa) et est depuis 2025 chercheur au laboratoire Histoire des technosciences en société (HT2S). Il est président de l'Assemblée des chaires du Cnam depuis 2024 et responsable du séminaire "Management de l'innovation" de l'École de Paris du management depuis 2023. Il est également co-réalisateur du jeu sérieux "Jouez l'innovation – Rêves de vélo" (2025).

Christine MUSSELIN
Christine Musselin est directrice de recherche CNRS émérite au Centre de Sociologie des Organisations (Sciences Po et CNRS). Elle mène des recherches comparatives sur la gouvernance des universités, les politiques de l'enseignement supérieur et les marchés du travail universitaires. Elle a dirigé le CSO de 2007 à 2013 puis assuré les fonctions de Vice-Présidente Recherche de Sciences Po de juin 2013 à fin 2018, puis de juillet 2024 à juillet 2025. Elle est notamment l'auteure de La longue marche des universités françaises (PUF, 2001), Le marché des universitaires. France, Allemagne, États-Unis (Presses de Sciences Po, 2005), La grande course des universités (Presses de Sciences Po, 2017), Propositions d'une chercheuse pour l'Université (Presses de Sciences Po, 2019).


Michel LALLEMENT : Les chaires sur le travail au Cnam
Cette contribution prendra place dans la première table ronde de la séquence consacrée aux dispositifs d'interaction avec les mondes professionnels. Il s'agira ici de répondre à la question de l'apport singulier des chaires sur le travail à notre compréhension de l'engagement productif, aux actions qu'elles ont pu inspirer et aux types de relations que ces chaires ont pu nouer, depuis le début du XXe siècle, jusqu'à aujourd'hui avec l'économie et la société. J'insisterai notamment sur l'évolution du dispositif "chaire", les diversités de ses usages, ses intérêts et ses ambivalences.

Michel Lallement est titulaire de la chaire d'Analyse sociologique du travail, de l'emploi et des organisations du Cnam depuis 2000. Il est membre du Lise, UMR Cnam-CNRS n°3320. Parmi ses thèmes de prédilection : la rationalisation du travail, le travail et ses temporalités, les utopies du travail. Il est notamment l'auteur de Jeunesse de la sociologie du travail française (1946-1955), Genève, Droz, 2026.


BIBLIOGRAPHIE :

• Charle, C., & Verger, J., Histoire des universités, XIIIe–XXe siècle, Presses universitaires de France, 2012.
• Condette, J.-F., Histoire de l'enseignement supérieur en France (XIXe–XXIe siècle). Formation, recherche et engagement, Armand Colin, 2025.
• Eidelman, J. (coord.), Rapport de la mission "Musées du XXIe siècle", Ministère de la Culture, 2017.
• Falk, J.-H., Expérience de visite, identités et self-aspects. La Lettre de l'OCIM, 141, 2012.
• Fontanon, C., "L'introduction des sciences sociales au CNAM : Un champ d'essai pour le "millerandisme" (1885–1920)", Les Cahiers de l'Institut d’Histoire du Temps Présent, 26, p.103–123, 1994.
• Fontanon, C., "Les archives du Conservatoire national des arts et métiers : Leur utilisation pour les travaux du bicentenaire", La Gazette des archives, 179, p.303–313, 1997.
• Fontanon, C., & Grelon, A. (Dirs.), Les professeurs du Conservatoire national des arts et métiers : Dictionnaire biographique, 1794–1955, Institut National de Recherche Pédagogique, 1994.
• Forest, F. (Dir.), Les universités en France (éd. revue et augmentée), Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2021.
• Garel, G. (2021), "Enseigner le management de l'innovation au musée des arts et métiers : de la démonstration à la déambulation ou la pédagogie par l'objet", Revue Française de Gestion, Vol. 47 / Num. 296, p.27-48, 2021.
• Grelon, A., & Grossetti, M. (Dirs.), L'espace scientifique français (XVIIe–XXIe siècles), Classiques Garnier, 2025.
• Hayat, S., "Les savoirs et leurs publics : L'exemple du Conservatoire des arts et métiers (XIXe–XXIe siècles), Innovations. Revue d'économie et de management de l'innovation, 52, p.139–160, 2017.
• Musselin, C., La grande course des universités, Presses de Sciences Po, 2017.
• Musselin, C., La longue marche des universités françaises (éd. revue) [édition originale 2001], Presses de Sciences Po, 2022.
• Presses universitaires du Midi, Les débuts du Conservatoire des arts et métiers. Artefact. Techniques, histoire et sciences humaines, 2019.
• Schiele, B., & Koster, E. H. (Dirs.), La révolution de la muséologie des sciences : Vers les musées du XXIe siècle, Lyon & Sainte-Foy, Presses universitaires de Lyon & Éditions MultiMondes, 1998.


SOUTIENS :

• Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)
• Musée des Arts et Métiers > Le Cnam (MUAM)


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


DEMAIN, LE PÉRIURBAIN :

TERRITOIRES RESSOURCES ET IMAGINAIRES RENOUVELÉS ?


DU MERCREDI 9 SEPTEMBRE (19 H) AU MARDI 15 SEPTEMBRE (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]


© Hortense Soichet / Leroy Merlin Source et ADEME


DIRECTION :

Hiba DEBOUK, Karine HUREL, Nils LE BOT, Pauline SIROT

Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires


ARGUMENT :

Lorsqu'il est évoqué par les acteurs de l'aménagement et de la conception urbaine, le périurbain est principalement décrit et décrié au travers de deux figures génériques que sont l'habitat individuel pavillonnaire et les zones d'activité économique. Des archétypes controversés qui, à eux seuls, semblent cristalliser tous les maux que l'on prête à ces territoires.

Que reproche-t-on au périurbain ? Des emprises trop diffuses, des architectures jugées inesthétiques, une domination de la voiture individuelle, un mouchetage d'urbanités dispersées, voire de sous-urbanités (Suburb) souvent mono fonctionnelles. C'est en substance ce que les écrits et les discours sur le périurbain nous renvoient depuis de nombreuses années.

Ces espaces situés à la périphérie des centres urbains illustrent un modèle d'aménagement fortement consommateur de ressources (foncière, énergétique, alimentaire…), qui se traduit par une fragmentation de l'occupation des sols et des inégalités croissantes. Cependant, ces espaces possèdent en corolaire un potentiel de réévaluation considérable.

Complexes à définir et en perpétuelle recomposition, ces territoires porteraient-ils les enjeux, les tensions mais aussi de nouveaux imaginaires et opportunité d'une transition vers des modèles d'aménagement régénératif. Le périurbain pourrait-il devenir le laboratoire d'un aménagement post-carbone, fondé sur la valorisation de ses propres ressources ?

En croisant réflexions académiques, analyse des politiques publiques et initiatives de terrain, issue d'architecture, de paysage et d'urbanisme, ce colloque réunira experts et acteurs de disciplines diverses pour partager leurs travaux, expériences et visions, et identifier les leviers pouvant être activés pour transformer les zones périurbaines en espaces de vie plus inclusifs et soutenable et porteurs d'avenir.


MOTS-CLÉS :

Alternatif, Aménagement, Architecture, Artificialisation, Controverses, Couronnes, Durabilité, Entre-deux, Étalement, Futurs, Habiter, Imaginaires, Impensés, Lisières, Marges, Mobilités, Paysage, Périphéries, Périurbain, Post-carbone, Recomposition, Résilience, Ruralités, Sobriété, Territoires, Urbanisme, Urbanités, Transition


CALENDRIER PROVISOIRE (02/04/2026) :

Mercredi 9 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Jeudi 10 septembre
LA CONSTRUCTION DE L'OBJET POLITIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Matin
Hiba DEBOUK, Karine HUREL, Nils LE BOT & Pauline SIROT : Introduction du colloque

Définition du périurbain / approche conceptuelle / construction politique
Éric CHARMES
Nicolas PORTIER

Après-midi
Approche culturelle et historique du périurbain
Claire ARAGAU
Romain LAJARGE : Trois temps, quatre mouvements ; la question périurbaine qui advient…
Philippe SIMON : Penser le périurbain comme moment de l'urbanisation

Soirée
Présentation de l'exposition sur la sobriété foncière dans l'étable, avec Patrick HENRY


Vendredi 11 septembre
STOCK, FLUX ET USAGES
Matin
Les mobilités dans le périurbain
Sylvie LANDRIÈVE : Changer de/la route : un système alternatif de mobilité au service du périurbain
Jean-Marc OFFNER : Les mobilités alternatives au défi de l'habitabilité périurbaine

Après-midi
Métabolisme périurbain : ressources, énergie, matière
Sabine BARLES : Le périurbain : une lecture au prisme du métabolisme territorial
Céline GOMBERT

La propriété, l'approche d'usage et le potentiel d'occupation
Nicola DELON

Soirée
Présentation de la thèse "Écrire les espaces périurbains : une géographie contemporaine dans la littérature française" d'Arthur PÉTIN [Prix de la thèse (récit périurbain)]


Samedi 12 septembre
Matin & Après-midi
"HORS LES MURS" — En cours d'élaboration
Gérer l'extension des zones d'activités dans un territoire consacré à l'élevage

Soirée
Témoignages d'élus
Intervenants en cours de validation


Dimanche 13 septembre
FORMES URBAINES ET PAYSAGES HÉRITÉS
Matin
Paysage, biodiversité, protection des espaces naturels
Brian PADILLA
Caroline GUTLEBEN
Vincent PIVETEAU

Après-midi
Architectures, typo-morphologies et formes urbaines
Françoise FROMONOT : Ubiquité du périurbain
Paola VIGANO
Jean-Baptiste MARIE : La ville dans ses jardins

Soirée
Agriculture / Alimentation ?
Intervenants en cours de validation


Lundi 14 septembre
FAIRE AVEC LES CITOYENS — DÉMOCRATIE DE TRANSITION
Matin
Faire avec les citoyens
Lucile SCHMID
Marine BEUERLE

Après-midi
Espaces de consommation et consommation d'espaces
Pascal MADRY : Périurbanisation et logiques de recomposition des modes d'approvisionnement alimentaires des ménages. Une illustration à travers le Pays Basque
Laetitia DABLANC : Les enjeux des activités logistiques et de leur inscription spatiale dans les espaces périurbains

Dialogue autour d'une possible sobriété périurbaine ?
Laurent DEVISME : Un urbanisme descriptif en zones périurbaines : héritages et redirections
Clémence DE SELVA


Mardi 15 septembre
SYNTHÈSE
Matin
Grand témoin : Romain LAJARGE

Hiba DEBOUK, Karine HUREL, Nils LE BOT & Pauline SIROT : Conclusions du colloque

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Hiba DEBOUK
Directrice déléguée du groupe AREP, Hiba Debouk est ingénieur et urbaniste. Elle dirige l'équipe Territoires composée d'architectes, d'urbanistes, de paysagistes et d'ingénieurs. Au sein de cette équipe, elle participe à la conduite de nombreuses études urbaines et stratégies territoriales croisant les enjeux de renouvellement urbain, de sobriété foncière, de décarbonation et de renforcement de la résilience des villes et des territoires. Elle a notamment piloté l'étude prospective "Grand Annecy, Agglomération Archipel" dont l'objectif était d'explorer les capacités d'évolution et de résilience de l'agglomération face au risque climatique et de préfigurer son évolution pour demain en traçant le chemin vers un futur désirable et soutenable pour ses habitants. Elle a également assuré le commissariat d'une exposition sur la prospective et son déploiement au service des stratégies de transition des territoires pour le C|A.U.E de Haute-Savoie : "Réparer le futur". Elle a enfin assuré, entre 2024 et 2025, le rôle de grand témoin de la démarche prospective Grenoble 2040, en binôme avec Nicolas Tixier, pour la Ville de Grenoble.
Publications
Hiba Debouk, Explorer avant de planifier, la prospective stratégique au service de la transition des territoires, Revue Urbanisme, 2023.
Philippe Bihouix, Hiba Debouk, Xavier Desjardins, Bertrand Folléa, Djamel Klouche, Panos Mantziaras, Journal d'exposition "Réparer le futur", C|A.U.E de Haute-Savoie, 2023.
Kelissa Cartier, Marie Lejault, Félix Pouchain, Grégoire Robida, Hiba Debouk (dir.), Grand Annecy, prospective pour 2050, AREP Éditions, Paris, 2024.
Hiba Debouk, Réparer le futur, AREP Éditions, Paris, 2024.
Hiba Debouk, Pourquoi j'ai mangé ma Terre ?, POST n°3 (revue d'AREP), AREP Éditions, Paris, 2024.
Hiba Debouk, Le pouvoir de l'imaginaire : du "Futurama" de 1939 au monde d'aujourd'hui, Libération, septembre 2024.
Hiba Debouk, L'arbre, le temps et le projet, POST n°4 (revue d'AREP), AREP Éditions, Paris, 2025.

Karine HUREL
Karine Hurel est géographe et cartographe, diplômée de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de Sciences Po Paris en management des politiques publiques. Elle est actuellement déléguée générale adjointe de la Fédération nationale des agences d'urbanisme (FNAU), où elle contribue à l'animation technique et politique de ce réseau d'ingénierie territoriale rassemblant près de 1700 professionnels. À ce titre, elle participe à la mise en débat et à la représentation nationale des enjeux d'aménagement et d'urbanisme portés par les territoires. Dans ce cadre, elle a notamment conçu et copiloté avec les agences d'urbanisme un cycle de réflexion intitulé les "nouveaux dess(e)ins des périurbains" afin d'identifier les difficultés de ces territoires et leviers d'actions possibles. Avant de rejoindre la Fnau, elle a été pendant 14 ans responsable du pôle cartographie à la Datar, puis au Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET). Elle y a acquis une connaissance approfondie des dispositifs d'action publique, a réalisé de très nombreux travaux cartographiques et a notamment coordonné la démarche de prospective "Territoires 2040", consacrée aux mutations spatiales et sociales à l'œuvre dans les territoires français. Elle poursuit par ailleurs ses réflexions sur les enjeux de la représentation cartographique dans la fabrique et la compréhension des enjeux publics. Ses travaux portent sur les dimensions cognitives, symboliques et démocratiques de la carte à l'ère de l'Anthropocène, et sur les manières de rendre visibles les interdépendances entre humains, vivants, sols, réseaux et milieux. Membre du conseil d'orientation de la démarche "Pour une République des cartes", initiée par l'IGN, elle contribue à une réflexion collective visant à démocratiser la carte en tant qu'outil de représentation, de médiation et de débat public. Karine Hurel a publié plusieurs articles et tribune autour de ces questions. Elle enseigne par ailleurs depuis plus de 20 ans et depuis environ une dizaine d'années dans le master Aménagement et urbanisme de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Nils LE BOT
Nils Le Bot est architecte HMONP et docteur en urbanisme. Il est également maitre de conférences TPCAU à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Val-de-Seine et responsable de la recherche de l'agence AREP, bureau d'étude pluridisciplinaire (filiale de la SNCF), qui développe des solutions créatives et robustes pour l'urbanisme résilient, les architectures bas carbones et le design écologique. Spécialiste des lieux-mouvements, Nils Le Bot a notamment travaillé sur la conception architecturale et urbaine de la Gare de Noisy-Champs et la Stratégie macro-urbaine et infrastructurelle du nœud ferroviaire de Téhéran, en 2018. Il a été Lauréat en 2013 de l'Europan 12, pour son projet de réappropriation écoresponsable du site industriel de Monterpuis sur la commune de Vichy Val d'Allier. Son doctorat (2019) portait sur l'hypermobilité dans les métropoles et l'avenir des grandes gares métropolitaines à l'horizon 2050. Ces travaux s'intéressaient plus particulièrement au comportement systémique des processus de transformation urbaine, à leur prospective et aux relations dialectiques qu'entretiennent infrastructures et les formes urbaines habitées. Chercheur du LISST (UMR - CNRS 5193) au Centre Interdisciplinaire d'Études Urbaines (Toulouse Jean-Jaurès) de 2015 à 2023, puis Chercheur Associé de l'unité de recherche Building Knowledge, à l'université technologique de Delft jusqu'en 2024, il est aujourd'hui membre permanent du laboratoire de recherche pluridisciplinaire EVCAU. Ses recherches portent aujourd'hui sur l'analyse écologique systémique, le devenir des métabolismes territoriaux, les enjeux de cohabitation urbaine, ainsi que les démarches prospectives low-tech et l'urbanisme de discernement. Nils Le Bot a été responsable scientifique de plusieurs projets de recherche, dont "Imaginaires de la face arrière des métropoles post-carbone", de 2022 à 2024 et "Formes Urbaines des quartiers de Gare ou à fortes Contraintes et biodiversité" (Frugacité), de 2020 à 2024, tous deux financés par le PUCA. Il a aussi piloté le programme de recherche pluriannuel "Urbalotek : Vers des Villes Low-tech : sobres et résilientes ?", en partenariat avec l'Institut Paris Région et financé par l'ADEME.

Pauline SIROT
Architecte et Urbaniste de l'État au Ministère de la Transition écologique, Pauline Sirot est architecte diplômée d'État à l'école nationale supérieure de l'architecture de Paris-la-Villette, ainsi qu'urbaniste (titulaire d'un master à l'institut d'urbanisme de Paris) et paysagiste (formation initiale à l'école supérieure d'architecture des jardins). Cheffe du bureau des stratégies territoriales au sein de la Direction générale Aménagement Logement Nature, elle dirige une équipe composée d'ingénieurs, d'architectes et d'urbanistes pour renouveler les politiques publiques d'aménagement par une approche stratégique des territoires. Dans ce cadre, elle pilote le déploiement de la démarche Atelier des territoires, un dispositif d'accompagnement qui facilite l'émergence et l'élaboration de projets territorialisés exemplaires à l'échelle intercommunale. La mise à disposition d'une équipe pluridisciplinaire de haut niveau conduite par un urbaniste a permis aux 250 territoires bénéficiaires de bâtir un projet de territoire en s'appuyant sur leurs atouts et ressources. Elle a en particulier contribué à la direction de deux ouvrages "Attitudes transition" et "Sols vivants", fruits des travaux de capitalisation des expériences et stratégies élaborées par les sites lauréats. Dans le cadre de son appui à la planification stratégique, et plus particulièrement à la territorialisation de l'objectif de zéro artificialisation nette des sols d'ici 2050, elle a piloté l'équipe chargée de concevoir, sous la direction scientifique de Patrick Henry, une exposition itinérante et réplicable intitulée : "Des solutions sur mesure pour s'adapter à la rareté des ressources et bien vivre dans nos territoires". Cette exposition met en avant les avantages d'une gestion sobre du foncier, illustrant des leviers concrets pour les territoires. Enfin, le bureau dont elle a la responsabilité pilote depuis plusieurs décennies deux prix ministériels que sont le Grand Prix de l'urbanisme et le Palmarès des jeunes urbanistes. Pauline Sirot a par ailleurs occupé diverses fonctions avant de rejoindre la DGALN : cheffe de projet à l'agence d'urbanisme Chavannes et associés, cheffe adjointe du service Aménagement, urbanisme et Habitat à la direction départementale de l'Eure-et-Loir ainsi que directrice de projet à l'établissement public d'aménagement universitaires de la région Ile de France (Epaurif).


Sabine BARLES : Le périurbain : une lecture au prisme du métabolisme territorial
La quantification du métabolisme territorial, en particulier en termes de flux et stocks de matières et d'énergie, permet d'identifier des profils métaboliques et de proposer une typologie matérielle des territoires. Elle permet de s'interroger sur leur rôle fonctionnel, et de questionner les liens qu'ils entretiennent avec d'autres, en particulier, pour les espaces périurbains, avec les pôles urbains qu'ils entourent, mais aussi avec des espaces plus lointains qu'ils approvisionnent ou dont ils reçoivent les ressources, transformées ou pas. Le métabolisme périurbain apparaît ainsi comme spécifique, indispensable au métabolisme urbain dont il peut difficilement être détaché. De ce point de vue, la croissance d'un espace périurbain servant (servant ici appliqué au métabolisme) serait consubstantielle à celle de l'espace urbain et du processus de métropolisation. En ce sens, la critique du périurbain ne peut être dissociée de celle de la métropolisation.

Sabine Barles est professeure d'urbanisme et d'aménagement à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne et chercheure à l'UMR Géographie-cités (équipe CRIA). Ses travaux portent sur le triptyque ville - technique - environnement et son fondés sur une approche matérielle des territoires, notamment à travers les notions d'écologie et de métabolisme territoriaux. Ils s'inscrivent dans une perspective tant historique (depuis le XVIIIe siècle), contemporaine et prospective. Elle est notamment membre du groupe des responsables scientifiques nationaux du programme POPSU (Plateforme d'observation des projets et stratégies urbaines) Transitions et du conseil scientifique du GREC (groupement régional d'experts pour le climat) Île-de-France.
https://geographie-cites.cnrs.fr/membres/sabine-barles/

Laurent DEVISME : Un urbanisme descriptif en zones périurbaines : héritages et redirections
Les agglomérations urbaines ont connu un développement multipolaire significatif depuis 50 ans. Comment lire l'héritage de la dispersion et de la fragmentation ? À rebours d'approches condamnant ces développements ou projetant une vision normative, nous proposons d'explorer certaines de leurs caractéristiques en termes de sociabilités ainsi qu'en termes de mobilisations en faveur de transformation écologique. On retrouve probablement, 25 ans plus tard, un certain nombre de traits saillants de "la ville émergente" : les espaces péri-métropolitains sont plus divers qu'on ne pense et recèlent des ressources de transition, à condition de chausser les lunettes qui conviennent. Un tel équipement optique peut être approché sous le terme d'urbanisme descriptif.

Laurent Devisme est sociologue, urbaniste, professeur d'études urbaines à l'Ensa Nantes, chercheur au sein de l'UMR "Ambiances, Architectures, Urbanités". Son travail de recherche relève principalement d'une approche ethnographique de l'urbanisme, entendu comme pratique technico-politique de transformation intentionnelle des espaces : comment se déploie aujourd'hui la fabrique urbanistique ? À partir d'une approche expérimentale de la sociologie urbaine et d'une réflexion sur les méthodes qualitatives permettant d'exprimer les territorialités contemporaines, les enquêtes qu'il mène et accompagne explorent quelques énigmes spatiales de la vie urbaine. Vice-président à Nantes Université en charge des transformations écologiques et des médiations scientifiques, il déploie notamment une feuille de route institutionnelle alliant enjeux de transformation de la pédagogie, de la recherche, atténuation de l'impact environnemental de l'établissement et implication plus soutenue des sciences dans la société, via le projet "Forger".
Publications récentes
"La fabrique urbaine à l'épreuve de l'expérimentation", avec Charles Ambrosino, Revue Métropoles, 35/2024.
"Configurations d'expertise et mondes académiques : faux amis et promesses renouvelées", Cahiers RAMAU, 11, 2022, pp.24-34 (https://hal.science/hal-04122712).
Transformations de l'action publique métropolitaine. Le laboratoire nantais et ses nouveaux objets, avec Théo Fort-Jacques, Paris, Autrement, 2021.
"Langage et condition urbaine. Entre donner le ton et casser l'ambiance", avec Eric Chauvier, in La ville mot à mot, Marseille, Parenthèses, 2021, pp. 31-43.
"Vertiges de l'usage aménagiste des ambiances", in D. Tallagrand, J-P. Thibaud & N. Tixier, L'usage des ambiances. Une épreuve sensible des situations, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2021, pp. 83-96.

Françoise FROMONOT : Ubiquité du périurbain
Par-delà les terminologies qui, dans l'histoire récente, ont pu qualifier les territoires sociaux et physiques incertains qui entouraient la ville — banlieue(s), périphérie(s), Zwischenstadt, ville diffuse, générique, "France moche", etc… — on fera ici l'hypothèse que le "périurbain" s'est émancipé de sa définition spatiale pour devenir une sorte de concept, apte à désigner l'agrégation de substance bâtie, translieux et peut-être même transclasses, que le régime économique généralisé dont il est le reflet propage inexorablement, orbi et… urbi. Cette intervention convoquera pour cela quelques figures hybrides voire chimériques de ce défi aux modèles établis (cités pavillonnaires rurales, lotissements de tours, entrées de ville au cœur des métropoles…) et tentera d'en éclairer les typologies en revenant sur les modes de production de cette "ville résultante".

Françoise Fromonot [dipl. architecte DPLG (Paris-La Villette, 1984), DEA "Le projet architectural et urbain" (Paris-Belleville, 1995)], se consacre depuis le milieu des années 1990 à la critique et à l'enseignement de l'architecture. Actuellement professeure en TPCAU à l'ENSA de Paris-Belleville, elle a également enseigné l'urbanisme aux mastères de l'école nationale des Ponts & Chaussées, et de Sciences-Po Paris. Membre de la rédaction de l'Architecture d'Aujourd'hui (1994-1998), puis co-rédactrice en chef de la revue le visiteur (1998-2003) elle a co-fondé et co-animé entre 2008 et 2018 criticat, revue indépendante de critique engagée des transformations de l'environnement construit. Outre de nombreux articles dans diverses revues françaises et internationales (Casabella, AV, Archis, A+, OASE, Arch+…), elle a publié plusieurs ouvrages sur l'architecture contemporaine, notamment Jørn Utzon et l'opéra de Sydney (1998) et Glenn Murcutt (1995, édition augmentée 2003), parus en trois langues et récompensés tous deux par le prix du livre de l'Académie d'architecture à Paris (en 1999 et 2004, respectivement). Elle a également consacré une saga urbanistique en deux volumes aux péripéties de la rénovation du centre de la capitale : La campagne des Halles – Les nouveaux malheurs de Paris (La Fabrique, 2005) et La Comédie des Halles – Intrigue et mise en scène (2019). Sa dernière monographie parue, Territoires en projet / MDP (Birkhäuser, 2020), traite des projets de grande échelle du paysagiste Michel Desvigne. Elle édite aujourd'hui pour Park Books une série d'enquêtes "détectives" sur des bâtiments célèbres de l'histoire de l'architecture moderne, "The Gumshoe series", dont elle a écrit et publié en 2025 le premier volume, The House of Dr Koolhaas.

Sylvie LANDRIÈVE : Changer de/la route : un système alternatif de mobilité au service du périurbain
Les espaces périurbains sont relativement délaissés par les politiques de mobilité, qui restent focalisées sur les déplacements domicile-travail, les déplacements centre-périphérie ou continuent de considérer la densification bâtie comme préalable aux transports collectifs. À contrario, le Forum Vies Mobiles a pensé un Système Alternatif de Mobilité permettant à tous les Français de se déplacer, sans voiture, à toute heure, dans tous les territoires. Il bénéficie de ce fait pleinement au périurbain, dont l'intérêt réside notamment dans sa capacité à tirer parti des ressources propres aux autres cadres de vie.

Sylvie Landriève dirige le Forum Vies Mobiles. Auparavant, elle a monté et piloté des projets immobiliers et d'aménagement urbain privés et publics (BNP Real Estate, SNCF). Avec une formation en sciences humaines (Sorbonne et Sciences-Po Paris) et en recherche en management (Mines, Nanterre et ESCP), elle s'intéresse à l'évaluation des politiques publiques et à l'implication des citoyens dans leur élaboration.
Publications
L'Immobilier. Une passion française, Demopolis, 2016.
Pour en finir avec la vitesse, L'Aube, 2021.

Jean-Baptiste MARIE : La ville dans ses jardins
La recherche de formes urbaines et de modèles d'habitats conciliant qualité du logement, cohésion sociale, insertion urbaine et aménités paysagères constitue un fil rouge de l'histoire urbaine depuis le début du XXe siècle. En ce sens, l'émergence des écoquartiers ne constitue pas une rupture, mais bien une continuité, un héritage des premières utopies urbaines et des expérimentations antérieures qui ont jalonné l'histoire de la pensée architecturale et urbaine. Le modèle de la Cité Jardin, théorisé par Ebenezer Howard dans son ouvrage To-morrow : a peaceful path to real reforme, en 1898, en constitue une première référence. Cette pensée d'une alternative à la ville industrielle britannique articule logement de qualité, espaces publics, équipements, et accès à la nature, tout en garantissant un équilibre territorial d'une part, et une maîtrise des coûts liés au foncier d'autre part. Reprise en France dans l'entre-deux-guerres, notamment sous l'impulsion de Jules Siegfried ou d'Henri Sellier, ce ne sont pas moins de 34 cités jardins et 22000 logements qui ont été construits en France, avec quelques réalisations emblématiques (Suresnes, Stains, Paris-Jardins à Draveil). Ces cités-jardins à la française constituent ainsi une réponse sociale à un besoin de logement, tout en intégrant des principes architecturaux et paysagers, qui trouvent encore une résonance aujourd'hui, dans les écoquartiers : logements traversants et lumineux, accès à des espaces de nature collectifs, mixité des fonctions, lien social restauré. Bien que les écoquartiers se soient développés et structurés dans un contexte radicalement différent, ils s'inscrivent dans la lignée d'une ambition : développer un habitat de qualité inséré dans un cadre de vie structuré par sa relation au vivant, pensé comme une réponse aux défis contemporains. Cette communication propose ainsi une lecture pluridisciplinaire, analytique et critique de l'évolution des trajectoires de la durabilité urbaine depuis les premières formulations du rapport entre ville et nature jusqu'aux modèles contemporains et internationaux du quartier durable et de l'écoquartier. Elle s'attache à comprendre les manières dont les relations entre ville, nature et vivant ont été pensées, formalisées et mises en œuvre dans les projets architecturaux et urbains et examine les évolutions conjointes des formes urbaines et des stratégies territoriales. Elle s'intéresse aux conditions de diffusion des modèles de développement urbain ainsi qu'aux récits et imaginaires qui les accompagnent, afin de contribuer à une compréhension renouvelée des enjeux contemporains liés aux impacts des transitions dans les territoires.

Titulaire d'un diplôme d'architecte de l'École nationale supérieure d'’architecture de Versailles et d'un diplôme de designer de l'École Boulle, docteur en aménagement et architecture de l'université de Paris-Saclay, Jean-Baptiste Marie assure la direction générale de l'Europe des projets architecturaux et urbains. L'Epau opère des programmes de recherche et d'expérimentation nationaux tels que la Plateforme d'observation des projets et stratégies urbaines (POPSU), le programme de recherche-embarquée Coubertin sur les jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, mais également le concours d'architecture Europan, le programme Engagés pour la qualité du logement de demain ou encore la consultation internationale Quartiers de demain. Professeur des écoles nationales supérieures d'architecture, il a enseigné de 2011 à 2024, dans les ENSA de Versailles, de Normandie, puis de Clermont-Ferrand. Aujourd'hui, il préside le Conseil d'administration de ENSA de Normandie et enseigne à l'École Polytechnique.

Jean-Marc OFFNER : Les mobilités alternatives au défi de l'habitabilité(1) périurbaine
Habiter plus loin de son lieu de travail sans accroître son budget-temps transport… cette promesse de la vitesse, celle de l'automobile sur les routes départementales, va durablement marquer la problématisation de la question périurbaine, depuis le premier choc pétrolier : l'autonomie de déplacement procurée par la voiture devenue dépendance à un moyen de transport contesté. Les réponses "transport collectif" mises en œuvre décennies après décennies, en accord avec la doctrine des politiques urbaines de déplacement, ne changèrent pas la donne. Le taux d'équipement des ménages a poursuivi sa croissance, dans le périurbain comme ailleurs. Dès lors, entre gouvernance locale lacunaire et stratégies industrielles dominatrices, le scénario tendanciel remplace des moteurs thermiques par des moteurs électriques, sans mutation du modèle d'organisation des déplacements. Interroger à nouveaux frais les mobilités dans le périurbain invite à se déprendre de la seule dimension des transports pour donner son plein sens à cette notion de mobilité : le déploiement dans l'espace et dans le temps d'un programme d'activités. Car ce que nous apprenons des modes de vie dans le périurbain donne à voir des paramètres d'arbitrage plus diversifiés qu'en ville. Quand "la vie est une affaire de trajets", une affaire de distance et de vitesse, les combinaisons se multiplient : types de lieux fréquentés, rythmes d'usage, diversité des chaînes de déplacement, modes d'accompagnement… Un zapping territorial assumé, dessinant des réseaux plus que des bassins de vie, et des agencements logistiques flexibles, pour des temporalités hétérogènes. Ce cadre d'analyse des pratiques mérite confrontation avec les dynamiques collectives par ailleurs mises en évidence : un périurbain devenu mature, par la pluralité des trajectoires résidentielles qu'il accueille, gage de potentialités d'évolutions des comportements ; une moindre dépendance à la grande ville, périurbanisation des activités aidant ; la constitution d'une double échelle de proximités, communale et supra-communale. Trois enjeux, parmi d'autres, semblent alors devoir être soumis à réflexion, dans l’'esprit de la méthode des "situations socio-spatiales spécifiques(2)" :
- Sous quelles conditions d'offre la marche et le vélo sont-ils susceptibles de prendre en charge une partie significative du développement des déplacements de première proximité, pour des trajets certes courts mais à la métrique périurbaine ?
- Le renforcement des proximités supra-communales peut-il profiter de la programmation publique d'équipements ou services, y compris mobiles, comblant des maillages lacunaires ?
- Le "transport à la demande", navette autonome inclue, permet-il de faire fonctionner les archipels du grand périurbain (l'entre-ville), en alternative à la voiture individuelle ?
(1) Habitabilité : "Le terme renvoie à une idée de l'habiter plus large que le fait de résider. L'habitabilité d'un lieu est liée à l'existence de possibilités suffisantes de création et d'adaptation permettant aux individus de se l'approprier. Les approches par l'habitabilité étudient la façon dont le social se construit dans un territoire de vie" (Géoconfluences 2025).
(2) Voir "Des stratégies de mobilité métropolitaines pragmatiques et mobilisatrices", TI&M, n°529, 2021.

Jean-Marc Offner est directeur scientifique de 6t bureau de recherche. Il préside par ailleurs l'École urbaine de Sciences Po. Il a été directeur général de l'agence d'urbanisme Bordeaux Aquitaine de 2009 à 2022. Formé à la fois à l'ingénierie urbaine et aux sciences sociales, il est diplômé de l'École centrale de Lille et lauréat de l'Institut d'études politiques de Paris. D'abord chercheur à l'Institut de Recherche des Transports, il a dirigé le Groupement de recherche Réseaux du CNRS (1993 à 2000), le Département Aménagement-Transport-Environnement de l'école des Ponts (1996 à 2000) et le Laboratoire Techniques-Territoires-Sociétés (2000 à 2008). Il a enseigné à l’école des Ponts, à Sciences Po, à l'Ensptt et dans les Instituts d'urbanisme parisiens. Il a dirigé la revue Flux - Cahiers scientifiques internationaux Réseaux et Territoires. Il a créé les Cahiers de la métropole bordelaise. Il a été nominé au Grand prix de l’urbanisme 2020. Il préside le conseil stratégique du programme interministériel de recherche Popsu ainsi que la commission Territoires du Conseil national de l'information statistique. Il fait partie des conseils scientifiques de la revue Urbanisme et de l'Ihedate. Il est membre de l'Académie des technologies. Ses thèmes d'intérêt concernent l'action publique locale et la gouvernance, le rôle de l'expertise dans les processus de décision, la socio-économie des réseaux techniques et des services collectifs, les relations entre politiques de déplacements et mutations spatiales, les innovations pour l'aménagement et la mobilité durables, les procédures de planification et la transition écologique, les dynamiques métropolitaines et les coopérations territoriales. Il est l'auteur de l'ouvrage Anachronismes urbains (Presses de Sciences Po, 2020) et du rapport Vive le périurbain ! Pour des campagnes urbaines au cœur des transitions territoriales (Terra Nova, 2025).

Arthur PÉTIN : Présentation de la thèse "Écrire les espaces périurbains : une géographie contemporaine dans la littérature française"
Depuis leur développement sur le territoire français à partir de la fin des années 1960, les espaces périurbains n'ont cessé d'alimenter les critiques ; jusqu'à une période récente, ils n'avaient pas droit de cité en littérature. Or, à partir des années 2010, plusieurs auteurs et autrices font de l'écriture des espaces périurbains, tant du point de vue de leurs caractéristiques morphologiques que des modes d'habiter qu'ils induisent, un enjeu majeur de leur texte. À partir d'un corpus de dix-neuf œuvres, parues entre 2009 et 2022, qui se partagent entre une majorité de romans et un tiers de textes non-fictionnels, ma thèse dresse la cartographie de ce territoire littéraire émergent. J'y analyse les dispositifs d'écriture spécifiques que la confrontation à cet objet hybride et hétérogène qu'est le périurbain suscite. Je montre également comment les auteurs et autrices refaçonnent les cadres d'appréhension de ces territoires et les imaginaires qui y sont attachés. En revenant sur les grands enjeux de cette recherche, on tentera ainsi d'appréhender comment les écritures contemporaines font advenir les espaces périurbains à la littérature française et, ce faisant, travaillent à leur légitimation.

Agrégé de Lettres Modernes, ancien élève de l'École Normale Supérieure de Paris, Arthur Pétin est docteur en littérature française, qualifié aux fonctions de maître de conférences. Sa thèse, soutenue en décembre 2024 à l'université Grenoble Alpes, porte sur les écritures des espaces périurbains dans la littérature française contemporaine ; elle a obtenu le Prix Spécial de la Thèse sur la Ville 2025 et est en cours de publication. Il s'intéresse aux écritures contemporaines des périphéries urbaines (banlieues, périurbain, péri-métropolitain), aux approches interdisciplinaires et intermédiales de ces types d'espace et, plus largement, aux enjeux et aux formes de la littérature française de l'immédiat contemporain. De novembre 2024 à l'été 2026, il est ingénieur de recherche en charge du programme "Urbanature 2. Entre ville et campagne : évolutions et hybridations", rattaché au laboratoire LISAA (Littératures, Savoirs et Arts) de l'université Gustave Eiffel. Dans ce cadre, ses travaux récents se sont plus spécifiquement orientés vers les représentations de la biodiversité dans les périphéries urbaines, à travers l'étude de ses formes et de ses usages dans la littérature mais aussi dans le cinéma français contemporain.

Philippe SIMON : Penser le périurbain comme moment de l’urbanisation
Peut-on considérer le périurbain comme une sorte d'entre deux, non pas uniquement spatial, mais également temporel ? Le périurbain nous rappelle que la ville et ses urbanités ne sont ni figées, ni éternelles. Elles sont issues de multiples processus de transformation permanents, dans lesquels les périurbanités pourraient être analysées comme des étapes. Cette communication propose ainsi un reversement du regard porté sur cette typologie-géographie, comme un possible état transitoire, une forme de pré-ville ou d'anté-ville.

Philippe Simon est architecte-urbaniste (dplg) et professeur TPCAU titulaire à l'École Nationale Supérieure d'Architecture Paris Val-de-Seine (ENSAPVS). Il est également chercheur au laboratoire ACS (XIXe-XXIe siècles) – UMR/AUSSER C.N.R.S de l'ENSA Paris-Malaquais. En tant qu'architecte conseil de l'État, il est affecté auprès de la Direction Départementale des Territoires (DDT) de l'Indre. Il est actuellement co-gérant de la société d'architecture et d'urbanisme Paris-U. Depuis 2021, il est membre de la Commission du Vieux Paris. Il a également été expert pour le CNECEA pour l'évaluation des candidats à la qualification de 2019 à 2022. Il a contribué à la conception de l'exposition "Toit sur toit" et a participé à plusieurs colloques sur le sujet en 2012 et 2014. Il a également été membre de l'équipe MVRDV/AAF/ACS pour la consultation sur le Grand Paris (AIGP) de 2008 à 2015. Entre 2011 et 2012, il a mené avec Monique Eleb une recherche sur l'évolution de la production du logement en France, publiée chez Mardaga en 2013. Philippe Simon, associé à Janine Galiano, a notamment travaillé sur la reconversion du Carreau du Temple en un ensemble d'équipements de proximité, intégrant des contraintes de confort moderne dans un édifice patrimonial. Ils ont travaillé sur une réhabilitation d'immeuble Rue Blondel à Paris, menée sous une politique environnementale, et sur la reconversion de l'Usine Wonder à Lisieux et de sa friche industrielle. Ils ont également coordonné l'aménagement de la ZAC Pajol à Paris, un projet de Haute Qualité Environnementale autour de la reconversion d'une halle ferroviaire. Ils ont été honorés par le Bauwelt Prize et ont reçu une mention au prix de la 1ère œuvre du Moniteur en 2000 pour l'opération de logements Rue Gasnier-Guy, dans le 20e arrondissement de Paris. En 2010, ils ont remporté le prix d'architecture du CAUE 14 pour la réhabilitation de l'usine Wonder à Lisieux.


SOUTIENS :

• Direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature (DGALN)
Groupe AREP
Institut pour la recherche | Groupe Caisse des Dépôts


PARTENARIAT :

• Fédération nationale des agences d'urbanisme (Fnau)


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


DU SOUCI DU VIVANT À LA FABRIQUE DES COMMUNS

POUR UN GRAND RÉENCASTREMENT


DU LUNDI 31 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 6 SEPTEMBRE (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]


Fish Magic, peinture surréaliste, Paul Klee, 1925


DIRECTION :

Pierre CORNU, Bernard HUBERT, Jeanne RIAUX, Christophe SOULARD

Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires


ARGUMENT :

Ce colloque se veut un moment de réflexivité partagée entre membres de différentes communautés de recherche, des Nords comme des Suds, impliqués dans un questionnement fondamental sur les profonds dysfonctionnements systémiques qui affectent l'ensemble des interdépendances entre les sociétés humaines et leurs environnements, remettant en cause jusqu'à l'habitabilité même de la planète, pour les humaines comme pour les non-humains.

Comment penser, après la "grande transformation" du monde sous l'effet des forces du marché telle qu'analysée par Karl Polanyi, un réencastrement de celles-ci dans des socioécosystèmes viables et durables ? Intrinsèquement interdisciplinaire, voire transdisciplinaire, le souci du vivant nécessite non seulement de revoir les objets de recherche eux-mêmes, mais également les démarches, méthodes et modes d'expression de la recherche, de façon à donner une véritable dimension transformative à la production située de connaissances. Réapprendre à faire fructifier les interdépendances consubstantielles de la vie sur cette planète, elles-mêmes dynamiques et évolutives, et contribuer à la réinvention d'une habitabilité inclusive, voici ce dont il y va dans notre temps présent, et ce sur quoi la recherche scientifique est appelée non seulement à se mobiliser, mais également à se réinventer.

Ce colloque réunira des chercheurs et chercheuses de tous horizons autour de conférences plénières, de tables rondes et d'ateliers dans et hors les murs de Cerisy, à partir de séminaires préparatoires organisés par l'association NSS-Dialogues et des réflexions stratégiques en cours dans les établissements de recherche français, au CIRAD, à l'INRAE et à l'IRD.


MOTS-CLÉS :

Changement global, Communs, Environnement, Habitabilité, Inter/transdisciplinarité, Sciences de la durabilité, Science transformative, Socioécosystèmes, Théories du vivant


CALENDRIER PROVISOIRE (25/03/2026) :

Lundi 31 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 1er septembre
PENSER AVEC LE TROUBLE POUR RENOUVELER LA RECHERCHE
Matin
Bernard HUBERT : La question du vivant comme enjeu transdisciplinaire du temps présent
Pierre CORNU : Ce que l'objectif d'un "grand réencastrement" implique pour la recherche en termes épistémologiques et axiologiques, et les héritages historiques ainsi convoqués ou re-brassés

Le souci du vivant à l'agenda des relations internationales. De l'(in)utilité des grand-messes d'experts ?, table ronde animée par Patrick CARON, avec Fabrice DECLERCK et Carolina MILHORANCE DE CASTRO

Après-midi
"Rôles et responsabilités de la recherche dans la réorientation de nos rapports avec le vivant : quels modes de recherche pour demain, en lien avec les enjeux de durabilité et d’habitabilité ?", par un Collectif de jeunes chercheurs réuni par Jeanne RIAUX : Charlène BOUVIER, Lucas BRUNET, Claudette DIATTA, Julie DULAT, Rhoda FOFACK-GARCIA, Daniela HENRIQUEZ ENCAMILLA, Romain LECLARCQ, Margot NEYRET-FRAUX, Malick OUATTARA, Carine PACHOUD et Zeine ZEIN TALEB


Mercredi 2 septembre
"HORS LES MURS" — AUTOUR DE BLAINVILLE-SUR-MER — En cours d'élaboration
Sortie de terrain : Les effets du dérèglement climatique sur le littoral et ses activités. Rencontre avec le pôle de recherches Synergie Mer et Littoral (SMEL) et balade côtière autour des risques de submersion
Objectif : Confronter les participants à des questionnements générés par des problèmes concrets portés par des parties-prenantes locales, discuter des perceptions des uns et des autres
Dîner et Soirée :  Restitutions affichées à partager (notes, photos, croquis…) en présence des intervenants extérieurs rencontrés lors de la journée


Jeudi 3 septembre
COMMUNAUTÉS ÉPISTÉMIQUES ET INSTITUTIONS : RÔLES ET RESPONSABILITÉS
Matin
La science transformative et les sciences de la durabilité. Approches critiques et d'appropriation, table ronde animée par Christophe SOULARD, avec Aurélie BINOT, Gilles KLEITZ [Durabilités, institutions et diversités des contextes à travers le monde : quels enseignements pour penser des cadres nationaux d'habitabilité ?] et Anne VARET

Après-midi
Ateliers par communautés de recherche (écologie et biodiversité ; agriculture-alimentation ; hydrogéologie ; …) : Réflexions conclusives sur les temporalités de la recherche confrontées à celles des objets et des institutions. Restitution en plénière

Le rôle d'une revue comme NSS dans ce paysage, table ronde avec les rédacteurs en chef, les membres du Comité des partenaires, les membres du Bureau de l'association…

Soirée
Book club session I
Atelier de lectures croisées autour de Kevin Laland, La symphonie inachevée de Darwin, animé par Pierre CORNU


Vendredi 4 septembre
PENSER ET AGIR AVEC LE VIVANT
Matin
- La complexité du vivant, de ses perceptions, de sa mise en politique et de son enseignement, table ronde avec Catherine LARRÈRE, Jane LECOMTE et Bruno VILLALBA
- Surmonter les barrières disciplinaires et épistémologiques pour agir, table ronde avec Élise DEMEULENAERE, Marine FAUCHÉ et Sarah VANUXEM
Discutant : Ioan NEGRUTIU

Mise en discussion des périmètres de travail des ateliers de l'après-midi, avec l'enjeu central de penser la place des "objets" ou "enjeux" dans la dialectique unité/pluralité

Après-midi
Ateliers interdisciplinaires (en parallèle, suivis de synthèse en commun)

Soirée
Book club session II
Atelier de lectures croisées autour d'Anna Tsing et al., Notre nouvelle nature et Atlas féral, animé par Pierre CORNU


Samedi 5 septembre
PENSER L'IMPLICATION, ANTICIPER LES TENSIONS DANS L'ÉCONOMIE DE LA CONNAISSANCE
Matin
Table ronde, avec Tamara BEN ARI, Éric GUILYARDI, Patrick LEMAIRE et Pierre-Yves LE MEUR

Après-midi
Ateliers sur les enjeux éthiques, axiologiques, politiques de la recherche dans son rapport à l'horizon de l'habitabilité

Synthèse : proposition de définition de ce que serait un "grand réencastrement" socioécosystémique, et discussion sur les cheminements transdisciplinaires que pourrait suivre la recherche publique. Réalisation d'une frise ou de variantes

Book club session III
Atelier de lectures croisées autour de Dipesh Chakrabarty, Après le changement climatique, penser l'histoire, animé par Pierre CORNU


Dimanche 6 septembre
CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES DE VALORISATION
Matin
Bilan et réflexion collective sur les prolongements et les "livrables" du colloque, par les directeurs et par les jeunes chercheurs

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Pierre CORNU
Pierre Cornu est historien des sciences et de l'environnement, directeur de recherche à INRAE, directeur de l'UMR Territoires (Clermont-Ferrand), responsable scientifique du Pôle sciences de la durabilité de l'université Clermont Auvergne, corédacteur en chef de NSS.

Bernard HUBERT
Bernard Hubert a une formation en écologie et en sciences sociales, ancien chef de département et directeur scientifique à l'Inra, directeur de recherche émérite INRAE, directeur d'études à l'EHESS, ancien corédacteur en chef de NSS, vice-président de l'association NSS-Dialogues, président de la Commission pour la Recherche Agricole Internationale.

Jeanne RIAUX
Jeanne Riaux est anthropologue, directrice de recherche à l'IRD, membre de l'UMR G-eau jusqu'au 31/08/2026 puis du LEMAR (Laboratoire des sciences de l'environnement marin), membre du comité de rédaction de NSS.

Christophe SOULARD
Christophe Soulard est géographe, directeur de recherche et chef du département ACT à INRAE, responsable de la mission Sciences de la durabilité à INRAE.


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


TRAMES D'ÉCRITURES

RETOURS SUR LES TRAVAUX DE JEAN RICARDOU


DU VENDREDI 21 AOÛT (19 H) AU MARDI 25 AOÛT (14 H) 2026

[ colloque de 4 jours ]


Le 20 juillet 1964, en observant la broderie de la chambre Normande à l'Orangerie, Jean Ricardou a inventé le schéma bi-axial de la fiction et de la narration.
"AUTOBIO(THÉORICO)GRAPHIE", Jean Ricardou, Du Nouveau Roman à la Textique, Hermann, 2018, pp.28-42.


DIRECTION :

Gilles TRONCHET


ARGUMENT :

Que l'écriture ne soit pas seulement le moyen d'exprimer des affects ou d'exposer des idées, nul plus que Jean Ricardou n'a été sensible à ce constat. L'écriture était pour lui une pratique donnant la chance d'explorer, pas à pas, la matérialité des mots, leurs interactions et, en conséquence, les effets de sens produits, chaque fois uniques, selon le champ d'inscription investi. Jean Ricardou a ainsi élaboré le principe d'une trame textuelle d'où procède une leçon jamais déterminée à l'avance. C'est à cette méthode de fabrication que renvoie le nom de textique donné à la discipline qu'il a créée.

Mais bien avant de se lancer dans l'élaboration d'une théorie qui s'efforce de prendre en compte, aussi exhaustivement que possible, les mécanismes et les structures de l'écrit ainsi que les opérations d'écriture, Jean Ricardou, attentif au domaine de la fiction et aux productions des écrivains, s'est consacré à l'étude des profuses relations qui organisent les textes en leur donnant une remarquable consistance.

Le colloque propose de revenir sur les implications de ce fil conducteur, lequel a guidé l'ensemble de la démarche de Jean Ricardou, et de considérer pour ce faire les recherches qui ont été conduites sur les retombées d'une telle approche, aussi bien dans le domaine littéraire que des arts plastiques ou de la musique. Ce sera aussi l'occasion, dix ans après la disparition de l'écrivain-théoricien, de faire le point sur les nombreuses publications et rééditions de ses ouvrages, déjà accessibles ou programmées dans les années à venir.


MOTS-CLÉS :

Analyse structurale, Composition musicale, Jeux avec l'écriture, Pastiche, Réécriture, Ricardou (Jean), Roussel (Raymond), Théorie de l'écrit


CALENDRIER PROVISOIRE (12/02/2026) :

Vendredi 21 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 22 août
Matin
Michel SIRVENT : Le Mixte, mode d'emploi — À propos du Théâtre des métamorphoses
Bernardo SCHIAVETTA : Questions sur le texte comme objet matériel

Après-midi
Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture autochorégraphique, continuation de l'utopie durable ricardolienne

Soirée
Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice (I)


Dimanche 23 août
Matin
Guillaume CHABAT : Vertige des sens — Une lecture de quelques Nouvelles Nouvelles de Jean Ricardou
Laurent LIENART : Améliorer Cendrars, améliorer Follain

Après-midi
Sandra SIMMONS : Atelier du mouvement en écriture

Soirée
Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice (II)


Lundi 24 août
Matin
Daniel BILOUS : Une mimotextique est-elle possible ?
Sjef HOUPPERMANS : Raymond Roussel, un "compagnon de route" permanent pour Jean Ricardou

Après-midi
Hermes SALCEDA : Perturbations de la représentation dans Nouvelles Impressions d'Afrique

Soirée
Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice (III)


Mardi 25 août
Matin
Gilles TRONCHET : Analyse d'une analyse d'acte manqué au regard de la textique

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Gilles TRONCHET : Analyse d'une analyse d'acte manqué au regard de la textique
L'étude se fonde sur l'observation attentive d'un court article, ayant pour titre "La finesse d'un acte manqué", où Sigmund Freud cherche à tirer les leçons d'une erreur qui lui a fait inscrire dans un message un mot de trop. Le lapsus est d'abord envisagé comme le signal d'une autre imperfection que présente l'écrit, puis comme l'indice retors d'une intention cachée. Les ressources conceptuelles de la textique seront mobilisées pour tenter de montrer comment se développe un jeu de renversements interprétatifs et comment le propos, de manière paradoxale, laisse en suspens certaines de ses implications.

Gilles Tronchet, actuellement retraité, a exercé comme professeur de lettres classiques, puis comme enseignant-chercheur de lettres et littérature latines, avec pour spécialités la poétique latine et la textique. Il a co-dirigé, à Cerisy en 2019, le colloque Écrire pour inventer (à partir des travaux de Jean Ricardou) publié chez Hermann (2020), et des séminaires autour de la textique en 2017, 2018 et 2020. Il participe à l'édition de L'Intégrale Jean Ricardou aux Impressions Nouvelles.


Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture autochorégraphique, continuation de l'utopie durable ricardolienne
En intercalant des mouvements et des contacts visuels et tactiles improvisés sur fond musical entre la lecture des lanceurs d'écriture et la phase d'écriture, l'atelier autochorégraphique explore les possibilités pour un groupe d'investir un lieu et leurs conséquences physiques et psychologiques sur chacun de ses membres, démontrant par l'expérience la force du lien qui unit l'écriture et le vivre ensemble.

Daniel BILOUS : Une mimotextique est-elle possible ?
C'est à l'écrit en général que s'intéresse la textique. Or, l'imitation de ce qu'il est convenu d'appeler son style fait partie des contraintes susceptibles de s'appliquer à un écrit. Toutefois, dans l'ensemble du corpus théorique produit par Jean Ricardou, on ne trouve guère de mentions du pastiche ni, plus généralement, de l'exercice de style. On tâchera d'interroger cette absence, pour déterminer s'il faut y voir une lacune, un objet dont, en l'état de la recherche, il restait opportun de différer l'examen, ou un pseudo-objet, dont ladite recherche gagnerait à faire l'économie.

Guillaume CHABAT : Vertige des sens — Une lecture de quelques Nouvelles Nouvelles de Jean Ricardou
Dans les fictions de Jean Ricardou, les seuls événements qui ont réellement lieu sont des incidents d'écriture — bégaiements, calembours, lapsus circulaires, deleatur — que le conte redouble, le plus souvent, de ses commentaires autobiographiques formant une sorte de diptyque par lequel il se réfléchit en totalité. Il s'agira de montrer les trois principaux bénéfices des opérations que le scripteur de Révélations minuscules nous rappelle succinctement : c'est seulement par un "long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens" qu'on produit du nouveau, de l'inconnu, de l'inattendu ; c'est en "céd[ant] l'initiative aux mots" qu'on fait œuvre salutaire de modestie ; enfin, c'est par l'amenuisement de l'illusion référentielle, qu'on fait œuvre éthique de vérité. Mais il y a davantage : cette Cathédrale de Sens engage dans un vertige mental irrémédiablement déceptif, puisque sans cesse le sens plein se dérobe. Or ce détournement, ou mieux, cet enlèvement du sens n'est-il pas la condition même de mise en œuvre du désir : notre jouissens ?

Docteur en langue et littérature françaises, Guillaume Chabat enseigne depuis vingt ans à l'université de Corse Pasquale Paoli. Il est l'auteur de plusieurs articles universitaires sur les œuvres de Serge Doubrovsky, Jean Ricardou, Philippe Forest ou encore Jérôme Ferrari. En 2025, il a publié l'essai Le Verbe ou la vie. Doubrovsky et la dialectique de l'autofiction aux Presses universitaires de Lyon.

Sjef HOUPPERMANS : Raymond Roussel, un "compagnon de route" permanent pour Jean Ricardou
Mon point de départ sera une relecture du chapitre "l'activité roussellienne" dans Pour une théorie du nouveau roman. On tiendra compte aussi de la contribution de Jean Ricardou au colloque de Cerisy de 1983 sur Roussel : "Raymond Roussel ; un académisme démesuré" et de "Roussel rime ailleurs", conférence prononcée lors du colloque Roussel de Cerisy en 2012. Non moins intéressante se profile sa préface à l'étude de Leonardo Sciascia au sujet de la mort de Raymond Roussel. Son admiration de l'œuvre de Roussel visant surtout logique textuelle de celui-ci n'empêche pas une certaine note critique qui replace l'auteur dans son époque. Pour ma part, je tenterai de mitiger la rigueur ricardolienne en invoquant la souplesse roussellienne.

Laurent LIENART : Améliorer Cendrars, améliorer Follain
Armé du Salut aux quatre coins de Jean Ricardou considéré comme modèle, je m'efforcerai de lire, à la loupe, tel poème de Blaise Cendrars (En vue de l'île de Fuerteventura), tel poème de Jean Follain (Vie des campagnes) puis de proposer quelques pistes d'amélioration peut-être un brin audacieuses, qu'il s'agira alors, avec courage ou conviction, d'emprunter.

Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice — Feuilleton en trois épisodes
La cantatrice, opéra radiophonique (commande de Radio-France et France Culture pour le Prix Italia 2008), est certes la relation d'un fait-divers — Une femme seule est retrouvée dans son appartement longtemps après sa mort, le corps en partie dévoré par son chat —, mais cette histoire se construit avant tout, par la mise en œuvre d'une double contrainte. Celle de construire la fiction avec les mécanismes et les archétypes de l'opéra. Celle de choisir d'écrire le corps du texte par le biais d'une aventure lexicale sous-jacente. Ce conflit de mots, de lettres et de phonèmes, affrontement minuscule en regard du drame qui se déroule, construit néanmoins la péripétie et fournit la clef de nombreuses situations. Cette double contrainte appliquée à la fois au texte du livret, à la parole des protagonistes comme aux instruments de l'orchestre, assigne l'appariement texte/musique à être le produit d'un même formalisme pour la plus grande unité de l'œuvre.

Hermes SALCEDA : Perturbations de la représentation dans Nouvelles Impressions d'Afrique
Nouvelles Impressions d'Afrique est considéré comme l'ouvrage le plus complexe de Raymond Roussel, en raison notamment de l'imposant échafaudage de parenthèses et de notes multiples, du pliage singulier de l'édition et de la cohabitation de deux régimes de représentation distincts. La combinaison de ces dispositifs paralinguistiques engendre un texte fragmentaire, où le paratexte devient l'indice d'une désagrégation plus profonde : celle qui procède d'une mise en cause radicale du pouvoir représentatif du langage. Nous montrerons que cette désagrégation textuelle signale un démembrement général de la fonction représentative, au niveau des macro-structures textuelles, mais aussi au niveau de la syntaxe elle-même, saturée d'hyperbates et d'ellipses. Enfin, sur le plan thématique, l'ouvrage met en scène une défiance généralisée à l'égard des signes et de leur capacité à représenter le réel. Il s'agira donc, à partir de la théorisation de la représentation accomplie par Jean Ricardou, d'étudier les formes de sa mise en cause dans le texte de Roussel.

Sandra SIMMONS : Atelier du mouvement en écriture
Dans le cadre d'un atelier participatif, seront fabriqués des écrits à partir des concepts présentés dans mon étude intitulée Détermination du "mouvement" dans l'écrit, accessible sur le site jeanricardou.org, Carnets de textique, n°9. Il s'agit de s'engager en commun dans des expérimentations afin de mieux discerner certains des paramètres en jeu, ce qui donnera l'occasion d'interroger, à partir de l'approche introduite par Jean Ricardou, la façon dont certains écrits plastiques et musicaux peuvent se concevoir comme en mouvement selon divers réglages.

Bernardo SCHIAVETTA : Questions sur le texte comme objet matériel
Deux questions élémentaires adressées à la textique : jusqu'où peut-on maintenir une vision matérialiste du texte, considéré du point de vue de l'information qu'il contient ? Les textes contiennent de l'information intrinsèque (physico-chimique) et extrinsèque (les signes conventionnels qui permettent de lire leurs langues, conventionnelles aussi et donc externes au texte) ; la pragmatique peut en plus nous donner des exemples d'information explicite (dans le texte) et implicite (allusive à des contenus hors texte).

Michel SIRVENT : Le Mixte, mode d'emploi — À propos du Théâtre des métamorphoses
Le théâtre des métamorphoses, neuvième livre de Jean Ricardou, paru au Seuil en 1982, est un ouvrage composite fait de morceaux disparates, de tons et de styles, de registres, de régimes, de genres et de modes de représentation discordants, voire antagonistes. Mais loin que cette variété se réduise à un simple collage, loin que cette diversité se complaise au mélange, ce livre neuf s'affiche délibérément comme un mixte. Certaines approches ont pu limiter l'entreprise à une stricte réunion de la "fiction" et de sa "réflexion", selon une dichotomie convenue joignant "une pratique" à sa "théorie". Toutefois, si le mixte s'élabore à "la croisée de l'artistique et du réflexif", s'il résulte de "la mêlée du littéraire et du plastique", il ouvre avant tout un champ d'expérimentations où, si l'on ose l'expression, tous les coups sont permis : ce théâtre cherche des lignes de "communications" entre une pluralité de composants dissemblables. Outre "l'assortiment des registres", il y a non moins de multiples v.o.i.x venues d'ailleurs (Flaubert, Proust, Mallarmé, Jarry notamment) mais encore certaines façons d'investir le "hors-texte". C'est une exploration de ces diverses voies empruntées par l'écriture qui sera esquissée.

Michel Sirvent est professeur émérite de l'University of North Texas ; parmi ses diverses publications, signalons quatre études relatives à des ouvrages de Jean Ricardou : "La Voie de son mètre (petite introduction à l'art dit "mixte")" (Protée, 1990) ; Jean Ricardou (de Tel Quel au Nouveau Roman textuel) (Rodopi, 2001) ; "Jean Ricardou : Sous les pavés la page" (Acta Fabula, 2019) ; "Jean Ricardou : vers un Nouveau Roman textuel" (Acta Fabula, 2020). En préparation : l'introduction au tome 9 de L'Intégrale Jean Ricardou aux Impressions Nouvelles.


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


LA PSYCHANALYSE ALTÉRÉE ?

ÉCOUTER, TRANSFORMER, TRANSMETTRE, AUJOURD'HUI


DU VENDREDI 21 AOÛT (19 H) AU JEUDI 27 AOÛT (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]


Éphémère Val David, 2024 © Georges Gaillard


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Romain ROSANIS


ARGUMENT :

Les psychanalystes sont altérés par "l'air du temps" : dans leur pratique clinique et dans leurs constructions théoriques. Cela vaut depuis Freud, à travers les évolutions, les révolutions et les catastrophes ayant marqué ces décennies. Qu'en est-il aujourd'hui ?

La mondialisation a construit un monde à la fois un et soumis aux fragmentations des logiques identitaires, un monde où la possibilité d'une référence commune semble s'éloigner de jour en jour.

La psychanalyse — qui ne propose ni une conception du monde, ni un projet de société — ne s'est créée et ne pourra se renouveler que dans une transmission passant par sa pratique, la formation de psychanalystes et l'écoute des enjeux psychiques corrélés aux transformations sociales et culturelles. Ces transformations viennent aujourd'hui interroger directement la dimension politique du travail de culture dans la cure.

Que peuvent les psychanalystes, quand la guerre se généralise et se démultiplie à l'échelle des individus comme à l'échelle des nations ? Quand la falsification de l'intime et la précarisation des identifications se rejoignent dans un processus de déréalisation ?

Pour aborder ces questions, ce colloque international se veut ancré dans l'aire francophone de la psychanalyse et ce qui la spécifie : la place centrale accordée à la culture comme sol commun.


MOTS-CLÉS :

Aliénation-Désaliénation, Déréalisation, Formation, Humain, Identifications, Intime, Massification, Narcissisme, Pulsion de mort, Transmission, Travail de culture


CALENDRIER PROVISOIRE (25/02/2026) :

Vendredi 21 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 22 août
Matin
Jean-François CHIANTARETTO : Tomber dans le monde, tomber hors du monde
Ellen SPARER : L'Institution psychanalytique : peut-elle être psychanalytique ?

Après-midi
Arlette LECOQ : Les blessures narcissiques infligées à l'humanité
Gérard BAZALGETTE : La panique


Dimanche 23 août
Matin
André BEETSCHEN : La culpabilité et le vivant, écouter le meurtre
Brigitte DOLLÉ-MONGLOND : Défendre "l'appareil de l'âme", et la mise en questions

Après-midi
Frédéric BURDOT : La Fabrique de Monstres
Martin GAUTHIER : La corruption masculine autocratique


Lundi 24 août
Matin
Anouche KUNTH : Saisir la trace, mettre en lumière, faire consister les vies : une approche historienne de la survivance des Arméniens (rescapés du génocide de 1915, exilés en France)
Irène NIGOLIAN : Pourquoi la psychanalyse en temps de guerre ?

Après-midi
DÉTENTE


Mardi 25 août
Matin
Ghyslain LÉVY : Un trouble dans l'identification
Claire DE VRIENDT-GOLDMAN : L'outil psychanalytique, une œuvre d'art à sculpter au fil du temps

Après-midi
Laura DETHIVILLE : Le psychisme au miroir déformant du numérique
Isabelle LASVERGNAS : Virtuel de masse et psychanalyse


Mercredi 26 août
Matin
Ellen CORIN : La réalité en questions
Georges GAILLARD : Consentir à la présence, tolérer la pluralité

Après-midi
Pierre JOLY : La psychanalyse dés/idéalisée ?
Evelyne TYSEBAERT : L'inconscient et l'à-venir


Jeudi 27 août
Matin
Bilan et perspectives

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jean-François CHIANTARETTO : Tomber dans le monde, tomber hors du monde
Comment rendre compte aujourd'hui des conditions psychiques et sociales du sentiment d'appartenance au monde des semblables ? D'un point individuel comme d'un point de vue collectif, la question se pose à l'entrecroisement des identifications individuelles et des identifications collectives, de la dimension intrapsychique et culturelle du narcissisme, du narcissisme de vie et du narcissisme de mort. Elle oblige les psychanalystes à s'interroger tant sur la dimension politique de la cure — et du travail de culture dans la cure — que sur les conditions de possibilité sociales et culturelles de la psychanalyse. Et à recommencer le geste métapsychologique des commencements, hérité de Freud : de la psychanalyse, de la psyché.

Jean-François Chiantaretto est psychanalyste, membre du Quatrième Groupe OPLF. Il est Professeur émérite en psychopathologie clinique à l'université Sorbonne Paris Nord, où il a dirigé l'Unité de Recherches Transversales Psychopathologie et Psychogenèse (UTRPP UR 4403). Tous ses livres sont animés par la question de "l'interlocution interne" dans la cure et l'écriture, envisagée sous l'angle des commencements : de la psychanalyse, de la psyché. Il a dirigé ou co-dirigé de nombreux ouvrages collectifs, dont huit à partir de colloques de Cerisy, le dernier en 2024 (avec H. Abdelouahed et J.-M. Hirt) : L'Écriture du malaise, Ithaque, 2024.
Publications
Le témoin interne, Aubier, 2005.
Trouver en soi la force d'exister, Campagne Première, 2011.
La perte de soi, Campagne première, 2020 (The loss of Self : Self-Writing s a Tool in Borderline Psychoanalysis, Routledge, 2025 ; A perda de si, Blucher, 2025).
Se parler, parler. À l'écoute de l'infans dans l'adulte, Campagne Première, 2025.

Ellen CORIN : La réalité en questions
Parfois, le monde me déroute, ne cadre pas avec ce que je pensais en savoir. Un trouble qui peut surgir dans la clinique, l'impression que quelque chose m'échappe, ou devrait m'échapper pour me permettre d'entendre. Que mes repères théoriques sont en défaut, ou insuffisants pour approcher la complexité de ce que vivent ou cherchent à dire les patients. Quel tribut la réalité psychique paie-t-elle à la réalité historique ou culturelle dans laquelle elle s'inscrit ? Peut-on laisser cette dernière hors-jeu ? À quel prix ? Comment se laisser affecter sans céder à la mode, sans perdre le nord ? Mais peut-être faut-il parfois le perdre ? À quoi pouvons-nous/devrions-nous encore nous identifier ? Ou nous désidentifier ? Quel rôle peuvent jouer ici l'imagination, l'écriture, certaines formes d'art ? Et comment penser la transmission dans ce contexte ?

Ellen Corin est psychanalyste, membre et actuellement présidente de la Société Psychanalytique de Montréal, dont elle a été la secrétaire scientifique de 2017 à 2021. Elle est professeur émérite aux départements d'anthropologie et de psychiatrie de l'université McGill.
Publications
Corin E. (2025), "De l'art brut à l'art", in C. Mestre et M. Géry (eds), Art Soins : Les frontières imaginées, Éd. La pensée sauvage.
Corin E. (2021), Des traces en souffrance d'un dire, Revue française de psychanalyse, LXXXV, 4 : 857-867.
Corin E., Branchereau L. & Johnson C. (dir.) (2019), L'étranger, figure du proche, Actes du colloque de la Société psychanalytique de Montréal, 2018.
Corin E. (2013), "Entre le même et l'autre, l'Altérité comme passeur", L'Information psychiatrique, 89, 6 : 435-442.
Corin E. (Ed) (2010), Psychanalyse et Anthropologie. L'ébranlement d'une rencontre, Anthropologie et Société, 34, 3.

Georges GAILLARD : Consentir à la présence, tolérer la pluralité
Les mutations contemporaines transforment la psyché des sujets et leurs modalités d'"être ensemble", les livrant à la tentation d'un narcissisme exacerbé délié de sa dette d'altérité, dans une temporalité saturée. L'hypermodernité met en effet en chauffe une rivalité généralisée, où la haine et la prédation se donnent libre cours, corrélativement à l'affaiblissement des figures de l'hétéronomie, ces figures qui inscrivent le sujet dans une limite, sous le registre de la loi. Comment l'analyse participe-t-elle à dédensifier la temporalité, et autorise-t-elle le sujet à consentir à la présence ? Simultanément, en tant qu'analystes, comment faisons-nous vivre la pluralité, tout à la fois dans la pratique de la cure et dans la vie de nos groupes et institutions — où le narcissisme est menacé de se désintriquer d'un investissement de l'altérité ?

Georges Gaillard est psychanalyste, membre du Quatrième Groupe - OPLF ; professeur émérite au Centre de Recherche en Psychopathologie et Psychologie Clinique de l'université Lumière Lyon2, et Membre de l'association européenne Transition. Ses recherches portent sur l'intrication entre le travail de subjectivation et les arrière-fonds sociétaux, et sur la prise en compte de Thanatos dans la construction psychique des sujets, des groupes et des institutions.
Publications
Le travail psychanalytique en institution. Manuel de clinique institutionnelle (avec J.-P. Pinel), Dunod, 2020.
Psychanalyse et culture. L’œuvre de Nathalie Zaltzman (avec J.-F. Chiantaretto), Colloque de Cerisy (2019), Ithaque, 2020.
"Le don de présence. La temporalité entre dépossession et appropriation", Connexions, n°123, 2025/2.
"La technique : entre dévoration du monde et émergence d'une humanité en partage", Le Coq Héron, 2025/262.

Arlette LECOQ : Les blessures narcissiques infligées à l'humanité
L'héliocentrisme, l'évolution des espèces et la découverte de l'inconscient ont infligé des blessures narcissiques à l'humanité. Aujourd'hui la menace qui plane sur l'avenir de l'espèce humaine, l'accès à l'intelligence artificielle, la robotisation et d'autres bouleversements saturent l'air du temps et viennent altérer collectivement et individuellement nos âmes. Une dépression collective, des mouvements de dépsychisation et de déni pourraient modifier nos fonctionnements psychiques et nous faire craindre la perte de nos référents analytiques. Avec quelques auteurs, avec en point de mire le travail du négatif et de culture, avec l'aide de la créativité artistique, trouverions-nous de nouveaux fils à tisser, des voies analytiques de survivance et de transmission à notre époque ?

Arlette Lecoq est psychiatre, psychanalyste, formatrice et secrétaire scientifique de la Société Belge de Psychanalyse, dont elle a été présidente. Elle fait partie du groupe Fimmpic. Elle a été maître de conférences à l'ULG. Auteure d'articles dans des revues internationales, ses réflexions portent notamment sur les traumatismes collectifs et le champ psychosomatique.
Publications
"Entre l'esprit du mal et la vie de l'esprit, d'Angkar à AngKor", in Psychanalyse et culture. L’œuvre de Nathalie Zaltzman, Colloque de Cerisy (2019), Ithaque, 2020.
"Deux petits enfants racontent…", Revue belge de psychanalyse, n°82, 2023.
"La solitude et l'incertitude de l'analyste", Revue française de psychanalyse, 2023/5, Vol 87.


Gérard BAZALGETTE : La panique
Une difficulté majeure, voire une impasse de notre appareil de Sens millénaire, tel que décrypté en partie par une psychanalyse qui ne parvient plus à partager l'avancée de ses recherches avec le collectif, devient de plus en plus manifeste. Et progressivement, dans la pensée et au-delà du structuralisme, ce sont les principes mêmes de la mise en sens avec le rôle central qu'y jouent la négativité et son travail qui vont être bousculés. Ce travail du négatif qui aboutissait aux concepts de manque et de castration symbolique pour la psychanalyse va être dénié et laissé pour compte. Cet abandon, il faudra essayer de dire pourquoi et comment, va de pair avec l'arrivée ou le retour en force de la machine et de l'homme machinique avec ses mécaniques, ses flux, ses contre-flux et ses stases. Il ne semble pas que la menace de chaos aussi bien individuel que collectif que nous vivons aujourd'hui soit conjurée par cet exil du négatif et par la volonté de puissance qui vient alors s'exhiber en son lieu et place (Wille zur Macht). Un sentiment de panique s'installe et le devoir de la psychanalyse est sans doute d'essayer de penser encore et toujours cette situation, y compris en pensant sa propre transformation.

Gérard Bazalgette est psychanalyste, membre et ancien président du Quatrième Groupe.
Publications
La tentation du biologique et la psychanalyse. Le cerveau et l'appareil à penser, Toulouse, Éditions Érés, 2006.
La folie et la psychanalyse, Paris, Éditions Campagne Première, 2017.
Articles
"La subversion hystérique", in G. Lévy (dir.), L'esprit d'insoumission. Réflexions autour de l'œuvre de Nathalie Zaltzman, Paris, Éditions Campagne Première, 2011.
"Une résistance de la psychanalyse", Actes 1 du Quatrième Groupe - La situation de la psychanalyse, Paris, Éditions In Press, 2012.
"Interpréter sans relâche", Actes 9 du Quatrième Groupe - Destins d'un idéal, Paris, Éditions In Press, 2020.
"Écriture poétique et écriture psychanalytique", Le Coq-héron, n°243, 2021.
"Le corps pulsionnel dans la création : simulacre et perversion", Revue canadienne de psychanalyse, vol. 29, n°2, automne 2021.

André BEETSCHEN : La culpabilité et le vivant, écouter le meurtre
L'intention freudienne "de mettre en avant le sentiment de culpabilité comme le problème le plus important du développement de la culture" ("Le Malaise dans la culture", OCF.P XVIII, p. 321) est-elle toujours d'actualité ? De l'identification à l'autre blessé et de l'inéluctable violence pulsionnelle ou narcissique, que peut dire encore la psychanalyse, et par qui peut-elle être entendue ? Le souci du vivant pour les générations futures, le souci de la vie psychique pour nos enfants, ne peuvent que rencontrer l'élaboration du sentiment de culpabilité.

André Beetschen est psychanalyste, membre titulaire de l'APF. Il travaille à Lyon. Ses principaux objets de recherche portent sur la conviction en psychanalyse, la pulsion et les résistances, le sentiment de culpabilité et le surmoi.
Publications
"Désarroi et intempérance", Folies paternelles, Paris, Puf, 2020.
"Une action antagoniste et conjointe", Le Présent de la Psychanalyse, 2022.
"Une revendication indomptable ?", Revue canadienne de Psychanalyse, 33, 2025.
"Les forces adverses", Actes 13 du Quatrième Groupe - Résistances, Paris, In Press, 2025.

Frédéric BURDOT : La Fabrique de Monstres
L'exigence contemporaine de performance identitaire, soutenue par le "technocratique", via les chirurgies plastiques excessives, les mirages d'infinie séduction et jouvence ou encore les parcours extrêmes de transidentité, promet outrageusement réparation et expansion infinie du narcissisme en faisant du corps leur lieu d'élection. La promotion pervertie de ces prothèses de contenance face aux terreurs informes et à la destructivité à l'œuvre, séduit et abuse aisément des sujets déjà fragilisés par une histoire de non-rencontre et transforme leur quête ontologique en surconsommation "monstrigène" du corps. La figure du monstre, au départ maillon symbolique culturel entre informe et représentation, s'empare du corps réel, révélant le paradoxe d'une idéologie qui encourage ces emprises pseudo réparatrices et en stigmatise les effets comme monstrueux. Au-delà du désir du sujet, s'agit-il pour la psychanalyse de s'altérer en validation, ou, au contraire, d'accueillir la détresse et de soutenir un travail de culture contre la destructivité de ce Mal actuel qui promet au corps des exaltations narcissiques impossibles ?

Frédéric Burdot est psychologue et praticien de la Société Belge de Psychanalyse. Il est cofondateur du Centre d'Accompagnement de la Transidentité du CHU de Liège.
Publications
Burdot, F. (2018), "Le mauvais genre a-t-il bon genre ?", Revue Belge de Psychanalyse, 72.
Burdot, F. & Malchair, A. (2015), "L'aménagement transsexuel comme solution à l'adolescence", Enfances & Adolescences, 28(2), 95–102.

Laura DETHIVILLE : Le psychisme au miroir déformant du numérique
Si "je est un autre", comme disait Rimbaud, que se passe-t-il quand cet "autre" devient de plus en plus virtuel (ce qui ne veut pas dire imaginaire), en particulier à l'adolescence où se jouent tous les remaniements identificatoires ? Nous sommes dans une rupture anthropologique où le processus de clivage devient plus opérant que celui du refoulement. Au-delà de la question d'une approche différente du cadre psychanalytique bousculé par les nouvelles techniques (Skype), la question est plutôt : que peut la psychanalyse quand l'espace transitionnel cher à Winnicott est aussi effracté ?

Laura Dethiville est psychanalyste, membre associé et fondateur de la SPF (Société de psychanalyse freudienne), présidente de l'IWA (International Winnicott Association) France. Elle a par ailleurs écrit de nombreux articles en France et à l'étranger.
Publications
Donald W. Winnicott, une nouvelle approche, Paris, Campagne Première, 2008 (traduit en anglais, italien, portugais et chinois).
La clinique de Winnicott, Paris, Campagne Première, 2013 (traduit en anglais, italien, portugais et chinois).
(dir.) Winnicott, notre contemporain, Paris, Campagne Première, 2015.
(dir.) Winnicott, un psychanalyste dans notre temps, Lettres de la SPF, 21, 2009.

Claire DE VRIENDT-GOLDMAN : L'outil psychanalytique, une œuvre d'art à sculpter au fil du temps
L'annonce du déracinement d'un ensemble sculptural pour le motif que l'œuvre incarne "la toute-puissance patriarcale", et de son remplacement par une sculpture réalisée "dans une perspective féministe" a suscité en moi un mouvement de protestation. La liquidation de l'œuvre d'art s'apparenterait à l'une des définitions de la cancel-culture : la destruction pure et simple de ce qui appartient à l'Autre de soi-même dénié, dans une logique binaire de vie et de mort. Dans l'indolence actuelle à penser et à (se) confronter, la psychanalyse pourrait-elle subir le même sort, à savoir être détruite et remplacée par une pensée qui, dans un excès "féministe", pourrait d'une part négliger voire abandonner la force vitale de l'altérité, d'autre part éliminer l'Autre, tiers incontournable des origines ?

Claire De Vriendt-Goldman est pédopsychiatre, membre-titulaire et présidente de la Commission d'enseignement de la Société belge de Psychanalyse.
Publications
"Prologue au roman familial dans les suivis de PMA", Revue belge de Psychanalyse, n°75, 2019/2.
"Sans père, Ou la monoparentalité maternelle ab initio", Cahiers de psychologie clinique, n°60, Bruxelles, De Boeck Supérieur, 2023/1.

Brigitte DOLLÉ-MONGLOND : Défendre "l'appareil de l'âme", et la mise en questions
Si un état des lieux reflète certains pans de déréliction de l'humain, n'y a-t-il pas précisément nécessité de penser autrement cette traversée d'un chaos civilisationnel avec la perte de confiance qui l'accompagne ? En écho à l'avancée freudienne prise dans la déflagration de 1915 — "la désillusion causée par la guerre" — qui va pourtant générer après la période d'abattement cet immense élan créateur portant le renversement théorique de la seconde topique. Que peut l'analyste si ce n'est maintenir la pensée pensante, et faire de la psychanalyse en ce qu'elle incarne : une pratique clinique dans un travail psychique, à la fois de deuil et de sublimation, qui tend vers une réorganisation pulsionnelle des forces obscures résidant en nous, et un outil apportant sa contribution au travail de pensée corrélé aux problématiques sociétales qui sont les nôtres. Prolonger la théorisation du traumatisme trouverait ici une valeur heuristique en ce qu'il renvoie à ces deux niveaux intriqués dans l'acte analytique. Aujourd'hui, dans les impasses d'un narcissisme débridé, les voies de la transmission de/pour la psychanalyse ne peuvent passer que par la force du collectif, au-delà de nos divisions internes et en articulation avec d'autres disciplines de l'esprit, afin de maintenir ouverts des modes de pensée et d'interprétation connexes, notamment l'art, l'histoire.

Brigitte Dollé-Monglond est psychanalyste, membre du Quatrième groupe, psychologue clinicienne, docteure en Lettres Modernes, membre titulaire de la SFTF. Elle est l'auteure de nombreuses publications : articles, contributions dans des recueils collectifs, et ouvrages. Les thématiques centrales de ces travaux sont : Étude des affects dans une approche psychanalytique ; Travail de culture, éthique, et questions contemporaines.
Publications
La thérapie familiale à l'heure de la singularité des couples et familles, Paris, ESF, 2021.
"Un seul choix possible", Résistances, Actes 13 du Quatrième groupe, Toulouse, In Press, 2025.
"Entrecroisements des affects". in M. Lauret (dir.), L'inceste fraternel, Toulouse, Érès 2024.
(dir.) Penser l'espoir, regards psychanalytiques, Presses universitaires du Midi, à paraître en 2026.

Martin GAUTHIER : La corruption masculine autocratique
Les rapports entre les dérives autocratiques et la domination masculine seront explorés à partir des impensés et des biais que Freud a introduits, notamment dans son mythe des origines et sa perspective du féminin. Le surmoi de la communauté civilisée (Kultur-Überich) ne pourra déployer sa protection que si la bisexualité est pleinement prise en compte, ce qui implique un difficile travail pour reconnaître et rendre tolérable la dépendance. Les troubles du narcissisme corrompent par crainte du mouvement relationnel qui altère inévitablement. Seule une psychanalyse altérable-altérée demeure une technique culturelle vivante. La formation doit en témoigner.

Martin Gauthier, pédopsychiatre et psychanalyste formateur, membre de la Société psychanalytique de Montréal (Société canadienne de psychanalyse), a travaillé à l'Hôpital de Montréal pour enfants et enseigné au Département de psychiatrie de l'université McGill pendant 35 ans. Avec ces derniers travaux, le traitement de l'ambivalence dans les rapports avec son corps propre, avec les autres et avec l'environnement a été au cœur d'une piste de recherche questionnant le narcissisme, ses troubles et ses liens avec le cadre analytique.
Publications
"Un temps déraisonnable", Revue canadienne de psychanalyse, 31, 2, 179-193, 2023.
"Of Skin and of Self-mutilation in Adolescence", in R. Cassorla & S. Flechner (eds), The Astonishing Adolescent Upheaval in Psychoanalysis, London, Routledge, 38-53, 2024.
"Se faire son cinéma. Nos voyages en train et leurs accidents", Filigrane, sous presse, 2025.

Pierre JOLY : La psychanalyse dés/idéalisée ?
Notre culture actuelle ne s'apparente-t-elle pas, sous plusieurs aspects, au Meilleur des mondes, un monde où un bonheur artificiel, dont est exclue l'intimité véritable, a remplacé la condition humaine tragique et incertaine ? L'espace analytique se trouve-t-il ainsi dévalorisé, telle la "réserve" dans le roman de Huxley, lieu des douleurs de l'enfantement, de la filiation, des passions, de la vieillesse et de la mort ? Ou, au contraire, a-t-on tendance à parler de l'analyse comme du lieu de l'inaliénable, du plus précieux ? Mais alors, que faire de l'aporie du discours idéalisant ?

Pierre Joly, Ph. D, est psychanalyste, membre et actuel secrétaire scientifique de la Société psychanalytique de Montréal. Il s'intéresse aux phénomènes de groupe abordés dans une perspective psychanalytique, tant en ce qui concerne la psychothérapie que l'analyse institutionnelle.
Publications
"Du phénomène du coucou dans les groupes de psychothérapie", Filigrane, 31 (1), 2023.
"De l'idée à l'idéologie, des "meilleures pratiques" au Meilleur des mondes", Filigrane, 31 (1), 163-172, 2023.
"Le retour de l'idéal", Filigrane, à paraître, 2026.

Anouche KUNTH : Saisir la trace, mettre en lumière, faire consister les vies : Une approche historienne de la survivance des Arméniens (rescapés du génocide de 1915, exilés en France)
Comment reprendre place dans un monde où rien de ce qui était n'est plus ? Où même l'ordinaire n'est plus ? En adressant ces questions aux survivants du génocide des Arméniens, mon travail cherche à décrire ce que devient la vie au lendemain d'un crime sans nom : la vie à l'épreuve de la déchirure. Cette intention est indissociable d'une réflexion sur ce qui, dans l'archive, fait signe, résiste à l'effacement, à l'oubli, à la nuit du mensonge. Il s'agit alors de rendre apparent le geste historien permettant à la trace de faire sens, inscription.

Anouche Kunth est historienne au CNRS (IRIS-EHESS), médaille de bronze CNRS 2020. Elle co-dirige la revue Sensibilités. Histoire, critique et sciences sociales.
Publications
Exils arméniens. Du Caucase à Paris (1920-1945), Belin, 2016.
Au bord de l'effacement. Sur les pas d'exilés arméniens dans l'entre-deux-guerres, La Découverte, 2023 (Prix Augustin Thierry des Rendez-vous de l'Histoire de Blois, 2023).

Isabelle LASVERGNAS : Virtuel de masse et psychanalyse
À quelles relectures des analyses freudiennes du malaise dans la culture et de la psychologie des foules, convoquent la montée en puissance dans le monde occidental d'une pulsion totalitaire et la sensation d'effondrement de la Kulturarbeit qui l'accompagne, notamment dans l'atteinte de la langue dans les discours de la "post-vérité" ? — auxquelles s'ajoutent deux transformations majeures dans les modalités du fonctionnement du socius : la puissance identificatoire et l'attraction politique des masses sociales physiquement intangibles produites par les réseaux sociaux ; et l'émergence d'une culture du virtuel dans les échanges interindividuels des technologies à distance et leur modification du rapport au réel. Jusqu'à quel point ce fonctionnement d'un virtuel de masse a-t-il déjà altéré la pratique analytique dans ses dispositifs et sa méthode ? Quels effets potentiels sur la théorie de la cure ?

Isabelle Lasvergnas est psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Montréal. Auteure de nombreuses articles et chapitres de livres, elle a publié 8 ouvrages collectifs en France et au Québec, dont en 2024, Les antichambres du langage, Monographie, Filigrane. À paraître sous sa direction en 2026 aux Presses de l'université de Montréal : La création psychique entre vie et mort (Dans le sillage de Michel de M'Uzan). Ses principales thématiques de recherche et de publication portent sur la méthode psychanalytique et l'écoute de l'analyste, ainsi que sur les rapports entre processus sociaux et processus inconscients.

Ghyslain LÉVY : Un trouble dans l'identification
Tout travail de déshumanisation de l'autre est la conséquence directe d'un trouble de l'identification. C'est à partir de cette constatation que je me propose d'explorer la menace explosive que peut représenter le familier, le trop proche et avec lui l'angoisse du double, au fondement des formes contemporaines de l'antisémitisme, du racisme et de la volonté de meurtre de masse. En d'autres termes, c'est toute la question du politique et ce qu'elle fait aujourd'hui à la psychanalyse et dans la psychanalyse, qui se trouve ici posée.

Ghyslain Lévy est psychiatre et psychanalyste à Paris, membre et actuellement secrétaire analytique du Quatrième Groupe. Il a dirigé de longues années le Séminaire "Penser avec le mal", initialement avec Nathalie Zaltzman.
Publications
Survivre à l'indifférence, Éditions Campagne Première, 2019.
La vie partielle, Éditions Campagne Première, 2021.
Malaise dans la fraternité, Éditions Campagne Première, 2024.
L'allégresse, Éditions du Palio, 2025.
L'idiot intime, Éditions Ithaque, à paraître en 2026.

Irène NIGOLIAN : Pourquoi la psychanalyse en temps de guerre ?
La psychanalyse pratiquée dans les années 80-90 en Suisse respirait le calme et la neutralité, à l'image du pays. Rien ne pouvait perturber le déploiement naturel du processus interne, garanti et assuré par l'analyste. Les initiés admis à la formation avaient l'impression d'avoir trouvé le graal, et l'avenir semblait tout tracé. Un regard critique s'impose aujourd'hui sur cette période de certitude, et le rôle de la psychanalyse dans l'écoute du nouveau désordre mondial doit être reconsidérée. Est-elle encore crédible lorsque la logique guerrière devient prévalente dans nos sociétés ? Lorsque la confusion, voire la perversion règnent en maître dans le discours politique et social ? À l'inverse, l'expérience collective d'instabilité et d'insécurité ne vient-elle pas soutenir une démarche psychanalytique engagée, "pour le meilleur et pour le pire" ? Une expérience individuelle et groupale d'intervention psychanalytique dans un contexte de guerre et de pandémie en 2020, va servir de toile de fond pour aborder cette réflexion, et pour redécouvrir la complexité et le profond humanisme de notre discipline.

Irène Nigolian est psychiatre d'enfants-adolescents et d'adultes, psychanalyste, membre formatrice de la SSPsa, anciennement membre d'IPSO Pierre Marty. Intérêts spécifiques : adolescence, psychosomatique, génocide arménien, transmission de la psychanalyse dans les pays de l'est.
Publications
"Construction et intuition", La psychosomatique dans tous ses états, autour des travaux de Jacques Press, collection "Perspectives psychosomatiques", 2020.
"Naissance et développement de la psychanalyse en Arménie, en quête d'un père absent ?", Psychologie clinique, n°60, 2025/2.
"La chimère arméno-turque", Le Coq-Héron, n°263, 2026.

Ellen SPARER : L'Institution psychanalytique : peut-elle être psychanalytique ?
La création de l'Association psychanalytique internationale coïncidait avec les préoccupations de Freud concernant la pérennité de sa découverte. La psychanalyse est alors placée au cœur de l'institution. Il est commun d'observer que la filiation à Freud en France s'opère par le truchement de son œuvre. Mais cela pose-t-il un paradoxe entre l'œuvre et l'institution ? À la lumière de mes investissements institutionnels, je propose une réflexion sur la place de la psychanalyse dans l'actualité.

Ellen Sparer est psychanalyste, membre titulaire formatrice de la SPP. Elle est représentante européenne au conseil d'administration de l'Association psychanalytique internationale ; et éditrice associée de l'International Journal of Psychoanalysis. Elle a dirigé l'Institut psychanalytique de Paris et coordonné le Centre de consultation et de traitement Jean Favreau. Ses thématiques de recherche sont : la transmission de la psychanalyse, le contre-transfert, le moi et le moi inconscient.
Publications
"Un transfert de base négativant, dès le début", Le contre-transfert d'hier à aujourd'hui, Débats en psychanalyse, PUF, 2024.
"Ce que tu as hérité de tes pères, acquiers-le afin de le posséder", à paraître dans l'IJP, avril 2026.

Evelyne TYSEBAERT : L'inconscient et l'à-venir
En tant que psychanalyste, traiter de la "dimension mortelle de l'humanité" et autres "malaises", dans le contexte actuel, est délicat mais vital. Ces questions, nous les entendons, nous les vivons, nous les débattons en citoyens encore libres jusqu'à présent. Au-delà de la matière brute des bruits et fureurs du monde, ce qui nous est livré dans notre travail, ce sont les échos et résonnances du collectif dans l'individuel, dans les déclinaisons de leurs expressions, entre pulsations et convulsions. Je voudrais sonder le thème de l'inconscient transmetteur, celui des différentes figures qui l'esquissent et le signalent à notre écoute. J'aimerais aussi déchiffrer quelques paramètres propres à témoigner de la sauvegarde de la réalité humaine à travers la transmission inconsciente, dans une réalité interne/externe de destruction.

Evelyne Tysebaert est psychanalyste à Liège, anciennement membre du Quatrième Groupe. Invitée permanente à l'APF, elle est membre invitée à la Société Belge de Psychanalyse.
Publications
"Le mal, ses représentations entre corps individuel et corps du monde", J.-F. Chiantaretto & G. Gaillard (dir.), Psychanalyse et culture. L’œuvre de Nathalie Zaltzman, Colloque de Cerisy (2019), Ithaque, 2020.
"Le Je, ontologie de la vie d’âme", J.-F. Chiantaretto, A. Cohen de Lara, F. Houssier & C. Matha (dir.), Aux origines du Je. L'œuvre de Piera Aulagnier, Colloque de Cerisy (2021), Ithaque, 2022.


BIBLIOGRAPHIE :

• Janine Altounian, La survivance (Dunod).
• Günter Anders, L'obsolescence de l'homme (Éd. de l'encyclopédie des nuisances/Ivrea).
• Günter Anders, L'humain étranger au monde (Fario).
• Hannah Arendt, La crise de la culture (Gallimard).
• Hannah Arendt, La vie de l'esprit (PUF).
• Piera Aulagnier, Un interprète en quête de sens (Ramsay).
• Jean Baudrillard, La société de consommation (Gallimard).
• Cornelius Castoriadis, La montée de l'insignifiance (Seuil).
• Jean-François Chiantaretto, Se parler, parler. À l'écoute de l'infans dans l'adulte (Campagne Première).
• Jean-François Chiantaretto, Georges Gaillard (dir.), Psychanalyse et culture. L'œuvre de Nathalie Zaltzman, Colloque de Cerisy, 2019, (Ithaque).
• Houria Abdelouahed, Jean-François Chiantaretto, Jean-Michel Hirt (dir.), L'écriture du malaise, Colloque de Cerisy, 2023 (Ithaque).
• Gilbert Diatkine, Le surmoi culturel (Fario).
• Jean-Luc Donnet, La situation analysante (PUF).
• Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé (Seuil).
• Bernard Edelman, L'homme des foules (Payot).
• Bernard Edelman, Sade, le désir et le droit (L'Herne).
• Norbert Élias, La société des individus (Fayard).
• Eugène Enriquez, De la horde à l'état (Gallimard).
• Micheline Enriquez, Au carrefour de la haine (Épi).
• Pierre Fédida, Le site de l'étranger (PUF) .
• Pierre Fédida, Humain/Déshumain (PUF).
• Sandor Ferenczi, Psychanalyse 4 (Payot).
• Sigmund Freud, "Totem et tabou ", "L'inquiétante étrangeté", "Psychologie des masses et analyse du moi", "Malaise dans la culture", "L'homme Moïse et le monothéisme", "Pourquoi la guerre ?" (OCF.P, PUF).
• Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde (Gallimard).
• Vladimir Granoff, Le désir d'analyse (Flammarion).
• André Green, Narcissisme de vie, narcissisme de mort (Minuit).
• André Green, Illusions et désillusions du travail psychanalytique (Odile Jacob).
• André Green, Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ? (Ithaque).
• Patrick Guyomard, Lacan et le contre-transfert (PUF).
• René Kaës, Le Malêtre (Dunod).
• Laurence Kahn, L'avenir d'un silence (PUF).
• Laurence Kahn, Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse (PUF).
• Imre Kertész, L'holocauste comme culture (Actes Sud).
• Victor Klemperer, LTI La langue du IIIème Reich (Albin Michel).
• Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire (Payot).
• Jacques Lacan, Le Séminaire XII, L'éthique de la psychanalyse (Seuil).
• Ghyslain Lévy, Au-delà du malaise. Psychanalyse et barbaries (Érès).
• Nicole Loraux, La société divisée (Payot).
• Hervé Mazurel, L'inconscient ou l'oubli de l'histoire (La Découverte).
• Marie Moscovici, Il est arrivé quelque chose (Payot).
• Marie Moscovici, Le meurtre et la langue (Métaillé).
• Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal (Gallimard).
• Myriam Revault d'Allonnes, Ce que l'homme fait à l'homme (Seuil).
• Jean-Claude Rolland, Le verbe devant l'inconscient. Nouvelles données métapsychologiques (Ithaque).
• Bernard Stiegler, De la misère symbolique (Flammarion).
• Jean-Paul Valabrega, La formation du psychanalyste (Payot).
• Donald Woods Winnicott, Jeu et réalité (Gallimard).
• Nathalie Zaltzman, La guérison psychanalytique (PUF).
• Nathalie Zaltzman, L'esprit du mal (Éd. de L'Olivier).


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


L'ART DES PROBLÈMES

PENSER AVEC ISABELLE STENGERS


DU MERCREDI 12 AOÛT (19 H) AU MARDI 18 AOÛT (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Didier DEBAISE, Vinciane DESPRET

En présence d'Isabelle STENGERS


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Joffrey GRENIER


ARGUMENT :

L'œuvre d'Isabelle Stengers se présente comme une vaste et intense exploration sur les pratiques des Modernes, sur les puissances qui les animent, les événements dont ils sont les héritiers et les aventures, souvent dévastatrices, dans lesquelles ils sont engagés. De la physique à la biologie, en passant par la chimie, la psychanalyse et les sciences humaines, elle a interrogé la diversité des manières de faire science, des types d'obligation auxquelles les scientifiques sont tenus et des relations qu'ils entretiennent avec le public qui en est concerné. Établir des diagnostics sur nos situations, nos modes de pensée, et créer, avec d'autres, des manières différentes de les envisager, définit un véritable art des problèmes qui forme la matrice de ses œuvres. Fondamentalement collective, la pensée d'Isabelle Stengers s'est déployée à travers de nombreuses collaborations et la création de lieux d'expérimentation intellectuelle. La semaine proposée à Cerisy entend explorer, avec elle, les formes multiples de ses engagements, leurs reprises contemporaines et leurs relances. Il s'agira moins d'un hommage que d'une expérience collective : performer ensemble cet art des problèmes, comme une manière de composer des modes de pensée et d'action vers d'autres possibles.


MOTS-CLÉS :

Constructivisme, Haraway (Donna), Latour (Bruno), Pensée spéculative, Philosophie des sciences, Philosophie spéculative, Pragmatisme, Sciences mineures, Stengers (Isabelle)


CALENDRIER PROVISOIRE (30/03/2026) :

Mercredi 12 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants, ainsi que du Foyer de création et d'échanges


Jeudi 13 août
Matin
Bernadette BENSAUDE-VINCENT : Scientifiques engagées : une autre science est-elle possible ?
Benoît TIMMERMANS : Aux Risques du Calculemus

Après-midi
Interventions sur les sciences nomades
Modérateur : Simon VANDERSTRAETEN
Olivia ANGÉ : Inventaires de semences comme art de cultiver l'attention. Portraits de pommes de terre pour la réactivation d'une taxonomie quechua
Pablo JENSEN : Quelle physique face à l'irruption de Gaïa ?
Kim HENDRICKX : Être(s) curieux en biologie


Vendredi 14 août
Matin
Didier DEBAISE : Penser dans l'exigence du "pharmakon". Contingence et milieu chez Isabelle
Vinciane DESPRET : Des oiseaux et Isabelle à la voix moyenne
Marcos MATEOS : Du balai

Après-midi
Interventions sur le "soin des abstractions"
Modérateur : Ruben RUEDA LASTRES
Nicolas PRIGNOT : 29 Octobre 1985 : "Whitehead, Isabelle Stengers"
Aline WIAME : Œuvrer aux refuges contre la bêtise

Martin SAVRANSKY : Exit Questions (Or, the Method of Dramatisation)

Soirée
Anna TSING : Dialogue avec Isabelle Stengers [en présentiel ou visioconférence]


Samedi 15 août
Matin
Émilie HACHE : L'aventure des idées
Katrin SOLHDJU : Ressusciter les "martyrs de la preuve" ? Pour une écologie des pratiques thérapeutiques

Après-midi
Interventions pour une éthologie des Modernes
Modératrice : Camilla ZANI
David JAMAR : Soigner la bêtise (blanche)
Alice MORTIAUX : Les abstractions qui nous possèdent. Penser une éthnopsychiatrie des Modernes avec Isabelle Stengers

Soirée
Donna HARAWAY : Dialogue avec Isabelle Stengers [visioconférence]


Dimanche 16 août
Matin
Tarot Souriau. Présentation collective d'un outil philosophique, non divinatoire, qui se veut vecteur de transformation, avec Fleur COURTOIS L'HEUREUX, Valérie GLANSDORFF, Silvia MESTURINI et Isabelle STENGERS

Après-midi
DÉTENTE


Lundi 17 août
Matin
Philippe PIGNARRE : Et le capitalisme ?
Serge GUTWIRTH : De l'écologie des pratiques au communs : faire du droit (et bien plus) avec Isabelle Stengers

Après-midi
Interventions sur comment enquêter avec Isabelle Stengers
Modératrice : Noëlie PLÉ
Rémi ELIÇABE & Amandine GUILBERT : Apprendre à hésiter avec les écologues. Récits d'enquête sur la circulation de l'antibiorésistance dans les milieux de vie
Claude de JONCKHEERE : Les modèles de terrain pour prendre au sérieux les pratiques situées
Benedikte ZITOUNI : Fabriquer des histoires techniques

Soirée
Maria PUIG DE LA BELLACASA : Dialogue avec Isabelle Stengers [visioconférence]


Mardi 18 août
Matin
Projection du film : Les Possédés et leurs mondes, introduit par Joffrey GRENIER

Conclusions et discussions générales

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Didier DEBAISE
Didier Debaise est chercheur au Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS), et professeur de philosophie contemporaine à l'université Libre de Bruxelles. Ses recherches portent principalement sur les formes actuelles de la philosophie spéculative, sur les théories de l'événement et sur les relations entre le pragmatisme et la philosophie française. Il a consacré plusieurs travaux à la pensée de Whitehead, parmi lesquels Un empirisme spéculatif et L'appât des possibles. Il a édité plusieurs ouvrages notamment sur le pragmatisme (Vie et expérimentation et, avec I. Stengers, Au risque des effets), sur la métaphysique contemporaine (Philosophie des possessions et Métaphysiques perspectivistes) et sur les activations de la pensée spéculative (avec I. Stengers, Gestes spéculatifs, Colloque de Cerisy, 2013). Il est auteur d'articles sur les philosophies de Bergson, Tarde, James, Simondon, Deleuze et Whitehead. Il travaille en ce moment sur un livre intitulé Pragmatiques de la terre.

Vinciane DESPRET
Philosophe, Vinciane Despret a enseigné à l'université de Liège ainsi qu'à l'université Libre de Bruxelles. Passionnée par l'éthologie, elle a publié de nombreux ouvrages interrogeant les pratiques de savoir autour des vivants, dont, notamment La danse du cratérope écaillé ; Quand le loup habitera avec l'agneau ; Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions ? et Habiter en oiseau. Elle a par ailleurs mené des enquêtes auprès des humains notamment avec Ces émotions qui nous fabriquent et, avec Isabelle Stengers, pour Les faiseuses d'histoires. Que font les femmes à la pensée ?, ainsi qu'avec les endeuillés pour Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, et Les morts à l'œuvre. Elle s'est orientée vers la fiction avec Autobiographie d'un poulpe et autres récits d'anticipation et a collaboré avec le dessinateur belge Pierre Kroll dans la réalisation d'une bande dessinée, parue en 2024 : Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi.


Pablo JENSEN : Quelle physique face à l'irruption de Gaïa ?
Le laboratoire, qui permet de transformer des fictions en "faits scientifiques", est le dispositif central de l'invention des sciences modernes, et notamment de la physique depuis l'"événement Galiléen". Mais qui dit laboratoire dit machines épistémiques, enchevêtrement avec la technologie, et contribution essentielle à la "grande accélération", qui a mené à l'irruption de Gaïa. Cette histoire conduit aujourd'hui les physiciens a privilégier le techno-solutionnisme, à l'image du projet "Manhattan de la transition écologique" (Le Monde, 25/09/2023). En partant d'une description de la physique actuelle, j'explorerai quelques pistes de ce que pourrait être une physique non accélératrice, en m'appuyant sur des dispositifs pratiques qui nous aident à prendre conscience du monde dont dépend (et que favorise) un champ de recherches.

Pablo Jensen est chercheur au CNRS, physicien à l'École Normale Supérieure. Il a publié une centaine d'articles dans des revues internationales en physique, économie et sociologie. Il est également l'auteur de quatre livres, dont Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations (Seuil, 2018) et Deep Earnings : le néolibéralisme au cœur des réseaux de neurones (C&F éditions, 2021). Préoccupé par la catastrophe écologique en cours, il est aujourd'hui engagé dans plusieurs collectifs qui tentent de réorienter la recherche scientifique (mouvement-ser.org).

Benoît TIMMERMANS : Aux Risques du Calculemus
Tenir la comptabilité des dommages que nous infligeons au monde nous rend-il plus responsables ? Une telle comptabilité est-elle faisable, et souhaitable ? À quels risques nous expose-t-elle ? C'est ici le recours à l'analyse de cycle de vie, pour éventuellement ajuster à la hausse ou à la baisse les taxes à la consommation, qui sera examiné, en gardant à l'esprit la fin du tome 7 des Cosmopolitiques.

Benoît Timmermans est philosophe des sciences. Maître de recherche au FNRS, il enseigne à l'Université Libre de Bruxelles notamment l'épistémologie des pratiques environnementales.

Aline WIAME : Œuvrer aux refuges contre la bêtise
Isabelle Stengers, qui vient de la chimie, aime à rappeler que la philosophie a constitué pour elle une "terre d'asile" à même d'accueillir des chercheuses et chercheurs souhaitant poser des questions que leurs champs disciplinaires d'origine ne pouvaient accueillir. Mais dès les années 2000, avec le développement de "l'économie de la connaissance", la capacité de la philosophie à demeurer un refuge est sérieusement remise en cause, sinon en voie de disparition — à l'université tout du moins. Je voudrais défendre l'idée que lutter pour que la philosophie puisse demeurer un refuge, à l'université comme ailleurs, est un geste écologique, qui résiste à la temporalité accélérée de l'Anthropocène et de ses dévastations massives. J'aurai besoin, pour donner consistance à ce geste, de l'un des intercesseurs-clés d'Isabelle : Gilles Deleuze, son rapport à la pensée, à la gauche et à la création, ainsi que sa critique de la bêtise.

Docteure en philosophie de l'université libre de Bruxelles, Aline Wiame est maîtresse de conférences en arts et philosophie à l'université Toulouse - Jean Jaurès et membre de l'Institut Universitaire de France. Ses recherches visent à élaborer une esthétique de résistance à la sidération face aux catastrophes écologiques en cours et à venir. Elle est l'autrice de deux monographies publiées aux presses du réel : Scènes de la défiguration (2016) et Revenir d'entre les morts. Deleuze et la croyance en ce monde au cinéma et dans les séries (2024).


SOUTIENS :

• Université libre de Bruxelles (ULB)
• Canadian Institute for Advanced Research (CIFAR)


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


LOIN DE MÉLIÈS ? TRAJECTOIRES (IM)MATÉRIELLES,

DU CINÉMA PREMIER AUX MÉDIAS NUMÉRIQUES


DU LUNDI 3 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 9 AOÛT (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]


Le Voyage dans la Lune, réal. Georges Méliès, 1902
Numérisation d'un photogramme d'une copie 35mm
provenant de la collection de feu David Bradley


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Ekaterina ARTEMEVA


ARGUMENT :

À plus de cent ans de distance, Georges Méliès et son œuvre semblent n'avoir jamais été aussi proches de nous. Désormais, ses films circulent massivement sous la forme de fichiers, ils sont visibles sur nos dispositifs numériques, capables à leur tour de les remettre en circulation et d'en générer de nouvelles versions. Méliès est même déjà passé dans la moulinette de l'intelligence artificielle, productrice d'images inédites au statut ambigu.

Or, dans leur premier état, les films issus de la manufacture de Méliès ont suivi des trajectoires matérielles et immatérielles bien différentes, circulant de la main à la main, transitant d'un espace à un autre, d'où ils ne sortaient pas inchangés : laboratoires, ateliers de coloristes, succursales étrangères, exploitations fixes ou itinérantes, etc. S'ils se disséminèrent sur le territoire français grâce aux tourneurs forains, ils furent aussi distribués à l'étranger via Baltasar Abadal à Barcelone, Théophile Pathé à Berlin, Charles Urban à Londres et, bien sûr, Gaston Méliès à New York !

S'attacher à reconstituer les trajectoires de ces films et à retrouver les agents de leur circulation, voilà qui peut aider à recouvrer un versant largement enfoui du cinéma méliésien, celui des circuits de distribution, des contextes d'exploitation et de leurs réseaux respectifs de collaborateurs et de collaboratrices.

Initié par la Cinémathèque Méliès et soutenu par la Fondation Maison des Sciences de l'Homme (programme "Arts – Mondes en action, mondes en réflexion"), ce colloque — le quatrième consacré au magicien organisé à Cerisy — suggère, de manière un peu provocatrice, de se placer loin de Méliès, soit là où les films se transportent, se transmettent et se transforment.


MOTS-CLÉS :

Agents, intermédiaires et réseaux de distribution ; Cinéma ambulant et exploitation itinérante ; Cinématographie-attraction ; Circulation des films de Georges Méliès ; Éducation à l'image et médiation ; Postérité et héritage méliésiens ; Projection et dispositifs de diffusion ; Réception et expériences spectatorielles ; Transmission et transformations des œuvres ; Valorisation, programmation et exposition de films


CALENDRIER PROVISOIRE (12/03/2026) :

Lundi 3 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants, ainsi que du Foyer de création et d'échanges


Mardi 4 août
Matin
Caroline RENOUARD, Matthew SOLOMON, Stéphane TRALONGO, avec Jacques MALTHÊTE & Anne-Marie QUÉVRAIN : Ouverture du colloque
André GAUDREAULT : De Méliès à Mélios 3.0 : trajectoires de l'indétectabilité des trucages entre le premier cinéma et les productions audiovisuelles de l'IA

Après-midi
Méliès and the Modern World
Caroline RENOUARD, avec Sarah POULAIN & Guillaume LEPRÉVOST : Les films de Méliès à l'épreuve des dispositifs d'éducation à l'image : observation de pratiques et de circulations contemporaines

"Researching and Reenacting Méliès : Virtual Reality, Digital Video, and 35mm Filmmaking ", par une équipe de l'université du Michigan dirigée par Matthew SOLOMON, composée de Rose ALBAYAT, Olivier BAHIZI, Morgan EVERETT, Miles HIONIS, Jennifer LIPSMEIER GUY, Patterson McKINNEY, Catherine MILLER, Kel PERO [sous réserve] et Niko SMITH

Soirée
Projections de films de Méliès et/ou de documents inédits (dessins de Méliès, vidéos…) issus des collections de la Cinémathèque Méliès et de Pascal Friaut


Mercredi 5 août
Matin
Frédéric TABET : Aux confins du spectacle : le rôle des forains et des magiciens dans la circulation des vues de la Star-Film
Bart G. MOENS : Trajectoires foraines : Méliès et le cinéma ambulant en Belgique
Jean-Claude SEGUIN : La production Méliès dans les pays de langue espagnole

Après-midi
Anne-Marie QUÉVRAIN : Des théâtres d'illusion aux premiers films à trucs : MASKELYNE et MÉLIÈS (1865 à 1914)
Joël LEHMANN : Le sacre d'Edouard VII (1902) : production et circulation du film et trajectoire d'une copie retrouvée
Ian CHRISTIE : Méliès and Britain : an unexplored relationship

Soirée
Projections de films de Méliès et/ou de documents inédits (dessins de Méliès, vidéos…) issus des collections de la Cinémathèque Méliès et de Pascal Friaut


Jeudi 6 août
Matin
Marie FRAPPAT : Madeleine Malthête-Méliès et les projections des films de Méliès à travers le monde
Projection d'une programmation de films issue de la collection de la Cinémathèque-Méliès
Projection du documentaire sur Gaston Méliès au Texas de Raphaël MILLET [sous réserve]

Après-midi
DÉTENTE

Soirée
Raphaël MILLET [sous réserve] & David PFLUGER, accompagné par Kathy FULLER-SEELEY [visioconférence] & Frank THOMPSON [visioconférence] : discussion autour de Gaston Méliès avec projection d'extraits des documentaires de Raphaël Millet sur Gaston Méliès et échange sur le processus créatif mis en place lors de ses résidences à la Villa Albertine


Vendredi 7 août
Matin
Jean-Pierre SIROIS-TRAHAN & Guillaume LAVOIE : "Les épisodes extraordinaires" de la Star Film. Archéologie de la réception, de l'exploitation et de la distribution des vues de Georges Méliès au Québec
Ekaterina ARTEMEVA : La distribution des films de Méliès dans l'Empire russe

Après-midi
Frank KESSLER & Sabine LENK : Les films de Georges Méliès en Allemagne
Morgan CORRIOU : Les circulations des films de Méliès en Algérie et en Tunisie aux premiers temps du cinéma
Stéphane TRALONGO : À mille lieues de Méliès. Une histoire décentrée des vues animées de la Star Film

Soirée
Projections de films de Méliès et/ou de documents inédits (dessins de Méliès, vidéos…) issus des collections de la Cinémathèque Méliès et de Pascal Friaut


Samedi 8 août
Matin
Jacques MALTHÊTE : Passez Muscades ! Une "revue de l'année" montée au théâtre Robert-Houdin en 1899
Sébastien DUPONT-BLOCH : Méliès et la Normandie : trajectoires matérielles et transformations imaginaires

Après-midi
Thierry LECOINTE : Méliès par le cinématographe de poche, une diffusion hors norme
Stéphanie-Emmanuelle LOUIS : Méliès en expositions. Sur les traces du pionnier à travers le monde


Dimanche 9 août
Matin
Béatrice DE PASTRE : La participation du CNC au 1er colloque Méliès de Cerisy

Conclusion & Discussion générale

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Jacques MALTHÊTE
Jacques Malthête est l'auteur de plusieurs contributions sur les débuts du cinéma et, en particulier, sur Georges et Gaston Méliès. Il a codirigé, avec Michel Marie, Georges Méliès, l'illusionniste fin de siècle ?, Presses Sorbonne Nouvelle, 1997 (Colloque de Cerisy, 1996) ; avec Stéphanie Salmon, Recherches et innovations dans l’industrie du cinéma – Les cahiers des ingénieurs Pathé (1906-1927), Fondation Jérôme-Seydoux-Pathé, 2017 ; avec Réjane Hamus-Vallée et Stéphanie Salmon, Les mille et un Visages de Segundó de Chomón, truqueur, coloriste, cinématographiste… et pionnier du cinématographe, Fondation Jérôme-Seydoux-Pathé / Presses universitaires du Septentrion, 2019. Il a, par ailleurs, participé à des ouvrages collectifs sur Jean Comandon, Léon Gaumont, Étienne-Jules Marey et Karel Zeman.

Anne-Marie QUÉVRAIN
Anne-Marie Quévrain est une descendante de Georges Méliès et secrétaire générale bénévole de l'association Cinémathèque Méliès-Les Amis de Georges Méliès depuis 1979. Sociologue et psychologue clinicienne, elle est à présent retraitée, après une carrière dans le Pacifique sud, le Maghreb et la France.
Articles et communications
"Freud et Méliès : quel avenir pour les marchands d'"illusion" ?, Colloque de Cerisy (1981), Méliès et la naissance du spectacle cinématographique, Éditions Kliencksieck, 1983.
"Artificially arranged scenes : le cinéma selon Georges Méliès", Théâtre et cinéma, textes inédits, Studio 43, Dunkerque, 1990.
"Méliès et l'âge d'or du cinéma forain en France (1896-1914)", Colloque de Cerisy (2014), Les archives de la mise en scène. Spectacles populaires et culture médiatique 1870-1950, Éditions du Septentrion, 2016.
"Repatriating the work of Georges Méliès, the collection of Madeleine Malthête-Méliès", Magnificent Méliès, edited by Matthew Solomon, University of Michigan Press, 2022.
"Rapatrier l'œuvre de Georges Méliès, la collection de Madeleine Malthête-Méliès", Le Cinéma dans l'œil du collectionneur, Presses de l'Université de Montréal, 2023.

Caroline RENOUARD
Caroline Renouard est maîtresse de conférences en études cinématographiques, à l'université de Lorraine à Metz et membre du CREAT. Ses travaux de recherche portent principalement sur l'histoire, l'esthétique et les métiers des effets spéciaux visuels. En duo avec Réjane Hamus-Vallée, elle a notamment codirigé le n°155 de CinémAction "Les métiers du cinéma à l'ère du numérique" (mai 2015), publié Superviseur des effets visuels pour le cinéma (Eyrolles, 2015) et Les Effets spéciaux au cinéma, 120 ans de création en France et dans le monde (Armand Colin, 2018). Réjane Hamus-Vallée, Giusy Pisano et Caroline Renouard ont dirigé ensemble le volume collectif Truquer, créer, innover : Les effets spéciaux en France (PUS, 2024), dans le cadre du programme de recherche "Les Arts Trompeurs" (Labex Arts-H2H, 2015-2018). Avec Katalin Pór, elle a codirigé l'ouvrage L'Équipe de film au travail. Créations artistiques et cadres industriels (Éditions de l’AFRHC, 2022).

Matthew SOLOMON
Matthew Solomon est professeur au département "Film, Television, and Media" à University of Michigan. Il est l'auteur de Disappearing Tricks : Silent Film, Houdini, and the New Magic of the Twentieth Century (University of Illinois Press, 2010), lauréat du prix Kraszna-Krausz du meilleur livre sur les images en mouvement, d'une monographie sur La Ruée vers l'or de Chaplin dans la collection "BFI Film Classics", 2015, et de Méliès Boots : Footwear and Film Manufacturing in Second Industrial Revolution Paris (University of Michigan Press, 2022), disponible en libre accès, lauréat du prix du livre Katherine Singer Kovács. Il a publié plusieurs articles et chapitres de livres sur l'œuvre de Méliès, a dirigé Fantastic Voyages of the Cinematic Imagination : Georges Méliès’s Trip to the Moon (SUNY Press, 2011), accompagné d'une édition critique du film en DVD, et a aussi dirigé Magnificent Méliès : The Authorized Biography (University of Michigan Press, 2022), traduction anglaise par Kel Pero de l'ouvrage de Madeleine Malthête-Méliès. Il codirige la collection "Cinema Cultures in Contact" chez University of California Press et la collection "Out of the Archives" chez University of Michigan Press.

Stéphane TRALONGO
Stéphane Tralongo est Maître d'enseignement et de recherche suppléant à la section d'histoire et esthétique du cinéma de l'université de Lausanne, où il coordonne aussi le programme doctoral "Dispositifs de vision : cinéma, photographie et autres médias". Docteur ès Lettres et arts/Études cinématographiques de l'université Lyon 2 et de l'université de Montréal, il est l'auteur d'une thèse sur l'émergence du spectacle cinématographique dans le contexte des arts de la scène à Paris. Il est aussi secrétaire général de l'AFRHC et membre du comité de rédaction de 1895 revue d’histoire du cinéma. Avec André Gaudreault et Laurent Le Forestier, il a collaboré à la direction de l'ouvrage Méliès, carrefour des attractions, Colloque de Cerisy (2011), PUR, 2014. Avec Mireille Berton, il a codirigé l'ouvrage L'Outre-humain. Automates, performances mécaniques et cultures spectaculaires, PUS, 2025. Il prépare actuellement un ouvrage intitulé Dômes de verre. Histoire atmosphérique du cinéma.


BIBLIOGRAPHIE :

• GAUDREAULT André, LE FORESTIER Laurent, avec la collaboration de TRALONGO Stéphane, Méliès, carrefour des attractions, Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Rennes, 2014.
• HAMUS-VALLÉE Réjane et RENOUARD Caroline, Les effets spéciaux au cinéma, 120 ans de créations en France et dans le monde, Armand Colin, 2018.
• KESSLER Frank, LARRUE Jean-Marc, PISANO Giusy (dir.), Machines. Magie. Médias, Colloque de Cerisy, Presses universitaires du Septentrion, Coll. "Images et sons", 2018.
• MALTHÊTE Jacques et MARIE Michel (dir.), Georges Méliès, l'illusionniste fin de siècle ?, Colloque de Cerisy, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1997.
• MALTHÊTE Jacques, MANNONI Laurent, L'Œuvre de Georges Méliès, Éditions La Martinière/Cinémathèque française, 2008.
• MALTHÊTE Jacques, Méliès. Images et illusions, Exporégie, 1996.
• MALTHÊTE-MÉLIÈS Madeleine (dir.), Méliès et la naissance du spectacle cinématographique, Colloque de Cerisy, Éditions Klincksieck, 1984.
• MANNONI Laurent, Méliès. La Magie du cinéma, Éditions Flammarion/Cinémathèque française, 2022.
• SOLOMON Matthew (dir.), Fantastic Voyages of the Cinematic Imagination : Georges Méliès's Trip to the Moon, State University of New York Press, 2011.
• SOLOMON Matthew, Méliès Boots Footwear and Film Manufacturing in Second Industrial Revolution Paris, University of Michigan Press, 2022.
• TRALONGO Stéphane, "Georges Méliès", Oxford Bibliographies, Cinema and Media Studies, 2023.


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


THÉORISER LE VIVANT


DU VENDREDI 24 JUILLET (19 H) AU JEUDI 30 JUILLET (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Le tournant moléculaire en biologie a fourni un paradigme extrêmement fécond pour l'exploration empirique du vivant. Néanmoins, ses découvertes ont ébranlé — voire sapé — ses propres présupposés. Pour surmonter cette difficulté, de nombreux biologistes et institutions préconisent l'importation de concepts et de méthodes issues d'autres disciplines, centrées sur la mathématisation, comme la physique ou l'informatique.

Ce colloque propose d'emprunter une autre piste : celle qui vise à explorer les conditions et l'horizon d'une nouvelle théorie pour la biologie. Il s'agira d'affronter directement les défis liés à la compréhension de l'historicité et l'organisation des êtres vivants. Cette piste ne s'oppose pas à la mobilisation de méthodes développées dans d'autres disciplines, mais subordonne leurs potentielles utilités à leurs intégrations dans un cadre théorique spécifiquement biologique.

Si l'on cherche à comprendre les êtres vivants de manière non réductionniste, et donc à étudier leurs organisations, comment s'orienter dans leur complexité ? Et si ces organisations sont le produit d'une histoire — une histoire qui se poursuit et les transforme — comment les objectiver ?

Nous pensons que ces interrogations sont cruciales et présentent un défi théorique majeur. Or relever ce défi est une condition pour en relever d'autres, contemporains, comme ceux liés à la santé, la biodiversité, l'écologie, ou encore l'alimentation. Elles rejoignent également la question de l'encadrement théorique nécessaire à l'usage des nouvelles technologies dans la pratique scientifique.


MOTS-CLÉS :

Biodiversité, Biologie théorique, Épistémologie, Évolution, Fonction biologique, Historicité, Mathématiques, Organisation, Philosophie, Systématique, Théorie, Vivant


CALENDRIER PROVISOIRE (02/03/2026) :

Vendredi 24 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Samedi 25 juillet
Matin
POURQUOI THÉORISER ? | La question du cadre théorique est structurellement négligée en biologie - malgré la centralité de la théorie de l'évolution. Pourquoi la soulever aujourd'hui et quel type de théorisation devons-nous viser ?
Paul-Antoine MIQUEL : Quel rôle un philosophe peut-il jouer sur des questions de biologie théorique ?
Barbara BRAVI : Statistical and machine learning modelling in biology : considerations and examples from immunology
Armand HATCHUEL & Pascal LE MASSON : Les épreuves du travail théorique : l'exemple de la théorie de la conception

Après-midi
LIMITES DU TOURNANT GÉNÉTIQUE ET MOLÉCULAIRE | La biologie de la deuxième moitié du XXe siècle, notamment à la suite de la découverte de l'ADN, a centré son travail sur le niveau moléculaire, parfois de manière dogmatique. Si ce dogmatisme est intimement lié à une approche génocentrique du vivant qui tend à s'effacer, quels enjeux porte ce niveau d'analyse aujourd'hui ?
Arnaud POCHEVILLE : Biologie Galtonienne de l'évolution
Andràs PÀLDI : La biologie expérimentale à la lumière de la théorie
Anne GOUPIL : Modélisation moléculaire du vivant : apports, limites et temporalité des modèles d'IA

Soirée
Discussion collective sur la théorisation, table ronde initiale avec Armand HATCHUEL, Pascal LE MASSON, Maël MONTÉVIL et Ana SOTO


Dimanche 26 juillet
Matin
L'APPORT AMBIVALENT DE LA PHYSIQUE | Face aux limites des approches moléculaires, la biologie se tourne (à nouveau) vers la méthode de construction et d'analyse des objets provenant de la physique, basée sur l'analyse d'invariants et de systèmes. Ces approches permettent d'éclairer d'un nouveau jour de nombreux phénomènes, mais posent aussi des problèmes théoriques, notamment liés aux questions d'historicité et d'organisation biologique.
Cyril RAUCH : Incompatibilités conceptuelles en analyse de données et nécessité de redéfinir la statistique : application à la cartographie génomique
Katja HEUER & Roberto TORO : Rôle de la morphogenèse mécanique dans le développement et l'évolution du cerveau
Giuseppe LONGO : De l'émergence en physique à la production de nouveauté en biologie

Après-midi
L'HISTORICITÉ DU VIVANT ET LE SYSTÈME DE RÉFÉRENCE DE LA BIOLOGIE | À l'opposé, d'autres domaines de la biologie s'appuient sur l'historicité des êtres vivants pour établir des méthodes de travail adéquates. Cela est vrai en particulier de la systématique moderne qui s'appuie sur l'idée que les êtres vivants sont le résultat d'une histoire longue pour les classifier et les nommer.
Andrea ANGELINI : L'historicité des vivants dans l'histoire de l'écologie
Guillaume LECOINTRE : Quels rôles pour la systématique ?
René ZARAGÜETA BAGILS : Quand la forme précède la théorie : le cas de la phylogénétique


Lundi 27 juillet
Matin
LE DÉFI DES NOUVEAUTÉS BIOLOGIQUES | L'historicité biologique est marquée par l'apparition de nouveautés. Or si l'on considère que ces nouveautés sont possibles avant d'advenir, ce ne sont plus vraiment des nouveautés. En biologie, si ce qui est possible change au cours du temps, nous faisons face à un défi méthodologique majeur.
Angelo MARINUCCI : L'historicité des organismes : les concepts d'enablement et d'épaisseur
Andrea ROLI : Évolution de l’espace des possibles et création d’information
Mathilde TAHAR : Imprévisibilité de l'évolution, normativité des contraintes et inventivité des organismes [visioconférence]

Après-midi
"HORS LES MURS" — À SAINT-MALO-DE-LA-LANDE
"Transformation des produits laitiers et fabrication de fromage", visite guidée de l'Élevage de la Vallière par Nathalie DESMASURES


Mardi 28 juillet
Matin
OBJECTIVER L'ORGANISATION BIOLOGIQUE | Étudier les parties des être vivants isolément ne permet pas d'aborder leurs fonctions dans l'organisation dont elles font partie. De quelles bases théoriques a-t-on besoin pour expliquer la stabilité collective des parties d'un organisme ?
Charles WOLFE : Organicisme et vitalisme : histoire et actualité d'un couple
Matteo MOSSIO : Finalité, Causalité, Conservation
Adrien GOULLETQUER : Aux limites de l'organisation : clôture de contraintes et plasticité fonctionnelle

Après-midi
VERS UNE ÉPISTÉMOLOGIE HYBRIDE | Comment faire tenir ensemble l'historicité des être vivants et l'étude de leurs relations causales synchroniques ? Et si l'on se donne ce projet, quel type de logique suivent les objets de la biologie et à quel type de théorie sommes-nous conduits pour la biologie ?
Shaj MOHAN : One Life
Maël MONTÉVIL : Le défi d'une épistémologie hybride pour la théorisation en biologie
Anton ROBERT : L'origine supplémentaire du vivant et ses conséquences pour la modélisation en biologie

Soirée
"Eaudyssée", théâtre avec Pierre-Henri GOUYON


Mercredi 29 juillet
Matin
TISSUS ET ÉCOSYSTÈMES : LA THÉORIE EN PRATIQUE | Les tissus comme les écosystèmes comportent un grand nombre d'entités organisées, cellules et organismes respectivement. En même temps, ils sont eux-mêmes organisés, ou du moins peuvent l'être dans le cas des écosystèmes. Comment ces deux niveaux sont-ils théorisés et étudiés en pratique ?
Claudia GADALETA : Champs morphogénétiques : implications en morphogenèse et en oncogenèse
Ana SOTO : Sur les organismes et leurs parties : détermination théorique de l'objet d'étude
Océane GUILLOT : Intérêts des approches organisationnelles pour l'écologie

Après-midi
VIE ET TECHNIQUE | Comment aborder les actions humaines dès lors que l'on pense les objets avec lesquels on agit comme ayant en même temps une histoire et des propriétés systémiques ? La question technique peut-elle contribuer à la compréhension et à l'élaboration théorique, et réciproquement la théorie biologique peut-elle transformer notre point de vue sur les techniques ?
Céline DELBES : Entre préservation de la biodiversité microbienne comme ressource pour l'expression des terroirs et exigences sanitaires : le cas des fromages au lait cru
Sébastien MASSART : Le virtuel : technique du vivant, technique vivante
Mathieu TRICLOT & Charles LENAY : Possibles techniques - Possibles biologiques


Jeudi 30 juillet
Matin
Bilan & Synthèse

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Adrien GOULLETQUER
Adrien Goulletquer est enseignant et doctorant en philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'UQAM (Montréal). Ses recherches portent principalement sur la singularité du vivant, la critique des approches mécanistes en biologie et l'exploration de cadres théoriques non réductionnistes pour penser les organismes. Dans sa thèse, il propose une reconceptualisation de la notion d'information dans une perspective organiciste. Ses domaines de recherches sont la philosophie contemporaine, la philosophie des sciences et des techniques. Avant son doctorat, il a travaillé plusieurs années dans l'enseignement secondaire où il a enseigné la philosophie au lycée. Il est membre de l'Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (IHPST), et enseigne actuellement la philosophie à l'université Paris 1, où il intervient notamment en histoire de la philosophie et philosophie des sciences.
Publication
Le concept d'autonomie dans les sciences du vivant, CNRS Éditions, à paraître.

Sébastien MASSART
Sébastien Massart est directeur de la stratégie de Dassault Systèmes, entreprise scientifique qui crée des mondes virtuels au service de la vie réelle — pour les industries, dans la santé et sur les territoires. Il a commencé sa carrière au Ministère de l'Économie et à l'Autorité des Marchés Financiers, puis il a servi comme conseiller technique industriel du Ministre de la Défense et ensuite comme conseiller industriel du Président de la République, jusqu'en 2017. De formation scientifique (École Polytechnique, Corps des mines), Sébastien Massart est également diplômé en philosophie de l'École Normale Supérieure. Il enseigne à SciencesPo Paris sur "L'État actionnaire et les entreprises publiques".
Publications
"Chorégraphier l'industrie avec les univers", Les Entretiens du Nouveau Monde Industriel 2024 (à paraître), par The Human Evidence Lab, avec Noémie Dié et Patrick Johnson.
"Par-delà calcul et design : habiter le virtuel", in Prendre soin de l'informatique et des générations, Les Entretiens du Nouveau Monde Industriel, 2020, éd. Anne Alombert, Victor Chaix, Maël Montévil, Vincent Puig, FYP éditions, 2021.
"Nouveaux possibles, nouvelle économie, nouvelles responsabilités", revue Sociétal, juillet 2021.

Maël MONTÉVIL
Maël Montévil est chargé de recherche au CNRS, au Centre Cavaillès de la République des savoirs (École normale supérieure). Théoricien de la biologie et philosophe, il développe une démarche au croisement de la biologie expérimentale, des mathématiques, de l'épistémologie et de la philosophie. Dans ses travaux, il a notamment élaboré le cadre de la clôture entre contraintes, ainsi que renouvelé la conceptualisation de l'historicité biologique et de ses conséquences théoriques et pratiques pour la biologie. Il s'intéresse également à des problématiques majeures du monde contemporain, telles que les perturbateurs endocriniens, et plus généralement les diverses formes de disruption du vivant dans l'Anthropocène, ainsi qu'aux conditions nécessaires pour y répondre. Son œuvre scientifique comprend plus de trente-cinq articles publiés dans des revues internationales et une monographie, Perspectives on Organisms, coécrite avec Giuseppe Longo (https://montevil.org/).
Publications
Disruption of Biological Processes in the Anthropocene : The Case of Phenological Mismatch, Acta Biotheoretica, 2025.
Computational Empiricism : The Reigning Épistémè of the Sciences, Philosophy World Democracy, 2021.
Avec M. Mossio, "The Identity of Organisms in Scientific Practice : Integrating Historical and Relational Conceptions", Frontiers in Physiology (11), p.611, 2021.
"Measurement in Biology Is Methodized by Theory", Biology & Philosophy (34), p.35, 2019.
Avec M. Mossio, "Biological Organisation as Closure of Constraints", Journal of Theoretical Biology (372), p.179–91, 2015.

Anton ROBERT
Anton Robert est docteur en chimie physique depuis 2022. Il est auteur de plusieurs brevets et de publications dans des revues scientifiques, telles que Science Advances, Journal of the American Chemical Society, ou Physical Review Letters. Il poursuit actuellement une thèse à l'École Normale Supérieure, à l'interface entre la biologie théorique et la philosophie. Ses recherches portent sur la tension épistémologique entre l'historicité principielle des organismes et l'usage de l'écriture mathématique pour décrire leurs parties. Son objectif est de développer des pratiques de modélisation pour la biologie qui hybrident des méthodes physicalistes et historiques.
Publications
Robert, A. ; Barkoutsos, P. K. ; Woerner, S. ; Tavernelli, I. (2021), "Resource-Efficient Quantum Algorithm for Protein Folding", npj Quantum Information, 7 (1), 1–5.
Robert, A.; Berthoumieux, H. ; Bocquet, M.-L. (2023), "Coupled Interactions at the Ionic Graphene-Water Interface", Phys. Rev. Lett., 130 (7), 076201.
Robert, A. (2023), "L'arrêt de l'histoire des sciences", Philosophy World Democracy.
Robert, A. (2025), "Mathematical Descriptions as Pharmaka : On Their Adoption in Foreign Theoretical Frameworks", (to appear in) History, Philosophy and Theory of the Life Sciences.
Robert, A. ; Montévil, M. (2025), "Broadening the Scope of Physics by Unpacking the Causal Contexts of Phenomena" (submitted).

Mathilde TAHAR
Formée à la fois à la philosophie et à la biologie, Mathilde Tahar est agrégée de philosophie et docteure en philosophie de la biologie. Ses recherches doctorales ont porté sur l'usage de la téléologie (ou finalisme) dans la théorie de l'évolution, usage qu'elle a analysé et critiqué à partir de la philosophie d'Henri Bergson. Cette thèse a donné lieu à la publication d'un ouvrage aux Presses universitaires de France : Du finalisme en biologie. Bergson et la théorie de l'évolution (2024). Elle est aujourd'hui chercheuse au département d'anthropologie évolutive de l'University College London dans le cadre du projet "Animal inventiveness : a new insight on agency in evolution", financé par la Leverhulme Trust. Elle y étudie le jeu et l'inventivité des animaux, notamment chez les babouins chacma.
Publications
Tahar, M. (2025), "Why the cat wags her tail", Aeon.
Tahar, M. (2024), "La philosophie animale de Bergson. Conscience du vivant, créativité instinctive et biologie contemporaine", Thaumazein Rivista di Filosofia, 12 (1), 83-107.
Tahar, M. (2024), " Historicity, Temporalities, and Causality : A Confusion at the Heart of Debates on Darwinism", in R. G. Delisle, M. Esposito et D. Ceccarelli (éds.), Unity and Disunity in Evolutionary Biology, pp. 551-573, Heidelberg/New York/Dordrecht, Springer, 2024.
Tahar M. (2023), "Agency, inventiveness, and animal play. Novel insights into the active role of organisms in evolution", Numéro spécial "Levels of Biological Agency", Spontaneous Generations, 11 (1).
Tahar, M. (2022), "Biological constraints as norms in evolution", Numéro spécial “Normativity and the Life Sciences”, History and Philosophy of the Life Sciences, 44 (1) : 9.


BULLETIN D'INSCRIPTION



Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


STYLES DE JACQUES ROUBAUD


DU MERCREDI 15 JUILLET (19 H) AU MARDI 21 JUILLET (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]



ARGUMENT :

Du fait de son importance reconnue, l'œuvre de Jacques Roubaud a fait l'objet de nombreux travaux, dont un certain nombre de synthèses d'ensemble. Nous entendons poursuivre son exploration en l'abordant d'un point de vue qui n'a pas encore été systématiquement adopté, celui du style ou plutôt des styles. Il apparaît clairement que Roubaud fait primer la forme sur le style, de même que certains de ses livres relèvent de différents modes de réécriture : la question d'un style d'auteur semble à son propos ne pas se poser.

Cependant, son œuvre n'est pas sans manifester une pensée du style : le recours aux "dix styles" du poète japonais Kamo no Chomei, le concept de "prose inoffensive" ou "prose des Anglaises", le lien entre protocole d'écriture et style dans Le grand incendie de Londres en sont quelques exemples. Par ailleurs, on note dans son œuvre de poète une nette évolution stylistique, du chatoiement lexical et des images de , au retour à Queneau, en passant par le noir et blanc et la littéralité de Quelque chose noir. Le "change de forme" se double ainsi d'une évolution de style : par exemple l'influence du lyrisme surréaliste fait place à celle de la "modernité négative" et de la poésie américaine, via la pratique de la traduction. On peut dès lors se demander si des traits de style apparaissent et persistent, dans ce trajet d'invention continue — qui se sera appuyé sur la forte implication dans certaines revues (Change et Action poétique notamment) et sur le désir, tôt exprimé et sans cesse réaffirmé, du recours à la couleur pour le texte imprimé.


MOTS-CLÉS :

Formes poétiques, Histoire littéraire, Poésie, Poétique, Prose, Roubaud (Jacques), Style, Théorie littéraire, Traduction, Vers


CALENDRIER PROVISOIRE (19/03/2026) :

Mercredi 15 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 16 juillet
Matin
Margaux COQUELLE-ROËHM, Abigail LANG & Jean-François PUFF : Ouverture du colloque
Stéphane BAQUEY : Formes poétiques et sémantique des espaces
Éric BEAUMATIN : Aller de l'avant : style et projet, entre l'arbre et la ligne

Après-midi
Mireille SÉGUY : La littérature médiévale peut-elle dompter les démons ? Le style du "rakki tai" dans l'œuvre en prose de Jacques Roubaud
Nathalie KOBLE : Style de l'aube. Jacques Roubaud à l'heure de la mémoire (ou le style troubadour de Jacques Roubaud)
Christelle REGGIANI : Style et mélancolie : Jacques Roubaud, Grand Rhétoriqueur

Soirée
Lecture de l'Ode à la ligne 29 des autobus parisiens de Jacques Roubaud


Vendredi 17 juillet
Matin
Hermes SALCEDA : Nouvelles impressions d'Afrique : le livre de sable
Margaux COQUELLE-ROËHM : Style et usage de la couleur chez Jacques Roubaud
Benoît CASAS : La relation éditoriale

Après-midi
"HORS LES MURS" — À L'IMEC (Abbaye d'Ardenne, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe)
En commun avec le colloque en parallèle : Denis Roche. Écrivain, éditeur, photographe
- "Présentation des fonds de l'IMEC", par François BORDES et Dominique MONCOND'HUY | Colloque en parallèle
- "Lecture des portraits croisés Denis Roche et Jacques Roubaud", par Dominique MONCOND'HUY | Colloque en parallèle
- "Denis Roche éditeur au Seuil", par Hervé SERRY, David MARTENS et Tiphaine SAMOYAULT, en dialogue avec Stéphane BIKIALO et Luigi MAGNO | Colloque en parallèle
- Visite de l'exposition Autoportrait pensée par Thomas Clerc


Samedi 18 juillet
Matin
Cindy GERVOLINO : Cherchant d'une infinité de mondes / l'un : la pluralité des formes des théories mathématiques
Odile CHATIRICHVILI : Styles auto(bio/matho)graphiques : Roubaud, Grothendieck et Bourbaki en échos
Olivier GALLET : Le style ushin

Après-midi
En commun avec le colloque en parallèle : Denis Roche. Écrivain, éditeur, photographe
Denis Roche et Jacques Roubaud : autour de la poésie américaine, table ronde animée par Abigail LANG, avec
Milena ARSICH : Denis Roche, traducteur dans sa génération. Étude comparée des traductions françaises d'Ezra Pound, d'E.E. Cummings et de Charles Olson
Olivier BROSSARD : Jacques Roubaud et les New American Poets
Antoine CAZÉ : Denis Roche passeur de la littérature américaine en France


Dimanche 19 juillet
Matin
Michel MURAT : Style du vers
Peter CONSENSTEIN : Style et invention formelle dans COVARU

Après-midi
Agnès DISSON : Roubaud et la poésie japonaise
Xiaoxuan LYU : Comment traduire des langues que l'on ne connaît pas ? Roubaud face aux "inconnus"

En commun avec le colloque en parallèle : Denis Roche. Écrivain, éditeur, photographe
"Denis Roche et Jacques Roubaud : atelier sur les revues", animé par Margaux COQUELLE-ROËHM
Marc-Antoine BLAIS : Poétique et politique : Roubaud à l'épreuve de Roche
Dialogue avec Christian ROSSET sur la revue Change

Soirée
Rencontre avec Frédéric FORTE


Lundi 20 juillet
Matin
Jean-François PUFF : Des images signées Jacques Roubaud. Autobiographie d'une lecture
Antoine POISSON : Un surréalisme emprunté : le style de Roubaud à l'ombre de Desnos
Abigail LANG : Le style des Anglaises

Après-midi
Gabrielle de TOURNEMIRE : Sur la langue muesli
Alison JAMES : Styles d'exercice et poétiques de la variation
Hélène GIANNECCHINI : Jacques et Alix Cléo Roubaud, une conversation ininterrompue

Soirée
Performance de Camille BLOOMFIELD


Mardi 21 juillet
Matin
Martin RUEFF : Sur les temps
Rapport d'étonnement
Margaux COQUELLE-ROËHM, Abigail LANG & Jean-François PUFF : Conclusion du colloque

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Margaux COQUELLE-ROËHM
Margaux Coquelle-Roëhm est professeure adjointe en poésie française des XXe et XXIe siècles à l'université de Montréal. Ses travaux se situent à l'intersection entre l'étude formelle de la poésie, les études visuelles et les approches matérielles de la littérature. Elle a soutenu en 2022 une thèse intitulée "L'espace du poème chez Jacques Roubaud : mouvance, mémoire, méditation", récompensée du prix de thèse de l'université de Poitiers. Une version réduite et remaniée paraîtra aux Presses universitaires de Rennes début 2026. Elle a également corédigé avec Gabrielle de Tournemire le volume Atlande consacré à Quelque chose noir. Ses recherches actuelles portent plus largement sur la poésie contemporaine dans et hors du livre, sur les matérialités littéraires, et sur l'intermédialité (en particulier sur les rapports entre littérature et photographie).

Abigail LANG
Abigail Lang est professeure de littérature nord-américaine à l'université Paris Cité et membre de l'UMR 8264 ECHELLES. Elle est l'autrice de La Conversation transatlantique. Les échanges franco-américains en poésie depuis 1968 (2021) et a dirigé plusieurs volumes collectifs, dont Emmanuel Hocquard. La poésie mode d'emploi (2020) et Archives sonores de la poésie (2019). Traductrice d'une vingtaine d'ouvrages de poésie anglophone en français, elle anime avec Vincent Broqua et Olivier Brossard le collectif "Double Change", qui organise des lectures de poésie bilingues depuis 2000, et le programme de recherche Poets & Critics.

Jean-François PUFF
Jean-François Puff est professeur de littérature française contemporaine et de recherche-création à CY Cergy Paris Université. Il est membre de l'UMR 9022 Héritages. Ses recherches portent sur la poésie moderne et contemporaine. Il a consacré de nombreux travaux à l'œuvre poétique de Jacques Roubaud, dont l'ouvrage Mémoire de la mémoire. Jacques Roubaud et la lyrique médiévale (Garnier, 2009) et le livre d'entretiens Roubaud (Argol, 2008). Il est par ailleurs l'un des exécuteurs littéraires de l'œuvre de ce poète. Son travail s'inscrit dans la perspective d'ensemble de l'usage de la poésie dans nos vies, ce qui l'a conduit à interroger le concept de sujet en philosophie, en théorie littéraire et dans la poétique des poètes, dans une perspective historique large. Il est résulté un livre, Le Gouvernement des poètes. La poésie dans la conduite de la vie (Hermann, 2020). Sa recherche actuelle porte sur les archives sonores de poésie et la performance poétique. Poète, il a publié dans diverses revues, ainsi qu'un livre de poésie aux Éditions L'Usage, qu'il a fondées : L'Inédit (2022).


BIBLIOGRAPHIE :

Livres de Jacques Roubaud

Poésie
, Paris, Gallimard, coll. "Blanche", 1967.
Mono no Aware : le sentiment des choses. Cent quarante-trois poèmes empruntés au japonais, Paris, Gallimard, coll. "Blanche", 1970.
Trente et un au cube, Paris, Gallimard, coll. "Blanche", 1973.
Dors ; (précédé de) Dire la poésie, Paris, Gallimard, coll. "Blanche", 1981.
Quelque chose noir, Paris, Gallimard, coll. "Poésie/Gallimard", 2001 [1986].
Ode à la ligne 29 des autobus parisiens, Paris, Attila, 2013.

Prose et théorie
"le grand incendie de londres", Paris, Seuil, coll. "Fiction & Cie", 2009 (rassemble les cinq branches précédemment parues au Seuil).
La Dissolution, Caen, Nous, 2008.
• "Description du projet », Mezura, n°9, 1979 (réédition Caen, Nous, 2014).
Poétique. Remarques : poésie, mémoire, nombre, temps, rythme, contrainte, forme, etc., Paris, Seuil, coll. "La Librairie du XXIe siècle", 2016.

Corpus critique

• CONSENSTEIN, Peter (dir.), The Great Fire of London by Jacques Roubaud. A Casebook, Elmwood Pk, Dalkey Archive, 2003.
• COQUELLE-ROËHM, Margaux, L'espace du poème chez Jacques Roubaud : mouvance, mémoire, méditation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2026.
• KOBLE, Nathalie & SÉGUY, Mireille (dir.), Jacques Roubaud médiéviste, Paris, Honoré Champion, 2018.
• MONCOND'HUY, Dominique & MOURIER-CASILE, Pascaline, La Licorne, n°40, 1997, "Roubaud".
• MONTEMONT, Véronique, Jacques Roubaud : l'amour du nombre, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2004.
• MONTEMONT, Véronique & DISSON, Agnès (dir.), Jacques Roubaud, "compositeur de mathématique et de poésie", Charenton-le-Pont, Absalon, 2011.
• PUFF, Jean-François & ROUBAUD, Jacques, Roubaud : rencontre avec Jean-François Puff, Paris, Argol, 2008.
• PUFF, Jean-François, Mémoire de la mémoire. Jacques Roubaud et la lyrique médiévale, Paris, Classiques Garnier, 2009.


SOUTIEN :

• Laboratoire "Formes et Représentations en Linguistique, Littérature et dans les arts de l'Image et de la Scène" (FoReLLIS, UR 15076) | Université de Poitiers


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