Programme 2020 : un des colloques


MANDIARGUES : ÉCRIRE ENTRE LES ARTS


DU LUNDI 20 JUILLET (19 H) AU LUNDI 27 JUILLET (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


Photographie de Bona, André Pieyre de Mandiargues, Plage de Tecolutla, Veracruz, 1958 [détail], in André et Bona Pieyre de Mandiargues, Correspondances, Mexique-Italie, 1958-1959, Éditions Filigranes, coll. "Saison", 22, 2005.


DIRECTION :

Alexandre CASTANT, Pierre TAMINIAUX, Iwona TOKARSKA-CASTANT


ARGUMENT :

Ce colloque étudie l'œuvre littéraire (romans et nouvelles, poésie, théâtre), mais aussi esthétique (écrits sur l'art) d'André Pieyre de Mandiargues (1909-1991), dans sa relation à la modernité, aux avant-gardes historiques puis à l'époque contemporaine et actuelle. Il propose une approche transversale des études mandiarguiennes, évidemment liées à la littérature mais aussi aux autres arts (peinture, photographie, cinéma, théâtre, musique, son, radiophonie…), en développant des perspectives et des points de vue originaux et novateurs.

Ainsi l'on abordera d'abord l'œuvre de Mandiargues en liaison avec les avant-gardes ou les mouvements littéraires qu'elle revisite, traverse ou annonce (baroque, fantastique, surréalisme, nouveau roman…) en véhiculant des notions qui restent d'une particulière modernité dans le récit, la poétique, le langage (intertextualité, visualité, images mentales, spécularité…) et, en analysant aussi ses rencontres avec de nombreux écrivains et poètes contemporains. Puis, l'on dépassera les fondations surréalistes de Mandiargues pour étudier ses références classiques, par exemple élisabéthaines, romantiques ou impressionnistes, et, symétriquement, pour se projeter dans le futur et penser son actualité poétique et fictionnelle.

Dès lors, seront proposées des analyses de l'œuvre, poétique et esthétique, de Mandiargues en liaison avec la peinture (de l'École métaphysique italienne au surréalisme, de l'art brut au matiérisme), mais aussi avec la photographie, le cinéma ou le théâtre (à travers les adaptations cinématographiques de ses récits ou les mises en scène de ses pièces) ainsi que des études, en relation avec l'art le plus actuel, qui développeront des points de vue novateurs sur des sujets, reconnus comme procédant de la poétique mandiarguienne, ou résolument inédits.

Enfin, une attention sera tout particulièrement portée à son cosmopolitisme (l'Italie, le Mexique, Barcelone, le Japon…) et à la traduction qu'il a pratiquée à de nombreuses reprises (Octavio Paz, W.B. Yeats, Filippo De Pisis, Yukio Mishima…).


MOTS-CLÉS :

Arts, Baroque, Cabinet de curiosités, Cinéma, Cosmopolitisme, Fantastique, Fiction, Images, Intertextualité, Livre d'artistes, Mystère, Peinture, Photographie, Poésie, Surréalisme, Théâtre, Traduction


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

ARTS
* Julie BERNARD : Quand la plume devient pinceau : itinéraire d'un écrivain-peintre au cœur de la cité métaphysique
* Suzanne DUMOULIN : Bona : au delà du surréalisme
* Inmaculada ILLANES ORTEGA : Mandiargues - Dubuffet : relations esthétiques
* Marie JOQUEVIEL-BOURJEA : "…cet effort tendu vers la merveille…" : accompagner Les Rougets d'André Pieyre de Mandiargues
* Gilles POLIZZI : Mandiargues à Bomarzo : poétique "surréaliste" d'un jardin maniériste

CABINET DE CURIOSITÉS
* Alain CHEVRIER : Un gastropoète : l'art culinaire chez Mandiargues
* Éric DUSSERT : Curiosités mandiarguiennes

CORRESPONDANCES LITTÉRAIRES
* Bahia DALENS : Constellations épistolaires mandiarguiennes
* Eugenia GRAMMATIKOPOULOU : Dans le sillage de l'écriture mandiarguienne : filiations et affinités
* Misao HARADA : Autogénération du récit dans Marbre ou les mystères d'Italie d'André Pieyre de Mandiargues
* Jean-Claude MARCEAU : Esthétique du baroque et affirmation du désir : la perversion revisitée par André Pieyre de Mandiargues et Gilles Deleuze
* Cédric MONG-HY : Les démons de l'anatomie : orgies et organes imaginaires. Jeux d'influence chez André Pieyre de Mandiargues, Léonor Fini et Georges Bataille

COSMOPOLITISME
* Marie-France BOROT : Regarder Barcelone, Mandiargues et Genet à l'œuvre
* Marc KOBER : Le Japon nu et simple raconté par Mandiargues
* Antonio LAVIERI : Une communauté de traducteurs. Bona, Pieyre de Mandiargues et les autres
* Kacper Wiktor NOWACKI : Mandiargues et ses traces argentines
* Pierre TAMINIAUX : Mandiargues et le Mexique : de l'art à la poésie

POÉSIE, FICTION
* Marie-Paule BERRANGER : Poésie scopique et genèse de l'écriture
* Anne GARRIC : Détraquement textuel et "hachis de mots" : Le Musée noir de Mandiargues, un style de décadence
* Claude LEROY : Fleurs de Pieyre. Les trois naissances de la Jacinthe
* Iwona TOKARSKA-CASTANT : Poésie, cristallisation, abstraction
* Isabella VON TRESKOW : La Décadence. Mise en scène par Mandiargues
* Birgit WAGNER : L'Archéologue, Gradiva et l'impact des images

PROSPECTIVE
* Alexandre CASTANT : Le Film (sonore) qui n'a pas eu lieu
* Lise CHAPUIS : Isabella Mora, la mort, la poésie : scénographie italienne
* Stéphanie JAMET : La syncope ou Le théâtre de la mort
* Roberta SAPINO : "L'imposant, redoutable et prodigieux théâtre" : André Pieyre de Mandiargues écrivain et dramaturge
* Caecilia TERNISIEN : Mandiargues dans la littérature contemporaine

SOIRÉES :

* Érik BULLOT : Le Quatuor ambigu
* Entretien radiophonique inédit de Gérard Macé à propos d'André Pieyre de Mandiargues
* Avec Sibylle PIEYRE DE MANDIARGUES, animée par Patrick LE BESCONT
* Lecture bilingue (français-italien) de quelques extraits d'Isabella Mora, par Lise CHAPUIS
* Lecture de textes critiques de Mandiargues à propos de l'art moderne, par Pierre TAMINIAUX

EXPOSITION "HORS LES MURS" :

* Archives Mandiargues à l'IMEC, par Claire PAULHAN


RÉSUMÉS :

Julie BERNARD : Quand la plume devient pinceau : itinéraire d'un écrivain-peintre au cœur de la cité métaphysique
En 1926, André Pieyre de Mandiargues (1909-1991) erre dans les rues de Paris avec son ami Henri Cartier-Bresson et voit, dans la vitrine d'une galerie d'art, un tableau de Giorgio de Chirico. Cette rencontre fortuite avec "le mythe moderne" cristallise celle plus personnelle, celle d'un artiste en devenir. En 1933, Mandiargues "le myope" se rapproche donc de l'Italie, déambule dans la "Cité métaphysique" et exprime l'idée que "la vision doit précéder le mot". Dans ces "années sordides", Mandiargues "le muet", s'émerveille, laisse libre cours à son imagination, expérimente la pratique intermédiale où l'écriture devient peinture. Sa parole devient plastique, ses mots, des couleurs, sa plume, un pinceau.

Certifiée en Lettres Modernes, Julie Bernard prépare actuellement une thèse en littérature italienne sous la direction de Marie-José Tramuta (Université Caen Normandie) intitulée "Les mots et les choses dans l'œuvre théâtrale d'Alberto Savinio". Son mémoire de Master Recherche, soutenu en 2012 et dirigé par Marie-Paule Berranger, interrogeait les relations entre André Pieyre de Mandiargues et l'École métaphysique et avait pour titre "André Pieyre de Mandiargues : rencontre(s) avec l'École métaphysique".
Publications
"Angélique ou la nuit de mai, roman protéiforme d'Alberto Savinio", Actes de la journée d'études des jeunes chercheurs du LASLAR - EA 4256, organisée le 23 mars 2017 à la MRSH de l'université de Caen Normandie, p.27-40 [en ligne].
"L'intermédialité au service du "dilettantisme" chez Alberto Savinio", Journée d'études des jeunes chercheurs organisée le 16 juin 2016, Congrès SIES 2016 à Amiens (à paraître).
"Ronconi à l'œuvre de Savinio", Colloque international “Luca Ronconi, maître d'un théâtre sans limites", Paris, 1-2 décembre 2016, organisé par l'université Paris 8 et le Labex Arts-H2H (à paraître).

Marie-Paule BERRANGER : Poésie scopique et genèse de l'écriture
Dans ses nombreux carnets, Mandiargues inscrit des associations de mots où l'on reconnaît, rétrospectivement, les matrices de récits, de poèmes en vers ou en prose. Un même caractère "visionnaire", pour reprendre un terme que la critique picturale du Deuxième Belvédère érige en critère d'élection. Mandiargues dit procéder par "cristallisation d'images maintenues en état de vibration" : leurs ondes de choc ne semblent pas se propager de la même façon vers le récit et vers le poème. Cette puissance d'engendrement de la vision nous servira de point de départ pour examiner la façon dont les sons prenant le relais deviennent conducteurs, soit que l'élaboration de scènes visuelles évolue par amplifications et associations vers le conte, soit que substitutions de mots et combinaisons de sonorités conduisent au poème. Tout est affaire de degrés, cependant, comme le montrent, tantôt l'incrustation de séquences sonores récurrentes et de mots-emblèmes dans le récit, tantôt l'enchâssement d'une liste de noms, noyau matriciel du poème dans une structure temporelle, non sans tremblements de genre.

Marie-Paule Berranger est professeure à l'université de la Sorbonne Nouvelle.
Publications
"À quoi tient la poésie dans le récit : les contes cruels d'André Pieyre de Mandiargues", Actes du colloque de 2013 réunis par Christine Dupouy, La Poésie entre vers et prose, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2016, p. 171-187.
"Le Croiseur noir : de la guerre froide au soleil d'Éros", Communication au colloque André Pieyre de Mandiargues, le poète, Abbaye d’Ardenne, déc. 2012.
"Les Carnets de création", in Plaisir à Mandiargues, Colloque du centenaire de la naissance du poète (mai 2009), textes réunis par Marie-Paule Berranger et Claude Leroy, Hermann, juin 2011, 411 pages.
"Je mourrai sans désaimer", Bernard Noël, André Pieyre de Mandiargues, Europe, janvier-février 2011, p. 285-288.
"André Pieyre de Mandiargues sur son Belvédère", in Tradizione e constestazione III, Canon et anti-canon. À propos du surréalisme et de ses fantômes, textes réunis par Catherine Maubon, Alinea editrice, 2009.

Alexandre CASTANT : Le Film (sonore) qui n'a pas eu lieu
Cette communication aura pour sujet le cinéma : dans la biographie de Mandiargues (sa découverte du septième art), dans son œuvre (il en est parfois question), et, à travers évidemment les adaptations de ses récits à l'écran (La Marée, La Marge, La Motocyclette, Tout disparaîtra…). De nombreuses questions apparaîtront alors, aussi bien sur la difficulté qui existe à adapter une écriture aussi "visuelle", mais aussi à travers la restitution que l'on trouve, dans son écriture, du rapport audiovisuel (entre l'image et le sonore, donc). Si les archives audiovisuelles de l'écrivain, les films qui ont été faits à propos de ou autour de lui, procèderont aussi de notre corpus pour mieux appréhender, précisément, cette relation entre l'image, le texte et le son, un élément, topographique, en sera enfin le symbole sémiologique : le Passage Pommeraye, sa fortune poétique et cinématographique.

Alexandre Castant est Professeur d'histoire de l'art contemporain à l'École nationale supérieure d'art de Bourges, il a soutenu une thèse de doctorat, en 2000, sur l'esthétique de l'image d'André Pieyre de Mandiargues (Esthétique de l'image, fictions d'André Pieyre de Mandiargues, Publications de la Sorbonne, coll. "Esthétique", Paris, 2001) et publié de nombreux articles sur l'œuvre de l'écrivain. Il est par ailleurs l'auteur de plusieurs livres sur l'histoire de l'art et l'esthétique de l'image et des arts sonores.

Lise CHAPUIS : Isabella Morra, la mort, la poésie : scénographie italienne
Publiée en 1973, créée en 1974 par la Compagnie Renaud-Barrault, la pièce Isabella Morra agence dans le lieu et le temps réduits du théâtre un ensemble de lignes de force italiennes qui sous-tendent l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues. On verra comment l'auteur y fait jouer topos, références et résonances entre les arts en un texte charnu, une langue hybride aux registres divers. Mise à mort d'une poétesse, cette pièce est aussi et surtout mise en scène de la poésie, et en particulier des poèmes d'Isabella di Morra dans la traduction d'André Pieyre de Mandiargues, dont on étudiera les choix poétiques avant d'évoquer la version italienne de la pièce réalisée par Bona, épouse de l'auteur, comme en reflet.

Lise Chapuis a soutenu une thèse de doctorat en littérature comparée intitulée "La "matière" d'Italie dans l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues" et publié divers articles sur l'auteur. Après une carrière enseignante, elle se consacre aujourd'hui à la traduction d'œuvres littéraires italiennes.
Dernières traductions parues
Borgo vecchio, de Giosuè Calaciura, Éditions Notabilia, 2019.
Robledo, de Daniele Zito, Éditions Christian Bourgois, 2019.
Malacqua, de Nicola Pugliese, Éditions Do, 2018.
Le livre des monstres, de J. Rodolfo Wilcock, Éditions de l'Arbre vengeur, 2018.

Alain CHEVRIER : Un gastropoète : l'art culinaire chez Mandiargues
L'art culinaire chez Mandiargues est infiltré par une sensualité et une sexualité se voulant transgressive, comme il se doit dans les parages du surréalisme, mais toujours très contrôlée. On passera en revue et on analysera les descriptions d'aliments exotiques, de plats singuliers, de repas baroques, et de conduites alimentaires perverses qu'il a proposées dans ses œuvres en vers et en prose, sans omettre de les confronter aux goûts que manifestait ce voyageur hédoniste dans la vie réelle.

Alain Chevrier a publié des travaux sur l'histoire des formes poétiques et sur le surréalisme. Il est membre de l'Oucuipo (Ouvroir de Cuisine Potentielle).
Dernières publications
La Matière et l'esprit : la littérature scatologique au XVIIIe siècle (2018).
Quelques (Couacs 6) (2019).

Bahia DALENS : Constellations épistolaires mandiarguiennes
Parmi les correspondants d'André Pieyre de Mandiargues, on trouve des écrivains et des poètes, mais aussi des peintres et sculpteurs, des critiques, des journalistes, des éditeurs, ou encore des cinéastes et des compositeurs. L'auteur, pourtant réservé, s'y révèle dans ses sujets et dans son style, à la fois pudique et chaleureux, et des constellations épistolaires se déploient à travers ses lettres, faites d'échanges portant sur la création et d'entrelacements d'affects privés et de considérations artistiques ou professionnelles. Observer ces correspondances permet ainsi de cartographier un réseau de sociabilités propre à une famille artistique choisie, et d'y observer la circulation d'idées et d'affects, support à de nombreux commentaires critiques pour l'auteur des Belvédère.

Bahia Dalens prépare depuis 2015 une thèse de doctorat intitulée "André Pieyre de Mandiargues ou l'écriture du trouble", inscrite à l'université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle sous la direction de Marie-Paule Berranger. En 2019, elle est intervenue à plusieurs reprises lors d'événements scientifiques, portant notamment sur la notion d'invention, l'avant-garde ou encore les études génétiques, pour présenter les œuvres d'André Pieyre de Mandiargues et de Bona.

Suzanne DUMOULIN : Bona : au delà du surréalisme
Après son mariage avec André Pieyre de Mandiargues en 1947, Bona s'installe à Paris en 1950 et fréquente le groupe surréaliste. Cette communication visera d'abord à présenter la proximité de Bona avec le groupe surréaliste, puis la manière dont l'artiste développe la singularité de son œuvre dès la fin des années 1950. Si les œuvres de Bona sont encore aujourd'hui peu visibles, un magnifique texte d'André Pieyre de Mandiargues nous révélait déjà les évolutions du travail de l'artiste en 1971. Les récentes recherches ont montré l'activité prolixe de cette artiste méconnue, soulignant l'originalité du travail de Bona, au-delà de son appartenance au groupe surréaliste. Nous étudierons notamment le cosmopolitisme de Bona et ses influences mexicaines, ainsi que sa technique artistique unique, les tableaux cousus collés.

Bibliographie
Croset Magali, "Bona, l'art et la littérature : les enjeux d'une poétique du fil", Thèse de doctorat, Université de Chambéry, 2005.
Dumoulin Suzanne, "Bona, Artiste surréaliste ?", Mémoire de Master 1 recherche en Histoire de l'Art, sous la direction de Fabrice Flahutez, Université de Paris Nanterre, 2018.
Mandiargues Bona de et Alain Vircondelet, Bonaventure, Éditions Stock, Paris, 1977.
Pieyre de Mandiargues André, Bona, l'amour et la peinture, Skira, Les Sentiers de la création, Genève, 1971.
Ponge Francis, Bona : panorama de vingt-cinq ans d'imagination et de création, Galerie de Seine, Paris, 1976.

Anne GARRIC : Détraquement textuel et "hachis de mots" : Le Musée noir de Mandiargues, un style de décadence
Le Musée noir révèle le goût prononcé d'André Pieyre de Mandiargues pour les thèmes de prédilection de la littérature fin-de-siècle des années 1890. Aussi choisira-t-on d'interroger, dans ce recueil de 1946, certains faits de style que l'on qualifiera de "décadents", en s'appuyant plus précisément sur la lecture du "Tombeau d'Aubrey Beardsley ou Les fashionables chinois". Il conviendra d'étudier une sorte d'hystérie du style mandiarguien, à travers plusieurs formes d'outrance linguistique, de surenchère syntaxique et, sur le plan lexical, dans la quête du mot rare et son jaillissement. On s'attachera par ailleurs à commenter les processus de dégradation référentielle et de perversion sémantique, opérés notamment au moyen de systèmes analogiques, dans les parties descriptives et dans le traitement des références intertextuelles. On verra ainsi comment l'écriture des contes met en œuvre, dans une représentation "métadécadente", un protocole stylistique de frelatage et de détraquement.

Agrégée de lettres modernes, Anne Garric prépare actuellement une thèse de doctorat en langue française dont la perspective est stylistique, sous la direction de Christelle Reggiani (Sorbonne Université). Intitulée "Styles de la malséance", elle porte sur un corpus d'œuvres de prose narrative de Georges Bataille, Jean Genet et André Pieyre de Mandiargues.
Publication
Anne Garric, ""L'homme du parc Monceau" d'André Pieyre de Mandiargues. Dénaturation du référent humain, altération linguistique et dépravation discursive", Roman 20-50, vol. 66, n°3, 2018, p. 143-155.

Eugenia GRAMMATIKOPOULOU : Dans le sillage de l'écriture mandiarguienne : filiations et affinités
Les récits d'Olivier Perrelet "Philine" (1967) et de Jacques Almira "Anna O'Hara" (1979) rendent hommage à André Pieyre de Mandiargues de manière bien plus complexe que nous laisse soupçonner la dédicace laconique qu'ils mettent en exergue à leurs textes. L'allure des deux héroïnes "en communication avec l'animal, le végétal et le minéral" et leur cheminement irrévocable vers un éclatement catastrophique, "panique et funèbre" (Deuxième Belvédère, 1958), reprennent des thèmes et des motifs récurrents chez Mandiargues. De même, la cadence et le style des deux épris (ou héritiers) de ce "surréaliste des marges" (Leroy, 1984) répercutent la "poétique du désastre" (Castant, 2001) qu'a élaborée Mandiargues et célèbrent sa figure préférentielle de "délicieuse(s) et sale(s) gamine(s)" (préface d'APM aux Petites filles criminelles) victime(s) du "terrorisme" de la nature et du merveilleux.

Professeure assistante et directrice du laboratoire de littérature comparée du département de langue et de littérature françaises de l'université Aristote de Thessalonique, Eugenia Grammatikopoulou a soutenu sa thèse "La création selon André Pieyre de Mandiargues : une "cosmogonie individuelle"" en 2007. Elle a contribué au n°5 de la revue Roman 20-50 (2009) consacré à Mandiargues ; elle a aussi préfacé et traduit un choix de poèmes et récits de l'auteur dans des revues littéraires grecques.

Inmaculada ILLANES ORTEGA : Mandiargues - Dubuffet : relations esthétiques
Mandiargues a déclaré son admiration pour l'œuvre de Jean Dubuffet dans plusieurs articles et textes critiques consacrés à la création d'un artiste qu'il qualifie de "visionnaire". Bien des aspects sembleraient pourtant éloigner l'art brut prôné par Dubuffet, volontairement simple et refusant toute érudition des spécialistes, de l'artifice et la théâtralité chers à l'écrivain. Mais, malgré toutes les différences qui les séparent, on retrouve dans les œuvres de ces deux créateurs des traces d'une sensibilité commune, que nous nous proposons d'étudier, et qui concerne trois questions particulières : l'importance du regard (sur les objets et sur la nature), le goût de la matière (formes, couleurs et textures, surtout minérales), et un commun intérêt pour le mur comme espace privilégié d'expression esthétique.

Inmaculada Illanes Ortega est Professeure titulaire au Département de Philologie Française de l'université de Séville et membre du groupe de recherche Littérature-Image-Traduction (Universités de Séville et de Cadix), sa recherche en littérature contemporaine s'articule autour de trois axes principaux : les relations écriture-peinture et les études sur la nouvelle et sur le genre fantastique. Dans ce cadre, plusieurs de ses travaux ont été consacrés à l'œuvre narrative d'André Pieyre de Mandiargues.

Stéphanie JAMET : La syncope ou Le théâtre de la mort
Les derniers soubresauts de vie de Dona Lavinia d'Alba donnent lieu au Théâtre de la mort. Par la syncope, mais surtout par l'état de présence-absence qui la caractérise, André Pieyre de Mandiargues révèle la puissance érotique d'un corps qui se meurt. Quels liens possibles peuvent être tissés entre l'image de l'évanouie et la représentation de la syncope dans l'art contemporain ?

Historienne de l'art, Stéphanie Jamet est professeure à l'École Nationale Supérieure d'Art de Bourges. Ses recherches actuelles portent sur les états résistance et les notions de production/dé-production dans la représentation du sommeil et de la syncope.
Publications
Out-and-Out (Ecstasies) d'Istvan Balogh, Éditions des presses du réel, 2012.
Regards sur le sommeil, en collaboration avec l'historienne de l'art moderniste Véronique Dalmasso, Éditions Le Manuscrit, 2015.
Actes de la journée d'étude La syncope dans la performance et les arts visuels / Syncope in Performing and Visual Arts (2017), avec le philosophe et performer Fred Dalmasso.
Continuant ses interrogations en dialogue avec Véronique Dalmasso, elle travaille actuellement à l'écriture de La syncope. Vertige de l'art à paraître aux Presses universitaires du Septentrion, publication qui prolonge l'exposition Syncopes et Extases. Vertiges du temps qu'elle a organisée au Frac Franche-Comté en 2019.

Marie JOQUEVIEL-BOURJEA : "…cet effort tendu vers la merveille…" : accompagner Les Rougets d'André Pieyre de Mandiargues
Étrange collaboration d'André Pieyre de Mandiargues avec plus d'une centaine de peintres et de plasticiens contemporains… Paradoxale, surtout, puisque posthume. L'entreprise revient aux éditions Fata Morgana qui, au début des années 2000, ont proposé à plusieurs artistes de fêter le mille et troisième ("mille et tre") numéro de la Maison en accompagnant Les Rougets de Pieyre de Mandiargues. Initialement engagée auprès d'une douzaine de plasticiens, l'aventure s'est poursuivie d'elle-même, pour compter, aujourd'hui, cent six collaborations ayant donné lieu à des volumes au format invariable (vingt pages de format 24x16 cm), dont les exemplaires constituent tous des originaux (entre six et trente par artiste). La collection est désormais clôturée, au terme d'une "pêche miraculeuse" qui aura duré une quinzaine d'années… Cette communication cherchera à comprendre comment le texte de Mandiargues, sorte de petit poème en prose, a pu générer et entretenir autant d'enthousiasme créatif, et susciter, à partir de ces "ravissants animaux" dont la couleur "hésite entre le bronze et le vermeil", des collaborations aussi diversifiées qu'inventives.

Agrégée de Lettres Modernes, Marie Joqueviel-Bourjea est maîtresse de conférences HDR en littérature française des XXe et XXIe siècles à l'université Paul-Valéry Montpellier 3. Spécialiste de poésie contemporaine, elle s'intéresse plus largement aux écritures d'aujourd’hui. Sa recherche, que relaie un enseignement en Lettres et en Esthétique, s'attache également aux arts plastiques et aux relations qu'entretiennent poésie et peinture à la Modernité, singulièrement dans les dialogues qu'elles mettent en œuvre dans l'espace du livre d'artiste.
Dernières publications (sous sa direction)
NU(e) : une revue, des voix, la poésie. Une esth/éthique de la rencontre, Actes, Hermann, 2019.
Revue NU(e), n°67 : Paul Louis Rossi, Collectif, 2018.
Poésie sur les ondes. La voix des poètes-producteurs à la radio, P.-M. Héron, M. J.-B. & C. Pardo (éd.), PUR, 2018.
Philippe Claudel, un art du silence, M. J.-B., J. Cauville & P. Bonnet (éd.), Hermann, 2017.
Dany Laferrière, écrirevoir, Hermann, 2017.
Dernières études
"&", in Gérard Titus-Carmel : l'épreuve & la nécessité, (sld) S. Bédouret-Larraburu, M.-A. Bissay, I. Chol & S. Forero Mendoza, Actes du colloque organisé à l'U. de Pau (novembre 2018), revue Triages, 2019.
"Jacques Réda : l'imminence et l'extravagance de danser", in Articuler danse et poème : enjeux contemporains, (sld) B. Bonhomme, A. Godfroy, R. Lefort & J. Vellet, Actes du colloque organisé à l'U. Nice Côte d'Azur (octobre 2017), L'Harmattan, 2018.
"[…] des éclats qui captent et retiennent les regards […]", in Jean-Paul Michel : la surprise de ce qui est, (sld) M. Bishop & M. Gosztola, Actes du colloque de Cerisy (juillet 2016), Classiques Garnier, 2018.

Marc KOBER : Le Japon nu et simple raconté par Mandiargues
La relation de Mandiargues au Japon semble évidente par une commune esthétisation de la mort et du sexe. Comme l'écrit Mandiargues, tout cela est d'une "simplicité impitoyable". Or, rien n'est simple dans le processus d'acculturation du monde japonais au monde de Mandiargues : aucune culture asiatique ne le séduit aussi durablement. Mascarets, Sous la lame et Le Deuil des roses forment un itinéraire déconcertant. Pourtant, les arts visuels et scéniques du Japon ont sans doute favorisé ici la mutation générale du style de Mandiargues vers un récit de plus en plus cruel et froid, où l'intrigue s'estompe au profit d'une approche géométrique de la mort. Nous voudrions indiquer dans notre communication la fécondité et les limites de la médiation culturelle des arts japonais dans l'œuvre de Mandiargues en interrogeant la notion de "simplicité" mise en avant par l'auteur.

Co-fondateur en 1990 de la revue La Révolte des chutes, puis membre actif des revues Supérieur Inconnu et La Sœur de l'Ange, Marc Kober est par ailleurs auteur d'une monographie sur l'écrivain égyptien Georges Henein (Éditions H. Champion, 2014), de L'Archipel des Osselets (Fayard, 2000) et de trois recueils de poèmes (Rougier V. Éditions). Normalien, agrégé de lettres modernes, maître de conférences en littérature française et comparée à l'université Paris 13.

Claude LEROY : Fleurs de Pieyre. Les trois naissances de la Jacinthe
Entre fin 1965 et début 1966, dans le malaise que provoque en lui chaque tournant, André Pieyre de Mandiargues a composé Jacinthes. Cette suite de treize poèmes, recueillie dans Ruisseau des solitudes (1968), garde trace d'une traversée initiatique au cours de laquelle le parfum érotique des jacinthes blanches se mêle à leurs métamorphoses. Selon la légende, la fleur est née du sang d'Hyacinthe, amant d'Apollon. Puis le nom de la hyacinthe a passé de la fleur à une pierre précieuse, tandis que la fleur se voyait attribuer le nom "terrible" de jacinthe. La deuxième métamorphose n'étant soutenue par aucun mythe, le poète comble cette lacune par une alchimie des signes. Brouillant sexes et règnes, joignant l'art du lapidaire à celui du fleuriste, il a "retourné comme un sac/ Le sexe pâle de la jacinthe". La plantant enfin sur son église, par une troisième métamorphose il change la jacinthe en fleur de Pieyre.

Claude Leroy est Professeur émérite à l'université Paris Nanterre.
Publications sur Mandiargues
Ouvrage personnel : Le mythe de la Passante de Baudelaire à Mandiargues, PUF, 1999.
Articles : "Le passage Mandiargues", Cahiers du XXe siècle, n°6, 1976 ;
"Éros palimpseste", Revue des Sciences Humaines, n°193, 1984 ;
"André Pieyre de Mandiargues ou le montreur de merveilles", dans La Beauté du merveilleux, dir. A. Gaillard, Presses universitaires de Bordeaux, 2011.
Édition : Écriture ineffable et autres poèmes, Poésie / Gallimard, 2010.
Ouvrage collectif : Plaisir à Mandiargues, dir. avec M.-P. Berranger, colloque du centenaire, Hermann, 2011.

Jean-Claude MARCEAU : Esthétique du baroque et affirmation du désir : la perversion revisitée par André Pieyre de Mandiargues et Gilles Deleuze
Si, pour Mandiargues, "l'écrivain est une sorte de voyant émerveillé", il s'en faut que son écriture, souvent marquée par l'excès, puisse être rabattue sur cette seule maxime surréaliste. Son œuvre participe en effet pleinement du mouvement de la culture, en traduisant les forces pulsionnelles qui l'animent en ses profondeurs, et entre par là même en résonance avec les débats qui, dans le champ de la psychanalyse et de la philosophie, renouvellent le freudisme en repensant, à partir de l'œuvre de Sade, le concept de perversion. Il s'agira, à travers la lecture de ses deux romans : La Motocyclette et La Marge, qui reçut le prix Goncourt en 1967, d'examiner comment l'écriture mandiarguienne développe une esthétique du baroque qui recroise les affinements du concept de perversion chez Jacques Lacan et Gilles Deleuze.

Jean-Claude Marceau, docteur en philosophie de l'université Paris 1, a soutenu une thèse intitulée "Deleuze et Lacan : l'entre-deux de l'inconscient". Ses champs d'intérêts sont la phénoménologie, la psychanalyse lacanienne, la schizo-analyse et le surréalisme, sur lequel il a publié divers articles dans des revues littéraires, ainsi qu'un livre intitulé Unica Zürn et l'Homme-Jasmin : le dit-schizophrène.

Cédric MONG-HY : Les démons de l'anatomie : orgies et organes imaginaires. Jeux d'influence chez André Pieyre de Mandiargues, Léonor Fini et Georges Bataille
Mandiargues, Fini et Bataille se connurent et se croisèrent sous les auspices d'un érotisme noir qui se traduit dans des images littéraires et picturales conversant les unes avec les autres par citation, allusion ou glissement. Cette communication se propose d'explorer les relations entretenues dans ce trio sulfureux. Plus particulièrement, elle s’attardera ici sur les délires organiques et anatomiques qui se déploient tant dans l'œuvre peint et dessiné de Fini que dans les récits de Mandiargues (entre autres "Les mines de Carmaux" et "Le sang de l'agneau") et de Bataille (notamment Histoire de l'œil et Histoire de rats). Il s'agirait ainsi de détecter et de savourer, dans ces trajectoires singulières, le goût des écarts informes de la nature et le souci de leur mise en vue.

Cédric Mong-Hy est docteur en littérature française et diplômé des Beaux-Arts. Il est professeur à l'École Supérieure d'Art de La Réunion, où il a enseigné l'esthétique et la sémiologie de l'image. Une large partie de ses écrits publiés porte actuellement sur l'œuvre de Bataille, lire principalement : Bataille cosmique – Georges Bataille : du système de la nature à la nature de la culture (Lignes, 2012).

Kacper Wiktor NOWACKI : Mandiargues et ses traces argentines
Cette communication essayera d'examiner l'empreinte argentine dans l'œuvre cosmopolite de Mandiargues. Tout d'abord, nous voudrions expliquer son début littéraire en Argentine et les circonstances de la publication de ses premiers récits en espagnol dans la revue Sur dans les années 1950. Nous tracerons ce parcours grâce aux correspondances de Roger Caillois, Octavio Paz ou José Bianco. Puis, nous analyserons un choix de textes critiques inédits de Mandiargues concernant les écrivains argentins comme Borges, Cortazar et Pizarnik et leur fascination commune pour Edgar Allan Poe et la figure du double. Nous étudierons de quelle façon les récits brefs de Mandiargues inscrivent ou rejettent les éléments du réalisme magique argentin. Enfin, nous présenterons le sort des traductions de Mandiargues à la lumière de ses correspondances avec Alejandra Pizarnik publiées en 2019 et les échanges critiques entre les deux écrivains.

Kacper Wiktor Nowacki, docteur en littérature comparée, a soutenu sa thèse "La dynamique de l'érotisme : étude comparative des romans La Marge d'André Pieyre de Mandiargues et La Pornographie de Witold Gombrowicz" (cotutelle université de Perpignan / université de Bergame). Passionné par l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues, il a participé aux colloques "Plaisir à Mandiargues" organisé en 2009 par l'université de Caen et "Mandiargues, le poète" organisé par l'IMEC en décembre 2012. En 2014, il a collaboré à l'organisation du premier colloque international sur Witold Gombrowicz à Buenos Aires, où il a effectué les recherches. Il a publié des articles sur André Pieyre de Mandiargues (Roman 20-50, "La Rencontre", "Actes" 2014 ; La décomposition : dynamiques et horizons, ouvrage collectif, PUP, 2019).

Roberta SAPINO : "L'imposant, redoutable et prodigieux théâtre" : André Pieyre de Mandiargues écrivain et dramaturge
Cette communication a pour ambition de mettre en avant une composante de la personnalité artistique de Mandiargues qui demeure en grande partie à découvrir : son activité d'écrivain pour le théâtre et de dramaturge. À travers l'analyse non seulement des pièces écrites et publiées par Mandiargues, mais aussi de quelques mises en scène de textes mandiarguiens réalisées du vivant de l'auteur, nous souhaitons mettre en valeur la participation de Mandiargues à un réseau de professionnels de l'art dramatique qui l'aurait aidé à développer une certaine conscience artistique dans le domaine théâtral, voire une véritable identité de dramaturge.

Roberta Sapino est chercheuse postdoctorale à l'université de Turin. Elle a soutenu une thèse de doctorat intitulée "André Pieyre de Mandiargues : une éthique du témoignage" (Université de Turin, Université de Nantes) et publié divers articles sur l'auteur.
Publications
""Pour mon plaisir à moi d'user de mon langage" : Isabella Morra entre l'Italie et la France", in Seduzioni teatrali nelle culture romanze, dir. P. Adinolfi & F. Bermejo Calleja, 2019.
""Un enfant des vagues et du cri des mouettes" : rencontres de l'homme avec la nature dans l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues", in Crossways Journal, n°2.1, 2018.
"Mythes, souvenirs, amours vénitiens. Reflets lagunaires dans l'œuvre d'André Pieyre de Mandiargues", in Profili romanzi. Modelli strutture e paradigmi di uno spazio culturale, dir. P. Calef, 2018.
""Nous passions entre des réalités étranges" : André Pieyre de Mandiargues lecteur de Filippo de Pisis", in Intrecci romanzi. Trame e incontri di culture, dir. O. Abbati, 2016.

Iwona TOKARSKA-CASTANT : Poésie, cristallisation, abstraction
À suivre l'évolution, sur près d'un demi-siècle, des recueils poétiques de Mandiargues, leur métamorphose apparaît comme évidente : elle tend vers une concision formelle, parfois à la limite de l'abstraction, vers une forme de jeu avec les mots, proche des combinatoires. C'est cette évolution que la présente communication étudiera. D'une poésie inspirée par les élizabéthains, les romantiques allemands ou encore Lautréamont, l'écrivain évoluera, avec le temps, vers plus de dépouillement dans une écriture qui, dans Jacinthes par exemple, et malgré son chromatisme, deviendra en quelque sorte blanche. À cet égard, les poètes à propos desquels il écrit dans les décennies 1960-1970 (Bernard Noël, Denis Roche ou Jacques Roubaud) témoignent aussi de cette évolution inattendue, mais toujours féconde.

Après une thèse de doctorat en lettres sur André Pieyre de Mandiargues en 1997 (Université Paris X Nanterre), et publié de nombreux articles sur son œuvre, Iwona Tokarska-Castant a co-dirigé, avec Éric Dussert, l'édition de la correspondance entre André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan (Gallimard, coll. "Les Cahiers de la NRF", Paris, 2009).

Birgit WAGNER : L'Archéologue, Gradiva et l'impact des images
Le récit L'Archéologue, dans Soleil des loups (1951), est évidemment une réécriture de Gradiva de Jensen (1903), déjà le titre l'indique, puisque le protagoniste de Gradiva, Norbert Hanold, fait aussi la profession d'archéologue. Or, si dans Gradiva, le parcours du protagoniste est un chemin vers la guérison de son trouble, magistralement analysé par Freud, le récit de Mandiargues prend exactement la direction contraire, c'est-à-dire d'un état de perfection statuaire à la déliquescence corporelle.
En plus, il y a l'impact des images (dans un sens large, des statues sont aussi des images, une réalité visible) : la Gradiva de Jensen et "la bella cesarina di cera" chez Mandiargues, dont le narrateur et Bettina subissent la vision plutôt qu'ils la contemplent (vision mortelle pour les deux). Quel est le rôle de l'image visuelle pour la littérature ?

Birgit Wagner, professeur des littératures française et italienne à l'université de Vienne. Présidente de l'Association Internationale Blaise Cendrars de 2012 à 2014.
Publications
"Strates de la mémoire. Une lecture de la trilogie "Les Eaux mortes", "Un cimetière indien" et "L'Enclos"", in M.-P. Berranger, P.-M. Héron et C. Leroy (éd.), Périples & parages. L'œuvre de Frédéric Jacques Temple, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2016, p. 443-453.
"Lis de mer et tours aux Sarrasins. Mandiargues et Ernst Jünger", in M.-P. Berranger et C. Leroy (éd.), Plaisir à Mandiargues, Paris, Hermann, 2011, p. 297-310.
Contribution au colloque "André Pieyre de Mandiargues le poète", Université de Caen Normandie (6-7 décembre 2012), Titre de l'intervention : "L'Âge de craie : glissements progressifs des pronoms personnels" (actes du colloque pas encore publiés).
https://homepage.univie.ac.at/birgit.wagner/php/wordpress/


BIBLIOGRAPHIE :

Œuvre d'André Pieyre de Mandiargues

Poésie
L'Âge de craie, suivi de Dans les années sordides, Astyanax et Le Point où j'en suis, Poésies complètes, Tome I, Poésie / Gallimard, 2009.
Écriture ineffable, précédé de Ruisseau des solitudes, de L'Ivre Œil et suivi de Gris de perle, Poésies complètes, Tome II, édition établie par Claude Leroy, Poésie / Gallimard, 2009.

Récits, nouvelles et romans
La Motocyclette, Gallimard, 1963.
La Marge, Gallimard, 1967.
L'Anglais décrit dans le château fermé, Gallimard, 1979.
Tout disparaîtra, Gallimard, 1987.
Récits érotiques et fantastiques, vie et œuvre par Sibylle Pieyre de Mandiargues, avant-propos de Gérard Macé, Gallimard, coll. "Quarto", 2009.

Théâtre
Isabella Morra, Gallimard, 1973.
La Nuit séculaire, Gallimard, 1979.
Arsène et Cléopâtre, Gallimard, 1981.

Essais
Les Monstres de Bomarzo, avec des photographies de Glasberg, Grasset, 1957.
Le Belvédère, Grasset, 1958.
Deuxième Belvédère, Grasset, 1962.
Troisième Belvédère, Gallimard, 1971.
Bona l'amour et la peinture, Skira, coll. "Les Sentiers de la création", 1971.
Le Cadran lunaire, Gallimard, 1972.
Arcimboldo le merveilleux (en coll. avec Yasha David), Robert Laffont, 1977.
Aimer Michaux, Fata Morgana, 1983.
Quatrième Belvédère, Gallimard, 1995.
Ultime Belvédère, Fata Morgana, 2002.
Les Rougets, Fata Morgana, 2003.

Traductions
• Octavio Paz, La Fille de Rappacini, Mercure de France, 1972.
• Filippo de Pisis, 11 + 1 poèmes, Fata Morgana, 1983.
• W. B. Yeats, Le Vent parmi les roseaux, Fata Morgana. 1984.
• Yukio Mishima, Madame de Sade, Gallimard, 1976.
• Yukio Mishima, L'Arbre des tropiques, Gallimard, 1984.

Entretiens
Le Désordre de la mémoire, entretiens avec Francine Mallet, Gallimard, 1975.
Un Saturne gai, entretiens avec Yvonne Caroutch, Gallimard, 1982.

Correspondance
• Bona et André Pieyre de Mandiargues, Correspondances, Filigranes, coll. "Saison", n°22, 2005.
• "Écris-moi tes hauts faits et tes crimes", correspondance avec Nelly Kaplan, 1962-1991, Tallandier, 2009.
• André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan, Correspondance 1947-1968, édition établie, annotée et préfacée par Éric Dussert et Iwona Tokarska-Castant, Gallimard, coll. "Les Cahiers de la NRF", 2009.
• Leonor Fini et André Pieyre de Mandiargues, L'Ombre portée. Correspondance 1932-1945, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Le Promeneur, 2010.
• André Pieyre de Mandiargues et Alejandra Pizarnik, Correspondance Paris - Buenos Aires 1961-1972, commentaires de Mariana Di Cio, Ypsylon, 2018.
• André Pieyre de Mandiargues et Francis Ponge, Lettres familières 1950-1980, édition établie, annotée et présentée par Gérard Farasse, La Rochelle, Éditions Himeros, 2011.

Bibliographie critique (sélection)

• Bona et André Pieyre de Mandiargues, Correspondances, Filigranes, coll. "Saison", n°22, 2005.
• Castant Alexandre, Esthétique de l'image, fictions d'André Pieyre de Mandiargues, Publications de la Sorbonne, 2001.
• Gras-Durosini Dominique, Mandiargues et ses récits : L'écriture en jeu, L'Harmattan, 2006.
• Grossman Simone, L'œil du poète. Pieyre de Mandiargues et la peinture, Paris-Caen, Lettres Modernes-Minard, coll. "Archives des lettres modernes", n°273, 1999.
• Laroque-Texier Sophie, Lecture de Mandiargues, L'Harmattan, 2005.
• Leroy Claude, Le mythe de la passante de Baudelaire à Mandiargues, PUF, 1999.
• Mallard Alain-Paul et Pieyre de Mandiargues Sibylle, André Pieyre de Mandiargues / Pages mexicaines, Gallimard / Maison de l'Amérique latine, 2009.
• Patriarca Francesco et Sibylle Pieyre de Mandiargues, L'Appartement, Filigranes, 2004.
• Pierre José, Le Belvédère Mandiargues, Adam Biro / Galerie Artcurial, 1990.
• Stétié Salah, Mandiargues, Seghers, 1978.
• Taminiaux Pierre, Littératures modernistes et arts d'avant-garde, Honoré Champion, 2013.
• Ternisien Caecilia, Mandiargues. L'Entrelacs du corps et du romanesque, coll. "Savoir Lettres", Hermann, 2016.

Ouvrages collectifs, revues, catalogues (sélection)

De la bibliothèque de Bona et André Pieyre de Mandiargues, catalogue de la Librairie galerie Emmanuel Hutin, 2005.
• André Pieyre de Mandiargues, De La Motocyclette à Monsieur Mouton, sous la direction d'Yves Baudelle et de Caecilia Ternisien, Roman 20-50, n°5, avril 2009.
• André Pieyre de Mandiargues, Europe, n°981-982, janvier-février 2011.
Plaisir à Mandiargues, sous la direction de Marie-Paule Berranger et de Claude Leroy, Hermann, 2011.
L'Œil d’un poète, collection André et Bona Pieyre de Mandiargues, catalogue de la vente chez Christie’s, 24 octobre 2011.


SOUTIEN :

• École nationale supérieure d'art de Bourges (ENSAB)