Publication 2002 : un des ouvrages


D'un siècle l'autre, André Malraux

D'UN SIÈCLE L'AUTRE, ANDRÉ MALRAUX


Jean-Claude LARRAT, Jacques LECARME (dir.)


Le centenaire de la naissance d'André Malraux nous a offert l'occasion de l'évoquer à Cerisy-la-Salle, dans ces lieux où s'épanouirent toutes les audaces intellectuelles et littéraires du second demi-siècle et où flotte encore le souvenir de l'abbaye de Pontigny, quand André et Clara Malraux venaient y incarner, aux yeux des khâgneux et de leurs professeurs, le "bolchevisme" des années vingt. Ce fut donc un colloque, et non une célébration.
Sous cet apparent désordre nous voudrions cependant manifester une conviction profonde : la pensée de Malraux restera certainement une des plus sérieuses, des plus libres et des plus originales de son siècle parce qu'elle fut constamment animée par le refus de ce qu'il appelait "la comédie". Malraux, osons l'affirmer, n'a jamais cherché à séduire, à être fêté, comme on disait alors. Même les mythes ou mensonges dont il s'est entouré (et dont on n'a pas fini de lui faire grief) n'étaient guère conçus pour s'attirer la sympathie ou l'admiration frivoles des gens à la mode ; ils étaient tous des défis, lancés bien plus dans le souci d'exercer une vraie influence que dans celui de faire de l'effet. Il a été, dans sa vie, la proie de quelques obsessions de même nature que celles qu'il prête aux écrivains dostoïevskiens qu'il a aimés (Bernanos, Louis Guilloux…), c'est-à-dire d'obsessions qui le rendaient indifférent à la construction d'un moi mondain sur la scène de la comédie sociale. Malraux politique n'a pas non plus cherché — c'est le moins qu'on puisse dire — à flatter l'opinion publique ; il faut voir là l'une des raisons de son admiration pour le général de Gaulle, auquel il prêtait la même indifférence. Et c'est encore avec cette indifférence qu'il a accueilli la pluie de sarcasmes qui a accompagné ses essais sur l'art. Car c'est avec son observation personnelle des êtres et du monde, avec ses connaissances (plus étendues et surtout plus précises qu'on ne l'a dit) et ses idées propres qu'il se battait. Sa séduction (puisqu'il n'y a pas de meilleur terme) était de celles que Freud prête aux oiseaux de proie, aux chats et aux femmes narcissiques — ces êtres autonomes, qui semblent porter en eux le principe nécessaire et suffisant de leur existence. On pardonnera peut-être à tous les intervenants de ce colloque d'avoir été sensibles — une fois au moins dans leur vie — à cette séduction-là.


Ouvrage issu d'un colloque de Cerisy (2001) [en savoir plus]
Disponible à Cerisy aux Amis de Pontigny-Cerisy [n°300]

CARACTÉRISTIQUES

Éditeur : Éditions Gallimard

Collection : Les Cahiers de la NRF

ISBN : 2-07-076769-8

Nombre de pages : 416 p.

Prix public : 19,50 €

Année d'édition : 2002

...........

Avant-propos, par Jean-Claude LARRAT & Jacques LECARME


QUESTIONS DE CIVILISATION

Le siècle de Malraux, par Henri GODARD

La dialectique de l'individu, par Maurice RIEUNEAU

André Malraux : sa "conversion au gaullisme", par Pierre de BOISDEFFRE

Malraux à la revue Esprit (1932-1976), par Jeanyves GUÉRIN

Résistances aux dérives de l'Occident, par Maria Teresa de FREITAS


LITTÉRATURE

Du Règne du Malin aux Antimémoires : les enjeux d'une réécriture, par Évelyne LANTONNET

Mythes et archétypes dans les œuvres romanesques de Malraux, par Domnica RADULESCU

Malraux, l'anti-Chateaubriand, par John B. ROMEISER

Les Mémoires valent-ils la peine d'être écrits ?, par Jean-Louis JEANNELLE

La voie royale de la fiction : Le Musée imaginaire d'André Malraux, par Dominique VAUGEOIS


PHILOSOPHIE ET SPIRITUALITÉ

Présentation, par Brian THOMPSON

Les Noyers de l'Altenburg et l'appel insistant du visage lévinasien, par Karen D. LEVY

Une réflexion sur le temps, par Michaël de SAINT-CHÉRON

Malraux et la charité, par Myriam SUNNEN

"L'Homme précaire", par Claude TANNERY


LA CRÉATION ARTISTIQUE

Présentation, par Christiane MOATTI

Malraux entre Hegel et Benjamin. L'histoire et l'histoire de l'art dans les écrits sur l'art : continuité et discontinuité, par Jean-Pierre ZARADER

La littérature dans les essais esthétiques d'André Malraux, par Moncef KHÉMIRI

Métamorphose de la Femme couronnée : proposition de mythologie malrucienne, par Jacqueline MACHABÉÏS

Figures du spectre dans Saturne, par Julien DIEUDONNÉ


MÉDIOLOGIE

André Malraux, du Musée imaginaire à l'Inventaire général, par Michel MELOT

La photographie et l'art : encore le dialogue entre André Malraux et Walter Benjamin, par Edson ROSA DA SILVA


LA LITTÉRATURE ET LES DÉFIS DE LA MODERNITÉ

"L'hôte non invité" ? Malraux à Moscou (août 1934), par Jean-Pierre MOREL

Malraux, Hemingway et le modernisme : la déchéance de l'idéal masculin, par Geoffrey T. HARRIS

La condition freudienne, ou la politique et son double, par Jacques POIRIER

Lawrence d'Arabie : héros idéologique du Démon de l'absolu ?, par Peter TAME


PHARES ET MODÈLES

Malraux et Martin du Gard : les surprenants effets littéraires d'une rencontre à Pontigny, en 1928, par Jacques LECARME

Mourir au bord de l'éternité : Baudelaire, phare de Malraux, par Marie-Sophie DOUDET

Aragon et Malraux, par Jean-Claude LARRAT


FASCINATIONS ÉTRANGÈRES

Autour des Conquérants : deux images de la Russie, par Evgueni KOUCHKINE

Malraux et l'Égypte, par Claude TRAVI

Un "second livre espagnol" ? L'Espoir et ses suites, par François TRÉCOURT