Programme 2020 : un des colloques


LE YIDDISH, L'INCONSCIENT, LES LANGUES


DU LUNDI 20 JUILLET (19 H) AU LUNDI 27 JUILLET (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


Illustration de Hank Blaustein, Babble at Babel, 2019


DIRECTION :

Alessandra BERGHINO, Max KOHN


ARGUMENT :

Il y a des colloques sur le yiddish ou sur la psychanalyse. Ce n'est pas le cas de celui-ci qui veut saisir l'ouverture du yiddish sur l'inconscient.

Le yiddish s'écrit en alphabet hébraïque même si ce n'est pas une langue consonantique (on y ajoute les voyelles) comme l'hébreu. Sa grammaire repose sur des bases de la grammaire allemande et son vocabulaire se compose d'éléments de haut moyen allemand (80%) et sémitiques (10% d'hébreu et d'araméen), de langues romanes et slaves et son développement commence en Lotharingie en 1250. Le yiddish est une expérience du plurilinguisme et de l'écart à une langue. C'est une métaphore d'une ouverture sur l'inconscient dont le Witz, le mot d'esprit ancré dans le Midrash (mode de lecture talmudique qui relie des passages et des versets différents pour élaborer de nouveaux récits), est un modèle que l'on peut retrouver dans d'autres contextes linguistiques où la parole du sujet ne coïncide pas avec une langue. Il s'agit de s'interroger aujourd'hui après la destruction de la Mitteleuropa à plusieurs niveaux, d'abord sur le plan même de l'état actuel du yiddish dans le monde. Que se passe-t-il exactement ? Quel état des lieux peut-on dresser ? Est-ce une langue vivante, morte, ni vivante ni morte, entre les deux, une langue de culture que l'on centre sur l'étude de la littérature, de la grammaire et du vocabulaire ? Ce paradigme du yiddish est-il opératoire pour analyser d'autres contextes linguistiques aujourd'hui ? Lesquels et comment ?


MOTS-CLÉS :

Inconscient, Langues, Psychanalyse, Yiddish


COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

* Deborah Sharon ABELES & Alessandra BERGHINO : Les sens des couleurs
* Alessandra BERGHINO : La princesse perdue, un rêve de Rabbi Nahman de Braslav ou la préciosité du fragment
* Daniel GALAY : Yiddish and Hebrew Intonation — reciprocity influences and significance
* Hirsche-Dovid KATZ : Freud, Yiddish אידיש et Yiddish יידיש
* Steven G. KELLMAN : Henry Roth : écrivain yiddish en anglais
* Raphaël KOENIG : Le yiddish, fiction deleuzienne ? Sur Kafka. Pour une littérature mineure
* Max KOHN : Henry Roth : langue et inceste
* Erez LÉVY : Espaces du yiddish après la fin du Yiddishland historique. Utopies rêvées, utopies réelles – des aspirations à une résurrection ?
* Pandelis MAVRAGIENIS : Motivations linguistiques et personnelles des locuteurs-apprenants du djudyó (judéo-espagnol) : que peut-on apprendre lors d'un cours portant sur sa propre langue ?
* Isy MORGENSZTERN : Comment dire le judaïsme en yiddish, la langue du blasphème et de l'ironie ? Que conserver en traduction ? L'exemple d'Isaac Bashevis Singer
* Caroline PUAUD : Du yiddish vers l'allemand : traduire l'inquiétante familiarité
* Cécile ROUSSELET : Inquiétante étrangeté, retour du refoulé. Métamorphoses de la langue yiddish en contexte d'assimilation chez Esther Kreitman
* Robert SAMACHER : La langue oubliée : le yiddish
* Naomi SEIDMAN : Freud, le yiddish et l'archéologie linguistique du moi juif moderne
* Perla SNEH : Parler une langue inconnue – yiddish et transmission
* Isabelle STARKIER : Le théâtre yiddish est-il – comme la psychanalyse – une histoire juive ?
* Odile SUGANAS : Être née pendant l'exode
* Michèle TAUBER : Le yiddish, langue sacrée dans l'œuvre d'Aharon Appelfeld
* Chloé THOMAS : Louis Wolfson et le yiddish : la haine de la langue maternelle ?
* Nelly WOLF : Romain Gary : Le yiddish plus ou moins
* Mareike WOLF-FÉDIDA : Bilinguisme et yiddish

SOIRÉES :

* Autour du film Les Yatzkan d'Anna-Célia KENDALL-YATSKAN (Documentaire, 2014, Idéale Audience - ARTE France-La Lucarne)
* Autour de deux interviews d'Evgeny Kissin (pianiste et écrivain yiddish) : "Émission vidéo Hert mikh oys, Hear me out, Écoutez-moi avec Evgeny Kissin, pianiste, Paris, Forverts, New York, 7 janvier 2011" & "Max Kohns vort (29) Evgeny Kissin : poète yiddish, Yiddish pour les Nuls, 23 septembre 2015"
* Autour du film Les enfants de la nuit écrit par Frank ESKENAZI & François LÉVY-KUENTZ (The Factory Productions, 2014)
* Autour du film documentaire I. B. Singer, sur un Dieu caché d'Isy MORGENSZTERN (collection "Un Siècle d'Écrivains", Diff. France 3 et Arte, 1997)
* Soirée Nelly WOLF : La vie des Glouk, Paris, édition Pont 9, 2016

EXPOSITION :

* Pendant la durée du colloque, réalisée par Hank BLAUSTEIN


RÉSUMÉS :

Alessandra BERGHINO : La princesse perdue, un rêve de Rabbi Nahman de Braslav ou la préciosité du fragment
Rabbi Nahman de Braslav fait d'un fragment d'un de ses rêves un conte devenu midrash. Le texte de la princesse perdue fut transmis entre générations dans les deux formes, orale et écrite. Le texte soulève entre autres la question de la solitude, de l'exil, du Moi du collectif juif devant la représentation de la perte et plus particulièrement de celle du féminin d'une langue: le yiddish. Le yiddish est "une langue d'homme qui fait parler tout le temps le féminin". Le féminin de la langue yiddish fait parler le côté irrationnel de la mémoire du Moi Juif. Que se passe-t-il lorsqu'il y a une perte, quand l'irrationalité du yiddish qui nous renvoie tout le temps aux jeux du Witz est menacée, tuée ? R. N. de Braslav évoque à travers l'hallucination du rêve la déchirure du voile, à vrai dire la conscience d'une perte irréparable qui est métaphoriquement représentée par le voile (les larmes), qui devient écriture dans le sable du désert : les larmes se font parole. Les midrashim comme des restes de rêves entre générations constituent une mémoire d'une langue où la parole se construit à travers le rêve et on rêve d'une parole.

Steven G. KELLMAN : Henry Roth : écrivain yiddish en anglais
Bien qu'Henry Roth n'ait jamais écrit en yiddish, sa langue maternelle servait comme un sous-texte tout au long de sa vie. Transporté de Galicia aux États-Unis avant l'âge de deux ans, il se souvenait de sa jeunesse dans le Lower East Side comme un paradis perdu, où "Toutes les transactions, le travail, et le jeu ont été menés en yiddish". Leah Roth, sa mère bien-aimée, n'a jamais maîtrisé l'anglais, mais Roth chérissait de doux souvenirs dans lesquels elle lui lisait en yiddish. La famille Schearl, les personnages principaux de son chef d'œuvre, Call It Sleep, sont immigrants, et l'un des grands défis stylistiques du roman c'était de rendre leurs conversations et pensées, qui se se passent en yiddish, en anglais. Après la mort du romancier, on a trouvé parmi ses papiers sa traduction en anglais d'une pièce de théâtre en trois actes, Der Zind Fun Get, que son père Herman a composé en 1939-1940.

Steven G. Kellman est professeur de littérature comparée à l'université de Texas à San Antonio.
Publications
Redemption : The Life of Henry Roth, Norton, 2005.
Nimble Tongues : Reflections on Literary Translingualism, Purdue, 2020.
The Restless Ilan Stavans : Outsider on the Inside, Pittsburgh, 2019.
The Translingual Imagination, Nebraska, 2000.
The Self-Begetting Novel, Columbia, 1980.

Max KOHN : Henry Roth : langue et inceste
L'œuvre de Henry Roth est particulièrement unique dans l'histoire de la littérature parce qu'il existe un écart de soixante ans entre son premier livre L'Or de la terre promise (Call it Sleep, 1934) et À la merci d'un courant violent (Mercy of a Rude Stream, 1994). Dans le dernier livre, il décrit l'inceste avec sa sœur Minnie et sa cousine Stella. Cela pose la question du rapport de son œuvre à un contexte incestueux dans l'originalité de son rapport aux langues. Il poursuit l'inceste qu'il n'a jamais cessé avec les langues, essayant d'en inventer une pour rester stable dans une langue d'origine qui manque définitivement, sans pouvoir arriver à investir complètement la langue de l'environnement. Il s'agit de saisir la nécessité où peut se trouver un sujet d'écrire et d'inventer une langue pour pouvoir échapper à l'abîme sur lequel est ouvert l'inceste. Henry Roth essaie d'y échapper en étant à lui-même sa propre loi.

Max Kohn est psychanalyste.
Dernière publication
L'œil du psy. Chroniques 2012-2018, Préface d'Alessandra Berghino, Collection "Culture & Langage", Paris, MJW Fédition, 2019.
Site : http://www.maxkohn.com/

Isy MORGENSZTERN : Comment dire le judaïsme en yiddish, la langue du blasphème et de l'ironie ? Que conserver en traduction ? L'exemple d'Isaac Bashevis Singer
Isaac Bashevis Singer a reçu le prix Nobel de littérature en 1978 pour une œuvre entièrement écrite en yiddish, publiée sous forme de feuilleton dans le journal américain Forwerts. Un univers conforme à cette langue ironique et blasphématoire et pourtant fortement appuyée sur le judaïsme rabbinique et la cabbale. Plus de cinquante livres seront traduits en anglais sous son contrôle. Nous nous proposons au travers de trois de ouvrages, Satan à Goraï, Au tribunal de mon père et Le blasphémateur d'analyser des passages concernant le judaïsme tels qu'ils figurent dans la première version en yiddish. Et en regard dans leur publication en anglais.

Isy Morgensztern est enseignant en philosophie et histoire des religions.
Co-Auteur du Cahier de l'Herne sur l'écrivain I.B. Singer.
Auteur de Rencontre au sommet. Dialogue entre I. B. Singer et Antony Burgess, Éditions Mille et une Nuits.
Producteur, auteur et réalisateur de la "Soirée Thématique sur I. B. Singer", incluant un court document sur le peintre yiddish Serge Lask, diffusée par Arte le 24 février 1998.
Producteur et réalisateur du film documentaire I. B. Singer, sur un Dieu caché, 50’, Diffusion France 3 et Arte.

Cécile ROUSSELET : Inquiétante étrangeté, retour du refoulé. Métamorphoses de la langue yiddish en contexte d'assimilation chez Esther Kreitman
Esther Kreitman, sœur aînée d'Israël Joshua Singer et d'Isaac Bashevis Singer, est née en 1891 en Pologne et morte en 1954 à Londres. Elle écrit dans un contexte particulier, au sein duquel son statut minoritaire est travaillé, réinterrogé en permanence. Son usage de la langue yiddish comme langue d'écriture est véritablement en tension, dessinant, en creux, les impensables d'une culture en dissolution, et en perte de repères identitaires. Elle met en scène, en produisant dans ses textes des effets d'inquiétante étrangeté, la permanence babylonnienne et marquée par la mélancolie d'un passé parfois refoulé, comme étrangéïsant un familier qui ne lui appartient pas totalement. Par le vocabulaire convoqué, les éléments stylistiques dans Der Sheydim-tants, ou un jeu subtil sur le plurilinguisme dans Brilyantn, ce sont les résurgences d'un informulable inconscient qui affleurent à la surface de la langue yiddish.

Cécile Rousselet participe à L'Encyclopédie critique du témoignage et de la mémoire, a publié une vingtaine d'article et a co-dirigé la publication scientifique suivante : Fleur Kuhn-Kennedy, Cécile Rousselet (dir.), Les expressions du collectif dans les écritures juives d'Europe centrale et orientale (Paris, Presses de l'Inalco, mai 2018). Elle enseigne en langue et littérature françaises et en littératures comparées à l'université.

Robert SAMACHER : La langue oubliée : le yiddish
Lors de mon intervention dans un colloque organisé en 2002 par Max Kohn et Jean Baumgarten à l'université de Paris 7, j'avais proposé de distinguer, à partir de ma propre expérience des langues, la langue de la mère — le yiddish dans lequel j'ai baigné durant mes premières années — de la langue de culture qu'est devenu pour moi le français, parlé par les autres membres de ma famille. Les premières paroles maternelles, celles dans lesquelles j'ai été bercé étaient le yiddish, langue que j'aurais dû parler couramment ; or je continue à me questionner sur l'oubli et/ou l'empêchement que j'éprouve lorsque je suis amené à échanger dans cette langue. Me situant comme sujet clinique, je vais tenter d'analyser, à partir de ma propre expérience et selon le corpus freudien-lacanien, les composantes métapsychologiques qui ont déterminé l'oubli sélectif et l'empêchement dont, pour moi, cette langue est frappée. Ma recherche justifie pleinement l'intitulé "Inconscient du yiddish" proposé par Max Kohn lors de la création de son groupe à l'université de Paris 7 et en éclaire la pertinence.

Robert Samacher a travaillé comme psychologue de secteur psychiatrique, Maître de conférences à l'UFR Sciences Humaines Cliniques Paris VII-Denis Diderot jusqu'en 2005. Il est actuellement psychanalyste, directeur actuel de l'École Freudienne fondée en 1983 (après la "Dissolution" de l'École freudienne de Paris en 1980) par Solange Faladé.
Dernière publication
La psychanalyse otage de ses organisations, du contre-transfert au désir d'analyste, MJWFédition, mars 2018.

Perla SNEH : Parler une langue inconnue – yiddish et transmission
Le yiddish, langue qui dépasse la rationalité universitaire — entre le traumatisme, le témoignage et le rire —, évoque le mystère d'une mémoire qui est transmise même si elle reste inconnue ; à la façon du dynamisme de l'inconscient que Freud compare à une langue étrangère particulière, une langue effacée qui, par ce même effacement, devient indélébile.

Isabelle STARKIER : Le théâtre yiddish est-il — comme la psychanalyse — une histoire juive ?
Il s'agira de comprendre comment le théâtre yiddish met en scène l'interdit de la représentation et crée de l'interprétation. Le théâtre yiddish se joue à travers sa langue. Il déplace la problématique de la mimesis aristotélicienne autour du paradoxe de la représentation. Il définit à partir de cette éthique du Livre une esthétique du grotesque — dont la langue yiddish est porteuse. Parole de l'exégèse, le yiddish s'épanouit dans son théâtre. Théâtre de l'énonciation — comme la psychanalyse — et non de l'énoncé, le théâtre juif conserve ce rapport à la parole actée, actante et non à la parole reçue et agissante — celle du mythe. À travers le yiddish et son théâtre se joue la posture historique du peuple juif.

Ancienne élève de l'ENS, agrégée de lettres modernes, maître de conférences HDR en études théâtrales à l'université d'Evry, Isabelle Starkier est également metteur en scène, comédienne et directrice de compagnie. Elle travaille sur l'articulation entre théorie et pratique, faisant se croiser ses mises en scène (une quarantaine) et sa recherche sur l'identité et la barbarie.
Ses premières pièces Oy, Moishele mon fils ! et Le complexe de Starsky, son Marchand de Venise et Têtes rondes et têtes pointues ainsi que ses dernières pièces avec Le Bal de Kafka et L'homme dans le plafond de Timothy Daly ainsi que Le tango des étoiles errantes (cabaret de tango yiddish) abordent la judéité du point de vue de la mémoire, de l'esthétique et de l'interprétation…
Publications
Le Juif et l'Assassin, Essai, Éditions Acoria, 1998.
Le marchand de Venise. De William Shakespeare, Traduction (avec Michel Lederer) et appareil critique, Éditions Le Bord de l'eau, 2003.
Site : https://www.cieisabellestarkier.fr/

Michèle TAUBER : Le yiddish, langue sacrée dans l'œuvre d'Aharon Appelfeld
Surnommée "langue de la mère", mamè-losh'n, le yiddish est pour Aharon Appelfeld (1932-2018, écrivain israélien de langue hébraïque, né à Tchernowitz) une langue sensuelle, qui fait corps, et ce au sens propre du terme, avec la mémoire juive dans laquelle elle imprime une marque séculaire tout au long de son œuvre. La langue y est désignée par un vocable issu des gloses talmudiques : "notre langue", celle qu'on n'a pas besoin de nommer, qui fait une avec le corps juif, LA langue, suprême et absolue. Or c'est paradoxalement en hébreu que l'écrivain fait resurgir la mémoire du yiddish. Il remet en scène les multiples facettes de la vie juive en Europe orientale dans leur "version originale", faisant "parler" une langue par le truchement d'une autre.

Michèle Tauber est maître de conférences HDR en littérature hébraïque moderne et contemporaine à l'université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle.
Publications
"La symbolique des langues de la nature dans les nouvelles d'Aharon Appelfeld", Yod, n°19, INALCO, Paris, 2014, p. 257-275.
Aharon Appelfeld : cent ans de solitude juive, Éditions Le Bord de l'eau, Paris, 2015.
"L'hébreu et le yiddish : on ne choisit pas entre son père et sa mère", Judaica Petropolitana, n°6, Saint-Pétersbourg, 2016, p. 172-182.
"Sous la couture, le fil de bâti : la lisière du récit dans l'œuvre de Robert Bober", À paraître dans Traces et ratures de la mémoire juive dans le récit contemporain, dir. V. Litvan, C. Placial, Éditions Université de Lorraine, décembre 2019.

Chloé THOMAS : Louis Wolfson et le yiddish : la haine de la langue maternelle ?
Louis Wolfson est né en 1931 à New York. Ses parents parlaient le yiddish mais s'adressaient à lui en anglais. Il développa dès sa jeunesse une haine, et une terreur, de l'anglais. La langue l'agressait. Pour s'en protéger, il demanda à ses parents de s'adresser à lui en yiddish ; il apprit aussi des langues étrangères (français, hébreu, allemand, russe) et élabora un système délirant de traduction devant réduire l'anglais à un étranger syncrétique, où il s'agissait, en mélangeant plusieurs langues, de "traduire" en gardant un lien à la fois sémantique et phonétique avec la langue source. Wolfson écrivit un premier livre en français, Le Schizo et les langues, publié par Jean-Bertrand Pontalis chez Gallimard en 1970. Préfacé par Gilles Deleuze, il connut un très grand écho parmi les intellectuels français de l'époque. Le yiddish est à la fois présent et absent dans l'œuvre de Wolfson : c'est la langue au croisement des autres langues apprises, elle est comprise mais non parlée et non écrite. Les travaux de Max Kohn et de Cécile Rousselet ont permis de mettre au jour ce rapport ambigu de Wolfson au yiddish. Dans cette communication, nous voudrions nous intéresser plus précisément au sentiment de haine de Wolfson vis-à-vis à la fois de ses origines et du yiddish, qui redouble l'anglais en tant que "langue maternelle" tout en servant à l'en protéger.

Chloé Thomas est normalienne, agrégée d'anglais. Elle a soutenu en 2016 une thèse sur l'œuvre de Gertrude Stein à la Sorbonne Nouvelle et est actuellement maîtresse de conférences à l'université d'Angers. Elle est également traductrice.
Publication
Dialogues schizophoniques avec Louis Wolfson, Codirigé avec avec Juliette Drigny et Sandra Pellet, L'imprimante, 2016.

Nelly WOLF : Romain Gary : Le yiddish plus ou moins
Romain Gary (1914-1981) est né Roman Kacew à Wilno (aujourd'hui capitale de la Lituanie). Il a émigré en France avec sa mère après la séparation de ses parents. Quoique né dans une famille juive et dans un milieu yiddishophone, il se présente dans ses fictions autobiographiques, ses entretiens réels ou imaginaires, comme demi-juif, juif mêlé par son père de slave, de tartare, de cosaque, de chrétien. Pourtant, beaucoup de ses romans comportent des personnages juifs, comme Mme Rosa, dans La Vie devant soi, publié sous le nom d'Émile Ajar. Le yiddish fait aussi des apparitions régulières dans son œuvre. Dans La Danse de Gengis Cohn (1967), histoire d'un dibbuk juif qui revient hanter son assassin nazi, il fait un retour en force. Quand on l'examine de près, on s'aperçoit qu'il s'agit d'un yiddish à la fois fidèle et infidèle, souvent approximatif et folklorique, qui exprime l'ambivalence de Gary à l'égard de sa filiation juive.

Nelly Wolf est professeure émérite à l'université de Lille, où depuis 2014 elle dirige avec Maxime Decout le séminaire "Écrivains et artistes juifs". Elle a publié de nombreux articles sur les écrivains juifs de langue. Elle s'intéresse aussi depuis toujours à la sociologie de la littérature, aux liens entre la littérature, les styles littéraires, la politique et la société.
Dernière publication
Le Peuple à l'écrit : de Flaubert à Virginie Despentes, PUV, 2019.
Dernière fiction
La Vie des Glouk, Au Pont 9, 2017.


BIBLIOGRAPHIE :

L'Inconscient du yiddish, Actes du colloque international, 4 mars 2002, sous la direction de Max Kohn et Jean Baumgarten, Paris, Anthropos Economica, 2003.
Yiddishkeyt et psychanalyse - Le transfert à une langue, Actes du colloque international, 27 mai 2005, sous la direction de Max Kohn, Paris, MJW Fédition, 2007.