Programme 2020 : un des colloques

Programme complet


Colloque annulé
— 21 avril 2020 —

En raison des événements exceptionnels liés à l'épidémie de la Covid-19, et sur proposition des directeurs, ce colloque a été annulé.

La direction du CCIC


LE YIDDISH, L'INCONSCIENT, LES LANGUES


DU LUNDI 20 JUILLET (19 H) AU LUNDI 27 JUILLET (14 H) 2020

[ colloque de 7 jours ]


Illustration de Hank Blaustein, Babble at Babel, 2019


DIRECTION :

Alessandra BERGHINO, Max KOHN


ARGUMENT :

Il y a des colloques sur le yiddish ou sur la psychanalyse. Ce n'est pas le cas de celui-ci qui veut saisir l'ouverture du yiddish sur l'inconscient.

Le yiddish s'écrit en alphabet hébraïque même si ce n'est pas une langue consonantique (on y ajoute les voyelles) comme l'hébreu. Sa grammaire repose sur des bases de la grammaire allemande et son vocabulaire se compose d'éléments de haut moyen allemand (80%) et sémitiques (10% d'hébreu et d'araméen), de langues romanes et slaves et son développement commence en Lotharingie en 1250. Le yiddish est une expérience du plurilinguisme et de l'écart à une langue. C'est une métaphore d'une ouverture sur l'inconscient dont le Witz, le mot d'esprit ancré dans le Midrash (mode de lecture talmudique qui relie des passages et des versets différents pour élaborer de nouveaux récits), est un modèle que l'on peut retrouver dans d'autres contextes linguistiques où la parole du sujet ne coïncide pas avec une langue.

Il s'agit de s'interroger aujourd'hui après la destruction de la Mitteleuropa à plusieurs niveaux, d'abord sur le plan même de l'état actuel du yiddish dans le monde. Que se passe-t-il exactement ? Quel état des lieux peut-on dresser ? Est-ce une langue vivante, morte, ni vivante ni morte, entre les deux, une langue de culture que l'on centre sur l'étude de la littérature, de la grammaire et du vocabulaire ? Ce paradigme du yiddish est-il opératoire pour analyser d'autres contextes linguistiques aujourd'hui ? Lesquels et comment ?


MOTS-CLÉS :

Inconscient, Langues, Psychanalyse, Yiddish


CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 20 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 21 juillet
Matin
RÊVER DE LANGUES — Modérateur : Max KOHN
Salomon BIELASIAK : Voyage dans les langues
Alessandra BERGHINO : La princesse perdue, un rêve de Rabbi Nahman de Braslav ou la préciosité du fragment

Après-midi
LA FAMILLE SINGER — Modératrice : Alessandra BERGHINO
Cécile ROUSSELET : Inquiétante étrangeté, retour du refoulé. Métamorphoses de la langue yiddish en contexte d'assimilation chez Esther Kreitman
Isy MORGENSZTERN : Comment dire le judaïsme en yiddish, la langue du blasphème et de l'ironie ? Que conserver en traduction ? L'exemple d'Isaac Bashevis Singer

Soirée
Autour des films : I. B. Singer, sur un Dieu caché (collection "Un Siècle d'Écrivains", Diff. France 3 et Arte, Production 1997, Diffusion Arte 24 février 1998) ; Serge Lask, calligraphe de l'absence (4’50’’, sur son œuvre. Production SZ Productions et Arte, Version française et version anglaise, Production 1997, Diffusion Arte 24 février 1998) ; Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? (4', Interview de Serge Lask (site internet) par Jean-Michel Mariou, France 3, Version française, Production 1999, Diffusion 25 février 1999) d'Isy MORGENSZTERN


Mercredi 22 juillet
Matin
JUDÉO-LANGUES ET INCONSCIENT : LE JUDÉO-ESPAGNOL ET LE JUDÉO-ALSACIEN — Modérateur : Max KOHN
Pandelis MAVROGIANNIS : Motivations linguistiques et personnelles des locuteurs-apprenants du djudyó (judéo-espagnol) : que peut-on apprendre lors d'un cours portant sur sa propre langue ?
Alain KAHN : Le Judéo-alsacien (Yddisch Daytsch), un langage reflet d'un état d'esprit au quotidien

Après-midi
L'ÉCART À UNE LANGUE — Modératrice : Alessandra BERGHINO
Mareike WOLF-FÉDIDA : Bilinguisme et yiddish
Isabelle STARKIER : Le théâtre yiddish est-il – comme la psychanalyse – une histoire juive ?

Soirée
Récital de Michèle TAUBER, accompagnée au violon par Michaël RIEDLER [présentation]


Jeudi 23 juillet
Matin
L'OUBLI — Modérateur : Max KOHN
Robert SAMACHER : La langue oubliée : le yiddish
Chloé THOMAS : Louis Wolfson et le yiddish : la haine de la langue maternelle ?

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 24 juillet
Matin
UN ATELIER DE VIE — Modératrice : Alessandra BERGHINO
Fabienne AMSON : Pour que "notre yiddish" vive : un atelier de l'OSE
Steven SAMPSON : On ne meurt que deux fois : le déclin du yiddish chez Philip Roth et ses héritiers

Après-midi
ENTRE LANGUE SACRÉE ET LANGUE DU POUVOIR — Modérateur : Max KOHN
Perla SNEH : Parler une langue inconnue – yiddish et transmission
Michèle TAUBER : Le yiddish, langue sacrée dans l'œuvre d'Aharon Appelfeld

Soirée
Autour du film Les Yatzkan d'Anna-Célia KENDALL-YATZKAN (Documentaire, 2014, Idéale Audience - ARTE France-La Lucarne) [présentation]


Samedi 25 juillet
Matin
HENRI ROTH — Modératrice : Alessandra BERGHINO
Max KOHN : Henry Roth : langue et inceste
Steven G. KELLMAN : Henry Roth : écrivain yiddish en anglais

Après-midi
ARCHÉOLOGIE — Modérateur : Max KOHN
Naomi SEIDMAN : Freud, le yiddish et l'archéologie linguistique du moi juif moderne
Marie SCHUMACHER-BRUNHES : Relire Sholem Asch

Soirée
Nelly Wolf, La vie des Glouk, Paris, Éditions Pont 9, 2016 [présentation]


Dimanche 26 juillet
Matin
PRÉSENCE ET ABSENCE — Modératrice : Alessandra BERGHINO
Alan ASTRO : Dyades transgénérationnelles : auteurs yiddish et post-yiddish en Amérique latine
Nelly WOLF : Romain Gary : Le yiddish plus ou moins

Après-midi
ENTRE UTOPIE ET FICTION — Modérateur : Max KOHN
Erez LÉVY : Espaces du yiddish après la fin du Yiddishland historique. Utopies rêvées, utopies réelles – des aspirations à une résurrection ?
Raphaël KOENIG : Le yiddish, fiction deleuzienne ? Sur Kafka. Pour une littérature mineure

Soirée
Autour du film Les enfants de la nuit écrit par Frank ESKENAZI & François LÉVY-KUENTZ (The Factory Productions, 2014) [présentation]
Autour de deux interviews d'Evgeny Kissin (pianiste et écrivain yiddish) : "Émission vidéo Hert mikh oys, Hear me out, Écoutez-moi avec Evgeny Kissin, pianiste, Paris, Forverts, New York, 7 janvier 2011" & "Max Kohns vort (29) Evgeny Kissin : poète yiddish, Yiddish pour les Nuls, 23 septembre 2015"


Lundi 27 juillet
Matin
Conclusions

Après-midi
DÉPARTS


EXPOSITION (pendant la durée du colloque) :

"Attiré par les Hassidim", réalisée par Hank BLAUSTEIN


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Fabienne AMSON : Pour que "notre yiddish" vive : un atelier de l'OSE
Ils ne rateraient pour rien au monde ce rendez-vous mensuel. Ils, ce sont des hommes et des femmes survivants de la Shoah, heureux de se retrouver autour d'une table pour faire vivre un yiddish singulier, unique, le leur. Un yiddish doux, celui de l'enfance, des chansons de leurs mères, de leurs pères dans l'atelier de couture. Un yiddish caustique et fantasque, celui des vitsn, des blagues, des expressions intraduisibles. Un yiddish douloureux, grainé de tous leurs disparus. Ces moments d'émotion et de plaisir s'inscrivent dans le travail d'"Écoute Mémoire et Histoire", un service créé il y a une vingtaine d'années par l'OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) afin d'apporter un soutien aux survivants de la Shoah et de leur famille. Ce service, soutenu par la Fondation de la Mémoire de la Shoah, propose toute l'année des activités de convivialité, des groupes de parole et une aide à l'écriture de témoignage. L'activité de rencontre mensuelle autour du yiddish s'intitule mame-loshn, pour que la mémoire de notre yiddish vive. Tout un programme !

Fabienne Amson est directrice du service "Écoute Mémoire et Histoire" de l'OSE depuis 2012. L'objectif de ce service est d'offrir aux survivants de la Shoah et de leur famille un espace de parole et d'écoute.
Site de l'OSE : https://www.ose-france.org/

Alan ASTRO : Dyades transgénérationnelles : auteurs yiddish et post-yiddish en Amérique latine
Si on peut parler de la deuxième et troisième générations des survivants de la Shoah, on décèle quelque chose de semblable chez des enfants et petits-enfants d'écrivains yiddish. Que ces derniers se soient trouvés au cœur de la catastrophe, ou en sécurité au loin (par exemple, en Amérique latine), la plupart de leurs lecteurs potentiels fut assassinée. Leurs descendants se retrouvent donc héritiers d'œuvres devenues confidentielles. Il arrive que ces enfants et petits-enfants, parfois à leur tour écrivains, voire psychanalystes, s'expriment sur cet héritage, en espagnol ou en portugais. Cette communication explorera quelques-unes de ces dyades transgénérationnelles d'auteurs : Simja Sneh et sa fille Perla (Argentine) ; Meir Kucinski et son fils Bernardo (Brésil) ; Salomón Zytner et sa petite-fille Rosa (Uruguay) ; et un cas de la quatrième génération : Mijl Hacohen Sinay et son arrière-petit-fils Javier (Argentine).

Alan Astro, qui enseigne depuis 1985 à Trinity University, San Antonio (Texas), a publié plus de 35 articles sur des écrivains aussi variés que Bashevis, Baudelaire, Beckett et Borges. Il a fait de nombreuses traductions, dont une anthologie d'auteurs yiddish d'Amérique latine (Yiddish South of the Border, University of New Mexico Press, 2003). Il a rédigé l'entrée sur le yiddish de l'Histoire sociale des langues de France, Presses Universitaires de Rennes, 2013, pp. 547-557.
https://inside.trinity.edu/directory/aastro
Publications
Chinski Malena et Astro Alan (dir.), Splendor, Decline, and Rediscovery of Yiddish in Latin America, Leyden/Boston, Brill, 2019 (en ligne).

Alessandra BERGHINO : La princesse perdue, un rêve de Rabbi Nahman de Braslav ou la préciosité du fragment
Rabbi Nahman de Braslav fait d'un fragment d'un de ses rêves un conte devenu midrash. Le texte de la princesse perdue fut transmis entre générations dans les deux formes, orale et écrite. Le texte soulève entre autres la question de la solitude, de l'exil, du Moi du collectif juif devant la représentation de la perte et plus particulièrement de celle du féminin d'une langue: le yiddish. Le yiddish est "une langue d'homme qui fait parler tout le temps le féminin". Le féminin de la langue yiddish fait parler le côté irrationnel de la mémoire du Moi Juif. Que se passe-t-il lorsqu'il y a une perte, quand l'irrationalité du yiddish qui nous renvoie tout le temps aux jeux du Witz est menacée, tuée ? R. N. de Braslav évoque à travers l'hallucination du rêve la déchirure du voile, à vrai dire la conscience d'une perte irréparable qui est métaphoriquement représentée par le voile (les larmes), qui devient écriture dans le sable du désert : les larmes se font parole. Les midrashim comme des restes de rêves entre générations constituent une mémoire d'une langue où la parole se construit à travers le rêve et on rêve d'une parole.

Alexandra Berghino exerce la psychanalyse à Paris. Elle est aussi auteur, traductrice et Docteur en Histoire et Littérature de l'université de Turin. Sa bibliographie est consultable sur son site internet : alessandra-berghino-psychanalyste.fr

Salomon BIELASIAK : Voyage dans les langues
Cette communication tentera de faire ressortir à quel point une histoire personnelle transnationale peut être liée à l'amour des langues. Des deux langues maternelle et paternelle, l'une le polonais, celle du pays et l'autre le yiddish, celle entendue au foyer de l'enfant, sa préférence va, bien entendu, vers la première comme moyen de communication avec la vie concrète extérieure à la maison. Un tel enfant à son arrivée en France à l'âge de 10 ans, a dû se familiariser avec le français et il s'y est attaché de toutes ses forces. Lorsqu'il est devenu avocat, il n'a pas hésité à mentionner dans l'Annuaire de la Magistrature au titre de ses langues parlées et écrites, le yiddish.

Salomon Bielasiak est avocat honoraire au barreau de Paris, locuteur du yiddish, du polonais, du français, de l'anglais, du russe et de l'hébreu. Lauréat du Prix Max Cukierman 2015 pour la langue et la culture yiddish. Présentateur d'une émission hebdomadaire et en direct d'une heure en yiddish à Paris sur Radio J. Musicologue amateur et collectionneur d'enregistrements sonores en yiddish provenant de très nombreux pays sous forme de chansons. Fondateur d'un festival annuel en juillet à Deauville consacré à des concerts en yiddish donnés par des artistes venant de l'étranger et se produisant pour la plupart pour la première fois en France.

Alain KAHN : Le Judéo-alsacien (Yddisch Daytsch), un langage reflet d'un état d'esprit au quotidien
Pour paraphraser un célèbre slogan publicitaire, on pourrait dire que le judéo-alsacien c'est vraiment le "bon sens près de chez nous". Ainsi ce langage conserve, malgré son déclin, un symbolisme lié à ses racines culturelles et linguistiques, à son terroir et à la force qu'il représente dans la transmission des valeurs d'un judaïsme authentique et d'un vivre ensemble avant la lettre. Ce parler particulier véhicule parfaitement les traditions et la vie quotidienne d'une manière souvent savoureuse en ne négligeant ni l'auto-dérision, ni les analogies, ni l'ironie, ni le simple bon sens. Ses traces sont toujours vivantes puisqu'il a été transmis de génération en génération et même dans la campagne alsacienne, dans les villages où il y avait une présence juive pourtant bien lointaine, des non-juifs ont conservé encore aujourd'hui les expressions judéo-alsaciennes, souvent humoristiques, qu'ils avaient entendues de leurs grands-parents ou arrière-grands-parents. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles cet intérêt pour ce langage, incontestablement en déclin, perdure malgré tout !

Alain Kahn est retraité de la fonction publique territoriale, Président de l'association des Amis du Site Internet sur le Judaïsme Alsacien et Lorrain, Président de la Communauté juive de Saverne, Membre du Comité de la Synagogue de la Paix de Strasbourg, Membre du Comité de la Société d'Histoire des Israélites d'Alsace et de Lorraine.
http://judaisme.sdv.fr/perso/alkahn/alkahn.htm
Publications
Histoires Judéo-alsaciennes, Jérôme Do Bentzinger Éditeur, 2011 (ouvrage évoquant sous forme de contes l'histoire et la vie quotidienne ainsi que les coutumes des juifs dans les communes de la campagne alsacienne).
Article sur le judéo-alsacien : "La langue et l'humour, un état d'esprit au quotidien", in Juifs d'Alsace au XXe siècle ; ni ghettoïsation, ni assimilation, La Nuée Bleue, 2014 (ouvrage collectif dirigé par le Professeur Freddy Raphaël).

Steven G. KELLMAN : Henry Roth : écrivain yiddish en anglais
Bien qu'Henry Roth n'ait jamais écrit en yiddish, sa langue maternelle servait comme un sous-texte tout au long de sa vie. Transporté de Galicia aux États-Unis avant l'âge de deux ans, il se souvenait de sa jeunesse dans le Lower East Side comme un paradis perdu, où "Toutes les transactions, le travail, et le jeu ont été menés en yiddish". Leah Roth, sa mère bien-aimée, n'a jamais maîtrisé l'anglais, mais Roth chérissait de doux souvenirs dans lesquels elle lui lisait en yiddish. La famille Schearl, les personnages principaux de son chef d'œuvre, Call It Sleep, sont immigrants, et l'un des grands défis stylistiques du roman c'était de rendre leurs conversations et pensées, qui se se passent en yiddish, en anglais. Après la mort du romancier, on a trouvé parmi ses papiers sa traduction en anglais d'une pièce de théâtre en trois actes, Der Zind Fun Get, que son père Herman a composé en 1939-1940.

Steven G. Kellman est professeur de littérature comparée à l'université de Texas à San Antonio.
Publications
Redemption : The Life of Henry Roth, Norton, 2005.
Nimble Tongues : Reflections on Literary Translingualism, Purdue, 2020.
The Restless Ilan Stavans : Outsider on the Inside, Pittsburgh, 2019.
The Translingual Imagination, Nebraska, 2000.
The Self-Begetting Novel, Columbia, 1980.

Raphaël KOENIG : Le yiddish, fiction deleuzienne ? Sur Kafka. Pour une littérature mineure
Cette intervention s'interrogera sur le rôle du yiddish chez Deleuze, au sein de sa lecture de Kafka et de son concept de littérature mineure. Deleuze aligne les contresens sur le yiddish, qu'il décrit comme une langue avant tout orale, perpétuellement en flux, jamais assez stable pour pouvoir être décrite de façon systématique (d'où l'idée paradoxale d'une "langue sans grammaire"). Des spécialistes de littérature yiddish, et en premier lieu Chana Kronfeld (dans son ouvrage On the Margins of Modernism : Decentering Literary Dynamics) se sont livrés à une critique en règle, et éminemment justifiée, de ces graves contresens. Mais il s'agirait ici d'aborder ce débat sous un autre angle : tout en soulignant les contresens que fait Deleuze sur le yiddish, on pourrait également évoquer leur nature productive, en tentant de tracer les contours d'une fiction philosophique, un "yiddish deleuzien" aussi éloigné de la langue et de la culture yiddish que le "Deleuze-Leibniz" du Pli l'est de l'œuvre de Leibniz. Ce faisant, on tentera d'inclure cette fiction philosophique dans une histoire longue des regards extérieurs portés sur le yiddish, en s'interrogeant également sur la façon dont une description plus fine du "yiddish deleuzien" pourrait nous permettre de reprendre à nouveaux frais une critique constructive du concept de littérature mineure.

Raphaël Koenig est postdoctorant au Centre de recherche sur l'art moderne Leonard A. Lauder du Metropolitan Museum of Art de New York. Il est docteur en littérature comparée de l'université de Harvard, ancien élève de l'École normale supérieure, et agrégé de lettres modernes. Son travail porte avant tout sur la littérature et les arts visuels des avant-gardes de l'entre-deux-guerres (en français, allemand, et yiddish), et en particulier sur la réception de "l'art des fous" de 1922 à 1949. Il fait partie du comité de rédaction de In geveb : A Journal of Yiddish Studies, où il est notamment en charge de la coordination du "Projet Milgroym", un projet de numérisation, traduction, et valorisation de journaux d'avant-garde yiddish des années 1920.
Publications récentes
"The Mad Book : Der Nister as Unreliable Author in From my Estate (1929)", Jewish Aspects in Avant-Garde : Between Rebellion and Revelation, Ed. by Mark H. Gelber and Sami Sjöberg, De Gruyter (2017).
"L'Anti-Hegel : Deleuze lecteur de Wolfson, un tournant dans l'histoire de la réception des fous littéraires", Dialogues schizophoniques avec Louis Wolfson, L'Imprimante (2016).

Max KOHN : Henry Roth : langue et inceste
L'œuvre de Henry Roth est particulièrement unique dans l'histoire de la littérature parce qu'il existe un écart de soixante ans entre son premier livre L'Or de la terre promise (Call it Sleep, 1934) et À la merci d'un courant violent (Mercy of a Rude Stream, 1994). Dans le dernier livre, il décrit l'inceste avec sa sœur Minnie et sa cousine Stella. Cela pose la question du rapport de son œuvre à un contexte incestueux dans l'originalité de son rapport aux langues. Il poursuit l'inceste qu'il n'a jamais cessé avec les langues, essayant d'en inventer une pour rester stable dans une langue d'origine qui manque définitivement, sans pouvoir arriver à investir complètement la langue de l'environnement. Il s'agit de saisir la nécessité où peut se trouver un sujet d'écrire et d'inventer une langue pour pouvoir échapper à l'abîme sur lequel est ouvert l'inceste. Henry Roth essaie d'y échapper en étant à lui-même sa propre loi.

Max Kohn est psychanalyste.
Dernière publication
L'œil du psy. Chroniques 2012-2018, Préface d'Alessandra Berghino, Collection "Culture & Langage", Paris, MJW Fédition, 2019.
Site : http://www.maxkohn.com/

Erez LÉVY : Espaces du yiddish après la fin du Yiddishland historique. Utopies rêvées, utopies réelles – des aspirations à une résurrection ?
Ce propos tentera d'approcher les sentiments nourris par le souvenir du Yiddishland à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, époques marquées par les états des lieux de la disparition de cette civilisation pluriséculaire à l'empreinte historique, culturelle, spirituelle très dense, et la commémoration du crime contre l'humanité par lequel elle fut effacée de son creuset géographique. N'étant pas à titre principal un essai historique, il cherchera, pour aborder cette sphère habitée par l'ancrage familial, traversée par des antagonismes idéologiques, hantée par le souvenir de l'émigration et de l'intégration ainsi que celui de souffrances inouïes et longtemps indicibles, à suivre les représentations idéales d'un monde perdu, dans le domaine de la culture et dans celui des utopies politiques. À cet égard, il s'intéressera d'une part à des aspects du renouveau de l'expression culturelle yiddish en France au cours des trois dernières décennies, en particulier dans la chanson (Jacques Grober, Violette Szmajer, Batia Baum, Michèle Tauber et le groupe du Paon doré) ; d'autre part aux survivances des motifs d'utopie politique trouvant leur source dans l'épopée idéologique et historique du Yiddishland (Charles Melman, Mojsze Zalcman) ; enfin à la réappropriation de la mémoire véhiculée par le yiddish telle qu'elle peut être perçue dans les interviews réalisées par Max Kohn entre 2006 et 2016. Cette recherche, tentative d'exploration d'un cheminement affectif vers le yiddish de la part d'un enfant né à cette époque en Israël et ayant grandi en France dans une famille non yiddishophone, se limitera à certaines expressions de cette mémoire et de ces motifs d'espérance en France, sans s'interdire de les mettre en rapport avec des expressions analogues dans d'autres pays de la diaspora juive ou en Israël.

Erez Lévy, né en 1971, titulaire de licences d'histoire et de droit, se consacre depuis 2005 à l'enseignement de la langue yiddish et à la traduction de textes yiddish, principalement dans le cadre du Cercle culturel Medem à Paris 10ème. Il a traduit deux livres du souvenir consacrés à l'histoire séculaire de bourgades juives disparues durant la Shoah, ainsi que de nombreux manuscrits. Il est également l'auteur d'une pièce de théâtre en langue yiddish présentée en 2010. Il est lauréat des prix Yidl-Korman (2013) et Max-Cukierman (2019) pour la langue et la culture yiddish.

Pandelis MAVROGIANNIS : Motivations linguistiques et personnelles des locuteurs-apprenants du djudyó (judéo-espagnol) : que peut-on apprendre lors d'un cours portant sur sa propre langue ?
Les cours et ateliers de djudyó sont suivis par la première génération de locuteurs auxquels la langue n'a pas été transmise. Sans être des locuteurs à part entière, ils ne sont pas non plus des apprenants stricto sensu, puisqu'ils possèdent des compétences linguistiques passives acquises dans leur enfance. Dans leur cas, la dichotomie entre acquisition et apprentissage est inopérante. Il convient alors d'interroger ce processus d'"apprentissage" linguistique pour cerner les objectifs réels de ces "apprenants", qui suivent des cours de langue sans pour autant développer de nouvelles compétences langagières. Alors que ces cours offrent la possibilité de réactiver leurs compétences linguistiques, ces locuteurs-apprenants ne sont pas investis et se limitent à suivre, en citant parfois des mots ou expressions issus de leur idiolecte post-vernaculaire. Dès lors, le cadre des cours semble constituer un prétexte pour retrouver une langue et un monde disparus. Dans cette intervention, basée tant sur l'observation participante des cours et sur l'analyse d’enregistrements d'ateliers de djudyó des années 1990, on esquissera les traits de ces locuteurs-apprenants pour tenter de comprendre leur démarche.

Pandelis Mavrogiannis est né à Salonique, la Jérusalem des Balkans que la Shoah a détruit. Il a étudié le judéo-espagnol sous la direction de Marie-Christine Varol, puis conduit une série d'entretiens, hébergés sur la plateforme Collections de Corpus Oraux Numériques (COCOON) du CNRS. Doctorant à l'INALCO, il est en train de constituer des archives orales intitulées Judeo-Spanish Oral Archive (JSOA) (hébergées sur COCOON). Il enseigne le judéo-espagnol à l'INALCO, à l'Institut d'études du judaïsme (Université Libre de Bruxelles) et au Centre Medem - Arbeter Ring (Paris).
Publication
"The Judeo-Spanish oral Archive (JSA) : data collection, metadata description, results, and perspectives for development", in STUDEMUND-HALEVY M., LIEBL M. et VUCINA I. (dir.), Sefarad an der Donau : lengua y literatura de los sefardies en tierras de los Habsburgo, Barcelona, Tirocinio, 2013, p. 385-406.

Isy MORGENSZTERN : Comment dire le judaïsme en yiddish, la langue du blasphème et de l'ironie ? Que conserver en traduction ? L'exemple d'Isaac Bashevis Singer
Isaac Bashevis Singer a reçu le prix Nobel de littérature en 1978 pour une œuvre entièrement écrite en yiddish, publiée sous forme de feuilleton dans le journal américain Forwerts. Un univers conforme à cette langue ironique et blasphématoire et pourtant fortement appuyée sur le judaïsme rabbinique et la cabbale. Plus de cinquante livres seront traduits en anglais sous son contrôle. Nous nous proposons au travers de trois de ces ouvrages, Satan à Goraï, Au tribunal de mon père et Le blasphémateur d'analyser des passages concernant le judaïsme tels qu'ils figurent dans la première version en yiddish. Et en regard dans leur publication en anglais.

Isy Morgensztern est enseignant en philosophie et histoire des religions.
Co-Auteur du Cahier de l'Herne sur l'écrivain I.B. Singer.
Auteur de Rencontre au sommet. Dialogue entre I. B. Singer et Antony Burgess, Éditions Mille et une Nuits.
Producteur, auteur et réalisateur de la "Soirée Thématique sur I. B. Singer", incluant un court document sur le peintre yiddish Serge Lask, diffusée par Arte le 24 février 1998.
Producteur et réalisateur du film documentaire I. B. Singer, sur un Dieu caché, 50’, Diffusion France 3 et Arte.

Cécile ROUSSELET : Inquiétante étrangeté, retour du refoulé. Métamorphoses de la langue yiddish en contexte d'assimilation chez Esther Kreitman
Esther Kreitman, sœur aînée d'Israël Joshua Singer et d'Isaac Bashevis Singer, est née en 1891 en Pologne et morte en 1954 à Londres. Elle écrit dans un contexte particulier, au sein duquel son statut minoritaire est travaillé, réinterrogé en permanence. Son usage de la langue yiddish comme langue d'écriture est véritablement en tension, dessinant, en creux, les impensables d'une culture en dissolution, et en perte de repères identitaires. Elle met en scène, en produisant dans ses textes des effets d'inquiétante étrangeté, la permanence babylonnienne et marquée par la mélancolie d'un passé parfois refoulé, comme étrangéïsant un familier qui ne lui appartient pas totalement. Par le vocabulaire convoqué, les éléments stylistiques dans Der Sheydim-tants, ou un jeu subtil sur le plurilinguisme dans Brilyantn, ce sont les résurgences d'un informulable inconscient qui affleurent à la surface de la langue yiddish.

Cécile Rousselet participe à L'Encyclopédie critique du témoignage et de la mémoire, a publié une vingtaine d'article et a co-dirigé la publication scientifique suivante : Fleur Kuhn-Kennedy, Cécile Rousselet (dir.), Les expressions du collectif dans les écritures juives d'Europe centrale et orientale (Paris, Presses de l'Inalco, mai 2018). Elle enseigne en langue et littérature françaises et en littératures comparées à l'université.

Robert SAMACHER : La langue oubliée : le yiddish
Lors de mon intervention dans un colloque organisé en 2002 par Max Kohn et Jean Baumgarten à l'université de Paris 7, j'avais proposé de distinguer, à partir de ma propre expérience des langues, la langue de la mère — le yiddish dans lequel j'ai baigné durant mes premières années — de la langue de culture qu'est devenu pour moi le français, parlé par les autres membres de ma famille. Les premières paroles maternelles, celles dans lesquelles j'ai été bercé étaient le yiddish, langue que j'aurais dû parler couramment ; or je continue à me questionner sur l'oubli et/ou l'empêchement que j'éprouve lorsque je suis amené à échanger dans cette langue. Me situant comme sujet clinique, je vais tenter d'analyser, à partir de ma propre expérience et selon le corpus freudien-lacanien, les composantes métapsychologiques qui ont déterminé l'oubli sélectif et l'empêchement dont, pour moi, cette langue est frappée. Ma recherche justifie pleinement l'intitulé "Inconscient du yiddish" proposé par Max Kohn lors de la création de son groupe à l'université de Paris 7 et en éclaire la pertinence.

Robert Samacher a travaillé comme psychologue de secteur psychiatrique, Maître de conférences à l'UFR Sciences Humaines Cliniques Paris VII-Denis Diderot jusqu'en 2005. Il est actuellement psychanalyste, directeur actuel de l'École Freudienne fondée en 1983 (après la "Dissolution" de l'École freudienne de Paris en 1980) par Solange Faladé.
Dernière publication
La psychanalyse otage de ses organisations, du contre-transfert au désir d'analyste, MJWFédition, mars 2018.

Steven SAMPSON : On ne meurt que deux fois : le déclin du yiddish chez Philip Roth et ses héritiers
Assez utilisé aux débuts de l'œuvre de Philip Roth, le yiddish s'estompe au fur et à mesure que sa carrière avance. Opération Shylock marque le grand tournant, roman où le voyage en Israël s'accompagne d'un fantasme sur le rapatriement des Juifs ashkénazes en Europe. C'est dire combien l'expérience originelle du Yiddishland s’éloigne dans la nuit du temps. Par la suite, Roth élaborera une sorte de sionisme à l'américaine : sa pastorale. Processus repris par ses descendants — Jonathan Safran Foer, Nicole Krauss, Joshua Cohen et Nathan Englander —, pour qui l'Europe sera kitsch et l'inconscient bilingue plutôt hébraïsant. Le yiddish devient le latin du XXe siècle, langue morte enseignée à Paris et ailleurs, à une population hétéroclite en quête d'une identité européenne minoritaire.

Steven Sampson, né à Milwaukee aux États-Unis, est un journaliste et écrivain américain d'expression française. Diplômé de Harvard, de Columbia et de la Sorbonne, il a longtemps travaillé dans l'édition à New York. À Paris, après une thèse sur Philip Roth, il est devenu spécialiste de la culture américaine pour des revues littéraires, notamment En attendant Nadeau. Il a étudié le yiddish à Columbia/YIVO, à Paris VII et à la Maison de la Culture Yiddish.
Steven Sampson — En attendant Nadeau.
Publication
Corpus Rothi : Une lecture de Philip Roth, Paris, Éditions Léo Scheer, coll. "Variations", 2011.

Marie SCHUMACHER-BRUNHES : Relire Sholem Asch
Lorsqu'on s'interroge sur la pérennité du yiddish aujourd'hui, son positionnement au cœur d'un réseau linguistique, culturel, littéraire, il est surprenant de constater à quel point l'œuvre prolifique de Sholem Asch, dont le cinquantenaire de la mort en 2007 est passé pour ainsi dire inaperçu, anticipe ces questionnements. Se pencher sur l'œuvre de Sholem Asch, quoi qu'on dise de la légèreté d'un auteur doté d'un talent de conteur indubitable, c'est, avec lui, se confronter au choix de la langue, penser la culture coterritoriale, se positionner par rapport au père — Moszek Asz, marchand de bétail et aubergiste disciple d'un rebbe hassidique, mais aussi Y.L.Peretz, son père spirituel — et par-delà, définir une identité qui entre en résonance avec son temps. Aussi, nous nous proposons de cheminer à travers l'œuvre de celui qui, avant d'être honni, fut l'écrivain de langue yiddish le plus apprécié par le lectorat yiddishophone, mais aussi, le premier, au-delà des frontières de sa langue.

Marie Schumacher-Brunhes est l'auteur d'une thèse soutenue en 2005 consacrée à Y.L.Peretz et agrégée d'allemand. Après un passage par différents services de traduction des institutions européennes où elle a traduit l'allemand, l'anglais et le polonais, elle occupe depuis 2012 un poste de maître de conférences en études germaniques à l'université de Lille. En 2014 et en 2015, elle a animé un séminaire intensif de yiddish pour les étudiants en théologie de l'université de Tübingen.
Publications
Entrée "Schtetl" de l'encyclopédie en ligne Europäische Geschichte Online.
"The Figure of the Daytsh in Yiddish Literature", Actes de la conférence qui s'est tenue à Munich, Center for Advanced Studies at LMU University du 22 au 24 Juin 2015 "Jews and Germans in Eastern Europe – Shared and Comparative Histories", À paraître au printemps 2018 chez De Gruyter dans la série "New Perspectives on Modern Jewish History". Cet ouvrage sera disponible en ligne en accès libre via la plateforme Knowledge Unlatched.
"Exil, le cas des poètes yiddish aéricains", À paraître en juin 2018 dans le n°75 de Tsafon – Revue d'études juives du Nord. Consultable en ligne sur OpenEdition.

Naomi SEIDMAN : Freud, le yiddish et l'archéologie linguistique du moi juif moderne
Cette intervention tentera de dénaturaliser et de fournir une généalogie pour l'idéologie psycholinguistique répandue qui considère le yiddish comme occupant une couche "plus profonde" de la psyché juive que les langues hébraïques ou non juives, comme la langue du pintele yid, ou comme mameloshn, ou même l'inconscient du juif moderne, couvert d'un faux vernis de langues européennes. Cette idéologie façonne même des formulations moins chargées d'émotion et ostensiblement neutres comme la description de Max Weinreich du bilinguisme juif "interne" par opposition au "bilinguisme juif externe". Cette idéologie n'est pas inévitable : les conceptions prémodernes de la langue juive placent souvent le yiddish "plus bas" que l'hébreu (et "plus haut" que les langues non juives), sans accorder à cette "bassesse" la charge positive d'authenticité ou de profondeur. Même la Haskalah, par exemple l'exhortation de Y. L. Gordon à moderniser les Juifs pour "être juif à la maison et homme dans la rue" en parlant une langues européenne à l'étranger a peut-être renforcé les conditions dans lesquelles les juifs se sont associés à un "intérieur" sans valoriser un espace "intérieur". Plus particulièrement, cette intervention explorera le développement de la notion de yiddish comme l'expression la plus profonde et la plus vraie d'un juif européen dans l'écriture de Freud, soit dans une formulation quasi-explicite (comme dans la blague sur la baronne von Feilchenfeld) forme plus complètement enfouie. Elle soutiendra, par exemple, que la métaphore archéologique développée dans les premiers écrits de Freud sur l'hystérie, avec son accent frappant sur le langage et sa dette envers l'hystérie d'un multilingue juif, doit quelque chose à ce que l'on pourrait appeler "l'archéologie linguistique" du moi juif moderne.

Naomi Seidman est Chancelière Jackman, professeure des arts au départment d'étude de la religion et le Centre de la diaspora et des études transnationales de l'université de Toronto, et membre du Guggenheim 2016.
Publications
Faithful Renderings : Jewish-Christian Difference and the Politics of Translation, University of Chicago, 2006.
Sarah Schenirer and the Bais Yaakov Movement : A Revolution in the Name of Tradition, à paraître chez Littman.

Perla SNEH : Parler une langue inconnue – yiddish et transmission
Le yiddish, langue qui dépasse la rationalité universitaire — entre le traumatisme, le témoignage et le rire —, évoque le mystère d'une mémoire qui est transmise même si elle reste inconnue ; à la façon du dynamisme de l'inconscient que Freud compare à une langue étrangère particulière, une langue effacée qui, par ce même effacement, devient indélébile.

Isabelle STARKIER : Le théâtre yiddish est-il — comme la psychanalyse — une histoire juive ?
Il s'agira de comprendre comment le théâtre yiddish met en scène l'interdit de la représentation et crée de l'interprétation. Le théâtre yiddish se joue à travers sa langue. Il déplace la problématique de la mimesis aristotélicienne autour du paradoxe de la représentation. Il définit à partir de cette éthique du Livre une esthétique du grotesque — dont la langue yiddish est porteuse. Parole de l'exégèse, le yiddish s'épanouit dans son théâtre. Théâtre de l'énonciation — comme la psychanalyse — et non de l'énoncé, le théâtre juif conserve ce rapport à la parole actée, actante et non à la parole reçue et agissante — celle du mythe. À travers le yiddish et son théâtre se joue la posture historique du peuple juif.

Ancienne élève de l'ENS, agrégée de lettres modernes, maître de conférences HDR en études théâtrales à l'université d'Evry, Isabelle Starkier est également metteur en scène, comédienne et directrice de compagnie. Elle travaille sur l'articulation entre théorie et pratique, faisant se croiser ses mises en scène (une quarantaine) et sa recherche sur l'identité et la barbarie.
Ses premières pièces Oy, Moishele mon fils ! et Le complexe de Starsky, son Marchand de Venise et Têtes rondes et têtes pointues ainsi que ses dernières pièces avec Le Bal de Kafka et L'homme dans le plafond de Timothy Daly ainsi que Le tango des étoiles errantes (cabaret de tango yiddish) abordent la judéité du point de vue de la mémoire, de l'esthétique et de l'interprétation…
Publications
Le Juif et l'Assassin, Essai, Éditions Acoria, 1998.
Le marchand de Venise. De William Shakespeare, Traduction (avec Michel Lederer) et appareil critique, Éditions Le Bord de l'eau, 2003.
Site : https://www.cieisabellestarkier.fr/

Michèle TAUBER : Le yiddish, langue sacrée dans l'œuvre d'Aharon Appelfeld
Surnommée "langue de la mère", mamè-losh'n, le yiddish est pour Aharon Appelfeld (1932-2018, écrivain israélien de langue hébraïque, né à Tchernowitz) une langue sensuelle, qui fait corps, et ce au sens propre du terme, avec la mémoire juive dans laquelle elle imprime une marque séculaire tout au long de son œuvre. La langue y est désignée par un vocable issu des gloses talmudiques : "notre langue", celle qu'on n'a pas besoin de nommer, qui fait une avec le corps juif, LA langue, suprême et absolue. Or c'est paradoxalement en hébreu que l'écrivain fait resurgir la mémoire du yiddish. Il remet en scène les multiples facettes de la vie juive en Europe orientale dans leur "version originale", faisant "parler" une langue par le truchement d'une autre.

Michèle Tauber est maître de conférences HDR en littérature hébraïque moderne et contemporaine à l'université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle.
Publications
"La symbolique des langues de la nature dans les nouvelles d'Aharon Appelfeld", Yod, n°19, INALCO, Paris, 2014, p. 257-275.
Aharon Appelfeld : cent ans de solitude juive, Éditions Le Bord de l'eau, Paris, 2015.
"L'hébreu et le yiddish : on ne choisit pas entre son père et sa mère", Judaica Petropolitana, n°6, Saint-Pétersbourg, 2016, p. 172-182.
"Sous la couture, le fil de bâti : la lisière du récit dans l'œuvre de Robert Bober", À paraître dans Traces et ratures de la mémoire juive dans le récit contemporain, dir. V. Litvan, C. Placial, Éditions Université de Lorraine, décembre 2019.

Chloé THOMAS : Louis Wolfson et le yiddish : la haine de la langue maternelle ?
Louis Wolfson est né en 1931 à New York. Ses parents parlaient le yiddish mais s'adressaient à lui en anglais. Il développa dès sa jeunesse une haine, et une terreur, de l'anglais. La langue l'agressait. Pour s'en protéger, il demanda à ses parents de s'adresser à lui en yiddish ; il apprit aussi des langues étrangères (français, hébreu, allemand, russe) et élabora un système délirant de traduction devant réduire l'anglais à un étranger syncrétique, où il s'agissait, en mélangeant plusieurs langues, de "traduire" en gardant un lien à la fois sémantique et phonétique avec la langue source. Wolfson écrivit un premier livre en français, Le Schizo et les langues, publié par Jean-Bertrand Pontalis chez Gallimard en 1970. Préfacé par Gilles Deleuze, il connut un très grand écho parmi les intellectuels français de l'époque. Le yiddish est à la fois présent et absent dans l'œuvre de Wolfson : c'est la langue au croisement des autres langues apprises, elle est comprise mais non parlée et non écrite. Les travaux de Max Kohn et de Cécile Rousselet ont permis de mettre au jour ce rapport ambigu de Wolfson au yiddish. Dans cette communication, nous voudrions nous intéresser plus précisément au sentiment de haine de Wolfson vis-à-vis à la fois de ses origines et du yiddish, qui redouble l'anglais en tant que "langue maternelle" tout en servant à l'en protéger.

Chloé Thomas est normalienne, agrégée d'anglais. Elle a soutenu en 2016 une thèse sur l'œuvre de Gertrude Stein à la Sorbonne Nouvelle et est actuellement maîtresse de conférences à l'université d'Angers. Elle est également traductrice.
Publication
Dialogues schizophoniques avec Louis Wolfson, Codirigé avec avec Juliette Drigny et Sandra Pellet, L'imprimante, 2016.

Nelly WOLF : Romain Gary : Le yiddish plus ou moins
Romain Gary (1914-1981) est né Roman Kacew à Wilno (aujourd'hui capitale de la Lituanie). Il a émigré en France avec sa mère après la séparation de ses parents. Quoique né dans une famille juive et dans un milieu yiddishophone, il se présente dans ses fictions autobiographiques, ses entretiens réels ou imaginaires, comme demi-juif, juif mêlé par son père de slave, de tartare, de cosaque, de chrétien. Pourtant, beaucoup de ses romans comportent des personnages juifs, comme Mme Rosa, dans La Vie devant soi, publié sous le nom d'Émile Ajar. Le yiddish fait aussi des apparitions régulières dans son œuvre. Dans La Danse de Gengis Cohn (1967), histoire d'un dibbuk juif qui revient hanter son assassin nazi, il fait un retour en force. Quand on l'examine de près, on s'aperçoit qu'il s'agit d'un yiddish à la fois fidèle et infidèle, souvent approximatif et folklorique, qui exprime l'ambivalence de Gary à l'égard de sa filiation juive.

Nelly Wolf est professeure émérite à l'université de Lille, où depuis 2014 elle dirige avec Maxime Decout le séminaire "Écrivains et artistes juifs". Elle a publié de nombreux articles sur les écrivains juifs de langue. Elle s'intéresse aussi depuis toujours à la sociologie de la littérature, aux liens entre la littérature, les styles littéraires, la politique et la société.
Dernière publication
Le Peuple à l'écrit : de Flaubert à Virginie Despentes, PUV, 2019.
Dernière fiction
La Vie des Glouk, Au Pont 9, 2017.

Mareike WOLF-FÉDIDA : Bilinguisme et yiddish
Quand on parle de bilinguisme, il est entendu qu'il s'agit de la pratique de deux langues. Que faut-il penser du bilinguisme en rapport avec le yiddish ? Pour commencer, l'article précédant yiddish est-il approprié ? Peut-on vraiment dire "le yiddish" ou plutôt "du yiddish" ou encore simplement "yiddish", ce qui laisse entendre l'adjectif désignant la personne par ce qu'elle parle, entend ou pratique. C'est comme une évidence. Quand on n'a pas de rapport au yiddish, on ne comprendra même pas ce mot et, quand on l'a, il est évident pour des raisons propres à chacun et à son histoire. Le bilinguisme illustre encore davantage la chose : yiddish est de nature bilingue en lui-même, voire plurilingue. Autrement dit, parler de bilinguisme pour le yiddish est un pléonasme. Ainsi, toutes les études effectuées autour du bilinguisme peuvent se vérifier directement avec "le" yiddish. J'en résumerais certaines, effectuées par mon équipe de recherche sur le bilinguisme, en l'adaptant au yiddish ou en collaborant avec ceux qui pratiquent le yiddish, notamment dans les derniers ouvrages Bilinguisme et intelligence : don de soi — perte de soi et Bilinguisme et Comique. Ces thématiques s'illustreront bien en rapport au yiddish qui se partage comme venant de nulle part et de partout, d'une mémoire douloureuse partagée.

Mareike Wolf-Fédida est professeur des universités en psychologie à l'université Paris Diderot - Paris 7, Institut des Humanités Sciences Sociales (IHSS), membre du Centre de Recherche CRPMS en Psychanalyse, Médecine et Société. Psychanalyste, elle est spécialisée en psychothérapie phénoménologique et psychanalytique. Ses travaux scientifiques portent sur deux pôles : 1. Phénoménologie et criminologie et 2. Bilinguisme et phénoménologie du langage vécu.


Autour du film Les Yatzkan d'Anna-Célia KENDALL-YATZKAN (Documentaire, 2014, Idéale Audience - ARTE France-La Lucarne)
"Que faire des affaires de ma mère, de son piano déglingué  ? Et la paperasse  ?" se désole l'auteure-protagoniste quand surgit des archives familiales une histoire passée sous silence, remontant au Yiddishland lituanien du XIXe siècle. Affrontant avec autant de fantaisie que d'obstination l'hostilité de ces confins de l'Europe, elle part à la découverte de son histoire, au-devant de rencontres surprenantes.

Anna-Célia Kendall-Yatzkan est réalisatrice, issue de l'IDHEC. Parallèlement à ses "documentaires d'auto-fiction" diffusés par ARTE tels que Le Partage des Larmes et Les Yatzkan sorti en salle en 2018-19, elle réalise de nombreux portraits d'artistes et architectes pour le SEREN-CNDP diffusés à la télévision, par ailleurs elle aborde la musique avec Combattimento adapté de Monteverdi diffusé au cinéma, Chants d'Outre Temps avec l'ensemble Organum et Machinations d'après Georges Aperghis, la danse avec Carlotta Ikeda, le design avec la Collection Design d'ARTE.

Autour du film Les enfants de la nuit écrit par Frank ESKENAZI & François LÉVY-KUENTZ (The Factory Productions, 2014)
Les "enfants de la nuit" sont les enfants des survivants des camps de déportation. Tous âgés aujourd'hui de 50 à 60 ans, ils se sont pour la plupart construits comme des "enfants de déportés". Cette génération, qui n'avait jusqu'ici jamais pris la parole pour elle-même, fut pourtant celle de tous les cauchemars, témoin d'une volonté de vivre, mais porteuse de drames difficiles à partager. Ces "enfants de la nuit" ont été témoins de la reconstruction de leurs parents déportés dans les camps d'Auschwitz ou de Dachau, de leur silence strié de cris nocturnes, de l'absence de dizaines de membres de leur famille assassinés par les Nazis et leurs collaborateurs lors de la Shoah. Comment la Shoah a influé non seulement sur les victimes juives, sur les survivants juifs, mais aussi sur la génération née après l'assassinat de six millions de Juifs. Dédié à Charlotte Delbo, le documentaire Les enfants de la nuit réalisé par François Lévy-Kuentz, se penche sur le parcours de ces personnes, contraintes de se construire une vie à partir d'une enfance traumatisée, alors que l'on commémore les 70 ans de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau.
Les enfants de la nuit, 2014, 55mn — Un film de François Lévy-Kuentz, écrit par Frank Eskenazi et François Lévy-Kuentz — Texte dit par Dominique Reymond — The Factory Productions / SLOO films — Avec la participation de France Télévisions — Avec la participation de Monique Itic, Max Kohn, Marc Perelman, Sylvia Simon, Ghislaine Spitzer, Dominique Vidal, Jean-Jacques Zylbermann
Diffusé sur France 3 les 29 janvier 2015, 10 février 2018 à 0h15 et 13 février 2015 à 3h55
Disponible en janvier 2020 en DVD chez Doriane films

François Lévy-Kuentz, né en 1960 à Paris, est un auteur-réalisateur français. Il étudie le cinéma à la Sorbonne Nouvelle puis débute comme assistant de réalisation sur des films documentaires et de fiction. Il signe son premier film sur l’art en 1989 avec Man Ray, 2bis rue Férou puis il travaille trois ans pour le magazine Ramdam, réalisant une cinquantaine de portraits de peintres, plasticiens ou écrivains. En 1994, il conçoit et réalise Aux Arts et cætera, émission hebdo consacrée aux arts plastiques diffusée sur Paris Première. Entre 1999 et 2001, il réalise pour Arte une émission hebdomadaire de science, puis toujours pour la chaine Arte, plusieurs portraits de cinéastes (Jean Painlevé, Rainer W. Fassbinder ou Luis Bunuel…). Depuis plus de 25 ans, François Lévy-Kuentz consacre essentiellement son travail de documentariste au film sur l’art et réalise de grandes monographies sur des artistes tels que Pascin, Marc Chagall, Man Ray, Yves Klein, Salvador Dalí, Piet Mondrian, Alexander Calder, ainsi que des films sur des mouvements picturaux (Le scandale impressionniste, Quand l'art prend le pouvoir). Ces monographies d'artistes, co-écrites avec son frère Stéphan Lévy-Kuentz, ont été primées pour la plupart dans de nombreux festivals internationaux.

Autour du film documentaire I. B. Singer, sur un Dieu caché d'Isy MORGENSZTERN (collection "Un Siècle d'Écrivains", Diff. France 3 et Arte, Production 1997, Diffusion Arte 24 février 1998)
Un portrait d'I. B. Singer réalisé pour Arte et la collection "Un Siècle d'Écrivains" de France 3, qui retrace de façon chronologique la vie et l'œuvre de celui qui s'est vu attribuer le prix Nobel de littérature en 1978 pour une œuvre entièrement rédigée, durant 50 ans, en langue yiddish. Isaac Bashevis Singer, né en Pologne en 1902 et émigré aux USA en 1935, n'est pas le seul écrivain de langue yiddish talentueux. Sa génération a vu éclore de nombreux auteurs remarquables, dont son frère Joshua Singer et sa sœur Esther Kreitman. S'il fallait le caractériser en quelques lignes l'univers et la puissance qui furent les siens, nous dirions qu'ils résident dans le mariage improbable, et réussi, entre deux éthiques. Celle du judaïsme (rétive en général à toute transcription romanesque) et le monde du yiddishland (résolument narratif et agnostique, si ce n'est hostile à la religion). L'égarement qui caractérise les "héros" singeriens yiddishophones est mis en regard et corrigé par le socle de l'éthique du judaïsme, celui de la Bible et des Talmuds. C'est ce qui a fait d'I. B. Singer un auteur exceptionnel, et universel.

Isy Morgensztern est enseignant en philosophie et histoire des religions.
Co-Auteur du Cahier de l'Herne sur l'écrivain I.B. Singer.
Auteur de Rencontre au sommet. Dialogue entre I. B. Singer et Antony Burgess, Éditions Mille et une Nuits.
Producteur, auteur et réalisateur de la "Soirée Thématique sur I. B. Singer", incluant un court document sur le peintre yiddish Serge Lask, diffusée par Arte le 24 février 1998.
Producteur et réalisateur du film documentaire I. B. Singer, sur un Dieu caché, 50’, Diffusion France 3 et Arte.

Soirée Nelly WOLF : La vie des Glouk, Paris, Éditions Pont 9, 2016
Les juifs ne sont plus à la mode, déplore Victor à une réunion des Ashkénazes Anonymes.
Qu'est-ce qu'on va devenir, se demande Ety, si seules demeurent quelques familles minuscules, où on trouve malgré tout le moyen de se déchirer ?
Qu'est-ce qu'on va transmettre, si les rescapés ne veulent pas parler, si tout le monde s'en moque, ou répond à notre place ?
Nelly Wolf est universitaire, elle aurait pu se lancer dans une somme académique sur l'identité des intellectuels juifs français de 1990 à nos jours. Ou sombrer dans la "mélancolie de l'ashkénaze triste à famille merdique".
Mais il se trouve qu'elle sait écrire, et merveilleusement bien. Spécialiste du roman moderne, elle a choisi sa forme ultime, la série, avec ses repères, Victor, Ety, les enfants, ses personnages secondaires, ses silhouettes de passage.
La chronique est juste parce que drôle. C'est que la chroniqueuse a l'œil perçant, la dent dure, et le cœur plein d'une tendresse désabusée pour les hommes et les femmes comme ils vont.
Goys s'abstenir ? Non. Car, affirme Nelly Wolf, "Les Glouk sont des juifs comme vous et moi".
https://aupont9.com/la-vie-des-glouk/

Récital de Michèle TAUBER, accompagnée au violon par Michaël RIEDLER
Après des études d'anglais, de russe et de yiddish à l'université hébraïque de Jérusalem (B.A.), Michèle Tauber obtient son diplôme d'interprétation simultanée hébreu-français à l'université de Bar Ilan, sous la direction du Professeur Francine Kaufmann, ainsi qu'un M.A. de littérature française. De retour en France, elle a poursuivi des études de littérature hébraïque à l'INALCO puis à Paris 8 - Saint-Denis. Elle est agrégée d'hébreu moderne et titulaire d'une thèse de doctorat sur les langages symboliques de la nature chez Aharon Appelfeld. Parallèlement à sa carrière universitaire, Michèle Tauber mène une carrière de chanteuse en yiddish et en hébreu, et est spécialisée dans l'interprétation des poèmes mis en musique dans ces deux langues. Elle a enregistré deux albums avec le pianiste Laurent Grynszpan en yiddish et en hébreu et un album en yiddish avec le groupe Yiddish Balkans.
En savoir plus
https://www.youtube.com/results?search_query=mich%C3%A8le+tauber
https://www.youtube.com/watch?time_continue=89&v=1KhJM0lY1Os
https://www.francemusique.fr/emissions/ocora-couleurs-du-monde/le-nouveau-disque-de-michele-tauber-et-laurent-grynszpan-78666

Michaël Riedler débute le violon à l'âge de 8 ans et obtient son diplôme d'étude musicale à l'âge de 16 ans au CRR de Paris dans la classe de Bertrand Cervera puis celle de Suzanne Gessner. Il est admis à l'unanimité au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et se perfectionne dans la classe d'Olivier Charlier et de Joanna Matkowska. Il bénéficie de conseils d'artistes internationaux tels que Guillaume Sutre, Zacharia Zorin, Alexandre Brussilovsky, Daniel Gaede. Il est primé dans plusieurs concours internationaux : Flame, Vatelot, Grumiaux (Belgique). Par ailleurs, il est lauréat au concours Inter-Cordes (2018) qui lui permet de jouer au Centre Culturel Russe. Passionné de musique de chambre, il effectue une formation de musique de chambre en trio et obtient son prix de concertiste dans la classe d'Emmanuel Strosser. Le trio s'est produit à la Philharmonie de Paris ainsi qu'aux archives de Paris. Il bénéficie des conseils de Claire Desert, Itamar Golan, Jean Sulem, Valentin Erben, Francois Salque dans des formations variées allant de la Sonate au Quintet. Michael se produit régulièrement en solo et en musique de chambre à Paris : à l'église St Roch, à l'église St Eugène, à l'église Notre-Dame des-Blancs-Manteaux et à la Cathédrale américaine. Il est invité à de nombreux festivals : Hohenstaufen en Allemagne, Saint Cézaire, le festival des "Cordes de Loire", "les musicales de l'Eure" en Normandie, les "Vacances de Monsieur Haydn" au cours duquel son interprétation de la Sonate de Fauré avec le pianiste Gaspard Thomas est qualifiée par la presse la Nouvelle République comme un "inépuisable flot de richesses sonore".


"Attiré par les Hassidim", exposition réalisée par Hank BLAUSTEIN
C'est grâce aux Hassidim que le yiddish peut encore être compté parmi les langues vivantes. Le yiddish était la lingua franca de tous mes grands-parents immigrants, et mes parents d'origine américaine l'utilisaient comme langue secrète en présence de ma sœur et de moi. C'était une langue qui résonnait toujours avec moi. Pour ma femme, Miriam, un produit de la communauté hassidique, c'était sa langue maternelle.
Bien que je ne sache rien de la vie hassidique, j'avais été inspiré de temps en temps pour dessiner certaines de ces personnes étrangement habillées dans le métro. En épousant Miriam, ce monde exotique des Hassidim est devenu plus ouvert et familier pour moi, et m'a fourni des opportunités continues d'enregistrer leur vie et leur personnalité dans mes carnets de croquis.

Hank Blaustein, habitant de Brooklyn depuis sa naissance en 1937, dessine le monde autour de lui depuis qu'il peut tenir un crayon à la main. Ses sujets sont des gens, des endroits et des objets qui l'attirent ; son but c'est de capturer leurs essences et personnalités sur le papier. Il est, en effet, un artiste/journaliste qui enregistre spontanément ses observations à l'encre de chine, crayon et aquarelle. Il a fait des expositions aux États-Unis et à l'étranger, gagnant des prix à l'exposition de Washington Square, Greenwich Village, et au musée de Brooklyn. Il a fait plusieurs expositions chez lui, à la galerie de Lincoln Center, A. M. Adler, et Morgan State University à Baltimore. En Europe, il a exposé ses dessins à Sedan, Vienne, Urbino et Ferrare. Il est aussi illustrateur depuis plus de quatre décennies. Son œuvre peut se voir régulièrement dans Grant's Interest Rate Observer et dans d'autres groupes financiers comme The Tudor Group, EvercoreISI et Royce Funds. Il a illustré des livres, et il a contribué à des journaux, tels que le New York Times et Newsday, et aussi à certains magazines, comme le New Yorker and Alfred Hitchcock Mystery Magazine. En 2016, Hank Blaustein a publié un livre de dessins, Drawn to Opera.
"Hank Blaustein dessine", Yiddish pour les Nuls, 15 juillet 2015 [en ligne].
"Hank Blaustein. Interview par Max Kohn (en anglais)", Yiddish pour les Nuls, 15 juillet 2015 [en ligne].


BIBLIOGRAPHIE :

L'Inconscient du yiddish, Actes du colloque international, 4 mars 2002, sous la direction de Max Kohn et Jean Baumgarten, Paris, Anthropos Economica, 2003.
Yiddishkeyt et psychanalyse - Le transfert à une langue, Actes du colloque international, 27 mai 2005, sous la direction de Max Kohn, Paris, MJW Fédition, 2007.