Programme 2024 : un des colloques

Programme complet


LÀ OU SE DÉPLOIE LE MONDE…

DROIT ET LITTÉRATURE : FORMES ET SENS À MÊME L'HISTOIRE


DU LUNDI 19 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 25 AOÛT (14 H) 2024

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Nicolas DISSAUX, Yves-Édouard LE BOS, Sandra TRAVERS DE FAULTRIER

Avec le concours de Laurent LOTY


ARGUMENT :

Là où se déploie le monde on trouve le droit, on trouve la littérature. Deux disciplines enracinées dans l'histoire et ayant pour tâche de rendre visible, de donner forme à un réel insaisissable et cependant résistant. La démarche Droit et littérature établit un dialogue entre ces "formes formantes" que sont ces langues constituantes et accompagnantes. Dialogue qui sera institué lors de ces journées à partir d'objets tantôt personnifiés tels l'auteur, le bâtard, la nature, tantôt notionnels telles la justice, la laïcité, le droit (I). Il le sera également à partir de l'étude des genres littéraires (II) que ceux-ci relèvent du roman, de la poésie ou d'une narratologie embrassant le témoignage, les essais, les récits.

Universitaires (qu'ils soient littéraires, historiens, juristes, philosophes), magistrats, écrivains (qui peuvent être universitaires, magistrats, historiens), avocats, historiens et philosophes, forts de cette pensée à la croisée de dynamiques trop souvent jugées étrangères l'une à l'autre, tenteront de répondre à "la créance de sens" d'un monde "qui va", d'un "monde qui ne va pas" comme à celle que leur pratique induit réflexivement (III). Ce n'est que superficiellement que la dimension critique semble dominer ce dialogue. La dimension créatrice de cette pratique qui permet de saisir un droit et une littérature en mouvement, émancipe valeurs, genres, normes de toute tentation de rigidification, nourrit la vie "en train de se faire".


MOTS-CLÉS :

L'Auteur, La Bâtardise, Comme si, Créance de sens, Désir de justice, Droit et littérature, Éléments naturels, Faits divers, Forme formante, Généalogie esthétique, Justice narrative, Laïcité, Matrice narrative, Mère, La norme et la valeur, Poésie et droit, Récit herméneutique, Sociologie juridique, Utopie constituante


CALENDRIER PROVISOIRE (12/02/2024) :

Lundi 19 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 20 août
POSSIBILITÉS D'UN DIALOGUE
Matin
Sandra TRAVERS DE FAULTRIER : Ouverture
Nicolas DISSAUX : L'amour du droit dans la littérature
Yves-Édouard LE BOS : La haine du droit dans la littérature

Après-midi
Jean-Paul HONORÉ : Un lieu de justice, Arléa, 2021
Gisèle BIENNE : Dans la nuit de l'écriture : aller de contre-vérités en vérités
Odile BARRAL : Être juge et vouloir écrire


Mercredi 21 août
LES PERSONNAGES DE LA PENSÉE
Matin
Marco Antônio SOUSA ALVES : L'auteur au croisement du droit et de la littérature
Anne-Élisabeth CRÉDEVILLE : La bâtardise ou la filiation illégitime ou comment la littérature s'est emparée d'une notion juridique relative à la filiation

Après-midi
Judith SARFATI-LANTER : La figuration des éléments naturels dans le droit et dans la littérature contemporaine (France, Australie, États-Unis)
Véronique TAQUIN : Coupable ou non coupable ? Le sujet et son désir de justice. Problématisations littéraires du droit issues du XIXe siècle
Jacques GILBERT : Une généalogie de la Justice


Jeudi 22 août
LES PERSONNAGES DE LA PENSÉE (SUITE)
Matin
Sophie DELBREL : Libérer le monde de l'emprise religieuse : Zola romancier de la laïcité
Marie-Hélène BOBLET : La langue du IIIe millénaire. Comment on parle ou la responsabilité en miettes

Après-midi
DÉTENTE


Vendredi 23 août
DES FORMES À L'ŒUVRE
Matin
Nicolas MATHEY : Roman sociologique et sociologie du droit. Contribution à une sociologie juridique dans la littérature
Nicolas BAREÏT : Scénographie de l'ennui : l'enquête du coroner dans le roman policier à énigme

Après-midi
Colette CAMELIN : Là où s'est démis le droit, règne la violence la plus brutale, quelle peut être alors la part de la poésie ?
Denis SALAS : Le concept de justice narrative
Myriam ROMAN : Pour une poésie du droit ? Jules Michelet et les Origines du droit français cherchées dans les symboles et formules du droit universel (1837)


Samedi 24 août
CRÉANCE DE SENS
Matin
Christine BARON : Le fait divers comme matrice narrative
Jean-Philippe PIERRON : Des mots justes pour dire les maux

Après-midi
Marion MAS : Le récit d'instruction judiciaire : une machine herméneutique ?
Daphné VIGNON : La généalogie esthétique et ontologique de la norme et de la valeur : de la Révolution au solipsisme
Laurent LOTY : Utopie constituante


Dimanche 25 août
CRÉANCE DE SENS (SUITE)
Matin
François OST : Quel(s) récit(s) - petits ou grands - pour un monde éclaté ?
Sandra TRAVERS DE FAULTRIER : Ouvrir les mots

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Nicolas DISSAUX : L'amour du droit dans la littérature
Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ? Les rapports que la littérature entretient avec le monde du droit peuvent-ils être envisagés sous le prisme amoureux ? Disons que certaines œuvres littéraires manifestent une espèce de passion pour la chose juridique, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur ? C'est l'avènement, par exemple, de ce que l'on a pu appeler le genre législatif au XVIIIe siècle, le temps où quelques grands écrivains se piquaient d'écrire des constitutions et de proposer des lois. Le pire ? C'est, plus près de nous, l'instrumentalisation de la littérature à des fins justicières. Quels sont donc les tenants et les aboutissants de l'amour du droit dans la littérature ? Menée à travers les siècles, cette enquête a peut-être quelque chose à nous révéler et sur le droit et sur la littérature.

Nicolas Dissaux est Agrégé des Facultés de Droit ; Professeur à l'université du Maine ; Avocat au barreau de Paris et Rédacteur en chef de la revue Droit & Littérature.

Yves-Édouard LE BOS : La haine du droit dans la littérature
Naguère, un spécialiste de littérature, désormais professeur au Collège de France, s'était intéressé à La haine de la littérature (Les Éditions de Minuit, 2015). "On nomme antilittérature, écrivait William Marx, tout discours qui s'oppose à la littérature et la définit en s'y opposant. On nomme littérature tout discours auquel s'oppose l'antilittérature. Pas de littérature sans antilittérature". Y aurait-il un discours littéraire antijuridique qui s'opposerait au droit et se définirait en s'y opposant ? La haine du droit, voilà ce qu'inspirent à certains écrivains, ses mots, son style, ses personnages, ses normes, autant de cibles bénies pour ceux qui l'ont en horreur. Haine des études de droit (Gustave Flaubert), de la loi (Charles Péguy, Philippe Muray), haine des notaires (Honoré de Balzac, Joris-Karl Huysmans, et une grande partie de la littérature du XIXe), haine de l'Union européenne et de son droit (Houellebecq, Muray), haine du Code civil (L. Bloy) sont autant d'exemples intéressants d'aversion pour les phénomènes juridiques. L'inventaire raisonné de ces haines permettra de se demander si des courants littéraires sont plus spécifiquement destinés à cette haine, si des types d'écrivains (anti-modernes, réactionnaires, progressistes) ont tout particulièrement le Droit dans le viseur de la plume ? En soumettant certaines haines à l'analyse critique, on se demandera également s'il n'y a pas parfois une défaillance dans la représentation.

Yves-Édouard Le Bos est Maître de conférences en droit privé, Université Sorbonne Nouvelle, unité de recherche Intégration et Coopération dans l'Espace Européen (ICEE).

Sandra TRAVERS DE FAULTRIER : Ouvrir les mots
Confiée au droit comme à la littérature, la faim de référentialité du réel produit des figures dynamiques chargées d'habiter l'incertitude. Que l'on introduise la langue de la généalogie ou celle du "comme si", ces figures "circonscrites et fétichisées dans l'enclos sacré des études" (Jean-Christophe Cavallin, José Corti, 2021, p. 37) conduisent à la béance des fondements comme à la fécondité du "pourquoi pas". Pensée en mouvement la lecture Droit et Littérature répond provisoirement sous forme d'interrogations productives à "la créance de sens" que semblent lui tendre ses praticiens. Car loin de déconstruire (malgré son aspect critique ou didactique) elle ouvre à même son objet les mots pour le dire.

Sandra Travers de Faultrier est Docteure en droit, docteure es lettres ; Membre associée du centre de recherche sur la justice et le règlement des conflits (Paris 2 où elle assure le cours Justice et littérature) et Membre du comité de rédaction des Cahiers de la justice.


Nicolas BAREÏT : Scénographie de l'ennui : l'enquête du coroner dans le roman policier à énigme
En Angleterre, l'enquête du coroner est une figure imposée du roman policier à énigme, alors même qu'elle peut s'avérer ennuyeuse. Comment (d)écrire cette procédure sans provoquer les bâillements du lecteur ? Les stratégies narratives sont plurielles, mais toutes se rejoignent autour d'une même critique : l'enquête du coroner n'est pas un instrument de justice.

Nicolas Bareït est Maître de conférences HDR en droit privé et sciences criminelles à l'université de Pau et des Pays de l'Adour. Depuis près de dix ans, il étudie les rapports entre le Droit et la Littérature et en particulier les représentations du Droit dans le roman policier à énigme (Agatha Christie. Le droit apprivoisé, Classiques Garnier, 2020).

Marie-Hélène BOBLET : La langue du IIIe millénaire. Comment on parle ou la responsabilité en miettes
À partir de la sensibilité à et du travail sur la langue, je proposerai une lecture comparée de récits fictionnels ou non fictionnels du XXIe siècle : La Question humaine de François Emmanuel (2000), Entre chagrin et néant (2009) et Comment on expulse. Responsabilités en miettes (2011) de Marie Cosnay, Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert (2020). Chacun de ces textes enregistre et adresse, avec la distance et l'apostrophe propres à tout geste littéraire, les récents déplacements, appropriations ou accommodations linguistiques perceptibles dans la langue de l'entreprise ou dans celle du prétoire, et offre à / permet de "voir en prose" (Sandra Travers de Fautrier) les errements de la société néo-libérale.

Marie-Hélène Boblet est Professeure émérite des Universités en Langue et Littérature françaises, Université de Caen-Normandie. Elle est spécialiste des XXe et XXIe siècles et des écritures dialogales.
Bibliographie
"Histoire, témoignage, montage : quelques pratiques du récit dans Comètes et Perdrix de Marie Cosnay", in FIXXION, n°26, "Littérature du procès, Procès de la littérature", L. Demanze et M. Barraband (éds.), 2023.
"Des faillites et des failles : ce que juger veut dire", in Dire et lire les vulnérabilités contemporaines, études réunies et présentées par M.-H. Boblet et Anne Gourio, ELFe XX-XXI, n°9, 2020.
"Au nom des ressources humaines", Quand la littérature fait savoir. Mutations, institutions, interactions, Contemporary French & Francophone studies, Sites, A. Rousso, J.-M. Moura, D. Viart (éd.), Connecticut, 2016.
"D'une résurgence à l'autre : de Shoah à La Question humaine", French Forum, Special Issue : Résurgence/Oubli, vol. 41, n°1-2, 2016, University of Pennsylvania, Ph. Met (éd.), p. 39-50.

Sophie DELBREL : Libérer le monde de l'emprise religieuse : Zola romancier de la laïcité
Au lendemain de la défaite de Sedan, interroger le "monde qui ne va pas" pour Zola passe par la remise en cause de l'alliance traditionnelle de l'État et de l'Église ; avec Vérité, volume inspiré par l'affaire Dreyfus, cette préoccupation éclate au grand jour. Dans la dénonciation radicale de l'instrumentation religieuse que le créateur des Rougon-Macquart et de la famille Froment opère, le monde dévot est synonyme de faux-semblants, le monde clérical apparaissant comme un monde de ténèbres. En même temps, intacte est la fascination de l'auteur pour la foi sincèrement vécue, le croyant étant présenté comme une force individuelle, voire comme un modèle de comportement. La quête de l'authenticité qui anime Zola rejoint ainsi le thème de la laïcité, élément d'une philosophie par laquelle il répond à la "créance de sens".

Maître de conférences en Histoire du droit à l'université de Bordeaux, Sophie Delbrel est spécialiste d'histoire de la justice. Depuis plusieurs années elle explore l'univers littéraire de Zola et a publié Zola peintre de la justice et du droit (Dalloz, 2021). Ses derniers articles portent sur "Travailler pour le meilleur et pour le rire ? Les Repoussoirs, conte d'Émile Zola" et sur "1848 ou la Fraternité en héritage : Zola et l'imaginaire ouvrier" (Droit Social, 2023, n°1 et n°12).

François OST : Quel(s) récit(s) - petits ou grands - pour un monde éclaté ?
S'il est vrai que l'humain est un être qui se raconte des histoires et que les sociétés sont des "communautés narratives" partageant des "romans politiques", on peut se demander quel est (quels sont) le(s) récit(s) qui s'impose(nt) aujourd'hui à l'heure de la mondialisation (elle-même contestée) et de la diversité culturelle. La question prend une acuité particulière à l'heure de la "fin des grands récits" (J.-F. Lyotard) et des ravages du storytelling. Question subsidiaire : que devient le récit républicain à la base de l'État de droit ?

Myriam ROMAN : Pour une poésie du droit ? Jules Michelet et les Origines du droit français cherchées dans les symboles et formules du droit universel (1837)
Tout en posant l'Histoire comme un progrès et une avancée vers l'abstraction, l'historien Jules Michelet propose en 1837 un curieux ouvrage, érudit et poétique, qui recherche les formes juridiques symboliques de l'ancien droit. Pour Michelet, au commencement des sociétés humaines, déjà, était le droit, vécu, joué dans des gestes et des paroles formulaires. Nous définirons ce que l'historien entend par poésie du droit, et nous expliquerons l'intérêt qu'il lui porte, d'autant plus surprenant en plein XIXe siècle des codes.

Spécialiste de Victor Hugo et du romantisme, Myriam Roman est professeur de littérature française du XIXe siècle à l'université de Lille. Elle a publié récemment Le droit du Poète. La justice dans l'œuvre de Victor Hugo, Presses universitaires de Saint-Étienne, coll. "Le XIXe siècle en représentation(s)", 2023 et co-dirigé avec Marion Mas un numéro de Romantisme, Écrire le droit, n°199, 2023.

Marco Antônio SOUSA ALVES : L'auteur au croisement du droit et de la littérature
Selon Michel Foucault, l'auteur est une figure complexe et variable, qui émerge et assume des fonctions spécifiques en raison de certaines pratiques et discours, tant littéraires que juridiques. L'objectif de cette communication consiste à examiner les contours de l'expérience moderne, au carrefour du romantisme et du droit bourgeois, qui a donné naissance à la notion d'auteur propriétaire de son œuvre.

Marco Antônio Sousa Alves est Docteur en philosophie, Professeur à la Faculté de Droit de l'université Fédérale de Minas Gerais (UFMG), Belo Horizonte, Brésil. Il est Coordinateur adjoint du Programme d'études supérieures en droit (PPGD/UFMG).
Publication
Uma genealogia do autor, Éditions UFMG, 2021.


SOUTIENS :

• Association française pour l'histoire de la Justice (AFHJ)
• Centre de recherche sur la justice et le règlement des conflits (CRJ) | Université Paris-Panthéon-Assas


BULLETIN D'INSCRIPTION


Les inscriptions à ce colloque ne seront ouvertes qu'à partir du 15 mars prochain.


Avant de remplir ce bulletin, consulter la page Inscription de notre site.

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