Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


TRAMES D'ÉCRITURES

RETOURS SUR LES TRAVAUX DE JEAN RICARDOU


DU VENDREDI 21 AOÛT (19 H) AU MARDI 25 AOÛT (14 H) 2026

[ colloque de 4 jours ]


Le 20 juillet 1964, en observant la broderie de la chambre Normande à l'Orangerie, Jean Ricardou a inventé le schéma bi-axial de la fiction et de la narration.
"AUTOBIO(THÉORICO)GRAPHIE", Jean Ricardou, Du Nouveau Roman à la Textique, Hermann, 2018, pp.28-42.


DIRECTION :

Gilles TRONCHET


ARGUMENT :

Que l'écriture ne soit pas seulement le moyen d'exprimer des affects ou d'exposer des idées, nul plus que Jean Ricardou n'a été sensible à ce constat. L'écriture était pour lui une pratique donnant la chance d'explorer, pas à pas, la matérialité des mots, leurs interactions et, en conséquence, les effets de sens produits, chaque fois uniques, selon le champ d'inscription investi. Jean Ricardou a ainsi élaboré le principe d'une trame textuelle d'où procède une leçon jamais déterminée à l'avance. C'est à cette méthode de fabrication que renvoie le nom de textique donné à la discipline qu'il a créée.

Mais bien avant de se lancer dans l'élaboration d'une théorie qui s'efforce de prendre en compte, aussi exhaustivement que possible, les mécanismes et les structures de l'écrit ainsi que les opérations d'écriture, Jean Ricardou, attentif au domaine de la fiction et aux productions des écrivains, s'est consacré à l'étude des profuses relations qui organisent les textes en leur donnant une remarquable consistance.

Le colloque propose de revenir sur les implications de ce fil conducteur, lequel a guidé l'ensemble de la démarche de Jean Ricardou, et de considérer pour ce faire les recherches qui ont été conduites sur les retombées d'une telle approche, aussi bien dans le domaine littéraire que des arts plastiques ou de la musique. Ce sera aussi l'occasion, dix ans après la disparition de l'écrivain-théoricien, de faire le point sur les nombreuses publications et rééditions de ses ouvrages, déjà accessibles ou programmées dans les années à venir.


MOTS-CLÉS :

Analyse structurale, Composition musicale, Jeux avec l'écriture, Pastiche, Réécriture, Ricardou (Jean), Roussel (Raymond), Théorie de l'écrit


CALENDRIER PROVISOIRE (12/02/2026) :

Vendredi 21 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 22 août
Matin
Michel SIRVENT : Le Mixte, mode d'emploi — À propos du Théâtre des métamorphoses
Bernardo SCHIAVETTA : Questions sur le texte comme objet matériel

Après-midi
Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture autochorégraphique, continuation de l'utopie durable ricardolienne

Soirée
Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice (I)


Dimanche 23 août
Matin
Guillaume CHABAT : Vertige des sens — Une lecture de quelques Nouvelles Nouvelles de Jean Ricardou
Laurent LIENART : Améliorer Cendrars, améliorer Follain

Après-midi
Sandra SIMMONS : Atelier du mouvement en écriture

Soirée
Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice (II)


Lundi 24 août
Matin
Daniel BILOUS : Une mimotextique est-elle possible ?
Sjef HOUPPERMANS : Raymond Roussel, un "compagnon de route" permanent pour Jean Ricardou

Après-midi
Hermes SALCEDA : Perturbations de la représentation dans Nouvelles Impressions d'Afrique

Soirée
Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice (III)


Mardi 25 août
Matin
Gilles TRONCHET : Analyse d'une analyse d'acte manqué au regard de la textique

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Gilles TRONCHET : Analyse d'une analyse d'acte manqué au regard de la textique
L'étude se fonde sur l'observation attentive d'un court article, ayant pour titre "La finesse d'un acte manqué", où Sigmund Freud cherche à tirer les leçons d'une erreur qui lui a fait inscrire dans un message un mot de trop. Le lapsus est d'abord envisagé comme le signal d'une autre imperfection que présente l'écrit, puis comme l'indice retors d'une intention cachée. Les ressources conceptuelles de la textique seront mobilisées pour tenter de montrer comment se développe un jeu de renversements interprétatifs et comment le propos, de manière paradoxale, laisse en suspens certaines de ses implications.

Gilles Tronchet, actuellement retraité, a exercé comme professeur de lettres classiques, puis comme enseignant-chercheur de lettres et littérature latines, avec pour spécialités la poétique latine et la textique. Il a co-dirigé, à Cerisy en 2019, le colloque Écrire pour inventer (à partir des travaux de Jean Ricardou) publié chez Hermann (2020), et des séminaires autour de la textique en 2017, 2018 et 2020. Il participe à l'édition de L'Intégrale Jean Ricardou aux Impressions Nouvelles.


Nicole BIAGIOLI : L'atelier d'écriture autochorégraphique, continuation de l'utopie durable ricardolienne
En intercalant des mouvements et des contacts visuels et tactiles improvisés sur fond musical entre la lecture des lanceurs d'écriture et la phase d'écriture, l'atelier autochorégraphique explore les possibilités pour un groupe d'investir un lieu et leurs conséquences physiques et psychologiques sur chacun de ses membres, démontrant par l'expérience la force du lien qui unit l'écriture et le vivre ensemble.

Daniel BILOUS : Une mimotextique est-elle possible ?
C'est à l'écrit en général que s'intéresse la textique. Or, l'imitation de ce qu'il est convenu d'appeler son style fait partie des contraintes susceptibles de s'appliquer à un écrit. Toutefois, dans l'ensemble du corpus théorique produit par Jean Ricardou, on ne trouve guère de mentions du pastiche ni, plus généralement, de l'exercice de style. On tâchera d'interroger cette absence, pour déterminer s'il faut y voir une lacune, un objet dont, en l'état de la recherche, il restait opportun de différer l'examen, ou un pseudo-objet, dont ladite recherche gagnerait à faire l'économie.

Guillaume CHABAT : Vertige des sens — Une lecture de quelques Nouvelles Nouvelles de Jean Ricardou
Dans les fictions de Jean Ricardou, les seuls événements qui ont réellement lieu sont des incidents d'écriture — bégaiements, calembours, lapsus circulaires, deleatur — que le conte redouble, le plus souvent, de ses commentaires autobiographiques formant une sorte de diptyque par lequel il se réfléchit en totalité. Il s'agira de montrer les trois principaux bénéfices des opérations que le scripteur de Révélations minuscules nous rappelle succinctement : c'est seulement par un "long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens" qu'on produit du nouveau, de l'inconnu, de l'inattendu ; c'est en "céd[ant] l'initiative aux mots" qu'on fait œuvre salutaire de modestie ; enfin, c'est par l'amenuisement de l'illusion référentielle, qu'on fait œuvre éthique de vérité. Mais il y a davantage : cette Cathédrale de Sens engage dans un vertige mental irrémédiablement déceptif, puisque sans cesse le sens plein se dérobe. Or ce détournement, ou mieux, cet enlèvement du sens n'est-il pas la condition même de mise en œuvre du désir : notre jouissens ?

Sjef HOUPPERMANS : Raymond Roussel, un "compagnon de route" permanent pour Jean Ricardou
Mon point de départ sera une relecture du chapitre "l'activité roussellienne" dans Pour une théorie du nouveau roman. On tiendra compte aussi de la contribution de Jean Ricardou au colloque de Cerisy de 1983 sur Roussel : "Raymond Roussel ; un académisme démesuré" et de "Roussel rime ailleurs", conférence prononcée lors du colloque Roussel de Cerisy en 2012. Non moins intéressante se profile sa préface à l'étude de Leonardo Sciascia au sujet de la mort de Raymond Roussel. Son admiration de l'œuvre de Roussel visant surtout logique textuelle de celui-ci n'empêche pas une certaine note critique qui replace l'auteur dans son époque. Pour ma part, je tenterai de mitiger la rigueur ricardolienne en invoquant la souplesse roussellienne.

Laurent LIENART : Améliorer Cendrars, améliorer Follain
Armé du Salut aux quatre coins de Jean Ricardou considéré comme modèle, je m'efforcerai de lire, à la loupe, tel poème de Blaise Cendrars (En vue de l'île de Fuerteventura), tel poème de Jean Follain (Vie des campagnes) puis de proposer quelques pistes d'amélioration peut-être un brin audacieuses, qu'il s'agira alors, avec courage ou conviction, d'emprunter.

Claudy MALHERBE : L'opéra à travers les yeux de sa (La) cantatrice — Feuilleton en trois épisodes
La cantatrice, opéra radiophonique (commande de Radio-France et France Culture pour le Prix Italia 2008), est certes la relation d'un fait-divers — Une femme seule est retrouvée dans son appartement longtemps après sa mort, le corps en partie dévoré par son chat —, mais cette histoire se construit avant tout, par la mise en œuvre d'une double contrainte. Celle de construire la fiction avec les mécanismes et les archétypes de l'opéra. Celle de choisir d'écrire le corps du texte par le biais d'une aventure lexicale sous-jacente. Ce conflit de mots, de lettres et de phonèmes, affrontement minuscule en regard du drame qui se déroule, construit néanmoins la péripétie et fournit la clef de nombreuses situations. Cette double contrainte appliquée à la fois au texte du livret, à la parole des protagonistes comme aux instruments de l'orchestre, assigne l'appariement texte/musique à être le produit d'un même formalisme pour la plus grande unité de l'œuvre.

Hermes SALCEDA : Perturbations de la représentation dans Nouvelles Impressions d'Afrique
Nouvelles Impressions d'Afrique est considéré comme l'ouvrage le plus complexe de Raymond Roussel, en raison notamment de l'imposant échafaudage de parenthèses et de notes multiples, du pliage singulier de l'édition et de la cohabitation de deux régimes de représentation distincts. La combinaison de ces dispositifs paralinguistiques engendre un texte fragmentaire, où le paratexte devient l'indice d'une désagrégation plus profonde : celle qui procède d'une mise en cause radicale du pouvoir représentatif du langage. Nous montrerons que cette désagrégation textuelle signale un démembrement général de la fonction représentative, au niveau des macro-structures textuelles, mais aussi au niveau de la syntaxe elle-même, saturée d'hyperbates et d'ellipses. Enfin, sur le plan thématique, l'ouvrage met en scène une défiance généralisée à l'égard des signes et de leur capacité à représenter le réel. Il s'agira donc, à partir de la théorisation de la représentation accomplie par Jean Ricardou, d'étudier les formes de sa mise en cause dans le texte de Roussel.

Sandra SIMMONS : Atelier du mouvement en écriture
Dans le cadre d'un atelier participatif, seront fabriqués des écrits à partir des concepts présentés dans mon étude intitulée Détermination du "mouvement" dans l'écrit, accessible sur le site jeanricardou.org, Carnets de textique, n°9. Il s'agit de s'engager en commun dans des expérimentations afin de mieux discerner certains des paramètres en jeu, ce qui donnera l'occasion d'interroger, à partir de l'approche introduite par Jean Ricardou, la façon dont certains écrits plastiques et musicaux peuvent se concevoir comme en mouvement selon divers réglages.

Bernardo SCHIAVETTA : Questions sur le texte comme objet matériel
Deux questions élémentaires adressées à la textique : jusqu'où peut-on maintenir une vision matérialiste du texte, considéré du point de vue de l'information qu'il contient ? Les textes contiennent de l'information intrinsèque (physico-chimique) et extrinsèque (les signes conventionnels qui permettent de lire leurs langues, conventionnelles aussi et donc externes au texte) ; la pragmatique peut en plus nous donner des exemples d'information explicite (dans le texte) et implicite (allusive à des contenus hors texte).

Michel SIRVENT : Le Mixte, mode d'emploi — À propos du Théâtre des métamorphoses
Le théâtre des métamorphoses, neuvième livre de Jean Ricardou, paru au Seuil en 1982, est un ouvrage composite fait de morceaux disparates, de tons et de styles, de registres, de régimes, de genres et de modes de représentation discordants, voire antagonistes. Mais loin que cette variété se réduise à un simple collage, loin que cette diversité se complaise au mélange, ce livre neuf s'affiche délibérément comme un mixte. Certaines approches ont pu limiter l'entreprise à une stricte réunion de la "fiction" et de sa "réflexion", selon une dichotomie convenue joignant "une pratique" à sa "théorie". Toutefois, si le mixte s'élabore à "la croisée de l'artistique et du réflexif", s'il résulte de "la mêlée du littéraire et du plastique", il ouvre avant tout un champ d'expérimentations où, si l'on ose l'expression, tous les coups sont permis : ce théâtre cherche des lignes de "communications" entre une pluralité de composants dissemblables. Outre "l'assortiment des registres", il y a non moins de multiples v.o.i.x venues d'ailleurs (Flaubert, Proust, Mallarmé, Jarry notamment) mais encore certaines façons d'investir le "hors-texte". C'est une exploration de ces diverses voies empruntées par l'écriture qui sera esquissée.


BULLETIN D'INSCRIPTION


ATTENTION : Les inscriptions à ce colloque, en tant qu'auditeur, ne seront ouvertes qu'à partir du 15 mars 2026. En attendant, nous vous invitons à prendre connaissance des conditions d'inscription à un colloque.