À CERISY, UN FOYER DE CRÉATION ET D'ÉCHANGES

— THÉMATIQUES COLLECTIVES —



Le Foyer de création et d'échanges de Cerisy est ouvert du 13 juillet au 6 septembre 2020, à toute personne œuvrant à un projet personnel et qui souhaite prendre le temps de "penser avec ensemble". Ce projet personnel peut être relatif à tous les domaines de la création et/ou mené au titre de la recherche.


UN ART DU (DÉ)CONFINEMENT ?

Thématique de réflexion collective présentée par Sylvain Allemand,
journaliste-essayiste, secrétaire général de l'AAPC


L'expérience d'une sociabilité par temps de crise sanitaire

Nous proposons de saisir l'opportunité de renouer avec le Foyer de création et d'échanges pour amorcer une réflexion collective sur ce que pourrait être un "art du (dé)confinement", en explorant jusqu'aux confins de cette double notion, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle a, au cours de ces dernières semaines, connotée une expérience par bien des aspects non désirée, encore moins anticipée.

La proposition peut paraître paradoxale tant le retrait dans un château du XVIIe siècle, perdu dans le fin fond du Cotentin, s'apparente à un nouveau confinement… Mais ceux qui connaissent ce lieu savent que le confinement dont on fait l'expérience est tout relatif et propice à des rencontres et des échanges stimulants. On s'y habitue au point qu'après y être resté une semaine (durée ordinaire d'un colloque de Cerisy), le déconfinement — si c'est ainsi qu'on peut désigner le retour "à sa chacune et sa chacunière" parisienne ou d'autres grandes villes — paraît parfois difficile, empreint d'une sorte de nostalgie.

Dans les circonstances que nous connaissons, le Centre culturel international de Cerisy n'échappera pas à l'obligation de respecter les gestes barrières et d'introduire de nouvelles mesures de sécurité. Ce faisant, il offrira l'occasion de faire in situ, l'expérience d'une sociabilité par temps de crise sanitaire.


Une triple démarche

Notre proposition se décline en une triple démarche :

1. Explorer ce qui a pu être dit, écrit sur le (dé)confinement dans la diversité de ses formes, des plus volontaires aux plus professionnelles, nécessaires ou forcées ; au regard de ses lieux (monastères, résidences d'artistes ou de chercheurs, prisons, sous-marin, etc.), mais aussi des modes de distanciation physique et spatiale, des rythmes de vie, du rapport au temps, que ces lieux imposent ou autorisent (voir nota bene ci-après) ;

2. Témoigner d'expériences personnelles de (dé)confinement ;

3. Co-construire dans l'esprit d'une intelligence collective ce que pourrait être un art du (dé)confinement, à partir d'une expérience partagée in situ à Cerisy.

Cette triple démarche nous paraît d'autant plus utile, qu'il est à craindre que nous ne vivions d'autres crises (pandémies, catastrophes naturelles ou technologiques…), qu'il nous faille en conséquence apprendre un "art", qui ne se borne pas à l'usage de matériels (masques, visières…) ni même à des gestes barrière, mais repose sur de nouvelles manières de se saluer, de se croiser, de se mouvoir au milieu des autres et, donc, de nouvelles règles de civilité, de nouvelles sociabilités, de nouvelles chorégraphies des corps dans les espaces privés et publics… De là d'ailleurs l'intérêt qu'il y aura à se tourner vers des danseurs et chorégraphes.

Ce croisement des regards permettrait (c'est notre hypothèse) de mettre au jour des savoirs et compétences que partagent toutes sortes de professions et métiers, mais qui ne nous étaient pas apparus jusqu'ici, faute de les appréhender au prisme d'un art du (dé)confinement. Ce faisant, il s'agit de pointer des effets indésirables d'un confinement mal anticipé.

Dans tous les cas, il conviendra de s'inscrire résolument dans l'optimisme méthodologique de la prospective du présent.


Nota bene

En nous livrant à un premier inventaire, nous sommes parvenus à cette première typologie, que nous ne présentons ici qu'à titre indicatif :

Confinement volontaire : dans un monastère, une résidence d'artiste ou de chercheur ; un choix personnel (à l'image du narrateur de Un homme qui dort, de Georges Perec), sans oublier le Foyer de création et d'échanges…

Confinement nécessaire : celui des laboratoires de la recherche dite "confinée" (cf. Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain, Le Seuil, 2001) ; de la salle blanche ; de l'enceinte de confinement d'une centrale nucléaire ; de la mise en quarantaine ; des abris anti-bombardements…

Confinement professionnel : l'expérience du sous-marinier, du marin, du spationaute, du gardien de phare, etc.

Confinement forcé : l'incarcération ; la résidence surveillée…