LA THÉORIE DU TRAVAIL VIVANT DE CHRISTOPHE DEJOURS
DE LA MÉTAPSYCHOLOGIE DU CORPS À LA PHILOSOPHIE SOCIALE
DU LUNDI 6 JUILLET (19 H) AU DIMANCHE 12 JUILLET (14 H) 2026
[ colloque de 6 jours ]
DIRECTION :
Frédérique DEBOUT COSME, Christian DU TERTRE, Isabelle GERNET
En présence de Christophe DEJOURS
COORDINATRICE :
Virginie HERVÉ
ARGUMENT :
Dans les années 1970, Christophe Dejours, alors médecin psychiatre et psychanalyste, élabore une pensée à la fois subversive et fondatrice, située au croisement de la psychanalyse, de la psychopathologie, de la sociologie, du droit, de la philosophie et de l'économie.
Ses propositions conceptuelles — telles que la subversion libidinale, l'inconscient amential ou encore l'hypothèse d'une troisième topique — ainsi que les discussions qu'il engage avec d'autres auteurs (psychosomatique de l'École de Paris, travail vivant chez Marx, théorie de la reconnaissance de Honneth, servitude volontaire de La Boétie…) font de Christophe Dejours une figure majeure des sciences humaines et sociales contemporaines.
L'ensemble de ces travaux compose une œuvre singulière et unique, articulant théorie du sujet et théorie sociale, au cœur de la discipline qu'il a fondée : la psychodynamique du travail. Celle-ci a permis des avancées décisives, tant théoriques que pratiques : mise en lumière de la souffrance au travail, contribution aux expertises judiciaires (notamment lors du procès France Télécom), renouvellement de l'édifice psychopathologique autour de la topique du clivage, ou encore propositions intégrant l'économie de la fonctionnalité et la coopération.
Ce colloque se propose d'examiner comment, depuis près d'un demi-siècle, ces apports ont nourri et transformé les sciences humaines et sociales, en France comme à l'étranger. Composé d'une vingtaine de communications et de soirées donnant la parole aux jeunes chercheurs, le programme sera complété par une demi-journée "HORS LES MURS" en vue d'échanges avec les acteurs normands. Croisant les différents domaines, cette semaine est largement ouverte aux auditeurs intéressés par les sujets traités et par les rencontres que favorise une expérience cerisyenne.
MOTS-CLÉS :
Action, Cinéma, Corps, Dejours (Christophe), Démocratie, Justice, Philosophie, Psychanalyse, Psychodynamique du travail, Syndicalisme, Théâtre, Travail
CALENDRIER PROVISOIRE (17/03/2026) :
Lundi 6 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mardi 7 juillet
Matin
Frédérique DEBOUT COSME, Christian DU TERTRE & Isabelle GERNET : Introduction du colloque
PSYCHODYNAMIQUE DU TRAVAIL (PDT) ET ERGONOMIE
François HUBAULT : Quel est le "qui" de l'ergonomie ?
LE CORPS
Isabelle GERNET : Au commencement était le corps
Après-midi
MONISME / DUALISME
Ronan DE CALAN : Le corps d'abord ? La psychanalyse devant le problème corps-esprit
LA QUESTION DE LA GENÈSE DU CORPS ÉROTIQUE ET LA PLACE DE LA VIOLENCE, DES ABUS
Duarte ROLO : L'inconscient amential, un "réservoir de violence" ? Fonction et statut de la violence dans la troisième topique de Christophe Dejours
Soirée
Balade dans le parc du château
Mercredi 8 juillet
Matin
PDT ET THÉORIE DE LA SÉDUCTION GÉNÉRALISÉE (LAPLANCHE)
Alberto LUCHETTI : Quelques questions ouvertes entre psychodynamique du travail et théorie de la séduction généralisée
CORPS ET INTELLIGENCE
Christophe DEMAEGDT : Corps et Intelligence
Après-midi
L'INTELLIGENCE AU PLURIEL DU CORPS À LA COOPÉRATION
Antoine DUARTE : L'espace de délibération à l'épreuve de l'agir communicationnel : discussion critique des fondements de la coopération en psychodynamique du travail
LA THÉORIE DU TRAVAIL VIVANT
Christian DU TERTRE : Le concept de "travail vivant" chez K. Marx et chez C. Dejours
Jeudi 9 juillet
Matin
PDT ET PHÉNOMÉNOLOGIE
Jean-Philippe DERANTY : Le travail vivant comme schème philosophique : quelques pistes pour une généalogie et de possibles voies de développement
TRAVAIL ET ANTHROPOLOGIE DE LA PDT
Claire PAGÈS : Clivage, enfance et travail
Après-midi
"HORS LES MURS" - À SAINT-LÔ
Visite au Haras national de Saint-Lô
Vendredi 10 juillet
Matin
PDT ET THÉORIES FÉMINISTES
Katia GENEL : Christophe Dejours en dialogue avec la théorie critique et féministe
PDT ET THÉORIE DU CARE
Frédérique DEBOUT COSME : "Travail vivant de soin" ou "care" ?
Après-midi
PDT ET TRAVAIL ANIMAL
Jocelyne PORCHER : Penser le travail animal grâce à la psychodynamique du travail
TRAVAIL ET PRODUCTION ARTISTIQUE
Les contributions retraceront la manière dont la théorie du travail vivant peut être mobilisée dans le champ de la création artistique (théâtre, cinéma) et quelles questions peuvent être adressées en retour à la théorie à partir de l'expérience des artistes engagés dans le travail de culture
Jean-Pierre BODIN & Alexandrine BRISSON
Patricio NUSSHOLD
Stéphane BRIZÉ [sous réserve]
Soirée Syndicat de la Magistrature
Manon LEFEBVRE
Stéphane FISCHESSER
Samedi 11 juillet
Matin
PDT ET NOUVELLES PRATIQUES SYNDICALES
Sébastien CHEKROUN & Ramuntcho TELLECHEA : Nouvelles pratiques syndicales et psychodynamique du travail : forêts, communs et démocratie
PDT ET JUSTICE
Marie LECLAIR : Psychodynamique du travail et justice, références mutuelles
Après-midi
PDT ET DÉMOCRATIE
Enrico DONAGGIO : Travail, pensée, émancipation. Christophe Dejours philosophe ?
Emmanuel RENAULT : Les exigences démocratiques sont-elles compatibles avec l'organisation hiérarchique du travail ?
Soirée Jeunes Chercheurs
Psychodynamique du travail et travail de thèse : une discussion interdisciplinaire, table ronde avec Armando ARATA, Brian DÉMAS et Gaia PATTI | Présentation
Dimanche 12 juillet
Matin
Reprise et discussion par Christophe DEJOURS
Frédérique DEBOUT COSME, Christian DU TERTRE & Isabelle GERNET : Conclusion du colloque
Après-midi
DÉPARTS
RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :
Frédérique DEBOUT COSME : "Travail vivant de soin" ou "care" ?
Dans cette présentation, Frédérique Debout Cosme cherchera à déterminer quelles sont les contributions en propre de Christophe Dejours à la discussion critique avec la philosophie morale et politique. Il s'agira de jeter un œil rétrospectif sur la genèse du débat entre la psychodynamique du travail et les Éthiques du Care, inscrites dans la philosophie morale et politique. Cela permettra de repérer les contributions de C. Dejours, les distinguer de celles des autres psychodynamiciens du travail travaillant sur ce champ, en repérer les éléments de filiation et d'écart afin de souligner l'originalité des apports de C. Dejours.
Après une formation de philosophe et des recherches en phénoménologie, Frédérique Debout Cosme a entrepris un parcours en psychologie clinique. D'abord psychologue à temps plein en E.S.A.T puis en unité d'accueil familial thérapeutique, et psychothérapeute en libéral. Depuis 2019, elle est Maîtresse de conférences en psychopathologie et psychodynamique du travail au Conservatoire et membre de l'Institut de Psychodynamique du Travail. Elle est membre de différentes sociétés savantes et a une pratique de psychothérapeute d'orientation psychanalytique en cabinet. Ses travaux de recherche portent sur les rapports entre travail et famille, le corps, le genre et la psychopathologie. Elle prépare son habilitation à diriger des recherches, soutenance prévue en 2026 à Lyon II, sur la thématique "travail de soin et écologie".
Christian DU TERTRE : Le concept de "travail vivant" chez K. Marx et chez C. Dejours
Le concept de "travail vivant" est élaboré par Karl Marx pour indiquer que cette activité singulière est à l'origine de la création de la valeur. Cette activité s'inscrit dans un "procès de travail" qui articule des contraintes "fonctionnelles" et des contraintes "institutionnelles" de telle manière que la production de la "valeur d'usage" est intrinsèquement liée aux conditions de sa valorisation sur un plan monétaire. Les formes concrètes de cette articulation dépendent des dispositifs institutionnels en vigueur, sur un plan historique. Christophe Dejours, en reprenant ce concept, va l'élargir à ce qui concerne les salariés, plus spécifiquement, dans leur vie, notamment dans sa dimension plus intime associée à l'engagement subjectif et aux relations intersubjectives dans le travail réel. Cette communication s'attellera à présenter, quant au fond, les liens qui opèrent entre santé mentale et création de la valeur dans le monde contemporain et leur dimension institutionnelle.
Christian du Tertre est Professeur en sciences économiques. Ses premières recherches s'inscrivent dans le cadre de la "Théorie de la Régulation" et portent sur les mutations industrielles. Elles mettent l'accent sur les liens entre la création de valeur et la subjectivité dans le travail. Dans les années quatre-vingt-dix, il réoriente ses recherches vers les activités de service et la place centrale de la subjectivité et de l'intersubjectivité en leur sein. Il formule le concept de "coopération transverse" associée à la coproduction du service et aux relations de service. Des liens étroits se construisent, alors, avec la Psychodynamique du Travail. À partir des années 2000, il étend ses recherches au développement durable ; ce qui le conduit à lier les enjeux d'émancipation dans le travail et par le travail à l'émergence d'un nouveau rapport au vivant. Il est l'un des fondateurs de la doctrine de l'Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération et du laboratoire de recherche et d'intervention ATEMIS.
Isabelle GERNET : Au commencement était le corps
Dans le cadre de cette présentation, Isabelle Gernet s'attachera à montrer comment la référence au corps s'avère centrale dans l'édification théorique de l'œuvre de Christophe Dejours. Elle retracera la manière dont la clinique psychosomatique a été au principe d'une théorisation originale sur les rapports entre corps et pensée, théorisation au cœur de l'élaboration de la théorie du sujet et de la théorie du travail défendue en psychodynamique du travail.
Psychologie clinicienne de formation, Isabelle Gernet débute en 2002 une thèse de Psychologie Clinique sous la direction de Christophe Dejours portant sur la théorie et la clinique psychosomatique. Nommée Maitresse de Conférences en Psychologie Clinique et Psychopathologie d'abord à l'université de Lille puis à l'Institut de Psychologie de l'université Paris Cité depuis 2011, ses travaux de recherche explorent les processus psychiques en cause dans la genèse des décompensations psychopathologiques et somatiques en lien avec le travail. Titulaire d'une Habilitation à Diriger les recherches depuis 2023, elle dirige des travaux de recherche en psychopathologie et psychodynamique du travail et participe aux activités de l'Institut de Psychodynamique du Travail au titre de coordinatrice scientifique. Membre du Conseil Scientifique de la Fondation Laplanche, elle exerce également comme psychothérapeute d'orientation analytique en libéral.
Sébastien CHEKROUN & Ramuntcho TELLECHEA : Nouvelles pratiques syndicales et psychodynamique du travail : forêts, communs et démocratie
Comment l'introduction de la Psychodynamique Du Travail à l'Office National des Forêts permet d'accéder à plus d'autonomie donc plus de liberté au niveau de l'organisation du travail. Cette démarche, chez les gens de métier, est souvent suffisante pour consolider ou insuffler des stratégies de coopération qui réorientent le travail quant à son sens, sa place sociétale donc ses visées hic et nunc. C'est de la subversion du New Public Management dont il est question ici pour s'orienter vers les trois écologies : environnementale, sociale et subjective.
Sébastien Chekroun est psychologue clinicien dans le pôle de psychiatrie GHU Paris-Neuroscience & consultations ETAPP (santé-travail), doctorant dans le laboratoire Psychologie Clinique Psychopathologie Psychanalyse (PCPP) de l'université Paris Cité (UPC), ainsi que membre du laboratoire de l'Institut de psychodynamique du travail (IPDT).
Publication
Avenir et enthousiasme en psychiatrie : éclairage selon la psychodynamique du travail. Dialogue et Controverse, 2025 (1).
Ronan DE CALAN : Le corps d'abord ? La psychanalyse devant le problème corps-esprit
Le problème corps-esprit (ou Mind-Body Problem dans ses reformulations anglo-saxonne) a occupé la métaphysique classique et s'est transféré naturellement à cette branche de la métaphysique qu'était la psychologie. Celle-ci, devenue expérimentale, sous la plume de Herbart, Fechner et quelques autres, a changé la donne — comme la psychanalyse après eux et à leur suite. On voudrait mesurer ce qu'il en reste, en reprenant les démonstrations proposées par Christophe Dejours dans plusieurs ouvrages récents.
Christophe DEMAEGDT : Corps et Intelligence
La théorie du travail vivant accorde depuis ses premiers développements une place privilégiée au corps dans le génie de l'intelligence, dès lors que le sujet est confronté aux aléas du réel. Caractériser et décrire cette intelligence du corps est une tentative de répondre aux problèmes soulevés par "le verrou interne de la sublimation" (Dejours, 1986), ce qui conduira à réviser les conceptions psychanalytiques classiques et à produire une théorie de la sublimation originale.
Jean-Philippe DERANTY : Le travail vivant comme schème philosophique : quelques pistes pour une généalogie et de possibles voies de développement
Dans un premier temps, cette communication proposera une ébauche de généalogie du concept de travail vivant, en mettant en lumière l'héritage post-kantien de la conception marxienne du travail comme "vie qui produit la vie". Dans un deuxième temps, plusieurs apports essentiels de la tradition phénoménologique seront dégagés. Enfin, il sera montré comment la théorie de l'autopoïèse, au cœur de l'enactivisme contemporain, reprend les schèmes philosophiques identifiés et ouvre potentiellement la voie à une expansion conceptuelle féconde du travail vivant.
Enrico DONAGGIO : Travail, pensée, émancipation. Christophe Dejours philosophe ?
Rares sont les philosophes qui se sont intéressés de manière systématique et profonde au travail. Une question fondamentale oriente et structure leurs réflexions sur un sujet négligé de manière si symptomatique par la grande tradition occidentale : que fait le travail à la pensée et au potentiel d'émancipation qu'elle est supposée receler ? Christophe Dejours répond de façon très originale à cette question posée de Adam Smith jusqu'à Simone Weil, en conférant ainsi une dimension intrinsèquement philosophique à la psychodynamique du travail.
Enrico Donaggio est professeur de Philosophie et directeur scientifique de l'Institut d'études avancées à Aix Marseille Université.
Publications
Karl Löwith et la philosophie. Une sobre inquiétude, Payot, 2013.
Travail e(s)t liberté ?, Erès, 2022.
Utopies et travail, Teseo, à paraître en 2026.
Antoine DUARTE : L'espace de délibération à l'épreuve de l'agir communicationnel : discussion critique des fondements de la coopération en psychodynamique du travail
Cette communication propose une discussion théorique des fondements de la coopération en psychodynamique du travail à partir de l'œuvre de Christophe Dejours, en s'attachant plus particulièrement à la notion d'espace de délibération. En psychodynamique du travail, la coopération ne se réduit ni à la coordination prescrite ni à la recherche d'un consensus, mais repose sur une élaboration collective à partir de l'expérience du réel du travail. La référence à la théorie de l'agir communicationnel de Jürgen Habermas sera mobilisée comme point de débat, dans la mesure où elle conçoit la délibération comme un processus orienté vers l'entente rationnelle et la production d'un accord fondé sur des raisons partageables. En s'appuyant sur les travaux d'Oskar Negt, et notamment sur sa critique des présupposés normatifs de l'espace public et de la rationalité communicationnelle. À partir de cette controverse, l'hypothèse défendue est que l'espace de délibération en psychodynamique du travail relève moins d'un agir communicationnel que d'un espace conflictuel et clinique, traversé par la souffrance, les défenses et les rapports de domination, où la coopération se construit malgré les désaccords plutôt que par leur résolution consensuelle.
Katia GENEL : Christophe Dejours en dialogue avec la théorie critique et féministe
Les travaux de Christophe Dejours peuvent être lus comme une contribution à la philosophie sociale du travail. Ils présentent des affinités avec la théorie critique de l'École de Francfort, d'Adorno à Habermas, Honneth et Fraser. On analysera quelques aspects du dialogue entre psychodynamique du travail, théorie critique et théorie féministe.
François HUBAULT : Quel est le "qui" de l'ergonomie ?
Une ergonomie sans "sujet" ne peut pas prétendre s'inscrire réellement dans une perspective d'émancipation. De notre point de vue, prendre appui sur la psychodynamique du travail est une nécessité stratégique, théorique et politique, pour l'ergonomie. En retour, cette réorganisation conceptuelle est le levier d'un approfondissement de la question de l'intervention qui creuse, alors, une singularité de l'ergonomie. Dans ce double mouvement, se joue le dispositif d'échange entre les deux disciplines.
Marie LECLAIR : Psychodynamique du travail et justice, références mutuelles
L'idée de justice est au cœur de la psychodynamique du travail, comme référence morale, déclinée notamment dans l'étude de la banalisation de l'injustice sociale. Des juges se réfèrent aux découvertes de la psychodynamique du travail, pour nourrir l'œuvre de justice comme pour aborder leur propre souffrance au travail et inventer une action propice à préserver et cultiver un travail judiciaire vivant, indispensable à l'effectivité de l'état de droit.
Alberto LUCHETTI : Quelques questions ouvertes entre psychodynamique du travail et théorie de la séduction généralisée
La psychodynamique du travail est née de la rencontre de la clinique du travail avec la psychanalyse surtout à partir de la théorie de la séduction généralisée proposée par Jean Laplanche. Peut-on aujourd'hui tracer convergences et divergences entre les deux, leurs apports réciproques et des écarts éventuels entre elles ?
Claire PAGÈS : Clivage, enfance et travail
Christophe Dejours a livré l'analyse de deux clivages. D'une part, le clivage à l'intérieur du moi qui permet au travailleur un fonctionnement normopathique en secteur. D'autre part, le clivage entre inconscient sexuel refoulé et inconscient amential, formé de messages adressés par l'adulte à l'enfant rendus intraduisibles par leur caractère de violence ou d'abus. Dans son dernier livre, Pratique de la démocratie, Christophe Dejours précise la manière dont il faut concevoir l'articulation de ces deux clivages. En retour, émergent aussi d'autres interrogations. Comment comprendre que nous soyons tous clivés, compte tenu de la genèse spécifique de l'inconscient amential ? Comment évolue ensuite le fonctionnement en secteur avec les transformations les plus récentes de l'organisation du travail ? L'enjeu sera pour nous de discuter de la double théorie dejourienne du clivage ainsi que du lien qu'elle tisse entre enfance et travail, tant d'un point de vue anthropologique que de celui de la clinique contemporaine du travail.
Claire Pagès est professeure de philosophie sociale et politique à l'université Paris Nanterre (Sophiapol) et chercheuse associée à l'Institut de psychodynamique du travail (Paris). Spécialiste de philosophie des sciences humaines principalement du domaine allemand, elle travaille à l'articulation de la philosophie, de la psychanalyse et de la sociologie.
Publications
Lyotard et l'aliénation, PUF, "Philosophies", 2011.
Hegel & Freud. Les intermittences du sens, CNRS Éditions, 2015.
Qu'est-ce que la dialectique ?, Vrin, "Chemins philosophiques", 2015.
Norbert Elias, Les Belles Lettres, "Figures du savoir", 2017.
Pierre Clastres. Les Sociétés contre l'État, Amsterdam, "L'émancipation en question", 2024.
Dormir. Essai de philosophie sociale, Vrin, "Philosophie du présent", à paraître en 2026.
Jean-Français Lyotard, PUF, "Que sais-je ?", à paraître en 2026.
Jocelyne PORCHER : Penser le travail animal grâce à la psychodynamique du travail
Les rapports subjectifs des animaux au travail sont un impensé des sciences sociales autant que des sciences de la nature. C'est la psychodynamique du travail qui a permis de poser les bases de recherches sur le sujet en proposant des concepts et une théorie du sujet au travail que nous avons pu mobiliser de façon cohérente et robuste à propos des animaux. Depuis ma rencontre avec Christophe Dejours dans les années 2000, la question du travail animal étudiée au prisme de la PDT nous a permis de poser des questions nouvelles aux animaux et d'en obtenir de passionnantes réponses. C'est indéniablement la richesse de cette théorie pour penser le travail vivant qui a permis ces résultats inédits.
Emmanuel RENAULT : Les exigences démocratiques sont-elles compatibles avec l'organisation hiérarchique du travail ?
Il s'agira dans cette intervention de discuter les arguments suivant lesquels les hiérarchies de pouvoir et de compétence qui structurent les lieux de travail sont incompatibles avec des exigences de démocratisation radicales. On soutiendra que la psychodynamique du travail fournit des moyens de remettre en cause la pertinence de ces arguments, et on saisira l'occasion de discuter la manière dont Christophe Dejours pose la question de la démocratisation du travail dans Pratique de la démocratie. Servitude volontaire, travail et émancipation (Vrin, 2025).
Duarte ROLO : L'inconscient amential, un "réservoir de violence" ? Fonction et statut de la violence dans la troisième topique de Christophe Dejours
La troisième topique de Christophe Dejours est une théorie métapsychologique qui accorde une place centrale à la violence. La violence est impliquée dans la genèse de l'inconscient amential, par le biais de la violence que les adultes exercent sur le corps de l'enfant — ce que Dejours qualifie d'"accidents de la séduction" en référence à la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche. Mais la violence est également un des modes d'expression privilégiés de l'inconscient amential. Il s'agira dans cette communication de revenir sur la fonction et le statut de la violence dans la troisième topique de Christophe Dejours.
Psychodynamique du travail et travail de thèse : une discussion interdisciplinaire, table ronde avec Armando ARATA, Brian DÉMAS et Gaia PATTI
Cette séance sera consacrée à une table ronde où trois doctorants expliqueront l'apport de la psychodynamique du travail dans leur thèses s'inscrivant dans trois champs disciplinaires différents (psychopathologie, ergonomie et philosophie). Ce sera l'occasion pour discuter de l'interdisciplinarité propre à la psychodynamique du travail aussi bien que pour réfléchir au rapport subjectif au travail de recherche, à la lumière de la PDT.
Armando ARATA
Armando Arata, professeur certifié d'italien, est titulaire d'un master en philosophie de l'université de Turin (Italie). Il est actuellement doctorant en Peace Studies entre l'université "La Sapienza" de Rome et l'université Paris Nanterre. Il mène des recherches portant sur l'œuvre de Primo Levi. Collaborateur de la revue scientifique Philosophy Kitchen, il est l'un des traducteurs de C. Dejours : L'ingranaggio siamo noi (Mimesis, Milano-Udine, 2021) et a publié l'article "Auteur de Primo levi et de la zone grise : une réflexion sur l'usage de cette notion pour l'analyse du travail contemporain" (Travailler, 2023/2, n°50).
Gaia PATTI
Gaia Patti est psychologue clinicienne à l’hôpital de jour de l’Association du Centre Etienne Marcel à Paris et doctorante à l’Université Paris Cité, Laboratoire Psychologie Clinique, Psychopathologie, Psychanalyse. Elle est membre de l’Institut de Psychodynamique du Travail. Sa recherche porte sur la métapsychologie du corps dans la psychose et sur le travail de soin dans les institutions psychiatriques.
BIBLIOGRAPHIE :
• DEJOURS C. (1980), Travail : usure mentale. Essai de psychopathologie du travail, Éditions du Centurion (Nouvelle édition augmentée, "De la psychopathologie à la psychodynamique du travail", Bayard Éditions, 1993 ; 3ème édition augmentée, 2000 ; 4ème édition, 2009).
• DEJOURS C., FAIN M. [sous la direction de] (1983), Corps malade et corps érotique, Éditions Elsevier Masson (2ème tirage, 1986).
• DEJOURS C., VEIL C., WISNER A. [sous la direction de] (1985), Psychopathologie du travail, Entreprise Moderne d'Édition.
• DEJOURS C. (1986), Le corps entre biologie et psychanalyse. Essai d'interprétation comparée, Préface de François DAGOGNET, Édition Payot (2ème édition, 1989).
• DEJOURS C. [sous la direction de] (1988), Plaisir et souffrance dans le travail, Séminaire Interdisciplinaire de Psychopathologie du travail, Édition de l'AOCIP, Tome I, Tome II (2ème édition, 1992 ; nouvelle édition, 2001).
• DEJOURS C. (1989), Recherches psychanalytiques sur le corps. Répression et subversion en psychosomatique, Éditions Payot.
• DEJOURS C., ABDOUCHELI E., JAYET C. (1994), Psicodinâmica Do Trabalho, Editora Atlas Sa.
• DEJOURS C. (1995-2023), La facteur humain, 8ème édition mise à jour, Presses Universitaires de France, Collection "Que sais-je ?".
• DEJOURS C. (1998), Souffrance en France. La banalisation de l'injustice sociale, Éditions du Seuil, "L'Histoire immédiate" (nouvelle édition augmentée, 2014).
• DEJOURS C. (1999), Conferencias Brasileiras, Fundacao Getulio Vargas Editora.
• DEJOURS C. (2001), Le corps d'abord. Corps biologique, corps érotique et sens moral, Éditions Payot-Rivages.
• DEBRAY R., DEJOURS C., FEDIDA P. (2002), Psychopathologie de l'expérience du corps, Éditions Dunod.
• DEJOURS C. (2003), L'évaluation du travail à l'épreuve du réel. Critique des fondements de l'évaluation, INRA Éditions, "Sciences en questions".
• DEJOURS C. (2004), Da Psicopatologia A Psicodinamica Do Trabalho, Selma LANCMAN & Laerte Idal SZNELWAR (Orgs.), Edicao Paradelo 15 & Co-edicao Fiocruz.
• DEJOURS, C. [sous la direction de] (2007), Conjurer la violence. Travail, violence et santé, Éditions Payot-Rivages (Édition de poche, 2011 ; 2019).
• DEJOURS, C. [sous la direction de] (2007), "Théorie de la séduction : validation, réfutation", Psychiatrie Française, Vol. XXXVIII, 4/07.
• DEJOURS C. (2009), Les dissidences du corps. Répression et subversion en psychosomatique, Éditions Payot.
• DEJOURS C., BEGUE F. (2009), Suicide et travail : que faire ?, Presses Universitaires de France.
• DEJOURS C. (2009), Travail vivant, Tome I : "Sexualité et travail", Tome II : "Travail et émancipation", Éditions Payot.
• DEJOURS C. [sous la direction de] (2010), Observations cliniques en psychopathologie du travail, Presses Universitaires de France, Collection "Souffrance et théorie".
• DEJOURS C. (2011), Da Psicopatologia A Psicodinamica Do Trabalho, Selma LANCMAN & Laerte Idal SZNELWAR (Orgs.), Edicao Paradelo 15 & Co-edicao Fiocruz (3a ediçao revista e ampliada).
• DEJOURS C., GERNET I. (2012), Psychopathologie du travail, Éditions Elsevier Masson, Collection "Les âges de la vie".
• DEJOURS C. (2012), La panne. Repenser le travail et changer la vie, Entretien avec Béatrice BOUNIOL, Éditions Bayard.
• DEJOURS C. (2015), El Sufrmiento En El Trabajo, Topia Editorial, Coleccion "Psicoanalisis, Sociedad y Cultura" (Secunda edicion ampliada, Topia Editorial, Coleccion "Psicoanalisis, Sociedad y Cultura", 2019).
• DEJOURS C. (2015), Le choix, Éditions Bayard.
• DEJOURS C., VOTADORO F. [sous la direction de] (2016), La séduction à l'origine. L'œuvre de Jean Laplanche, Colloque de Cerisy (2014), Presses Universitaires de France.
• DEJOURS C. (2016), Situations du travail, Presses Universitaires de France.
• CHAIGNOT-DELAGE N., DEJOURS C. [sous la direction de] (2017), Clinique du travail et évolutions du droite, Presses Universitaires de France.
• DEJOURS C., TESSIER H. [sous la direction de] (2018), Laplanche et la traduction : une théorie inachevée. Le mytho-symbolique : aide ou obstacle à la traduction ?, Presses Universitaires de France.
• DEJOURS C., DERANTY J.-P., RENAULT E., SMITH N. (2018), The Return Of Work In Critical Theory. Self, Society, Politics, Columbia University Press.
• DEJOURS C. (2019), Psicossomatica E Teoria Do Corpo, Editora Edgar Blücher Ltda.
• DEJOURS C., TESSIER H. [ed.] (2020), Narcissisme et "sexual" dans l'œuvre de Jean Laplanche, Presses Universitaires de France.
• DEJOURS C. (2021), Ce qu'il y a de meilleur en nous. Travailler et honorer la vie, Éditions Payot & Rivages.
• DEJOURS C. (2023), La panne : cesser d'être les esclaves du travail, 2ème édition revue et corrigée, Éditions Payot-Rivages.
• DEJOURS C. [sous la direction de] (2024), Écouter le travail vivant. Nouveaux chemins cliniques, Éditions de l'Atelier.
• DEJOURS C. (2025), Pratique de la démocratie. Servitude volontaire, travail et émancipation, Librairie philosophique VRIN.
• DEBOUT F., DEJOURS C., GERNET I., SCHWERING K.-L. (2025), Penser le corps. Théories psychanalytiques, Éditions de l'Atelier.
• DEJOURS C. (2019), L'entrée en résistance, écrit et réalisé avec Jean-Pierre BODIN et Alexandrine BRISSON ; Production : Compagnie La Mouline ; Co-Production : Les Tréteaux de France - Centre Dramatique National ; Office artistique de la région Nouvelle Aquitaine, La Mégisserie-Scène Conventionnée de Saint Junien ; Le Moulin du Roc-Scène Nationale à Niort ; DRAC Aquitaine ; Aide à la diffusion Ville de Paris et Ville de Niort. Représentations : Niort, 5-7-8 nov. 2019 ; Saintes, 18-19 nov. 2019 ; Saint Junien, 24 nov. 2019 ; Paris, Théâtre de la Reine Blanche, 27 nov. 2019 - 5 janv. 2020 ; Le Mans, 9 -10 janv. 2020, Éditions Azoé, 2021.
• BODIN J.-P., BRISSON A., DEJOURS C. (2012), Très nombreux, chacun seul, Production GRAT/Jean-Louis Hourdin, Ville de Chauvigny, Mégisserie/SainJunien, Théâtre Dijon-Bourgogne ; Compagnie La Mouline, DRAC Nouvelle Aquitaine ; Création Théâtre Dijon Bourgogne, Éditions Azoé, 2021.
SOUTIENS :
• Association PSY T A
• Institut de Psychodynamique du Travail (IPDT)
• Association Française de Psychodynamique et Psychopathologie du Travail (AFPPT)
• Laboratoire "Psychologie clinique, Psychopathologie Psychanalyse" (PCPP, UR 4056) | Université Paris Cité
• Syndicat de la Magistrature