DEMAIN, LE PÉRIURBAIN :
TERRITOIRES RESSOURCES ET IMAGINAIRES RENOUVELÉS ?
DU MERCREDI 9 SEPTEMBRE (19 H) AU MARDI 15 SEPTEMBRE (14 H) 2026
[ colloque de 6 jours ]
DIRECTION :
Hiba DEBOUK, Karine HUREL, Nils LE BOT, Pauline SIROT
Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires
SECRÉTAIRE TECHNIQUE :
Marie GARDET
ARGUMENT :
Lorsqu'il est évoqué par les acteurs de l'aménagement et de la conception urbaine, le périurbain est principalement décrit et décrié au travers de deux figures génériques que sont l'habitat individuel pavillonnaire et les zones d'activité économique. Des archétypes controversés qui, à eux seuls, semblent cristalliser tous les maux que l'on prête à ces territoires.
Que reproche-t-on au périurbain ? Des emprises trop diffuses, des architectures jugées inesthétiques, une domination de la voiture individuelle, un mouchetage d'urbanités dispersées, voire de sous-urbanités (Suburb) souvent mono fonctionnelles. C'est en substance ce que les écrits et les discours sur le périurbain nous renvoient depuis de nombreuses années.
Ces espaces situés à la périphérie des centres urbains illustrent un modèle d'aménagement fortement consommateur de ressources (foncière, énergétique, alimentaire…), qui se traduit par une fragmentation de l'occupation des sols et des inégalités croissantes. Cependant, ces espaces possèdent en corolaire un potentiel de réévaluation considérable.
Complexes à définir et en perpétuelle recomposition, ces territoires porteraient-ils les enjeux, les tensions mais aussi de nouveaux imaginaires et opportunité d'une transition vers des modèles d'aménagement régénératif. Le périurbain pourrait-il devenir le laboratoire d'un aménagement post-carbone, fondé sur la valorisation de ses propres ressources ?
En croisant réflexions académiques, analyse des politiques publiques et initiatives de terrain, issue d'architecture, de paysage et d'urbanisme, ce colloque réunira experts et acteurs de disciplines diverses pour partager leurs travaux, expériences et visions, et identifier les leviers pouvant être activés pour transformer les zones périurbaines en espaces de vie plus inclusifs et soutenable et porteurs d'avenir.
MOTS-CLÉS :
Alternatif, Aménagement, Architecture, Artificialisation, Controverses, Couronnes, Durabilité, Entre-deux, Étalement, Futurs, Habiter, Imaginaires, Impensés, Lisières, Marges, Mobilités, Paysage, Périphéries, Périurbain, Post-carbone, Recomposition, Résilience, Ruralités, Sobriété, Territoires, Urbanisme, Urbanités, Transition
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 9 septembre
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Jeudi 10 septembre
LA CONSTRUCTION DE L'OBJET POLITIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Matin
Hiba DEBOUK, Karine HUREL, Nils LE BOT & Pauline SIROT : Introduction du colloque
Définition du périurbain / approche conceptuelle / construction politique
Éric CHARMES : La part rurale du périurbain
Après-midi
Approche culturelle et historique du périurbain
Philippe SIMON : Une quête du périurbain. Le cas de la vallée de la Valmont
Claire ARAGAU : Habiter au large et oser la dispersion à l'heure de la densification : le périurbain face à son histoire
Romain LAJARGE : Trois temps, quatre mouvements ; la question périurbaine qui advient…
Soirée
Présentation de l'exposition sur la sobriété foncière dans l'étable, avec Patrick HENRY
Vendredi 11 septembre
STOCK, FLUX ET USAGES
Matin
Les mobilités dans le périurbain
Sylvie LANDRIÈVE : Quitter la voiture, sans quitter le périurbain. Repenser la mobilité périurbaine : mythes, réalités et système alternatif
Jean-Marc OFFNER : Les mobilités alternatives au défi de l'habitabilité périurbaine
Nicolas PORTIER : Espaces périurbains et aménagement territorial
Après-midi
Métabolisme périurbain : ressources, énergie, matière
Céline GOMBERT : Métabolisme périurbain : ressources, énergies, matières
Sabine BARLES : Le périurbain : une lecture au prisme du métabolisme territorial
La propriété, l'approche d'usage et le potentiel d'occupation
Nicola DELON : La propriété
Présentation de la thèse "Écrire les espaces périurbains : une géographie contemporaine dans la littérature française" d'Arthur PÉTIN [Prix spécial de la thèse sur la ville 2025] — [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]
Soirée
En attendant la nuit de Céline Rouzet - Tandem Films (juin 2024), film présenté par Arthur PÉTIN
Samedi 12 septembre
"HORS LES MURS" — AUTOUR DE LA DÉMARCHE DE CO-CONSTRUCTION DE L'ATELIER DES TERRITOIRES | Présentation
Matin
Visite de la Communauté de commune de Coutances mer et bocage sous la forme d'un arpentage du territoire et d'un pré-diagnostic, animée par Félix MULLE de l'Atelier de l'Ourq
Après-midi
Visite de Tessy-Bocage sous la forme d'un retour d'expérience par les élus et les acteurs locaux sur l'avancée de la feuille de route issue de l'Atelier des territoires mené en 2022-2023, animée par Timothée TURQUIN de l'Agence Belvédère
Dimanche 13 septembre
FORMES URBAINES ET PAYSAGES HÉRITÉS
Matin
Paysage, biodiversité, protection des espaces naturels
Laura ALBARIC : Amnistie écologique dans l'aménagement périurbain : connaître, protéger, renaturer
Caroline GUTLEBEN : Interfaces et interstices : la biodiversité dans les mailles du périurbain
Vincent PIVETEAU : Le paysage : pour dépasser le périurbain ?
Après-midi
Architectures, typo-morphologies et formes urbaines
Françoise FROMONOT : Ubiquité du périurbain
Jean-Baptiste MARIE : Le vivant comme projet
Paola VIGANO : Diffuse City and Horizontal Metropoles
Soirée
"Alma, correspondances entre Lili Boulanger et Alicia Gallienne", récital piano-voix présenté par Léa BELLILI (soprano et conception) et Louise LÉGER (pianiste et comédienne) | Présentation
Lundi 14 septembre
FAIRE AVEC LES CITOYENS — DÉMOCRATIE DE TRANSITION
Matin
Faire avec les citoyens
Lucile SCHMID : Faire avec les citoyens — démocratie de transition
Marine BEUERLE : bò kaz ; ce que les jardins disent des domesticités pavillonnaires
Après-midi
Espaces de consommation et consommation d'espaces
Pascal MADRY : Périurbanisation et logiques de recomposition des modes d'approvisionnement alimentaires des ménages. Une illustration à travers le Pays Basque
Laetitia DABLANC : Immobilier logistique et périurbain
Dialogue autour d'une possible sobriété périurbaine ?
Laurent DEVISME : Un urbanisme descriptif en zones périurbaines : héritages et redirections [enregistrement audio en ligne sur Canal U, chaîne La forge numérique | MRSH de l'université de Caen Normandie]
Clémence de SELVA : Tissus résidentiels et d'activité, approche par la sobriété foncière
Mardi 15 septembre
SYNTHÈSE
Matin
Création de récit collectif
Rapport d'étonnement de Romain LAJARGE
Hiba DEBOUK, Karine HUREL, Nils LE BOT & Pauline SIROT : Conclusions du colloque
Après-midi
DÉPARTS
RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :
Hiba DEBOUK
Directrice déléguée du groupe AREP, Hiba Debouk est ingénieur et urbaniste. Elle dirige l'équipe Territoires composée d'architectes, d'urbanistes, de paysagistes et d'ingénieurs. Au sein de cette équipe, elle participe à la conduite de nombreuses études urbaines et stratégies territoriales croisant les enjeux de renouvellement urbain, de sobriété foncière, de décarbonation et de renforcement de la résilience des villes et des territoires. Elle a notamment piloté l'étude prospective "Grand Annecy, Agglomération Archipel" dont l'objectif était d'explorer les capacités d'évolution et de résilience de l'agglomération face au risque climatique et de préfigurer son évolution pour demain en traçant le chemin vers un futur désirable et soutenable pour ses habitants. Elle a également assuré le commissariat d'une exposition sur la prospective et son déploiement au service des stratégies de transition des territoires pour le C|A.U.E de Haute-Savoie : "Réparer le futur". Elle a enfin assuré, entre 2024 et 2025, le rôle de grand témoin de la démarche prospective Grenoble 2040, en binôme avec Nicolas Tixier, pour la Ville de Grenoble.
Publications
Hiba Debouk, Explorer avant de planifier, la prospective stratégique au service de la transition des territoires, Revue Urbanisme, 2023.
Philippe Bihouix, Hiba Debouk, Xavier Desjardins, Bertrand Folléa, Djamel Klouche, Panos Mantziaras, Journal d'exposition "Réparer le futur", C|A.U.E de Haute-Savoie, 2023.
Kelissa Cartier, Marie Lejault, Félix Pouchain, Grégoire Robida, Hiba Debouk (dir.), Grand Annecy, prospective pour 2050, AREP Éditions, Paris, 2024.
Hiba Debouk, Réparer le futur, AREP Éditions, Paris, 2024.
Hiba Debouk, Pourquoi j'ai mangé ma Terre ?, POST n°3 (revue d'AREP), AREP Éditions, Paris, 2024.
Hiba Debouk, Le pouvoir de l'imaginaire : du "Futurama" de 1939 au monde d'aujourd'hui, Libération, septembre 2024.
Hiba Debouk, L'arbre, le temps et le projet, POST n°4 (revue d'AREP), AREP Éditions, Paris, 2025.
Karine HUREL
Karine Hurel est géographe et cartographe, diplômée de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de Sciences Po Paris en management des politiques publiques. Elle est actuellement déléguée générale adjointe de la Fédération nationale des agences d'urbanisme (FNAU), où elle contribue à l'animation technique et politique de ce réseau d'ingénierie territoriale rassemblant près de 1700 professionnels. À ce titre, elle participe à la mise en débat et à la représentation nationale des enjeux d'aménagement et d'urbanisme portés par les territoires. Dans ce cadre, elle a notamment conçu et copiloté avec les agences d'urbanisme un cycle de réflexion intitulé les "nouveaux dess(e)ins des périurbains" afin d'identifier les difficultés de ces territoires et leviers d'actions possibles. Avant de rejoindre la Fnau, elle a été pendant 14 ans responsable du pôle cartographie à la Datar, puis au Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET). Elle y a acquis une connaissance approfondie des dispositifs d'action publique, a réalisé de très nombreux travaux cartographiques et a notamment coordonné la démarche de prospective "Territoires 2040", consacrée aux mutations spatiales et sociales à l'œuvre dans les territoires français. Elle poursuit par ailleurs ses réflexions sur les enjeux de la représentation cartographique dans la fabrique et la compréhension des enjeux publics. Ses travaux portent sur les dimensions cognitives, symboliques et démocratiques de la carte à l'ère de l'Anthropocène, et sur les manières de rendre visibles les interdépendances entre humains, vivants, sols, réseaux et milieux. Membre du conseil d'orientation de la démarche "Pour une République des cartes", initiée par l'IGN, elle contribue à une réflexion collective visant à démocratiser la carte en tant qu'outil de représentation, de médiation et de débat public. Karine Hurel a publié plusieurs articles et tribune autour de ces questions. Elle enseigne par ailleurs depuis plus de 20 ans et depuis environ une dizaine d'années dans le master Aménagement et urbanisme de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Nils LE BOT
Nils Le Bot est architecte HMONP et docteur en urbanisme. Il est également maitre de conférences TPCAU à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Val-de-Seine et responsable de la recherche de l'agence AREP, bureau d'étude pluridisciplinaire (filiale de la SNCF), qui développe des solutions créatives et robustes pour l'urbanisme résilient, les architectures bas carbones et le design écologique. Spécialiste des lieux-mouvements, Nils Le Bot a notamment travaillé sur la conception architecturale et urbaine de la Gare de Noisy-Champs et la Stratégie macro-urbaine et infrastructurelle du nœud ferroviaire de Téhéran, en 2018. Il a été Lauréat en 2013 de l'Europan 12, pour son projet de réappropriation écoresponsable du site industriel de Monterpuis sur la commune de Vichy Val d'Allier. Son doctorat (2019) portait sur l'hypermobilité dans les métropoles et l'avenir des grandes gares métropolitaines à l'horizon 2050. Ces travaux s'intéressaient plus particulièrement au comportement systémique des processus de transformation urbaine, à leur prospective et aux relations dialectiques qu'entretiennent infrastructures et les formes urbaines habitées. Chercheur du LISST (UMR - CNRS 5193) au Centre Interdisciplinaire d'Études Urbaines (Toulouse Jean-Jaurès) de 2015 à 2023, puis Chercheur Associé de l'unité de recherche Building Knowledge, à l'université technologique de Delft jusqu'en 2024, il est aujourd'hui membre permanent du laboratoire de recherche pluridisciplinaire EVCAU. Ses recherches portent aujourd'hui sur l'analyse écologique systémique, le devenir des métabolismes territoriaux, les enjeux de cohabitation urbaine, ainsi que les démarches prospectives low-tech et l'urbanisme de discernement. Nils Le Bot a été responsable scientifique de plusieurs projets de recherche, dont "Imaginaires de la face arrière des métropoles post-carbone", de 2022 à 2024 et "Formes Urbaines des quartiers de Gare ou à fortes Contraintes et biodiversité" (Frugacité), de 2020 à 2024, tous deux financés par le PUCA. Il a aussi piloté le programme de recherche pluriannuel "Urbalotek : Vers des Villes Low-tech : sobres et résilientes ?", en partenariat avec l'Institut Paris Région et financé par l'ADEME.
Pauline SIROT
Architecte et Urbaniste de l'État au Ministère de la Transition écologique, Pauline Sirot est architecte diplômée d'État à l'école nationale supérieure de l'architecture de Paris-la-Villette, ainsi qu'urbaniste (titulaire d'un master à l'institut d'urbanisme de Paris) et paysagiste (formation initiale à l'école supérieure d'architecture des jardins). Cheffe du bureau des stratégies territoriales au sein de la Direction générale Aménagement Logement Nature, elle dirige une équipe composée d'ingénieurs, d'architectes et d'urbanistes pour renouveler les politiques publiques d'aménagement par une approche stratégique des territoires. Dans ce cadre, elle pilote le déploiement de la démarche Atelier des territoires, un dispositif d'accompagnement qui facilite l'émergence et l'élaboration de projets territorialisés exemplaires à l'échelle intercommunale. La mise à disposition d'une équipe pluridisciplinaire de haut niveau conduite par un urbaniste a permis aux 250 territoires bénéficiaires de bâtir un projet de territoire en s'appuyant sur leurs atouts et ressources. Elle a en particulier contribué à la direction de deux ouvrages "Attitudes transition" et "Sols vivants", fruits des travaux de capitalisation des expériences et stratégies élaborées par les sites lauréats. Dans le cadre de son appui à la planification stratégique, et plus particulièrement à la territorialisation de l'objectif de zéro artificialisation nette des sols d'ici 2050, elle a piloté l'équipe chargée de concevoir, sous la direction scientifique de Patrick Henry, une exposition itinérante et réplicable intitulée : "Des solutions sur mesure pour s'adapter à la rareté des ressources et bien vivre dans nos territoires". Cette exposition met en avant les avantages d'une gestion sobre du foncier, illustrant des leviers concrets pour les territoires. Enfin, le bureau dont elle a la responsabilité pilote depuis plusieurs décennies deux prix ministériels que sont le Grand Prix de l'urbanisme et le Palmarès des jeunes urbanistes. Pauline Sirot a par ailleurs occupé diverses fonctions avant de rejoindre la DGALN : cheffe de projet à l'agence d'urbanisme Chavannes et associés, cheffe adjointe du service Aménagement, urbanisme et Habitat à la direction départementale de l'Eure-et-Loir ainsi que directrice de projet à l'établissement public d'aménagement universitaires de la région Ile de France (Epaurif).
Laura ALBARIC : Amnistie écologique dans l'aménagement périurbain : connaître, protéger, renaturer
L'aménagement périurbain a longtemps considéré les espaces naturels comme des réserves foncières disponibles, parfois au détriment de leurs fonctions écologiques. Mais peut-on encore aménager sans connaître précisément ce que l'on transforme ? Et selon quelles priorisations pour l'habitabilités et les vivants ? À partir des outils de connaissance des territoires et du fonctionnement écologique des écosystèmes, cette intervention propose de replacer la connaissance au cœur de la protection des espaces naturels.
Il s'agit de penser l'aménagement selon une logique territorialisée, de la connaissance à l'action ciblée. Le ZAN ouvre à cet égard une nouvelle étape : au-delà du seul décompte des surfaces artificialisées, il invite à interroger les fonctions écologiques réellement perdues ou restaurées.
Les friches, les sols dégradés, les espaces agricoles et les continuités écologiques deviennent alors des territoires à qualifier plutôt qu'à considérer comme des espaces "vides". L'enjeu est finalement de construire des territoires périurbains habitables, où la protection des espaces naturels, leur restauration et la renaturation contribuent pleinement à la qualité des paysages et à la résilience des territoires.
Laura Albaric est ingénieure écologue et ingénieure territoriale principale. Titulaire d'un Master en écologie, biodiversité et évolution, avec une spécialisation en ingénierie écologique, elle accompagne depuis plus de quinze ans les collectivités dans la conception et la mise en œuvre de politiques de transition écologique et sociale. Elle a notamment dirigé les politiques environnementales, de biodiversité, de mobilité et de transition énergétique de la Ville de Saint-Germain-en-Laye en tant que Directrice des Transitions, après avoir piloté le pôle accompagnement des gestionnaires au sein de l'Observatoire départemental de la biodiversité urbaine de Seine-Saint-Denis. Ses domaines d'expertise comprennent le fonctionnement des zones humides, la restauration écologique des sols et la création de technosols, l'agroécologie, les connectivités écologiques, les solutions fondées sur la nature, les sciences participatives pour l'accompagnement des gestionnaires et l'adaptation des territoires face aux changements globaux. Vice-présidente du Groupe des Acteurs de l'Ingénierie écologique (GAIé) de 2016 à 2019, elle est également membre du conseil d'administration de l'ADT-INET depuis 2026 et intervient au sein de parcours post master proposés par l'ENSA Val de Seine.
Sabine BARLES : Le périurbain : une lecture au prisme du métabolisme territorial
La quantification du métabolisme territorial, en particulier en termes de flux et stocks de matières et d'énergie, permet d'identifier des profils métaboliques et de proposer une typologie matérielle des territoires. Elle permet de s'interroger sur leur rôle fonctionnel, et de questionner les liens qu'ils entretiennent avec d'autres, en particulier, pour les espaces périurbains, avec les pôles urbains qu'ils entourent, mais aussi avec des espaces plus lointains qu'ils approvisionnent ou dont ils reçoivent les ressources, transformées ou pas. Le métabolisme périurbain apparaît ainsi comme spécifique, indispensable au métabolisme urbain dont il peut difficilement être détaché. De ce point de vue, la croissance d'un espace périurbain servant (servant ici appliqué au métabolisme) serait consubstantielle à celle de l'espace urbain et du processus de métropolisation. En ce sens, la critique du périurbain ne peut être dissociée de celle de la métropolisation.
Sabine Barles est professeure d'urbanisme et d'aménagement à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne et chercheure à l'UMR Géographie-cités (équipe CRIA). Ses travaux portent sur le triptyque ville - technique - environnement et son fondés sur une approche matérielle des territoires, notamment à travers les notions d'écologie et de métabolisme territoriaux. Ils s'inscrivent dans une perspective tant historique (depuis le XVIIIe siècle), contemporaine et prospective. Elle est notamment membre du groupe des responsables scientifiques nationaux du programme POPSU (Plateforme d'observation des projets et stratégies urbaines) Transitions et du conseil scientifique du GREC (groupement régional d'experts pour le climat) Île-de-France.
https://geographie-cites.cnrs.fr/membres/sabine-barles/
Marine BEUERLE : bò kaz ; ce que les jardins disent des domesticités pavillonnaires
Traduit du créole, bò kaz signifie "au bord de la maison" ; en Guadeloupe cette expression désigne un espace domestique, le jardin qui y prend place, ainsi que l'ensemble des savoirs, recettes, remèdes et pratiques qui s'y transmettent. C'est depuis le bò kaz guadeloupéen, depuis les relations qui s'y tissent et les écologies humaines et plus qu'humaines qui s'y installent, que ce travail de thèse propose de mettre à l'épreuve le prisme critique qu'il engage — construit avec les écoféminismes de la subsistance, pour réinterroger les formes de domesticités contemporaines qui prennent place dans les tissus pavillonnaires, et celles capables d'en émerger. Des multiples cohabitations observées dans les jardins — terrains de l'enquête, c'est de celles qui se forgent autour des poules djenms dont il sera ici question ; c'est à partir de la présence de cet animal dans un des jardins analysés, que je tenterai de mettre en évidence ce que les jardins disent des quotidiens pavillonnaires, et la possibilité pour les habitants de ces tissus de maisonner (voir le concept de maisonnée proposé Geneviève Pruvost).
Architecte diplômée d'état, Marine Beuerle travaille plusieurs années en agence d'architecture avant d'engager son travail de thèse en janvier 2024 (sous la direction de Mathias Rollot et Emeline Curien). Avec cet exercice, elle interroge les formes de domesticités contemporaines de l'habitat individuel et leur potentiel de subsistance, au prisme des écologies humaines et plus qu'humaines qui se tissent dans les jardins de ces lieux de vie.
Éric CHARMES : La part rurale du périurbain
Le périurbain est un espace à la fois rural et urbain. Pendant longtemps, dans les études urbaines, l'idée a dominé que cette part rurale était résiduelle. De fait, l'avenir de la planète semblait urbain. Pourtant, depuis une dizaine d'années, la question rurale fait un retour remarqué. Mais ce retour, loin de valoriser le périurbain le renvoie à une forme de ruralité dégradée, abimée par les extensions pavillonnaires et les zones de toute sorte. Dans cette présentation, on commencera par préciser les termes de la discussion. On poursuivra en examinant en quoi la part rurale du périurbain peut contribuer non seulement à changer son image, mais aussi à faire du périurbain une solution plutôt qu'un problème pour les crises écologiques.
Éric Charmes est directeur de recherche à l'ENTPE (Vaulx-en-Velin) et membre de l'UMR EVS. Spécialisé dans les études urbaines, l'urbanisme et l'aménagement, il travaille sur les espaces à la fois ruraux et urbains en périphérie des villes et des métropoles. Il a notamment publié Métropoles et éloignement résidentiel (Autrement, 2021) ; La Revanche des villages (Seuil, 2019), Quitter Paris ? Les classes moyennes entre centres et périphéries (avec Stéphanie Vermeersch, Lydie Launay & Marie-Hélène Bacqué, Créaphis, 2019) ; The Middle Classes and the City. A Study of Paris and London (avec Marie-Hélène Bacqué, Gary Bridge & al., Palgrave, 2015) et La Ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine (Presses universitaires de France, 2011).
Laetitia DABLANC : Immobilier logistique et périurbain
Les activités logistiques connaissent une croissance importante et s'inscrivent de façon visible dans l'espace périurbain par le biais de la construction d'entrepôts et de parcs logistiques servant les nombreuses supply chains nécessaires au fonctionnement économique des territoires. Ces développements de l'immobilier logistique et des trafics de transport de marchandises associés sont notamment importants autour des grandes villes. Ils seront présentés et comparés aux tendances européennes et mondiales. Leurs impacts sociaux et environnementaux seront identifiés, ainsi que les politiques publiques qu'ils mobilisent.
Laetitia Dablanc, urbaniste, est chercheuse en transport et logistique. Directrice de recherche à l'Université Gustave Eiffel, elle dirige la Chaire Logistics City. C'est une spécialiste des questions de logistique urbaine. Ses thématiques incluent l'urbanisme logistique, les politiques de transport, les problématiques d'environnement liées au transport des marchandises, les innovations de logistique urbaine et de e-commerce, les plateformes numériques de livraison. Diplômée de Sciences Po Paris, elle est docteure de l'école des Ponts et diplômée en urbanisme de Cornell University aux États-Unis. Elle est affiliée par le projet MetroFreight, au centre METRANS de la University of Southern California. Laetitia Dablanc est membre du conseil des acteurs de l'Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi (ARPE).
Nicola DELON
Nicola Delon, diplômé de l'ENSA Paris-la-Villette, est architecte et cofondateur d'Encore Heureux avec Julien Choppin en 2001. En parallèle d'une pratique de conception de lieux culturels, de lieux d'enseignement ou d’installations, il est co-commissaire de plusieurs exposition : Matière Grise, Pavillon de l'Arsenal, Paris, 2014 ; Lieux Infinis, Pavillon Français pour la 16ème Biennale Internationale d'Architecture, Venise, 2018 ; Énergies Désespoirs, Centquatre-Paris, 2021. De cette relation, entre des sujets prospectifs et des projets ancrés dans le réel, émerge les conditions d'une architecture collective, plus sobre, plus juste et plus joyeuse.
Laurent DEVISME : Un urbanisme descriptif en zones périurbaines : héritages et redirections
Les agglomérations urbaines ont connu un développement multipolaire significatif depuis 50 ans. Comment lire l'héritage de la dispersion et de la fragmentation ? À rebours d'approches condamnant ces développements ou projetant une vision normative, nous proposons d'explorer certaines de leurs caractéristiques en termes de sociabilités ainsi qu'en termes de mobilisations en faveur de transformation écologique. On retrouve probablement, 25 ans plus tard, un certain nombre de traits saillants de "la ville émergente" : les espaces péri-métropolitains sont plus divers qu'on ne pense et recèlent des ressources de transition, à condition de chausser les lunettes qui conviennent. Un tel équipement optique peut être approché sous le terme d'urbanisme descriptif.
Laurent Devisme est sociologue, urbaniste, professeur d'études urbaines à l'Ensa Nantes, chercheur au sein de l'UMR "Ambiances, Architectures, Urbanités". Son travail de recherche relève principalement d'une approche ethnographique de l'urbanisme, entendu comme pratique technico-politique de transformation intentionnelle des espaces : comment se déploie aujourd'hui la fabrique urbanistique ? À partir d'une approche expérimentale de la sociologie urbaine et d'une réflexion sur les méthodes qualitatives permettant d'exprimer les territorialités contemporaines, les enquêtes qu'il mène et accompagne explorent quelques énigmes spatiales de la vie urbaine. Vice-président à Nantes Université en charge des transformations écologiques et des médiations scientifiques, il déploie notamment une feuille de route institutionnelle alliant enjeux de transformation de la pédagogie, de la recherche, atténuation de l'impact environnemental de l'établissement et implication plus soutenue des sciences dans la société, via le projet "Forger".
Publications récentes
"La fabrique urbaine à l'épreuve de l'expérimentation", avec Charles Ambrosino, Revue Métropoles, 35/2024.
"Configurations d'expertise et mondes académiques : faux amis et promesses renouvelées", Cahiers RAMAU, 11, 2022, pp.24-34 (https://hal.science/hal-04122712).
Transformations de l'action publique métropolitaine. Le laboratoire nantais et ses nouveaux objets, avec Théo Fort-Jacques, Paris, Autrement, 2021.
"Langage et condition urbaine. Entre donner le ton et casser l'ambiance", avec Eric Chauvier, in La ville mot à mot, Marseille, Parenthèses, 2021, pp. 31-43.
"Vertiges de l'usage aménagiste des ambiances", in D. Tallagrand, J-P. Thibaud & N. Tixier, L'usage des ambiances. Une épreuve sensible des situations, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2021, pp. 83-96.
Françoise FROMONOT : Ubiquité du périurbain
Par-delà les terminologies qui, dans l'histoire récente, ont pu qualifier les territoires sociaux et physiques incertains qui entouraient la ville — banlieue(s), périphérie(s), Zwischenstadt, ville diffuse, générique, "France moche", etc… — on fera ici l'hypothèse que le "périurbain" s'est émancipé de sa définition spatiale pour devenir une sorte de concept, apte à désigner l'agrégation de substance bâtie, translieux et peut-être même transclasses, que le régime économique généralisé dont il est le reflet propage inexorablement, orbi et… urbi. Cette intervention convoquera pour cela quelques figures hybrides voire chimériques de ce défi aux modèles établis (cités pavillonnaires rurales, lotissements de tours, entrées de ville au cœur des métropoles…) et tentera d'en éclairer les typologies en revenant sur les modes de production de cette "ville résultante".
Françoise Fromonot [dipl. architecte DPLG (Paris-La Villette, 1984), DEA "Le projet architectural et urbain" (Paris-Belleville, 1995)], se consacre depuis le milieu des années 1990 à la critique et à l'enseignement de l'architecture. Actuellement professeure en TPCAU à l'ENSA de Paris-Belleville, elle a également enseigné l'urbanisme aux mastères de l'école nationale des Ponts & Chaussées, et de Sciences-Po Paris. Membre de la rédaction de l'Architecture d'Aujourd'hui (1994-1998), puis co-rédactrice en chef de la revue le visiteur (1998-2003) elle a co-fondé et co-animé entre 2008 et 2018 criticat, revue indépendante de critique engagée des transformations de l'environnement construit. Outre de nombreux articles dans diverses revues françaises et internationales (Casabella, AV, Archis, A+, OASE, Arch+…), elle a publié plusieurs ouvrages sur l'architecture contemporaine, notamment Jørn Utzon et l'opéra de Sydney (1998) et Glenn Murcutt (1995, édition augmentée 2003), parus en trois langues et récompensés tous deux par le prix du livre de l'Académie d'architecture à Paris (en 1999 et 2004, respectivement). Elle a également consacré une saga urbanistique en deux volumes aux péripéties de la rénovation du centre de la capitale : La campagne des Halles – Les nouveaux malheurs de Paris (La Fabrique, 2005) et La Comédie des Halles – Intrigue et mise en scène (2019). Sa dernière monographie parue, Territoires en projet / MDP (Birkhäuser, 2020), traite des projets de grande échelle du paysagiste Michel Desvigne. Elle édite aujourd'hui pour Park Books une série d'enquêtes "détectives" sur des bâtiments célèbres de l'histoire de l'architecture moderne, "The Gumshoe series", dont elle a écrit et publié en 2025 le premier volume, The House of Dr Koolhaas.
Céline GOMBERT : Métabolisme périurbain : ressources, énergies, matières
Le périurbain apparaît comme un espace d'interfaces, à la croisée des dynamiques urbaines et rurales, où émergent de nombreuses opportunités de synergies au service du métabolisme territorial. À travers les réseaux et les infrastructures qu'il accueille, il participe déjà à l'approvisionnement, notamment énergétique, des villes. Mais au-delà de cette fonction, ses réserves foncières offrent un potentiel stratégique : produire des ressources alimentaires locales, favoriser la recharge des nappes souterraines, contribuer au stockage du carbone et à la régénération de la qualité de l'air, aux équilibres biologiques assurés par la biodiversité… Ainsi, le périurbain ne se limite pas à une zone de transition, mais devient un levier essentiel pour repenser les équilibres écologiques et fonctionnels des territoires.
Céline Gombert dirige, au sein du Secrétariat Général de RTE Réseau de transport d'électricité, une cellule d'appui à l'animation territoriale et de veille. De formation juridique (Affaires internationales - Sorbonne) et en gestion (IAE Paris), elle s'intéresse depuis plusieurs années aux sujets liés à l'empreinte de RTE sur les territoires, qu'elle soit environnementale, sociétale ou encore économique. Elle a notamment contribué à l'ouvrage Repenser l'aménagement du territoire, issu d'un colloque de Cerisy (2019), sous la direction de Stéphane Cordobes, Xavier Desjardins, Martin Vanier.
Caroline GUTLEBEN
Caroline Gutleben est ingénieure de l'Institut National de l'Horticulture d'Angers, aujourd'hui Institut Agro (2004). Ses premières expériences portent sur la protection des végétaux et les alternatives aux pesticides. En 2006, elle participe à la préfiguration de Plante & Cité, le centre technique et de ressources sur la nature en ville reconnu par les ministères, l'Association des Maires de France et les fédérations professionnelles. Elle assure la direction de l'association depuis 2013. Son expérience dans la construction de programmes d'études et de recherche appliqués aux enjeux de la nature en ville, lui a permis de développer une connaissance approfondie des problématiques rencontrées par les collectivités locales et les acteurs du paysage et de l'aménagement. Elle anime une équipe d'ingénieurs et de spécialistes en documentation et édition, dont les missions coordonnées permettent de produire et de diffuser des connaissances et des savoirs d'expériences.
Publication
"Les politiques 'Zéro pesticide' au sein des collectivités territoriales : l'innovation dans le paysage pour la santé des habitants", Gutleben C., 2020, Environnement, Risques et Santé, n°19, p.113-121.
Sylvie LANDRIÈVE : Quitter la voiture, sans quitter le périurbain. Repenser la mobilité périurbaine : mythes, réalités et système alternatif
Les espaces périurbains sont relativement délaissés par les politiques de mobilité, qui restent focalisées sur les déplacements domicile-travail, les déplacements centre-périphérie ou continuent de considérer la densification bâtie comme préalable aux transports collectifs. À contrario, le Forum Vies Mobiles a pensé un Système Alternatif de Mobilité permettant à tous les Français de se déplacer, sans voiture, à toute heure, dans tous les territoires. Il bénéficie de ce fait pleinement au périurbain, dont l'intérêt réside notamment dans sa capacité à tirer parti des ressources propres aux autres cadres de vie.
Sylvie Landriève dirige le Forum Vies Mobiles. Auparavant, elle a monté et piloté des projets immobiliers et d'aménagement urbain privés et publics (BNP Real Estate, SNCF). Avec une formation en sciences humaines (Sorbonne et Sciences-Po Paris) et en recherche en management (Mines, Nanterre et ESCP), elle s'intéresse à l'évaluation des politiques publiques et à l'implication des citoyens dans leur élaboration.
Publications
L'Immobilier. Une passion française, Demopolis, 2016.
Pour en finir avec la vitesse, L'Aube, 2021.
Jean-Baptiste MARIE : Le vivant comme projet
La recherche de formes urbaines et de modèles d'habitats conciliant qualité du logement, cohésion sociale, insertion urbaine et aménités paysagères constitue un fil rouge de l'histoire urbaine depuis le début du XXe siècle. En ce sens, l'émergence des écoquartiers ne constitue pas une rupture, mais bien une continuité, un héritage des premières utopies urbaines et des expérimentations antérieures qui ont jalonné l'histoire de la pensée architecturale et urbaine. Le modèle de la Cité Jardin, théorisé par Ebenezer Howard dans son ouvrage To-morrow : a peaceful path to real reforme, en 1898, en constitue une première référence. Cette pensée d'une alternative à la ville industrielle britannique articule logement de qualité, espaces publics, équipements, et accès à la nature, tout en garantissant un équilibre territorial d'une part, et une maîtrise des coûts liés au foncier d'autre part. Reprise en France dans l'entre-deux-guerres, notamment sous l'impulsion de Jules Siegfried ou d'Henri Sellier, ce ne sont pas moins de 34 cités jardins et 22000 logements qui ont été construits en France, avec quelques réalisations emblématiques (Suresnes, Stains, Paris-Jardins à Draveil). Ces cités-jardins à la française constituent ainsi une réponse sociale à un besoin de logement, tout en intégrant des principes architecturaux et paysagers, qui trouvent encore une résonance aujourd'hui, dans les écoquartiers : logements traversants et lumineux, accès à des espaces de nature collectifs, mixité des fonctions, lien social restauré. Bien que les écoquartiers se soient développés et structurés dans un contexte radicalement différent, ils s'inscrivent dans la lignée d'une ambition : développer un habitat de qualité inséré dans un cadre de vie structuré par sa relation au vivant, pensé comme une réponse aux défis contemporains. Cette communication propose ainsi une lecture pluridisciplinaire, analytique et critique de l'évolution des trajectoires de la durabilité urbaine depuis les premières formulations du rapport entre ville et nature jusqu'aux modèles contemporains et internationaux du quartier durable et de l'écoquartier. Elle s'attache à comprendre les manières dont les relations entre ville, nature et vivant ont été pensées, formalisées et mises en œuvre dans les projets architecturaux et urbains et examine les évolutions conjointes des formes urbaines et des stratégies territoriales. Elle s'intéresse aux conditions de diffusion des modèles de développement urbain ainsi qu'aux récits et imaginaires qui les accompagnent, afin de contribuer à une compréhension renouvelée des enjeux contemporains liés aux impacts des transitions dans les territoires.
Titulaire d'un diplôme d'architecte de l'École nationale supérieure d'’architecture de Versailles et d'un diplôme de designer de l'École Boulle, docteur en aménagement et architecture de l'université de Paris-Saclay, Jean-Baptiste Marie assure la direction générale de l'Europe des projets architecturaux et urbains. L'Epau opère des programmes de recherche et d'expérimentation nationaux tels que la Plateforme d'observation des projets et stratégies urbaines (POPSU), le programme de recherche-embarquée Coubertin sur les jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, mais également le concours d'architecture Europan, le programme Engagés pour la qualité du logement de demain ou encore la consultation internationale Quartiers de demain. Professeur des écoles nationales supérieures d'architecture, il a enseigné de 2011 à 2024, dans les ENSA de Versailles, de Normandie, puis de Clermont-Ferrand. Aujourd'hui, il préside le Conseil d'administration de ENSA de Normandie et enseigne à l'École Polytechnique.
Jean-Marc OFFNER : Les mobilités alternatives au défi de l'habitabilité(1) périurbaine
Habiter plus loin de son lieu de travail sans accroître son budget-temps transport… cette promesse de la vitesse, celle de l'automobile sur les routes départementales, va durablement marquer la problématisation de la question périurbaine, depuis le premier choc pétrolier : l'autonomie de déplacement procurée par la voiture devenue dépendance à un moyen de transport contesté. Les réponses "transport collectif" mises en œuvre décennies après décennies, en accord avec la doctrine des politiques urbaines de déplacement, ne changèrent pas la donne. Le taux d'équipement des ménages a poursuivi sa croissance, dans le périurbain comme ailleurs. Dès lors, entre gouvernance locale lacunaire et stratégies industrielles dominatrices, le scénario tendanciel remplace des moteurs thermiques par des moteurs électriques, sans mutation du modèle d'organisation des déplacements. Interroger à nouveaux frais les mobilités dans le périurbain invite à se déprendre de la seule dimension des transports pour donner son plein sens à cette notion de mobilité : le déploiement dans l'espace et dans le temps d'un programme d'activités. Car ce que nous apprenons des modes de vie dans le périurbain donne à voir des paramètres d'arbitrage plus diversifiés qu'en ville. Quand "la vie est une affaire de trajets", une affaire de distance et de vitesse, les combinaisons se multiplient : types de lieux fréquentés, rythmes d'usage, diversité des chaînes de déplacement, modes d'accompagnement… Un zapping territorial assumé, dessinant des réseaux plus que des bassins de vie, et des agencements logistiques flexibles, pour des temporalités hétérogènes. Ce cadre d'analyse des pratiques mérite confrontation avec les dynamiques collectives par ailleurs mises en évidence : un périurbain devenu mature, par la pluralité des trajectoires résidentielles qu'il accueille, gage de potentialités d'évolutions des comportements ; une moindre dépendance à la grande ville, périurbanisation des activités aidant ; la constitution d'une double échelle de proximités, communale et supra-communale. Trois enjeux, parmi d'autres, semblent alors devoir être soumis à réflexion, dans l’'esprit de la méthode des "situations socio-spatiales spécifiques(2)" :
- Sous quelles conditions d'offre la marche et le vélo sont-ils susceptibles de prendre en charge une partie significative du développement des déplacements de première proximité, pour des trajets certes courts mais à la métrique périurbaine ?
- Le renforcement des proximités supra-communales peut-il profiter de la programmation publique d'équipements ou services, y compris mobiles, comblant des maillages lacunaires ?
- Le "transport à la demande", navette autonome inclue, permet-il de faire fonctionner les archipels du grand périurbain (l'entre-ville), en alternative à la voiture individuelle ?
(1) Habitabilité : "Le terme renvoie à une idée de l'habiter plus large que le fait de résider. L'habitabilité d'un lieu est liée à l'existence de possibilités suffisantes de création et d'adaptation permettant aux individus de se l'approprier. Les approches par l'habitabilité étudient la façon dont le social se construit dans un territoire de vie" (Géoconfluences 2025).
(2) Voir "Des stratégies de mobilité métropolitaines pragmatiques et mobilisatrices", TI&M, n°529, 2021.
Jean-Marc Offner est directeur scientifique de 6t bureau de recherche. Il préside par ailleurs l'École urbaine de Sciences Po. Il a été directeur général de l'agence d'urbanisme Bordeaux Aquitaine de 2009 à 2022. Formé à la fois à l'ingénierie urbaine et aux sciences sociales, il est diplômé de l'École centrale de Lille et lauréat de l'Institut d'études politiques de Paris. D'abord chercheur à l'Institut de Recherche des Transports, il a dirigé le Groupement de recherche Réseaux du CNRS (1993 à 2000), le Département Aménagement-Transport-Environnement de l'école des Ponts (1996 à 2000) et le Laboratoire Techniques-Territoires-Sociétés (2000 à 2008). Il a enseigné à l’école des Ponts, à Sciences Po, à l'Ensptt et dans les Instituts d'urbanisme parisiens. Il a dirigé la revue Flux - Cahiers scientifiques internationaux Réseaux et Territoires. Il a créé les Cahiers de la métropole bordelaise. Il a été nominé au Grand prix de l’urbanisme 2020. Il préside le conseil stratégique du programme interministériel de recherche Popsu ainsi que la commission Territoires du Conseil national de l'information statistique. Il fait partie des conseils scientifiques de la revue Urbanisme et de l'Ihedate. Il est membre de l'Académie des technologies. Ses thèmes d'intérêt concernent l'action publique locale et la gouvernance, le rôle de l'expertise dans les processus de décision, la socio-économie des réseaux techniques et des services collectifs, les relations entre politiques de déplacements et mutations spatiales, les innovations pour l'aménagement et la mobilité durables, les procédures de planification et la transition écologique, les dynamiques métropolitaines et les coopérations territoriales. Il est l'auteur de l'ouvrage Anachronismes urbains (Presses de Sciences Po, 2020) et du rapport Vive le périurbain ! Pour des campagnes urbaines au cœur des transitions territoriales (Terra Nova, 2025).
Arthur PÉTIN : Présentation de la thèse "Écrire les espaces périurbains : une géographie contemporaine dans la littérature française"
Depuis leur développement sur le territoire français à partir de la fin des années 1960, les espaces périurbains n'ont cessé d'alimenter les critiques ; jusqu'à une période récente, ils n'avaient pas droit de cité en littérature. Or, à partir des années 2010, plusieurs auteurs et autrices font de l'écriture des espaces périurbains, tant du point de vue de leurs caractéristiques morphologiques que des modes d'habiter qu'ils induisent, un enjeu majeur de leur texte. À partir d'un corpus de dix-neuf œuvres, parues entre 2009 et 2022, qui se partagent entre une majorité de romans et un tiers de textes non-fictionnels, ma thèse dresse la cartographie de ce territoire littéraire émergent. J'y analyse les dispositifs d'écriture spécifiques que la confrontation à cet objet hybride et hétérogène qu'est le périurbain suscite. Je montre également comment les auteurs et autrices refaçonnent les cadres d'appréhension de ces territoires et les imaginaires qui y sont attachés. En revenant sur les grands enjeux de cette recherche, on tentera ainsi d'appréhender comment les écritures contemporaines font advenir les espaces périurbains à la littérature française et, ce faisant, travaillent à leur légitimation.
Agrégé de Lettres Modernes, ancien élève de l'École Normale Supérieure de Paris, Arthur Pétin est docteur en littérature française et maître de conférences en littérature française contemporaine à l'Université Bourgogne Europe. Sa thèse, soutenue en décembre 2024 à l'université Grenoble Alpes, porte sur les écritures des espaces périurbains dans la littérature française contemporaine ; elle a obtenu le Prix Spécial de la Thèse sur la Ville 2025 et est en cours de publication. Il s'intéresse aux écritures contemporaines des périphéries urbaines (banlieues, périurbain, péri-métropolitain), aux approches interdisciplinaires et intermédiales de ces types d'espace et, plus largement, aux enjeux et aux formes de la littérature française de l'immédiat contemporain. De novembre 2024 à l'été 2026, il est ingénieur de recherche en charge du programme "Urbanature 2. Entre ville et campagne : évolutions et hybridations", rattaché au laboratoire LISAA (Littératures, Savoirs et Arts) de l'université Gustave Eiffel. Dans ce cadre, ses travaux récents se sont plus spécifiquement orientés vers les représentations de la biodiversité dans les périphéries urbaines, à travers l'étude de ses formes et de ses usages dans la littérature mais aussi dans le cinéma français contemporain.
Nicolas PORTIER : Espaces périurbains et aménagement territorial
À travers la création des pays par les lois d'aménagement du territoire de 1995 et 1999, les différentes étapes de la structuration des intercommunalités et les objectifs assignés aux schémas de cohérence territoriale (SCOT), les politiques publiques se sont efforcées de prendre en compte les dynamiques de périurbanisation. Les relations villes-campagnes sont passées d'une coexistence de deux "sous-systèmes" (P. Grémion) en tension, souvent marqués par des canaux de représentation politique concurrents, à des formes nouvelles d'imbrication horizontale dans des stratégies territoriales négociées au sein des communautés et des syndicats mixtes (eau, déchets, énergie, gestion des inondations, transports…). Il sera proposé de relire ces transformations progressives des relations villes-campagnes et des univers périurbains en mettant l'accent sur la diversité morphologique des espaces et de leurs enjeux d'aménagement.
Nicolas Portier est professeur affilié à l'École urbaine de Sciences Po et consultant indépendant. Il co-dirige la chaire Planification écologique, politiques industrielles et territoires (Pépite) au sein de l'Institut Louis Bachelier. Il préside le Cercle pour l'aménagement du territoire (CPAT). Nicolas Portier a été conseiller à la DATAR (1997-2003) et délégué général d'Intercommunalités de France (2004-2021).
Lucile SCHMID : Faire avec les citoyens — démocratie de transition
Le périurbain a été au centre de plusieurs moments d'interrogation et de colère démocratique à mesure que les politiques de transition deviennent plus nécessaires. Ce sont les Gilets jaunes refusant une taxe carbone porteuse d’inégalités sociales e territoriales, se rassemblant autour des ronds-points à l'automne 2018, c'est le refus du zéro artificialisation nette (ZAN) prévu par la loi Climat et résilience d'août 2021, porté par les élus du périurbain et de la ruralité et relayé au Sénat, c'est aussi la montée des scores du Rassemblement national. L'été 2026 marqué par les canicules et les mégafeux n'a pas bousculé cette tendance ; Il a même accentué le sentiment d'abandon de certains habitants — Porge versus Cap-Ferret par exemple.
Dans ce contexte, faire avec les citoyens pour imaginer une démocratie de transition, c'est adopter une approche systémique. Sont concernés aussi bien les contenus des politiques publiques, que le cadre de leur élaboration, et leur processus de mise en œuvre — nouvel espace temps, expérimentations, croisement des échelles locale, nationale et européenne. Il s'agit de donner aux transitions une traduction concrète dans la vie quotidienne mais aussi de faire exister un horizon pour quitter un narratif fondé sur les crises et la défiance démocratique. Le pouvoir citoyen est un enjeu central de cette démocratie de transition.
Lucile Schmid, présidente de La Fabrique Écologique, a occupé des responsabilités dans plusieurs ministères notamment de l'Économie. Elle a été élue locale et régionale, socialiste et écologiste. Elle a aussi présidé la Fondation de l'écologie politique et été co-présidente de la Fondation verte européenne (Green European Foundation). Membre de la rédaction de la revue Esprit, elle a écrit plusieurs ouvrages sur les élites publiques, les questions démocratiques et écologiques. Elle a co-fondé en 2018 le Prix du roman d'écologie (PRÉ), prix littéraire qui récompense un roman francophone qui met au cœur de son intrigue la transformation de nos vies par les urgences écologiques. Elle effectue actuellement une mission chez Emmaüs France pour articuler écologie et solidarités.
Clémence de SELVA : Tissus résidentiels et d'activité, approche par la sobriété foncière
La sobriété foncière — qui vise à questionner les besoins d'un territoire pour y répondre en préservant sols (vivants) et ressources — suppose de "faire avec" notre héritage bâti et urbain, d'en prendre soin pour mieux le transmettre. Elle implique d'élargir la notion de gisement au-delà du seul foncier libre et de questionner les usages et l'intensité d'occupation, spatiale et temporelle. Sous cet angle, les tissus résidentiels pavillonnaires et les zones d'activité économiques recèlent une qualité considérable : celle du "déjà-là". À ce titre, ils sont le terreau et la ressource de la ville de demain, à condition de savoir en déceler toutes les qualités et potentiels.
Clémence de Selva est architecte DPLG, diplômée de l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville (2003) et titulaire d'un DEA "Le projet architectural et urbain" (2004). Associée au sein de l'agence SELVA & MAUGIN à Bordeaux depuis 2014, elle intervient en maîtrise d'œuvre, assistance à maîtrise d'ouvrage pour des collectivités publiques et aménagement urbain, avec une spécialisation sur les questions de sobriété foncière. Elle est autrice de l'Atlas du foncier invisible et co-autrice, avec Philippe Bihouix et Sophie Jeantet, de La Ville stationnaire. Elle exerce également comme architecte-conseil de l'État auprès de la DDTM du Finistère.
Philippe SIMON : Une quête du périurbain. Le cas de la vallée de la Valmont
Peut-on considérer le périurbain comme une sorte d'entre deux, non pas uniquement spatial, mais également temporel ? Le périurbain nous rappelle que la ville et ses urbanités ne sont ni figées, ni éternelles. Elles sont issues de multiples processus de transformation permanents, dans lesquels les périurbanités pourraient être analysées comme des étapes. Cette communication propose ainsi un reversement du regard porté sur cette typologie-géographie, comme un possible état transitoire, une forme de pré-ville ou d'anté-ville.
Philippe Simon est architecte-urbaniste (dplg) et professeur TPCAU titulaire à l'École Nationale Supérieure d'Architecture Paris Val-de-Seine (ENSAPVS). Il est également chercheur au laboratoire ACS (XIXe-XXIe siècles) – UMR/AUSSER C.N.R.S de l'ENSA Paris-Malaquais. En tant qu'architecte conseil de l'État, il est affecté auprès de la Direction Départementale des Territoires (DDT) de l'Indre. Il est actuellement co-gérant de la société d'architecture et d'urbanisme Paris-U. Depuis 2021, il est membre de la Commission du Vieux Paris. Il a également été expert pour le CNECEA pour l'évaluation des candidats à la qualification de 2019 à 2022. Il a contribué à la conception de l'exposition "Toit sur toit" et a participé à plusieurs colloques sur le sujet en 2012 et 2014. Il a également été membre de l'équipe MVRDV/AAF/ACS pour la consultation sur le Grand Paris (AIGP) de 2008 à 2015. Entre 2011 et 2012, il a mené avec Monique Eleb une recherche sur l'évolution de la production du logement en France, publiée chez Mardaga en 2013. Philippe Simon, associé à Janine Galiano, a notamment travaillé sur la reconversion du Carreau du Temple en un ensemble d'équipements de proximité, intégrant des contraintes de confort moderne dans un édifice patrimonial. Ils ont travaillé sur une réhabilitation d'immeuble Rue Blondel à Paris, menée sous une politique environnementale, et sur la reconversion de l'Usine Wonder à Lisieux et de sa friche industrielle. Ils ont également coordonné l'aménagement de la ZAC Pajol à Paris, un projet de Haute Qualité Environnementale autour de la reconversion d'une halle ferroviaire. Ils ont été honorés par le Bauwelt Prize et ont reçu une mention au prix de la 1ère œuvre du Moniteur en 2000 pour l'opération de logements Rue Gasnier-Guy, dans le 20e arrondissement de Paris. En 2010, ils ont remporté le prix d'architecture du CAUE 14 pour la réhabilitation de l'usine Wonder à Lisieux.
Présentation de l'exposition sur la sobriété foncière dans l'étable, avec Patrick HENRY
Pour réinventer collectivement de nouvelles manières d'habiter nos territoires, les Ministères en charge de la Transition écologique, de l'Aménagement et du logement ont commandité une exposition pédagogique et itinérante donnant à voir concrètement les impacts positifs de la réforme en faveur de la sobriété foncière tout en montrant comment ses effets peuvent également contribuer au bien-vivre des habitants sans fragiliser leur capacité de développement. Pour ce faire, Patrick Henry a été nommé commissaire de cette exposition et en a conçu l'ensemble de sa trame narrative, avec l'appui de la sous-direction de l'Aménagement durable et l'ensemble des membres du comité des partenaires (le CNOA, la Fnau, la FNCAUE, le RMA, le Gip Epau, le PUCA, l'ADEME et le CEREMA). Ainsi l'exposition "Des solutions sur mesure pour s'adapter à la rareté des ressources et bien vivre dans nos territoires" s'articule autour de 3 grands axes : une mise en perspective historique des formes urbaines, une approche de l'aménagement par les sols ainsi que les leviers d'action. Elle met en lumière, à travers une sélection de photographies, de textes et de vidéos, une trentaine de réalisations inspirantes issues des territoires qui — déjà — concilient sobriété foncière, amélioration du cadre de vie et désirabilité, ainsi qu'une maquette interactive (disponible dans la version physique) permet aux visiteurs de s'initier à un urbanisme respectueux des sols vivants, à l'avant garde des pratiques d'aménagement d'aujourd'hui et de demain. L'exposition a été conçue pour être répliquée sous un format plus modeste et de façon simultanée dans tous les territoires, avec la possibilité d'ajouter un propos spécifique au territoire concerné. Une version numérique est également disponible en ligne.
Après plus de 2 années d'itinérance, cet échange sera l'occasion de revenir sur ce dispositif apprenant ainsi que sur les réalisations mises en avant par les territoires d'accueil et de présenter la feuille de route pour les mutations du pavillonnaire en cours de déploiement par la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP).
Patrick Henry est architecte, urbaniste et professeur à l'ENSA de Paris-Belleville, où il dirige le DSA Architecture des territoires (mention projet urbain) et codirige l'unité de recherche IPRAUS. En 2016, il fonde son agence Pratiques urbaines, consacrée aux stratégies de transformation territoriale, de l'échelle du territoire à celle de la parcelle, en identifiant les leviers déclencheurs de projets.
Sa recherche part des sols, compris comme épaisseur physique et milieu vivant, pour interroger la manière dont la sobriété — foncière, matérielle, énergétique, opérationnelle — redéfinit les cadres et finalités du projet urbano-architectural. Loin d'une contrainte, il en fait un opérateur de déplacement des paradigmes dominants : accepter l'incertitude, le temps long et l'inachèvement, s'intéresser aux "conditions du projet" autant qu'à son élaboration, et penser le projet comme processus ouvert, évolutif et situé. Cette approche valorise le réinvestissement de l'existant — bâti ordinaire, friches, territoires en devenir — et une culture constructive attentive aux ressources et aux modes de transformation.
Il plaide pour une intégration pleine des dimensions foncières, économiques et juridiques dans la conception, ainsi que pour un renouvellement des outils de représentation et des critères d'évaluation, afin de rendre compte de la complexité des arbitrages. La sobriété implique ainsi d'"ouvrir les boîtes noires" du projet, d'expliciter choix et responsabilités, et d'orienter la pédagogie vers l'enquête, l'attention et le soin — le projet étant conçu comme un acte politique et collectif, non comme une production autonome.
Cette posture l'a conduit à rejoindre, puis présider depuis mai 2026, le LIFTI (laboratoire d'initiatives foncières et territoriales innovantes). Auteur de nombreux articles (Criticat, AMC, d'A, Urbanisme, Annales des Mines, AOC…), il a publié notamment Des tracés aux traces. Pour un urbanisme des sols (Apogée, 2023) et L'horizon commun : explorer les potentiels de la sobriété foncière (dixit.net, 2025). Il est enfin commissaire scientifique de l'exposition itinérante "Des solutions sur mesure", qu'il accompagne dans les territoires d'accueil en dialogue avec les acteurs locaux.
"HORS LES MURS" — AUTOUR DE LA DÉMARCHE DE CO-CONSTRUCTION DE L'ATELIER DES TERRITOIRES
Déployé depuis 2006 par la DGALN, l'Atelier des territoires est un dispositif d'accompagnement des acteurs locaux dans l'élaboration collective d'une stratégie territoriale d'aménagement adaptée à l'échelle du projet et de la problématique rencontrée : à l'échelle communale, intercommunale ou à des échelles encore plus grandes.
Pilotée localement par les services déconcentrés de l'État, en lien étroit avec les communes et leur EPCI (Établissement public de coopération intercommunale), la démarche a pour objectif de mettre autour de la table un grand nombre d'acteurs qui sont :
- les élus (intercommunaux, municipaux et syndicaux) et techniciens territoriaux ;
- l'État (la DGALN, la direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature, qui assure le pilotage d'ensemble et les services déconcentrés — DREAL, DDT(M) — qui assurent la maîtrise d'ouvrage), dans une posture non pas de prescripteur mais de partenaire et de facilitateur ;
- des acteurs socio-économiques et issus de la société civile (associations, entreprises, …). La participation de "citoyens" (habitants et usagers) n'est pas systématique, mais encouragée ;
- une équipe pluridisciplinaire composée d'architectes, urbanistes, paysagistes et, selon la thématique de la session et le territoire, des experts (en sociologie, géographie, économie, tourisme, développement local, mobilité, hydrologie…).
L'objectif de cette journée "HORS LES MURS" est de partager, à l'appui d'expériences locales en cours ou à venir, les grands principes de cette méthode de co-construction.
Félix MULLE
Félix Mulle est le fondateur de l'Atelier de l’Ourcq, une agence d'architecture, d'urbanisme et de paysage. À travers un champ d'action large, depuis les études territoriales amont jusqu'aux détails de mise en œuvre de bâtiments ou d'espaces publics, il conçoit depuis dix années des stratégies d'épanouissement urbain des petites centralités qui s'appuient sur l'implication forte et méthodique des acteurs locaux. Il cherche ainsi à définir les caractéristiques d'un vocabulaire spatial spécifiquement rural et périurbain adapté aux enjeux écologiques et sociaux de notre temps. Son travail a été reconnu par le Palmarès des jeunes urbanistes 2016, les Albums des jeunes architectes et paysagistes 2016 ainsi que le Prix de la première œuvre de l'équerre d'argent 2020 pour 6 logements participatifs à Romainville (93).
Timothée TURQUIN
Timothée Turquin, urbaniste et programmiste, est cofondateur et directeur associé de l'agence Belvédère, lauréate du Palmarès des jeunes urbanistes en 2022. Formé à la géographie à la Sorbonne puis au Cycle d'urbanisme de Sciences Po Paris, il a exercé pendant près de dix ans au sein de l'agence Alphaville avant de fonder Belvédère en 2019 avec Vivien Garié. Il y défend une vision du projet attentive aux territoires, à leurs trajectoires et aux (dés)équilibres qui les caractérisent, convaincu que la programmation est avant tout un exercice collectif et politique permettant de mettre en discussion les besoins et de donner du sens aux projets. Il a participé à plus d'une vingtaine d'Ateliers des territoires, qui constituent des occasions privilégiées de faire projet, avec la bonne hauteur de vue, la bonne échelle et le bon tour de table.
"Alma, correspondances entre Lili Boulanger et Alicia Gallienne", récital piano-voix présenté par Léa BELLILI (soprano et conception) et Louise LÉGER (pianiste et comédienne) | Teaser vidéo
Alma a vingt-cinq ans. Elle aime, elle écrit, elle rêve. Elle voudrait vivre à toute vitesse. Mais la maladie vient bouleverser son quotidien et accélérer encore cet élan vital. Au fil d'un dimanche, de l'aurore jusqu'à la prière nocturne, nous suivons Alma dans un voyage poétique et musical, traversé par la musique de Lili Boulanger et les mots d'Alicia Gallienne. Alma est un personnage fictif, créé en résonance avec deux artistes disparues très jeunes : la compositrice Lili Boulanger (1893-1918) et la poétesse Alicia Gallienne (1970-1990). Le spectacle ne raconte ni leur biographie ni leur histoire. Il crée plutôt un espace de correspondances entre leurs univers : la conscience de la fragilité, la maladie, la mort, l'urgence de vivre et la nécessité de créer.
SOUTIENS :
• Direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature (DGALN)
• Groupe AREP
• Institut pour la recherche | Groupe Caisse des Dépôts