Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


L'ART DES PROBLÈMES

PENSER AVEC ISABELLE STENGERS


DU MERCREDI 12 AOÛT (19 H) AU MARDI 18 AOÛT (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]



DIRECTION :

Didier DEBAISE, Vinciane DESPRET

En présence d'Isabelle STENGERS


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Joffrey GRENIER


ARGUMENT :

L'œuvre d'Isabelle Stengers se présente comme une vaste et intense exploration sur les pratiques des Modernes, sur les puissances qui les animent, les événements dont ils sont les héritiers et les aventures, souvent dévastatrices, dans lesquelles ils sont engagés. De la physique à la biologie, en passant par la chimie, la psychanalyse et les sciences humaines, elle a interrogé la diversité des manières de faire science, des types d'obligation auxquelles les scientifiques sont tenus et des relations qu'ils entretiennent avec le public qui en est concerné. Établir des diagnostics sur nos situations, nos modes de pensée, et créer, avec d'autres, des manières différentes de les envisager, définit un véritable art des problèmes qui forme la matrice de ses œuvres. Fondamentalement collective, la pensée d'Isabelle Stengers s'est déployée à travers de nombreuses collaborations et la création de lieux d'expérimentation intellectuelle. La semaine proposée à Cerisy entend explorer, avec elle, les formes multiples de ses engagements, leurs reprises contemporaines et leurs relances. Il s'agira moins d'un hommage que d'une expérience collective : performer ensemble cet art des problèmes, comme une manière de composer des modes de pensée et d'action vers d'autres possibles.


MOTS-CLÉS :

Constructivisme, Haraway (Donna), Latour (Bruno), Pensée spéculative, Philosophie des sciences, Philosophie spéculative, Pragmatisme, Sciences mineures, Stengers (Isabelle)


CALENDRIER PROVISOIRE (30/03/2026) :

Mercredi 12 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants, ainsi que du Foyer de création et d'échanges


Jeudi 13 août
Matin
Bernadette BENSAUDE-VINCENT : Scientifiques engagées : une autre science est-elle possible ?
Benoît TIMMERMANS : Aux Risques du Calculemus

Après-midi
Interventions sur les sciences nomades
Modérateur : Simon VANDERSTRAETEN
Olivia ANGÉ : Inventaires de semences comme art de cultiver l'attention. Portraits de pommes de terre pour la réactivation d'une taxonomie quechua
Pablo JENSEN : Quelle physique face à l'irruption de Gaïa ?
Kim HENDRICKX : Être(s) curieux en biologie


Vendredi 14 août
Matin
Didier DEBAISE : Penser dans l'exigence du "pharmakon". Contingence et milieu chez Isabelle
Vinciane DESPRET : Des oiseaux et Isabelle à la voix moyenne
Marcos MATEOS : Du balai

Après-midi
Interventions sur le "soin des abstractions"
Modérateur : Ruben RUEDA LASTRES
Nicolas PRIGNOT : 29 Octobre 1985 : "Whitehead, Isabelle Stengers"
Aline WIAME : Œuvrer aux refuges contre la bêtise

Martin SAVRANSKY : Exit Questions (Or, the Method of Dramatisation)

Soirée
Anna TSING : Dialogue avec Isabelle Stengers [en présentiel ou visioconférence]


Samedi 15 août
Matin
Émilie HACHE : L'aventure des idées
Katrin SOLHDJU : Ressusciter les "martyrs de la preuve" ? Pour une écologie des pratiques thérapeutiques

Après-midi
Interventions pour une éthologie des Modernes
Modératrice : Camilla ZANI
David JAMAR : Soigner la bêtise (blanche)
Alice MORTIAUX : Les abstractions qui nous possèdent. Penser une éthnopsychiatrie des Modernes avec Isabelle Stengers

Soirée
Donna HARAWAY : Dialogue avec Isabelle Stengers [visioconférence]


Dimanche 16 août
Matin
Tarot Souriau. Présentation collective d'un outil philosophique, non divinatoire, qui se veut vecteur de transformation, avec Fleur COURTOIS L'HEUREUX, Valérie GLANSDORFF, Silvia MESTURINI et Isabelle STENGERS

Après-midi
DÉTENTE


Lundi 17 août
Matin
Philippe PIGNARRE : Et le capitalisme ?
Serge GUTWIRTH : De l'écologie des pratiques au communs : faire du droit (et bien plus) avec Isabelle Stengers

Après-midi
Interventions sur comment enquêter avec Isabelle Stengers
Modératrice : Noëlie PLÉ
Rémi ELIÇABE & Amandine GUILBERT : Apprendre à hésiter avec les écologues. Récits d'enquête sur la circulation de l'antibiorésistance dans les milieux de vie
Claude de JONCKHEERE : Les modèles de terrain pour prendre au sérieux les pratiques situées
Benedikte ZITOUNI : Fabriquer des histoires techniques

Soirée
Maria PUIG DE LA BELLACASA : Dialogue avec Isabelle Stengers [visioconférence]


Mardi 18 août
Matin
Projection du film : Les Possédés et leurs mondes, introduit par Joffrey GRENIER

Conclusions et discussions générales

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Didier DEBAISE
Didier Debaise est chercheur au Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS), et professeur de philosophie contemporaine à l'université Libre de Bruxelles. Ses recherches portent principalement sur les formes actuelles de la philosophie spéculative, sur les théories de l'événement et sur les relations entre le pragmatisme et la philosophie française. Il a consacré plusieurs travaux à la pensée de Whitehead, parmi lesquels Un empirisme spéculatif et L'appât des possibles. Il a édité plusieurs ouvrages notamment sur le pragmatisme (Vie et expérimentation et, avec I. Stengers, Au risque des effets), sur la métaphysique contemporaine (Philosophie des possessions et Métaphysiques perspectivistes) et sur les activations de la pensée spéculative (avec I. Stengers, Gestes spéculatifs, Colloque de Cerisy, 2013). Il est auteur d'articles sur les philosophies de Bergson, Tarde, James, Simondon, Deleuze et Whitehead. Il travaille en ce moment sur un livre intitulé Pragmatiques de la terre.

Vinciane DESPRET
Philosophe, Vinciane Despret a enseigné à l'université de Liège ainsi qu'à l'université Libre de Bruxelles. Passionnée par l'éthologie, elle a publié de nombreux ouvrages interrogeant les pratiques de savoir autour des vivants, dont, notamment La danse du cratérope écaillé ; Quand le loup habitera avec l'agneau ; Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions ? et Habiter en oiseau. Elle a par ailleurs mené des enquêtes auprès des humains notamment avec Ces émotions qui nous fabriquent et, avec Isabelle Stengers, pour Les faiseuses d'histoires. Que font les femmes à la pensée ?, ainsi qu'avec les endeuillés pour Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent, et Les morts à l'œuvre. Elle s'est orientée vers la fiction avec Autobiographie d'un poulpe et autres récits d'anticipation et a collaboré avec le dessinateur belge Pierre Kroll dans la réalisation d'une bande dessinée, parue en 2024 : Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi.


Pablo JENSEN : Quelle physique face à l'irruption de Gaïa ?
Le laboratoire, qui permet de transformer des fictions en "faits scientifiques", est le dispositif central de l'invention des sciences modernes, et notamment de la physique depuis l'"événement Galiléen". Mais qui dit laboratoire dit machines épistémiques, enchevêtrement avec la technologie, et contribution essentielle à la "grande accélération", qui a mené à l'irruption de Gaïa. Cette histoire conduit aujourd'hui les physiciens a privilégier le techno-solutionnisme, à l'image du projet "Manhattan de la transition écologique" (Le Monde, 25/09/2023). En partant d'une description de la physique actuelle, j'explorerai quelques pistes de ce que pourrait être une physique non accélératrice, en m'appuyant sur des dispositifs pratiques qui nous aident à prendre conscience du monde dont dépend (et que favorise) un champ de recherches.

Pablo Jensen est chercheur au CNRS, physicien à l'École Normale Supérieure. Il a publié une centaine d'articles dans des revues internationales en physique, économie et sociologie. Il est également l'auteur de quatre livres, dont Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations (Seuil, 2018) et Deep Earnings : le néolibéralisme au cœur des réseaux de neurones (C&F éditions, 2021). Préoccupé par la catastrophe écologique en cours, il est aujourd'hui engagé dans plusieurs collectifs qui tentent de réorienter la recherche scientifique (mouvement-ser.org).

Benoît TIMMERMANS : Aux Risques du Calculemus
Tenir la comptabilité des dommages que nous infligeons au monde nous rend-il plus responsables ? Une telle comptabilité est-elle faisable, et souhaitable ? À quels risques nous expose-t-elle ? C'est ici le recours à l'analyse de cycle de vie, pour éventuellement ajuster à la hausse ou à la baisse les taxes à la consommation, qui sera examiné, en gardant à l'esprit la fin du tome 7 des Cosmopolitiques.

Benoît Timmermans est philosophe des sciences. Maître de recherche au FNRS, il enseigne à l'Université Libre de Bruxelles notamment l'épistémologie des pratiques environnementales.

Aline WIAME : Œuvrer aux refuges contre la bêtise
Isabelle Stengers, qui vient de la chimie, aime à rappeler que la philosophie a constitué pour elle une "terre d'asile" à même d'accueillir des chercheuses et chercheurs souhaitant poser des questions que leurs champs disciplinaires d'origine ne pouvaient accueillir. Mais dès les années 2000, avec le développement de "l'économie de la connaissance", la capacité de la philosophie à demeurer un refuge est sérieusement remise en cause, sinon en voie de disparition — à l'université tout du moins. Je voudrais défendre l'idée que lutter pour que la philosophie puisse demeurer un refuge, à l'université comme ailleurs, est un geste écologique, qui résiste à la temporalité accélérée de l'Anthropocène et de ses dévastations massives. J'aurai besoin, pour donner consistance à ce geste, de l'un des intercesseurs-clés d'Isabelle : Gilles Deleuze, son rapport à la pensée, à la gauche et à la création, ainsi que sa critique de la bêtise.

Docteure en philosophie de l'université libre de Bruxelles, Aline Wiame est maîtresse de conférences en arts et philosophie à l'université Toulouse - Jean Jaurès et membre de l'Institut Universitaire de France. Ses recherches visent à élaborer une esthétique de résistance à la sidération face aux catastrophes écologiques en cours et à venir. Elle est l'autrice de deux monographies publiées aux presses du réel : Scènes de la défiguration (2016) et Revenir d'entre les morts. Deleuze et la croyance en ce monde au cinéma et dans les séries (2024).


SOUTIENS :

• Université libre de Bruxelles (ULB)
• Canadian Institute for Advanced Research (CIFAR)


BULLETIN D'INSCRIPTION