Programme 2026 : un des colloques

Programme complet


DU SOUCI DU VIVANT À LA FABRIQUE DES COMMUNS

POUR UN GRAND RÉENCASTREMENT


DU LUNDI 31 AOÛT (19 H) AU DIMANCHE 6 SEPTEMBRE (14 H) 2026

[ colloque de 6 jours ]


Fish Magic, peinture surréaliste, Paul Klee, 1925


DIRECTION :

Pierre CORNU, Bernard HUBERT, Jeanne RIAUX, Christophe SOULARD

Colloque organisé dans le cadre du Cercle des partenaires


SECRÉTAIRE TECHNIQUE :

Pauline SOUVIGNIER


ARGUMENT :

Ce colloque se veut un moment de réflexivité partagée entre membres de différentes communautés de recherche, des Nords comme des Suds, impliqués dans un questionnement fondamental sur les profonds dysfonctionnements systémiques qui affectent l'ensemble des interdépendances entre les sociétés humaines et leurs environnements, remettant en cause jusqu'à l'habitabilité même de la planète, pour les humaines comme pour les non-humains.

Comment penser, après la "grande transformation" du monde sous l'effet des forces du marché telle qu'analysée par Karl Polanyi, un réencastrement de celles-ci dans des socioécosystèmes viables et durables ? Intrinsèquement interdisciplinaire, voire transdisciplinaire, le souci du vivant nécessite non seulement de revoir les objets de recherche eux-mêmes, mais également les démarches, méthodes et modes d'expression de la recherche, de façon à donner une véritable dimension transformative à la production située de connaissances. Réapprendre à faire fructifier les interdépendances consubstantielles de la vie sur cette planète, elles-mêmes dynamiques et évolutives, et contribuer à la réinvention d'une habitabilité inclusive, voici ce dont il y va dans notre temps présent, et ce sur quoi la recherche scientifique est appelée non seulement à se mobiliser, mais également à se réinventer.

Ce colloque réunira des chercheurs et chercheuses de tous horizons autour de conférences plénières, de tables rondes et d'ateliers dans et hors les murs de Cerisy, à partir de séminaires préparatoires organisés par l'association NSS-Dialogues et des réflexions stratégiques en cours dans les établissements de recherche français, au CIRAD, à l'INRAE et à l'IRD.


MOTS-CLÉS :

Changement global, Communs, Environnement, Habitabilité, Inter/transdisciplinarité, Sciences de la durabilité, Science transformative, Socioécosystèmes, Théories du vivant


CALENDRIER PROVISOIRE (12/05/2026) :

Lundi 31 août
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 1er septembre
PENSER AVEC LE TROUBLE POUR RENOUVELER LA RECHERCHE
Matin
Bernard HUBERT : La question du vivant comme enjeu transdisciplinaire du temps présent
Pierre CORNU : Ce que l'objectif d'un "grand réencastrement" implique pour la recherche en termes épistémologiques et axiologiques, et les héritages historiques ainsi convoqués ou re-brassés

Le souci du vivant à l'agenda des relations internationales. De l'(in)utilité des grand-messes d'experts ?, table ronde animée par Patrick CARON, avec Fabrice DECLERCK et Carolina MILHORANCE DE CASTRO

Après-midi
"Rôles et responsabilités de la recherche dans la réorientation de nos rapports avec le vivant : quels modes de recherche pour demain, en lien avec les enjeux de durabilité et d’habitabilité ?", par un Collectif de jeunes chercheurs réuni par Jeanne RIAUX : Charlène BOUVIER, Lucas BRUNET, Claudette DIATTA, Julie DULAT, Rhoda FOFACK-GARCIA, Daniela HENRIQUEZ ENCAMILLA, Romain LECLERCQ, Margot NEYRET-FRAUX, Malick OUATTARA, Carine PACHOUD et Zeine ZEIN TALEB


Mercredi 2 septembre
"HORS LES MURS" — AUTOUR DE BLAINVILLE-SUR-MER — En cours d'élaboration
Sortie de terrain : Les effets du dérèglement climatique sur le littoral et ses activités. Rencontre avec le pôle de recherches Synergie Mer et Littoral (SMEL) et balade côtière autour des risques de submersion
Objectif : Confronter les participants à des questionnements générés par des problèmes concrets portés par des parties-prenantes locales, discuter des perceptions des uns et des autres
Dîner et Soirée :  Restitutions affichées à partager (notes, photos, croquis…) en présence des intervenants extérieurs rencontrés lors de la journée


Jeudi 3 septembre
COMMUNAUTÉS ÉPISTÉMIQUES ET INSTITUTIONS : RÔLES ET RESPONSABILITÉS
Matin
La science transformative et les sciences de la durabilité. Approches critiques et d'appropriation, table ronde animée par Christophe SOULARD, avec Aurélie BINOT [Approches transformatives aux interfaces Science Société], Gilles KLEITZ [Durabilités, institutions et diversités des contextes à travers le monde : quels enseignements pour penser des cadres nationaux d'habitabilité ?] et Anne VARET

Après-midi
Ateliers par communautés de recherche (écologie et biodiversité ; agriculture-alimentation ; hydrogéologie ; …) : Réflexions conclusives sur les temporalités de la recherche confrontées à celles des objets et des institutions. Restitution en plénière

Le rôle d'une revue comme NSS dans ce paysage, table ronde avec les rédacteurs en chef, les membres du Comité des partenaires, les membres du Bureau de l'association…

Soirée
Book club session I
Atelier de lectures croisées autour de Kevin Laland, La symphonie inachevée de Darwin, animé par Pierre CORNU


Vendredi 4 septembre
PENSER ET AGIR AVEC LE VIVANT
Matin
- La complexité du vivant, de ses perceptions, de sa mise en politique et de son enseignement, table ronde avec Catherine LARRÈRE, Jane LECOMTE et Bruno VILLALBA
- Surmonter les barrières disciplinaires et épistémologiques pour agir, table ronde avec Élise DEMEULENAERE, Marine FAUCHÉ et Sarah VANUXEM
Discutant : Ioan NEGRUTIU (Récit et outils de la santé systémique : le réencastrement sera socio-écologique et agroécologique pour commencer)

Mise en discussion des périmètres de travail des ateliers de l'après-midi, avec l'enjeu central de penser la place des "objets" ou "enjeux" dans la dialectique unité/pluralité

Après-midi
Ateliers interdisciplinaires (en parallèle, suivis de synthèse en commun)

Soirée
Book club session II
Atelier de lectures croisées autour d'Anna Tsing et al., Notre nouvelle nature et Atlas féral, animé par Pierre CORNU


Samedi 5 septembre
PENSER L'IMPLICATION, ANTICIPER LES TENSIONS DANS L'ÉCONOMIE DE LA CONNAISSANCE
Matin
Table ronde, avec Tamara BEN ARI, Eric GUILYARDI [Changer nos récits collectifs sur le défi climatique], Patrick LEMAIRE et Pierre-Yves LE MEUR

Après-midi
Ateliers sur les enjeux éthiques, axiologiques, politiques de la recherche dans son rapport à l'horizon de l'habitabilité

Synthèse : proposition de définition de ce que serait un "grand réencastrement" socioécosystémique, et discussion sur les cheminements transdisciplinaires que pourrait suivre la recherche publique. Réalisation d'une frise ou de variantes

Book club session III
Atelier de lectures croisées autour de Dipesh Chakrabarty, Après le changement climatique, penser l'histoire, animé par Pierre CORNU


Dimanche 6 septembre
CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES DE VALORISATION
Matin
Bilan et réflexion collective sur les prolongements et les "livrables" du colloque, par les directeurs et par les jeunes chercheurs

Après-midi
DÉPARTS


RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Pierre CORNU
Pierre Cornu est historien des sciences et de l'environnement, directeur de recherche à INRAE, directeur de l'UMR Territoires (Clermont-Ferrand), responsable scientifique du Pôle sciences de la durabilité de l'université Clermont Auvergne, corédacteur en chef de NSS.

Bernard HUBERT
Bernard Hubert a une formation en écologie et en sciences sociales, ancien chef de département et directeur scientifique à l'Inra, directeur de recherche émérite INRAE, directeur d'études à l'EHESS, ancien corédacteur en chef de NSS, vice-président de l'association NSS-Dialogues, président de la Commission pour la Recherche Agricole Internationale.

Jeanne RIAUX
Jeanne Riaux est anthropologue, directrice de recherche à l'IRD, membre de l'UMR G-eau jusqu'au 31/08/2026 puis du LEMAR (Laboratoire des sciences de l'environnement marin), membre du comité de rédaction de NSS.

Christophe SOULARD
Christophe Soulard est géographe, directeur de recherche et chef du département ACT à INRAE, responsable de la mission Sciences de la durabilité à INRAE.


Eric GUILYARDI : Changer nos récits collectifs sur le défi climatique
Pour faire évoluer notre rapport au vivant, il faut repenser l'éducation des jeunes en croisant sciences, complexité et citoyenneté. Cette approche pluridisciplinaire, qui se situe à l'intersection de la société, de la culture, de l'éthique, de la politique et de la prospective, exige une action dédiée et de qualité. Au-delà des connaissances scientifiques, une éducation transformatrice face aux enjeux environnementaux permet de développer les compétences des futurs citoyens et citoyennes, comme la pensée critique, la gestion des émotions ou encore la capacité à se projeter dans un monde désirable. Le rôle des concepts, des récits et des valeurs est ainsi central, tant pour l'éducation que pour les imaginaires collectifs qui guident l'action politique. La fabrique langagière des scientifiques est donc d'autant plus importante que sa mobilisation par la société est source de controverses. Elle interroge la position des chercheurs et chercheuses entre neutralité, fiabilité, engagement public et co-construction avec la société, et offre ainsi l'opportunité de repenser le rôle de la science et des scientifiques dans l'espace public.

Océanographe et climatologue, directeur de recherche au CNRS, membre de l'Institut Pierre Simon Laplace, à Paris, Eric Guilyardi est un spécialiste du rôle de l'océan dans le climat. Il a été auteur principal du 5ème rapport du GIEC et a contribué au 6ème. Il préside l'Office for Climate Education, placé sous l'égide de l'UNESCO, qui a pour vocation d'accompagner les enseignants du primaire et du secondaire pour l'éducation au climat à travers le monde. Il est membre du Conseil Scientifique de l'Éducation Nationale et du Comité d'éthique du CNRS, pour lequel il a piloté un avis sur l'engagement public des scientifiques.

Ioan NEGRUTIU : Récit et outils de la santé systémique : le réencastrement sera socio-écologique et agroécologique pour commencer
Les sociétés sont intimement ancrées dans et dépendantes des milieux naturels et leurs ressources. Elles constituent donc des systèmes socio-écologiques. Les concepts de Limites Planétaires et Limites Sociétales tentent d'analyser les crises (ou pathologies) qui les traversent. Les Systèmes agro-alimentaires et la Pollution Globale illustrent parfaitement la robustesse destructrice du capitalisme. Penser l'agriculture dans ce contexte présente un double intérêt : 1) elle mobilise trois ressources très particulières : sols, eau, biomasse. Ces ressources primaires sont régénérables mais épuisables, non-délocalisables et non-substituables. Il faut les penser comme des communs ; 2) elle est un cas d'école lorsqu'on se donne comme objectif l'internalisation systématique des coûts sociaux-écologiques associés (amortir la consommation de capital social et écologique). On ouvre ainsi le débat sur la démarche santé systémique (l'inséparable et réciproque santé des milieux, des sociétés et collectivités, et des personnes) pour amorcer des transformations sociales-écologiques cohérentes et inévitables. Pour y parvenir, il est urgent de définir ce qu'il faut mesurer, et comment le mesurer. Politiquement, cette démarche devrait permettre d'enrayer le processus de mise en propriété / prise de possession de la nature.

Ioan Negrutiu est agronome et biologiste, professeur émérite à l'École Normale Supérieure de Lyon, fondateur de l'Institut Michel Serres et membre honoraire de l'Institut universitaire de France. Ses travaux se concentrent sur l'évolution des plantes à fleurs, la biomasse et les outils de diagnostic du capital/patrimoine écologique. Ces problématiques sont étudiées dans un questionnement juridique et sociétal, associées aux activités du Centre d'études Lascaux sur les transitions (CELT) à Bayonne et de la Fabrique des Questions Simples à Lyon.
Références
Collart Dutilleul F., Hamant O., Negrutiu I., Riem F. (2023), Manifeste pour une santé commune, Ed. Utopia, Paris.
Negrutiu I. (2024), "Global Resources and Resource Justice—Reframing the Socioecological Science-to-Policy Landscape", Resources 13, 130.
Negrutiu I., Frohlich M.W., Hamant O. (2020), "Flowering Plants in the Anthropocene : A Political", Agenda. Feature Review, Trends in Plant Science 25: 349-368.
Argüello J., J.-L. Weber, I. Negrutiu (2022), "Ecosystem Natural Capital Accounting - the landscape approach at a territorial watershed scale", Quantitative Plant Biology 3, e24.
Proposition d'atelier - Lectures, les communs
Le sol, une marchandise comme les autres ?, Dossier L’économie politique 78, Avril 2018.
Projection de Harvest, DVD. Athina Rachel Tsangari – regard sur les "enclosures".
Avec une question transversale : Qui posséde(ra) la nature ? En appuie, le livre de Neumann, S. (2024) Le temps des paysans, Seuil, Paris.


BULLETIN D'INSCRIPTION